Tahitiens — édition corrigée

1650 notices. Corrections mécaniques uniquement (Task 1) — aucune réécriture éditoriale ; le détail est dans le fichier CORRECTIONS.md, à côté de cette page.

A

ABEL, Charles (1900-1963)

Sculpteur et graveur.

Né en Égypte de père allemand et de mère française. Son père est directeur de la Cie des Eaux du Caire. Études aux Beaux-Arts de Munich, 1919-1920. En 1934, les nazis refusant aux artistes le droit d’exposer selon les tendances d’un art vivant, part en Italie. Séjournera plusieurs années à Florence où il vit comme photographe. Au cours d’un voyage entrepris vers la Nouvelle-Zélande fait escale à Tahiti en 1940 et y demeure depuis lors. Ame mystique, artiste habile, Abel est un des plus remarquables utilisateurs de la nacre. Il est passé maître dans l’art de la gravure en transparence et interprète, grâce à cette technique, les portraits et les plus délicates œuvres d’art. Il avait en travail, en 1957, un buste du Roi Pomaré V qui devait être érigé devant l’ancien palais des Pomaré. Met fin à ses jours, en France, en 1963.

ABGRALL, Jean-Louis (le Père François Régis) 1890-1932

Religieux picpucien.

Né le 14 octobre 1890 à Saint-Urbain (Finistère). Profès dans la Congrégation le 3 septembre 1911. Fait sept ans de service militaire de 1911 à 1919. Trois citations. Ordonné prêtre le 6 août 1922. Arrive à Tahiti le 21 novembre 1922. Après deux ans à Punaauia, à Paéa et à Mooréa, en 1925 est affecté aux Tuamotu où il est chargé du secteur central de Anaa à Amanu et Hao. Y circule, en breton, sur un cotre à voile de 12 tonneaux, avec 2 matelots indigènes. En janvier 1927, Mgr Hermel l’envoie en visite apostolique à l’île de Pâques. Il meurt à Marokau, où il avait eu des ennuis avec son cotre et qu’il tentait de réparer, après un mois de maladie, seul avec son catéchiste, le 24 juin 1932. — Une lettre de lui, dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1930, nous révèle la rude et dangereuse vie des missionnaires naviguant dans les Tuamotu. — Voir une notice nécrologique le concernant, dans la même revue, 1932, p. 560-564, portrait.

ABIVEN, Guillaume (le frère Alain) 1907

Religieux des frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né le 15 mai 1907 à Lanarvily (Finistère). Profès dans l’Institut le 15 août 1925. Après une longue carrière d’enseignement en Égypte, arrive à Papeete le 6 janvier 1954 pour prendre la direction de l’école. Y présidera à d’importants aménagements nouveaux. Après avoir acheté un hectare de terrain et y avoir fait de gros travaux de terrassements tant pour les constructions nouvelles que pour la création de terrains de jeux, plusieurs corps de bâtiments sont édifiés grâce à des subventions du FIDES, complétées par une très généreuse contribution de la population de Tahiti, alertée par les anciens élèves. Quitte, pour raisons de santé, le 25 octobre 1959, la direction de l’école, qui comptait alors plus de 1 200 élèves ! Revient à nouveau à Tahiti en août 1969 où il prend la charge de l’École Saint-Paul remplaçant le F. Marcel qui rejoint le Collège.

ABRY, Marie (1869-1894)

Institutrice missionnaire.

Originaire du pays de Montbéliard. Titulaire du brevet supérieur, elle arrive en mission en 1891, avec Émilie Banzet, 1853-1941, et remplace Mlle Bohin. Institutrice de qualité mais d’une santé qui s’avéra de plus en plus délicate. Elle meurt le 30 mai 1894. « Son soleil s’est couché avant la fin du jour. »

ACAR, Camille-Ernest (Frère Marie-Sébastien) 1850-1896

Frère convers picpucien.

Né le 3 novembre 1850 à Courtrai (Belgique). Profession, comme Frère, en 1876 ; part en 1877 aux îles Marquises. Y travaille dix-neuf ans comme catéchiste et instituteur. Meurt à Puamau, Hiva Oa, le 30 mai 1896. Étant maître d’école à Puamau, il écrivit une relation intitulée : A travers l’archipel Marquisien qui parut dans les Missions Catholiques, de 1894.

ADAM, Daniel (1928)

Graveur et commerçant.

Né le 26 décembre 1928 à Colombes (Seine). Études aux Beaux-Arts de Paris. Arrive à Tahiti en mai 1952. Excellent graveur sur bois, plein de force et d’humour, se fait remarquer par l’illustration d’un périodique officiel, hélas ! éphémère : Les nouvelles tahitiennes, des travaux de publicité et des petites œuvres qui servent de cartes de vœux, de faire-part. Participe, avec des peintres, à l’exposition de Tahiti de 1955. Expose ses gravures en juillet 1959. Travaille actuellement surtout dans la décoration et l’impression à la main, d’après des thèmes et des motifs océaniens, de tissus d’ameublement et de vêtements destinés au commerce local et à l’exportation. En 1973, possède deux magasins à Papeete, rue du Général-de-Gaulle et rue du Marché, où il présente, dessinés par lui, de très beaux tissus polynésiens imprimés à la main, ainsi que des robes tahitiennes de toutes sortes.

ADAMS, Charles Tutehau, les actes portent également : Tuteafue (1867-1946)

Fils de Thomas Stratfort Adams.

Usinier. Né à Papeete, le 28 septembre 1867. Il dirigera une fabrique de sucre. Meurt le 19 mars 1946. D’une première union avec Marama a Faahiahia sont issus : Terii Amélia, 1893, qui épouse en 1919 Terii Brander, sans postérité. — Tupuai Lionel Richard, 1894, décédé en mer en 1918. — Atitiori Charles, 1900-1954, épouse en 1925 Vahinerevatua Richmond, dix enfants : Léon, 1921 ; Henri, 1923 ; Willie, 1925 ; Valin, 1926 ; Sophie, 1930 ; Charles, 1932 ; Rosalia, 1934 ; Antonina, 1938 ; Amélia, 1942 ; Vilna, 1948. Épouse, en 1902, Matatai a Punu (Matatini). De ce mariage deux enfants : Alvina, 1903, épouse un Anglais, Walter Wilson et meurt aux îles Cook, laissant trois enfants. — Olivier Henri, 1905, qui épouse, en 1944, Tamu Poiatua a Faatau, union d’où sont issus dix enfants : Aroarii, 1928 ; Sidonie, 1930 ; Rudolph, 1932 ; Russel, 1933 ; Irma, 1937 ; Lewis, 1938 ; Françoise, 1940 ; Cornélia, 1941 ; Francis, 1945 ; Justin, 1949. Épouse, en 1924, Véronique Vahinetau a Teupootahiti, † 1969. De cette union sont nés : Marguerite, 1909, épouse Lionel Bambridge, sans enfants. — Sarah, 1910, épouse Gaston Guilbert, sans postérité. Divorce. — Hélène, 1912, épouse Guy Nay, 1911. — Paul, 1914, épouse Graziella Juventin, huit enfants. — Elda, 1916, épouse Tony Bessert, instituteur à Paéa, quatre enfants. — Rosina, 1922, épouse Jean Bambridge, trois enfants. — Monique, 1926, épouse Francis Cowan, deux enfants, divorcée.

ADAMS, Henry (1838-1918)

Historien américain.

Né à Boston, le 16 février 1838. Il est l’arrière-petit-fils du John Adams, le second président des États-Unis ; et le petit-fils de John Quincy Adams, sixième président. Son père est diplomate, après des études à Harvard, le fils en devient le secrétaire à Washington et à Londres. Il enseigne à Harvard de 1870 à 1877. Puis écrit une monumentale History of the United States, 1877-1891. Ayant achevé la publication du 9e et dernier volume de son travail, il décide de chercher de nouveaux intérêts dans la vie et demande à son ami John La Farge de voyager avec lui dans le Pacifique. Ils quittent San Francisco en août 1890 ; et par Honolulu et Samoa, où Adams rencontre R. L. Stevenson qui lui donne des lettres d’introduction pour ses amis de Tahiti, Ori, la princesse Moe et Tati, les deux amis arrivent à Tahiti le 4 février 1891. Papeete est sans hôtel. Dorence Atwater, le consul américain, installe ses compatriotes dans une maison face à la mer avec Peraudot, un cuisinier français au salaire mensuel de 50 piastres chiliennes, et la vue sur Mooréa. La Farge peint. On ne restera pas là longtemps : trois semaines après son arrivée, la curiosité personnelle d’Adams et les mœurs hospitalières des Tahitiens plongent les amis dans la vie indigène. On va à Papara chez Tati, puis à Tautira chez Ori. On échange les noms : « I became Ori, and he Atamu. » Mais Adams, peu flatté d’avoir l’air d’imiter Stevenson pour lequel il se sent peu d’admiration, ne prend pas la chose au sérieux : « I do not care for such adoption… My adoption by Ori was rather a joke. » Il assiste le 3 avril à l’inauguration d’un pont par le gouverneur Lacascade ; va faire un tour à Mooréa. Toute la fin du séjour est marquée par Marau et sa mère Ariitaimai (Mrs Salmon). La vieille et digne aïeule, de pur-sang tahitien, se refuse à toute compromission européenne, elle s’assied sur des nattes et ne consent pas à paraître à table ; mais le soir, elle garde ses visiteurs très avant dans la nuit sous le charme de sa parole. Elle raconte dans sa propre langue les légendes de la famille et le folklore local ; mise en train par l’intérêt qu’y prend Adams, elle se laisse même aller à dire des choses que ses enfants ignorent. De temps à autre, Tati fait chanter des himénés. En bon historien, Adams prend des notes, réclame des précisions, insiste pour obtenir des généalogies. « The old lady memory is prodigious, but even she often makes mistakes. Marau tells me a story, Moetie tells me a different one ; the old lady laugh at both and tells it in a way totally unlike either… » Cependant Adams, pris par son métier, rédige quelques notes, assemble et organise la riche matière qui lui est présentée à la fortune des souvenirs et des évocations. Dans cette ambiance, il consent à une adoption-investiture par Ariitaimai. « The whole thing was done simply but quite royally, with a certain condescension… The adoption was the more formal because it was done in the presence of Tati, Marau, and all the family then here… So I am now Taura-Atua and Ori-a-Ori ; a member of both outer and inner Tevas, and a close relation of Tati himself. La Farge also is Teva by double adoption ». Aucun navire de guerre n’allant aux Marquises, et Adams se refusant à l’inconfort d’une goélette, il abandonne un projet d’aller faire une visite de cet archipel. Pour quitter Tahiti, il songe à charter un navire et à gagner Fidji. De ce côté encore, aucune possibilité ne s’avère acceptable. Il en est réduit à attendre, le 5 juin, le Richmond, un steamer qui, par Rarotonga va le conduire à Suva. Il a passé exactement quatre mois à Tahiti où Gauguin va débarquer le 9. Son compagnon La Farge aura manqué de quelques jours la rencontre du peintre qui allait nous donner une impérissable image de la femme tahitienne. La correspondance de H. Adams au cours de son périple océanien a été recueillie par Evelyne de Chazeaux qui a donné, en 1974, une traduction française de ces lettres. Celles datées de Tahiti y occupent les p. 239-387. Les lettres écrites par Adams tant à son amie Elisabeth Cameron qu’à ses relations américaines et à sa nièce Mabel Hooper La Farge apparaissent comme des chefs-d’œuvre de la littérature descriptive. Si l’on peut regretter que, snobisme ou incapacité de sortir du milieu que lui ouvraient ses lettres d’introduction, H. Adams ait volontairement tenu pour négligeable toute la société française de l’époque — elle comptait cependant des personnages aussi intéressants que Mgr Jaussen, Auguste Goupil, le Dr Chassaniol et tant d’autres — ce qu’il nous narre de ses expériences tahitiennes est du plus vif intérêt. Il est touché par l’entourage de la reine Marau. Et à Papara, Tati, ce demi-Juif, chef d’une des plus importantes familles de l’île, le fascine par son esprit supérieur. Et ils deviennent amis. Plus tard, il le recevra à New York, en souvenir des semaines passées chez lui. Dans la suite Adams mettra au net et fera imprimer, à la fin de 1893, les notes prises en écoutant Ariitaimai et Marau. Il écrira à Jean Hay, de Beaufort, le 16 janvier 1894 : « I have printed and sent to Marau a small volume of her Memoirs, hoping to encourage the family to supply more material ; for I really enjoy writing that link of history. » Volume rarissime puisqu’on n’en connaît que trois ou quatre exemplaires. Quatre ans plus tard, à Paris où il se trouve en octobre 1900, Adams fera publier le texte définitif des Mémoires qui sont une des sources de l’histoire de Tahiti et de la famille des Teva. Adams mourut en 1918, sans avoir jamais eu d’autres relations ou intérêts avec la Polynésie française.

Bibliographie. La vie d’Adams a été plusieurs fois écrites. On consultera E. Samuels, Henry Adams, 3 vol., 1964. La correspondance océanienne d’H. Adams a été publiée par E. de Chazeaux, Lettres des Mers du Sud, Hawaii, Samoa, Tahiti, Fidji, 1890-1891, Paris, 1974, Publications de la Société des Océanistes, n° 34. — Les souvenirs de Marau ont d’abord paru sous le titre : Mémoires of Marau Taaroa, last Queen of Tahiti [privately printed, 1893], 109 p., 32 cm. L’édition définitive paraîtra à Paris, en 1901. Elle sera rééditée en édition photostatique, aux États-Unis, en 1947 ; une traduction allemande a été donnée en Allemagne (Hambourg, 1923). L’édition française des Mémoires d’Ariitaimai a paru dans les Publications de la Société des Océanistes, n° 12, en 1964, réalisée par S. et A. Lebois. Elle est précédée d’une remarquable introduction de B. Danielsson sur Adams et la genèse de son travail. — P. Lagayette a soutenu en 1973 une très intéressante thèse sur Henry Adams et les Mers du Sud (Université de Pau et des Pays de l’Adour).

ADAMS, James Atkins, dit Jimmy (1860-1926)

Fils de Thomas Stratfort.

Usinier. Fabrique de sucre à Fareipiti. Né à Papeete le 28 juin 1860. Épouse le 23 juillet 1881 la dame Tetuairau a Tauhiti, née à Huahine en 1865, décédé le 9 mai 1926. Il signe son acte de mariage des trois points maçonniques. De cette union sont nés : Herminia, dite Minia, 1882-1935, épouse en août 1914 Victor Hérault, 1893, négociant. — William, 1888, qui épouse Tane Taroa, dont il a sept enfants. — Noèle Sophie, 1891, qui épouse en 1913 Emmanuel Lucas, 1886, pilote, originaire des Côtes-du-Nord. — May, 1892, épouse Maurice Wilmot, une fille Marthe, 1916, épouse Charles Bon, attaché au Nickel en Nouvelle-Calédonie. — Cornélia, 1895, épouse Marc Grand. — Elva, 1904-1938, épouse en 1928 Émile Brisson, 1903-1952, sans postérité. — Victor, 1906, épouse en 1928 Martha Spitz ; divorcé en 1950, épouse Gemina Tumahae, 4 enfants. — J. A. Adams divorcera, le 10 juin 1923, après trente-neuf ans de mariage.

ADAMS, John, connu aussi sous le nom d’Alexander SMITH (1765 ?-1829)

Marin, mutin et colon.

Sert comme matelot sans spécialité sur la Bounty, capitaine Bligh. Prend une part efficace et passive à la fameuse mutinerie du 28 avril 1789. Fait partie du groupe des neuf mutins qui jugent Tahiti un endroit trop dangereux et quitte l’île avec six indigènes et une douzaine de femmes tahitiennes, enlevées par surprise. S’installe avec eux à Pitcairn où, en quelques années, il voit ses compagnons s’entretuer. Survit, seul blanc, de cette tragédie, et dès lors régit avec sagesse et bon sens la petite communauté qui s’accroît régulièrement. Cet homme inculte et qui, marin, ne savait même pas écrire, organisera paternellement une communauté où régnait le travail, l’harmonie, la bonne humeur et une moralité très stricte. Sa retraite sera découverte, en 1813 seulement, par le capitaine Sir Thomas Staines, commandant la frégate Briton qui sera surpris de la bonne apparence physique des Pitcairniens et de leur conduite exemplaire. « La manière pieuse dans laquelle tous ceux qui sont nés dans l’île ont été élevés, le sens très correct de la religion instituée dans leurs jeunes esprits par ce vieillard, lui ont conféré la prééminence sur tous et fait de tous une seule famille qui le regarde comme un père. » En 1825, Beechy qui visite l’île à bord du Blossom, confirme en tous points l’opinion du capitaine Staines et ne peut cacher son étonnement devant l’éducation reçue par la génération née de l’union des pendables mutins avec les légères vahinés tahitiennes. Après la mort d’Adams en 1829, un essai de rapatriement des Pitcairniens fut tenté par le Comet qui, le 21 mars 1831, ramena à Tahiti 87 membres de la communauté. Dès le premier contact, les fils spirituels du vieil Adams prirent Tahiti en horreur parce qu’ils y voyaient transgresser à chaque instant les règles de vie que leur « père » leur avait inculquées dès leur jeune âge. Ils durent être rapatriés à Pitcairn dès juin et septembre de cette même année. Beaucoup n’avaient du reste pas résisté au contact d’une race dont le sang était pourtant pour moitié le leur, et quatorze moururent à Tahiti. D’autres y prirent de fâcheuses habitudes d’ivrognerie… L’âge d’or instauré par le vieil Adams était bien achevé !

Bibliographie. La littérature consacrée à l’affaire de la Bounty est innombrable. Voir, en français : Charles Vidil, Histoire des mutins de la Bounty et de l’île Pitcairn (Paris, Payot, 1932) qui contient plusieurs chapitres consacrés à Adams, ainsi qu’une bibliographie assez abondante. — L’article John Adams, du Dictionary of national biography anglais est bien fait et donne lui aussi une bibliographie du personnage.

ADAMS, Thomas Stratfort (1825-1915)

Négociant et colon.

Né à Londres le 14 décembre 1825. Son fils Edwin, déclarant le décès de son père, le déclare de « mère inconnue ». En fait sa mère semble avoir été une Française, protestante de la région de Bordeaux. Une tradition familiale veut qu’il soit « arrivé jeune à Tahiti après avoir embarqué sur le bateau ayant ramené en France les cendres de Napoléon ». Serait arrivé à Tahiti dès 1841. C’est aux États-Unis qu’il aurait épousé Emilia Bambridge (1835-1905). Sa femme aurait eu alors quatorze ans, ce qui mettrait le mariage à 1849, date acceptable, puisque leur premier enfant, Elisabeth, est née à Sydney en 1851, mais qui ne semble guère conciliable avec les soixante-six ans que lui donne son acte de décès en 1905. Thomas Stratfort Adams est porté, successivement, comme « restaurateur » (1855-1857), comme « négociant » (1858 à 1860) et comme « planteur, demeurant à Taunoa » (1869) dans les actes de naissance de ses enfants. Il fonde une usine de canne à sucre, située à Fariipiti. Ruiné par un nommé Forster auquel il avait confié de l’argent pour l’achat de nouvelles machines, il vend son usine à un certain Kennedy, qui la repassera lui-même peu après à Norman Brander. Son fils Charly travaillera sa vie durant pour N. Brander à Fariipiti, puis à Atimaono-Papara lorsque l’usine émigra dans ce district. Adams, « habitant notable », est nommé membre titulaire du conseil d’administration le 19 juin 1869. Il meurt à quatre-vingt-onze ans, à Papeete, le 23 juin 1915, d’un refroidissement pris dans la vallée de Papenoo où il s’était réfugié lors du bombardement allemand de 1914. Il aurait tenu avec exactitude son journal toute sa vie, mais, fort économe, il se contentait de noter chaque soir, sur une feuille volante, les événements du jour. De son vivant le « journal » était dispersé aux quatre coins de la maison. A sa mort, ses filles, peut-être intentionnellement, négligèrent de réunir ces feuillets qui disparurent, et avec eux, un document qui aurait pu être d’une grande valeur pour l’histoire du Tahiti de la première période coloniale. De son union avec Emilia Bambridge, 1835-1905, sont issus de nombreux enfants. Voici la liste des dix-sept dont nous avons retrouvé trace. Élisabeth, née à Sydney en 1851, épouse William Dexter. — Louisa, 1854-1856. — Thomas Stratfort, 1855-1859. — Amélia Lydia, née le 25 avril 1857, épouse le 20 mai 1875 John Henry Flohr. — Alfred James, né le 17 septembre 1858, décédé le 17 octobre 1896. Célibataire. Reconnaît une fille, Vahine, qui épousera un Sanford : trois enfants. — James Atkins, dit Jimmy, né le 28 juin 1860. — Louise, dite Nani, née en 1861, reste célibataire, décédée le 7 octobre 1939 à soixante-dix-huit ans. — Tepuatefa Edwin, 1863-1918, pilote, épouse sur le tard une très jeune Vahinetupua a Teporiohiva dont il a trois enfants : Thomas Henry, 1913, Georges, 1915 et une fille Edna, mariée à Mooréa a Teuru Teore. — Teratu Sophia, dite Tutu, 1866-1964, épouse en 1885 Gaston Brunaud, lieutenant du juge, né à Saintes (Charente-Maritime) en 1854 et décédé à Paris en 1918. Il fut président de la Cour d’appel de Madagascar. Un fils Marcel, 1889-1919, officier. — Charles Tutehau, 1867, épouse en 1924 Véronique Teupootahiti, 1887. — Albert Ernest, né le 28 juin 1869. — Francis, né le 12 mai 1872, usinier à Fariipiti, épouse Teupoo Henry Georges : huit enfants. — Terii Édith, née le 8 août 1875. — Christiana Tetu Puanui la Oro, Lillian, née le 18 mai 1877, décédée le 9 juillet 1882. Une autre fille, décédée quatre jours après sa naissance, en janvier 1874, avait déjà porté le prénom de Christiana. — Cornélia, née le 7 février 1880, épouse Félix Vonnegut. — Sherwood, né en 1881.

AGAISSE, Michel (1812-1882)

Commerçant et propriétaire.

Né le 11 mars 1812 à Nantes (Loire-Inférieure). Arrivé à Papeete le 15 août 1861, venant de Californie (États-Unis), comme civil. Débitant rue de la Petite-Pologne, actuellement rue Paul-Gauguin. Quitte Papeete pour se fixer définitivement au district de Tautira, en 1874, où il devient propriétaire aisé, possédant une belle maison et y meurt le 20 mai 1882.

AGNIERAY, Jean-Baptiste (1844-1896)

Commerçant et propriétaire.

Né le 27 février 1844 à Oye (Pas-de-Calais). Maître d’hôtel de l’amiral commandant la division navale du Pacifique oriental, à bord de la frégate Flore. De passage à Tahiti le 16 mars 1872. Après un mois de séjour, se fait débarquer à Papeete « le pays l’ayant charmé ». Possédant des économies, se lance dans le négoce avec les îles, puis s’installe à Papeete. Quelques années plus tard, devient propriétaire, dans le quartier de Taunoa, d’une belle terre ayant appartenu au pilote Legrives. Membre du Comité directeur de la Caisse agricole de 1888 à 1894. Meurt le 27 février 1896 à Papeete. — De son union avec Adèle Morand, le 3 avril 1872, à Papeete, sont nés : Azélie, 1874-1931, épouse, en 1904, un Allgoewer ; quatre enfants. — Julie, 1876-1918. — Édith, 1880-1933, épouse Moua, à Papeete, deux enfants. — Albert et Narcisse meurent en bas âge. — Albert, 1882-1918. — Son petit-fils, Adolphe Agnieray, entrepreneur de transports-acconage, est conseiller municipal depuis 1953 et membre de la Chambre de Commerce. Il fut, le temps d’une législature, membre de l’Assemblée Territoriale.

AGOSTINI, Jules (1859-1930)

Ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées.

Né le 24 juin 1859 à Arbellara, par Propriano (Corse). Bachelier ès sciences. Commence sa carrière Nouméa comme conducteur des Ponts et Chaussées en 1883. Chargé en 1891-1892, comme géomètre, de la délimitation aux Nouvelles-Hébrides des terrains abandonnés par la Société calédonienne, fait à cette occasion des levés de Vaté, Vao, etc. Il est nommé chef du service des Travaux Publics à Tahiti où il arrive le 28 novembre 1894. Est chargé de la direction des Travaux Publics et du cadastre jusqu’au 1 janv. 1898. Il sera juge p. i. au tribunal supérieur de Papeete du 26 septembre au 15 novembre 1896. Substitut p. i. du procureur de la République du 13 janvier 1896 au 31 juillet 1896. Sera membre du Comité de surveillance de l’Instruction Publique depuis le 21 avril 1896 et chargé de l’inspection des écoles des districts au cours des années 1896 et 1897. Rentre en France en congé de convalescence par l’Upolu, le 31 janvier 1898. Sera en poste plusieurs fois en Indochine, particulièrement à la fin de sa carrière qu’il a achevée comme ingénieur. Fonctionnaire d’une grande conscience professionnelle, homme loyal, actif et plein d’autorité, J. Agostini avait un caractère difficile qui le mettra maintes fois aux prises avec l’administration en de nombreux pourvois au Conseil d’État. Comme il avait des velléités de revenir à Tahiti, le Gouverneur Gallet lui écrit : « En arrondissant un peu les angles ou en les ouantant tant soit peu vous feriez un excellent administrateur. » Par contre, le Gouverneur Papinaud trouvait que son traitement « semblait peu en rapport avec les fonctions plutôt modestes qui étaient les siennes à Tahiti. » — C’était un homme studieux. Il ponctua tous ses séjours aux Colonies de publications les concernant, récits de voyages ou notes d’ethnologie. Au cours des trente-huit mois passés en Océanie, il « a pu faire de nombreuses observations sur les coutumes de la population maorie », et il demande au Ministre des Colonies, le 16 décembre 1896, l’autorisation de publier ses notes « appuyées d’un album de 240 vues photographiques » dans des publications illustrées. Agostini aimait la photographie. Il a laissé une série de clichés pris avec intelligence et un sens assez rare à cette époque du document d’actualité : visites de personnages, guerre des îles Sous-le-Vent, etc. On lui doit la seule photographie connue de la case de Gauguin — qu’il orthographie Ganguin ! — à Punaauia « près du rivage, précédée d’une statue et de chimères sculptées sur bois », case qui figure à la page 71 de son Tahiti. De fait, il publia plusieurs notices ou livres sur Tahiti qui lui valurent d’être lauréat de la Société de Géographie commerciale de Paris et de recevoir la médaille d’or La Pérouse, en 1898, pour son ouvrage sur Tahiti, Voyage en Océanie. Il était officier d’Académie et officier de la Légion d’honneur. Prend sa retraite en Corse et meurt à Nice le 5 juin 1930. Marié le 27 septembre 1904, à Marie Schorong, à Notre-Dame-de-Lorette, il aura un fils Jean, 1905-1934, et une fille Suzanne, 1909, qui vit à Nice.

Bibliographie. Coutumes et croyances des Nouvelles-Hébrides. (Revue des traditions populaires, Paris, t. 7, 1893, p. 50-59). — Les îles sous le vent, 1899, 32 p. (Bibliothèque illustrée des voyages, n° 85). — Folk-lore de Tahiti et des îles voisines. Paris, 1900. 40 p. — Tahiti, Paris, André, 1905, 128 p.

AGUILLON Hélène (1911)

Directrice de l’Enseignement Protestant.

Née le 1 juillet 1911 à Anduze (Gard). Agrégée de l’Université. Après une carrière de professeur de mathématiques qui la conduit au Lycée de Jeunes filles de Montpellier, désireuse d’une carrière plus missionnaire, demande son détachement de l’Éducation nationale pour offrir ses services à la Société des Missions Évangéliques de Paris. Celle-ci l’affecte à Tahiti. Arrive à Papeete en septembre 1960 et reçoit, de l’Église Évangélique de la Polynésie Française, la Direction de l’Enseignement protestant qu’elle assure tout en donnant des cours. Hélène Aguillon verra le développement spectaculaire de cet enseignement. Quand elle arrive, on compte 1 150 élèves à Papeete (écoles de garçons et de filles et Cours complémentaire). Lorsqu’elle prend sa retraite après treize ans, en janvier 1974, l’Église enseigne près de 1 800 enfants dans son école primaire Viénot, celle de Taunoa fondée en 1961 et établie en 1967 dans ses locaux neufs et le Collège Pomaré IV (ancien Cours complémentaire) donnant l’enseignement secondaire jusqu’au baccalauréat. En outre, elle a vu fonder en 1962 l’École ménagère d’Uturoa et l’Internat de Tavarao accueillant les élèves du C.E.S. laïque. — A Papeete, l’École Viénot et le Collège Pomaré IV comptent 200 internes. La formation spirituelle des enfants va de pair avec leurs études, grâce aux heures d’instruction religieuse assurées par les divers aumôniers du secteur, à des cultes matinaux au Temple de Béthel et aux cultes dans les internats.

AH MIN, Chong Chong (1896-1962)

Président du Conseil de district de Papeari.

Né le 5 janvier 1896 à Papeete, fils de la Tahitienne Taraïhau et du Chinois Ah Min, Amini. A dix-huit ans, combattant volontaire dans les rangs français lors de la Première Guerre mondiale. Participe à la guerre sur le front français. Blessé et amputé d’un bras. Rentre à Tahiti, cité à l’ordre du jour et décoré de la Médaille Militaire. Cultivateur dans le district de Papeari, il est également surveillant des Travaux Publics. Élu au conseil de district, y restera d’octobre 1919 à 1953. Il meurt le 14 août 1962. L’Amiral Thabaud viendra apporter à sa veuve, en 1964, la Légion d’honneur à titre posthume. Épouse le 5 novembre 1921 à Papeari, Natuaheeiho a Tère. Grâce à cette attache locale parvient à acquérir à Papeari un important patrimoine foncier. De cette union naissent douze enfants, parmi lesquels : Jeanne, dont Charles Brown Petersen reconnaît deux enfants.

AHNNE, Édouard (1867-1945)

Missionnaire et homme politique.

Son père était « évangéliste ». Né le 1er décembre 1867 à Voujeaucourt (Doubs). Études à Genève et à Belfort. Service militaire au 21e bataillon de chasseurs à pied à Montbéliard. En 1891, professeur à l’Institut morave de Neuwied. Séjour en Angleterre. Arrive à Tahiti le 26 août 1892 comme missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris et adjoint de M. Charles Viénot, directeur des écoles protestantes de Papeete. En 1903 et pour trente-deux ans devient lui-même directeur de l’école protestante des garçons. En 1893 il fait en compagnie de Frédéric Vernier un voyage aux îles Australes dont le récit a paru dans le Journal des Missions de 1893 et 1894. Mais c’est essentiellement à Papeete et en qualité de directeur d’école que se déroule sa longue carrière missionnaire. Jusqu’à sa retraite, en 1935, ce pédagogue né a formé de nombreuses générations de Tahitiens, les initiant à la connaissance du français, les préparant aux examens qui sanctionnaient sur place leurs études. Bon latiniste, possédant parfaitement l’anglais et l’allemand, il aida aussi des élèves, fils de fonctionnaires et de colons surtout, en vue du baccalauréat qu’ils achevaient de préparer en France. Mais cet ami de la jeunesse, ce chrétien à la foi profonde chercha surtout à inculquer à ses élèves une règle de vie, à développer leur personnalité et à en faire des hommes dans la conception la plus élevée du terme. Durant ses quarante-deux années d’activité missionnaire et ses cinquante-trois années de séjour en Océanie, il n’est rentré en France en congé que deux fois, la première en 1901 et la seconde en 1926. Sa retraite comme directeur d’école, prise en 1935 à Tahiti, fut une retraite active et, jusqu’à l’hémiplégie qui le terrassa en décembre 1944, il s’intéressa aux tâches de ses collègues et remplit les fonctions de trésorier de la Mission à Tahiti. A l’égard des Tahitiens qu’il aimait et dont il n’ignorait ni les qualités, ni les défauts, cet homme de principes, mais profondément bon, fit toujours preuve de la plus parfaite compréhension, de la plus grande indulgence. A côté de son activité missionnaire, Édouard Ahnne s’intéressa passionnément à l’histoire et au passé de la civilisation polynésienne. Connaissant à fond la langue tahitienne il se pencha sur tous les problèmes : linguistique, ethnographie, psychologie… Conservateur du musée de Papeete, il prit une large part aux travaux de la Société des Études océaniennes, fondée en 1917. Élu président de cette compagnie en 1923, il l’était de nouveau à sa mort en 1945. Réélu à plusieurs reprises il totalisa dix-sept années de présidence. On trouvera dans le Bulletin de la Société de nombreux articles de lui sur les sujets d’ethnographie les plus divers. On lui doit aussi, en collaboration avec son beau-frère Orsmond Walker, la sauvegarde et la publication, en 1928, par le Bishop Museum de Honolulu, des manuscrits de Teuira Henry, sa tante par alliance, manuscrits dont est né ce livre remarquable intitulé Ancient Tahiti. Le troisième aspect de cette forte personnalité est son aspect d’homme politique ou plus exactement d’homme dévoué à la chose publique. Car pour cette intelligence lucide, pour cette nature sans compromissions tout imprégnée de morale, la politique ne fut jamais une vocation. Invité par le gouvernement à participer à des réunions d’administration, à y donner son avis, il le fit toujours avec un parfait désintéressement et une franchise que l’on se plaisait à qualifier de toute huguenote. Sollicité par ses amis indigènes qui lui demandaient conseil en face d’un choix politique, par ses anciens élèves à qui il tenait souvent lieu de maître à penser, il fut amené par la force des choses à prendre position. Conseiller général, membre du Conseil d’administration, membre du Conseil privé, en 1933, E. Ahnne fut pour chacun de ces organismes, selon l’expression du gouverneur Georges Orselli parlant sur sa tombe, « un de ses directeurs politiques ». Président de la Caisse Agricole, puis de la Chambre d’Agriculture il y défendit avec compétence les intérêts des petits travailleurs indigènes. Orateur à la parole facile et chaleureuse, c’est en 1940 après la débâcle militaire de la France que l’heure décisive allait sonner pour E. Ahnne. Patriote ardent d’origine alsacienne, ennemi de tous les despotismes et de tous les esclavages il n’hésita pas à répondre à l’appel du général de Gaulle se faisant le promoteur et le principal artisan du ralliement du 2 septembre 1940. Ainsi que l’écrit M. Charles Vernier : « Il fut la voix qui retentit comme un clairon et entraîna la colonie en septembre 1940 vers la France Libre. » (Bulletin de Presse des Établissements Français de l’Océanie, 8 avril 1945.) Ce choix fut fait avec l’autorité morale que pouvaient conférer une vie toute de droiture et quarante-huit années de séjour à Tahiti. Le gouvernement provisoire qui fut constitué, comprenait trois membres du Conseil Privé, dont E. Ahnne, et le maire de Papeete. Un télégramme daté du jour du ralliement et signé Ahnne, Lagarde, Martin en informa le général de Gaulle qui rapporte les faits dans ses Mémoires de Guerre (t. I, p. 104, 188, 292, 484). E. Ahnne fut violemment attaqué par la presse et la radio vichystes, accusé d’avoir « vendu Tahiti aux Anglais », condamné à mort par contumace par le gouvernement du maréchal Pétain. Il était compagnon de la Libération, chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Instruction publique. Décédé le 7 avril 1945, il repose, comme il l’avait souhaité, au cimetière de Papeete, dans cette terre tahitienne à laquelle il a consacré sa vie et qu’il a tant aimée. Édouard Ahnne avait épousé à Papeete, le 26 déc. 1894, Maud Walker, 1878-1960, qui pendant plus de cinquante ans de vie commune fut pour lui la compagne dévouée et courageuse, la confidente et l’amie qui partagea ses joies comme ses peines. De cette union sont nés six enfants : William, né le 20 décembre 1895 ; études à Bordeaux interrompues par la Première Guerre mondiale à laquelle il participe ; achève ses études et vient s’installer comme dentiste à Papeete où il meurt le 30 décembre 1932. Épouse Daisy Goupil et devenu veuf, Marie Hérault, union dont sont nés trois enfants : Lolita, 1929, docteur en médecine, pratique en Haute-Savoie ; Henry, 1930, après des études en France travaille à Papeete dans une affaire de constructions navales devenue également une entreprise de bâtiment, célibataire ; William, 1931, études en France, navigue comme officier de marine marchande, célibataire. — Lucie, née le 29 janvier 1898, institutrice-missionnaire méthodiste en Côte-d’Ivoire y épouse, en 1943, à Abidjan, le pasteur Ernest Harrop. Vivent en Angleterre. Pas d’enfants. — Frédéric, 1899. — Georges, 1903-1949, licence en droit à Bordeaux, rentre à Tahiti en 1925 et s’installe à Papeete comme avocat. Élu député des Établissements Français de l’Océanie en 1946, réélu en 1947, il meurt à Paris le 3 août 1949. Avait épousé en premières noces Marjorie Bunckley dont il a deux fils : Georges, 1933 ; André, 1934. Divorcé, épouse Ginette Pambrun.— Paul, né le 4 mai 1910. Études à Papeete et à Strasbourg, Bibliothécaire, conservateur du Cabinet des Estampes des Musées de la Ville de Strasbourg. Écrivain et critique d’art. A publié à ce titre de nombreux livres et articles sur Strasbourg et l’Alsace. Également auteur, sous le pseudonyme de Paul Walker, d’une Idylle Polynésienne Teina et Marama (Strasbourg, 1945) qui témoigne de son attachement délicat à sa terre natale. Épouse Renée Poret, en 1950, veuve en premières noces de Henri Walker. Un fils, Pierre, 1954. — Emmelin (Emmy), née le 23 septembre 1913, célibataire. Vit en France.

AHNNE, Frédéric (1899-1970)

Administrateur en retraite.

Fils du précédent. Né le 11 octobre 1899 à Paea, Tahiti. Engagé volontaire au bataillon du Pacifique en 1917, est cité pour : « bien que faisant ses débuts au feu, avoir tout de suite fait preuve des plus belles qualités de courage, d’adresse et de sang-froid, en manœuvrant sous le feu comme un vieux soldat. » Rentre à Tahiti en 1919, où il est démobilisé. D’abord maître au cabotage colonial, puis gérant d’une exploitation agricole, entre en 1933 dans les cadres des services civils de l’État. Connaît quelques ennuis avec le gouverneur Brunot. Nommé administrateur-adjoint en décembre 1944. Son brevet de capitaine, son expérience des îles, le font désigner comme chef de la circonscription des îles Tuamotu-Gambier à laquelle, un peu plus tard, est rattachée celle des îles Australes. Exerce ses fonctions dans ses circonscriptions jusqu’en 1949. En janvier 1953 est nommé administrateur. Passe un congé en France, puis revient en 1958 pour reprendre une des circonscriptions, les îles Australes, qu’il avait déjà administrée. Prend sa retraite en 1959 à Tahiti, après avoir navigué pendant une quinzaine d’années, d’île en île, administrant et conseillant les autochtones des Tuamotu et des Australes. Décédé le 20 janvier 1970. Il était chevalier de la Légion d’honneur, croix de guerre, et décoré du Mérite Agricole. De son union, le 31 juillet 1943, à Paea, avec Henriette Poura sont nées : Yolande-Titaua, 1944, épouse en 1963 le Lt Paul Joquel, 3 enfants : André, Patricia et Valérie et Evelyne, 1948, infirmière à Mamao, épouse en 1966 Claude Sue, attaché aux douanes, deux enfants : Frédéric, 1967 et Maryline, 1968.

AH YEN, Fong Chug Yeng (1904)

Commerçant.

Né à Canton. Arrive en 1928 à Papeete. Est reçu à Papara par des parents dont il aide le commerce local. Épouse en 1930 Siou Wong Hen Koen, qui lui donnera sept enfants. Créé à Arupa, en 1932, un petit magasin d’alimentation. Vingt-cinq ans plus tard, grâce à son travail et à son sens des affaires Ah Yen est devenu un des plus importants commerçants locaux et Papeete le reconnaît en outre comme le « roi de l’ice cream ».

AH YOU, Marie (1922)

Directrice d’une maison de couture.

Fille aînée de Siu Kung Po. Née le 31 octobre 1922, à Papeete. Ouvre un atelier de couture en 1947, rue du Commerce. Passe un an en France, 1949-1950, et fait un stage chez Maggy Rouff, se familiarisant avec les milieux parisiens de sa profession et se formant à ses techniques et méthodes de travail. Rentrée à Tahiti, s’y impose rapidement par son goût, son sens de l’adaptation de la mode à la mentalité et aux impératifs tahitiens, étudiant ses modèles et s’inspirant parfois de robes anciennes dont elle remet en honneur les formes décoratives, si bien que Tahiti va se remettre à porter des robes purotu et mamaruau qui ont de nouveau droit de cité et réapparaissent dans les cérémonies et les bals, comme robes habillées. Bientôt Marie Ah You s’intéresse à l’impression de tissus décorés de motifs tahitiens traduisant une ambiance polynésienne, motifs dont elle demande les dessins à des artistes locaux de renom : Beauté, J.P. Favre, Frank Fay, Reboul, etc. Bien qu’il lui ait été fait plusieurs offres pour exporter ses modèles à l’étranger, Marie Ah You a préféré limiter à Tahiti son champ d’action et se consacrer à la nombreuse clientèle qui lui fait confiance. Sa maison de couture emploie environ une quarantaine de personnes. Son magasin de vente, en 1973, venait d’être installé, dans une charmante petite boutique de style ancien de la rue Paul-Gauguin. Marie Ah You effectue chaque année un tour du monde pour chercher ici ou là, en Asie ou en Europe, avec des idées, des formes et des couleurs inédites, un renouvellement de son inspiration. De son union, en 1940, avec Willy Ly, sont nés : Jimmy, 1941, qui dirige l’atelier maternel ; Iris, 1942, docteur de l’Université de Californie et qui achève une année à Paris à l’Institut Pasteur. Iris, qui désire faire de la recherche sur des problèmes d’immunologie, épouse, en France, Daniel Motta ; Jean-Claude, 1945, qui dirige la « boutique » de ses parents ; Nancy, 1947, épouse aux États-Unis un avocat américain, Gary Cohen.

ALAUX, Gustave (1887-1965)

Peintre de la Marine.

Né à Bordeaux. Élève aux Beaux-Arts de M. Baschet et d’Henri Royer. Bien que n’ayant jamais voyagé dans le Pacifique, a souvent montré des toiles d’inspiration océanienne dans diverses expositions privées ainsi qu’au Salon des Artistes Français, à la Société Coloniale. On lui doit, par exemple, La Boudeuse et l’Étoile, arrivant en vue de Tahiti ; L’Astrolabe et la Zélée à la Pointe Vénus ; La Vénus à Papeete ; Les navires de Mendana découvrent les îles Marquises ; Bougainville dans la baie de Matavaï, etc. Voir, à son sujet : A. t’Serstevens, Gustave Alaux, Paris, 1939.

ALAUX, Jean-Paul (1876-1955)

Architecte, peintre et écrivain, de la grande famille de peintres illustrée par Jean Alaux dit « Le Romain ».

Fait, en 1937, un voyage en Océanie dont il conservera un souvenir qui le fera toujours s’intéresser à la Polynésie française. Expose, en février 1938, à Paris dans une galerie du boulevard Malesherbes, sous le patronage du Yacht Club de France et de la Société de Géographie, soixante-huit œuvres picturales sous le titre Tahiti et l’Océanie Française ; elles concernent Tahiti, Mooréa, les îles Sous-le-Vent, les Tuamotu, les Marquises et les poissons de récifs. Après la guerre, il publiera une suite de gravures tahitiennes, curieusement japonaises par la facture. On le verra également pousser à la réalisation du retour des restes d’Alain Gerbault à Bora Bora, et ce fut lui qui dessina le monument érigé à la mémoire de son ami qu’il salua alors d’un livre amical : Alain Gerbault, Marin Légendaire, 1950. Jean-Paul Alaux a écrit un ouvrage en vers : Rose des vents (Paris, 1942) contenant plusieurs poésies inspirées par la Polynésie française dont quelques-unes : Miroirs de Vénus et Ballades aux îles Marquises étaient déjà parues dans le B.S.E.O., en 1937 et en 1939.

ALAZARD, le Père Ildefonse (1867-1942)

Religieux picpucien.

Né le 24 juin 1867 à Capdenac-Gare (Aveyron). Profès en 1886. Prêtre en 1890. A été presque toute sa vie secrétaire général et archiviste de sa congrégation ; et, de 1894 à sa mort, directeur des Annales des Sacrés-Cœurs qui en sont le bulletin. Le père Alazard n’a jamais été en Océanie, mais il la connaissait si bien, il aidait avec tant de complaisance les chercheurs, qu’il a droit à une mention dans cet ouvrage. Tout ce qui a été publié sur les missions des picpuciens en Océanie ces cinquante dernières années, en effet, était signé de ses initiales ou lui sera passé par les mains. Il édita ainsi les études de Georges Goyau, l’historien des missions catholiques, sur les Cinquante premières années des missions des Marquises ; la monographie de Mgr Jaussen sur l’île de Pâques ; l’Histoire de la mission catholique de Hawaï du Père Frézal-Tardieu, d’autres travaux encore. En Belgique, à Braine-le-Comte, où il vivait parmi les cartons verts des archives de sa congrégation, il avait organisé un musée missionnaire, riche de quelque très belles pièces anciennes — bois parlants de l’île de Pâques ou idoles de Mangareva — qu’a décrites André Ropiteau dans le Bulletin des Études océaniennes (t. 5, n° 14, p. 518-527) : Une visite au Musée Missionnaire des Pères des Sacrés-Cœurs de Picpus à Braine-le-Comte, Belgique. On lui doit également un très précieux Essai de bibliographie picpucienne (1912) qui fut, en 1931, suivi d’un Supplément et où sont signalés tous les travaux linguistiques et historiques des missionnaires de sa congrégation. Meurt à Braine-le-Comte (Belgique) en 1942. Voir sur lui : Streit, Bibliotheca missionum, vol. 21, p. 433-434.

ALAZARD, Joseph (le Père Félix) 1878-1937

Religieux picpucien.

Né à Capdenac (Aveyron) le 7 avril 1878. Profès en 1897. Prêtre le 30 novembre 1902. Est envoyé à Tahiti où il arrive le 23 janvier 1903. Occupe les postes de Mataïea et de Punaauia. Mais c’est à Mooréa qu’il devait passer la plus grande partie de sa vie. Il meurt à Papeete, le 1er janvier 1937.

ALBERT, Albertine (1859-1929)

Sœur Éléonore de Saint-Bernard, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née à Paris, le 30 novembre 1859. Fait profession à Paris, le 17 août 1886. Douée pour les œuvres, elles réussissait bien près des enfants. Elle débuta en France et, en 1904, partit à Madagascar, chargée de la direction générale des écoles de Tananarive. Avec succès, elle assuma cette fonction jusqu’à son retour en France en 1922. On lui demanda alors à soixante-deux ans de partir aux antipodes, à Atuana, îles Marquises, pour y fonder une école-préventorium. L’ancienne école avait été fermée lors des laïcisations. Mgr Le Cadre, venu à Paris, montra les conséquences de cette fermeture et obtint l’autorisation d’ouvrir une école-préventorium. Dès son ouverture, en 1924, elle compta 70 élèves. Sœur Éléonore fit bénéficier cette œuvre naissante de sa grande expérience et s’y dévoua sans compter jusqu’à épuisement de ses forces. Elle mourut à Atuana, le 9 juillet 1929, vivement regrettée ; toute la population l’accompagna à sa dernière demeure.

ALEXANDRE, Alexis (1838-1904)

Commerçant et propriétaire.

Né le 28 mai 1838 à Nantes (Loire-Atlantique). Arrive à Tahiti comme soldat d’infanterie de marine le 4 août 1860. Libéré du service le 6 juillet 1865. Ouvrier aux Ponts et Chaussées. En 1866, s’associe avec son beau-père pour tenir un commerce de boissons et d’épicerie rue de Rivoli, face à l’hôpital actuel. Devient propriétaire dans la vallée de Tipaerui. Meurt le 9 novembre 1904 à Papeete. De son union avec Victoire Vidal, 1850-1904, le 7 avril 1866, sont nés six enfants : Marie, 1868, épouse, en 1889, François Cadousteau : deux enfants. — Eugène, 1869-1894, épouse Teave Teiho († 1895), le 21 mars 1894 à Papeete. — Étienne, 1871-1918, secrétaire rédacteur au Parquet épouse Teururai Teriinavahoroa, 1866-1918, à Papeete le 19 janvier 1916 : cinq enfants dont Alphonse tué à l’ennemi au ravin de Saconin (Aisne) le 20 juillet 1918, caporal au bataillon du Pacifique, cité à l’ordre de l’Armée, médaille militaire, et Alexis, caporal à la même unité, cité à l’ordre du jour, le 25 octobre 1918. — Valentine, 1873-1918, épouse Emmanuel Brisse le 12 mai 1888 à Papeete : un enfant. — Léonord, 1875-1941, typographe puis employé municipal, épouse Terai Teriifaatau le 3 août 1905 à Papeete : deux enfants, Léonord, caporal au bataillon du Pacifique, blessé grièvement à la tête à la côte 96 (Aisne), le 20 octobre 1918 ; cité à l’ordre de l’armée, médaille militaire. Victor, même grade, même unité, cité à l’ordre de la division.

ALFONSI, Joseph (1899-1969)

Ingénieur des Travaux Publics.

Né à Calléris (Corse) en 1899. Il suit en 1914 ses parents en Nouvelle-Calédonie où son père a été nommé fonctionnaire de la Pénitence. Fait ses études classiques au collège La Pérouse. Mobilisé en Calédonie au cours de la Première Guerre mondiale, il est envoyé en France, où il arrive vers la fin des hostilités. En 1921, il est démobilisé sur sa demande, comme sergent à Tahiti. Là, il entre aux Travaux Publics où il fera une carrière qui le conduira au Tchad, à Madagascar et le ramènera à Tahiti. C’est sous sa direction qu’ont été exécutés de nombreux édifices publics en Polynésie, tels que le bâtiment de l’Assemblée Territoriale, la douane de Papeete, l’hôpital d’Uturoa, sans compter bien des écoles et des ponts ici ou là. C’est, en particulier, Joseph Alfonsi qui est chargé de réaliser la jonction entre les deux tronçons de route existant sur la côte Est pour achever le « tour de l’île », la route de ceinture. Parce qu’il y avait plusieurs embouchures de rivières à franchir, des corniches à établir, ce travail qui fut exécuté sans les moyens mécaniques modernes, à la barre à mine et par la seule main-d’œuvre humaine, était relativement important. La route de la côte Est fut inaugurée en 1925. Joseph Alfonsi résidera à Taravao de 1924 à 1952. C’est durant son séjour à Taravao qu’il se lia d’amitié avec Harrison Smith qui, en même temps qu’il créait le jardin botanique, fondait la première infirmerie à Taravao. Il sera associé à ses générosités pour les districts d’Afaahiti et de Papeari. Joseph Alfonsi prend sa retraite en 1958 à Punaauia où il est décédé le 9 mai 1969. Il épousera, en 1949, à Taravao, Rosa Garbutt. De cette union sont nés : Dominique et Martine, 1960. Il a reconnu en outre Antony, 1925, garagiste à Paris. — Bela, 1932, qui épouse un Belge. — Émile, 1934, sergent aviateur à Nancy. — André, 1935, attaché à la SOCREDO.

ALLAIN, Alphonse (1859-1953)

Fonctionnaire et propriétaire.

Né le 31 décembre 1859 à Reuzé (Loire-Atlantique). Débarque à Papeete en 1893. Magasinier des troupes de la marine. Est employé à l’hôpital de Papeete comme économe, fonction qu’il remplira jusqu’en 1913, époque à laquelle il prend sa retraite à Tahiti. Se retire au district d’Arue où il est rappelé en fonction par le gouverneur, et versé dans le cadre des fonctionnaires locaux. Sert aux Finances et à l’Enregistrement et Domaines. Il quitte ce dernier service en 1931, à l’âge de soixante-douze ans, encore alerte. Fonctionnaire intègre et brave homme dans tout le sens du mot. Il quitte l’administration avec plusieurs témoignages de satisfaction émanant des chefs du territoire. Chevalier du Dragon d’Annam. Il meurt à Papeete, le 31 janvier 1953. — Il avait épousé, en France, en 1883, Marie Volant, 1857-1947, née à Reuzé, qui viendra le rejoindre à Tahiti en 1895. De cette union est né : Alphonse, 1884-1947, qui prendra sa retraite comme directeur de l’Imprimerie du Gouvernement ; il épouse, à Papeete en 1903, Julie Gatien, 1884, et aura huit enfants dont Gaston, chef de division à la F.O.M., chef de cabinet du gouverneur Petitbon de 1952 à 1954, qui a été chef de la circonscription des îles Australes, après avoir servi à la Côte française des Somalis, puis en Mauritanie. Il est chevalier de la Légion d’honneur. De son union, en 1942, à Uturoa, Raiatéa, avec Odette Tixier sont nés deux enfants. — Charles, 1885-1918, épouse, le 15 janvier 1912 à Papeete, Lovina ALPÈS, Simplicio Winchester, quatre enfants dont : Julien, 1918-1943, qui s’engage en 1940 dans l’aviation des Forces Françaises Libres. Au cours d’une mission au-dessus de la Hollande, il est abattu avec son appareil et meurt, des suites de ses blessures, à l’hôpital militaire de Bergen-op-Zoom, le 22 octobre 1943, décoré de la Médaille militaire. — Émilie, meurt en bas âge. —Marie, 1889-1895. — Yvonne, 1896, épouse Roo a Amaru, le 15 mai 1920, à Papeete, un mécanicien des Travaux Publics, ancien combattant de la Première Guerre mondiale ; trois enfants, dont Arthur et Francis tous deux engagés en 1940 dans les Forces Navales Françaises Libres.

ALLAIN, Eugène (le Père Gilbert) 1924

Religieux picpucien.

Originaire de Vannes (Morbihan). Profès en 1942. Ordonné prêtre en 1948. Missionnaire en 1949 à Tahuata, Fatu Hiva (Marquises). Homme actif et d’une grande efficacité. Il reconstruit l’église de Fatu Hiva, en remplacement de celle enlevée par un raz de marée. Bon navigateur et excellent photographe. Construit à Taiohae, avec le concours du FIDES, un internat de garçons, ouvert en 1960. Il est depuis 1961 curé d’Atuona, Hiva Hoa. Homme d’une grande habileté manuelle, mécanicien, architecte, électricien, grand apiculteur par-dessus le marché. Les Marquisiens ont en lui un dépanneur universel.

ALLARD, J

Instituteur missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris.

Originaire de Saint-Laurent du Cros (Hautes-Alpes). Après un stage accompli avec sa jeune femme, une Alsacienne née Toth, à la maison des missions, est envoyé par la Société des Missions Évangéliques à Tahiti où il a l’intention « de se consacrer aux écoles de Papeete ». Quitte Saint-Nazaire avec sa femme en décembre 1874. Figure sur les Annales de l’époque comme instituteur à l’école des garçons des écoles françaises indigènes protestantes. Quitte Tahiti le 12 octobre 1883 et rentre en France. L’école ne survivra pas à son départ. Disparaît à cette époque des registres de la Société des Missions Évangéliques.

ALLÉGRET, Élie (1865-1940)

Missionnaire de la Société des Missions Évangéliques.

Né le 8 janvier 1865 à Lyon (Rhône). Pionnier de la mission protestante française au Gabon, au Togo et au Cameroun, comme pasteur et comme médecin. Directeur de la Société des Missions, en même temps que Daniel Couve, en 1923, il est chargé en 1926-1928 d’un voyage d’inspection qui le conduit en Océanie et à la suite duquel il fut publié un : « Rapport de M. Allégret sur son voyage en Océanie, juillet 1926-février 1928 » (imprimé comme manuscrit), Paris, Société des Missions Évangéliques, 1928, 147 p. On y trouve, p. 1-55, une bonne vue sur l’état de la mission de Tahiti à cette époque : hommes, œuvres, écoles. Allégret y fait preuve de ses qualités de mesure et d’intelligence. Il meurt à Paris, le 28 janvier 1940. — Voir sur lui une notice dans le Journal des Missions Évangéliques, Paris, fév. 1940, p. 57-82, bibliogr.

ALVÈS, Simplicio (1853-1934)

Colon.

Né le 2 mars 1853 et baptisé dans la paroisse de Saint-Pierre, dans l’île de Santa Maria, aux Açores (Portugal). Arrive à Rurutu encore jeune, comme matelot à bord d’un baleinier. S’installe à Avera et devient colon-cultivateur. C’est un travailleur. Il élève des porcs, plante des cocotiers, cultive du kapok, si bien qu’il parvient à une situation aisée, achetant des terres et les mettant en valeur. Catholique dans une population protestante, il est l’hôte naturel des missionnaires de passage. Décédé à Rurutu le 5 octobre 1934, il est enterré à Narui. De son union avec Noea Opuu († 1940), une femme de Rurutu, sont nés six enfants : Jacintha, épouse, en premières noces, Joane Avae et en secondes noces Ututoa Avae. — Philomene, Vaita, épouse Tua Lenoir. — Matarii, Noea, épouse en premières noces Matau Mara, et en secondes noces Toarii Parau. — Simplicio, 1904, qui épouse en premières noces Mary Neagle et en 1936, devenu veuf, Terena Tavita, 1909, institutrice à Rurutu. De nombreuses années, Terena par son attachement profond à la culture française, son dynamisme et son allant sera une des personnalités de l’île. Sa maison accueille tous les visiteurs étrangers. Le romancier t’Serstevens, lors de son passage à Rurutu vers 1948 a largement profité de l’hospitalité de Terena Tavita et lui a consacré dans le second volume de Tahiti et sa couronne (p. 273 et s.) des pages sympathiques. « Elle a été élevée et a vécu plusieurs années à Papeete. Elle n’y fréquentait que la société française et en a si bien appris la langue, avec toutes ses nuances, et adopté les habitudes, que ses amis l’ont appelée : la Parisienne. La maison est le reflet de sa seule personnalité… surprise d’un intérieur à la popaa, armoires, commodes, clubs bien rembourrés, un riche confort, jusque dans la douche tout en faïence et robinets nickelés. Les nattes, d’un travail très fin, ne laissent pas voir le moindre bout de plancher… Nattes, tapisseries des fauteuils, rideaux, ti fai fai aux dessins et aux coloris audacieux ont été faits de ses mains… Terena s’est consacrée par vocation à l’instruction des enfants d’Avera, la plus ingrate des besognes… Terena qui est intelligente et n’a pas beaucoup d’illusions, se rend parfaitement compte de l’inaptitude de ses élèves à toute forme d’abstraction, mais fait ce qu’elle peut pour éveiller de temps à autre dans le cervelet [d’un de ses élèves] la vague curiosité de cette culture française qui est pour elle la plus belle du monde. » Terena, retraitée, vient s’installer avec son mari à Papeete et sera employée à la banque de l’Indo-Chine. Décédée le 27 mai 1972. Neuf enfants : Muriel, 1937 ; Simplicio, 1938 ; Joackimo, 1940 ; Antonio, 1941 ; Léonard, 1944 ; Firmin, 1945 ; Jacintha, 1947 ; Hernano, 1949 ; Rodrigo, 1951. — Maria-Lucia, épouse en premières noces Arara Roomataaroa et, en secondes noces, Teriimatahau Pito. — Marie-Rose, épouse Manarii Pohetai.

AMANS, Ernest (1913)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né à Rieupeyroux (Aveyron), le 22 octobre 1913. Profès en 1931. Prêtre le 25 juillet 1937. Enseigne la philosophie en France de 1943 à 1965. Débarque à Papeete le 28 septembre 1966. Vicaire à Notre-Dame, depuis 1969. Enseigne la philosophie au Collège La Mennais, 1969-1973.

AMICH, José (el Padre Fray)

Religieux franciscain d’origine catalane.

Longtemps pilote sur les navires du roi d’Espagne, c’est une vocation tardive. On le dit « mathématicien » et « familier des nombreux dialectes de la côte péruvienne ». Attaché au collège missionnaire de la vallée de Jauta, au Pérou, il est adjoint aux aumôniers réguliers de l’Aguila, capitaine Boenechea, la frégate espagnole qui va « reconnaître » Tahiti, en 1772, en compagnie d’un de ses confrères, l’Italien Juan Bonamo. Les ordres du vice-roi l’ont chargé d’étudier la possibilité d’établissement d’une mission et d’éviter toutes les brutalités de la part de l’équipage vis-à-vis des indigènes. Il a droit de siéger au conseil de guerre du navire. Le Père Amich remplira au mieux sa mission et en donne un rapport : An account of the first voyage of the Aguila… to Tahiti, 1772-1773, publié en espagnol dans El Viagero Universal, t. 18, Madrid, 1798, et en anglais, par Corney, Quest and occupation of Tahiti by the emissaries of Spain, t. 2, 1914, p. 65-89.

AMIOT, Étienne (1836-1883)

Commerçant et propriétaire.

Né le 29 mars 1836 à Libourne (Gironde). Arrive à Tahiti en 1860 comme marin de l’État. Tient pendant quelques années la cantine militaire puis s’établit comme commerçant. Consignataire de la maison Ballande de Bordeaux. Membre du Conseil d’administration du territoire. Membre du Comité central de commerce et d’agriculture. Quitte Tahiti le 14 avril 1883 pour se rendre en France. Meurt au cours de ce voyage à San-Francisco (Californie). — De son union, le 23 juin 1864, avec Amélie Sai sont nés onze enfants, dont huit rentrent en France avec leur père. Trois font souche à Tahiti : Céline, 1866-1941, épouse Jean Fougerousse le 24 juin 1882 à Papeete, cinq enfants. Veuve, se remarie à Sébastien Lepage. — Joseph Louis, 1870-1943, surveillant des Travaux Publics. — Eugène, 1871-1956, épouse Julia Schneider le 15 janvier 1898 à Papeete : sept enfants, dont Étienne, engagé volontaire dans les F.F.L. au bataillon du Pacifique, combat à Bir-Hakeim. Est cité à l’ordre du jour.

AMIOT, Pierre (1844-1877)

Frère du précédent.

Employé de commerce. Né en 1844 à Libourne (Gironde). Arrive à Tahiti vers 1865 avec sa femme, née Anne-Marie Rabeau. Union sans postérité. Meurt à Papeete le 22 mai 1877. Sa veuve se remarie à Joseph Lambert en 1879.

AMO, l’Oammo de Cook (1730-1793)

Chef de Papara.

Fils aîné de Tuiteraï. Il apparaît comme le plus important des chefs de Tahiti, à Wallis, le premier Blanc à toucher l’île. Un homme non dépourvu d’intelligence, mais un peu écrasé par sa femme la belle Purea (l’Obarea, ou Oberea des récits) la « Reine » de Tahiti, « charming, able and fatally ambitious person ». On accorde au couple, en 1767, une quarantaine d’années. Dès qu’il apprend l’arrivée de Wallis, en juin 1767, Amo, accompagné de Purea, se rend à Matavai. Les premiers contacts du Dolphin et des blancs ont été d’ordre guerrier. Amo récidive. Les pirogues tahitiennes sont si nombreuses que les Anglais ont peur et tirent. Fusils et obusiers entrent en jeu à nouveau. Le combat est meurtrier pour les Tahitiens qui s’enfuient le 23 juin 1767. Amo demande la paix et établit des relations d’échange. Des gravures classiques nous ont conservé des images de ce combat naval et de la visite subséquente, à terre, le 12 juillet, de Wallis à Purea, première manifestation de l’amitié anglo-tahiitienne. Mais les coups de canon de Wallis ont ébranlé l’autorité d’Amo et il ne se trouve pas du bon côté de l’île ! Ce n’est pas lui, mais Vairaatoa, alias Pomaré, qui profitera de l’appui des étrangers. Dès l’année suivante Vehiatua, le chef de Taiarapu, vassal d’Amo, allié à Tutaha, chef du district de Atahuru (Punaauia), lui font la guerre, Amo est battu à la bataille de Papara, en décembre 1768. Réfugié dans les montagnes il doit demander la paix. Elle lui fut humiliante. Il ne conserve en propre que Papara ; doit reconnaître l’indépendance de Vehiatua à Taiarapu et consentir à ce que Vairaatoa, fils aîné de Hapai, prenne le titre de Tu, au détriment de son propre fils Temarii (ou Teriirere). C’est là l’origine de la famille Pomaré. Tutaha, poussant son avantage, envahit alors le district de Papara, enlevant du marae d’Amo, le maro ura, la ceinture de plumes rouges, insignes du pouvoir et la transportant sur son marae d’Atahuru, faisant de Pare sa résidence. Cook, cette année-là, arrivait pour la première fois à Tahiti. Il voit les restes des vaincus exposés, mais au cours de son tour de l’île, signale qu’Amo a cependant gardé quelque prestige, car on se découvre le haut du corps pour le visiter. Purea, dont il était séparé et qui vivait alors avec le grand prêtre Tupaia, lui accordait les mêmes marques de respect. Cook n’hésitera pas à garder la « Reine » de Tahiti comme otage pour se faire restituer des instruments dérobés ou retrouver des matelots déserteurs. Purea ne lui en veut pas et lui prêtera son expert sacerdotal et conseiller, Tupaia, comme pilote et guide. Amo mourut en luttant contre Pomaré 1 en 1793, au combat d’Atahuru, sous les balles des fusils des Suédois Andrew Lynd et Peter Hagerstein, déserteurs du Daedalus au service de Pomaré.

Bibliographie. Outre les sources anciennes classiques, on pourra consulter N. A. Rowe, Voyage to the amorous islands, Londres, 1955, qui, à propos du voyage de Wallis, a rassemblé sur Purea, son mari et son amant, tous les faits les concernant. — La publication du premier voyage de Cook par Hawkesworth fournit l’occasion, à des poètes satiriques anglais, de donner libre cours à leur imagination quant aux rapports amoureux entre Banks et Purea. Par exemple : An epistle from Mr Banks, voyager, monster-hunter, and amoroso, to Oberea, Queen of Otaheite, Londres, [1774] ; ou : An epistle from Oberea, Queen of Otaheite, to Joseph Banks, Esq., Londres, 1774. Poèmes qui connurent beaucoup de succès et plusieurs éditions.

ANDREWS, Loring (1890)

Touriste américain.

Né à New York le 14 octobre 1890. Prend part à la Première Guerre mondiale. Fait un premier séjour à Tahiti en 1928, accompagné de sa femme et de deux petites filles. Y revient en 1929-1930, encore en 1932, avec une nouvelle femme, qu’il abandonne à Papeete, et va vivre à Raiatéa. Publie cette même année un livre : Isles of Eden (New York et Londres, 1932). Comme il vit aux dépens des indigènes, qui le voient avec plaisir car il est très bon musicien, joue de la guitare et de l’accordéon, il est l’objet d’un arrêté d’expulsion signé du gouverneur Montagné, le 8 février 1934. On lui reproche de vivre aux crochets des indigènes et d’avoir participé à la campagne qui tendait à faire regarder les Tahitiens du côté des États-Unis. Un rapport du brigadier Langomazino l’accuse d’être « un de ces écrivains morbides qui se plaisent à vilipender les personnes qu’ils connaissent », et prétend que son livre « n’est qu’un ramassis de méchancetés et très souvent de pures inventions, absolument inexactes ». Après avoir vécu quelque temps à Rarotonga et avoir touché un petit héritage, Andrews demanda en 1937 à voir lever son interdiction de séjour et à rentrer à Tahiti : « le pays que j’aime le plus au monde, écrit-il, et où je désire retourner et finir mes jours ». Il prétend n’avoir eu « aucune intention de froisser qui que ce soit ». L’administration fut sans pitié : « Il serait choquant de permettre à un étranger de vivre en pays français de revenus provenant d’écrits ayant voulu porter atteinte au prestige français ».

ANDRON, Jules (1854-1904)

Marin.

Né le 11 février 1854 à Rochefort (Charente-Maritime). Maître au grand cabotage, arrive à Tahiti vers 1885. Se fixe à Papeete. Commande plusieurs navires de la flottille locale jusqu’en 1896, époque où il quitte Tahiti. S’installe en Nouvelle-Calédonie, à Bourail, où il est chef de la flottille pénitentiaire. S’établit ensuite à Nouméa où il meurt en 1904. — De son union le 26 février 1887 à Papeete avec Camille Passard sont nés : Juliette, 1888. — Victoire 1890, épouse, le 27 août 1920 à Papeete, Hippolyte Mamelin. — Louise, 1892, épouse le sergent Gabriel Breut, le 4 décembre 1915.

ANGELI, Pierre (1921)

Gouverneur de la Polynésie française.

Né en août 1921 à Saint-André de Colone (Corse). Breveté de l’École Nationale de la F.O.M. Après un début de carrière comme administrateur à la F.O.M., entre à l’E.N.A. en 1950, est nommé au Conseil d’Etat en 1962 où il est alors successivement directeur du Cabinet de Pierre Billotte, 1965, de Joël Le Theule, 1968, de Michel Inchauspé 1968, ministres des D.O.M.-T.O.M. Nommé par décret en date du 11 février 1969 gouverneur, chef du Territoire de la Polynésie française, il y prend ses fonctions le 11 mars, avec la double préoccupation de préserver jalousement les liens qui unissent le Territoire à la France et de veiller au développement harmonieux de l’ensemble, en remédiant autant que faire se peut aux disparités régionales et sociales. Tente donc, et non sans succès, une expérience de franche coopération avec les élus locaux, utilisant pour cela au maximum le statut régissant le Territoire. C’est ainsi que, d’abord avec la majorité autonomiste — de son arrivée à septembre 1972 —, puis avec la majorité U.D.R. à partir de cette date, il parvient à faire remettre en vigueur certaines dispositions tombées en désuétude, et en particulier en accordant des missions individuelles dans certains secteurs administratifs aux conseillers du gouvernement. Parallèlement, essaie de poursuivre la politique de développement tentée par ses prédécesseurs, grâce aux moyens mis à la disposition du Territoire, indirectement ou directement, par l’implantation du C.E.P. C’est ainsi, qu’avec l’Assemblée Territoriale, il poursuit l’équipement public du Territoire (Maisons de la Culture, lycées, C.E.G., crèches, aérodromes, etc.), et amorce une politique d’économie rurale et de pêche — CNEXO —, tendant à rendre le Territoire moins dépendant des apports extérieurs. Enfin, affaire essentielle à laquelle le gouverneur Angeli a vraiment contribué par une action efficace, la réforme communale (décret du 17 mai 1972), qui crée 9 municipalités à Tahiti et 35 dans le reste de la Polynésie, apporte à la population la possibilité de prendre en main la gestion de ses propres affaires. Ajoutons qu’il développe également le courant touristique tout en essayant de préserver les sites — création de réserves — et en résistant à toutes les demandes de dérogation concernant les constructions en hauteur sur le front de mer de Papeete. En ce qui concerne le second objectif, le gouverneur Angeli fait son possible pour remédier aux disparités sociales, d’abord en poursuivant une politique d’amélioration des revenus et de protection des salaires — notamment par une collaboration très poussée avec les syndicats — puis en amorçant une politique territoriale des prix afin d’atténuer l’écart choquant que la géographie économique semble imposer entre les îles lointaines et pauvres et Tahiti. Persuadé que la distance est le véritable handicap à la vocation française de Tahiti, le gouverneur Angeli tente de remédier à cet éloignement en faisant diminuer les prix des voyages et en encourageant les échanges (jeunes, travailleurs, anciens combattants, élus, etc.) avec la métropole. Il crée dans ce but, à Paris, une Association des Amis de Tahiti. Le gouverneur Angeli profita des facultés que lui offraient tant les navires de la Marine Nationale que les circulations aériennes désormais possibles vers de nombreuses îles pour de fréquentes visites dans tous les coins de la Polynésie Française. Son ouverture d’esprit, sa connaissance des dossiers locaux, sa rondeur, sa bonne humeur, son sens de la réciprocité dans l’accueil, le plaisir non feint qu’il prenait aux manifestations de bienvenue qui lui étaient accordées, lui permirent de prendre langue avec les autorités locales et la population tout entière. Et lors de ses visites de départ, la sympathie et la reconnaissance de la population tahitienne trouvèrent encore le moyen de s’exprimer avec une chaleureuse sincérité. Ces « gentillesses » n’allaient pas sans une vraie fermeté et les affaires Lejeune (septembre 1970) et Danielsson (septembre 1972) ont prouvé que les décisions abruptes ne lui faisaient pas peur. — Quitte la Polynésie le 31 juillet 1973 après un gouvernement de presque quatre ans et demi qui reste le plus long de toute l’histoire de la Polynésie Française.

AOTOUROU, — AHUTORU, — nommé aussi POUTAVERI (1737 ?-1771)

Premier Tahitien venu en France.

Le chef Ereti laissa entendre à Bougainville, sur le point de quitter Tahiti le 15 avril 1767, que Aotourou désirait le suivre. Bougainville y consentit, heureux d’avoir ainsi avec son expédition un homme « parlant la même langue que ses voisins » et dont « le crédit pourrait être décisif en sa faveur ». Aotouroux « qui avait au moins trente ans », supporta aisément le voyage de retour et débarqua à Saint-Malo le 15 mars 1769. Il avait frappé tout le monde à bord par ses connaissances astronomiques et son esprit d’adaptation. « Le sauvage que M. de Bougainville a ramené de l’île qu’il a découverte… est arrivé à Paris, écrit le Baron Godefroy Van Swieten, diplomate autrichien alors en poste à Paris. Il est d’une couleur basanée, assez doux, mais triste. Il porte sur ses fesses des marques de noblesse qu’on imprime, dans ces pays-là, avec un fer chaud comme on fait aux chevaux dans nos climats. On a eu beaucoup de peine à le déterminer à s’habiller, précisément parce que cela cacherait son extraction distinguée et qu’il croyait qu’on en aurait moins d’égards pour lui » (cité par L. Perey, Charles de Lorraine, Paris, p. 272-273.) Bougainville n’épargnera ni son argent ni les soins pour rendre à Aotourou le séjour à Paris agréable et utile. Aotourou ne parla jamais bien le français : « il estropiait à peine quelques mots de notre langue, cependant tous les jours il sortait seul et parcourait la ville et jamais il ne s’est égaré… Souvent il faisait des emplettes, et presque jamais il n’a payé les choses au-delà de leur valeur. Le seul de nos spectacles qui lui plaît était l’Opéra ; car il aimait passionnément la danse. Il connaissait parfaitement les jours de ce spectacle ; il y allait seul, payait à la porte comme tout le monde et sa place favorite était dans les corridors ». Bougainville présenta Aotourou au Roi et aux Princes dans le cours de l’été de 1769. « Il était particulièrement attaché à Mme La Duchesse de Choiseul qui l’a comblé de bienfaits et surtout de marques d’intérêt et d’amitié… Aussi allait-il lui-même voir cette généreuse bienfaitrice toutes les fois qu’il savait qu’elle était à Paris. » Après un séjour de onze mois dans la capitale, Bougainville, sacrifiant pour cela 30 000 F — le tiers de sa fortune ! — réembarqua Aotourou à La Rochelle. La Duchesse de Choiseul « offrit une somme d’argent pour transporter à Tahiti un grand nombre d’outils de nécessité première, des graines et des bestiaux ». Le navire le Brisson, le transporta à l’île de France. Là, l’intendant Poivre l’accueillit qui préparera son retour à Tahiti. Embarqué sur le Mascarin, commandé par le capitaine Marion-Dufresne, le 18 octobre 1771, Aotourou gagna l’île Bourbon. Il y mourut de la petite vérole, le lendemain de l’arrivée du navire à Fort-Dauphin. Tahiti, désormais inutile pour l’expédition, ne fut pas visité. Le « Patagon » Aotourou connut, à Paris, un succès de curiosité fortement contrebalancé par le scepticisme et la critique qui accueillirent Bougainville lors de son retour. Son séjour à Paris n’a pas laissé les traces artistiques ou littéraires qu’Omai, le Tahitien de Cook, traînera après lui à Londres, et nous ne possédons pas, par exemple, un seul portrait de lui. Les manuscrits de Bougainville intitulés : Récit… sur le séjour de Boutaveri en France et Impressions de voyage de Aotourou, manuscrits dont on connaît l’existence, sont demeurés introuvables jusqu’alors. Et l’on ne connaît pratiquement Aotourou que par ce qu’en dit Bougainville dans le récit de son Voyage autour du monde (Paris, 1771), les auteurs ayant traité de ce sujet ne faisant que démarquer Bougainville. Un appendice terminal de ce voyage intéresse Aotourou : Observations sur l’articulation de l’insulaire de la Mer du Sud que M. de Bougainville a amené de l’île Taïti, p. 403-407. Il est évident qu’Aotourou sera une des sources principales du récit de Bougainville en ce qui concerne les mœurs et les coutumes des Tahitiens et qu’à ce titre, les ethnographes lui doivent beaucoup dont il fut le premier « informateur indigène ». Poutaveri, le surnom d’Aotourou, n’est que le nom de Bougainville, prononcé à la tahitienne.

ARBELOT, Jean (1912)

Ingénieur.

Né le 8 juin 1912 à Pont-du-Navoz (Jura). Arrive en Polynésie en 1938. Participe à la Seconde Guerre mondiale. Revient à Tahiti en 1947. Agent de voyage attaché à Tahiti Tour. Homme d’initiative et organisateur, Jean Arbelot construit, équipe et dirige deux hôtels par bungalows, l’hôtel Faratea à Taravao qui est le relais gastronomique des touristes qui font le tour de l’île et l’hôtel Aiméo à Mooréa. A ce titre, il est membre du conseil du Syndicat d’initiative. Aviateur, Jean Arbelot est vice-président de l’Aéro-club de Tahiti. Devient en 1968 directeur de Lan Chile pour les territoires français du Pacifique. Consul du Chili à Papeete depuis la mort de Carlos Palacios en 1971. — De son union avec Huiraa Asen, sont nés : Tamatoa, 1954 ; Hiro, 1956 ; Hina, 1960 ; Terooarii, 1961. D’une union antérieure, Philippe, 1936, commandant de bord à Air Inter.

ARBOUSSET, Thomas (1810-1877)

Missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris.

Né le 3 janvier 1810 à Pignau (Hérault). Vingt-cinq ans missionnaire en Afrique du Sud. Désigné avec son confrère et gendre Atger pour aller à Tahiti y relever les missionnaires anglais et « satisfaire les besoins religieux de la population ». Part du Havre le 1er décembre 1862. Débarque à Papeete, le 26 janvier 1863, du transport à voile la Dorade, après être passé par l’isthme de Panama. Il est reçu par le pasteur Howe. Pomaré l’accueille par un message de bienvenue daté de Raiatéa le 15 mars 1863, « pour être son pasteur, celui de sa famille, de ses enfants et celui de tout son peuple ». Prenant la succession du pasteur indigène Daniela, qui devient son suffragant, le 10 avril 1863, Arbousset est élu pasteur de Pare par ses paroissiens et est installé le 12 par le Rév. Howe, dont ce sera la dernière manifestation publique. Fonde un école du dimanche et un service dominical en français pour les Européens. Puis visite officiellement les différents centres religieux des Établissements Français de l’Océanie : Mooréa, les îles Australes, les Tuamotu et les îles Sous-le-Vent (1863, mai 1864). Organise la mission française et repart pour la France le 23 mai 1865, par le transport de l’État Dorade. Publie à Tahiti : Communications et instructions chrétiennes faites aux églises protestantes de Taïti, Mooréa, et des Tuamotu (1864, imprimerie du Gouvernement). A son retour en France, publie un volume Tahiti et les îles adjacentes. Voyage et séjour dans les îles de 1862 à 1865 (Paris, 1867) où il résume l’histoire religieuse de Tahiti et donne ses impressions de pasteur-visiteur. — La vie de Th. Arbousset a été écrite d’une manière édifiante et vague par G. Gallienne : Thomas Arbousset, 1810-1877, Paris, 1931, 344 p ; on y trouvera, p. 312, une curieuse image de Thomas Arbousset en costume tahitien. Décédé à Saint-Sauvant (Deux-Sèvres) le 23 septembre 1877. — Une note lui a été consacrée dans le Journal des Missions Évangéliques, 1953, p. 36-37. Une biographie a été rédigée par Henri Clavier, Thomas Arbousset, pionnier, Paris, 1963, 235 p.

ARCHAMBAULDT, Louis (1829-1876)

Pilote.

Né à Belle-Ile-en-Mer (Morbihan). Quartier-maître de manœuvres des équipages de la Flotte, arrive à Papeete vers 1856. Libéré le 16 juin 1859. Pilote de la rade de Papeete. Meurt le 13 mars 1876 sans postérité.

ARCKANGELSKY, Alexandre Michael (1872-1954)

Né à Moscou le 22 février 1872.

Impressionné favorablement par des timbres de Tahiti qu’il voit, par hasard, le 14 juillet 1907 à Sitka Harbour (Alaska), où sa femme était postère, A. M. Arckangelsky vient s’installer à Tahiti l’année suivante dans la presqu’île, à Vairao. Reçoit en 1925 la visite de l’amiral Robert E. Coontz, du Seattle, navire de guerre américain. Décédé, veuf, le 7 mai 1954 à Papeete. Voir à ce sujet : Oscar Nordman, Tahiti’s oldest resident came from Alaska (Pacific Islands Monthly, July 1953, p. 70, 85, port.)

ARDANT, Marcel (1897-1963)

Magistrat.

Né le 15 juillet 1897 à Paris. Docteur en droit. Engagé volontaire en 1914 et officier de Réserve. Arrive à Tahiti en 1938 comme Président du Tribunal supérieur. Joue un rôle épisodique lors du passage de Tahiti à la France libre, le 18 septembre 1940, à un moment où le Gouverneur Mansard, dans un moment de dépression, lui passe le pouvoir et où il tente de faire agir les troupes du Capitaine Broche pour évincer les membres du Comité de la France libre. Mobilisé, il quitte quelques jours plus tard la colonie avec le capitaine Broche sur le Wairua, à destination de Nouméa. Participe comme chef de Bataillon aux actions du Bataillon du Pacifique, en particulier à Bir-Hakeim et à El-Alamein. A Damas, le Général Catroux fera de lui un Commandant de la Justice militaire. Il sera même un temps prisonnier des Anglais du Gal Wavell. Décédé à Bastia le 16 juin 1963. Voir à son sujet : E. de Curton, Tahiti 40. Récit du Ralliement à la France libre des E.F.O. 1973.

ARGOD, Robert (1920)

Capitaine au long cours.

Né à Romans (Drôme). Dès l’École des Roches où il fait ses études secondaires rêve d’un voyage à Tahiti, expédition qu’il réalise dans sa trentième année. Il quitte Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) en mai 1950 sur la Fleur d’Océan, dundee de 45 t. Il est accompagné de sa femme, de ses enfants et des ménages de ses amis le Rouennais Pierre Suzanne et le Belge Louis Wandewielle. Un matelot et un mécanicien sont du voyage. Ils parviennent à Papeete en décembre 1950. A Tahiti, Robert Argod commandera successivement la Véga, le yacht de Cornelius Crane, l’Orobena, la goélette de l’administration locale, durant 18 mois, puis l’Oiseau des Iles I, navire de la Compagnie française des phosphates de Makatéa qu’il va vendre au Mexique, et l’Oiseau des Iles II. Rentre en France en 1959 ; professeur à l’École d’Hydrographie de Marseille. A Tahiti, Argod sera l’ami d’Eric de Bisshop dont il apprécie le caractère et les recherches et dont il mettra en ordre les papiers scientifiques. Louis Wandewielle reviendra à Tahiti. Il a laissé un livre de voyage : Pénélope était du voyage.

ARIBAUD, Jean (1835-1897)

Employé de commerce.

Né le 8 septembre 1835 à Toulouse (Haute-Garonne). Débarque à Papeete, en avril 1875 du navire anglais Eddystone, venant de Californie. Employé comme commis dans diverses maisons de commerce de Papeete où il meurt le 4 février 1897

ARIITAIMAI, Princesse Teriirere i otu rau ma torai ariioehau (1821-1897)

Son père Tapu a Taaroa était le fils de Tauraa tua i Patea plus connu sous le nom de Tati, chef de Papara, grand chef du clan des Teva, et le neveu du valeureux Opuhara, le nationaliste tahitien qui périt le 12 novembre 1815 à la bataille de Fei Pi et dont la lance Ouri here Taeae Ore, d’après certains auteurs, aurait été un temps conservée au Musée de la Marine, alors installé au Louvre.

Sa mère se nommait Marama Ariimanihinihi. Unique héritière du grand chef de Mooréa, elle possédait, tant dans cette île qu’à Tahiti, des terres considérables attachées aux titres provenant de treize marae. Ariitaimai est née à Papeari où sa mère vint s’installer pour y faire ses couches afin que son enfant voie le jour dans ce coin de terre, berceau de la famille royale. La mère de la princesse Aimata, devenue plus tard la reine Pomaré IV, assistait aux cérémonies qui accompagnaient alors de telles naissances. Voyant dans cette enfant une future rivale pour sa fille, elle exploita le vœu d’adoption formulé par Pomaré II, au moment de sa mort pour s’emparer de cette fille et l’amener avec elle à Pare. La jeune princesse Ariitaimai grandit au côté d’Aimata ; sa cousine devint sa plus grande amie, et l’aima jusqu’à sa mort d’une affection particulière. Elle épouse, au début de 1842, Alexandre Salmon (voir à ce nom pour l’histoire des Salmon et la descendance d’Ariitaimai). Fort jeune et presque après son mariage, Ariitaimai fut mêlée de très près à la politique locale. Plusieurs fois, en effet, elle interviendra auprès de la reine Pomaré, alors en exil volontaire, pour essayer de la ramener à Tahiti. Une première fois, en juillet 1844, elle s’en fut à Raiatéa avec son mari pour voir la Reine. En vain. Second voyage sur une goélette : Ariitaimai va à Raiatéa, pendant que son mari va à Huahiné. Il s’agit de négocier un cessez-le-feu avec les indigènes en guerre avec les Français. La Princesse passe deux mois auprès de la Reine à Vairahi, pendant que son mari, à Huahiné, fait accepter à l’Assemblée les conditions présentées par le gouvernement français. Troisième voyage d’Alexandre Salmon et de sa femme auprès de la Reine, sur la goélette Ana. Les chefs donnent à Pomaré le conseil de rentrer et l’abandonnent. « Nous avons entendu dire que la Grande-Bretagne renonçait à vous secourir… Regagnez vos États sans tarder. Les bateaux sont à votre disposition. » Mais la Reine fait de nouveau volte-face et Salmon et sa femme rentrent seuls à Tahiti. Lors d’une quatrième tentative, après les définitifs succès militaires français, Ariitaimai réussit à convaincre la souveraine qui accepta de se rendre à Mooréa, le 6 février 1847, où le gouverneur Bruat vint la chercher en grande pompe. A propos du retour de la Reine à Tahiti, Ariitaimai écrira dans ses Mémoires : « En arrivant à l’hôtel du gouverneur, nous avons trouvé rassemblés tous les commandants… et devant eux, j’ai été remerciée par le commandant Bruat de tout ce que j’avais fait pour mon pays ». Élue cheffesse de Papara, en 1855, en remplacement de son grand-père Tati, « elle a su par ses conseils éclairés et ses enseignements, ouvrir aux Tahitiens la voie du progrès et avec l’aide de Tati son fils aîné, qui lui succéda dans les fonctions de chef de Papara en 1890, faire de ce district, le plus riche et le plus prospère de la colonie ». (Nécrologie de la Princesse… Ariitaimai, Papeete, 1897, p. 10). Henry Adams, qui passe à Tahiti en 1891, écrit d’elle dans sa correspondance océanienne : « un type très pur, d’un comportement royal, dans le style de son pays… ce qui signifie qu’avec Mataafa, je n’ai pas rencontré dans tout le Pacifique de personnalités locales plus intéressantes » (8 avril 1891). Ariitaimai mourut à Papeete au matin du 24 juin 1897. Elle avait soixante-seize ans. La ville prit le deuil et des députations d’indigènes vinrent apporter condoléances et offrandes de deuil… Les obsèques eurent lieu le 26. Au temple le pasteur Vernier prit la parole. Il loua : « Sa descendance illustre à côté des Pomaré… l’éclat avec lequel elle remplit… ses fonctions de cheffesse de Papara… ; le rôle qu’elle a pu jouer dans l’histoire contemporaine de son pays… ; son adhésion cordiale aux événements qui ont finalement fait de Tahiti une terre française ; l’intelligence supérieure qu’elle a constamment déployée dans ses diverses situations… Rien de trivial et de commun dans cette personnalité distinguée. Rien non plus de hautain ou de dédaigneux dans toute sa manière d’être parmi les humbles et les petits… Sa parole avait un charme irrésistible. Dans sa bouche, la langue tahitienne qu’elle parlait à la perfection était une musique douce et pénétrante qu’on ne se lassait pas d’écouter… De là l’ascendant qu’elle exerçait sur son entourage. » Le pasteur Vernier célébra surtout la femme de foi : « elle a toujours été un des membres les plus fidèles et les plus dévoués de l’Église Protestante Tahitienne du chef-lieu. » L’inhumation se fit à Papara où se trouve le tombeau de famille. Le cortège y arriva vers minuit accompagné de Tahitiens porteurs de flambeaux et de torches. Ariitaimai a droit à la reconnaissance des Tahitiens pour avoir rédigé ses Mémoires qui sont un intéressant document culturel, historique et ethnographique dont elle a puisé l’essentiel dans la connaissance de ses traditions familiales. Beaucoup d’événements de l’histoire de Tahiti y trouvent leur explication. Ariitaimai n’écrivit de sa propre plume qu’une faible partie de ses souvenirs. C’est sous l’impulsion d’Henry Adams, historien professionnel américain présent à Tahiti que le récit prit naissance. Adams rédigea le texte tiré de ces entretiens, l’envoya à Tahiti pour approbation et le publia. Si son active collaboration ôta peut-être à ces souvenirs un peu de leur personnalité, elle leur avait du moins permis de prendre corps ! — Après plusieurs éditions assez confidentielles, anglaises, américaines ou allemandes, les Mémoires d’Arii Taimai ont été publiés en français par les soins de la Société des Océanistes en 1964 (Publication n° 12).

ARMITAGE, Elijah

Missionnaire de la London Missionary Society.

Originaire de Manchester. Est envoyé, avec sa femme et Thomas Blossom, à Tahiti, comme artisan et quitte l’Angleterre le 19 mai 1821. Arrive à Tahiti le 25 septembre suivant par le baleinier anglais le Tuscan. Armitage et Blossom sont envoyés par la Société Missionnaire de Londres pour apprendre aux indigènes des îles de la Société à traiter le coton. L’expérience de Gyles n’ayant pas donné de résultats on la reprend sous un autre biais, d’après les conceptions des Directeurs de la Société, conceptions qui pouvaient sembler raisonnables à Londres, mais qui, sur place, apparaissaient à ceux qui connaissent les Tahitiens comme de fantaisistes utopies. Armitage, après quelques mois passés à Pirae, passe à Mooréa au début de 1823 où il installe sa fabrique. Fiasco. Dix ans plus tard il va tenter la même expérience à Rarotonga. Ces essais coûtèrent fort cher à la Société et, n’ayant abouti à rien, durent être abandonnés. Armitage rentre en Angleterre avec sa famille en mars 1836, date à laquelle il cesse d’appartenir à la Société. — Sur Armitage et ses tentatives cotonnières voir : J. Coulter, Adventures in the Pacific. 1845, p. 285-286.

ARNAL, François (1924)

Artiste.

Né en Provence. En mai 1957 part pour Tahiti « où l’on vit nu et sans argent ». Dessine des foulards pour un de ses amis. Se remet à peindre. Expose. Avec l’argent de ses toiles s’achète un bateau et quitte Tahiti.

ARNAUD, Charles (1844-1901)

Maître au grand cabotage.

Ancien marin des équipages de la Flotte, débarque à Papeete le 5 octobre 1878 du Percy Edward, en provenance de San Francisco. Maître au grand cabotage en 1878, il naviguera au commerce local. Commande plusieurs navires de la flottille, particulièrement les goélettes Island Bell et Fariipiti. Fréquente surtout les îles Tuamotu, où il est connu comme « le loup blanc ». Au cours d’un de ses voyages, meurt en mer le 10 juin 1901. Inhumé à l’île Tureia. Quelques années après sa dépouille mortelle est ramené à Papeete, au cimetière de l’Uranie. — Épouse Adélaïde Chebret, 1864-1918, le 14 septembre 1882, à Papeete ; union restée sans postérité.

ARNAUDTIZON, Marc (1815-1860)

Commerçant.

Né à Canteleux (Seine-Maritime). Condisciple de Flaubert au collège de Rouen. En 1850, Marc Arnaudtzon, « manufacturier connu », s’embarque au Havre, sur l’Arche d’Alliance, capitaine Cazalis, comme délégué de la Chambre de Commerce de Rouen pour un voyage dans les mers du Sud et en Chine. Par Valparaiso (août 1850), San Francisco (oct.), Hawaï (février 1851) gagne Tahiti où il arrive le 19 mars. Rejoindra la France par l’Australie (nov. 1851), la Nouvelle-Calédonie, les Hébrides, les Philippines (juin 1853), la Chine (Macao, sept.) pour être au Havre le 23 avril 1854. Au retour de ce périple de quatre ans, Arnaudtzon publia une brochure : Exploration commerciale dans les mers du Sud et de la Chine par M. Marc Arnaudtzon, délégué de la Chambre de Commerce de Rouen. Rapport de ce délégué (Rouen, imprimerie Alfred Péron, 1854, 115 p.). On y trouve, sur les possibilités commerciales de Tahiti à cette époque, des renseignements rétrospectivement curieux. Voilà ce qu’écrivait sur son livre de notes Arnaudtzon après avoir eu le plaisir de saluer « la fameuse reine Pomaré entourée des Princesses Royales de sa suite… Dans les cotonnades : les indiennes à effet se placeraient avantageusement. … Les indiennes deuil, noir et blanc enlevage, se sont bien vendues. Les indiennes bleu et blanc enlevage, également. Les indiennes bon teint, grands dessins, conviennent, ainsi que les indiennes vapeur, dans les mêmes dessins. Les indiennes meubles glacés ne se vendraient qu’aux Européens, et, par conséquent, en très petite quantité. Les foulards de coton ont été enlevés, et seraient d’une vente courante dans les couleurs vives et dessins tranchés. Pour donner une idée de la valeur que les Canaques y attachent, il suffira de dire que, dans plusieurs îles de l’Océanie, pour un de ces foulards, nous obtenions d’eux ce que nous voulions : des armes indigènes, des curiosités du pays, cinquante ou soixante beaux ananas qu’ils n’auraient pas voulu se donner la peine de cueillir pour 10 ou 15 F. Taïti, par la beauté de son ciel et l’heureuse influence de son climat, ajoute le Rouennais Arnaudtzon, nous défie pour nos draperies. N’y songeons pas. Il n’en est pas de même des soieries et des rubans. Ces deux articles conviennent admirablement, et s’y écouleraient autant que le comporte la population des voluptueuses et coquettes indigènes. Les vins de Bordeaux, de Champagne, les eaux-de-vie, les liqueurs, l’absinthe, l’eau de fleurs d’oranger, les sirops, les conserves et approvisionnements pour navires, l’huile d’olive, le vinaigre, la verrerie, la faïencerie, les quincailles de toute espèce, la bonneterie, la chaussure pour hommes et pour femmes, les chemises blanches, les chemises imprimées, les paletots et pantalons d’été, les ombrelles, les parapluies en soie, sont des articles qui se vendraient avec de beaux bénéfices à Taïti, en ayant soin de ne pas en envoyer une trop grande quantité à la fois. Si les affaires ne sont pas considérables dans ce petit archipel, elles y sont en revanche bien faciles. Les ventes se font généralement au comptant, moyennant une commission de 5 %. Aucun droit de douane n’est perçu sur les marchandises. Les frais de navigation se bornent à un pilotage de 2,50 F par pied de tirant d’eau à l’entrée et à la sortie des navires. Il n’y a ni droit de port, ni droit d’ancrage ; les frais de débarquement sont presque nuls. » À la suite de ce voyage, Arnaudtzon, qui avait laissé une partie de lui-même à Manille, s’en fut fonder une maison de commerce aux Philippines où il mourut le 8 février 1860 au cours d’un voyage à l’un des comptoirs qu’il avait créés dans l’archipel. Sur Arnaudtzon et son voyage, voir deux articles du commandant Cottez dans le Bulletin de la Société des Études océaniennes, déc. 1956, p. 610-629 ; et déc. 1957, p. 723-741.

ARNOULT, Albert Charles (1900)

Colonel.

Né le 13 novembre 1900 à Ceintrey (Meurthe-et-Moselle). Engagé volontaire en 1918 dans les chasseurs alpins, aspirant, après être passé par une école militaire, fait une carrière militaire dans les troupes d’Afrique. Campagnes de Tunisie lors de la Seconde Guerre mondiale. Prisonnier et évadé. Campagnes de France et d’Indochine. Prend sa retraite anticipée et venu à Tahiti en promeneur, s’y fixe. René Solari fait de lui un secrétaire de la Chambre de Commerce, en avril 1954. Situation qu’il occupe sous la présidence de Robert Hervé et de Charles Poroi. D’abord établie sur les quais, la Chambre de Commerce s’installe dans ses meubles, rue du Dr Cassiau, en fin 1957. Elle est composée de 18 membres élus sur une liste électorale spéciale de commerçants français ayant plus de 5 ans d’ancienneté. Albert Arnould fonde avec Robert Hervé en 1954 l’Association des Officiers de réserve de Tahiti… Il préside diverses associations d’anciens combattants. Philatéliste, il est président de la section tahitienne de la Liaison philatélique de la Polynésie Française qui groupe une trentaine de membres. Délégué pour le Pacifique du Souvenir Français. Officier de la Légion d’honneur, médaillé de la Résistance avec rosette, commandeur de l’Ordre du Mérite. De son union, à Papeete, en 1956, avec Henriette Temauri, 1930, sont nés Anne, 1957. D’une union antérieure, Jacques, 1936, épouse à Papeete, Françoise Penilla y Perella.

ARNOUX, Pierre Alexandre (1807-1862)

Médecin de Marine.

Né à Rochefort (Charente-Maritime) le 22 juin 1807. Voyage à bord du Rhin, corvette française, de 1842 à 1846. La bibliothèque de l’hôpital maritime de Toulon conserve de lui un Rapport médico-chirurgical où il est question « de Nouku-Hiva, de Taïti, des Wallis et de la Nouvelle-Calédonie ». Décédé médecin-chef, à Fort-de-France (Martinique) le 24 mai 1862.

ARTIGUES, Baptiste (1837-1908)

Boucher et propriétaire.

Né le 8 septembre 1837 à Pointis-de-Rivière (Haute-Garonne). Boucher à Papeete en 1857, puis quitte Tahiti. Revient à Papeete le 3 mars 1865, venant d’Australie. Reprend sa boucherie. En 1869, commissaire de police à Papeete, puis gardien du lazaret de l’îlot Motu-Uta dans la rade de Papeete de 1903 à 1905. Propriétaire à Huahine (îles Sous-le-Vent) où il meurt le 16 avril 1908.

ARTUR, Gilles (1928)

Conservateur du Musée Gauguin.

Né le 4 février 1928 à Paris. Travaille comme professeur en Nouvelle-Zélande et circule comme journaliste dans le Pacifique. Fait des séjours aux Nouvelles-Hébrides en 1953 et 1954, au cours desquels il visite les Big Nambas de Mallicolo, collaborant aux films et aux écrits tirés de cette expédition par Michel Lablais et Freddy Drilhon (le Peuple inconnu, Paris, 1955). Arrive à Tahiti en juillet 1964, comme journaliste. En janvier 1965 est nommé conservateur du Musée Gauguin que la Fondation Singer-Polignac vient de créer au bord du lagon de Papeari sur une parcelle du jardin botanique, offerte à la Fondation par un mécène américain, Cornelius Crane. Pour cet emplacement choisi, l’architecte Jean-Claude Bach a dessiné les plans d’un musée à la fois fonctionnel, adapté au cadre naturel et moderne, dont son collègue Rodolphe Weinmann surveille, comme architecte opérationnel, la construction qui est exécutée de février 1963 à novembre 1964. Le père O’Reilly, qui est à l’origine de ce mémorial en l’honneur de Paul Gauguin et en a recueilli les éléments en Europe, vient installer le musée de juillet à novembre 1964, en compagnie de René Dessirier, décorateur parisien, responsable des aménagements intérieurs. Les jardins ont été réalisés par Jean-Noël Maclet, alors en charge du jardin botanique. Le musée Gauguin est inauguré le 15 juin 1965, en présence du gouverneur Sicurani, du professeur Roger Heim, président en exercice de la Fondation. Deux timbres sont émis à cette occasion. Un Catalogue du musée Gauguin a été publié dès l’ouverture, 144 p. — Artiste doublé d’un organisateur et d’un homme d’action, Gilles Artur, non seulement a su « conserver » le musée qui lui était confié, mais l’a aménagé plus largement et lui a donné vie, en créant une « Association des Amis du Musée Gauguin », qui concourt à l’organisation de maintes manifestations : concerts, expositions, conférences, etc. qui en font un centre de vie culturelle. Une salle de peinture contemporaine a même été ouverte à Papeari.

Bibliographie. P. O’Reilly, Un Musée Gauguin à Papeete. (Cahiers du Pacifique, sept. 1963, p. 1-7). — Le Musée Gauguin de Tahiti, Paris, Fondation Singer-Polignac, Paris 1966 ; contient les discours prononcés le jour de l’inauguration. — Philippe Viel, Gauguin dans ses meubles. (Courrier des Messageries Maritimes, Noël 1965, p. 34-38)

ATA, Alexandre, dit Alec (1933)

Fonctionnaire.

Né le 12 août 1933 à Papeete. Après des études chez les Frères à Papeete, quitte le territoire en 1947 pour Toulouse où il est reçu au baccalauréat en 1950. Suit les cours de l’Institut d’Etudes politiques à Toulouse et s’inscrit à la Faculté des Lettres de Paris en 1954. Milite parmi les membres de l’Association des Etudiants tahitiens de France. Revient en Polynésie par le Calédonien en mars 1958. Sert successivement aux Affaires administratives, au service de l’Agriculture, de la Douane et enfin, après un passage à la SITO en qualité de délégué, à l’Office de développement du Tourisme de la Polynésie française, dont il deviendra rapidement le Directeur. A la tête de cet organisme qui est dirigé par un conseil d’administration présidé depuis de longues années par son ami Jacques Droller, Alec Ata, en possession d’un très important budget (plus de 140 millions en 1971), d’un local qui fait honneur à l’architecture tahitienne par le choix de son site et sa parfaite adaptation à ses fins, assisté par un personnel nombreux et qualifié, lui-même « passionné par la mission qui lui a été confiée » a beaucoup fait pour le développement du tourisme. Sillonne le Pacifique — sept missions en 1971 — pour faire connaître Tahiti, participe ou reçoit les conférences de la PATA, exécute et diffuse affiches, dépliants et cartes postales, monte une photothèque, organise des campagnes de publicité, des voyages d’études et des tours éducatifs, accueille et couronne les congressistes, les journalistes, les cinéastes, les notabilités internationales de passage à Tahiti, se multipliant en autant de tâches qu’il constate de nécessités. Appuyant en même temps les projets d’équipement « hôteliers, sportifs, distractifs et culturels » — ainsi subventionne-t-il des fouilles américaines à Huahine permettant la restauration d’un groupe de marae — suscitant les études d’experts… Le Rapport d’activité de l’Office, que signe chaque année Alec Ata, donne la plus juste idée de son action multiforme et de ses résultats sur le plan touristique. Tout cela en essayant de conserver au mieux au territoire son image de marque : on lui doit notamment les « Journées de l’arbre », celle des « mille fleurs », « du pareo », la « Nuit de la danse », etc. — Alec Ata fut président des anciens élèves des écoles protestantes.

ATCHOUN, voir WONG KONG SIONG

ATGER, Edwin (1930)

Ingénieur et homme politique.

Arrière-petit-fils de Jean Atger. Fils du président du Conseil de district de Faaaha, Tahaa. Après son brevet qu’il prend à Papeete, part en France et obtient un diplôme d’ingénieur-géomètre à l’école des Travaux Publics. A son retour à Tahiti est nommé subdivisionnaire des Travaux Publics à Uturoa et chargé d’une étude sur les possibilités d’un barrage au lac Vaihiria. Il fondera le groupement des producteurs de nacre et de vanille et installera une fabrique de pâtes alimentaires à Papeete. S’intéresse aux affaires publiques et est élu conseiller indépendant des îles Sous-le-Vent en 1957. Aux élections législatives de 1960, ayant comme suppléant Georges, Tetua, Pambrun, a obtenu environ dix pour cent des suffrages. Entrepreneur, après un essai d’installation à Nouméa, revient à Papeete.

ATGER, François-Émile (1834-1909)

Missionnaire protestant des Missions Évangéliques de Paris.

Né le 1 mars 1834 à Saint-Jean du Gard (Gard). Etudes théologiques à Montauban ; consacré au temple du Vigan en 1858. Pasteur dans les environs du Vigan ; il épouse Sophie Arbousset en 1861 et, l’année suivante, accepte de rejoindre son beau-père envoyé à Tahiti par le Comité des Missions Évangéliques de Paris. Par Colon et Panama arrive à Tahiti le 10 juillet 1864, accompagné de sa famille. Il sera le créateur de l’école protestante française-tahitienne de Papeete, École Viénot, qui est ouverte le 1 août 1864, d’après un arrêté du gouverneur de la Richerie, daté du 20 juin. « L’école se tiendra dans le Temple et l’instruction sera donnée gratuitement de 9 h à midi aux garçons et de 1 h à 4 h aux filles. Une classe spéciale de 7 à 9 h pour ceux qui désirent une instruction plus soignée. » Au départ d’Arbousset, il le remplace dans ses fonctions de pasteur de Papeete. Quitte la direction de l’école le 6 juin 1866, à l’arrivée de M. et Mme Viénot. Donne sa démission de pasteur des Îles de la Société et rentre en France en avril 1870. Il avait régulièrement collaboré au Journal des Missions de l’époque. Après son retour, il exercera le ministère en France. Meurt à Tunis le 14 décembre 1909. — De son union, en France, avec Anne Sophie Arbousset, 1841, sont nés à Tahiti : Thomas, 1864-1883. — Jeanne, 1867-1883. — Kitty Sarah, 1869. — Voir sur lui : In Memoriam. François Atger (Journal des Missions Évangéliques, Paris, 1910, 1er sem., p. 84-86).

ATGER, Jean (1829-1897)

Commerçant et propriétaire.

Né le 17 mai 1829 à Saint-Pauldes-Costes (Gard). Arrive à Tahiti par le Saint-Marc, venant de Bordeaux, le 5 février 1868. Tout d’abord s’établit comme débitant de boissons à Papeete, puis quelques années après se fixe à Hamuta, district de Pirae, où il se livre à la culture et à l’élevage. Meurt à Papeete le 14 mars 1897. Membre de la Chambre d’Agriculture en 1893. Chevalier du Mérite agricole. De son union, en France, avec Louise Delfieu († 1915) sont nés : Léonie, 1869-1914. — Lydie, 1870, épouse, le 3 août 1893, à Papeete, Firmin Savignault dont le fils Louis, 1893, est tué à l’ennemi le 23 avril 1915 à Herleville (Somme) ; veuve, se remarie, le 7 octobre 1897, à Papeete, à Alfred Deniau. — Albert, 1874. — Édouard, 1876-1918. — Ernest, 1878, épouse le 22 janvier 1929 à Papeete Marie Brown. — Henri, 1882.

ATWATER, Dorence (1845-1910)

Consul américain à Tahiti.

Né le 3 février 1845 à Terryville (Conn.), U.S.A. S’engage à 16 ans et demi dans les troupes nordistes lors de la guerre de Sécession. Prisonnier des Sudistes, il réussit à établir la liste des 13 000 morts d’Andersonville. Mais, libéré à la paix, son mauvais caractère le fait emprisonner à nouveau par les Nordistes ! Finalement, sorti de prison, il reçoit un consulat aux Seychelles, puis aux îles de la Société où il servit vingt-six ans. Il arriva à Papeete en octobre 1871 et succéda à Francis A. Perkins. Souffrant d’asthme, et le climat de Papeete ne lui convenant pas, Atwater sera à Tahiti un consul à éclipses. Il passait une bonne partie de son existence en mer, naviguant entre les îles et San Francisco, faisant les affaires du consulat lors de ses touchées à Papeete. Comme consul, il connut quelques difficultés avec le résident Gilbert-Pierre, au sujet d’articles parus dans les journaux de San Francisco ou de la vente d’un de ses navires. Gilbert-Pierre voit en lui « un homme taré… honni par tout le monde ici… et dont le caractère n’est certes pas celui qu’on serait en droit d’attendre du consul d’une grande nation. Il est cependant jaloux à l’excès des privilèges attachés à sa fonction ». Dissentiments passagers, car on s’accorde généralement à considérer Atwater comme un homme parfaitement droit, encore que fort entendu pour mener ses affaires. Son mariage avec une des filles d’Alexandre Salmon, une des plus riches héritières de Tahiti, lui a en effet apporté des biens territoriaux dans l’archipel et les intérêts dans les pêcheries de perles. Il s’ingéniera à mettre ses terres en valeur. « M. Atwater est propriétaire, à Papara, d’une vaste vanillerie, de 10 ha environ, plantée depuis peu, lisons-nous dans un rapport de la Commission chargée de la visite des plantations (Messager de Tahiti, 7 février 1879). Il y aura là, dans quelques années, une splendide vanillerie dont on peut espérer de grands revenus. » Il sera un des amis et des supporters de Stewart, le gérant d’Atimaono. C’est lui qui accueillera Henry Adams et son ami John La Farge lors de leur séjour à Tahiti en 1891. C’était un homme fort corpulent, jovial et plein d’humour. On lui prête, à Tahiti, outre de nombreuses plaisanteries, l’introduction de la première bicyclette — un tandem — et celle du premier manège de chevaux de bois. Il mourut à San Francisco, en novembre 1910. Son corps fut rapporté à Tahiti et une stèle érigée au cimetière de Papara. Il avait épousé, à Papeete, Moetia Salmon, 1848-1935, le 27 octobre 1875, union demeurée sans postérité. Son mariage n’avait pas été sans susciter quelques jalousies : « An extraordinary marriage intrigue » avait titré une feuille de San Francisco dans une chronique tahitienne, qui ajoutait « Beauty sacrificed to lust and ambition ». Un monument lui a été érigé à Terryville, sa ville natale, en souvenir de son patriotisme lors de la guerre. — Voir sur lui : Francis Atwater, Memorial adresses delivered… on two martyrs… victims of military despotism. Privately printed, Meriden (Conn.) 1912, 32 p., pl. h. t., port., 23 cm.

AUBRY, Ernest (1876-1958)

Chef de Faaa.

Né à Papeete. Élève de l’école des Frères. En 1899 est nommé catéchiste de la mission catholique. En 1918 est élu conseiller du district de Faaa, dont il deviendra le chef en 1934, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort, le 9 septembre 1958. Le « patriarche de Faaa », dira sa notice nécrologique, était « estimé des gens sages du district, redouté des autres, nul ne lui manqua de respect. Sa forte personnalité s’imposait à tous ». Il fut un catéchiste zélé, cinquante-sept ans durant : « soucieux du bien spirituel et temporel de ses administrés, il écarta impitoyablement de son district tout débit de boissons ». C’est sur ses instances que Mgr Mazé ouvrit en 1950, à Faaa, l’école des Sœurs de N.-D. des Anges. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Il avait épousé, à Faaa, en 1893, Rose Tefaea Thumbo, il eut douze enfants et trente-huit petits-enfants. Parmi ses enfants : Abel, capitaine de réserve du Service géographique de l’armée, résidant à Paris ; Eugène, caporal radio-mitrailleur, engagé volontaire dans les Forces Aériennes Françaises Libres en 1941, mort pour la France en 1942, cité ; Maxime, engagé volontaire dans les Forces Navales Françaises Libres. — Note nécrologique dans : Le Semeur, Papeete, octobre 1958.

AUBRY, Jean (1842-1876)

Maçon et propriétaire.

Né le 26 mars 1842 à La Malmaison (Meurthe-et-Moselle). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti vers 1865 ou 1866. Son temps terminé, se fait libérer à Papeete en 1869, où il se fixe pour y exercer son métier de maçon. Un peu plus tard on le trouve propriétaire au district de Faaa. Meurt à Papeete le 7 mai 1876. — De son union, le 13 novembre 1869 à Papeete, avec Marie Vidal, est né : Ernest, 1876.

AUCH, Georges (1824)

Colon militaire.

Né à Village-Neuf (Haut-Rhin) le 4 mars 1824. Ouvrier de la 6 compagnie d’artillerie de marine part de Brest le 4 octobre 1846 par la gabarre Loire. Débarque à Papeete le 8 mai 1847. Libéré à Tahiti, le 31 décembre 1853, comme colon militaire. S’installe au district de Faaa, puis dans celui de Punaauia. En 1879, on le trouve propriétaire à Taravao, dans le district de Afaahiti. D’une liaison avec une Tahitienne, à Faaa, il a un fils Eugène, 1854-1910, qui épouse, en 1872, à Papeete, Tehirau a Teriifaaharatua. De cette union sont nés : Louise, 1873-1889. — Alexandrine, 1873-1907. — Georges, 1876. — Joseph, 1878-1950. — Véronique, 1880. — Jean, 1882, marié à Mahina le 12 avril 1899, à Mahuta Titi ; veuf, se remarie le 24 décembre 1921 avec Terii a Maiate ; plusieurs enfants de ces unions. — Chrétien, 1883-1896. — Eugène, 1885-1950, épouse, le 29 mars 1911, à Papeete, Tivea Urahutia quatre enfants. — François, 1887-1900. — Nicolas, 1889.

AUDRAN, Hervé (1880-1918)

Religieux picpucien.

Né le 10 février 1880 à Landévant (Morbihan). Profès dans la congrégation en 1901. Y est ordonné prêtre en 1906. Affecté à Tahiti, arrive à Papeete le 4 décembre 1906 sur le Kroonland. Remplace un an le Père Ferrier à Mangareva, mars 1907-juin 1908, puis est alors envoyé aux îles Tuamotu où il passera la fin de sa vie, « sans avoir à proprement parler de poste fixe… d’une vie continuellement voyageuse ». Commencera par relever les ruines des cyclones de 1903 et 1906 ; construira ou reconstruira des églises, développera des plantations de cocotiers : les plantations de Fangatau et de Puka Puka sont dues à son initiative. Homme compétent et autoritaire, il a tenu à ce que les indigènes plantassent leurs arbres sans tenir compte des multiples limites des parcelles individuelles et en quinconce, avec des espaces de 9 à 10 m entre les arbres, ce qui a permis les merveilleuses plantations qui, vingt ans plus tard, faisaient de ces îles les plus riches de Tuamotu. Il aura un temps son centre à Fakahina « la reine du coprah », île à laquelle il s’est beaucoup intéressé, esquissant son histoire, en dressant la carte, passionné qu’il était pour les traditions et les coutumes de ses ouailles. Il a laissé après lui des notes ethnologiques dont certaines ont été publiées par le Bulletin de la Société des études océaniennes de Papeete dont il était membre. Il meurt, jeune, à trente-huit ans, victime de son dévouement aux malades, atteint de la grippe espagnole, à Makatea, le 8 décembre 1918. Son corps sera transporté au cimetière de la Mission à Papeete, en décembre 1965, lors de la fermeture des Phosphates.

AUDUREAU, Jean (1852-1883)

Restaurateur.

Né le 31 janvier 1852 à Lalande (Gironde). Soldat du 3 régiment d’infanterie de marine. Arrive à Papeete le 6 avril 1875, par le transport de l’État Navarin. A sa libération à Tahiti, vers 1879, ouvre un restaurant rue Bougainville, avenue Bruat et Rivoli, qu’il exploite de concert avec son beau-père Amiot. Meurt à Papeete le 5 avril 1883. — De son union avec Antoinette Amiot, 1865, le 25 janvier 1881, à Papeete, est né : Pierre, le 26 mai 1882. — A la mort de son époux, elle quitte Tahiti définitivement, avec son fils, pour la France.

AUFFRAY, Jules (1866-1949)

Fonctionnaire et avocat-défenseur.

Fils unique du suivant. Né à Londres le 17 novembre 1866. Arrive avec ses parents à Tahiti le 1 avril 1874. Retourne en France faire ses études et travaille aux Beaux-Arts. Vient rejoindre son père à Papeete en septembre 1885. Débute aux Ponts et Chaussées. Nommé piqueur en 1890. A la création de la commune de Papeete, est nommé chef des travaux municipaux et de la voirie, emploi qu’il détient pendant vingt années, avec compétence. S’occupe également des opérations de cadastre dans les districts. L’âge venant, il est obligé de se démettre de ses fonctions. Son activité n’en souffre pas pour autant. Homme de grande culture, il est sollicité en 1919 par Me Sigogne, avocat à Papeete, qui lui offre la direction de son secrétariat. A la mort de ce dernier, il prend sa succession et est inscrit au barreau tahitien. Doyen des avocats. Meurt à Papeete le 13 septembre 1949. Il était propriétaire de plusieurs terrains à Pueu et à Papeete. C’était un peintre du dimanche et un amateur d’art. On conserve de lui un portrait par Grès. Il était officier d’Académie et chevalier de l’Étoile noire du Bénin. De son union avec Reia-tua a Tetupaia a Pehe, descendante d’une famille de chefs de Pueu, est née Hélène, 1897-1971. Demeurée célibataire, Hélène Auffray, personne cultivée, musicienne et artiste, s’intéressa à la peinture. Aimant son pays et bien conseillée par son amie Anne Hervé et par Werner Winkler, elle s’entoura de toiles de Gouwe, de Grès, de Bouloc, d’Yves de Saint-Front, de Heyman et de bien d’autres artistes dont la réunion faisait de sa résidence du quartier de la Mission une sorte de galerie des meilleurs peintres tahitiens de son temps. Elle légua généreusement les œuvres recueillies par ses soins au Musée de la Société des Études Océaniennes.

AUFFRAY, Julien (1837-1892)

Imprimeur.

Né le 16 juillet 1837 à Rennes (Ille-et-Vilaine). — Engagé volontaire à dix-sept ans au 11 régiment de chasseurs à cheval en 1854. Fait les campagnes de Crimée et d’Italie. Trois fois blessé. Abandonne la carrière militaire en 1861. Typographe. En 1873, à Paris, signe un contrat de cinq ans avec le Ministère de la Marine, pour venir exercer son métier à Tahiti, à l’imprimerie du Gouvernement. S’embarque en octobre de la même année sur le transport de l’État Var ; arrive à Tahiti le 1 avril 1874. Son contrat terminé, est rapatrié en 1878. La nostalgie du pays le fait revenir, avec un nouveau contrat, le 1 septembre 1885. En mai 1886, est nommé chef d’atelier, puis en janvier 1889, directeur de l’imprimerie du Gouvernement en remplacement de M. Souvy. A son deuxième séjour, Auffray ayant perdu son épouse en France il ramène avec lui son fils Jules, à cette époque âgé de dix-neuf ans. Sa mauvaise santé lui fait obtenir un congé de convalescence. Quitte Tahiti le 14 juin 1892 pour San Francisco. Il meurt le 27 août 1892, le lendemain de son arrivée dans ce port, n’ayant pu supporter les fatigues du voyage. Il était titulaire de la médaille de Crimée. Une note le concernant dans le Journal Officiel, n° 39, 1892.

AUGÉ-DAULLÉ, F. (1877-1974)

Fonctionnaire.

Arrive à Tahiti en 1925. Le Gouverneur Rivet et M. Solari lui accordent un poste d’institutrice à Papeeno. Prend la méthode des jardins d’enfants et apprend le français par des chansons qu’elle compose elle-même. Passe au service des Postes. Sera adjointe aux médecins résidents à Mooréa. En 1940, est attachée au cabinet du Gouverneur, avant d’aller travailler à Makatéa. Idéaliste, sans cesse à la recherche de toutes les voies qui lui permettent d’atteindre à une plus parfaite connaissance de Dieu, Mme Augé-Daullé fréquentera à Papeete la Comtesse Lovatelli et se comptera au nombre des auditrices qui suivent ses cours sur la fraternité universelle. Elle est aussi en relation d’amitié avec le slovaque Michel Basista (†1940), citoyen américain, homme très doux et d’une haute spiritualité qui répandait les doctrines d’une loge théâse américaine et pratiquait le sick healing en soignant ceux qui lui faisaient confiance par l’imposition des mains. Mme Augé-Daullé quitte Tahiti en 1961 et se retire en France, où elle meurt à Dole, le 10 février 1974. Ses amis reçurent après son décès un poème d’adieu, rédigé de sa propre main.

AUGÉE, Eugène (le Frère Marie-François). 1877-1941

Frère convers picpucien.

Profès en 1902. Arrive à la mission de Tahiti en 1903. Y meurt, le 18 août 1941 après y avoir longtemps travaillé, dernier représentant d’une lignée d’auxiliaires dévoués, efficaces et courageux.

AUGER, Marie-Michel (le Père Michel) 1916

Religieux picpucien.

Né le 31 janvier 1916 à La Rochelle (Charente-Maritime). Études à Saint-Ilan. Profès picpucien en 1941. Ordonné prêtre en juillet 1946 à Châteaudun, par Mgr Mazé. Arrive à Tahiti le 18 décembre 1947. Est d’abord placé à Tubuai en février 1948 où il remplace le Père Alphonse Coquin. Est nommé ensuite à Rikitéa, aux Gambier, en 1950, avec le Père Ferréol Abel. Chargé également des Tuamotu de l’Est et va à la plonge à Marutéa. Est à nouveau aux Australes, avec résidence à Tubuai, en novembre 1958. Passe en 1969 à Rangiroa.

AUMERAN, Antoine (1825-1899)

Négociant.

Né le 18 juin 1825 à Saint-Tropez (Var). Inscrit n° 94 au quartier de cette ville. Matelot de l’État à bord de la corvette Seine; passe à Papeete en février 1846. Fait naufrage avec ce bâtiment en juillet de la même année sur les côtes de la Nouvelle-Calédonie. De retour à Papeete en 1851, il se fait libérer à Tahiti comme colon militaire. Est employé à la mission catholique. En 1866, il part pour les îles Tuamotu où il se fixera définitivement, particulièrement à Anaa et Kaukura, comme représentant de la maison Brander de Papeete, puis négociant à son compte. Meurt dans ces îles le 24 mars 1899. — De sa première union à Papeete, le 5 janvier 1853, avec Rosine Brémond, naquirent huit enfants: Jean, 1853-1854. — Jules, 1855, charpentier. — Louis, 1857-1910, cultivateur, épouse le 13 août 1910 à Papeete, Hélène Morris, veuve de Joseph Cadousteau. — Joseph, 1858, cultivateur, marié avec Monique Tepa, en 1896 à Papeete: un enfant. — Auguste, 1859-1918, propriétaire, épouse en 1881 Louise Bellais, 1866-1918; un de ses fils: Hippolyte, caporal au bataillon du Pacifique, est blessé au ravin de Saconin (Aisne) le 18 juillet 1918. Cité à l’ordre du jour. — Jean-Baptiste, 1862-1863. — Berthe, 1864, épouse en 1882 John Gottsche. — Marie, 1869, épouse à Papeete le 18 octobre 1888 Pierre Perodeau. — Antoine Aumeran se remarie le 16 novembre 1872, à Anaa, avec Farenunu Tepaia, veuve Kaumatagi, qui meurt noyée pendant le cyclone du 6 février 1878. Union sans postérité.

AUMOND, Charles (1847-1920)

Colon.

Né le 14 avril 1847 à Saint-Lô (Manche). Marin de l’État de la frégate Isis. Arrive à Papeete le 14 novembre 1867. Après son temps, est libéré du service à Tahiti. Exerce sa profession, charpentier de marine, à Papeete, puis en 1876, est guetteur du sémaphore. En 1884, on le trouve colon à Taiohae (îles Marquises). « Construit, en 1886, un cotre de 15 tonneaux environ qu’il baptise du nom de Moanatini et dont il est propriétaire. Ce bateau lui revient à 6 000 F. C’est le premier navire de cette dimension construit et lancé à Taiohae » (Journal Officiel, n° 38, 1886). Meurt à Taiohae en 1920. — De son union à Taiohae, le 17 novembre 1917, avec Marianne Paetapu, 1855-1919, était né, en 1885, un enfant.

AUNA († 1835)

Prêtre païen, puis missionnaire protestant.

Originaire de Raiatea. D’abord guerrier et un des principaux areoi de l’île. Comme beaucoup des indigènes des îles Sous-le-Vent, il joignit les troupes de Pomaré durant l’exil de celui-ci à Mooréa, combattant dans la campagne de 1812 et participant à la bataille de Feipi en 1815. Après cela, il revint à Mooréa et s’instruisit à l’école de Papetoai. En 1818, il accompagne les missionnaires européens lors de leur installation à Huahine. Il est baptisé une année plus tard et sera un des quatre diacres nommés par William Ellis qui le considère comme un « solide chrétien, un auxiliaire de qualité » et l’associe à son œuvre comme collaborateur. C’est Auna, par exemple, qui sera, en 18, un des fondateurs de la Société missionnaire de Huahine et qui communiquera avec les directeurs de la Société missionnaire de Londres pour l’expédition des dons en nature recueillis par ses compahine par la Mermaid pour aller visiter et évangéliser les Marquises, Auna et sa femme, ainsi que le ménage d’un autre évangéliste, Matatore, sont du voyage. On n’ira du reste jamais plus loin que les Hawaii où Ellis séjournera comme missionnaire. Auna, lui aussi, reste à Hawaii et y demeurera quelque temps comme chapelain de la famille royale, fort bien considéré pour sa science, son caractère et sa connaissance des Saintes Ecritures. Le missionnaire hawaien Bingham écrira de lui : « … Un homme pieux et exemplaire ; sa belle prestance était pleine d’autorité, en même temps que de calme et de bienveillance. Il ne buvait pas. Et on pouvait compter sur sa discrétion. Avec cela, fort capable de présenter les rudiments de la foi et de propager la doctrine évangélique ». A son retour dans ses îles natales, en 1824, Auna fut nommé pasteur à Maïao où il mourut en 1835. — En 1837, la mission publiait en tahitien une sorte de Journal d’Auna, narrant son séjour à Hawaii. Aucun exemplaire de cet opuscule ne semble avoir été conservé et on n’en connaît qu’une traduction par le Rév. Ch. Barf : A Memoir of Auna, translated from a memoir of him printed in Tahitian, 1837, conservée dans les archives de Sydney (NSW. Supreme Court Papers, B, liasse 24, n° 108.) Voir une note imprimée sur Auna dans le Missionary register, 1838, p. 479-80. William Ellis parle à plusieurs reprises d’Auna dans les Polynesian researches et nous assure que toutes ses pages concernant la Société des areoi ont eu Auna comme principal informateur.

AUNIAC, Gabriel (1914)

Tapissier-décorateur et peintre.

Né le 26 avril 1914 à Nice (Alpes-Maritimes). Commence à peindre très jeune. Arrive à Tahiti en 1950 où il s’installe comme artisan, tapissier et décorateur. En même temps il peint et on trouve des toiles ou des gouaches de lui dans de nombreuses expositions, à Nouméa en 1951 ; au « Premier Salon de Tahiti » en 1955 ; au Vaihiria en 1956 ; à l’école de la Mairie en 1957 ; à la Chambre de Commerce lors de l’Exposition du Groupe des artistes des Arts populaires de Polynésie en 1960 ; l’année suivante à l’Office des Postes ; à l’École philanthropique en 1962 ; à l’École Viénot en 1963 ; à l’École philanthropique chinoise en 1964 et en 1965. Artiste obstiné et tenace.

AUZELLE, Robert (1913)

Architecte urbaniste.

Né le 8 juin 1913 à Coulommiers (Seine-et-Marne). Professeur de théorie à l’École nationale des Beaux-Arts et à l’Institut d’urbanisme. Est envoyé en mission à Tahiti pour dresser un plan d’urbanisme de Papeete. La commune n’a jamais eu depuis sa création, en 1890, les ressources suffisantes pour faire face à ses travaux d’édilité. Les municipalités qui se sont succédé n’ont jamais abordé les problèmes fondamentaux posés par l’accroissement constant de la population. Papeete n’a jamais pu exécuter, même par étape, les travaux primordiaux d’assainissement et d’aménagement. Auzelle en découvrant Papeete en août 1950 ne peut que s’attrister du spectacle honteux de l’insouciance, de l’incurie et de la misère que présente la ville à un visiteur qui se hasarde dans les intérieurs des cours des maisons chinoises du centre de la ville ou dans les ruelles sordides de certains quartiers périphériques. Surpeuplement dans des maisons vétustes rongées par les termites, cases délabrées de bidonvilles, stagnation des eaux usées et des matières fécales dans des terrains spongieux : un reportage photographique de Sylvain constate le mal d’une manière irrécusable. Papeete possède la voirie d’un grand village, un système de circulation fait pour des piétons et des voitures à chevaux, aucun plan directeur ne permettant de déterminer les alignements de voies nouvelles ou d’îlots à remembrer ni même d’étudier statistiquement la population et sa répartition. Le 21 décembre 1950, après cinq mois d’études et d’observations, Auzelle, en technicien compétent, signera un Plan directeur d’aménagement de l’agglomération de Papeete qui, accompagné de pièces justificatives et de documents annexes, était une indication précise des réalisations qu’une politique municipale avisée aurait dû avoir à cœur de mener à bien dans l’immédiat. Il faut avouer que le plan Auzelle restera lettre morte et que son collègue l’architecte Claude Bach et les urbanistes du C.E.P. reprendront la question où elle en était en 1950, la situation n’ayant fait qu’empirer. — Outre les rapports officiels fruits de sa mission, Auzelle écrira pour le grand public et ses collègues un remarquable article : Plan Directeur de Papeete. Mission à Tahiti, qu’on trouvera dans La Vie urbaine, Paris, n° 60, avril 1951. C’est une analyse lucide de la situation en 1950 et la première étude d’urbanisme moderne concernant Papeete.

AVIGNON, Liliane (1936)

Artiste peintre.

Née à Paris le 10 novembre 1936. Élève des arts appliqués et de l’École de Montparnasse. Arrive à Tahiti en septembre 1959 et y passe un an. Artiste originale qui cherche sa personnalité par un travail de chaque jour. Expose à Tahiti avant son départ.

B

BACH, Claude J. (1929)

Architecte et urbaniste.

Né à Metz (Moselle), le 12 février 1929. Grand prix de Rome d’architecture en 1958. Visite pour la première fois Tahiti en septembre de l’année suivante. Il est envoyé par la Caisse des Dépôts et Consignations et la Société d’Équipement de Tahiti et des îles (SETIL) pour y étudier un plan d’urbanisme pour une ville qui continue à vivre dans une inorganisation catholique. Le plan dressé par l’architecte Auzelle en 1950 n’a jamais eu même un commencement d’exécution : on a laissé reconstruire une brasserie à l’ombre de la cathédrale et l’usine électrique en pleine ville ! Par ailleurs, le développement du tourisme, puis l’installation du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) ont en quelques années modifié les données du problème. Le plan de Claude Bach, déposé en 1960, cinq ans après, n’était du reste pas encore adopté officiellement pour des raisons d’opportunité politique. A la suite de ces études, Bach est rapidement amené à des études sur l’implantation touristique. Ses rapports à ce sujet et les conclusions de ses projets sont publiés. Certains plans sont en voie de réalisation, en particulier à Utumaoro, où un hôtel moderne de 200 chambres de classe internationale, financé par des groupes français (Banque de l’Indo-Chine, U.T.A., Caisse des Dépôts) ou américains (Pan American Worldairways) semble devoir être réalisé. Claude Bach est également l’auteur du Musée Gauguin de Papeari, inauguré en 1965, de lotissements de la SETIL, d’un plan de Faaa, d’un Groupe d’Immeubles de logement de fonction, GILOF, première tentative à Tahiti d’immeubles collectifs du type H.L.M. Ce groupe, édifié sur le terrain Grand à Pirae, comprend un ensemble de 68 + 50 logements de deux à cinq pièces dont le groupement dans des immeubles à deux étages a permis, d’une part, la sauvegarde d’un grand jardin résidentiel dont l’agrément compensera les inconvénients de la promiscuité, de l’autre, grâce à des techniques modernes d’armatures de poutrelles d’acier, des prix au mètre carré relativement avantageux. Claude Bach est l’auteur du second plan d’urbanisme de Papeete, l’instigateur du Front de mer et du développement de la ville de Pirae. Ces projets seront réalisés par ses successeurs lorsque l’entreprise deviendra opérationnelle. Il travaille actuellement surtout en Calédonie et aux Nouvelles-Hébrides où il réalise l’hôpital du Condominium.

BAGNIS, Raymond (1932)

Médecin et biologiste.

Né le 17 mai 1932 à Nice. Médecin du service de santé des Armées, diplômé de médecine tropicale ; affecté en 1962 à Tahiti et nommé médecin-chef des archipels Tuamotu et Gambier. En 1967, il est chargé de créer une section d’océanographie médicale à l’Institut Louis-Malardé de Papeete. Dans le cadre de ses activités, il dresse un inventaire des poissons vénéneux de Polynésie française. Il est l’auteur de nombreux travaux scientifiques sur les problèmes médicaux posés par les rapports entre l’homme et la mer dans le Pacifique Sud et d’une thèse d’université sur la ciguatera. Il est également l’auteur principal et l’animateur de l’équipe qui publia, en 1973, un ouvrage fort bien illustré et documenté sur les Poissons de Polynésie, Papeete.

BAILLY, Camille (1907)

Gouverneur de la France d’Outre-Mer.

Né le 4 février 1907 à Amiens (Somme). Après une très brillante carrière surtout indochinoise, sera gouverneur du Soudan en 1952, de la Côte-d’Ivoire en 1952, puis secrétaire général de Madagascar de 1954 à 1957, avant d’être nommé gouverneur de la Polynésie française. Arrive à Papeete le 29 mars 1958. Il y connaîtra des circonstances difficiles. On commence d’y appliquer la Loi-Cadre et le député Pouvanaa a demandé la vice-présidence du Conseil du gouvernement. Le gouverneur assistera à l’explosion du mécontentement local contre l’impôt sur le revenu et aux manifestations d’avril. L’Assemblée doit être protégée et après 48 h assez tendues, le gouverneur va lui annoncer que le Conseil du gouvernement a renoncé au projet d’impôt. Lors du référendum de septembre, où la population de l’archipel était appelée à se prononcer pour ou contre la nouvelle constitution de la Ve République et la politique du général de Gaulle, le député Pouvanaa fait campagne pour le non et, pour la première fois, est battu, le 28 septembre. Dépité par cet échec, mal conseillé, Pouvanaa laisse se créer autour de lui une atmosphère d’agitation qui l’entraîne, dans la nuit du vendredi au samedi 11 octobre, à commander des actes de violence que le gouverneur sanctionne dès le lendemain matin par une arrestation sous l’inculpation de flagrant délit de tentative d’incendie volontaire. — Sur le plan économique, le gouverneur Bailly fait admettre le principe d’une Société d’économie mixte pour le financement d’une station d’essai pour la culture des cocotiers ; met sur pied les principales liaisons aériennes internationales que l’aérodrome de Faaa, alors décidé, permet d’établir. Quitte l’île le 21 octobre 1958. Plusieurs allocutions prononcées à Papeete par le gouverneur Bailly ont été imprimées, avec la traduction tahitienne.

BAILLY, Georges (1903)

Capitaine au long cours.

Né le 19 février à Digoin (Saône-et-Loire). Navigue dès dix-sept ans sur des navires de la Compagnie générale Transatlantique, des Chargeurs Réunis et de la Compagnie Dreyfus. Lieutenant, puis capitaine au long cours. Arrive à Papeete en 1929. Y commande la Vabine Tahiti, de 1929 à 1931, puis prend la succession du pilote major Le Gayic, le 6 janvier 1932. En 1945, est nommé capitaine du Port, tout en conservant ses fonctions de chef pilote. En 1947, passe six mois aux États-Unis, chargé par le Territoire de l’achat d’un navire interinsulaire et rentre avec l’Orobena, payé 90 000 $. A la suite du naufrage du Tiare Avaro dans la passe de Papeete, en 1938, reçoit la médaille de sauvetage : « Pour sa rapidité de décision, son énergique attitude et son sens marin qui ont assuré le salut de seize naufragés, dont le navire avait chavité dans la passe de Papeete, par très gros temps. » Il est chevalier du Mérite maritime depuis 1958. Prend sa retraite en 1963. Passionné par les choses de la mer, d’un esprit précis et doué d’une excellente mémoire, Georges Bailly n’est jamais en défaut sur les problèmes de navigation concernant les parages de Tahiti dont il possède une excellente pratique. La seconde édition de ce Répertoire lui est redevable de la correction de maintes inexactitudes qui n’ont pas échappé à son amicale critique. — Épouse Vahinemoea Mira dont il a une fille Claude, 1934 ; ensuite Marie Mare, dont il a deux garçons : Jean, 1951 et Paul, 1955.

BALDNER, Henri (le Père Damase) 1850-1879

Religieux picpucien.

Né à Bodenheim (Hesse) le 24 octobre 1850. Profès le 16 octobre 1872. Arrive à Tahiti le 21 décembre 1874 sur le Greyhound ; ordonné prêtre à Papeete par Mgr T. Jaussen le 4 juin 1875 ; décédé à Papeete le 29 octobre 1879.

BALL, Serge (1942)

Artisan et peintre.

Ne a Uturoa, Raiatéa (îles Sous-le-Vent) le 2 octobre 1942. Originaire d’Algérie. Exercera à Tahiti tour à tour le métier de typographe et d’ébéniste. A commencé à peindre avec des encres d’imprimerie. Expose des œuvres, en juin 1963, à Paris, à la Galerie Florence Houston-Brown, avec l’École Française du Pacifique. Épouse, en 1963, à Papeete, Irène Bennett.

BALMANN, Andréa de (1913)

Docteur.

Né le 24 avril 1913 à Makatea où son père est attaché à la Compagnie des Phosphates. Études en France à Montauban et à Marseille où elle passe sa thèse de doctorat en médecine en 1939. Rentré au mois de septembre à Papeete et s’y installe comme médecin. Fait un stage de deux ans à l’université de Berkeley (Calif.) de 1943 à 1945. Revient à Papeete où elle exerce dans le quartier de la Mission principalement comme gynécologue et médecin d’enfants. Puis, fin 1960, prend la direction du Dispensaire de Papeete. De son union avec le Dr Tourneux sont nés deux enfants, dont une fille qui poursuit actuellement en France des études de médecine.

BALTHAZAR, Joseph (1848-1890)

Cuisinier.

Né le 3 avril 1848 à la Réunion. Débarque à Papeete le 26 janvier 1871 de la goélette Eugénie, venant de la Nouvelle-Calédonie. Cuisinier de profession, il voyage sur les navires de la flottille locale, puis s’établit définitivement sur une des propriétés de Jean Marmouyet à Punaauia, comme jardinier. Meurt le 11 avril 1891 à Papeete.

BAMBRIDGE, Antony Pierre Tetuanui Pootahi (1895-1964)

Homme d’affaires.

Fils de John Maehaa. Né le 1er août 1895. Self made man. Après de brèves études chez les Frères, travaille d’abord comme coiffeur chez Marcelin Sage avant d’aller faire son apprentissage de tonnelier chez son frère George. Participe à la Première Guerre mondiale et rentre à Papeete, caporal, avec la croix de guerre et une blessure reçue au Chemin des Dames. Exerce quelques petits métiers ; ouvre une modeste boutique « Au Chemin des Dames », où le souvenir des tranchées de l’Aisne lutte avec le titre d’un roman de Zola ; le vend, et devient gérant, puis locataire du « Cinéma Moderne » où il passe des films trois fois la semaine, et bientôt, le dimanche, au grand scandale de certains milieux religieux qui menacent de lui faire couper le courant. Cependant les affaires sont difficiles et il s’endette. En 1927, W. S. Van Dyke et Flaherty venant tourner Ombres blanches le prennent comme assistant manager aux appointements de 5 000 F par semaine, ce qui lui permet de payer ses dettes. A défaut d’un séjour de deux mois aux États-Unis que lui propose la Metro-Goldwyn-Mayer à la fin de son contrat et qu’il refuse, il accepte le don du matériel laissé par les cinéastes. Collaborera plus tard à la réalisation de Tabou, de Taro le païen et de la première version des Révoltés du Bounty. Achète et crée des plantations tout en faisant prospérer sa maison d’importation qui devient une des plus importantes de la place. Il s’adjoint Clément Coppenrath comme directeur commercial. En 1944, se rend propriétaire de l’immeuble Maxwell, un des plus importants de Papeete. En 1948, il achète le cinéma Bambou aux frères Hollande et organise des circuits dans les districts et les îles. Antony Bambridge a toujours suivi de très près la politique locale, participant au mouvement qui prépara le ralliement à la France Libre en 1940. Dans cet esprit, lors du référendum de 1958, il mobilise l’opinion et réveille les consciences en s’opposant au groupe de Pouvana a Opa et faisant emporter les « oui » avec une bonne majorité. Succède à G. Ahnne comme membre du Conseil privé. Homme serviable et cœur généreux, Tony Bambridge s’est toujours intéressé aux œuvres locales privées ou publiques, aidé en cela par sa femme. La léproserie d’Orofara lui doit, en particulier, beaucoup de largesses. C’est une des figures les plus marquantes du Tahiti contemporain qui disparaissait le 29 juillet 1964 à Los Angeles où il était venu se soigner. Son corps fut ramené à Papeete et enterré à Hamuta dans le cimetière familial. Il était officier de la Légion d’honneur. De son union avec Émilie Haereraaroa, en 1920, au temple de Béthel, sont nés trois enfants : Mathilda, 1920, célibataire. — Antony junior, 1924, fait ses études à Auckland (Nouvelle-Zélande). S’intéresse à la branche cinéma des affaires de son père et devient directeur de la SATEC (Société Anonyme d’Exploitation Cinématographique) qui couvre Tahiti et les îles Sous-le-Vent de ses appareils et de ses salles. Épouse en France, en 1947, Yolande Bergada, trois enfants : Antonina, 1950 ; Claude, 1953 ; Tony, 1955. — Rudi, 1926.

BAMBRIDGE, George (1887-1942)

Fils de John Bambridge.

Commerçant. Né à Hamuta, le 1er juin 1887. Orphelin à douze ans, assume de très bonne heure les responsabilités familiales. Sa mère crée alors une société avec Georges Dexter, société qui doit prendre fin à la disparition de celui-ci dans un naufrage. George rachète alors du matériel et continue les affaires paternelles : carrosserie, peinture, ébénisterie. Après la Première Guerre mondiale monte la Société Bambridge, Dexter et Co., avec ses enfants et quelques autres commanditaires. Prend la suite, avec Émile Martin et Charles Brown, de la Société commerciale allemande franco-océanienne et en devient bientôt le seul actionnaire. D’abord conseiller municipal, il est élu maire de Papeete en 1933 et gardera la mairie jusqu’à sa mort en 1942. Il s’intéressera tout spécialement à l’urbanisme de Papeete, encourageant des lotissements particuliers. C’est lui qui préside à la percée de l’avenue du Prince Hinoi, lui donnant le port comme point de départ et envisageant son prolongement jusqu’à Pirae, après la traversée de la Fataua. George Bambridge sera un des promoteurs du mouvement de la France Libre et membre du gouvernement provisoire. Il meurt à Papeete le 19 janvier 1942. De son union, le 24 août 1907, à Papeete, avec Jessie Dexter 1888, sont issus : Georges Washington (Jojo), 1908, épouse en 1947, à Pirae, Rose Tong-You. — Lionel, 1909. — John William, dit Willy, 1911-1953, épouse à Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1936 Angèle Marchand. C’était un sportif ; il fut un des fondateurs de la Fédération des sociétés sportives de l’Océanie française. Combat dans les troupes françaises libres. Prisonnier. — Baldwin, 1912, épousera successivement Claire Hintze, Louise Wholer, Mireille Faaruiia et Odile Brander. — Edgar, 1913, épouse en 1951 Ellina Vallès. — Leone Georgina, 1916, épouse Dave Cave.

BAMBRIDGE, John Maehaa (1859-1898)

Peintre.

Né le 22 juin 1859, à Papeete, frère jumeau d’un Luc, décédé le 26 juin. On le trouve tour à tour bourrelier, puis charron et ébéniste, entrepreneur de transports, peintre… Avant son mariage, John Bambridge reconnaît trois enfants naturels issus d’une union avec une femme de Paea, Hoemoorua Oliver : John, marié aux États-Unis, trois enfants : Dolorès, John et Angelo. — Esther, 1883-1918, épouse, en 1903, Jean Rey, 1875-1918, trois enfants. — Jimmy, célibataire, décédé à Mataïea. Épouse, le 5 février 1885, à Papeete, Mary Ann Tapscot, née aux îles Gilbert en 1867. De cette union sont issus : Lucie, 1886-1918, épouse, en 1908, Camille Gournac, 1883. Un fils Jean. — Georges, 1887-1941, épouse Hélène Dexter. — Richard (Dick), 1888-1952, employé aux Travaux Publics. Il était passionné de cheval et anima la Société Hippique. Épouse, en 1913, Eva Neudegg ou Newdegt, née en Australie en 1881, union demeurée sans postérité, avant un divorce survenu en 1940. — Thomas, 1889-1950, employé de commerce, épouse, en 1922, Jeanne Graffe. De cette union naissent sept enfants : Mary, qui épouse un Deane de Raiatea, quatre enfants : Marcel, qui épouse Tahuhuterani, quatre enfants ; Ronny, célibataire, un enfant ; Jacky, qui épouse une demoiselle Bordes de Taravao ; Coco, célibataire, un enfant ; Richard, célibataire ; Paule, épouse un Brown, deux enfants ; Iris, décédée en bas âge. — Louis Lionel, 1890, épouse Flora Dexter, 1888, le 24 août 1907 ; trois enfants, Thomas, mort au champ d’honneur au combat de Bir-Hakeim en 1942, Fafi, célibataire et Edwin, 1920, marié, deux enfants. Devenu veuf, Louis Lionel Bambridge reconnaît un fils Jeannot qui épousera Rosina Adams, trois enfants. Il se remarie avec Lisa Chapmann, de cette union, quatre enfants : Ben, qui épouse Lélia Leboucher ; Phinéas, célibataire ; Cherly, épouse une femme de Raiatéa et divorce ; André, qui épouse en 1917 Huguette Bennett, trois enfants. — William, 1892-1950, qui épouse en premières noces, en 1927, Doris Laidlow, 1898, puis Alice Varney en 1935. Divorce en 1942. Décédé sans postérité. — Marie Marcelle, dite Polly, 1893, épouse Oscar Haereraaroa, trois enfants. — Antony, 1895, épouse Émilie Haereraaroa. — Flore, 1898, décédée à quatre ans.

BAMBRIDGE, Rudi (1926)

Avocat-défenseur et homme politique.

Rudolf Tenahe Bambridge, fils d’Antony Bambridge, est né à Papeete le 28 février 1926. Termine ses études secondaires à Nouméa. S’en va faire ses études supérieures en France. Licencié en droit. Rentre à Tahiti en 1954 et s’installe comme avocat-défenseur, associé de Me Hoppenstedt. Homme actif et sympathique, parlant bien le tahitien, dès 1955 s’occupe de politique. Candidat aux élections législatives de 1956, il obtient près de 40 % des suffrages contre Pouvanaa a Oopa. Sera élu, en tête de liste, à l’Assemblée territoriale, le 5 nov. 1957. Créé en 1958 l’U. T. D. (Union tahitienne démocratique) dont il devient le président. Se présente comme candidat du parti aux élections de juin 1960 où il recueille 9 200 suffrages contre 10 400 à Pouvanaa a Oopa. Membre de l’Assemblée Territoriale de la Polynésie française depuis 1957, il donne sa démission au bout de 12 ans, en 1969, pour y laisser entrer le suivant de liste, M. Jacques Teuira, un de ses plus fidèles collaborateurs. Il se consacre alors davantage au Conseil Économique et Social où il a été nommé en 1967 et dont les réunions l’appellent quatre fois l’an à Paris ; et également à l’éducation de ses enfants dont les aînés sont à l’école des Roches. C’est pour les attacher à la France qu’il reprend dans l’Oise une vieille demeure historique du XVIIIe siècle, le château de Saint-Rémy-En-l’Eau. Grand amateur de cheval et propriétaire d’une écurie riche de nombreux étalons importés de Nouvelle-Zélande, Rudy Bambridge a fait renaître avec Charlie Van den Broeck l’« Association hippique » dont il assure la présidence depuis 1956. Passionné par l’agriculture, il remet en état à Papara les 2 000 hectares qui furent jadis l’apanage du Grand Tati. Rudi Bambridge habite à Hamuta sur un plateau qui domine Papeete dans une vaste demeure où il accueille sa nombreuse famille, ses amis et les visiteurs de passage. De son union à Paris, en 1953, avec Chantal Anguenot sont nés : Vetea, 1955, étudiante en France ; Maïana, 1957 et Temanava, 1961. — De sa seconde union, le 12 juillet 1969, avec la Princesse Marie-Hélène Pomaré Salmon, arrière-petite-fille du roi Tamatoa V de Raiatea, sont nés : Tamatoa, 1970 et Te Arii Maeva Rua, 1973. Outre ses enfants, il adopte Marc Pomaré, 1953, études de droit à Paris et Marianne Pomaré, 1963.

BAMBRIDGE, Thomas (1801 ?-1879)

Charpentier.

« Propriétaire, né à Londres, âgé de soixante-dix-huit ans », déclare son acte de décès, dressé le 30 avril 1879 à Papeete, ce qui en ferait un Anglais né en 1801. On ignore les conditions de sa venue à Tahiti. Non plus que celles de son mariage avec Marae O’Connor, qui meurt après son mari, à soixante-sept ans, le 16 mai 1881, à Papeete dans son domicile de la rue des Beaux-Arts. Elle serait donc née en 1914. Un généalogie qui circule dans la famille en fait la fille d’une Nancy O’Connor, épouse d’un Haumani, cette Nancy étant elle-même la fille d’un J. O’Connor qui aurait épousé Tetuaiteroi. Le ménage Thomas Bambridge-Maraea (pour Marie) O’Connor aurait eu vingt-deux enfants. Nous avons pu retrouver les dates de naissance de neuf d’entre eux : Martha, dite Mata ou Pepi, 1836-1867, épouse William Wichmann, de Raiatéa. Après la naissance d’un premier enfant, Henry, qui ira fonder une famille à Rarotonga, Emilia BAMBRIDGE William Wichmann part, comme de coutume, à bord d’une goélette et on ne le revit jamais plus. Sa femme, à Raiatéa, aura une fille d’un M. Armand, commissaire de la marine et collaborateur de Caillavet, Sarah, 1860-1922, qui épousera Jean-Charles Garnier, capitaine de port à Papeete. — Emilia, appelée Amelia à l’état civil, 1835 ?-1905, épouse Thomas Stratfort Adams. — Jane Sophie, 1841, épouse en 1858 Samuel Stratton Foster. De cette union : William, 1858 ; Wesley Ladd, 1862 ; Charles Tilton, 1865. Ebenezer BAMBRIDGE Un acte de 1884 fait de Jane Bambridge une « épouse Peck ». — Ebenezer, 1843-1902, charpentier, épouse le 18 janvier 1869 Mamae a Opa « indienne, sans profession » dix années plus âgée que lui. Tous deux mourront à quelques semaines de distance en 1902. Il reconnaît des enfants de Pauline Otetini Lagorce, en particulier une fille, Marie, 1872, qui épousera Pierre Célestin Corne en 1898, et devenue veuve, Hippolyte Jacques Machecourt, en 1903 à Papeete. E. Bambridge est autorisé, en 1891, à « ouvrir une forge, entre les rues Nansouty et Rivoli ». — William, épouse Dame Areia Nuu, un fils Jérémiah, né en 1866. Réside à Ruru-tu. — Sarah, 1852, a hors mariage une fille Lucie Hélène Ariiheiurarii en 1871, à Huahine, qui épousera en 1891 Marc Grand. Sarah épouse le 14 septembre 1882 Paul Cattet, 1846. Le « Journal Officiel » de 1884 fait de Sarah une « veuve Bryant, demeurant à San Francisco ». — Marae, 1855, couturière, âgée de dix-huit ans, épouse à Papeete, le 9 septembre 1873, Victor Hue Paris. Elle signe très nettement Maria, sur son acte de mariage. — Esther, 1857, épousera Gaspard Coppenrath. — John Maehaa, 1859-1898, épouse Mary Tapscott. Enfants de Thomas Bambridge dont la date de naissance n’a pas été retrouvée : Matira, épouse un Piu Vaitoare et possède une nombreuse descendance à Tahaa et à Raiatéa ; Ellen, épouse un Foster et un Maihau ; Jaine ou James ; Mathilda, épouse Aitou ; Nancy, veuve Morris, ou Marry qui vit aux îles Samoa en 1884 ; Richard, sans domicile ni résidence connus en 1884 ; Suzanne, épouse Taroa, demeure à Raiatéa ; son portrait, par Gauguin, est conservé au Musée de Bruxelles ; Eleonor, épouse J. Williams.

BANZET, Émilie (1853-1941)

Institutrice protestante.

Née à Bussurel (Haute-Saône) où son père est pasteur. Étudie en Allemagne, à Mulhouse, où elle passe son brevet supérieur, en Écosse et à Paris. Enseignera de 1873 à 1885 à Montbéliard où sa sœur tient un pensionnat. Le passage du pasteur Charles Viénot de Tahiti, qui plaide devant elle la cause de l’école protestante de jeunes filles de Papeete, la détermine à partir sous les auspices de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Elle sera la première institutrice envoyée par la Société à Tahiti. Ce départ constitue une nouveauté pour l’époque, et un petit scandale local, « Mlle Banzet paraissant trop bien » pour Tahiti. Arrive à Papeete le 30 juin 1885. Elle y travaille cinquante ans ! D’une intelligence lucide, vive et ouverte, son enseignement est tout de suite remarqué par sa valeur pédagogique ; c’est par centaines qu’elle préparera les jeunes filles, non seulement aux examens officiels, mais à leurs devoirs futurs dans la famille et dans la société ! Décorée des palmes académiques en 1902, elle sera nommée vingt ans plus tard officier de l’Instruction publique. Mlle Banzet suit ses élèves dans la vie avec intérêt et dévouement. Elle correspond avec celles qui sont isolées dans les postes éloignés, pourvoyant à leurs besoins matériels, moraux et spirituels. Sa sympathie pour les détresses des jeunes est spontanée et agissante. Pendant la grippe espagnole de 1918, elle anime une équipe d’institutrices qui agit dans la périphérie de Papeete ; recueille des enfants trouvés près des cadavres de leurs parents et les soigne. Elle reçoit alors la médaille d’honneur des épidémies « pour le dévouement exceptionnel dont elle a fait preuve ». Fervente patriote, marquée par la défaite de 70, 1918 lui fait verser des larmes de joie. Elle fera partie du Comité des pupilles de la Nation. C’est pour honorer cet ardent patriotisme, non moins que pour le demi-siècle de dévouement de cette croyante agissante à la cause de la jeunesse féminine de Tahiti que le Gouvernement lui décerne, en 1935, la Légion d’honneur. Ses dernières années furent attristées par le déclin de ses forces. « J’en suis triste à pleurer… Moi qui ai la passion du travail, je suis là, inutile. C’est ridicule d’avoir quatre-vingt-six ans et d’être obligée de tenir un bâton pour avancer. » Elle repose au cimetière de Papeete où elle mourut en décembre 1941, après cinquante-six années d’un dévouement total à sa seconde patrie. Charles VERNIER

BANZET, Sophie (1842-1924)

Institutrice protestante.

Née le 31 août 1842 à Bussurel (Haute-Saône). Après avoir été depuis 1872 à la tête de l’école normale de jeunes filles de Montbéliard elle se décide à aller rejoindre en 1904 à Tahiti sa sœur Émilie qui dirigeait l’école française indigène de jeunes filles de Papeete. Elle déploya là une grande activité et, par sa bonté, devint un peu l’âme de l’école, donnant ses soins aux élèves les plus avancées. Pour développer les indigènes et prévenir l’introduction d’une littérature malsaine elle fonda à ses frais une bibliothèque choisie par elle, où les ouvrages étaient classés d’après l’esprit, l’âge et le sexe des personnes auxquelles ils étaient destinés. Le gouvernement lui demanda de créer à Taravao, d’accord avec M. Viénot, une école de district modèle. Elle s’associa pour cette œuvre un jeune métis chinois fort intelligent, Maraetefau qu’elle forma et auquel elle abandonnera dans la suite la direction de l’école tout en continuant de s’y intéresser. Les inspecteurs de l’enseignement reconnurent que c’était vraiment une école « pilote ». Elle mourut à Papeete, en 1924. Elle repose au cimetière local.

BARBAZANGE, Michel

Peintre.

Fils du directeur d’une galerie de peinture parisienne. Arrive à Tahiti en 1933 où il se fixe, s’adonnant d’abord à la peinture et peignant des toiles « consciencieuses ». Semble avoir abandonné les Beaux-Arts pour le commerce.

BARFF, Charles (1792-1866)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Quitte l’Angleterre pour l’Océanie le 14 juillet 1816. Arrive à Mooréa le 17 novembre 1817. Le 25 juillet 1818 est envoyé à Huahiné où il passera pratiquement toute son existence, son séjour dans l’île n’étant entrecoupé seulement que par des visites à Samoa en 1834 et 1836 et un voyage en Angleterre, fin 1846-avril 1848. A Huahiné, il travaillera d’abord de concert avec Ellis. Il a amené avec lui un indigène, nommé Tute, qui l’aide beaucoup dans la constitution d’une Église locale, organisée en mai 1820. Il participera aux travaux de l’imprimerie pour lesquels Ellis l’a instruit. De 1819 à 1834, hymnes, textes législatifs, rapports, traductions de l’Écriture, sortis des presses de Huahiné, portent de quelque manière la marque de son activité. Il est certainement l’auteur du premier livre de lecture en samoan : E tala, A, E, F (1834, 12 p.), imprimé après son voyage. — En 1855, vu son âge et ses infirmités, la Société lui accorde une pension de retraite. Mais il demeurera encore presque dix ans à Huahiné, continuant de servir sa mission, ne la quittant qu’en mars 1864 pour se retirer à Sydney où il meurt le 23 juin 1866, ayant servi la mission près d’un demi-siècle.

BARFF, John (1820-1860)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Fils du précédent. Né en 1820, à Raiatéa. Études en Angleterre. Rentre en mars 1838 à Raiatéa où il assiste son père. Pris en charge officiellement par la London Missionary Society, le 22 novembre 1841. Au début de 1843 il est assistant à Papeete. Ordonné en 1844, il est nommé à Mooréa, avec la charge de la Theological Institution et la responsabilité totale de la station après le départ de Howe en 1844. Épouse le 6 septembre 1844 Amelia Banes, 1824-1906, sœur de Mrs Krause. En 1847 il est placé à Tahiti. En 1852, à la suite de mesures prises par l’administration française et ne voulant pas sembler tenir son autorité religieuse d’une élection devant être approuvée par le gouvernement français, il passe à Bora-Bora, et, en mars 1853, rejoint la station de son père à Raiatéa. Après un voyage en Angleterre — février 1855 à mars 1857 — est nommé à Tahaa où il s’occupe d’une institution pour la formation de pasteurs indigènes. Meurt à Tahaa, avant son père, le 16 mars 1860.

BARNAY, Anne (1854-1937)

Sœur Louise des cinq plaies, religieuse de la Congrégation Saint-Joseph de Cluny.

Fait profession, le 8 décembre 1870. Part pour l’Océanie et arrive à Papeete le 1 septembre 1877. Y fait la classe pendant quelques mois, puis fut désignée pour Taiohae, Nuku Hiva, îles Marquises. En 1880, éprouvée par le climat, elle fut nommée directrice de l’école à Mataiéa, Tahiti. En 1902, l’école laïcisée, elle rentre à Papeete, où elle devient Supérieure principale du district en remplacement de la Mère Mélanie Misson, décédée. Elle remplira cette tâche jusqu’en 1930, maintenant le niveau des études à l’école de Papeete, améliorant les bâtiments scolaires, visitant les Communautés de son district. En 1918, son dévouement aux malades, lors de la grippe espagnole, lui vaudra la médaille des épidémies. En 1928, tout Papeete s’unit pour fêter ses cinquante ans de présence en Océanie. En 1930, elle est relevée de sa charge de Supérieure. Elle se retire à Basse-Terre (Guadeloupe), où elle meurt, le 29 juin 1937.

BAROCHE, Bazile (1825-1886)

Cantonnier.

Né le 31 octobre 1825 dans la Mayenne. Arrive à Tahiti, par la goélette Mathilde, le 15 janvier 1876, venant de San Francisco (Californie). Chef cantonnier des Ponts et Chaussées, pour la côte ouest de Tahiti, de Papara à Papeuriri (Mataiéa). — Meurt le 16 mars 1886 à Papeete, sans postérité.

BARRIAC, Pierre (1896)

Vétérinaire.

Né à Lesparre (Gironde), le 25 octobre 1896. Arrive à Tahiti le 6 mai 1931 comme vétérinaire contractuel du service local avec un engagement de cinq ans. Encore qu’il paraisse s’être dépensé avec savoir-faire, énergie et efficacité — il visite régulièrement les agriculteurs des districts, voit beaucoup de malades, lutte contre la fièvre du Texas pour laquelle il découvre avec l’aide de l’institut Pasteur d’Alger un traitement curatif, va acheter en 1934 des animaux reproducteurs en Nouvelle-Zélande ; crée et anime la Société des Courses, se mettant « à la tête du mouvement vers le cheval de selle qui aujourd’hui groupe tant d’amateurs » ; organise des concours agricoles ; rompt des lances pour un abattoir frigorifique à Papeete, etc., il sait mal prendre les gens et a beaucoup d’histoires. Il critique le machiavélisme du maire, est au plus mal avec la Chambre d’agriculture dont il blâme l’inaction, la passivité et les distributions des budgets. Son contrat ne sera pas renouvelé en 1936. Il a particulièrement étudié la filariose du chien en Océanie française et son rôle possible dans l’éléphantiasis de l’homme.

BARRIER, Marcel (1882-1963)

Instituteur, imprimeur et employé.

Né le 21 février 1882 à Orléans (Loiret). — Par le Mariposa, arrive à Tahiti, en octobre 1902, appelé par la Mission protestante et son beau-frère, le pasteur Gaston Brunel, comme instituteur et imprimeur. Il s’installe à Raiatéa, à côté des Brunel. On lui doit l’impression du journal Teanuanna et Ramepa Api, « l’Arc-en-ciel », et différentes publications en langue indigène… Après le départ des Brunel, Marcel Barrier vient à Papeete où il travaille à l’imprimerie du Gouvernement, puis au secrétariat général, avant d’être employé par la Banque de l’Indochine. Mobilisé sur place durant la Première Guerre mondiale ; il écrivit et imprima un petit ouvrage sur le bombardement de Papeete en 1914. Il épousera, en 1906, Marguerite Neuffer, d’une famille allemande, établie de longue date à Raiatéa. De cette union sont nés cinq enfants dont trois sont fixés en Nouvelle-Zélande et deux à Tahiti. Marcel Barrier est décédé le 23 mars 1963 à Pirae. — Une sœur de Marcel Barrier, une demoiselle M. Barrier, fut, de 1895 à 1903, institutrice missionnaire à Raiatéa.

BARTHELEMY, Guy (1926)

Journaliste.

Séjourne quelques mois à Tahiti au début de 1956. Peint en amateur. A son retour exposé, en février 1957, sous le titre Paysages et scènes tahitiennes des dessins à la plume et des gouaches à Paris, rue de la Boétie, à la Galerie de la France d’Outre-Mer.

BARTZ, Adam (le Père Materne) 1864-1899

Religieux picpucien.

Né le 6 juillet 1864 à Nirm (Allemagne). Profès dans la congrégation le 4 mai 1888. Prêtre en 1891. Arrive aux Marquises le 22 septembre 1891. Il passera la plus grande partie de sa vie à Tahuata, parfois détaché à Ua Huka. S’occupe beaucoup des écoles. Meurt phthisique, le 7 avril 1899, à Atuana, ayant altéré sa santé par une vie trop active.

BASQUE, Jean (1824-1878)

Commerçant.

Né à Bordeaux (Gironde) le 4 mai 1824. Soldat au 1 d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti vers 1847 ; y est libéré en 1850. Se fixe à Papeuriri (Mataeia) comme colon militaire. En 1871, est commerçant au même lieu. De son union, à Papeete, avec Vahinetua Rupo, originaire de Mataeia, sont nés : Marie, 1851-1918, qui épouse M. Greenzall et Sébastien, 1853-1904, propriétaire à Papeete.

BASTARD, Marcel (1883-1967)

Officier de marine.

Né à Vannes (Morbihan) le 29 août 1883. Capitaine de Frégate, arrive à Tahiti en mars 1930 comme commandant de la Bellatrix, aviso de 1 500 t et commandant de la station navale du Pacifique. Y reste en poste jusqu’en mars 1932. Ne pouvant pas facilement avec la Bellatrix fréquenter toutes les passes de différents archipels, propose à la Marine l’achat d’une goélette. Son choix se porte sur La Papeete qui, construite à San-Francisco en 1892, par les Chantiers Matthew Turner pour le compte de la Marine nationale sous le nom de La Papeete avait participé, sous les ordres du Lieutenant de Vaisseau Deman aux opérations de Raiatéa en 1897, puis avait été revendue à un armement local. Cette goélette avait à son actif le record, aujourd’hui encore non égalé, de la plus rapide traversée à la voile de San Francisco à Papeete, en 17 jours et 20 heures. Au service de la Marine nationale, basée à Papeete, La Zélie sera utilisée pour la visite des Iles basses et différentes missions hydrographiques. Elle aura comme commandants successifs le lieutenant de vaisseau Hourcade, Mourral, Peaucellier et Querangal des Essarts. Marin d’une calme courtoisie, homme d’une grande sagesse diplomatique dans ses rapports humains, le capitaine de frégate Bastard avait pris très à cœur son rôle de représentant de la France lors de ses tournées dans les Iles. Et les fêtes données aux îles Sous-le-Vent lors de son dernier passage sur la Bellatrix ont laissé dans la mémoire des participants un souvenir inoubliable. Il prend sa retraite à Paris, en 1940, comme Capitaine de Vaisseau, après avoir commandé le La Motte Picquet, croiseur amiral des Forces navales d’Extrême-Orient. Écrivant avec facilité et pittoresque, le Commandant Bastard a conservé sa correspondance familiale de cette époque y joignant diverses notes et de nombreuses photographies. Cette documentation permettrait de prendre une juste idée de la vie à Tahiti à cette époque, car le Commandant Bastard, officier fort sociable, entretenait de nombreuses relations à terre, de la reine Marau dont il était un des familiers et des gouverneurs Bouge et Jore qui se sont succédé à la tête de la colonie de 1930 à 1932, aux simples chefs de districts. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Son fils, le capitaine de corvette Pierre Bastard, 1922, affecté à la Marine en Polynésie française en décembre 1963, aux temps du Centre d’expérimentation du Pacifique (C.E.P.) sera attaché à différents postes et commandera en particulier le site de tir de Mururoa en 1964. Capitaine de frégate, revient à Tahiti en 1968, pour commander l’Enseigne de Vaisseau Henry; se retrouvera en Polynésie en 1974 comme commandant la Division des avisos-escorteurs du Pacifique. — Un autre fils, Marc, 1919, vient à Tahiti comme chef de la Radiodiffusion ; ne s’entend pas avec l’administration et part comme professeur d’anglais à l’école des sœurs d’Atuana, aux îles Marquises. Y épouse en 1971 la Marquisienne Teata ; un fils, Paul-Marcel, 1972.

BASTION, Jean (1840-1894)

Agriculteur.

Né à Saint-Clément-les-Places (Rhône). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete le 1er avril 1870. Est libéré du service le 9 avril 1872, puis employé aux Ponts et Chaussées comme gardien du phare de la pointe Vénus. Démissionne de son emploi en 1880. S’adonne à l’agriculture. Meurt à Papeete le 5 juillet 1894.

BASTOLAER, Bennett van (1915)

Directeur de laiterie.

Pour l’état civil : Van Bastolaire. Né le 26 septembre 1915 à Afaahiti ; fils de Louise Van Bastolaire. Grâce à un prêt de la SOCREDO fonde, en 1965, une laiterie modèle, actuellement installée sur le plateau de Taravao. Il possède là 70 hectares plantés en Pangola grass et divisés en parcs où vivent 300 têtes de bétail de race frisonne provenant de la Nouvelle-Zélande. La production quotidienne était en 1973 de 16 à 1 800 litres de lait, vendus à la laiterie Sachet, fournissant ainsi 38 % de la production de Tahiti, W. Jamet en apportant 25 % et Teariki 13 %. B. Van Bastolaer a beaucoup peiné pour arriver à ces résultats ; les bras et le courage des siens devant souvent suppléer à l’absentéisme et aux défaillances de la main-d’œuvre locale. Il emploiera même un temps de jeunes Tahitiens placés chez lui par les services chargés des délinquants mineurs. Il épouse à Afaahiti, le 28 mars 1940, Elisabeth Raita Maraiauria.

BAUDICHON, Mgr Joseph-Paul (1812-1882)

Premier vicaire apostolique des îles Marquises.

Né à Sainte-Maure (Indre-et-Loire) le 18 septembre 1812. Fait profession dans la congrégation des Sacrés-Cœurs de Picpus en 1837. Ordonné prêtre en 1838. Reçoit son obédience pour l’Océanie et arrive à Vaitahu, îles Marquises, par le Friend, goélette anglaise, avec Mgr Rouchouze et cinq autres missionnaires, le 3 février 1839. Supérieur de cette mission débutante, c’est lui qui reçoit à Vaitahu, en avril 1842, l’amiral Dupetit-Thouars envoyé par la France pour prendre possession de l’archipel. C’est lui qui sert d’interprète entre l’amiral et le roi lotété et qui circule dans les îles avec les Français : on trouve son nom dans les procès-verbaux d’annexion des îles Tahuata, Nuku Hiva et Ua Pu. En 1844, après la disparition de Mgr Rouchouze dans le désastre du Marie-Joseph, il est nommé par Rome administrateur du Vicariat apostolique de l’Océanie orientale, en qualité de coadjuteur de l’évêque naufragé, dont la mort n’était pas encore regardée comme officielle. Est sacré évêque de Basilinopolis le 21 décembre 1845 dans la cathédrale de Santiago par Mgr Etua. Dès le lendemain il regagne, à bord du Crisquar, les Marquises où il arrive à Taiohaé le 23 janvier 1846. Il y a alors à peine deux douzaines de baptisés vivant aux Marquises. Préside quelques cérémonies de baptême à Tahuata et à Ua Pu, bénit quelques chapelles, reçoit deux sœurs de Saint-Joseph de Cluny venues pour tenir une école, le tout dans un milieu de menaçants conflits locaux qui découragent l’évêque. Il regarde alors du côté de Tahiti, île désormais ouverte à la libre prédication des missionnaires catholiques. Il s’embarque sur le Cincinnati le 15 septembre 1848. Fatigué il ne fera que passer à Tahiti qu’il quitte le 28 janvier 1849 par l’Arche d’Alliance, Cdt Marceau. De retour en France, en juillet 1850, sa santé ne lui permettant pas de reprendre son poste aux îles Marquises, il donne sa démission en S’engage de 1852 à 1869 avec son neveu Jules Le Clercq dans un Picpus de la plus stricte observance dont il deviendra le premier « Supérieur général », dans une congrégation considérée comme schismatique. Tout rentrera dans l’ordre. « Il manquait d’esprit surnaturel, de respect pour ses supérieurs, avait des vues de politique humaine et d’aspiration vers les grandeurs », dit une note qui s’étonne qu’il « ait accepté d’être nommé roi aux Marquises en 1848 ». Meurt à Tours (Indre-et-Loire) le 11 juin 1882. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Ses armoiries épiscopales figuraient deux païens convertis s’agenouillant au pied d’une croix qui porte en banderole la devise fides ex auditu. La croix est plantée au sommet d’une île montagneuse, Tahuata, où commença la mission en 1838. Les Sacrés-Cœurs planent sur la mer qui entoure l’archipel.

BAUDOIN, Jean (1826)

Coiffeur.

Né à La Chapelle (Sarthe). Arrive à Tahiti en 1851 comme soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Congédié, s’installe coiffeur à Papeete. Quitte Tahiti en 1859 pour la Californie. — Épouse, le 18 avril 1855, à Papeete, Louise Viareingue, veuve Richaud. Sans enfant.

BAYLE, Luc Marie (1914)

Officier de marine et peintre.

Capitaine de corvette, reçoit le commandement de la marine à Tahiti, poste qu’il occupera d’août 1956 à août 1958. Peintre agréé de la marine en 1944. Il peint en Polynésie française des œuvres qu’il exposera à Papeete, aux Tropiques, au début de juillet 1958 : aquarelles, paysages à l’huile, et aussi des portraits ; il a illustré avec beaucoup d’humour des ouvrages maritimes. Quitte la marine l’année suivante comme capitaine de frégate et, à Paris, avec son ami Hervé Baille, dirige un très vivant atelier de décoration et de publicité artistique : Les deux B. En 1972, capitaine de frégate (R), il est nommé directeur des Musées de la Marine en France.

BAZIN, Maurice (1919-1966)

Administrateur de la F.O.M.

Né le 26 août 1919 à Ennery (Oise). Entre à l’ENFOM en 1939. Mobilisé en novembre 1939. Fait de la Résistance dans la région de Pontoise. Nommé aux Indes Françaises en 1945, il est administrateur de Chandernagor jusqu’en 1948, pendant toute la période difficile de l’indépendance de l’Inde. Après avoir servi à Hong-Kong (1949), au Tonkin (1950-1951), au Tchad (1952-1954), arrive en Polynésie en septembre 1954. Il sera chef de Circonscription des îles Marquises jusqu’en 1956, puis directeur des Affaires Administratives à Papeete jusqu’en 1958. Revient à Papeete comme Directeur des Affaires Économiques et du Plan de 1959 à 1962. D’un caractère très ouvert et gai, apprécié des autres administrateurs, très dévoué à ses amis, Maurice Bazin sut collaborer avec les missionnaires des Marquises où sa femme et lui furent appréciés et conquièrent la population par leur simplicité. Pendant deux ans, il est affecté aux Affaires Économiques à Paris ; ensuite au ministère de la F.O.M. En 1965, conseiller technique à Yaoundé (Cameroun), il est atteint d’une pancréatite. Rapatrié à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, il y meurt le 10 avril 1966. — De son union avec Madeleine Mary sont nés quatre enfants : Martine, licenciée en anglais, Gilles, étudiant en médecine, Sophie, élève aux Beaux-Arts, Valérie, étudiante.

BAZIN, Victor (1809-1878)

Rentier.

Né à Ger (Manche). Semble être venu une première fois à Tahiti en 1852. Le 28 mai 1878 débarque à Papeete du navire Paloma venant de San Francisco (Californie). Va se fixer au district d’Arue, chez sa petite-fille Mme Lagarde. Après quelques mois, meurt dans ce district le 27 novembre 1878. De son union, probablement en Amérique, avec la veuve Hardies, née Haquin, 1806-1890, est né : Auguste qui épouse, à Papeete, Eulalie Goudal, puis divorce en 1888. Au décès de sa mère, Auguste quitte définitivement Tahiti, sans y laisser de postérité.

BÉCHU, Michel (le Père Marie-Pierre) 1850-1910

Religieux picpucien.

Né à Juvigné-les-Landes (Mayenne) le 30 juin 1850. Engagé volontaire en 1870, il achève la campagne comme sergent. Profès dans la congrégation le 28 avril 1874. Arrive à Tahiti le 21 décembre 1874, en compagnie du Père Colette. Ordonné prêtre à Papeete le 4 juin 1875, par Mgr Jaussen. On le donne d’abord comme compagnon au Père H. Laval retiré à Tahiti depuis Dessert à Tahiti les postes de Haapape et de Papenoo ; aidera le prêtre mangavérien Tryphon à desservir Faaone ; s’occupera des Rapanui, gens de l’île de Pâques, transplantés dans les districts. En 1892 et en 1900 sera envoyé aux Gambier, mais les deux fois reviendra à sa mission d’origine. Meurt à Papeete le 29 février 1910. Il avait le génie de la langue tahitienne, et un attachement particulier à tout ce qui touchait au drapeau. Aux fêtes, on hissait le pavillon dans sa mission, avec le cérémonial et vingt et un coups de fusil. « Jusque dans l’accomplissement de son ministère sacerdotal, dira de lui son évêque, on retrouvait le soldat, dont il avait gardé la belle allure, la franche gaieté, les chevaleresques sentiments et la généreuse intrépidité. » Un ami l’a dépeint : « Un saint en activité de service… deux mètres de haut, maigre comme un ascète qu’il est, une barbe fantastique, un visage basané comme une vieille giberne… Avec de grands yeux bleus… très doux… mais très impérieux dans les grandes circonstances. »

BÉGOLE, Marcel (1875-1938)

Marin.

Né le 14 octobre 1897 à Bordeaux (Gironde). Après un service aux Équipages de la Flotte, devient capitaine au cabotage métropolitain en 1906. Arrive à Tahiti vers 1895. On le trouve en 1902 capitaine sur des goélettes à voiles et, à partir de 1911, sur des navires à vapeur, d’abord comme lieutenant, puis comme capitaine. Il possédait une bonne pratique de la navigation dans les archipels et commandera trois ans la Papeete, 1913-1916 et deux ans le trois-mâts Repeat, 1920-1922. Prend sa retraite et quitte Tahiti en décembre 1922. Décédé à Bordeaux. Avait épousé en 1902 Lydie Delfieu, 1887-1918, une fille Marcelle, 1918, qui vit en France, épouse Huni. — En secondes noces, le 15 avril 1920 Marcel Bégole avait épousé Anna Louise Malinowski, Nouméa 1898 - San Francisco 1959, qui, divorcée, épousera Otto Nielsen, puis Anders Jensen. Renée, née à Tahiti, 1921-1965, épousera Kureon. Henriette, 1922, épousera en 1942 un Américain, Georges C. Berticevich, un fils Christian, 1952. G. Berticevich est commerçant à Tiburon, Californie, et a encore des intérêts à Tahiti.

BÉGUIN, Églantine (1897)

Institutrice missionnaire.

Cette Suissesse est née à Nalolo (N. Rhodesia), le 10 avril 1897. Elle arrive à Tahiti en 1927 et exerce son activité à l’école des filles de la mission. Elle prépare les élèves aux examens du certificat d’études et assure la direction de l’internat. Plus tard elle est dirigée sur l’école mixte d’Uturoa, à Raiatéa où elle dirige encore l’internat. Rentre définitivement en France en 1960. Une note la concernant dans : Centenaire des écoles protestantes à Tahiti, 1866-1966, Papeete, p. 62.

BELLAIS, Alphonse (1816)

Négociant.

Né à Rochefort (Morbihan) le 19 mars 1816. Débarque à Tahiti comme négociant, en 1854. Se trouve aux îles Tuamotu en 1868, où il continue ses affaires à Anaa et Kaukura. Remplit également les fonctions d’interprète de langue indigène, à la résidence administrative de ce groupe d’îles (1879). Meurt dans ces îles. — De son union, à Papeete en 1857, avec Félicie Lacaze, née à Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées), 1809-1858, aucun enfant. D’une seconde union le 11 janvier 1868, avec Tekonea Terouru († 1907) sont nés huit enfants : Louis, 1863. — Paul, — Louise, 1866-1918, épouse Auguste Auméran, 1825-1899. — Alexis, 1868. — Marie, 1871. — Rose, 1873. — Zoé, 1875-1954, épouse en premières noces à Anaa le 28 janvier 1891 Mahino a Merehau, et en secondes noces à Anaa le 11 septembre 1897 Tapaiaha a Tuhoe. — Édouard, 1876. Tu et Maire Bellais, petits-fils d’Alphonse, soldats au bataillon du Pacifique, furent cités à l’ordre du jour en 1918.

BELLANDO, Jacques (1898-1966)

Officier de l’aéronavale.

Né le 4 novembre 1898 à Valence, (Drôme). Entré à l’École navale en 1917, il est affecté, en mars 1918, à une escadrille maritime. Sera breveté aéro le 24 juin 1920. Capitaine de corvette, il est nommé en 1929 chef du Service aviation, renseignements et photographies à bord du Tourville qui part pour une croisière de prestige autour du monde. C’est à ce titre qu’il sera le premier aviateur français à survoler la Polynésie française. Le Tourville possède à son bord deux hydravions à coque. Le FBA vole aux Marquises, les 11 et 12 juin 1929 et à Fakarava, aux Tuamotu, le 16. Le CAMS 37 est mis à l’eau dans le lagon de Fakarava et précède le Tourville d’un jour à Tahiti, gagnant par la voie des airs Papeete où il arrive à la fin de la matinée le 17 juin. Bellando est le pilote de ce vol mémorable dont le L. de V. Michel Ferté est le navigateur et le Q. M., Aufret, le mécanicien-radio. Les trois aviateurs reçoivent de la population et du gouverneur Bouge un accueil enthousiaste. Au cours du séjour du Tourville à Papeete, les chefs présents pour les fêtes reçurent le baptême de l’air. Ayant quitté Papeete le 27 juin, le Tourville passa encore deux jours à Mooréa et aux îles Sous-le-Vent. Là encore Bellando sortit avec le FBA pour le plus grand plaisir des populations. Gai et truculent, toujours de bonne humeur et d’un entrain magnifique, Bellando n’a passé que quelques jours à Tahiti, mais 40 ans après la visite du Tourville, on me citait encore son nom avec une amitié admirative pour l’homme du pabi reva. Après une brillante carrière : 3 020 heures de vol, dont 283 en opérations et 270 en vols de nuit, Bellando démissionna en 1946. Il meurt en 1966. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Son vol a été rapporté en détail dans : O’Reilly, L’Aviation à Tahiti, 1974.

BELLANGER, Joseph (1819-1896)

Colon militaire.

Né à Foussé (Loir-et-Cher) en 1819. Arrive à Nuku-Hiva en 1844 comme soldat au 1er régiment d’infanterie de marine. Libéré du service aux îles Marquises en 1849, s’installe comme colon militaire. Se fixe plus tard à Tahiti, au district de Pirae. Décédé à Papeete en 1896. Épouse à Papeete, en 1888, Hopii Ravetupu. Sans descendance.

BELLEC, François (le Frère Cyr). 1841-1895

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né à Pédernec (Côtes-du-Nord), le 5 mai 1841. Arrivé à Tahiti en 1864. Prend la direction de l’école des Frères en 1872. Il n’a avec lui que deux frères. L’école comptait alors 130 élèves (1874), 20 internes au pensionnat, dont 14 boursiers du gouvernement. On commence des cours de musique et le Frère Cyr demande un crédit pour l’achat d’instruments destinés à la formation d’une fanfare. Épuisé par onze années passées à la colonie, demande et obtient un congé au début de 1875, s’embarque le 19 avril 1875. Ne revient pas à Tahiti et meurt à Haïti le 22 mai 1895. (Ménologie des Frères de l’Instruction chrétienne, t. 2, p. 598).

BENEDICT, Louis (1819-1851)

Colon militaire.

Arrivé à Tahiti en 1843 comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré du service le 1 avril 1847, s’établit à Papeete comme colon militaire. Y est décédé le 6 juin 1851, sans descendance.

BENETEAU, François (1819-1856)

Colon militaire.

Né le 11 mai 1819 à Chenac (Charente-Maritime). Matelot des équipages de la Flotte, à bord de l’Uranie. Arrivé à Tahiti le 4 novembre 1843. Prend part aux combats de Mahaena, Mahina et Maeva (Huahine). Libéré à Tahiti, le 15 mai 1847, comme colon militaire. En 1856 est propriétaire-éleveur à Taunoa. Meurt à Papeete le 19 juin 1856, laissant trois enfants : Anna, 1852, épouse Guillaume Keane, négociant à Huahine, trois enfants : Samuel, Fanny et Célina. — Jean-Baptiste, 1854-1919, épouse à Papeete, en 1875, Paotua a Maiahu. — François, 1856-1873.

BENNETT, ancienne famille de pionniers anglais dans la Polynésie française. Nous avons retrouvé trace de Mary Ann, 1874-1951, qui épouse Henry Thompson

Peter († 1951), marin, fait partie de l’équipage du Matai.

— Georges, vétéran ANZAC de la Première Guerre mondiale.

BENNETT, Jack (1931)

Pêcheur sous-marin.

Fils d’un Australien, John Walter Bennett, arrivé à Raiatea à l’âge de cinq ans et qui y épouse une femme du pays, Tetuanui Teihotaata Tehihipo. Jack est né à Raiatea le 3 avril 1931. Il y vit dans un milieu maritime et dès son plus bas âge pratique toutes espèces de pêche, accompagnant partout en mer ses parents et grands-parents. Lorsqu’il a neuf ans, son grand père lui fabrique sa première lunette de plongée. Elle est taillée à la mesure de son visage dans une racine de tii. Les verres, des verres de vitre, y sont fixés au moyen de glu de maiore. Arrivé à Papeete après la guerre, vers 1948, il y voit les premiers fusils de chasse sous-marine. Avec l’ingéniosité technique du Tahitien et son habileté de bricoleur, il a vite fait de se fabriquer, pour son usage personnel, une arme qui lui paraît plus conforme à ce qu’il attend d’elle : une crosse en bois, avec un système de gâchette à ressort de son invention. De vieilles chambres à air d’automobiles, servent de sandows ; et il améliore le guide chargé de maintenir dans la bonne direction la flèche lors de son départ. Une grande connaissance de la vie sous-marine et un sens inné de la chasse ont fait de Jack Bennett le vainqueur de multiples compétitions locales ou internationales. Longtemps un meru de 142 kg, rapporté par lui en 1954, constitua un record. Jack Bennett travaille depuis 1953 à l’Institut de Recherches de la Polynésie française où il sert actuellement comme agent technique ichthyologiste dans le service du Dr Bagnis avec lequel il a publié, en 1973, un bel ouvrage : Poissons de Polynésie, à la gloire de la faune maritime de ses eaux natales.

BERGADA, Raymond (1879-1949)

Mécanicien de la marine.

Né à La Ciotat le 7 septembre 1879. Navigue sur l’Antinoï des Messageries Maritimes. Épouse le 11 avril 1924 à Papeete, une Tahitienne, Alice Guilbert. Se retire à Aubagne (Bouches-du-Rhône), où il meurt en 1949. De cette union, sont nées : Colette, épouse Fred Coumes, ingénieur à Perpignan, une fille. — Yolande, épousera Anthony Bambridge ; trois enfants, divorcée. — Claude, épouse Peter Satori, vit à Pasadena, Californie, trois enfants. — Michelle, épouse Newton Serrio, vit à Palos Verdes, Californie.

BERGASSE DUPETIT-THOUARS, Abel (1832-1890)

Amiral.

Né le 23 mars 1832 à Bourdeaux-les-Rouches (Loiret). Aspirant de marine il parcourt une première fois l’Océanie en 1850 sur la Durance et la Thibée à la recherche des restes de La Pérouse. Après une brillante carrière — amiral, le 15 octobre 1878 — il est nommé commandant en chef de la division navale du Pacifique avec, entre autres missions, celle de rétablir notre autorité dans le groupe des Marquises. Prépare l’expédition à Tahiti, embarquant sur la Victorieuse, navire amiral, 120 volontaires tahitiens sous les ordres du prince Tamatoa, frère de Pomaré V. Il se fait accompagner du Dayot et du Chasseur. Quitte Papeete à la fin de mai 1880. Le 1er juin, la Victorieuse jette l’ancre à Fatu Hiva, où il prend langue avec Mgr Dordillon, le 3 il est à Nuku Hiva, le 14 il reçoit la soumission des chefs de Tahuata à Hiva Oa. L’amiral dut agir en force, avec ses trois navires et les volontaires indigènes auxquels s’étaient adjoints des volontaires marquisiens enrôlés par Stanislas Moanatini. Le 23 juin, il fait débarquer 500 hommes en plusieurs colonnes contre les Hamau qui, surpris, sont rapidement à la merci des Français qui ratissent l’île, y faisant plus de cent prisonniers parmi lesquels se trouvaient les fortes têtes des rebelles. Pas une goutte de sang n’avait été versée. Cette opération permit de recueillir dans l’ensemble de l’archipel plus de 600 fusils. Ainsi la pacification des Marquises était-elle obtenue en quelques jours et réparées les maladresses des Résidents Hippolyte, Laurent, Eyriaud Desvergnes. L’amiral, pénétrant la cause du mal, interdit la fabrication de l’eau-de-vie d’orange et engagea les Marquisiens à envoyer leurs enfants aux écoles. Le 30 juin l’amiral proclamait à Hiva Oa la pacification du groupe sud-est, puis s’en fut remercier Mgr Dordillon et chanter un Te Deum d’actions de grâces dans la cathédrale de Taiohae. Le 15 juillet il quitta les Marquises, se dirigeant sur Tahiti où il arriva au début d’août. Circule dans les Tuamotu, pendant que le Dayot va faire la tournée des missions. Quitte Tahiti le 16 novembre. On trouvera les comptes rendus de ces opérations et les rapports de l’amiral aux Archives de la marine. Meurt à Toulon le 8 mai 1890. — Voir en ce qui concerne l’opération de Bergasse du Petit-Thouars aux Marquises : L’Amiral A. Bergasse du Petit-Thouars, sa campagne dans les mers du Sud, 1879-1881, dans Établissements français de l’Océanie, Paris, 1931, p. i-iv, avec une planche en couleurs représentant : le Cuirassé de Croisière la Victorieuse. Et, le chapitre XIV : Expédition militaire contre le groupe sud-est, de l’Essai d’histoire de la mission des îles Marquises, Paris, 1929, p. 340-349, du Père Siméon Delmas.

BERNARD, Claude (1817)

Soldat et cordonnier.

Né à Sleville (Meurthe-et-Moselle) en 1817. Débarque à Papeete en 1848 comme caporal de la 8e compagnie du 1er régiment d’infanterie de marine, en garnison dans cette ville. Libéré de son service en 1851 ou 1852, s’y établit comme cordonnier. Il quittera Tahiti en 1859, avec ses deux premiers enfants, pour se rendre en Nouvelle-Calédonie. — De son union en 1851 avec Julie Hélène Lefebvre, née à Mataïea en 1835, sont nés : Marie, née le 11 mai 1852 à Papeete. — Joseph, né le 7 mars 1855 à Papeete. — Jules, né en 1858, épouse Farerau a Taimai Hita, en 1878 à Afaahiti. — Claude Bernard aura encore comme descendant : Teahupoo.

BERNARD, Louis (1843-1890)

Employé.

Né à Saint-Mélany (Ardèche) le 9 avril 1843. Soldat du 2e régiment d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti le 22 juin 1869 est libéré à Papeete le 2 février 1875. Employé aux Ponts et Chaussées comme gardien de phare de la pointe Vénus et surveillant de travaux. Meurt le 26 août 1890 à Papeete.

BERNARD, Paul (1892-1960)

Administrateur et président de sociétés.

Né à Noisy-le-Sec le 29 octobre 1892. Élève de l’École polytechnique. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale où il fut chef d’un réseau de résistance, arrêté par la Gestapo et condamné à mort prend part à la reconstruction de l’aviation marchande et fonde, le 1er juin 1946, avec le Colonel Paul Genain, la compagnie des T.A.I., Transports aériens internationaux, dont il est resté le président pendant plus de 14 ans. La T.A.I. reprend la tradition de la Régie Air Afrique créée en 1936. Avec des appareils de fortune, Junkers ou Bristols, puis avec des DC4, il déclencha l’essor de la société dans les relations entre la France et les territoires d’Outre-Mer. En 1953, la T.A.I. met en service des quadrimoteurs DC6 B ; en 1957 DC7 C ; en 1957 quadriréacteur DC 8. En janvier 1956, l’ouverture de la ligne Paris-Nouméa déclenche l’épopée du Pacifique. En mai 1960, il a organisé le réseau de liaisons transpacifiques sous pavillon français. Un homme efficace et de la plus haute valeur morale auquel sa compagnie doit beaucoup. Une stèle a été dressée en souvenir de ses activités polynésiennes à l’aérodrome de Faaa. Voir à son sujet : Robert Hervet, Paul Bernard, Paris, 1962.

BERNARD, Victor (1833-1875)

Commissaire de Police.

Originaire de Mirecourt (Vosges). Sert d’abord à la Nouvelle-Calédonie comme sergent au 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete de la frégate Sybille, dans les premiers jours de juin 1865. Est admis au détachement de gendarmerie de Tahiti le 17 du même mois. Prend sa retraite à Papeete. Y remplit diverses fonctions administratives, entre autres celle de commissaire de police de 1871 à 1875. Meurt le 3 mai 1875 à Papeete. — De son union, le 11 mai 1871 à Papeete, avec Louise Lequellec, est née : Catherine, 1875, qui épouse Charles Brault, en 1891, à Papeete.

BERNARDINO, Philippe (1915-1963)

Militaire et employé.

Né à Mataïea le 23 septembre 1915. Descendant d’un Portugais, il était le fils de Louis Bernardino et de Ahutoru Tehaamana. En 1936, il est incorporé à la Compagnie mixte d’infanterie coloniale, l’année suivante s’y engage pour quatre ans. En 1940, signe une déclaration d’engagement du Corps expéditionnaire français du Pacifique pour la durée de la guerre. Le 21 avril 1941, par le Monowoi arrive à Nouméa et par le Zélandia à Sydney. Après un entraînement au camp de Liverpool s’embarque pour le Proche-Orient par le Queen Elizabeth. Est sur le front à Bir Hakeim, en Tunisie, participe, en Italie, à la bataille du Garigliano, rejoint la France, le bord du Rhin, où il est nommé adjudant. Une lettre du 1 septembre 1945, signée Ch. de Gaulle, lui est adressée pour rendre hommage à sa carrière. Était croix de la Libération. Après la dissolution de la Compagnie autonome du Pacifique, rentre à Papeete le 5 mai 1946 par le Sagittaire. S’engagera pour l’Indochine. Définitivement rentré, il trouvera une situation à la Brasserie de Tahiti. Meurt, après une courte maladie, à Papeete en janvier 1963.

BERNAST, Alexis (1895)

Ingénieur.

Né le 8 octobre 1895 à Roubaix. Engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale. Passe à Tahiti en 1925, à la tête d’une coopérative de colonions partant faire du coton en Calédonie. Après un essai infructueux est colon à Santo (Nouvelles-Hébrides). Passe neuf ans aux îles Wallis, « agent spécial du protectorat », s’intéressant à la botanique locale. Revient à Tahiti, en 1942, comme déporté politique. Agent technique des Travaux Publics. Syndicaliste convaincu et actif, il devient l’animateur des organisations locales. Membre du conseil du travail. Délégué de Papeete à l’Assemblée représentative en juin 1949. Épouse une Wallisienne dont il a deux filles.

BERNIÈRE, Charles (1860-1946)

Fonctionnaire.

Né le 8 février 1860 à Fort-de-France (Martinique). Débute dans les services de la marine, à la Martinique, en août 1880. Débarque en 1883, à Papeete. Fait toute sa carrière à Tahiti et prend sa retraite comme chef de bureau des Secrétariats généraux, en 1907. Propriétaire à Fautaua, Pirae. Secrétaire général de la mairie de Papeete de 1919 à 1924. Meurt à Pirae le 28 novembre 1946. — De son union, en 1894 à Papeete, avec Aumai a Mahana, 1874-1947, sont nés : Paul, 1895. — Pierre, 1897-1921, engagé volontaire à dix-sept ans, en 1914, au 21 R.I.C., sergent, grièvement blessé le 25 septembre 1915 à Massiges, médaillé militaire, croix de guerre. — Léon, 1898, docteur en médecine qui exerce à Ville-d’Avray. — Ernest, 1900, épouse à Enghien, en 1931, Marguerite Pottier. — Aimé, 1903, sergent chef au service géographique de l’armée, décédé à Paris. — Idria (l’état civil dit Alma), 1908. — Ange, 1910, décédé à Paris. — Abeille, 1912, infirmière décédée chez son frère à Ville-d’Avray.

BERNIÈRE, Paul (1895)

Fonctionnaire et propriétaire.

Fils de Charles. Né le 15 février 1895 à Papeete. Employé à la Trésorerie des E.F.O. de 1911 à 1915. Commis, puis caissier jusqu’en 1928, époque à laquelle il donne sa démission pour s’établir à son compte, entrepreneur de transports routiers. Devient propriétaire-éleveur au district de Mataïea. En 1945, est élu comme président du conseil de ce district, réélu en 1947. Assure cette fonction jusqu’en 1952. Membre de la Chambre de Commerce de 1935 à 1938. Conseiller de la côte ouest à l’Assemblée représentative des E.F.O. de 1946 à 1952. Chevalier de la Légion d’honneur. — De son union avec Teata sont nés quatre enfants. — Épouse le 4 août 1949, à Mataïea, Terautahi a Tematua.

BERROTTE, Louis († 1869)

Colon.

Né à Quédron (Manche). Matelot de l’État sur la frégate Uranie. Arrive à Tahiti le 4 novembre 1843. Prend part aux combats de Mahaena, 17 avril 1844 et Mahina 29 juin 1844. Est libéré à Tahiti probablement en 1847, comme colon militaire. S’établit au district de Mataiea (Papeuriri). En 1859, il est félicité par le gouverneur de l’époque, cité en exemple pour la tenue de ses plantations et sa belle cocoteraie. Meurt à Papeete le 23 mars 1869.

BERTERO, Carlo Guiseppe (1879-1831)

Voyageur et botaniste.

Né en 1789 à San Vittoria (Piémont) : « Destiné à la médecine, il prit goût pour la botanique, et partit jeune encore pour les Indes occidentales où il resta plusieurs années rapportant en Europe des riches collections qui le firent connaître et son nom prit place parmi ceux des plus savants voyageurs. » Est au Chili en 1828 où « il explore une grande partie de la République, visite Juan Fernandez et envoie en France d’immenses trésors botaniques et un très grand nombre d’espèces nouvelles ». Moerenhout, qui le rencontre au Chili en septembre 1830, l’entraîne en Polynésie où il arrive le 3 novembre 1830. « Enchanté des lieux, charmé des découvertes qu’il y faisait, quoiqu’il eût bientôt reconnu que la végétation y est plus riche que variée, il y commença ses recherches avec une ardeur infinie et forma des collections immenses depuis notre arrivée jusqu’au 9 avril ; époque où il quitta O-taïti tant à cause des troubles continuels qu’il y avait alors dans cette île qu’à cause de la nouvelle de la révolution de France que nous venions de recevoir » (Moerenhout, Voyage aux îles du grand Océan, p. 328). M. Bertero, ajoute cet auteur, « ne s’occupait pas seulement de plantes. Comme médecin, il rendait de grands services, toujours prêt à donner les secours de son art à quiconque venait les solliciter… A ses vivacités près, il était véritablement aimable et bon, aimé de tout le monde, des blancs comme des Indiens » (ibid., p. 329, 330). Bertero s’embarqua à Papeete sur une goélette de Moerenhout qui toucha Raiatéa et dont on n’entendit jamais plus parler dans la suite. Moerenhout exhale sa douleur à propos de cette perte : — « Un bâtiment neuf ! Une riche cargaison ! Point d’assurance… et puis Bertero, mon digne, mon noble ami Bertero ! » — sans nous en dire pour autant le nom. Tout n’a pas été perdu cependant de ces récoltes, puisque Moerenhout envoya à Paris, sans doute à Delessert, en 1834, une caisse de plantes récoltées par lui et Bertero à Tahiti. Malheureusement une partie fut distraite en route, on ne sait comment ; mais quoique incomplète, la collection qui en est restée est peut-être encore la plus riche en espèces qu’on ait rapportée de Tahiti. Le Dr Bertero s’était occupé de la détermination botanique des espèces qu’il avait récoltées dans l’île de Tahiti. L’herbier Delessert, maintenant à Genève, comportait des plantes récoltées à Tahiti et au Chili. « Il existe à l’herbier du Muséum de Paris des plantes de Tahiti récoltées par Bertero, mais il est impossible de savoir si elles y ont été envoyées directement par Moerenhout ou si elles y ont été données par Delessert », veut bien m’écrire André Guillaumin qui me signale une notice assez détaillée sur Bertero dans A. Lasègue, Musée Botanique de M. Benjamin F. Delessert (Paris, 1845), p. 260-263. Son éloge funèbre fut prononcé par Colla (Mém. Turin, I, p. 123). Il y a quelques renseignements sur le voyage de Carlo Bertero à Tahiti et ses activités scientifiques dans ces parages dans : C. de Amezaga, Viaggio di circumnavigazione della R. corvetta « Caracciolo », 1881-1884, Roma, 1885, vol 2, p. 108-109.

BERTHOT, François (1820-1847)

Colon militaire.

Né à Vergeade (Jura) en 1820. Débarque à Nuku Hiva le 4 juin 1842 de la corvette Triomphante comme artilleur faisant partie de la 17e batterie du régiment d’artillerie de marine. Arrive à Tahiti, en renfort, par la frégate Uranie, le 4 novembre 1843. Libéré en 1846 s’y installe comme colon militaire. Décédé à Papeete le 30 juin 1847, sans descendance. — Par ordonnance du 3 juillet 1847, avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en récompense de sa belle conduite dans les combats de Punaauia et de la prise du fort de Fautaua. Cette ordonnance arriva à Tahiti en janvier 1848, alors que Berthot était déjà décédé depuis six mois.

BESSAND, Félicité (1843-1888)

Sœur Saint Thomas, religieuse de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 9 juillet 1843 à Queige (Savoie). Débarque le 2 novembre 1869 à Papeete. Tout d’abord sœur hospitalière à l’hôpital militaire de Papeete jusqu’en octobre 1879, puis institutrice à l’école des sœurs du district de Mataiea (Papeuriri). Meurt en 1888.

BICKNELL, Henry (1766-1820)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1766. Charpentier, scieur de long et faiseur de roues. Il est le premier volontaire océanien de la London Missionary Society. Célibataire, il part comme artisan avec le Duff; quitte l’Angleterre le 10 août 1796 et arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Il comptera, en mars 1798, au petit nombre des persévérants qui n’abandonnent pas la mission. Au début de 1800, on semble suspecter ses mœurs, mais l’affaire n’a pas de suite. Quitte Tahiti le 29 mai 1808 pour Sydney où il désire trouver femme. N’ayant pas réussi à se marier là, pousse jusqu’à Londres où il apportera le manuscrit du premier livre de lecture en tahitien, préparé par le Rév. Davies, livre qui y sera imprimé en 1810. Bicknell épousera à Londres Mary Ann Bradley, « a pious young woman ». Le jeune ménage quitte l’Angleterre le 25 mars 1810, par le Canada, navire qui conduisait à Sydney cent « female convicts ». A Sydney en septembre, il arrive à Mooréa au mois de juin 1811. Lors de son retour, il vivra quelque temps dans la demeure même de Pomaré qui « spent much of his time in reading and writing, in conversation, and in earnest enquiry about God… and sometimes spoke in terms astonishing even to the missionaries themselves » (Ellis, Polynesian researches, vol. I, p. 89). De Papetoai, il est muté bientôt à Matavai (Tahiti). Au début de 1818, il va ouvrir la station de Papara avec son collègue Samuel Tessier. C’est Bicknell qui, le 18 mai 1819, baptisera Pomaré dans la fameuse Royal Mission Chapel, et lui adressera les quelques mots de circonstance. Il meurt, de la dysenterie à Papara, le 7 août 1820. W. W. Bolton prétend avoir retrouvé sa tombe, en 1937… à Mooréa ! — « He had been one of the most consecrated and energetic workers connected with the mission… He passed unscathed through the temptations to which so many succumbed, he never lost heart even when things were at their worst, and he lived not only to see the beginning of victory, but was also enabled to do much useful work in the consolidation of Christianity in the island. » (R. Lovett, History of the L. M. S., vol. I, p. 225.) Sa femme épousera en secondes noces le Rév. J. Davies.

BICKNELL, James († 1892)

Missionnaire aux Marquises.

Neveu du précédent. « Homme de valeur et habile charpentier », parlant bien le tahitien et le français, il sera missionnaire volontaire aux Marquises lors des tentatives d’évangélisation de l’Archipel par la Société Évangélique de Hawaii. Il quittera Honolulu en 1853 avec le pasteur Kekela (voir à ce nom) et restera de nombreuses années aux Marquises. Sera successivement à Fatu Hiva en 1853 ; à Hapaahi, Hiva Oa, en 1856. En 1861, il retournera à Honolulu pour y faire imprimer des livres en langue marparquisienne. En 1865, il amène à Hawaii dix-sept Marquisiens et Marquisiennes pour leur éducation, dont sept rentreront deux ans plus tard. Il se montra un collaborateur fidèle et efficace, ayant l’entière confiance des missionnaires hawaiens et le respect des indigènes auxquels, étant un peu médecin, il rendit de nombreux services. Il mourut à Honolulu le 18 septembre 1892.

BIDDLE, George (1885)

Peintre, graveur et sculpteur américain.

Né à Philadelphie (Pennsylv.) en 1885. Élève de l’Académie de Pennsylvanie et de l’Académie Julian à Paris. Fait deux séjours successifs à Tahiti. Après la Première Guerre mondiale, lors de son second séjour en 1920-1922, il demeurera près de deux ans dans le district de Tautira. Dans son autobiographie, An American artist’s story (Boston, 1931), Biddle a raconté son acclimatation à la vie tahitienne, avec sa compagne Temahau à Teai, femme des Tuamotu, et ses rapports avec l’Américain I. H. Knapp et F. O’Brien. Il exposa à Papeete, à New York, à Vienne et à Paris. Le musée de l’Académie de Pennsylvanie possède de lui un Tahitian family. Voir sur lui Mantle Fielding, Dictionary of American painters, New York, 1945, p. 28 et H. Vollmer, Künster Lexikon des XX. Jahrhunderts, t. I, p. 206-207. Il a écrit en outre Green island, with drawings by the author, New York, 1930.

BIDÉ, Julien (le Frère Théophile-Joseph). 1875-1954

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né à Vay (Loire-Atlantique) le 8 novembre 1875. Entre dans l’Institut en février 1897. Après un ministère scolaire au Canada pendant une vingtaine d’années arrive à Tahiti en juillet 1922. Y prend aussitôt la direction de l’école des Frères. Fera reconstruire le « préau du Frère Alain », grâce au concours des anciens élèves. L’administration, pour la première fois, en 1925 sur la demande du Conseil d’Administration de la Colonie « considérant qu’il n’est pas équitable que les ressources budgétaires fournies par l’ensemble des contribuables aillent exclusivement à l’enseignement public alors qu’il existe à Papeete quatre écoles libres qui rendent des services incontestables », accorde une subvention à l’école des Frères. Sous son directorat, l’effectif se maintiendra aux environs de 250 élèves, réunis en cinq classes. Cette légère tendance à la baisse est expliquée par la création, à la même époque (1922), d’une école chinoise qui retire aux Frères certains enfants de cette partie de la population. Son supérieurat cesse le 22 juillet 1928. Fatigué, il ne rentre en France que le 16 mars 1929. Sera sous-directeur de l’école de Guérande. Meurt à Josselin (Morbihan), le 31 juillet 1954.

BISSCHOP, Eric de (1891-1958)

Marin.

Capitaine au long cours. Né le 23 octobre 1891 à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais). Navigue, comme mousse, dès septembre 1908, sur le quatre-mâts Dunkerque. Inscrit maritime, sert dans la marine en 1912-1913. Élève officier. Participe à la Première Guerre mondiale dans la marine, 1915-1917; et l’aviation 1917-1919. Navigue, comme officier de 1919 à 1921. En 1927 part en Chine « tenter l’aventure ». En connaîtra de nombreuses, avec son compagnon Tatibouet, sur les jonques Fou Po I et Fou Po II, dans le Pacifique où il fait deux fois naufrage, la seconde fois aux Hawaï, en 1935. Construit à Honolulu, en 1936-37, le Kaimiloa, une pirogue à deux coques, qu’il conduit à Cannes où il arrive le 21 mai 1938. Repart de France en août 1939 sur le Kaimiloa We-kea et perd son embarcation, après un abordage par un cargo, dans le golfe de Gascogne. Consul de France à Honolulu pour le Gouvernement de Vichy. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, effectue sur le Cheng Ho, une jonque chinoise à moteur, son premier voyage à Tahiti où il arrive le 30 décembre 1947. La possession définitive de la jonque lui vaut, lors de son retour à Hawaï, une succession picaresque d’aventures policières, juridiques ou financières. Établi définitivement à Tahiti, il y sera tour à tour armateur, capitaine de goélette faisant le commerce des îles, employé au cadastre, cartographe temporaire à Rurutu et Raivavae et… candidat malchanceux aux élections. Le périple du Kon Tiki, dont les rescapés avaient séjourné à Papeete en 1947, lui donna l’idée de recommencer le voyage en sens inverse et de relier Tahiti aux côtes du Chili. Et ce fut la construction du Tahiti nui : après les jonques et les pirogues doubles, le radeau de bambou. Avec quatre jeunes gens, il s’embarque le 8 novembre 1956 pour cette nouvelle aventure qui devait être une presque totale réussite puisque c’est au terme d’un voyage de sept mois que la Baquedano, un navire de guerre chilien, recueillait l’équipage du Tahiti nui dont l’embarcation, malmenée par un trop long et finalement trop rude voyage, était devenue impropre à la navigation, et coule le 26 mai 1957 à proximité de Juan Fernandez. Une fois encore Eric de Bisschop ne se laissa pas décourager. Il équipe un second Tahiti nui, se proposant de regagner Tahiti avec lui. Départ de Constitution le 15 février 1958, et de Callao le 13 avril. Après avoir manqué les Marquises le radeau n’ayant plus une flottabilité suffisante, de Bisschop parvint avec les débris de son radeau, à construire en pleine mer une embarcation de fortune, plus petite et, abandonnant le Tahiti nui II, de s’y réfugier, la dirigeant vers Rakahanga, un atoll des îles Cook. Malade, épuisé par une dure traversée, ne sachant pas nager et n’ayant plus les réflexes d’un homme de vingt ans, de Bisschop trouva une mort de marin, le 30 août 1958, dans le difficile passage du récif, la mort même qu’il semblait avoir prévue pour les malheureux contraints à cette difficile manœuvre, puisqu’il avait écrit dans son dernier livre cette phrase prophétique : « Une simple petite erreur, et l’embarcation prise par le travers serait roulée, brisée sur les rochers, avec tous ceux à bord à la patouille et, aussi bons nageurs qu’ils soient, avec de grandes chances de finir le crâne broyé, les os en bouillie ». Son corps fut ramené à Tahiti par le Lotus, stationnaire français de Papeete. Le 5 avril 1961 ses restes sont transférés à l’île Rurutu. De toutes ces aventures, Eric de Bisschop n’a laissé de traces littéraires que dans deux ouvrages : Kaimiloa. De Honolulu à Cannes à bord d’une pirogue double polynésienne (Plon, 1939) et Cap à l’Est. Première expédition du Tahiti nui (Plon, 1958), le second seul intéressant Tahiti. Destinés au grand public, ce sont des récits de voyages, écrits dans un style familier et parlé, mais qui témoignent d’une plume experte. De Bisschop conservait de par lui, nous disent ses familiers, des notes plus techniques. Elles nous apporteront sans doute un jour ou l’autre si elles sont publiées, d’une manière plus élaborée et scientifique, ses idées sur les questions d’ethnographie navale qui l’avaient toujours passionné. Car, possédant les connaissances et la pratique d’un commandant de gros navires modernes, de Bisschop y ajoutait une expérience très intelligente, parce que mûrement réfléchie, de la navigation en pirogues, jonques et embarcations diverses. Se méfiant des théories et des vues abstraites, il aimait essayer lui-même. Mais orgueilleux, ou plutôt timide, il cachait ses connaissances, très solides, derrière des boutades dont les auditeurs retenaient le côté paradoxal plus que le sérieux. On ne s’aperçoit de la valeur de ses observations océanographiques qu’en consultant les spécialistes — le Service Hydrographique de la Marine le tenait en haute estime — et de ses qualités d’expérimentateur en architecture et en archéologie navale, qu’en faisant une étude serrée de ses voyages, comme le tenta par exemple Paul Adam (Revue Maritime, Paris, avril 1957). Il faut d’ailleurs dire que les ambitions d’Eric de Bisschop allaient plus loin. Sa véritable préoccupation n’était pas d’être un bon marin faisant collection de détails techniques ; il visait à étudier, par les voies qui étaient les siennes, des problèmes beaucoup plus vastes. Dès son départ sur le Fou Po, en 1934, il songeait à étudier les courants et les conditions de la navigation dans le Pacifique, non sans l’idée de derrière la tête d’en tirer des conséquences sur les migrations océaniennes. On regrettera qu’Eric de Bisschop ait pratiquement conservé pour lui le résultat de ses « intuitions », élaguées, précisées, modifiées par l’étude et l’expérience. On ne saurait en effet tirer grand-chose de constructif des idées générales, souvent farfelues ou contradictoires, qui affleurent çà et là dans les récits de ses voyages, non plus que des critiques qu’on y rencontre de théories généralement reçues par les ethnographes, au moins comme de bonnes hypothèses de travail. L’observation directe, l’expérience et l’« intuition » doivent certes avoir leur part dans la recherche ; mais c’est une lacune qu’une personnalité de cette envergure soit volontairement restée à l’écart de toute la science officielle et des chercheurs professionnels, n’acceptant ni leurs discussions, ni leurs contrôles, ni leurs méthodes d’investigation. Après avoir prétendu tout remettre en question, il est finalement mort à soixante-sept ans sans avoir même apporté le commencement d’une preuve à « ses idées d’arrière la tête », demeurées pour nous vraiment par trop floues et mystérieuses. Le rôle et la valeur de cet audacieux marin qui fit si noble figure dans le domaine de l’aventure pittoresque s’en trouveront singulièrement diminués dans l’ordre des valeurs scientifiques.

BITIGER, Antoine André (1821-1899)

Colon militaire.

Né en 1821 à Gundolsheim (Haut-Rhin). Arrive à Nuku Hiva le 4 septembre 1843 par la corvette Meurthe comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Puis sera envoyé à Tahiti où il prendra part aux différents combats qui eurent lieu de 1844 à 1846 ; blessé à la main par un coup de feu à Papenoo. Libéré de son service le 1 avril 1847, s’installe colon militaire, au district de Mahina en 1856, puis devient propriétaire au district de Papeari en 1870. Décédé en 1899. — Son union, en 1880, avec Rahi a Tenaarii demeura sans postérité.

BITTER, Maurice, (1926)

Journaliste et reporter.

Né à Paris le 24 décembre 1926. Au cours de ses voyages, visite Tahiti pour la première fois en 1956. A l’occasion d’y revenir plusieurs fois comme envoyé spécial par la Radio-Télévision Française. Rapporte de ses séjours des disques qui se veulent d’un authentique folklore. M. Bitter a ouvert à Paris, rue Monsieur-le-Prince, au cœur du quartier Latin, une « Librairie du Pacifique » qui, par sa proximité du foyer des étudiants tahitiens de Paris et installé dans la même rue, est devenu un lieu de rencontre pour les amis de Tahiti et de l’exotisme

BIZARD, Étienne (1814-1881)

Fonctionnaire et propriétaire.

Né le 26 décembre 1814 à Chatignonville (Seine-et-Oise). Arrive à Tahiti le 28 décembre 1865, venant de San Francisco (Californie), comme civil. Homme de condition aisée, vit de ses revenus. En 1869, est nommé par le gouverneur inspecteur de l’agriculture. Quitte cet emploi pour celui de commissaire de police et huissier à Papeete de 1871 à 1873. Greffier au tribunal de Papeete. Démissionne et va s’établir au district de Paea où il est propriétaire. Meurt le 31 janvier 1881 à Paea.

BIZIEN, Yves (le Père Théophile) 1880-1924

Religieux picpucien.

Né à Lanrivoaré (Finistère) le 1 mai 1880. Profès dans la congrégation le 21 novembre 1902 ; ordonné prêtre à Louvain le 25 août 1907. Reçoit alors son obéissance pour les missions d’Océanie et est affecté à Tahiti. Arrive à Papeete le 28 novembre 1907. Nommé d’abord à Haapape, il fut ensuite à la mission de Punaauia, mais dès septembre 1908 Mgr Hermel l’envoie avec le Père J. Kerdal entreprendre une nouvelle mission à Manihiki, aux îles Cook, alors sous la juridiction du vicariat apostolique de Tahiti. Quitte la mission de Tahiti en janvier 1915 pour aller servir en France au cours de la Première Guerre mondiale. Affecté au contrôle postal de Pontarlier, son activité est entrecoupée, au printemps de 1918, par l’aumônerie officieuse des « poilus tahitiens » à l’entraînement à Boulouris, près de Fréjus. Il ne reçoit pas l’autorisation d’accompagner au front le bataillon du Pacifique, sa santé laissant fort à désirer. Démobilisé le 1 mars 1919, il n’est pas jugé assez fort pour regagner les missions et meurt d’une fièvre typhoïde, à Paris, le 11 août 1924.

BLANC, Eutrope (Frère Michel) 1832-1899

Religieux picpucien.

Né le 15 mars 1832 à Rochefort (Charente-Maritime). Charpentier de métier, ayant fait profession, comme frère convers, dans la congrégation, le 22 juin 1863, il reçoit trois ans plus tard son obédience pour les îles Marquises. Il y passera toute sa vie, construisant de nombreux édifices pour la mission. « Si on retranchait aux Marquises ce que cet habile et courageux ouvrier a construit, il resterait peu de choses remarquables », écrira de lui Mgr Martin. On lui doit en particulier l’érection d’une rustique statue monumentale de la Vierge qu’il s’en fut installer sur un pic inaccessible qui domine la mer, le mont Heu, à Hatiheu, sur la côte nord du Nuku Hiva. C’est également là qu’il édifia, en 1874, l’église d’Hatiheu, longue de plus de 32 m dont les décorations impressionnèrent vivement les indigènes. Robert Louis Stevenson, qui visita les Marquises en 1888, décrit l’église du Frère Michel « en pierre, avec ses tours jumelles, des murailles soutenues par des arcs-boutants et une façade sculptée. Le dessin… est bon, simple et pur de forme. Mais tout le caractère est dans les détails où l’architecte s’est métamorphosé en sculpteur. Il n’y a pas de mots pour décrire les anges qui montent la garde autour du portail, et les chérubins dans les coins, et les gargouilles représentant le bouc émissaire, et le haut-relief bizarre et plein de vie où saint Michel, le patron de l’artiste, met à mal Lucifer, qui proteste… Nous ne nous lassions pas de contempler cette imagerie si naïve, si amusante, et pourtant si artistique, dans le meilleur sens du mot, dans le sens de l’invention, du goût, de l’expression ». Et, dans le 10 chapitre de la partie consacrée aux Marquises de son livre In the South Seas, l’écrivain anglais a consacré au Frère Michel Blanc « frère lai français, qui tire sûrement son origine de quelque maître-maçon de l’âge des cathédrales » et « modèle accompli du missionnaire » quelques pages pleines de sympathie et un portrait pittoresque qui font entrer, par la plus grande porte, dans l’histoire littéraire cet artiste ignorant de ses dons et qui, pauvre et ignoré, a passé « des années et des années dans une cellule de deux mètres carrés, lui qui a construit tant et tant de maisons pour les autres » (Mgr Martin). Le Frère Michel mourut à Atuona (Hiva Oa), le 4 novembre 1899. Il repose au cimetière de la Mission à l’ombre d’une grande croix de 12 m de haut qu’il avait lui-même érigée. — Un critique d’art américain, A. V. Frankestein, de San Francisco, s’est intéressé aux travaux de sculpture du Frère : Angels over the altar. Honolulu, 1961.

BLANC, François (le Père Nicolas) 1821-1893

Religieux picpucien.

Né le 26 novembre 1821 à Castelnau de Levezon (Aveyron). Profès dans la congrégation, le 15 avril 1848, étant déjà diacre. Part à Valparaiso où il va achever ses études cléricales et où il est ordonné prêtre par Mgr Jaussen le 23 décembre 1848. Reçoit alors une obédience pour les Gambier. En 1854 est affecté à la mission de Tahiti où il travaille aux Tuamotu. Revient à Mangareva en 1864. En 1886 il est nommé vice-provincial puis, en 1890, provincial de la mission de Tahiti. Excellent éducateur, on le charge d’une école de catéchistes et de la fondation d’un petit séminaire qu’il installe à Mooréa, où il meurt, le 23 décembre 1893. — On conserve de lui, aux archives de sa congrégation, un manuscrit intitulé : Réfutation du roman de M. Paul Deschanel sur les Gambier, 1888, 32 p.

BLANCHARD, Louis (1846-1911)

Propriétaire et voiturier.

Né en mars 1846 à Jolimetz (Nord). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete le 26 juin 1868. Libéré img-18.jpeg img-18.jpeg du service le 27 septembre 1871 à Papeete. Débute dans le terrassement, puis devient propriétaire rue Neuve (rue des Poilus tahitiens). Entrepreneur de transports et voiturier. Courageux et dur à la tâche, il se crée une position enviable. Meurt à Papeete le 1 avril — De son union à Papeete, le 11 septembre 1886, avec Tevaite Guifford, 1868-1907, est né : François, 1888-1934, agent du service de l’Hygiène, mobilisé, fait campagne en Orient, 1916, épouse en premières noces Joséphine Paquier, 1890-1943, trois enfants ; divorce et se remarie avec Hannah Garbutt, veuve de Charles Guifford, 1895-1950, le 7 décembre 1921 à Pirae, quatre enfants.

BLIGH, William (1754-1818)

Amiral anglais.

Né à Plymouth (Cornwall) le 9 septembre 1754. Entre jeune dans la Royal Navy. Participe au second voyage de Cook, 1772-1774. Reçoit en 1787 le commandement de la Bounty, et quitte Spithead, le 23 décembre 1787, avec la mission d’aller chercher des plants de l’arbre à pain aux îles de la Société et de les transporter aux Antilles. Arrive à Matavai Bay, Tahiti, le 26 octobre 1788. Après une récolte de 1 015 plants d’arbre à pain, quitte l’île le 4 avril 1789. Mais les brumes de l’Angleterre et la stricte et brutale discipline de Bligh n’ont plus aucun attrait pour un équipage qui vient de passer cinq mois à Tahiti, et après l’escale de Huahine où il va chercher des nouvelles d’Omai, alors que la Bounty se dirige vers le Sud, l’équipage se révolte le 28 avril. Il rentre à Tahiti sur la Bounty, abandonnant en haute mer Bligh et dix-huit marins fidèles sur une chaloupe non pontée, sans cartes et avec assez peu de provisions. Bligh parvient cependant à gagner Timor, où il arrive le 14 juin 1789, après un voyage de 3 618 miles qui reste une des plus extraordinaires performances maritimes. Rentre en Angleterre sur la Ressource en mai 1790. Peu après Bligh reçoit le commandement d’une nouvelle expédition botanique pour accomplir la mission qu’il n’avait pu mener à bien avec la Bounty. Quitte l’Angleterre en août 1791 avec la Providence, et sa conserve l’Assistance, Capitaine Portlock, et est à Tahiti le 10 avril de l’année suivante. Il y séjournera trois mois pour ramasser et embarquer 2 500 plants d’arbre à pain qu’il ira déposer à Sainte-Hélène et à la Jamaïque. A Tahiti, Bligh, qui parle un peu le tahitien, s’intéresse à la vie locale tout en essayant de savoir ce que sont devenus les mutins. Il quittera l’île le 16 juillet 1792 emmenant avec lui un Tahitien, Mydiddee, qu’il conduira à Londres où il meurt peu après son arrivée. Un autre Tahitien, Bobbo, passager clandestin, sera déposé à la Jamaïque pour s’y occuper des plants d’uru. Bligh en 1805, sera nommé Gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud où son excessive sévérité provoquera à nouveau contre lui un soulèvement général. Emprisonné le 26 janvier 1808, il ne sera relâché qu’en mars 1810. Amiral, meurt à Londres en 1817. La rébellion inspire un film, Mutiny of the Bounty, 1934, avec Ch. Laughton. Remake à Tahiti, 1960, avec M. Brando.

Bibliographie. La meilleure vie de Bligh, est celle de G. Mackaness, The life of Vice Admiral William Bligh (Sydney, 2e édit., 1951, avec une utile bibliographie). On consultera aussi : Owen Rutter, The turbulent journey, the life of William Bligh… (London, 1936). Le même historien a publié le journal de bord du voyage de la Bounty : The log of the Bounty (London, Golden Cockerel Press, 1937). — Sur le second séjour de Bligh à Tahiti, voir : Ida Lee, Captain Bligh’s second voyage to the South Seas (London, 1920, 290 p.).

BLOSSOM, Thomas

Missionnaire de la London Missionary Society.

Charpentier de métier, il est désigné, comme artisan-missionnaire, pour Tahiti, et quitte l’Angleterre, avec sa jeune femme et son collègue Armitage, le 19 mai 1821, par le baleinier Tuscan. Arrive à Tahiti le 25 septembre 1821. Prendra en charge la responsabilité des affaires matérielles de la South Sea Academy. Sa femme meurt à Tahiti en 1842. Malade lui-même, il quitte la mission et regagne l’Angleterre où il arrive en 1844, date à laquelle cesse son appartenance à la Société.

BODIN, Henri (1878-1961)

Commerçant et homme politique Né le 20 mars 1878 à la Pagotière (Vienne).

En 1903, se rendant en Indochine où il est affecté au service des douanes, fait un crochet par Tahiti pour visiter le pays… et y demeure. A bord du Mariposa qui le conduisait à Papeete il avait recontré Léon Coppenrath, qui deviendra son beau-frère et Henri Cor, secrétaire général à Papeete, qui, ayant à assurer un intérim de Gouverneur, le prend comme secrétaire. Fera plus tard du commerce dans les îles — coprah et perles — connaissant de nombreuses aventures dans les Tuamotu où il a une maison de commerce à Fakahina, soit seul, soit associé à Auguste Vincent, copropriétaire de la goëlette Te Aria. Henri Bodin sera un temps huissier aux Tuamotu, conservateur du Musée de la Société des études océaniennes à Mamao. Élu au Conseil Municipal de Papeete en 1903, il sera adjoint au maire Cardella. On lui doit la création du journal Le Réveil ronéotypé par Charles Brault. Il sera membre de la Chambre de Commerce, président de la délégation économique, Ministre des finances, comme membre du R.D.P.T., lors de la présidence de Pouvanaa, en 1958. Décédé à Papeete le 3 novembre 1961. De son union, le 22 octobre 1907, à Papeete, avec Hélène Coppenrath, 1883, sont nés : Madeleine, 1908, religieuse de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny à Limoux (Aude). — Esthel, 1909, épouse en 1945 Tetuaeroo Urima, † 1973, et vit à Nouméa. — Isabelle, 1912-1932, épouse le Dr Maurice Noël, installé à Deauville, et meurt à la naissance de son premier enfant. — Henri, dit Fellow, 1914, propriétaire, épouse en 1941 Pauline Taraihau, huit enfants. — Raymond, 1915, épouse Elsa Grube. Participe à la Seconde Guerre mondiale dans les Forces Françaises Libres, comme aviateur au groupe Lorraine ; plusieurs citations. Directeur de Simacolor à Paris. Un enfant. — Gisèle, 1917, épouse en 1952 Alfred Apodimanni, † 1973, trois enfants. — Christian, 1922, fonctionnaire des finances, sert à Uturoa, au Cameroun et au Tchad, avant d’être nommé Percepteur-Receveur municipal des îles du Vent à Papeete. Épouse, en 1946, Huguette Lintz, neuf enfants.

BOENECHEA, Capitán Don Domingo de († 1775)

Espagnol de la province de Biscaye.

Commence sa carrière dans la marine royale espagnole comme midshipman et sert avec distinction dans l’Atlantique, la Méditerranée et les deux Amériques, prenant part à diverses campagnes et combats. Lorsqu’il est nommé commandant, on le tient pour un « marin courageux et un habile navigateur ». Il reçoit le commandement de la frégate Santa Maria Magdalena, connue comme l’Aguila, en 1767, et est envoyé avec elle dans le Pacifique. L’Aguila est une petite frégate de vingt-six canons, construite à Cadix en 1753. Elle était spécialement armée pour son voyage océanien et comprenait un équipage de deux cent cinquante et une personnes. Boenechea quitte Callao le 26 septembre 1772. En mer, il ouvre les instructions secrètes reçues de Manuel Amat y Juniente, vice-roi du Pérou. Il a le choix et peut commencer son voyage de reconnaissance soit par Tahiti, soit par l’île de Pâques. Il choisit Tahiti. A Tahiti, il doit explorer l’île, voir si une colonie a été établie par les Anglais, aider la tâche des missionnaires de la frégate et tenter de ramener de leur plein gré quelques indigènes à Lima. Le 28 octobre, Boenechea découvre Tauere (San Simo y Judas), atoll habité où il ne peut aborder. Le 30, découvre Haraiki (San Quintin) ; le 1er novembre reconnaît Anaa (Todos Santos) où il ne peut aborder. Le 6, envoie une embarcation reconnaître Mehetia (San Cristobal) ; les relations avec les indigènes y sont difficiles. Le 8 novembre, est en vue de Tahiti (Amat). Après avoir eu bien du mal à trouver un ancrage sûr et avoir failli éventrer sa frégate, ancre le 19 novembre dans la baie de Vaiurua (Tautira) à l’extrémité de la presqu’île de Taiarapu. Le lieutenant Thomas Gayangos fait en baleinière, du 5 au 11 décembre, le tour de l’île dont il reconnaît les ancrages et dont il dresse la carte. Ayant reconnu que l’île n’est pas occupée, Boenechea lève l’ancre le 20 décembre, s’en va reconnaître Mooréa (San Domingo), également sans trace d’installation européenne. La frégate est de retour à Valparaiso le 21 janvier 1773. Boenechea date son rapport du 30 mars. Il y donne des détails sur les habitants de Tahiti, leurs coutumes et leurs occupations. Il juge qu’il n’y a pas plus de 10 000 habitants dans l’île. Il a rapporté avec lui quatre naturels, Pautu, Tipitipia, Heiao et Tetuanui, âgés respectivement d’environ 30, 26, 18 et 10 ans, dont l’un mourut à son passage à Valparaiso, en février 1773. Ils ont été interrogés sur leur île et ses visiteurs ; et leurs dires ont fait l’objet d’un rapport du lieutenant Juan de Hervé. L’année suivante, Boenechea reçoit le commandement d’une nouvelle expédition à Tahiti pour rapatrier les trois indigènes restant et amener à Tahiti deux franciscains avec le matériel nécessaire à la fondation d’une mission. Part de Callao le 20 septembre 1774. A l’Aguila, on a joint une conserve, le navire marchand Jupiter qu’on perd rapidement de vue et qu’on ne retrouvera qu’à l’arrivée à Tahiti. Boenechea reconnaît ou découvre en route Tauere, dans les Tuamotu, Tatakoti, Hikueru, Haraiki, Anaa, Tahanea et arrive le 13 novembre à Mehetia où il prend quelques indigènes comme passagers vers Tahiti où il mouille le 27 novembre dans la baie de Tautira. Boenechea installe officiellement les missionnaires le 5 janvier. Ils ont couché à terre pour la première fois le 31 décembre, et une croix a été érigée solennellement le 1er janvier. Les chefs reconnaissent la souveraineté de l’Espagne. Le 7, les deux navires quittent Tahiti pour une reconnaissance de Raiatéa où l’on est le 10. La frégate est de retour à Tahiti le 20, portant son commandant atteint d’une soudaine et grave maladie. Boenechea meurt le 26 et est enterré auprès de la croix plantée par ses ordres au début du mois. Son second, Don Thomas Gayangos, prend alors le commandement et ramène les navires à Callao. Boenechea avait été promu capitaine de navire au cours de son voyage. Au sujet de la tombe de Boenechea et celle d’un autre Espagnol enterré lui aussi à Tautira, on lit dans Mœrenhout, Voyage aux îles du grand océan, t. 2, p. 410, « Quand les bâtiments furent partis, on viola les tombeaux pour avoir les clous des cercueils et pour s’emparer des étoffes avec lesquelles on avait enterré les morts. Le plus singulier de cet événement c’est que les Indiens prétendent que, depuis cette exhumation, il y a dans l’île des puces qui, à ce qu’ils disent, sortirent par millions des tombeaux profanés. » La violation de tombes est si peu dans la ligne d’activité normale des Tahitiens à la fin du XVIIIe siècle qu’il faut accueillir l’histoire de Mœrenhout avec beaucoup de réserve. Par ailleurs, les sand flies ont toujours été nombreuses sur les plages de beaucoup d’îles. En 1929, le Commandant Lidin, ayant fait à Tautira des recherches topographiques sur la position de la mission des Espagnols, a conclu que les tombes de Boenechea et du matelot de l’Aguila n’avaient pas été respectées (B.S.E.O., t. 3, 1929, p. 388). On trouvera le rapport du premier voyage de Boenechea dans Corney, Quest and occupation of Tahiti by the emissaries of Spain, t. 1, p. 284-345, qui a rassemblé tout ce que l’on peut savoir sur ce voyage et en a publié les cartes. — Sur l’homme voir : F. de Paula Pavia, Galeria biografica de los generales de Marina…, Madrid, 1875.

BOIRIE, Jean François Régis (le Père Léonard) 1868-1895

Religieux picpucien..

Né le 27 février 1868 à Saint-Julien de Coppel (Puy-de-Dôme). Profès picpucien en 1891 ; ordonné prêtre en 1893. Part en Océanie et est affecté à Tahiti la même année. Malade, va mourir à Sydney le 16 juillet 1895.

BOIXIERE, Pierre (1933)

Professeur.

Né à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) le 6 janvier 1933. Licencié ès lettres. Enseigne d’abord à Vannes, puis arrive à Tahiti en janvier 1960 où il est nommé professeur d’espagnol au lycée Paul-Gauguin. Collabore à Radio-Tahiti où il est connu sous le nom de M. de Boismarcy et anime le ciné-club local. Tient la chronique de Tahiti dans Le Marin, le journal que son père dirige à Rennes. En 1973, était censeur au lycée des Sables-d’Olonne (Vendée). De son union en 1958 avec une Tahitienne, étudiante en France, Mireille Marcillac, 1941, est née à Vannes, en 1959, une fille Vahite. Divorcé, épouse Eliane Tuihani, une fille.

BOLTON, W. Washington (1859-1946)

Un Anglais, né en 1859.

Entre à Caius College à Oxford, en 1877, pour des études théologiques. N’est jamais ordonné. Voyage à travers le monde. A soixante-sept ans, occupe une place d’instituteur à Niue. En 1928, vient s’installer à Tahiti où il s’intéresse intelligemment à l’histoire locale. Intrépide marcheur, il explore à pied les moindres recoins de l’île, pour y découvrir — et souvent pour y restaurer — les reliques de l’époque missionnaire : tombes, cénotaphes, inscriptions, ruines. En même temps, il fait dans les archives des recherches qu’aucun autre n’avait eu l’idée d’entreprendre ni la persévérance de mener à bonne fin. Comme résultat de ces efforts : de nombreux articles de journaux et de revues, et deux gros volumes manuscrits, calligraphiés de sa propre main, qui furent déposés au Consulat anglais de Papeete à l’intention des chercheurs. — Meurt à Tahiti, le 28 juillet 1946. Voir une note sur lui, signée de J.N. Hall, dans : Strand Magazine, févr. 1945 ; article reproduit dans P.I.M., June 1947, p.43, port.

BOMPARD, Pierre (1890-1962)

Peintre.

Né le 28 juin 1890 à Verdun (Meuse). Études artistiques à l’Académie Julian. Peintre de la Marine en 1936. Fait un voyage en Polynésie française avec sa femme qui peint également, de juin 1957 à juillet 1958, passant les trois premiers mois de 1958 aux îles Marquises. Au cours de ce séjour, il fait aménager la tombe de Paul Gauguin à Atuana. Exposition de ses œuvres océaniennes, en mai 1958 à Papeete, à Paris en novembre 1960 et 1961 et à Vannes pendant l’été de 1961. Il meurt au Val-de-Grâce le 13 juin 1962. — Il avait publié Ma mission Paul Gauguin aux îles Marquises, Paris, 1962, 144 p.

BONARD, Louis Adolphe (1805-1867)

Vice-Amiral.

Né à Cherbourg (Manche) le 27 mars 1805. Polytechnicien, il entre dans la Marine en 1826. Captif des Arabes, mis à la chaîne, il sera libéré par la prise d’Alger. Capitaine de frégate en septembre 1842, il sert en Océanie sous les ordres de l’amiral Bruat dont il fut longtemps le compagnon. Commandant l’Uranie, son nom figure dans les rapports concernant les affaires militaires lors de la révolte. Se signale particulièrement à Mahaéna (avril 1844), à Faaa (30 juin 1844) où il sera blessé et à Huahiné. C’est sous son commandement que fut réalisée la prise de la Fautaua. En décembre 1846, un millier d’indigènes hostiles s’étaient réfugiés au fond de cette vallée dans une position clef, fermée par des à-pics de tous côtés et dominée seulement par un piton jugé inaccessible. Grâce à un Rapa, chasseur de phaétons, Maitoro, qui connaissait les parages, cent cinquante voltigeurs volontaires, courageux et décidés à tout, bien conduits, nus et portant seulement armes et munitions, parvinrent à escalader le piton. Ils ouvrirent ainsi la route à des troupes moins légères. « Des cordes et des échelles en corde furent attachées aux plantes qui sortaient des fissures des roches et toute la colonne se mit en devoir de prendre ce chemin… Le pic avait à peu près 600 m d’élévation et, sur ces 600 m, 150 devaient être faits en se hissant à force de bras… Il fallait une audace véritablement incroyable pour oser tenter une pareille entreprise. » L’affaire ayant réussi, les insurgés furent obligés de mettre bas les armes. La prise du fort de la Fautaua constitue une belle page d’histoire militaire. Et cette difficile expédition guerrière fut probablement celle qui fut acquise avec le minimum de pertes. Les Français n’eurent aucune vie humaine à déplorer, et les Tahitiens ne connurent d’autres victimes que les quelques maladroits qui se rompirent le cou en se sauvant trop vite à travers les précipices. » Il n’y eut pas le moindre acte d’inhumanité à regretter, déclare un rapport, et les vainqueurs partagèrent leurs rations avec les vaincus. » Bonard et ses marins revenaient couverts de la plus pure des gloires et de l’honneur de la paix retrouvée. (Le rapport de Bonard est cité par Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, p. 591-594). Rentré en France peu après, Bonard y sera nommé capitaine de vaisseau le 12 juillet 1847. Il revient bientôt à Tahiti où sa main ferme eut à recueillir l’héritage de Bruat. Le décret du 28 juin 1849 ayant supprimé les fonctions de Gouverneur des Établissements Français de l’Océanie et chargé l’officier Commandant de la subdivision navale de l’Océanie d’exercer celles de commissaire de la République aux îles de la Société, une décision du 19 juillet 1849 nomma le capitaine de vaisseau Bonard au commandement de cette subdivision. Son guidon fut arboré sur la Thisbé. Il rentra en fonction le 20 mars 1850 et y resta jusqu’au 16 juin 1852. Nommé contre-amiral en juin 1855, il exercera en cette qualité, de 1858 à 1861, le commandement de la division navale de l’océan Pacifique. Bonard s’illustrera sur une plus grande échelle en organisant la Cochinchine. Il meurt à Amiens, le 31 mars 1867. Beau caractère d’homme et de marin, chef-né, Bonard était tout en contrastes. Franc-maçon notoire, il est l’ami de Lacordaire et va visiter le Pape. Homme de prestige et d’autorité, on le voit se prêter à des canulars de bordache. Lemire cite celui-ci, qui intéresse la petite histoire de Papeete. A la suite d’un dîner officiel à bord d’un navire anglais le champagne a fait perdre la raison à quelques-uns de ses officiers. Bonard jure de se venger. Il rend la politesse. Et, ce soir-là, fait de la vaste cravate, qui était alors de mode, un entonnoir dans lequel disparaissaient les vins capiteux prodigués dans les verres. L’opération, que la température rendait d’ailleurs agréable, dut être désastreuse pour le linge de l’amiral, mais elle le fut encore plus pour la dignité anglaise. On dut porter dans deux canots les brillants officiers et les ramener à leur bord dans un état bien cruel pour la raideur britannique. « Je ne me suis jamais battu qu’une fois avec les Anglais, disait Bonard, et ce fut le verre en mains. Mais j’avoue que ce ne fut pas à leur honneur ! » (Ch. Lemire, Les marins picards, Paris, 1908, p. 17-18.) On le voit, Bonard aimait les victoires non sanglantes et savait les obtenir par la ruse. — Voir sur lui : V.-A. Bonard (Revue maritime et coloniale, t. 20, 1867, p. 243-244).

BONET, Frédéric (1833-1902)

Lieutenant de vaisseau et avocat.

Né le 4 mars 1833, à Lyon (Rhône). Débute dans la marine nationale. Campagne de Crimée. Arrive à Tahiti le 4 août 1860 comme enseigne. Commande plusieurs navires de la division. Lieutenant de vaisseau en 1864. Entre-temps remplit diverses fonctions administratives : secrétaire général, président du tribunal de première instance de Papeete en 1865-1866, directeur des affaires indigènes en 1868. Dans la même année, passe un congé en France ; revient en novembre 1869. Prend la direction de l’arsenal maritime de Papeete. Admis à faire valoir ses droits à la retraite en novembre 1879, il s’installe à Papeete comme avocat-défenseur (10 fév. 1880), profession qu’il exercera jusqu’à sa mort, à Punaauia, le 26 février 1902. Homme politique influent et de grande culture. Il tint une place importante dans la société tahitienne de son époque. Bonet est un des cosignataires d’un intéressant Rapport… fait par la Commission d’inspection des cultures, Tahiti, 1866. La reine Pomaré, Tati et Auguste Goupil ont été témoins à son mariage. Si l’idée a été reprise et réalisée par d’autres, à F. Bonet reviendrait le mérite d’avoir été le premier à discerner les possibilités d’exploitation des phosphates de Makatea. On lui doit la cale de halage de Papeete en remplacement de celle édifiée en 1853. Cette construction servait encore en 1914. Membre du Comité central d’agriculture et de commerce (1876). Président de la Chambre d’agriculture (1885). Conseiller général (1886-1902), président (1900-1902). Conseiller municipal de Papeete (1890-1900). Agent consulaire du royaume d’Italie (1883). Consul du Royaume des îles Hawaï (1891). Chevalier de la Légion d’honneur (1867). Médaille de Crimée. De son union à Papeete le 28 août 1871, avec Valentine Holozet, 1850-1900, sont nés : Marie, 1872-1894, épouse en 1893 à Papeete Léandre Matra, capitaine d’infanterie de marine. Michel, 1878. — Camille, 1874-1919, épouse à Papeete, le 2 juin 1900, Paulin Claret, 1861-1919, pharmacien, six enfants, dont Auguste, 1905, mécanicien à Papeete près de l’école Viénot ; Clément, retraité, vit à Paris ; Émile, lui aussi mécanicien, rue de la Canonnière Zélée ; Laetitia, 1912-1953, épouse Sylvain Mai. Nathalie, 1918, épouse en 1940 Hippolyte Le Moing, 1909, inspecteur des P. et T. à Papeete, quatre enfants. — Paul, 1881, marié trois enfants.

BONHOURE, Adrien Jules Jean (1860)

Gouverneur des colonies.

Né le 26 août 1860 à Changhaï (Chine). Avocat à la Cour d’appel de Paris, après de hautes fonctions administratives il est intégré en 1906 dans l’administration coloniale au poste de gouverneur de la Réunion. Gouverneur des Établissements Français dans l’Inde en 1908, puis en Nouvelle-Calédonie. Par décret du 3 juin 1910, il devient gouverneur des Établissements Français de l’Océanie. Après une période de dépression économique, la colonie est alors en plein essor : exploitation intensive des mines de phosphates de Makatea, exportation accrue des cultures locales. Il s’attache à résoudre le problème de la main-d’œuvre en amorçant des négociations avec le gouvernement des Indes néerlandaises, pour obtenir le recrutement de travailleurs javanais, donne de la stabilité au régime foncier des îles du Vent par la réorganisation des commissions chargées de statuer sur les terres en litige ou non encore attribuées. L’arrêté du 27 mars 1912 décide la création de la léproserie de la vallée d’Orofara, déjà projetée par le gouverneur intérimaire Charlier. Enfin, il ordonne le rétablissement des services maritimes interinsulaires. Rentré en France en mai 1912, il y est placé en position de mission pour entretenir le Département de la nécessité d’entreprendre l’étude d’un projet d’amélioration de la rade de Papeete, destinée à devenir une escale importante par suite de l’ouverture prochaine du canal de Panama. Le 8 mars 1913, il est affecté au gouvernement de la Côte française des Somalis. Prend sa retraite en 1915. G. de Forges.

BONNEFIN, Pierre (1826-1886)

Fonctionnaire et colon.

Né en 1826 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). On le trouve dès 1841 en Océanie où il réside à la Baie des Iles (Nouvelle-Zélande). Arrive à Tahiti le 24 septembre 1849 par le navire anglais Phénicien, venant de Sydney. On le trouve comme commissaire-priseur à Papeete en 1856. Il est chef de bureau au Service de l’Intérieur en 1869. Il était propriétaire, à Faaa, d’un terrain de 2 000 ha. Il est décédé le 27 septembre 1886 à Tikehau (Tuamotu) où il était négociant. Il était également interprète de langue anglaise près des tribunaux de Papeete et membre du Conseil d’administration. De son union, le 3 avril 1852, à Papeete, avec Adélaïde Hunter, 1830-1871, sont issus : Amélie, 1853, épouse le capitaine d’artillerie Jules Mazerie, union demeurée sans postérité. — Elisa, 1856-1930, célibataire, meurt aux États-Unis. — Alice, 1859, épouse Charles Lucas, trois enfants, qui vont vivre aux États-Unis. — Édouard, 1861-1906, disparaît en mer sur l’Eimea, lors du cyclone de 1906. Un fils naturel : Édouard. — Jane Rose, 1868-1966, née à Faaa le 18 juin, épouse en 1888 Léonce Rodolphe Brault.

BONNET, Auguste (1824-1868)

Restaurateur.

Né le 13 septembre 1824 à Toulon (Var). Restaurateur à Papeete en 1862. Est également propriétaire au quartier Vainiiniore, remparts de l’Est. Décédé le 20 août 1868. — D’une liaison avec Tai Faaruea, il eut un fils : Marius, 1864-1887, qui se marie avec Koteka Etekie, originaire des îles Cook, était cuisinier de profession. Voyageait sur les courriers qui reliaient Papeete à San Francisco et vice versa ; deux enfants.

BONNET, Léonard (1858-1920)

Fonctionnaire et commerçant.

Né le 20 août 1858 à Saint-Étienne (Loire). Caporal du 2e régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete en 1880. Sert à Papeete, puis à Taiohae aux îles Marquises. Libéré sur place, le 21 septembre 1883. D’abord colon, en avril 1855, il est nommé agent des vivres et garde-magasin de la Marine. Quelques années plus tard, vient s’installer définitivement à Papeete. Entre dans la police locale : brigadier en 1900, il donne sa démission en 1902. Monte un commerce de vente et réparations de cycles rue de Rivoli, représentant les cycles Peugeot et Hirondelle. Sera conseiller municipal de Papeete où il meurt le 15 octobre 1920. — De son union à Taiohae, en 1886, avec Yvonne Salou sont nés : Léon, 1887. — Jean-Baptiste, 1893-1918, épouse Teiti Pater, fille d’Alexandre, le 22 avril 1913. — Marcel, 1895, épouse Tuehu Timitino le 8 juillet 1922 à Papeete. Ancien combattant, 1914-1918, engagé volontaire dans la France Libre. — Edouard, 1899-1925. — Marguerite, 1904, épouse Henri Trafton, le 21 janvier 1923 à Papeete. — Rose, 1910, épouse Philippe Lucas, le 21 mars 1936.

BONNET, Maximilien (1821-1882)

Médecin.

Né en juillet 1821 à Toulouse (Haute-Garonne). Médecin aide-major de la marine. Sert à la Nouvelle-Calédonie en 1857-1858. Débarque à Tahiti de la corvette Infatigable, en 1862. Donne sa démission le 7 juillet 1866 pour se fixer à Papeete comme médecin civil du service local. Le gouverneur de La Richerie le nomme le 25 mars 1862 médecin de la reine Pomaré IV. Nommé officier de l’état civil le 16 novembre 1871. Membre du Conseil d’administration en 1870. Membre du Comité d’agriculture et de commerce en 1876. Meurt le 15 avril 1882 à Papeete. Veuf en premières noces de Henriette Lacretelle, il épouse à Papeete, le 26 novembre 1873, Elisabeth Moehauti, veuve Buchin, 1847-1914. De cette union sont nés : Aline, 1874. — Irène, 1877-1878. — David, 1879, se marie à Papeete, le 2 février 1901, avec Haapou Urahutia Tavana, 1872.

BONNO, Julien Marie (1846-1911)

Charpentier et gendarme.

Né à Caro (Morbihan) le 20 septembre 1846. Charpentier de métier, il est sorti premier au concours des « Compagnons ». Participe à la guerre de 1870. Prisonnier. Passe quatre ans dans la gendarmerie coloniale en Indochine. En 1880, est affecté à Tahiti. Envoyé aux Marquises il commande la brigade de gendarmerie de Taiohae en 1881. On le trouve en 1883 « gendarme et officier d’état civil à Uapu ». Cette même année il passe à Paea (Tahiti). Prend sa retraite en 1884, année où il est décoré de la médaille militaire. Retraité il s’installe à Hekeani (Hiva Oa), y tient un magasin et crée une plantation de coton. L’effondrement du marché cotonnier le ruine et, en 1895, il vient s’installer sur une petite terre à Taiohae. Il y avait bâti une maison qu’il avait meublée lui-même. Il construisit également les bâtisses des services administratifs. C’était un homme énergique et même autoritaire, sans faiblesses, même avec ses propres enfants. C’est à Taiohae qu’il meurt le 1er août 1911. — De son union le 22 août 1881 avec Florence Goltz, 1868-1905, sont issus : Julien Frédéric, né à Hekeani le 26 octobre 1885, charpentier et menuisier dont on disait qu’il était le plus habile ouvrier des Marquises. Épouse, en juillet 1906, Laura Marguerite Emely Fisher, 1889-1912 et, en secondes noces, en septembre 1929, Tui Antonia. Décédé à Atuana le 11 mai 1954. Deux filles survivent de sa première union : Florence, 1907, qui épouse Nahui, cinq enfants, et Anna, 1908, qui épouse un Van Bastolaère, six enfants. — Louise Florence Amélia, née à Hekeani le 28 novembre 1888 ; épouse, en 1912, un Corse, Jérôme Capriata, 1855-1927, capitaine de navire, dont elle aura une fille, prénommée Marianne en 1917. — Augustin Grégoire, né à Hekeani le 6 octobre 1890. Brillant mais irritable instituteur aux Marquises, il passe en 1912, comme comptable, à la Société Commerciale de l’Océanie, puis à la Compagnie Navale de l’Océanie. Acquiert une importante propriété à Hanaïapa (Hiva Oa) où il se retire et meurt le 4 juillet 1953. De son union avec Punu Taumihau sont nés : Henri Charles, 1911 ; Albert Alexandre, 1913, qui épouse en 1934 Louise O’Connor, dix-neuf enfants ; Louise Lucie, 1915, qui épouse William O’Connor, onze enfants ; René Yves, 1918-1957, épouse Marguerite, 1921, plusieurs enfants. — Georges Charles né à Hekeani le 28 novembre 1893, gérant pendant plus de trente ans des Établissements Donald à Hatiheu où il meurt le 1 janvier 1954. De son union, en 1935, avec Tahiatuatini Montgomery sont nés Georges, 1935, Elisabeth, 1940, et Amélie, 1944. — Henri Jérôme, né à Taiohae le 15 mars 1896. Combattant de la Première Guerre mondiale, croix de guerre. Aide son frère Augustin dans l’exploitation de la propriété familiale. Décédé le 3 décembre 1932 à Hanaïapa. — Alfred Eugène, 1899-1922. — Alexandre Jean né à Taiohae le 27 avril 1902. Après être resté pendant sept ans attaché à l’administration des Tuamotu comme agent du trésor et interprète, il passe dans le secteur privé travaillant soit sur des goélettes — il aura son diplôme de capitaine au grand cabotage — soit à terre, comme comptable. Après avoir passé dix-sept ans à la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie, il travaille de 1949 à 1967 comme chef-comptable de la Maison Donald. Propriétaire à Arue. Conseiller municipal de Papeete de 1942 à 1967. Professeur de comptabilité à la Chambre de Commerce. Chevalier de l’Ordre du Mérite. De son union, en 1925, avec Germaine Coulon, 1905-1960, sont nés : Gisèle, 1926, épouse Auguste Hellemont, quatre enfants ; Marie-Louise, 1928, divorcée, quatre enfants ; Ferdinand, gardien de prison, épouse Céline Bonnefin, quatre enfants ; Alexandre, 1932, trois enfants ; Pierre, 1933, épouse Iris Rere, cinq enfants ; Émile, 1935-1961, mort accidentellement à Nouméa, trois enfants ; André, 1938, douanier à Faaa, quatre enfants ; Thérèse, 1939, mariée à Dakar ; Simone, 1940, esthéticienne, vit en France ; Denise, 1941, fonctionnaire, épouse Michel Desvignes, attaché aux Téléphones comme agent technique ; Germaine, 1943 ; Jacqueline, 1947, institutrice, épouse Jean-Claude Temorere, instituteur à Huahine. — Gustave Emmanuel, né à Taiohae, le 23 juillet 1905, épouse Poihipatu Rutovika en 1935. Habile menuisier. Vit à Hatiheu, sans postérité.

BOPP DU PONT, Max (1840-19 ?)

Peintre.

Né à Bordeaux le 26 février 1840. Élève d’Harpignies. Fait la guerre de 1870-1871, épouse Thérèse Cazabbon, auteur d’une méthode de lecture en usage dans l’armée. Au début du siècle, sion ami, le gouverneur Rey, lui propose de venir à Tahiti en mission officielle pour y brosser une grande toile devant figurer à l’exposition coloniale de Marseille. D’importants retards à Sydney et à Auckland le font arriver tardivement à Papeete, en 1903, par le Tavinui. Le gouverneur Petit le reçoit bien mais le grand tableau : La vallée de la Fataua, avec le fameux Diadème dans le lointain, ne peut partir à temps pour l’exposition de Marseille et il est acheté par l’administration qui le place dans un des salons de l’Hôtel du Gouvernement. En fait, de mémoire de Tahitien, il ne semble pas que cette œuvre ait jamais été au Gouvernement. Elle a fait la plus belle décoration du bar d’un restaurant nommé « Le Diadème », six rue de Rivoli et qui s’effondra de vieillesse dans les années 60. Une exposition Bopp du Pont sera organisée à Papeete, en 1903, au moment même où a lieu la vente Gauguin. V. Segalen parlant de cette vente, le 27 août 1903, écrit aux siens : « par une monstrueuse ironie, les reliques de Gauguin sont minablement logées dans les dépendances de l’ancien « Palais » des Pomaré, dont la grande salle est occupée par l’exhibition terne des œuvres d’un peintre-cabotin officiel, Bopp du Pont, qui, accompagné de sa cabotine famille, mais nanti d’une lettre politique, est venu ici gruger la colonie (on donne des leçons de piano, déclamation, cor, violon, et on raccomode les pianos). Naturellement il hait Gauguin. Et naturellement je méprise la peinture Bopp du Pont ». De fait dans cette vente « le professeur de peinture essaya, d’un air entendu, la souplesse des poils des brosses, sur l’ongle de son pouce gauche et en acquit tout un lot pour 3 F ». Bopp du Pont semble alors s’être fixé à Papeete où sa maison est détruite par le cyclone de 1906. Il rentre définitivement en France avant 1914. Bopp du Pont eut un fils Max, 1890-1965, qui fera une carrière de photographe et de cinéaste. C’est lui qui fournit les photographies destinées à l’illustration du tome XIV de la « Nouvelle géographie universelle » d’Elisée Reclus. En 1912, il prend des vues cinématographiques et vers cette époque obtient de Pierre Loti l’autorisation de filmer Rarahu, projet que la guerre fera abandonner. En 1913, filme le 14 juillet à Papeete. Engagé volontaire le 7 août 1914, il sert sous les ordres du commandant Destremeau. Il filme, au lendemain du bombardement du 22 septembre, les ruines de la ville et la Walkure, prise allemande de la Zélie. Travaille après la Première Guerre mondiale comme cameraman et est membre de l’American Society of cinematographers et l’inventeur d’un procédé de photographies en couleurs. Répond en septembre 1940 à l’appel du général de Gaulle et est membre fondateur de la ligue de la France Libre combattante des Établissements Français d’Océanie et décoré de la médaille de la Résistance. Les clichés et documents cinématographiques rassemblés par Max Bopp du Pont auraient été détruits, à la Noël de 1957, lors de l’incendie à Papeete du bloc de maisons de la pharmacie Jacquier. Max Bopp du Pont est décédé à Papeete le 22 octobre 1965. De son union en 1911 à Papeete avec Edith Vivish, 1892, sont nés : Francis, 1912, dit Maxime, d’abord photographe, puis propriétaire à Mahina, où, marié à une Tahitienne, il élève de nombreux enfants. — Olga, 1913, épouse un Anglais, Burnell Manly, arrivé à Tahiti en 1940 et mort à Makatéa en 1946. — Edith-Mildred, 1915, épouse Alfred Lévy en 1934, puis divorce pour épouser Victor Berge (une fille Tetarii, 1939, épouse Eric Cridland et divorce) puis Paul Wiser, décédé.

BORDES, Jacques (1827-1883)

Boulanger et propriétaire.

Né le 27 octobre 1827 à Rasac (Dordogne). Arrivé à Tahiti le 12 septembre 1859 comme civil, venant de Californie (États-Unis). Boulanger à Papeete jusqu’en 1877, puis à Pueu. Devient propriétaire au district de Afaahiti où se trouve actuellement sa descendance. Meurt dans ce district le 9 avril 1883. — De son union, le 5 janvier 1871, à Papeete, avec Marie Van Bastelaère, 1854-1918, sont nés deux enfants : Charles, 1872-1926, se marié avec Amélie Oliver en 1890 : deux enfants, Edmond, chef du district de Afaahiti depuis 1934 ; Frédéric, 1898, caporal au bataillon du Pacifique, cité à l’ordre du jour en 1918. — Rosalie, épouse Eugène Oliver.

BORDES, Jean (1828-1876)

Boulanger et propriétaire.

Né en 1828 à Rasac (Dordogne). Frère du précédent, débarque à Tahiti en même temps que lui. S’installe comme boulanger à Papeete ; quelques années après, devient propriétaire au quartier de la Fautaua. Meurt le 11 décembre 1876 à Papeete sans postérité.

BORGELLA, Louis (le Père Louis de Gonzague) 1808-1873

Religieux picpucien.

Né le 16 juillet 1808 à Sainte-Marie Campan (Hautes-Pyrénées). Profès en 1836. Prêtre le 25 février 1838 à Santiago du Chili. Envoyé comme missionnaire aux îles Marquises. Arrivé avec le Père Dosithée Desvault et le Frère Nil Laval à Vaitahu (Tahuata) sur la Vénus le 2 août 1838. En 1842 revient à Valparaiso où il est employé à la classe des pauvres. Le 2 septembre 1848 est envoyé comme missionnaire à Tahiti. Quitte Papeete pour Valparaiso en février 1853. Y meurt le 14 décembre 1873 après avoir été l’apôtre de Marga-Marga. — Voir sur son premier voyage : Dupetit Thouars, Voyage autour du monde… 1836-39. t. II, p. 255, 303, 326 ; et les Annales de la Propagation de la Foi de 1840.

BORREY, Dr Francis (1904)

Docteur en médecine.

Chirurgien du corps de santé coloniale. Conseiller de l’Union française pour le Niger, 1947-1953. Médecin chef de l’Union aéromaritime de transport depuis 1951. Succédé à André Lafond, en septembre 1964, comme conseiller économique et social de la Polynésie française au titre des activités économiques et sociales des territoires et départements d’Outre-Mer. S’intéresse particulièrement aux problèmes de protection sanitaire. — Cette nomination fut annulée par le Conseil d’Etat en janvier 1968.

BORUTA, Stanislas (1909-1941)

Religieux picpucien.

Né le 31 août 1909 en Pologne. Profès dans la congrégation en 1931. Arrivé le 11 novembre 1936 à Tahiti. Il est envoyé d’abord aux Gambier puis, après deux ans, aux Tuamotu de l’Est. Meurt en mer, le 22 janvier 1941, victime de son inexpérience maritime, dans une tempête, aux environs des îles Tenararo et Vahanga. Voir sur cet événement : Archives de la Mission, C 11, 9/20.

BOSCHER, Maurice (1935)

Religieux picpucien.

Né à St-Guen (Côtes-du-Nord) le 9 novembre 1935. Profès dans la congrégation le 8 septembre 1953, ordonné prêtre le 21 septembre 1961. Part en 1963 pour la mission de Tahiti, affecté d’abord au petit séminaire de Mitirapa. Nommé curé des paroisses de Papara, Mataïea et Papeari en août 1965. Se trouve, en 1973, en poste à Tubuai.

BOSQUIER, Louis (1841-1901)

Maître au petit cabotage.

Né le 1 septembre 1841 à Pont-Audemer (Eure). Débarque aux îles Marquises le 22 juin 1877, de l’Ariel, à titre civil, venant de San Francisco (Californie). Après dix-huit mois de séjour dans cet archipel, arrive à Tahiti le 2 janvier 1879, par la goélette Aorai et se fixe à Papeete. Après examen, est reçu maître au petit cabotage le 9 du même mois. Commandera plusieurs navires de la place jusqu’en 1887. En 1888, est pilote titulaire du port de Papeete. Meurt le 9 juillet 1901 à Papeete. Louis Bosquier était arrivé veuf à Tahiti. Il y épousera Louise Lequellec (Vve Descendre, Vve Bernard). — De cette union, une fille Céline, 1891-1955, qui épousera à Papeete Louis Fougerousse, deux enfants, et meurt à Laval (Mayenne).

BOUBÉE, Jean-Marie (1913)

Agronome et propriétaire.

Né le 23 mai 1913 au Bouscat (Gironde). Fait son service militaire à Tahiti et y demeure. Travaille dans les services de l’agriculture. Chargé de la direction du service de l’agriculture et de l’élevage, ouvre les stations d’essais de Pirae et de Taravao. Il sera l’ami et le collaborateur d’Harrisson Smith qui en mourant, lui léguera le domaine de Papeari sur lequel il a acclimaté de nombreuses plantes tropicales. Cette charge lui paraissant au-dessus de ses moyens, J. M. Boubée repasse cette propriété à Cornelius Crane avec obligation à son décès, de léguer au Territoire la partie concernant le jardin botanique. Le Musée Paul Gauguin a été, en 1964, édifié dans un coin du magnifique parc botanique de Motu Ovini. J. M. Boubée prendra sa retraite en 1961 et s’occupe de ses propriétés de Taravao. De son union avec Maud Barrier sont nés : Jean-Marie, 1936, agronome, fait des études d’agronomie en France et est en poste administratif à Raiatea. — Jacqueline, 1937, épouse, en 1959, Robert Withers, employé à la TEAL, vit en Nouvelle-Zélande, deux enfants. — Christian, 1943, fermier en Nouvelle-Zélande, épouse en mai 1965 Rose Shaw, de Taravao. — Éliane, 1946, étudiante à Papeete. — Jacques, 1950, né en France. Deux sœurs Boubée ont suivi leurs frères : Netty, 1901, qui arrive en 1947 et est depuis 1950 assistante sociale à Taravao et Germaine, 1904, infirmière, qui sert d’abord à Makatéa, puis à Papeete, en 1965.

BOUBÉE, Yves (1907-1961)

Caissier.

Né à Bordeaux (Gironde), le 12 octobre 1907. Arrive à Tahiti en 1927 envoyé par la Maison Ballande de Bordeaux. Sera successivement attaché au comptoir de la Maison Ballande à Papeete, puis caissier aux Messageries Maritimes jusqu’à sa mort, survenue accidentellement le 27 mai 1961. De son union avec Emma Farone, 1908-1942, sont nés : Monique, 1932, qui épouse en 1957 Alvane Ellacott, géomètre, quatre enfants. — Pierre, 1935-1936. — Netty, 1937, employée aux Dragages, épouse en 1962 à Pirae Victor Clark, mécanicien, employé aux Travaux Publics, un enfant. Veuf, Yves Boubée se remarie en 1943 à Pirae, à Eta Amaru, de Mooréa, union demeurée sans postérité.

BOUCHÉ, Georges Julien (1819-1855)

Soldat et menuisier.

Né en 1819 à Longjumeau (Seine-et-Oise). Débarque à Papeete en 1848 comme soldat du 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré à Tahiti en 1851, s’établit comme menuisier à Papeete, rue de Rivoli. Y est décédé le 4 novembre 1855, sans descendance.

BOUDMY, Louis (1832-1891)

Tonnelier et propriétaire.

Né le 28 mars 1832 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord). Quitte Le Havre à bord du baleinier Avia, comme tonnelier, en 1853. son navire se trouvant en relâche à Honolulu vers 1855, déserte probablement son bord, puisqu’on le trouve à cette époque, établi dans ce port y exerçant son métier. Part de Honolulu pour Tahiti où il débarque en juin 1876, du navire américain John Allen. Devient propriétaire à Papeete où il meurt, le 3 mars 1891. De son union, à Honolulu, avec Kaheikona, est née une fille, Marie, 1860.

BOUET, Henri Yorick (1836-1872)

Commerçant de la marine.

Né le 28 juillet 1836 à Anglet (Basses-Pyrénées). Débarque à Papeete le 18 octobre 1860 comme commis de la marine. Chargé de l’inscription maritime du port de Papeete, juge au tribunal correctionnel en 1862. Part en congé en France en 1866. De retour en juin 1867. Nommé aide-commissaire de la marine le 23 octobre 1867, remplit les fonctions de notaire en 1868. Quitte définitivement Tahiti en juin 1871. Meurt à Brest le 28 janvier 1872. — De son union, le 11 juillet 1867 à Papeete, avec Mathilde Hunter, 1840-1918, veuve Von Ewald († 1863) naquirent : Henriette, 1864-1920, épouse Jean-Baptiste Drapeau le 15 octobre 1881 à Papeete : Henry, 1870-1955, quitte Tahiti en 1883, comme enfant de troupe ; se marie en France, termine sa carrière militaire comme chef d’escadron d’artillerie, meurt à La Rochelle.

BOUGAINVILLE, Louis-Antoine de (1729-1811)

Navigateur français.

Né et mort à Paris. Avocat, puis soldat, puis secrétaire à l’Ambassade de Londres où il publie un Traité de calcul intégral. Il suit Montcalm en Nouvelle-France en 1756 et y devient colonel. Après la paix de Paris, il entre dans la marine et s’en va fonder une colonie aux îles Malouines que la jalousie des Espagnols l’oblige à abandonner. Reçoit, en date du 26 octobre 1765, des Instructions de Louis XV pour un voyage autour du monde, au cours duquel il remettrait les îles Malouines à l’Espagne et se rendrait aux Indes orientales par le détroit de Magellan en reconnaissant les terres australes. Quitte Brest le 5 décembre 1766, commandant la frégate la Boudeuse. Rejoint, en juin 1767, à Rio de Janeiro, la flûte l’Étoile, commandée par Chesnard de La Giraudais. Passe le détroit de Magellan en janvier 1768. Recherche en vain l’île de Pâques. Traverse les îles Tuamotu, où il découvre le 22 mars 1768 Vahitahi (les quatre Facardins) et Akiaki (îles des Lanciers) et, le 23, Hao (île de la Harpe) où il ne peut aborder. Navigue du 25 au 27 mars au milieu d’une douzaine d’îles basses et en partie noyées, qu’il ne reconnaît ni ne nomme (archipel Dangereux). Le 2 avril pense découvrir l’archipel Tahiti (archipel Bourbon) avec Hehetia (le Boudoir) et Tahiti (la Nouvelle Cythère) en vue de laquelle il arrive le 3. Après un premier contact en mer avec les indigènes, mouille le 6 avril sur la côte est, devant Hitiaa, dans la baie de Tapora (baie de la Boudeuse). Visite au chef du district ; camp à terre pour les scorbutiques et l’aiguade, incidents avec les indigènes ; ennuis avec les navires qui rompent leurs ancres ; et après neuf jours de séjour, appareille le 15, emmenant en France l’indigène Aotourou (Boutavéri ou Poutavéri). Ce premier voyage de circumnavigation française fut narré par Bougainville dans son Voyage autour du monde par la frégate du Roi « La Boudeuse » et la flûte « l’Étoile » en 1766, 1767, 1768 et 1769. L.-A. de BOUGAINVILLE Paris, Saillant et Nyon, 1771, 417 p. Cet ouvrage connut un immense succès pour l’époque. Le chapitre III, p. 209-232, donne une description du pays, des indigènes et de leur façon de vivre, ainsi que des renseignements sur le séjour d’Aotourou à Paris. En appendice, Vocabulaire de l’île Taiti, p. 389-402 ; et Observations sur l’articulation de l’insulaire de la mer du Sud, que M. de Bougainville a amené de l’île Taiti et sur le Vocabulaire qu’il a fait du langage de cette île. Par M. Peirere, de la Société Royale de Londres. Interprète du Roi, p. 403-407. Trois planches de l’ouvrage intéressent la Polynésie française : pl. 7, p. 179 : Carte de l’Archipel Dangereux [Tuamotu] ; pl. 8, p. 185 : Carte de l’Archipel Bourbon [Tahiti] ; p. 221 : Canot de l’île Taiti à la voile… La relation de ce premier tour du monde français, bien que présentée par son auteur comme n’étant pas « un ouvrage d’amusement », obtint un vif et rapide succès. Négligeant d’ailleurs ses découvertes, son plaidoyer en faveur d’un effort colonial et maritime français, le public retint surtout les trois chapitres consacrés à la Nouvelle Cythère. De sa brève escale de neuf jours, Bougainville ne rapportait que des renseignements assez superficiels, mais l’enthousiasme lyrique avec lequel il narrait son séjour à Tahiti ébranla les imaginations européennes et acclimata dans notre littérature, déjà ouverte au thème du bon sauvage, l’idée de l’île heureuse, celle d’une vie de bonheur, toute proche de la nature, dans l’idyllique décor d’une plage tropicale ; le mythe tahitien était né, et le mirage des mers du Sud allait commencer d’exercer son charme. Le voyage de Bougainville a très souvent été réédité en français et traduit en anglais (1772), en allemand (1772), en hollandais (1772). Un club du livre en a même donné une édition en 1959. J. E. Martin-Allanic a publié en 1964 un livre, Bougainville navigateur et les découvertes de son temps, qui a rassemblé toute la documentation possible sur ce grand navigateur. La Société des Océanistes prépare l’édition critique du Voyage autour du monde. Elle sera réalisée par M. Étienne Taillemite, directeur aux Archives de France, avec la collaboration de M. Michel Mollat du Jourdin, membre de l’Académie de Marine et professeur à la Sorbonne. — Les compagnons de Bougainville, F. Vivez, chirurgien major de l’Étoile, Walsh, Louis Antoine de Saint-Germain, le pilotin Fesche, ont eux aussi laissé des souvenirs concernant le voyage et l’escale de Tahiti. — Un buste de Bougainville a été inauguré à Papeete en 1909, M. Cardella étant maire. Voir l’Illustration, t. 134, 1909, p. 121 et 125.

BOUGE, Louis-Joseph (1878-1960)

Gouverneur de la France d’Outre-Mer.

Né à Toulon (Var) le 25 novembre 1878. Entre au service des secrétariats généraux en 1903. Commence sa carrière aux Hébrides où en 1904 il fait un premier séjour, pionnier de l’administration française dans cet archipel. Servira en Calédonie, à Wallis, dans l’Inde, aux Antilles et à la Guyane. A Tahiti, comme chef de cabinet de 1915 à 1919, il participa à la création de la Société des Études océaniennes et à la publication de son Bulletin. En 1918, victime un des premiers de la grippe espagnole, il put, guéri, organiser les secours à la population de Tahiti atteinte en presque totalité. Dans les fonctions de Gouverneur p. i., 1928 à 1930, sa connaissance profonde du monde océanien lui avait permis de dresser un programme financier et économique de travaux publics et de tourisme qui commençait à donner les meilleurs résultats dans tous les domaines, lorsqu’il fut nommé Gouverneur de la Guyane. Son souci de l’indigène l’avait amené à créer le journal en langue tahitienne Te Vea Maohi et à préparer la mise au point d’une grammaire destinée aux autochtones et aux Français sur place. Elle vit le jour en 1952 alors qu’à la retraite il put reprendre cet ancien projet. A l’occasion de la visite spectaculaire du croiseur Tourville, au mois de juin 1929, il fit publier un album photographique dans le but de marquer le déroulement d’une manifestation maritime organisée pour le prestige de la France, avec le concours des populations de tous les districts de Tahiti. Bibliophile océanien et antillais averti, philatéliste, conchyliologiste, ethnographe à ses heures, esprit curieux et toujours en éveil, on doit au Gouverneur Bouge, qui était, depuis sa fondation en 1945 le vice-président de la Société des Océanistes, un intérêt permanent pour de multiples questions concernant Tahiti. Ayant reconstitué la collection complète du Sourire, le journal que publia Gauguin à Papeete en 1899, il en a donné en 1954 une édition en fac simile. Conchyliologiste, on lui doit, en collaboration avec Philippe Dautzenberg, une très substantielle étude sur les Mollusques testacés marins des Établissements français de l’Océanie (Journal de Conchyliologie, 1933). Il meurt accidentellement à Paris le 4 août 1960. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Voir sur lui : Hommage au gouverneur Bouge dans le J.S.O., décembre 1960, p. 5-9, avec une bibliographie complète de ses publications concernant l’Océanie. Les collections — livres, gravures et documents — rassemblées par le Gouverneur Bouge ont été léguées par sa veuve aux Archives municipales de Chartres.

BOUGUES, Clément (1840-1907)

Jardinier et propriétaire.

Né le 15 octobre 1840 à Marciac (Gers). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete le 28 juin 1868. Est libéré du service le 27 septembre 1871. Jardinier du Gouverneur de 1871 à 1874, puis employé aux Ponts et Chaussées de 1875 à 1879. De nouveau jardinier, établi à son compte. Devient propriétaire au quartier Apaatarao, d’un beau terrain sur lequel il fait construire plusieurs petites maisons qu’il loue aux divers employés de la ville. La cité « Bougues » se trouvait à l’angle des rues du Four et de Rivoli actuellement rue Cdt-Destremeau. Au cours d’un voyage en Nouvelle-Calédonie, il meurt en mer à son retour à Tahiti le 20 mars 1907 par 34 48S et 178 3N. — De son union à Papeete, le 30 décembre 1899, avec Teatarau Maire, 1869, sont nés : Clémence, 1886, épouse Ernest Morvillez, 1874, le 10 mai 1902 à Papeete : quatre enfants. — Anselme, 1884-1936, se marie avec Teata Tamu le 3 février 1906 à Papeete, puis divorce : deux enfants.

BOUISSON, Henry (1829-1880)

Tonnelier.

Né le 6 janvier 1829 aux Aubiers (Deux-Sèvres). Arrive à Tahiti le 11 septembre 1868, étant maître d’hôtel à bord du Guichen. Débarque à Papeete pour tenter fortune dans le pays. Exerce sa profession de tonnelier aux Subsistances de la Marine. Meurt le 1er avril 1880 à Papeete. — De son union à Papeete, le 4 octobre 1873, avec Marie Grasser, 1849, sont nés : Marie, 1874. — Eugène, 1878. — Sa veuve et ses deux enfants quittent le pays pour rentrer en France définitivement.

BOULLAIRE, Jacques (1893)

Peintre, graveur et illustrateur.

Né à Paris, le 20 décembre 1893. Fils et petit-fils de notaires parisiens, s’engage d’abord dans les études de droit. Participe à la Première Guerre mondiale comme pilote-aviateur ; y gagne la croix de guerre et la médaille militaire. De retour à la vie civile, son ascendance artistique — il compte trois Drouais parmi ses ancêtres maternels — prend le dessus, et, après avoir exécuté des travaux publicitaires, se lance dans la gravure originale : bois gravé, burin, pointe sèche, lithographie. Son mariage à Paris, le 6 avril 1936, avec Anne Hervé, la fille d’un résident des Tuamotu, le conduit vers le Pacifique où il séjournera de juin 1937 à mars 1938, circulant à travers les îles de la Polynésie française. Il en rapportera des milliers de dessins et de croquis. Ce premier séjour ouvre du côté de l’Océanie ses sources d’inspiration. Il grave alors sur bois ou au burin de nombreux sujets concernant les mers du Sud et, pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation allemande, illustre son premier livre océanien, le Mariage de Loti (1944). Les hostilités terminées et les communications redevenues normales, Jacques Boullaire, accompagné de sa femme et de leur fille Aïu, exécute un second voyage en Océanie, de mai 1949 à septembre 1952. Il circule à travers les îles Sous-le-Vent « jardins des mers d’Océanie : à Huahine la sauvage ; à Maupiti où vivait André Ropiteau ; à Bora Bora qu’avait choisi Gerbault ; puis à Mooréa, l’île sœur séparée de Tahiti par douze milles marins qui vous reculent d’un siècle dans le passé »… De ces pérégrinations au gré de l’inspiration et des goélettes, Boullaire a rapporté de très beaux dessins et des peintures. Quelques gravures s’y ajoutent, les premières d’une nouvelle série tahitienne. A son retour il illustera, en 1957, pour le club des Yachtmen Bibliophiles, Mon île Maupiti (Les Cahiers de Ropiteau), sans doute son chef-d’œuvre océanien. Son amitié pour l’auteur de ces cahiers et son séjour à Maupiti pour y retrouver les lieux et les types mêmes qui apparaissent dans ces notes au jour le jour l’ayant conduit à des compositions d’une grande originalité où, la virtuosité du graveur s’alliant à la sensibilité de l’artiste, contribue à nous restituer, avec une rare perfection, l’atmosphère de ces paysages, le caractère et les justes attitudes de leurs calmes et nobles habitants. S’il fallait citer, dans la série des gravures océaniennes de Boullaire, quelques œuvres plus caractéristiques de son talent on pourrait noter : Tapati poipoi (1938), 90×148 mm ; burin et roulette, représentant de face une petite fille tahitienne sortant du temple un dimanche. — Haere ori haere (1946), 260×176 mm, amusante lithographie d’une promenade en voiture à Mooréa. — Pahi Nuku-Hiva (1957), 190×340 mm ; burin vigoureux et vivant montrant, sur le quai de Papeete, les préparatifs du départ d’une goélette pour les Marquises. A côté de ces œuvres destinées à des collectionneurs et à des amateurs, le talent de Boullaire s’est exprimé dans de charmantes cartes de vœux, des ex libris, des en-têtes de papier à lettre, des faire-part qui réjouissent les océanistes fervents. Boullaire publie en 1972 : Tahiti, 1937-1966. Dessins - croquis - gouaches avec une préface de son ami Bernard Villaret. On lui doit également le dessin de plusieurs timbres de la série de 1948 des Établissements Français de l’Océanie. Jacques Boullaire est membre de l’Académie Royale de Belgique (1957) et peintre de la Marine. Il est chevalier de la Légion d’honneur.

Bibliographie. Œuvres océaniennes de Jacques Boullaire : Pierre Loti, Le Mariage de Loti, Paris, 1944. Bois gravé de Jacques Boullaire, 300 exemplaires. — Patrick O’Reilly, Victor Segalen et l’Océanie, Paris, 1944. Bois et cuivres de Jacques Boullaire, 310 exemplaires. — Victor Segalen, Les Immémoriaux, Paris, 1948. Pointes sèches de Jacques Boullaire, 125 exemplaires. — Herman Melville, Typee, Londres, 1950. The Folio Society. Dessins reproduits en offset. — Alain Gerbault, marin légendaire. — André Ropiteau, Mon île Maupiti, Paris, 1957, pointes sèches de Jacques Boullaire, 250 exemplaires. — Pierre Mornand a consacré à Boullaire une douzaine de pages de son recueil : Trente artistes du livre, Paris, Marval, 1931. — Mme Claire Choussat de Swarte a présenté en 1959 une thèse de l’École du Louvre intitulée : Catalogue de l’Œuvre gravé de Jacques Boullaire. — Voir aussi : Laran et Adhémar, Inventaire du fonds français, Département des Estampes, Bibliothèque Nationale, t. 3, 1942, p. 239-240.

BOULOC, Jean-Charles (1936)

Artiste peintre.

Né le 25 novembre 1936, à Moissac (Tarn-et-Garonne). Fait les Beaux-Arts et le professorat de dessin. Entreprend alors un tour du monde du portrait. Séjourne en Belgique, Hollande, Allemagne et Espagne. Vit ensuite en Afrique du Nord. De là il passe dans l’Afrique noire. Il séjourne ensuite aux îles Canaries et au Brésil. Après un séjour en France, en 1962, il arrive à Tahiti. Il demeure d’abord pendant six mois à Bora-Bora, circule à Maupiti, Tubuai, Tahaa et aux Tuamotu. Vient ensuite se fixer à Tahiti où il réside au district de Mahina. Plusieurs expositions marquent ce séjour, particulièrement au Vahiria et à bord du Francis-Garnier, en décembre 1963. Bouloc est l’auteur de la grande fresque qui orne le premier étage de l’aérogare de Papeete-Faaa et qui est une excellente synthèse graphique de la vie indigène ancienne et moderne, avec ses constructions de maisons, ses femmes au travail, ses pêcheurs, ses groupes de danseurs marquisiens à demi-nus ou tahitiens revêtus du more. En Polynésie encore, Bouloc s’est intéressé au visage humain. Au Vahiria, en mai 1963, il exposait soixante portraits exécutés sur commande qui témoignent d’une extrême habilité, avec leurs fonds chatoyants et la minutie du rendu. « Bouloc sait retenir l’attention émue du public par des têtes d’enfants très finement traitées, par des attitudes qui font mouche ou par des scènes typiques, colorées parfois de folklorisme où la présence des esprits anciens est souvent évoquée » (G. de Rozier, Arts, juin 1964). Bouloc lui-même se situe « à cheval entre Modigliani et les miniaturistes persans ». Une pointe de surréalisme percé de temps à autre. Son talent est apprécié des amateurs polynésiens et la presse locale lui a été extrêmement favorable. Bouloc ouvre à Papeete un magasin de « curiosités », surtout orientales et chinoises, qu’il approvisionne au cours de voyages à l’étranger. En 1970, une de ses œuvres figure dans la série de timbres consacrée aux « Artistes de Polynésie française ». En 1971, Bouloc obtient à Paris le grand prix de l’art philatélique.

BOURCART, Émile

Peintre de l’École de Paris.

Arrive à Tahiti vers 1932, s’y fixe, s’y marie et commence à y peindre vers 1934. Expose à Paris, pour la première fois en mars 1937, vingt-neuf peintures à l’huile, cinquante gouaches et treize portraits, à la Galerie Charpentier. « N’ayant jamais peint auparavant, il y a seulement trois ans que Tahiti a révélé en moi l’amour de la forme et celui de la couleur ». La peinture de Bourcart témoigne de beaucoup de dons et de facilité et il a « très bien su rendre la vive orgie de couleurs des paysages tahitiens ». Exposera encore, en 1958, des huiles, des gouaches et des dessins à la Galerie de la France d’Outre-Mer.

BOUREZ, Joseph (1845-1892)

Conducteur des Ponts et Chaussées.

Né le 23 janvier 1845 à Saint-Denis (Seine). Brigadier de la 6 Compagnie d’ouvriers d’artillerie de marine. Arrive à Tahiti en 1867. Est libéré du service le 12 avril 1870, à Papeete. Employé aux Ponts et Chaussées comme mécanicien puis est nommé piqueur le 1 juillet 1874 et conducteur de travaux le 8 mars 1889. Rentrant en France par l’Amérique du Nord, meurt à San Francisco (Californie), le 27 août 1892.

BOURLES, Noël (le Père Emmanuel). 1900-1938

Religieux piqueur.

Né au Cloître Pleyben (Finistère). Profès dans la Congrégation en 1928. Arrive à Tahiti le 22 décembre 1934. A en charge la presqu’île de Papeari. Meurt à Papeete, le 3 mars 1938.

BOURNE, Robert († 1871)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 30 septembre 1816, quitte l’Angleterre, avec sa jeune femme, le 17 novembre 1816. Arrive à Mooréa un an jour pour jour après son départ. S’installe à Papeete, avec Darling, en 1818. Assiste au baptême de Pomaré. En 1822 s’en va fonder la station de Tahaa. En juillet 1823 visite les îles Cook avec John Williams. En raison de la mauvaise santé de sa femme, quitte Tahaa pour la Nouvelle-Galles du Sud en janvier 1827. Est en Angleterre le 2 juillet 1829, date à laquelle il cesse d’appartenir à la Société. Meurt le 1er juin 1871.

BOUTET, Paul (1819-1870)

Commissaire de la Marine.

Vendéen. Né le 5 février 1819. Entre au service en 1840. Sera commis de la Marine en 1843 ; il sera attaché, comme secrétaire, au commandant Bruat partant sur l’Uranie en mai 1843. Passe aux Marquises. A son arrivée à Tahiti en novembre, Bruat le nomma secrétaire du Conseil du gouvernement des Établissements d’Océanie. Restera à Tahiti jusqu’en 1847, date où il est nommé Sous-Commissaire. Boutet suivra Bruat dans toute sa carrière et c’est lui qui ramènera son corps sur le Montebello. Meurt en 1870. Chevalier de la Légion d’honneur. La famille du commissaire Boutet a conservé quarante-huit lettres écrites par lui lors de son séjour à Tahiti. Louis Bastide en a publié quelques extraits sous le titre : Expédition de Tahiti, dans la Revue d’Histoire des Colonies, mai-juin, 1933, p.157-180.

BOUVIER, Henri (1912)

Artiste et homme politique.

Né à Paris le 29 décembre 1912. Études à l’école Boulle. Travaille dans le Marais. Arrive à Tahiti en 1932. S’installe à Paea, puis à Papeete en 1938. Employé dans l’administration de 1939 à 1944 : agent spécial de Bora Bora et de Maupiti (1940-1941), puis de Rurutu et de Rimatara (1941-1944). Fixé à Tahiti depuis 1944, Papeete puis Pirae. Un des plus habiles artisans d’art du Tahiti moderne. Travaille avec autant de virtuosité technique que de goût la pierre, l’ivoire, le bois, la nacre. Grave, peint, sculpte, dessine. Le musée de Papeete et des collectionneurs locaux, — Julien Lévy, Charly van den Broeck — possèdent, provenant de son atelier, de parfaites copies de belles pièces anciennes : tikis, manches d’éventails marquisiens, calebasses décorées, etc. Après la vogue des peintures sur velours, lancée par Edgard Leeteg, Bouvier a exécuté dans cette matière des œuvres qui ont connu le succès. Expose au premier Salon de Tahiti en 1955. Élu en 1966 conseiller municipal de Papeete sur la liste d’union communale, comme candidat du Pupu here ai’a de John Teariki, et l’année suivante conseiller à l’Assemblée Territoriale, (réélu en 1972), fait de 1967 à 1972 partie de la majorité autonomiste, devenant alternativement Président de la Commission Permanente puis second Vice-Président de l’Assemblée. Travailleur opiniâtre, homme de droiture et dévoué à la chose publique, H. Bouvier est entré à fond dans les responsabilités que lui avaient confiées ses mandants. C’est lui, souvent assisté de son ami Daniel Millaud, qui rédige le Rapport sur la Réforme du statut de la Polynésie française en vue de doter ce territoire de son autonomie interne (1969), la Proposition de loi d’autonomie interne de la Polynésie, déposée à l’Assemblée Nationale et au Sénat (1970, 1973), le Nouveau règlement intérieur de l’Assemblée Territoriale, etc. Qu’il s’agisse de résorber les bidonvilles, de développer l’agriculture vivrière et l’élevage, de promouvoir la formation professionnelle, de créer une École territoriale des Métiers d’Art, ses rapports sont innombrables. Son tempérament entier et généreux joint à son idéalisme en ont fait un opposant systématique des essais d’armes nucléaires en Polynésie française. Et on devine son impulsion derrière maintes initiatives d’un J. Teariki ou d’un Francis Sanford. Il a encore trouvé moyen d’assurer, pratiquement seul, la rédaction et la parution du Pupu here ai’a, organe de son parti politique. D’une première union avec Pauline Teariki, en 1937, à Papeete, est né Jean-Pierre, 1942, attaché aux Services de la municipalité. Remarié, en 1957, à Camille Henry.

BOUZER, Charles-Auguste (1861-1905)

Typographe.

Né à Montbéliard (Doubs) le 6 mai 1861. Arrive à Tahiti vers 1884 pour y travailler comme imprimeur à la Mission protestante. Sera plusieurs années gérant de la plantation d’Atimaono, au temps où F. Cardella s’occupait de la Société qui avait repris les affaires de W. Stewart. Puis reprenant son premier métier, finira comme typographe à l’imprimerie du Gouvernement. C’était un bon photographe ; on lui doit un intéressant reportage sur la mission protestante vers 1890. Il mourut le 24 mars 1905 à l’hôpital colonial de Papeete. Il avait épousé, en 1887, à Papeete, une jeune fille de Mataiea, Turia Vahirua a Terorotua, 1866-1920, alors institutrice à l’école Viénot. De cette union sont nés : Julia, 1888-1957, sans profession, une fille Stella Leverd. — Charles-Louis, 1889-1916, épouse en 1912, Émile Micheli, née à Pitcairn en 1887, est tué au cours de la Première Guerre mondiale ; deux filles : Germaine, 1913, et Marguerite, 1916, toutes deux mariées aux États-Unis. — Émile 1891-1958. — Henri-Frédéric, 1892-1917, décédé accidentellement sous l’uniforme de combattant de la Première Guerre mondiale. — Henri Tefau, 1894, vit et meurt aux États-Unis. — Paul-Louis, 1896, propriétaire à Mahina, Hapape, combattant de la Première Guerre mondiale, conseiller à l’Assemblée Territoriale de 1953 à 1962. — Léon, 1898-1912, qui avait épousé Henriette Raoul.

BOUZER, Émile [Taporo] (1891-1958)

Fonctionnaire.

Fils du précédent. Né à Mataïa (Tahiti) le 12 juin 1891. Titulaire du brevet supérieur en 1908. Instituteur de 1908 à 1913. Il entre alors dans l’administration comme interprète provisoire aux îles Sous-le-Vent. Titulaire en 1914. Attaché à ce titre au cabinet du gouverneur G. Julien en 1917 ; passe ensuite dans plusieurs services : commission des dommages de guerre, douanes. Il assurera seul, avec compétence et zèle, la rédaction du Vea Maohi, de janvier 1935 à 1937. Chef de cabinet du gouverneur Chastenet de Géry, en 1939-1940. Sera ensuite censeur au contrôle postal, puis attaché à la commission des dommages de guerre. Attaché au parquet de 1940 à 1946. Prend sa retraite en 1948. Fonctionnaire compétent et intelligent, très brillant interprète, « sa dignité dans sa vie privée comme dans l’exercice de ses fonctions d’interprète lui vaut l’estime publique ». Décédé à Papeete, le 8 janvier 1958, dans une maison de la rue des Remparts qu’il avait construite de ses mains et dont, excellent artisan, il avait lui-même fabriqué le mobilier. — De son union à Papeete en mai 1926 avec Marie Malardé, 1902, sont nés : Gabrièle, 1928, mariée en France. — Michèle, 1931, vit à Tahiti, deux enfants. — Andrée, 1934, épouse en 1952 Jean-Baptiste Le Caill.

BOUZER, Paul (1896)

Cultivateur et homme politique.

Né le 14 mai 1896. Habite à Mahina. Représente, depuis la première Assemblée territoriale, la côte Est à Tahiti. S’est rallié à J. B. Céran-Jérusalem lors de la scission du R. D. P. T. N’est pas réélu en 1958. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale.

BOUZET, Joseph, Marquis du (1805-1867)

Contre-amiral.

Né à Paris le 19 décembre 1805. Sort du Collège d’Angoulême en Après avoir fait le tour du monde avec le capitaine de Bougainville 1824-1826, participe à l’expédition de Dumont d’Urville au pôle Sud, 1837-1840, second du Cdr Jacquinot à bord de la Zélée. Retourne dans les mers du Sud comme commandant de la corvette l’Allier qu’il conduit en Nouvelle-Zélande. Rentre en France à bord de l’Aube. Voyage au cours duquel il recueille les restes du Père P. Chanel, massacré à Futuna. Passe alors à Tahiti du 4 mai au 5 juin 1842. Les Français viennent se plaindre à lui. Il parvient à mettre le calme dans les disputes locales : celles des Français avec les mutoi — affaire Mauruc — ou avec les indigènes, pour des questions de terrain — affaires Lucas et W. Archibald. Il lui faut également apaiser les esprits hostiles au consul Moerenhout. Après un voyage aux Antilles, il reçoit le commandement de la Brillante, sur laquelle il fait une campagne de quatre ans, 1845-1849, dans le Pacifique, passant à Papeete en avril 1847, puis à Taiohae. Nommé à son retour commandeur de Saint-Grégoire le Grand pour services rendus aux Missions. Capitaine de vaisseau le 22 juillet 1848, il est nommé gouverneur des Établissements Français de l’Océanie et commandant de la Subdivision navale en station dans ces Établissements, par un décret du 22 mars 1854 : « Vous réunirez dans vos attributions de Gouverneur des Établissements Français de l’Océanie le commandement des Marquises, de Taïti et de la Nouvelle-Calédonie. Vous n’êtes tenu à aucune résidence fixe et obligatoire… Vous serez représenté dans chacun de ces territoires par un commandant particulier… » Il appareille le 10 juin sur la corvette l’Aventure qu’il commandait, pour rejoindre son nouveau poste. Après une relâche à Tahiti, au cours de laquelle il nomme, le 21 novembre 1854, le C. de F. Louis François Roy, commandant particulier de Tahiti, il se dirige vers la Nouvelle-Calédonie. Il y séjourne trois mois. Regagnant Tahiti, la nuit du 28 au 29 avril 1855, la frégate se perd sur les côtes de l’île des Pins. Du Bouzet rentre en France sur le Duroc pour rendre compte de la perte de son bâtiment devant un conseil de guerre. Acquitté, il regagne Tahiti sur la Moselle le 17 octobre 1856, et y reprend son commandement. Le 28 février 1858, sentant le besoin de prendre du repos, il demande à être relevé de ses fonctions. Son successeur le C. de V. Saisset est nommé le 19 mai. Rentre en France en mars 1859. Nommé contre-amiral le 7 novembre 1858 on le trouvera plus tard commandant de la division navale du Brésil et de la Plata. Meurt à Paris, après trois ans de maladie incurable, le 22 septembre 1867. Il avait épousé, en 1844, la fille de l’amiral Tchitchagow, ministre de la marine russe. — Voir sur lui une notice nécrologique : Revue Maritime et Coloniale, 1867, t. 21, p. 695-700 et Jore : l’Océan Pacifique, t. II, p. 266-270.

BOVIS, Edmond de (1818)

Lieutenant de vaisseau.

Né le 5 juillet 1818 à Grasse (Var). Entre à l’École Navale le 14 novembre 1834. Enseigne de vaisseau le 16 décembre 1840, il est embarqué sur l’aviso à vapeur le Phaëton le 19 mars 1843. A Tahiti en 1844, il est détaché pendant six mois dans la presqu’île de Taiarapu pour y lever des plans, travail qu’il exécute avec assiduité. Il est « détaché à l’Établissement de Papeïti où il est appelé à remplir les fonctions de Directeur du Port », succédant dans cette fonction à Gabrielli de Carpegna. En 1846, il passe sur l’Uranie, Cdt Bonard, mais est presque toujours détaché à terre pour les travaux hydrographiques. Il reçoit, à cette fin, le commandement de la goélette la Papeete. Son chef reconnaît qu’« il calcule et observe bien, et s’occupe avec le plus grand zèle de l’hydrographie de Tahiti… Il parle bien l’anglais ainsi que le tahitien ; entend le portugais et l’espagnol ». Rentré en France en août 1848, il est attaché au Dépôt des cartes « pour achever son travail hydrographique ». En 1849, il est désigné, à défaut d’un ingénieur hydrographe, pour participer à la campagne de la Thibée, Cdt Bonard, qui le ramène à Tahiti « chargé d’achever les cartes très incomplètes des îles de la Société ». Bonard écrira de lui en 1852 : « Malgré l’exiguité de ses moyens, à force d’activité et de persévérance, il est parvenu à de notables résultats dans ses travaux d’hydrographie ». Et son commandant demande pour de Bovis « un véritable commandement, celui qu’il a n’étant qu’une vraie chaloupe, dans laquelle il fait une corvée » (juin 1852). En septembre 1852, de Bovis quitte l’hydrographie pour prendre le commandement du Phoque et quitte Papeete le 2, ayant à son bord l’amiral Febvrier Despointes. L’amiral étant très fatigué, c’est pratiquement de Bovis qui mène l’opération de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, but de la mission de l’amiral. Ramène le Phoque en France en 1854 où le bateau est désarmé en 1855. De Bovis rentre un peu aigri de se retrouver après neuf ans de grade, cinq ans et deux mois de campagne et quatre ans et huit mois de commandement aussi loin du but qu’un lieutenant de vaisseau qui n’a jamais quitté la côte de France. En 1861 il demanda à être mis à la retraite et passa au service maritime des Messageries royales où il commandera le Cambodge. De Bovis avait épousé à Papeete, le 17 octobre 1850, une Anglaise, Émilie Dring, 1830, fille d’un négociant anglais de San Francisco. Ses témoins avaient été le Cdt Bonard et le consul Georges Miller. De cette union naquirent, à Papeete, deux fils, Esprit, 1851 et Louis, 1853. On doit à de Bovis, outre de nombreux relevés hydrographiques qui font que son nom est mentionné dans toutes les cartes et plans de Tahiti de la Marine française, un État de la Société tahitienne à l’arrivée des Européens, d’abord paru dans l’Annuaire des Établissements français de l’Océanie de 1855 et dans la Revue coloniale de 1855. « Travail qui est le résumé de dix ans de recherches » à une époque qui nous paraît ancienne mais dans laquelle de Bovis voyait déjà une époque de pleine décadence : « La génération actuelle ne sait plus rien de ses ancêtres ; deux vieillards peuvent parler ensemble sans crainte d’être compris des jeunes gens qui les entourent ; c’est à ne pas le croire ; j’ai vu dans ces dix années un chef revêtir l’ancien costume de guerre et les indigènes de Papeete se mettre sur leurs portes pour le voir passer comme on ferait à Paris pour un Hottentot. » C’est dire l’intérêt que nous prenons, après un siècle, à ce texte qui fut souvent réédité et reste une des bases les plus sûres pour la connaissance du Tahiti ancien. Il y a des lettres de de Bovis concernant Tahiti tant aux Archives du Service historique de la Marine (BB, Inventaire, dossier 667.10) qu’aux Archives Nationales (AB, 3320, dossier 10).

BOYACK, Jr., James-Edmund (1943)

Journaliste et poète.

Né le 17 janvier 1943 à Manhattan, New York. Après des études à la Collegiate School et à Hobart College, passe un an et demi à New York dans un milieu de poètes et de musiciens. Rencontre la Française Vera Kirkwood, l’accompagne à San Francisco, est choisi comme un des six jeunes poètes à lire des poèmes au Berkeley Poetry Conference de juillet 1965 qui réunissait l’élite de la poésie américaine. Arrive à Tahiti le 12 décembre 1965, sans but, pour quelques mois. Devient rapidement correspondant de l’United Press International, Time-Life, ABC Radio. Écrit des articles pour O Tahiti et des journaux et magazines américains. Continue à écrire des poèmes qui perdent leur acidité new-yorkaise pour fleurir à travers l’étonnante découverte d’une vie simple, douce, et finalement acceptable. Fondé, en 1967, The Tahiti Bulletin, le maladie incurable, le 22 septembre 1867. Il avait épousé, en 1844, la fille de l’amiral Tchitchagow, ministre de la marine russe. — Voir sur lui une notice nécrologique : Revue Maritime et Coloniale, 1867, t. 21, p. 695-700 et Jore : l’Océan Pacifique, t. II, p. 266-270.

BOVIS, Edmond de (1818)

Lieutenant de vaisseau.

Né le 5 juillet 1818 à Grasse (Var). Entre à l’École Navale le 14 novembre 1834. Enseigne de vaisseau le 16 décembre 1840, il est embarqué sur l’aviso à vapeur le Phaëton le 19 mars 1843. A Tahiti en 1844, il est détaché pendant six mois dans la presqu’île de Taiarapu pour y lever des plans, travail qu’il exécute avec assiduité. Il est « détaché à l’Établissement de Papeïti où il est appelé à remplir les fonctions de Directeur du Port », succédant dans cette fonction à Gabrielli de Carpegna. En 1846, il passe sur l’Uranie, Cdt Bonard, mais est presque toujours détaché à terre pour les travaux hydrographiques. Il reçoit, à cette fin, le commandement de la goélette la Papeete. Son chef reconnaît qu’« il calcule et observe bien, et s’occupe avec le plus grand zèle de l’hydrographie de Tahiti… Il parle bien l’anglais ainsi que le tahitien ; entend le portugais et l’espagnol ». Rentré en France en août 1848, il est attaché au Dépôt des cartes « pour achever son travail hydrographique ». En 1849, il est désigné, à défaut d’un ingénieur hydrographe, pour participer à la campagne de la Thibée, Cdt Bonard, qui le ramène à Tahiti « chargé d’achever les cartes très incomplètes des îles de la Société ». Bonard écrira de lui en 1852 : « Malgré l’exiguité de ses moyens, à force d’activité et de persévérance, il est parvenu à de notables résultats dans ses travaux d’hydrographie ». Et son commandant demande pour de Bovis « un véritable commandement, celui qu’il a n’étant qu’une vraie chaloupe, dans laquelle il fait une corvée » (juin 1852). En septembre 1852, de Bovis quitte l’hydrographie pour prendre le commandement du Phoque et quitte Papeete le 2, ayant à son bord l’amiral Febvrier Despointes. L’amiral étant très fatigué, c’est pratiquement de Bovis qui mène l’opération de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, but de la mission de l’amiral. Ramène le Phoque en France en 1854 où le bateau est désarmé en 1855. De Bovis rentre un peu aigri de se retrouver après neuf ans de grade, cinq ans et deux mois de campagne et quatre ans et huit mois de commandement aussi loin du but qu’un lieutenant de vaisseau qui n’a jamais quitté la côte de France. En 1861 il demanda à être mis à la retraite et passa au service maritime des Messageries royales où il commandera le Cambodge. De Bovis avait épousé à Papeete, le 17 octobre 1850, une Anglaise, Émilie Dring, 1830, fille d’un négociant anglais de San Francisco. Ses témoins avaient été le Cdt Bonard et le consul Georges Miller. De cette union naquirent, à Papeete, deux fils, Esprit, 1851 et Louis, 1853. On doit à de Bovis, outre de nombreux relevés hydrographiques qui font que son nom est mentionné dans toutes les cartes et plans de Tahiti de la Marine française, un État de la Société tahitienne à l’arrivée des Européens, d’abord paru dans l’Annuaire des Établissements français de l’Océanie de 1855 et dans la Revue coloniale de 1855. « Travail qui est le résumé de dix ans de recherches » à une époque qui nous paraît ancienne mais dans laquelle de Bovis voyait déjà une époque de pleine décadence : « La génération actuelle ne sait plus rien de ses ancêtres ; deux vieillards peuvent parler ensemble sans crainte d’être compris des jeunes gens qui les entourent ; c’est à ne pas le croire ; j’ai vu dans ces dix années un chef revêtir l’ancien costume de guerre et les indigènes de Papeete se mettre sur leurs portes pour le voir passer comme on ferait à Paris pour un Hottentot. » C’est dire l’intérêt que nous prenons, après un siècle, à ce texte qui fut souvent réédité et reste une des bases les plus sûres pour la connaissance du Tahiti ancien. Il y a des lettres de de Bovis concernant Tahiti tant aux Archives du Service historique de la Marine (BB, Inventaire, dossier 667.10) qu’aux Archives Nationales (AB, 3320, dossier 10).

BOYACK, Jr., James-Edmund (1943)

Journaliste et poète.

Né le 17 janvier 1943 à Manhattan, New York. Après des études à la Collegiate School et à Hobart College, passe un an et demi à New York dans un milieu de poètes et de musiciens. Rencontre la Française Vera Kirkwood, l’accompagne à San Francisco, est choisi comme un des six jeunes poètes à lire des poèmes au Berkeley Poetry Conference de juillet 1965 qui réunissait l’élite de la poésie américaine. Arrive à Tahiti le 12 décembre 1965, sans but, pour quelques mois. Devient rapidement correspondant de l’United Press International, Time-Life, ABC Radio. Écrit des articles pour O Tahiti et des journaux et magazines américains. Continue à écrire des poèmes qui perdent leur acidité new-yorkaise pour fleurir à travers l’étonnante découverte d’une vie simple, douce, et finalement acceptable. Fondé, en 1967, The Tahiti Bulletin, le premier quotidien de langue anglaise qui tire, en 1973, vingt pages à mille exemplaires. Envoie chaque mois à Sydney sa Tahiti Letter publiée par le Pacific Islands Monthly. Crée la première émission de langue anglaise à Radio Tahiti, 1972. De son union avec Vera Kirkwood sont nées à Tahiti Maroussia Poemoana, 1966, et Natasha Taina, 1969.

BOYER, François Antoine (1813-1891)

Marin.

Né à Cusset (Allier) le 9 septembre 1813. Aspirant de marine en 1829. En 1841, part comme enseigne en Océanie et sert sous les ordres de Bruat. En 1843, jeune lieutenant de vaisseau, il perd la Clémentine dans la passe de Tapueraha, entrant à Port Phaéton. « Une fois le navire échoué et naufragé, le capitaine Boyer a montré un calme, un courage et un dévouement qui ont assuré le salut de l’équipage et du matériel du navire. » En 1846, il est second de l’Uranie. Sa conduite lors des opérations des îles Sous-le-Vent et de Tahiti lui valent la rosette d’officier de la Légion d’honneur. Quitte l’Océanie après y avoir séjourné cinq années consécutives. Meurt à Toulon, capitaine de vaisseau en retraite en 1891. Le Cdt Cottez a publié des lettres de Boyer concernant son séjour en Océanie et les opérations auxquelles il prit part dans le n° 57, septembre 1936, p. 625-642 du B.S.E.O.

BOYER, Léon (le Père Pierre). 1881-1948

Religieux picpucien.

Né à Melac (Aveyron) le 13 août 1881. Fait profession en 1899, chez les Pères de Picpus, où il est ordonné prêtre en 1903. Arrive à Tahiti le 6 décembre 1906. Quitte la mission le 24 avril 1908. Meurt le 10 mars 1948 à Lima (Pérou).

BRANDER, John (1814-1877)

Négociant et armateur.

Né à Elgin (Écosse). Du clan des Dunbar, il est le demi-frère de Lady Dunbar Brander. Arrive à Tahiti, venant de Sydney, le 1 décembre 1851. D’une famille riche, il possède d’importants capitaux. Se livre tout d’abord au commerce des perles. Mais élargit bientôt ses activités commerciales avec tant de succès qu’au moment de son apogée sa maison est sans conteste la firme la plus importante de l’archipel. Lady Cumming décrit ainsi la situation de John Brander : « Embarked in trade, he added ship to ship, till he owned a considerable fleet, and so his connection spread from group to group ; and he bought land and built stores on all manner of remote isles, and in course of time amassed a gigantic fortune. His marriage with Titaua Salmon must have tended greatly to secure his position in these isles ; and so his business went on ever increasing till at length mind and body broke down under the constant strain, and he died, leaving the whole care of his immense business to his young widow, who is only thirty four now, the oldest of her nine children having been born when she was fifteen »… (A Lady’s Cruise in a French Man of War, p. 280). L’historien américain Henry Adams, lui aussi, a été d’abord impressionné par le train de vie des Brander et la réputation de richesse qu’on leur faisait à Tahiti. Il écrit sous une première impression « ses plantations produisent des noix de coco par millions ; ses cultures de perles envoient des tonnes de coquilles en Europe ; ses bateaux transportent tout le négoce des îles ; son revenu est très élevé et ses biens estimés par millions. » Mais un peu plus tard, il note sa surprise en apprenant que, encore que Brander fût le plus riche marchand du pays et possédât de nombreux comptoirs dans l’archipel, sa veuve, en réalisant ses biens, ne se trouva « valoir » que 150 000 dollars. Car c’était un joueur acharné. Il est entreprenant et sans scrupules. Ayant besoin de main-d’œuvre pour sa plantation de Haapape, il n’hésite pas, en 1871, à expédier les goélettes Marama, Mabina, Sir John Burgoyne à l’île de Pâques pour en ramener 241 Pascuans. Une partie de sa comptabilité a été conservée. — Brander envoya ses enfants faire leurs études en Europe où il les fit élever comme des princes, avec des mouchoirs et des valises marqués à leurs armes. John Brander avait refait une fois, au cours de son existence tahitienne, le voyage de l’Écosse, en 1865, accompagné de sa femme et de sa belle-sœur Moetia Salmon. Ses affaires, durant ce voyage, furent gérées par Alexandre Salmon. Avant ce voyage, il avait été nommé, en remplacement de G. C. Miller, parti en congé, consul de Grande-Bretagne par intérim, poste qu’il occupera du 5 avril 1864 au 3 avril 1865. Il sera nommé membre du Conseil privé de la Colonie par une ordonnance datée du 1er mai 1869. Il meurt à Papeete le 15 juin 1877. « Il était atteint depuis trois ou quatre ans d’une grave affection cérébrale. M. Brander laisse après lui une nombreuse famille et d’immenses propriétés. On se souviendra de son passage en Océanie, car il a été un de ceux qui ont le plus contribué à y développer le commerce, l’agriculture et l’industrie » écrivait le Messager de Tahiti, lors de son décès. La semaine qui suivit le décès, Mme Veuve Brander fait annoncer qu’« elle continuera le commerce de feu de John Brander, dans toutes les branches, et qu’elle signera : T. Salmon, Veuve Brander ». Et elle impère, immédiatement et en trois langues, aux débiteurs de feu son mari « de vouloir bien acquitter leurs dettes sans délai entre ses mains ». Le greffier notaire Vincent et le commissaire-priseur Bonnefin partent aux Tuamotu faire l’inventaire des biens du défunt. Une note du journal, à la même Mrs Titaua BRANDER époque, nous apprend qu’outre un remorqueur à vapeur, Brander possédait les navires : Rapanui, Daisy, Elgin, Tuamotu, Magellan, Gertrude, Nacre et Poe. Il avait épousé à Papeete, en 1856, Titaua Salmon, 1842-1898. « A beautiful anglo-tahitian girl… She talks excellent English and is familiar with American and Europe », écrira d’elle Henry Adams. Cette jeune fille intelligente se révélera, plus tard, une femme d’affaires remarquable. Elle meurt en Écosse. De cette union sont issus : Margaret, Terii nui tahurai marama tepau, née à Papeete le 31 décembre 1856, épouse, le 18 avril 1872, Henri Auguste Schlubach, 1836, négociant, consul du Chili ; cinq enfants. — Marian — l’état civil écrit parfois Marion — Teura i te rai arii oehau, née à Papeete le 3 juillet 1858. Épouse, en premières noces, Gustave Godeffroy, consul allemand à Tahiti ; de cette union, deux filles : Sophie (Ketty), 1880 et Marion (Poma), 1881. Épouse, en secondes noces, le Dr Ernest Davillé, médecin de marine. — Alexander, Terii nohorai te pau, né le 11 janvier 1860 à Papeete. Usinier à Papeete et commerçant aux îles Tuamotu, il reconnaît à Hao, d’une femme indigène : Tearua te raitai, 1883, et Terii Brander, 1884. Meurt à Hikuéru, avec sa femme et une fille lors du cyclone de 1906. L’autre fille épousera l’armateur Palmer. — Jack, Terii Temaeva rau, né à Sydney le 15 août 1861 ; décédé à Papeete où il était secrétaire du Bureau du tourisme, le 16 octobre 1915, après avoir vécu à Rarotonga, Vice-consul honoraire de Grande-Bretagne, il remplit les fonctions de consul en 1891 et 1894 à Papeete. Un fils : Natuaiterai, né en 1896 à bord du brick Paloma, de la dame indigène Paroo ; une fille : Teura. — Arthur James, Tera tane, né le 13 mars 1863, épouse une Américaine et divorce. S’occupe à Papeete d’une affaire d’import-export avec Marcel Frogier. Assassiné à Papeete le 3 juillet 1950. Un fils vivant aux États-Unis. — Norman, Teriitua, né à Papeete le 20 mai 1864. Épouse d’abord, le 29 avril 1884, la Princesse Teriivaetua a Pomaré, († 1918), fille du Prince Tamatoa et nièce de Pomaré V ; puis en secondes noces, avec dispense du gouvernement, à Papeari, le 21 juillet 1915, sa tante Arii Manihinihi Salmon. Industriel et sucrier, organise des plantations dans ce qui est aujourd’hui le quartier de Fariipiti. Homme fort intelligent, il vit en grand seigneur, se ruinant à recevoir princièrement dans sa propriété de Papara. Il avait compris l’importance du tourisme pour Tahiti et aurait voulu établir un casino à Papeete, projet auquel s’opposa la mission protestante. Décédé à Papeete le 25 mai 1930. — Winifred, Terii tinorua marama, 1869-1940. Maître au grand cabotage en 1905. Épouse Joséphine Charles, 1872-1913 ; neuf enfants dont une fille Joséphine, 1894, qui épousera Ernest Salmon. — Titaua, Ariitaimai tenania marae, née le 22 mars 1872. Épouse un pasteur protestant, écossais, Mr Mac Lachlan et va vivre en Écosse. — May, Nataiarii temanamanu ariiheiura, née en 1876 (?) Épouse un Écossais, William Berwick, industriel ; sans postérité. Devenue veuve, Titaua Brander épousera, en 1878, en secondes noces, l’ancien associé de son mari, Bailie George Darsie, magistrat écossais de Johnston Lodge, Anstruther, dont on trouve le nom aussi orthographié Darsy et qui figure comme patenté à Papeete de 1885 à 1888. De cette union naquirent Georgina, née à Papeete le 27 avril 1880 ; épouse un avocat écossais, Thomas Murray, et va vivre en Écosse ; trois enfants. — George, né à Papeete, le 8 août 1881, mort à Ypres au cours de la Première Guerre mondiale. — Lieumonte, Teturai tepau, 1884. — Une des filles de George Darsie sera une des bienfaitrices de l’hôpital de Tahiti. On trouvera un portrait de the late Mrs George Darsie, Princess Titaua Marama of Tahiti dans Lady’s Pictorial (Oct. 15, 1898, p. 583).

BRANDO, Marlon (1924)

Acteur américain, descendant d’une famille Brandeau, d’origine française.

Né le 3 avril 1924 à Omaha (Nebraska) U.S.A. Se fait connaître au théâtre comme au cinéma — A street car named desire — ; dans des comédies musicales, Guys and Dolls ou des pièces de plus de poids où il incarne Jules César ou Napoléon. En 1960, la Metro Goldwyn Mayer décide de tourner une nouvelle version de Mutiny on the Bounty. Il s’agit d’un « remake » du célèbre film de Franck Lloyd réalisé en 1935 avec Charles Laughton dans le rôle du capitaine Bligh et de Clark Gable dans celui de Fletcher Christian. Le scénariste de 1960 a travaillé d’après le roman de Ch. Norhdhof et James Norman Hall. La M.G.M. met le paquet. Elle prétend tourner dans le site réel, du reste bien transformé depuis deux siècles, mais sans pouvoir faire accepter à son public que le sable de Tahiti soit parfois noir ! On reconstitue (d’une manière d’ailleurs inexacte par suite des besoins du tournage) la Bounty ; et les gens de Tautira fabriquent de grandes pirogues doubles de cérémonies qui auraient pu devenir des pièces de musée mais restent des accessoires de théâtre. La Compagnie déplace plusieurs fois, de Californie à Papeete, les acteurs et l’important personnel qui l’accompagne. Le film, qui coûtera une fortune — l’année du tournage (novembre 1960-septembre 1961) est considérée par les observateurs comme un boum économique local sans précédent — ne connaîtra néanmoins qu’un succès modeste. On a pourtant soigné la figuration qui compte des dizaines de pirogues et des centaines de couples tahitiens heureux de gagner en s’amusant quelques dollars. Et c’est à Marlon Brando qu’a été confié le rôle de Christian. Cette présence vaudra à Tahiti l’amitié de l’acteur qu’on reverra souvent à Papeete et qui aura deux enfants de Tarita, la demi-chinoise qui a été l’héroïne du film. En 1965, il achètera l’île de Tetiaroa, un atoll que les avions survolent à une vingtaine de miles de Tahiti sur la route des îles Sous-le-Vent. C’est là une ancienne terre des Pomaré. On raconte que l’île servait de refuge lors des mauvais jours, de cadre discret pour les bombances royales en temps de paix, et que l’ombre des énormes tuu de Rimatuu, le coin habitable de l’atoll, était propice à la beauté des femmes de sang bleu. La future reine Pomaré y aurait, dans sa jeunesse, fait plusieurs séjours à cette intention. L’île avait été donnée par Pomaré V au dentiste-consul W. J. Williams qui y était mort en 1937. Elle était, depuis lors, passée entre les mains de plusieurs propriétaires. Lorsque M. Brando s’en fut rendu acquéreur, on parla d’abord à Tahiti d’un élevage de langoustes. En 1973, on prête au nouveau propriétaire l’intention de créer à Tetiaroa un centre de repos pour Américains fortunés à la recherche de plaisirs marins. Une piste d’envol permet les liaisons rapides avec Faaa pour des avions de tourisme. Pour l’instant (juillet 1973), le régisseur de M. Brando connaît quelques difficultés avec ses travailleurs qui se jugent mal payés et vont en justice. Nous ignorons si les cachets du Parrain et du Dernier Tango à Paris — (Life, 10 mars 1972, déclare Brando « the greatest natural born actor alive ») — suffiront à les apaiser. Sur Mutiny on the Bounty, voir : Bosley Crowter, New York Times Film review, 9 nov. 1962.

BRAULT, Henri Edmond (1874-1953)

Capitaine au long cours.

Né le 14 novembre 1874 à Champagne-le-Sec (Vienne). Après une vie de commandements maritimes, arrive à Tahiti en avril 1937. Sera à deux reprises commandant de l’Oiseau des Iles. Il avait servi avec distinction durant la Première Guerre mondiale. Il meurt à soixante-dix-neuf ans, à Papeete, le 31 août 1953. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Un fils Jacques, médecin militaire, ayant servi quelques années à Taravao, puis rentré en France.

BRAULT, Léonce Rodolphe (1858-1933)

Imprimeur, journaliste et avocat.

Né à Laval (Mayenne) le 22 août 1858. Études chez les Jésuites de Laval. Arrive à Tahiti le 4 décembre 1881, avec un contrat de trois ans pour travailler à l’imprimerie du Gouvernement que dirige alors Jean Souvy. Il est porté sur les annuaires, en 1883, comme ouvrier compositeur et comme compositeur de 1 classe en 1885. Cette même année nous voyons une imprimerie Brault s’ouvrir à Tahiti, d’abord sous le nom de sa sœur Marie-Antoinette, 1867-1953, qui épousera l’année suivante un avocat-défenseur, Jules Texier, 1858, puis, en 1887, sous son nom personnel. Il a en effet fait venir du matériel et fondé l’« Imprimerie civile Léonce Brault ». En janvier 1889, Léonce Brault reprend le Messager de Tahiti, fondé en 1884 par Raoulx, Georges Martiny et François Cardella ; et, plus de dix années, il dirigera cette publication. Nous le trouvons secrétaire de la Chambre de Commerce ce d’avril 1887 à avril 1891, et Vice-Président de cette assemblée de 1894 à 1897. Il sera élu membre du Conseil général en 1891, et réélu en 1895. Il figure, à partir de 1899, sur la liste des avocats-défenseurs en compagnie de Me Goupil, Bonet et Langomazino. C’est lui qui sera, en 1903, l’avocat de Gauguin lors de sa condamnation pour diffamation aux Marquises. On trouvera dans les numéros 133-134 du Bulletin de la Société des Études Océaniennes sa correspondance à propos de cette affaire historique. Il est membre du Conseil privé de 1907 à 1913 ; en 1919, conseiller municipal de Papeete et 1er adjoint au maire. Il remplira les fonctions de consul de Norvège de 1912 à 1933 et sera nommé, à ce titre, chevalier de l’Ordre de Saint-Olav. Il est décédé à Tahiti le 22 septembre 1933. Il était depuis 1925 chevalier de la Légion d’honneur. — Un frère de Léonce Brault, Edmond, est l’auteur de poésies qu’il met en musique : Le bon roi Pomaré (1907) ; O’Tahiti, etc. De son union, à Papeete, le 9 juin 1888, avec Jane Bonnefin, 1868, sont issus : Laurence, 1889, qui épouse Émile Laguesse. — Claire, 1892, qui épouse, en 1919, Gaston Hayem, 1886-1968, ingénieur des T.P. qui fera plusieurs séjours à Papeete de 1914 à 1928. — Léonce-Rodolphe, 1897, avocat ; participe comme volontaire à la Première Guerre mondiale, épouse Francine Lévy, 1900 ; vit à Tahiti, faisant de fréquents séjours aux États-Unis. — France, 1903-1972, connue à Tahiti sous le nom de Totote, qui gérera plus ou moins heureusement ses biens à l’ombre de sa mère et fut l’amie de nombreuses femmes de gouverneurs qui l’attireront en France mais qui finira par rentrer mourir à Papeete.

BRÉAUD, Jean (1905)

Banquier.

Né le 23 septembre 1905 à Poitiers (Haute-Vienne). Ingénieur du génie civil. Président-directeur général de la Banque Monod La Hénin ; administrateur de la Banque de Tahiti. Arrive pour la première fois à Tahiti au début de 1946, en mission pour le ministère de l’Information. Touché par le charme du pays, y revient en 1948-1949 avec le désir d’y investir afin d’aider au développement des structures économiques du territoire. Achète dès son premier voyage, à Georges Ahnne, les 1 500 hectares du domaine d’Atimaono dont il reprend en main l’administration, continuant l’élevage du bétail, les plantations vivrières et la culture de la canne à sucre, culture qui devra être abandonnée faute de main-d’œuvre — la période de tournage des Révoltés du Bounty, puis le C.E.P. éloignant le Tahitien de toute préoccupation agricole ! Projette, à la suite de la création de l’aérodrome de Faaa et du développement du courant touristique, de créer à Atimaono un ensemble résidentiel qui comporterait, autour d’une petite cité possédant un bassin pour yachts, piscines, golf, lieux de pêche et de chasse, des hôtels et des bungalows construits selon des normes générales qui conserveraient à ce district de Tahiti son caractère traditionnel. En fait, seul le golf a été réalisé en 1970 suivant les plans d’un spécialiste américain, Bob Baldock. Jean Brès, conseillé par cet architecte, réalise un très beau terrain de 18 trous, susceptible d’être utilisé pour des compétitions internationales. Après avoir examiné avec le Club Méditerranée la possibilité de l’installation d’un centre à Atimaono et avoir abandonné cette idée, il semble que l’on s’engage vers un ensemble hôtelier à construire par un groupe américano-japonais où le promoteur américain Jerry Moss s’appuierait sur le groupe financier japonais Tokyu. Là ne s’arrêtent pas les initiatives de Jean Bréaud : il monte avec Jean Brès puis Jean Munier une affaire de travaux publics, crée avec Brenot et Jean Brès une société d’import-export. Lance, toujours avec Jean Brès, « Tahiti Pétroles » qui construit des entrepôts à Fare Ute, permettant le stockage en vrac des produits pétroliers qui, jusqu’alors, ne parvenaient à Tahiti qu’en fûts métalliques. « Tahiti Pétroles » contrôle une grande partie des pompes locales sous la firme « Chevron ». Elle fournit la marine et exploite le dépôt d’hydrocarbures de l’aérodrome du territoire. Après que la Banque de l’Indochine ait perdu son privilège de Banque d’émission, Jean Bréaud fonde en 1969, rue Gauguin à Papeete, dans un bloc immobilier lui appartenant, la Banque de Tahiti, banque de dépôt à laquelle s’intéresse la Bank of Hawaii, puis récemment le Crédit Lyonnais. C’est la seconde banque de Tahiti. Elle aura vite pris sa place dans l’économie locale en aidant au développement des affaires et à la promotion du commerce. « Tahiti-Pétroles » contrôle également les garages Citroën-Fiat. Ainsi Jean Bréaud, aidé de son ami de la première heure Jean Brès, pionnier entreprenant et actif, a-t-il contribué par ses initiatives et en attirant dans le territoire des hommes et des capitaux, à agir comme un puissant catalyseur dans l’économie de la Polynésie française. Jean Bréaud possède une propriété, Fare Ura, à Punaauia, où il vit les quelques semaines qu’il passe chaque année dans l’île. Il a épousé en secondes noces une Tahitienne, Anatila, fille d’Oscar Nordman, qui participe aux affaires de son mari et lui a donné une fille June, 1951, étudiante à Berkeley, U.S.A., et un fils, Olivier, 1954, élève aux H.E.C.

BRECKENRIDGE, Allen J

Missionnaire mormon.

Arrive à Tahiti avec sa femme en février 1949. Rentre aux États-Unis en septembre 1952. Revient à Tahiti le 3 février 1956.

BRÉMOND, Henri, alias TEHOARII (1901-1969)

Pasteur protestant.

Né le 24 février 1901 à Mahina (Tahiti). Petit-fils de Joseph Brémond. Cultivateur. Son service militaire achevé, entre à l’école protestante des pasteurs autochtones des Missions Évangéliques de Papeete. Après quatre années d’études est titulaire en 1928. Prend ses fonctions dans la paroisse de Mahina qu’il dirige depuis lors. Est également aumônier du village de ségrégation d’Orofara où il ne cesse, depuis vingt-neuf ans, de se dévouer au service des lépreux, devenant l’ami de tous les malades. Conseiller écouté de la population du district, en a groupé la jeunesse dans des mouvements éducatifs et sportifs. Membre fondateur de deux associations agricoles pour la mise en valeur des terres de la grande vallée de Mahina. Est fier d’habiter un district riche en souvenirs historiques : c’est à Matavaï que s’installe Cook, que débarquèrent les premiers missionnaires de la Société Missionnaire de Londres et que fut installée la première station de T.S.F. de Tahiti. En 1940, lors de l’appel du général de Gaulle, il fut un des premiers à entrer dans le comité de la France Libre. Le pasteur Brémond, conseiller très écouté et aimé, exerça son ministère à Mahina jusqu’à sa mort, survenue le 15 juin 1969. Il laissait une veuve et 15 enfants.

BRÉMOND, Joseph (1803-1864)

Charpentier de marine, colon et propriétaire.

Originaire de Marseille. Aurait été charpentier du baleinier américain Enterprise qui fit naufrage sur la côte sud du Chili. Se trouvaît sans emploi, il se réembarque sur un navire qui le conduit à Tahiti en 1833. C’est lui le charpentier qui rend service aux Pères Caret et Laval, les avertissant de l’expulsion qui les menace, et dont ils disent : « un charpentier français établi à Tahiti depuis longtemps et qui savait tout ce qui se passait. » Sa conduite était honorable, et comme il était fort capable les missionnaires et la reine Pomaré l’employèrent tour à tour. Il occupait, en compagnie de la femme indienne avec laquelle il vivait, une case appartenant à la Reine. Brémond n’étant pas payé régulièrement par la reine, refusait de travailler pour elle. Par contrecoup, les juges de Pomaré refusaient à Brémond d’épouser la mère de ses enfants, alléguant la loi touchant les étrangers, destinée, selon l’esprit des missionnaires, qui l’avaient fait voter, à interdire à des « indésirables » l’établissement dans l’île. Brémond se voyait condamné à des amendes, en infraction à la loi sur les bonnes mœurs. Il protestait auprès des marins français de passage. Pomaré, de son côté, écrivait au roi de France, le 8 septembre 1838 « sur le mariage d’une femme de Taïti avec un homme qui appartient à la France. Il ne m’est pas agréable qu’ils se marient, parce que nous avons une loi qui défend le mariage avec les étrangers ». Et la reine poursuivait : « Si Brémond te disait : lorsque je travaille pour Pomaré, on me donne la fille que j’aime ; et lorsqu’on je ne le fais pas, on me l’enlève, ceci n’est pas la vérité. La vérité est que la loi le défend… Brémond est un homme entêté qui manque à la loi. Les liqueurs fortes sont défendues par les lois de Taïti ; mais il ne s’inquiète pas de la loi ! Il a acheté des liqueurs fortes ; il a été jugé et condamné. Puisse-t-il être agréable à Votre Majesté d’envoyer prendre cet homme pour qu’il aille en France. Là il pourra épouser une femme et ce sera bien. » Brémond restera malgré tout à Papeete et Pomaré y trouvera même quelques avantages. La tradition tahitienne, rapportée par un journaliste de 1844, veut en effet que la reine, à cette époque, lorsqu’elle était désireuse de se soustraire momentanément aux sujétions de la mission protestante et de prendre du bon temps allait faire un tour chez le restaurateur Brémond. Pour arriver chez lui sans être aperçue, elle traversait un large ruisseau bourbeux, et elle entrait par une porte de derrière. Mais chaque fois qu’elle était surprise, elle était sévèrement gourmandée » (Caillot, Polynésie orientale, p. 241, note). Aussi bien Brémond avait-il profité de la levée du tabou sur les étrangers au moment du mariage d’Ariitaimai et d’Alexandre Salmon pour faire régulariser sa situation vis-à-vis de la « loi » tahitienne. Il mourut à Papeete, le 26 août 1864. Il eut plusieurs enfants d’une « dame indigène indienne », Oopa a Tetuanui, née à Paéa en 1809 et qui mourut à un âge avancé, le 11 mars 1899 à Papeete : Célestine, 1835-1911, qui épousera Étienne Cadousteau, 1825-1870. — Rosine, 1837-1871, épouse, en 1853, Antoine Auméran. — Antoine, 1841-1903, épouse Rehiarii, plusieurs enfants. — Isidore, 1843-1896. — Jules, 1851-1886, célibataire. — Antoinette, 1853-1875, qui épousera Mathurin Marcillac, brigadier aux cavaliers d’escorte, le 31 décembre 1868 ; un fils Joseph, 1870, qui épousera, en 1904, Georgine Hoppenstedt. — Louise, dite Luita. 1854-1882. — Louis Joseph, 1856. — Paul, 1860, propriétaire au district de Punaauia. Voir sur Joseph Brémond, Vincendon-Dumoulin et Desgraz, Taïti, t. 2, p. 858-863 et passim.

BRENNER, Yves (1929)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 8 septembre 1929 à Gouézec (Finistère). Profès le 8 septembre 1950. Ordonné prêtre le 1er juillet 1956. Débarque à Papeete le 14 mars 1959. Après avoir travaillé à Mitirapa, et à Papara est chargé depuis 1968 du secteur des Tuamotu du Nord Est.

BRÈS, Jean (1917)

Ingénieur et homme d’affaires.

Né à Meaux (Seine-et-Marne) le 12 septembre 1917. Études secondaires au lycée de Laon, ancien élève de l’École Polytechnique où il entre en 1937 et de l’École de Physique et Chimie. Participe comme ingénieur des constructions navales de la marine nationale à la Seconde Guerre mondiale. Arrive à Tahiti le 29 mai 1951, attiré par Jean Bréaud. Y deviendra rapidement l’animateur d’importantes sociétés, gérant de l’Entreprise Munier-Brès (Génie civil, Travaux Publics et Bâtiments) créée en 1951, de la Société Brenot et Cie (Commission et importation) fondée en 1951, de la Société Tahiti-Pétroles, créée en 1958 pour la distribution de tous produits pétroliers et agent exclusif en Polynésie française de la Standard Oil Company of California, de la Rhumerie de Tahiti, fondée en 1959 pour la fabrication et la vente de rhum local. J. Brès est également le représentant de la Société Tahitia, propriétaire de plantations à Faaroa, Raiatéa, et un des gérants de la société qui gère le domaine d’Atimaono. A ces différents titres, Tahiti doit beaucoup aux activités constructives et économiques de J. Brès qui est vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie et un des experts économiques du territoire. Le rôle social de Jean Brès est également notoire, il est membre du Rotary Club et du bureau de l’Union patronale. Il fut l’animateur technique et financier de l’expédition du Tahiti Nui, et Éric de Bisschop trouva en lui un ami et un supporter sans défaillances. On trouverait dans le numéro du 19 janvier 1957 du Yacht, un article de Jean Brès sur « La croisière du Tahiti Nui ». — Jean Brès a épousé le 3 décembre 1960, à Papeete, Teuiau Tumatariivahine. D’une union antérieure était née une fille, Sophie Namouré, 1949.

BRÉVANS, Hippolyte (1841-1882)

Jardinier.

Né le 1er juillet 1841 à Saint-Paul (Réunion). S’établit tout d’abord à la Nouvelle-Calédonie comme cordonnier. Quitte Nouméa par la goélette Florence Bailly. Débarque à Papeete le 21 mars 1876. Tient une échoppe de cordonnier. Un peu plus tard, on le trouve chef jardinier de l’hôtel du Gouvernement. Meurt le 6 septembre 1882 à Papeete. — De son union, en 1864 à Saint-Paul, avec Joséphine Lavigne est née Marie, 1865. Sa veuve réalise la petite propriété que la famille possède au district de Faaa, puis quitte définitivement Tahiti en 1883.

BRIAND, Louis (le Père Orens). 1919

Religieux picpucien.

Profès en 1939. Ordonné prêtre en 1946. Après avoir été missionnaire à Hainan de 1947 à 1955, est envoyé à Tahiti. En poste à Rairoa de 1956 à 1959. Se trouve en 1962 à Apataki. Prend en 1968 la charge des Tuamotu du Nord.

BRILLANT, François (1858-1909)

Propriétaire.

Né le 31 juillet 1858 à Venesmes (Cher). Soldat du 3e régiment d’infanterie de marine, embarque sur le transport de l’état Vire le 11 janvier 1881 et arrive à Tahiti le 11 mai suivant. Se fait libérer à Papeete en 1884, où il exerce son métier de garçon de café. Devient propriétaire à Papeete, quartier Paofai, et au district de Paea, au 22 km. Décédé le 9 décembre 1909 à Papeete. — De son union, le 6 juillet 1889, avec Augustine-Célestine Buillard, 1873-1961, sont nés : Solange, 1901, épouse, le 22 nov. 1919 à Papeete, Georges Sage, coiffeur. — Denis, 1904-1973, sous-brigadier des douanes, se marie en Amérique en 1923 avec Ida Thompson, 1898. — Gervais, 1907, se marie le 22 avril 1926 à Papeete, avec Augustine Thompson, 1910 : quatre enfants.

BRINCKFIELD, Georges (1835-1877)

Ferblantier.

Originaire de Nienbourg (Allemagne). Débarque à Tahiti en 1863. S’installe à Papeete en ouvrant un atelier de ferblanterie, rue de la Cathédrale. Meurt à Papeete, le 14 juillet 1877. — De son union, le 4 septembre 1865 à Papeete, avec Françoise Langlois, 1851-1915, sont nés : Amélie, 1873-1920, épouse, le 16 janvier 1892, à Paea, Iotefa Bourne, chef du district de Paea : six enfants. — Georges, 1867-1912. — Alexandre, 1871-1902. — Joseph, 1875-1918.

BRISSE, Joseph (1820-1854)

Colon militaire.

Né à Badonviller (Meurthe) en 1820. Arrive à Tahiti en novembre 1843 comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré du service le 1 avril 1847, se fixe dans le district de Pare comme colon militaire. Décédé à Papeete le 22 juillet 1854, sans descendance.

BRISSON, Émile (1903-1952)

Capitaine au cabotage colonial et pilote.

Né le 9 juin 1903 à Paris. Neveu du suivant, Victor Brisson, qui le fait venir à San Francisco et l’embarque le 1 janvier 1921, sur la goélette Fiorgyn. Il le forme pendant deux ans et en fait un marin. Émile Brisson sert de 1923 à 1926 sur l’Aldébaran et la Cassiopée, stationnaires dans le Pacifique, et achève son service comme quartier-maître de manœuvre. Capitaine au cabotage colonial en 1928. Commandera divers navires locaux, en particulier le Maréchal Foch du Père Rougier de 1929 à 1932, le Valencia et l’Aratapu qui de 1932 à 1933 se livrent à des trafics d’alcool sur les côtes du Mexique au temps de la prohibition. Il avait déjà connu à bord de la Valentia la fameuse libération de déportés chiliens qu’il était allé chercher à l’île de Pâques et avait conduit à Tahiti. Il sera, de 1933 à 1935, à Rikitea, au service de l’Administration, comme opérateur de T.S.F. du Résident Tondon qui le juge « un habile électricien et un très bon opérateur » mais se plaint de ses prétentions tions et de son manque total de discipline. Il sera pilote suppléant, puis second pilote du port de Papeete du 20 octobre 1936 à sa mort survenue à Papeete, le 24 mars 1952. Marié en 1928 à Alva Adams, 1904-1935 ; il épousera en secondes noces, en 1940, Othilia Orbeck : une fille Marie Christine, 1942

BRISSON, Victor (1881-1951)

Capitaine de la marine marchande.

Né à Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise), le 28 juillet 1881. Fait son service dans la marine. Passe ses brevets d’officier de la marine marchande en mai 1908, et, en août 1909, celui de maître au cabotage. Marié, vient s’installer à Tahiti où il commande successivement le Toerari et le Saint-François. Nommé capitaine au long cours le 30 septembre 1924, commandera la Mouette avec François Hervé. Au service des Américains il commandera des yachts : Wanderlust, Gisborn, Adriane, Bissy Girl. Paralysé, se retire à Tahiti où il vit durant la Seconde Guerre mondiale. En 1950, il va chez son neveu Pujol, à Nouméa, et meurt d’une broncho-pneumonie à la clinique de cette ville, le 29 septembre 1951. Self made man, marin habile, aventurier dans le bon sens du terme, chrétien au grand cœur, homme cultivé (sa sœur qui est à Paris, la secrétaire de Louis Barthou, lui envoie des livres), le « Père Brisson » demeurera une des figures maritimes les plus pittoresques de son époque. Il avait reçu en 1930 la médaille d’officier d’Académie pour ses travaux de « lithologie ». De son union avec Amélie Trouillet, à Morsang-sur-Orge, sont nées : Lorraine, 1916, décédée à onze ans. — Marie-Madeleine, 1923, épouse Pierre Mahé, directeur de l’école de la Mission de Saint-Louis, en Nouvelle-Calédonie, deux enfants, Chantal, 1950, et Sylviane, 1952.

BROCHE, Félix (1905-1942)

Colonel.

Né le 5 avril 1905 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Sort de Saint-Maixent en mai 1927 après un stage d’E.O.R. Demeure dans l’armée comme officier d’infanterie coloniale. Campagne en Tunisie de 1927 à 1930 ; à Madagascar de 1932 à 1934. Se signale par ses belles qualités militaires, son caractère réfléchi, pondéré, son jugement sain. « Vigoureux, actif, gai, bon cavalier, sportif ; c’est un excellent officier sur lequel on peut compter. » Capitaine le 25 octobre 1938, il arrive à Papeete le 4 juillet 1939 comme commandant du détachement d’infanterie coloniale. Nommé, le 25 octobre 1940, commandant supérieur des troupes du Pacifique. Quitte Papeete à destination de la Nouvelle-Zélande et arrive en Calédonie par un avion de la Pan American Airways le 12 novembre 1940. Chargé de la mise sur pied du bataillon du Pacifique, recrute, organise, instruit, arme et prépare au combat les engagés volontaires européens et indigènes qui formeront le bataillon du Pacifique. Promu chef de bataillon par le général de Gaulle, en février 1941, s’embarque pour l’Australie sur le paquebot Zelandia, le 5 mai, comme commandant du premier bataillon du Corps Expéditionnaire du Pacifique, Forces Françaises Libres. Lieutenant-colonel le 1 octobre 1941, il participe à la campagne de Lybie et est tué par une bombe d’avion dans son poste de commandement au combat de Bir-Hakeim, le 9 Félix BROCHE juin 1942, à 20 h 15. Il mérita la Croix de la Libération à titre posthume, avec la citation suivante : « Officier d’une haute valeur morale et d’un courage à toute épreuve. Commandant le 1 bataillon du Pacifique qu’il a formé et mené au combat, a conquis le respect et l’affection de tous ses hommes. Au cours de la campagne de Libye — janvier-juin 1942 — a magnifiquement entraîné son unité et a obtenu d’elle un excellent rendement particulièrement en colonne mobile dans les régions de El Tecim, Bil El Hamarin et Tengeder. Du 1 au 3 juin 1942 a mené avec succès une opération offensive difficile sur Rotonda Segnali, malgré une opposition très violente de l’aviation ennemie. Chargé de la défense du secteur sud de la position de Bir-Hakeim a, par son esprit d’initiative et de décision, réussi à repousser toutes les attaques de l’ennemi en lui infligeant des pertes sévères. S’est montré en toutes circonstances un exemple de simplicité, de courage et d’abnégation. Mort pour la France, le 9 juin 1942, à Bir-Hakeim. » Cette magnifique citation était signée Charles de Gaulle. — De son union avec Suzanne Houette sont nés deux fils : Michel, 1936, et François, 1939. — François Broche a écrit la vie de son père selon une méthode assez curieuse mais fort vivante : le Bataillon des Guitaristes, Paris, 1970. On trouvera les événements de Tahiti narrés d’une manière plus stricte dans E. de Curton : Tahiti 40. Récit du Ralliement à la France Libre, Paris, 1973.

BRODIEN, Nicolas Gustave (1818-1887)

Menuisier.

Né à Upsala (Suède), le 24 septembre 1818, de religion protestante, décédé à Raiatéa le 22 janvier 1887. Il avait été naturalisé citoyen français. — Il épouse Eliza Platt, fille du missionnaire protestant. Nombreuse descendance à Raiatéa et en Nouvelle-Zélande, dont George, 1850, qui épouse, en 1886, en premières noces, Sarah Henry, fille du pasteur et institutrice et, en secondes noces, sa belle-sœur Anne Élisabeth Henry : deux enfants, Teuira et Wallace.

BROOKE, André (1909)

Architecte, entrepreneur et peintre.

Né le 12 mai 1909 à Budapest (Hongrie). Fait ses études à l’École des beaux-arts de Budapest. Vient à Paris en 1928 où il travaille dans plusieurs ateliers : la Grande Chaumière, Lancelot-Ney, et aux Beaux-Arts. Expose alors chaque année au Salon national de Budapest dont il est élu sociétaire à vie, et en 1931 et 1933 au Salon des Indépendants à Paris. Fait un premier séjour à Tahiti de 1937 à 1945. Peint et expose au Cercle Bougainville. En 1945 se rend aux États-Unis et expose à New York. Puis se rend en Nouvelle-Zélande, et s’installe à Christchurch où il est élu secrétaire de la Société des beaux-arts et directeur d’une galerie de peinture. Expose dans toutes les villes importantes de la Nouvelle-Zélande. Revient à Tahiti en 1962 où il expose dans le Hall du nouvel immeuble des Messageries maritimes en 1962. Artiste de talent, Brooke est de tendance cézanienne, mais verse dans l’expressionnisme abstrait. — En 1972, un de ses tableaux figure dans la série de timbres consacrée aux « Artistes de Polynésie française ».

BROOKE, Rupert (1887-1915)

Poète anglais.

Né le 3 août 1887. Études à King College, Oxford. Publie quelques poèmes. En mai 1913 part pour un voyage qui le conduit aux États-Unis et en Océanie. Séjourne à Tahiti en janvier et février 1914 où il écrit quelques poèmes : Tiare Tahiti, Retrospect, The great Lower, qu’il publiera à son retour en Angleterre dans une revue qu’il a fondée avec des amis : New numbers. « Les îles du Pacifique, où il fit un séjour enchanté, ne lui inspirèrent d’autre prose que des lettres enflammées, brûlantes et rares… il trouva dans ses diverses retraites un calme profond dans des paysages luxuriants… à telle enseigne qu’il rêvait souvent d’une existence tout entière écoulée sous les palmes, dans un cadre d’apothéose et de féerie… Le voici à Tahiti dont il goûte le mélange de simplicité et de perversion, la primitivité et la perfection artistique, avec de brusques retours de désaffection et des rafales de violent amour. Sa correspondance… le découvre dans la féerie incohérente de ses pensées vagabondes… Les lagons bleus sous la froide lune, les chœurs dansants de beautés indigènes, l’appel sans fin de l’océan n’étaient pas pour lui des motifs de carte postale : il vivait dans ce cadre les jours les plus comblés de sa tendre vie et en éprouvait puissamment les attraits. » (A. Guibert.) Meurt aux Dardanelles, en avril 1915, au cours de la Première Guerre mondiale. Ses sonnets : « 1914 » traduisent si exactement les sentiments de la nation en guerre qu’il devient vite une sorte de poète national. Le modeste volume de ses œuvres complètes connaîtra un immense succès et sera tiré, tant en Angleterre qu’aux États-Unis, à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

Bibliographie. Complete works, London, 1918. Sur l’homme : Ch. Hassall Rupert Brooke. A biography (London, 1964, 557 p.). G. Keynes, A bibliography of the works of Rupert Brooke (London, 1954, 147 p.). — Jean M. Gautier, Rupert Brooke et Tahiti. Trois poèmes. (Paris, 1961, 36 p.).

BROOMHALL, Benjamin (1776-1802)

Artisan de la London Missionary Society.

Célibataire. Bourrelier. Il est désigné pour faire partie du premier convoi de missionnaires envoyés par la Société en Océanie et quitte l’Angleterre par le Duff, le 10 août 1796. Arrive à Tahiti le 6 mars de l’année suivante. Y demeure en mars 1797 lors de la crise de découragement. Après quatre années de travail apostolique épouse une femme de Raiatéa et est rayé, pour ce fait, des cadres de la Mission. Un an plus tard il quitte Tahiti par le Royal Admiral se dirigeant vers l’Inde. Meurt sans doute en mer au cours du voyage.

BROTHERS, Samuel (1825-1915)

Marin.

Né à Copenhague (Danemark). « Capitaine américain », il est admis à la résidence de Papeete en mars 1863, mais apparaîtra à Raiatéa dès 1860. Il fait du commerce entre Tahiti et les îles sous-le-Vent, associé avec un Meuel. Ses visées sur l’île de Tupai furent cause de la guerre entre Bora Bora et Maupiti, 1875, par suite de quoi il fut banni et dépouillé de ses biens par la reine de Bora Bora et se retira à Raiatéa. Décédé à Papeete le 29 mai 1915. De son union avec Mary Browne (ou Brand) sont nés : William, Papeete, 1865. — Samuel, dit Tame Parata, Papeete 1866-Iripau 1942 ; six enfants, dont Tamati, chef de district de Tehurui, puis maire de Tumaraa. — Albert Ernest, dit Pepe Parata, Papeete 1868-Avera 1939 ; douze enfants. — Annie Teraihoarii, Raiatéa 1876, épouse Henry Vidal ; six enfants. — Eliza, Raiatéa, 1877, épouse Léonard Christian, de Pitcairn ; trois enfants. — Peter, dit Pita, Uturoa 1881-Pare 1943 ; sept enfants, dont Jean, Uturoa, 1923. — Lina, Uturoa, 1882, épouse Henri Spitz. — Martha Tetuaura, Uturoa, 1890, épouse Georges Spitz.

BROTHERSEN, Peter

Marin danois naufragé aux Tuamotu.

Paraît en 1877 à Raiatéa, fixé l’année suivante comme planteur à Hamoa, Avera. De son union avec Tetuarii Hunter sont nés : Thomas, Uturoa, 1886. — Dora, épouse Halstead. — Christian Tuarii, Punaura, Avera 1888-Papeete 1962, épouse Charlotte (ou Eliza ?) Horley, dont la mère était la fille de Thomas Hunter : huit enfants, dont Charles Henri Tuarii, Tevaitoa, 1918. Philippe Edward Piri. Rasmus Teraivanaa, Uturoa, 1932, chef de subdivision agricole à Uturoa. — John Vanaamaiterai, 1889-1925. — Peter Teriitepinaiohe, Avera, 1895, épouse Hititua Brodien : huit enfants dont Nelson Vanaamaiterai, Avera, 1929 et Nelly Hititua, Avera, 1934, qui deviendra directrice de l’école d’Avera. — Hélène. — Christina Rereao Paarua, Uturoa, 1898. — Christen Teihotaata Tinau, Avera, 1899. — Erasmus Teivaiva, Uturoa, 1901. Le nom est aujourd’hui Brotherson, à l’état civil.

BROTHERSON, Philippe (1929)

Propriétaire.

Fils de Christian. Né le 14 avril 1929 à Uturoa. Après des études à l’école protestante d’Uturoa, passe 12 ans à Papeete dans les Travaux Publics et rentre en 1962 à Raiatéa. Uturoa a été érigée en commune en 1945. Philippe Brotherson est membre du conseil municipal depuis 1965 et, en janvier 1969, il succède au maire Marcel Hart, décédé accidentellement. Le problème du maire d’Uturoa est de relancer l’économie de Raiatea-Tahaa dont la population, vu les difficultés actuelles : manque de main-d’œuvre, bas prix et intermédiaires trop gourmands, ne s’intéresse plus guère à la vanille, au coprah et au café, cultures qui avaient été fort rentables entre les deux guerres. Et le tourisme n’est pas encore un appoint suffisant, malgré l’existence du célèbre marae de Taputapuatea à Opoa qui fut restauré par l’archéologue Sinoto, mais dont le très beau site n’a pas été mis en valeur par des aménagements appropriés. P. Brotherson est, depuis 1972, membre de l’Assemblée Territoriale. Il épouse, en 1972, Eugénie Dehors.

BROUSMICHES, Édouard (1810-1894)

Chirurgien principal de la marine.

Né à Brest le 30 août 1810. Chirurgien de 3e classe en 1832. Participe comme chirurgien major de la Division navale de l’Océanie et Chef du service de santé en Océanie et à la campagne de l’Artémise, du 28 octobre 1851 au 10 mai 1854. Fait à ce propos de fréquents séjours à Papeete au cours desquels il écrira des articles sur Une épidémie de fièvre bilieuse, à Taïti (Messager de Tahiti, 9 janv. 1853) ; Études hygiéniques sur Taïti (Ibid., 6 février 1853) ; Note sur l’état actuel de Taïti (Revue coloniale, 1856, t. 16, p. 654). Demande à rentrer en France pour des questions familiales et financières en mars 1854 et regagne la France par le Phoque. L’état de sa santé ne lui permettant plus de prendre la mer, est admis à la retraite le 26 septembre 1862. On lui donne la place de conservateur du Musée d’Histoire naturelle de l’École de médecine navale à Brest, où il meurt le 20 février 1894.

BROWN, Charles (1889-1965)

Colon et journaliste.

Fils de Charles Brown et de Ella Florence Rogers. Né le 18 septembre 1889 à San Raphael (Californie, U.S.A.). Études supérieures aux universités de Californie, de New York et de Lyon. Journaliste et écrivain, il collabore à Adventure et à divers journaux de New York. Arrive à Tahiti en 1919, après la Première Guerre mondiale et y reste un an vivant de sa plume. Rentré en Californie s’occupe d’un service chargé de rassembler des informations sur les mers du Sud. S’installe définitivement à Tahiti en 1924 et acquiert des terres à Tahiti et à Raiatea, menant de front la vie de planteur et celle de journaliste. Participe à des services d’ambulances pendant la Seconde Guerre mondiale. Décédé à Papeete le 30 janvier 1965. — De son union, en 1924, avec Ella Higgings est né un fils Robert, 1930, attaché au Service de l’Hygiène à Papeete.

BROWN, James S. (1828-1902)

Missionnaire mormon.

Né à Davidson County (North Carolina) U.S.A. le 4 juillet 1828. Participe à la guerre du Mexique dans le bataillon des mormons. Ayant entendu l’appel de A. Pratt, décide de le suivre et quitte Salt Lake Valley (Utah) en octobre 1849 avec la petite équipe missionnaire qui, par la Californie, gagne Tahiti où elle arrive le 24 mai 1850. Pratt introduit le nouveau venu à Papeete. Il a des difficultés pour obtenir un permis de séjour et de circulation de la part du Gouvernement français. Connaît aussi quelques ennuis avec les missionnaires protestants de l’île. Envoyé à Anaa, dans les Tuamotu, il entrera en conflit avec la mission catholique conduite par les Pères de Picpus. Cet ancien volontaire du bataillon mormon faisait montre de sentiments nationalistes plus poussés que ne le comportait la situation. On le juge instigateur de menées anti-françaises et subversives et il est arrêté le 26 octobre 1851, emprisonné, emmené à Papeete où on lui signifie un arrêté d’expulsion. Son collègue Grouard, pour le tirer de ce mauvais pas, le conduit à Raivavae, alors, hors de l’influence française. Cette expulsion jeta une ombre sur l’enthousiasme des autres missionnaires et la mission sera pratiquement abandonnée pendant quarante ans. Brown quitte Tahiti par l’Abyssinia, en novembre 1852 et rentre à San Francisco. Il missionnera quelque temps chez les Indiens ; perd une jambe. En 1892, le premier président des mormons, F. Smith, lui confie une seconde mission aux îles de la Société où il est chargé de relancer la mission. Arrive à Tahiti par le City of Papeete, le 1er juin 1892 avec son fils Elando et l’Elder Thomas Jones. Ils sont accueillis par Dorence Atwater, ancien consul des États-Unis qui les héberge et les encourage, l’administration leur refusant la permission d’organiser des meetings et les joséphistes dissidents mormons les voyant d’un assez mauvais œil. Visite missionnaire à Tautira, à Tubuai en août-septembre et en janvier-mai aux Tuamotu (Niau, Apataki, Anaa et Takaroa) avec le missionnaire Seegmiller. Regagne alors Papeete où des renforts mormons sont arrivés, avec lesquels il tient un conseil qui nomme J.W. Damron responsable de la mission. Quitte Papeete le 8 juillet sur le brick Galilée après six mois passés dans l’archipel où il a beaucoup baptisé et ordonné. Sur la fin de sa vie, Brown rédigera son autobiographie qui sera publiée l’année même de sa mort : Life of a pioneer. Il meurt en effet à Salt Lake City le 25 mars 1902. Une seconde édition de ses mémoires paraîtra en 1960 sous le titre : Giant of the Lord, Life of a pioneer (Utah, 1960). Le premier voyage à Tahiti y occupe les p. 166-290 ; le second, p. 496-520. Un portrait de Brown figure en frontispice.

BROWN PETERSEN, Charles John (1879-1962)

Commerçant et homme d’affaires.

Né le 14 avril 1879 à Papeete. Auguste Petersen, 1850-1914, constructeur de navires, adopte à Papeete peu avant de mourir, Charles Brown qu’il avait depuis de longues années comme associé dans son entreprise. Charles Brown avait appris très jeune, à Benicia (Cal.), son premier métier, celui de charpentier de marine. Installe un chantier à son nom à Fare Ute, où se trouvent actuellement les installations de la Marine nationale. Construit là de nombreux navires, cotres ou goélettes, tels que la Vahine Tahiti, la Jeanne d’Arc, qui devint la Vaibiria, la Benicia, etc. Cède son chantier à son beau-frère Steeve Higgins pour faire du commerce, comme armateur, grâce à des goélettes qui se nomment la Moana, la Ramona, la Valentia (alias Denise), le Tehei Marumaru qu’il loue à la Pacific Coconut Product Co. Après la Première Guerre mondiale, possède des intérêts avec Émile Martin et Georges Brambridge dans une Société Commerciale de l’Océanie, qui reprend le nom de l’ancienne société allemande, mise sous séquestre en 1914, après en avoir racheté les biens. La S.C.O. est installée sur le quai, dans le bloc situé entre Donald et Bambridge. Maison d’Import-Export, elle possède de vastes hangars où elle entrepose nacre, coprah et café, les richesses tahitiennes d’alors. A la mort de George Bambridge, la Société est liquidée et Charly Brown abandonne sa participation à cette affaire. En même temps, il devient le plus gros propriétaire terrien de la Polynésie, car il a le goût et le sens de la spéculation foncière. Il lotira par exemple des terrains Brander à Fariipiti et se fera construire sur le chemin vicinal de Patutoa une des dernières habitations bâties selon le plan des vieilles maisons coloniales. Il possédait pratiquement tout le bloc du Vaima, plusieurs centaines d’hectares de terres à Papeari et de grands domaines aux îles Sous-le-Vent : 1 000 hectares, plus de nombreux îlots à Huahine. L’aérodrome de Huahine sera installé sur des terrains de la succession Brown-Petersen. Il se montrait dur en affaires, mais honnête et droit. Fort méthodique également : « une horloge » disait-on. Il quittait à bicyclette sa maison et y revenait à heures fixes, trouvant, entre-temps, le moyen de satisfaire à toutes ses obligations professionnelles ou sentimentales. Il est décédé à Papeete le 12 mars 1962. Très affecté par la mort de sa femme, ses derniers mois furent attristés par des actes séniles qui seront la cause de difficultés lors du règlement de sa succession. Il avait épousé Marie-Anne Higgins (Uturoa, 17 oct. 1879 — Papeete, 22 février 1961) fille de Henry Gustave Goltz et de Mabel Higgins, union demeurée sans postérité. Charles Petersen Brown reconnaît Norma Tematua, 1930, qui épouse Napoléon Spitz. Il a également deux enfants de Jeanne Ah Min : Jane Kalani, 1948 et Charles, 1949.

BRUAT, Armand Joseph (1796-1855)

Amiral.

Né à Colmar (Haut-Rhin) le 26 mai 1796. Entre dans la marine en 1811. Plusieurs campagnes au cours desquelles il est fait prisonnier à Alger en 1829. Donne des renseignements utilisés pour l’expédition de 1830. Capitaine de vaisseau, il est nommé, par une ordonnance du 8 janvier 1843, gouverneur des îles Marquises, avec un traitement de 60 000 F par an et une indemnité de 12 000 F pour frais de premier établissement. De février à avril, Bruat surveille activement à Toulon les travaux préparatoires au premier établissement français créé aussi loin de la métropole. Arrive à Taiohae, Nuku-Hiva, sur l’Uranie le 16 octobre. Ses instructions précisent qu’il réunirait au titre de gouverneur des Marquises celui de commissaire du Roi auprès de la Reine de Tahiti. Les Marquises doivent demeurer le chef-lieu du gouvernement, mais le gouverneur peut fixer sa résidence habituelle à Tahiti si les circonstances le réclament. Juge rapidement la situation sans avenir aux Marquises et gagne Tahiti où il arrive le 4 novembre 1843. Il y apporte une lettre du roi Louis-Philippe, datée du 25 mars 1843, à la reine Pomaré, ratifiant le protectorat français dont la demande avait été faite en septembre 1842. Dupetit-Thouars notifie cette décision à Pomaré et installe, le 8 novembre, Bruat dans ses fonctions de Gouverneur. C’est Bruat qui fixe l’emplacement de la capitale, à Papeete, de préférence à Matavaï peu sûr durant l’hivernage et à Port Phaéton dont on vantait la rade excellente mais dont l’entrée était difficile, déclarant que « pour rester maître d’un pays il faut occuper le port où se font les transactions ». Bruat connaîtra à Tahiti un commandement difficile ayant à la fois à pallier les décisions peu diplomatiques de son amiral qui met Tahiti à feu et à sang pour des questions de pavillon, et à amortir les initiatives du capitaine de corvette Foucher d’Aubigny commandant de la Place, militaire peu accommodant. C’est ainsi que rentrant de tournée le 7 mars 1844, Bruat a la surprise de trouver à la carabousse Pritchard, l’exconsul anglais. Il arrange l’affaire autant qu’il le peut, le fait passer, comme hôte du capitaine, à bord de la Meurthe et l’expédie par la première occasion tout en essayant de calmer les marins anglais assez excités. Exit Pritchard. Bruat se trouve alors en face d’une rébellion, bon enfant mais têtue, et qui ne cède pas aux quelques démonstrations militaires qu’il fait exécuter à Taravao (mars 1844), à Mahaena (avril) — mort de l’E. d. V. de Nansouty et du Lt Seignette — à Haapape et à Faaa (juin). La situation est encore compliquée par l’arrivée de la nouvelle du refus opposé par Louis-Philippe de ratifier l’annexion prononcée un peu hâtivement par Dupetit-Thouars le 6 novembre 1843. La Reine n’en revient pas à de meilleures intentions et demande aux Anglais de la conduire à Raiatéa (juillet 1844) où elle s’installe en dissidence. Bruat tente alors de faire revenir la Reine, soit par la persuasion — missions infructueuses d’Ariitaimai et de son mari, Alexandre Salmon — soit par un assez vain blocus de Raiatéa et une démonstration à Huahiné où le commerçant Riccardi est nommé Résident. Deux ans se passent en une grande réserve, sans événements militaires, jusqu’à un investissement de fait de Papeete par les insurgés, le 20 mars 1846, Papeete connaît la panique et l’exode. Bruat veut liquider la situation. Au prix de pertes d’ailleurs importantes, il dégage Papeete et force les insurgés à se réfugier sur un piton fortifié, jugé inaccessible. Et c’est l’affaire de la Fautaua, décembre 1846, où une colonne placée sous les ordres du capitaine de Corvette Bonard, grâce à une manœuvre habile et à une escalade hardie dont le peintre Giraud, témoin oculaire, nous a conservé le souvenir, prend à revers la position et oblige les Tahitiens à la soumission. Les armes sont livrées. Et le 22 décembre une assemblée générale jure la fidélité et scelle la réconciliation. La Reine en était absente. Elle fit le premier pas et sollicita son retour à Papeete. Après une entrevue avec Bruat à Mooréa le 6 février 1847, elle débarque le 9 à Tahiti, saluée officiellement avec les honneurs royaux. Bruat avait été assez heureux pour liquider une situation difficile. Mais son rappel avait été décidé à Paris, le 6 septembre 1846, époque à laquelle il fut également nommé contre-amiral. Le nouveau gouverneur, le capitaine de vaisseau Lavaud débarquait de la Sirène à Papeete le 21 mai 1847 et Bruat quittait l’île sur l’Uranie, le 31. Dès le 1 janvier 1847, il avait pu écrire au Ministre : « Les îles Tahiti et Mooréa sont complètement pacifiées, et je ne prévois pas de nouveaux troubles pour l’avenir. » Bruat, successivement préfet maritime à Toulon et gouverneur des Antilles, terminera par un commandement suprême en Crimée une belle carrière maritime. Il mourut en mer, du choléra, le 19 novembre 1855, alors qu’il regagnait la France. Sa tombe existe encore au Père-Lachaise. Un monument, œuvre du sculpteur Bartholdi, lui a été élevé à Colmar, qui fut détruit au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Sa veuve recevra une pension de 6 000 F et sera nommée, l’année suivante, Gouvernante du Prince Impérial.

Bibliographie. Voir : Bruat, amiral de France (Paris, 1960), par G. Benoit-Guyod. La partie tahitienne y occupe les p. 185-216, voir aussi 241-242 et 284. L’auteur connaît assez mal la question de Tahiti, mais cite quelques lettres de Pomaré, qu’il pense inédites, encore qu’elles aient déjà été publiées par Cottez, Vieux papiers de l’amiral Bruat (B.S.E.O., juin 1944, p. 415-430). — Voir également : Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, p. 202 et sv.

BRUGUIÈRE, Louis (1828-1877)

Relieur.

Originaire de Sens (Yonne). Quitte la France le 2 octobre 1873, par le navire Théodore-Ducos. Débarque à Papeete le 1 avril 1874. Engagé par contrat, comme relieur, pour l’imprimerie du gouvernement de la colonie. Meurt le 5 juillet 1877 à Papeete. De son union avec Louise Henot, mariage célébré à Paris, est née : Virginie, qui épouse, le 6 juin 1874 à Papeete, Eugène Frogier.

BRUN, Prosper (1843-1916)

Pasteur missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris.

Né le 21 juillet 1843, à Vauvert (Gard), où son père était instituteur. Perd ses parents lors de l’épidémie de choléra de 1849. Élevé à l’orphelinat protestant de Saverdun (Ariège) où les enfants travaillaient la terre tout en faisant leurs études. Bien doué, à dix-huit ans il est envoyé à l’école normale de Courbevoie (Seine) où il obtint son brevet pour l’enseignement. Muni de ce diplôme, il est envoyé à Bayonne pour apprendre le français aux pensionnaires espagnols du pasteur Nogaret. S’étant reconnu une vocation apostolique, il entre à l’école des missions de Paris pour y faire sa théologie. Consacré en août 1869, il est désigné pour remplacer à Tahiti le pasteur Atger rentrant en France. Il épouse Jenny Chatenet et il part au début de 1870 pour Tahiti. Frédéric Vernier ayant été nommé chapelain de la reine Pomaré IV, il demanda le poste de Mooréa. C’est là qu’il s’occupa de l’école de Papetoaï et qu’il apprit la langue tahitienne. Il y exerça un ministère de trente années. — En 1882, il perdit subitement sa femme, qui lui laissait cinq enfants en bas âge. Rentré en France en 1883, il y épousa Marianne Mousnier. Revenu à Papetoaï en 1884, il fonda une école de théologie qui, jusqu’en 1900, donna aux Églises tahitiennes de très nombreux pasteurs, actifs et zélés. Il prépara lui-même et traduisit en tahitien tous les éléments nécessaires capables de leur donner des connaissances générales et théologiques. Il se consacra de toute son âme à ce travail pendant quinze ans et y usa sa santé. En même temps il fit construire le joli temple hexagonal de ce village avec son immense voûte centrale. Il fera imprimer en tahitien un recueil de sermons et un ouvrage illustré Té Sékéné, description du temple de Jérusalem et de l’arche de l’Alliance. Il rentra en France avec toute sa famille en mai 1892 ; y exerça encore une certaine activité et mourut en 1916, à l’âge de soixante-douze ans. De son union avec Jenny Chatenet, décédée à Papeete le 21 octobre 1882, sont nés : Henri, 1872 ; Adrien, 1876 ; Marguerite, 1878 ; Delphine, De sa seconde union, en France, avec Marianne Mousnier est né, en Océanie, Paul, 1887.

BRUNEL, Gaston (1869-1940)

Pasteur missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris.

Né à Nîmes (Gard), le 7 juin 1869. Ses études classiques achevées, se destine au pastorat et, après son mariage, la Société des Missions de Paris le désigna pour le champ de mission de Tahiti où il arriva en 1892. La conférence des missionnaires de l’île l’envoya à Raiatéa, poste assez délicat à cette époque à cause des troubles politiques qui, depuis plusieurs années, agitaient les esprits à Raiatéa, Huahine et Tahaa. Il fallut même qu’un corps expéditionnaire fût levé à Tahiti pour venir à bout des rebelles et de leurs troupes. La présence d’un pasteur français était par ailleurs nécessaire à Raiatéa pour qu’il y prît aux îles Sous-le-Vent la relève des missionnaires de la Société des Missions de Londres, peu à peu rappelés par leur Société. Si la forte personnalité du pasteur Brunel lui valut parfois des différends avec tel ou tel administrateur, il sut très vite cependant avoir la confiance des indigènes qui virent en lui un pasteur d’un grand courage et d’une vraie franchise, certes, mais surtout un ami dévoué, cherchant à élever leur niveau moral, social et spirituel. On l’a souvent dit là-bas, M. Brunel avait le tempérament d’un lutteur. Il possédait une imprimerie qui sortit de petits périodiques : Ramipa api, 1899 ; l’Ami des Tahitiens, 1903. Il fonda très vite une section, la première en Polynésie, de la Croix-Bleue. On ne saura jamais le nombre de buveurs invétérés que cette belle œuvre a relevés, en leur rendant leur dignité d’hommes. Il lutta contre ce qu’il pensait être des abus ou des erreurs de l’administration. Il fut enfin un controversiste de qualité. Lorsque au début du siècle un jeune évêque crut devoir porter un jugement malveillant sur la Réforme, il trouva bientôt devant lui un Gaston Brunel dont l’éloquence et la solide argumentation arrêtèrent une polémique maladroite. Rentré en France en 1911, « pour des raisons de famille et de santé » M. Brunel prit du service pendant la Première Guerre mondiale ; il fut aumônier et put rencontrer et réconforter le contingent tahitien. Après l’armistice, il fut le premier pasteur français de Metz. Plus tard il exerça le ministère dans le Tarn. Prend sa retraite en 1935. Sa santé déclina assez rapidement et la mort le surprit le 16 mai 1940 à Congeniès (Gard). De son union, avec Madeleine Barrier, 1871-1958, sont nés Alice, 1893 ; Robert, 1896 ; Edith, 1897. Un garçon, Samuel, mourut accidentellement à Raiatéa. — Mme Brunel publia à Paris en 1927 un roman dont une partie se passe aux îles Sous-le-Vent et intitulé : Aux îles Sous-le-Vent de Tahiti et ailleurs, ouvrage illustré de photographies et de la reproduction de six fusains de l’auteur. On lui doit aussi : John Williams, sa vie, son œuvre (Cahors, 1929). — Une note sur le pasteur G. Brunel dans le Journal de la Société des Missions évangéliques, 1941, p. 82-84.

BRUNOT, Richard (1883-1958)

Gouverneur général des Colonies.

Né le 7 avril 1883 à Saint-Ciers du Taillon (Charente-Maritime). Breveté de l’École coloniale en 1904, sert au Sénégal comme administrateur stagiaire. Son intelligence brillante lui assure un début de carrière prometteur. Son attitude héroïque dans l’opération de police de Tabadian en Haute Gambie en septembre 1908 lui vaut, d’autre part, une Médaille d’Honneur. Promu administrateur le 1 juillet 1912, il devient administrateur en chef le 1 juillet 1920. Mais bientôt se développent en lui un esprit doctrinal, une tendance à pratiquer une politique purement personnelle qui vont lui attirer de nombreux avatars dans les différents territoires où il exerce ses fonctions : Inspecteur des Affaires administratives en Guinée, Secrétaire général de la Côte-d’Ivoire, Administrateur-Maire de Cotonou. Dans chacun de ces postes, de violentes controverses l’opposent à ses supérieurs, et en particulier aux Gouverneurs généraux Carde, puis Angoulvant. De 1928 à 1938, il effectue en Afrique une brillante carrière coloniale qui l’amène, en 1936, Gouverneur général hors cadre à la direction du personnel au Ministère rue Oudinot fonction qu’il cumule en 1939 avec celle de Commissaire général pour la propagande coloniale et les expositions. Nommé Commissaire de la République française au Cameroun par intérim le 2 novembre 1938, il est titularisé dans ces fonctions le 2 mai 1939. En juin 1940, il décide de poursuivre la lutte aux côtés des Anglais. Cependant le Général Leclerc, arrive à Yaoundé le 27 août, prend en charge le gouvernement du Cameroun. Brunot gagne alors Londres. Au printemps 1941, le Général de Gaulle l’envoie en inspection en Océanie récemment ralliée à la France Libre. Son arrivée à Tahiti, le 6 juin 1941 par le Montery, va entraîner un violent remue-ménage : fort des pleins pouvoirs qui lui ont été attribués par le Général de Gaulle, « chef des Français libres », dix jours après son arrivée, « vu l’urgence », il se nomme lui-même « à titre provisoire, Gouverneur de la France Libre dans les Établissements Français libres d’Océanie », à compter du 16 juin 1941. La collection du Journal Officiel de la Colonie d’alors est bien curieuse à feuilleter. On substitue à bon nombre de gaullistes en place des hommes nouveaux : Giovanelli remplace Robert Delage et Frédéric Ahnne le fougueux Sénac. Le vieux capitaine Doucet est prié de ressortir son uniforme et de reprendre du service pour devenir commandant d’armes, alors que le jeune adjudant Guy prend du galon : il commandera la compagnie autonome d’infanterie coloniale. Brunot rétablit le poste de secrétaire général où il installe Alcide Faugerat ; révoque Jacques Dedeyn et Martial Iorss « qui n’a pas cessé de mener contre le gouvernement de la France Libre une campagne ouverte ». En même temps, il place en état d’arrestation toute la précédente équipe administrative : de Curton — démissionnaire à la date du 15 juin, — Sénac, Lemonnier, Delage, le Capitaine Ravet et son collègue Fatoux sont exilés le 16 juin 1941. Les « internements jusqu’à la fin des hostilités », « les interdictions de séjour » pleuvent. Le Dr de Balmann, Jean Lavigne se retrouvent à Huahine, Georges Ahnne à Rurutu, Davio à Tahaa. De Curton et ses amis à Mooréa. Le Conseil municipal est dissous le 27 juin et remplacé par une commission municipale que présidera Léonce Brault. Le 26 juillet, l’état de siège est proclamé, ce qui simplifie les opérations du gouverpour que n’a même plus besoin de respecter les formes juridiques. Le 19 août, Brunot reprend à son compte, en l’organisant, la « milice » de Sénac, et forme une police qu’il aura en mains, la « Légion Valmy », « formation autonome d’élite », chargée « d’exécuter les missions de toute nature qui lui sont confiées par le Gouverneur ». Cent cinquante hommes, avec une section féminine que dirigera Anna Lagarde, déjà amie du Gouverneur Sautot et qui va devenir l’Égérie du Régime, élevée, dès l’installation du Gr. Brunot, à la fonction de secrétaire du Gouverneur. Une fois par semaine, les fonctionnaires et la population stupéfaite sont convoqués à une conférence d’information où le Gouverneur expose les événements, commente la situation, dénonce les fauteurs de troubles, les traîtres, les accapareurs de pétrole ou de produits rares, dans des allocutions tour à tour véhémentes ou familières, faisant appel à « ses fidèles Valmy », « à sa chère compagne », « au Général de Gaulle ». Fort heureusement, celui-ci finit par avoir vent des agissements de son proconsul. Dès le 6 septembre, l’Officiel annonce la visite de l’Amiral d’Argenlieu, Haut Commissaire. Il arrive le 23 septembre par le Triomphant, commandant Philippe Auboineau. L’Amiral, après avoir examiné la situation, devant le tollé général, met fin au règne du Gouverneur Brunot en lui donnant, le 1 octobre un successeur dans la personne du Lt Colonel Georges Orselli. Brunot quitte Papeete le 9 octobre, par le Triomphant, en direction de Suva, rappelé à Londres où une Commission d’enquête fera justice de la plupart de ses accusations. Il est mis à la retraite d’office par le Comité national le 1 juillet 1942. Réintégré dans ses fonctions à titre rétroactif le 25 février 1946, il est admis définitivement à la retraite le 24 décembre 1946, non sans s’être fait nommer, le 23, Conseiller de la République française pour le Territoire de la Mauritanie. Il meurt en 1958. Il était Officier de la Légion d’honneur.

BRUNSCHWIG, Eugène (1858-1932)

Ébéniste, journaliste et brocanteur.

Né à Paris d’une famille alsacienne. Apprend le métier de tourneur sur bois qu’il exercera toute sa vie. Est envoyé, au cours de son service militaire, en 1880, à titre d’ouvrier d’art, dans une compagnie de génie à Papeete. Libéré, il repart en France, s’y marie puis revient à Tahiti qu’il ne quittera plus. Brunschwig bien qu’il se proclamât « quasi illettré » et qu’il le fût en réalité — le Gouverneur Bonhoure va même jusqu’à prétendre qu’il « ne sait pas écrire » ; erreur, car Brunschwig sait écrire, mais de la graphie puérile et appliquée des quasi-analphabètes — fonda à Tahiti plusieurs journaux. Élevé dans l’admiration des hommes de 48, d’un cœur simple et droit qui battait généreusement à tous les grands thèmes humanitaires de justice et de liberté, il y attaqua tout ce qu’il jugeait être hors de la ligne de son idéal social et républicain. Bien incapable, évidemment, de rédiger un article, il était heureux de signer les diatribes et les attaques que lui apportaient les mécontents, les jaloux, les dénigreurs, les aigris, toujours nombreux dans une petite ville. Ainsi ses feuilles polémiquaient-elles sans arrêt, pour dénoncer la « Caverne d’Alibaba de la rue Oudinot » ; les budgets dépensiers ; les chinois envahisseurs et surtout les fonctionnaires locaux « apaches en redingotes »… « trop grassement payés et incapables », « ignoble caste des hobereaux de la République »… ces hommes « sans honneur, sans pudeur, ni moralité, qui ont mis de côté les grands principes de la République pour satisfaire leurs vices, leur soif insatiable de l’argent et des décorations ». Les feuilles de Brunschwig protestaient contre les salaires de famine, les discours bellicistes, les abus et les injustices de tous ordres qu’il pensait découvrir ici ou là autour de lui. C’est dire que le Vrai (1902), Le Libéral (1906), l’Équité (1919) subirent plusieurs fois les rigueurs des censures et des interdictions. Certains gouverneurs essayèrent de ramener Brunschwig à une compréhension plus juste de situations dont il ignorait tout, et de faire cesser ses criailleries, trop souvent injustifiées. En vain, Brunschwig leur apparaît comme un buté assouvissant des rancunes personnelles et de mauvaise foi. En 1914, le gouverneur est obligé de l’éconduire de son cabinet : Brunschwig « avait émis la prétention bouffonne d’une entrevue hebdomadaire avec le chef de la Colonie afin de discuter les intérêts de la défense, de la mobilisation et de la situation économique ». Au cours de la guerre, le Journal de Brunschwig passe son temps à entretenir la méfiance, et la désaffection à l’égard de la métropole, il se proclame internationaliste, prêche la désertion. La censure ne peut pas jouer car, depuis longtemps, tous les imprimeurs locaux ayant refusé de travailler pour lui, Brunschwig fait paraître son journal à San Francisco. Finalement le Libéral est interdit le 24 juin 1918. Brunschwig ne se laissait pas émouvoir ; il écrivait une fois de plus à la Ligue des droits de l’homme et… recommençait quitte à faire faire l’éloge des Frères, ou à célébrer Léon XIII comme un grand Pape. A la fin de sa vie, cependant, devant le « manque de courage civique de ses concitoyens » il se lassa un peu de batailler « pour des gens qui ne méritaient pas d’être défendus ». Il avait aussi été très affecté par la mort de son fils adoptif, Eugène Tabanou, sergent au bataillon du Pacifique. E. Brunschwig mourut à Papeete, le 13 novembre 1932, veuf et âgé de soixante-quatorze ans.

BRUSQ, Michel (le Père Michel) 1929

Originaire de Douarnenez (Finistère).

Religieux picpucien. Profès en 1948. Ordonné prêtre en 1954. Arrive en 1955, comme missionnaire, aux îles Marquises. Affecté d’abord à Puamau, il prend l’ensemble de l’île Hiva Oa, en 1956. Il est curé de Ua Pou depuis 1961. De bonne souche bretonne, fils de marin-pêcheur, il construit de ses propres mains l’Araka, un bateau avec lequel il dessert son île aux côtes difficiles et à 35 milles au Nord, Ua Pou, dont il a également la responsabilité.

BRUYÈRE, Jean (1861-1942)

Usinier.

Né le 29 septembre 1861, à Chevrière (Loire). Soldat du 3 régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti en 1883. Congédié à Papeete le 1 janvier 1887. En 1891, on le trouve propriétaire au 22 kilomètre dans le district de Paea. Il est à la tête d’une plantation de canne à sucre et d’une cocoteraie. Il possède en outre sur sa propriété une usine à sucre et une distillerie. Après fortune faite, quitte définitivement Tahiti en 1900, avec sa famille, sauf sa fille Jeanne, pour s’établir à Saint-Héand (Loire) où il meurt en 1942. — De son union, le 11 juin 1887 à Papeete, avec Pauline Le Guen, 1871, couturière, sont nés : François, 1888. — Gabrielle, 1891. — Jeanne, 1893, qui épouse le 23 octobre 1915 Jean Le Caill. — Henri, 1897. — Lucie, 1899, qui épouse, le 16 septembre 1944, à Saint-Héand, Jean Fulchiron.

BUCHIN, Pierre (1833-1872)

Fonctionnaire.

Né en 1833 à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Arrive à Tahiti vers 1856. Négociant, passe dans l’administration locale, en 1864, comme gérant de la caisse indigène du Protectorat. En janvier 1867, caissier particulier de la reine Pomaré IV et percepteur des contributions directes, fonctions qu’il occupe jusqu’à son décès, à Papeete, le 10 septembre 1872. — De son union, le 4 mars 1859, à Papeete, avec Elisabeth Moehauti Pupa Gibson sont nés huit enfants : Étienne, 1860. André, 1862-1882. William, 1864. Pierre, 1866-1872. Claudine, 1869-1924, épouse, le 29 sept. 1888 à Papeete, Louis Drollet, commissaire-priseur. Henri, 1870-1918. Léon, 1871-1904, se marie à Marie Cadousteau, 1879-1941, le 14 août 1903, à Papeete. Ernest, meurt en bas âge. — Veuve, Elisabeth Gibson épousera en secondes noces, le 26 nov. 1873, à Papeete, le Dr M. Bonnet.

BUILLARD Anthelme (1906)

Employé et homme politique.

Fils de Joseph. Né à Papeete le 17 avril 1906. Sera longtemps attaché à la Banque de l’Indochine d’où il prend sa retraite en 1971. En 1940, lors du Ralliement à la France Libre, prend position en faveur du Gr Chastenet de Géry, représentant de la France légitime, ce qui lui vaut de connaître à plusieurs reprises, de la part des autorités gaullistes de l’époque, l’internement administratif à Tipaerui, d’où il est relâché sans jugement, à l’hôtel Métropole et également 3 mois à Bora Bora. Connaîtra encore la paille humide des cachots lors de l’arrestation de Pouvanaa en 1947. Après quatre mois de prison il est acquitté par la cour d’assises. Il sera conseiller municipal de Papeete en 1966, réélu en 1971 ; aussi représentant des îles Sous-le-Vent à l’Assemblée Territoriale en 1967, et réélu en 1972. Il est là en partisan modéré du Ea api de Francis Sanford. De son union, le 14 avril 1938, à Punaauia, avec Mathilde Tumahai, 1909-1967, sont nés : Jeanne, 1928, épouse André Leroux, alors magistrat à Papeete, va vivre à Nice. Élise, 1931, travaille au CEA à Mahina. Joseph, 1934, caissier à la Caisse Centrale, Conseiller municipal de Faaa. Malvina, 1935, épouse Lucien Zoccastello, entrepreneur à Yaoundé, reviennent à Tahiti en 1973. — Veuf, épouse en secondes noces, en 1968, Elvina Pomaré, petite-fille du Prince Hinoi, 1920, qui fit un temps partie du conseil municipal de Papeete et est attachée à la Banque de l’Indochine depuis 1946.

BUILLARD, Joseph (1842-1904)

Commerçant et propriétaire.

Né le 9 février 1842 à Lyon (Rhône). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti le 1 juin 1865. Libéré à Papeete le 31 décembre 1869. Colon au district de Faaa en 1871. Quelques années après, débitant à Papeete, à l’angle des rues Bougainville et de Rivoli, actuellement rue Charles-de-Gaulle et avenue Bruat, puis devient propriétaire au quartier Paofai. Entrepreneur de transports. Possède une carrière et « vend de la pierre à bâtir au meilleur prix et de bonne qualité ». Membre de la Chambre de Commerce et conseiller municipal de Papeete de 1895 à 1904. Meurt à Papeete le 9 mars 1904. — De son union, à Papeete, le 24 octobre 1871, avec Élisa Cadousteau sont nés : Augustine, 1873, épouse François Brillant, en 1889 : trois enfants, Solange, Denis, Gervais. Césarine, faire soigner à l’hôpital Saint-Louis ; sans beaucoup de succès. Demandant à retourner aux Missions d’Océanie, on l’envoie aux Hawaï, où il sera le compagnon du Père Damien à Molokai. Meurt le 3 sept. 1907 à Honolulu.

BURGET, Pierre François (1821-1897)

Soldat.

Né en 1821 à Nuel-sous-les-Aubiers (Deux-Sèvres). Débarque à Papeete le 23 mai 1847 de la frégate Sirène comme ouvrier d’artillerie de marine à la 6e compagnie en garnison à Papeete. Libéré à Tahiti le 30 janv. 1852. A toujours habité Papeete chez M. Georget jusqu’à sa mort, le 10 déc. 1897. Sans descendance.

BURNS, John César (1846- ?)

Négociant et colon.

Né à Monaghan, comté de Monaghan, en Irlande. On le trouve installé dès les années soixante du siècle dernier aux Tuamotu où il épouse, en 1867, à Tuuhora, île d’Anaa, Agata Tapita a Tematiti. — De cette union sont nés : Mareta Helena, née en 1867 à Anaa, qui épouse Jacques Suhas, en 1887 à Papeete. — Urarii Hinanui Taimata Erena, en 1868. — Rosalie Putarere, en 1869, à Anaa, se marie deux fois à Puéu, en 1924 et en 1937. — Anami Naumi, 1871-1962. — Tematiti Patrice, né à Anaa, en 1872. — Georges Sarsfieldt, né à Papeete, en 1876, épouse, à Hitia, Faaitoa a Farefara a Faave. — Ida Agathe, née en 1876 à Papeete, décédée à Hikueru en 1903.

BURNS, Tematiti Patrice (1872-1948)

Chef guetteur au sémaphore de Papeete.

Fils du précédent. Né à Tuuhora, Anaa, le 1er octobre 1872. Opte pour la nationalité française en 1894. Scaphandrier dans les Tuamotu. Instituteur à Anaa en 1895. En 1901, il vient à Papeete où il obtient la place de guetteur au sémaphore. Doué d’un sens marin très développé, consciencieux et dévoué, il occupera cette place 35 ans durant avec une constance inouïe, « car il est seul au sémaphore, ce qui l’oblige à y être présent en permanence ». Le lieutenant de vaisseau Destremeau remarque sa conduite « particulièrement satisfaisante » lors de la période de la mobilisation en 1914. Patrice Burns était en outre chargé des observations météorologiques par le bureau central de Paris depuis 1913. Prend sa retraite en 1935. Décédé à Papeete, le 9 novembre 1948. — De son union, en 1892, avec Cécile Derrien, sont nés douze enfants.

BURTON, Joseph

Missionnaire mormon et marin.

Arrive à Tahiti le 30 novembre 1894. Capitaine du navire évangélique Te Evanelia, lancé à San Francisco en septembre 1894. N’obtenant pas la permission de commander le navire et de circuler d’île en île, on le loue à des commerçants locaux. Pendant son absence, le navire se perd le 18 juillet 1896, entre Rairoa et Tikehau, ayant été surchargé de coprah. Rentre à Tahiti le 6 décembre 1897. Tient quatre conférences à Kaukura, Takaroa, Rairoa et Papeete. Lance le périodique Te Orometua en 1897. On signale encore son activité aux Tuamotu en 1902. Rentre aux États-Unis et reviendra à Tahiti pour un rapide séjour en 1906.

BUTAYE, Henri (le Père Isidore). 1849-1924

Religieux picpucien.

Né à Stavele (Belgique) le 15 octobre 1849. Prêtre séculier en 1875, il entre chez les Picpuciens et fait profession à Valparaiso le 6 juillet 1881. Rentre en Europe et y reçoit en 1893 une obédience pour Tahiti où il arrive le 22 mai 1894. Mgr Verdier l’envoie aux Tuamotu prêter main forte aux deux missionnaires belges qui y sont déjà, les Pères Fierens et Terlyn. Un peu plus tard il sera envoyé aux Gambier. Il fera en 1900 le voyage de l’île de Pâques, le dernier Père de Picpus à avoir visité cette île de Tahiti avant le père Abgrall en 1927. Il ne peut y rester que huit jours s’occupant du soin spirituel des 213 indigènes qu’il y trouve. Rentre aux Gambier. Subit sans trop de dommages pour sa personne le cyclone de 1903 à Hikueru. Quitte Tahiti le 8 décembre 1905 pour aller visiter à nouveau l’île de Pâques. Mais sa connaissance de l’espagnol le fera rester en Amérique du Sud et le voyage projeté à l’île de Pâques demeura un projet. Meurt à Los Perales (Chili), le 7 juillet 1924. Long, maigre, ascétique, c’était un homme de doctrine et un batailleur. Sa fermeté n’admettait pas de compromis. Il eut maille à partir avec les ministres mormons dont il avait étudié la doctrine et dont il relevait les incohérences. Il afficha un jour, sur un cocotier des Tuamotu, un texte de Smith sur la corruption de la Bible ! — On trouvera des lettres de lui dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1901 (son voyage à l’île de Pâques), 1903, 1904 ; ainsi que dans les Missions catholiques, 1903 (le cyclone à Hikueru).

BUTSCHER, François (1819-1885)

Horloger.

Né le 31 août 1819 à Niederentz (Haut-Rhin). Soldat (clairon) au 1e régiment d’infanterie de marine. Arrive le 3 mars 1843 à Nuku-Hiva ; puis à Tahiti le 3 mars 1846. Prend part aux opérations militaires, lors de l’insurrection, de mars à décembre 1846. Libéré le 1 avril 1847, s’établit comme colon militaire au district de Hitiaa. Quelques années après vient se fixer à Papeete où il exercera son métier d’horloger. Se retire définitivement sur sa propriété de Hitiaa vers 1880 où il meurt le 7 septembre 1885. — De son union, le 7 novembre 1861, à Papeete avec Marie Papauru sont nés : Maure, 1861-1924, restaurateur à Taravao, qui épouse Pamu Marurai. — Lucien, 1864-1870. — Marie, 1868. — Théodore, 1871-1910, qui épouse Teahu Teuatoto ; quatre enfants : Puaea, 1899, marié à Dolorès Picard, le 6 juillet 1920 à Taravao, ancien combattant en 1914-1918. Tinirau, 1897, marié avec Tehaapaia Uuru, le 15 novembre 1919 à Taravao, ancien combattant de 1914-1918. Teumere, 1894, marié à Pueu, le 18 septembre 1909, avec Agnou Marurai. Tahutini, 1895, marié le 23 septembre 1933, à Taravao avec Vahinetua Robson. — Victoire, 1873-1897. — Milvia, 1875. — Adamisse, 1878.

BUTTEAUD, Ernest de son vrai nom CHÉRY (1849-1926)

Interprète du Gouvernement et collectionneur.

Né le 9 mars 1849 à Nuku Hiva, îles Marquises. Fils naturel de Marie-Chéry-Dubourgnioux (l’état civil écrit Dubourgnoux). Fera carrière comme interprète de langue tahitienne. En fonction dès 1883, il est en instance de retraite en 1915. Meurt à Papeete le 22 avril 1926. Ernest Butteaud avait épousé en 1889, à Papeete, Élisa Gibson, 1849-1918. Il aura un fils, Georges Snow, 1886-1930, d’une dame Snow, alors abandonnée par son mari légitime. Mme Snow retrouvera son mari aux îles Cook, obtiendra le divorce et épousera en secondes noces Ernest Butteaud. A sa mort, Ernest Chéry, dit Butteaud, laissait une collection d’objets ethnographiques et de coquillages qui, convoitée par des musées américains et d’autres amateurs, faillit quitter Tahiti. Elle sera finalement achetée 10 000 F aux fils de « l’érudit collectionneur » par la Société des Études océaniennes de Papeete, qui organisera une tombola pour couvrir les frais de cet achat. Plus de 12 000 F furent ainsi recueillis. Cette collection est décrite sommairement dans le B.S.E.O. (avril 1928, p. 39-40) par le Père Rougier. Elle comportait notamment de belles sculptures marquisiennes anciennes et plus d’un millier de coquillages.

BUTTEAUD, François (1824-1863)

Chirurgien de la marine.

Né le 12 août 1824 à Guéméné (Morbihan). Nommé chirurgien de la marine de 3 classe le 1 janvier 1848. Après avoir servi en Afrique, sur le Pourvoyeur, sert en 1852 sur le Phoque, corvette à vapeur en station aux Marquises et à Tahiti. Arrive à Tahiti vers 1852, puis passe à bord du Duroc, aviso stationnaire de la division, jusqu’au 29 février 1856, date à laquelle il prend un congé. Il figure, sans affectation, sur l’Annuaire de la Marine en 1856, et disparaît de celui de 1857. Il est en effet allé s’établir comme pharmacien à Papeete. Son titre d’officier de santé lui permet d’ouvrir une maison de santé en mai 1857, rue de la Cathédrale, actuellement rue Tépano Jaussen, qui sera le premier hôpital privé fondé à Papeete. Il se composait d’une grande salle commune et de six pavillons recouverts en pandanus. « Butteaud, établi et marié ici depuis longtemps. C’est un autre merle que le père Guillasse ; il a toute la clientèle civile ; de là l’animosité… » (G. Viaud). Meurt encore jeune « dans sa maison d’habitation à Papeete, rue de la Cathédrale », le 3 octobre 1863. — De son union, le 26 août 1857, à Papeete, avec Maria Chéry-Dubourgnoux, 1817-1900, veuve de François Lelong, est née : Blanche, morte en bas âge. — Butteaud avait reconnu, le 31 mai 1853, une fille naturelle : Marie-Antoinette, 1853-1921, qui épousera, en 1870, Théophile Van Der Veene, greffier notaire. Il avait également reconnu un fils François né en 1855.

BUTTEAUD, François Édouard (1855-1933)

Colon et fonctionnaire.

Né le 18 janvier 1855. Sera secrétaire-rédacteur au Parquet. Également interprète. A vingt-trois ans, il est gérant de la plantation Brander à Mahina. Il en possède lui-même une à Arue, dont la commission chargée de la visite des plantations dit : « Jolie plantation de cocotiers et vanille. On rencontre chez M. Butteaud un grand nombre de plantes nouvelles, dont la plus grande partie a été introduite par lui-même : soixante-dix ruches forment l’abeillerie la mieux entretenue de l’île » (Messager de Tahiti, 7 février 1879). En effet, François Butteaud avait du goût et des aptitudes pour l’histoire naturelle et l’horticulture. On lui doit une Flore Tahitienne. Atteint de paralysie des membres inférieurs, il démissionnera de ses divers emplois à la fin du siècle. Meurt à Papeete en 1933.

BUTTERWORTH, Edward (1908)

Missionnaire mormon.

— Arrive à Tahiti avec sa femme Lilly Raye 12 novembre 1944. Retourne aux États-Unis le 30 juin 1947. Revient à Tahiti de décembre 1948 à décembre 1951. Revient à Tahiti le 28 avril 1955. De retour aux États-Unis, publie : Adventures of a South Sea Missionary (Independence, U.S.A., 1961, 237 p.) ouvrage dans lequel il résume l’histoire de la mission mormone en Polynésie et donne d’intéressants souvenirs personnels.

BYRNS, David (1834-1888)

Planteur et usinier.

Né en Angleterre en 1834. S’établit à Tahiti vers 1860. Se fixe au district de Papeuriri (Mataiea). Grâce à un travail opiniâtre, il fait prospérer ses affaires. Vers 1885, il est propriétaire du domaine de Vaihiria composé de 100 ha de bonnes terres, dont 30 plantés en cannes à sucre, un autre en maïs. Six cents cocotiers et des arbres fruitiers en quantité, de toutes espèces, s’y trouvent. Cette propriété s’étend depuis la mer jusqu’au fond de la vallée de Vaihiria. Elle est arrosée par la rivière de ce nom, dans toute sa longueur. La route de ceinture la coupe en deux au km 48 dans sa largeur. Vers le bord de la plage, sont édifiés : sa maison d’habitation composée d’un rez-de-chaussée, d’un premier et second étage, une boulangerie, une dépendance pour les domestiques, un bâtiment servant de remise de voitures, un grand magasin, l’usine à sucre et quatre petites maisons en dépendant pour loger les ouvriers qui y travaillent. Il est en pleine aisance, lorsque la maladie le terrasse soudainement. Il meurt à Papeete le 29 février 1888, et est inhumé dans sa propriété de Mataiea. — Il avait épousé Mary Gibson, qui lui donna une fille, élevée en Angleterre ou en Amérique.

C

CABOURET, Alfred (1875-1968)

Comptable.

Né le 4 juillet 1875 à Neuilly-sur-Seine. Arrive à Tahiti vers 1911. Débute comme comptable à la compagnie néo-zélandaise Union steamships, agence de Papeete, emploi qu’il conserve jusqu’en 1946. Cette agence ayant été fermée, on le trouve, toujours dans les mêmes fonctions, aux établissements A.B. Donald, à Papeete, de 1947 à 1953. Homme intègre et alpiniste infatigable, il est membre de la Société des Études océaniennes où il assure les fonctions de trésorier de 1931 à 1953. Il quitte définitivement Tahiti en 1953 pour rejoindre sa famille en Nouvelle-Zélande où il meurt à Auckland vers 1968. Il était officier d’Académie. — De son union en 1913 à Papeete avec Marie Stuart, 1893-1970, sont nés : Pauline, 1915 ; Henri, 1917, qui va vivre en Australie ; Odette, 1919 et Marguerite, 1921.

CABRY, Joseph (1779 ?-1822)

Matelot et aventurier.

On trouve le nom orthographié Kabris, Cabri, etc. D’après ses dires, serait originaire de Bordeaux (Gironde). S’embarque à quatorze ans « à bord du corsaire de l’État le Dumouriez », capitaine Renault. Prisonnier des Anglais, est envoyé sur les pontons de Portsmouth (Angleterre) où il demeure quinze mois. Après diverses aventures militaires, prend du service à bord d’un navire baleinier, capitaine Knite, « expédié pour faire des découvertes ». Quitte Portsmouth le 8 mai 1795. Fait naufrage aux îles Marquises. Se sauve avec un nommé Roberts, Anglais, et aboutit avec son compagnon à Sainte-Christine. Il racontera comment il échappe à la mort, épouse une fille de chef qui lui fait tatouer « sur le visage, le quart de masque qui me donne le titre de gendre »… « sur la paupière de l’œil droit, un soleil que ces peuples nomment mehāma et qui me donnait le titre de juge », et, sur le sein droit, « un plastron qui me donnait le titre de commandant de la garde. »… Il vit ainsi au milieu de guerres perpétuelles et d’affreuses scènes de cannibalisme. Quoique les mœurs… de ces insulaires aient quelque chose de particulier, écrit-il avec euphémisme, je coulais des jours heureux auprès de Valmaiki, mon épouse, et de mes deux fils, lorsque M. le Capitaine Russe Krusenstern vient troubler mon bonheur. Passons la parole au capitaine trouble-fête, qui arrive à Nuka Hiva le 7 mai 1804. Krusenstern voit venir à son bord Robert, qui lui raconte son histoire : « Il est à Noukahiva depuis sept ans, après en avoir passé deux à Santa Christiana, déposé là par « les matelots d’un navire marchand anglais révolté contre leur capitaine… parce qu’il avait refusé d’entrer dans leur complot ». Roberts conseilla à Krusenstern de se « défier d’un Français qui, ayant déserté d’un navire anglais, vivait aussi à Noukahiva depuis quelques années. Il nous le dépeignait comme son ennemi mortel, qui employait tous les moyens possibles de le dénigrer auprès du roi et des insulaires, et qui même avait plusieurs fois attenté à sa vie »… « Pendant mon séjour à Noukahiva, ajoute Krusenstern, je fis tous mes efforts pour réconcilier les deux hommes… Ils me promirent de se réconcilier et se donnèrent même la main en ma présence en signe de paix ; mais l’Anglais me dit, face au Français, qu’il ne pouvait compter sur un raccommodement sincère… Il ajouta avec emphase qu’il serait plus facile de mettre à flot un îlot que d’inspirer à Joseph Cabri des sentiments d’amitié pour lui ». Car il s’agissait bien de Cabry. Langsdorf, compagnon de Krusenstern, voit Cabry d’un bon œil. « En dépit des efforts que fit l’Anglais d’empêcher toute relation entre nous et le Français, ce dernier arrangea les choses avec tant d’adresse que, presque aussitôt après notre arrivée, il vint à bord du navire en compagnie du roi… Le Français avait suffisamment appris la langue du pays pour pouvoir nous servir d’interprète… et nous fournir des renseignements sur les usages des habitants. Je dois confesser que j’accordais plus de confiance au témoignage du Français qu’à celui de l’Anglais parce que le premier avait vécu plus longtemps (?) dans le pays et qu’il avait tellement perdu les manières… de la vie civilisée qu’on pouvait remarquer à peine de différence entre lui et les indigènes… Je puis ajouter aussi que j’appréciais davantage sa façon de penser. Il avait presque oublié sa langue maternelle… Son corps entier, sans excepter sa figure, était tatoué ; il nageait aussi bien que les insulaires ; il avait épousé une des filles d’un petit chef de l’île et il vivait avec la famille de sa femme et le reste des habitants de la manière la plus amicale et la plus confiante. Roberts, au contraire, vivait plus séparé des indigènes. » Cabry quitte l’île le 18 mai 1804, avec Krusenstern. Il écrivit qu’après avoir accompagné le capitaine russe « partout dans l’île pour… qu’il ne lui arrivât rien de fâcheux, il le reconduisait habituellement à son bord. Ce fut le quinzième jour qu’il m’invita à dîner à son bord. Je m’y rendis seul et avec sécurité comme cela m’arrivait fréquemment. Il eut soin pendant le banquet de me verser souvent des liqueurs spiritueuses, qui finirent par me mettre en état d’ivresse complète. Je m’endormis, et ce fut pendant mon sommeil… que le capitaine conçut le projet de m’enlever à ma nouvelle patrie, à mon épouse et à mes enfants… » — La version de Krusenstern recoupe assez bien celle de Cabry, la préméditation en moins : « Le mauvais temps m’ayant décidé à m’éloigner de terre le plus tôt possible, écrit l’officier russe, je fus contraint d’emmener le Français Joseph Cabry qui était venu fort tard à bord et ne s’était pas montré. Il paraissait plus content qu’attristé de cette aventure. » « Enlevé » des Marquises comme curiosité notoire, dans le désir de séparer deux ennemis mortels ou par hasard, le malheureux Cabry fut débarqué au Kamtchatka à la fin d’août 1804. Par la Sibérie il gagna Saint-Pétersbourg où il fut présenté à l’empereur Alexandre Ier et devint maître de natation à l’école navale de Kronstadt. Il rentra en France en 1817. Introduit auprès de Louis XVIII, il n’en reçut qu’une gratification, insuffisante pour son retour aux îles. Le roi de Prusse ne fut pas plus généreux. Dans l’intention de réunir la somme nécessaire à son retour près de sa femme et de ses enfants, Cabry se mit à exhiber ses tatouages, d’abord dans un petit théâtre de Bordeaux appelé « Cabinet des illusions » ; puis, l’argent ne rentrant pas, parcourut les foires. Des affiches annonçaient son passage ; une brochure : Précis historique et véritable du séjour de Jh. Cabris natif de Bordeaux dans les îles de Mendoca permettait d’en conserver le souvenir. Ainsi le voyons-nous passer à Orléans où il se bagarre avec le patron du fameux chien savant Munito, au Havre, à Genève où Picot-Mallet le voit à Bel-Air, le 29 septembre 1820 : « Il est tatoué sur tout le corps… Marques de sa dignité sur la poitrine, grand chapeau de plumes. Il a quarante ans et parle bien français et le noukaivien. C’est un homme de belle taille, très bien fait, d’une physionomie agréable… » La misère et la maladie vinrent à bout de sa robuste constitution. Au cours d’une tournée dans le Nord, Cabry tomba malade à Valenciennes, entra à l’hôpital de cette ville le 22 septembre 1822 et y mourut le lendemain. Le hasard voulut qu’un journaliste du cru, Aimé Leroy eut la curiosité d’aller interwiever Cabry ce jour-là même : « Il n’avait pas connu beaucoup de succès auprès des gens de Valenciennes. Ce membre d’une famille royale dont les malheurs et les étranges destinées n’étaient pas assez connues, attirait peu de monde, tandis qu’on se rendait en foule aux baraques de la ménagerie, de la jeune fille pesant 400 livres et du veau à trois têtes, ses voisins »… Ce fut alors que je vis Cabry, ajoute Leroy. « Il était bien triste, il parlait avec intérêt de sa femme, de ses enfants, même du beau-père. Il n’avait pas encore perdu tout espoir de les revoir. J’aurais désiré obtenir de lui de longs détails mais il était fort malade et ne parlait qu’avec peine… circonstance contrariante, car Kabris s’exprimait avec un air de vérité qui inspirait la confiance. Un amateur de choses rares avait fait quelques démarches pour avoir la peau de ce personnage, afin de le faire empailler. L’autorité, informée de cette fantaisie, craignant qu’on exhumât clandestinement l’ex-ministre pour l’écorcher, prit des mesures. On venait d’enterrer un vieillard de l’hospice de Valenciennes, Kabris fut mis en dessus de lui, et sur Kabris on plaça le cadavre d’un autre vieillard du même hospice… Ces renseignements deviendraient bien intéressants si les illustres descendants de Kabris demandaient un jour ses cendres à l’Europe. » Hélas, même aux Marquises, on n’a jamais retrouvé trace de la descendance de Cabry. Telle fut l’existence du Premier Français ayant vécu aux îles Marquises. C’est de Cabry que Krusenstern a tiré en grande partie les informations du chapitre qu’il consacre aux habitants de Nuku Hiva, et, sans doute, le fameux passage sur « l’allumeur des feux du roi », appelé à un si vif succès dans la littérature de vulgarisation océanienne, est-il une explication de Cabry. On pourrait donc ajouter à ses titres celui d’ethnographe occasionnel. C’était par ailleurs un brave homme. Et s’il racontait « combien d’hommes il avait tué en guerre, en détaillant toutes les circonstances… Il nous assurait, et son ennemi Roberts lui a rendu justice en ce point, qu’il n’avait jamais mangé de chair humaine, ayant toujours troqué son homme contre cochon. »

Bibliographie. Cabry a laissé une sorte d’autobiographie, le petit livret qu’il proposait aux visiteurs de ses tatouages : Précis historique et véritable du séjour de Jh Kabris natif de Bordeaux dans les îles Marquises situées dans l’océan Pacifique. Ce texte de treize pages est précédé d’une gravure sur bois représentant Kabris et suivi d’un touchant poème de deux pages intitulé : Le départ de Joseph Kabris de l’île de Noukaiva, par M. C. On connaît plusieurs éditions de cette plaquette : Grenoble, Genève… etc. Elles ne sont jamais datées. — On trouvera une notice sur Cabry, sous la signature de F. Denis, dans la Nouvelle biographie générale de Hoefer (t. 27, 1861, p. 351-353). — Egalement dans A. Leroy et A. Dineaux, Les hommes et les choses du nord de la France, Valenciennes, 1820, p. 131-133. — A. Leroy a publié un article nécrologique sur Cabry, dans les Petites affiches de Valenciennes au moment de sa mort. Une mention encore du même auteur dans ses Promenades au cimetière de Valenciennes, 1820, p. 75. — Krusenstern parle de Joseph Cabry dans son Voyage autour du monde de 1803 à 1806 (Paris, Gide, 1821), t. 1, p. 153-247, passim. — Langsdorf, dans ses Voyages and travels in various part of the world during years 1803-1807 (London, 1813), t. 1, p. 96 et sv. qui donne un portrait de Cabry. — Paul Chaix : Joseph Kabris, matelot bordelais et prince de Noukabiva, à propos d’une plaquette conservée à Genève, dans le Bulletin mensuel des Musées et collections de la ville de Genève, janvier 1959.

CADOUSTEAU, Étienne (1825-1870)

Charpentier.

Né à Saint-Arthur (Lot-et-Garonne). Arrive à Tahiti le 8 mars 1851. Exerce sa profession à Papeete, puis propriétaire à Tipaerui. Meurt le 13 décembre 1870 à Papeete. Sa veuve se remarie à Laurent Chevalier. De son union le 5 janvier 1853, à Papeete, avec Célestine Brémond, 1835-1911, naquirent : Joseph, 1854-1891, s’engage au 3e régiment d’infanterie de marine en 1872, campagne de Nouvelle-Calédonie de 1873 à 1875, libéré en 1876 à Rochefort, revient à Tahiti en 1881 ; se marie à Hélène Morris le 17 novembre 1883, à Papeete : deux enfants. — Jean-Marie, 1855-1916. — Elisa, 1857-1918, se marie à Joseph Buillard, propriétaire : sept enfants. — Evariste, 1857-1904, se marie à Teuratevanaa Tamarii, 1886-1914 ; deux enfants. — Marie, 1859-1918, épouse Louis Chotard puis divorce, se remarie à Gustave Muller horloger. — François, 1862-1929, gardien de phare, prend sa retraite en 1914 ; se marie le 13 avril 1899, à Papeete, avec Marie Alexandre : deux enfants dont Henri sergent pilote, escadrille Salm n° 50, cité à l’ordre de l’Aéronautique le 31 décembre 1918 pour son habileté remarquable et son sang-froid. Il aurait été le premier tahitien pilote militaire. — Victor, 1862, se marie à Mohea Mere, boulanger aux îles Tuamotu. — Marie, Antoinette, 1864-1918, se marie à Jean Suhas le 19 avril 1884, à Papeete : sept enfants. — Élisabeth, 1866, se marie à Georges Orsini, mécanicien, — Hippolyte, 1868. — Anna, 1869-1910, décédée à Rochefort ; se marie à Jules Allier : cinq enfants.

CADOUSTEAU, Jean-Marie (1855-1916)

Interprète du Gouvernement.

Né à Papeete le 10 mai 1855. Fils du précédent. Entre dans le cadre des interprètes de l’administration locale le 12 avril 1872. Son nom figure, à ce titre, au bas des actes les plus importants concernant l’histoire des Établissements Français de l’Océanie. Comme interprète, il apposa sa signature sur les documents suivants : Annexion de Tahiti et Dépendances à la France, 29 juin 1880. Prise de possession de l’île Huahine, 16 mars 1888. Prise de possession de l’île Raiatéa, 17 mars 1888. Prise de possession de l’île Bora Bora, 19 mars 1888. Protectorat de l’île Rimatara, 29 mars 1889 ; prise de possession de cette île le 2 septembre 1901. Un des principaux artisans du rattachement de Tahiti à la France. Il fut conseiller privé du roi Pomaré V. Conseiller municipal de la ville de Papeete. Titulaire en 1890 de la médaille d’honneur de dévouement en or. Chevalier de la Légion d’honneur en 1911. Prend sa retraite le 1 février 1911. Il était propriétaire à Papeete où il meurt le 24 février 1916, laissant deux enfants : Marie qui aura un fils Marcel, 1905 ; et Rose.

CADOUSTEAU, Marcel (1905-1964)

Homme politique.

Fils de Marie Cadousteau. Né le 28 novembre 1905. Remplace Pouvanaa à Oopa, en 1959, à l’Assemblée Territoriale lorsque ce dernier eut été condamné ; inscrit au groupe Te Aratai. Décédé le 27 mai 1964 à Papeete. Sa fille Rose a été étudiante à Paris.

CADY, Benjamin J

Pasteur adventiste.

Originaire de l’État de Wisconsin (U.S.A.) où il a fait ses études. Occupe plusieurs charges aux États-Unis avant de s’occuper de la mission adventiste qui débuta dans les îles de la Société en 1892, avec le pasteur A.J. Read. S’établit à Arue où il reste dix-huit mois. Le pasteur Cady prend sa succession après avoir passé quelque temps à Raiatéa où il était propriétaire d’une plantation et où il construit le temple en 1899. Imprime personnellement une petite feuille périodique dont sa femme est le gérant et une vie du Christ ; mais bientôt envoie le travail à l’Avondale press, à Cooranbong (N.S.W.). Il était encore à Tahiti en 1907.

CAILLARD, Christian (1899)

Peintre.

Né à Clichy le 28 juillet 1899. Expose depuis 1925 au Salon des Tuileries. Fait un tour du monde en 1929-1932 au cours duquel il séjourne à Bora Bora, de septembre 1930 à janvier 1932. Expose à son retour à la Galerie du Portique, boulevard Raspail, à Paris, en mai 1932, des œuvres tahitiennes. Catalogue avec préface de son ami Eugène Dabit. On remarque surtout Orere dans la cocoteraie, Nu couché sur le ventre, Hana en robe bleue et une sculpture : Tête d’enfant tahitien. « C’est avant tout l’humanité tahitienne qu’il peignait, avec ce que cela comporte d’études sensibles et profondes… On voit dans une de ses toiles se dresser sous deux palmiers d’une légèreté aérienne une Tahitienne souple et vivante plus humaine certainement que les Tahitiennes immobiles comme des statues pour lesquelles Gauguin avait une prédilection. Mais les corps restent toujours solidement construits et les qualités plastiques s’allient ainsi aux brillantes études de la lumière »… — Voir sur C. Caillard, H. Vollmer, Künster Lexikon des XX. Jahrhunderts, t. 1, p. 372 et Jean Alaxar, Christian Caillard (Presse édition, Paris, 1948).

CAILLET, Xavier, François (1822-1901)

Officier de marine.

Né à Nantes (Loire-Atlantique), le 4 septembre 1822. Pilotin. Passe au service de l’État, comme timonier, en 1842. Aspirant volontaire dans la Division navale de l’amiral Bruat en Océanie, arrive pour la première fois sur la Meurthe, corvette de charge qui le conduit le 8 septembre 1843 aux Marquises où il séjourne à Nuku Hiva, avant de gagner Papeete, le 24 août 1844. Participe à cette époque aux divers combats qui ont lieu à Tahiti de 1844 à 1846. Rentre en France en 1847. Prend alors à Brest son diplôme de capitaine au long cours et navigue, au commerce, de 1847 à 1854. En 1855 reprend du service à l’État et fait campagne en Océanie, successivement à bord de l’Infatigable, du Milan, et à Tahiti, sur les goélettes locales Hydrographe et Kamehameha, de 1857 à 1858. Lors de ce dernier commandement est nommé enseigne de vaisseau, le 10 juin 1857. Remplit à terre diverses fonctions : Commandant particulier des îles Marquises, du 30 mars 1857 au 6 octobre 1858, puis commissaire particulier des îles Tuamotu, 15 décembre 1858-15 août 1860. En janvier 1861, participe à une expédition aux Tuamotu, sur le Cassini, représente l’autorité à terre et fait preuve de beaucoup de fermeté. Il est alors chargé de recueillir « tous les documents possibles sur l’état religieux, politique et commercial des Pomotu », rapport qui sera présenté au Ministre et lui vaudra des félicitations. Au cours de cette opération il se serait tué « sans sa hardiesse et son habileté dans la natation ». Rentre en France en 1863, et, pendant son congé, sauve, en Bretagne, des personnes qui allaient périr dans un incendie, acte de courage qui lui vaudra une médaille et de graves brûlures qui lui enlèvent les paupières et menacent sa vue. Il ne peut plus vivre sous des climats froids et demande à être envoyé de nouveau en Océanie. Ami et protégé de M. de La Roncière, il servira à terre, successivement comme Résident à Mooréa, du 20 avril 1864 au 1 octobre 1865, « aimé par la population dont il parle la langue » ; puis aux Gambier, avec la Dorade, du 10 décembre 1865 au 20 février 1866, où il va faire exécuter la décision du commandant de La Roncière concernant le règlement de l’amende de 150 000 F à payer aux sieurs Pignon et Dupuy. Il ira ensuite à Rapa, en 1868, pendant que la Compagnie anglaise faisant le service de Panama à Sydney y escalait mensuellement. Il sera Résident-Administrateur des Tuamotu du 29 décembre 1869 au 11 avril 1870, résidant à Anaa. Il sera un temps Directeur des affaires indigènes à Papeete, en 1870, mais « ne peut conserver cet emploi, faute d’énergie et de jugement » déclare le capitaine de vaisseau de Jouslard qui voit en lui un officier « usé et maladif ». Le 20 octobre 1870, il quitte la colonie par le brick anglais Rita, pour rejoindre son nouveau poste de commandant de circonscription en Nouvelle-Calédonie, fonction où il a été nommé par le Gouverneur de La Richerie. Aux îles Loyalty il fera de son mieux pour remettre l’ordre dans les îles, alors troublées par des luttes religieuses. Rentre à Tahiti par le Calvados, le 6 août 1875. Il vient d’être admis à la retraite. Sur place il continuera à servir, utilisé à cause de ses services antérieurs et de ses compétences. Il sera résident aux Tuamotu de mars 1876 à juin 1877 et un temps inspecteur des affaires indigènes, fonction qui lui permit de travailler efficacement, avec quelques amis, à l’annexion définitive de Tahiti à la France et à l’établissement du Protectorat des îles Sous-le-Vent. On le voit postuler un poste de juge de paix à Taravao, en août 1878. Il se retira définitivement des activités administratives vers la fin de 1880 pour jouir de la retraite. Il se retire à Iriti, dans le district de Pirae, où il était propriétaire. Revenu à la vie privée, il se rendra encore utile en formant des maîtres au cabotage et donnant des cours de navigation aux écoles Viénot. Il fut membre du Conseil d’Administration, Vice-Président du Conseil Général en 1886. Caillet est l’auteur de plusieurs notes et rapports intéressant la Polynésie française, fruits de ses observations et de ses recherches. Au cours de son séjour à Anaa, il note un très important récit cosmogonique de la création, d’un indigène nommé Paiore, et il copie le dessin qui l’accompagne. — Caillet avait l’habitude de tenir un « journal particulier ». Le B.S.E.O., dans ses numéros 4 (sept. 1918, p. 168-181) et 5 (mars 1919, p. 7-15) a publié des Extraits du journal particulier de Fr. X. Caillet, allant du 18 août 1844 au 12 janvier 1845. Caillet publia dans le Bulletin de la Société bretonne de géographie, une intéressante Note sur Rapa (n° 26, 1886, p. 207-219) et une autre sur Les protectorats et annexions en Océanie de 1844 à 1889 (n° 40, 1889, p. 91-101). Caillet mourut célibataire et sans postérité, à Pirae, le 11 avril 1901. Il laissa sa propriété à son fermier, un nommé Gadiot, qui était chargé de famille. Sa tombe existait encore en 1973 derrière la maison Vincent, à Pirae. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Son éloge funèbre le montre ayant « fait preuve, partout où il servit, d’un esprit de désintéressement et de justice » ; et l’on voyait en lui « un des partisans de la liberté de conscience à Tahiti » ; ce qui est une façon de dire que, anticlérical actif, il se sentait chaque matin « le besoin de dévorer un prêtre en guise de déjeuner » (Jean Paul Chopard). Ce dernier auteur a écrit sur Caillet, dans sa plaquette : Quelques personnages officiels à Tahiti (Brest, 1871), quelques pages non conformistes. Voir aussi : Monchoisy, La Nouvelle Cythère (Paris, 1888, p. 112-115).

CAILLOT, Eugène (1866-1938)

Voyageur et historien.

Né à Paris le 10 décembre 1866. Fait le conservatoire de Musique où il est l’élève de Massenet dont il deviendra l’ami, et le camarade de Fernand Jouteux. Voyage, après avoir suivi des cours au Muséum. Exécute un voyage autour du monde de 1899 à 1903, au cours duquel il passe cinq mois en Polynésie française, visitant les Tuamotu et les Marquises, mai-septembre 1900. Il rapporte de cette tournée océanienne une documentation qui lui permet de publier : les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation (Paris, Leroux, 1909, 291 p.) et une Histoire de la Polynésie orientale (Paris, Leroux, 1910, 606 p.), ce dernier ouvrage de vant lui valoir la médaille de vermeil de la Société de Géographie en 1912. Caillot ne peut recevoir cette distinction : il est déjà en route pour un second voyage d’études en Polynésie. Il circule dans les îles, d’avril 1912 à la mi-1913. Il était de retour à Paris en juillet 1914. Il publiera successivement : Mythes, légendes et traditions des Polynésiens (Paris, Leroux, 1914, 430 p.) ; l’Histoire de l’île Oparo ou Rapa (Paris, Leroux, 1932, 85 p.) et l’Histoire des religions de l’archipel Paumotu (Paris, Leroux, 1932, 145 p.). Il s’agit là d’œuvres de valeur, contenant une immense documentation originale, et qui a été abondamment pillée par les différents historiens de la Polynésie qui n’ont pas toujours rendu à Caillot l’hommage de reconnaissance qui lui était pourtant bien dû. La page de garde de ses publications porte la mention d’un ouvrage : Episodes d’un voyage autour du monde, 1899-1903 (1 vol. gr. in-8°, 700 p.) qui doit être classé comme un livre fantôme et n’a certainement jamais vu le jour. Les objets rapportés d’Océanie par Caillot ont été donnés, par sa sœur, au Musée de l’Homme, en 1949. Les 160 clichés photographiques se rapportant à ses périples océaniens sont également déposés à la photothèque du Musée. — Voir sur lui P. Aimès, Eugène Caillot, Voyageur et historien de la Polynésie (J.S.O., 1952, p. 290-294, bibliographie).

CALINAUD, René Lucien (1931)

Magistrat.

Né le 14 février 1931 à Bourganeuf (Creuse). Sort en 1958 de l’école de la France d’Outre-Mer à Paris, dans la section magistrature. Après un service militaire en Algérie, arrive à Tahiti en février 1959 et occupe le poste de juge à Raiatéa. Alterne entre les îles Sous-le-Vent et Papeete où il est en fonction à la première chambre civile, surtout chargée des problèmes fonciers. R. Calinaud est en effet très intéressé par toutes les affaires de terres pour lesquelles sa grande connaissance des généalogies des îles sous-le-Vent lui donne une compétence particulière. On lui doit : La prescription aux îles-sous-le-Vent (Uturoa, 1968) et Le partage judiciaire et la pratique des tribunaux de Polynésie française (Papeete, 1974). — Épouse, en 1962, à Uturoa, Mitiama Tepaiatua, 1939, union dont naissent : Valérie, 1961 ; Paul, 1962 ; Mireille, 1966 et Corine, 1970.

CAMPBELL, William

Commerçant, marin et colon.

Commerçant et armateur, arrive à la Nouvelle-Galles du Sud en 1797 et fait de nombreux voyages à Tahiti. Propriétaire ou participant à des opérations, arrive pour la première fois sur le Harrington, le 6 mars 1805, passera sur l’Elisabeth en juin 1807, le Persévérance, en février 1809 ; l’Hibernia, en février 1810 ; le Cyclops, en septembre 1811 ; le James Hay, en décembre 1813 ; le Gouvernor Macquarie, en février et octobre 1815, en mai 1816 ; le Daphné, en décembre 1817. Il vient principalement à Tahiti pour y ramasser du porc salé en vue de nourrir Sydney. Mais ses activités dépassent de beaucoup le commerce. On le trouve cherchant du bois de santal aux Marquises et à Fidji ; il aide à établir les pêcheries de nacres dans les Tuamotu. C’était une figure respectée à Sydney, un très honorable commerçant et un ami des missionnaires de la Société de Londres dont il transporte souvent les membres. Il deviendra colon à Camden.

Bibliographie. Petition of W. Campbell to Bathurst. Sept. 5, 1812 (Historical records of Australia, Sydney, Ser. 1, t. 7, p. 519-520) et H.E. Maude, The tahitian pork trade, 1800-1830 (Journal de la Société des Océanistes, 1959, p. 66-67, tabl., p. 87-91 et passim).

CAMPION, Henri (1829-1897)

Marin.

Né le 20 novembre 1829 à Lisbonne (Portugal). Débarque à Tahiti en 1878. Navigue sur plusieurs navires de commerce du port de Papeete particulièrement ceux de la maison Brander. En 1880, devient propriétaire à Papeete dans le quartier de la Fautaua. Abandonne la navigation. Est employé par le service du port comme guetteur du sémaphore puis comme surveillant du matériel à Fare Ute, et gabier de l’arsenal. Révoqué pour mauvaise conduite habituelle en 1890. Meurt le 20 janvier 1897 à Papeete.

CANDACE, Gratien

Homme politique.

Délégué des Établissements Français de l’Océanie au ministère des Colonies. Député de la Guadeloupe et vice-président de la Commission des finances à la Chambre des députés, il sollicite, en 1920, la situation de délégué des Établissements Français. Elu, G. Candace manifeste beaucoup d’activités en faveur de Tahiti. Avec l’appui d’Albert Sarraut, et après la mission de l’inspecteur-général Revel, il améliorera les services contractuels des Messageries Maritimes sur Tahiti par Panama. Il s’emploiera également à obtenir la présence plus fréquente de navires de guerre français en Polynésie (retour de la Cassiopée et de l’Aldébaran). C’est grâce à une de ses interventions qu’un convoi de trois cents Tonkinois est envoyé à Tahiti en 1925. Il obtient de la Banque de l’Indochine des avances pour les planteurs de cocotiers, désireux de ceinturer de zinc leurs arbres. Réélu en 1924, il l’était encore aux élections de 1928. Battu par Lemaire en mars 1931 et par Lionel de Taste en octobre 1932. — G. Candace, lors de sa réélection en 1928, publia une petite plaquette de 14 pages disant : Ce qu’il a fait pour les Établissements français de l’Océanie. Elle contient en frontispice une photographie du délégué.

CARDELLA, François (1838-1917)

Chirurgien-major et pharmacien.

Né le 27 août 1838 à Bastia (Corse). Étudiant en médecine aux écoles de Toulon et de Rochefort. Médecin auxiliaire de la marine. Arrive à Papeete le 14 février 1866, par la corvette Néréide. Affecté au transport de l’état Euryale, stationnaire de Tahiti, le 26 février suivant. Démissionne de son emploi le 10 janvier 1869 pour s’installer comme pharmacien civil à Papeete, profession qu’il exerce jusqu’en 1917 et qui fera de lui le doyen des pharmaciens de Tahiti. Homme politique, républicain convaincu, il exerça une grande influence sur ses contemporains tahitiens. Il fut le défenseur des écoles libres de la Polynésie française, dont il reconnaissait l’utile travail, dû à l’abnégation et au dévouement de leurs maîtres. Le roi Pomaré V, qui lui avait donné sa confiance, fera de lui un de ses conseillers. Il sera aussi un des artisans du rattachement de Tahiti à la France, en 1880. Fonde à Papeete, en 1884, avec MM. Raoulx et Martiny, le journal politique hebdomadaire Le Messager de Tahiti. Sera président du Conseil Colonial, de sa création à sa dissolution de 1880 à 1886. Conseiller général et président de ce corps élu pendant de très longues années, de 1886 à 1903. En 1890, lors de la création de la commune de Papeete sera élu maire, fonction qu’il garde pendant vingt-sept ans, jusqu’à sa mort. Membre du Conseil d’administration de 1904 à 1917. Membre de la Chambre d’agriculture ; fondateur de la société de secours mutuels La Fraternelle et président de cette société pendant de très longues années. Président de « l’Œuvre du soldat tahitien au Front » de 1916 à 1917. Commandeur de l’Étoile Noire, chevalier du Mérite agricole. Meurt à Papeete le 6 juillet 1917. — François Cardella épouse à Papeete, le 4 décembre 1886, Marie-Louise Cébert, veuve Lagarde, union demeurée sans postérité. Sa femme meurt à Auae, Faaa, lors de l’épidémie d’in fluenza, le 6 décembre 1918. On trouvera l’éloge funèbre de F. Cardella, prononcé par le gouverneur G. Julien, le jour de ses obsèques, dans le B.S.E.O., sept. 1917, p. 86-88.

CARET, François (le Père François d’Assise). 1802-1844

Religieux picpucien.

Né le 14 juillet 1802 à Miniac-sous-Bécherel (Ille-et-Vilaine). Entre, déjà prêtre, dans la congrégation où il fait profession en 1829. A Paris, en 1832 il exerce son zèle sur les cholériques du Faubourg Saint-Antoine. Désigné pour les missions de l’Océanie, ce « petit Breton à l’œil de feu » part de Bordeaux par la Sylphide et, après avoir attendu des vents favorables pendant six semaines à Pauillac, fait voile pour Valparaiso le 1er février 1834. Dans cette ville, sur les conseils du capitaine Mauruc qui leur apprend que l’archipel des Gambier n’a pas encore reçu de missionnaires protestants, les picpuciens se dirigent vers ce groupe. Nommé Supérieur de cette mission, le 16 juillet 1834, le Père Caret, accompagné du Père Honoré Laval et du Frère Columban Murphy, s’embarque sur le navire péruvien Peruana. Après avoir été assez mal reçus à Mangareva le 6, ils arrivent à Akamaru le 7 août 1834. Ils y trouvent deux blancs, installés depuis quelques semaines, dont George Hunn Nobbs « un pauvre pêcheur qui nous a offert sa cabane en attendant que nous puissions en construire une ». Et c’est en quelques mois l’extraordinaire conversion de ce groupe. Le Père Caret passe à Taravaï, à Aukena. Dès mai 1835 on juge la situation telle que les premiers baptêmes peuvent être effectués. C’est à cette époque qu’arrive Mgr Rouchouze qui, stupéfait, proclame : « Ce que le Seigneur a opéré par les deux Pères François Caret et Honoré Laval tient du prodige ! » On brûle les idoles et le roi Maputéo est baptisé le 25 août sous le nom de Grégorio, en hommage au Souverain Pontife glorieusement régnant. A la fin de l’année suivante, 1836, Mgr Rouchouze, désireux de prendre position à Tahiti, y envoie les Pères Caret et Laval, accompagnés d’un charpentier nommé Vincent. Ils s’embarquent le 6 novembre sur le brick Eliza, capitaine William Hamilton. Les Pères débarquent à Tautira, Tahiti, le 20 novembre Accueillis par un Suédois de la région, ils viennent à pied à Papeete. En route ils rencontrent une population plutôt sympathique. « Nos orometuas ont des femmes et font tous le commerce…, ils ne sont pas bons ; ils nous vendent tout : livres, prières, sacrements. Nos montagnes sont couvertes de leurs vaches. Ils sont riches, … ils ne nous aiment pas ; ils ne vous aiment pas non plus… Allez voir la Reine, elle est bonne !… » A Papeete ils sont les hôtes de Moerenhout, le consul américain, qui leur fournit un petit abri dans les dépendances de sa maison. Moerenhout les introduit auprès de la reine Pomaré qui accepte un châle comme cadeau et 4 onces d’or à titre de paiement d’une amende concernant leur débarquement irrégulier. Mais Pritchard, qui avait pensé pouvoir empêcher la descente à terre des étrangers indésirables, se ressaisit. Lors d’une réunion de Juges, sous la présidence de la Reine, l’assemblée décide que les missionnaires ne peuvent rester. Le 29, la Reine envoie une lettre aux missionnaires les invitant à regagner les Marquises. Le sentiment de Pritchard-Pomaré est qu’il s’agit de « prêtes catholiques qui viennent enseigner leurs étranges doctrines aux Tahitiens. On ne désire, en aucune façon, les voir résider ici ». Le 12 novembre, les deux missionnaires sont saisis dans la case que leur a prêtée le consul et expulsés manu militari. « Acte de violence injustifié » dira le Foreign Office. Le 16 décembre, Eliza prend la mer. Le 31 les deux missionnaires sont de retour à Mangareva. Huit semaines plus tard, le 26 janvier 1837, le Père Caret, accompagné cette fois-ci du Père Maigret, réapparaissait à Papeete, sur le Colombo. Ils demandent à séjourner à Papeete, en transit pour Honolulu Pomaré s’oppose à leur débarquement le 21 janvier et la goélette, tout en protestant, est déroutée sur Valparaiso. De là le Père Caret partait pour l’Europe. Il portait à Mgr Bonamie, Supérieur des picpuciens, une collection d’idoles de Mangareva. On le faisait parler à Paris dans de nombreuses réunions. « Ces pauvres gens des Gambier, disait-il, étaient assurément bien vilains et bien sales en 1834, mais je me suis tellement attaché à eux que j’ai fini par les trouver beaux et gentils ! » Louis-Philippe offrait au Père Caret des outils pour les Gambier. Les dames de Paris et de Lyon, celles de Bordeaux et de Marseille, préparaient des vêtements pour les sauvages d’Océanie. Grégoire XVI, heureux que le roi des Gambier eût pris son nom, faisait confectionner un costume à son intention. L’idole de Mangareva, que le Père Caret remettait à Grégoire XVI, était déposée au Musée de la Propagande. Les cardinaux voulaient voir le Père Caret : dans les cérémonies auxquelles donnait lieu, à la Propagande, la fête de l’Épiphanie, on voulut que ce Père parlât dans la langue des Gambier. Son retour aux Gambier, le 20 décembre, avec quatre prêtres et deux catéchistes fut triomphal. Il y eut 2 157 personnes habillées avec les vêtements apportés d’Europe. Le Père Caret avait quitté la France le 30 mai 1838, avec quatre autres picpuciens s’embarquant à Bordeaux sur le Zélima. A Valparaiso, Caret prend place le 10 novembre sur l’Aigle, capitaine Jules Dudoit. Il est le 20 décembre à Akamaru. La distribution des habits a lieu du 4 au 11 janvier 1839. Le 17 on bénit la première pierre de l’église. Le 21 le Père Caret part pour les Marquises avec Mgr Rouchouze où il arrive le 3 février 1839 avec deux jeunes chrétiens de Mangareva. Il travaille quelque temps, à Hanatéténa, puis à Ua Pu, mais sans succès. « Le peuple est dans la plus affreuse débauche… Les vallées sont séparées des montagnes… Mes efforts, durant deux ans, auront été stériles. » Il est nommé Préfet Apostolique le 20 mai 1840. Dans l’intervalle Dupetit-Thouars (sept. 1838) et Laplace (juin 1839) ont signé leurs conventions avec Pomaré sur l’entrée des Français à Tahiti et le libre exercice du culte. C’est à Ua Pu que Caret, le 21 décembre 1841, reçoit le Rob Roy, qui lui apporte ces nouvelles. Il s’embarque à bord, jugeant la situation intenable. Il quitte l’île non sans avoir vu, à son départ, sa maison pillée et des cailloux remplacer dans ses coffres, hardes personnelles et ornements d’église. Il est à Papeete le 31 décembre, et l’on peut dater de cette époque l’établissement de la mission catholique à Tahiti. Établissement difficile. Il tombe en pleine épidémie de variole et doit s’installer chez l’Anglais Bignall et le consul américain Blakler, avant de louer une maison à 12 piastres par mois. Moerenhout a promis en effet à la Reine que les missionnaires catholiques n’arriveraient pas de sitôt et il voit d’un mauvais œil leur présence qu’il juge prématurée. D’où des tiraillements graves pour des affaires de terrain ; allant même jusqu’à mettre des bâtons dans les roues à une donation faite par William Archibald. Le Père Caret proteste auprès du capitaine du Bouzet (mai 1842) qui ne parvient pas à rétablir de bonnes relations entre le Préfet Apostolique et le Consul. Moerenhout parle des « propos imprudents et les demandes inconséquentes de Caret », alors que ce dernier reproche au Consul « huit mois de vexations » et le « regarde comme un ennemi ». En septembre, Dupetit-Thouars reprend la question, et juge, que « d’un côté comme de l’autre il y a des exagérations ridicules et des prétentions exorbitantes ». Le Gouvernement soutient plutôt Moerenhout, regrettant que le Père Caret n’ait pas demandé son agrément pour la fondation d’un établissement. Et cependant la mission s’installe peu à peu. Le 24 septembre 1842, Caret écrit : « Nous sommes occupés à construire, en briques séchées, une maison qui nous coûte bien cher… » L’Amiral, cependant, lui a donné quelques ouvriers « La liberté de conscience vient d’être stipulée… Je réunis les naturels… dans une cabane couverte en feuilles de cocotier pour leur faire le catéchisme… » C’est dans cette maison que sera reçu Melville en 1842. C’est cette maison qui, le 30 juin 1844, sera « consumée par les flammes avec tout ce que nous possédions. Nous n’avons rien pu sauver. Notre petite chapelle a eu le même sort… Ce sont les naturels qui ont mis le feu, poussés par nos amis les hérétiques, pour venger, dit-on, la mort d’un ministre protestant anglais Thomas S. McKean qu’ils ont tué eux-mêmes pendant un combat livré il y a quelque temps. Nous n’avons sauvé que l’habit que nous portions. » Le Père Caret voit là une perte sèche de 50 000 F et pleure surtout « tous nos manuscrits » : « Brûlés aussi tous les travaux que nous avions faits sur la langue de Tahiti, des Marquises : catéchisme, prières et un dictionnaire de langue de Tahiti, déjà très avancé et que tout le monde attendait… Plus même de titre de Préfet Apostolique !… Ce fut vers les heures du soir que le feu fut mis à notre maison, l’incendie dura jusqu’au matin. La petite chapelle et le reste furent brûlés le jour suivant. » Le Père Caret ne survivra guère à ce désastre. Miné par une affection pulmonaire, on le juge perdu et il est autorisé à prendre passage sur la Meurthe qui se rendait de Tahiti à Mangareva où il espérait pouvoir s’embarquer sur le voilier Jules à destination de Bordeaux. Il meurt « pulmonique » à Rikitea. « Nous l’avons mis dans le caveau de l’église qui est dans la nef, à 7 ou 8 pieds au-deçà de la balustrade. Le peuple a beaucoup regretté ce vénérable Père. Chacun voulait avoir quelque chose de ses dépouilles » (Lettre du P. Cyprien Liausu, 9 janvier 1845). Ainsi disparaissait, à quarante-deux ans, celui qui se trouvait avoir été le pionnier catholique de Mangareva, des Marquises et de Tahiti. Une belle figure missionnaire dont le visage poupin masque la virilité, la hardiesse et le courage. On peut s’étonner, rétrospectivement, de sa mésentente avec Moerenhout. Ce n’était pourtant pas un homme absolu. Et son bon cœur le portait à la cordialité des relations. S’il s’opposa au consul, avec ténacité, ce fut par un sentiment du devoir. Il estimait que Moerenhout était devenu un ennemi de la mission et qu’il se devait de la défendre contre lui. On peut lui reprocher d’avoir manqué de sens politique, non d’avoir transigé sur ce qu’il considérait comme son dû.

Bibliographie. Son collègue le P. Frézal Tardieu a écrit une Notice sur la vie et les travaux du R.P. François d’Assise Caret, fondateur de la Mission des Gambier, Préfet Apostolique de l’Océanie Orientale (Revue Catholique de Louvain, 1867, p. 55â-564, 607-617, 672-683 ; 1868, p. 28-43, 109-117). On trouvera des lettres de lui dans les : Lettres des Missionnaires des Sacrés-Cœurs de 1834 à 1844. Également dans les Annales de la Propagation de la Foi, 1835, 1836, 1838, 1840, 1842, 1845. — Un article signé de lui : L’Archipel de Mangareva, dans : la Revue de l’Orient, t. 3, 1844, p. 21-33. — Voir Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, p. 87 et passim. Et, H. Laval, Mémoires pour servir à l’histoire de Mangareva, 1834-1871, Paris, 1968.

CARLSON, Gustave (1850-1925)

Suédois.

Arrive dans le Pacifique comme maître d’hôtel. S’installa aux Gambier et y fait du commerce. Vit à Rikitea. Meurt à Rarotonga à soixante-quinze ans, en 1925. De son union avec Sophie Schmidt, 1871-1935, une des deux filles que Christian Schmidt, 1846-1910, Danois, charpentier de marine qui navigue sur des navires chiliens entre Tahiti et Valparaiso, avait eue d’une femme de l’île de Pâques, sont nés : Jean, 1894-1953, qui vivra à Rikitea, aux Gambier, comme petit propriétaire et mutoi. Il épouse en premières noces une femme de Hao, île Tuamotu, dont il a trois fils ; et en secondes noces, Claudie Mamatui, jeune fille des îles Gambier, union demeurée sans descendance. Louis, 1897-1959. — Marcienne, 1900, épouse un indigène des îles Gambier, où elle vit.

CARLSON, Louis (1897-1959)

Capitaine au cabotage et pilote du port de Papeete.

Né le 16 janvier 1897 à Akamaru, îles Gambier. Fils du précédent. Navigue à seize ans sur des voiliers. Un des premiers opérateurs qualifiés de T.S.F. à Tahiti, il est, de 1917 à 1920, attaché à la Maison Ballande à Papeete et à Nouméa et navigue sur le Saint-François. Passe son brevet de capitaine au cabotage à Papeete en 1934. Continue à servir cette firme à Tahiti et navigue sur la Gisborne entre Papeete et les Marquises, sous le pavillon de la Compagnie Navale de l’Océanie, de 1922 à 1928. A partir de cette date commandera les diverses goélettes de l’administration : la Mouette (1928-1937), la Tamara (1938-1945), le Hotu (1945-1947), l’Orohena (1948). Devient à cette époque pilote du port de Papeete, poste qu’il occupera jusqu’en 1957, date de sa retraite. A été instructeur de la navigation à Papeete. Ayant une grande pratique des divers archipels de la Polynésie française, parlant de nombreux dialectes locaux, doué de remarquables qualités personnelles d’observation, Louis Carlson fut un des experts les plus compétents en ce qui concerne tous les problèmes de navigation et d’hydrographie dans les Établissements Français de l’Océanie. Décédé le 28 décembre 1959. Il était chevalier de la Légion d’honneur et officier du Mérite maritime. De son union avec Louise Handerson, 1900, sont nés cinq enfants : Hélène, 1923, qui épouse, en 1950, le Lt de vaisseau François Vallaux qui dirigera de 1950 à 1953 la mission géodésique aux Tuamotu et reviendra dans le pays plusieurs fois, en particulier de 1969 à 1972, comme commandant de la Marine ; deux enfants : Maire, 1951, épouse en 1973 Pierre Bodereau, interne des Hôpitaux, et Terii, 1958. — Henri, 1925, directeur de la Maison Donald, épouse Louise Lévy, quatre enfants. — Louis, 1926, trois enfants. — Sophie, 1928, épouse Pedro Eyzaguerre et va vivre au Chili, trois enfants. — Léa, 1930-1949.

CARPÉGNA, Édouard Jules GABRIELLI de (1816-1883)

Capitaine de frégate.

Né à Grenoble (Isère), le 6 février 1816. Entre à l’école navale le 15 novembre 1832. Voyage de circumnavigation avec Laplace sur l’Arthémise en 1837-1840. Enseigne de vaisseau en 1839, il embarque en 1840 sur la frégate la Reine Blanche à bord de laquelle il appareille le 20 décembre 1841 pour la station de l’océan Pacifique. Est débarqué de la Reine Blanche le 7 novembre 1842 à Papeete où Dupetit-Thouars le charge de remplir les fonctions de capitaine de port ; « sa connaissance de l’anglais et de la langue du pays lui facilitant le service qu’il a à remplir ». Fera partie du premier conseil local, établi par le contre-amiral Dupetit-Thouars. « Étant membre du Gouvernement provisoire, écrira Bruat, il s’est trouvé dans une position fort difficile, et la manière dont il s’est acquitté de ses fonctions lui fait infiniment d’honneur. » Carpégna se distinguera dans les combats de Mahaena et de Haapape en avril et juin 1844 et recevra la croix de la Légion d’honneur à cette occasion, le 17 octobre 1844. A la fin de 1845, il est remplacé par de Bovis comme capitaine de port et Bruat lui fait occuper une position à la mer « où il utilisera ses connaissances du pays et de la langue indienne ». Il reçoit en effet, le 24 décembre 1845, le commandement de la goélette Anna, dont Bruat reconnaîtra, deux ans plus tard, qu’elle « est parfaitement tenue », ajoutant : « depuis plus de six ans qu’il est dans les mers du Sud, Carpégna a rendu des services de tous genres à Tahiti ». Il rentre à Brest le 4 septembre 1847. Malgré d’assez brillants états de services — il sera cité plusieurs fois, à Sébastopol en 1855, en Chine, en 1858 et 1859 — Carpégna ne passe capitaine de frégate qu’en juillet 1860. Il sera alors quatre ans secrétaire de la commission relative aux accidents de mer. Il démissionne « pour raison de famille », en 1865 et meurt le 30 mars 1883, à Paris — D’une union à Tahiti, avec une Indienne Fe Nuu Tafaratea Teina a Poroi, est né Adolphe Marouo Poroi, 1844. Carpégna, rentré en France, épousera à Tunis, en 1849, Pétronille Geymet.

CARRIER, Béatrice (1910)

Sœur Saint-André, religieuse de la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges de Sherbrooke (Québec), Canada.

Née le 4 avril 1910. A fait profession religieuse le 3 août 1933. Des religieuses de cette jeune congrégation enseignante canadienne ayant été expulsées de Chine au moment de la révolution communiste, Mgr Mazé, vicaire apostolique de Tahiti, leur demande de venir à Tahiti. Elles arrivent le 28 novembre 1950. Le vieux chef Aubry en ayant fait la demande pressante à Mgr Mazé, c’est à Faaa, sur le terrain de la mission, que les Sœurs ouvrent l’école avec plus de 200 élèves. Un premier bâtiment est construit en 1955, un autre en 1958, avec le concours du FIDES. En 1964, au moment du départ de la Sœur Saint-André, l’école de Faaa, avec dix religieuses enseignantes, compte 875 élèves, dont 50 pensionnaires. Une seconde école a été fondée à Taravao par la Sœur Sainte-Justine en 1961. En 1965, elle compte 240 enfants. En 1963 s’organise un noviciat de religieuses indigènes. En 1965, les sœurs de Notre-Dame des Anges acceptent la direction d’une 3 école dans la paroisse de Ste-Thérèse, à Papeete où elles relayent les sœurs de St-Joseph-de-Cluny. Ces résultats sont dus, pour une large part, aux qualités d’organisatrice de la sœur Saint-André dont la vive intelligence, le sens éducatif et l’autorité attirèrent sur l’école de Faaa la sympathie et la confiance des familles et en permirent le spectaculaire développement. En 1974, le collège Notre-Dame des Anges de Faaa ne reçoit plus de garçons, sauf en classe maternelle. Depuis 1968, les garçons ont émigré à l’école St-Hilaire, dirigée par les Frères de l’Instruction Chrétienne. L’effectif en 1974 est de 847 élèves dans le primaire et de 200 dans le secondaire. Ces élèves sont éduqués par sept religieuses et 33 enseignantes laïques. A l’école du Sacré-Cœur de Taravao se retrouvent 436 élèves, 10 enseignants laïques et 3 religieuses. L’école de Ste-Thérèse de Papeete regroupe 820 élèves, 3 religieuses et 25 enseignantes laïques. Les Filles de Jésus sont maintenant à Pamatai-Faaa, assistées d’une religieuse de Notre-Dame des Anges. L’Amicale des Anciens Élèves et les associations de parents d’élèves étudient avec le corps enseignant les problèmes scolaires et sociaux qui se posent au cours de l’année scolaire. Les religieuses canadiennes exercent à Tahiti une fort heureuse influence scolaire et pastorale.

CARRON, Jean (1842-1897)

Commerçant et propriétaire.

Né le 29 avril 1842 à Petit-Barberaz (Savoie). Ouvrier spécialisé des Ponts et Chaussées, débarque à Tahiti le 18 septembre 1874, par le transport Orne, venant de Brest. A la fin de son contrat, vers 1878, se fixe à Tahiti. Quelques années après, il est distillateur à Paea et propriétaire de plusieurs terrains sur lesquels on cultive la canne à sucre. Est également brasseur à Papeete, possédant un lotissement dans la vallée de Sainte-Amélie. Meurt le 7 mars 1897 à Papeete.

CASE, Hubert

Missionnaire de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers-Jours.

Arrive avec sa femme Alice à Tahiti à bord du Te Evangelia le 14 septembre 1894. Séjournera surtout dans les îles Australes, particulièrement à Rarotonga. Rentre en Amérique en avril 1898 par le Galilée.

CASSIAU, Dr Fernand (1871-1933)

Docteur en médecine et administrateur colonial.

Né le 16 novembre 1871 à l’île Maurice. Études de médecine en France. Arrive à Tahiti comme médecin de colonisation en 1904. Épouse l’année suivante, le 31 mars 1905, au temple de Papeete, Louise Goupil, 1880-1955. Est alors nommé agent spécial et médecin de colonisation aux îles Gambier où naît son fils Pierre. « Il y obtient de bons résultats au point de vue santé publique », mais entre en conflit avec des Lévy dont Cassiau gêne les gros profits sur l’alcool et les perles. Enquête de l’inspecteur Fillon : « Le Dr Cassiau n’a pas toujours observé à Rikitea la réserve que lui imposaient ses fonctions. Son rappel au chef-lieu a donc été justifié. » De retour à Papeete, il devient médecin contractuel à l’hôpital tout en faisant de la clientèle privée. Très vite il devint populaire ayant à la fois des qualités de cœur alliées à une bonne expérience de praticien. Part comme volontaire à la Première Guerre mondiale, combattant de Verdun et de l’armée d’Orient. Il reçoit la Légion d’honneur à Kipri (Vodena) pour faits de guerre. A son retour il continue d’exercer, mélangeant à l’exercice de son art des activités politiques. Théosophe actif, franc-maçon agissant et membre important d’une des loges locales. Il sera président de la Ligue des Droits de l’Homme à Papeete et maire de la ville de 1922 à 1933. Il mourut à Papeete, le 29 juillet 1933. — Après son divorce en 1919, il se remarie, en 1927, à Joséphine Chrétien, 1879-1944.

CASSIAU, Dr Pierre (1906)

Médecin.

Fils du précédent. Né le 13 avril 1906 à Rikitea, îles Gambier. Études de médecine à la Faculté de Médecine de Montpellier et de Paris. Volontaire pour les T. O. E., sert en Syrie, 1927-1929. Il passera, en 1935, ses diplômes d’hygiène et de médecine coloniale, et s’établira comme médecin l’année suivante à Papeete. Membre du Conseil privé en 1949. Président du Conseil de l’ordre des médecins de la Polynésie française en 1958. Est nommé en 1947 président général de la Fédération des Sociétés sportives des E. F. O. A ce titre, est l’animateur et l’organisateur des sports sur le territoire. Grâce à son activité, plus de 5 000 licenciés sont groupés dans plus de 100 sociétés et Papeete a été doté d’un stade-vélodrome moderne où se déroulent toutes les compétitions sportives. Des équipes venues de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Calédonie y ont joué contre des équipes locales. Ainsi, le Dr Cassiau a beaucoup fait pour déclencher à Papeete et dans les archipels un mouvement vers les sports qui a eu un effet heureux sur la formation physique et morale de la jeunesse tahitienne. De 1963 à 1966, travaille à mi-temps au Service d’Hygiène de Papeete ; de 1967 à 1973, réorganise le Service d’Hygiène et préside le Comité d’organisation des 4e Jeux du Pacifique. En 1973, prend sa retraite et continue ses activités en tant que médecin privé, à Faaa, s’adonnant à une collection de coquillages. Le Dr Cassiau est officier de la Légion d’honneur, commandeur dans l’Ordre national du Mérite et commandeur du Mérite sportif. Il a reçu en 1950 la médaille d’or de l’Éducation physique et des Sports.

CASTAN, Pierre (le Père Barnabé). 1808-1902

Religieux picpucien.

Né à Trédou (Aveyron) le 19 septembre 1808. Profès dans la congrégation le 30 janvier 1830. Reçoit son obédience pour l’Océanie à la fin de 1839. Débute aux îles Sandwich où il reçoit la prêtrise le 1er janvier 1841. Sert d’interprète à l’amiral Hamelin qui, en remerciement, fait envoyer un tableau de sainte Marie-Madeleine à sa paroisse natale. Arrive à Tahiti le 10 novembre 1849. Appelé à Valparaiso en 1851 y travaille sept ans. Remonte aux Gambier où il dessert la chrétienté d’Akamaru. Y resta une quinzaine d’années, revient à Tahiti. Meurt le 31 juillet 1902, à Papeete. Il avait quatre-vingt-quatorze ans d’âge et soixante-deux ans d’apostolat. — Le portrait ci-joint est gravé d’après un dessin original de de Jonquières, exécuté aux Marquises.

CASTANIÉ, Bernardin (1869-1939)

Religieux picpucien.

Préfet Apostolique des îles Cook. Né le 13 janvier 1869, dans l’Aveyron (France). Profès dans la congrégation le 12 mai 1889. Prêtre le 18 octobre 1892. Reçoit son obéissance pour la mission de Tahiti où il arrive le 24 décembre 1892. Il fut nommé à Rarotonga, alors dépendance de la mission de Tahiti, le 29 novembre 1894. Il ouvrit cette mission des îles Cook dont il fut nommé Préfet Apostolique, le 1 février 1923. Meurt à Rarotonga, le 14 mai 1939. Homme actif et entreprenant, il a beaucoup écrit. On trouvera la bibliographie complète de sa correspondance dans Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, 1955, p. 352-354. Il a fait imprimer un catéchisme en rarotongien : Ui Katolika no te vikarioanga Aposetoro no Tahiti (Papeete, 1910, 90 p.), réimprimé en 1920 à Papeete et, en 1930, à Braine-le-Comte.

CASTEL, Jean (le Père Alexis). 1918

Religieux picpucien.

Né le 20 avril 1918 à Plonévez-du-Faou (Finistère). Profès le 15 septembre 1938. Ordonné prêtre le 10 juin 1945. Envoyé en mission à Tahiti où il arrive le 29 avril 1954. Quitte la mission et la congrégation en 1961.

CASTEX, Louis (1896-1968)

Aviateur et homme politique.

Né le 8 février 1896 à Pinsaguel (Haute-Garonne). Officier aviateur, blessé en 1918. Conseiller de l’Union française en 1952. Comme président de la Sous-Commission de l’aviation civile pour cette Assemblée, exécute en 1953 une mission dans le Pacifique afin d’étudier les communications aériennes et passe septembre et octobre à Papeete. Au cours de ce séjour exécute la première liaison aérienne française de Papeete aux îles Marquises. A bord d’un avion amphibie bimoteur Grumman-Mallard, baptisé Te Manu Hui o Nukuhiva, capitaine Frame, mécanicien Diard, quitte Papeete le 1 octobre et par Takaroa et Napuka gagne, à Nuku Hiva, la baie de Taiohae où il arrive le 2. Repart le 5, et arrive à Papeete le 6 au matin. Se fait, après cette mission d’étude, le promoteur de la construction à Papeete d’un aérodrome de classe internationale, le jugeant techniquement nécessaire pour les liaisons aériennes du Pacifique et grandement favorable au développement économique du territoire par le mouvement touristique qu’il serait à même d’amener dans la Polynésie française. Plusieurs fois, en mai 1954 et en mars 1955, voit le projet refusé à l’Assemblée de l’Union française. Il a même la surprise d’entendre M. Florisson, sénateur de Tahiti, déclarer que « les Tahitiens ne veulent pas d’aérodrome ». Enfin il parvient à faire adopter le projet le 15 juillet 1956. Des missions successives de techniciens, de l’ingénieur Bruneau et de l’inspecteur général Joubert ont fini par convaincre la commission de l’intérêt politique et économique du projet. Les fonds — près de trois milliards — provenant du FIDES et de l’aviation civile, sont trouvés ; les travaux, soumissionnés, commenceront au cours de l’année 1959. L’aérodrome de Faaa sera inauguré officiellement, le 5 mai 1961, par M. Robert Lecourt, ministre d’État, et le Gouverneur A. Grimald. Il permettra à Tahiti de devenir entre le Chili, le Japon et l’Australie d’une part et de l’autre entre les États-Unis et l’Australie, une importante plaque tournante dans les relations aériennes du Pacifique. Décédé à Paris, le 28 septembre 1968. L. Castex a raconté, d’une façon très vivante et en toulousain, son Voyage en Océanie dans la Revue des deux mondes (1 février-1 décembre 1954). Voir aussi son livre : Îles, relais du ciel. Paris, 1964.

CATTET, Auguste (1846)

Propriétaire.

Né le 3 mars 1846 à Cherchell (Algérie). Frère du suivant. Arrive en même temps que lui à Tahiti. Se rend acquéreur d’une propriété au district de Arue (Tahiti). L’exploitera lui-même jusqu’en 1893, date à laquelle il quitte définitivement le pays pour rentrer en France.

CATTET, Eugène (1844-1887)

Commerçant.

Né le 4 juillet 1844 à Alger (Algérie). Arrive à Tahiti le 10 juin 1871 par l’Eugénie venant de la Nouvelle-Calédonie où il exerçait son commerce. S’installe à Papeete, ouvre boutique rue de la Petite-Pologne. Musicien, fait appel à ses confrères, par la voie de la presse locale, pour créer une fanfare, qui sera constituée dans l’année et dont il est nommé le chef, en novembre 1876, par le gouverneur. Il le restera jusqu’en 1878, date de sa démission, pour aller trafiquer aux îles Tuamotu où il reste quelques années. Il exercera là la profession de plongeur de nacre, sa résistance aux fatigues de ce rude métier lui assurant une « véritable célébrité » dans l’archipel (Messager de Tahiti, n° 177, 1887). Il s’en ira ensuite aux îles Marquises, où il meurt le 26 août 1887, à Taiohae.

CAUDARD, Jean-Marie (le Frère Enogat). 1873-1954

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né à Sérent (Morbihan), le 14 octobre 1873. Entre au juvénat des Frères en 1885. Prend l’habit le 19 mars 1889. Est envoyé en 1890 au Canada : puis à New York. Arrive à Tahiti le 4 décembre 1909 ; il y restera quarante-deux ans, au service de la jeunesse tahitienne. Il fut d’abord professeur et fit toutes les classes les unes après les autres « selon les besoins, sans considérer s’il montait ou descendait ». En 1920, outre son enseignement, il sera chargé des travaux de la propriété et il fournit là sa pleine mesure. En 1940, sa vue baissant, il fut déchargé de sa classe. En juillet 1951, il rentrait en France, en même temps que le Frère Ludovic. Ce confrère âgé de soixante-douze ans était resté près de trente-trois ans à Tahiti — 1918 à 1951 — et avait dirigé l’école de 1928 à 1934 ; il s’était signalé comme un professeur émérite et un chef de musique remarquable. Le Frère Enogat fut affecté, en France, à la clinique Saint-Jean, à Ploërmel. Il mourut le 5 juin 1954, à Josselin (Morbihan). Il laissait le souvenir d’un homme actif, prêt à toutes les corvées ; d’un religieux exemplaire, charitable, gai, et d’une admirable simplicité. D’une mémoire restée étonnamment fraîche, il était capable de se remémorer avec précision les moindres détails de sa longue existence.

CAUNES, Georges de (1919)

Journaliste.

Né le 26 avril 1919 à Toulouse (Haute-Garonne). Reporter à la radiodiffusion et à la télévision française. Va tourner avec Bernard Borderie, un film à Tahiti : Tahiti ou la joie de vivre, 1955-1956. Il est envoyé en 1962 par la radiodiffusion française dans l’île d’Eiao, un îlot situé à 53 miles dans le N.W. de Nuku-Hiva, aux Marquises, « pour y vivre l’expérience de Robinson Crusoe », expérience qui sombra dans le ridicule en janvier 1963. Les Tahitiens qui pouvaient suivre l’émission pleuraient de rire en écoutant le popaa empo- té et maladroit dont le récit quotidien leur semblait témoigner fâcheusement de l’inaptitude totale de la race européenne aux problèmes les plus élémentaires de la vie polynésienne. Le hasard voulut que le jour même où la presse était alertée à Papeete pour voir réapparaître le faux Robinson et lui faisait un succès, un Tahitien après avoir passé plus de trois mois, seul, sans nourriture ni matériel, sur une embarcation à la dérive, ayant fini par s’en tirer, rentrait chez lui, considérant son involontaire robinsonade comme allant de soi et sans intérêt.

CAVAIGNAC, Albert (le Père Caprais). 1873-1922

Religieux picpucien.

Né le 18 février 1873 à Fage de Vaureilles (Aveyron). Profès dans la congrégation en 1897. Ordonné prêtre en 1900. Arrive à la mission de Tahiti le 23 janvier 1903. Exerce d’abord son ministère à Tahiti. Fonde le poste des îles Australes en 1909 où il reste jusqu’à sa mort, à Rimatara, le 26 février 1922. Le récit de sa mort par le Père Célestin Maurel est une page de la légende dorée : « Se rendant de Tubuai à Tahiti, le Père avait pris place sur une goélette à gazoline dont l’odeur l’avait extrêmement incommodé. La goélette ayant touché à Rimatara, comme il se sentait très mal, il renonça à poursuivre sa route. Il fut reçu par la famille Lenoir qui fit tout ce qui était en son pouvoir pour le soulager. On lui offrit des pilules de quinine et de calomine. Il en prit. Le mal ne fit qu’empirer. Le Père comprit que son heure approchait. Il se prépara au grand sacrifice, faisant ses recommandations à ceux qui l’entouraient. Par un sentiment de délicatesse, il pria les filles Lenoir de se dispenser de le servir, et ce furent les nommés Tumoé, Tua et Tao Lenoir qui le gardèrent, se relayant sans cesse autour de lui la nuit et le jour, car il délirait continuellement… Ayant recouvré sa lucidité d’esprit le quatrième jour, il indiqua à ses assistants comment ils devaient l’ensevelir et il leur distribua le peu qu’il possédait : celui-ci reçut sa montre, celui-là un autre objet. Enfin il leur laissa les 500 F qui formaient toute sa réserve… La famille n’a pas voulu s’attribuer cette somme. Elle l’a employée à lui faire des funérailles aussi belles que possible… On acheta un cochon pour la circonstance, car tous les petits enfants Lenoir des trois villages, au nombre de quatre-vingts, ont tenu à participer à ce deuil… »

CAVAREC, François Maure (1817-1857)

Colon militaire.

Né en 1817 à Plouider (Finistère). Soldat au 1er régiment d’infanterie de marine, arrive à Nuku Hiva en 1842. Reste en garnison aux îles Marquises. Libéré dans ce groupe d’îles, s’établit vers la fin de 1846 comme colon militaire. Quelques années plus tard, s’installe définitivement à Tahiti où il possède une propriété dans le district de Pare (Hamuta). Meurt à Papeete le 27 juin 1857, sans descendance.

CAZES, Henri (1919)

Officier.

Né à Bordeaux (Gironde) le 23 octobre 1919. Saint-Cyrien de la dernière promotion avant la Seconde Guerre mondiale. Lieutenant-colonel. Est nommé chargé du bureau d’études au cabinet du Gouverneur à Tahiti où il arrive en décembre 1963. Un club philatélique de Tahiti, association fondée en 1959 par Raoul Teissier selon la loi de 1901, avait été la première société de ce genre à exister en Polynésie. Elle avait compté une dizaine de membres ; MM. Jean Vernier, Mozelle, Émile Savoye, Claus, collectionneurs avancés, en avaient été les adhérents les plus notables. Faute d’apports extérieurs, le club était en sommeil à l’arrivée à Tahiti du colonel Cazes. Celui-ci redonna vie à la philatélie locale en fondant à Papeete un « détachement polynésien » de la Liaison philatélique, association dont le siège est à Nice et qui groupe principalement des officiers et des fonctionnaires de l’Outre-Mer. Chercheur méthodique et dont les sphères d’intérêt dépassent la simple collection de timbres, même agrémentée de toutes les herbes de la Saint-Jean (variétés, feuilles de luxe, entiers postaux, coins datés, etc.), le colonel Cazes recherche avec bonheur et persévérance tout ce qui a trait à l’histoire des communications postales et au développement des postes en Polynésie française. Il a réuni par exemple des plis qui permettent de suivre la marche d’une correspondance de France à Tahiti et vice versa depuis le début de la présence française en Océanie. Il s’est intéressé à la vie de tous les petits bureaux de l’Océanie française depuis les origines ; à la poste militaire et navale ; aux cachets de censure. La pièce la plus étonnante de sa riche collection étant sans doute une carte adressée et parvenue à Tahiti qui a quitté Paris par un ballon monté au cours du siège de Paris en 1870-1871 et qui a fini par rejoindre son destinataire à Papeete quelques mois plus tard.

CÉBERT, Jean-Jacques (1810-1885)

Colon, commerçant.

Né le 25 décembre 1810 à Bubertré, (Orne), serait parti pour l’Océanie comme colon de la Société Nanto-Bordelaise, société formée en 1840, avec le secours du gouvernement, pour favoriser la colonisation en Nouvelle-Zélande. Installée à Akaroa dans des conditions difficiles, la Société céda ses droits et les colons se dispersèrent. J. J. Cébert débarque à Papeete le 11 juillet 1846 du navire anglais Honduras, venant de la Nouvelle-Zélande. Il s’installe comme commerçant. En 1856, il va s’établir aux Tuamotu où il était l’agent de la maison Brander. A Papeete, sa femme ouvre, en 1859, un cercle dont elle est propriétaire et gérante, cercle dit : « Salon des Officiers », qui deviendra le Cercle Colonial. Elle figure, à ce titre, parmi les patentés, comme « limonadier ». Décédé à Arue, le 24 mai 1885. De son union, sans doute en Nouvelle-Zélande, le 11 mai 1846, avec Anna Hardies — l’état civil dit Germaine Herdies, 1826-1902, sont nés : Marie-Louise, née à Papeete, le 11 mai 1847, épouse d’abord Félix Lagarde, puis, en secondes noces, en 1886, François Cardella. — Charles-Auguste, né le 14 mars 1849, à Papeete. Boursier, un des premiers du territoire, est envoyé par le Gouverneur de La Richerie, avec le prince Tuavira Joinville, faire ses études à Nantes. Revient à Papeete en 1870. Après concours, est nommé interprète de langue tahitienne près les tribunaux du Protectorat. En 1874, est greffier de la Haute-Cour tahitienne. Démissionne pour faire du commerce dans les îles avec son père. Décédé sans postérité, aux Tuamotu lors du cyclone de 1878.

CÉRAN, Teraiapiti a Tautu, dit (1869-1945)

Fonctionnaire.

Fils naturel d’Alexandre Jérusalem. Figure sur les Annuaires de Tahiti, de 1897 à 1915, comme fonctionnaire du service des contributions et des douanes locales. Prend sa retraite comme contrôleur de première classe, après trente-deux années de service. — Le Tribunal civil de Papeete, en sa séance du 2 mars 1934, décide que Teraiapiti a Tautu, dit Céran, est fils d’Alexandre Jérusalem et s’appellera Céran-Jérusalem Teraiapiti a Tautu. — Il épouse à Raiatea, îles Sous-le-Vent, Harriet Archer, 1874-1953. De cette union sont issus dix enfants : Aimé, 1892. — Jean-Baptiste, 1893-1917, engagé volontaire en 1914, caporal au bataillon du Pacifique, mort pour la France le 4 janvier 1917. — Henriette, (Hermance), 1895, qui épouse Jack Cowan Cowan, entrepreneur d’acconage, sept enfants. — Benjamin, 1897. — Lucien, 1898-1946. — Georges, 1900-1954, longtemps attaché aux Phosphates de Makatea. — Marie, 1903, épouse l’ingénieur-mécanicien de la Flotte, Mathiew ; vit à Marseille. — Marc, 1904, contrôleur dans une Compagnie d’assurance à Paris ; épouse Madeleine Pélachau, 1909, le 12 juin 1929 à Montgeron (Seine-et-Oise) ; vit à Paris. — Marcel, 1906, épouse une Hawaïenne, six enfants. — Madeleine, 1909, épouse le 2 septembre 1933, à Papeete, Léonard Erickson.

CÉRAN-JÉRUSALÉMY, Benjamin (1897)

Fils du précédent.

Fonctionnaire et homme politique. Né le 20 février 1897. Engagé volontaire en 1914 au bataillon du Pacifique fait campagne sur le front français. Fera carrière dans les douanes, entrera à l’Assemblée Territoriale comme conseiller des îles du Vent. De son union à Papeete le 22 mai 1920, avec Clémence Lehartel, naîtront de nombreux enfants dont Jean-Baptiste et une fille qui deviendra Mme Frantz Vanizette.

CÉRAN-JÉRUSALÉMY, Jean-Baptiste (1921)

Syndicaliste et homme politique.

Fils du précédent. Né le 4 février 1921 à Papeete. Après des études primaires chez les Frères et alors qu’il travaillait déjà à l’imprimerie du gouvernement, il eut le mérite de poursuivre ses études en bénéficiant des leçons d’un Français, M. Douillet, et d’obtenir, alors qu’il était déjà père de famille, son brevet. Ouvrier imprimeur, il milita d’abord pour le syndicalisme (C. F. T. C.) qu’il devait peu à peu abandonner pour la politique surtout après les « événements » de 1947. Élu en 1952, conseiller de l’île de Makatéa, sur une liste R. D. P. T., il provoqua la scission de la majorité pouvaniste qui venait d’emporter dix-huit sièges sur vingt-cinq à l’Assemblée Territoriale en briguant le conseil de la République où il devait être élu par treize voix contre douze. Depuis, il s’affirma indiscutablement le leader des éléments de son parti à l’Assemblée et du R. D. P. T. en général. Intelligent, ne craignant pas la besogne qu’il est souvent seul des siens à pouvoir faire, il a pris l’habitude d’agir et de penser pour ses compagnons, qui le suivent aveuglément, ce qui le conduit parfois à des positions intransigeantes. Élu président en 1957 de l’Assemblée Territoriale, mais en 1958, après les événements d’avril, suivi de plusieurs conseillers il se brouille avec le député Pouvanaa a Oopa, qui lui reprochait d’avoir pris des initiatives qu’il désapprouvait. En fait, déçu à juste titre de n’avoir pas été choisi comme vice-président du conseil du gouvernement, il avait mené, vis-à-vis de cet organisme, une politique d’Assemblée. Malgré un échec aux élections législatives de 1960, où sa candidature obtient mille cinq cents voix, il est très agissant à l’Assemblée Territoriale où, intelligent et travailleur, il exerce une action qui dépasse le cadre de son propre groupe. Échoue aux élections législatives de 1960, et n’est pas réélu à l’Assemblée Territoriale en 1966. Revient alors à ses fonctions administratives à l’Imprimerie officielle. Représentant l’Hôtel Mahina-Tea à l’Union Polynésienne de l’Hôtellerie, il est délégué de celle-ci à la Fédération Polynésienne de l’Hôtellerie et Tourisme dont il assure le Secrétariat. Il est président-gérant de la Coopérative des travailleurs tahitiens et Président du groupe politique Tomite Heitarauri qui adhère à la Fédération Ea api - Here ai’a.

CEVAER, Auguste (le Père Materne). 1881-1964

Religieux picpucien.

Né à Collorec (Finistère), le 4 juin 1881. Profès dans la congrégation en 1902 ; ordonné prêtre en 1906, arrive à Tahiti le 4 décembre de la même année sur le Kroonland. Après un court ministère à Tahiti, est affecté aux Tuamotu : Anaa, Apataki, Niau, Rai-roa, Rangiroa, où il a déjà exercé son ministère plus d’un demi-siècle. — Il n’a jamais quitté le groupe d’îles, même pour un séjour de repos en France, y circulant par des moyens d’occasion et y ayant connu toutes les péripéties de la navigation, des accalmies aux tempêtes. C’est un grand bâtisseur. Il a fait construire toutes les églises de son secteur organisant avec persévérance d’abord la fabrication de la chaux, puis la taille des pierres de corail dur, enfin récoltant l’argent pour l’entretien des travailleurs lors de la construction proprement dite, plusieurs années étant nécessaires pour arriver au bout. « Matereno » connaît bien ses ouailles, y est attaché, vit au milieu d’eux d’une manière ascétique… sans avoir jamais goûté beaucoup de consolations spirituelles parmi ces populations où la pratique chrétienne garde un caractère assez superficiel. Il est décédé à Papeete le 28 septembre 1964, entouré de nombreux Pomotu, après 50 ans consacrés à leur apostolat.

CHABANA, Ivan (1902)

Architecte.

Né à Nîmes (Gard) le 2 mars 1902. Études à l’École Spéciale d’Architecture et à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris. Travaille à la Guadeloupe, lors des reconstructions, après les ravages du cyclone de 1928. En fin de contrat, arrive à Tahiti en 1932 avec l’intention d’y séjourner six mois en touriste, y reste 42 ans à ce jour de 1974 ! En 1936, il expose quelques réalisations récentes et projets, en compagnie des peintres Grès, Mordvinoff, Bourcard et ouvre un cabinet d’architecte à Papeete, rue du Maréchal-Foch, en face de la cathédrale. Alors seul architecte à Tahiti, il construit avec des matériaux indigènes dans un style qui lui est propre et à chaque fois renouvelé, notamment pour la princesse Takau, Bertrand Jaunez, Lewis Hirshon, Yves Martin et des résidents étrangers. Nommé juge-assesseur au tribunal de Papeete, chargé de cours à l’École Centrale du Gouvernement, il n’abandonne pas pour autant ses activités d’architecte et d’expert près les Tribunaux. En 1942, il est suspendu de ses fonctions sous accusation de « pétainisme », obtient un passeport pour le Mexique, réserve sa place de passager sur un quatre-mâts, l’Hidalgo, via Manzanilla. Entre-temps, l’entrée en guerre du Japon et le black-out lui voient opposer un refus à son départ. Il s’embarque clandestinement, est découvert en vue de Takaroa, débarqué dans cette île et y séjourne un mois. A son retour à Papeete, il est mis sous surveillance militaire par le gouverneur Orselli, d’abord interné à Mooréa, puis relégué à Hiva Hoa, aux Marquises, où il vit de sa chasse durant dix-huit mois, rendant hommage à l’accueil que lui réservent Mgr Lecadre, l’administrateur Triffe, M. Le Bronnec et son inépuisable bibliothèque. Il décrit lui-même comme « enrichissantes intellectuellement et physiquement ses longues errances de cavalier solitaire dans l’austère beauté de l’île ». Rendu à la liberté le 16 juillet 1944, sans pour autant avoir jamais été admis à présenter sa défense, il dirigera l’entreprise Lionel Bambridge jusqu’en 1948. Réinscrit au tableau de l’Ordre des architectes, il ouvre à nouveau son cabinet. Il réalise alors la résidence du directeur de la Banque de l’Indochine dont il était l’architecte-conseil depuis 1937, l’immeuble Jaunez, rue Colette, diverses résidences, l’immeuble de la Météo à Auae-Faaa, la Chambre de Commerce, la Gendarmerie, la villa de relogement militaire d’après l’avant-projet de l’urbaniste Auzelle, l’école d’enseignement ménager des sœurs de Cluny, rue Cardella, la Maison de la Radio puis de l’O.R.T.F., rue Dumont-d’Urville, le temple adventiste et son école, avenue de l’Union sacrée, l’extension, la transformation et l’exhaussement de la SOCREDO, le bloc technique et la Météo de l’Aviation civile ainsi que ses 17 logements. Associé à l’architecte Copetta en 1956, il a participé à l’étude et à l’édification de résidences et de bâtiments administratifs, tels que l’aérogare de Faaa, le collège Paul-Gauguin et son annexe, l’école de Faaa, etc. jusqu’au départ de son associé du Territoire et la résiliation de leur contrat le 1er juillet 1966. En 1973, il transfère son bureau à son domicile de Tiarei où il poursuit ses activités professionnelles. — De son union avec Esther Deane est née une fille, Roberte, 1947, qui épouse Léonard Chongé, deux enfants. Se remarie avec Olga Peirségaèle, union demeurée sans postérité.

CHABBERT, Cyprien, il signait ses livres du prénom Claude — (1899-1965)

Fonctionnaire et écrivain.

Né à Lunel (Hérault) le 15 mars 1899. Études supérieures à l’Institut catholique de Toulouse. Poursuit d’abord une carrière ecclésiastique, mais le goût des voyages, des sports et de la vie exotique l’emporte bientôt chez lui sur celui des sédentaires fonctions cléricales. Fait un premier séjour en Polynésie française en 1938. Revient s’y installer définitivement après la Seconde Guerre mondiale. Arrive à Tahiti par le Sagittaire le 5 mai 1946. Claude Chabbert se chargera d’abord de différentes gérances pour des propriétaires : récoltant du coprah, surtout à Mooréa. Il s’en fut même aux Tuamotu, où il géra une plantation à Aratika. Il a laissé de cette expérience un récit qui constitue un documentaire authentique sur la vie d’une plantation, une saison de pêche à la nacre et aussi un témoignage sincère de la difficulté pour un homme cultivé de vivre longtemps dans une totale solitude. Si bien que pour vivre, Claude Chabbert se voit contraint d’offrir ses services à l’administration pour laquelle il travaille de 1952 à mars 1959. S’installe alors à Mooréa où il meurt le 13 juillet 1965. Il a signé : Patua. Scènes vécues de Mooréa-Tahiti. Paris, 1941. — Tahiti. L’enchantement des mers du Sud. Toulouse, 1944. — Deux ans sur un atoll. Paris, 1957. — Au souffle de l’alizé. Paris 1962.

CHADOURNE, Marc (1895)

Administrateur en chef honoraire de la France d’Outre-Mer.

Homme de lettres. Né à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), le 23 mai 1895. Participe comme engagé volontaire, à la Première Guerre mondiale qu’il termine comme pilote aviateur. Après la fin des hostilités, passe avec le numéro un, le concours du Ministère des Colonies. Il est envoyé à Tahiti où il arrive, par les États-Unis, en avril 1921, comme chef de cabinet du gouverneur Guédès poste qu’il conservera avec les successeurs de celui-ci, les gouverneurs Thaly et Rivet. Cette fonction lui permet de circuler dans les archipels et de connaître les Marquises et les Australes. Il sera un temps administrateur aux îles Sous-le-Vent, en résidence à Uturoa. On le trouve en 1922 secrétaire administratif de la Société des Études océaniennes qu’il anime de son intelligent enthousiasme et dont il fera reparaître le Bulletin, en sommeil depuis trois années. Il y publie un article sur le Lyrisme des Tahitiens (septembre 1922, p. 64-76), article qu’il fait suivre d’une traduction de poèmes exécutés en collaboration avec la Princesse Takau Pomaré Vedel. Malgré quelques attaques contre lui dans l’Écho de Tahiti — il manque de se battre en duel avec Constant Deflesselle, qui en était alors l’atrabilaire rédacteur — Chadourne se fait à Tahiti de nombreuses et de solides amitiés. Quitte l’Océanie française en février 1924. Fait un séjour au Cameroun en 1925-1926. De retour en France, en collaboration avec son ami le lieutenant de vaisseau Guierre, Chadourne signait Mareburebu (Éditions littéraires de France), une luxueuse publication qui apportait aux bibliophiles et aux amateurs d’art des poèmes tahitiens illustrés de gravures de Gauguin. En 1927 Chadourne publiait Vasco, son premier roman, qui parut dans la collection du Roseau d’Or, chez Plon et où l’on retrouvait la lourde atmosphère des Marquises dont il s’était imprégné si fortement au cours de son séjour. Par cet ouvrage, devenu classique pour les océanistes, Chadourne s’inscrivait avec éclat dans la grande tradition littéraire qui anime le thème océanien. Il y marquait sa place originale, y apportant le reflet de sa génération, celle de l’« après-guerre », tourmentée par un extrême besoin d’évasion. Le livre connut une édition pour les Bibliophiles de l’Amérique latine, en 1933, avec les illustrations de Vergé-Sarrat. — Chadourne sera Secrétaire général de la France d’Outre-Mer à l’Exposition de 1937. Il sera ensuite envoyé en mission d’information en Extrême-Orient. La Seconde Guerre mondiale le fixera aux États-Unis, où il a résidé jusqu’en 1960. Grand Prix de littérature en 1950, Marc Chadourne vit en France où il fait du grand journalisme.

CHAFFANGEON, Jean-Joseph (1821-1855)

Colon militaire.

Né en 1821 à Lancié (Rhône). Arrive à Nuku Hiva en 1842 comme artilleur du régiment d’artillerie de marine, puis embarqué sur la frégate Uranie, débarque à Papeete le 4 novembre 1843. Libéré de son service le 1er avril 1847, s’installe comme colon militaire et est propriétaire à Papeete où il meurt le 20 mars 1855, sans descendance.

CHAFOTEC, Pierre (le Frère Prudent). 1854-1930

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né le 31 janvier 1854 à Langoat (Côtes-du-Nord). Arrive à Tahiti le 17 février 1877 par le navire anglais Staghound comme instituteur. On le trouve en 1899 comme directeur de l’école qu’on vient de fonder à Atuana (Marquises). C’est lui qui subit la campagne de Gauguin contre la fréquentation scolaire. Il est décoré en 1903 par l’inspecteur Salles de la médaille d’argent de l’Alliance française. L’école sera fermée par l’administration, en septembre 1904, sous prétexte que « ses maîtres ne possédaient pas les titres nécessaires ». Et, à la place de ces maîtres dévoués et qualifiés, les enfants d’Atuana virent apparaître des instituteurs aux qualifications les plus fantaisistes. Le Frère Prudent enseignera alors à Papeete, où il resta jusqu’en 1909. Le Frère Alain Guitton, lors d’un voyage en France, le prit avec lui — il était devenu presque complètement aveugle, et il le conduisit à la clinique de Ploërmel. Là, malgré sa cécité, il rendit de nombreux services jusqu’à sa mort, le 21 juillet 1930. — Voir sur lui : Ménologie des Frères, vol. 3, p. 922-925.

CHALLIER, Joseph (1847-1898)

Négociant.

Arrive à Papeete, avec sa femme, le 1er mars 1880, venant de San Francisco, par le Paloma. S’établit à Papeete, comme négociant. Y meurt le 31 juillet 1898. Deux de ses frères, Léon et Alfred, passeront l’année 1880 à Papeete, l’un comme comptable, l’autre comme agent d’affaires. Ils repartiront pour la Californie, par le Greyhound, le 24 décembre 1880.

CHALLIER, Pierre (1916)

Ingénieur.

Études et Exploitation de l’Aviation Civile. Né à Londres le 25 juin 1916. Breveté de vol à voile en 1934. Arrive à Tahiti en mars 1935 comme colon. Engagé volontaire dans les Forces Aériennes Françaises Libres en 1940. Quitte Papeete le 31 mars 1941 avec 30 Tahitiens volontaires pour l’aviation. École de pilotage au Canada. Fait la guerre comme officier au Groupe Lorraine, 1943. Blessé et décoré de la Croix de guerre. Commence en 1946 une carrière dans l’aéronautique civile en Nouvelle-Calédonie. Délégué de l’aviation civile à Tahiti, 1950-1954. Devient conseiller technique aéronautique auprès des gouvernements africains du Sénégal et de la République centrafricaine. Revient à Tahiti comme commandant de l’aéroport de Tahiti-Faaa, de 1964 à 1967. Au cours de ses séjours à Tahiti, P. Challier participera à la vie aérienne locale. En arrivant en 1935, il construira un « Pou du ciel », vini pour les Tahitiens, pour lequel, faute de la moindre piste terrestre, Alain Gerbault lui dessinera des flotteurs. Le vini tentera quelques essais comme planeur. Challier fut membre de l’Aéro-Club fondé en 1935. Il est médaille d’honneur de l’Aéronautique. De son union, le 25 juin 1936, avec Jeannine Viénot, 1915, est née en Nouvelle-Zélande une fille, Danielle, 1946, hôtesse de l’air et pilote privée d’avion.

CHAMP, Antoine (1820-1878)

Propriétaire.

Né en 1820 à Fontaine (Rhône). Soldat d’infanterie de marine libéré à Tahiti vers 1848, comme colon militaire. Propriétaire de plusieurs terres au district de Pirae. Se marie le 9 mars 1878, à Papeete, avec Hutia Paari. Union restée sans postérité.

CHAMPS DE VERNEIX, René des (1903)

Colon.

Né le 16 avril 1903 à Cusset (Allier). Études chez les jésuites à Mongré (Rhône), et à l’école d’agriculture d’Angers. Fait d’abord de l’agriculture en France, dans la Nièvre, puis prend son brevet de pilote. En 1930, les avions Morane, ayant eu une commande pour l’Australie, le prennent comme convoyeur. Au retour il passe à Tahiti et à Rapa qui lui plaît et où il se fixe. Y apprend, le 28 décembre 1939 par l’amiral Byrd, de passage sur le North Star, l’état de guerre. Arrive fin janvier 1940 à Tahiti au fort de Taravao. Le 8 mai 1940, rentre en France sur la Ville de Verdun. Débarque à Marseille à la mi-juin. Par New York regagne Tahiti. Sert en Indochine où il est fait prisonnier par les Japonais (?). Libéré par les alliés, il est soigné à Sydney et rentre en France en 1946. Refait un séjour à Rapa de 1947 à 1952. En France pendant quatre ans, s’y occupe de ruches. En 1956, après la mort de son père, retourne à Rapa où il est un des seuls blancs de l’île. Ne s’y montre pas un très chaud partisan du C.E.P. On peut voir sur le livre d’or de la météorologie de Rapa le cadavre d’une abeille et cette inscription : « C’est la dernière abeille de mon rucher tuée par les bombes radio-actives… Abeille chérie tu es vengée. L’auteur de la stratégie tous azimuth a payé. Charles de Gaulle a rejoint les victimes du strontium. »

CHANCEREL, Victor

Commerçant et cabaretier.

Il vit à Papeete en 1842. Un mémorialiste de l’époque, Edmond de Ginoux, écrit : « Victor Chancerel et Brémond vivaient du produit de la contrebande qu’ils faisaient de moitié avec M. Moerenhout, consul de France. M. Moerenhout introduisait l’eau-de-vie, le vin, les liqueurs fortes, Victor Chancerel et Brémond les débitaient. Chaque jour ces cabaretiers étaient pris en flagrant délit d’infraction à la loi et condamnés à une amende… » On ne s’étonne donc pas, au début de l’insurrection, de voir le susdit Chancerel expulsé. Une femme indigène ayant été trouvée chez lui « en dehors des temps et de la zone permise », on l’embarque sur les îles Sandwich et, ses biens confisqués, il part « sans le sou ». — L. Jore, L’Océan Pacifique, t. 2, p. 296 et 297, parle d’un D. Chamerel, qui signe, avec Brémond, le 17 mai 1842, une lettre hostile à Moerenhout. Le torchon brûlait entre les trafiquants. Il faut évidemment lire Chancerel pour Chamerel.

CHAPITEAU, Jean (1917)

Restaurateur.

Né le 8 février 1917 à Bourg-en-Bresse (Ain). Participe à la Seconde Guerre mondiale. Arrive à Tahiti en février 1952, pour affaires. Y installe un restaurant près du port, au premier étage d’une des premières maisons de la rue des Frères-de-Ploërmel. Il y accueille personnellement ses clients dans une salle agréablement décorée d’œuvres de Jean Masson et de Ravello. Entre le maa tinito et les préparations culinaires proprement tahitiennes, Jean Chapiteau s’efforce, avec succès et brio, de maintenir les meilleures traditions de la grande cuisine française et les amateurs de bonne chère, métropolitains ou visiteurs étrangers, connaissent vite le chemin de sa maison. Chapiteau est également avitailleur des avions qui quittent l’aérodrome de Papeete-Faaa pour Nouméa ou la Californie. Chapiteau a été dépeint par Réverzy dans Le Passage. — En 1973, Chapiteau avait abandonné Papeete et s’était installé au kilomètre 32,5 de la route de ceinture. Sa retraite campagnarde n’a rien fait perdre aux qualités de la cuisine lyonnaise de Chapiteau. Au contraire ! Les gastronomes savent bien qu’il a travaillé à Lyon chez la mère Brazier et que c’est lui qui a imaginé sa fameuse tarte à l’oignon.

CHAPMAN, Benjamin F. (1831-1907)

Capitaine au long cours, négociant et armateur.

Né le 18 avril 1831 au phare Montant (Conn., U. S. A.), descendant d’une famille de pêcheurs aux bancs de Terre-Neuve. A dix-huit ans, en 1849, il arrive à San Francisco sur une goélette dont il est propriétaire et capitaine. Visite Tahiti pour la première fois en 1851. A partir de cette époque, il navigue entre les îles de la Société, Sydney et San Francisco et commande, entre autres, les goélettes Sea Witch, Eliza et le brick Timandra. Fonde en 1868, à Papeete avec le concours du capitaine Matthew Turner, de San Francisco, la maison de commerce « Turner et Chapman, importers and dealers in general marchandises », qu’il dirigea jusqu’en 1894. A cette époque il se retire des affaires pour se fixer définitivement à Honolulu en 1900, où il meurt le 26 mai 1907 à soixante-dix-sept ans. Il avait fait sa dernière visite à Tahiti en 1905 et sera enterré au cimetière de cette ville. Il avait épousé Harriett Richmond, 1846-1899. De cette union naissent : Benjamin Sanders, né à San Francisco le 24 décembre 1858, naturalisé français en 1903. Décédé à Paea le 13 juillet 1930. Constructeur de navires, épouse Fanny Célestine Dexter, 1862-1892 : Eliza, 1892 ; Daniel Sanders, 1898 ; Sanders Charles Faree, 1906. — Timandra, 1865-1924, qui épouse Édouard Drollet. — Florence, 1867. — Louise, 1871-1918, connue sous le nom de Lovina, épouse Maxime Gooding.

CHAPMAN Lovina (1871-1918)

Fille du précédent.

Née le 11 mai 1871. Elle était propriétaire et dirigeait l’hôtel Tiaré (un arrêté du 8 août 1902 lui permet de tenir une pension bourgeoise à Papeete) situé à l’angle de la rue de la Petite Pologne et de la rue des Remparts, maison qui était l’hôtel le plus agréable de Papeete. « Pour tous ceux qui passaient alors à Tahiti, Lovina incarne le vrai visage de Papeete, charme, amitié, confort, hospitalité !… Une excellente cuisinière et une hôtesse raffinée !… » Les Anglais ne sont pas moins enthousiastes : « Mme Lovina is the owner of one the most popular hotels in Papeete. Her hotel contains in all twelve rooms, including a drawing room. Surrounding the house is a spacious verandah, 20 feet wide, which is used as a dining room, one side being laid with tables to seat four persons. The rooms are very lofty and well ventilated. There are plunge and shower baths, and sea bathing can be indulged in within a few hundred yards. Carriages can be hired either by hour or day, and a large canoe is placed, free of charge, at the disposal of visitors who wish to make a trip on the briny. The annex is situated on the beach, facing the ocean, and contains 14 bedrooms… Visitors have the choice of staying at the hotel or at the annex, but the latter is preferred, being so delightfully cool. A carriage fetches visitors at 10.30 a. m. for breakfast and at 6.30 p. m. for dinner, returning with them after each meal… The servants are well trained… » S. Maugham, qui la visite l’hiver 1916-1917, écrira de son côté : « The kitchen is a little house by itself and here, all day long, very good cook herself and very hospitable. Lovina is a halfcaste, very white, a woman of fifty, perhaps, and of enormous proportions. She is not merely fat, she is huge and shapeless ; and she wears a pink mother hubbard and a small strax hat. Her face has kept its small features, but she has a vast expanse of chin. Her brown eyes are large and liquid; her expression pleasant and candid. She has a ready smile and a hearty, fat laugh ». (A written note book, p. 128). Lovina Chapman mourut de la grippe espagnole en 1918. Elle avait épousé à Papeete, le 22 février 1890, Maxime Gooding négociant, 1868. Plusieurs enfants dont : Dora, qui épouse Émile Martin, Frida, et un fils Paré, bon cuisinier, mort célibataire.

CHARLES, Victor (1821)

Propriétaire.

Né le 18 mars 1821 à Nantes (Loire-Inférieure). Exmaréchal des logis de Chasseurs d’Afrique : campagnes d’Algérie. Arrivé à Tahiti le 22 février 1848, comme civil. Se fixe à Papeete, puis colon au district de Mataïea en 1856. Par son travail et sa persévérance, devient propriétaire aisé en acquérant des terres dans les districts de Paea et Punaauia où il réside en 1879. Est également propriétaire à Papeete d’une belle vanillière dans la vallée de Sainte-Amélie en 1881. Disparaît sans laisser de trace, au cours d’un voyage qu’il effectuait sur la France. Sa famille n’a jamais su ce qu’il était devenu. — De son union à Papeete, le 9 janvier 1863, avec Vehiarii a Hurihuri, 1835-1907, sont nés : Pauline, 1852-1910, épouse à Papeete, le 14 mai 1868, Prosper Chauvin. — Hippolyte, 1854-1915. — Clara, 1857-1931. — Pierre, 1860-1918, conseiller général de 1889 à 1895, épouse à Paea, le 17 mars 1903, Paaue, 1869-1918, cinq enfants. — Édouard, 1863-1918 ; se marie à Faaa le 27 décembre 1906 avec Tetumanaiva a Mai dont il a trois enfants. — Joseph, 1870, se marie à Paea le 7 mai 1891, avec Tefaaaria a Pearei, trois enfants dont Tuterai, soldat au bataillon du Pacifique. Blessé grièvement le 24 août 1918 à La Villée (Aisne), cité à l’ordre. — Joséphine, 1871-1913, épouse à Punaauia le 15 janvier 1890, Winfred Brander, six enfants. — Jean, 1874.

CHARLIER, Édouard (1864-1937)

Magistrat.

Né le 27 février 1864 à Caumont (Calvados). Avocat-stagiaire à la Cour d’Appel de Paris, il entre dans la magistrature coloniale en 1887 et fait carrière successivement en Indochine, à la Réunion, à Tahiti où il est nommé juge au tribunal supérieur le 27 février 1894, à la Guadeloupe. Par décret du 1er décembre 1897, il est nommé procureur de la République, chef du Service judiciaire à Papeete. Du 28 mars 1907 au 5 décembre 1908, il exerce les fonctions de gouverneur par intérim. Durant cette période, et malgré quelques difficultés suscitées par le Conseil municipal, il organise l’exploitation des gisements de phosphates de Makatea ; réduit à trois mois la durée de la pêche des nacres pour la campagne 1908, amorçant ainsi le renouveau économique de la colonie ; en outre, il jette les bases de la léproserie d’Orofara. Le 28 juillet 1911, il est nommé trésorier-payeur. Pendant l’épidémie de 1918, il se distingue par son courage et son abnégation. Sa haute intelligence, son affabilité, ses compétences juridiques lui acquièrent une grande influence dans la colonie, en particulier dans les milieux indigènes, ce qui lui vaut de solides inimitiés. Son activité est jugée de manière fort contradictoire. Plusieurs gouverneurs vantent sa grande valeur, son absolu désintéressement, les signalés services rendus par lui dans ses fonctions successives. Mais les rapports de mission de l’inspecteur Fillon, en 1909, dénoncent sévèrement son ingérence dans les affaires locales, sa partialité peu compatible avec son rôle de magistrat, en particulier dans certains litiges entre indigènes et dans la lutte opposant deux sociétés pour la concession des phosphates de Makatea (question qui suscitera une interpellation à la Chambre des Députés en 1913), son inféodation à certains intérêts particuliers. Charlier sera encore mêlé, au début de la Première Guerre mondiale, à l’affaire Destremeau qui opposa le capitaine de la Zélée au gouverneur Fawtier dont il était le bras droit. Charlier, prenant fait et cause pour son patron, partit en goélette vers les Fidji d’où il alerta par câble le gouvernement français. Il se justifie avec vigueur et habileté. Cependant le gouverneur François reprend ces griefs et, jugeant son influence néfaste à sa propre autorité, demande avec insistance, mais en vain son déplacement en 1909 et en 1910. Une plainte en ce sens, faite en 1912 par François Hervé, premier adjoint au maire de Papeete, n’aura pas plus de suite. Charlier, ami personnel de Joseph Caillaux, possède en effet de hautes relations en France, et, très attaché à Tahiti, renonce à tout avancement pour y demeurer. Après sa mise à la retraite, le 8 mars 1924, il s’y fixe définitivement, adoptant, le même mois, un enfant de sept ans, Ariiparauhiu Jean Hopou, fils de la femme avec laquelle il avait vécu. Il habitait une maison à étages des environs du pont de l’Est, et fréquentera beaucoup la reine Marau dont il deviendra un des familiers, après avoir longtemps été un des plus farouches ennemis. Un homme qui ignorait les demi-mesures. Protestant, il s’était lié d’amitié avec Mgr Hermel : « S’il avait vécu plus longtemps, il aurait fini par me convertir ! » Il désirait finir ses jours à Tahiti ; il en sera « moralement chassé » par Liauzun. — Des démarches tentées en 1934 pour lui faire attribuer l’honorariat du grade de gouverneur demeureront vaines. Il meurt, à Genève, le 24 août 1937. Il était officier de la Légion d’honneur, et le frère de l’amiral Charlier.

CHARNAY, René (1914)

Administrateur à la F. O. M. Né à Paris le 24 mai 1914.

Ancien élève de l’École Coloniale (1938). Résident aux îles Sous-le-Vent de janvier 1950 à décembre 1953. Revient en Océanie comme touriste en 1958. Écrit des articles et des reportages et publie chez Artaud en 1969, sous le pseudonyme de Claude Ener, un livre : Maupiti, récit supposé d’une journée passée par un visiteur sur cette terre minuscule, qui est un curieux résumé de l’histoire quotidienne d’une communauté polynésienne… R. Charnay a rapporté d’Océanie un bon nombre de photographies qui témoignent d’un grand souci de documentation sincère en même temps que d’un sens très réaliste de la vie quotidienne.

CHARNEY, Véronique (1839-1918)

Sœur Marie, religieuse de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 23 octobre 1839 à Cras (Ain). Arrive à Tahiti en 1860. Réside tout d’abord à Papeete comme institutrice à l’école des sœurs, jusqu’en 1866. Part pour l’école de Taiohae, îles Marquises, où elle exerce jusqu’en 1886, puis à Atuana. Meurt le 4 avril 1918 à Atuana, après cinquante-neuf ans d’apostolat. Une note sur elle dans le Journal officiel de 1918, n° 10.

CHARON, Robert (1897)

Commerçant, homme politique et consul.

Né le 13 avril 1897, au Havre (Seine-Maritime), où il fait ses études. Participe à la Première Guerre mondiale comme engagé volontaire. De 1920 à 1934 s’occupe au Havre à des affaires d’import-export. Fait un voyage d’information à Tahiti en 1934. En avril 1939 s’installe à Papeete comme commissionnaire-importateur, rue Bréa, domicilié dans sa propriété d’Auae, dans le district de Faaa. Il conservera cette situation jusqu’à la fin décembre 1959, date à laquelle il se retire des affaires, allant vivre en France. Robert Charon participera au ralliement des Établissements français d’Océanie à la France Libre, en septembre 1940, prenant une part active à toutes les réunions qui préparèrent le ralliement et à celles qui suivirent sa réussite. Il sera président de la Ligue de la France Libre de février 1942 à fin décembre 1948, assurant sa survie après les événements de 1941. Il sera choisi comme conseiller privé du gouvernement local de 1942 à 1949. R. Charon sera délégué élu du Territoire à l’Assemblée consultative d’Alger, en octobre 1943. Homme d’action sociale et sportive, Robert Charon a présidé de nombreux groupements locaux au cours des vingt années tahitiennes de son existence : président du comité des Sports des Établissements français d’Océanie de 1940 à 1943 ; président, puis, président d’honneur de Central-Sports, de 1940 à 1943 et de 1943 à 1948. Président de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen, de 1939 à 1949. Il fut consul de Norvège en Polynésie française. Robert Charon est chevalier de la Légion d’honneur, médaillé de la Résistance, croix de guerre. De son union, le 14 février 1925, à Paris, avec Émilienne Doisy, sont nés : Jacqueline, 1926, épouse en 1948 à Oakland (Californie) Mervil Darrel Shields, qui vient s’établir à Papeete comme agent général de « The American International Underwriters ». Un fils Raolf Christopher, 1956. — Roberts, 1932, épouse à Paris, en 1950, Jacques Lafleur, administrateur de sociétés en Nouvelle-Calédonie : deux enfants, Isabelle, 1954 et Pascal, 1961.

CHARPIER, Jean (1906)

Pasteur missionnaire.

Né en Suisse le 10 septembre 1906. Études de théologie à Neuchâtel, Berlin et Paris. Épouse Lucie Kopp. Arrivent à Tahiti en avril 1932. Après un stage à Papeete, est en fonction à Raiatea de janvier 1933 à mai 1938, ayant en charge la supervision des paroisses indigènes. Après ce séjour de quatre ans et un congé en Suisse de juin 1938 à août 1939, retourne en Océanie où il passera douze ans. Il y a la présidence d’un arrondissement ecclésiastique en même temps que le secrétariat et la trésorerie du Conseil Supérieur des Églises tahitiennes. Occupant, un temps, l’intérim de la présidence du Conseil Supérieur des Églises. En même temps, de la fin 1939 à la fin de 1947, aura durant huit ans la direction de l’école protestante des garçons et de l’internat ; enseignant aussi les mathématiques et les sciences au cours complémentaire et préparant au brevet métropolitain. Aidé en sa tâche par sa femme qui, licenciée en anglais, donnera pendant dix années des cours aux écoles protestantes. Quittent Tahiti en 1951 après vingt années de travail éducatif et missionnaire en Polynésie française.

CHARTER, George (1811-1898)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Anglais, né à Melbourne (Cambrid.). Ordonné le 6 février 1838. Épouse Maria Martha Unwin. Quitte l’Angleterre sur le Camden, le 11 avril 1838. Il fait partie de l’équipe qui arrive à Tahiti ayant encore dans les oreilles les trop enthousiastes rapports de John Williams. La réalité le déçoit. Arrive à Huahine en mars 1839. De là il est envoyé à Tahaa, mais, jeune homme sans grande expérience, il échoue dans sa tentative d’y ouvrir une école. « Il n’a personne à enseigner, écrit-il. Les parents ne veulent pas contraindre leurs enfants à aller en classe. Ils vivent eux-mêmes dans le péché et quand on le leur dit, ils répondent : « Nous le savons. Mais c’est bien agréable de vivre dans le péché ! » Il rejoint, après cela, Platt à Raiatea. Visite Sydney avec sa femme au début de 1841, pour des raisons de santé. Regagne Raiatea, où il travaillera douze ans, période après laquelle il va s’installer à Sydney, sa santé ne lui permettant plus de vivre dans les îles. Y meurt en 1898.

CHASSANIOL, Charles Albert (1843-1927)

Médecin de marine.

Né le 19 juin 1843, à Toulon (Var). Sort de l’école des officiers de Santé de la Marine. Navigue puis, en 1872, soutient une thèse sur La colique sèche dans les pays chauds (Paris, 1872) qui fait de lui un docteur en médecine. Trois ans plus tard est nommé à Tahiti où il est médecin-chef de l’hôpital, poste qu’il occupera à deux reprises. De 1885 à 1890 les Annuaires de Tahiti le portent comme « médecin de première classe de la marine, chef du service de santé ». En 1891, il prend sa retraite sur place comme médecin principal et se fixe définitivement à Tahiti où il continuera à faire de la clientèle privée. Il vit dans la familiarité de la reine Marau, « où il fréquente du soir au matin, étant le tuteur de ses trois enfants ». Il est unanimement reconnu comme un homme intègre et comme un bon médecin. C’est un conteur disert et agréable qu’un demi-siècle passé à Tahiti rend intarissable dès qu’on le fait parler sur les temps anciens sur lesquels il connaît des histoires invraisemblables. Mais on lui prête aussi un déplorable caractère. On le dit « mauvais comme la peste » et « redouté de tous, même de ses amis ». À la fin de sa vie il ne consent plus à soigner que ses familiers et les Chinois, ayant, disait-il, mesuré l’ingratitude des Tahitiens. Ses démêlés avec ses concitoyens et l’administration sont fréquents. Le gouverneur Lacascade l’accuse de « faire le jeu des intrigues allemandes » ; le gouverneur Julien le trouve derrière les attaques qui, pendant la Première Guerre mondiale, sortent des feuilles locales contre toute une partie de la population qu’on traite de « boche », de « défaitiste ». Ancien vénérable de la loge maçonnique, 1906-1907, alors en sommeil, Chassaniol semble se moquer également des deux fractions religieuses qui se partagent la population et crie bien haut qu’il sera enterré par l’évêque catholique, pour jouer une dernière bonne farce à l’élément protestant. Meurt à Papeete, le 24 août 1927. Marau racontait qu’elle avait vu ce soir-là passer le tupapau de Chassaniol devant chez elle sans entrer et qu’elle avait ainsi appris le décès de son vieil ami. Il laissait Teihoarii Aiho, dit Alfred Chassaniol, qu’il adopte, devant le tribunal de Papeete, le 2 janvier 1919. Alfred sera conseiller municipal de Papeete de 1945 à 1959. De son union avec Teura Aunoa sont nés : Alfred, 1901 ; Albert, 1904, vit en Californie ; Marie, 1905, qui épousera Louis Brinckfieldt, une fille Simone Chassaniol, 1926.

CHASTENET de GÉRY, Jean (1889)

Gouverneur des Colonies.

Né le 5 mai 1889 à La Rochelle. Licencié en droit et diplômé des Sciences Politiques. Commissaire de la Marine en 1915. Inspecteur des Colonies en 1926. Gouverneur des Colonies en 1936. Nommé Gouverneur des Établissements français d’Océanie, il arrive à Papeete le 17 mars 1937. Trouve l’Océanie Française secouée encore par les séquelles de scandales récents : faillite de la banque chinoise Kong Ah, affaire Rougier. S’applique à ramener le calme dans les esprits divisés, notamment par l’organisation d’une foire-exposition qui rallie toutes les bonnes volontés. Ayant reconnu sur place la situation, s’efforce de lutter contre la décroissance régulière de la population de l’archipel des Marquises menacée de disparition. Après la mobilisation de 1939, organise l’économie locale de guerre, en particulier en poussant à la reprise des cultures vivrières ancestrales, en prévision d’un isolement possible de la colonie. Après l’armistice du 23 juin 1940 et la rupture des relations maritimes avec la France, réalise un gentlemen’s agreement avec les dominions britanniques voisins, en vue d’assurer le ravitaillement, de maintenir les relations commerciales et d’éviter un blocus du pays. Malgré cela, à la suite d’un référendum hâtif et mal contrôlé et, par le fait même, faussé et peu significatif, un mouvement se déclenche en faveur du Comité de la France libre qui aboutit, en septembre 1940, à la constitution d’un Gouvernement provisoire et à la nomination de l’Intendant militaire Mansard en qualité de Gouverneur de Tahiti. Quitte Papeete par le Limerick, cargo mixte de l’Union Steamship Co., le 13 septembre 1940, à destination de Vancouver. — Le gouverneur de Géry a narré ses souvenirs tahitiens et justifié sa position de fidélité à la France du maréchal Pétain dans un volume : Tempête au pays des cyclones. Souvenirs d’un gouverneur. 1937-1940. Papeete, 1974.

CHAUDON, Joseph (1847)

Fonctionnaire.

Né le 21 novembre 1847 à La Flèche (Sarthe). Soldat d’infanterie de marine. Sert en Nouvelle-Calédonie de 1868 à 1872. Quitte Nouméa en mai et débarque à Papeete le 15 juin 1872, où il se fait congédier. Prend du service dans l’administration locale. Est employé au Trésor, puis au service des Contributions de 1873 à 1876. En 1885, on le trouve gardien du phare de Mahina, Pointe Vénus. De son union, le 6 avril 1878, à Papeete, avec Clara Hennebuise est née une fille, Julie, en 1885. — D’une liaison antérieure, avec une Tahitienne, était né un fils, Édouard en 1876.

CHAULET, Pierre (le Père Géraud). 1830-1912

Religieux picpucien.

Né à Anglards (Cantal) le 9 octobre 1830. Profès dans la congrégation le 16 février 1853. Reçoit son obédience pour la mission des îles Marquises et débarque à Taiohae, le 25 mars 1858, ayant pris place à bord de la Kamehameba, goélette du protectorat. Son ministère fut sans grandes consolations « nous ne faisons rien. Il n’y a rien à faire. Cependant personne ne songe à abandonner son poste et je travaille comme un enragé à bâtir des maisons d’école » écrit-il en 1868. Il meurt à Taiohae, après cinquante-quatre ans d’apostolat aux Marquises, le 22 novembre 1912.

Bibliographie. On trouverait quelques lettres du Père Chaulet adressées à son Supérieur général dans Lettres des Missionnaires de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Paris, 1864. — Il a écrit : Mgr Dordillon, Notice sur sa vie apostolique… (Paris, 1894, 16 p.). On lui doit aussi des textes religieux en marquisien, un livre de prières (évangiles et cantiques) : E Hatu Evanerio, no te tau tominika… (Paris, 1894, 363 p.) ; des méditations sur tous les jours du mois : Kaituto, no te pau po, o te meama (Papeete, 1898) ; une Histoire Sainte, Mei te éo ferani, tuku ia ma he éo énama (Braine-le-Comte, 1903, 320 p.). Il rédigea des ouvrages qui n’ont jamais été publiés et dont les archives des picpuciens gardent les manuscrits : Recueil des principales onomatopées de la langue marquisienne, 64 p. ; une Notice historique sur la Mission des îles Marquises, ou la Mission Catholique en action, 1838-1873, 274 p. ; Notices géographiques, ethnographiques et religieuses sur les îles Marquises (1873), 209 p. ; Botanique des îles Marquises, 1890, 160 p.

CHAUSSON, Pierre (le Père Armand). 1809-1863

Religieux picpucien.

Né le 2 juin 1809 à Clermont (Puy-de-Dôme). Profès dans la congrégation en 1827. Missionnaire aux îles Gambier de 1836 au 5 avril 1840 (Laval, Mémoires, p. 195). Puis aux Marquises, Taiohae, du 24 avril 1840 au 31 juillet 1841. Arrivé à Tahiti le 8 août 1841 avec le père Colomban Murphy. Quitte Tahiti en 1848 pour Valparaiso où il arrive le 19 mars 1848. Sera ensuite en poste aux Gambier de 1852 jusqu’au 9 août 1861. On a publié des lettres de lui. Cf. Streit, Bibliotheca Missionum, t. 21, p. 93, etc. Jore (L’Océan Pacifique, t. 2, p. 296, n. 2) prétend que le nom doit s’orthographier Chosson. Nous avons suivi la graphie des ménologes picpuciens.

CHAUVEL, Lucien

Un des premiers colons français des îles Sous-le-Vent.

S’est fixé à Tahaa en 1854. Est pillé par des gens de Raiatéa révoltés contre l’autorité du roi. Son commerce est détruit, sa propriété est ravagée. — De son union, en 1858 à Tahaa, avec Teheirua est né un fils : Eugène, 1858-1895, employé au service de l’Intérieur.

CHAUVEL, Pierre (1817)

Agent maritime.

Frère du précédent. Né le 25 juin 1817 à Lisieux (Calvados). Ancien sous-officier au 2e régiment d’infanterie de marine, campagne de la Martinique. Agent de la compagnie française de l’Océanie à Apia (îles Samoa). Arrive à Tahiti vers la fin de 1847, probablement venant d’Apia. Quitte Tahiti le 20 juin 1849. — De son union en 1848, à Papeete, avec Célestine Marie est née une fille, Hortense, en 1849.

CHAUVIN, Prosper (1836-1885)

Commerçant et propriétaire.

Né le 31 décembre 1836 à Avesnières (Mayenne). Arrive à Tahiti vers 1862. Colon au district de Paea (Maraa), puis propriétaire dans ce district à Punaauia et Papeete, rue des Beaux-Arts, actuellement rue Édouard-Ahnne, et de l’Est, actuellement rue du Général-de-Gaulle, où il tient un commerce et exploite l’Imprimerie Civile. Fonde en 1884 un petit journal, L’entracte, de chroniques théâtrales et d’annonces légales, dont la durée est éphémère. Meurt à Papeete le 9 juillet 1885. — De son union, le 14 mai 1868 à Papeete, avec Pauline Charles, 1847-1910, sont nés : Louise, 1872-1900, épouse Marius Badot, 1867, le 2 juillet 1898 à Papeete : un enfant. — Pauline, 1874-1968, épouse un officier de marine du nom d’Aubernon qui meurt en 1899 ; se remarie cette même année à Papeete, au magistrat Victor Vidal, fils d’un viticulteur de l’Hérault, poète félibre à ses heures, grand collectionneur de coquillages, qui rend la justice les pieds plongés dans un baquet d’eau fraîche et que l’administration éloigne de Tahiti parce qu’elle trouve qu’il se montrait trop bienveillant pour les indigènes tahitiens dans leurs différends avec les Chinois. Devenue veuve à Dakar en 1903, elle vient s’installer à Paris avec ses trois enfants pour se remarier en 1914 avec V. Bouchez dont elle divorcera en 1963. C’était une femme de cœur et de caractère qui, à la fin des deux guerres mondiales, tiendra, chez elle, table ouverte pour les Tahitiens du Bataillon du Pacifique de passage à Paris. — Céline, 1869-1936, épouse Philippe Lucas, 1861-1922, pilote, le 12 juin 1895 à Punaauia : quatre enfants. — Henriette, 1877-1932, épouse Victor Raoulx, 1873-1934, le 20 novembre 1897 à Papeete ; propriétaire et chef du district de Mataïea : huit enfants. — Prosper, 1879, quitte Tahiti en 1896 pour la France ; en 1910, est propriétaire à New York ; meurt en France sans postérité. — Berthe, 1881-1954, épouse le 4 décembre 1900, à Punaauia, son beau-frère Marius Badot, veuf de Louise : sans postérité.

CHAVÈS, Juan (1834-1904)

Commerçant.

Né à Tome (Chili) le 24 juin 1834. Arrive à Tahiti vers 1855. Commerçant à Papeete puis propriétaire rue Dumont-d’Urville. Se retire des affaires au district de Arue où il meurt en 1904. Naturalisé français. — De son union avec Figueroa Nazaria († 1888) trois enfants : Béatrix, 1877 ; Juana, 1879 ; Marie, 1880.

CHAZEAUX, Jean de (1926)

Officier de marine.

Né à Chazeaux-par-Lapte (Haute-Loire) le 21 août 1926. Sort de l’École Navale en 1948. Fait un premier séjour en 1961-1962 comme commandant du Dragueur La Bayonnaise, stationnaire en Polynésie française. Participe en 1968 sur le p. A. Clemenceau, et en 1969 sur le de Grasse aux 3 et 4 campagnes de tir du C. E. P. Revient plusieurs fois à Tahiti de 1967 à 1972 pour les militaires et le CNEXO. Est nommé à Tahiti comme Délégué du CNEXO pour l’Océan Pacifique en septembre 1972, ainsi que comme directeur du Centre Océanologique du Pacifique qui commence à prendre vie en octobre 1972. Dirige depuis avril 1971 le « Projet Nodules » qui réunit le CNEXO et la Société Le Nickel dans une commune aventure pour explorer les gisements de nodules polymétalliques des océans et en particulier de l’Océan Pacifique. A ces différents titres, Jean de Chazeaux a la responsabilité de la mise en train, à Vairao, en bord de mer, sur des terrains ayant été installés par la Marine, d’un organisme où la recherche se mêle à l’expérimentation pour la réalisation d’un programme tendant à développer l’aquaculture dans le Pacifique Français. Vairao a été choisi comme offrant un plan d’eau bien protégé, d’une température favorable (26-28°), exempt de toute pollution et convenant particulièrement à l’élevage marin. Actuellement, l’élevage de la chevrette d’eau douce semble avoir été poussé heureusement grâce aux études techniques entreprises pour pourvoir à sa nourriture au moyen d’algues microscopiques unicellulaires. Une première livraison au Service de la Pêche à Papeete de 40 000 chevrettes nées et élevées à Vairao va inaugurer le cycle de production. On envisage à Vairao l’élevage de 400 000 chevrettes en 1974 et l’ouverture d’une véritable « ferme » en 1975. On travaille également à l’élevage du poisson (carangue) en cages flottantes et la production du naissain artificiel d’huître comestible ou nacrière. Dans le domaine de la récolte des nodules, les premières expériences faites aux Marquises et aux Tuamotu sont favorables. Les densités sur le fond dans les zones à nodules peuvent atteindre jusqu’à 13 kg au m et les teneurs en métal (cuivre, cobalt, nickel) peuvent atteindre 35 %. On peut déjà songer à une exploitation industrielle. Ces expériences sont subventionnées par le CNEXO, organisme métropolitain jouissant d’un budget propre qui a consacré, en 1973, 70 millions CFP à ces recherches destinées à améliorer le niveau de vie des Tahitiens. — Jean de Chazeaux a donné avec sa femme dans la « Revue des Deux Mondes » de mai 1965 des extraits, traduits en français, de la « Correspondance océanienne » d’Henry Adams. Évelyne de Chazeaux, après un voyage de recherche aux États-Unis, a réuni la totalité de la correspondance d’Adams lors de son voyage en Océanie avec John La Farge en 1891, et en a présenté une édition annotée et illustrée dans les Publications de la Société des Océanistes, 1974, n° 34.

CHEBRET, Louis (1820)

Propriétaire.

Né le 14 août 1820 à Poitiers (Vienne). Soldat du 1 régiment d’infanterie de marine ; arrive à Tahiti en novembre 1843. Prend part aux opérations militaires (1844-1846) lors de l’insurrection. Libéré du service le 1 avril 1847, à Papeete comme colon militaire. En 1856, exploite une briquette, avec Étienne Cadousteau, sise à Hamuta (Pirae), propriété Brémond beau-père de ce dernier. En 1882, on le trouve propriétaire aux îles Tuamotu. Meurt à Fakarava (Tuamotu). — De son union à Papeete, le 18 mars 1862, avec Ludovica Hipu, 1835, sont nés : Adèle, 1851-1931, épouse, en 1865, Louis Bellangé, horloger et en secondes noces un Lemaire. — Marie, 1853-1862. — Rosalie, 1856-1918, épouse, en 1907, Maurice Vieillard-Baron. — François, 1858-1918, se marie, en 1888, à Fakarava avec Taputapu a Hutihuti. Veuf, se remarie, en 1907, avec Teroro a Faraihia, 1886. — Emma, 1860-1861. — Adolphe, 1862-1918, se marie, en 1884, à Fakarava, avec Hina a Rangivaru : six enfants dont Lucien, soldat au 22 régiment d’infanterie coloniale qui meurt à Marseille le 17 mai 1917, des fièvres contractées sur le front d’Orient au cours de la Première Guerre mondiale. — Adélaïde, 1864-1918, épouse, en 1882, Charles Arnaud. — Louise, 1864. — Hélène, 1867-1886. — Auguste, maître au grand cabotage, 1869-1928, se marie, en 1905, avec Julie Vernaudon, 1881-1918 : trois enfants. — Eugénie, 1872. — Louis, 1874-1903, péri en mer, lors du cyclone de janvier 1903, faisant partie de l’équipage de la goélette locale Perle, capitaine Léon, perdue corps et biens pendant cette tourmente.

CHEGARAY, Jacques (1917)

Journaliste, écrivain et cinéaste.

Né au Havre (Seine-Maritime) le 15 février 1917. Professeur au collège des Carmes d’Avon de 1936 à 1944. Secrétaire de rédaction à Témoignage chrétien de 1946 à 1948. Part en septembre 1948 pour un tour du monde qu’il réalise en deux ans et sans moyens financiers, tour du monde qui l’amène en Calédonie, aux Hébrides et à Tahiti. Il tire de ce périple un reportage : Mon tour du monde en bateau stop (Paris, 1950) qui lui vaut le grand prix des écrivains de la Mer et de l’Outre-Mer. Retourne en 1951 en Océanie ; adopté par une famille tahitienne, il parcourt les îles Sous-le-Vent, les Marquises, les Tuamotu et réalise, en 16 mm, le premier film en couleurs tourné en Polynésie française, Tahiti l’enchanteresse. Ce film d’amateur, redemandé dix-sept fois à la salle Pleyel, à Paris, bat tous les records d’affluence. Son auteur le présentera, plusieurs années durant, dans des séries de conférences en France, en Belgique et même au Congo. Il a publié en même temps un livre : Ma Polynésie de goélette en pirogue (Paris, 1952) qui est le récit de son séjour dans les îles. Après des voyages à Bali et à Hawaï Jacques Chegaray retourne une nouvelle fois à Tahiti en 1957. Il en rapporte un album en couleurs : Tahiti l’enchanteresse (Paris, 1957). Lors d’un séjour, fait en 1959, il tourne un nouveau film : Tahiti que j’aime, axé uniquement sur la vie des insulaires (fabrication des chapeaux de bambou, préparation d’un repas tahitien, pêche au harpon, plonge des nacres, sculpture des nacres, coprah, pirogues à voile, lancer du javelot, danses, etc.). Ce film est projeté pendant dix ans, accompagné d’une conférence, en France, et hors de France. En 1972, il publie Maeva, la petite Tahitienne, album de photos en couleurs et récit relatant la vie d’une petite Tahitienne de 11 ans dans le district de Papeari. Jacques Chegaray retourne à Tahiti tous les deux ans. Il possède un fare à Punaauia et a épousé en 1957, à Moorea, une Polynésienne originaire de cette île, Tetiaveroa a Teamotuaitau († 1961) dont il aura une fille, Corinne, 1960. Se remarie, à Villerville (Calvados), le 12 avril 1966 à une Tahitienne, Dora Palmer.

CHENESON, Lucien dit Freddy, nom francisé de Ciulon Ching King Seong (1926)

Commerçant et administrateur de Sociétés.

Il est le fils de Shan King Seung, 1898-1959, époux de Shan Ho You Lan, qui, arrivé de Canton à Tahiti en 1913, s’installa à Bora Bora. Né le 12 août 1926 à Bora Bora, Freddy Cheneson crée, en 1949, les Établissements Oceania avec Mr Develay. Il devient seul propriétaire de la firme en 1956. Ses entrepôts et ses bureaux sont complètement installés à Fare Ute en 1972. Il est spécialisé surtout dans les denrées alimentaires et sa maison est, avec 35 employés, une des plus importantes de Papeete. Freddy Cheneson est également administrateur-directeur général de l’Entreprise et Transports Frigorifiques de Polynésie. Comme gérant de la Société Civile et Immobilière du Diadème à Papeete, et de la Société Civile et Immobilière de Taravao, il s’intéresse à la mise en valeur de terrains dans ce district. De son union, à Papeete en 1955 avec Laurette Aiu Wong Sing, 1935, sont nés : Martine, 1955, étudiante en sciences économiques en France ; Lysianne, 1957 ; Ronald Paraita, 1959 et Gilles, 1961. — Un frère de Freddy, Xavier, 1932, est comptable dans la société que dirige son frère. De son union avec Célina Laise (Lee) est né un fils : Karl.

CHENU, Alexandre (1843-1897)

Propriétaire.

Né le 26 juin 1843 à l’île d’Yeu (Vendée). Matelot de la marine marchande. Arrive à Tahiti en 1878, comme membre de l’équipage du navire français Saint-Michel. Ce bateau, se trouvant encalminé au milieu du goulet, est drossé sur les pâtés de coraux de la passe de Papeete situés du côté de l’île Moorea et fait naufrage. A la suite de cet accident A. Chenu reste à Tahiti. De 1879 à 1895, il vit dans les Tuamotu, particulièrement à l’île Mururoa, comme surveillant de cocoteraies. Revient à Papeete, puis va s’établir définitivement à Huahine, dans les îles Sous-le-Vent, où il meurt le 26 février 1897 à Faré.

CHÉRY-DUBOURGNIOUX, Marie Marguerite, veuve LELONG (1817-1900)

Commerçante.

Fille d’Étienne Chéry et de Gabrielle Dubourgnioux, elle est née le 15 octobre 1817 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Arrive à Tahiti vers 1846, probablement divorcée ou sans son mari. On trouve mention dans l’état civil des Marquises, en 1849, que « Marie Marguerite Chéry-Dubourgnioux, marchande de modes, demeurant à Nouka-Hiva, est accouchée d’un fils Ernest, le 9 mars 1849, dont le père ne peut être nommé ». Cet enfant sera connu dans l’histoire de Tahiti sous le nom de Ernest Chéry, dit Butteaud. Sa mère revient à Tahiti en 1851. Mariée en 1857, elle collabore avec son mari à la marche de la « clinique » privée qu’il crée à Papeete cette année-là, rue de la Cathédrale. A la mort du Dr Butteaud, sa femme fera du commerce. Elle meurt à Papeete où elle était propriétaire, le 5 février 1900. De son premier mariage, en France, avec François Lelong, elle eut deux enfants : Berthe, qui suivit sa mère à Tahiti, et rentre en France en 1880 ; et Henriette, demeurée en France. Veuve ( ? ), Marie Chéry-Dubourgnieux, épousera en secondes noces, le 26 octobre 1857, à Papeete, un officier de santé, François Butteaud. De cette union sont nés : Antoinette, 1853-1921, qui épouse Théophile Van der Veene, défenseur. — Édouard, 1855-1933.

CHESNEAU, Henri (le Père Joseph). 1878-1954

Religieux picpucien.

Né à Madré (Mayenne) le 15 juillet 1878. Profès dans la congrégation en 1899. Ordonné prêtre en 1903, est envoyé à Tahiti. Arrive à Papeete le 7 novembre 1903. Exerce quelque temps son ministère à Tahiti. Va fonder, en 1907, le poste de Huahine. En 1915, prend la direction de toutes les îles Sous-le-Vent. En 1940, prend la direction du Petit Séminaire. Se retire à la mission de Papeete en 1943, où il meurt en avril 1954. Il avait été provincial de 1942 à 1952. On lui doit la rédaction des Souvenirs de P. Marcantoni (Papeete, 1932) ; des Notes sur Huahine et autres îles Sous-le-Vent (B.S.E.O., 1928, t. 3, p. 57-68, 81-89).

CHESSÉ, Isidore (1839-1912)

Commissaire de la République pour les îles de la Société.

Né à la Martinique le 20 mars 1839. Participe à la guerre de 1870. Chevalier de la Légion d’honneur. Attaché au Ministère de la marine et des colonies, part, en 1880, pour l’Océanie avec le titre de Commissaire de la République aux îles de la Société. En février-mars 1881, visite les Gambier et Rapa, où la France n’avait guère paru depuis Caillet. Chessé fut assez heureux pour décider, le 29 juin 1880, le roi Pomaré V à remettre à la France le soin de gouverner ses États. Chessé administra la colonie jusqu’au 6 septembre 1881. « En consommant l’annexion de Tahiti, Chessé s’était fait de la plupart des membres de la famille royale et de leurs parents d’irréconciliables ennemis. » Leurs sentiments se manifestèrent à l’occasion de l’élection de Chessé au Conseil supérieur des Colonies, en 1887. Pendant les sept ans de son mandat, il s’intéressa particulièrement à améliorer les relations entre Tahiti et la métropole. En 1895, Chessé est envoyé en mission extraordinaire à Tahiti comme Commissaire général de la République française en Océanie. Les îles Sous-le-Vent sont pratiquement séparées de la France. L’enseigne de vaisseau Denot, et deux matelots du Decrès, ont été tués en mars 1888 à Huahine ; Teraupo agit pratiquement en chef indépendant, fait payer des péages et pille les magasins français d’Uturoa. Chessé arrive à Papeete le 5 août 1895. Sur l’Aube, avise commandé par le C. de frégate Chocheprat, Chessé, accompagné du gouverneur Papinaud et du maire Cardella, visite Huahine et Bora Bora, où les 27 et 30 septembre 1895, les deux royautés acceptent de remettre leurs pouvoirs à la France. Il sera moins heureux à Raiatéa et il abandonne la partie après deux mois de pourparlers. Il faudra deux ans et une expédition militaire pour venir à bout de Teraupo. Chessé quittait Tahiti le 5 janvier 1896, après un séjour de cinq mois en Polynésie. — Voir : Agostini, Les îles Sous-le-Vent, dans la Bibliothèque illustrée des voyages, 1899.

CHEVALIER, François (1845-1897)

Agriculteur.

Né le 1 janvier 1845 à Remilly-sur-Aigre (Eure-et Loir). Sapeur au 2 régiment d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti le 8 avril 1870. Par permutation, passe dans la gendarmerie de Tahiti le 12 du même mois. Est libéré le 31 décembre 1872 à Papeete. Habite la vallée de la Fautaua, où il se livre à la culture. Meurt le 6 juillet 1897 à Papeete.

CHEVALIER, Guy (1938)

Religieux de la congrégation des Sacrés-Cœurs.

Né aux Herbiers (Vendée) le 25 mai 1938. Ordonné prêtre le 27 juin 1964. Étudiant à Strasbourg 1964-1966 où il prend sa licence en théologie. Arrive à Papeete le 13 septembre 1966. D’abord vicaire à la cathédrale, puis curé à Faaa, 1969, à Uturoa 1972, il passe à Sainte-Thérèse en 1973.

CHEVALIER, Julien François (le Frère Séne-ry). 1833-1878

Frère de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né à Caden (Morbihan), le 23 juillet 1833. Prend l’habit le 23 août 1850. Remplace, à Tahiti, le Frère Cyr Bellec comme directeur, le 19 avril 1875. Il y a alors 150 élèves — dont 24 pensionnaires — à Papeete et 50 à Mataïea. On ouvre une 2e classe. Le Frère se plaint qu’il y avait toujours pas mal d’absentéisme, malgré le mutoi chargé de constater les absences, mais qui n’est pas efficace. Le Frère demande et obtient quelques aménagements. La fanfare de l’école fonctionne bien. « Notre maison est tout à fait insuffisante… les classes manquent de jour et d’air… la cour n’est pas assez spacieuse pour en éloigner les lieux d’aisance, l’air y est insupportable à certains moments de la journée… Nous sommes dans le voisinage du marché public qui se tient tous les soirs dans la rue de la Petite Pologne. Il y a de ce mauvais lieu, à l’auberge qui est près de nous, un va-et-vient qui se prolonge jusqu’au milieu de la nuit. Sous nos fenêtres se débitent les propos les plus malsains. Nous sommes condamnés, ainsi que nos internes, à entendre les discours, et à être témoin, le jour, d’actes qu’un honnête homme ne peut voir. » Meurt de la dysenterie le 10 juillet 1878. Les élèves tiennent à porter eux-mêmes son corps au cimetière. Le Frère Sénery « menait une vie très sobre, ne vivant presque que de fruits, travaillant beaucoup, et portant un cilice de crin, de la forme d’une chasuble, qui lui couvrait le dos et la poitrine. »

CHEVALIER, Laurent (1832-1890)

Militaire et fonctionnaire.

Né le 13 mars 1832 à Piré (Ille-et-Vilaine). Est appelé à servir, en 1853, au 2e régiment d’infanterie de marine qui l’envoie en Nouvelle-Calédonie. Caporal en 1857, sergent en 1859. Fait campagne en Crimée et en Italie. Passe dans la gendarmerie pour servir à Tahiti où il débarque de la corvette la Sybille, le 8 juin 1865. Prend sa retraite à Papeete en 1876. Fait carrière dans la police locale, et sera nommé officier de paix en 1880. Meurt à Papeete le 1er mars 1890. — De son union, le 5 décembre 1879, à Papeete, avec Célestine Brémond, veuve d’Étienne Cadousteau, sont nés : Antoine, 1872-1882. — Mélanie, 1875-1912, épouse Victor Jehan en 1890, puis divorce en 1894, se remarie le 28 juillet 1908, à Mataïea, avec Jean Lopez. — Marie, 1877-1933, épouse Tutefaura Manate en 1896. A son décès, se remarie avec son beau-frère Tehahe en 1911. Deux enfants de cette union. — Laurent, 1879-1920, qui épouse, le 31 décembre 1901, à Faaa, Matira Teuia ; de cette union sont issus six enfants.

CHEVALLIER, Joseph (1817-1864)

Colon militaire.

Né le 28 février 1817 à Jubélines (Seine-et-Marne). Arrive à Nuku Hiva en octobre 1843 comme maréchal des logis d’artillerie de marine de la 6e compagnie d’ouvriers. Libéré de son service le 1er avril 1847, s’établit comme colon militaire. Débarque le 30 décembre 1848 à Papeete où il exerce la profession de peintre en bâtiments. Y meurt le 27 novembre 1864, sans descendance.

CHEVERLANGE, E

Peintre.

Vit à Tahiti de 1928 à 1930. S’intéresse à peindre la vie maritime : coraux, poissons, crustacés. Un des premiers, il s’ingénie à reconnaître la vie sous-marine dont il peint les fonds en des tableaux de rêves, sans rencontrer localement un bien grand succès. Artiste pur, désintéressé et convaincu.

CHEVRIER, Henri (1843)

Forgeron.

Né le 9 avril 1843 à Nantes (Loire-Atlantique). Matelot des équipages de la Flotte. Arrive à Tahiti le 28 février 1872, faisant partie de l’équipage de la frégate Flore. Le lendemain, est libéré du service pour être employé à l’Arsenal de Fare-Ute. En 1879, on le retrouve comme ouvrier forgeron à l’atelier de Marmouyet, à Papeete.

CHIN FOO, surnom de Tchung Fo Chong (1879-1958)

Banquier et industriel.

Né à Chung Yen Ha, province de Pao On, Canton, Chine, le 11 avril 1879. D’une famille de commerçants aisés que la mort prématurée du père laisse dans une situation difficile, à dix-sept ans, il quitte la Chine et arrive à Tahiti, où il débute modestement comme restaurateur à Papeete, on le trouve ensuite tenancier d’un « ravitaillement » dans le district d’Hitiaa avant qu’il aille s’établir à Raiatea. Peu avant la Première Guerre mondiale il est à Papeete où il ouvre un magasin de marchandises générales. L’origine de sa fortune se trouve dans d’heureuses spéculations sur la vanille lors de la reprise des cours de ce produit à la fin de la guerre. En 1924 il ouvre une banque, peut-être imprudemment gérée, qui ne résiste pas à la dépression de 1930. Après avoir, aidé de son fils Assam, tenté sans grand succès d’implanter à Tahiti la culture du riz, il monte avec son fils — et une installation précaire — une Huilerie-Raffinerie. Après bien des tâtonnements il parvient, un temps, à raffiner et désodoriser l’huile brute de coprah et à la placer sur le marché local. L’homme d’affaires se double, en Chin Foo, d’un homme de cœur et la colonie chinoise de Tahiti lui doit beaucoup. Il prit toujours la défense de ses compatriotes, gagnant même une instance contre l’administration au sujet de taxes abusives. Il sera plusieurs fois élu président de la Société Sin Ni Tong, société immobilière, qu’il gère si heureusement qu’elle peut construire un grand immeuble pour les réunions et cérémonies de la société chinoise. Ému du sort des vieillards chinois sans ressources, il travailla à l’installation d’un asile de vieillards. On lui doit aussi l’agrandissement du cimetière chinois dont il offre la route d’accès. Il sera aussi le fondateur de l’Association philanthropique chinoise dont il fut le premier président, charge qu’il gardera une vingtaine d’années, au cours desquelles il acheta un terrain et y édifia le siège de l’Association, avant de fonder l’une des trois écoles chinoises actuelles de Papeete. Sa générosité fut également grande pour les œuvres sanitaires ou sociales à Tahiti : léproserie d’Orofara, Croix-Rouge, écoles libres… Il mourut le 26 septembre 1958 à son domicile de Paura Fautaua. De son union, en juillet 1902, à Chang Ching, † 1968, sont nés : Aline Georgette, 1904, qui épouse, en 1921, Ah You Siu Kung Po. — Assam, 1906, industriel à Papeete, épouse, en 1957, Rose Teariimatatini. — Sin You, 1911, épouse Afo Giau. — Marcel, 1912, épouse, en 1951, Yen Khen Sing, quatre enfants ; cogérant et directeur commercial de l’usine. — Mate, 1915, industriel, épouse, en 1938, Siou Nien Lucie Ly Fung Kuei, sept enfants. — Siou Sam, 1919, épouse, en 1940, Sylvie Atchen, treize enfants ; propriétaire-éleveur à Papara et à Taravao, et entrepreneur de terrassements. — Pepe, 1924.

CHIM SOO, Paul († 1869)

Travailleur à la plantation d’Atimaono.

Recruté en Chine comme travailleur pour la plantation d’Atimaono, y mène la vie de ses compagnons. En 1868, émus par les rixes, vols et assassinats qu’entraînaient la passion du jeu et le manque de femmes chinoises, les dirigeants de la plantation décidèrent, à la suite d’un meurtre, de faire un exemple : plusieurs Chinois sont arrêtés et condamnés à mort. Le recours en grâce ayant été refusé par l’Empereur, le Gouverneur décide d’en faire exécuter un. Ainsi Chim Soo sera-t-il guillotiné, dans des conditions particulièrement atroces, le 19 mai 1869. Avant l’exécution, il demanda le baptême et reçut le nom chrétien de Paul. Par malheur, Chim Soo était innocent du crime pour lequel il avait été condamné ; mais par esprit de solidarité avec ses compatriotes il préféra garder le silence sur le nom du coupable et accepta de mourir à sa place. Sa tombe, au cimetière chinois d’Arue, est vénérée comme celle d’un « héros, martyr pour la justice » par la communauté chinoise de Tahiti. Un important monument a été érigé en son honneur lors du premier centenaire de sa mort, en 1969. La tombe, en pur style chinois, domine le cimetière du « Repos Éternel » à Arue.

CHISHOLM, Alexander (1814-1862)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 14 juillet 1842. Épouse Élisabeth Davies. Part comme missionnaire, d’abord à Samoa en 1843, puis à Tahiti où il arrive au début de 1847. D’abord placé à Hitiaa, il passe en 1849 à Papara. En 1852 à la suite de mesures prises par l’administration française et ne voulant pas paraître tenir son autorité, à Papara, de l’approbation du gouvernement français, passe à Raiatea où il demeurera jusqu’en avril 1860, date à laquelle il quitte la mission pour rentrer en Angleterre. Là il s’occupe de la publication d’une version révisée de la Bible. Meurt à Oswestry, le 29 mai 1862. Une fille, Ann Askeir, était née à Tahiti en juillet 1848.

CHOUQUE, Armand († 1869)

Colon militaire.

Arrivé à Nuku Hiva par la frégate Uranie le 28 octobre 1843, puis à Papeete le 4 novembre suivant, comme matelot faisant partie de l’équipage de ce navire. Prend part aux combats de Mahéna le 17 avril, de Mahina le 29 juin 1844 et de Maéva, Huahine, le 18 janvier 1846 où il est cité à l’ordre par le Gouverneur Bruat pour sa belle conduite et son courage. L’enseigne de vaisseau, Clappier, dont une rue de Papeete porte le nom, fut tué à ses côtés. Libéré à Tahiti le 15 mai 1847, s’établit colon militaire à Papara. Quelques années plus tard, en 1861, est propriétaire-éleveur à Faaa. En 1866, se trouve dans l’île Tupuai où il meurt le 24 août 1869, sans descendance.

CHRÉTIEN, Louis dit BLAINVILLE (1840-1938)

Greffier en chef et propriétaire.

Né le 23 juillet 1840 à Poitiers (Vienne). Arrivé à Tahiti au mois de décembre 1871, comme second-maître fourrier de la frégate Flore. Est détaché à l’Arsenal de Papeete jusqu’à sa libération du service en juillet 1873. Le 3, est nommé huissier audiencier près le tribunal de Papeete, ainsi que commissaire de police auxiliaire. Quelques mois plus tard, démissionne de ces emplois pour prendre celui de commis-greffier, le 1 février 1874. Est greffier en chef quelques années après; fonction qu’il conserve jusqu’à sa retraite, en 1902. Sera également notaire suppléant. Pendant sa retraite il ne reste pas inactif, on le trouvera secrétaire de la Caisse agricole, président p. i. du tribunal de 1 instance de Papeete, puis juge au tribunal supérieur. Meurt, presque centenaire, le 18 juillet 1938 à Papeete. — Une fille, Joséphine, 1879-1944, épouse, en 1901, Carlo Zeimet: deux enfants. Divorce puis se remarie à Georges Quesnot, en 1909, à Papeete: un enfant. A la mort de Quesnot, épouse, en 1927, le Dr Fernand Cassiau, 1871-1934.

CHUNGALL, Philippe dit TONLIKI ou Nestor CHUNG (1930)

Ingénieur électronicien.

Né le 6 août 1930 à Papara. Il est le fils de Chung Chong Min, 1890-1957, Chinois de Canton, arrivé à Tahiti en 1913 pour gérer l’affaire Tung Lee Kee, magasin d’import-export. A la suite de la dépression de 1928, Chung Chong Min, en faillite, va vivre chez un Tahitien ami, à Papara, avant de s’installer commerçant à Vairao, la maison Liki, où il fait commerce de marchandises générales et de vanille et où il meurt en 1957. Son fils, après des études chez les frères, part comme boursier faire des études en France. Sort en 1958 de l’École spéciale de mécanique et d’électricité avec le diplôme d’ingénieur électronicien. Travaille en France aux Forges et Ateliers de constructions électriques de Jeumont (Nord), à Maubeuge, et à la Société Fives Lille-Cail à Paris en 1963. En 1965, rentre à Tahiti avec l’intention de s’y fixer. Il a trois frères: Chung Pan Moy qui va faire ses études à Hong-Kong et s’y installe; Chung Ying Pen, né à Raiatéa qui reprend le commerce de son père à Vairao; Chung Ying Soi, 1922, ancien élève des Frères, commerçant à Papeete, Maison Christine, import-export qui épouse Christine Wong; et une sœur, Cécile Chung, mariée à Tahiti.

CLAPPIER († 1846)

Enseigne de vaisseau.

Envoyé en Océanie, il est tué lors du combat qui opposa deux détachements de l’Uranie et du Phaéton avec les habitants de Huahine qui refusaient de reconnaître les droits de Pomaré IV sur l’île et d’accepter le protectorat français. Son corps reposa d’abord sur place; en 1887, le C. de F. Villemsens l’inhuma à Maéva. En octobre 1906, la Zélée incrusta au pied de la croix une plaque de bronze où sont gravés les noms de Clappier et de ses hommes: « A la mémoire de Clappier, enseigne de vaisseau, Guieu, Niel, Mao, Quillichiny, Mallet, Hagembach, Py, Guigou, Lesson, Debreuille, Girard, Leroy, Moncade, Blay, Coquelin, Tromeur, Debois, Avenard, Leepart, marins de l’Uranie; Marchand, marin du Phaéton; Bouchy, Cabarrogue, Pagenot, soldats tués au combat de Maéva, les 17 et 18 janvier 1846. » Cité par J. Chesnau dans ses Souvenirs de P. Marcantoni, 1879-1931. Papeete, 1932, p. 17. — Une rue de Papeete porte son nom.

CLARK, James W. († 1868)

Commerçant.

Au bord de la route, sur la côte Est, du côté de la montagne, avant le pont de la Fatautia, une tombe en pierre surmontée d’une plaque portant l’inscription « MARIA H wife of J. W. CLARKdied 11 May 1863 aged 23 yrs » fait songer à un James Clark, Anglais, que l’état civil signale comme ancien débitant, décédé à Papeete le 3 janvier 1868. Une Harriett Clark épousera Georges Tapscott. Ils ont un fils, John, né à New York, le 26 novembre 1840 et qui, capitaine au grand cabotage en 1899, épousera Rere à Tehamai le 23 septembre 1899 à Papeete.

CLAVERIE, Jean (1820-1851)

Colon.

Arrive le 26 octobre 1843 à Nuku Hiva par la frégate Uranie comme matelot, faisant partie de l’équipage, puis le 4 novembre, à Papeete. Fait toute la campagne de Tahiti, en prenant part aux combats de Mahaena, Maeva (Huahine), Papenoo et Fautaua. Libéré à Tahiti le 1 avril 1847. S’installe, comme colon militaire, au district de Faaa où il meurt le 27 juin 1851.

CLÉMENT, Théophile (1817-1852)

Colon militaire.

Né en 1817 à Anneville-en-Cérès (Manche). Arrive en 1842 aux îles Marquises comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Gagne Tahiti en novembre 1843, sera en garnison à Papeete. Libéré de son service en 1846 s’installe comme colon militaire dans le district de Pare. Meurt à Papeete le 19 juillet 1852, sans descendance.

CLÉRISSE, Jean-Jacques (1800-1851)

Restaurateur.

Arrive à Papeete en 1848 comme cuisinier, y tient un restaurant sur la plage de Fare-Ute, en face de l’arsenal. Meurt à Papeete le 10 août 1851, sans descendance.

CLODE, Samuel (1761-1799)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1761. Jardinier. Célibataire. Est désigné, comme artisan, pour faire partie du premier contingent, envoyé en Océanie par la Société. Quitte l’Angleterre, par le Duff, le 10 août 1796 et arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Quitte la mission après un an, lors de la crise de découragement et, le 31 mars 1798, part pour Sydney. Le 2 juillet de l’année suivante, il sera assassiné par un soldat.

CLOTA, Geronimo

Religieux franciscain, originaire de la Catalogne.

Il est désigné par ses supérieurs, sur la demande du vice-roi du Pérou, Don Manuel de Amat, pour aller avec son collègue Narciso Gonzalez fonder une mission à Tahiti, île qui a été reconnue l’année précédente par son collègue le Père José Amich. L’expédition, commandée par le capitaine Boenechea, part de Callao le 20 septembre 1774 sur l’Aguila qu’accompagne le navire Jupiter chargé de tout ce qui peut être utile à une fondation : maison démontable avec un mobilier, atelier de menuiserie et forge, chapelle complète, matériel agricole, animaux domestiques, sans compter des vivres et vêtements pour plus d’un an. Les deux franciscains sont accompagnés de deux Tahitiens Thomas Pautu et Manuel Tetuanui, fraîchement baptisés au Pérou et dont on espère qu’ils aideront efficacement les missionnaires. La frégate mouille le 27 novembre, dans la baie de Tautira, actuellement « mouillage de Cook ». Après avoir obtenu du chef Vehiatua un terrain, on s’y installe. La maison (8,35 m × 10 m), comprenant deux pièces, est montée, ses hangars construits, un potager défriché, le tout entouré de solides palissades. Les Pères couchent à terre pour la première fois le 31 décembre. Le lendemain, célébration de la première messe et plantation d’une croix où est gravée l’inscription : CHRISTUS VINZIT : CAROLUS III IMPERIT : 1774. Quatre jours plus tard, le capitaine faisait reconnaître des chefs Otu et Vehiatua, la souveraineté de l’Espagne sur l’île. Après avoir enterré au pied de la croix le capitaine Boenechea, décédé après une rapide maladie, les deux navires repartent le 1 janvier. On laisse aux missionnaires l’interprète Maximo Rodriguez et un certain François Perez, matelot de seconde classe, détaché pour éviter aux Pères « les pénibles travaux, faire les travaux de cuisine et les charrois d’eau ». Demeurés seuls, les deux franciscains, timides religieux habitués au train-train de la vie conventuelle, seront rapidement dépassés par les événements. Ils redoutent les privautés des indigènes attirés par leur curiosité naturelle et les « trésors » des missionnaires. Ils vivent dans un qui-vive perpétuel, claquemurés derrière les palissades de leur « hospice », choqués de tout ce qu’ils entendent et de tout ce qu’ils voient : plaisanteries sur l’absence de femmes, danses, ripailles, rixes, cérémonies et la menace d’un pillage général lors de la mort de Vehiatua. Ils sont très vite abandonnés par les Tahitiens baptisés à Lima en qui ils avaient espéré voir des aides, des catéchistes ; par ailleurs, ils s’entendent mal avec les deux soldats espagnols laissés à leur service : Rodriguez se révèle un gaillard indépendant et coureur de filles, pendant que Perez agit comme un rustre brutal, paresseux et emporté qui pour un oui et pour un non tire avec des charges au gros sel sur les indigènes. Avec cela, une complète incompréhension du caractère des Tahitiens qu’on froisse en violant bêtement des interdits respectables. Si bien que lorsque l’Aguila revient le 30 octobre 1774, apportant du ravitaillement et venant prendre des nouvelles, les deux Pères sont unanimes à réclamer leur rapatriement immédiat. « Un séjour prolongé davantage au milieu d’une population barbare et cruelle, sans la protection d’une garnison militaire, les mettant dans un péril prochain de perdre la vie. » Le 12 novembre, l’Aguila levait l’ancre emportant les deux missionnaires et le matériel de la mission. Ces deux prêtres avaient échoué où des missionnaires à la vocation bien racinée auraient converti ou seraient tombés pour leur foi. Les Pères tinrent un petit diaire pendant leur séjour à Tahiti. Une copie du manuscrit original est conservée à la Real Academia de la Historia de Madrid, dans le t. 66 de la Collection de Munoz, ff. 217-225. Le diaire a été publié une première fois, en espagnol, par Don Pedro y Estala, dans le 17e volume d’El Viagero Universal (Madrid, 1796), sous le titre Diario del secundo viage de los Espagnoles à Otaheti. — On trouvera des extraits de cette relation traduits en français dans le Messager de Tahiti, en 1866 (nos 51 et 52), en 1867 (nos 7 à 13) et, après une « interruption plus longue qu’inexplicable », en 1874 (nos 14, 15, 25, 26). Enfin, Corney, qui a rassemblé sur les voyages des Espagnols à Tahiti dans ses trois volumes : Quest and occupation of Tahiti by emissaries of Spain, Londres, 1914-1919, toute la documentation connue, a donné du diaire des missionnaires une traduction anglaise, t. 1, p. 319-349. — Un bon résumé, en français, de cette tentative missionnaire : O’Reilly, Tentative d’évangélisation de Tahiti par des franciscains espagnols (Revue d’histoire des Missions, septembre 1933, p. 381-449).

CLOUET, Julien (le Père Donatien). 1797-1867

Religieux picpucien.

Né le 27 octobre 1797 à la Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique). Profès picpucien en 1843. Part à la mission de Tahiti en 1861. Sera curé de Papeete en 1864. Revient en France. Décédé le 15 février 1867, à Paris.

COCHET (le Frère Stanislas). 1802-1876

Frère de la Congrégation de l’Instruction chrétienne.

Né à Plémet (Côtes-du-Nord), le 3 décembre 1802. Entre dans la congrégation en 1821. A cinquante-neuf ans, après avoir longtemps enseigné en France, s’offre pour aller aux Marquises où Mgr Dordillon réclame des maîtres. Le Frère Stanislas est chargé de cette mission comme directeur, avec les Frères Émile Marie Quérou et Gatien Marie Marquer. Ils arrivent à Taiohae par le Dorade, en avril 1863. L’œuvre scolaire sera entravée dès son origine par une terrible épidémie de rougeole. Les écoles ne peuvent rouvrir qu’en avril 1864 avec une population décimée et avec si peu de présences (vingt et un élèves !) et tant de déficiences de santé de la part des maîtres, que l’œuvre est interrompue en septembre 1866. Le Frère Stanislas rentre en France où il meurt à Ploërmel, le 25 mai 1876.

COCHIN, Roger (1910)

Avocat.

Né le 22 janvier 1910 à Romainville (Seine). Docteur en droit, breveté de l’École coloniale comme magistrat colonial. Arrive à Tahiti en mai 1936 comme avocat. Se fait mettre en disponibilité en juin 1938 et s’associe en octobre à Me Richecœur. La thèse de docteur en droit de Me Cochin, soutenue à Paris, en 1949, portrait sur : « Application du droit civil et du droit pénal français aux autochtones des E. F. O. ». Roger Cochin épouse, le 22 décembre 1971 à Arue, Suzanne Dubouch.

COCK, John (1773)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Menuisier de profession, il fait partie, comme artisan-célibataire, du premier contingent envoyé en Océanie par la Société Missionnaire de Londres. Part d’Angleterre, sur le Duff, le 10 août 1796. A bord, ancien membre de l’Arminian Society, se fait « excommunier » le 19 janvier 1797 par ses frères, pour avoir déclaré, assez sagement, qu’il n’avait pas encore d’idée très précise sur la persévérance finale. Réadmis dans la communauté dix jours plus tard. Arrive à Tahiti le 6 mars 1798. Dès le début de septembre quitte la communauté avec Jefferson et va s’installer, à quelques milles de Matavai, chez un chef qu’il nomme Vitua, sous prétexte qu’il y apprendra mieux la langue. Découragé par le peu d’efficacité de son action, et la décision du 20 novembre interdisant le mariage avec une femme païenne, il est de ceux qui suivent le Rév. Cover et quittent Tahiti sur le Nautilus, le 31 mars 1798. Arrive le 14 mai à Sydney où il cesse d’appartenir à la Société missionnaire.

COGNET, Gaston (1857-1906)

Agent d’affaires.

Né le 1 novembre 1857 à Marseille. Débarque à Papeete, le 23 octobre 1878, du Bosuet, venant de Nouméa où il résidait avec son père, déporté politique de la Commune. S’installe comme agent d’affaires. Remplit également les fonctions de secrétaire à l’étude de Me Goupil. Par arrêté du Gouverneur en date du 9 juin 1886, il est nommé avocat au barreau de Papeete. Entre-temps avait reçu l’exequatur, comme consul du royaume des îles Hawaï, avec juridiction sur les Établissements Français d’Océanie. Au cours d’un voyage d’affaires en Californie, il disparaît sans laisser de traces, probablement victime, en avril 1906, du tremblement de terre de San Francisco. — De son union, le 14 août 1880 à Papeete, avec Victoire Pignon, sont nées : Marie, 1881-1884. — Virginie, 1883-1937.

COGNET, Jacques (1819-1880)

Né à Sally-Latour (Nièvre).

Arrive à Tahiti le 7 septembre 1845 par la corvette Triomphante, comme soldat du 1 régiment d’infanterie de marine. En garnison à Papeete, y fut libéré en 1849 et s’y établit comme cordonnier, rue du Marché. Décédé le 9 novembre 1880, sans laisser de descendance.

COHEN, Albert de Sainte-Opportune (1846)

Secrétaire et journaliste.

Né le 26 juillet 1846 à Paris (Seine). En 1871, prend une part active à la Commune et exerce les fonctions de greffier à la prison Saint-Lazare. Après la prise de Paris, est condamné, par un tribunal militaire, aux travaux forcés à perpétuité, pour complicité de détention, séquestration et dévastation de prisons. Il est transporté en Nouvelle-Calédonie en 1872. Intelligent, et d’une culture au-dessus de la moyenne, il sera employé dans l’Administration pénitentiaire. Amnistié en 1879, il quitte Nouméa en décembre de la même année pour débarquer à Papeete le 3 janvier 1880 avec sa famille qui l’avait rejoint à Nouméa. On le trouve tour à tour tenancier d’un salon de coiffure « sis rue de Rivoli, à côté de la Salle des Ventes et ouvert tous les jours de 6 à 11 h… », où il est assisté d’un garçon » ; employé à l’Étude de Me Goupil, défenseur à Papeete ; puis associé à un certain Bonaventure, comme propriétaire d’une imprimerie. En octobre 1882 il fonde le premier hebdomadaire politique Le petit Tahitien dont il sera le directeur-gérant. Le journal paraissait sur trois colonnes « tous les lundis matin à 9 h ». Il eut, en fait, neuf numéros, du 30 octobre au 25 décembre 1882. Le journal parut en noir à l’annonce de la mort de Gambetta. Il cessa de paraître lorsque Me Goupil lança, le 1 janvier 1883 l’Océanie Française qui reprit la suite du Petit Tahitien et continuera son œuvre toute française de concorde et d’union. Cohen figure à la fois comme « directeur-gérant », seul, et comme imprimeur en compagnie de H. Bonaventure. Son nom disparaît le 31 septembre 1884 des responsables du journal. Cohen écrit des articles politiques, rédige des nouvelles à la main, signe des vers. Le Carnet d’un touriste, paru des n 3 à 37 est manifestement de sa plume parisienne et informée de la littérature contemporaine. A partir du mois d’août 1884, il ajoute à son nom : « de Sainte-Opportune ». — De son union à Paris, en juillet 1870, avec Élisa Françoise Malinjond sont nés : Blanche, épouse en 1883 à Papeete Paul Dupla : deux enfants, Blanche et Fernand. — Albert, épouse à Punaauia, le 18 décembre 1889, Rose Quinnell. — Une autre fille épousera Pierre Pouget.

COLIN, A

Peintre.

Le Salon de Peinture de Paris, en 1841, présentait une peinture de cet artiste, apparemment prise sur le vif, représentant une famille tahitienne, l’homme par les tatouages de ses jambes, la coupe de ses cheveux et la forme de sa massue étant typiquement marquisien. — Cet artiste ne figure dans aucun répertoire de peintres français. Nous n’avons rien trouvé sur ce peintre ni sur les conditions de son voyage. — On trouvera la peinture reproduite dans un Magasin pittoresque de l’époque.

COLLETTE, Juste François (le Père Gilles). 1826-1899

Religieux picpucien.

Appelé par les Tahitiens Toreto. Né le 15 mars 1826 à Lengronne (Manche). Profès le 11 avril 1851. Débarque à Papeete le 19 décembre 1854. Y est ordonné prêtre le 2 juin 1855. Fonde à Tahiti les principaux postes de la mission catholique évangélisant avec succès les districts de Papeuriri, Tautira, Faaone, Atiue, Faaa, Haapape et Papaoa. Supérieur religieux de l’île de Tahiti en 1866. Provincial de 1873 à 1882. Crée une école au district de Mataiea (Papeuriri). En avril 1868, est nommé curé desservant de Papeete, fonctions qu’il remplira pendant de très longues années. Fondateur de l’Œuvre des apprentis « œuvre destinée à former, avec l’aide des frères de Ploërmel et sous la direction de frères coadjuteurs de Picpus, de bons ouvriers comme maçons, menuisiers, forgerons, horlogers ». Les élèves de cette sorte d’école professionnelle remportaient, à chaque concours annuel, des prix. Les ouvriers sortis de cette institution étaient recherchés sur la place de Papeete. Aumônier des troupes de la garnison de Papeete. Titulaire, à ce titre, d’une pension militaire en 1890. Volontaire en 1897, malgré ses soixante et onze ans, accompagne comme aumônier le corps expéditionnaire à Raiatea, pour soumettre des révoltés qui avaient à leur tête le chef Teraupoo. Après la campagne, est décoré de la médaille militaire. Fit beaucoup de bien à la population tahitienne, en s’occupant particulièrement de sa jeunesse. Mais il s’était aussi préoccupé des anciens soldats et avait solennisé à leur intention la fête de la sainte Barbe, partronne des artilleurs dont il ouvrait toujours personnellement le banquet annuel. Ces initiatives, jointes à son caractère entier et à son esprit autoritaire, n’avaient pas été sans lui créer quelques difficultés avec son vicaire apostolique et Mgr Verdier sera un jour obligé d’employer avec lui les arguments canoniques. Il meurt le 4 août 1899 à Papeete, regretté de tous. Les archives romaines des P.P. de Picpus conservent une curieuse photographie du père sur son lit de mort. Le jour de ses obsèques « six artilleurs médaillés réclamèrent comme un privilège de porter le cercueil de leur père et ami ». Il avait témoigné le désir d’être enterré au milieu de ses anciens paroissiens et repose au cimetière de l’Uranie. Une rue de Papeete porte son nom. Le journal Les Guêpes, n° 8 du 12 septembre 1899, lui consacra un article qu’on trouvera reproduit dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1899, p. 528-531, avec un portrait. Sur ses démêlés avec l’évêque, voir le Messager de Tahiti des 30 mars au 29 mai 1889. L’état civil tahitien orthographie son nom : Colette.

COLLINET, François (1828-1890)

Mineur et propriétaire.

Né le 12 février 1828 à Bermonte (Belfort). Venant des mines d’or du Nevada aux États-Unis débarque à Papeete, le 6 novembre 1869. Il se rend acquéreur d’une belle propriété au district de Papenoo, et la plante en cocotiers. Meurt le 20 décembre 1890 à Papeete.

COLOMBANI, Ambroise (1877-1946)

Colon et fonctionnaire.

Né à Belgodère (Corse), le 21 décembre 1877. Engagé en 1896, il est libéré le 2 mai 1905, comme sergent d’infanterie coloniale au détachement de Tahiti où il est arrivé en 1900. Débute comme employé de commerce à Huahiné où il s’installe bientôt comme colon. D’un caractère violent, sans trop de scrupules dans les transactions économiques ou territoriales, Colombani jouera un rôle assez important à Huahiné où il deviendra, lors de son mariage avec Estèle Tupuaitua Marcantoni, allié avec les descendants de la famille royale de l’île. Son influence est grande parmi cette population réputée par ses farouches comportements. Le 5 mai 1933, il est nommé chef de la prison de Papeete. Il y donne satisfaction car « il applique les règlements avec discernement et fermeté ». Par ailleurs, « on lui reconnaît une connaissance très approfondie de la mentalité des habitants du pays, particulièrement de ceux dont la surveillance lui est confiée ». Chose sans doute unique dans les annales des prisons, en 1940, comme il va être mis à la retraite, les prisonniers de Papeete écrivent au gouverneur une pétition en tahitien où ils lui disent : « Je t’en prie, laisse-nous encore Colombani comme chef. Nous sommes habitués à ses manières de diriger et il est juste. Avec lui nous avons cessé de nous évader alors qu’avec les chefs précédents nous le faisions. Avec Colombani, nous avons bien marché. Nous ne voulons pas qu’on nous enlève Colombani. Qu’on nous le garde comme notre père… Nous voulons garder Colombani. La mère patrie peut avoir pitié de lui qui a une nombreuse famille. » Le gouverneur Brunet se laissa fléchir et Colombani restera gardien de la prison de Papeete ! Il mourut à Papeete le 27 décembre 1946. L’état civil reconnaît à Ambroise Colombani vingt-deux enfants. Il épouse, en 1906, Estelle Marcantoni. De cette union : Rosine-Sarah, 1907 ; Antoine-Henri, 1908, épouse en 1942, Ounu a Ritia a Tekehu. Antoine sera longtemps chef mécanicien de l’Oiseau des îles : Madeleine-Rose, 1910-1944 ; Clary Marie-Thérèse, 1912, épouse en 1940, Tanoa ; François-Joseph, 1913, épouse en 1959, Tanetihi Leotemataitaria a Rari ; Toussaint Rémon, 1913, épouse Doris Temauriora, en 1951 ; Pascal Jean, 1914, épouse en 1960, Ahutiare a Tina ; Ambroise Marcel, 1916 ; Nivel Benjamin, 1918, épouse en 1957, Teairu a Noho. D’une seconde union, en 1940, à Papeete, avec Ani Haumani, 1901, il reconnaît : Adrien Jean, 1920 ; Alfred Maurice, 1922, épouse en 1947, à Nouméa, Georgette Rollen ; Pierre Capriata, 1923, épouse en 1954, Vahinemata Maamaatua-hutapu ; Léon René, 1924-1954, tué en Indochine comme sergent ; Vitanie Marguerite, 1928, épouse en 1953 Roger Amiot, divorcée ; Clément Jérôme, 1930-1959 ; Angèle Antoinette, 1932, épouse en 1951 Robert Stein ; Louis André, 1933, épouse en 1954 Lala Richmond ; Françoise Moe, 1934. Il reconnaît en outre comme enfants naturels de Pauline Marcantoni, sœur d’Estelle : Innocence Eugénie, 1918, épouse en 1943 Tahia Tuarae Maitere ; Mataïapo Albert, 1919, épouse en 1949 Vaite Mataha, agent de police ; Étienne Clémenceau, 1923, parachutiste, porté disparu au cours d’une opération. Et enfin, d’une autre mère, Claire Élisabeth, 1904. On le voit une famille nombreuse, fort mélangée et peu classique. On comprendra donc que l’expédition du partage de la succession d’Ambroise Colombani ait demandé, de la part de deux notaires tahitiens, de longues et difficiles investigations.

COLOMBEL, Jean (1820-1875)

Colon propriétaire.

Né à Urville (Manche). Arrive à Tahiti le 4 novembre 1843 par l’Uranie comme matelot de l’équipage. Prend part aux combats de Mahaena et Mahina. Congédié le 15 mai 1847 à Tahiti. Se fixe au district de Mahina, comme colon militaire. En 1856, était au district de Mataïea, à Papeuriri. Propriétaire à Pueu vers 1865. Surveillant des Ponts et Chaussées (côte Est de Tahiti) en 1875. Meurt à Papeete le 13 décembre 1875. — De son union le 18 mai 1867 à Papeete, avec Aumai Taata, 1839-1918, sont nés : Louis, 1856-1887. — Marie, 1862-1930, épouse en 1901, à Papara, Terii Tapuarii : un enfant. — Alexandrine, 1864-1908. — Annette, 1866-1952. — Jules, 1873-1918, marié le 31 décembre 1895 à Pueu, avec Tuahu a Feute : six enfants. — Un Colombel, Ropa, né le 26 août 1924, est conseiller des îles Tuamotu ; lors de la scission du R. D. P. T. s’est rallié à J.-B. Céran-Jérusalémy. N’est pas réélu en 1958.

COLOMBEL Tetuahitiaa (1914-1947)

Fonctionnaire.

Fils de Punuarii Colombel et de Maumautaata a Temariauma. Né à Puéu le 14 mars 1914. Possesseur du brevet local, entre dans l’administration en 1931. Après un stage de radio-télégraphiste, il arrive à Rikitea, îles Gambier, en mai 1932, comme agent du service auxiliaire local. Bon linguiste, intelligent, actif, loyal et consciencieux, il sera un agent de grande valeur très apprécié des administrateurs Tandon et Sénac qui admirent son entregent et sa prodigieuse mémoire. « Il galvanise par les sports une jeunesse qui s’ennuyait et faisait des sottises » (Tandon). Il sera le maître Jacques de l’archipel pendant dix ans, interprète, télégraphiste, greffier-notaire, huissier… En 1939, il est affecté au Bureau des Tuamotu. Là, il participe d’une manière très active, en 1940, au ralliement de la colonie à la France Libre. Il sera un des membres fondateurs de la Ligue de la France Libre en septembre 1940. Il est nommé à Rurutu en 1943 où il remplace Henri Bouvier. On conserve aux archives une lettre de lui racontant comment il fait pavoiser Rurutu à l’annonce de la libération de Paris, en août 1944, qui est un document d’un sincère patriotisme. Délégué et juge de paix aux Australes, il se présente comme candidat indépendant à l’Assemblée représentative des Établissements français de l’Océanie en octobre 1947. Des attaques dans la presse affectent son moral et il se suicide le 29 décembre 1947 à Tubuai. Il était titulaire de la médaille de la Résistance. Il s’était marié le 29 août 1942 avec Romaine Guilloux, à Mangareva.

CONDIT, Clayton H. (1928)

Ministre de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Né le 19 mars 1928 à Clatsup Plains, Oregon (U.S.A.). Études à l’université de San Francisco et à l’université de Kansas City. Arrive à Tahiti pour la première fois en octobre 1960. S’y trouve encore, ayant servi la mission Sanito comme agent de l’Évêque, président de la mission, ainsi que comme pasteur de la plus grande congrégation. — Marié en 1952 avec Joan Howard et père de deux enfants, C. Condit a adopté une petite fille tahitienne.

CONTE, Ange (1839-1909)

Boulanger.

Propriétaire. Né le 11 avril 1839 à Cannes (Alpes-Maritimes). Arrive à Tahiti le 1 avril 1873, par le Var, comme boulanger de la marine. A la fin de son contrat, reste à Papeete où il exerce son métier dans les diverses boulangeries de la ville. Ayant réalisé quelques économies, se rend acquéreur d’une terre sise au district de Faaa, et la met en valeur. Meurt le 12 juin 1909 à Faaa, sans postérité.

COOK, Anna (1901-1946)

Directrice d’école.

Née à Poët-Laval (Drôme) le 23 juin 1901. Missionnaire protestante, elle est désignée pour Tahiti où elle arrive au début de 1929. Après avoir enseigné à Raiatea, elle prend en 1938, la direction de l’école des filles de Papeete, assumant en même temps un enseignement. Écrasée par un camion, à Papeete, le 4 juin 1946.

COOK, James (1728-1779)

Circumnavigateur anglais.

Né le 27 octobre 1728 à Marton (York), Angleterre. Officier de la marine royale, reçoit du gouvernement anglais la mission de se rendre à Tahiti pour y observer, d’accord avec la Société Royale de Londres, le passage de Vénus sur le Soleil. En fait il s’agit d’un voyage de découverte qui doit contrebalancer, dans le Pacifique, les entreprises des Espagnols. L’expédition, très soigneusement préparée, comprend bon nombre de techniciens et spécialistes, parmi lesquels l’érudit anglais Banks (1744-1820), futur président de la Société Royale, l’astronome Green (1735-1771), et le Dr D. C. Solander (1733-1782). Elle quitte Plymouth sur l’Endeavour, un solide bâtiment charbonnier, dont Cook prend le commandement. On entre dans le Pacifique par le cap Horn. L’expédition traverse les Tuamotu au début d’avril 1769, en signalant des îles déjà reconnues l’année précédente par Bougainville. Elle découvre Anaa et le 13 avril mouille dans la baie de Matavai, à Tahiti. Là, Cook installe à terre un observatoire sur la pointe de Mahina, aujourd’hui pointe de Vénus. Il fait organiser les échanges, mais malgré une stricte discipline et des postes de garde, ne parvient pas à empêcher des vols aussi importants que ceux d’instruments d’observation. Il prend des contacts à terre, participe à des jeux, à des danses, à des funérailles. Comme la paix règne dans l’île, il en profite pour en faire le tour, premier Européen à effectuer ce circuit. Commençant son voyage par l’Est, par Ahonu, il s’en fut ensuite à pied à Hitia où il rencontra le chef Ereti, qui avait reçu Bougainville. Il continua sur Taiarapu, Papara, visita le grand marae d’Amo à Mahaiatea et le 1er juillet était de retour à Matavai. Le 13 juillet l’Endeavour appareillait et partait reconnaître les îles Sous-le-Vent : Huahine, 16-17 juillet ; Raiatea, Opoa, 20-25 juillet ; passe en vue de Tahaa et de Bora-Bora, Raiatea, 2-9 août, Rauto Anai, où il s’arrête pour des réparations. Le 13 août, Cook découvre Rurutu, mais il ne peut y débarquer à cause de l’hostilité des indigènes. Tupaia, le guide indigène, signale à Cook la présence de nombreuses autres îles dans le Sud, mais Cook appareille le 15 août vers le Sud, à la recherche d’un continent austral. Le 7 octobre, il atteignait la Nouvelle-Zélande. Il rentrera en Angleterre en août 1771. La traduction du voyage sera publiée officiellement par Hawkesworth en 1773. La première traduction française date de 1774. Le récit du séjour de Cook dans les différentes îles de l’archipel est une des meilleures sources de documentation sur l’ancien Tahiti et ses habitants. Onze planches et quatre cartes y concernent la Polynésie française, dues au crayon du dessinateur de l’expédition Sydney Parkinson, 1745-1771. L’ouvrage comprenait aussi un vocabulaire de quatre-vingt-onze mots de la langue de Tahiti. Dès le retour de son premier voyage, Cook fut chargé, par l’amirauté anglaise, d’une seconde mission dans les mers du Sud, dont le but officiel était la découverte du continent austral. Deux navires furent frétés : le Resolution, capitaine Cook et l’Adventure, capitaine Tobias Furneaux. Deux naturalistes : Johann et Georg Forster, ainsi que deux astronomes : William Wales et William Bayly font partie de l’expédition. On appareille de Plymouth le 13 juillet 1772. Lors de ce voyage, Cook demeurera une quinzaine, du 17 août au 1er septembre 1773 à Tahiti, d’abord à Vaitepiha, puis à Matavai. Il visitera ensuite Huahine du 3 au 7 septembre, puis Raiatea du 8 au 17. Il quitte alors l’archipel et après avoir vainement cherché le continent austral jusqu’à la Nouvelle-Zélande et abordé à l’île de Pâques, il se dirigea vers les Marquises. Le 7 mars 1774, il découvre Fatu Huku, passe devant Motane, Hiva Oa et Tahuata, îles découvertes par Mendana, dont Cook vérifie et corrige la situation. Le 12 avril, le Resolution quitte les Marquises pour retourner à Tahiti. En route, le 19, il découvre Apataki, puis Toau, Arutua et Kaukura, qu’il nomme les îles Palliser. A Tahiti, du 21 avril au 14 mai. Puis seconde visite à Huahine et Raiatea qu’il quitte le 5 juin. Il est de retour à Plymouth le 30 juillet 1775. Le récit officiel du voyage parut en 1777. On y trouve de nouvelles observations sur les mœurs et coutumes des indigènes, des précisions géographiques et ethnographiques sur l’archipel des Marquises. L’ouvrage possède deux cartes concernant la Polynésie française et quatorze planches dessinées par Hodges, portraits, vues locales, et le fameux dessin de la flotte de guerre tahitienne rassemblée à Opari, des illustrations concernant les Marquises. Cette édition avait été précédée de plusieurs éditions « pirates », notamment celle de Johann Reinhold Forster, naturaliste de l’expédition, qui froissé de s’être vu refuser toute participation à la rédaction du rapport officiel dont il avait été chargé au départ, s’était ingénié à faire paraître son récit deux mois avant l’édition officielle. Une troisième fois, le 9 février 1776, l’Amirauté britannique chargea le lieutenant Cook d’un voyage d’exploration, dans le but de découvrir un passage nord-ouest entre le Pacifique et l’Atlantique. Le Resolution, capitaine Cook, et le Discovery, capitaine Clerke, quittent Plymouth le 1 juillet 1776, ayant à bord l’astronome William Bayly, le Dr Anderson, médecin et naturaliste et le peintre J. Weber. Le 9 août 1777, on découvre Tupuai, une des Australes et le 12 on jette l’ancre à Vaitepiha, puis le 24 à Matavai. Visite à Otoo, roi de l’île, qui parle de la révolte à Moorea. Cook assiste à un sacrifice humain et à des jeux de guerre. Il est informé du passage des missionnaires espagnols. Le 30 septembre l’expédition part pour Moorea où elle séjourne du 1 au 11 octobre; puis visite Huahine, 11 octobre-2 novembre, et Raiatea, 3 novembre-7 décembre où Cook dépose Omai ramené d’Angleterre. Observations astronomiques. Complot pour s’emparer de Cook. Visite de Bora-Bora le 8 décembre. — C’est au cours de ce voyage que Cook est tué par des indigènes aux îles Hawaï, dans la baie de Kéalokekoua, le 4 février 1779. La relation officielle du troisième voyage de Cook parut en trois volumes à Londres, en 1784. Cet ouvrage apporte de nombreuses observations nouvelles sur les insulaires des îles visitées, un fort curieux rapport sur Tahiti, écrit par W. Anderson, le chirurgien à bord du Resolution et une copieuse et admirable iconographie de quatre-vingt-sept planches ou cartes, dont huit intéressent la Polynésie française. On trouvera là notamment le fameux dessin de Weber représentant un sacrifice humain sur un marae, l’image de l’ostention funèbre d’un chef tahitien décédé, ainsi que des gravures de danses et de danseuses. La traduction française du troisième voyage parut à Paris, en quatre volumes en 1785.

Bibliographie. Nous avons mentionné les éditions originales de Cook. Les éditions anglaises et les traductions sont innombrables. Une édition critique de Cook a paru dans les publications de l’Hakluty Society : The Journals of Captain James Cook on his voyages of discovery, edited by J.C. Beaglehole, Cambridge, 1955-1967. 3 t. en 4 vol. avec un portefeuille de 88 reproductions.

COOPER, Ebenezer Vicesimus (1852-1902)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 21 août 1852 à Bolton (Lancashire). Missionnaire, ordonné le 16 juin 1880, il épouse, le 17, Elisabeth Ann Allanson. S’embarque, à Bordeaux, le 2 septembre de la même année et arrive à Huahine en février 1881. Sa femme meurt à la suite de ses couches, le 4 juin. Épouse le 4 août 1883, à Papeete, Blanche Clara Henry, 1860-1914, arrière-petite-fille du Rév. W. Henry, qui, élevée à Tahiti et en connaissant parfaitement la langue, aidera son mari dans son œuvre missionnaire. A Sydney, pour raisons de santé, en 1888. En juillet 1890, à la suite des troubles politiques survenus lors de la prise de possession de Huahine par la France, il se retire à Tahiti. En août, il visite Huahine et d’autres îles du groupe pour organiser le transfert des missions et de leurs bâtiments à la Société des Missions évangéliques de Paris. Rentre en Angleterre, où il arrive le 13 mai 1891. Retournera en Océanie et passera de 1893 à 1901 à Tutuila (Samoa américaines). Meurt à Bolton, Angleterre, le 16 novembre 1902. Sa femme ira terminer ses jours en Nouvelle-Zélande. — De leur union étaient nés trois enfants : Mary-Alice, 1888, qui épouse Robert Carnachan. — Blanche Isabelle, 1891, qui épouse Robert Hutton. — Agnès Lilian, 1896, qui épouse Harrold Ennor.

COPETTA-GAUTIER, César (1906)

Architecte.

Né de parents français, à Santiago du Chili, le 20 novembre 1906. Études aux Beaux-Arts de Paris où il est architecte D.P.L.G. S’installe d’abord au Chili où il construit quelques immeubles et des villas « modernes ». Réside à Papeete depuis 1954. La ville n’a alors guère modifié ses structures depuis Napoléon III. Hormis les solides bâtiments administratifs, militaires ou religieux, on n’a guère construit que des maisons coloniales en bois ou de légères constructions en matériau indigène. Les quelques tentatives plus récentes — collège Lamennais ou la Douane — sont des œuvres d’entrepreneurs sans culture. On doit à Copetta, homme d’un caractère difficile, mais architecte de talent : l’auditorium du collège Gauguin, le Trésor, l’aérogare de Faaa, l’hôtel Taaone, constructions qui toutes, dans leur genre, témoignent de partis heureux, d’une utilisation agréable de matériaux modernes, et sont à la fois bien adaptés à leur fonction, au climat et au cadre dans lequel ils sont placés.

COPIE, Julien (1893-1973)

Fonctionnaire du Cadre des Transmissions coloniales.

Né le 13 juillet 1893 à Bressey-sur-Tille (Côte-d’Or). Participe à la Première Guerre mondiale dans la marine comme électricien T.S.F. et est torpillé trois fois. Après avoir été en poste aux Nouvelles-Hébrides arrive à Tahiti en 1924. Deviendra chef de la station radio-télégraphique de la Polynésie française à Mahina. Il meurt à Papeete le 16 avril 1973. De son union, en secondes noces, avec Christine (Tina) Parker, 1904, sont nés : Andrée, épouse Maurice Pambrun. — Juliette, qui épouse Michel Espinasse qui sera directeur de la Radio locale, † 1967, et Juliot, employé à l’ORTF.

COPPENRATH, Clément (1888-1966)

Homme d’affaires.

Fils du suivant. Né le 1er mai 1888. Études à Papeete. Participe à la Première Guerre mondiale, notamment en Orient (Salonique). Codirecteur de la Maison Donald de 1920 à 1942. Contraint de quitter cette situation et cette maison au moment des affaires de la France Libre qui lui valent quelques autres ennuis d’ordre matériel et l’obligent à vivre un temps dans sa propriété de Fautaua. Devient, en 1946, directeur des Établissements Tony Bambridge. A été conseiller municipal de Papeete. Homme de fermes convictions et d’une charité sans cesse en éveil, fort estimé à Tahiti, Clément Coppenrath est décédé à Papeete le 19 mars 1966. Membre du Bureau de la Chambre de Commerce, assesseur au tribunal de Commerce, il était chevalier de la Légion d’honneur et du Mérite commercial. De son union, à Poitiers, en 1921, à Marthe Servant, 1899, sont nés à Papeete : Gérald, 1922, Michel, 1924, et Hubert, 1930.

COPPENRATH, Gaspard (1849-1906)

Négociant et armateur.

Né le 10 mai 1849 à Munster en Westphalie (Allemagne). Étant à Lima pour une maison anglaise de Liverpool où il a vécu, est envoyé en 1877 par cette maison pour prendre la direction de la maison Brander, à Papeete, avec un contrat de trois ans à raison de 25 000 F par an. Arrive à Papeete en septembre 1877 sur le briggoélette Nautilus, venant de San Francisco. Quitte la maison après un an, après s’être marié, à Papeete où il réside, à une protestante Esther Bambridge. Part avec sa femme à San Francisco où naît leur premier enfant. Revient à Tahiti et y fonde une maison de commerce qui deviendra une des plus grosses affaires de la place. Possède un magasin, quai du Commerce ; fait de l’exportation du coprah, de la vanille et surtout de la nacre ; est armateur et banquier, en rapport avec des maisons de Londres, Hambourg et San Francisco. Il fonde en outre des comptoirs à Mangareva, aux Tuamotu, à Pitcairn, à Penhrym. En 1900, est acquéreur du Palais du roi Pomaré pour la somme de 60 050 F. Devant les réactions suscitées par cet achat, le Conseil général décide de mettre une surenchère à cette vente. M. Coppenrath apaisa l’émotion publique en cédant à l’Administration son acquisition sans prendre aucun bénéfice. Sérieusement éprouvé par les cyclones de 1903 et de 1906, il part en Europe pour chercher des capitaux. Il meurt dans sa ville natale, à Munster en Westphalie, le 12 octobre 1906, laissant à Tahiti le souvenir d’un homme de loyauté et d’honneur. Il avait été naturalisé français le 12 septembre 1904. Gaspard Coppenrath était apparenté, par ses sœurs, aux familles Rohling et Vonegut, qui eurent des représentants à Tahiti. De son union, avec Esther Bambridge, 1857, sont nés douze enfants : Léon, 1881-1971 ; études en Belgique ; cocoteraies à Rangiroa, aux Tuamotu. Trois enfants, un fils, Gaspard, qui gagna la Légion d’honneur comme sous-officier dans un régiment de chars au cours de la Seconde Guerre mondiale, après avoir été propriétaire en Tunisie, revient à Tahiti où il s’établit comme restaurateur à Papeete à la suite de Chapiteau, et deux filles, Germaine, 1920, épouse Alfred Picard, actuellement instituteur retraité à Arue, et Simone, 1922, qui, en 1953, épouse René Souffron, 1904, durant vingt-sept ans commissaire aux Messageries Maritimes, puis chef de service de la Marine marchande à Papeete et qui prend sa retraite à Tiputa, Rangiroa. — Jean, 1882, épouse une Néo-Zélandaise et part se fixer dans le pays de sa femme où il meurt en 1960. — Hélène, 1883, études en Belgique, épouse Henri Bodin. — Théodore, 1885-1917, mort au Champ d’honneur, le 27 août 1917 en Serbie au cours de la Première Guerre mondiale, cité à l’ordre du jour. Avait épousé Célestine Winchester, décédée avant son mari, après lui avoir donné une fille, Augusta, décédée à Raivavae en 1943. — Olivette, 1886-1961, célibataire, vit et meurt à Los Angeles. — Clément, 1888. — Pauline, 1891, épouse Walter Reichmann, vit à Los Angeles, sans postérité. — Léonie, 1893, épouse John French, et meurt à Los Angeles en 1964, deux enfants. — Alfred, 1894, citoyen américain, officier mécanicien de la Marine Marchande des États-Unis ; prisonnier des Japonais en Malaisie lors de la Seconde Guerre mondiale. — François, 1896-1935, attaché à la maison Donald ; célibataire. — Joséphine, 1898, passe sa vie célibataire et meurt à Los Angeles en 1969. — Frédéric, 1901, quitte Tahiti en 1922, directeur du département « Étranger » de l’American Trust Co. Ltd à San Francisco. Épouse une Américaine, une fille.

COPPENRATH, Gérald (1922)

Avocat et homme politique.

Fils de Clément Coppenrath. Né à Papeete le 27 avril 1922. Études au Collège Saint-Joseph et à l’Université de Poitiers. Membre du Maquis « Joël » dans la Vienne en 1944. Licencié en droit et en lettres. Repart en 1948 à Tahiti où il exerce comme avocat-défenseur, associé parfois pour quelque temps à P. de Montluc, 1948, Philippe Rousselin ou Claude Girard. Exerce seul actuellement. Sera le Premier bâtonnier de l’Ordre, en nov. 1972. Secrétaire du Syndicat des Éleveurs, et de la Coopérative des producteurs de coprah, président de l’Association des Parents des Écoles libres, Gérald Coppenrath s’intéresse de très près à la vie locale. Les élections locales pour l’application à Tahiti de la loi cadre font de lui un membre de l’Assemblée locale. Il sera conseiller Territorial durant deux législatures, en 1957 et 1963. Élu par l’Assemblée Territoriale sénateur de Tahiti le 8 juin 1958 par treize voix contre onze à M. Florisson, sénateur sortant, il est réélu une seconde fois, le 26 avril 1959, par quarante-trois voix contre dix-sept à M. Pouvanaa a Oopa. Au Sénat, G. Coppenrath, membre de la Commission des Affaires culturelles et membre du Comité directeur du F.I.D.E.S. est notamment intervenu pour la prise en charge de l’enseignement secondaire dispensé en Polynésie, pour la suppression de la participation du Territoire aux dépenses des Services d’État et a demandé l’implantation à Papeete d’une section de l’Institut Français d’Océanie (dépendant de l’ORSTOM). Non réélu comme sénateur en 1962. Prend la tête du mouvement Iaora o Polinesia qui fusionnera en 1970 avec celui de Taufa et des Indépendants de Vanizette pour former le « Te Autaboeraa », l’Union fraternelle. Charles Taufa sera par la suite conseiller du Gouvernement avec Maco Tevane. Le parti est représenté à l’Assemblée Territoriale par Frantz Vanizette, Michel Law et Tama Teriivaetua de Mooréa. Homme de réflexion et d’expérience, juriste de surcroît, G. Coppenrath a écrit quelques articles bien informés sur l’évolution de la vie politique à Tahiti depuis la Seconde Guerre mondiale. On lui doit également une étude sur les Chinois à Tahiti, 1967, qui restera le livre de base sur l’histoire de l’intégration de ces immigrants dans la communauté polynésienne. G. Coppenrath est membre du Lions Club qu’il présidera en 1971-1972. De son union à Papeete en 1949, avec Claude Thirel sont nés : Armèle, 1950, licenciée ès sciences économiques, épouse en 1973 François Merceron, 1950, licencié en géographie, continuent leurs études en France. — Yves, 1951, étudiant en agriculture à Angers. — Béatrice, 1953, étudiante à Bordeaux, épouse à Papeete en 1973 Joël Vernaudon, ingénieur électronicien. — Laurence, 1955. — Brice, 1957. — Anne et Véronique, deux jumelles, 1959, qui se distinguent en natation. — Agnès, 1963.

COPPENRATH, Hubert (1930)

Prêtre.

Fils de Clément. Né le 18 octobre 1930, à Papeete. Études ecclésiastiques en France, d’abord au Séminaire Saint-Sulpice, puis à l’Institut catholique de Paris qu’il quitte licencié en théologie. Ordonné prêtre à Poitiers le 26 juin 1957. Regagne Tahiti le 21 janvier 1959. Vicaire à Papeete, puis curé d’Arue, avant d’être nommé en 1966 curé de la cathédrale. Il est directeur administratif du Bon Pasteur. Directeur de l’enseignement jusqu’en 1971. Linguiste, il prépare la 5 édition révisée du Dictionnaire et de la Grammaire de Mgr Tepano Jaussen. Après Vatican II, il est nommé président de la Commission diocésaine de traduction pour les livres liturgiques en langue tahitienne. Il est également chargé de la pastorale dans les milieux de langue tahitienne et chargé des émissions religieuses en langue vernaculaire.

COPPENRATH, Mgr Michel (1924)

Archevêque de Papeete.

Né le 4 juin 1924 à Papeete. Études primaires chez les Frères. Études secondaires, 1933, chez les Jésuites de Poitiers. Participe, dans la Vienne, avec son frère Gérald, aux opérations du Maquis Joël à la fin de l’occupation allemande en France. Études ecclésiastiques au Séminaire Saint-Sulpice à Paris, 1950-1953, et l’Université Grégorienne, à Rome, 1954-1957. Licencié en droit civil et docteur en droit canonique. Ordonné prêtre à Poitiers le 29 juin 1954. Chapelain de Saint-Louis des Français à Rome, en 1956. Rentre à Tahiti le 13 juin 1959. D’abord vicaire à la paroisse de Sainte-Thérèse avec le Père Pierre Laporte, puis curé de la Sainte Trinité, 1965, dont il établit les premiers éléments. Vicaire général du diocèse en novembre 1967. Nommé archevêque titulaire de Tigisi et coadjuteur de Mgr Mazé le 16 février 1968 ; sacré à Papeete le 3 juin. Le 5 mars 1973, il est nommé Archevêque de Tahiti, sede plena, après résignation de son titre par Mgr Mazé. Croix du combattant volontaire de la Résistance. Chevalier de la Légion d’honneur en 1973. Ses armes sont d’or aux palmiers de sable, issant d’une île au naturel, entouré d’une mer d’azur et la dextre Christ bénissant, en chef, Devise : Evangélisare divitias Christi. Les premières années de l’administration de Mgr Coppenrath ont été marquées par la tenue de deux synodes diocésains. Le premier, 27-31 juillet 1970, à Ste Thérèse, réunit 280 membres de l’Église et aboutit à la constitution d’un secrétariat général qui tiendra lieu de Conseil pastoral, avec le but de faire rentrer les fidèles dans une plus large responsabilité à la vie de l’Église. Il avait été préparé par les travaux du R.P. Xavier Baronnet, s.j. et du chanoine Boulard. Le second s’est tenu en août 1973. L’archevêque a pratiquement visité toutes les îles sous sa juridiction, a inauguré les églises ou chapelles de la Trinité et de Dom Bosco, à Pirae, du Christ Roi à Pamatai, ouvert l’école Saint Michel à Pirae. Il a introduit dans le diocèse les filles de la charité du Sacré Cœur. Et il attend une fondation des Clarisses. Il a accueilli, en août 1971, la 5 session de la CEPAC — Conférence épiscopale du Pacifique Sud — dont les 12 évêques se sont réunis à Papeete à l’occasion des Jeux du Pacifique. Il a reçu, en septembre 1968, la visite du futur Cardinal Sergio Pignedoli, alors secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation du monde. L’année suivante le père A. Cools, archiviste de la Congrégation des PP. des Sacrés-Cœurs, vient inventorier les archives de la Mission. Il en résulte un Répertoire des Archives de l’Archidiocèse de Papeete (219 f., avec quelques illustrations et fac simile) établi méthodiquement de la manière la plus claire et la plus détaillée qui rend facilement accessible à un chercheur ce dépôt fort important pour l’histoire de la Polynésie française.

COQUIN, Jean (le Père Alphonse). 1896

Religieux picpucien.

Né le 20 juin 1896 à Saint-Denis de Gastines (Mayenne). Profès en 1926. Ordonné prêtre en 1929. Arrivé à Tahiti le 3 décembre 1930. Occupe la mission de Taravao jusqu’en 1941, puis est chargé des Australes, Tubuai, Rurutu, jusqu’en 1953, date où il est nommé dans ce qui deviendra la paroisse de Sainte-Thérèse, à Papeete, dans le quartier de Taunua. Il y organise en 1957 et 1958 des écoles primaires, construites par la mission avec l’aide du F.I.D.E.S., annexes, bientôt indépendantes, de celles de la cathédrale.

COSTES, Joseph (Frère Fabien). 1796-1878

Né à Ceyrac (Aveyron).

Menuisier à Milhau, il rêve de faire son tour de France, comme compagnon. Profès chez les Pères des Sacrés-Cœurs le 11 avril 1833 ; il fera son tour du monde avec Mgr Rouchouze qui l’entraîne avec lui en Océanie, jusqu’aux îles Gambier, où il travaillera quarante-trois ans, constructeur de presbytères et d’églises. Il installe une tissanderie où fonctionnèrent quatorze métiers. Il formera des maçons qui construiront sous sa direction l’église d’Aukena et plus tard celle de Papeete. Il est architecte, il est sculpteur, ornant les autels et les tabernacles de « fleurs de nacre » qui émerveillent les visiteurs. Il meurt le 6 mai 1878 à Mangareva.

COSTES, Rémi (le Père Venance). 1905

Religieux picpucien.

Né le 14 octobre 1905 à Colombiès (Aveyron). Profès en 1924. Ordonné prêtre en 1929. Arrive à Papeete le 3 décembre 1930. S’occupera, à Tahiti, des districts de Punaauia et de Paea ; puis de Taravao avec le Père Coquin, jusqu’en 1933. Est alors envoyé aux Tuamotu du N.-E. jusqu’en 1940. Prend alors en charge les petites îles Sous-le-Vent jusqu’en 1945, en résidence à Raiatéa. Dessert tout le groupe en 1947. Reste en Europe après le chapitre de sa congrégation de 1947.

COTARD, Pierre (le Frère Adolphe). 1832-1887

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né le 31 décembre 1832 à Tréguidel (Côtes-du-Nord). Marin des Équipages de la flotte. Fait campagne en Crimée, en Italie et au Mexique, où il est décoré de la médaille militaire, pour sa bravoure. Profès dans la congrégation le 15 août 1866. Arrive à Tahiti le 7 mai 1867 par la frégate Néréide, comme instituteur. Enseigne à l’école de Papeuriri (Mataiea), pendant vingt ans. Meurt le 8 juin 1887 à l’hôpital militaire de Papeete, regretté de tous. — Voir à son sujet le Journal Officiel des Établissements Français de l’Océanie, 1887, p. 133.

COTTEZ, Jean (1894-1961)

Officier de marine.

Né en 1894. Entre à l’École navale en 1913. Après la Première Guerre mondiale, participe, aux côtés du général Mangin, à la croisière du Michelet « autour du continent latin ». Pénètre une seconde fois dans le Pacifique avec la division volante de l’amiral Gilly en 1923. L’année suivante, comme second de l’Aldébaran, stationnaire à Nouméa, a l’occasion de visiter à plusieurs reprises la Polynésie et la Mélanésie française. Fait alors un séjour de quatre mois à Tahiti, détaché aux Colonies, comme délégué dans les fonctions d’administrateur de l’archipel des Tuamotu et juge de paix à compétence étendue. Il a alors l’occasion de parcourir les Tuamotu à bord d’une goélette la Mouette, avril-juillet 1925. Quitte la marine de bonne heure, comme capitaine de frégate. Esprit cultivé, amateur de livres de voyages, curieux du passé de l’Océanie, chercheur perspicace et souvent heureux, le Cdt Cottez, retiré à Arcachon, consacra une partie de sa retraite à des recherches concernant le Baron Charles de Thierry, « roi » de Nuku Hiva ; les premiers navigateurs russes dans le Pacifique ; les divers pavillons océaniens ; Fergus ; Arnaudtizon ; le Comte Pouget… et d’autres épisodes de la vie maritime dans le Pacifique. On trouvera ces contributions à l’histoire de la Polynésie française dans le Bulletin de la Société des Études océaniennes, entre 1933 et 1961. Le Cdt Cottez faisait en effet partie de cette société depuis 1924, et il préparait, lorsque la mort le surprit, en février 1961, un troisième voyage autour du monde pour sa documentation personnelle, voyage qui devait lui permettre un séjour de trois mois à Papeete. Voir sur lui : P. O’Reilly, Le Cdt Cottez (J. S. O., 1961).

COUAVOUX, Antoine (1846-1890)

Propriétaire.

Né en 1846 à Renaison (Loire). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Tahiti en 1870. Est libéré du service en 1873. Va se fixer à Taiohae (Marquises), comme colon militaire. En 1889, est propriétaire terrien et négociant. Possède un magasin A la belle étoile. Disparaît de Taiohae le 15 juin 1890, sans laisser de trace, présumé victime d’une vengeance de naturels de l’île.

COULON, Germain (1854-1918)

Imprimeur.

Né le 21 août 1854 à Bourges (Cher). Sergent au 3 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete du transport de l’État le Navarin, le 2 avril 1878. Peu après son arrivée, participe à l’expédition chargée de réprimer l’insurrection aux îles Marquises, commandée par l’amiral Bergasse Dupetit-Thouars. Se fait libérer à Tahiti en octobre 1881, s’installe à Papeete comme horloger, rue de la Petite Pologne. En 1906, on le trouve à la tête de l’Imprimerie nouvelle, rue de l’Est et de la Petite Pologne. Il joint à ce travail un salon de photographie où il « vend un grand assortiment de cartes postales de Tahiti, Mooréa, Tuamotu, Marquises, Raiatéa, etc. » dont il est le propriétaire. Il s’intéresse vivement aux affaires locales et participe à la vie publique. Gérant du journal local Le Tahitien. Le journal Le Libéral voit le jour dans son imprimerie dont le directeur-gérant est Eugène Brunswick. Il sera conseiller général de 1898 à 1903 ; conseiller municipal, puis premier adjoint au maire, de 1890 à 1918. Membre de la Chambre de Commerce de 1890 à 1918. De son union, le 7 janvier 1882, à Papeete, avec Blanche Hamelin sont nés : Ferdinand, 1882-1918, qui épouse, en 1903, Angélina Suhas. — Albertine, 1883-1949, qui épouse, en 1921, Corneille Bohler, 1876-1955, perruquier. — Pauline, 1885, épouse en 1905 René Henaff, brigadier de police, meurt à Brest. — Émile, 1886, quitte Tahiti, meurt aux États-Unis. — Charles, 1888. — Honoré, 1889, quitte Tahiti, meurt en Californie. — Raphaël, 1896-1925, se marie, en 1920, avec Joséphine Suhas. Ancien combattant de 1914-1918. — Lucie, 1897. — Rose, 1898, épouse, à Mahina, en 1919, Nui a Maruaitu.

COULON, Michel (1892)

Né le 29 juillet 1892 à Issoudun (Indre).

Aviateur durant la Première Guerre mondiale, arrive en 1920 à Tahiti. Est engagé par le Père Rougier pour une gérance à l’île Christmas. Part sur la Tamarii Moorea dont le capitaine Sommer meurt fou en mer sans avoir pu trouver Christmas et ayant épuisé toute sa provision de combustible. L’équipage se retrouve à Nukunono, une île des Gilbert. Michel Coulon prend à Apia des leçons de navigation et ramène la Tamarii Moorea à Papeete. Reste à Christmas jusqu’en 1927 ; va alors à Raiatéa où il est gérant de la Compagnie immobilière agricole à Huahine jusqu’à sa faillite en 1932. Épouse une demoiselle Sanquer et vit à Raiatéa. Est élu par l’île à l’Assemblée représentative après la guerre, puis sera conseiller des Établissements français de l’Océanie à l’Assemblée de l’Union Française, durant sa première législature, de 1946 à 1952. Sera remplacé à l’Assemblée par Céran-Jérusalémy. Peu après va s’installer en Nouvelle-Calédonie où il vit à Nouméa.

COVER, James Fleet (1762)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 26 juillet 1796 à Londres. Marié, fait partie du premier contingent de missionnaires parti par le Duff. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. C’est lui qui, le jour de la prise de contact avec les Tahitiens, préside le service qui a lieu sur le pont du Duff devant une cinquantaine d’indigènes. Il prêche « with a peculiar solemnity and excellence » sur le texte de saint Jean « Dieu est amour ». C’est lui aussi qui, un an plus tard, lors du fameux meeting du 27 mars, soutient la thèse qu’il faut abandonner Tahiti. Entraîne dans sa détermination neuf missionnaires et quitte l’île, par le Nautilus, le 31 mars. Gagne Sydney et rentre en Angleterre où il arrive le 5 septembre 1800.

COVIT, Bernard (1907)

Journaliste.

Né en juin 1907 à Brooklyn (New York). Diplômé de la New York University, B.C.S. Journaliste et directeur de films. Arrive pour la première fois à Tahiti en 1933. Depuis cette date y fait de nombreux séjours entrecoupés de résidences à l’étranger. Vit à Manille, à Hong-Kong. Devient correspondant de guerre au cours de la Seconde Guerre mondiale et, fait prisonnier aux Philippines, passera deux ans aux mains des Japonais. B. Covit est représentant à Tahiti de l’agence United Press. Il collabore à Travel Magazine, Liberty Magazine, au New York Time et au New York Herald. Covit a publié en 1933 une plaquette de 48 pages : Official Directory and Guide Book for Tahiti. Ce guide, réédité périodiquement, connaît une nouvelle édition en 1973. Un bon livre de référence, bilingue, de plus de 300 pages.

COWAN Peter († 1938) et Jack (1889-1969)

Originaires d’Édimbourg, trois frères Cowan arrivent dans le Pacifique au cours des années 70 du siècle dernier.

L’un d’eux, Peter, s’installera comme négociant et commerçant à Mauke, Rarotonga, qui se trouve être une escale de la ligne, alors florissante, reliant la Californie à la Nouvelle-Zélande. Il y devient propriétaire et y épouse une fille du pays, Konini Tamaruanui, union d’où naît, le 9 août 1889, un fils Jack. Jack, un temps bûcheron et charpentier en Nouvelle-Zélande, sera à Rarotonga le représentant de la Kaori Timber Co. Ce bûcheron est aussi un sportif. Il aime la boxe et se taille, au début du siècle, quelques succès sur les rings du Pacifique, voire même aux États-Unis. Il s’est trouvé un best seller anglais, Frédéric O’Brien, pour nous laisser le témoignage d’un de ses combats. Nous sommes à Papeete, l’affiche porte, en trois langues : « Casino de Tahiti. Grand match de Boxe. — Great boxing match. — Moto raa rabi. Pour le championnat des E.F.O… » Mais Cowan est considéré comme « hors concours » et donnera seulement une exhibition. Les places sont à 2,50, 2 et 1,50. Et de nous donner une description haute en couleur, des boxeurs et de leur public (Mystic Islands of the South Seas). Jack fait la guerre mondiale dans les forces néo-zélandaises. Après guerre, il vit quelque temps aux îles Cook puis vient s’installer à Tahiti où il fonde, en 1928, une entreprise d’acconnage qu’il dirige d’abord personnellement avant d’en faire, le 24 janvier 1966, une société familiale, une des rares sociétés de la place à avoir été montée uniquement avec des capitaux tahitiens. Décédé à Papeete le 21 juillet 1969. Venu à Tahiti en 1911 et en 1912, Jack y épouse, le 29 novembre 1913, une jeune fille originaire de Huahine et élevée chez les Sœurs de Cluny, Henriette Céran, 1895, union d’où naîtront à Papeete : André Tamarua (1915-1961), qui après des études dentaires interrompues par la guerre à Bayonne fait la guerre comme volontaire dans la marine de commerce : Ville d’Amiens et navires américains. André Cowan fera aux États-Unis, après les hostilités, une carrière assez spectaculaire : c’est lui qui, à Marina Land Studio, de Miami (Floride), dresse et présente des dauphins en un spectacle qui charme les amis des bêtes et montre jusqu’où peut aller le dressage d’animaux par un maître intelligent et sensible. Il vient mourir à Tahiti en 1967. — Keith, Matatia, 1916. Vit en Nouvelle-Zélande où il part en 1946 après des études en France. — Luc, Heitarauri, 1918, travaille dans l’entreprise de son frère à Papeete. — Peter, Taataori, 1920, fait la Seconde Guerre mondiale comme volontaire dans les Australian Imperial Forces en Nouvelle-Guinée où il est deux fois blessé. — Yolande, Teriimarereva, 1922, vit mariée à Honolulu. — Gisèle, Konini, 1924, vit mariée à Seattle, USA. — Francis, Puara, 1926. — Eileen, Tepaeru, épouse un Américain et vit à Maui (Hawaii). — Philippe, Teraiapiti, 1931, travaille dans l’entreprise familiale à Papeete. Il se trouve être le premier Tahitien à avoir, en 1948, fait le tour du monde avec trois camarades sur un yacht mexicain La Barco Oro. — Dallas, Tauirarii, 1934, vit à Tahiti. — John, décédé en bas âge. — Thomasina, Te Poe, 1936, épouse un Américain et vit à Hawaii. — D’un autre lit : Gérard, 1948, épouse Ingrid Drollet et Alda.

COWAN, Francis (1926)

Directeur d’une entreprise d’acconage et de transports.

Fils du précédent. Né le 6 mai 1926 à Papeete. Études à l’école des Frères de Ploërmel (collège Lamennais) et au Seddum Memorial & Technical College à Auckland (Nouvelle-Zélande). L’entreprise familiale J. A. Cowan et fils qu’il dirige depuis 1955 a trois sortes d’activités : l’acconage ou stevedoring, le transport et la distribution, le transit en douane. Elle emploie en permanence 130 employés et, pour les déchargements de navires, à certains jours, pratiquement tous les dockers disponibles sur le port, soit de 350 à 400 ouvriers syndiqués. Passionné de navigation, Francis Cowan prend part, sous la direction d’Éric de Bisschop, avec Alain et Michel Brun et le Chilien Juanito, à l’expédition du Tahiti Nui qui, partie de Port Phaëton, Tahiti, le 15 novembre 1956 en direction du Chili, sera recueillie par le Boquedano, une unité de la marine nationale chilienne, au large de l’île Juan Fernandez. Il est membre fondateur et commodore du Yacht Club de Tahiti et président du comité Transpacific Yacht Club. — Épouse, en 1948, Monique Adams, 1926. Deux enfants, Barbara, 1956 et James, 1958.

CRANE, Cornelius (1905-1962)

Industriel et philanthrope.

Né à Chicago Ill., U.S.A., le 29 juin 1905. Études à la Phillips Andover Academy, Andover (Mass.) complétées par des voyages avec des précepteurs à travers le monde. Directeur à la Crane bath, tubs and toilet articles. S’est toujours intéressé à la recherche scientifique et maritime dans le Pacifique et a patronné plusieurs expéditions dans ces parages. En novembre 1928, les savants de la Crane Pacific Expedition, à bord de son yacht Illyrica travaillent intensivement aux îles Galapagos, en Polynésie et en Nouvelle-Guinée, rapportant 60 000 objets ethnographiques ou spécimens d’histoire naturelle pour le Chicago Museum of natural history, et le Peabody Museum of Salem (Mass.). C’est au cours de cette expédition que Cornelius Crane fait connaissance de Tahiti où il achète une propriété à Paea sur laquelle il fait construire une maison d’habitation. En 1937-1938, il patronne une expédition dans l’intérieur de la Nouvelle-Guinée, pour des recherches d’anthropologie somatique et d’ethnographie pour le compte de Peabody Museum of Salem. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, C. Crane revient à Tahiti après une absence prolongée. Il est frappé par le développement de l’éléphantiasis et de la filariose dans l’archipel. Son appui financier permet la mise sur pied d’un programme de recherche et de lutte contre ces maladies, avec le concours du Gouvernement français et des Universités de Californie et de Los Angeles. Un centre de recherches est installé à Papeete qui entreprend de fructueuses campagnes contre la filariose, campagnes menées à bonne fin, d’abord dans les districts de Tahiti, puis poussées jusque dans les autres groupes de l’archipel. Dans le même but d’être utile à une terre qu’il aime et de sauvegarder l’existence d’une riche collection de plantes tropicales, Cornelius Crane achète en 1951 la propriété créée de 1920 à 1947, par Harrison Smith à Motuovini et la maintient en état après s’être assuré qu’après sa mort elle serait entretenue par l’administration française et conservée, comme jardin botanique, pour l’avantage des Tahitiens et la satisfaction des touristes et des visiteurs de l’île. Fait, en 1950, l’acquisition du yacht Te Vega qu’il aménage de la manière la plus moderne et la plus confortable. La malchance veut que le navire, placé sous les ordres du Cdt Peaucellier, soit démâté au cours de la première sortie. C’est avec ce merveilleux navire qu’est exécutée, en juillet 1956, une expédition de l’American Museum of Natural history de New York, aux îles Marquises que patronne Cornelius Crane, désireux de favoriser une meilleure connaissance de la préhistoire de la Polynésie. Des fouilles sont scientifiquement entreprises par le Dr H. Shapiro et R. Suggs, à la Baie marquisienne et sur la plage de Hatuatua, sur les côtes de Nuku Hiva. De nombreux objets archéologiques sont recueillis. Des datations par le carbone 14 qui donnent une antiquité de 1 090 à 2 080 ans (±180 avant 1958) et font de ces dépôts les plus anciens sites actuellement connus occupés par l’homme en Polynésie. — Peu avant son décès, en juillet 1962, Cornelius Crane offrit à la Fondation Singer-Polignac une parcelle de son domaine de Motuovini pour la construction du Musée Gauguin.

CREUSOT, Émile (1852-1903)

Horloger.

Né le 3 avril 1852 à Germent-Val-d’Ajol (Vosges). Soldat du 3 régiment d’infanterie de marine, débarque à Papeete le 6 avril 1875 du transport de l’État Calvados. Congédié à Tahiti le 18 mars 1878. S’établit à Papeete comme horloger. Y sera Conseiller municipal. Creusot était mécanicien à bord de la Perle présumée perdue corps et biens le 14 janvier 1903. De son union, le 30 décembre 1882 à Papeete, avec Elisa Keck est né : Édouard qui meurt en bas âge.

CREUZE, Victor (1833-1899)

Menuisier.

Né en juin 1833 à Lons-le-Saunier (Jura). Soldat d’infanterie de marine. Sert à la Nouvelle-Calédonie, où il se fait libérer. Débarque à Papeete en 1868, venant de Nouméa. Exerce son métier de menuisier à Papeete, puis va aux îles Sous-le-Vent, y reste quelques années. Revient à Tahiti pour se fixer au district de Mataïea en 1887, où il se livre à la culture. Revient à Papeete vers 1892 pour reprendre son ancienne profession. Meurt le 15 juin 1899 à Papeete.

CROCHET, Charles-Amédée (1848-1900)

Secrétaire-rédacteur du Conseil général.

Né le 26 février 1848 à Challans (Vendée). Bachelier ès sciences. Prend part à la guerre de 1870 et participe au siège de Paris, porte-drapeau au 4 bataillon de Mobiles de la Vendée. Sergent-major au 3 régiment d’infanterie de marine, il arrive pour la première fois à Tahiti, par la Seudre, le 18 mars 1874. Rentre en France le 20 avril 1875. Se fait libérer. Revient à Tahiti « épris de cette île admirable, au sol si fertile, aux mœurs à la fois simples, douces et hospitalières ». Y arrive par le Bossuet, en 1879. Pendant quelque temps, est employé dans une pharmacie de Papeete, puis entre au Bureau des Revues, dans les cadres du Service de l’Intérieur. En 1882, on le trouve commis-greffier. A la création du Conseil général, il prend la direction du secrétariat de cet organisme, fonction qu’il remplit jusqu’en 1899, avec tact et intelligence. Doué d’une grande facilité d’écriture, il transcrit les interventions des conseillers, parvenant « à les rendre tous éloquents », sans pour autant modifier leur pensée, reconnaît une note anonyme parue dans le numéro des Guêpes du 12 septembre 1900, p. 40, note qui salue en lui un homme « probe, intelligent et loyal ». Sa plume alerte fait lire les procès-verbaux des séances du Conseil avec grand intérêt. C’est le journal politique de l’époque et l’image de la lutte des partis, qui fait ressortir tous les moindres détails se rapportant à la vie du pays. C’est un document administratif que l’on peut lire sans ennui, que les hommes politiques actuels locaux peuvent consulter avec profit. Meurt à Papeete le 17 juillet 1900, étant contrôleur des contributions. Une fille : Tetuanui qui épouse Ernest Tarahu.

CROOK, William Pascoe (1775-1846)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né dans le Devonshire, en 1775. Domestique. Célibataire. Part comme artisan, avec le premier convoi de missionnaires envoyés en Océanie par la Société, sur le Duff, qui quitte l’Angleterre le 10 août 1796. Arrive à Santa Christina (Tahuata) aux îles Marquises, le 6 juin 1797, où il débarque avec le missionnaire Harris qui refuse de rester. En juin de l’année suivante, à bord du Betsey, navire américain de Fanning, passe à Nuku Hiva. Bien accueilli, car il sait déjà le marquisien, il y demeure jusqu’au 8 janvier 1799, date à laquelle il quitte l’île, son départ mettant un terme au premier essai d’évangélisation de l’archipel. Crook profite des baleiniers londoniens Euphrates et Butterworth, alors de passage aux Marquises, pour regagner l’Angleterre, où il arrive en mai 1799 avec un Marquisien nommé Timotiti qu’on « montre » à Londres où il meurt rapidement de consomption. Crook pensait y arriver avant le second départ du Duff, et rendre compte aux directeurs de la Société de la situation aux Marquises. Épouse Hannah Dare. Marié, retourne en Océanie et passe plusieurs années dans la Nouvelle-Galles du Sud. Il y sera, en 1810, le fondateur de la première église congrégationaliste et dès 1804 ouvre à Sydney le premier pensionnat pour jeunes filles. En même temps il apprend le métier d’imprimeur en aidant Howe. En 1816, il regagnera la mission de Tahiti, arrive à Mooréa le 8 mai. Aide Ellis dans ses premiers travaux d’imprimerie. Passera à Tahiti, Wilk’s Harbour (Papeete) en avril 1818. Prêche le jour du baptême de Pomaré, le 18 mai 1819, accouche et baptise son jeune frère, Terii Taria, le futur Pomaré III en 1820. Nommé à Bogue’s Town, Taiarapu, en octobre 1823. Bon linguiste, il assistera Nott dans ses traductions scripturaires. Au début de 1825, il revisitera les Marquises et laissera trois teachers indigènes à Tahuata après avoir passé un mois dans l’île. En septembre 1830, il quittera Tahiti et se retirera dans la Nouvelle-Galles du Sud. Meurt à Melbourne, le 14 juin 1846. Il avait passé trente-quatre ans de sa vie attaché à la Société Missionnaire de Londres.

Bibliographie. Crook a laissé un Journal. — Un travail conservé lui aussi comme manuscrit, à Londres, dans les archives de la London Missionary Society : An essay toward a dictionary and grammar of the lesser-australian language, according to the dialect used at the Marquesas, compiled from the collections and informations of William Crook, who was sent to those islands by the Missionary Society, and resided at them from 6 June 1797 to 8 Jan. 1799. Essai publié par Georges M. Sheahan dans : Marquesan Source Materials. Quincy, Mass. 1951, p. liii-cxiii. Également Account of the Marquesas Islands, manuscrit, conservé à la Mitchell Library à Sydney, et écrit vers 1800 d’après le journal de Crook.

CURTON, Émile de (1908)

Médecin et gouverneur.

Né le 7 décembre 1908 à Saint-Cernin (Cantal). Docteur en médecine de la Faculté de Bordeaux en 1932. Médecin inspecteur de l’Assistance médicale indigène à Madagascar de 1933 à 1936. Médecin hors cadre en Océanie, on le trouve médecin-chef de la Maternité de Papeete en février 1938 ; puis en 1939, médecin des Archipels, puis administrateur des îles Marquises ; en 1940, administrateur des îles Sous-le-Vent et membre des délégations économiques et financières. Le 2 septembre 1940, sous l’impulsion d’un petit groupe de Français qui refusaient la capitulation et le régime de Vichy, et grâce à l’adhésion de la population tahitienne exprimée par un référendum, le ralliement des Établissements Français de l’Océanie à la France Libre était proclamé. Le Gouverneur — suivi par un petit nombre de fonctionnaires et d’officiers — ayant refusé de se joindre au mouvement de ralliement, un Gouvernement provisoire, composé de trois conseillers privés et du maire de Papeete, était constitué. Le 3 novembre 1940, sur la proposition unanime des membres du Gouvernement provisoire et du Comité de la France Libre, le général de Gaulle nommait Gouverneur des Établissements Français de l’Océanie le Dr de Curton. Il prend effectivement son poste le 6. Deux questions essentielles devaient se présenter au nouveau gouverneur : L’effort militaire. La défense des E. F. O. étant symboliquement assurée par la base aéronavale et la compagnie d’infanterie coloniale, il fallait, sans dégarnir cette défense et sans déséquilibrer trop gravement la vie économique du pays, constituer une force militaire qui puisse se joindre aux Forces Françaises Libres, participer à la continuation de la lutte aux côtés des Alliés et, avec eux, contribuer à la libération de la France. Un contingent de trois cents volontaires fut en quelques mois recruté, équipé, entraîné, effort considérable si on le rapporte à la faible importance de la population. Le corps expéditionnaire tahitien quittait Papeete en avril 1941 et, au sein du bataillon du Pacifique, dont il fit partie pendant toute la guerre, il devait s’illustrer en Libye (bataille de Bir-Hakeim), puis en Italie, en France lors du débarquement sud et devant Belfort. Lors de la capitulation allemande, le bataillon du Pacifique constituait la garde d’honneur du Gouverneur militaire de Paris. La vie économique. Coupée de la Métropole dont elle était totalement dépendante pour ses communications, son ravitaillement, son approvisionnement en devises, l’Océanie française n’avait aucune autonomie économique. Il fallait donc assurer à ces archipels dispersés dans le Pacifique à des milliers de millesde tout continent, une vie économique décente, créer des liaisons maritimes, trouver des débouchés pour ses produits (phosphates, vanille, coprah), obtenir les devises nécessaires à son ravitaillement, donner à sa monnaie une valeur internationale. Cette tâche essentielle, vitale pour l’Océanie, devait être menée à bien en peu de mois. Si ces deux problèmes principaux absorbaient la plus grande part de l’activité du Gouvernement, il fallait, en même temps, assurer la stabilité politique de la colonie. Celle-ci fut troublée à diverses reprises mais, en définitive, les E. F. O. trouvèrent, en 194, après diverses péripéties, — le médecin-capitaine de Curton sera même placé en état d’arrestation le 16 juin 1941 par son successeur, le Gouverneur Brunot — un équilibre qui ne fut pas remis en cause jusqu’à la fin de la guerre mondiale. On doit au Dr de Curton une brochure : Tahiti, Terre Française combattante, parue à Londres en pleine guerre en 1942. Trente ans plus tard, Émile de Curton narrait Tahiti 40. Histoire du Ralliement à la France Libre. Paris, 1973.

CZERNICKI, Thomas (1940)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 2 février 1940 à Horodeuka, Pologne russe. Profès en 1958 ; ordonné prêtre le 29 juin 1964. Études de philosophie et d’histoire à Varsovie. Provincial de son ordre en Pologne. Arrive à Papeete, le 9 février 1972. Vicaire à Uturoa où il va apprendre le tahitien.

D

DANIELA

Chapelain de la reine Pomaré IV.

Détaché par la reine Pomaré IV comme chapelain de son Palais, il y exerça son ministère de nombreuses années (1860-1870 ?). Doué d’une grande éloquence, il assura non seulement les services religieux du Palais, mais il fut aussi le porte-parole de Sa Majesté auprès des visiteurs de marque reçus en audience. C’est ainsi qu’il reçut, en présence de la Reine et traduit par un interprète, les pasteurs Arbousset en 1863 et F. Vernier en 1867. Discours empreints de sagesse et de cordialité.

DANIELS, Pierre (le Père Paulin). 1868-1897

Religieux picpucien.

Né à Louvain (Belgique), le 13 décembre 1868. Profès dans la congrégation le 27 avril 1890 ; ordonné prêtre en 1894. Arrive le 28 juillet 1894 à Tahiti par le Greyhound. Après quelques mois à Papenoo et à Haapape, il est envoyé aux Tuamotu, où il organise, à Rairoa, les districts d’Atimare et de Tiputa. Un abcès au cou le force à aller se faire soigner à Tahiti. Meurt en mer, en s’y rendant, le 12 février 1897.

DANIELSSON Bengt (1921)

Ethnologue, conservateur de musée et écrivain.

Né le 6 juillet 1921 à Krokek (Suède). Études d’ethnologie et de sociologie à l’Université d’Upsala de 1941 à 1946. Participe, en 1946, à une expédition scandinave pour étudier les Indiens Jivaros dans l’Amazonie. Rencontre à Lima, en 1947, Thor Heyerdhal et s’embarque avec lui sur le Kon-Tiki lors de sa fameuse expédition. Research Fellow à l’Université de Washington, Seattle, en 1948. Revient dans le Pacifique avec son épouse en 1949 et entreprend une étude d’acculturation à Raroia, Tuamotu, pendant 18 mois, 1949-1951, suivie de six mois de recherches aux Marquises. Retourne à Raroia en 1952, avec une expédition organisée par le Pacific Science Board, qui étudie l’écologie de cet atoll. La même année il est nommé associate anthropologist au Bishop Museum à Honolulu, où il fait, par la suite, de nombreux séjours. En 1953, il s’installe à Papehue, dans le district de Paea, Tahiti. Soutient sa thèse de doctorat, basée sur ses recherches à Raroia, à Upsala en mai 1955. Après un voyage d’étude d’une année en Australie, revient à Tahiti fin 1956. Dirige l’expédition ichtyologique et ethnologique de la Fondation George Vanderbilt dans les îles de la Société, en 1957. En 1960, il est engagé comme conseiller technique lors de la préparation du film de la MGM, Les Révoltés du Bounty. L’année suivante, il écrit le scénario du feuilleton basé sur son livre Villervalle dans les Mers du Sud, tourné par la Radio-Télévision suédoise à Tahiti et à Raroia d’avril à septembre 1962. Il passe les années 1963 et 1964 à Londres, pour chercher des documents et manuscrits concernant l’histoire et la culture de la Polynésie Orientale dans les bibliothèques et archives anglaises. A son retour à Tahiti, en 1965, sur la demande du gouverneur Sicurani, il élabore le projet détaillé qui servira pour la construction et l’installation du Centre Polynésien de la Punaruu. Il est chargé en 1967 de la direction du Musée National d’Ethnographie de Suède à Stockholm, en vue de sa réorganisation et de son transfert dans de nouveaux bâtiments. Cette tâche accomplie, il se réinstalle à Tahiti en 1971, occupé à différents travaux ethnographiques ou littéraires. Il est un best-seller en Scandinavie pour ses récits de voyage ou des œuvres à caractère ethnographique destinées au grand public. Savant, il possède à Tahiti la plus complète bibliothèque concernant la Polynésie française dont il est un bon connaisseur (article : La Polynésie, p. 1236-1329, dans l’Encyclopédie de la Pléiade, Ethnologie régionale, tome I, 1972). Spécialiste de Gauguin, il publie à Londres en 1965 une étude, Gauguin in the South Seas, qui n’a malheureusement pas été traduite en français. Il est consul honoraire de Suède à Papeete. De son union, en 1948, avec une Française, Marie-Thérèse Sailley, est née une fille, Maruia, 1952, décédée en 1972 en Suède où elle commençait une carrière de ballerine et repose à Papehue, Paea, dans la propriété de ses parents. Les Danielsson ont adopté un enfant, Robert-Matuanui Doucet, 1959.

DANO, Henri (1927)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né à Sérent (Morbihan) le 28 février 1927. Profès en 1945. Ordonné prêtre. Arrivé à Tahiti en 1952. Attaché à Mitirapa. Curé de Taravao en 1969.

DARAGON, Fernand (1929)

Peintre.

Né le 18 février 1929, à Colomby (Manche). Au retour de son service militaire, fait en Indochine, passe en 1951 à Paris s’intéressant aux Beaux-Arts. Arrivé à Tahiti en mars 1952 par le Chunking et commence à peindre en amateur. Expose une toile, en 1955, lors du « premier salon de Tahiti » ; puis, seul, au Cercle polynésien. Part pour Nouméa. Passe plusieurs mois à Tahiti en 1958 avant de rentrer en France où il va travailler à Pont-Aven et au Pouldu. Revient à Tahiti en 1962. Expose en juin à l’Hôtel Matavai, et, en sept. 1964, à l’Ecole philanthropique une trentaine de toiles, portraits et nus.

DARIELLE, André (1936)

Religieux picpucien.

Né le 30 juin 1936 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Profès le 18 mai 1954, il est ordonné prêtre le 28 juin 1970 et arrive aux Marquises en septembre de la même année. Vicaire à Taiohae.

DARLING, David (1790-1867)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 30 septembre 1816. Épouse Rebecca Woolston. Part pour l’Océanie avec un groupe de sept missionnaires qui quittent l’Angleterre le 17 novembre 1816 et arrivent à Mooréa, le 17 novembre 1817. S’installe à Tahiti en 1819 et prend en charge la station de Punaauia (Burder’s Point) ; c’est là qu’il voit arriver un certain Mr Gyles, envoyé par les directeurs de Londres pour y faire de la canne à sucre. Fiasco. Participe à la cérémonie du baptême de Pomaré. En 1821, fait une tournée missionnaire à Taiarapu. En 1827 sera chargé de la presse de la mission. En 1831, inspecte les stations des îles Australes et les Marquises. Sur l’Olive Branch, navire missionnaire, le 11 septembre 1834, part aux Marquises pour y recommencer la mission, mais revient à Tahiti un an plus tard. Participe à la traduction de livres de la Bible en marquisien. En 1847, l’amiral Bruat, dans les instructions qu’il laisse à son successeur, le notait ainsi : « Vieil Écossais entré, haïssant les Français qui ont détruit le pouvoir temporel qu’il s’était arrogé. Cependant, cherchant à nous nuire, il a toujours fait en sorte de ne pas se compromettre ouvertement. Il a beaucoup d’influence sur l’ancien chef de Punaauia, Utami, aujourd’hui président des grands juges tahitiens. » A la fin de 1849, il quittera Tahiti pour l’Angleterre où il arrive le 29 mai 1850. Retournera cependant en Océanie avec sa famille, par le John Williams, et sera à nouveau à Tahiti le 4 février 1852. En mars 1859, âgé, malade et devenu veuf — sa femme est morte le 12 février 1858 — se retire de la mission et gagne Sydney où il meurt le 6 décembre 1867. — Les archives de la London Missionary Society conservent un manuscrit de Darling : Voyage to Tahuata, Marquesas, to start a Mission (Tahiti, 1834) et : Continuation of journal at the Marquesas’ December 1834-1835, sous les nos 105 et 106. — Un fils Darling, Adam John, né en 1818, à Mooréa, sera au début de l’occupation française interprète du Gouvernement. « Ne partage pas les opinions de son père, écrivait Bruat. Il a une parfaite connaissance du langage de Taïti et parle assez couramment le français qu’il a appris depuis notre arrivée. Il connaît parfaitement les indigènes et a souvent fourni au Gouvernement d’utiles renseignements. Il est légitimement marié avec la sœur du chef de Punaauia. » Sera « le bras droit et le conseil ordinaire de M. de de La Richerie, l’inspecteur de ses ordonnances, le caissier de ses fonds indigènes, sans que le trésorier ou tout autre employé de l’administration soit admis à exercer à son égard le moindre contrôle », disaient de lui en 1860, ses ennemis, les catholiques, qui le considéraient « comme un vrai fléau du pays, ennemi également roué et perfide de l’influence française et de la cause catholique. » John Darling meurt le 13 septembre 1881, à l’hôpital de Papeete.

DARLING, Ernest Willing (1871-1918)

Homme nature.

Américain né à Seattle (Wash.) où son père était médecin. Passe quatre années à l’Université de Stanford (Calif.). A la suite d’ennuis de santé, s’en va vivre dans les forêts de l’Alaska et retrouve son équilibre physique en menant une existence toute proche de la vie des animaux et en retournant à la nature. Trouvant tout de même le climat un peu trop rude, descend en Californie où ses excentricités vestimentaires et son régime lui attirent quelques ennuis de la part des autorités locales, car il mêle en outre le prosélytisme à ses opinions. Il cherche donc une terre plus propice à l’application de ses théories et, après s’être fait expulser de Hawaï, arrive à Tahiti vers 1903. Il y vit d’une existence aussi simple et aussi proche de la nature que possible. Il s’installe dans ce qui est actuellement l’Hermon — l’école pastorale de la mission protestante — solitude où il cultive les fruits et les légumes qui lui paraissent nécessaires à sa subsistance. Car il est végétarien et s’interdit même les nourritures cuites : « I lived on my plantation 7 years, mostly nude and mostly on uncooked food », écrira-t-il dans un prospectus annonçant une conférence de lui aux États-Unis, conférence dans laquelle il annonçait qu’il apparaîtrait « dressed in native costume » et au cours de laquelle il montrerait « how rich milk is made from the coca-nut ». Cet apôtre se double d’un théoricien. Il diffuse à travers le monde, imprimées dans un anglais simplifié, des cartes postales et des tracts comportant, avec son portrait, les Dix commandements de la Nature ; il prépare un livre « Natura », sur la vie naturelle dans les îles des mers du Sud ; il entretient, sur du papier timbré « Ernest W. Darling, Nature Man, Tahiti » une abondante correspondance pour la diffusion de ses idées. D’ailleurs parfaitement désintéressé et légèrement utopique dans ses tentatives pour pécher aux Tahitiens la vie frugale, l’abstinence de tabac et d’alcool, et la retenue dans les relations sexuelles. Interrompt son séjour à Tahiti en 1913-1914, pour aller porter ses idées aux États-Unis. Revenu à Tahiti, quitte vers 1918 le trou de la colline qui lui servait de case et où il dormait sur terre « la tête au nord et les pieds au sud », et après avoir remis sa propriété à un ami qui n’aura rien de plus pressé que d’aller la revendre, il part pour un tour du monde au cours duquel il se proposait de visiter les différentes associations naturistes en communion d’idées avec lui. Passe à Fidji et y meurt le 9 décembre 1918, lors de l’épidémie de grippe espagnole. Sa tombe, érigée par des amis et des disciples américains, porte l’inscription suivante : BELOWED NATURA SLEEPETH HERE ERNEST W DARLING BORN AUG 5 1871 DIED DEC 9 1918 AMERICAN

Bibliographie. Jack London, lors de son passage à Tahiti en 1908, a rencontré à Papeete Ernest Darling qu’il avait déjà connu à San Francisco. Il lui a consacré le XI chapitre : The nature man, p. 178-179, de son livre : The cruise of the Snark (New York, 1911), vingt pages sympathiques où il rapporte ses relations avec ce curieux personnage. Après avoir craint de trouver en lui un casse-pied et un pique-assiette, il découvrit un être délicat et sincère dont il décrit avec brio l’existence à Papeete, les antécédents et le caractère. Le chapitre est accompagné de cinq photographies montrant l’homme nature « au naturel ». — Sur Darling, voir également : Pacific Islands Monthly, Sydney, Feb. 1952, p. 68, port. ; Aug. 1953, p. 75 ; Nov. 1953, p. 79. Également des contributions de Robert Langdon, Nov. 1963, p. 77 ; Oct. 1964, p. 77 ; Sept. 1970, p. 73. — The cyclopedia of Samoa… Tahiti, 1907, p. 13, avec une notice sur la secte des « Adamites » où son nom est orthographié Dowling.

DARNOIS, Marc (1923)

Journaliste et musicien.

Né le 30 janvier 1923 à Saint-Denis (Seine). Études à Paris. Rallie la France Libre en passant par l’Espagne où il reste cinq mois prisonnier à Lerida et est désigné pour le bataillon du Pacifique qu’il rejoint en Libye. Participe avec cette unité à la Seconde Guerre mondiale. Blessé et mutilé. Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. Lors de la dissolution du bataillon, fait le voyage de Tahiti avec les volontaires regagnant leur pays. Circule sur son cotre le Toera dans différentes îles, y faisant des enregistrements de chants et de musique tahitienne. Sera un temps directeur du service des informations. Occupera la même fonction à Nouméa. Dans les années soixante, circule à travers tout le Pacifique Sud, sur le Maylis, un ketch de 20 m ou la goélette Valrosa, qu’il affrète à des touristes. A la tristesse de perdre la Valrosa aux Tuamotu en 1966. Est nommé en 1968 au poste de Chef de Service des Relations et Échanges Culturels de la Polynésie Française. De son union avec Katherine Chebret 1921, à Papeete en 1950, sont nées Michelle, 1951, épouse Serge Paillet et Nicole, 1956.

DARSEL, Paul (le Frère Amand). 1910

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne à Ploërmel.

Né à Lanvollon (Côtes-du-Nord), le 7 janvier 1910. Profès dans l’Institut en 1926. Est affecté à Tahiti où il arrive le 19 janvier 1934. Assume d’abord le cours élémentaire, puis le cours moyen, et à partir de 1939, les classes du certificat. En fêtant, en 1959, ses noces d’argent à Papeete, ses confrères rappelaient qu’il avait conduit à cet examen 417 élèves avec compétence, énergie et succès. Officier d’académie en 1955 « pour services rendus à l’enseignement ». Il s’est fait l’historiographe de la maison des Frères à Tahiti et a recueilli pour son Centenaire une documentation considérable utilisée en des conférences à la Radio.

DARSIN, Pierre (1819-1870)

Propriétaire.

Né le 16 février 1819 à Vauchelles-lès-Quesnoy (Somme). Matelot des Équipages de la Flotte, arrive à Tahiti en 1843, probablement le 4 novembre étant à bord de la frégate Uranie. Libéré du service le 16 mai 1847, à Papeete, comme colon militaire. Va se fixer dans la presqu’île de Taiarapu, au district de Vairao. Se noie accidentellement dans la baie du Phaéton à Taravao le 5 décembre 1870. — De son union, le 4 septembre 1867 à Taravao, avec Vahinemoea a Teae, 1830-1907, femme originaire de l’île Maupiti est née : Marie, deux enfants. — Piarii, 1870. — Teroroura, 1877-1907 qui épouse, le 27 juin 1894, à Vairao, Virau a Tau.

DATCHARRY, Gabriel (1898)

Industriel.

Né à Montpellier (Hérault) le 9 mars 1898. Met au point l’industrie de l’hyperphosphate. Voyageant autour du monde dans un camping-car qu’il a fait construire pour se rendre aux jeux Olympiques de Melbourne, par suite de circonstances fortuites, visite Tahiti en novembre 1956. Y revient en juillet 1957. Achète alors à Mahina, à une dizaine de km de Papeete, Noho-Anu — les anciens plateaux Stergios — la propriété ayant appartenu à Ch. van den Broeck d’Obrenan mort en 1956, et sur laquelle ce dernier avait sans grand succès tenté des expériences d’élevage. Il s’y installe avec sa femme en février 1958. Ayant constaté la non-rentabilité agricole de ces 500 hectares, il en entreprend personnellement, à coup de bulldozers, l’urbanisation, traçant 50 km de routes dont il goudronnera une partie, amenant l’eau grâce à des captages de sources, installant la force électrique et le téléphone. Un premier lotissement — 1 200 habitants — est préparé, ayant vue sur l’Orohena, Moorea et la baie de Matavai. C’est la première grande réalisation privée de ce genre ayant été entreprise à Tahiti. Actuellement, deux nouveaux peuplements — 1 500 habitants — sont en cours de préparation entre 300 et 600 m d’altitude, au moyen de gros engins permettant l’urbanisation d’un véritable “Paradis” rendu accessible par la construction d’une route de montagne que des Suisses ont déclarée un modèle du genre! — La Marine nationale a installé à Noho-Anu une station d’émission. Mme Datcharry, née Michèle Chamu, aide activement son mari.

DAUDET, Marie (1868-1955)

Sœur Lydia, religieuse de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny.

Née à Chamalières (Puy-de-Dôme). Professe le 19 mars 1888, elle reçoit son obédience pour les Marquises. Elle est affectée à l’école de Taiohae. Elle y restera vingt-deux ans. En 1910, elle est désignée pour Atuana. Elle y vient, atteinte depuis deux ans de l’éléphantiasis dont elle souffrira toute sa vie. Lorsque la mission, en 1924, rouvre l’école-internat de filles, une classe de petits garçons lui est confiée. Elle reçoit la Légion d’honneur en 1953. Meurt après soixante-sept ans de dévouement aux enfants des Marquises et d’une totale abnégation.

DAUPHIN, Cyrille (1865-1914)

Instituteur et fonctionnaire.

Né à Berchères-l’Évêque (Eure-et-Loir), le 15 octobre 1865. Arrive à Papeete par le trois-mâts barque Tropic Bird le 5 novembre 1887 comme instituteur du cadre métropolitain. Exerce sa profession dans plusieurs parties des Établissements Français de l’Océanie, notamment à Huahine où il remplissait également les fonctions de Résident du Gouvernement Français de 1889 à 1895. Termine sa carrière administrative comme inspecteur de l’Enseignement. Prend sa retraite, à Mamao, où il est mort le 10 janvier 1914. De son union, à Papeete, le 18 août 1888, avec Marie Esther Renvoyé, 1868-1906, survivent : François, 1889-1930, épouse Adélaïde Farnault. Prend part à la Première Guerre mondiale. — Cyrille, né en 1895 à Huahine, propriétaire aux îles Tuamotu, participe à la Première Guerre mondiale, médaillé militaire, croix de guerre. Épouse une Chilienne. — Marguerite, 1896-1961, infirmière à Papeete. — Marie, 1900, épouse Maximin a Moua, et en secondes noces Étienne Tetiarahi, trois enfants. — Yves, 1902, sous-directeur à l’Imprimerie du Gouvernement, épouse Hiapo a Nahenahe, huit enfants. — Albertine, 1905, fonctionnaire, épouse Jean Ferrand.

DAVID, Louis (1825-1903)

Colon militaire.

Né à Lavardin (Sarthe) en 1825. Arrive à Papeete le 26 mai 1847 comme soldat au régiment d’infanterie de marine. Libéré à Tahiti en 1852 s’installe comme colon militaire. Meurt à Papeete le 30 juin 1903. — L.-David a un fils Eugène Etienne, mais il semble que sa postérité soit éteinte.

DAVIES, John (1772-1855)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Pontrobert, Montgomeryshire (Angleterre) le 7 juillet 1772. Méthodiste calviniste, il devient un maître d’école dans le Pays de Galles. Élève du Rev. Thomas Charles, de Bala, celui-ci le recommande à son ami le Rev. Haweis, un des fondateurs de la Société Missionnaire de Londres, lorsqu’il cherche des recrues pour être envoyées en Océanie. Désigné pour les mers du Sud, quitte l’Angleterre le 5 mai 1800 par le Royal Admiral, et par Sydney gagne Tahiti où il arrive le 10 juillet 1801. Il devait demeurer plus d’un demi-siècle en service dans l’archipel. Il vivra d’abord à Tahiti où il compose en tahitien un alphabet-livre de lecture qui, imprimé à Londres en 1810, parvenu l’année suivante à Tahiti, reste le premier ouvrage paru dans une langue océanienne. Puis, il sera en poste à Huahine, 1808-1809 ; à Moorea, de 1811 à 1818 ; à Huahine de nouveau de 1818 à 1820. Il arrive dans cette dernière île avec les missionnaires Barf, Orsmond et Ellis en pionnier, sur la demande du roi Mahine, et il a la joie, le 7 mai 1820, d’y présider le premier service de communion, ce qui lui fut une singulière consolation spirituelle (Ellis, Polynesian researches, III, p. 62-63). En 1820, il s’installera à Papara, où il demeurera le reste de sa vie. Davies prit peu de part à l’administration de la mission et ne s’occupa absolument pas de questions commerciales pour son propre compte. Avec Henry, Orsmond et Nott il fit partie de l’état-major intellectuel de la mission, comme linguiste, traducteur de la Bible et historien. Il sera longtemps secrétaire de la Société Missionnaire locale et son bibliothécaire, ayant ainsi la possibilité de prendre connaissance de toute la correspondance parvenant aux missionnaires ou partant des îles, vers l’Angleterre. Avec ses souvenirs personnels, et grâce aux documents qui lui étaient ainsi passés par les mains, Davies rédigea, entre 1828 et 1831, un travail intitulé A history of the Tahitian Mission. En vingt-deux chapitres, il y traite de l’histoire religieuse de Tahiti et des archipels voisins, Fidji, îles Cook, et Tonga, depuis les premiers contacts européens et missionnaires jusqu’en 1831. A Londres, les directeurs de la Société Missionnaire encourageaient la rédaction de cette histoire, mais se montraient désireux d’en « revoir le texte » avant sa publication. Devant ces prétentions, Davies abandonnera son projet, malgré les encouragements de son confrère Ellis, qui aurait désiré en voir pousser la rédaction jusqu’en 1840. Il en reste un manuscrit de deux volumes, conservé aux archives de la L.M.S. et qui, demeuré inédit pendant un siècle, parut en 1959 sous le titre The history of the Tahitian mission, avec une introduction et des notes de C. W. Newbury, publiée par la Hakluyt Society. Davies s’était fait, à Papara, une résidence agréable, avec un verger et quelques têtes de bétail. Mais il n’eut jamais une plantation. Il regretta évidemment l’arrivée des missionnaires catholiques et l’occupation française, mais ne se cantonna pas dans l’hostilité active et ne quittera pas Tahiti en 1842. Cette attitude modérée envers le « papisme envahisseur » le fera assez mal voir des dirigeants de Londres, qui considéreront également comme regrettable sa défense de son confrère Orsmond, qui, lui, avait lié des relations presque amicales avec les Français et avait même été jusqu’à accepter un traitement de leur administration. Bruat écrit de lui : « s’est toujours montré favorable au protectorat. Ses opinions ont été sur le point de lui faire perdre, comme à M. Orsmond, les appointements que la Société des Missions de Londres accorde à chacun de ses pasteurs. Il est d’un âge avancé et peut à peine officier ». De fait sur la fin de sa vie, aveugle et infirme, Davies se faisait courageusement porter au temple de Papara, où un pasteur indigène avait été nommé. Il y présidait encore les services dominicaux, encourageant ses fidèles et les exhortant. Il mourut le 19 août 1855 à Papara, où W. W. Bolton retrouva sa tombe en 1937. Depuis son arrivée en 1801, il n’avait quitté les îles de la Société qu’une seule fois en 1809, faisant alors partie du groupe des sept missionnaires qui, jugeant ne plus pouvoir exercer en paix leur ministère par suite de la révolte des indigènes, quittèrent l’île sur le brick Hibernia, « British subjects in distress », avec l’intention de devenir colons dans la Nouvelle-Galles du Sud. Reste absent du 26 octobre 1809 à septembre 1811, date de son retour à Mooréa. C’est au cours de ce voyage qu’il se maria. Sa jeune femme, Mary, mourut d’ailleurs un an après son arrivée à Mooréa le 4 septembre 1812. Elle y est enterrée. Davies épousera, en secondes noces, la veuve de son confrère Bicknell, une Anglaise née Mary Ann Bradley, décédée le 30 janvier 1826.

Bibliographie. Outre une petite notice en gallois : Rhys Lewis Griffiths, Y Bara Gwell John Davies, Tahiti 1772-1855 (London, 1955), on trouvera toute la documentation sur Davies rassemblée dans l’introduction et les notes de C. W. Newbury de son The history of the Tahitian mission, 1799-1830, publiée à Cambridge en 1959. — On trouvera sa correspondance imprimée dans l’Evangelical magazine et les Transactions of the London Missionary Society. Une partie de son journal de voyage sur l’Hibernia, 17 octobre 1809-19 février 1810, a été publiée dans les notes du Journal de William Lockerby, édité par Sir Everard im Thurn (London, Hakluyt Society, 1925, p. 119-160). On trouvera un journal de sa visite à Rapa en 1825 dans les Transactions of the Missionary Society (London, 1827, p. 323-332, 353-361). — Davies traduisit en tahitien Matthieu et Marc, dix épîtres de Paul, et les Psaumes. On trouvera la nomenclature de ces publications dans : G. L. Harding et B. Kroepelien, Tahitian imprints of the London Missionary Society (Oslo, 1950). On lui doit également la première grammaire tahitienne : Grammar of the Tahitian dialect of the Polynesian language (Tahiti, Mission Press, 1823, 43 p., 19 cm). En collaboration avec son confrère D. Darling, il publiait A Tahitian and English dictionary and a short grammar of the Tahitian dialect (Papeete, 1851, 314 p.). Les archives de la Société Missionnaire de Londres conservent les journaux des voyages missionnaires de Davies en différentes îles, ainsi qu’une importante correspondance en anglais avec les directeurs de la Société. La Bibliothèque Nationale du Pays de Galles possède une correspondance en gallois, adressée à des amis d’enfance.

DAVIO, Etienne (1880-1967)

Mécanicien.

Né à Paris le 1er avril 1880 dans le XXe arrondissement. Ouvrier mécanicien spécialiste, tourneur, fraiseur, ajusteur. Est attiré à Tahiti par un ami, Eugène Dufour, globe-trotter, qui y a été séduit par les théories naturistes d’Ernest Darling, s’est fait leur propagandiste et rêve de fonder à Tahiti la « colonie Natura ». Quitte Paris en août 1912 et, accompagné de sa femme et d’une petite fille de 5 ans, par les États-Unis arrive à Papeete par l’Aorangi, avec des outils et un matériel de camping ; malgré cela, l’installation d’Eugène Dufour et de son ami Darling, au fond de la vallée de Sainte-Amélie est jugée irrémédiablement inacceptable par le naturiste néophyte. Après une seule nuit, l’expérience est achevée, la « Société Natura » mort-née, et Davio revient à son métier et songe à utiliser ses aptitudes. Avec une forge qu’il loue à M. Poroi 65 F par mois, logé avec sa famille dans un faré dont la location mensuelle lui coûte 35 F, il travaille dans un garage, en face de la mairie, avec du matériel américain acheté à crédit à Georges Bambridge, un temps avec son ami le Stéphanois Antoine (François) Ferréol († 1958) qu’il fait venir à Tahiti. Communiste fervent, syndicaliste militant, homme généreux et droit blessé par toutes les injustices ou les compromissions qu’il peut observer autour de lui, on trouvera Étienne Davio mêlé à Tahiti à toutes les affaires où il lui paraît de son devoir de manifester ses convictions. En 1921, il fait partie des douze personnalités désignées par la population qui forment le Comité de défense des intérêts politiques et économiques de la population tahitienne et à la suite de C. Deflesselle manifeste contre le projet d’un impôt sur le chiffre d’affaires proposé par le gouverneur Guédès. Il sera près de dix ans secrétaire du Syndicat agricole, mouvement coopératif qui tente de grouper les producteurs, particulièrement les producteurs de coprah, pour prendre en mains leur intérêts. Il héberge chez lui les bureaux du syndicat, loge les sacs de coprah, rédige avec son ami Henri Bodin, un journal Le réveil dans lequel il tente de répandre et de faire partager ses opinions et d’éclairer les membres du syndicat auquel le journal est adressé gratuitement. Lors de la reconnaissance de la France Libre par Tahiti, en 1940, Davio appuie le mouvement de l’administrateur Sénac, du médecin de Curton et du marin-aviateur Jean Gilbert. Son franc parler — il est responsable d’une « lettre ouverte au gouverneur Brunot » — lui vaudra, un an plus tard, en juillet-août 1941, d’être « déporté » par celui-ci à Raiatéa-Tahaa, après huit jours de prison à la caserne de Papeete, avec un certain nombre de « suspects ». En même temps, à Saigon, l’amiral Decoux de le condamner à mort par contumace pour trahison ! En 1946, lors des élections législatives, il se présentera comme candidat communiste et recueillera 592 voix à Tahiti. Étienne Davio est propriétaire à Tahaa, d’une centaine d’hectares qu’il a mis en valeur par des plantations de cocotiers, d’orangers et des herbages où il pratique l’élevage du bétail. Étienne Davio est décédé accidentellement le 21 mars 1967. Enterrement civil au cimetière de Papeete. De son union à Paris, avec Alice Gion, en 1906, sont nés deux enfants : Yvonne, 1907, qui épousera en 1939, Alphonse Busson, garagiste et sera elle-même, de longues années durant, sage-femme à la maternité de Papeete. Retraitée. — Henri, né à Tahiti en 1913, qui prendra la suite de son père comme mécanicien et épouse Pauline Nimau, trois enfants, Claude, 1946, épouse en 1970 Linda Chavez. Marc, 1947, épouse en 1970 Cécile Le Caill, 1946, et Denis.

DAVIS, William (1841-1922)

Dentiste.

Né en Angleterre. Arrive à Tahiti vers 1876 où il sera le premier dentiste à poste fixe. Il a été attiré par les Brander pour assurer les soins dentaires de la famille royale. On lui aurait promis de ne pas laisser s’installer de concurrent sans son agrément. Il a un cabinet à Papeete, au coin de l’avenue Bruat. Sera également dentiste de l’armée. Une octogénaire de la famille Poroi se souvient d’avoir été visiter Gauguin avec l’oncle Davis qui refusait de le recevoir chez lui mais allait le soigner à domicile à Punaauia en voiture à cheval. Davis prenait de grandes précautions hygiéniques et s’entourait de linges. Il vivait entre Papeete et Mataiea où il avait une résidence. On trouve dans le Messager de Tahiti de 1877 des annonces de ce style : « Le Dr W. Davis, dentiste, a l’honneur d’informer le public qu’il sera à Papeete le vendredi 12 octobre courant où il séjournera quatre à cinq jours et pendant ce temps, il se met à la disposition des personnes qui auront besoin de ses services. » Le Dr Davis se maria avec une Tahitienne nommée Vaea, qui avait eu une fille, Uerii Joséphine, avec lord Keane. Uerii épousera Édouard Poroi, puis devenue veuve, son frère Tavarao Poroi. Il importe de ne pas confondre le Dr William Davis, avec son collègue le Dr Harold Edgeworth Davis, né à San Francisco en 1873, dentiste diplômé de Harvard en 1897, médecin de la même université en 1899, et qui, après quelque temps passé à l’Emergency Hospital de sa ville natale, circulera dans le Pacifique comme médecin à bord des navires de l’Occidental Steamship Company et de la Pacific Mail Company avant de venir passer deux années à Tahiti où il se trouvera durant le cyclone de 1906. On trouve une notice et une photographie du second dans Cyclopedia of… Tahiti, 1907, p. 97.

DEANE, Gaston (1904)

Agriculteur et homme politique.

Né le 21 juin 1904. Conseiller territorial des îles Sous-le-Vent, (Raiatea) ; réélu à plusieurs reprises sur la liste du . R. D. P. T. S’intéresse principalement aux questions agricoles.

DEANE, James

D’après une tradition familiale, les deux frères Henry et James Deane étaient issus d’un père américain d’origine anglaise et d’une mère « indienne ».

Henry habitait Raiatea en 1855-1860 et est décédé sans postérité à Papeete en 1866. James est mentionné comme de passage à Papeete en novembre 1852 ; il est probablement le père des quatre enfants suivants : Henry Josiah, Henere, né vers 1849, époux de Miriama Hunter, dont : Eliza, Papeete, 1867. Thomas Teheura, Uturoa, 1869, époux d’Elisabeth Holman, douze enfants, dont Gaston Teheura, Uturoa, 1904. Mary Teriivaitua, Papeete, 1872. Henry Josiah, Papeete, 1873, quinze enfants. James Tuarae, Papeete, 1875, neuf enfants, dont James Tuteaotini (Tihemu), Uturoa, 1908. John, Papeete, 1876. Mary, Faaa, 1879. Anni, Raiatea, 1885. Benjamin, Uturoa, 1888. Hélène. Richard, Uturoa, 1897. — Paul John, Raiatea, 1850. — Thomas, alias Georges, né vers 1850-1855. — Tamahahe, Raiatea, 1852.

DEBRIE, Émilie (1874-1958)

Institutrice et directrice d’école.

Née à Pont de Roide (Doubs), le 21 décembre 1874. Attirée à Tahiti par une tournée en France d’Émilie Banzet, elle y fait un premier séjour de 1906 à 1912, rendant de grands services à l’école des jeunes filles de Papeete. Elle profite de son premier congé en France, de 1912 à 1913, pour compléter son instruction par des diplômes qui lui permirent, à son retour, de diriger l’école mixte protestante d’Uturoa, Raiatea, et son internat de filles. Personne d’une grande modestie, d’une conscience scrupuleuse, et d’une profonde bonté, elle ne put que se faire apprécier et aimer de ses élèves et de toute la population. Pendant l’épidémie de grippe espagnole qui fit tant de victimes à Uturoa, en novembre 1918, elle se dévoua sans compter, mettant son bâtiment scolaire au service de l’administration, pour y recevoir les grands malades dont elle fut elle-même l’infirmière qualifiée. Le gouvernement lui décerna la médaille des épidémies. Mlle Debrie avait aussi des convictions religieuses très fermes qui ne firent qu’ajouter au rayonnement de sa personne et de son activité. Rentrée définitivement en France après plus de quarante années en Océanie, elle se retira à la maison de retraite des institutrices, à Laforce (Dordogne) où elle mourut en 1958.

DÉCHAUD, Léonard (1842-1905)

Propriétaire.

Né le 8 novembre 1842 à Bagé-le-Châtel (Ain). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Tahiti le 1 juin 1865. Est libéré à Papeete le 25 juillet 1868. Employé à l’imprimerie du Gouvernement jusqu’en octobre 1871, puis exerce son métier de jardinier pour son compte, 1871-1876. Jardinier du Gouverneur, 1876-1881. En 1882, obtient une concession aux îles Marquises. Se fixe définitivement à Taiohae (Nuku Hiva) où il devient propriétaire. Meurt le 11 mars 1905 à Taiohae.

DEDEYN, Jacques (1906-1969)

Industriel, magistrat et théosophe.

Licencié en droit. Marqué par les doctrines théosophiques, il vient à Tahiti avant la Seconde Guerre mondiale pour y chercher un cadre propice à ses méditations. Fera partie du petit groupe d’initiés qui, disciple lointain de H.P. Blavatzki, la célèbre théosophe russe, se regroupe autour de la comtesse Lovatelli. Lors des événements de septembre 1940, prend parti pour le gouvernement de la France libre et sera un temps juge d’instruction à Papeete en même temps que professeur à l’École centrale. Connaît un internement administratif à Moorea avec l’équipe du gouverneur de Curton au temps du Gr. Brunot. Revient à Tahiti après une campagne en Orient et sera juge à Papeete une seconde fois, avant de repartir en Inde comme membre d’une ashram. Y meurt en 1969. Un fils Patrice, Terai to pahio, lui était né le 9 mai 1950, à Tahiti, qu’adoptera Christian Revel et qui s’en ira vivre avec son père adoptif à Bangalore, Mysore.

DEFLESSELLE, Constant (1872-1933)

Officier de marine et colon.

Né le 8 février 1872. Comme jeune officier, passe à Tahiti. En 1900, Lieutenant de vaisseau, après avoir démissionné vient s’y fixer. Capitaine au long cours du 8 mars 1904. Gère une propriété lui appartenant à Mahina. D’une compétence incontestée en botanique, il rend de grands services à Tahiti par la sélection et l’introduction de flores nouvelles. Plusieurs fois président de la Chambre d’Agriculture, il fut aussi président du Syndicat agricole dont il avait été un des fondateurs et où il se dépense sans compter. Remet, en 1921, le Syndicat d’initiative sur pieds et fait paraître son premier Bulletin en décembre 1922. Il y milite alors pour l’ouverture de la ligne des Messageries Maritimes. D’un caractère difficile on le trouve en opposition systématique avec l’administration qui juge son « attitude confinant à la manie » (Gouverneur Julien, 1918). Épouse, le 9 septembre 1909, Rose Martin, 1882-1972. - De cette union est né un fils Guy, 1919, qui épouse en premières noces une Américaine dont il aura deux enfants, Daria et Philippe ; et en secondes noces, en 1950, Nora Moua, dont il aura trois enfants : Nicole, André et Hélène.

DELFIEU, Louis (1847-1925)

Fonctionnaire.

Né le 27 juillet 1847 à Alès (Gard). Sert au 1er régiment de la Garde Impériale, fait toute la campagne de 1870 à 1871. Libéré du service, quitte la France par le Théodore-Ducos. Arrive à Tahiti le 29 mai 1875. D’abord colon dans le district du Pirae. Puis il entre dans l’administration locale. Cantonnier-chef de la résidence de Taravao, en 1884. Gardien-chef de la maison d’arrêt de Papeete de 1895 à 1925. Connu de tous les mauvais garçons de la ville et aimé par eux, malgré son caractère bougon et irascible. Son bon cœur lui faisait pardonner ces défauts. Titulaire de la médaille de 1870. Il meurt à Papeete, le 24 août 1925. De son union, avec Nina Atger, le 25 avril 1876, à Papeete, sont nés : Esther, 1876, épouse, en 1899, Oscar Fontane. - Eugénie, 1878, épouse un M. Bernardeau, propriétaire, en 1902, à Raiatéa, trois enfants. - Sophie, 1880-1918, épouse, en 1905, David Stuart, propriétaire, 1880-1944. Six enfants qui vivent tous en Nouvelle-Zélande. - Alice, 1882. - Louis, 1884. Participe à la Première Guerre mondiale comme sergent, cité deux fois pour sa belle conduite au feu, blessé en 1917 en Champagne, médaillé militaire. - Louise, 1889. - Lydie, 1887-1918, épouse Gabriel Bégole, capitaine au long cours, en 1912.

DELIGNY, Henri (1834-1889)

Propriétaire.

Né le 20 décembre 1834 à Gravelines (Nord). Marin de l’État, débarque le 4 septembre 1856, à Papeete, de l’Infatigable. Libéré le 5 janvier 1859. Cuisinier à Papeete puis propriétaire rue des Beaux-Arts. Se retire des affaires au district de Punaauia ; y devient acquéreur d’une belle cocoteraie. Meurt à Papeete le 15 novembre 1889. De son union, avec Teahu Tihimore sont nés : Eugénie, 1866, épouse le 18 février 1886, à Papeete, Albert Javelot, capitaine au petit cabotage. - Joseph, 1868-1934, se marie le 24 août 1890, à Papeete, avec Elisa Petis (Mme Joseph Deligny mourut plus que centenaire à Papeete en février 1972) : plusieurs enfants dont Henri, caporal au bataillon du Pacifique tué à l’ennemi le 24 août 1918, à La Villée (Aisne) et Édouard, soldat à la même unité, cité à l’ordre du jour pour son intrépidité au combat, en 1918. - Louise, meurt en bas âge. - Marie, 1872-1873. Descendance à Tahiti et aux îles Marquises.

DELMAS, Jean-Baptiste (le Père Siméon). 1862-1939

Religieux picpucien.

Né le 15 mars 1862 à Sainte-Nathalène (Dordogne). Profès le 15 avril 1883. Il étudie à Louvain. Ordonné prêtre en 1886. Reçoit la même année son obédience pour les îles Marquises où il part le 5 mai 1886. Il y fut nommé Vice-Provincial en 1890, et Provincial en 1893. En 1903, vient en Europe — sa seule absence des Marquises en cinquante-trois ans ! — pour y assister au chapitre général de sa congrégation qui se tient à Courtrai et profite de son séjour pour faire imprimer une grammaire et un dictionnaire de la langue des îles Marquises. Rentré dans sa mission l’année suivante, il se consacra à l’évangélisation de l’île Ua Pu, d’où, en 1908, il étendit son apostolat au district de Taiohae, qui finit par l'absorber complètement. Il meurt à Taiohae le 23 septembre 1939 - Une des figures les plus marquantes des Marquises : « J'entends encore son rude accent du terroir de Dordogne », a écrit de lui l'amiral Decoux. « Je revois sa figure sévère et ravinée, ses yeux profonds et ardents, sa barbe broussailleuse, sa soutane élimée, passée et jaunie... Ses mains puissantes de païsan français. Sous cette écorce rugueuse, il cachait un cœur sensible et généreux, une âme ardente d’apôtre et un sens critique aiguisé. Dans ses propos, il était direct et brutal, mais jamais vulgaire, et son parler imagé lui donnait le charme d’un pince-sans-rire qui s’ignore. » Chez le Père Delmas, le missionnaire se doublait d’un savant. Il était bien connu de tous les voyageurs qui faisaient escale aux Marquises et visitaient son installation assez rudimentaire. Les ethnologues du Bishop Museum l’avaient en grande estime. Il était en relations avec tous les botanistes, zoologistes et conchyliologistes du monde en quête de matériel ou de documentation sur les Marquises. Ces savants lui ont témoigné leur reconnaissance en gratifiant de son nom certaines espèces nouvelles. Par exemple, le Kellya Delmasi, Ed. Lamy (Bulletin du Muséum national d’histoire naturelle, n° 2, année 1927, p. 21). Il avait publié en 1927 la Religion ou le paganisme des Marquisiens et, en 1929, un Essai d’histoire de la Mission des Marquises jusqu’en 1881, deux études fort importantes et qui resteront essentielles sur les sujets abordés. Il était très préoccupé par la dépopulation des Marquises : « Je meurs de chagrin de lire l’enchantement de nos îles et de voir la mort qui y règne et l’insouciance de ceux qui n’en sentent par les raisons », écrivait-il à un ami en 1938. Pour ses indigènes, le Père Delmas rédigea et composa des tracts, plaquettes et almanachs qu’il publiait par des moyens de fortune : linographe ou machine à ronéotyper. Il lança même en 1908, par ces procédés primitifs un périodique : Té Kéeé Kiritiano, le Messager Chrétien. On trouvera des notes biographiques concernant le Père Siméon Delmas dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1939, p. 293-294 ; 418-424. — Tous les voyageurs ayant rencontré aux Marquises le Père Siméon en parlent avec amitié, cf. Amiral Decoux, Sillages dans les mers du Sud, Paris, 1953, chap. 19 : figures de missionnaires… A l’exception peut-être, de l’auteur dramatique H.-R. Lenormand, Confessions d’un auteur dramatique, Paris, 1953, p. 175, qui n’a vu en lui qu’un vieillard radoteur. — Sur son travail scientifique voir : P. Fournier, Contribution des missionnaires français au progrès des sciences…, 1932, p. 22-223.

DELORD, François (1819-1865)

Huissier et propriétaire.

Né le 24 juillet 1819 à Perperac-le-Blanc (Corrèze). Sergent au 1 régiment d’infanterie de marine, libéré du service vers 1849. Colon militaire puis huissier près les tribunaux du Protectorat en 1856. Secrétaire de police en 1860. Meurt à Papeete le 6 septembre 1865. — De son union, le 1 juillet 1858 à Papeete, avec Pee Poiri, 1832-1859, sont nés : Aimé, 1850-1879 ; Ua, 1852-1893 ; Marie 1855. — Descendance à Tahiti et Raiatea.

DELPECH, Jean (1849-1893)

Charpentier de marine.

Né le 20 juillet 1849 à Bordeaux (Gironde). Ancien marin de l’État qui navigue au commerce. Embarque à Bordeaux sur le navire de commerce Guantanamo comme charpentier de marine. Passe à Valparaiso puis arrive à Tahiti le 12 octobre 1869. Débarque et se fixe à Papeete où il exerce son métier. Meurt à Papeete le 25 décembre 1893.

DELPIERRE, Henry Désiré (1828-1899)

Colon militaire.

Né en 1828 à Calais (Pas-de-Calais). Arrivé à Tahiti en 1847 par la frégate Arthémise comme marin faisant partie de l’équipage. Libéré à Papeete le 9 février 1849. Demeurant dans le district de Faaa, y travaille chez des colons comme ouvrier agricole. Décédé à Papeete le 15 juillet 1899, sans descendance.

DELPUECH, Augustin (le Père Privat). 1853

Religieux picpucien.

Né le 6 août 1853 à Trelans (Lozère). Profès en 1875. Prêtre en 1877. Arrivé à Tahiti le 18 mars 1879 par le Seaver. Dessert plusieurs districts de Tahiti particulièrement celui de Punaauia ; puis est curé desservant de la cathédrale. Quitte le vicariat le 21 mars 1898 pour devenir chartreux.

DEMAY, Alfred-Henry (1881-1971)

Chef de la Sûreté.

Né à Bonnat (Creuse) le 27 octobre 1881. S’engage à Brest en 1899. Après une carrière militaire qui le conduit en Indochine, au Cameroun et le fait participer à la Première Guerre mondiale où il gagne la médaille militaire et la Croix de guerre avec 3 citations, il est envoyé en mai 1921 à Papeete comme lieutenant d’infanterie coloniale, chargé du recrutement. S’y marie et y revient en 1927 pour y remplir, d’abord le poste de commissaire de police, puis, en 1934, celui de chef de la Sûreté, fonctions qu’il occupera pendant près de vingt années avec un doigté et une compétence qui lui méritent l’estime générale. On aime le ruau, qu’on sait juste et on obtempère à ses directives. C’est lui qui amortira les foucades du Gouverneur Brunot et évitera des incidents en 1947 au moment de l’affaire des fonctionnaires ainsi que lors de l’arrestation du député Pouvanaa. Mis à la retraite en juillet 1948, il est remplacé par J. Pascault. Il travaillera alors de 1952 à 1960 comme caissier à l’agence de Papeete de la Cie Française des Phosphates de l’Océanie. Décédé à Papeete le 11 octobre 1971. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Il épouse le 30 mai 1925 à Papeete, Rose Vidal, 1899, de 1919 à 1958 secrétaire en chef du parquet de Papeete. Sans postérité, le ménage adopte un enfant : Edwin Noble-Demay, 1927, contrôleur à la Banque de l’Indochine qui fut en poste à Papeete de 1964 à 1971.

DENEUFBOURG, Guy (1932)

Géologue.

Né le 26 juin 1932 à Blincourt (Oise). Sort de l’école de géologie de Nancy. Arrivé à Tahiti en septembre 1960, avec une mission du FIDES pour établir une carte géologique au 40/1 000 de la Polynésie française qui doit être publiée par le Bureau de Recherches géologiques et minières. Circule intensément dans l’île pour mener à bien cette tâche, ses observations et reconnaissances de nombreuses traces d’habitat ancien au centre de la presqu’île et dans les hauts de vallées confirment les données déjà recueillies sur la densité de la population à Tahiti avant l’arrivée des Européens dans l’île. Participe à des recherches pour le Centre d’Études atomiques, menant des campagnes de sondages à Mururoa (— 600 mètres), Hao et Fangataufa qui apportent des lumières nouvelles quant à la position et l’ordonnance des formations coralliennes sur des terrains volcaniques. On utilise également ses compétences lors des études géologiques préparatoires au nouveau port de Papeete.

DENIS, Mathurin (le Frère Elme). 1831-1877

Frère de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né à La Nouée (Morbihan) le 1er septembre 1831. Entre dans l’Institut le 23 avril 1846. S’embarque pour Tahiti, le 10 septembre 1866, avec deux compagnons. Arrivé à Papeete, le 8 mai 1867. Y sera Supérieur des Frères pendant cinq ans. « Nous avons deux établissements dans l’île : Papeete et Mataïa. Ils sont peu nombreux. Nous n’allons presque jamais au-delà de 90 élèves (92 à Papeete en 1868, 124 en 1869 et 40 à Mataïa) et les enfants sont, de plus, inexacts à nous venir. Si on les réprimande, ils répondent en tahitien : « Je m’en moque » ou bien : « Je ne viendrai plus chez les Papistes »… Il n’y a guère plus de 800 catholiques dans l’île. Joinville et autres, qui ont été à Nantes, nous font rougir de honte jusque par derrière les oreilles ». — Pendant son séjour on commence une ébauche d’école professionnelle : « ateliers destinés à former de bons ouvriers… Les Frères, tous les jours, de 7h à 8h 30 du soir, leur font la classe gratuite ». Sous son administration la distribution des prix voit la suppression des examens, remplacés par des saynètes et des récitations. En 1872, le Frère Elme a une attaque qui le laisse très diminué. Il rentre en France où il meurt à Ploërmel le 26 juin 1877. « C’était un religieux saint et dévoué, très aimé des parents et des élèves. Il avait une voix magnifique, qui ravissait tout le monde, le dimanche, à la messe du matin. »

DÉPREZ, Georges (1847-1900)

Maçon.

Né le 16 janvier 1847 à Strasbourg (Bas-Rhin). Matelot des Équipages de la Flotte. Arrive à Tahiti le 16 juin 1870. Est libéré du service en novembre 1873. Exerce la profession de maçon à Papeete où il meurt le 18 août 1900.

DEQUENE, Albert (1897)

Peintre.

Né à Lille (Nord), le 27 décembre 1897. Élève de Cormon, Winter et J. Adler. Part en Océanie avec la mission Lionel de Tastes, alors délégué des Éta-blissements Français de l’Océanie, l’été de 1933, mission qui comprenait, en outre, le professeur Le Mée, les Drs Mazarakis et Pugnaire. Passe six mois dans l’archipel. Y étudie principalement les types indigènes, qu’il traduit par des dessins, peintures, pastels et aquarelles. Peint également quelques paysages. Fait à son retour une exposition à Lille, et l’année suivante, expose un ensemble au Salon Colonial des Artistes français. « Une Océanie véritable a surgi sous les pinceaux de Dequene. Des types admirables de Maoris, femmes aux visages encadrés d’une admirable chevelure, aux teintes bronzées, à la peau dont les reflets rappellent ceux du satin, hommes aux visages harmonieux, aux corps robustes. Tous ces modèles vivent sur la toile, d’une vie aussi vraie que dans l’archipel… » Reçoit à la suite de ce voyage, du Syndicat d’Initiative de Tahiti, la commande d’une affiche touristique en six couleurs : « tête de Tahitienne présentant une couronne de tiaré. » Une Tahitienne endormie se trouve au Musée de Lille ; et un dessin au Musée de Laval. Dequene, qui est médaille d’or, hors concours au Salon des Artistes français, a également travaillé au Maroc et à Madagascar. Il vit à Marcq-en-Barœul (Nord). Il est chevalier de la Légion d’honneur. — Voir sur lui : Lionel de Tastes. A. Dequene, [Préface au] catalogue de l’exposition de la Galerie Monsallut, Lille, décembre 1933, 4 p., ill. Cette exposition comprenait quarante peintures et cinq croquis.

DESCENDRE, Alphonse (1842-1887)

Restaurateur.

Né le 20 janvier 1842 à La Madeleine-lez-Lille (Nord). Ouvrier d’artillerie de marine de la 6 Compagnie. Débarque à Tahiti le 17 avril 1864. Quitte son arme pour servir au détachement de gendarmerie de Tahiti le 1 novembre 1867. Démissionne le 20 juin 1870. Commissaire de police de Papeete puis démissionne en 1871. Employé de commerce à la maison Laharrague de 1871 à 1878. Restaurateur au district de Paré, Hamuta, de 1878 à 1887. Meurt le 9 novembre 1887, à Papeete. — Épouse, le 24 juin 1871 à Papeete, Anna Thomas, 1853-1877. Veuf, se remarie le 15 octobre 1879, à Papeete, avec Louise Lequellec, veuve Bernard. Un fils, Louis 1877-1921, épouse en 1915 Teurihei a Papai.

DESENTIS

Marin bordelais.

Il signe à Papeete le 17 mai 1842 avec J. Brémond, A. Mauruc, A. Lucas et d’autres encore une demande, hostile à Moerenhout. Trois ans auparavant, Dumont d’Urville avait rencontré cet individu dans la baie de Koro Karéka en Nouvelle-Zélande. Et Élie Le Guillou, chirurgien de la Zélée, en avait brossé l’amusant portrait suivant : « Nous avons trouvé un Français, un Bordelais, c’est tout dire, qui, arrivé là depuis six mois à peine avec cinq cents francs dans sa poche, avait déjà amassé de trente-cinq à quarante mille francs. De sa fortune primitive, il avait consacré trois cents cinquante francs, à l’achat de terres vierges, et le reste il l’avait gardé pour vivre comme si cela eût été nécessaire ; d’autres Européens arrivèrent après lui ; il leur céda quelques pouces de sa propriété, et tandis qu’il vendait quelque chose d’un côté, il rachetait de l’autre de nouvelles positions. Aujourd’hui M. de Sentis doit être capitaliste, et gare aux colons qui en allant s’établir à la Nouvelle-Zélande auront affaire à lui, non pas que je veuille laisser soupçonner même qu’il ne soit plein de délicatesses ou de probité, mais parce que personne ne sait mieux que lui que deux et deux font quatre, parce qu’il sait choisir à merveille le lieu le plus propre aux utiles spéculations, et que sa perspective à lui c’est la France, sa patrie, avec un somptueux hôtel et de magnifiques équipages : ses chevaux éclabousseront bientôt dans les rues de la capitale. » De Nouvelle-Zélande, Desentis était monté à Tahiti où il était arrivé en juillet 1841. « Il se signalait à Tahiti, selon Dupetit-Thouars, par une conduite crapuleuse » sur laquelle l’amiral juge « inutile de s’étendre ». Jore, Océan Pacifique, t. 2, p. 89, nous montre Desentis « subsistant à Tahiti de façon précaire » et suppose qu’il avait « bluffé » Le Guillou. Il existe un dossier Desentis aux Archives de France, section d’Outre-Mer, Océanie, carton 59, E.F.

DESROCHES, Auguste (1827-1897)

Commerçant.

Né en 1827 à Auripeault (Indre-et-Loire). Arrive à Tahiti par la corvette Thibé, le 19 mars 1850, venant de Brest, Restaurateur à Papeete en 1853, il est établi à la pointe de Fare Ute dans un immeuble appartenant à feu Michel Fortisse, sous l’enseigne : « A la barrière tricolore ». Fait faillite en décembre 1855 et son immeuble est vendu. Sera ensuite chef cuisinier, pendant quinze ans, à l’hôpital de Papeete. En 1881, tenait une boucherie. Propriétaire à Sainte-Amélie. Décédé à Papeete le 7 mai 1897. De son union avec Simone Lommès, † 1914, sont nés : Estelle, 1852-1894, épouse François Renvoyé, quatre enfants. — Antoinette, 1853-1907, épouse Louis Duclos. — Elisa, 1858-1918, épouse Teiho a Tiare. — Eugène, 1862-1901, trois enfants. — Pauline, 1864-1934, épouse Adrien Le Prado, cinq enfants.

DESTREMEAU, Maxime (1875-1915)

Officier de marine.

Né à Alger le 29 mars 1875. Entre à Navale le 1er octobre 1892. Lieutenant de vaisseau le 13 juillet 1904. Brillant officier, spécialiste de la navigation sous-marine, esprit chercheur et inventif. Sort en 1911, dans un très bon rang, de l’Ecole Supérieure de la Marine. Nommé en décembre 1913 commandant de la Zélée, stationnaire français dans le Pacifique, il apprend le 6 août suivant, à Raiatea, l’entrée en guerre de l’Allemagne. Il se charge de la défense de Tahiti, ayant sous ses ordres le sous-lieutenant Lorenzi, commandant les trente-neuf hommes du détachement d’infanterie de marine et la centaine de marins de la Zélée. Met l’île sur pied de guerre avec les moyens plus que modestes dont il dispose. Place en batterie, à terre, la pièce de 100 et les quatre pièces de 65 mm de la Zélée ; creuse quelques tranchées ; fixe sur des voitures automobiles réquisitionnées les six canons de 37 dont il dispose, de manière à posséder une unité mobile susceptible de s’opposer à un débarquement ; arme et entraîne les réservistes français. Il est certain que les mesures qu’il prendra le 22 septembre, alors que se présentent les deux croiseurs allemands de l’amiral Von Spee le Scharnhorst et le Gneisenau : quelques coups de semonce, incendie du parc à charbon, démolition des amers de l’entrée, ont empêché l’entrée en rade des Allemands qui avaient l’intention formelle de charbonner et de se ravitailler. Il est non moins évident que son attitude courageuse donna du cœur au ventre à tous ceux qui le virent à l’œuvre lors des bombardements de la ville et contribua à maintenir le moral des combattants au cours de cette matinée. Mais le jugement de Destremeau ne fut pas, dans les jours qui suivirent, à la hauteur de sa valeur militaire et de son patriotisme. La tête un peu tournée par les événements, se jugeant au-dessus des lois et se croyant désormais tout permis, il prétendit agir à Papeete en véritable tyran. Il eut la faiblesse de prendre parti pour le clan de Marau et de Chassagnol dans les inimitiés locales et d’entrer dans les luttes partisanes de la petite capitale, allant jusqu’à accuser le gouverneur Fawtier de se compromettre sur le plan financier et commercial avec l’élément allemand de la Colonie et d’avoir eu une « attitude louche » le 22 septembre. D’où, entre ces deux hommes, un conflit extrêmement violent, Destremeau allant jusqu’à menacer le Gouverneur, refusant de lui obéir et autorisant parmi l’équipage de la Zélée des attitudes critiques et d’inacceptables propos d’insubordination. Une enquête menée sur place, au début de décembre par l’amiral Huguet, justifia en tous points l’attitude du gouverneur Fawtier qui avait « très honorablement et parfaitement fait son devoir dans la matinée du 22 septembre » et reconnut que Destremeau s’était « ingéré dans des affaires administratives qui n’étaient pas de son ressort et auxquelles il ne connaissait rien. » L’Amiral plaça sur-le-champ Destremeau à la disposition du Ministre et muta tous les officiers de la Zélée qu’il fut obligé de punir « pour les ramener à la réalité… sanctions qu’il n’avait jamais vu prendre dans la marine ». Ce n’était du reste pas la première fois que l’ambiance tahitienne causait des ravages dans l’État-Major d’un stationnaire. Seul l’E. de V. Charron avait conservé une attitude correcte, que ses camarades avaient de ce fait mis en quarantaine ! Destremeau rentra en France et mourut peu de temps après son retour, le 7 mars 1915, à l’hôpital maritime de Toulon, des soucis et des humiliations que lui avait causés cette affaire. Ses pairs, oubliant ces incidents malheureux, cause indirecte de sa mort, pour ne plus considérer que sa valeur militaire honorèrent sa mémoire de la belle citation suivante : « Commandant le canonnier Zélée et les troupes à Papeete, a su, dans la journée du 22 septembre 1914, prendre les dispositions les plus judicieuses pour assurer la défense du port de Papeete contre l’attaque des croiseurs allemands Scharnhorst et Gneisenau. A fait preuve dans la conduite des opérations de défense de la plus grande bravoure personnelle et de qualités militaires de premier ordre qui ont eu pour conséquence de préserver le port de Papeete et de provoquer l’éloignement des croiseurs ennemis. » (Journal Officiel, 9 déc. 1915.) Destremeau sera même proposé, à titre posthume, pour le grade d’officier de la Légion d’honneur. Papeete a donné à l’une des rues de la ville en 1921 le nom du Cdt Destremeau.

Bibliographie. Le récit de la défense de Papeete par Destremeau a souvent été écrit. Voir, par exemple : Cl. Farrère et P. Chack, Combats et batailles sur Mer, 1914, Paris, 1937. On trouvera le point de vue allemand dans H. Pochhammer, La dernière croisière de l’amiral Van Spee, Paris, 1929, p. 93-95. Un dossier sur l’affaire Fawtier-Destremeau existe aux Archives du Service Historique de la Marine, à Paris.

DESVAULT, Joseph (le Père Dosithée). 1807-1881

Religieux picpucien.

Né à Longaulney (Ille-et-Vilaine), le 2 février 1807. Part à la mission des îles Marquises en 1836 et en sera un des pionniers. Est affecté dans la suite à la mission de Hawaii où il sera provincial. Meurt, à Honolulu, le 14 août 1881.

DEVOUGE, Victor (1813-1889)

Médecin et colon.

Docteur en médecine. Établi à Sydney (Australie). Ayant appris que le Protectorat français était établi sur les îles de Tahiti, quitte l’Australie pour venir s’y établir. Arrive à Papeete, sur le brick Cintra, capitaine Hunter, le 18 novembre 1842. Il semble que Devouge ait exercé quelque temps à Papeete. Il aurait donc été le premier médecin civil français des Établissements Français d’Océanie. En 1844, on le trouve à Afaahiti (Taravao), comme propriétaire. Il est présent au débarquement et à l’occupation de l’isthme par les troupes françaises et à la construction du fort de Taravao, en février 1844. Nommé médecin de la troupe, il assista à l’attaque du fort le 21 mars. Devouge a toujours habité le district de Taravao où il possédait de grandes propriétés, actuellement propriétés Picard, van Bastelaere, Oliver. En 1848, on le trouve à la tête d’une distillerie, entourée d’importants champs de canne à sucre. Meurt à Afaahiti, le 6 octobre 1889, laissant le souvenir d’un homme autoritaire et d’un caractère difficile.

DEXTER, Georges Tetuanui (1858-1906)

Capitaine.

Fils du suivant. Né le 22 mars 1858 à Paea, Tahiti. Son père l’envoie faire ses études aux États-Unis. Rentre à Tahiti après la mort de son père et navigue pour obtenir ses brevets de capitaine. A dix-neuf ans il conduisit un schooner de San Francisco à Papeete. Exercera au commerce local comme capitaine de goélette, maître au grand cabotage du 10 octobre 1895. Disparaît avec son navire, la goélette Tahitienne, dans le cyclone du 7-8 février 1906. — De son union, le 25 décembre 1886, à Papeete, avec Florence Chapman, 1867-1908, sont nés : Jessie, 1888, qui épouse en 1907 Georges Bambridge. — Flora, 1890-1920, qui épouse en 1912, à Papeete, Lionel Bambridge. — Georges, 1892. — Francis, 1895-1951, sergent au bataillon du Pacifique lors de la Première Guerre mondiale, il est blessé et cité à l’ordre du jour ; épouse le 4 octobre 1919 à Papeete, Mihimana Bourne, deux enfants. — James, 1899-1920. — Sarah, 1905.

DEXTER, Georges William (1832-1871)

Négociant.

Né le 24 septembre 1832 à Gloucester (Ill.), U.S.A. La tradition familiale veut qu’il soit arrivé à Tahiti avec deux autres cousins, originaires de la même région, sur un bateau qu’ils auraient construit ensemble, et que, partis de Nantucket (Mass.), par le cap Horn et Valparaiso, ils auraient gagné Papeete où ils seraient arrivés autour des années 1850. Henri Dexter mourut à trente-huit ans, le 14 janvier 1863 à Paea, sans descendance ; Charles, 1836, le 29 novembre 1867, à Papeete, lui aussi sans postérité. On sait peu de chose sur Georges William. Il est négociant à Papeete, puis propriétaire à Paea, mais ne figure à aucun titre sur les annuaires de Tahiti de l’époque. Il meurt dans le district de Paéa, le 14 janvier 1871, et est enterré dans sa propriété de Vaitupa. — Il aura des enfants de deux femmes. De son union avec Tuane a Rora, naîtra Hélène, qui épousera Jean Rey en 1873, et meurt à Papeete le 13 mars 1877. — Raita Teehuarii, née en 1860, épousera en 1885 Charles Metcalf Stuart. — Fannie Célestine, 1862-1906, épousera Benjamin Sanders Chapman. — Georges, 1858-1906. — Il reconnaît un fils, Willie Charles, né en 1869 d’Élisabeth Adams, dont le nom est orthographié Ahernes sur certains actes d’état civil. On trouve encore deux Dexter : Henri Daring, 1825-1863, Américain, capitaine au long cours, qui meurt à Paéa, à 38 ans, le 13 janvier 1863, et Charles, 1836-1867, né le 16 février 1836 à Aulton (Ill.), U.S.A., qui meurt dans sa maison, rue de la Petite-Pologne, le 21 novembre 1867. Sa profession n’est pas indiquée sur l’acte. Vu l’imprécision de l’état civil, il est possible qu’il y ait, dans nos notices Dexter, des interférences de progéniture dues à des synonymies de prénoms.

DODUN DE KÉROMAN, Comte Henri (1837-1899)

Administrateur des Colonies.

Né à Paris le 16 mars 1837. Commença, dans la cavalerie, une carrière militaire en 1859. Capitaine en 1871. Commandant de cercle au Sénégal en 1876 ; en Cochinchine, en 1878. Nommé Résident aux Tuamotu le 1er juillet 1879. Par la Nouvelle-Calédonie gagne Tahiti où il arrive le 23 décembre 1879 par le trois-mâts l’Océanie. Après un séjour à Papeete arrivera comme Résident aux îles Gambier, le 1er décembre 1881. « Il s’attacha à faire disparaître dans ces îles l’influence que continue à y exercer la Mission catholique et qui est un constant obstacle aux efforts de l’administration…, réussit à ébranler le pouvoir absolu des missionnaires en abrogeant l’article 88 du Code Mangarévien » (lettre du Gouverneur, en date du 13 nov. 1885). Quoique chrétien convaincu, il jugeait en effet que les missionnaires agissaient « en dehors de leur sphère et commettaient des abus ». Atteint lui-même par cette maladie de l’autoritarisme insulaire, le 29 juin 1882, il expulsera manu militari, Justino, le chef de Taravai, chantre et sacristain du Père Roussel, protégé de l’Évêque, pour l’envoyer d’office à Tahiti. Le Gouverneur sanctionna par un rappel cet « enlèvement d’un citoyen français de son domicile pour l’exiler à 300 lieues de là, en ordonnant à la gendarmerie de l’appréhender sans jugement et sous la forme la plus arbitraire ». L’année de son départ, il y avait eu soixante décès contre six naissances aux Gambier et il « assigne à une époque fatale et peu éloignée l’extinction de toute la population ». Quitte Papeete le 30 mai 1885, avec 450 livres de bagages et regagne la France par San Francisco et New York, arrivant au Havre le 23 juillet 1885, voyage pour lequel il présente une note de frais de 1 814,23 F. Sera ensuite Résident à Wallis, de 1892 à 1896. Il y aura aussi des ennuis administratifs et sera finalement admis d’office à faire valoir ses droits à une pension de retraite. Se retire à Quimperlé.

DOOM, John (1936)

Né le 6 mai 1936 à Papeete.

Sort de l’École Centrale avec son B.E.P.C. Boursier à la C.P.S. pour des études d’ostréiculture. De 1956 à 1962 il travaille pour le Territoire comme adjoint au Service des Pêches. On lui doit en particulier l’introduction dans le Territoire du trocas qu’il fait venir des Hébrides et de Calédonie. Les 60 mollusques introduits par bateau et par avion, placés à Tautira en 1957, sont devenus légion. Le trocas a été acclimaté dans les eaux polynésiennes et sa pêche, réglementée, est autorisée depuis 1971. Elle va fournir un appoint intéressant à la vie économique des populations maritimes. De 1962 à 1967, il est chargé des programmes tahitiens à la Radio locale. En 1965 est élu 1er adjoint au Maire de Pirae ; mais donne sa démission pour s’occuper du secrétariat de la mairie qu’il occupe de 1967 à 1971. En 1971 est nommé secrétaire général de l’Église Évangélique de la Polynésie Française, en tant que membre laïque et responsable du Foyer de jeunes filles de Paofai, inauguré le 28 octobre 1972. De son union, le 1er août 1958 avec Tetua Tau, est né Johnny, 1964.

DOOM, Roger (1935)

Instituteur.

Frère du précédent. Né le 15 février 1935 à Papeete. Nommé instituteur à Vairao. Remplit en même temps les fonctions de secrétaire de l’état — il de ce district. En 1972, lors de la communalisation, est élu maire de Taiarapu Ouest (Vairao, Toahotu et Teahupo). Homme d’organisation, ouvert, ayant beaucoup d’ascendant sur ses administrés, Roger Doom, utilisant judicieusement les crédits qui lui étaient alloués pour l’équipement de sa commune et l’installation de son administration, a permis à cette nouvelle cellule de la vie tahitienne de prendre un excellent et prometteur départ. De son union avec Mélanie Pohemai, 1941, institutrice à l’école de Vairao, sont nés : Roger, 1965, et Tumoana, 1968.

DORDILLON, Mgr René Ildefonse (1808-1888)

Second vicaire apostolique des îles Marquises.

Né le 11 octobre 1808 à Sainte-Maure (Indre-et-Loire). Profès dans la congrégation et ordonné prêtre. Reçoit son obéissance pour l’Océanie et débarque du Crisquar, à Taiohae, Nuku Hiva, le 23 janvier 1846, avec Mgr Baudichon qu’il accompagne à Vaitahu, Tahuata où il est d’abord nommé. En février 1849, va à Taiohae. Les gens y sont en guerre. Il voit la conversion du « roi » Temoana et de son épouse Vaekehu. Pousse une exploration à Fatu Hiva qu’on quitte en août 1855. Nommé par un bref du 5 décembre 1855 vicaire apostolique des îles Marquises et évêque in partibus de Cambysopolis, en reçoit la nouvelle le 14 septembre suivant. Part, le 9 octobre, pour se faire sacrer à Valparaiso, emmenant avec lui le prince Stanislas Moanatini et Eriko. Sacré à Valparaiso le 8 février 1857. Profite de son séjour au Chili pour faire imprimer son livre de Cantiques, une Vie de Notre Seigneur et Son Essai de Grammaire de la langue des îles Marquises. Rentre dans sa mission le 25 juin, par le Provençal apportant deux chevaux et une voiture. Sa mission, inaugurée depuis presque vingt ans, comporte cinq pères, quatre frères convers. Elle compte deux cents néophytes à Nuku Hiva, autant à Ua Pu et une vingtaine à Hiva Oa. Les gens de Tahuata étaient retournés au paganisme et leur mission avait été abandonnée. A son arrivée comme évêque, les Marquises connaîtront quelques belles années. Le poste militaire a été supprimé en décembre 1858, on baptise, on construit, on perce des routes… L’évêque dans son enthousiasme compose des poèmes en marquisien où il célèbre la fraternité et la paix, l’ouverture des écoles, les bienfaits de l’agriculture. La mission a interdit les danses, l’alcool… quelques mutois suffisent à maintenir l’ordre. Mais la nomination du lieutenant de vaisseau de Kermel comme chef de poste à Taiohae vient brouiller les choses. Le nouveau venu tolère ou approuve ce que l’évêque que interdit. C’est une nouvelle flambée d’orgies et de cannibalisme. Le commissaire impérial de La Richerie fait mander Mgr Dordillon à Papeete. Ensemble ils prennent les mesures pour rétablir l’ordre. Mgr Dordillon doit même accepter la charge de directeur des Affaires indigènes. Un décret paraît en ce sens, le 19 mars 1863. D’autorité, le commissaire achète une goélette à l’évêque qui rentre en mai avec quatre frères de Ploërmel pour une école à Taiohae ; des sœurs arriveront pour les filles l’année suivante. Mais c’est le Diamant qui, avec un conscient et révoltant égoïsme, apporte la petite vérole : 960 morts à Nuku Hiva, 600 à Ua Pu. Mais c’est M. de La Richerie qui, après une visite des Marquises, prétend y amener la richesse, avec le coton de la Cie Stewart, et l’ordre, avec ses Résidents : Lachave, hurluberlu dangereux ; le lieutenant de vaisseau Laurent, anticlérical, vite bafoué par les indigènes ; le lieutenant de vaisseau Hippolyte qui ne tiendra pas un an ! et Eyriaud Desvergnes qu’il faudra rappeler avec un blâme ! L’évêque, en avril 1867, va de nouveau prier le commissaire de La Roncière d’arranger les affaires. Mais le règlement du 15 juin 1867 qu’il obtient est muet sur les points auxquels l’évêque tenait et dont le commissaire ne voyait pas l’importance : la prohibition de l’alcool. L’évêque est accusé « d’un zèle excessif ». Appelé en Europe pour participer au concile du Vatican, l’évêque quitte Taiohae le 23 janvier 1869, arrive à Paris le 22 juillet. Retrouve M. de La Richerie, à Paris où il rédige un Mémoire sur la situation de la Mission. A Rome l’évêque presque découragé demande au Pape si les picpuciens ne doivent pas abandonner cette mission ingrate : « Attendez le moment de la grâce ! » répondra Pie IX. Et l’évêque Dordillon rentre dans sa mission sans d’ailleurs avoir pu régler, avec le Ministère, les affaires de son Vicariat. Il est à Taiohae le 6 décembre 1870, tenacement décidé à continuer, jusqu’à l’épuisement de ses forces, l’œuvre entreprise. Et cela, malgré une atmosphère déplorable de beuveries, orgies et guerres créée par le trop grand libéralisme des résidents. Le passage d’Eyriaud Desvergnes avait encore aggravé le laisser-aller général et l’on avait compté quarante cas de cannibalisme dans la seule année de 1876, dans la seule vallée de Puamau ! Cependant l’évêque ne se laisse pas décourager. Il fait construire et vient bénir des églises que décore le fameux frère Michel Blanc et qu’admire à son passage R. L. Stevenson. La situation sera néanmoins difficile jusqu’au jour où l’amiral Bergasse Dupetit-Thouars, en juin 1880, vint avec des forces importantes, mener une opération de police destinée à mettre l’ordre et la paix dans les vallées. Il se fait remettre des armes et exige des chefs des promesses de « non-agression ». On trouvera plus bas la liste des publications de Mgr Dordillon. On y remarquera de nombreuses œuvres de circonstances. S’adaptant à la mentalité et aux habitudes de ses fidèles, Mgr Dordillon, se faisant docteur et poète, composait des vers marquisiens pour l’instruction et l’agrément de ses néophytes. « Les kanaks qui savent lire, et même ceux qui ne savent que chanter, passent les jours et les nuits à apprendre et à chanter ces cantiques dans lesquels se trouvent renfermés le dogme, la morale et l’histoire de notre religion » (R. P. Dominique, 1872). A l’occasion d’une dédicace par exemple, il célèbre l’amitié entre les vallées, la douceur de la vie familiale, le rôle de la femme dans la civilisation chrétienne, l’abolition des tapus ridicules ; il applaudit à l’ouverture des écoles, à l’élargissement des sentiers, prévoit l’élevage fructueux, les maisons plus commodes, les navires petits et grands… Et ainsi de tout. Il aura de cette manière composée plus de 25 à 30 000 vers ! Mgr Dordillon aura aussi beaucoup fait pour l’acclimatation d’espèces utiles aux Marquises. Il avait « établi un verger qui était la démonstration de ce que l’on pouvait tirer du sol marquisien. Il avait réuni toutes les espèces de bananiers indigènes… Il avait acclimaté les bananiers d’Amérique et d’Asie, les grenadiers, les figuiers ; les premiers vanilliers introduits dans l’archipel. C’était une petite merveille ». Mgr Dordillon mourut à Taiohae, le 11 janvier 1888. « On meurt content quand on a passé ici quarante ans et fait ce que nous avons fait », écrivait-il dans une de ses dernières lettres. Stevenson avait pu écrire de lui : « Son influence sur les indigènes était souveraine. Ils le considéraient comme le plus grand des hommes… lui confiaient leur argent en garde et n’auraient pas planté un arbre sur leurs propres terres sans l’approbation du père des îles… Parmi toutes les classes et toutes les races, on se souvient avec affection et respect de ce vieillard aimable, fin et enjoué. »

Bibliographie. On trouvera des lettres de lui dans les Lettres des Missionnaires des Sacrés-Cœurs de 1845, 1846, 1859 et 1864 ; dans les Annales de la Propagation de la Foi de 1848 et 1863 ; dans les Missions catholiques de 1882 ; dans les Annales de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de 1878. Il a publié, sous son nom ou de manière anonyme : Essai de grammaire de la langue des îles Marquises, Valparaiso, 1857, 120 p. — Grammaire et dictionnaire de la langue des îles Marquises, Paris, Belin, 1904, 96, 294, 204 p., travail comportant une grammaire, un dictionnaire marquisien-français et un dictionnaire français-marquisien. Ouvrage publié à nouveau en partie sous une forme plus complète sous le titre : Dictionnaire de la langue des îles Marquises. Français-marquisien, Paris, Institut d’Ethnologie, 1932, 596 p. On trouvera une notice biographique de Mgr Dordillon par le Père Chaulet, Mgr Dordillon, notice sur sa vie apostolique et sa mort, Paris, 1888, 16 p. — Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, p. 132-134, donne la liste complète des très nombreuses publications en langue marquisienne de Mgr Dordillon.

DORDOLOT DES ESSARTS, Frédéric (1832-1899)

Vice-amiral.

Né à Arras (Pas-de-Calais) le 22 septembre 1832. Entre dans la Marine en 1849. Fait, comme second de la Galisonnière, une campagne dans le Pacifique en 1875-1877. Commandant du Beautemps Beaupré, 1877-1879, sert en Nouvelle-Calédonie, commandant des circonscriptions du Nord et de l’Est, pendant la révolte de 1878. Capitaine de vaisseau, il est nommé, le 5 juillet 1881, commandant des Établissements Français de l’Océanie. Rejoint son poste par un paquebot quittant Le Havre le 9 juillet. Arrive à Papeete le 6 septembre 1881. Sera remplacé par le commissaire de la Marine Moreau, le 20 avril 1883.

DORMOY, Georges (1851-1903)

Instituteur.

Né le 9 juin 1851 à Saumur (Maine-et-Loire). Arrive à Tahiti, le 29 octobre 1882, par le brick-goélette Tropic Bird venant de France via San Francisco. Nommé par décision ministérielle du 11 août 1882, instituteur aux îles de la Société. Entre en fonction le 1 novembre, comme sous-directeur de l’école primaire supérieure de Papeete. En 1896 est envoyé comme agent spécial aux îles Gambier. Sera de longues années instituteur à Faaa. Auteur d’un excellent Vocabulaire tahitien-français, édité par l’imprimerie du gouvernement et qui connut trois éditions en 1887, 1888 et 1890. Est violemment pris à partie par Gauguin dans les Guêpes. Il s’ensuit des échanges de lettres où l’on se traite de tous les noms (18 juillet-18 août 1901). Meurt le 27 décembre 1903 à Papeete. Épouse, le 20 février 1884, à Papeete, Tefaveroarii Poroï, 1864-1918, fille d’Adolphe Poroï. Cette union demeura sans postérité.

DORSEAU, François (1821-1882)

Marin.

Né le 19 mars 1821 à Hanbin (Morbihan). Marin du commerce. Arrive à Tahiti en 1870. Exerce sa profession sur différentes goélettes de la flotte locale. Meurt à Papeete le 24 juin 1882.

DORSEMAINE, Mathurin (1829-1884)

Marin et propriétaire.

Né le 22 juillet 1829 à Paimbœuf (Loire-Inférieure). Matelot à bord du baleinier français Entreprise. De passage dans l’archipel des îles Gilbert, en 1844, déserte de son bord et reste dans ce groupe d’îles. De là, se rend aux îles Samoa où il habite environ sept ans, puis va aux îles Fidji pendant trois ans et finalement retourne aux îles Gilbert qu’il quittera à la fin de 1879 par le trois-mâts français Buffon et débarque à Papeete le 1 avril 1880. Sera propriétaire dans le district de Faaa. Meurt à Papeete le 7 décembre 1884. — Lors de son séjour aux îles Fidji avait épousé une jeune fille originaire des îles Gilbert ; le mariage fut béni par le Révérend Père Brehéret. De cette union sont nés : Jacques qui épouse, en 1899, Maria Tepopinekaraoa. — Elisabeth, 1878, qui épouse Félix Lagarde, quatre enfants ; Lili, décédée à Tahiti laissant plusieurs enfants. Cette famille ne semble pas avoir de descendance en Polynésie Française.

DORSENNE, Jean, pseudonyme de TROUFLEAU, Jean (1892-1944)

Écrivain et journaliste.

Né le 27 décembre 1892 à Constantine (Algérie). Achève à Paris ses études de droit et de lettres, vivant dans les milieux littéraires et poétiques, ami de Muselli, de Saint-Pol Roux et attaché à la rédaction du Journal des Débats. Part en Océanie dans un voyage où le désir du dépaysement va de pair avec des considérations de santé. Quitte Rouen en juillet 1921 avec sa femme, la journaliste Michel Candie pseudonyme de Micheline Picard), beaucoup de livres et un chat, à bord du trois-mâts Suzaky qui rallie Tahiti où il doit faire des liaisons commerciales inter-insulaires. Le Suzaky fera naufrage entre Panama et les Marquises et Dorsenne arrivera à Tahiti ayant perdu la plupart de ses bagages. Ses souvenirs de voyageur malchanceux lui serviront plus tard à écrire Le bateau ivre (1930). A Papeete, Dorsenne sera attaché à l’étude de Me Sigogne et même un temps inscrit au barreau. Il fait également du journalisme. Rentre en France l’été de 1925. Voyage en mission officielle en Indochine où l’attire l’amitié du gouverneur Pasquier. Ces séjours l’orientent vers la littérature exotique, où il a su se faire une place « neuve et importante ». A Paris, où il vit, il est secrétaire de rédaction du Journal des Débats dont le directeur de Nalèche estime ses dons littéraires. Il collabore à de nombreuses revues. Écrivain abondant, nombreuses sont ses œuvres qui ont la Polynésie comme décor ou les Polynésiennes comme thème : C’était le soir des dieux (1926) qui aura des voix au Prix Goncourt de 1927 ; Un fils de Cannibales (1927) ; Océane (1928) ; Les filles de volupté (1929) ; Le baiser sous les palmes (1931). C’est la Reine Pomaré (1934) est une de ces vies romancées alors à la mode, comme celle que l’éditeur Gallimard lui avait demandée sur Bougainville (1930). Le Bateau bateau ivre (1930) en partie repris, dans Polynésie, s’apparente aux souvenirs de voyages. Au cours de ses recherches Jean Dorsenne avait mis la main sur quelques textes inédits. Ainsi publia-t-il le Journal de navigation de Pierre Fesche, pilotin à bord de la Boudeuse. Il était malheureusement assez mal préparé pour ce travail de textes. Deux de ses ouvrages ont fait l’objet d’éditions plus soignées : Maruru Tahiti (1926) orné d’une aquarelle d’Octave Morillot et de bois à Maurice L’Hoir, et C’était le soir des dieux, dont l’éditeur Mornay, en 1926, donna un tirage de luxe, avec des illustrations en couleur de V. Brunelleschi. « Écrivain soucieux de pureté, d’élégance et de précision, Jean Dorsenne unit à une grande rigueur descriptive allant jusqu’à l’image la plus audacieuse, les nuances d’une pénétration subtile. » En 1940, après avoir refusé sa signature à des publications pro-allemandes, Dorsenne donna le meilleur de lui-même à des organisations patriotiques. Arrêté en février 1942 par la Gestapo, après des séjours au Cherche Midi et à Fresnes, il est conduit au camp d’Oranienbourg, puis à celui de Bergen Belsen où il meurt d’une congestion pulmonaire, en février 1944. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1932. Son nom est inscrit au Panthéon parmi celui des écrivains morts pour la France.

Bibliographie. On trouvera une bibliographie, complète à la date de 1934, des œuvres de Dorsenne, de ses collaborations, et des articles lui ayant été consacrés dans : Talvart et Place, Bibliographie des auteurs modernes, t. 4, 1933, p. 295-299. — André Billy lui consacra un article : Le souvenir de Jean Dorsenne (Figaro Littéraire, Paris, 1947, n° 68) et aussi Francis Carco, Ombres vivantes (Nouvelles littéraires, 14 novembre 1946).

DRAPEAU, Jean-Baptiste (1855)

Fonctionnaire.

Né le 24 mai 1855 à Dompierre-sur-Mer (Charente-Maritime). Sergent-major du 3 régiment d’infanterie de marine, part de France le 13 juillet 1878, par le transport de l’État Loire. Sert tout d’abord en Nouvelle-Calédonie où il débarque le 25 octobre, puis quitte ce territoire par la Dive, le 11 juillet 1880 et arrive à Papeete le 1 août. Congédié à Tahiti le 24 mars 1881. Bibliothécaire du Gouvernement. Secrétaire-gérant de la Caisse agricole de 1882 à 1892. En 1893, est nommé sous-chef de bureau des Services de l’Intérieur. Quitte Tahiti le 8 décembre de la même année pour continuer sa carrière au Tonkin. Prend sa retraite en France où il meurt à un âge avancé. — De son union avec Henriette Bouët († 1923), le 15 octobre 1881, à Papeete, sont nés : Maurice, 1883. — Marie, 1887. — Germaine, 1892. Tous trois quittent Tahiti avec leurs parents, et leurs descendants vivent en France.

DRIOULT, Gérard

Les rapports administratifs des îles Marquises nous signalent en 1932 « l’attitude insolite du sieur Gérard Drioult qui se sert auprès des étrangers de son titre de citoyen français et des recommandations qui lui ont été fournies par diverses personnalités françaises pour manifester à toute occasion des sentiments américains ».

L’accès des Marquises lui est interdit par décret du 21 novembre 1932. Huit ans plus tard, nous voyons soutenir à Paris par ce personnage une thèse de doctorat d’université sous le titre : La civilisation des îles Marquises (Paris, 1940, 390 p.). L’auteur y propose « de décrire la civilisation des îles Marquises telle qu’elle existait au moment de sa découverte ». Cette thèse, soutenue sans doute en 1940, par suite des événements de l’époque, ne fut mise dans le commerce qu’en 1946. On en trouvera un compte rendu dans le J.S.O., 1946, p. 260-262.

DROLLET, Alexandre (1871-1963)

Interprète.

Fils de Sosthène. Né à Papeete le 13 septembre 1871. Travaille d’abord comme horloger avec son frère Louis. Reçoit le 19 juillet 1894 son brevet d’interprète et fera toute sa carrière à ce titre dans l’administration locale, tout à tour attaché à l’Enregistrement, au Parquet ou agent spécial dans les districts et les archipels. On lui doit de nombreuses traductions de textes officiels. C’est un des meilleurs experts de la langue tahitienne. Homme serviable et social, Alexandre Drollet eut également l’occasion de recevoir ou de rencontrer à Tahiti de nombreux visiteurs de marque — de Jack London à Gauguin et de Victor Segalen à Ernest Darling, l’homme nature — et ses souvenirs les concernant ont fait le bonheur de nombreuses générations d’écrivains et de journalistes qui les monnayèrent abondamment et sans vergogne. Michel Espinasse, un des premiers journalistes de la Radio de Tahiti, a eu la bonne idée de faire raconter à A. Drollet, octogénaire à la mémoire extraordinairement fidèle, ses souvenirs qui ont été enregistrés et sont conservés aux archives de la télévision locale, avant sa mort survenue à Papeete le 3 juillet 1963. De son union, en 1895, avec Anne-Marie Burns, 1871, sont nés : Jeanne, 1894-1971, épouse René Gasse, 1891, puis Benjamin Bryant. Jeanne Drollet-Bryant était célèbre à Tahiti pour avoir été, lors du bombardement de la ville en septembre 1914, la téléphoniste restée à son poste. — Élie, 1895, participe comme officier à la Première Guerre mondiale. Vit en France où il meurt en 1973. Un fils Jacques, 1938. — Léona, 1897-1946, épouse Kléber Spingler, 1898, comptable chez Tony Bambridge, président de la Chambre de commerce : trois enfants Alban, comptable, Stella, institutrice, Mariel vit à Sydney. — Alfred, 1899-1948, commissionnaire, épouse Berthe Cadousteau, 1908. — Ariane, 1901, épouse Marcel Michel († 1943), puis Léon Vermeersch, employé aux Travaux Publics. — Nathalie, 1903-1935. — Roger Alexandre, 1904, épouse une Australienne Nellie de Montfort et vit en Australie, un fils Alexandre, 1930.

DROLLET, Félix (1920)

Archiviste.

Né le 29 janvier 1920 à Papeete. Études à l’École centrale. Travaille d’abord comme linotypiste à l’imprimerie du Gouvernement. En 1961, est reçu au concours pour la place d’archiviste qui vient d’être créée à Papeete. Un arrêté en date du 20 juin 1962 met sur pieds un service territorial des archives qui aura pour but la centralisation, le classement, la conservation et l’inventaire des archives administratives et historiques du territoire, la mise de cette documentation à la disposition des services publics et des chercheurs, ainsi que la garde en dépôt des documents privés confiés au service des archives. On trouve bien sur les anciens Annuaires l’existence d’un « secrétaire archiviste du Conseil » mais l’idée de centraliser toutes les archives des services locaux se faisait jour pour la première fois après plus de cent ans de présence. C’est dire que faute de soins et en conséquence d’un climat destructeur la quasi-totalité des archives de direction et d’administration du territoire ont disparu devant la négligence et l’incurie, et que l’archiviste de 1962 se trouve être le gardien dérisoire d’un fonds pratiquement inexistant. Après un stage de plusieurs mois à Paris aux Archives de France et à celles des Colonies, Félix Drollet prend dans le Palais de la Reine la tête de son service, d’abord installé provisoirement sous une vérandah, avant de recevoir un abri plus approprié en 1965 dans le bâtiment construit à l’usage du Conseil du Gouvernement. De son union, en 1952, avec Catherine Méré Tuiho, 1929, sont nés : Marguerite, 1952, licenciée en psychologie à Aix-en-Provence, travaille à Papeete, au centre d’orientation scolaire et professionnelle, et Alexandre, 1954, qui prépare une carrière de pilote.

DROLLET, Jacques (1923)

Instituteur et homme politique.

Né à Papeete, le 6 décembre 1923. Études à Papeete et à Montauban. Lors de la Seconde Guerre mondiale, est volontaire, à dix-sept ans, dans les Forces Françaises Navales Libres. Sur le Cap des Palmes et le Triomphant, il participe aux combats dans le Pacifique. Instituteur à Mataïa de 1947 à 1952 ; puis à Punaauia. Il est élu, en 1957, conseiller R. D. P. T., à l’Assemblée Territoriale pour les îles du Vent. Chef de Cabinet de Walter Grand, ministre de l’Enseignement. Jacques Drollet s’est imposé comme l’un des rares doctrinaires du R. D. P. T. et le porte-parole de ce parti à l’Assemblée où il est actif, tant sur le plan de la rédaction des rapports que par ses interventions. Il est évident que, par sa formation, et malgré ses efforts il s’est souvent trouvé en marge de la masse du parti. Se présentant comme un homme de gauche, et affectant volontiers le non-conformisme a su néanmoins, dans de nombreuses circonstances, adopter des attitudes modérées. En 1959, reprend ses activités professionnelles et est nommé directeur de l’annexe primaire du Collège Paul-Gauguin à Tipaerui, exerçant dans ce poste une influence heureuse dans l’organisation de l’enseignement public. L’école de Tipaerui est devenue depuis une quinzaine d’années comme une sorte d’école-pilote de la Polynésie française. Jacques Drollet sera souvent envoyé en mission en France ou dans le Pacifique pour le compte du Territoire ou de l’Assemblée Territoriale. Il est président de l’Office de Développement du Tourisme de la Polynésie française qu’il anime avec son ami Alec Ata. C’est un des Tahitiens les plus actifs et les plus ouverts de sa génération, toujours intelligemment sur la brèche dès qu’il s’agit d’un problème concernant le Territoire. — De plusieurs unions sont nés : Ingrid, 1948. — Bjarne, 1951. — Astrid, 1954. — Karin, 1960, décédée dans l’accident d’aviation de juillet 1973 à Papeete.

DROLLET, Sosthène (1829-1897)

Commerçant.

Né à Estissac (Aube) le 6 juin 1829. Après un revers de fortune familial, devient apprenti-pâtissier-confiseur à Nantes. Suit une sœur mariée à Charles Nieps, ménage attiré par la Californie en 1851. Y arrive par le cap Horn et y reste jusqu’en 1857 « ramassant plus de rhumatismes que d’or ». Arrive à Papeete en août 1857. John Brander lui avance les fonds nécessaires pour ouvrir une boutique de boulanger-pâtissier. Il fut le premier fabricant et comme l’inventeur de la gelée de goyaves dont il expédie de grandes quantités en France et aux États-Unis. En 1890, il crée sur sa propriété de la rue de l’Hôpital, une petite usine pour la fabrication de la glace et de l’eau gazeuse. Il est membre du Conseil d’administration, en 1872. Membre du comité central d’agriculture et de commerce, en 1877, Membre du Conseil colonial, en 1882. Conseiller général, conseiller privé du Gouvernement, en 1894. Membre du comité directeur de la Caisse agricole de 1888 à 1894. Conseiller municipal de Papeete. Meurt à Papeete, le 10 janvier 1897. De son union, le 27 octobre 1859, à Papeete, avec Célestine Raïta Smith, 1844-1918, sont nés : Édouard, 1861-1943, conseiller général en 1900 et négociant. Se marie, le 7 novembre 1882 à Papeete, avec Henriette Chapman, 1865-1924. — Louis, 1865-1944, commissaire-priseur, horloger et musicien. Épouse Claudine Buchin, à Papeete, le 29 septembre 1888 : neuf enfants dont Henriette, 1889-1973, épouse, en 1914, Maurice Langomanzino ; Denis, 1891-1957, ténor, participe à la Première Guerre mondiale comme soldat de 1re classe au 22e bataillon de chasseurs à pied ; cité à l’ordre du jour, en 1917 ; Henri, 1895, fonctionnaire, caporal à la même unité que son frère Denis, blessé et cité deux fois en 1918 pour son courage et « avoir contre-attaqué l’ennemi qui venait de le couper de sa compagnie, l’a brillamment chargé à la grenade en lui faisant éprouver des pertes », épouse Olga Zeimet ; Irène, 1897, vit en Californie ; Hélinah, 1898, vit aux États-Unis ; Max, 1905, vit aux États-Unis ; Carmen, 1912, également partie aux États-Unis. — Léandre, 1867-1933, éleveur et commerçant, président de la Chambre d’Agriculture. — Clémence, 1869-1871. — Alexandre, 1871. — Henri, 1873-1895. — Marguerite, 1878-1929, un fils Félix. — Paul-Arthur, 1880-1959, employé de commerce, épouse une Tahitienne, Faatiarau, vit à Papeete sur une propriété de sa femme, un fils, Robert, 1re classe au bataillon du Pacifique, tué à l’ennemi le 14 mai 1944 à San-Ambrogio (Italie). — Anatole, 1883-1939, fait la Première Guerre mondiale en Orient, épouse une Tahitienne dont il a deux enfants : Jean Achille, coiffeur à Papeete, et Madeleine, devenue Mme Thunot, vit à Papeete. — Antoinette, 1887, épouse Jules Raoulx, un fils Roger, longtemps directeur de l’école de Mamao, épouse Sarah Buchin, 1924 : quatre enfants.

DUBOIZE, Simplicien (le Père Vincent Ferrier)

Religieux picpucien.

Né à Vannes (Morbihan) le 31 janvier 1800. Profès picpucien en 1838. Part en 1843 aux îles Marquises où il passe deux ans. Va aux Sandwich en 1845. Nommé vicaire apostolique, il refuse cette charge, rentre en France et passe dans l’ordre dominicain.

DUBOT, Émile (le Père Émile). 1927

Religieux picpucien.

Né le 28 mars 1927 à Lizio (Morbihan). Profès dans la congrégation le 8 septembre 1948. Ordonné prêtre le 18 décembre 1954. Arrive comme missionnaire à Tahiti le 25 janvier 1956. Après un an à Mitirapa, il est curé sur la côte ouest et bâtit l’église de Papeari en 1959. Ses aptitudes de constructeur le font passer successivement à Raiatea, 1961, où il bâtit le cours ménager, à Taravao, 1962 où il construit l’école des Sœurs et le presbytère. A son retour d’un séjour en France, en 1964, élève la maison des catéchistes de Pirae, puis travaille de nouveau à Raiatea, où il construit l’église d’Uturoa, les écoles primaire et secondaire, la cantine, la salle omni-sport. 1973 le trouve à Hitiaa, toujours avec ses bétonneuses et ses maçons.

DUBOUCH, Gabriel (1895-1949)

Notaire.

Né à Riom (Puy-de-Dôme) le 7 décembre 1895, d’une famille de magistrats. Études au Lycée de Montpellier et à la Faculté de cette ville où il est en train de faire son droit au moment de la Première Guerre mondiale dont il revient comme lieutenant avec la croix de guerre et trois citations. Chargé, à ce titre, de ramener à Tahiti les combattants du bataillon du Pacifique, arrive à Papeete le 28 juin 1919. Démobilisé en 1920, y demeure comme secrétaire de Me Brault, puis comme greffier en chef des Tribunaux, 1923. En 1927, va passer à Poitiers ses examens de droit. Rentre à Papeete le 22 février 1928 et prend l’année suivante la succession de Me Thuret, notaire, charge qu’il occupera vingt années consécutives jusqu’au jour où très fatigué il s’accorde un congé en France au cours duquel il meurt subitement à Vichy où il accomplissait une cure, le 22 septembre 1949. Il avait été Conseiller privé au temps du gouverneur Montagné, a souvent siégé comme président du Tribunal militaire et au cours de la Seconde Guerre mondiale s’occupa de la censure. Ses amis ont gardé le souvenir d’un homme gai, généreux, brillant causeur ; ses clients, celui d’un homme de loi expert et bon conseiller. L’étude Dubouch passa entre les mains de Me Lejeune. — De son union, le 11 mars 1922 avec Louise Simon, sont nés deux enfants : Andrée, 1923, études à Nouméa et à Paris, licenciée en droit. Obtient la troisième charge de notaire à Papeete. — Jacques, 1929, va en France en 1949 où il achève à Paris, en 1954, ses études de chirurgien-dentiste. Après un stage en France, ouvre un cabinet à Papeete.

DUBUISSON, Sophie (1829-1881)

Sœur Saint-Roch, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 29 juin 1829 à Saint-Saulve (Nord). Débarque à Tahiti le 7 avril 1864. Institutrice à l’école des Sœurs de Papeete, où elle meurt le 22 décembre 1881. Une note la concernant dans le numéro 52, de 1881, du Journal officiel de Tahiti.

DUCHEK, Jean

Colon.

Sorti d’une école technique de son pays natal, il fut reçu, au concours, comme ajusteur aux Aciéries de Saint-Chamond. Fait partie du groupe des Tchèques venus en Polynésie française à la suite de la Société de colonisation qui y attira les Klima, Rivnac, Panec. Ayant lu les prospectus de la Société tchèque des Marquises, s’y engagea en 1930. Peu après, cette société fut mise en liquidation. Duchek décida de rester aux Marquises, y épousa une indigène de Hanaïapa. D’une santé délicate et peu apte aux travaux de force, Duchek est devenu aux îles Marquises le spécialiste des travaux mécaniques de précision. Ses convictions religieuses en ont fait le gardien de la chapelle et de la maison du missionnaire de Hanaïapa. — Trois enfants vivants.

DUCLOS, Louis (1843)

Surveillant militaire.

Né le 20 novembre 1843 à La Meilleraie (Loire-Atlantique). Arrive à Tahiti le 1er avril 1878, par le Navarin, venant de Nouméa où il avait été surveillant militaire de la déportation de 1872 à 1878. Prend sa retraite à Papeete. Est employé au bureau de la manutention, comme écrivain. Rentre en France en avril 1884 par le navire Volage avec sa femme qui reviendra à Tahiti après le décès de son mari. Médaillé militaire, au cours de la guerre de 1870. Il avait épousé, à Papeete, le 11 août 1880, Augustine Desroches, 1853-1907, union restée sans postérité.

DUCORRON, Charles, Alexander Francis (1871-1942)

Né à San Francisco.

Fils d’Alexandre Ducorron et d’Ann Sawyer, il se trouve donc être le demi-frère de John Ralph Hart, ce qui explique sa prime jeunesse aux îles Marquises et son éducation aux États-Unis qui servent de support à une sorte de roman, en partie autobiographique : The boy king of the cannibal island qu’il fera paraître en 1932. Un homme pittoresque. Mais plus qu’un homme de plume, son goût de la mécanique en fait un homme d’atelier. Une sorte de génie inventif et bricoleur. Tout à tout mécanicien, électricien, radio-télégraphiste, il tiendra un temps une boutique sur deux étages dans la rue de la Petite Pologne. On lui prête une des premières voitures automobiles ayant circulé à Papeete, une de Dion Bouton, ainsi qu’une des premières vedettes à moteur ; et il présente également le premier phonographe et la première séance de cinéma. On ne prête qu’aux riches ! mais, à coup sûr, un homme d’avant-garde. Ce qu’il y a de certain, c’est que le Journal Officiel de la Colonie publie, le 9 octobre 1903, un arrêté autorisant le sieur Ducorron « à établir une ligne téléphonique de Papeete à Atimaono » — où il dirige alors la sucrerie — et une autre « de Papeete à Outumaoro » alors la résidence de Me Goupil. L’arrêté stipule même que M. Ducorron, pour ce faire, pourra « utiliser la voie publique en empruntant s’il y a lieu les arbres de la route de ceinture ». Cette autorisation paraît curieuse, mais en 1973 encore, certains arbres de la route de ceinture servent de supports aux lignes télégraphiques. Rien ne nous assure d’ailleurs que cette ligne téléphonique ait jamais été en état de marche, mais enfin, là encore, Charles Ducorron se montre un pionnier. On prétend qu’il ne réussit d’ailleurs jamais à tirer beaucoup d’argent de ses inventions, et qu’il était en assez mauvais termes avec l’administration. Il aurait été un temps le collaborateur d’Émile Martin dans l’installation de l’électricité et du téléphone à Papeete. On lui prête un séjour aux États-Unis au cours de la Première Guerre mondiale. Il aurait alors travaillé dans une usine d’aviation. Vers la même époque, il installe sur le mont Temebani à Raiatea une antenne qui permet des communications Radio. Meurt à Faaa le 2 juin 1942. Il avait épousé Leezie Gooding, union demeurée sans postérité. On trouve inscrit « Charles Ducorron, de Mataïea », comme 1er degré, parmi les membres de la loge maçonnique de Papeete, en 1906.

DUFAUX, Henri (1879)

Peintre.

Fils de l’artiste genevois Frédéric Dufaux et petit-fils, par sa mère, d’Henri Rochefort. Élève de son père et à l’École des Beaux-Arts de Genève. Voyageur intrépide, il traverse le continent africain. En 1935 est attiré en Océanie par son ami le journaliste et officier suisse René Gouzy qui laissera de son voyage un récit que Dufaux illustrera de dessins et de photographies. Dufaux a en effet passé huit mois en Polynésie française, séjournant surtout aux îles Sous-le-Vent, et circulant à bord de goélettes. Regagne l’Europe par la Nouvelle-Calédonie, pour y visiter, à Nouméa, la presqu’île Ducos où avait été interné son grand-père après la Commune. Raporte de ce voyage de nombreuses photographies et des toiles qu’il expose à son retour en Suisse, en 1936, à Bâle, Berne, Genève, et à Paris, à la Galerie Charpentier. Dufaux peint la Polynésie comme un Suisse sans complexes qui voit le mont Blanc et le lac Léman des fenêtres de sa maison et qui a connu les éclats de la lumière africaine. Le Diadème, Mooréa, et le chapeau de gendarme de Bora Bora sont pour lui des décors qui permettent de belles mises en page à travers quelques troncs de cocotiers, ou devant une pirogue à balancier hissée sur la plage. Pas d’inutilités ; une peinture filtrée, dépouillée, mais qui, avec presque rien, recrée assez heureusement l’atmosphère, les espaces, les plans d’eau et les ciels de l’Océanie française. — Henri Dufaux, chose curieuse, se trouve être un des pionniers de l’aviation, de la motocyclette et de l’hélicoptère. Il est également un des techniciens du vol humain par l’aile battante.

Bibliographie. Henri Dufaux est responsable des illustrations de l’ouvrage de René Gouzy : Paradis. Mers bleues, blanches goélettes, Paris-Neuchâtel, 1936, livre dans lequel il est souvent fait mention de Dufaux : « l’« atelier » de Dufaux à Mooréa se trouvait en face du pic de Tuhiva, ce prodigieux obélisque… Et à maintes reprises mon ami a tenté de rendre sur sa toile, avec succès, l’aspect de ce pic sauvage, se dressant abrupt et solitaire à l’arrière-plan d’une profonde vallée » (p. 95). Ses expositions connurent des catalogues, le plus souvent intitulés : Dans les atolls polynésiens, et illustrés d’une reproduction. Celui du Musée Rath, à Genève, comportait quatre-vingt-six toiles. Celui de Lausanne, quarante et une toiles et huit dessins.

DUMAS-DUBOST, André (1829-1904)

Interprète.

Né le 4 juillet 1829 à Servant (Puy-de-Dôme). Soldat au 2e régiment d’infanterie de marine débarque à Papeete le 5 novembre 1860. Libéré à Tahiti le 9 juillet 1865. Exerce la profession de maçon à Papeete puis aux îles Tuamotu, à Fakarava. En 1903, est interprète du Gouvernement. Meurt le 14 juillet 1904 à Fakarava (Tuamotu). De son union le 16 juillet 1870, à Anaa, avec Temataguii Moana, il semble qu’il n’y ait eu aucune postérité.

DUMIEN, Henri (1909)

Artiste peintre.

Né le 29 octobre 1909 à Boulogne (Seine). Élève de l’école des Beaux-Arts. Licencié ès lettres. Fait plusieurs séjours dans le Pacifique, à Tahiti, 1942-1944 ; à Nouméa, 1945-1947 et 1949-1950, comme professeur d’anglais au collège La Pérouse. Expose à Nouméa et à Tahiti. En décembre 1951, on présente des œuvres de lui à la Galerie Cambacérès, à Paris, sous le titre : Voyage aux îles du Pacifique : vingt-cinq peintures, des gouaches et des dessins. Le préfacier, Paul Sentenac, louait « l’harmonie entre des couleurs corsées, la consistance moelleuse de la pâte, la fermeté du dessin, le mouvement et la vie ». Exposera encore à Cannes, en juillet 1957, sur Tahiti 1942-1944. Un article sur lui dans le Bulletin du commerce, Nouméa, 8 mai 1946. — Retourne à Tahiti en 1960.

DUMONT, Charles-François

Possède à Tahiti, où il est arrivé en février 1844 sur une goélette anglaise, une patente de boulanger et de boucher.

Est expulsé au début de 1845 et rentre en France par l’Embuscade. On le rend responsable de la désertion de dix matelots de l’Uranie. Il leur conseille d’aller à Punaauia où il a un pied-à-terre — « Aucun risque !… On peut s’y installer de manière à ne pas être repris… » — leur donne de l’argent et les fait engager à bord de baleiniers en manque d’équipage. On trouve chez lui des effets d’habillements et son magasin est signalé « pour y avoir beaucoup de désordre et de gens en ribote ».

DUMONT D’URVILLE, Jules-Sébastien-César (1790-1842)

Marin français.

Né à Condé-sur-Noireau (Calvados), le 23 mai 1790. Polytechnicien. Fait trois grands voyages qui le conduisent dans le Pacifique. — 1er Lieutenant de vaisseau, assiste, comme second, son ami de collège Duperrey, à bord de la Coquille. Lors de ce premier voyage, il écrit sur son carnet de notes personnelles : « à travers ses nombreux archipels, ses îles enchanteresses, sous un ciel auquel rien en Europe ne saurait être comparé, l’Océanie fait rêver à l’Éden… Le navigateur subit en ces parages une fascination enivrante qui n’est pas sans périls. ». — 2e Capitaine de frégate, Dumont d’Urville est envoyé reconnaître et explorer les différentes parties de la Polynésie et rechercher les traces de La Pérouse, sur la Coquille rebaptisée pour la circonstance l’Astrolabe (1826-1829). — 3e Obtient, après de grandes difficultés, suscitées par des envieux, le commandement d’une exploration des régions australes sur l’Astrolabe et la Zélée. Séjourne en Polynésie française (Gambier, Marquises, Tuamotu et Tahiti) en août et septembre 1838. Meurt, dans un accident de chemin de fer, le 8 mai 1842. On trouvera le récit de son dernier séjour en Polynésie au tome 3 du Voyage au Pôle Sud et dans l’Océanie, 1842, p. 129-236. Cette partie du voyage a été rédigée par Dumont d’Urville lui-même avant sa mort. L’Atlas pittoresque, qui accompagnait les dix volumes du Voyage, comportait trente et une planches concernant l’Océanie française. Elles sont dues aux dessinateurs Lebreton, Marescot et Goupil qui accompagnaient l’expédition. Le tome 10 du Voyage contient une Notice biographique de Dumont d’Urville, par Vincendon Dumoulin. La biographie la plus moderne de Dumont d’Urville est celle de Camille Vergniol (Paris, 1930, 308 p.).

DUMONTEIL, Jean (le Père Siméon). 1793-1872

Religieux picpucien.

Né le 20 novembre 1793 à Genay (Ain). Prêtre, à Valence, le 24 juillet 1820. Profès picpucien en 1824. Part aux îles Marquises en 1843. En revient en 1846. Meurt à Paris le 19 septembre 1872. — On trouvera quelques lettres de lui dans le recueil des Lettres des Missionnaires des Sacrés-Cœurs de 1844 et dans les Annales de la Propagation de la Foi de 1847.

DUNNETT, George William ou James William

Tahiti garde le souvenir d’un « Capitaine Dunnett » qui y joua un certain rôle social et mondain vers le début de la seconde partie du siècle dernier.

Au début de sa carrière, propriétaire d’un navire de commerce, Dunnett aurait fait du trafic dans le Pacifique et en particulier celui des oranges de Californie. La tradition veut que ce soit sur un bateau commandé par Dunnett — le Jane A. Hersey, qu’Alexandre Salmon soit arrivé à Tahiti. Le capitaine Dunnett épouse en 1842, Tua, alias Averii, alias Taimetua, amie d’Ariitaimai. On voit réapparaître Dunnett vingt-trois ans plus tard, en 1865, au sujet de la gérance d’une firme Brander, et en 1866 comme subrogé tuteur de Marau. En 1869, il possède à Papeete un domicile près de l’arsenal. En 1873, il est signalé comme témoin au mariage Goupil-Gibson, étant antérieurement « tuteur » de la jeune Sally. En 1874, il est témoin de l’acte de décès d’Ernest Salmon qui s’est suicidé. En 1875, au sommet de sa carrière, c’est lui qui conduit Marau à l’autel. En 1880, sa femme Tua est à côté de Marau lors de l’annexion de Tahiti. En 1887, il est cité sur la liste des invités des amiraux français de passage dans l’île. De son mariage en 1842 avec Tua, il ne semble avoir laissé aucune descendance. — Sa sœur, Esther Dunnett, épouse à San Francisco, en 1847, Julius Salmon un frère d’Alexandre. En réalité, Georges et James Dunnett que nous avons jumelés en tête de cette notice représentent sans doute deux personnalités différentes, mais dont il est difficile de discerner les individualités, la plupart des documents parlant toujours sans précisions du « Capitaine Dunnett ». Une chose est certaine : James William Dunnett « Capitaine au long cours, venu dans ce pays, il y a près de quarante ans, est décédé le 15 mai 1883 à Anaa (Tuamotu), où il était allé il y a quelques mois dans l’espoir que le voyage et un court séjour dans cette île amélioreraient sa santé, alors très altérée » Océanie Française, n° 23, 1883). — La tradition tahitienne veut qu’une Mme Dunnett ait introduit à Tahiti, en 1850, le ylang-ylang, motoi. Nous voyons, par ailleurs, un capitaine Thomas Dennett qui, en août 1844, adresse une lettre au consul général Miller sur les îles Tonga, centre important de baleiniers où il demande la présence d’un « respectable English resident… to protect on shipping that visit the port ». On ignore s’il existe une parenté entre les trois personnages.

DUPETIT-THOUARS, Abel Aubert (1793-1864)

Amiral.

Né le 7 août 1793 à Turquant (Maine-et-Loire). Embarque pour la première fois comme mousse à onze ans. Aspirant en 1808. Prépare l’expédition d’Alger en 1830. En 1834 commandant d’un stationnaire, déploie dans les mers du Sud une énergie remarquable à l’occasion de nos démêlés avec le Pérou. Capitaine de vaisseau, il fait sur la frégate la Vénus un voyage autour du monde (1836-1839) qui l’amène dans le Pacifique où il intervient, en juillet 1837, aux îles Sandwich, en faveur des missionnaires français expulsés. A Valparaiso, lors de son retour, en mars 1838, Dupetit-Thouars trouva des instructions qui l’invitaient à se rendre à Tahiti pour y exiger de la Reine de cette île « complète et éclatante réparation de l’insulte faite à la France en la personne de trois compatriotes [affaires des Pères Caret et Laval] expulsés de l’île » (décembre 1836-janvier 1837). Une fois son navire remis en état et son équipage reposé, par Callao, Païta, les îles Galapagos, les Marquises où il dépose les picpuciens Desvault et Borgella, il fait voile vers Tahiti où il arrive le 29 août 1838. Il exige de Pomaré une lettre d’excuses au Roi des Français, fait saluer le pavillon français par vingt et un coups de canon et conclut avec la Reine, le 4 septembre 1838, un traité accordant aux Français, quelle que fut leur profession, la liberté de s’établir et de commercer dans les États de la Reine. Il nomme en outre Moerenhout consul de France et rencontre Dumont d’Urville. Quitte Tahiti le 17 septembre et rentre en France au début de juin 1839. A la suite d’une note du 29 août 1839 sur les îles Marquises et les avantages qu’elles offrent comme lieu de déportation, note où il préconisait une installation française dans l’archipel, comme point d’appui militaire, relâche commerciale et pénitencier, rapport qui confirmait celui de l’expédition de Dumont d’Urville, Guizot le charge de la prise de possession de l’archipel. Promu contre-amiral et commandant de la station navale de l’Océan Pacifique, il part de Brest sur la Reine Blanche, le 20 décembre 1841. Il est le 7 mars 1842 à Valparaiso où viennent se grouper sous son autorité une douzaine d’unités de la marine royale ou de navires de charge. Le 28 avril 1842 la Reine Blanche mouillait à Vaitahu (Tahuata) accueillie par le Père Baudichon, chef de la mission catholique et le « Roi » Ioteté. On se met d’accord, sans difficultés, pour une prise de possession qui a lieu, avec de grandes démonstrations militaires, religieuses et pyrotechniques, le 1 mai 1842. Ioteté, d’abord bienveillant, donne une colline pour l’installation d’un fort qui sera commandé par le capitaine de corvette Halley. Dupetit-Thouars reconnaît Hiva Oa, Taiohaé (Nuku Hiva) où le 1 juin a lieu une autre cérémonie de prise de possession. L’établissement est placé sous le commandement du capitaine de frégate Collet. Ayant accompli sa mission « sans avoir été obligé de tirer un seul coup de fusil », ayant déposé les garnisons et leur matériel, essayé de régler quelques petites affaires locales et distribué ses cadeaux, Dupetit-Thouars, sur la Reine Blanche, quitte l’archipel se dirigeant vers Papeete où l’on arrive le 27 août 1842. Une gravure classique de Lebreton nous a conservé une vue de la rade de Papeete à ce jour. Dupetit-Thouars voulait sans doute se rendre compte lui-même de la conjoncture politique et à quoi s’en tenir sur Moerenhout alors en difficultés avec la jeune mission catholique et objet de nombreux rapports défavorables. La situation lui parut assez tendue et grave, l’hostilité de principe du gouvernement tahitien suffisante, pour nécessiter, le 8 septembre, une déclaration aux chefs indigènes où il affirmait : « les Français sont molestés… la Reine ne respecte pas ses engagements »… et où il les mettait en devoir de choisir entre une forte caution financière et un « accommodement » et réclamait le Protectorat français. La Reine, nolens volens acquiesçait. Au nom du Gouvernement français, et en attendant une acceptation officielle, Dupetit-Thouars, « provisoirement », accordait la protection du Roi, donnait à Pomaré un pavillon (les trois couleurs françaises placées en jack, dans l’angle supérieur du pavillon tahitien) et nommait un conseil composé de Moerenhout promu commissaire royal, du lieutenant de vaisseau Reine et de l’enseigne de vaisseau Gabrielli de Carpegna, capitaine du port. Ceci fait, le 26 septembre, Dupetit-Thouars regagnait le Chili via les Marquises. Le 29 octobre il était à Valparaiso. Une troisième fois Dupetit-Thouars interviendra dans les affaires de Tahiti. Aux Marquises où il était de passage, Bruat lui communique la ratification par le Gouvernement français du traité de Protectorat (lettre de Louis-Philippe à la reine Pomaré, en date du 25 mars 1843). Son rang et son autoritarisme lui font un devoir d’aller personnellement en apporter la nouvelle à Pomaré. Il arrive à Papeete le 1 novembre 1843. Dix jours plus tard, il quittera l’archipel y ayant tout mis sens dessus dessous. Le 4, il a hissé le drapeau français sur l’îlot de Motu Uta. Puis, pour une question de pavillon qui restait à régler, pavillon que Pomaré tenait à conserver, mal conseillée par Pritchard toujours à la recherche de ce qui pouvait détériorer les rapports entre la Reine et la France et rendre inévitable une intervention anglaise, Dupetit-Thouars en arrive aux ultimatums et à l’abrogation du protectorat auquel il substitue une prise de possession pure et simple, le 6 novembre 1843. Après ce coup de force, intervention abusive, inopportune et maladroite, Dupetit-Thouars installe Bruat, nommé gouverneur, et lui donne comme collaborateurs d’Aubigny, comme commandant de Papeete, le commis de la Marine Quoniam, le commandant de Bréa, et les capitaines Somsois et Raimbaud. Moerenhout est chargé de la direction des affaires indigènes. Le 10, Dupetit-Thouars quitte Papeete. Il sera remplacé dans son commandement en juillet 1844, l’amiral Hamelin prenant le commandement de la station navale du Pacifique. Promu vice-amiral en 1846 ; élu député du Maine-et-Loire en 1849, à l’Académie des Sciences en 1855. Il meurt à Paris en 1864. Il était grand-croix de la Légion d’honneur.

Bibliographie. Dupetit-Thouars, Voyage autour du monde sur la frégate la Vénus de 1836 à 1839. Historique, Paris, 3 vol., Atlas. — Sur Dupetit-Thouars et Tahiti voir les ouvrages de L. Jore, L’Océan Pacifique, 1959 ; J.P. Faivre, L’expansion française dans le Pacifique, 1934 ; E. Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, 1910 ; tous les trois rédigés d’après des sources originales.

DUPOND, Édouard-Achille (1888-1951)

Fonctionnaire.

Fils du suivant. Né à Punaauia, le 9 décembre 1888. D’abord instituteur en 1906, il est nommé à l’hôpital colonial en 1914. C’est là qu’il fera toute sa carrière comme économe-comptable. Sa haute conscience professionnelle, sa parfaite connaissance de la législation hospitalière, sa connaissance du tahitien — il est interprète breveté depuis 1930 — l’aménité de son caractère et son cœur qui lui fait envisager sa fonction comme une tâche sociale l’ont rendu très populaire parmi la population tahitienne. Il prend sa retraite en novembre 1950, après 36 ans de services, et reçoit à cette occasion la médaille d’or des Colonies. Il est mort le 13 février 1951. Célibataire, il avait adopté, après la mort de son frère Charles, ses trois derniers enfants.

DUPONT, Édouard-Théophile (1857-1906)

Fonctionnaire.

Né à Papeete en 1857 où son père, Victor Dupond, greffier des tribunaux avait épousé en 1855 Rose Marie, la fille d’un garde du génie, qui mourut peu après lui avoir donné naissance. Est élevé à Quimper par une grand-mère, revient à Tahiti pour y accomplir son service militaire et y retourne marié. Vit d’abord comme colon à Punaauia en 1886, puis vient travailler à Papeete où, en 1895, il sera attaché au cabinet du gouverneur. Décédé en mai 1906. De son union, en Bretagne, avec Marie-Élisa Délivré († 1935), survivent quatre enfants : Eugénie, née à Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1885. Sera 40 ans secrétaire du Parquet à Papeete. Vit à Sainte-Amélie, célibataire. — Édouard-Achille, 1888-1951. — Charles, 1891-1937, instituteur. Capitaine au petit cabotage. Participe à la Première Guerre mondiale. A son retour, s’installe aux Tuamotu où il meurt. Épouse en premières noces Henriette Lehartel, 1896-1939, trois enfants : Lucienne, 1924, épouse Siméon Christian, colon à Sainte-Amélie, descendant du révolté du Bounty ; Éliane, 1926 ; Henriette, 1939. Et en secondes noces, à Puka Puka, Ka Hu Puni a Maruake, deux enfants : Odette, 1934, cheffesse de Puka Puka qui épouse en 1953 Auguste Villant, et Édouard, 1936, propriétaire à Paéa. — Jeanne, 1894, institutrice, puis caissière chez Donald, vit célibataire à Paéa.

DUPUY, Jean (1832-1881)

Commerçant.

Né à Saint-Sulpice de Faleyrens (Gironde), le 1 novembre 1832. Attiré en Océanie par son oncle, le colon-commerçant Jean Pignon, il arrive à Mangareva en 1858 et l’aide dans ses opérations à Rikitea, îles Gambier. Comme il refuse de signer la formule prescrite par le code mangarévien concernant les étrangers, il se trouve en contravention et est condamné par les tribunaux indigènes à quinze mois de prison et à une amende. Sur l’intervention du commandant du navire français Thisbé, qui se trouve de passage à cette époque, il est libéré après deux mois de détention, mais est expulsé des îles Gambier en avril 1860 comme « adultère, receleur, blâmant les lois du pays et abusant de son passeport pour se donner aux yeux du peuple la qualité d’envoyé de sa Majesté l’Empereur Napoléon III ». Quitte Rikitea pour Valparaiso (Chili). En 1870, on le trouve commerçant en résidence, aux îles Marquises, à Taiohae, où il meurt le 8 juin 1881. Les démêlés de Dupuy, et son oncle Pignon, avec les autorités mangaréviennes, furent un des motifs qui créèrent l’affaire de la mission catholique des Gambier (affaire Laval). La presse anticléricale de l’époque s’en servit pour attaquer violemment l’œuvre des missions. — Sur les démêlés de Dupuy avec sa mission des Gambier, voir : Laval, Mémoires pour servir à l’histoire de Mangareva. Paris, 1968.

DURAND, Joseph (le Père Abel). 1873-1902

Religieux picpucien.

Né à Viala-du-Tarn (Aveyron). Ayant fait profession dans la congrégation en 1898, il est ordonné prêtre en 1900 et part en janvier 1901 à Tahiti où il meurt phtisique, à Papeete le 30 août 1902.

DURAND, Victor (1829-1898)

Né le 7 novembre 1829 à Lanmeur (Finistère).

Marin de l’État à bord de la corvette Artémise. Arrive à Papeete le 14 mai 1852. Libéré à Tahiti le 19 septembre 1857, comme colon militaire. De profession mal définie. Tour à tour il est colon, puis écrivain au service de l’Intérieur, en 1863 à Papeete. Se trouve à Moorea, en 1865 ; revient à Tahiti pour y séjourner jusqu’en 1878. Aux îles Tuamotu, en 1879. Meurt à Papeete le 15 juillet 1898. Marié en premières noces le 6 février 1873, à Papeete, avec Ahutu Teaha, † 1873 ; sans enfant. Se remarie le 12 mai 1877, à Papeete avec Peapea Taetae, † 1881 ; sans postérité.

DURAND COUPPEL DE SAINT-FRONT, Yves (1899-1973)

Contre-amiral.

Entre dans la marine en 1917. Contre-amiral en 1951. Expose, à Paris, à la Galerie du Ministère de la France d’Outre-Mer, en février 1957, sous le nom d’Yves Durand et sous le titre Pêcheurs et poissons de Polynésie, des vues de Tahitiens à la plonge et à la pêche, des paysages sous-marins mettant en scène des coraux aux formes étranges et leurs habitants multicolores. Une notice distribuée à la presse à cette occasion apprenait aux visiteurs que l’amiral, ancien membre de l’aéronautique navale, vivait en Océanie depuis 1952. « Il a séjourné, sinon dans toutes les îles, du moins dans les principaux archipels, vivant au milieu des pêcheurs, pêchant et plongeant avec eux. Sa particularité est d’utiliser un « pédalo » muni d’un moteur hors bord, non seulement pour naviguer dans les lagons,… mais même pour les traversées d’île en île, en plein Pacifique, sur des distances non négligeables. » L’amiral fut l’ami et l’exécuteur testamentaire du peintre sur velours, Edgar Leeteg, sur lequel il a écrit une notice dans Hawaiian Life (13 et 20 février 1954). Il avait eu la peine de voir brûler le fare où il vivait à Tahiti et s’en est allé mourir au Pouldu le 28 janvier 1973. C’était un homme rempli d’idées curieuses. Il stupéfia un gouverneur en lui présentant, devant une commission réunie à cette occasion, un siège remontant à poulies destiné à être attaché aux cocotiers des Tuamotu pour éviter aux habitants les risques d’un cyclone.

DURIETZ, Fortuné (1821-1864)

Propriétaire.

Né le 14 octobre 1821 à Ergumghen (Nord). Soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti en novembre 1843. Libéré du service le 1er avril 1847. Se fixe au district de Tiarei. Meurt le 7 avril 1864 à Arue. D’après la tradition familiale, il était l’ami de la famille Pomaré. Malgré qu’il soit propriétaire et habitant de Tiarei, il résidait plutôt à Papaoa (Arue) près de cette famille. A sa mort, il fut inhumé dans le cimetière particulier des Pomaré. De son union, le 20 octobre 1863 à Papeete, avec Raveino a Ravetupu, 1833-1906, sont nés : Tahuarau, 1846-1907, se marie à Tiarei, en 1863, avec Tavae a Afaitaata. — Hutia, 1848-1912, épouse Terai a Teriieura. — Louis, 1850-1918, se marie le 25 juin 1872, à Papeete, avec Turai a Tehahe : sept enfants. — Hioraino, 1852. — Apuatua, 1854-1908, se marie avec Fairere a Hiua, un enfant. — Taotahi, 1856. — Tuane, 1857-1928, épouse à Mahina, le 11 novembre 1893, Puarai a Taioho († 1902), cinq enfants. — Tue, 1858-1918. — Tua, 1860 ; se marie avec Tehuitaata a Tevavaura : dix-sept enfants. — Matabiapo, 1862-1911, se marie le 17 mai 1902 avec Tetumarere a Punua († 1915).

DUROSSET, Christo Airo (1931)

Médecin.

Fils du suivant et de Raurea Teriihauaitu, institutrice. Après des études chez les Frères à Papeete, est envoyé en France comme boursier, fait ses études de médecine à Rennes et rentre à Papeete en 1963. Il est bientôt chargé de l’organisation de la médecine du travail. Se présente aux élections en mai 1965. — De son union avec Madeleine Nexon sont nés : Nelia, Maeva, Christophe.

DUROSSET, Norbert (1900-1964)

Magistrat.

Né le 2 octobre 1900 à Bac Ninh (Tonkin). Fils d’un fonctionnaire des Douanes et Régie de l’Indochine. Licencié et docteur en droit en 1925. Juge suppléant en A.O.F. en 1928. Substitut du procureur de la République à Papeete en janvier 1930. Président par intérim du Tribunal de première instance. Procureur de la République en 1931. Quitte la colonie à la suite du décret du 21 avril 1933. Décédé à Paris en 1964.

DU TEMPLE, Alphonse J. (1870-1913)

Commerçant et vice-consul.

Né à Liverpool, le 15 juillet 1870, d’une famille française originaire du Tarn. Élevé en Angleterre et en France. Va faire du commerce en Nouvelle-Zélande. Est envoyé à Papeete en 1890 par les Établissements Donald and Edenborough, et devient directeur général de cette firme pour le Pacifique oriental. Nomme vice-consul d’Angleterre en mars 1906, il remplira plusieurs fois, de 1905 à 1908, les fonctions de consul intérimaire. Il était représentant à Tahiti de la New York Assurance Co. — Il épouse, le 28 juin 1893, à Papeete, Sarah Gooding, 1875. De cette union sont nés : James Alwin, 1900, habite Auckland. — Georges, 1903, habite Vancouver. — Albert, 1907-1947. — Photographie de A.J. Du Temple dans : Cyclopedia… of Tahiti, 1907, p. 18.

DUTROU-BORNIER, Jean-Baptiste Onésime (1834-1876)

Marin, commerçant et aventurier.

Sans doute le petit-fils de Jean Félix Dutrou de Bornier, 1741-1816, conseiller à la Sénéchaussée de Montmorillon (Vienne), puis député à la Constituante. Entre à quatorze ans, comme pilotin, dans la maison Mazurier, au Havre. Sauva deux marins qui se noyaient dans le canal de Bristol. Aurait participé dans la marine, comme officier volontaire, à la guerre de Crimée. Capitaine au long cours en 1860. En 1865, quitte Le Havre sur un trois-mâts, le Tampico et s’en va charger à Bordeaux pour les mers du Sud. Il était propriétaire pour un tiers du navire et de sa cargaison. Connaît des difficultés à Callao avec les autorités chiliennes : l’ancien capitaine du navire, un certain Bruzend, a laissé de mauvais souvenirs dans les parages, ayant servi à transporter et à ravitailler les Espagnols avec lesquels le Chili est en guerre. Dutrou-Bornier, aidé par le consul Jules de Lesseps, obtient finalement des autorités portuaires qu’elles laissent le Tampico et son capitaine poursuivre leur voyage vers Tahiti. Cette même année 1866, en octobre-novembre, pour 4 500 F, il conduit deux missionnaires picpuciens de Valparaiso à l’île de Pâques. Quelque temps, Dutrou-Bornier chartra son navire et circula dans le Pacifique : deux fois, il prend la poste de Tahiti pour Callao. En février 1867, Dutrou-Bornier va à l’île de Pâques, sur le Tampico, désireux de recruter des travailleurs pour la plantation Stewart de Tahiti. Il ne réussit pas à en engager, les Pascuans ayant encore trop présent le souvenir des « rapts » péruviens ; mais il « achète » un terrain, car il voit les ressources que peut offrir l’île pour l’élevage. On le retrouve faisant du recrutement aux îles Gilbert, voyage au cours duquel son second, devenu fou, veut l’assassiner. Au retour, Dutrou-Bornier, avec trois cents « passagers » à son bord, tombe encalminé pendant de longues semaines. A la suite de différentes aventures, — avaries qu’on ne peut réparer à Tahiti, dettes de jeu ou spéculations ? — Dutrou-Bornier vend son Tampico à John Brander et reçoit en échange l’Aroai, une goélette avec laquelle il s’en va à l’île de Pâques et s’y établit en avril 1868 avec la permission des missionnaires. L’Aroai s’y perd, quelques semaines plus tard, lors d’un coup de vent. En plongeant, les indigènes aident Dutrou-Bornier à sauver quelques objets et des armes. « Les matelots de l’Aroai [ils avaient quelques bonnes raisons de connaître leur capitaine l’ayant vu à l’œuvre ailleurs] les engageaient à laisser au moins dans la mer les canons, fusils et sabres, destinés à servir un jour ou l’autre, disaient-ils, contre les habitants de Rapa. Les jeunes gens ne comprirent pas cet avis, et les retirèrent. » (Jaussen, Annales des Sacrés-Cœurs, 1879, p. 86.). En août, Dutrou-Bornier assiste aux derniers moments du Frère Eugène Eyraud. En 1869, Dutrou-Bornier et John Brander font un contrat pour l’exploitation de l’île. Dutrou-Bornier commence à essayer d’acheter des terres qu’il prétend payer contre des étoffes. « A ceux qui viennent réclamer, il montre son fusil. » En septembre, il commence à entrer en opposition avec les missionnaires qui refusent de poser leurs signatures sur les prétendus actes de ventes. Bientôt c’est une hostilité ouverte entre les indigènes de Mataveri où s’est fixé Dutrou-Bornier et ceux d’Hangaroa où les picpuciens ont installé mission et école. Dutrou-Bornier exploitant des hostilités latentes et profitant de petites altercations se forma un parti, l’arma de fusils après avoir reçu en janvier 1870 un baril de poudre du navire chilien O’Higgins — et, par trois fois fit arracher les patates, seule nourriture du pays, brûler les cases de ses soi-disant adversaires, faisant en sorte que trois cents habitants sans vivres, ni abris, se rendirent à discrétion, consentant à être « engagés » à son associé Brander, pour trois ou cinq ans « comme on voudrait l’écrire ». Une visite de Brander, fin février 1871, venu à la fois pour faire du recrutement et sur la demande de Mgr Jaussen qui lui a demandé de faire mettre fin aux désordres, ne change rien à la situation. Brander quitte l’île avec soixante-sept Pascuans sans y avoir mis la paix. Ce que voyant Mgr Jaussen donne l’ordre à ses missionnaires de quitter l’île. Cet ordre est exécuté en juin 1871. Dutrou-Bornier ne voulant pas rester sans travailleurs dans l’île s’oppose à ce que toute la population s’en aille comme l’évêque l’avait décidé et environ cent-soixante-dix Pascuans demeurent avec Dutrou-Bornier. Celui-ci vit avec une jeune femme, qu’il est allé voler à son mari, et dont il prétend faire la « Reine » de l’île. Trois fois en 1872, 1874 et 1875, il lui fera écrire au Gouverneur de Tahiti demandant le protectorat français. A la suite du premier refus, en 1872, Dutrou-Bornier se dit « affecté par ce refus… qu’il espère ne pas être définitif ». Cette année-là, le commandant Girard, chef d’un navire de guerre de passage, prit sur lui de lui donner l’« autorisation provisoire d’arborer sur l’île le pavillon français » et le constitua « notre représentant officieux auprès de la Reine ». En janvier 1877, la Marama, une goélette qui arrive de Valparaiso par l’île de Pâques, apporte à Papeete la nouvelle qu’« une insurrection avait éclaté dans l’île, que la Reine avait été maltraitée, et qu’on avait assassiné Dutrou-Bornier ». Les gens de la goélette n’ont pu avoir de détails sur l’insurrection et n’ont pas vu la Reine, seulement ils ont constaté que la maison de M. Dutrou-Bornier avait été « pillée, dévastée et portait les traces d’une attaque à main armée ». Les faits paraissaient remonter à quatre mois. Aussitôt l’ex-notaire Van der Veene, fondé de pouvoir de Dutrou-Bornier à Papeete, tente de faire partir le stationnaire pour une enquête ; le Gouverneur n’en juge pas ainsi. Cependant le Seignelay, qui passe dans l’île en avril 1878 apportera quelques précisions. « Il n’y a plus alors dans l’île qu’un nommé Chavez, arrivé en juillet 1877 et qui depuis maintient en bon état de défense la maison de Mataveri dont il interdit l’accès aux naturels et où il possède de bonnes armes : il croit à un assassinat, mais il dit n’en connaître ni le motif, ni les auteurs. D’après ce que j’ai entendu à Tahiti du caractère de M. Dutrou-Bornier, commente le capitaine du Seignelay, et de sa conduite envers les naturels de l’île de Pâques, il me paraît impossible qu’il ait succombé à des vengeances particulières… La seule personne, ajoute-t-il, dont on pourrait, je crois, obtenir des renseignements serait Coretto, la veuve canaque de Dutrou-Bornier, si on pouvait la dégager de la pression qui la force maintenant au silence. Elle a certainement un vif désir d’être transportée à Tahiti avec les deux petites filles qu’elle a eues de M. Dutrou-Bornier, mais ce n’est que sur un bâtiment de guerre qu’elle pourrait quitter l’île avec sécurité ; les criminels dont elle a probablement le secret ne la laisseraient pas partir sur un navire marchand. En répondant à nos questions sur la mort de son mari, elle paraissait plutôt réciter une leçon dont elle n’osait pas dévier que raconter ses impressions personnelles. Coreto, ajoute le commandant, n’a actuellement aucun pouvoir et Chavez a paru très surpris quand nous lui avons parlé d’une reine. Elle est aujourd’hui avec un Canaque dans une des huttes de Mataveri, exactement comme toutes les femmes de l’île. Mon opinion est qu’elle n’était pas davantage investie de l’autorité suprême quand Dutrou-Bornier l’a épousée. » D’après les inventaires dressés pour l’ouverture de la succession, Dutrou-Bornier « laissa des parcelles de terrain situées à l’île de Rapa, affectées à l’élève du bétail, une grande maison d’habitation avec cave et hangard [Pinart, qui l’a vue, parle d’une « demeure dans le genre de celles des planteurs des États du Sud, entourée d’une vaste véranda où s’élançaient des vignes vigoureuses »], 6 charrettes, 8 400 moutons, 150 bœufs, 20 chevaux, 1 âne ». Ces biens, résultant de la communauté ayant existé entre John Brander et Dutrou-Bornier, furent vendus à la criée le 24 juin 1884 (Journal officiel du 12 juin 1884). La succession avait en effet donné lieu à une suite de procès entre la famille et les Brander. « La question fut soumise au tribunal de premières instances, puis au tribunal supérieur de Tahiti ; elle fut portée, en 1885, devant la cour de cassation qui, en donnant gain de cause à la famille de Dutrou-Bornier, renvoya l’affaire devant la cour d’appel de Bordeaux, dont l’arrêt n’était pas encore rendu en mai 1889 ». Les jugements portés sur Dutrou-Bornier sont assez différents. Les gens qui ne l’ont pas approché ou ne le connaissent que par ses dires, ses avocats et naturellement sa famille, le considèrent comme « un homme courageux, venu habiter des contrées ingrates dans le but de les améliorer ». On parle du « bien qu’avait fait pour la civilisation de l’île de Pâques l’ex-commandant du Tampico en essayant d’habituer au travail les Indiens et en profitant de ce qu’ils l’avaient élu chef pour leur donner un semblant de constitution… Ses efforts avaient déjà été couronnés de succès et laissaient entrevoir pour les Canaques un avenir plein de promesses », déclare le candide Pinart. On vante son énergie, on parle des bœufs qu’il a importés, du petit port qu’il avait « créé ». Ceux-là, en général, le font mourir d’une chute de cheval un soir qu’il était ivre. Ce qui est certain, c’est que Dutrou-Bornier, avant d’aller à l’île de Pâques, s’était livré « à des opérations ressemblant à la traite » (amiral de Lapelin). Ce qui est certain, c’est qu’il continua son trafic à l’île de Pâques, se faisant payer des « capitations » sur les Indiens exportés et que l’île, qui avant son arrivée comptait 900 habitants tous baptisés et vivant en paix avec leurs deux missionnaires (témoignage du Topaze), n’en comptait plus que 130 à sa mort (lettre du Gouverneur au Ministre). Ce qui est certain, c’est que « le travail qui est demandé [par Dutrou-Bornier aux Pascuans] n’a jamais été suffisamment rétribué pour assurer même leur nourriture » (Smith). Ce qui est certain, c’est que ce sont les missionnaires et non Dutrou-Bornier qui apportèrent à l’île des animaux domestiques. « Vous auriez dit l’arche de Noé, écrit le Père Gaspard. Il y avait dans notre navire des chevaux, des ânes, des vaches, des porcs, voire même des chats destinés à faire la chasse à cette multitude de rats qui désolent Rapa… un troupeau de brebis qui se composait de 190 têtes » (le Père Gaspard, cité par Mouly, p. 142). Ce qui est certain, c’est qu’il a mis le trouble dans l’île, divisant la population, armant un des clans, apportant ainsi avec lui le pillage, la terreur et la mort. Ce que tous ceux qui ont ouvert les dossiers Dutrou-Bornier déclarent certain, c’est que le « capitaine colonisateur » fut assassiné par une population finalement justement révoltée par ses exactions et ses brutalités. Dutrou-Bornier avait épousé Valentine Foulon en France, avant son départ pour l’Océanie. De cette union était né un fils, Georges, qui avait dix-neuf ans en 1882 et mourut, avant 1889, au retour d’un service militaire (?) fait en Indochine. — A l’île de Pâques, Dutrou-Bornier vécut avec une indigène dénommée Koreto ou Coreto par les documents de l’époque et dont il fera la « Reine » de l’île de Pâques. Elle signe Ko Kereta Puakurenga, en 1872, une demande d’annexion envoyée au gouvernement français et qui est conservée servée aux Archives de la F.O.M. D’après les visiteurs de l’île de Pâques à cette époque, Dutrou-Bornier aurait eu deux filles de cette femme : Caroline, décédée à l’île de Pâques le 28 février 1952, à 92 ans, et Hariette (ou Henriette), décédée en 1935. Dutrou-Bornier, à l’état civil de Tahiti, reconnaît une fille Marthe Jeanne, née en mer le 29 mars 1868, de la femme indigène Moo Ataré. Cette Jeanne épousera Vaaroaitematai, dont elle aura, en 1888, une fille Tetuaitaata et un fils, Xavier Matohi, née en 1890 à Moorea, épouse une demoiselle Pater qui conserve l’épée de son grand-père. — Les deux enfants de l’île de Pâques auraient échappé à la fureur des Pascuans lors de l’assassinat de leur père, grâce à un certain Papiano, qui les aurait cachés dans un four. Un dessin de l’article de Pinart dans le Tour du Monde (1878, p. 235) et intitulé « Réception de A. Pinart par la Reine de l’île de Pâques en 1877 » nous montre Koreto entourée de ses deux filles dont l’une a le front couronné par un diadème. Pinart commente ainsi la scène : « Les habitants… nous conduisent directement à l’habitation de la reine. Vêtue d’une large « gaule » à la manière des femmes de Taïti, la tête couverte d’un panama, les épaules enveloppées d’un tartan écossais, les pieds nus, la reine, debout entre ses deux filles, nous attendait à la porte de sa case… Elle nous fait entendre que l’aînée, enfant de cinq ou six ans, aux traits de Napolitaine, aux grands yeux noirs pensifs, aux longs cheveux bruns cerclés d’un diadème de clinquant, parure de quelque saint de bois parti avec les missionnaires, est aujourd’hui reine et qu’elle, sa mère, exerce seulement les fonctions de régente. La seconde fille, aux cheveux châtain foncé, semble plutôt une enfant exilée des faubourgs de Paris… Pendant toute la durée du banquet, elle nous répète sans cesse que ses filles se nomment l’une Caroline et l’autre Hariette, qu’elle-même s’appelle Koreto, et que ses deux enfants ressemblent beaucoup à Dutrou-Bornier, leur père ». — Mrs Routledge, The Mystery of the Easter Island, p. 128, a donné une photographie de la maison de Dutrou-Bornier.

Bibliographie. Aucune étude d’ensemble n’a été consacrée à Dutrou-Bornier. Une lettre de lui, adressée en 1866 au Père Ollivier, vice-provincial des RR. PP. des Sacrés-Cœurs à Valparaiso, est citée dans les Annales de la Propagation de la Foi (t.39, 1867, p. 257-258). Il y dit son admiration pour l’œuvre de la mission, sa certitude du « grand avenir » qui attend l’île. — L’avocat-écrivain Henri Mager, dans une lettre du 23 juillet 1889 au sous-secrétaire d’État aux Colonies, déclare lui envoyer une « note imprimée » concernant la succession Dutrou-Bornier et la valeur de l’île de Pâques. Nous ne l’avons jamais eue entre les mains. Mager a publié dans les Cahiers coloniaux de 1889, Paris, 1889, quelques pages sur les Droits de la France sur l’île de Pâques, où il cite abondamment d’intéressants extraits de la correspondance de Dutrou-Bornier, p. 288-291. — Mgr Jaussen, dans sa Lettre sur l’île de Pâques, adressée le 4 novembre 1873 au Conseil de la Propagation de la Foi (Missions catholiques, 1874, p. 382-386 ; et Annales des Sacrés-Cœurs, 1879, p. 83-94) a raconté en détail les difficultés survenues entre la mission et Dutrou-Bornier. Tous les visiteurs de l’île de Pâques à cette époque parlent peu ou prou de Dutrou-Bornier : de Lapelin, Ce qu’était l’île de Pâques en 1872 (Revue maritime et coloniale, 1873, p. 105-125 et 526-542) ; A. Pinart, Voyage à l’île de Pâques, 1877 (Tour du monde, octobre 1878, p. 225-240). Il y a des dossiers concernant Dutrou-Bornier, à Paris, aux Archives de la Marine ; à Rome, chez les PP. de Picpus, et à Papeete, à la Mission. — M. H. Miot-Putigny prépare une étude sur Dutrou-Bornier.

DUVAL, Charles (1824)

Garde du Génie.

Né à Montmorency (Seine-et-Oise) le 4 avril 1824. Désigné pour servir à Tahiti, s’embarque au Havre le 24 juin 1856. Rentre en 1862. Il avait épousé, à Papeete, le 4 avril 1857, Marie Constance Hurtel, 1833, fille d’Augustin Hurtel, capitaine au long cours, résidant à Tahiti.

DUVAL, Louis (le Père Sosthène). 1841-1907

Religieux picpucien.

Né à Triel (Seine-et-Oise), le 4 mars 1841. Profès dans la congrégation le 25 février 1864. Prêtre en 1866. Arrêté à Picpus le 21 avril 1871, il est parmi les otages de la commune à Mazas et à la Roquette et échappe de justesse aux massacres de la rue Haxo. En mai 1873, il est envoyé à Tahiti où il est resté quatre ans, dans les districts de Tautira et à Papeete. Scrupuleux, il souffre beaucoup et rentre en France en 1877, où sa connaissance du tahitien le fera contribuer à la correction des épreuves du nouveau dictionnaire tahitien de Mgr Jaussen en 1898. Meurt le 30 mars 1907 à Courtrai (Belgique).

DYÈVRE, Henry (1893)

Ingénieur général, directeur du Service hydrographique de la Marine.

Né à Vannes le 21 décembre 1893. Tout frais émoulu de l’École d’Application de la Marine est embarqué sur la Zélée à Tahiti. Effectue dans les Tuamotu différents travaux hydrographiques pour lesquels il reçoit les félicitations du Ministre. En août et septembre 1914, il participe aux opérations de guerre de la Zélée : prise à Makatea du cargo allemand Walkure, dont il prend le commandement pour le ramener à Papeete : organisation et entraînement d’une batterie de six autos-canons de 37 mm dont il exerce le commandement lors du bombardement de Papeete par l’escadre allemande du Pacifique, le 22 septembre 1914. Termine, en 1955, une brillante carrière comme Directeur du Service hydrographique de la Marine.

E

EBRILL, Thomas († 1842)

Marin et colon.

On trouve son nom orthographié Hébril (Laval), Abrill (Laplace) Avril, etc. Un Irlandais. On ignore dans quelles conditions il arrive en Océanie. En 1820, on le dit « fixé déjà depuis quelque temps à Tahiti ». Pendant vingt-cinq ans, on va le rencontrer fréquemment à Tahiti et dans les archipels voisins ; mais il est aussi un familier de Sydney et de Valparaiso, où l’appellent ses commandements ou son négoce. Il fait partie de cette génération de pionniers maritimes qui ont à leur actif la découverte d’îlots non portés sur les cartes ou de bancs dangereux. C’était un homme d’action courageux et décidé. Mœrenhout (t. 2, p. 337-343) a raconté en détail comment, vers 1820 et presque sans moyens, il s’empara à Tubuai de l’Araucano, brick de guerre chilien de 18 canons, « le plus fin voilier de l’escadre », dont l’équipage s’était mutiné et circulait à la recherche de quelque mauvais coup. En 1820, Ebrill est second d’un voilier commandé par Samuel Pinder Henry, le second fils du missionnaire de la London Missionary Society dont il deviendra le beau-frère. En septembre 1824, commandant le Snapper, voilier de 42 t, il est mentionné à Sydney avec un chargement de marchandises diverses. L’année suivante, capitaine du Lynx, il touche encore Sydney d’où il repart pour les Marquises avec des catéchistes protestants conduits par le missionnaire Crook. En 1826-1827, il circule sur la Minerva, navire appartenant à Pomaré III avec lequel il conduit des missionnaires aux Marquises ou fait du commerce de porc salé sur Sydney. En 1828, il commande l’Industry, 87 t avec lequel il va encore à Sydney. En 1832, il achète pour 8 500 F l’épave d’un navire ayant appartenu à un certain M. Doursther, commerçant à Valparaiso qui après un naufrage à l’île de la Chaîne, a été pillé par les indigènes. Mais comme l’assurance se refuse de payer la prime et que Pomaré est incapable de lui restituer les marchandises volées, Ebrill en est de sa poche. Cette même année, lors des troubles qui suivirent le désir de la reine Pomaré de se remarier, la crainte de voir les mamaia triompher, firent que les Blancs de Tahiti s’armèrent et s’en allèrent « déposer leurs effets les plus précieux à bord du bâtiment de M. Ebrill ». De 1832 à 1839, Ebrill semble avoir d’importants intérêts aux Gambier où il fait de la nacre. Le Père Laval, dans ses Mémoires, parle souvent du passage de son navire et de ses plongeurs Rapas qui créent quelques troubles dans l’archipel. Ebrill circule aussi avec le Pomaré qui venait d’avoir en 1832 des ennuis avec les gens d’Anaa qui avaient tenté de s’emparer du navire et avaient conservé des otages. Ebrill s’en va les délivrer avec un navire lui appartenant et reçoit au retour le commandement de la Pomaré. On a des traces de son passage à Pitcairn sur ce navire en juin 1834. Notons qu’il sera un temps le possesseur d’un schooner, la Sultana, qui sera pillée par des indigènes. Là aussi Pomaré refusa d’indemniser le capitaine détroussé par les sujets de la Reine, bien incapable de faire respecter son pavillon. Le 22 avril 1839, le capitaine de vaisseau Laplace, sur l’Artémise, arrivant à Tahiti pour intervenir auprès de la Reine en faveur de la liberté de culte et d’installation, a talonné sur un récif (porté depuis lors sur les cartes sous le nom de récifs de l’Astrolable) au large des côtes du district de Tiarei. La houle lui permet de s’en sortir et Ebrill qu’avait requis Moerenhout réussit à faire rentrer la frégate à Papeete par la passe de Taunoa, après deux jours d’efforts, car à la suite de cet accident une forte voie d’eau s’était déclarée. « Un des plus beaux pilotages exécutés à Tahiti ! » déclare un connaisseur. Voilà comment Laplace raconte l’affaire : « Le navire aurait inévitablement sombré, s’il n’avait bénéficié du secours d’un habile pilote. Dans ce moment d’indécision, un marin anglais, établi dans le pays depuis plusieurs années, vint m’offrir ses services de la manière la plus franche et la plus loyale. Le Capitaine Abrill (sic), homme dont on a été bien souvent à même depuis d’apprécier davantage encore l’énergie, les bonnes qualités et les moyens supérieurs dans la pratique de notre métier, me proposa de conduire la frégate à travers les bancs de coraux dans une anse voisine où elle se trouverait parfaitement en sûreté. Nous pûmes y parvenir avant le coucher du soleil, mais non sans avoir lutté péniblement contre des brises folles qui, plusieurs fois, nous firent approcher les écueils de près ». En remerciement de ce service, Laplace offrit à son sauveteur un fusil Robert, un des premiers modèles d’arme à percussion centrale et les officiers de l’état-major, en gage de leur reconnaissance, une longue-vue plaquée en argent portant gravée : « Les officiers de la frégate l’Artémise au capitaine Abrill ». De son côté, le gouvernement français lui fera parvenir une médaille qui malheureusement parvint trop tard à Tahiti pour être remise à Ebrill. Navigateur et commerçant, Ebrill doit être aussi mentionné comme un des premiers colons de Tahiti. Il a acheté, avec son beau-frère Henry des terrains sis à Mairipehé, sur une baie du district de Mataiea. Moerenhout visite la plantation lors de son tour de l’île en 1830. « En arrivant à Mairepehé, je fus reçus avec amitié par M. Ebrill et sa femme. Je me voyais… avec grand plaisir dans la maison d’un Européen. Cette demeure, quoique construite à la hâte, en planches, est commode… De Mairepehé on a une vue superbe de l’isthme et du canton de Tairapu — il en donne un dessin, face à la page 264. Cette baie a deux entrées dont une est très large et facile. Il y a plusieurs endroits où les bâtiments trouvent de cinq à six brasses de profondeur… Les capitaines Ebrill et Henry possèdent en ce lieu une belle plantation de sucre ; mais leur profession aventureuse ne leur permet guère de la soigner et l’indolence des indiens les a aussi fort découragés. La situation en est, d’ailleurs, des plus favorables, près du rivage et dans un endroit où les bâtiments pourraient venir jusqu’à la porte de leurs magasins, d’où il serait, dès lors, facile d’enlever les produits… mais je crains que le capitaine en soit pour ses frais ; car la difficulté d’avoir des ouvriers, et l’éloignement de tout marché favorable, rendra inutiles tous les efforts des étrangers pour l’établissement de plantation dans ces îles, où le coton, l’indigo et le sucre réussiraient au mieux… » Les deux dernières années de sa vie, Ebrill, à bord du Star, 125 t, navire lui appartenant, semble surtout s’être intéressé au bois de santal, circulant depuis Sydney. De passage à l’île des Pins, au Sud de la Calédonie, le 1 novembre 1842 pour un chargement de bois à emporter, il est massacré par le chef Vandegou avec une vingtaine d’Européens et d’indigènes de son équipage. Son navire, pillé, fut ensuite incendié. Thomas Ebrill avait épousé, vers 1828, Eleonor Henry, 1805-1841, la sœur de son ami, le capitaine Samuel Pinder Henry. De ce mariage naquit une fille en 1829 ; c’est elle qui, après la mort de son père, reçut à Tahiti en 1843, des mains de Moerenhout, la médaille offerte par le gouvernement français en souvenir du sauvetage de l’Artémise. Elle était revenue à Tahiti par le Sultana, parti de Sydney le 25 juin 1843. Elle avait alors quatorze ans. On ne sait pas ce qu’elle est devenue. Nous n’avons jamais rencontré une image du capitaine Ebrill.

Bibliographie. Le gouverneur L. Jore a recueilli tout ce qu’on pouvait savoir sur le capitaine Ebrill dans un article intitulé : Le Capitaine irlandais Thomas Ebrill (B.S.E.O., juin 1961, p. 261-280). — Moerenhout, Voyage aux îles du Grand Océan, Paris, 1837, reste la source la plus importante à son sujet. — La mort de Thomas Ebrill a été étudiée par Yves Person, La Nouvelle-Calédonie et l’Europe, 1774-1854, Paris, 1953.

EDMUNDS, Henry Percival (1879-1958)

Éleveur.

Anglais né dans les environs de Birmingham, le 23 janvier 1879. Part à dix-sept ans en Argentine, où il travaille quelque temps dans des fermes et des élevages. Au début du siècle, il est engagé par la Compagnie anglaise Williamson and Balfour, qui a fondé la Compania explotadora de la isla de Pascua. Les droits tahitiens de Dutrou-Bornier, des Salmon-Brander, lors de la prise de possession de l’île de Pâques par le Chili en 1888, sont passés en d’autres mains. Edmunds séjournera vingt-neuf ans à l’île de Pâques, en charge de 40 000 moutons, avant de venir se retirer à Tahiti en 1930. Edmunds avait vécu à l’île de Pâques avec une Pascuane, Victoria Rapahango, dont il avait eu trois enfants pour lesquels il lui faisait parvenir de Tahiti une rente qui, bien que fort modeste, faisait d’elle la femme la plus riche de l’île. Victoria Rapahango avait été lors de la Mission franco-belge à l’île de Pâques en 1934-1935 une des informatrices de A. Métraux et de H. Lavachery. Ce dernier avait la plus grande estime pour cette femme en qui subsistait beaucoup de grâce et de la distinction traditionnelle des Polynésiens. — Edmunds, personnellement de 1900 à 1930, puis par l’intermédiaire de sa femme indigène, fut le pourvoyeur en objets de l’île de Pâques de plusieurs collectionneurs et en particulier du Captain A. W. Fuller, éminent collectionneur londonien, qui possédait des pièces de sculptures anciennes de formes peu communes et des costumes fort curieux qui doivent être maintenant, avec le reste de sa collection, au Musée de Chicago. A côté de ces pièces de qualité, Edmunds mit également sur le marché des objets de beaucoup moins bonne facture. — Edmunds vécut à Tahiti dans un bungalow de la côte ouest où il mourut en 1958. Mrs S. Routledge parle de lui dans son ouvrage The mystery of Easter Island, 1917; également J. H. Pau dans son livre The last cruise of the Carnegie, Baltimore, 1932, p. 164-199. Voir aussi sur lui P.I.M., March 1954, p. 81, port.

EDWARDS, Maïsic

Peintre.

Benezit dans son Dictionnaire des peintres… (Paris, 1955) signale une pastelliste née à Sydney dans la deuxième moitié du XIXe siècle et qui expose, en 1914, aquarelles, pastels et huiles au Salon des artistes français. On trouve à Tahiti des toiles signées M. Edwards, figurant, dans un style très fin du XIXe siècle, des personnages de grandeur naturelle et qu’il faut sans doute attribuer à l’artiste mentionnée par Benezit, une Mrs M. Edwards ayant été à Tahiti en 1918.

EGRON, Georges (le Père Daniel). 1912

Religieux picpucien.

Né le 2 mai 1912 à Givrand (Vendée). Profès en 1929. Ordonné prêtre en 1935. Arrive à Tahiti le 11 novembre 1936. Missionnaire à Mooréa depuis cette date. Outre le soin spirituel de l’île, s’est intéressé, en relation avec l’administration, à une œuvre de redressement des délinquants. Donne des conférences religieuses à la radio de Tahiti. Est nommé, en août 1958 à Mangareva. Poste qu’il occupe depuis lors. Voit et participe aux heureuses transformations apportées aux Gambier par le C. E. P. et en particulier à l’installation d’un aérodrome à Totegegie qui désenclave l’archipel. Pousse ses ouailles à cultiver des légumes pour les bases militaires, en leur donnant l’exemple du travail. Obtient la remise en état du tombeau de Mapouteoa et la restauration de la « cathédrale » du Père Laval, son illustre prédécesseur.

EHL, Joseph (le Père François Régis). 1922

Religieux picpucien.

Profès en 1943. Ordonné prêtre en 1948. Arrive à Tahiti le 29 octobre 1949, y débute à Faaa, pendant une absence du Père Germain L’Haridon, puis est transféré à Papara-Mataiea. Constructeur, il laisse partout des traces de ses activités : maisons paroissiales ou presbytères. Envoyé aux Tuamotu en 1953, il rayonne autour de Fakarava et d’Anaa où il met cinq chapelles en chantier. Celle de Kauehi est inaugurée en 1959. Passe en 1968 à Hao.

EICH, Joseph (le Père Georges). 1845-1905

Religieux picpucien.

Né le 17 mai 1845 à Kaerlich (Allemagne). Profès dans la congrégation le 21 novembre 1864. Après des études ecclésiastiques à Louvain, reçoit son obédience pour Tahiti. Arrive à Papeete sur le Hermann, le 22 mars 1868. Ordonné prêtre à Papeete par Mgr T. Jaussen le 5 août 1869. Durant sa longue carrière apostolique il dessert ou visite presque tous les postes du vicariat de Tahiti, évangélisant tour à tour Tahiti, Anaa, Mooréa. Il a parcouru plusieurs fois l’archipel des Tuamotu, a été porter le secours de son ministère aux indigènes de l’île de Pâques en 1898, a fait des voyages aux îles Sous-le-Vent et aux îles Cook, contribuant puissamment à l’établissement de la mission dans ce dernier groupe. Sur théologien, parlant couramment le français, l’allemand, l’anglais et le tahitien, esprit observateur et judicieux, d’un grand dévouement, il a exercé une grande et heureuse influence autour de lui. Il avait été en 1894 provincial, et Mgr Verdier l’avait choisi comme coadjuteur. Rome l’avait même déjà nommé évêque in partibus de Sétif, mais se prévalant du mauvais état de sa santé il n’avait pas cru pouvoir accepter cette charge. Il mourut à Papeete, le 6 mars 1905, peu de jours après avoir renoncé à la dignité épiscopale. Il fut enterré dans le caveau où repose Mgr Tépano Jaussen de qui il avait reçu l’onction du sacerdoce.

EILSHEMIUS, Louis Michel (1864-1941)

Peintre américain.

Né le 4 février 1864 à Laurel Hill, Arlington (N. J.) U. S. A. Après des études artistiques en Amérique, va les achever à l’Académie Julian, à Paris. Voyage : Californie, Espagne, Tahiti, Samoa, Inde. Exposera chez Durand Ruel, en septembre 1932. « Il y a dans les tableaux d’Eilshemius juste assez d’exotisme ou d’esprit colonial pour en rendre la saveur aigre ou capiteuse » (Waldemar George). Peintre étrange aux conceptions bizarres, fabricant de rêves, aimant le naïf, le fantastique, la pantomime ; amateur de tons traduisant les nuances les plus délicates de la lumière, des crépuscules et des aubes. D’ailleurs discuté puisque certains ont parlé d’un « métier recherché et d’une puérilité infantile », et que d’autres Américains le déclarent : « one of the most original and delightful of our landscape painters », tout en ajoutant « one of the most tragic instances in the history of art of neglected genius » (Duncan Phillips). Décédé à New York en 1941. — Bibliographie très complète dans Hans Vollmer, Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler des XX. Jahrhunderts, 1955, Bd. II, p. 22-23.

ELDER, James

Missionnaire de la London Missionary Society.

Désigné pour l’Océanie, quitte l’Angleterre le 5 mai 1800 et arrive à Tahiti, sur le Royal Admiral, le 10 juillet 1801. Accompagne son collègue Nott dans son tour de l’île, en mars 1802, pour « familiariser les Tahitiens avec les bases de la croyance chrétienne ». Quitte Tahiti le 1er février 1808 pour Sydney où il va pour se marier. Il réalise son dessein et épouse une demoiselle Smith, fille d’un respectable colon, « who has gone out free », et dont la réputation est excellente. Rentre à Tahiti par le brick Perseverance qui ancre à Matavai Bay le 25 octobre 1808. Le capitaine, qui s’était épris de la jeune Mrs Elder, se suicide le surlendemain. La pauvre femme en resta de longs mois dans un état de dépression. En raison des événements de Tahiti, la Perseverance conduisit les missionnaires mariés à Huahine, le 10 novembre. Elder était du nombre. Il quitte la mission un an plus tard et se rend à Sydney où il arrive le 17 février 1810, date à laquelle cesse son appartenance à la Société.

ELLACOTT, Alban (1934)

Fonctionnaire.

Né le 31 janvier 1934 à Papeete. Études supérieures à Paris. Ingénieur des Travaux Publics. De retour à Paris, fait carrière dans l’administration et devient chef du service des Travaux Publics et des Mines en 1964. Tous les importants travaux exécutés à Papeete depuis cette époque sont donc étudiés et supervisés par lui et Tahiti lui doit beaucoup sur ce point. Il sera président du conseil d’administration de la Maison des Jeunes et de la Culture qu’il anime de son dynamisme. En septembre 1973, il a la satisfaction de présenter la dernière tranche du programme de cet organisme en remettant une salle de théâtre moderne au ministre Stasi de passage à Tahiti. Il est également président de la Fédération des Œuvres Laïques.

ELLACOTT, Anthony

Épouse une femme de Bora Bora, Tamahupe Vahine, d’où Esther, épouse Tupu ; John ; Anthony, épouse Sophie Brothers ; Joseph, décédé ; Marco, 1932, en France depuis 1954, animateur de théâtre, épouse Chantal Gekière, 1931, une fille, Elsa, 1958.

ELLACOTT, Freddy (†1971)

Né à Bora Bora.

D’abord instituteur, puis entre au greffe à Tahiti. Président de l’Association des Anciens Élèves des Frères. Membre du Pupu here aima, le groupe des patriotes, adjoint du maire Pambrun à Papeete. Président de la Fédération des A.P.E.L. Organise à ce titre des sessions pédagogiques annuelles présidées par des spécialistes venus de France, le frère Didier, l’abbé Hamelin, le père Reynès. Décédé le 14 juillet 1971.

ELLACOTT, John

Fils d’un cultivateur de Hatherleigh (Angleterre) où il est baptisé le 4 décembre 1833, débarque à Bora Bora dans les années 50 du siècle dernier.

La tradition familiale en fait un charpentier de marine. Il épouse Mary Esther Blanket, fille de Hina à Maraehau. De cette union naissent plusieurs enfants dont John, sans postérité, William, Mary Ester, décédée jeune sans postérité, Samuel, Anthony et Thomas.

ELLACOTT, Thomas (1885-1936)

Charpentier de marine, il possède un chantier à Taunoa.

De son union avec Caroline Taimai Iorss, 1882-1954, sont nés : Mary, 1906, épouse Paul Simon d’où, Mary, 1932, et Léonne, 1950, qui épouse Jean Desanti, administrateur de la F.O.M. — Louise, 1907, épouse un Clark. — Joseph, 1909, épouse une Tahitienne, fonctionnaire. — Martial, 1910, charpentier de marine, épouse Herta Thompson, quatre enfants : Alban, 1934 ; Warren, 1935 ; Thomas, 1938, fonctionnaire au CEP ; Benina, 1940. — Henriette, 1913-1970, épouse Léon Schmidt, entrepreneur à Paea, une fille Lolita, 1930, épouse Philippe Laughlin. — Ludwig, 1917, charpentier de marine, épouse Tetua Taero, cinq enfants. — Henri, 1921-1959.

ELLIS, Clyde F

Missionnaire Mormon.

Arrive à Tahiti avec sa femme le 1 septembre 1914. Fait la dédicace des églises de Makatéa et de Tarona. Sa femme meurt de la grippe espagnole en décembre 1918. Fera à Tahiti plusieurs importants séjours de 1920 à 1935, date à laquelle il rentre définitivement aux États-Unis. Publie plusieurs ouvrages de piété en tahitien.

ELLIS, William (1794-1872)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 29 août 1794 à Londres. Études au Séminaire de Gosport. Ordonné le 8 novembre 1815, épouse, le 9, Mary Mercy Moor, 1793-1835. Quitte l’Angleterre le 23 janvier 1816 avec sept autres missionnaires destinés à Tahiti. Arrive à Mooréa, le 26 mars, où il vit successivement à Papetoai et à Afareaitu. Ellis avait une bonne formation d’imprimeur et apportait d’Angleterre une presse avec tout le matériel nécessaire à l’impression de petits ouvrages. Ce matériel fut débarqué à Mooréa, dans le district d’Afareaitu. Dès le mois de juin, tout était monté et prêt à fonctionner. Le 10, la première page d’un abécédaire était composée. Le 30, l’ouvrage était tiré en présence de Pomaré. Aucun exemplaire n’a malheureusement survécu des 2 600 copies de cet abécédaire, qui était le premier ouvrage imprimé dans une île du Pacifique. Ellis, assisté de William Pascoe Crook, publia la même année un catéchisme : Te mata no te parau na te Atua (1817, 32 p.) ; une traduction de Saint Luc : Te Evanelia na Luka (1818, 120 p.), etc. Il part à Huahine le 20 juin 1818 emportant avec lui son imprimerie, critiqué en cela par ses confrères qui auraient mieux vu les presses à Tahiti. En 1821, Ellis visitera Tahiti, afin d’y prendre les conseils de son collègue Nott sur le code qui sera promulgué à Huahine, lors d’une assemblée générale de la population, en mai 1822. Ellis était parti, en février, avec les Rev. Tyerman et Bennet, sur la Mermaid, pour une visite des Marquises et des îles Sandwich. Il vient reprendre sa famille à Huahine, le 4 octobre, et quitte l’archipel le 31 décembre 1822. Après avoir occupé des postes importants en Angleterre à la tête de la Société, deviendra missionnaire à Madagascar. Meurt, en Angleterre, le 9 juin 1872. Ellis a beaucoup publié. Son ouvrage : Polynesian Researches (2 vol. Londres, 1829) est un des classiques de la Polynésie. Sous le titre : A la recherche de la Polynésie d’autrefois, une traduction française en deux volumes en a été donnée en 1972 par la Société des Océanistes (Publication n° 25). Elle est précédée d’un excellent Portrait d’Ellis, signé Colin W. Newbury qui résume sur documents inédits la vie de W. Ellis. — Son fils John E. Ellis écrivit la vie de son père aussitôt après sa mort : Life of William Ellis (London, Murray, 1873).

EMORY, Kenneth Dike (1897)

Ethnographe et archéologue.

Né à Fitchburg (Mass.), U. S. A., le 23 novembre 1897. Un des meilleurs spécialistes de l’ethnographie polynésienne. Attaché au Bishop Museum de Honolulu, fera de très nombreuses missions scientifiques pour cet organisme aux îles Marquises, aux Tuamotu, 1923-1930, aux Gambier, 1934, dans les îles de la Société. K. Emory est un des premiers à avoir étudié d’une manière méthodique et scientifique les problèmes posés par le peuplement de l’Océanie en y effectuant des fouilles archéologiques, d’abord aux îles Hawaii où il mit au point ses méthodes, puis dans la Polynésie française. Vint en 1960 commencer les recherches de cet ordre à Tahiti et aux îles Sous-le-Vent, en compagnie de Yoshihiko Sinoto et de P. Vérin. — Épouse, en 1925, à Papeete, Marguerite Thuret : deux enfants Tiare et Winifred. En 1967 les amis de Kenneth Emory lui présentaient un volume d’« Essais » publiés en son honneur par le Bishop Museum, à Honolulu. On y trouverait, p. 1-36, une excellente notice biographique écrite d’une plume amicale par Bengt Danielsson. Et aussi, p. 37-41, une liste de ses publications. On rencontrerait là tout ce qu’il a publié sur la Polynésie française.

ENGDAHL, Paul (1888)

Peintre suédois.

Né à Kristinehamn. Venant de la Colombie britannique où il passe un an, arrive à Tahiti en 1921, poussé par des théories naturistes. S’installe dans la vallée de Punaruu ; puis à Faaone y construit une case et s’improvise planteur, cultivant de la vanille. Il a l’occasion de voir de vieux tapas décorés. Transposant cette technique sur un support moderne, il fait des essais d’impression sur des cotonnades et confectionne des pareos ornés de motifs végétaux ou abstraits qui ont beaucoup de succès. Sa peinture est essentiellement décorative, mais aussi d’une grande précision en ce qui concerne les spectacles et les gens du pays qu’elle tend à représenter. Engdahl expose à Tahiti et à Hollywood en 1935 ; en 1936, il présente ses œuvres à la Galerie de l’Agence des Colonies, à Paris. On le trouve « intéressant et tourmenté ». On remarqua les panneaux peints, destinés à la décoration murale, « où le peintre a transcrit des scènes de la vie de Tahiti, hommes ou femmes au travail ; et de grande fresques florales où s’étalent cocotiers, cactées, bananiers, fleurs éclatantes des orchidées. Les motifs centraux sont encadrés par des bandes de toile sur lesquelles courent des dessins géométriques. Les couleurs sont chaudes et harmonieuses… Œuvre essentiellement décorative, mais qui évoque de façon très précise la vie de l’île. » Voir sur Engdahl une notice biographique par Gösta Lilja, dans Svenskt Konstnärtslexicon, Malmö, t. 2, p. 130, ill.

ERDEVEN, Joseph (le Père François d’Assise). 1881-1928

Religieux picpucien.

Né le 26 décembre 1881 à Auray (Morbihan). Profès dans la congrégation le 24 juin 1902, y est ordonné prêtre le 22 septembre 1906. Reçoit son obéissance pour Tahiti et arrive à Papeete le 6 décembre de la même année. Attaché à la mission des îles Cook. Au cours de la Première Guerre mondiale doit venir à Tahiti. De là est envoyé aux îles Gambier. Membre élu du chapitre général, il va en France en 1923. A son retour est affecté à nouveau aux îles Gambier où il meurt, à Rikitea, le 4 septembre 1928.

ESPINASSE, Andrée (1912)

Sœur Roger, Religieuse des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny.

Née à Rignac (Aveyron) le 10 novembre 1912. Professe dans la congrégation le 1er septembre 1939. Arrive à Tahiti le 29 mai 1940. Y est encore après plus de trente ans, avec seulement une absence de 4 ans. D’abord chargée des classes élémentaires elle est directrice de 1950 à 1967 et de nouveau, à partir de 1971. A son arrivée l’école Anne Marie Javouhey compte 500 élèves et l’enseignement y est pratiquement gratuit. Les deux maisons qu’elle dirige aujourd’hui, avec l’enseignement primaire, les cours ménagers et l’enseignement commercial, comptent, grâce à une subvention de l’Assemblée Territoriale, plus de 2 000 élèves. La Sœur Roger, qui a fondé en 1958 une « bibliothèque pour tous » dont elle a elle-même choisi les livres, est dans le monde scolaire une des personnalités les plus sympathiques de Papeete grâce à son autorité et à un dévouement sans faille à la jeunesse féminine de Tahiti.

ESQUENET, Joseph (le Père Édouard). 1911

Religieux picpucien.

Né à Charleville (Ardennes) le 6 août 1911. Profès dans la congrégation en 1929. Ordonné prêtre en 1934. Arrive, comme missionnaire, aux îles Marquises en 1935. Après quelque temps passé à Atuana, il reçoit en charge l’île d’Ua Pu en 1939. Il y était encore vingt ans plus tard. Homme de forte autorité, bon musicien, expert linguiste, le Père Édouard jouit d’une grande autorité parmi ses paroissiens. Il maintient d’une main ferme la discipline dans son île et veille de très près à sa bonne tenue morale. Ses efforts ont certainement contribué à faciliter la remontée démographique d’Ua Pu. Après Vatican II, dans la ligne du Concile, reçoit la mission de traduire en langue vernaculaire les textes liturgiques de l’Église, tâche qu’il accomplit avec une parfaite maîtrise du marquisien classique. Actuellement en poste à Atiheu, Nuku Hiva.

ESTALL, Arthur (1861-1920 ?)

Négociant.

Né le 9 novembre 1861 à Vancouver, Colombie britannique. Arrive à Tahiti en 1879, travaillant d’abord pour plusieurs maisons de la place. Fait ensuite du commerce dans les Tuamotu. Devient propriétaire à Takume, Fangatau et à Raroia où il se fixe définitivement. A partir de 1885, il est un des plus gros propriétaires et des plus actifs commerçants des îles Basses. Décédé à Raroia. — De son union, à Raroia, avec une jeune fille de Takume, Tepui Heura a Teanuhe, sont nés : Toiane, 1882, épouse en 1908, à Papeete, Marie Matahiapo. — Henere, 1883, épouse à Raroia, le 18 juillet 1900, Elisa Mervin née en 1918. — Ignace Paea, 1885, commerçant à Takume, catéchiste de la mission catholique et bon orateur. Épouse une Paumotu ; ménage sans postérité. — Élisabeth, 1887. — Charles, 1890. — Mere, 1892. — Arthur Teanuhe, 1894, chef de Fangatau, sans enfant. — James, 1895, soldat du bataillon du Pacifique ; fait la campagne de France, cité à l’ordre du jour. — Tutapu, 1900.

ESTALL, Thomas

Épouse Élisabeth Robertson, née à Sydney en 1821 et décédée à Papeete en 1890.

De cette union sont nés ; William, né à Sydney en 1846, marchand et armateur, épouse le 4 juin 1879 Manuela Salas, née à Valparaiso. — James Thomas, né à Sydney en 1849, décédé à Papeete le 20 septembre 1896. — Lewis (ou Louis), né à San Francisco en 1851, ferblantier, épouse le 13 janvier 1890 Lucie Nichols, née en 1864 à l’île Faning, décédée le 15 janvier 1904. Une fille Lucie, 1888, épouse en 1913 Henri Flohr ; Tupe, 1889 ; Marie, 1890.

ÉTILAGÉ, François (1881-1960)

Charpentier.

Fils du suivant. Né à Maeva, Huahine. Populaire sous le nom de « Papa Allain ». Se fixe très jeune à Tahiti dans le district de Faaa. Apprend le métier de charpentier aux Ponts et Chaussées à Papeete, ayant comme maîtres des ouvriers d’artillerie de marine. Bon ouvrier, habile et travailleur, après vingt-six années de labeur au service des travaux publics, il achève sa carrière comme chef-charpentier, à la suite d’un accident qui fut la cause de l’amputation d’une jambe. En 1919, il devient vice-président du Conseil de district de Faaa, collaborateur dévoué du chef Ernest Aubry, tous deux élus au suffrage universel. A la mort de ce dernier, il prend sa suite et remplit ses fonctions à la satisfaction de tous. Décédé le 14 mars 1960 à Faaa. — De son union, le 25 mai 1901, à Faaa, avec Ester Mai, sont nés : Athanase, et Allain qui meurt jeune.

ÉTILAGÉ, Louis (1855-1910)

Propriétaire.

Né le 10 septembre 1855 à Pointe-à-pitre (Guadeloupe). Débarque à Tahiti le 4 juillet 1878 du navire français Segond, venant de France. Reste quelques mois à Papeete, puis tente l’aventure aux îles Sous-le-Vent. S’établit à Raiatea. Après un séjour à Bora-Bora, vient à Huahine. En 1892, on le retrouve à Papeete. Il est agent des Contributions. Propriétaire au district de Faaa. Décédé le 30 décembre 1910 à Papeete. — De son union, en 1881 à Papeete, avec Matamataarii a Taaviri, sont nés : François ; Marie, 1883-1908 ; Pierre, † 1906 ; Victor, 1892 ; Venant, 1895-1906.

ÉTILAGÉ, Reine (1939)

Sœur Reine, de la Congrégation des Filles de Jésus.

Fille d’Alexandre Étilagé, chef de prière à Faaa. Elle est née le 24 avril 1939 à Makatea où son père est employé aux Phosphates. Élève chez les Sœurs de N.-D. des Anges à Faaa. Première postulante de la Congrégation de Sœurs tahitiennes dont rêve Mgr Mazé. Fait ses premiers vœux de religion à Taravao le 2 janvier 1966.

EVENO, Jean (1842-1889)

Cuisinier.

Français, débarque à Papeete du trois-mâts Madagascar le 27 septembre 1880. Navigue au commerce local comme cuisinier pendant quelques années. On le trouve fixé à l’île Hikueru (Tuamotu) où il meurt le 21 juillet 1889, sans postérité.

EXCOFFIER, Jean (le Père Alphonse Marie). 1812

Religieux picpucien.

Né le 3 décembre 1812 à Bastide (Vaucluse). Profès dans la congrégation, en 1840. Part aux îles Marquises en 1843. Nommé dans l’île d’Ua Pu, semble avoir voulu s’y mêler de trop près, vis-à-vis des indigènes, aux affaires temporelles et avoir pris un goût abusif aux plaisirs d’un monde auquel il avait renoncé. Connaît des difficultés à ce sujet avec ses supérieurs et avec l’administration. Expulsé des Marquises sur l’ordre du Commandant particulier, il est conduit à Papeete où on l’embarque manu militari sur l’Ariane, rentrant en France, en juillet 1848. Arrive à Brest fin novembre. Paraît avoir alors quitté la congrégation de Picpus, et ne figure pas sur ses ménologes. On trouve aussi son nom orthographié Escoffier. Voir, sur son retour en France : Halligon, Six mois à travers l’Océanie, Brest, 1889, p. 285-295.

EYRAUD, Joseph (le Frère Eugène). 1820-1868

Missionnaire.

Frère convers picpucien. Né le 6 février 1820 à Saint-Bonnet (Hautes-Alpes). Profès en 1865. Arrive en mission en 1863 et dès 1864, à l’île de Pâques, où il meurt le 19 août 1868. Ce Frère jouera un rôle important dans l’évangélisation de l’île.

EYRE, John (1768)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1768. Ordonné à Londres le 26 juillet 1796. Marié à une femme de soixante-quatre ans ! Fait partie du premier contingent de missionnaires envoyé par le Duff en Océanie. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Lors du départ de tous les missionnaires mariés, en mars 1798, Mrs Eyre conseille courageusement à son mari de rester fidèle à ses engagements et de demeurer à Tahiti. Est nommé à Huahine le 10 novembre 1808. Quitte cette station le 26 octobre 1809. Gagne Sydney le 7 février 1810, date à laquelle il cesse d’appartenir à la Société.

EYRIAUD DESVERGNES, Pierre Eugène (1836-1883)

Officier de marine.

Né le 9 septembre 1836 à Versailles (Yvelines). Élève de l’École polytechnique, promotion de 1857. Passe dans la marine avec le rang d’enseigne de vaisseau au 24 décembre 1859. En février 1868, demande à remplir les fonctions de résident aux îles Marquises où il arrive, en octobre 1868, ayant rejoint son poste par l’Alceste. Touche sa solde, plus une indemnité de 2 500 F, ce qui lui donne un traitement annuel de 5 460 F. Eyriaud s’installe à Nuku Hiva, la résidence officielle : « une maison au bord de la mer, dans la vallée de Hakapehi. » Il est à la fois ordonnateur, officier d’état civil, commissaire de l’inscription maritime, consul « de toutes les nations », juge de paix et « accidentellement ingénieur et médecin ». Il a avec lui comme personnel européen, un écrivain de marine et une « brigade de gendarmerie, composée d’un brigadier et de deux gendarmes logés à la caserne ». En 1873, il obtiendra en outre « un artilleur de marine avec une pièce en bronze de 12 et des munitions ». « Il est facile de voir, ajoute le résident, que l’administration des Marquises n’offre rien de comparable à celle que l’on est habitué de voir fonctionner en France. » Eyriaud succède aux résidents Laurent et Hippolyte qui ont eu des difficultés avec la mission et Mgr Dordillon. Eyriaud maintiendra la tradition sur ce point et sera « en très mauvais termes avec la mission, ce qui, ajoute avec humour le gouverneur de Tahiti, arrive du reste à tous les résidents ». Son premier geste fut d’accuser le malheureux Père Fréchou « de cacher des barils de poudre dans son presbytère. En l’absence du missionnaire, le résident força les portes de la maison, fit sauter la serrure des deux malles et, ne trouvant rien, s’en alla laissant tous les effets à la merci des pillards ». Un peu plus tard, sous un prétexte saugrenu, il fait détruire un jardin expérimental de cultures tropicales, établi par l’évêque, auquel il suscite des difficultés par sa prétention d’appliquer à la lettre les prescriptions du code civil sur le mariage. Au sujet d’un troupeau local, il cherchera encore noise à la mission. Eyriaud vit aux Marquises l’abandon de l’exploitation du coton commencée vers 1867 par W. Stewart, le gérant d’Atimaono, sous l’impulsion du gouverneur de la Roncière et dont le colon Nichols avait accepté la direction locale en apportant de la main-d’œuvre asiatique. La faillite d’Atimaono, en 1873, vint tout interrompre. L’administration du résident Eyriaud se termina fort mal. Il exerça son commandement d’une manière tellement arbitraire qu’une enquête dut être ouverte en 1873. Bien qu’on lui reconnaisse de fort bien parler le marquisien et qu’on lui accorde, au début de son séjour, « une assez grande influence sur les chefs », on trouve qu’il manque vite « d’initiative et d’activité dans l’exercice de ses fonctions » ; que sa gestion, sous le rapport administratif, laisse à désirer et lui a « occasionné de graves embarras que l’on doit attribuer à son inexpérience en matière de comptabilité ». Il en va de même sous le rapport judiciaire. Si bien que son « administration aux îles Marquises ayant eu des résultats déplorables », et des « déficits » ayant été reconnus contre lui — on se trouve en face de « dettes considérables envers l’État » — il est rappelé en France par dépêche ministérielle le 1er octobre 1874. On l’excuse d’ailleurs un peu : il n’a eu pour société, pendant cinq ans, « que deux gendarmes et quelques marchands européens ou américains qu’il ne peut même pas fréquenter… et, mal avec les missionnaires, il a dû vivre presque exclusivement avec les indigènes dont il a trop adopté les habitudes… Son esprit est, par ailleurs, énervé par l’abus des boissons ». Manquant volontairement le navire sur lequel il aurait dû s’embarquer et s’acoquinant pour cela avec un certain commerçant du nom de McGrath, « homme déconsidéré dans le pays », le départ d’Eyriaud de Tahiti fut marqué d’incidents pénibles pour l’honneur d’un officier. Il arrive à Cherbourg le 1er février 1875. La marine le place pendant un an en non-activité par retrait d’emploi. Après sa réintégration dans les cadres actifs, Eyriaud demande un congé sans solde « pour attendre la retraite ». Par ailleurs, il songe à retourner aux îles Marquises. « M. Édouard Hay, un des premiers fabricants d’huile de Paris, désire m’attacher à sa maison pour recueillir, dans l’archipel des Marquises, les noix de bancoul nécessaires pour alimenter une industrie nouvelle qu’il veut créer. » Ainsi Eyriaud pense-t-il « rendre de sérieux services au commerce de la colonie dont les ressources d’exportation peuvent devenir importantes dans la suite » (lettre au ministre, 21 juillet 1876). En fait, Eyriaud ne repartira pas aux Marquises, car à la suite d’une nouvelle affaire, il sera retraité d’office, le 10 octobre 1879. Il entrera alors dans les chemins de fer. Il s’était marié, le 12 juin 1878, en Belgique, avec une Anglaise née au Brésil, Adèle Broad, qu’il amène en France ; il avait obtenu la même année la permission d’ajouter à son nom celui de Desvergnes. Il mourut à Cherbourg en 1883. — A son retour en France, Eyriaud Desvergnes rédigea, pour la marine, un rapport sur les Marquises qui témoigne d’un esprit observateur et cultivé. Ce rapport fut imprimé sous le tire : L’Archipel des îles Marquises (Paris, Berger-Levrault, 1877, 98 p.). C’est une bonne monographie de l’archipel. Il y décrit avec quelques détails la vie des indigènes, p. 17-59 ; y énumère un certain nombre de plantes usuelles, p. 59-69, et donne ses idées sur l’avenir de la colonisation et du commerce dans l’archipel. On trouverait là un plan de ce qui constituait alors la capitale des Marquises, Taiohae, à Nuku Hiva, p. 91.

F

FABIANO, pseudonyme de Fabien COUP (1882-1961)

Peintre, dessinateur, journaliste et cinéaste.

Né à Lamballe (Côtes-du-Nord). Attaché très jeune à la Vie Parisienne, il collabore à de nombreux journaux, se faisant connaître comme le peintre de « la Parisienne ». Correspondant de nombreux journaux étrangers, il circule à travers le monde et fera deux voyages en Polynésie française, où son frère, Maurice Coup, sera tour à tour administrateur aux Marquises et secrétaire général à Papeete. Fabiano est d’abord envoyé à Tahiti (1930-1931) par Camille Eymard, directeur de la Liberté. Il arrive à Papeete, par la Recherche, cargo mixte des Messageries maritimes. Il circule plusieurs mois dans les îles sur la Bellatrix, commandant Bastard, et la Mouette, goélette de l’administration, et revient en France avec un reportage : Les îles où l’on meurt d’amour. « Reportage écrit et dessiné par F. Fabiano » qui commence de paraître dans la Liberté du mardi 8 décembre 1931 et connut un gros succès. De nombreux journaux de province le reproduisent et il paraît en librairie en 1932. Fabiano visitera une seconde fois la Polynésie française trois ans plus tard. Il est chargé par la maison Nathan de tourner un documentaire en Océanie française. On lui adjoint un cinéaste et un opérateur. Après une demi-année passée dans les îles, au cours de laquelle il circule sur la Ville de Papeete dans les Tuamotu, passe aux Marquises où il visite son frère le Résident, et fait les portraits des Wanderbilt à bord de leur yacht l’Alva, il rentre en France avec un film qu’il intitulera Au cœur du Pacifique, et qui découpé et monté par le cinéaste Richard Potier, connaîtra une assez courte carrière, entravée par des jalousies professionnelles. Il tire de ce voyage un nouveau reportage illustré, Sous la Croix du Sud, qui commence à paraître dans L’Intransigeant du 1 janvier 1934. A son retour, il avait exposé quelques œuvres tahitiennes à la Galerie Graat. Hormis cette fort modeste exposition Fabiano — « je traîne ma réputation de peintre de petites femmes comme un boulet ! » — n’a jamais présenté d’une manière officielle ses œuvres tahitiennes. Fabiano a publié trois ouvrages concernant la Polynésie française : Les îles où l’on meurt d’amour, Paris, 1932 — Sous la Croix du Sud, Paris, 1934. — Mes modèles à travers le monde. L’Orient. Tahiti. Les Amériques, Paris, 1951.

FABRE, Gabriel (1939)

Religieux picpucien né au Canet-de-Salars (Aveyron) le 24 août 1939.

Profès dans la congrégation le 8 septembre 1959. Ordonné prêtre le 30 juin 1961. Arrive aux Marquises en 1967. Dessert Tauhata et Fatu Hiva.

FAGET, Charles (1853-1913)

Médecin.

Originaire de la Nouvelle-Orléans. Après avoir reçu son diplôme de médecin à la Louisiana University va se perfectionner en France, 1881. Fera deux séjours à Tahiti en 1899-1903 et 1911-1913, comme médecin civil. A son premier séjour, il avait habité une maison Lévy à Arue. Son fils Paul, né à Tahiti en 1903, reviendra à Papeete en 1973 et fera don à la Cathédrale d’un carillon électronique qui remplacera Patika, le vieil aveugle qui, de longues années, avait rempli le rôle de sonneur à l’église Notre-Dame.

FAGNEAUX, Jean (1850-1921)

Colon.

Né à Moulins (Allier) le 2 août 1850. Après avoir tiré au sort, fait son service militaire dans l’infanterie de marine et prend part à la guerre franco-allemande de 1870-1871. La guerre terminée, est envoyé pour convoyer un navire conduisant en Calédonie des déportés politiques de la Commune. De Nouméa est envoyé à Tahiti où il achève son temps de service. Se fait démobiliser sur place. Reçu et cautionné par Alexis Gillet, commis de la marine installé comme colon à Tahiti, Fagneaux installé à Tautira un petit commerce de ravitaillement auquel il ajoute un commerce de porcs qui lui permet d’acheter une petite terre à Papara. Rentre en France, mais retourne vite à Tahiti où, grâce à une avance de 14 000 F obtenue de la Caisse agricole, il achète une terre à Paéa. Il joint à cette exploitation une entreprise de voiturier. Fait un voyage en France de 1902 à 1904. Un accident lui fait perdre une jambe en 1918 et il meurt le 10 juillet 1921. Il avait épousé le 10 décembre 1892 à Papeete, Céline Surnom, veuve Brillant, née à Saint-Julien (Cher) en 1871 et décédée le 1er janvier 1953. De cette union survivront Élisabeth, 1894 ; Jeanne, 1895 ; Rose, 1906, épouse à Paéa, en 1936, André Beuchet, deux enfants, Huguette et Gabriel.

FAITOHIA A TATI (1802-1879)

Chef du district de Tautira.

Né en 1802 à Tautira (Tahiti). Deuxième fils du grand-chef Tati de Papara. Se joint avec son père au parti des Français, en 1843. En mai 1844, lors de la visite de Bruat dans l’isthme de Taravao, en pleine insurrection, il brave courageusement, avec un autre chef de la presqu’île, le ressentiment des autres chefs qui avaient pris le parti de la révolte, en recevant le gouverneur dans ce lieu. Bruat le nomme chef de district de Tautira, le 26 septembre 1844. Toujours fidèle à la cause française, il remplit ses fonctions avec prudence et sagesse et finit par amener toute sa famille dans le devoir, même sa fille aînée Haamaria à laquelle la reine Pomaré avait donné, lors de l’insurrection, la chefferie du district de Tautira. Indolent, trop brave homme envers ses administrés. Meurt le 11 septembre 1879 à Tautira. Il épouse Taehau Teiotua a Upaupa, la fille de Fenuapeho, qui avait été adoptée par Tapoa le Grand. L’aînée de ses filles, Haamaria, épousa un des fils de Mai, chef de Bora Bora. — Sur Faitohia a Tati voir : B.S.E.O., t. 9, p. 447-448.

FALCHETTO, Sébastien (1887)

Colon.

Né à Nice (Alpes-Maritimes), le 11 mars 1887. A près de cinquante ans, ayant été tour à tour laitier et apiculteur, devant l’incertitude de la conjoncture politique en France en 1936 et sur les indications d’un gendarme retour d’Océanie s’embarque pour Tahiti avec sa femme et huit enfants. Sur son apparence décidée et énergique, le gouverneur Sautot lui accorde dans la baie d’Aahapa, à Nuku Hiva, aux îles Marquises, une concession de 50 ha. Aidé de ses fils Julien, Charles et Benoît, en âge de travailler, construit une barraque et attaque le bush. La mère cuit le pain deux fois la semaine et allume des feux pour éloigner les nonos, la plus dure épreuve. Vingt ans plus tard, il y avait dans la baie de Aahapa une plantation dont 13 ha étaient entourés de murettes de pierre et qui rapportait 26 t de coprah. Quatre nouveaux enfants étaient venus agrandir la famille, et Charles, marié à la fille du gendarme Fournier, comptait lui-même sept enfants. Sébastien Falchetto se retira à Papeete, ses enfants continuant le travail paternel aux Marquises.

FALIÈRE, 1899. Théophile (le Père Émile)

Religieux picpucien.

Né le 6 décembre 1899 à Miquels (Aveyron). Profès en 1917. Ordonné prêtre en 1925. Est désigné pour les Marquises où il arrive la même année. Missionnaire à Atuana. Rentre en France en 1934.

FANAUE A VAHIO († 1882)

Chef des districts de Mahaena et Vairao.

Quelque temps avant l’arrivée des Français, il est destitué de son fief de Vairao, par la reine Pomaré IV, pour avoir péché de la nacre aux Tuamotu sans l’autorisation royale. Il se prononce, un des premiers, contre le protectorat. L’un des plus violents ennemis des Français ; prédicateur ardent de l’insurrection. Assiste à l’assemblée à Papara, où l’on décide de la révolte. Sa fille Roura et son mari se joignent à lui. Il a une très grande ascendance sur les insurgés. Sa bat médiocrement au combat de Mahaena, en avril 1844. Après la prise de la Fautaua, en décembre 1846, il fait sa soumission. Bruat le rétablit chef de Mahaena le 1er janvier 1847. Quatre mois après, il donne sa démission en faveur de sa fille Roura, qui le remplace le 15 mai 1847. Meurt, probablement avant 1882. — De son union avec Ruatupua a Moe Tematua, descendante de la famille des chefs de Mahina, sont nés : Metuautabia, 1823-1882, épouse en 1851 Teinaore a Tetuaahoro. — Roura, 1825, épouse, en 1841 à Teahupoo, Roura a Penehata.

FARARD, Isidore (le Frère Juvénal). 1828-1893

Frère de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né à Javené (Ille-et-Vilaine), le 11 février 1828. Entre dans l’Institut le 11 octobre 1847. Profès le 23 août 1852. Passe neuf ans à la Martinique. Arrive à Papeete le 29 mars 1879. C’est lui qui, en 1881-1882, dirigera la dernière année de l’École publique des Frères. Le gouverneur de Chessé proposa au Frère Alain Guitton d’entrer dans le cadre laïque et à prendre la direction de l’École officielle avec le titre de directeur de l’Enseignement dans la Colonie. Sur son refus, il demanda des instituteurs en France. La commission du budget, le 17 décembre 1879, émet l’avis que « les instituteurs congréganistes fussent remplacés par des instituteurs laïques ». Le 5 janvier 1881, les Frères reçoivent notification de leur remplacement par des instituteurs laïques. Le 14 juin 1882, le Journal Officiel publia la nomination des trois instituteurs dont M. Juventin. Devant les menaces qui pesaient sur les Frères, un contrat est signé entre le Frère Juvénal et Mgr Jaussen, le 7 février 1882. « Quatre frères dirigeraient l’école libre, la mission leur consent les mêmes conditions matérielles que l’administration. Les élèves seront admis sans distinction, gratuitement ; les fournitures classiques fournies par la mission. » Le Frère Alain choisit un emplacement. La Propagation de la Foi donne 10 000 F. La déclaration d’ouverture est faite le 13 septembre et les classes commencent le 10 octobre 1882 : 133 élèves dont 72 catholiques à la rentrée ; à la fin de l’année, 151 élèves et 80 catholiques. Il y a quatre classes dont un cours supérieur ; dès 1886, on prépare au brevet. Le Frère Juvénal connaîtra les péripéties des luttes anticléricales et anticongréganistes. L’école de Mataiea est fermée, à la suite de la mort, le 8 juin 1887, de son directeur le Frère Adolphe. — Après onze ans de séjour sans repos et les tracas de ces années difficiles, le Frère Juvénal demande à rentrer. On parle de le laisser, chargé seulement du temporel, il répugne à prendre sa retraite sur place et retourne en France quittant Tahiti le 15 mars 1890. Il meurt à Saint-Gildas-des-Bois, en 1893, âgé de soixante-six ans. — Nature très franche, ne connaissant que la ligne droite, d’une énergie indomptable tempérée par une extrême bonté, directeur exemplaire et maître incomparable, partout le Frère Juvénal obtint de remarquables succès et sut prendre la meilleure influence sur ses élèves.

FAUGERAT, Alcide (1887-1973)

Receveur de l’enregistrement et Magistrat.

Né à Sainte-Soline près de Leuzé (Deux-Sèvres) le 28 mai 1887. Fait son droit à Poitiers, et ses deux ans de service militaire dans la même région. Arrive à Papeete le 29 septembre 1912 pour remplacer M. Vermeersch comme receveur de l’Enregistrement et des Domaines et fera toute sa carrière à Papeete. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, ses capacités de juriste et le manque de personnel qualifié font qu’il présidera le tribunal de première instance. Un arrêté, pris alors par lui sur le lac de Vaihiria, fait encore jurisprudence. Il remplacera aussi un temps le gouverneur Richard Brunot. Prend sa retraite en septembre 1948. Il avait d’abord vécu à Mamao, puis dans une maison qu’il s’est fait construire en face de l’hôpital et sur la propriété Goupil à Outumaoro dont il deviendra propriétaire en 1936. C’est un homme tranquille et méthodique. L’étude du ciel est son passe-temps et il possède une lunette astronomique. Il n’est pas inscrit au Cercle Bougainville ! Il aime la vie paisible et les joies familiales. Il a même poussé la prévoyance et le souci d’éviter aux siens des ennuis jusqu’à préparer lui-même, de son vivant, et à tenir chaque année à jour, sa déclaration de succession. Si bien que ses héritiers eurent leur tâche fort simplifiée, lors de son décès, à Papeete, le 5 mai 1973. La famille Faugerat conserve un album de photographies qui lui fut offert en 1949 par le postier-photographe Henry Lemasson, « album constitué avec le reliquat des épreuves qui lui restaient dans ses vieux stocks d’épreuves… et offert à titre de cordial souvenir à M. Faugerat, un des rares amis qui lui restent ». Cet album, dont toutes les épreuves, bien conservées, sont abondamment titrées, constitue une intéressante source iconographique sur le Tahiti aux alentours de 1900. De son union, à Papeete, le 11 avril 1913, avec Marcelle Gibson sont nés deux enfants : Suzanne, 1914, qui va faire ses études de pharmacie à Marseille, s’y trouve bloquée par la guerre après avoir épousé, en 1937, Charles Farine, officier mécanicien de la marine marchande, dont elle aura deux enfants : Élisabeth, études à Bordeaux, pharmacienne comme sa mère, et qui ouvrira une officine à Faaa et épouse à Tahiti le Dr C. Fichter, un fils Stéphane, 1970 ; et Narii, 1946, commerçant, célibataire. Suzanne Faugerat, installée pharmacienne à Papeete en 1948, épousera en secondes noces, en 1952, un Américain Jack Lynch, 1907-1970, union demeurée sans postérité. Et Paul, 1917, agriculteur, célibataire. Paul Faugerat gère depuis 1937 les 120 hectares de la propriété Goupil-Miller à Outumaoro, y faisant de l’élevage, — 100 à 120 têtes de bétail — et du coprah, grâce à un four à mazout, une nouveauté à cette époque. Voit démolir la vieille maison de style colonial qui, dans les années 1900, avait été une des plus belles demeures de l’île. Huit hectares sont détachés de cette propriété pour l’installation de l’Hôtel Maeva. Quelques autres sont loués pour l’ouverture du Drive-in Gauguin.

FAUURA, Piritua Hamau Abraham (1917)

Employé de commerce et pasteur de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Né à Tarona, Papeete, le 25 janvier 1917, il est le descendant d’un ancien missionnaire de l’Église mère, John Hawkins. Études à l’école Viénot. Titulaire du brevet local, il devient instituteur à l’école protestante. Puis sera employé de bureau et de commerce. Nommé prêtre de la mission Sanito en 1938 il en est Ancien, en avril 1942. Sera promu Missionnaire de la Polynésie française lors de son voyage à l’Assemblée universelle à Indépendance (Missouri), en avril 1962. — De son union, à Papeete, le 20 juin 1935, avec Turoutaehau à Tematahira, apparentée à la famille Butscher, sont nés dix enfants.

FAVART, Ambroise (1790-1847 ?)

Aventurier et marin.

Né à Saint-Pompont (Dordogne) d’une famille originaire de la Gironde. Réfractaire en 1811, quitte la France et se retrouve à Salem (Mass.) où, après quelques années de navigation, il s’engage sur un baleinier américain qui le conduit en Océanie. Déserte à Rotuma et, sur un navire santalier de Hawaii, arrive aux Marquises où le missionnaire William Pascoe Crook le signale à Tahuata au début de 1825. Bon vivant et entreprenant, armurier amateur, il est assez bien vu des indigènes dont il entretient l’arsenal. On le voit plus tard, circulant dans les Tuamotu, intéressé par la nacre dont il semble avoir été un des premiers à discerner la valeur commerciale. Pour réaliser ses projets, prétend s’être emparé d’une goélette par la violence, et avoir navigué ensuite sous pavillon chilien. On perd alors ses traces, soit qu’il ait pris une nouvelle identité après quelque méfait, soit qu’il ait purement et simplement disparu. Une branche des Favart conservait avant la Seconde Guerre mondiale un cahier manuscrit où avait été recopié un Journal des navigations d’Ambroise Favart, document malheureusement perdu dans un des incendies qui marquèrent la prise de la poche de Royan par les troupes alliées en 1945.

FAVRE, Jean-François (1940)

Peintre.

Né aux Boucholeurs (Charente-Maritime). Travaille à la Grande Chaumière à Paris. Diplômé d’enseignement supérieur du Dessin. Sera professeur au Lycée Paul Gauguin de 1966 à 1973. Expose à plusieurs reprises à Papeete des peintures à l’huile et des aquarelles ainsi que des sculptures, et bas-reliefs inspirés de l’art primitif océanien. Il se sert pour ses bas-reliefs de coquillages, d’os de tortue, d’ivoires marins, de vieux bois patinés et de dix autres matériaux bruts qu’il agence en formes qui s’apparentent à un art océanien traditionnel, tout en conservant un caractère essentiellement personnel. Une grande œuvre de lui, qui fut exposée à la XIe Biennale de São Paulo, figure à l’hôtel du Kon Tiki. Papeete conservera aussi un important haut-relief, qui décore la crèche de Pirae. Exécute également des gravures sur bois illustrant d’une manière synthétique des récits polynésiens où il restitue le lyrisme des vieilles légendes dans un graphisme très solide et construit où s’imbriquent dieux et hommes, terre, mer et cieux. Le numéro d’octobre 1973 de Képi Blanc, p. 36-43 a donné, avec d’excellentes reproductions de gravures de Jean-François Favre, quelques-unes de ces légendes. — Au cours du séjour de son mari à Papeete, Mme Favre était assistante sociale de la caisse de prévoyance sociale.

FAWTIER, William (1867-1926)

Gouverneur des Colonies.

Né le 22 décembre 1867 à Constantine (Algérie). Fils de fonctionnaire colonial, il est nommé commis du Secrétariat du Gouvernement des Établissements Français de l’Inde, le 16 juillet 1888. Après une carrière coloniale, menée principalement à la Guadeloupe, il est nommé gouverneur des Établissements Français de l’Océanie par décret du 8 mars 1913. La colonie est alors dans une ère de prospérité sans précédent. Il s’attache au problème de la main-d’œuvre en établissant un projet de réglementation de l’immigration et en se mettant en rapport avec les pays de population dense, fonde un service topographique chargé de reconstituer les plans cadasradastraux anéantis par le cyclone de 1906, réorganise l’enregistrement de l’état civil. Cependant, le Ministre repousse son projet de remplacement du Secrétariat général par un Bureau d’affaires politiques et économiques. D’autre part, une série de rapports, tendancieux à vrai dire, dénonce divers abus et carences de son administration. Dès l’annonce de la déclaration de guerre, il prend des mesures pour protéger la colonie d’un coup de force éventuel. Confie l’organisation de la défense au lieutenant de vaisseau Destremeau, commandant de la Zélée. Cependant, le 22 septembre 1914, deux croiseurs allemands, le Shanborst et le Geisenau incendient Papeete par un bombardement violent, encore que peu meurtrier. Entrera ensuite en conflit avec le Cdt Destremeau qui doit quitter son commandement après enquête de l’amiral Huguet, en décembre 1914. Pour amortir le fléchissement économique temporaire résultant de ces événements, il comprime les dépenses du budget local. En même temps, il prend une série d’arrêtés concernant les ressortissants et les entreprises commerciales austro-allemands, nombreux dans la colonie. Malade, irrité de voir le Ministre suspendre les sanctions prises par lui à l’encontre de Marcadé, administrateur des Tuamotu, il abandonne le gouvernement pour raison de santé et se retire en Guadeloupe dans la famille de sa femme. Meurt à Paris en juin 1926.

FAY, Frank (1921)

Peintre, sculpteur et céramiste.

Né à Paris, le 23 novembre 1924. Issu d’une famille américaine du Vermont. Études à l’école de céramique de Vierzon et aux Arts appliqués à Paris. Arrive à Tahiti en 1949. Y crée un atelier de céramiste où il cuit des pièces originales inspirées de l’art primitif polynésien ou précolombien : tikis, sculptures, vases, plats, bas-reliefs, motifs décoratifs. Fait également des tentatives d’un art plus abstrait. Fay a beaucoup travaillé la matière de ses poteries, faisant des recherches sur les terres locales, mélangeant des argiles de consistance différente, étudiant des liants et les cuissons. C’est lui-même qui prépare les couleurs de ses toiles, car c’est également un peintre. « Il s’exprime aussi par des gouaches, toiles étranges d’où triomphent les ocres et les jaunes et qui rendent la lumière et l’ambiance tropicale avec une intense vérité. » Un temps Fay est allé travailler aux Gambier et à Rapa. Il a exposé chaque année à Papeete depuis 1954, et, en France, lors d’un séjour de six mois, en 1956, cherchant un public d’abord hésitant mais qui peu à peu s’intéresse aux recherches de cet ardent et passionné céramiste. En 1959, Frank Fay illustre de dessins non figuratifs « qui vont tantôt du blanc vers le noir tantôt du noir vers le blanc, avec de subtils passages où savent s’agglutiner en grappes soudaines des vérités minuscules, mille-pattes d’on ne sait quel ancien monde… », un poème de son ami François Ollier (1933) arrivé à Tahiti en 1954 où il épouse l’année suivante Vicky Bennett. Ce poème, intitulé Alkhaest, a été tiré à petit nombre par les soins de l’imprimerie Jean Ferrand. A son travail de céramiste, Frank Fay joint également une activité de peintre et de sculpteur. Artiste en perpétuelle recherche, il oriente toutefois son art dans la voie de l’abstraction et parvient à un dépouillement extrême. Ce qui n’empêche pas l’art de prendre sa source dans le réel que le peintre « abstrait » et recrée. Ainsi naissent une série d’expositions : Alfa en 1966, Cathédrales et Brasseries en 1969, Le Nickel en 1970, le Port de Papeete et Végétation en 1971. Son art, dans lequel la couleur, très belle, tient une place prépondérante, atteint ainsi « un rare équilibre entre les données extérieures et les structures imposées par la réflexion ». Sculpteur également, Frank Fay crée à partir d’éléments découpés dans le fer, à partir de bois plaqués les uns sur les autres. Il exécute de nombreux collages et des cloutages, réalise des tissus exclusifs, pratique la gravure et la lithographie. — Créer ne lui suffit pas, il est également animateur artistique. En 1962, il fonde la publication trimestrielle Cahiers du Centre d’Art abstrait de Tahiti, qui devient en 1968, Cahiers d’arts du Pacifique-Sud, mensuel, et connaîtra dix numéros. En 1963, il est invité à la VII Biennale de Sao Paulo. Une « mention d’honneur » lui est attribué par un jury international, parmi les 713 exposants sélectionnés, pour son envoi d’une peinture « Marche Funèbre » et de deux dessins à la plume, études de compositions abstraites. Il est en 1964, le fondateur, avec Alfred Mourareau, et l’animateur de la Fédération Générale des Sociétés d’Artistes en Polynésie française. Cette fédération compte actuellement cinq Sociétés fédérées Groupe des Arts Plastiques, Section des peintres tahitiens, Centre d’Art Abstrait de Tahiti, École de Tahiti, École Française du Pacifique. — Frank Fay est l’auteur d’une plaquette consacrée au peintre Adrian Herman Gouwe, Éditions du Centre d’Art Abstrait de Tahiti, 1966.

FERGUS, Edmond (1803-1853)

Aventurier polonais et juge de paix à Tahiti.

Serait né à Poniemon ? (Pologne) en 1803. On ne sait rien de certain sur les années polonaises de celui qui se déclarait plus tard « Major Polonais » réfugié. Le baron Charles de Thierry le découvre, en passant à la Guadeloupe, où il aurait figuré — on ne sait à quel titre — dans le cabinet du contre-amiral Arnous, gouverneur. Et il le nomme « chef d’État-Major ». Par l’Active, battant pavillon britannique, le baron et son chef d’état-major parviennent aux Marquises et séjournent à Nuku Hiva du 3 au 26 juillet 1835. Fergus contresigne là la nomination par le baron d’un chef indigène comme capitaine de port de Nuku Hiva et la promulgation d’un règlement de port franc. Le 1 août l’expédition arrive à Tahiti. Là, Fergus recrute pour son maître dix-huit soldats, « tant blancs que maoris… dans la lie de la population » (Jore) et leur fait faire l’exercice. « Leur uniforme consistait en une veste et des pantalons blancs, et un chapeau de paille de cocotier, relevé d’une petite cocarde faite d’un ruban de soie bleue ciel et pourpre » (Mémoires du Baron de Thierry). Sur la demande de la reine Pomaré, le Cdt Fitz-Roy, du Beagle exigea le licenciement de cette petite troupe. Fergus quitte Tahiti et le baron de Thierry, son maître, qui n’entendra plus jamais parler de lui, fin décembre 1835. Il s’en fut à Valparaiso. On le retrouve à Tahiti en 1840, où « reconnu comme français par les autorités », il acquiert, non sans peine, à Faaa, près du camp de l’Uranie, un petit bout de terre, modeste habitation entourée de quelques cocotiers qui lui apportent à peine de quoi vivre. Son intention est « de se fixer ici pour toujours et de se retirer du monde et de la société » (Lettre à Dupetit-Thouars, 3 septembre 1842). Il sera à Tahiti « interprète du Gouvernement », car « on apprécie sa connaissance de la langue de Tahiti et de presque toutes les langues de l’Europe ». En juin 1844, Fergus sera une des victimes des déprédations causées par les Tahitiens insurgés. Sa propriété est saccagée, ses plantations détruites, sa maison brûlée, en même temps que la mission catholique située à proximité. Fergus est mis en subsistance à bord de la frégate Uranie et admis à la table des officiers, par ordre du gouverneur Bruat, dans les premiers jours de juillet. Ayant besoin d’un juge de paix, Bruat nomme Fergus à cet emploi vers la fin du même mois. Un peu plus tard, il sollicite la Légion d’honneur, se disant « ex-Major polonais, réfugié et Juge de Paix à Papeete ». Il invoque les pertes subies par lui du fait de la guerre avec les indigènes. L’amiral Bruat, alors gouverneur, appuie sa demande avec bienveillance. En 1849, il échange quelques lettres assez acerbes avec le nouveau gouverneur, le commandant Lavaud, à la suite d’une réduction de ses appointements de juge de paix. Il rédige même à ce sujet une réclamation au Ministre. Le Gouverneur ne peut moins faire que de lui dire que « beaucoup vivent avec moins que lui » (mars 1849). Il résulte de ce dossier qu’il menait une vie assez libre et avait contracté quelques dettes. En 1851, par l’intermédiaire du contre-amiral de Tinan, Fergus demanda sa naturalisation. Cette requête fut acceptée provisoirement, en avril 1852, en attendant que toutes les formalités requises soient accomplies. On réclamait, à Paris « ses nom, prénoms, date et lieu de naissance », et Fergus mourut avant d’avoir pu fournir ces précisions, subitement, à Papeete, le 13 mai 1853. Son acte de décès, outre son titre de juge de paix, signale qu’il était « inspecteur général des écoles et des enclos publics », âgé de cinquante ans, et sans héritiers connus. « Tous les officiers de la colonie et de la division, un grand concours de monde, ont suivi le convoi jusqu’au cimetière. Le cercueil était porté par des soldats et une compagnie d’infanterie lui a rendu les derniers honneurs militaires. » L’État fit régler cette succession. Le 4 juillet, on vendait « au plus offrant et dernier enchérisseur… meubles, effets, linges provenant de la succession ». On recueillit ainsi la somme de 6 873 F. Sur cette somme, l’amiral Bonard réclamait 2 622 F, reliquat d’un prêt de 4 222 F fait à Fergus « lors du séjour de celui-ci à la Guyane ». Fergus aura donc été le premier juge de paix de la Polynésie française. Il semble avoir rempli ses fonctions avec compétence et tact, à la satisfaction de la population dont il était « aimé et estimé », et qui « rendait justice à l’esprit d’équité et d’impartialité qui dictait ses jugements ». On donnera son nom à une rue de la ville, rue qui sera du reste débaptisée — on ne voit pas trop pour quelle raison — en l’honneur du Dr Fernand Cassiau, citoyen notoire, mais en définitive, pas plus que Fergus, celui-ci conservant à tout le moins le bénéfice de l’antériorité. — Trois mois après le décès de Fergus, un habitant de Papeete, après une visite au cimetière de l’Uranie, rapportait dans le Messager de Tahiti du dimanche 28 août : « Là dort notre ami Fergus, cet enfant de la Pologne qui, après avoir parcouru en guerrier intrépide les Balkans et les plateaux de la Tartarie jusqu’aux frontières de la Chine, et le Chili et les forêts de la Nouvelle-Zélande a terminé inopinément ses jours dans les placides fonctions de juge de paix à Papeete, au moment où il saluait l’aurore de l’Empire que son âme n’avait cessé d’invoquer. »

Bibliographie. Un dossier Fergus existe aux archives du Ministère de la France d’Outre-Mer. Le gouverneur L. Jore y a puisé pour les quelques lignes qu’il consacre à Fergus dans son travail l’Océan Pacifique (Paris, 1959, t. II, p. 194-195). Le Cdt Cottez a publié des : Notes sur Fergus, dans le B.S.E.O. déc. 1953, p. 142-159.

FERNANDEZ, Eustaquio (le Père Jean de la Croix). 1863-1938

Religieux picpucien.

Né le 1 novembre 1863 à Amezaga (Espagne). Profès dans la congrégation, comme frère de chœur, le 23 août 1885, reçoit son obéissance pour les îles Marquises et va faire la classe à Hatiheu (Nuku Hiva). Poursuivant ses études ecclésiastiques sous la direction du Père Siméon Delmas, il est ordonné prêtre le 1 janvier 1894 par Mgr Martin qui le nomme à Puamau (Hiva-Oa) où il passera trente ans, sans grandes satisfactions apostoliques. La phtisie et la lèpre exercent leurs ravages dans les vallées qui se dépeuplent rapidement et où les Marquisiens, sans le goût de vivre, s’abandonnent aux danses et aux orgies. Le gouvernement français ferme les écoles de la mission sous prétexte de laïcité et ses représentants locaux sont en hostilité ouverte avec les picpuciens et avec le Père auquel on reproche son caractère d’étranger. C’est la persécution légale. Un incendie qui détruit en 1921 tous les bâtiments de sa mission vient encore ajouter aux ennuis du Père qui, fatigué, avec une double cataracte, rentre en France où il arrive en juin 1923. Amputé d’une jambe et opéré avec succès, il aurait voulu aller reprendre sa mission aux Marquises. Il reçut, en 1925, son obéissance pour le Mexique où il meurt le 4 mai 1938. Son confrère, le Père Ildefonse Alazard lui a consacré un très important article dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1938, p. 456-482, ill., portr. — On trouvera dans l’Écho des Alpes, un journal dauphinois de l’époque, à la date du 21 juin 1930, une lettre du Père Fernandez insérée sous contrainte judiciaire comme droit de réponse, lettre protestant contre les affirmations mensongères et calomnieuses du sieur Guillot ancien gendarme aux Marquises.

FERNIER, Robert (1895)

Peintre et écrivain.

Né à Pontarlier (Doubs) le 26 juillet 1895. Médaille d’or du Salon en 1932, le paysagiste Robert Fernier se fait d’abord connaître comme peintre du Jura, avant d’enrichir son œuvre par des visions exotiques à Madagascar, au Maroc et à la Réunion. Ayant épousé à Paris, le 12 mars 1925, Pauline Vidal, fille d’un magistrat de Papeete, il part pour Tahiti où sa femme a encore de nombreux fetii et y arrive en octobre 1962. Des semaines, il est insensible à la beauté de l’île : « Un jour vint où mes yeux s’ouvrirent enfin, non pas au paysage proprement dit, lequel, somme toute, n’est guère différent de celui que les autres îles — celles que je connais — pouvaient offrir, mais aux choses qui m’entouraient, que j’avais à portée de main, qui vivaient et s’épanouissaient devant moi. Ce fut une révélation et je me mis fébrilement au travail pour une longue série de compositions florales qui tiennent autant de la tapisserie XVIII que de certains tableaux du douanier Rousseau. Cela grâce à un vieil acacia noir envahi par des lianes et les feuilles d’un philodendron majestueux. A ce motif de base j’ajoutai des éléments nouveaux pour moi et variés à l’infini : anthuriums, calladiums, hibiscus, « queues de chats », « becs de perroquets », fougères, « vieux garçons », que sais-je encore ? Dès le petit matin et jusqu’à midi, et après la sieste, je m’abandonnai à la joie d’assembler sur le papier certains des éléments végétaux qui prospéraient autour de moi. Cela dura six mois… » Puis : « Ne voulant pas me cantonner dans une besogne paysagiste… j’ai exécuté quand même pas mal de portraits grâce à l’hospitalité incomparable de la famille de Tuteraï, un de nos fetii, installé à Paea, sur la côte ouest, au km 21. » C’est ainsi qu’il exécute un portrait de Mgr Mazé. Présente cinquante toiles tahitiennes en juin 1963 à Papeete. Expose à son retour en Europe ses œuvres au Locle et à Lausanne, en 1964, avant de les présenter à Pontarlier, Besançon et Paris. Robert Fernier est revenu à Tahiti en 1965, et, en septembre, expose à la galerie Winkler. Un fils, Jean-Jacques, 1931, est grand prix international d’urbanisme et d’architecture en 1969. Il a l’occasion de faire, depuis 1963, plusieurs séjours à Tahiti où il construit des immeubles et l’église de la Tepapa. Devant les réalisations en cours, mène sans grand succès campagne pour un urbanisme plus prospectif qui aurait évité un « front de mer » qu’il voit s’édifier, étroit et bruyant, dressant devant l’île un mur de béton masquant l’arrière-pays, coupant les vents qui rafraîchissaient la ville et supprimant une végétation bénéfique.

FERRAND, Jean (1902)

Imprimeur.

Second fils de Louis Ferrand. D’abord secrétaire du Consul anglais W. J. Williams, de 1922 à 1933. Construit et installe après son mariage, dans le quartier de la mission, une imprimerie munie d’un matériel automatique. Il exécute des travaux de ville, imprimant même de petits ouvrages d’une présentation très soignée. Possédera des machines offset. Vit à Punaauia. De son union, en 1928, avec Albertine Dauphin 1905, fonctionnaire, sont issus : Ramon, 1930, épouse en 1953, Anne-Marie Le Naour, 1926, trois enfants : Catherine qui épouse en 1973 Roland Martin, Jean-Claude et Marc. — Laure, 1931, épouse en 1952 Philippe Paucellier, imprimeur avenue du Prince Hinoi, édite des livres scolaires, Tico et Mareta, Le lagon bleu, deux enfants, Patrick, 1953 et Bruno, 1968. — Maeva, 1933, épouse à Paris en 1960, Daniel Bernier, deux enfants, Pascal, 1969, et Manuela, 1970. — Jean-Jacques, 1938, épouse en 1960, Hilda Tuiho, trois enfants : Jean-François, Didier et Brenda. — Yves, épouse Yasmina Johnston, qui travaille à l’Imprimerie officielle, 5 enfants, Maeva, Gérard, Thierry, Laurence et Gabriel.

FERRAND, Louis (1871-1959)

Menuisier.

Né à Derval (Loire-Atlantique), le 5 décembre 1871. Apprenti menuisier pendant trois ans. Malade et désirant un climat chaud est envoyé en Nouvelle-Calédonie par la Société Française de Colonisation. Vit à Nouméa durant une année. Rentre en France pour son service militaire dans l’artillerie de marine, après un premier passage à Tahiti en 1893. Retourne à Tahiti en 1895. Travaille d’abord trois années au service des contributions, puis, s’étant constitué un petit pécule qui lui permet de se procurer des outils de travail, s’installe à son compte comme menuisier. Il se spécialise dans la fabrication des portes et fenêtres ainsi que dans le mobilier, enlevant aux États-Unis un monopole de fait sur ces article à cette époque. Son atelier est installé au Pont de l’Est. Il s’organise pour faire de la petite série grâce à des machines qui seront actionnées, à la fin du siècle, par un moteur de 4 CV, un des premiers qui aient été introduits dans l’île. Il se construit à Ste-Amélie une jolie maison, décorée de « lambrequins », sur une propriété de trois hectares, ayant appartenu à Le Bihan et qu’il plante d’arbres fruitiers. Il possède également une propriété d’une vingtaine d’hectares à Maruapo, dans le district de Punaauia. Artisan et constructeur aussi habile qu’il était honnête homme, Ferrand pouvait se rendre ce témoignage, après un demi-siècle d’une vie de labeur intègre : « Je n’ai jamais perdu une journée de travail ! » Décédé à Papeete, le 16 janvier 1959. De son union avec Rose Rey, 1880, sont nés neuf enfants : Louis, 1900, employé de commerce, épouse Jeanne Richmond. — Jean, 1902. — Marie, 1903, célibataire. — François (†1929), mort en France. — Marguerite, célibataire. — Robert, fait valoir la propriété paternelle de Maruapo. — Pierre, charpentier à Fariipiti (Papeete). — Rose, vit en France, mariée à Paul Tarade. — Madeleine, épouse Roger Bigorne, comptable à la pharmacie de l’hôpital. D’une union avec sa belle-sœur, Elisa Rey, 1890, sont nés sept enfants : Charles, 1914. — Olivier, 1918, reprend le commerce de son père, épouse en 1950 Mariette Jurd, deux garçons : Pierre et Gilles. — Rita, 1919, célibataire. — Raymond, 1923, caissier à la Banque de l’Indochine, marié avec Joanita Coventry. — Julie, 1925-1955. — Paul, 1927, employé de commerce. — François, 1929, menuisier, est associé avec son frère Olivier.

FERRÉ, Paul (1858-1912)

Médecin vétérinaire.

Né le 28 septembre 1858 à Vouillé (Vienne). Sort de l’École vétérinaire de Toulouse en 1879. Après de nombreux séjours en Algérie, au Sénégal, au Tonkin, en Cochinchine et en France comme vétérinaire militaire, il prend sa retraite d’assez bonne heure. Sur une proposition du gouverneur François, il est nommé vétérinaire civil à Tahiti, aux appointements annuels de 3 000 F, par décision ministérielle du 14 mai 1910. Arrive par le Mariposa le 18 août 1910 à Papeete, dont il semble avoir été le premier vétérinaire. Il est nommé le 1er septembre inspecteur des tueries ou abattoirs et marchés ; puis membre du Conseil d’hygiène et de la Chambre d’agriculture. on lui trouve comme logement un « rez-de-chaussée recouvert de tuiles, sans vérandah, dans la cour de l’ancien quartier d’Infanterie, bordant sur la face opposée… la rue étroite qui le séparait de l’hôpital, juste en face du pavillon des fous et de la chambre des morts ». « Mon service du marché, écrivait-il, consiste en la visite journalière des viandes, poissons et coquillages, légumes, œufs et fruits et, de temps en temps — l’abattoir de la ville ayant été détruit au cyclone de 1906 — l’inspection des tueries, chaque boucher ayant la sienne… Je suis tenu de donner mes soins à tous les animaux de l’État : chevaux et mulets des travaux publics et du Gouvernement, une douzaine en tout. Et je n’ai encore été appelé qu’une fois !… Et puis je suis à la disposition du gouverneur pour aller combattre une maladie, étudier la possibilité de l’élevage ici ou là… Le Gouverneur Bonhoure n’a jamais fait appel à moi… Joignez à cela les tournées de district (2 en 1911) de 25 jours ou un mois. Quant à la clientèle privée, elle doit rester peu importante, les gens se souciant peu de leurs animaux ». D’une mauvaise santé, Paul Ferré est mort à l’hôpital de Papeete le 11 janvier 1912. Il repose au cimetière de l’Uranie. Sa tombe y porte curieusement « Vétérinaire militaire en retraite », alors qu’il était, en fait, à Papeete, un « vétérinaire civil en activité ».

FEYZEAU, Maurice (1847-1886)

Officier de marine.

Né le 23 janvier 1847 à Bordeaux (Gironde). Enseigne de vaisseau, débarque à Tahiti où il fera plusieurs séjours ; en 1874, comme aide de camp du commandant Gilbert-Pierre et directeur des Affaires indigènes ; en 1880, comme commandant de la goélette Aorai et résident aux îles Gambier. Homme serviable et de bon commandement il laisse à Tahiti, où il s’était marié, un souvenir très sympathique. Quitte Papeete avec sa famille le 20 janvier 1883 par la Vire et s’installe à Rochefort où sa femme meurt le 7 janvier 1884. Désigné pour servir dans les mers de Chine, il y commande l’Alouette et meurt accidentellement, noyé, en rade de Phanty (Chine) en juillet 1886. De son union, le 10 décembre 1874 à Papeete, avec Mercédès Mathilde Miller sont nés : Albert, 1876, sous-lieutenant d’artillerie, blessé grièvement en 1916, perd l’œil gauche, est cité à l’ordre du jour et fait chevalier de la Légion d’honneur. Épouse le 20 juin 1900, à Rochefort (Charente-Maritime), Berthe Jaulin, divorce, se remarie le 30 octobre 1909, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) avec Francine Disdier, 1876. — Marie, 1876. — Charles, 1878, se marie le 10 septembre 1924 à Bussac (Charente-Maritime) avec Marie Guénos, 1894. — Voir sur lui le Messager de Tahiti (1886, n° 128) et la Cloche (oct. 1886).

FIERENS, Jean-Jacques (le Père Germain). 1833-1900

Missionnaire picpucien.

Né le 22 novembre 1833 à Vremde (Belgique). Études au séminaire de Hoogstraeten où il entre en 1849. Profès picpucien le 6 octobre 1856. Achève ses études théologiques à Valparaiso, 1858-1860. Arrive à Tahiti, sur la Suerte, le 2 mars 1860. Prêtre le 29 juin à Papeete. On lui confie le district à Paea. Très vite il est nommé aux Tuamotu où le transporte le Cassini et où il passera les quarante années de sa vie océanienne. Il aura sa résidence à Anaa. En 1868, il sera nommé supérieur de tout l’archipel qu’il sillonnera inlassablement sur les petites embarcations de la mission, passant en mer plus de la moitié de sa vie et faisant plusieurs fois naufrage. C’est à la suite d’un abordage forcé à Napuka, en 1878, par exemple, en y attendant près d’un an le moyen d’en sortir qu’il convertira l’île. Son récit de la conversion des indiens de Napuka, « les plus stupides et les plus sauvages des habitants des Tuamotu » est un vrai morceau d’anthologie. Prêtre plein de zèle et de bonté, les gens des Tuamotu professaient pour « Fiteni » un grand respect et un dévouement sans bornes. Son zèle infatigable dota les populations de l’archipel de nombreuses églises que fréquentait la plus grande partie de la population ; et dans les écoles érigées par lui, presque toute la jeunesse des Tuamotu recevait un enseignement chrétien. « Dieu l’avait admirablement doué pour cet apostolat. Il avait une taille avantageuse, de la prestance, de l’aplomb, une démarche décidée, une parole vive et toute militaire… Sa constitution était robuste, sa santé excellente, son endurance extraordinaire. Voilà pourquoi il a pu résister pendant près de quarante ans aux incessantes fatigues et privations de la vie voyageuse aux Tuamotu. » Le Père Fierens mourut à Anaa le 6 mars 1900. Il mérita, à juste titre, le titre d’« Apôtre des Tuamotu ».

FIOLET, Jean-Baptiste (1824-1883)

Colon militaire et artisan.

Né en 1824 à Contes (Pas-de-Calais). Arrive à Nuku Hiva en 1847 comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine, en garnison dans cette île jusqu’en 1848. Débarque dans la même année à Papeete de la corvette de charge Loire. Libéré du service à Tahiti en 1851 s’installe colon militaire. Quelques années plus tard, se fixe à Papeete et y exerce la profession de voiturier. Se rend en France de 1876 à 1879. Meurt à Papeete le 17 juin 1883, sans descendance.

FISHER, Axel Wilhelm Victor (1843-1892)

Négociant.

La profession de « voilier » figure à l’acte de décès, qui porte : « Né à Copenhague, canton du Danemark, le 27 septembre 1843 et le déclare fils de Joseph Fisher et de Anne Petersen. » L’Annuaire de Tahiti de 1886 en fait, cependant, un Allemand ; d’autres documents « un Américain ». Fut un temps comptable de la maison Crawford, qui avait une agence aux Marquises, puis s’installe commerçant à Atiheu, sur la côte nord de Nuku Hiva. Il paie là une patente de négociant de 4 classe de 1866 à 1888. Enfin il s’en fut à Papeete où il est décédé le 4 septembre 1892. Axel Fisher avait épousé le 9 avril 1874, à Papeete, Gertrude Maud Goltz 1859-1923. L’écrivain Jack London, passant aux Marquises, sur le Snark, en 1907, y rencontra Mme Fisher, qui avait alors perdu son mari et dont il écrit : « Elle habite depuis trente ans les mers du Sud. Elle est née à San Francisco [en février 1859] d’un père allemand et d’une mère anglaise. Elle s’est mariée à Tahiti à l’âge de quinze ans… Douée d’un sens aigu d’observation elle connaît à fond les îles et leurs habitudes… Elle raconte des histoires étonnantes. » Un autre témoin dira plus tard qu’elle était « un véritable recueil d’histoires marquisiennes ». Après la mort de son mari, elle revint aux Marquises, à Taiohae, tenir le magasin de sa mère. Elle y meurt en 1923. De son union avec Wilhelm Fisher sont issus onze enfants dont survivent : Victoria Joséphine Gertrude, née à Papeete le 15 septembre 1876, épouse le 1 avril 1897 Théodore Litchlé et meurt le 9 septembre 1928 à Papeete. — George, né à Taiohae le 5 mars 1878 ; épouse à Papeete, en 1898, Tutea a Anapa ; meurt à Papeete le 7 décembre 1918, laissant deux enfants. — Axel, né en 1887, épouse le 7 janvier 1922 Manaore a Tuarue ; décédé sans postérité. — Laura Marguerite Emely, née à Papeete en 1889 ; épouse, en 1906, Julien Frédéric Bonno, meurt le 14 juin 1912 à Taiohae.

FIU, Gabrielle (1905-1939)

Sœur Gabrielle de Jésus, religieuse de la Congrégation Saint-Joseph de Cluny.

Née le 31 août 1905 à Makatéa, Tuamotu, où son père est chef. Confiée à une tante habitant Papeete, elle y fait ses études chez les Sœurs. En mai 1928, va faire son noviciat à la Guadeloupe où elle prononce ses vœux le 6 septembre 1930. Enseigne pendant cinq ans au Camp Jacob et à Pointe-à-Pitre. En juin 1936, part un an à Paris pour ses vœux perpétuels. Rentre à la Guadeloupe où elle meurt de la poitrine, à la Basse-Terre, le 21 août 1939. Elle avait été la première Tahitienne à prononcer ses vœux de religion.

FLAHERTY, Robert John (1884-1951)

Cinéaste américain.

Après avoir filmé, en 1920, Nanook, documentaire esquimau devenu un des classiques du cinéma, tourne à Samoa, en 1923-1924, Moana of the South Sea. A la suite du succès de cette remarquable production, collabore au film que W.S. van Dyke tire en 1927 du roman de Frédérick O’Brien, White shadows of the South Seas et vient tourner en Polynésie. Le sujet en est connu : « Un médecin européen vit perdu dans une petite île utilisée par des pêcheurs de perles. Il se brouille avec le trader du cru. Les indigènes le ligotent sur une embarcation abandonnée. Une tempête. Le voilà dans une île qui n’a jamais vu de blancs. Il y est reçu comme un dieu. Épouse une femme. Trouve des perles… Mais le désir de la vieille civilisation renaît. Il allume un signal. Le trader de la première île revient. Le médecin est tué. Une dernière image nous montre l’île civilisée. » Ce film marque une date dans l’histoire du film océanien. Flaherty qui avait travaillé avec van Dyke à la réalisation de ce film dont la version française sera intitulée Ombres blanches et dont on retrouve l’influence très nette dans de nombreuses séquences, refusa de la signer parce qu’on y avait introduit quelques scènes tournées en studio. Le film d’après lui devenait un roman hollywoodien et non une peinture polynésienne. Flaherty reprit l’idée d’un film océanien et, en 1928-1929, vint tourner à Bora-Bora, Tahiti et aux Tuamotu, en collaboration avec le cinéaste allemand Frédéric Murnau, 1889-1931, Tabou, présenté par Paramount en 1931. Il s’agit des amours tragiques d’un couple polynésien coupable d’avoir transgressé un interdit ; une sorte de Tristan et Yseult océanien. Deux indigènes de Bora-Bora, Reri et Matai, furent les principaux acteurs du film. Tabou est à la fois un des classiques du cinéma et un documentaire intéressant sur la Polynésie française.

FLETCHER, Robert James (1877)

Homme de lettres anglais et colon aux Nouvelles-Hébrides.

Après des études très variées et de nombreux voyages, la lecture des ouvrages de R. L. Stevenson l’entraîne vers les mers du Sud « les îles enchantées attirent avec une force irrésistible cet homme cultivé, sensible, insatisfait, fier et pauvre, en qui les plus solides traditions du scholar luttent désespérément avec des appétits de sauvage et de réfractaire ». Après être passé aux Nouvelles-Hébrides de 1912 à 1919, on le trouve en juin 1920 employé à la Compagnie française des phosphates, à Makatea… Au cours de son séjour en Océanie, Fletcher entretint une régulière correspondance avec Bohun Lynch, un de ses anciens camarades d’Oxford qui, frappé de l’intérêt humain de ces lettres, en publia en 1923 des extraits sous le titre Letters from the South Seas (Londres, 334 p.). La fin de l’ouvrage se compose de treize lettres dont la dernière est datée du 19 novembre 1920. Encore qu’elles contiennent de nombreux détails sur la vie à Makatea et son travail à la Compagnie où il est chargé d’un secrétariat et de la notation des observations météorologiques — on y trouve le récit d’une sorte de rébellion des travailleurs et des vues sur leur mentalité — il s’agit moins là d’un journal de voyage que de conversations littéraires sur des sentiments personnels… Fletcher ne se juge du reste pas malheureux à Makatea : « Here I am again in solitude, but nearer far to my ideal South Sea existence than even I had expected to be » (p. 313). L’ouvrage a été traduit en français : Lettres des îles Paradis (Paris, 1926). — James Norman Hall a consacré quelques pages à Fletcher, sous le titre : A happy edonist dans son ouvrage On the stream of travel, London, 1929, p. 171-205.

FLEURY, Bon Auguste († 1861)

Marin.

Ancien marin des Équipages de la Flotte. Libéré à Tahiti. Capitaine de la Mary, goélette du Protectorat jusqu’en 1849, date du désarmement de ce navire. S’établit alors comme négociant à Uturoa (Raiatea), profession qu’il exerça jusqu’à sa mort, survenue en 1861. Aucune descendance connue.

FLOHR, John Charles (1853-1889)

Commerçant.

Né à Hambourg, décédé à Raiatea. De son union, à Papeete, le 20 mai 1875, avec Amelia Lydia Adams, 1857, sont issus : Charles Thomas, 1876. — Lydia, dite Didi, 1877, épouse en 1896 Victor Désiré Martin, originaire de Contrières (Manche). — Henri, 1880, longtemps capitaine sur les navires de la maison Donald, décédé : Épouse en 1913 Lucie Estall, 1888. — Pauline, 1883, épouse Edmond Viénot en 1912. — Jeanne, 1884, épouse en 1905 Karl Koeppen, 1869-1944, comptable à la Société Commerciale. Après avoir subi un internement administratif au cours de la Première Guerre mondiale, Karl Koeppen rentre en Allemagne avec sa femme, vivant à Berlin où le ménage connaît, au cours de la Seconde Guerre mondiale, le bombardement de la ville, son siège, l’arrivée des Russes ; réussit à survivre à tout, et s’échappe comme par miracle pour gagner la France. Devenue veuve, Jeanne Koeppen rentre à Tahiti. — Edwin, 1886, patron au bornage, épouse Marie Marcantoni ; dix enfants naissent de cette union : Edwin qui épouse Miliama Ate, de Huahine, quatre enfants ; Charles, qui épouse Aionia a Tehura, trois enfants ; Orsmond, qui épouse successivement Marie Farino et Nora Deane, onze enfants ; Ida ; Marthe ; Estelle ; Moïse ; Joelle ; Hary ; Samuel. Après la mort de son mari, la veuve Flohr reconnaît Terii Madama Teioa, Muriel, née le 25 décembre 1892, qui épousera Ernest Marchal en 1914. Également Martha, une fille née le 5 mai 1895.

FLORISSON, Jean (1901)

Docteur en médecine et homme politique.

Né à Mont-de-Marsan (Landes), le 30 mars 1901. Médecin des Messageries Maritimes, il est attiré par Tahiti ; après un séjour comme contractuel à Makatea où il avait été engagé par la Cie des Phosphates, il s’installa pendant quelques années à Papeete à titre privé. Disciple de Maurras, ses opinions lui valurent de la part de la France Libre un bannissement à Maupiti, une des petites îles Sous-le-Vent. Après la guerre, conseiller de Pouvanaa, et ayant soutenu le R.D.P.T. dans ses revendications, il se vit proposer le siège des Établissements Français de l’Océanie au Sénat auquel il fut élu en 1951, à une légère majorité en remplacement de M. Lassalle-Séré, inspecteur des Colonies en disponibilité. On s’accorde à penser que l’influence de M. Florisson fut alors déterminante pour l’évolution du mouvement ; en effet, en 1949, M. Lachenal, conseiller communiste à l’Union française, était venu à Tahiti où, toujours prêt aux surenchères, il avait été fort bien reçu par certains militants pouvanistes. Élu conseiller des îles Tuamotu en 1957, il a été battu aux élections sénatoriales de juin 1958 par M. Gérald Coppenrath à la suite de l’éclatement du R.D.P.T. Il concilie difficilement une politique de droite en Métropole où il est connu comme royaliste, et une action anticolonialiste, anticapitaliste et antiadministrative en Polynésie. Disparaît alors de la scène politique à Tahiti et rentre en France, dans sa province natale où il se livre à l’élevage du mouton.

FLOSSE, Gaston Utato (1931)

Homme politique et Gérant de la Société Tahiti-Agrégats.

Né à Rikitea, îles Gambier, le 24 juin 1931 où son père, qui travaille pour la Metro Goldwyn Mayer aux États-Unis, passera 5 ou 6 ans associé à un M. Berge, venu s’occuper du commerce et de la pêche des nacres, épousera Claire Mamatui. Après des études chez les Frères, à Papeete, devient, en 1948, instituteur dans leur établissement. Va en France en 1959 pour un stage de perfectionnement aux Facultés catholiques de Lyon. Participe à la 4e session africaine de l’Institut social. Gérant de l’hôtel Tahiti-Village. Devient en 1962, secrétaire de Me Rudy Bambridge, avocat-défenseur et administrateur de Sociétés. Est inscrit sur la liste de France-Tahiti, lors des élections de l’Assemblée Territoriale en 1957. En juillet 1958, s’inscrit à U.T.D.-U.N.R. et part aux îles Marquises pour former une section U.T.D. et préparer le référendum. Le 5 mai 1963 est élu président du Conseil de District de Pirae par 287 voix contre 214 au président sortant Tihoni Tefaatau. Le district de Pirae, qui est passé de 1962 à 1965 de 4 202 à près de 6 000 habitants, à la suite d’une consultation populaire, a demandé son érection en commune, selon la loi de 1884. La commune est érigée en janvier 1965. Lors des élections municipales du 2 mai 1965, la liste présentée par G. Flosse passe par 864 voix contre 409 à une liste de coalition. Le dimanche suivant G. Flosse est élu premier maire de Pirae à l’unanimité des présents. En 1965, Gaston Flosse est élu au Conseil du Gouvernement, et, en 1967, à l’Assemblée Territoriale pour la circonscription des Îles-du-Vent. A la suite de la démission de Me Rudy Bambridge de la présidence de l’U.T.D.-U.D.R., il est élu, en juillet 1971, président de ce groupe. Réélu en 1972 à l’Assemblée Territoriale dont il devient président en octobre 1972, il se présente aux élections législatives de mars 1973. Il est battu par une coalition mais le parti qu’il représente demeure le plus important du Territoire. Sur le plan local, Gaston Flosse est réélu à la mairie de Pirae en mai 1973 avec 86 % des voix exprimées. Sa ville compte alors 10 962 habitants. L’installation du Commandement du CEP (1963), la construction du stade olympique Pater (1970), et du lycée technique (1970), et de trois nouvelles écoles, l’ouverture de six importants super-marchés, tous en voie d’extension et entre les mains de Tahitiens d’origine asiatique, une maison de la Jeunesse (1968), un marché, une crèche modèle (1973) ont apporté à la ville dont Gaston Flosse est maire des aménagements qui ont improuvé son urbanisme et aidé à son développement, la percée de l’avenue du Général de Gaulle donnant à la jeune cité une artère de circulation, indépendante et noble. Sur le plan social, la mairie de Pirae tente, dans la vallée de la Nahoata, une heureuse expérience d’habitation à bon marché en location vente à des conditions exceptionnelles pour assainir un quartier mais surtout offrir aux plus déshérités un logement digne de ce nom. De son union, le 13 mai 1951, avec Barbara Vera Cunningham, 1931, sont nés : en 1952, deux jumelles : Joan, qui épouse en 1971 Edouard Fritch, de Mahina, un fils Manuarii et Vera, qui épouse, à Tours, Paul Koury, une fille Barbara et Réginald, 1953 : tous trois poursuivent leurs études en France. Jacqueline, 1954, Hinerava, 1956 et Rainui, 1962.

FONTAN, Joseph (1846-1880)

Fonctionnaire.

Né le 1 septembre 1846 à Castenau (Gers). Soldat du 2 régiment d’Infanterie de marine. Arrive à Papeete le 26 juin 1868. Est libéré du service, à Tahiti, le 21 septembre 1871. Débute aux Ponts et Chaussées comme piqueur. Agent voyer de 3 classe en 1872. Conducteur de travaux en 1879. Meurt à Papeete le 28 juin 1880.

FORGEOT, Florent (1825-1913)

Missionnaire picpucien.

Né en 1825 à Fontvannes (Aube). Fait profession comme convers, le 18 décembre 1851. Missionnaire, est envoyé aux îles Marquises, où il arrive le 8 octobre 1854. Passera soixante années dans l’archipel, rendant de grands services comme catéchiste et maître d’école. En août 1863, lors d’une épidémie de petite vérole apportée sciemment par l’aviso français Le Diamant (« Je vais vous faire un triste cadeau… la petite vérole… Le salut de mon équipage avant tout ! ») et qui décima la population — 1 450 morts en six mois ! — le Frère Florent se montra d’un dévouement héroïque, soignant de son mieux les vivants et enterrant les morts. Les Marquisiens le surnommèrent alors : Tu puriko o temakarokaro… « Le bourriquot de la petite vérole. » En 1891 il vint en France pour l’impression de deux livres en marquisien : un catéchisme et un livre de prières. En 1892, il rentre aux Marquises où il fit la classe à Fatu Hiva jusqu’en 1904, date à laquelle le gouvernement ordonna la fermeture des écoles congréganistes. Il meurt à Hanavave, le 5 juillet 1913.

FORT, Pierre (le Frère André). 1832-1885

Religieux picpucien.

Né le 7 janvier 1832 à Veuzac (Aveyron). Profès en 1858, comme Frère convers. Arrive à Tahiti le 20 juin 1860 sur la Pascuelita. Y meurt le 7 janvier 1885 après avoir servi la mission pendant trente ans.

FOUCHER D’AUBIGNY, Hippolyte (1799-1848)

Officier de marine.

Né le 21 janvier 1799 à Fondettes (Indre-et-Loire). Entre dans la marine en 1816. Capitaine de corvette en 1837. Est « appelé à exercer les fonctions de Commandant particulier dans l’archipel sud-est des îles Marquises ». S’embarque le 6 mai 1843 sur l’Uranie qui conduit Bruat à son poste aux îles Marquises. Quitte la frégate le 8 octobre et, du 9 octobre 1843 au 16 janvier 1845 est porté sur ses états de service comme « à terre, aux îles Marquises ». Il a droit à un traitement de 14 250 F (solde de mer, 4 200 ; supplément colonial, 2 100 ; indemnités de fourrage, 790 ; et de provisions de bouche, 720 ; indemnité de fonction, 6 500). Il touchera en outre 3 000 F à titre de frais de déplacement et d’installation. Son traitement sera porté à 25 000 F sur la demande de Bruat, « pour des frais et une représentation ». Sa femme, qui ne l’accompagne pas, aura une délégation de solde annuelle de 6 000 F. Il demande également au départ qu’un domestique lui soit accordé. D’Aubigny arrivera à Papeete, sur l’Uranie, le 4 novembre 1843. Après l’affaire du Pavillon, lorsque l’amiral Dupetit-Thouars proclama le protectorat, ce fut d’Aubigny qui, à la tête de sapeurs, fit amener les couleurs tahitiennes et, selon le récit de W.T. Pritchard, s’écria : « Entendez-vous, officiers, soldats et matelots de la France ! et vous habitants de ces îles ! Je prends possession de ce pays au nom de S.M. Louis Philippe, Roi des Français »… pendant que les tambours exécutaient des roulements et que les marins et les soldats criaient trois fois : « Vive la France ! Vive le Roi ! » Une célèbre gravure de Baxter a conservé le souvenir de cette scène où l’on voit la Reine, prostrée de douleur, une lettre de protestation à la reine Victoria posée sur un siège à côté d’elle, pendant que les sapeurs français pénètrent sur ses terres. Le 8 novembre, Dupetit-Thouars installait Bruat comme gouverneur et lui donnait comme second, en qualité de commandant du chef-lieu, le capitaine de corvette d’Aubigny. C’est à ce titre que, quelques mois plus tard, d’Aubigny jouera un rôle important dans l’affaire Pritchard. C’est lui qui, le 2 mars 1844, Bruat étant à Taravao, déclara l’état de siège à Papeete (document dans Caillot, Polynésie orientale, p. 541) et, après l’attaque d’une sentinelle du camp de l’Uranie, la nuit suivante, décidait de s’emparer de Pritchard, « animateur et instigateur journalier de l’effervescence des naturels » (note concernant le prisonnier dans Caillot, p. 542-543). Rentré à Papeete le 7, Bruat qui ne pouvait approuver « ni la forme ni le motif de cette arrestation » arbitraire, couvrit néanmoins d’Aubigny, mais adoucit la captivité de Pritchard et calma le commodore anglais en lui conseillant de quitter l’île le plus vite possible en emportant l’ex-consul. Fatigué par les tracas de sa situation d’Aubigny demanda bientôt à être rapatrié. Son départ combla de satisfaction la colonie anglaise établie dans l’île. Et Lucett exprima le regret que d’Aubigny n’ait pas été obligé par son gouvernement « d’expier publiquement dans l’île les abus outrageants qu’il y avait commis ». Bruat ne tient pourtant pas rigueur à d’Aubigny du mauvais pas où l’avait placé son impulsivité autoritaire et son ignorance et déclare qu’il a rempli « les fonctions de Commandant particulier avec tout le zèle et la capacité désirables ». De son côté l’amiral Dupetit-Thouars parle de « la fermeté qu’il a montrée dans une circonstance difficile ». Rentré en France sur la corvette l’Embuscade d’Aubigny est à Lorient le 1 juin 1845, avec « une santé gravement altérée ». De fait, il meurt à Lorient, le 17 mars 1848. Il avait été promu capitaine de vaisseau quelques jours avant sa mort. Un de ses fils, Michel Hippolyte, né en 1823, avait accompagné son père, à Tahiti, comme écrivain de marine, à bord de l’Uranie. Il émergeait au budget pour 300 F par an. Indolent, paresseux, insouciant et de capacité médiocre, il était très loin d’avoir les qualités et l’énergie paternelles. Il finira cependant comme commissaire de la Marine. Il revint de Tahiti en France, en 1846, par un baleinier qui le tint cent deux jours à la mer.

FOUGEROUSSE, Jean (1852-1889)

Boulanger.

Né le 23 mai 1852 à Baffié (Puy-de-Dôme). Soldat au 3 régiment d’Infanterie de marine; débarque à Tahiti le 6 avril 1875, du Calvados. Son séjour accompli, se fait congédier à Papeete. Majordome du trésorier-payeur de l’époque, puis s’installe à son compte comme boulanger. Meurt subitement le 6 octobre 1889 à Papeete. De son union, le 24 juin 1882 à Papeete, avec Céline Amiot sont nés: Jules, 1883, qui épouse le 11 mai 1905, à Papeete, Hélène Hérault: cinq enfants. — Léonor, meurt en bas âge. — Jacques, 1886. — Marguerite, 1887-1923. — Louis, 1889-1955 épouse, en France, Céline Bosquier.

FOULLOY, François (1839-1886)

Propriétaire.

Né le 18 septembre 1839 à Chantilly (Oise). Sergent du 2 régiment d’Infanterie de marine. Débarque à Papeete le 9 novembre 1864. Passe dans la gendarmerie le 23 octobre 1865. Démissionne de cette arme le 5 novembre 1874. Entre dans la police locale en 1875. En 1883, est détaché au district de Mataïea pour remplir les fonctions de commissaire de police. Propriétaire au district de Papara. Meurt à Papeete le 12 juillet 1886. — Son union, le 11 novembre 1875, à Papeete, avec Tekiterangi Tepaeha, veuve Kemakitua, est demeurée sans postérité.

FOUQUÉ, Adolphe-Étienne (le Père Clair). 1825-1873

Religieux picpucien.

Né le 28 janvier 1825 à Saint-Hilaire du Harcouët (Manche). Profès dans la congrégation en 1846. Est envoyé à la Mission de Tahiti en 1849. En décembre 1852, est capturé par des indigènes mormons, frappé, laissé pour mort. On le soigne. Il se guérit, mais ne retrouve jamais sa santé première. A la suite de troubles à Anaa, la France envoie un navire: l’Hydrographe. On brûle le drapeau français et on hisse le pavillon américain. Quitte Tahiti en 1873. Meurt à Montpellier (Hérault) le 3 mai 1873. — On lui doit la composition, en collaboration avec le P. Montiton, d’un livre de chants religieux tahitiens: Himene Katolika, 1855.

FOURNIER, Léon (le Père Saturnin) 1805-1876

Religieux picpucien.

Né à Laval (Mayenne) le 19 avril 1805. Profès dans la congrégation en 1825. Prêtre à Sées le 21 décembre 1833. Part en 1838 comme missionnaire en Océanie. Arrivé aux Gambier le 21 décembre 1838, il en part déjà le 21 janvier 1839 sur The Friends avec Mgr Rouchouze et d’autres missionnaires pour fonder définitivement la mission des Marquises. Ils arrivent à Tahuata le 3 février 1839 où on laisse les PP. Caret, Baudichon et Heurtel ainsi que le Fr. Ladislas Ruault. Ils y trouvent les PP. Desvault et Borgella ainsi que le Fr. Nil Laval, arrivés le 2 août 1838. Ils sont à Taiohae (Nukuhiva) le 8 février 1839 où Mgr laisse les PP. Gracia, Guilmard et Fournier. Le 15 janvier 1840, le P. Saturnin fonde la mission de Uapou avec le Père Potentien Guilmard. Le 31 décembre 1841 il arrive à Papeete avec le P. Caret, sur le Rob Roy (ou Roberoi). Enfin, le 4 juin 1842, il part sur l’Aube pour la France — par Valparaiso et Rio de Janeiro — où il n’arrive que le 2 juillet 1844. Meurt à Tours le 10 juin 1876. Les archives des Pères de Picpus, à Rome, conservent un Journal, tenu par le Père Saturnin. Il va du 1er janvier 1838 au 31 décembre 1844 et est demeuré inédit.

FOURNON, Jean (le Père Dominique). 1815-1892

Religieux picpucien.

Né le 30 décembre 1815 à Alvimare (Seine-Maritime). Profès en 1845. Missionnaire, est envoyé aux îles Marquises où il débarqua à Taiohae, le 23 janvier 1846, du navire français Grisquar. Exerça la plus grande partie de son ministère aux îles Marquises. Nommé provincial de la mission, il fait un voyage en France en 1874 pour y faire imprimer un ouvrage marquisien E Hamani baatubuna (2 vol., 450 p.) et assister au chapitre général de sa congrégation. Il y défend la position de la mission en ce qui concernait la culture du coton, puis vint à Tahiti en 1861 pour continuer son apostolat. Meurt à Punaauia le 24 novembre 1892, étant curé de ce district. — Il fit publier à Paris, en 1874, en marquisien : E Hamani, etc., 2 volumes, de plus de 800 pages, composés de récits bibliques ou évangéliques, de prières et de chants.

FOX, Phillips (1865-1915)

Peintre.

Fils d’un photographe de Melbourne où il est né le 12 mars 1865. Études artistiques à Paris en 1886 avec Julian et Gérôme. Expose au Salon de la Société des Artistes français en 1890. Directeur d’une Art School à Melbourne en 1893. Retourne en Europe en 1901. Peint, à Londres, the landing of Captain Cook. Se marie et s’installe à Paris, 1905. Le début de la Première Guerre mondiale le trouve à Tahiti « still in search of sunshine and colour ». D’où quelques toiles tahitiennes de ce peintre qui travaille dans une manière assez proche des impressionnistes. Retourne en Australie en 1915 et y meurt le 8 octobre 1915.

FRAGON, Amélie (1850-1899)

Blanchisseuse.

Née le 4 mars 1850 à Brest (Finistère). Débarque à Papeete le 10 septembre 1875 du transport Var, avec son mari M. Gerbeaux venant de Brest. Avait épousé ce dernier le 21 juillet 1871 en France. Le 1er juillet 1878, au moment du départ de son mari pour la France, elle disparaît pour éviter de le suivre. Peu de temps après, on la revoit à Papeete où elle monte pour son compte une blanchisserie. Épousera, en 1888, Nicolas Huet. Union restée sans postérité. Meurt à Papeete le 28 août 1899.

FRANÇOIS, Joseph Pascal (1853-1914)

Gouverneur des colonies.

Né le 28 juin 1853 à Montpellier (Hérault). Rédacteur en chef du journal l’Indépendant à Constantine. Intégré dans l’administration coloniale le 12 juillet 1884 au titre de commandant de cercle, il devient successivement chef du Service des Affaires politiques. En 1901, il est nommé gouverneur de la Guyane où il doit faire face à une épidémie de fièvre jaune et accueillir des réfugiés de la catastrophe de Saint-Pierre de la Martinique. Revenu en France pour raison de santé, il est mis en disponibilité en août 1903. Le 4 septembre 1903, il prononce un important discours aux obsèques du gouverneur Feillet à Montpellier. Il exerce l’intérim du gouvernement des Établissements Français dans l’Inde de 1905 à 1906. Après une nouvelle disponibilité, il est rappelé à l’activité comme gouverneur des Établissements Français de l’Océanie par décret du 8 septembre 1908. Il participe au renouveau économique de la colonie, dû surtout à l’exploitation des mines de phosphate de Makatea et au développement de l’exportation des produits locaux. Il prend une part prépondérante aux fêtes organisées le 14 juillet 1909 pour l’inauguration du monument de Bougainville. Nommé lieutenant gouverneur du Gabon le 3 juin 1910, il est mis à la retraite d’office pour ancienneté de services le 18 juin de cette même année et admis à l’honorariat de son grade par décret du 4 février 1911. Il meurt le 16 décembre 1914 à Montpellier où il s’était retiré. Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur.

FRANK, Sloan

Artiste de Rabat.

Retour de Tahiti, expose en avril 1936 à Casablanca « de jolies, vives, candides aquarelles » ; des peintures de Tahiti « aux lignes pures, aux horizons sereins, formant un ensemble enivrant de toutes les harmonies », auxquels il a joint des « œuvres des Marquises d’une beauté plus simple et plus rude ». La critique a loué le « pinceau intelligent et un peu moqueur de l’artiste ».

FRÉBAULT, Émile (1861-1924)

Colon.

Originaire de Saint-Chamond (Loire). Fait ses études dans un séminaire. S’engage dans l’Infanterie de marine. Libéré à Hiva Oa, îles Marquises. S’installe à Atuana comme commerçant et débitant. Il y sera le voisin et l’ami de Gauguin. Et c’est lui qui signera comme témoin l’acte de décès du peintre. Après plusieurs années de travail Frébault acquit une importante propriété sur la plage d’Atuana. De son union avec Fanny Keane, 1877, fille d’un Anglais, gérant de la plantation de la Société Commerciale de l’Océanie, à Tahauku, il eut plusieurs enfants dont : Charles, 1897, colon aux Marquises, ancien combattant de la guerre de 14-18, vit à Tahiti : son fils Jean-Marie, 1924, fonctionnaire des télécommunications, qui épouse en 1946 Georgina Blanchard, 1925, est adjoint au maire de Pirae ; d’où une fille, Christiane, 1948, qui épouse en 1969 Dominique de La Rancheraye et vit à Paris. — Albert, 1899-1943, qui épouse en 1920 à Papeete, Marie Chechillot, d’où trois filles dont Mathilde, 1922, qui après plusieurs séjours d’étude en France où elle prend ses diplômes d’infirmière d’État et d’infirmière coloniale, 1948, de surveillante des hôpitaux et de monitrice d’école d’infirmières, 1955, d’infirmière psychiatrique, 1962, et d’infirmière supérieure de l’O. M. S., 1967, est nommée en 1967 directrice de l’École Territoriale d’infirmières annexée au groupe hospitalier de Papeete dont elle est la directrice générale. — Henri, 1901-1970, qui épouse en 1924 à Atuana, Eulalie Paume. Il fut chef de la vallée d’Atuana et délégué à l’Assemblée territoriale de Tahiti. — Gabrielle, 1904-1961.

FRÉCHARD, Hippolyte (1819-1879)

Propriétaire.

Né le 27 octobre 1819 à Baldewiller (Meurthe). Ancien soldat d’Infanterie de marine. Arrive à Tahiti en 1864, comme civil, venant de San Francisco (Californie). Obtient de l’administration locale une concession à Nuku-Hiva (Marquises), dont il devient le propriétaire. Meurt à Papeete le 16 novembre 1879.

FRÉCHOU, Jean-Marie (le Père Orens). 1811-1895

Religieux picpucien.

Né à Castillon-sur-Save (Gers) le 3 juillet 1811. Fait profession dans la congrégation, étant déjà ordonné prêtre, le 24 décembre 1840. Reçoit en 1841 son obéissance pour les îles Marquises ou, après un arrêt à Valparaiso, il arrive en 1843. Après quelques mois passés à Vaitahu (Tahuata), il est placé à Ua Pu. En 1851, fonde le poste de Atiheu, à Nuku Hiva, où son désir d’apostolat est sévèrement entravé par les agissements d’une population sans cesse en guerre. En 1862 il vient à Hiva Oa où il fonde le poste d’Atuana. Il passera là la fin de sa vie, trente-deux ans, parmi les Marquisiens encore cannibales, presque toujours en guerre et qui n’arrêtent leurs luttes de vallées à vallées que pour se distraire en de grandes beuveries de vin d’orange, génératrices de nouveaux combats. Lui s’occupe des enfants et de leur instruction : les sœurs de Saint-Joseph de Cluny installées à Atuana le regardent comme leur fondateur. Il soigne les lépreux et les malades. Il fait construire des pistes, des conduites d’eau, des églises et des presbytères. Meurt à Atuana, le 19 décembre 1895, après cinquante-deux ans de présence ininterrompue aux Marquises. Sa connaissance du marquisien en fera un collaborateur de Mgr Dordillon pour son dictionnaire. Il laissait en outre une traduction des livres historiques de l’Ancien Testament, celle des Évangiles, et de nombreuses vies de Saints.

FRÉZAL, Abel (le Père Ferréol). 1871-1961

Religieux picpucien.

Né le 11 juillet 1871 à Marvejols (Lozère). Profès en 1896. Ordonné prêtre le 6 août 1899. Arrive à Tahiti le 5 novembre 1899. Affecté aux Tuamotu de l’Ouest jusqu’en 1933. Fixé à la mission de Papeete de 1933 à 1940. Affecté ensuite aux îles Sous-le-Vent jusqu’en 1943, date à laquelle il est envoyé aux Gambier où il est attaché à Rikitea (Mangareva). On fêtait en novembre 1959, à Rikitea, le soixantième anniversaire de sa venue en Océanie où il a passé toute sa vie sans jamais revoir son pays natal. Il était alors le doyen de la mission. Décédé à Rikitea le 22 avril 1961.

FRIEDMAN, Édouard († 1958)

Colon.

Ce Savoyard, boulanger de métier, arrive aux Marquises vers 1932, envoyé par le pharmacien L’Herbier pour gérer son domaine de Hiva Oa. Quelque temps plus tard, Friedman achète à un Tahitien une propriété inculte à Puamau et y plante plus d’un millier de cocotiers en bonne terre qui, adultes, lui rapportent annuellement de 8 à 10 t de coprah. Élève aussi quelques têtes de bétail et se fait construire une maison confortable. Met fin à ses jours dans une crise de dépression. Son père, qui habitait Mooréa, vient le remplacer aux Marquises.

FRITZEN, Jean Quirin (1846)

Religieux picpucien.

Né le 18 décembre 1846 à Osann (Trèves). Profès dans la congrégation le 3 août 1866. Arrive à Papeete sur l’Hermann, le 22 mars 1868. Y est ordonné prêtre le 10 novembre 1870. Quitte la congrégation en 1876.

FROCHARD, Nicolas (1846-1897)

Journalier et propriétaire.

Né le 14 décembre 1846 à Paried. Soldat du 2e régiment d’Infanterie de marine. Débarque à Tahiti le 24 juin 1868. Est libéré du service en 1871 ou 1872. Employé comme journalier à la brasserie Robin-Martiny à Taaone (Papeete). Devient propriétaire au district de Papara. Meurt à Papeete le 25 mars 1897.

FROGIER, Eugène (1847-1904)

Chef du Service des Travaux Publics et propriétaire.

Maréchal des logis de la 6e compagnie d’ouvriers d’Artillerie de marine, E. Frogier arrive à Tahiti le 22 juin 1869, par la frégate Néréide. Est libéré à Papeete en février 1873. Débute aux Ponts et Chaussées, comme piqueur, le 1er février 1873 ; arpenteur assermenté le 5 mai suivant. Conducteur auxiliaire de 3e classe le 6 mars 1874, de 4e le 14 janvier 1875. Agent voyer de la ville de Papeete de 1876 à 1879. Revient au service des Ponts et Chaussées. Gravit tous les échelons et termine sa carrière comme chef du Service des Travaux Publics, en prenant sa retraite en 1893. Propriétaire à Papeete, où il meurt le 20 novembre 1904. De son union, le 6 juin 1874 à Papeete, avec Virginie-Pauline Bruguière sont nés : Agnès, 1875-1918, épouse Charles Passard, 1874-1918 : six enfants, dont Charles, administrateur en chef de la F.O.M., retraité à Paea, près du marae d’Arahu Rahu dont il est propriétaire. — Eugène, 1877-1936, conducteur principal des Travaux Publics, se marie avec Tevarua Ariipeu, 1870-1918, le 20 janvier 1910, à Papeete : huit enfants. — Édouard, 1878-1941, entrepreneur, se marie en 1912 à Papeete avec Aline Tereiatua, 1876-1957, deux enfants. — Aline, 1880, épouse le gendarme Henri Thirel, 1870-1940, le 17 octobre 1905 à Papeete : deux enfants. — Emma, 1882-1960, religieuse aux îles Hawaï. — Alphonse, 1884-1957, charpentier se marie à une Robson : cinq enfants. — Marcel, 1951, commerçant, conseiller municipal de Papeete, épouse une fille Chapman. — Gabrielle, 1889-1967, épouse le maréchal des logis chef de gendarmerie Marloi. Décédée en France sans postérité. — Eugénie, 1892-1918, épouse Alfred Laporte le 25 janvier 1916 à Papeete : une fille, Simone, religieuse à la Réunion.

FROMENT-GUIEYSSE, Georges (1880)

Publiciste et voyageur.

Né le 3 avril 1880 à Pernois (Somme). Licencié en droit, ancien élève de l’École des Sciences politiques. Fondateur du Comité de l’Océanie française en 1909, et son directeur général de 1909 à 1930. Exécute plusieurs missions en Océanie, envoyé par le gouvernement pour y étudier les problèmes économiques et particulièrement le programme de développement agricole, l’introduction d’une main-d’œuvre, l’équipement en prévision de l’ouverture du canal de Panama, le peuplement et la mise en valeur des îles Marquises. Circule ainsi, à Tahiti et aux îles Sous-le-Vent, en 1909 ; nouvelle mission en 1912, consacrée spécialement aux îles Tuamotu et aux îles Marquises. Nouvelle mission en 1920. Mission en Nouvelle-Calédonie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Java et en Indo-Chine. Au retour de ses voyages, G. Froment-Guieysse fait de nombreuses conférences à Paris et en province sur la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie de 1909 à 1930, et est même envoyé à l’étranger, en Suisse, en Belgique, au Canada, aux États-Unis. Sera commissaire des Établissements Français de l’Océanie à l’Exposition de Marseille en 1921. Comme directeur du Comité de l’Océanie française, il s’efforce d’aider la main-d’œuvre immigrée, les relations maritimes directes avec la France via Panama, la navigation interinsulaire à travers les archipels polynésiens, le port de Papeete, le tourisme et la fondation de syndicats d’initiative.

G

GABRIÉ, Gustave (1852-1907)

Gouverneur des colonies.

Né le 24 août 1852 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Fils d’un Commissaire de la Marine, Commandant supérieur à Mayotte, il est nommé écrivain de la Marine le 23 mai 1872, fait carrière en Cochinchine, puis à la Réunion. Il démissionne le 1 avril 1885 pour être intégré au ministère des Colonies où il remplira diverses fonctions. — Le décret du 29 septembre l’affecte au gouvernement des Établissements Français d’Océanie. La colonie, où il arrive le 31 janvier 1897, est dans une situation économique favorable. Il réorganise la Chambre d’Agriculture, promulgue divers décrets concernant l’administration et le système judiciaire des îles Sous-le-Vent. L’enseignement primaire est rendu obligatoire par arrêté du 27 octobre 1897. Il est nommé gouverneur de la Martinique le 2 janvier 1898. Désireux, pour raisons familiales, de conserver son poste à Tahiti, il retarde, jour après jour, et dans l’espoir d’une réponse favorable du ministre, la remise des pouvoirs à son successeur Gallet, fort mécontent de cette situation. La cérémonie n’aura lieu que le 1 février 1898. Très irrité du rôle joué dans cette affaire par le procureur Lioutel, il demandera des sanctions contre celui-ci. Rappelé de la Martinique en 1900, il est mis à la retraite et nommé gouverneur honoraire par décret du 16 juillet 1901. Le 17 juillet de cette même année, il devient commissaire du gouvernement auprès de la Banque de l’Afrique occidentale. Il meurt le 14 décembre 1907. Il était officier de la Légion d’honneur.

GAILLARD, Louis (1817-1884)

Soldat et fonctionnaire.

Né en 1817 à Paris (Seine). Arrive à Papeete le 25 mars 1847 par le transport de l’État Allier comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré du service à Tahiti le 31 décembre 1852, s’installe à Papeete comme colon militaire. En 1880 il est concierge de l’hôpital de Papeete. Y meurt le 20 mai 1884 sans descendance.

GAIN, André (1907-1940)

Fonctionnaire au ministère de la Marine marchande, photographe, peintre et voyageur.

Circule de septembre 1936 à mai 1937 en Océanie française avec une mission de la Société de Géographie. Rentre en France avec 2 000 photographies et une centaine de gouaches, exposées à Paris en décembre 1940. Écrira à son retour de nombreux articles dans les périodiques français, une longue notice sur Tahiti (Le monde et la science, 1939, p. 1603-1642). Meurt en France en 1940 des suites de la guerre. Après sa disparition son père publia un recueil d’impressions polynésiennes : Au jardin des mers (Paris, Boivin, 1942) qui mérita, cette année-là, le prix de prose de l’Académie française.

GALL, Évelyne (1931)

Éducatrice.

Née le 4 août 1931 à Talence (Gironde). Jardinière d’enfants et intéressée par le scoutisme, elle suit en 1956-1957 une année de cours à Paris, à l’École des Missions du boulevard Arago avant d’être envoyée à Tahiti où elle arrive en juillet 1957. Enseigne à l’École Viénot où elle assurera bientôt la direction de l’École primaire et de l’internat des filles. Cet internat prouve à l’Église Évangélique la nécessité d’un foyer pour les jeunes filles qui ont besoin de séjourner à Papeete sans y avoir leur famille. Un premier foyer est installé rue Cardella qui fonctionne de 1962 à 1971. Pendant ce temps, l’Église Évangélique de la Polynésie française met sur pieds le financement d’un Centre qui comprendrait à la fois les locaux administratifs de l’Église et un foyer de jeunes filles. Il sera construit à Paofai, le long du nouveau front de mer, sur l’emplacement de l’ancien presbytère auquel on adjoint le terrain du Consulat Britannique qui fut, jadis, la résidence de Pritchard. Ouvert en septembre 1971 le foyer a été inauguré en octobre 1972. En juin 1973, il hébergeait 50 jeunes filles. Il comporte, outre les chambres, toutes les facilités qu’on peut attendre d’un foyer moderne : buanderies, cuisine, salles de réunion, de sport et de jeux. Une cafeteria publique est jointe au foyer que dirige et anime Évelyne Gall qui, pendant sa construction, est allée deux ans se recycler en France.

GALLET, Gustave-Pierre-Théodore (1850-1926)

Gouverneur des colonies.

Né le 15 mars 1850 à Valescourt (Oise). Élève géomètre au service topographique de la province d’Oran. Attaché sur sa demande au cadastre de la Nouvelle-Calédonie, il devient successivement chef du service topographique et des affaires indigènes, commissaire de l’immigration, vérificateur des services topographiques, commandant d’arrondissement de 1 classe. Il participe brillamment à la répression de l’insurrection de 1878 où il gagne la Légion d’honneur. Très apprécié de ses supérieurs, il est nommé administrateur de 1 classe en 1887 et remplit à trois reprises les fonctions de directeur de l’Intérieur par intérim de cette colonie. Il devient directeur de l’Intérieur dans les Établissements Français de l’Océanie par décret en date du 27 février 1895. Gouverneur par intérim de cette colonie du 1 avril 1896 au 30 janvier 1897, il se distingue, lors de la campagne des îles Raiatea-Tahaa, par ses mesures fermes et intelligentes. Nommé gouverneur de 4 classe des colonies, chargé du gouvernement des Établissements Français en Océanie, par décret en date du 2 janvier 1898, il se heurte, lors de son entrée en fonctions, à des difficultés suscitées par son prédécesseur Gabrié, désireux, pour raisons personnelles, de conserver son poste. — En 1900, il prend possession de l’île Rurutu. — Après un premier congé de maladie en France en 1899, il doit de nouveau abandonner la colonie pour raison de santé en janvier 1901 et séjourner à Nice, tandis que l’intérim du gouvernement est confié à M. M. Petit, secrétaire général de la Réunion (décret du 22 décembre 1900). Avant d’avoir pu rejoindre son poste, il est mis à la retraite d’office pour ancienneté des services par décret du 10 janvier 1902, et nommé gouverneur honoraire. Décédé à Gouvieux (Oise), le 25 mai 1926. Il était officier de la Légion d’honneur et officier d’Académie.

GALLEY, Adèle (1877)

Institutrice missionnaire.

Née en 1877 à Château d’Olt (Suisse). Études secondaires au Lycée de Tournon. Prépare l’École normale supérieure de Sèvres, section sciences. Enseigne. En 1906, Émilie Banzet, au cours d’un congé, l’entraîne à Papeete. Elle se chargera de la préparation des sciences pour le brevet, formant ainsi d’excellentes institutrices. Elle rentre en congé en 1913. La guerre et des responsabilités familiales ne lui permettent pas de reprendre son poste à Papeete.

GALLOP, Reginal G

Voyageur et photographe anglais.

S’embarque à Londres le 27 octobre 1885 sur le Superbe à destination de Melbourne. Quitte l’Australie par le Shannon, à Adélaïde en février 1888. Ce voyageur, admis dans les plus hautes classes de la société, visite au cours de ces deux ans la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et le Pacifique : Tonga, Fidji, Nouvelle-Calédonie, Tahiti, le plus souvent en qualité d’invité du gouvernement. La Mitchell Library, à Sydney, (uncat. MSS. Set 488, item 1°) contient un manuscrit inédit : Reminiscences of Tahiti-Society Islands, during a six weeks visit, September to November 1887. L’auteur décrit en quatre chapitres son existence de touriste à Tahiti : 1° Papeete ; 2° Autour de l’île ; 3° Danses indigènes, une viste de Moorea ; 4° Le marché, le lac Vaihiri et l’intérieur de l’île… Le texte est accompagné de nombreuses photographies de personnages, de scènes de rues, de pêches et de paysages.

GANIVET, Pierre (1820-1898)

Colon militaire et fonctionnaire.

Né le 7 mars 1820 à Louzy (Deux-Sèvres). Quitte Brest sur la Danae en mars 1843, comme artilleur de la 17 batterie du régiment d’artillerie de marine. Arrive à Nuku Hiva le 18 septembre suivant puis à Tahiti le 4 novembre. Se fait libérer au district de Mahina, comme colon militaire. Après plusieurs années passées dans ce district et celui de Papenoo où il se livre à la culture, vient habiter à Papeete, rue des Beaux-Arts, actuellement rue Édouard-Ahnne. En 1863, figure, comme brigadier, au peloton des cavaliers d’escorte de la reine Pomaré IV. Bien plus tard, occupe un emploi au service de l’Intérieur puis devient concierge de l’arsenal de la marine à Fare-Ute. Meurt à Papeete le 21 septembre 1898. De son union, en 1855, à Papeete, avec Taahitua a Faita, née en 1840, originaire de Papenoo, sont nés : Célestine, 1855-1937, épouse le 5 septembre 1875, à Papeete, Tuuarii a Maiau. — Louise, 1859-1911, épouse Teupoo a Faufau, le 22 mai 1875 à Papeete. — Marie, 1861-1952, épouse Putaa a Tarahu : cinq enfants dont Laurent, caporal au bataillon du Pacifique, blessé le 20 juillet 1918 à Soissons (Aisne) et cité. — Isabelle, 1864-1923. — Victoire, 1866-1884. — Élisabeth-Henriette-Sophie, née en 1872, épouse Jules Schouster, employée de la marine, le 16 avril 1887 à Papeete. Quitte Tahiti avec son mari pour Madagascar. Se fixe en France, à Toulon. — Antoine, 1876-1918.

GARANGER, José (1926)

Archéologue.

Né le 21 novembre 1926 à Noisy-le-Grand (Val-de-Marne). Attaché au C.N.R.S. où il est Maître de recherche. Conduit avec succès de 1964 à 1966 deux campagnes de fouilles aux Nouvelles-Hébrides et en tire une remarquable thèse de doctorat : Archéologie des Nouvelles-Hébrides, Îles du Centre, Paris, 1972. Il s’intéresse alors à la Polynésie française. Hormis quelques rapides relevés du Cdt Lidin, la presqu’île de Tahiti n’a jamais été explorée. En janvier 1963, José Garanger est à Tautira, et depuis lors tous les séjours d’étude qu’il peut effectuer sont consacrés à cette région. Il explore la vallée de Vaitepiha, et celle de l’Airua dont il dresse des relevés et où il découvre de très nombreux vestiges archéologiques : endiguement des rivières, terrasses de cultures, pavés de cases, et surtout de multiples marae livrés aux bourao, aux mapés et aux fouilles des porcs sauvages. A la suite de ces découvertes qui attestent le peuplement ancien de l’intérieur de Tahiti, tente d’intéresser la jeunesse locale à la restauration de certains sites et propose à l’Administration la création de zones protégées ou de réserves entretenues et ouvertes aux touristes. Spécialiste de l’archéologie du Pacifique, José Garanger enseigne cette discipline à l’université de Paris-Nanterre. Il est, depuis 1971, Secrétaire général de la Société des Océanistes à Paris.

GARBET, François (1820-1882)

Colon militaire.

Né à Crèvecoeur (Oise) en 1820. Débarque à Nuku Hiva le 18 septembre 1843 de la frégate Danae comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine, puis à Tahiti le 14 mars 1844. Libéré de son service le 1 avril 1847 à Papeete, comme colon militaire. Se fixe à Tautira comme éleveur, puis demeure à Pueu. En 1881, est propriétaire à Papeete, rue de Rivoli et rue de l’Est. Y meurt le 21 janvier 1882. — Se serait marié en 1870, union demeurée sans postérité.

GARCIA-PALACIOS, Carlos (1898-1970)

Fonctionnaire international et consul.

Né le 16 mai 1898 à Santiago du Chili, de père et de mère chiliens. Fait ses études en Suisse avant d’entreprendre une carrière de fonctionnaire international, comme détaché par le ministère des Affaires étrangères du Chili, d’abord à Genève, au Bureau international du Travail, puis au secrétariat de la Société des Nations ; et enfin, après la Seconde Guerre mondiale, à New York, au secrétariat des Nations Unies, comme directeur adjoint de la radio et de la télévision. Dans ces différents postes, participe à des missions en Amérique latine ou en Espagne pour les organismes dont il fait partie. Est nommé consul honoraire du Chili à Tahiti par décret du 23 juillet 1953. A cette date, quitte New York et vient s’installer définitivement à Papeete. Comme consul, il a l’occasion de rapatrier plusieurs fois des « évadés » de l’île de Pâques, d’organiser des réceptions du navire-école chilien lors de ses touchées à Papeete. Il s’occupe également beaucoup de la construction de l’aérodrome de l’île de Pâques et de la création d’une ligne commerciale chilienne, Chili-Tahiti. Grand ami d’Éric de Bisschop, il participe de très près et très généreusement à la préparation de l’expédition du Tahiti Nui et en est nommé « chef de presse et de publicité ». Se rend au Chili pour y préparer la réception du Tahiti Nui, et doit, en fait, en assurer le sauvetage, grâce à la frégate chilienne Baquedano, lorsque le radeau menace de sombrer au large de Juan Fernandez. Séjourne avec de Bisschop plusieurs mois au Chili, puis regagne Tahiti pour s’y occuper du voyage de retour. Est à bord du Lotus qui va rechercher le corps d’Éric de Bisschop à Rakahanga. Écrira de très nombreux articles sur l’expédition du Tahiti Nui, tant dans la presse anglo-saxonne (New York Times, Canada Starweekly, Walkabout), dans la presse européenne (Paris-Match, Tribune de Genève, etc.) que dans les journaux locaux. Journaliste, Carlos Palacios collabore à plusieurs chaînes de télévision ; il est également un écrivain à ses moments perdus. En 1960, il écrit un roman-reportage sur Tahiti : Tane api, ou l’Homme blanc repart toujours, étude philosophique d’apparence légère, mais d’intention plus profonde, décrivant l’âme des femmes tahitiennes. Autrefois, fervent amateur de hockey, champion de natation et expert pilote aérien, Garcia Palacios est, à Tahiti, un bibliophile averti et possède aussi une intéressante collection de peinture. Décédé à Tahiti le 1er mai 1970. Enterré au cimetière de Punaauia. Son ami Marlon Brando vient des États-Unis pour la cérémonie.

GARDET, Claude (1840-1889)

Fonctionnaire.

Né le 7 juin 1840 à Authume (Jura). Sergent du 2e régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete le 16 janvier 1869. Libéré du service, à Tahiti, le 10 avril 1872. Entre dans l’administration des Colonies et débute comme commis auxiliaire au bureau des approvisionnements. Passe aux Contributions. Quitte Tahiti, vers 1887, comme sous-chef de bureau des directions de l’Intérieur, pour servir en Nouvelle-Calédonie. Meurt à Nouméa en novembre 1889.

GARDEY, Pierre (1850-1914)

Fonctionnaire.

Né le 11 avril 1850 à Solon-la-Chapelle (Côte-d’Or). Fourrier des équipages de la flotte. Arrive à Tahiti le 26 février 1872. Congédié à Papeete le 27 mars 1874. Employé comme écrivain à la direction des Affaires indigènes. En 1886, on le trouve chef de bureau de 1re classe des directions de l’Intérieur. Quitte définitivement Tahiti, avec sa famille, par le Scorff, en septembre 1886. Prend sa retraite en France où il meurt. — De son union, le 23 août 1876, à Papeete, avec Pauline-Isabelle Hervé sont nés : Pierre, 1877-1943, chef d’escadron d’artillerie coloniale, décédé à Arcueil-sur-Seine et Gustave, 1879-1943.

GARDRAT, Noël (1879-1918)

Gendarme.

Né à Chives (Charente-Maritime), le 25 octobre 1879. Après son service militaire à La Rochelle, entre dans la gendarmerie et est affecté à Tahiti en 1904. Sera en poste tour à tour à Rikitea, Uturoa (1912). Meurt à Papeete le 5 décembre 1918 des suites de l’épidémie de grippe espagnole. — Épouse le 15 février 1915, à Bora-Bora, Temehau à Teai, 1886, dont il a deux enfants Pierre Numia, né en 1911 à Rikitea, mécanicien à Tahiti, quatre enfants et France, née en 1917, morte en bas âge.

GARNIER, Hector (1864-1933)

Propriétaire.

Né le 21 avril 1864 à Nyons (Drôme). Soldat dans la « ligne ». En Tunisie de janvier 1885 à septembre 1889. Est blessé, cité, pendant la campagne. Rentre en France, passe dans la gendarmerie et sert à la Guadeloupe. Fait partie du corps expéditionnaire de Madagascar en 1895. Au cours de l’épidémie de peste de Tamatave en 1899, il est décoré de la médaille militaire. Débarque à Tahiti en 1901, occupe plusieurs postes de gendarmerie dans les archipels. Prend sa retraite en 1910, comme brigadier, et se retire à Tahaa, où il fait l’acquisition de terres qu’il met en valeur. Arrive ainsi à devenir un « terrien » aisé dans son île, ce qui ne modifie pas son comportement envers les indigènes. Il continue par son exemple, ses conseils, son aménité, à faire prospérer leurs biens, à améliorer leurs conditions d’existence. « Il donne l’impression de paix, de bien-être acquis honnêtement, de conscience tranquille. Le district qu’il habite est un des plus prospères et des plus paisibles de l’île de Tahaa. L’influence qu’a M. Garnier sur les indigènes est des meilleures, et, à ce titre, il mérite la distinction de chevalier de la Légion d’honneur. » (Rapport de l’administrateur des îles Sous-le-Vent.) Meurt le 30 août 1933 à Papeete. De son union avec Ernestine Vidal, 1879-1915, le 12 novembre 1903 à Papeete, sont nés : Césarine, 1905, qui épouse le 10 juillet 1919 à Uturoa, Raiatea, Tumata a Mao. — Jean, 1910, actuel chef de district de Ruutia, Tahaa, depuis 1945, qui épouse, en 1934, Anna Sarciaux, deux enfants. Divorcé, meurt à Tahaa.

GARNIER, Jean (1847-1913)

Capitaine de port.

Né le 19 janvier 1847 à Jarnac (Charente-Maritime). Matelot des équipages de la flotte. Arrive à Papeete le 19 août 1864. Se fait congédier à Tahiti, après avoir suivi les cours de pilotage. Maître de port à Mataiea de 1871 à 1873. Détaché 11 à Papeete, comme commissaire de police, en 1874. Reprend ses fonctions à Papeuriri (Mataiea), puis vient à Papeete comme pilote du port en janvier 1878. Lieutenant de port le 16 décembre 1881, capitaine le 29 décembre 1891. Prend sa retraite à Tahiti. Devient propriétaire à Papeete (Fautaua). « Excellent marin, très compétent dans les travaux de balisage, son activité a rendu de grands services à la navigation côtière. Par les passes qu’il a creusées aux Tuamotu, dans les récifs fermés des îles d’Anaa et de Hikueru il a rendu des services signalés à la navigation commerciale. » Ses états de service reconnaissent seize sauvetages de navires en péril, dont la goélette Tiuna, sur laquelle se trouvaient 58 personnes. Meurt le 9 septembre 1913 à Papeete. Une note à son sujet se trouve dans le n° 39 du Journal officiel de 1913. De son union, le 9 mai 1885 à Papeete, avec Sarah Wichmann, 1860-1922, sont nés : Léon, 1886-1912, se marie à Mataiea, le 9 mars 1907, à Édith Poroï : trois enfants : Eliane, qui épouse Émile Goupil, puis divorce ; Germaine qui épouse Marcel Amaru et divorce ; Oma, qui, d’abord mariée à André Snow, divorce et épouse René Solari. — Jane, 1892-1906. — Louis, 1893-1933, interprète du Gouvernement, néo-zélandais d’origine, se marie avec Émile Atger, en 1924, à Papeete : deux enfants, puis divorce. — Louise, 1897, épouse, en 1918 à Papeete, Tere Kurunanai.

GARNIER, Jules (1839-1904)

Ingénieur, explorateur et géologue.

Né à Saint-Étienne (Loire) en 1839. Ingénieur civil des Mines (école de Saint-Étienne) en 1860. Visite la Nouvelle-Calédonie et sera le « découvreur » du nickel. A son retour, sur la frégate la Sibylle, en août 1866 a l’occasion de visiter Tahiti. En tire une Excursion autour de l’île de Tahiti dans le Bulletin de la Société de géographie, novembre-décembre 1868, et le dernier chapitre de son livre Voyage autour du monde, Océanie, les îles des Pins, Loyalty et Tahiti (Paris, 1871) considère Tahiti comme une « colonie sans intérêt et sans avenir ». Donne ses vues sur le peuplement de l’Océanie dans un article : Les migrations polynésiennes… (Bulletin de la Société de géographie, 1870, p. 5-50, 423-468) où il discute les idées de Quatrefages. Visitera de nouveau Tahiti en 1874. Meurt à Menton en 1904. — Voir sur lui : S. Girard, Les foréziens aux colonies (Saint-Étienne, 1904, p. 257-270).

GARRETT, Andrew (1823-1887)

Naturaliste, voyageur et artiste.

Né le 9 avril 1823 à Middlebury (Ut.), U.S.A. Voyage jeune, dès dix ans, et, en 1846, s’embarque sur un baleinier, le Jenny, qui le conduit à Hawaii d’où il rapporte des coquillages. Est dans le Pacifique, une seconde fois, en 1852, avec une vocation de naturaliste collectionneur de poissons, de coquillages et d’oiseaux. Bien qu’autodidacte, sa valeur scientifique est reconnue. Il est, en 1856, nommé membre de l’Académie des Sciences de Californie. Cette même année, sur le baleinier Lydia, il récolte dans les îles de la Société, visitant Tahiti et Huahine, puis les Marquises, de décembre 1856 à mai 1857. Une partie de ses chasses est malheureusement perdue dans le naufrage du John Gilpin. En 1859, il travaille aux Gilbert. Il revient aux îles de la Société en mai 1860 et visite à nouveau les îles Sous-le-Vent et Maupiti. En 1865-1866, il collecte aux Tuamotu. Il passera aussi à Samoa, à Fidji, 1867, à Rarotonga, 1869. Il est, en effet, en rapports avec de nombreux savants, Agassiz, Graeffe, Pearse, le conchyliologiste Hartman et des directeurs de musées — le Muséum Godeffroy à Hambourg, par exemple. « This gentleman, écrit l’un d’eux, possesses great skill in the art of collecting and has added very much to the value of his collections by the admirable colored drawings he has made from life of the different animals he has collected. » Le Muséum Godeffroy, à Hambourg, possède ainsi 470 dessins de poissons qui sont d’une précision et d’une vie étonnantes. Vers 1870 Garrett se fixe définitivement à Huahine où il meurt, le 1 décembre 1887, d’un cancer de la face. Il disait avoir recueilli 8 000 espèces et 30 000 spécimens. Sa tombe, à Huahine, décrite par A. Seale, en 1901, portait : « Andrew Garrett, Conchiologist, born at Albany, New York, April 1823, died Huahine, November 1887. » Seale écrit : November 1878, mais il est certain que, soit erreur de lecture de sa part, soit erreur du graveur, Garrett mourut bien en 1887. Les nombreuses notices publiées l’année suivante dans les journaux le prouvent abondamment. Des documents de 1889 parlent de Miss Jane Garrett, et de sa mère, Mrs Garrett « qui conserve la fameuse collection de coquillages estimée à une valeur de 30 à 35 000 F. »

Bibliographie. Garrett a publié plusieurs articles dans les Proceedings de la California Academy of Sciences. — Sur lui voir Rev. Ebenezer Cooper, Andrew Garrett (The conchiologist’s exchange), vol. II, Jan. 1888, n° 2, p. 92, avec une bibliographie. Également le Journal de conchyliologie, vol. IV, 1886-1888, p. 317, etc. — Garrett était aussi un photographe. Beaucoup de clichés sont de lui dans l’Album du Museum Godeffroy. Südsee Typen Anthropologisches. Hambourg, 1881. — M. W. Stephen Thomas préparait une biographie de A. Garrett. Il est mort sans avoir pu la réaliser. Voir un article de lui : Andrew Garrett (Paradise in the Pacific. Honolulu, Jan. 1952, p. 18-20).

GASTIN, Stéphane († 1924)

Agent spécial à Rurutu.

Après la Première Guerre mondiale, grand blessé de guerre et amputé des deux jambes, il se trouve en poste en Océanie. Meurt à Rurutu le 28 avril 1924, assassiné par des indigènes.

GATIEN, Désiré (1838-1894)

Restaurateur.

Né le 16 avril 1838 à Saumur (Maine-et-Loire). Soldat au 2 régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti le 5 août 1860 de la frégate Isis. Congédié à Papeete le 31 décembre 1865, sera jardinier du gouverneur de La Roncière jusqu’en 1871, puis employé à l’hôtel du Gouvernement de 1874 à 1879. Devient propriétaire dans le district de Faaa, où il ouvre, en 1881, le « Restaurant des deux passes ». Il annonce : « A la fontaine de jouvence, chez Papa Gatien, collations champêtres et repas sur commande. Tous les dimanches, pèlerinages joyeux au tombeau de Lord Spleen, inhumé sous la treille. Vin du cru Pamatai. » Ce restaurant, renommé pour sa bonne cuisine et sa cave, était le rendez-vous des fines fourchettes de l’époque. Désiré Gatien est décédé à Faaa, le 23 mars 1894. Il avait épousé, en premières noces, le 14 août 1867, à Papeete, Hélène Taylor, 1853-1870. D’une seconde union, le 18 mars 1871, à Papeete, avec Eulalie Achan, 1855, sont nés : Émile, 1872-1875. — Eugène, 1873-1940, épouse, le 24 mars 1900 à Faaa, Terii Maheanuu ; de cette union trois enfants. — Jules, 1874-1897. — Anna, 1875-1904, épouse le gendarme Thirel en 1895 ; de cette union sont nés quatre enfants dont Camille qui, blessé accidentellement sur la ligne de feu le 5 juillet 1918, est amputé de la jambe gauche. — Louis, 1876-1897. — Émile, 1882-1940, se marie, en premières noces, le 14 septembre 1901, à Faaa, avec Tapuura Urima ; au décès de celle-ci, se remarie, le 17 novembre 1911, à Faaa, avec Faretau Huriaau, 1883. — Julie, 1884, épouse, en 1903 à Papeete, Alphonse Allain, 1884-1947.

GATIEN, Louis (1904)

Fonctionnaire.

Né le 31 mai 1904 à Faaa (Tahiti). Fils de Émile. Débute dans l’administration locale comme élève-infirmier, en 1923. Sert pendant de nombreuses années aux îles Tuamotu où tour à tour il assure les fonctions d’adjoint administratif, de chef de poste, d’officier d’état civil et de greffier-notaire. De 1927 à 1935, est principalement chargé de la prospection et du regroupement des hanséniens des îles Tuamotu, Marquises et Australes. Accomplit sa tâche dans des conditions difficiles et pénibles, pour transporter ces malades à Papeete, par des cotres. Ceux-ci étaient remorqués par une goélette. Chaque matin, Louis Gatien se faisait transborder, en pleine mer, pour donner ses soins aux malades et leur distribuer des vivres et cela même par mauvais temps. Sert actuellement à l’hôpital de Papeete comme infirmier en chef de première classe. Il est chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Étoile noire du Bénin. De son union, le 29 décembre 1934 à Mahina, avec Justine Cadousteau, 1915-1935, sont nés deux jumeaux : Élisa, qui épouse, le 3 août 1956, à Nouméa, Roger Kabar ; et Évariste, décédé le jour de sa naissance. — Veuf en 1935, il se remaria, le 15 avril 1939, à Mahina, avec sa belle-sœur Marcelline Cadousteau, 1919.

GAUDIN, Claude (1839- ?)

Boulanger et propriétaire.

Né le 25 septembre 1839 à Abergement-de-Varen (Ain). Distributeur-comptable de 1 classe sur le transport de l’État Chevert, stationnaire des îles de la Société. Arrive à Papeete le 5 mars 1868. Congédié à Tahiti à la même date. Habite le district de Papara où il se livre à l’agriculture. Devient propriétaire d’un joli domaine où il édifie une belle maison. En 1879, tient une boulangerie à Papeete, propriétaire rue Dumont-d’Urville. Chevalier du Mérite agricole. Conseiller général de 1886 à 1890, réélu en 1900. Membre de la Chambre de commerce de 1887 à 1888. Membre de la Chambre d’agriculture en 1893, réélu en 1904. Conseiller municipal de Papeete de 1893 à 1900. Claude Gaudin avait épousé, le 11 août 1881, à Papeete, Vahinetau Richemond, veuve Bryant, 1852.

GAUDRY, Hélène (1899)

Mère Catherine de Gênes.

Religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny. Née à Paris le 9 août 1899. Professe dans la congrégation, le 8 septembre 1936. Après sept années d’enseignement à Forest et à Brest, arrive à Tahiti, en octobre 1949, comme Supérieure locale de Papeete et Supérieure du district de Tahiti. Active et entreprenante, elle y manifeste de grandes qualités d’organisatrice, construisant douze classes nouvelles, ouvrant un cours ménager et surtout aménageant, en 1956, avec le concours de l’évêché et des subventions du F.I.D.E.S., l’École de Sainte-Thérèse à Fariipiti qui, d’accroissements en accroissements, comptera, en 1959, toutes les classes, du jardin d’enfants à la seconde. Passe un an en France en 1956 et retourne à Tahiti avec les mêmes fonctions. Chevalier des palmes académiques.

GAUGUIN, Émile, à l’état civil Marae a Tai (1899)

Artiste peintre.

« Émile » est né le 19 avril 1899 à Punaauia. Enfant naturel, reconnu le 10 décembre, par Paura a Tai. De père inconnu, il a été déclaré à l’état civil par Paul Gauguin qui avait écrit à son ami Daniel de Monfreid « ma vahine est dans les douleurs de l’enfantement… Voilà les grandes douleurs qui commencent » (12 mars [?] 1899). Et en mai : « J’ai un petit garçon de 2 mois, joli comme tout ce qui est adultérin. » Puis, en juillet : « J’ai un garçon tout à fait blanc qui n’est pas plus coûteux qu’un animal quelconque à qui sa mère donne sa pâture. » En septembre : « Ma progéniture pousse à vue d’œil et je crois que cela fera plus tard un vrai taureau : en tous cas, il s’élève facilement avec quelques lambeaux de toile taillée dans nos vieux chiffons. » Enfin, en décembre : « Oui certes les enfants donnent du souci. Pas le mien cependant, car il pousse ici sans tracas et promet d’être un solide gaillard et intelligent. » L’enfant est baptisé catholique à Punaauia, sous le prénom de Paul. On le retrouve confirmé, en 1911, et marié, en 1920, sous les prénoms de Jean-Émile dans les mêmes registres de catholicité, alors qu’à l’état civil il se marie, sous le prénom de Émile, le 18 décembre 1920 à Marcelle Vaiahu Shyle. Il divorcera 26 ans plus tard, le 15 novembre 1946, pour épouser Ahuuru Tahiti, de Punaauia, le 26 avril 1947, femme dont il a déjà 6 enfants. On commence alors à parler d’allocations familiales à Tahiti ! Émile Tai, élevé à la tahitienne — il ne sait nilire ni écrire — a toujours vécu à la tahitienne. « Il erre d’île en île. Il n’a ni travail ni domicile fixe… Il fabrique des nasses pour la pêche » qu’il vend aux touristes. De son père « il a reçu en héritage le goût de la violence et de la révolte. En vieillissant il s’évade de ce monde… en s’adonnant à la boisson, mais l’alcool ébranle sa santé. Il vit de tous les expédients de la misère et loge le plus souvent en prison… Il mendie, habite au pied d’un arbre, et va dormir la nuit sur une planche » dans un garage non loin de la cathédrale de Papeete. En 1961, « Émile » est sans doute le seul mendiant et le seul clochard de Tahiti ; une des curiosités de l’île. Tous les touristes repartent après l’avoir photographié, contre une pièce de monnaie ; tous les reporters lui consacrent une page attendrie ou ironique. Ils pensent que son père n’a pas vu très juste en écrivant : « Je ne suis pas inquiet sur le sort de cet enfant. » Vers cette époque il est pris en charge par une française, Josette Giraud, femme d’un homme d’affaires américain alors en résidence à Tahiti. Avec l’autorisation de l’administration, elle tire Émile de prison, l’empêche de boire, le gratifie de quelqu’argent de poche, le chambre dans un fare de la côte ouest en lui mettant entre les mains des brosses, des tubes de couleur, des toiles, et en lui demandant de peindre. « Malgré les moqueries et les insultes, dans l’incompréhension à peu près générale, je l’ai encouragé à peindre… à se connaître, à préciser son talent, à acquérir plus de confiance en lui-même… Doué d’une grande imagination, d’un sens inné de la composition et des couleurs, il peint, sans avoir rien appris, des bêtes et des dieux d’avant l’histoire, des Christs pitoyables, le mirage des paysages, la magie de la nature vivante et cette peinture limitée à l’instinct, d’une candeur inaccoutumée, retrouve, peut-être héréditairement, l’irréalité du mystère » (Josette Giraud). Un peu plus tard, en mai 1963, Mme Josette Giraud présentait à Londres les premières œuvres de son poulain : elle exposait à l’O’Hana Gallery 61 œuvres d’Émile Gauguin qu’introduisait un somptueux catalogue. On demandait, pour la plus modeste des toiles, 250 guinées ! Le mois suivant, Émile Gauguin tenait la cimaise à Paris, Galerie Motte, rue Bonaparte. La presse anglaise signala mollement l’exposition à Londres ; celle de Paris ne marcha absolument pas. Depuis lors son impresario a été chercher Émile Gauguin à Tahiti et l’a emmené aux États-Unis. Il a exposé à Miami et à Los Angeles. Un jeune ménage d’artistes de Chicago a recueilli Émile Gauguin et le mari lui enseigne les principes fondamentaux de la peinture. Selon Mrs. Majorie Kovler, directrice d’une galerie de peinture à Chicago, son avenir est assuré : « Quand j’ai vu la première fois la peinture d’Émile Gauguin, j’ai ressenti comme une réaction chimique au creux de l’estomac. » On lui apprend l’art de l’impression sur tissus. Il découvre la sculpture, pour laquelle, à en croire les chroniqueurs, il semble encore plus doué que pour la peinture. Sa manière est abstraite, d’inspiration primitive et elle a enchanté les Californiens. Tous ceux qui, à Tahiti — et ils sont nombreux — avaient songé à faire peindre Émile Tai avant Mme Josette Giraud, se disant qu’après tout il pourrait bien y avoir en lui quelques lueurs du génie de son père, sont restés stupéfaits des progrès réalisés par Émile Gauguin depuis qu’il vit sous la coupe maternelle de Mme Giraud. Émile Gauguin aurait développé un talent jusqu’alors caché, avec une extraordinaire rapidité. Aux informes balbutiements d’une main puérile, barbouillages sans queue ni tête dont ils gardent les échantillons, ont succédé des œuvres picturales dont certaines, par l’habileté de leur composition, leurs riches coloris, leurs heureuses simplifications, ne sont pas sans un certain intérêt. L’avenir nous dira si nous nous trouvons en présence du tardif jaillissement d’un don, soudain heureusement dégagé par un climat favorable, ou face à une mystification artistique habilement montée qui compterait comme un des canulars les plus réussis du siècle, qui en a, cependant, déjà vu d’importants.

Bibliographie. Le catalogue de l’exposition de Londres était intitulé : First presentation of paintings by Emile Marae a Tai, known as Emile Gauguin [avec une introduction bilingue de Josette Giraud] O’Hana Gallery. 25th April-31st May 1963, 24 p. — Sur cette exposition voir un article de Max Wykes-Jones (Art review, London, April 16, 1963). — Sur l’exposition de Paris : E. Schneider (Paris-Presse, 6 mars 1963). Également : A. Centis (Ritocalo, supplément au n° 81 de Il Giorno). — On trouverait d’amusants détails sur l’opération Giraud dans le livre de H. Allen Smith, Two-thirds of a coconut tree, Boston, 1963, p. 174-175, 191-192, 226 et passim. L’auteur y donne, outre une photographie récente d’Émile Gauguin, une illustration de sa première manière picturale. — Voir également Look, 13 juillet 1965, p. 66.

GAUGUIN, Paul (1848-1903)

Peintre.

Né le 7 juin 1848 à Paris. Commence ses études au petit séminaire d’Orléans. Pilotin de 1865 à 1871. Employé à la charge de l’agent de change Bertin rue Laffitte, à Paris, en 1871. Épouse le 22 novembre 1873, une Danoise, Mette Sophie Gad. Commence à peindre, en peintre du dimanche, vers 1874. Expose aux impressionnistes. En 1883, abandonne sa situation à la Bourse : « Désormais, je peins tous les jours. » Après divers séjours à pont-Aven (Finistère), La Martinique et à Arles (Bouches-du-Rhône) avec Van Gogh, pense à s’installer avec des amis à Madagascar pour y fonder l’Atelier des Tropiques. Finalement, il s’en ira seul à Tahiti laissant en Europe sa femme et ses cinq enfants, Émile (1874), Aline (1875), Clovis (1879), Jean (1881) et Pola (1883). Après une vente assez réussie, le 23 février 1891, à Paris, de 30 peintures qui lui rapportent 9 860 F et un banquet d’adieu que préside Stéphane Mallarmé, le 23 mars, au café Voltaire, Gauguin quitte Paris le 4 avril. « J’ai reçu du Gouvernement une mission officielle (elle lui a été obtenue en mars par Ary Renan et Georges Clemenceau) de sorte que là-bas je puis disposer du personnel de la marine, de l’hôpital… J’ai la commande d’un tableau — pour 3 000 F — quand je reviendrai. » Par Melbourne et Sydney, gagne Nouméa. Là, son ordre de mission lui permet d’être reçu sur la Vire, Cdt Dupré, un aviso transport qui monte à Papeete où il arrive le 9 juin 1891. Premier séjour à Tahiti. — La foule qui se presse curieusement au bateau voit débarquer un popaa « aux longs cheveux poivre et sel, tombant en nappe sur les épaules, au-dessus d’un vaste chapeau… à larges bords, à la cow boy ». Avec le ruban jaune qui entoure son couvre-chef, la lavalière haute en couleurs, ses chaussures de toiles peintes en violet, les blancs lui trouvent un « air de perroquet ». Les Tahitiens, eux, le surnomment taata vabine, l’homme femme. Le Lieutenant Jénot s’occupe de lui, l’initie à la vie tahitienne et lui trouve une case « au pied de la montagne, à l’arrière-plan de la ville, aux environs de la cathédrale ». Gauguin y installe son matériel de peintre, « rouleaux de toile et couleurs Lefranc », tout un « assortiment de gouges et de ciseaux de sculpteur sur bois », deux mandolines, une guitare, un cor de chasse, ainsi qu’une carabine Winchester avec un stock de munitions. Il est bien reçu par le gouverneur Lacascade et Lours, le directeur de l’Intérieur p. i. « un brave père de famille qui le reçoit à sa table ». « Ils ne savent quoi faire pour me faire plaisir. » Grâce à Jénot, il entre aussitôt en relations avec l’interprète Cadousteau, l’avocat Langomazino, le Dr Chassaniol, ami intime de la reine Marau, le colon Goupil, le préparateur Suhas et le commerçant Drollet. Une semaine après son arrivée, il assiste aux obsèques de Pomaré V qui amènent à Papeete un grand concours de peuple, venu des districts et de Mooréa. On le voit « circulant partout, un carnet à la main, dessinant sans discontinuer des croquis d’attitude et de figures ». A Papeete, Gauguin commence de sculpter et de peindre (Portrait du capitaine Swaton, Teurabeimata). Mais la vie à Papeete lui coûte cher et ne lui rapporte rien de ce qu’il était venu chercher en Océanie. « Après quelques mois il se décida de quitter Papeete et alla s’installer au bord de la mer, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest, à Paea, puis, après quelques mois, un peu plus loin, à Mataïea, dans le calme, entouré seulement d’indigènes, ayant tout son temps désormais pour penser, réfléchir et travailler » (Lt Jénot). Il est installé là, au bord de la mer, dans « une case au grand toit élevé en pandanus où habitent les lézards ». Il vit d’abord avec une demie, Titi, puis s’en lasse. Gauguin a raconté dans Noa Noa, comment il fit, au cours d’un voyage dans l’isthme, dans le district d’Hitiaa, la connaissance de Tehura, une fille de quinze ans qui devint la maîtresse-modèle. C’est le grand bonheur et le travail. Pas pour longtemps, en février-mars il vomit du sang « à pleine cuvette » et va se faire soigner « à 12 F par jour » à l’hôpital de Papeete. Le 5 mars il fait, à Papeete, un portrait du petit Atiti Suhas qui vient de mourir. Puis, il connaît des ennuis d’argent : les sommes qu’il attendait de Morice n’arrivent pas. Il songe en juin à se faire rapatrier, mais retrouve quelques commandes locales qui lui permettent de tenir le coup un peu de temps encore. Cette année 1891-1892, il peint. En mai 1892, il écrit : « J’ai 11 mois de travail effectif et j’ai 44 toiles assez importantes… Pas mal de dessins et croquis… Quelques bibelots sculptés. » Parmi les œuvres marquantes de cette période citons : I raro oviri, Miss Bambridge, La orana Maria. Les lettres de cette époque sont remplies de récriminations et mentionnent d’incessants tracas d’argent. « Je mange tous les jours mon pain sec avec un verre d’eau » (5 novembre 1892). — « Depuis deux mois j’ai dû supprimer toute dépense de nourriture. Tous les jours du maiore… et un verre d’eau. Je ne peux même pas m’offrir une tasse de thé à cause de la cherté du sucre » (avril 1893). Le bon Jénot fait pourtant ce qu’il peut : « Je lui rendis visite pendant tout son séjour à Mataïea, au moins tous les mois… Sachant la difficulté qu’il avait de se ravitailler, sauf en poisson, uru et fè, je ne venais jamais les mains vides et le magasinier du Service des vivres… me préparait viande fraîche, corned beef, légumes secs et litres de vin en quantité suffisante pour quelque temps et de la glace. En l’absence d’autres moyens, je louais pour ce voyage une voiture et un cheval… Gauguin me voyait toujours arriver avec joie, car mon séjour de 3 ou 4 jours… mettait une éclaircie dans sa solitude. J’ai été, par ces visites, mis au courant des travaux de peintre et je vis naître et s’achever nombre de ses grandes toiles… Plus rarement Gauguin venait passer quelques jours à Papeete où il trouvait chez moi l’hospitalité » Malgré tout, Gauguin souffre : « Cette situation altère ma santé et mes yeux. » En février 1893, il a des ennuis de vision. Les privations, l’abus de tabac et les excès sexuels ont de si graves répercussions sur la vue du peintre qu’à cette époque, la couleur de ses toiles, pourtant si colorées, lui paraît fade. Finalement, il réussit à se faire rapatrier. Il quitte alors Tahiti le 14 juin et, par Nouméa, où il doit attendre vingt-cinq jours, et Sydney, gagne Marseille où il arrive avec 4 F en poche le 30 août. « J’ai dû payer un supplément pour aller en 2 classe… Grand froid à Sydney. Immense chaleur dans la mer Rouge !… Tudieu quel sale voyage ! » Gauguin passe en Europe du mois de septembre 1893 à juin 1895. Au cours de ces 21 mois, Gauguin hérite de l’oncle Isidore, ce qui lui met environ 7 500 F en mains, lui permet de faire un voyage en Belgique, d’aller travailler à Pont-Aven et d’avoir un atelier à Paris où il vit largement. Une exposition chez Durand-Ruel, le 9 novembre 1893, organisée sur la proposition de Degas, ne donne aucun résultat financier. Pourtant 44 toiles — 6 de Bretagne, 38 de Tahiti — plus 2 sculptures constituaient un ensemble étonnant. Le public est d’une incompréhension totale. La critique lui avait d’ailleurs montré le chemin : « Pour amuser vos enfants envoyez-les à l’exposition Gauguin. Ils s’amuseront devant des images coloriées représentant des femelles de quadrumanes, étendues sur des tapis de billard, le tout agrémenté de paroles du cru ». Le lundi 18 février 1895, une vente à l’hôtel Drouot, salle 7, à 15 h, est un cuisant et désastreux échec. Gauguin rachète 38 toiles sur 47 et en est pour 464,80 F de sa poche ! Second séjour à Tahiti. — Gauguin arrive à Papeete le 5 août 1895. Il apporte avec lui la syphilis, « souvenir d’une nuit d’amour à Paris, avant son départ ». Après être resté à Papeete « en camp volant », il se fait construire, dans le district de Punaauia, une grande case tahitienne. « C’est superbe comme exposition, à l’ombre, sur le bord de la route, et derrière moi une vue de la montagne épastrouillante. Figurez-vous une grande cage à moineaux grillée de bambous avec toit en chaume de cocotier, divisée en deux parties par les rideaux de mon ancien atelier. Une des deux parties forme chambre à coucher, avec très peu de lumière pour avoir de la fraîcheur. L’autre partie a une très grande fenêtre en haut pour former atelier… Deux troncs de cocotiers sculptés en forme de dieux canaques. Par terre, des nattes et mon ancien tapis persan : le tout décoré avec étoffe, bibelots et dessins… Des arbustes à fleurs. Petit hangar pour ma voiture et un cheval » (nov.-avril 1896). En avril 1896, il avoue 1 000 F de dettes mais ajoute : « Je ne suis pas déraisonnable. Je vis avec 100 F par mois, moi et ma vahiné, une jeune fille de 13 ans 1/2. Là-dessus, j’ai mon tabac et le savon ; et une robe pour la petite, 10 F de toilette par mois » (avril 1896). Son pied le fait terriblement souffrir il se dit, en juin, « très souffrant, sur le lit », chez lui. En juillet-août il est à l’hôpital « à bout de souffrance », ne pouvant plus peindre, « tellement démoralisé, découragé… qu’il ne croit pas à des malheurs plus grands ». A sa sortie, il ne peut payer les 140 F de séjour et n’a pour se refaire que « de l’eau pour boire et un peu de riz cuit à l’eau pour se nourrir » (août 1896). En novembre, il va mieux et abat beaucoup de besogne : sculptures et peintures. Au cours de cette période, il a peint d’admirables toiles, Femme aux mangos (1896), Le Cheval blanc (1898), et Trois Tahitiens (1899). Vers la même époque, il annonce à Monfreid une seconde naissance : « Ma charmante dulcinée s’est décidé, à vouloir pondre. Je vais être prochainement père d’une demie jaune » (nov. 1896). En avril 1897 : « Tuile exceptionnelle », la personne qui lui avait loué un petit bout de terrain meurt et son terrain est vendu. En mai, il obtient à la Caisse agricole un emprunt de 1 000 F pour un an. Il achète 700 F deux petits terrains contigus nommés Atiue et Atio, sis à une centaine de mètres de l’ancien et s’installe en reconstruisant sa case. Il a cent cocotiers « qui peuvent lui rapporter 500 F par an ». Il songe même à planter de la vanille. Mais, s’il peut un peu travailler, il a « toujours les pieds enveloppés de linges ». Ce n’est du reste pas pour « les souffrances aiguës de ses pieds » mais pour une « conjonctivite double » qu’il entre à l’hôpital de Papeete « à titre d’indigent » (août 1897). « Je suis actuellement étendu vingt heures sur vingt-quatre, et peu de sommeil » (août). C’est là qu’il apprend la mort de sa fille Aline. En octobre il écrit : « Trois mois que je n’ai touché de pinceau. » Cependant sa santé se rétablit et sa tentative de suicide du 11 février 1898 est due davantage à une dépression de désespoir devant sa situation financière, son peu de succès pictural à Paris et ses dettes, qu’à son état de santé. « J’ai voulu me tuer, écrit-il à Daniel de Monfreid. Je suis parti me cacher dans la montagne où mon cadavre aurait été dévoré par les fourmis. Je n’avais pas de revolver ; mais j’avais de l’arsenic que j’avais thésaurisé durant ma maladie d’eczéma. Est-ce la dose qui était trop forte, ou bien le fait de vomissements qui ont annulé l’action du poison en le rejetant, je ne sais pas. Enfin, après une nuit de terribles souffrances, je suis rentré au logis. » Mais avant de mourir il avait voulu peindre une grande toile qu’il avait en tête, sur laquelle « durant tout le mois il a travaillé jour et nuit dans une fièvre inouïe ». Il s’agit de la grande composition, 4,50 x 1,70, D’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ?, vaste composition symbolique qui représentait en quelque sorte le testament spirituel de Gauguin et qui est actuellement, aux États-Unis, la gloire du Museum of Fine Arts de Boston. — Mais les quelques rentrées d’argent qu’il connaît alors ne lui permettent même plus d’étaler. « Ce mois-ci… je n’ai pas un centime, écrit-il à Monfreid, en avril 1898. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai été m’aplatir devant le Gouvernement. J’ai obtenu du travail d’écritures et de dessins linéaires pour la somme journalière de 6 F. » Il est donc revenu vivre à Papeete où il a loué une case. Dix mois il vivra ainsi, ne pouvant plus peindre, faisant même, en septembre, un séjour à l’hôpital pour son pied, mais retrouvant un peu de santé dans une tranquillité relative. Vers le début de février 1899, il rentre à Punaauia. « J’ai retrouvé ma case dans un état déplorable. Les rats ont détruit la toiture… La pluie m’a abîmé beaucoup de choses. Toute une série de documents très utiles, détruits par les cancrelats… Une grande toile, inachevée, détruite aussi par ces sales insectes. » Par contre : « Un nouveau médecin, arrivé à l’hôpital, s’est pris, je ne sais pourquoi, d’amitié pour moi et a entrepris de me guérir. Mais il dit que ce sera long car la maladie est très compliquée et très invétérée. L’eczéma est compliqué d’érysipèle et de rupture de petites varices » (février 1899). S’étant retrempé une dizaine de mois à Papeete dans l’atmosphère de racontars urbains, de petites intrigues municipales, parmi la « pourriture coloniale », et la « sale administration », Gauguin se laisse aller à son tempérament de polémiste, de bagarreur. Pour des broutilles, ce grand esprit sombre dans des querelles de sous-préfecture. Il exige des poursuites judiciaires pour des vétilles. Il collabore aux Guêpes, un petit journal dont V. L. Raoulx est le propriétaire. Il écrit à Daniel de Monfreid : « J’ai commencé à redresser la tête à Tahiti… puis, pris dans l’engrenage, je me suis mis journaliste… J’ai créé en outre un journal, Le Sourire, autographié système Édison, qui fait fureur : malheureusement on se le repasse de mains en mains et je n’en vends que très peu. Malgré cela… je suis arrivé à gagner une cinquantaine de francs par mois » (décembre 1899). En fait Le Sourire, tour à tour, « journal méchant » et « journal sérieux », connut neuf numéros, d’août 1899 à avril 1900. La « fureur » n’allait pas bien loin ! Le tirage tournait autour des deux douzaines d’exemplaires ! Seuls quelques bois admirables sauvent ces pages d’une incohérente pauvreté littéraire, où Gauguin s’en prend, avec un esprit et des propos de commis voyageur, au gouverneur Gallet, au procureur Charlier, à l’avocat Goupil, au marchand Drollet. L’année 1900 est pénible pour Gauguin : « Impossible de me remettre au travail… Je ne fais cependant que me soigner » (août 1900). — « Impossible de travailler avec l’influenza » (septembre 1900). — « Depuis huit mois je n’ai pu me mettre sérieusement à la peinture » (novembre 1900). — « Je reçois votre lettre à l’hôpital où je suis là à souffrir de mon eczéma aux pieds et de l’influenza » (janvier 1900). Dans sa lettre d’avril, Gauguin annonce à son ami de Monfreid son départ pour les Marquises. Fatigué, en 1900, il n’a peint que deux natures mortes. Gauguin liquida alors non sans quelques difficultés administratives sa propriété de Punaauia, dont il tira 4 500 F. L’acheteur eut la surprise de trouver, sous la véranda de la case, trois malles contenant des toiles et des dessins, et la maison elle-même entourée de tikis sculptés. Inquiet de ces tupapau et horrifié par la peinture, il fit jeter de l’autre côté du récif « les idoles et tout le contenu des trois malles » (Renée Hamon). Séjour aux Marquises. — Gauguin partait pour les Marquises « fort désireux de s’installer confortablement ». « Santé, vie moins chère, modèles, il espérait tout un renouvellement » (J. Loize). Les Tahitiennes en effet se refusaient de plus en plus à partager la vie d’un être dont la grossièreté, la déchéance physique et les mœurs brutales avaient fini par faire le vide autour de lui. De loin, Gauguin voyait dans les Marquises « des îles presque anthropophages »… « Je crois que là, cet élément tout à fait sauvage, cette solitude complète, me donnera avant de mourir un dernier feu d’enthousiasme qui rajeunira mon imagination et fera la conclusion de mon talent » (lettre à Ch. Morice). C’est vraisemblablement le jeudi 16 septembre 1901, par la goélette La Gauloise, que Gauguin débarqua à Atuana, dans l’île d’Hiva Oa, au centre des Marquises. Il est accueilli par Nguyen Van Cam, un annamite de bonne famille, cultivé, devenu un agitateur indochinois antifrançais et qui, arrêté pour terrorisme, n’avait échappé à la potence que pour se voir condamné à la déportation à vie. Van Cam, auquel l’administration, bonne fille, avait donné pour vivre un vague poste d’infirmier, fut le mentor de Gauguin et devint son ami. Il y a un portrait de Van Cam signé de Gauguin. Van Cam lui trouva, sur l’heure, un logement à 2 F par jour chez un compatriote et le pourvut d’une fille à la « vertu accommodante » encore qu’affligée d’un pied bot. Et Gauguin décida de se fixer à Atuana. Inconséquence du génie ! Dans cet archipel de quatorze îles, cet homme qui passe son temps à vilipender l’administration, n’a aucune sympathie pour les missions et leur œuvre, hait cordialement gendarmes et fonctionnaires, va justement s’installer dans la seule qui possède, à la fois, mission, administration et gendarmes ! Et dans cette île, grande à peu près comme le département de la Seine, et où dix vallées à peine sorties de la primitivité l’attendent, il ne trouve pas mieux, sitôt arrivé, que d’aller quémander chez l’Évêque, en même temps qu’un dictionnaire marquisien, une parcelle de terrain qui le fera vivre à cent pas du gendarme et dans le voisinage immédiat des écoles de la mission. On pense rêver ! Il faut pourtant croire l’acte de vente de deux parcelles contiguës d’un demi-hectare : il fut signé le 27 septembre. La comédie jouée par Gauguin : « J’allais tous les dimanches à la messe, forcé de jouer mon rôle de vrai catholique » (Avant et Après), n’a évidemment rien à voir dans la décision de Mgr Martin, l’évêque des Marquises, qui, naturellement, savait à quoi s’en tenir sur son acheteur. Les nouvelles vont vite en Océanie ; il y avait dix ans que Gauguin faisait parler de lui à Tahiti, et dix jours qu’Atuana constatait qu’il ne s’agissait que de médisances. On touche là du reste un procédé usuel d’amplification de Gauguin. Arrivé le 16, l’acte étant signé du 27, il y a eu au maximum les dimanches 18 et 25 pour ses dévotions forcées ! On touche là aussi le procédé des scoliastes de Gauguin qui en remettent encore et déclarent sans sourciller qu’il « alla à la messe tous les matins » (Le Bronnec). « Qu’il fut d’abord fidèle à la messe » (Jean Loize). L’Évêque, dans sa volonté de rendre service à un blanc, même peu désirable, poussa la courtoisie jusqu’à demander à quelques catholiques de la mission de l’aider à construire sa case. C’est Gauguin lui-même qui nous l’apprend : « Grâce à quelques hommes, sur la recommandation de l’Évêque, je fus installé rondement » (Avant et Après). Installation confortable. Gauguin se fait construire une case à étage de 12 x 6 m bien façonnée. Au premier, la chambre de l’artiste — sur un des montants « du lit était sculptée une scène lubrique » — et un grand atelier, éclairé de six larges fenêtres. Au rez-de-chaussée, un petit atelier de sculpture entouré de bambous et de lattes, la salle à manger ouverte des deux côtés, une remise pour la voiture, et, sous l’atelier, la cuisine. « J’ai tout ce qu’un artiste modeste peut rêver… écrit Gauguin… Tout sous la main, rangé sur des étagères… Un hamac pour faire la sieste à l’abri du soleil et rafraîchi par une brise de mer qui arrive… tamisée par les cocotiers » (Lettre à D. de Monfreid). Sur le linteau de la maison, un panneau gravé avec ces mots Maison du jouir. A droite et à gauche, les célèbres panneaux sculptés, frottés de couleur qu’il avait imaginés en Bretagne : « Soyez amoureuses et vous serez heureuses. » Deux statuettes montaient la garde : le « Père Paillard » — d’autres verront un « Père Gorille » — et « Thérèse », qu’il prétendait des allusions désobligeantes à l’égard de l’Évêque. « Ma maison sera un bois sculpté » avait-il écrit jadis. Une perche sortait d’une des fenêtres de l’atelier. « Du studio, par la fenêtre, au moyen d’un long bambou et d’une ligne de pêche, sans se déranger, Gauguin mettait à rafraîchir dans le puits la bouteille d’absinthe dont il était grand buveur… et la gargoulette d’eau ». Gauguin avait fait creuser un puits près de la maison… 30u4 m plus loin, on batit une baignoire en chaux et galets surélevée au-dessus du sol de 0,50 m et profonde d’autant. Un petit kiosque décorait le jardin. Il servait d’abri à une figurine, Atua, terre cuite ornée de vers de Morice : « Les dieux sont morts et Atuana meurt de leur mort »… et devant laquelle les mauvaises langues prétendaient que Gauguin se prosternait. Gauguin a engagé comme cuisinier un nommé Kahui. Il aura deux autres employés, dont l’un, Matahava, travaille comme jardinier. Une voiture et un cheval complèteront un peu plus tard son train de vie. - Gauguin sera très satisfait de son installation : « Je me félicite tous les jours de ma résolution… On n’a pas idée de la tranquillité avec laquelle je vis ici, tout à fait seul, entouré de feuillage… C’est le repos… loin de tous ces fonctionnaires qui était à Tahiti… puis la vie moins chère. » Dès le début de son séjour, Gauguin commença de laisser cours à son tempérament anarchique, rebelle à toute autorité venant contrarier ses fantaisies. « Ne manquant pas d’argent il avait à sa disposition cinq ou six jeunes filles de la vallée, de mœurs peu farouches, que ses serviteurs allaient chercher pour servir de modèles, à tour de rôle, et qui restaient toute la nuit. Cependant ces jeunes filles… se lassèrent de ces convocations et le peintre connut bientôt des nuits de solitude. Comment faire ? Il y avait bien chez les Sœurs une trentaine de jeunes filles qu’on gardait jusqu’à l’âge de quinze ans pour les soustraire à un dévergondage précoce et que Gauguin voyait défiler les jours de promenade. » La nécessité rend ingénieux. L’artiste eut vite fait de découvrir qu’il n’y avait aucune loi obligeant les parents domiciliés à plus de 3 km d’une école d’y envoyer leurs enfants. « Il faisait venir les parents, leur expliquait qu’ils n’avaient à craindre aucune contravention en retirant leurs enfants de l’école des Sœurs… Un chef de Moea retira ainsi sa fille Vaeoho Marie-Rose et Gauguin s’en fit une compagne. Elle avait quatorze ans. » C’était en novembre 1901. L’administration religieuse ne fut pas la seule à connaître ces gracieux procédés. Trouvant mal à son goût l’emploi des fonds procurés par la taxe personnelle de 12 F payée par les hommes, Gauguin prêcha la grève de l’impôt. Il commença par donner l’exemple. Ce qui amena le gendarme à procéder à son égard à une saisie-arrêt avec vente aux enchères. L’indigène Hapuani a raconté la scène avec du pittoresque. « À l’arrivée du gendarme, Gauguin était attablé, riant et parlant à haute voix avec ses amis Frébault, Guilletoue, Reiner et Van Cam, buvant du champagne. M’ayant aperçu, il me versa un verre de rhum, ainsi qu’à plusieurs autres indigènes — qu’on remarque en passant cette curieuse discrimination raciale, car il est notoire que Gauguin reconnaissait au seul diacre protestant Tioka le droit de trinquer chez lui, avec des amis européens. — Le gendarme arriva, le somma de payer ses impôts et les frais qui se montaient maintenant à soixante-cinq francs. Pas de réponse. Alors le gendarme déclara la vente ouverte : un fusil et deux tikis pour soixante-cinq francs. Pas d’enchères. Au bout d’un moment, sans se déranger de table, Gauguin annonça soixante-cinq francs et appela son cuisinier : « Tiens, Kahui, donne ces soixante-cinq francs à cet homme et dis-lui de s’en aller », et il continua à boire sans faire plus attention au gendarme » (Le Bronnec). La lutte de Gauguin contre la maréchaussée d’Atuana fut incessante et sans merci. Après bien des escarmouches, elle aboutit, le 31 mars 1903, à la condamnation de l’artiste pour diffamation à l’égard du gendarme Guichenay. Le tribunal octroya à Gauguin trois mois de prison et 1 000 F d’amende. Aussi bien Gauguin, dans le même esprit et les mêmes intentions que, trente ans plus tard, Alain Gerbault, se posait-il en protecteur et en défenseur des indigènes contre les méfaits de la colonisation et des missions. Inspiré, et sans doute excité par le colon Guilletoue, procédurier en diable, grand ennemi des gendarmes et pour qui le code civil n’avait plus de secrets, Gauguin réclamait pour ses amis marquisiens le droit de boire, celui de laisser librement divaguer les porcs. Il protestait auprès de l’administration contre le nombre et le montant des contraventions infligées par les services locaux. Il demandait ici la révocation d’un chef, et là, celle d’un fonctionnaire prévaricateur. Il les assistait quand ils étaient appelés en justice et les lançait dans le maquis de la procédure au moindre procès-verbal, à la plus petite amende : « Niez tout et j’irai avec vous au tribunal ». Comme il le déclare au Lt de vaisseau Cochin, son but était « de rendre les indigènes à l’état de nature » et de les soustraire à l’autorité du gendarme « ignorant, vénal et féroce dans l’exercice de ses fonctions ». Pour ce faire, Gauguin rédige des articles de journaux, alerte ses amis de Paris, adresse des suppliques au gouverneur Petit lors de ses tournées dans l’archipel. La célèbre lettre aux Inspecteurs des Colonies de passage aux Marquises (Atuana, février 1903), dont il a truffé Avant et Après, est écrite de cette même encre généreuse, revendicatrice, justicière et quelque peu chimérique. C’est ce qu’il nomme dans sa correspondance « une terrible lutte à soutenir contre administration et gendarmerie » (février 1903). Aux Marquises, Gauguin travailla toujours en atelier, « Je ne l’ai jamais vu peindre au-dehors… La marche lui était pénible, à cause de ses plaies aux jambes, souvent bandées. » C’est à Atuana que furent exécutées quelques-unes des œuvres les plus célèbres de Gauguin : Et l’or de leurs corps (1901), actuellement au Louvre ; Contes barbares (1902) ; Femmes au cheval blanc (1903) ; Cavaliers sur la plage (1903) ; La fuite (1901) et L’Appel (1902) datent aussi de cette période. Son dernier Autoportrait (1903), actuellement au musée de Bâle, fut donné par Gauguin à son ami Van Cam. Il passa rapidement entre les mains du colon Grelet qui le vendit, dans la suite, en Suisse. « Je ne suis pas le Gauguin d’autrefois » confie-t-il à Daniel de Monfreid, « ma vue me donne de sérieuses inquiétudes » (février 1903). C’est au cours de ses derniers mois à Atuana que Gauguin rédigea les Racontars de rapin (septembre 1902) que refusera le Mercure de France, comme manquant d’actualité, et Avant et Après dont le manuscrit est daté : janvier-février 1903. La lettre d’envoi de cette œuvre au critique André Fontainas témoignait de « l’intérêt personnel et méchant [qu’avait Gauguin] à ce que ce livre soit publié ». Lui aussi ne le sera que quinze ans plus tard, après avoir subi bien des avatars. Les récentes trouvailles des comptes des fournisseurs de Gauguin à Atuana — l’Américain Varney et la Société Commerciale de l’Océanie — ainsi que les curiosités de ses historiens ont prouvé que l’impression laissée par la lecture de sa correspondance, d’un homme financièrement aux abois et vivant chichement dans de grandes difficultés d’argent, est erronée. « Gauguin mena aux Marquises, écrira le Dr Marcel Pottier, non pas l’existence primitive, retirée, qu’il semble souhaiter dans ses lettres, mais une existence très large, généreuse pour les indigènes… » Et le Dr Villaret conclura avec la même formule : « Le peintre vivait largement. » Il faut renoncer à la légende d’un Gauguin ascétique se contentant, comme les indigènes, de quelques racines et d’un peu d’eau. Mort et succession de Gauguin. — Gauguin mourut le vendredi 8 mai 1903, à la fin de la matinée. Se sentant plus fatigué : « Je suis très malade, je ne puis plus marcher », il avait fait appeler, au début d’avril, son voisin le pasteur P. Vernier qui lui fera trois visites, la dernière, le matin même de sa mort : il avait eu deux syncopes et battait un peu la campagne. Mais c’est seul, sans même la présence de son boy, « très intermittent même pendant sa maladie », qu’il succomba vers 11 heures, sans doute à une crise cardiaque. C’est son ami le diacre Tioka, venu aux nouvelles, qui donna l’alarme, essayant sans tarder de le ranimer en lui mordant le cuir chevelu à belles dents, à la manière indigène. Comme sonnait l’angélus, l’Évêque vint visiter le mort et quelques Frères de l’École, qui prièrent sur son corps. Le pasteur Vernier était là et les voisins. On aurait fort étonné ces témoins en leur parlant « d’empoisonnement par les gendarmes ou la mission » et encore plus d’un suicide, hors de la perspective, malgré la présence d’ampoules de morphine vides. L’Évêque, qui savait Gauguin baptisé et de religion catholique, lui accorda des obsèques religieuses et ordonna de creuser sa tombe dans le cimetière de la mission, le seul existant d’ailleurs à Atuana. Toute la nuit, il fut veillé par un catéchiste de la mission et de nombreux indigènes. L’enterrement eut lieu le lendemain, un peu avant l’heure fixée, du consentement et à la demande des présents, et vu l’état du corps. Cette hâte forcée a donné naissance à la légende d’un « escamotage du corps par le clergé » (pasteur Vernier) et à celle d’un « enterrement subreptice » (Segalen). La nouvelle de la mort de Gauguin ne parviendra à Daniel de Monfreid en France que le 23 août, trois mois et demi plus tard. Ce délai donne une idée de l’isolement postal des Marquises et de la lenteur des communications à l’époque de Gauguin. Pas de dernières volontés connues, aucun testament. « Le bruit courait qu’il avait de la famille en Europe, une femme et cinq enfants, mais aucune adresse ne fut découverte. Décédé sans héritiers connus dans la colonie, la succession, après inventaire, apposition des scellés, et constitution d’un gardien, fut appréhendée par le curateur aux biens vacants, qui, après autorisation de justice, fit procéder à la vente aux enchères des biens du défunt. Une première vente de mobilier et d’outils, de hardes, de vaisselle et d’épicerie fut effectuée, sur place, le 20 juillet. Elle produisit 1 077 F. La plus haute enchère fut pour une selle mexicaine, achetée 42 F ; le cheval du peintre ayant été adjugé à la Société commerciale pour seulement 34 F. Le 11 août on chargeait à bord de la Durance, à Atuana, 15 caisses contenant le reste de la succession. Elle fut dispersée à Papeete le 5 septembre. La vente comportait 142 objets ou lots, livres, curios, matériel de peinture, la voiture, la machine à coudre et l’harmonium ; et de plus, les peintures, dessins et sculptures jugés dignes d’y figurer par les des experts commis, les artistes Bopp du Pont et Charles Le Moine. Outre les quelques personnes de Papeete intéressées par une bonne affaire ou le désir de trouver des « souvenirs » -Hégésippe Langomazino, Émile Lévy, le Dr Chassaniol, Léonce Brault, l’avocat de Gauguin, le gouverneur Petit, etc. — ce furent les marins de la Durance qui s’intéressèrent surtout aux œuvres d’art. Il y avait le commissaire Legoallec, l’enseigne Sourge qui acheta Joseph et Madame Putiphar, le Lt de vaisseau Jean Cochin, fils du Député de Paris, grand amateur d’art, qui, pour 150 F, partit avec les Trois vabinés, enfin et surtout Victor Segalen, le médecin de la Durance, qui sera le plus gros acheteur de la vente (178,25 F, plus les frais), en rapportant des bois sculptés, des lots de dessins, des souvenirs personnels, sans compter quelques peintures dont le fameux Village breton sous la neige, présenté, a-t-il rapporté, à l’envers, par un commissaire priseur humoriste ou canula-resque qui prétendait y voir les Chutes du Niagara. Le mot, qui figure dans le « bordereau d’achat de M. Segalin », n’est pas porté sur l’acte officiel de la vente qui rapporta, net, 1 506,96 F. M. Vermersch, le receveur de l’enregistrement, en avait retiré les papiers personnels, les « notes diverses et les manuscrits » de Gauguin. « Deux des plus importants, parmi lesquels se trouve le fameux Noa Noa, ont été remis par moi en dépôt entre les mains de M. Ed. Petit, gouverneur, rentrant en France. Il a bien voulu s’en charger pour les remettre à sa famille. Pour les autres, je les ferai parvenir… au ministère des Colonies où vous pourrez les réclamer avec une procuration de la famille » (Lettre à G.D. de Monfreid). La liquidation de la succession Gauguin a été fort critiquée, et les biographes du peintre, de Victor Segalen à Jean Loize, t’Serstevens et Georges Wildenstein, sont remplis à ce sujet de sous-entendus malintentionnés et de propos tendancieux, parfois désobligeants. Daniel de Monfreid demande même, en décembre 1903, l’ouverture d’une enquête administrative à ce propos. Nous n’avons rapporté avec quelques détails cette histoire que pour montrer que, dans la perspective de Tahiti et à la date de 1903, tout ce qui pouvait être fait et devait être fait l’avait été. Et c’est finalement à l’honneur de ces hommes, médiocres et mesquins, peut-être, dans leur quotidien et qui n’ont pas su reconnaître le génie (pas plus d’ailleurs à la même époque que les Parisiens, pourtant si fins, si cultivés et si ouverts !), de constater qu’aucun d’entre eux, à Atuana ou à Papeete, n’a employé à l’égard de Gauguin mort les méthodes et les procédés auxquels Gauguin vivant les avait si fâcheusement accoutumés. La mort avait frappé de prescription les rancunes et forclos les vengeances.

Bibliographie. 1 Catalogues. — Pour l’œuvre picturale : G. Wildenstein, Paul Gauguin. Catalogue, Paris, 1962. — Pour la sculpture : Ch. Gray, Sculpture and Ceramics of P. Gauguin, Baltimore, 1963. — Pour les gravures : M. Guérin, L’œuvre gravée de Gauguin, Paris, Floury, 1927. — Pour une bibliographie générale : J. Rewald, Le post-impressionnisme de Van Gogh à Gauguin, Paëis, 1961, p. 368-381. 2 Bibliographie des œuvres littéraires, océaniennes de P. Gauguin. — En collaboration avec Charles Morice, Noa Noa, d’abord paru dans la Revue Blanche (15 octobre 1897) ; puis : éditions de la Plume, Paris, 1901 ; éditions Crès, Paris, 1924. Éditions en fac-similé : 200 exemplaires, Berlin, Meier-Graefe, 1926 et 3 000 exemplaires, Stockholm, Jean Forlag, 1947. Jean Loize en a donné le texte original : Noa Noa, par Paul Gauguin, Paris, 1966, avec de très importants commentaires. Avant et Après. Paraît d’abord en édition en fac-similé à Leipzig en 1918. Édition qui sera reprise : Paris, Crès, 1923. En anglais sous le titre : Paul Gauguin’s intimate journal, New York, 1921. Racontars de Rapin, Paris, Falaize, 1951. Publication en fac-similé du manuscrit refusé par le Mercure de France en 1902. Carnet de Tahiti présenté par Bernard Dorival, Paris, 1954, 2 vol. Sur Gauguin journaliste, voir les rarissimes collections des Guêpes (1898-1904) et celle du Sourire (1899-1900). Le Gouverneur J.-L. Bouge a publié, en fac-similé, la collection du Sourire de Paul Gauguin, Paris, Max Besson, 1952, précédé d’une étude sur la publication de ce journal, autographié par Gauguin. La correspondance générale de P. Gauguin n’a jamais été publiée. A ce jour, deux recueils seulement : Lettres de Gauguin à Daniel de Monfreid, précédées d’un hommage à Gauguin par Victor Segalen, Paris, Plon, 1930, Réédition, établie et annotée par Mme Joly-Segalen, Paris, Falaize, 1950. — Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis, recueillies et préfacées par Maurice Malingue, Paris, Grasset, 1946. 3 Biographies de Gauguin. — J. de Rotonchamp, Paul Gauguin, Paris, Druet, 1906 et Crès, 1925 ; ainsi que Charles Morice, Paul Gauguin, Paris, Floury, 1920, restent les deux biographies essentielles, écrites par des amis de Gauguin. Plus récemment, Henri Perruchot a publié une Vie de Gauguin, Paris, Hachette, 1961. On doit à Bengt Danielsson un : Gauguin in the South Seas, Londres, 1965, qui n’a pas encore trouvé son éditeur français. — Citons aussi, parce qu’il connaissait bien Tahiti, Jean Dorsenne, La vie sentimentale de Paul Gauguin, Paris, Cahiers de la quinzaine, 1927. Les monographies et albums sur Gauguin sont innombrables : John Rewald, Gauguin, Paris, 1938 et Malingue, Gauguin, Monaco, 1944, sont, en français, parmi les meilleures et les plus abondamment illustrées. Voir aussi G. Wildenstein, qui édita un ouvrage collectif, Gauguin. Sa vie. Son œuvre, Paris, Presses Universitaires de France, 1958. — La vie de Gauguin a donné naissance à des biographies romancées : S. Maugham, The moon and six pence, Londres s. d. ; en français : L’envoûte, Paris, 1932. Et C. O. Gorham, The gold of their bodies, New York, 1955 ; en français : Et l’or de leurs corps, Paris, Julliard, 1956. 4° Études de détails sur l’homme et l’œuvre. — En ce qui concerne les études de détail intéressant la vie de Gauguin en Océanie, consulter : Ch. Chassé. Les démêlés de Gauguin avec les gendarmes et l’Évêque des îles Marquises (Mercure de France, 15 nov. 1938). — Renée Hamon, Gauguin, le solitaire du Pacifique, Paris, Vigot, 1939, résultat d’un reportage décevant, mais contient quelques photos intéressantes. — Jean Loize, Les Amitiés du peintre Georges-Daniel de Monfreid et ses reliques de Gauguin, Paris, Galerie Jean Loize, 1951, qui contient de très nombreux documents inédits. — B. Villaret, le découvreur du compte Gauguin à la « Société commerciale d’Océanie » : Les dernières années de Gauguin (Revue de Paris, février 1953). — G. Le Bronnec, La vie de Gauguin aux îles Marquises (B. S. E. O., n° 108, mars 1954). — H. Jacquier, éd. Le dossier de la succession de Paul Gauguin (ibid., n° 120, sept. 1957). — Du même auteur : Une correspondance inédite de Gauguin (ibid. mars 1961, p. 213-237). — Jean Loize, Gauguin sauvé du feu (notes du Dr Pottier) (Gazette des Beaux-Arts, janvier-avril 1958). Parmi les catalogues d’exposition sur Gauguin, mentionnons que Jean Leymarie a rédigé, pour l’exposition du centenaire à l’Orangerie des Tuileries, un remarquable catalogue : Gauguin, (Paris, 1948). — Gauguin dans la collection Génie et réalité (Paris, Hachette, 1960).

GAULTIER, Julien (1901)

Fonctionnaire à la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie.

Fils d’un imprimeur d’Angers. Né à Cholet (Vendée) le 30 août 1901. Dans le désir de voir le monde et sur la lecture d’une annonce demandant un commis pour les Phosphates de Makatéa, Tahiti, arrive à Papeete le 22 octobre 1926 sur le Louqor avec un contrat de 5 ans. A Makatéa, d’abord simple employé de bureau, il sera tout à tour caissier, comptable, shipping clarck, chef du secrétariat pour accéder en 1944 à la direction du service central, le plus haut poste non technique de l’île où il est depuis lors chargé du personnel et des relations publiques, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1966, date qui coïncidera pratiquement avec la cessation de l’exploitation des gisements de phosphates. Se retire à Arue. — Julien Gaultier est donc le Français ayant vécu le plus longtemps à Makatéa, dont il connaît toute l’histoire au jour le jour et où tous ceux qui ont eu l’occasion de visiter les installations de la Compagnie ont pu apprécier sa courtoisie et son savoir-faire. Célibataire, J. Gaultier adoptera une famille polynésienne de Rarotonga ce qui le rend grand-père de Juliette, 1949, et de Frédéric, 1952, Gaultier.

GAULTIER DE LA RICHERIE, Eugène (1820-1886)

Officier de marine.

Né à Fort-de-France (Martinique). Prend part, à sa sortie de l’École navale, à l’expédition du Mexique. Attaché à la Guyane au service de la transportation. Capitaine de frégate, il est envoyé à Tahiti où il arrive en novembre 1858, à titre de gouverneur intérimaire d’abord, puis à titre définitif, le 14 janvier 1860. Il restera plus de cinq ans et demi en Océanie. On est très satisfait de lui. « Le concours qu’il m’a prêté pendant les troubles de Papara, et la fermeté de sa conduite » lui valent les éloges de Saisset. Et d’autres le trouvent « à la fois prudent et ferme, ayant su concilier, dans la colonie qu’il administre, les devoirs délicats de ses fonctions et entretenir les meilleures relations avec la Reine, tout en faisant respecter l’autorité dont il est revêtu ». Il saura mettre la paix dans des troubles politiques à Raiatea et à Tahaa ; verra le couronnement de Teriimaevarua (3 août 1860), à Bora-Bora. C’est lui qui accueillera les Frères de Ploërmel à Papeete en 1860 et installera le Frère Alpert Ropert — non sans quelques tiraillements dus à son caractère autoritaire, à ses emportements, et à des conceptions assez totalitaires sur les rapports de l’Église et de l’État — dans une école qui comptera bientôt plus de 200 élèves. Il en fonde une autre aux Marquises et une troisième à Mataiea. Il envoie sept étudiants tahitiens à Nantes en 1863 pour y poursuivre leurs classes. Il demanda son congé fin 1863, quitta officiellement Papeete le 14 décembre, débarqua du Latouche-Tréville le 12 octobre 1864. Il ne sera au Havre que le 31 janvier 1865. Il avait vu sa famille s’accroître d’une fille, Sophie-Marie, née à Papeete le 18 août 1860. A son retour, après un séjour à Cauterets, le ministre le fait venir à Paris pour y rédiger un travail « sur les diverses transformations qu’a subies, depuis l’origine, notre protectorat aux îles de la Société ». Est invité par la Société de Géographie à y donner une conférence sur L’état présent de Tahiti (Bulletin de la Société de Géographie, 1866, p. 371-388) où il décrit Tahiti, y évaluant à 700 le nombre de colons français et signalant l’absence totale de barrières raciales, qui se manifeste dans les unions légitimes. Il y parle de la Reine et de son entourage, et trace de la vie économique et agricole de la colonie un portrait sympathique. — Nommé capitaine de vaisseau, de la Richerie sera gouverneur de la Nouvelle-Calédonie de juin 1870 à octobre 1874, connaissant dans cette fonction les pires ennuis avec les déportés de la Commune. Il mourut à Lorient, le 28 juin 1886.

GAUSSIN, Pierre-Louis-Jean-Baptiste (1821-1886)

Ingénieur hydrographe.

Né à la Guadeloupe, le 24 juin 1821. Élève de l’École polytechnique. Hydrographe de la marine. Séjourne à ce titre quatre ans dans l’océan Pacifique. « Sous les ordres du commandant Bruat, Gaussin passa quatre ans à parcourir les archipels de la Société et des Marquises, levant le plan des rades et des mouillages, occupant ses loisirs à étudier la langue et les mœurs de ces populations dont l’origine est encore un peu obscure et à préparer un ouvrage sur les langues polynésiennes qui devait lui valoir le prix Volney à l’Académie des Inscriptions. » Pour son travail intitulé : Du dialecte de Tahiti et de celui des îles Marquises, et, en général, de la langue polynésienne, Paris, 1853, Gaussin avait reçu, en octobre 1852, le prix de linguistique créé par Volney, de 1 200 F. Le rapport du concours reconnaissait dans ce travail « une saine critique, une étude approfondie du sujet et l’habitude de l’observation. L’auteur, continuait le rapporteur, ramène tous les dialectes polynésiens à un type commun et explique d’une manière satisfaisante les variations, d’ailleurs soumises à des règles constantes, qu’on remarque dans ces dialectes. Ses recherches sur cette partie de la linguistique lui ont permis, en outre, de présenter des conjectures très vraisemblables sur l’ancien état de la civilisation dans la Polynésie ». Citant, dans la préface de son travail, ses collaborateurs, Gaussin mentionnait « ses rapports avec M. de Robillard, lieutenant de vaisseau, son camarade de voyage. Nous avons eu l’occasion de lire les premiers commencements d’une grammaire polynésienne entreprise par cet officier et regrettons que cet intéressant travail n’ait point été continué, ou publié s’il est terminé ». Gaussin fut président de la Société anthropologique de Paris en 1870 et 1871. Il mourut en 1886. Voir sur lui une note biographique, signée par l’ingénieur hydrographe Ploix, dans la Revue maritime et coloniale de 1886, t. 90, p. 321-323.

GAUTHERAULT (1820-1880)

Artisan.

Né le 12 juin 1820 à Chatelneau (Haute-Marne). Arrive à Tahiti le 4 septembre 1873 par le Saint-Michel, venant de la Nouvelle-Calédonie. Reste quelque temps à Papeete, puis part pour San Francisco. Revient une seconde fois, demeure quelque temps et après un séjour à San Francisco vient s’établir définitivement comme charpentier à Papeete où il meurt le 29 août 1880.

GAUTHIER, Lucien (1875-1971)

Photographe.

Né à Paris, le 12 septembre 1875. Après deux années passées dans la banque, à San Francisco, arrive à Tahiti en 1904 et s’y installe au pied levé comme photographe. Son atelier est d’abord situé dans une case indigène, rue des Remparts. Dans la suite, il se fera construire une maison de bois, face à l’hôtel « Tiaré ». Photographe de types et de paysages, on lui doit un très grand nombre de clichés qui paraissent alors en cartes postales ou qui figurent dans les publications de l’époque. Il expose un certain nombre de photographies agrandies à Papeete en décembre 1919. Certains de ces grands panneaux sont presque des tableaux et il les utilise pour publier, en 1931, un album : Tahiti, orné d’une décoration très « modern-style » par un professeur de l’école Estienne. Après la publication de cet ouvrage, il reçut la visite d’une personne qui lui dit : « Je suis M. Matisse. J’ai vu vos photos. Elles sont vraiment bien. Elles m’ont donné l’idée d’aller à Tahiti. » — En même temps que son studio de photographies, Louis Gauthier monte un commerce de « curios ». Il envoie des nacres à Paris où il les fait graver, par des artisans, de motifs tahitiens. Il vend aussi des objets indigènes. Il s’intéressera également au commerce en gros de la nacre et de la vanille. Il quitte Tahiti en 1921, après avoir mis en vente « Magasin et atelier bien situés, une confortable maison d’habitation avec électricité, téléphone, garage pour auto, tout à l’égout. » Il rentre en France définitivement et se fixe à Neuilly-Plaisance où il meurt, cinquante ans plus tard, alerte nonagénaire conservé par le sport et la natation, le 13 mai 1971 dans une maison où il conservait depuis son retour de Tahiti les clichés pris par lui en Océanie. Voir sur lui une notice biographique dans B.S.E.O., sept. 1968.

GAYANGOS, Don Tomas († 1796)

Lieutenant-commandant dans la marine royale espagnole.

Né à Logrono (Espagne). Midshipman à Cadix en 1755. Premier lieutenant en 1772. Sert à ce titre sur l’Aguila lors de son premier voyage à Tahiti sous le commandement du capitaine Boenechea et fait, sur le même navire, un second voyage à Tahiti en 1774-1775. Remplace le capitaine après sa mort subite en 1775. Gayangos semble avoir été très populaire parmi les indigènes et les avoir traités avec tact et gentillesse. Il devint le taio de Reti, le chef d’Hitlia, qui avait déjà été le taio de Bougainville avec lequel il échange son nom. Gayangos tint son Journal dont l’original est conservé à l’Archivio General de Indias, à Séville, journal qui a été publié en anglais par Corney, Quest and occupation of Tahiti by the emissaries of Spain, t. 2, 1915, p. 103-210. — Gayangos fera une brillante carrière navale qu’il achèvera comme vice-amiral en 1794. Meurt à Cadix en 1796. Voir sur lui : F. de Paula Pavia, Galeria biografica de los generales de Marina… Madrid, 1875.

GEAY, Jean (1814)

Colon militaire.

Né en 1814 à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime). Arrive à Tahiti vers 1848 comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré du service en 1852 s’installe comme colon militaire. Se trouve en 1854 à Papeete (Taunoa), puis s’établit à Paea en 1863. — Son union en 1852 avec Anne Simonet, née le 15 avril 1835 à Vavau (îles Tonga), sœur de Me Thomas, demeura sans descendance connue.

GENDRON, Raymond (1901)

Colon.

Né à Bouère (Mayenne). Navigue de 1919 à 1928 comme boulanger à bord de différents navires des Chargeurs Réunis et des Messageries Maritimes. La ligne du Pacifique lui donne l’occasion de connaître la baie de Taiohae, Nuku Hiva, îles Marquises. Il y débarque en 1928. Y obtient alors, de l’administration, une concession qu’il agrandira dans la suite et où il fait planter en bonne terre un millier de cocotiers. Homme de droiture et estimé de tous dans l’île, Raymond Gendron est élu, en 1946, conseiller-membre de l’Assemblée territoriale. De son union, en 1932, avec une Marquisienne, Cécile Teikitohe, 1917, fille d’un remarquable catéchiste de la Mission catholique, Jacob Teikitohe, sont nés : Louis, 1933 ; Juliette, 1934 ; Rose-Marie, 1935 ; Joseph, 1936 ; Adolphe, 1938 ; Raymond, 1940.

GENEST, Paul (1928)

Photographe.

Né à Paris le 10 juin 1928. A été deux fois à Tahiti, en 1964 et 1967, travaillant principalement pour l’U.T.A. ainsi que pour l’Office du Tourisme à Tahiti. En rapporte plusieurs milliers de clichés en noir et en couleur, conservés chez lui à Paris ou archivés à l’U.T.A.

GENT, Alphonse

A la suite du complot de Lyon de 1851, fomenté contre le prince-président, est condamné le 28 août par le 2 conseil de guerre à la peine de la déportation, peine qui est commuée en celle de dix années de bannissement.

Quitte la France avec sa famille, ainsi que ses compagnons de peine Langomazino et Ode. Arrive à Valparaiso (Chili) en avril 1852, quitte ce port pour débarquer à Nuku-Hiva (îles Marquises) en juin 1852 avec ses compagnons. Gracié en 1853, repart pour la France en 1854, en passant par le Chili.

GENTIL, Henry

Fonctionnaire métropolitain et peintre.

A servi à Tahiti après la Première Guerre mondiale. A fait là-bas beaucoup de peintures et d’aquarelles. Expose à Papeete, en décembre 1919 : « Gentil se lève de bon matin pour arracher à nos vallées le secret d’un coloris… Il a surpris des silhouettes se dressant seul dans le cadre immense de notre nature bouleversée, et il les pose très simplement au bord des eaux limpides où se reflète une végétation toujours égale. » (Le Fèi, Papeete, déc. 1919, p. 6.). Épouse Marguerite Teissier, un fils : Teuria Louis.

GEOFFROY, Charles Victor (1820-1883)

Colon militaire.

Né à Épane (Marne) en 1820. Débarque à Tahiti le 4 novembre 1843 par la frégate Uranie comme artilleur à la 17 batterie du régiment d’artillerie de marine, en garnison à Papeete. Libéré de son service le 1 avril 1847 comme colon militaire. Il habite en 1856 à Taravao. Pendant de très longues années, a été blanchisseur à l’hôtel du gouverneur. Meurt à Papeete le 17 décembre 1883. — Il avait un fils Anthony, matelot sur le transport à voiles de l’État Euryale : a obtenu une médaille de 2 classe en argent, pour sa belle conduite lors du naufrage de ce transport à l’île des Pins. — Geoffroy ne semble pas avoir laissé de descendance directe.

GEORGET, Étienne, Lubin (1824-1869)

Colon et commerçant.

Né à Brou (Eure-et-Loir) le 14 mars 1824. Arrive à Papeete à la fin de 1849 comme ouvrier de 3 classe de la 6 compagnie d’ouvriers d’artillerie de marine. Libéré à Tahiti comme colon militaire le 30 janvier 1852. Colon-éléveur dans la vallée de Tipaerui, joint à cette activité celle de boucher et restaurateur. C’est lui qui, dans les années soixante est « chargé de préparer le banquet du 15 août à Papeete et les distributions de vivres faites à la population indienne. » En 1862, 65 couverts à 10 F par couvert, et 613 kilos de vivres à 1,10 F le kilog (porc sur pied). « Grâce à son activité, à son économie, à sa persévérance, se fait bientôt une position indépendante. Rond en affaires, gai de caractère, l’entrain et la joie le suivaient partout où il paraissait… » « Personne n’a frappé en vain à sa porte… aidait…, et plus encore de sa bourse que de ses conseils. » Meurt le 8 novembre 1869 à Papeete. Georget avait attiré à Tahiti, en 1862, sa sœur Zoé, 1844-1933, qui épousera successivement Paul Malardé et Ernest Tabanou; et, en 1872, son frère Théophile, 1829-1878, un veuf, qui s’installera comme tailleur à Papeete, et meurt sans descendance. De son union, en 1853, à Papeete, avec Anne Goutard, 1823-1904, une Sarthoise de Monsigné, arrivée comme gouvernante de la fille de l’ordonnateur à Tahiti le 13 juillet 1850 par la Durance sont nés : Alexandrine, 1853-…, qui épousera, le 24 juillet 1873 à Papeete, Édouard Vincent. Meurt en France sans postérité. — Célestine, 1854-1856. — Charles, 1855-1895, prend la suite des affaires de son père ; conseiller général de la ville de Papeete de 1886 à 1894, célibataire. — Zoé, 1857-1918, épouse le 6 août 1874 à Papeete, Jean Merhles. De cette union une fille, Marguerite, 1878, qui épouse le lieutenant de vaisseau Léon Monnier et va vivre en France. — Louise, 1860-1918, épouse, le 8 mars 1884, à Papeete, Émile Lévy; cinq enfants. — Eugénie, 1862, épouse, le 18 juillet 1894, à Papeete, Louis Vallier, 1859, receveur-comptable des P.T.T. ; trois enfants : Georges, Paul et Rose ; veuve, va vivre en France, à Grenoble (Isère).

GÉRARD, Bertrand (1947)

Archéologue.

Né le 11 mai 1947 à Aspet (Haute-Garonne). Maîtrise d’ethnologie. Arrive à Tahiti pour la première fois le 26 août 1970. Instituteur à Tautira, au cours de son service militaire, exécute des fouilles à Aiurua (Tautira) sous la direction de J. Garanger, puis au titre de l’ORSTOM à Mahina (Tahiti), Avera Rahi (Raiatea). Retour en France le 17 mars 1972. Revient à Tahiti comme élève ORSTOM, le 18 mai 1973.

GÉRAUD, Léon (1873-1954)

Administrateur et ingénieur colonial.

Polytechnicien, après avoir servi en Cochinchine, et en Afrique, devient directeur des finances à Madagascar. Il est nommé ensuite secrétaire général et gouverneur intérimaire à Tahiti où il séjourne de juillet 1911 à la fin de 1912. Venant de San Francisco sur le Moana, il arrive à Papeete avec la troupe cinématographique de Gaston Méliès, le frère du grand cinéaste français, qui doit filmer autour du monde et séjournera à Tahiti y enregistrant des danses et des scènes indigènes. Son séjour sera marqué par une grave épidémie de dysenterie. C’est lui qui, avec le Dr Heuche, organise à Orofara ce qui deviendra la léproserie actuelle. Mme Géraud, née Marguerite Marnier, est une artiste qui s’intéressera aux poissons de l’île dont elle peint des aquarelles. Elle réunira ainsi une collection d’études faites sur nature qui nous révèle les formes étranges et les couleurs extraordinaires que revêtent les poissons de ces mers exotiques. La conscience de ses notations lui vaudra d’être appelée à en donner certaines reproductions au Muséum d’Histoire naturelle de Paris et à l’Institut Océanographique de Monaco. Rentrée à Paris, ces aquarelles de poissons, auxquelles elle joint des fleurs et des paysages, seront plusieurs fois présentées : à la Société des artistes français, à la Nationale, à la Société des artistes coloniaux. On les voit également figurer au Musée des Colonies et aux Expositions de 1931 et de 1937. Lors de l’Exposition Coloniale, elle avait créé un diorama : « Fond de mer aux Tuamotu » qui, avec ses poissons mobiles, connut un grand succès. Mme Géraud avait eu la surprise de retrouver à Papeete quelques souvenirs de son grand-père maternel, le commandant Jules Malmanche qui, aide de camp de l’amiral Bruat, avait passé quatre ans (1844-1848) dans l’archipel au début de l’occupation française et avait perdu une jambe dans les combats de Punaauia, le 30 avril 1846. Mais la rue de Papeete, portant alors le nom de Malmanche, avait été débaptisée. Mme Géraud a écrit ses souvenirs sur son séjour à Tahiti. Ils sont restés manuscrits. Certains extraits en ont paru dans Neuilly-Saint-Jean, décembre 1951, janvier 1952, etc.

GERBAULT, Alain (1893-1941)

Ingénieur et navigateur solitaire.

Né à Laval (Mayenne), le 17 novembre 1893, d’un père breton et d’une mère vendéenne. Ingénieur des Ponts et Chaussées. Champion intercolaire de tennis (1909) et de bridge. Fait la Première Guerre mondiale dans l’aviation. Se fait connaître par la première traversée solitaire de l’Atlantique nord sur le Firecrest, petit cotre de 11 m, solide, « mais étant donné la finesse de ses formes, la hauteur de son mât, l’exiguité de ses installations et surtout son manque de défense contre la mer, aussi mal adapté que possible à la scabreuse navigation qui allait lui être imposée sur toutes les mers du globe ». Une quille profonde et lourde — elle pesait 4 tx — lui donnait une stabilité aux rappels brusques, pas faite du tout pour les gros temps. Raconte son voyage dans Seul à travers l’Atlantique (Paris, 1925). Toujours seul, et sur le même Firecrest, accomplit de 1925 à 1929, un tour du monde solitaire qui le conduira à travers l’Océanie où il entre par Panama. Passe à Mangareva du 18 septembre au 12 novembre 1925 ; aux Marquises — Hiva Oa et Nuku Hiva — du 8 décembre 1925 au 9 février 1926 où, « avec sa facilité coutumière, il a vite assimilé le dialecte marquisien et la façon de penser des Marquisiens »… Traverse les Tuamotu, Raroia et Makemo, en février, pour arriver à Tahiti le 15 mars. Séjourne deux mois à Papeete sans même penser à y saluer le gouverneur Rivet qui lui a pourtant transmis des compliments du Ministre de la Marine pour le succès de son voyage, vivant aux crochets de la Reine Marau. Passe trois semaines à Bora Bora (25 mai-12 juin 1926) avant d’aller perdre sa quille sur les coraux de Wallis et d’obliger la Cassio-pée, le stationnaire français de Tahiti, de se dérouter pour lui porter secours, août-décembre 1926. Rentre en France et arrive au Havre le 26 juillet 1929. Fait alors construire, sur ses données personnelles, un nouveau bateau, l’Alain Gerbault, qui, lancé à Sartrouville le 4 juin 1931, quitte Marseille le 28 septembre 1932 pour l’Océanie où Alain Gerbault a décidé d’aller vivre. Par Panama gagne les Marquises où il séjourne du 21 décembre 1933 au 30 avril 1934. Par les Tuamotu, gagne alors Papeete où il arrive le 4 juin 1934. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Gerbault naviguera d’île en île, d’archipel en archipel. Passe ainsi six mois, 17 octobre 1934-1 avril 1935, aux Marquises ; six autres mois à Bora Bora, décembre 1936-mai 1937 ; visitant entre temps Raivavae, Rapa, les Gambier, d’autre îles encore. La guerre toucha Gerbault à Tahiti. Il refuse de songer à aller « se battre pour une civilisation qu’il n’aime pas », du reste dégagé par son âge de toutes obligations militaires. Partisan du maréchal Pétain, opposé au recrutement des Polynésiens pour la France Libre, après quelques difficultés avec les autorités locales, il quitta les îles à la suite du ralliement de Tahiti à la France Combattante, au début de septembre 1940, « préservant son indépendance et sa liberté ». Passe trois mois aux Samoa américaines, une quinzaine de jours à Apia. Est à Tonga, en février 1941, en Papouasie au début d’août, d’où il écrit à un ami : « Je pars pour Timor, Dili ». Il y arrive, « affamé et sans ressource ». Les autorités écrivent de lui : « C’était un homme abattu, très maigre, aux cheveux tout blancs… Son aspect sordide faisait peine à voir et témoignait de son indifférence pour tous les détails de la vie civilisée… Tout en lui exprimait une immense tristesse et son déséquilibre nous impressionna profondément… Il parlait de la France avec une grande tendresse et les larmes aux yeux… » Il aurait voulu poursuivre son voyage. Des incidents de mer, par trois fois l’en empêchèrent. Il meurt d’une fièvre pernicieuse à l’hôpital le 16 décembre 1941. Son bateau fut mis sous scellés, mais fut pratiquement pillé par les Hollandais d’abord, puis par les Japonais, avant de « disparaître » totalement, probablement emmené par les Japonais. Tous les papiers, les notes et les affaires de Gerbault sont donc disparues sans retour. Son ami Jean-Paul Alaux découvrit parmi des notes conservées en France mention de son désir d’« un simple marae en pierre sur une petite pointe, avec un espace nu autour, et pour seul arbre un arbre de fer. C’est là que je désirerais être apporté s’il ne m’était pas permis de disparaître avec mon bateau ou d’être enseveli sous la mer ». Les amis de Gerbault, avec l’aide de la Marine nationale, réalisèrent son désir. Et il repose sous un petit mausolée de pierre, œuvre du sculpteur Georges Guiraud, à Bora Bora où le Dumont d’Urville, un aviso de la marine, ramena en 1946 son corps qu’il était allé chercher à Timor. En Polynésie française, Gerbault s’était beaucoup intéressé aux indigènes, étudiant l’origine de leur civilisation, recueillant légendes et généalogies, se faisant donner « carnets » et « cahiers » où les plus vieilles familles avaient relevé leurs traditions. Il prétendait en tirer quelque jour d’utiles conclusions historiques. Tout cela semble avoir été irrémédiablement perdu lors de sa disparition, à Timor. Mais s’il n’a jamais rien publié sur ces sujets, Alain Gerbault — il est plus aisé de démolir que de construire — a abondamment donné cours à ses critiques de l’administration française. Son ouvrage, Un paradis se meurt, devait s’appeler Sous la civilisation blanche sans merci, son ami P. Albaran en ayant modifié le titre pour ne pas avoir l’air d’alimenter trop directement une propagande anticolonialiste. Gerbault y proclame la faillite de l’œuvre de la France dans le Pacifique : les îles sont décimées, nous y avons imposé la loi du plus fort, la justice y est mal rendue, la médecine inefficace ; et de nous dénoncer la nourriture insuffisante, l’habitat mal conçu, les chefferies désagrégées, le port du vêtement, la mort des danses rituelles, l’absence de toute vie sportive… Le soleil et le ballon rond lui apparaissant comme les deux grands moyens de civilisation ! Ces critiques n’étaient pas faites pour lui attirer les sympathies des missions et de l’administration qui le voyaient arriver sans enthousiasme. Les indigènes eux-mêmes, malgré leur inlassable patience et leur hospitalité légendaire, commençaient à se lasser un peu de ce perpétuel pique-assiette. Les Marquisiens l’avaient surnommé haoe kaiap, le blanc mendiant, et ils rentraient manger à l’intérieur des cases du plus loin qu’ils le voyaient arriver. « Il est temps que je parte d’ici, car je commence à avoir énormément d’ennemis » écrira Gerbault en 1940. Et il rêvait de périples aux Hébrides et aux Salomon, pour y visiter les vieilles colonies polynésiennes de la Mélanésie. Aussi bien l’homme était-il « assez particulier et peu sympathique ». « Durement marqué par la vie et par la mer… maigre, musclé, quelque peu voûté, il parlait peu, paraissait absent et hermétique… dira de lui l’amiral Decoux qui lui était dévoué et l’a fort bien connu en Océanie. Sous ces dehors de misanthrope et de sauvage, il était vaniteux et suffisant. Il aimait qu’on s’occupât de lui, et faisait tout ce qu’il fallait pour soigner sa réclame personnelle. Avec une grande complaisance et des airs avantageux il narrait ses exploits à ses familiers ; pour mieux se faire comprendre, il exagérait le plus souvent et ne respectait pas toujours les limites de la vraisemblance. » Certains ont même été jusqu’à nier ses qualités d’homme de mer. « Homme de remarquable énergie et très médiocre marin » a écrit Jean Merrien à propos de son premier voyage, qui ajoute : « Gerbault n’est pas un marin, pas même un plaisancier convenable. Il sait prendre sa route au large, et n’a plus peur en mer. C’est tout. » Certes Gerbault était un marin amateur quand il quitta la France sur son Firecrest. Mais la traversée de l’Atlantique, de Gibraltar à New York n’avait jamais été faite dans ces conditions et n’aurait pas été une plaisanterie, même pour un navigateur chevronné. La vérité est qu’Alain Gerbault était tenace et qu’il trouva dans sa navigation solitaire non seulement la vie qui lui plaisait mais aussi un moyen de gagner sa vie. Il sut apprendre le métier de marin qui n’est pas tellement compliqué, mais certainement ne se passionna jamais dans l’art de faire des épissures et autres détails qui n’ont rien de bien excitant. Son bateau est le plus souvent « crasseux et mal entretenu », il y règne « un aimable désordre, assez peu marin ». En Polynésie, il s’intéressa au folklore local ; mais il ne semble pas qu’il se soit jamais passionné pour les problèmes de la navigation indigène à l’instar d’Éric de Bisschop. Disons qu’au moment où cela pouvait être le mieux rentable, après Slocum et Voss, qui ne purent en vivre, et avant Le Toumelin, Bardiaux et consorts qui sont en train de presser les dernières gouttes du citron, il choisit le rare métier de navigateur sportif qu’il fit sans passion ni désir de jouer au pionnier, cherchant seulement à être, ou à faire croire qu’il était un « recordman ». Il reste qu’avec ses défauts et ses bizarreries, Alain Gerbault demeure un type de hardi marin, qui sut donner un exemple de courage, d’audace, de générosité et d’esprit d’entreprise aux Français de sa génération. Il demeurera, entre les deux guerres mondiales qui ensanglantèrent la première moitié du XXe siècle, comme un héros pacifique et désintéressé. Le culte du soleil dont l’annuelle ruée estivale vers la Côte d’Azur est actuellement un signe évident aura trouvé en Alain Gerbault son prophète et son apologiste. Et jusque dans ses outrances il témoigne d’un idéal élevé et d’une incontestable noblesse d’âme. Car son attachement pour la Polynésie et les Polynésiens était sincère et cet attachement, actif et efficace, contribuera, pour une part importante, à entretenir vivant le mythe des îles de Beauté.

Bibliographie. Œuvres océaniennes. Récits de voyage : Alain Gerbault. A la poursuite du soleil. Journal de bord. I. de New York à Tahiti. Paris, Grasset, 1929. — Second séjour en Polynésie française. Iles de Beauté. Paris, Gallimard, 1941. Voir aussi : Mon bateau. l’Alain Gerbault. Paris, Amiot-Dumont, 1952. Gerbault a exposé ses vues sur la Polynésie française et ses critiques de la colonisation dans son ouvrage intitulé : L’Évangile du soleil, Paris, Fasquelle, 1932. Un ouvrage posthume : Un paradis se meurt, Paris, éditions Self, 1949, reprend le même réquisitoire. — Sur l’homme, voir : P. Albaran, Alain Gerbault mon ami, Paris, Fayard, 1952. — J.-P. Alaux, Alain Gerbault, marin légendaire, avec un portrait par Jacques Boullaire, Paris, 1947. — Amiral Decoux, Mes rencontres avec Alain Gerbault, dans son ouvrage : Sillages dans les mers du Sud (Paris, 1953, p. 295-307). — L. Sasportas. Alain Gerbault à Tahiti Monde colonial illustré (juin 1926). Dernières lettres de Gerbault (J.S.O., 1961, p. 48-52). — Ses œuvres ont été traduites en de nombreuses langues.

GERMAIN, Joseph (1819-1900)

Colon et propriétaire.

Né le 3 juillet 1919 à Citer (Haute-Saône). Soldat du 1er régiment d’infanterie de marine, débarque à Nuku-Hiva, le 18 juin 1842, de la corvette la Boussole. En garnison dans cette île jusqu’en février 1844. Envoyé en renfort à Tahiti, prend part au combat de Mahaena le 17 avril 1844. Libéré du service le 21 novembre 1845. Exerce quelques mois son métier de charpentier à Papeete, puis part s’installer à Papetoai (Moorea) comme colon militaire. Devient propriétaire dans ce district (Urufara). Ses plantations de vanille et d’orangers sont en grande partie détruites par l’inondation du 9 mars 1889 et le cyclone du 17. Est à peu près ruiné par ces deux calamités. Meurt à Papetoai (Moorea) le 13 février 1900. De son union, le 28 novembre 1876, à Papara, avec Félicité Mirey (sœur du Mirey de l’affaire Rorique) sont nés : Alexandrine, 1873-1933, épouse Henri Perry, en 1890 à Papetoai : trois enfants. — Éléonore, née en 1878. — Dorothée, 1880-1919, épouse à Papetoai, en 1899, Teiho Tau. — Prosper, 1882-1918, épouse en 1909, à Papetoai, Tavahine Ahuura. — Jules, 1884-1935. — Victor, 1886-1935, se marie en 1915, à Papetoai, avec Huaarii Terii. — Denis, 1887-1930, se marie en 1907, à Papetoai, avec Ahutu Peretia. — Adèle, 1890. — François, 1891-1952 se marie en 1927, à Papetoai, avec Mary Vaitaio. — Très nombreux descendants de Joseph Germain à Moorea, particulièrement à Papetoai et Paopao.

GERMAIN, Pierre (1849-1888)

Mécanicien.

Né le 8 octobre 1849 à Ruelle (Charente). Ouvrier d’artillerie de marine, de la 6e compagnie, débarque à Papeete le 3 novembre 1869. Libéré du service à Tahiti le 16 février 1873. Ouvrier à l’arsenal maritime jusqu’au 30 novembre 1879. En association avec Louis Le Caill, monte un atelier de mécanique générale et une forge, rue de la Glacière (rue F. Cassiau) à Papeete. Ouvrier très apprécié et laborieux. Meurt subitement le 13 décembre 1888 à Papeete.

GIAU, Philippe (1913)

Commerçant.

Né à Papeete, le 8 décembre 1913, d’une famille d’émigrants chinois, installée à Tahiti dans le courant du XIXe siècle. Naturalisé français en 1967. Fondateur des Établissements Sincère, maison d’importation ; de distribution, et de vente au détail. Président de l’Association Philanthropique Chinoise de Tahiti. Président et membre actif de la Société Si Ni Tong (Asile de vieillards chinois, cimetière chinois). De son mariage le 7 juin 1937, avec Suzanne Sin You Chin Foo, sont nés : Léon, 1939, diplômé de l’université de Californie, Berkeley, directeur des Établissements Sincère, marié en 1963 avec Jacqueline Siu, trois enfants. — Guillaume, 1940, ingénieur ICAM et ingénieur T.P., marié en 1968 avec Angela Tchung, quatre enfants — Hélène, 1941, mariée en 1964 avec David Toy, et résidant à San Francisco, trois enfants — Irène, 1943, docteur en médecine — Marie-Claire, 1944, mariée avec Alain Bessalem, en 1971, deux enfants — Jean-Pierre, 1945, architecte, marié en 1972 avec Monique Tching, un enfant — Catherine, 1947, licenciée en mathématiques, licenciée en physique, diplômée de l’École des langues orientales — Johnny, 1954, étudiant en direction hôtelière.

GIBBINGS, Robert John (1889-1958)

Artiste et écrivain.

Né à Cork (Irlande) le 23 mars 1889. Études à University College de Cork. Fait du dessin de manière épisodique à Londres. Participe à la Première Guerre mondiale à Salonique. Se fait remarquer après la guerre par son style très personnel. Travaille pour Harold Taylor, le fondateur de la Golden Cockerel Press, dont il dirigea les éditions de 1924 à 1933. En 1928, envoyant des gravures à un éditeur américain, il écrit : « Next time you give me a job, for God’s sake, send me to the South Seas. I’m sick of English fogs. » Houghton Mifflin l’envoie aussitôt dans le Pacifique, qu’il désirait depuis longtemps visiter. En janvier 1929 il est à Tahiti où il passera quatre mois. Il rejoint là-bas James Norman Hall. Celui-ci, après lui avoir promis un texte, trop occupé par ses livres sur la Bounty, se dégage. Et faute de pouvoir illustrer un texte, Gibbings écrit lui-même Iorana qui commence sa carrière d’artiste-écrivain. Il enseigna la typographie à l’Université de Reading de 1936 à 1942. Il repassera dix-huit mois en Océanie en 1946-1948, séjournant à nouveau deux mois à Tahiti. Over the reefs naîtra de ce séjour polynésien. Les quatre-vingt-cinq illustrations de ce livre sont d’un observateur clairvoyant des spectacles des îles. Gibbings sait enfermer dans ses vignettes une vie intense. Son dessin a la précision d’une étude de naturaliste, mais d’un savant qui sentirait la beauté des formes à travers leur sincérité. Son sens du pittoresque s’allie à une vision authentique : poissons ou bateaux, fleurs, armes ou ustensiles domestiques, tout est vrai chez Gibbings, en même temps que traduit d’une manière personnelle. Ses livres océaniens sont un enchantement pour l’œil et d’une grande valeur d’évocation. — Il vivait, en Angleterre, dans le Berkshire, où il est mort le 19 janvier 1958.

Bibliographie. Sur Gibbings, consulter : Thomas Balston, The wood-engravings of Robert Gibbings, London, 1949, 111 p., livre qui contient 118 reproductions de son œuvre. Un catalogue de son œuvre contenant plus de 1 000 reproductions a été édité par Patience Empson : The wood engravings of Robert Gibbings with some recollections by the artist (Londres, 1960). Sur la partie océanienne de l’œuvre de Gibbings voir : P. O’Reilly : Robert Gibbings, graveur anglais et illustrateur de livres océaniens (J.S.O., 1958, p. 9-21).

GIBSON, Andrew (1813-1869)

Commerçant.

D’une famille écossaise, quitte Glasgow comme mousse et arrive à Tahiti. Il y fait du commerce et possède un magasin sur le quai d’alors, près de la rue de la Petite-Pologne. Il figure — Gibson et Cie — sur l’Annuaire de 1865, comme un des huit négociants, patentés de première classe, à Papeete. Il est nommé en 1860 consul de la République du Chili à Tahiti. C’était un homme droit, généreux et populaire. Il mourut encore jeune, le 2 février 1869. « Un détachement de troupes assista à ses obsèques afin de donner une marque spéciale de l’estime à laquelle on tenait le caractère du défunt. » Le service eut lieu au Temple, et le corps transporté à Papeuriri (Mataiea). Son ami W. Dunnett s’occupera des affaires de ses enfants mineurs et Mrs Dunnett, 1825-1901, adoptera, à la tahitienne, sa fille Sarah et l’enverra faire des études à Sydney. De son union, régularisée le 11 août 1859, avec une Tahitienne, Vahinerii Moehauti Pupa, 1818-1883, sont nés : Mary, l’aînée, épouse David Burnes, commerçant, qui aide son beau-père dans ses affaires. — Hamani, Élisabeth, 1847-1914, épouse Pierre Buchin, puis, devenue veuve, en 1873, le Dr Maximilien Bonnet. — Tapuni, Élisa, 1849-1918, qui épousera successivement W. Stewart, 1826-1873, Georges Snown, puis Édouard Chery Dubourgnioux dit Butteaud. — William († 1892), épouse William GIBSON Teihotua a Tauraa, meurt assassiné en mer par les frères Rorique. L’acte porte : « Il est de notoriété publique que dans les premiers jours de janvier 1892, il a péri assassiné par des pirates qui se sont emparés de la goélette française Niuroahiti. » — Nancy († 1918) qui a quatre enfants : Helina, décédée en 1918 sans postérité ; James, 1875-1946, en 1899 subrécargue sur la Croix du Sud, épouse à Sydney une Tahitienne de la famille Scholerman de Punaauia. Nombreuse descendance ; Amélie, 1877-1918, épouse en 1899 Émile Vermeersch ; Marcelle, 1887, épouse en 1913 Alcide Faugerat. — Sarah, 1854-1930, épouse en 1873 Auguste Goupil. — Marguerite, 1856-1918, épouse Joseph Miller.

GICQUEL, Albert (le Père Élie). 1927

Religieux picpucien.

Né le 27 juillet 1927 à Caro, Malestroit (Morbihan). Profès dans la congrégation le 8 septembre 1946. Ordonné prêtre le 21 mars 1953. Arrivé à Tahiti le 12 décembre 1953. Est, en 1956, missionnaire à Tubuai, îles Australes. Nommé à Taravao en 1958 où il est chargé des émissions religieuses à la Radio. Quitte la mission en 1961.

GILBERT, Anne-Pauline (1877-1956)

Institutrice missionnaire.

Née à Oullins (Rhône), le 7 mai 1877 ; vient comme institutrice bénévole à Tahiti en 1926. Elle restera 24 ans au service de la Mission et prendra un seul congé en France en 1931. A Papeete jusqu’en 1939, elle est ensuite à Raiatea jusqu’à son départ définitif, en 1950, à l’âge de 73 ans. Elle meurt le 24 mai 1956 à Mulhouse où elle avait pris sa retraite.

GILBERT, Jean (1907-1942)

Marin et aviateur.

Né le 20 avril 1907 à Libermont (Oise). Entre à l’École navale, 1926. Enseigne de vaisseau le 5 juillet 1929. Passe à l’aéronavale, en 1932. Pilote de chasse en décembre 1933. Très sportif — il est champion de foot-ball — il se révèle rapidement un pilote plein d’allant, de sang-froid et aimant la voltige aérienne en même temps qu’un officier de jugement et de caractère. Il sera, près de deux ans, chef du service aéronautique sur l’aviso colonial Amiral Charner (1936), poste qui lui permet de découvrir Tahiti. Au 1 juin 1936, il compte 777 h de vol de jour et 33 de nuit. Après huit ans de service, il démissionne, le 6 octobre 1936, et s’installe à Tahiti, comme directeur du département d’électricité des Établissements Martin, se faisant affecter comme réserviste à la base d’aviation maritime de Tahiti où il accomplit plusieurs périodes d’entraînement volontaire à bord des CAMS de la base. Mobilisé sur place, à la déclaration de la guerre, il sera en août-septembre 1940, un des éléments les plus actifs, avec ses amis E. de Curton et Marcel Sénac, en faveur du ralliement de Tahiti à la France Libre. Homme de décisions rapides et fort dynamique, son influence personnelle sera pour beaucoup dans le regroupement des marins autour des partisans du Général de Gaulle. Et il s’affronte violemment avec le Capitaine de corvette Toussaint de Quièvrecourt commandant le Dumont d’Urville, comme avec son camarade le Lieutenant de vaisseau Lahaye, tous deux alors fidèles au Maréchal Pétain. Commande la marine à Tahiti et l’Escadrille E 8 du 2 septembre 1940 au 31 mars 1941, date à laquelle, désireux de servir son pays plus efficacement qu’à Tahiti — il est affecté en principe à une escadrille de chasse de la Royal Air Force à Ternhill — il quitte Papeete à bord du Wairuna, emmenant avec lui la quasi-totalité des mécaniciens et arrimeurs de son escadrille : douze métropolitains et dix Tahitiens. Après un voyage à Londres, il est affecté auprès de l’amiral Thierry d’Argenlieu comme commandant de la marine à Nouméa. Nommé capitaine de corvette le 10 juillet. Il deviendra officier de liaison avec les Forces Américaines du Général Patch lors de leur arrivée dans l’île en mars 1942. Il sera victime le 10 juin 1942 d’un accident d’avion : éclatement accidentel de bombes au décollage d’un vol effectué comme passager à bord d’un bombardier américain allant d’Auckland en Australie. Il est enterré au cimetière d’Auckland d’où son corps sera ramené à Tipaerui. Le général Patch, annonçant sa mort à sa femme, dira de lui : « an impeccable gentleman and an outstanding officer ». Jean Gilbert fut nommé compagnon de la Libération et reçut la Légion d’honneur à titre posthume. — Il avait épousé, en 1933, Raymonde Bognet, une fille de son département natal. Divorcé, il épouse à son arrivée à Tahiti en 1936 Simone Martin, 1910, elle-même divorcée de René Solari ; union demeurée sans postérité. — On trouverait de nombreux détails sur Jean Gilbert et la vie à Tahiti en 1938-1941, ainsi que des précisions circonstanciées sur la part prise par lui au mouvement de la France Libre, dans l’ouvrage d’E. de Curton, Tahiti 1940. Histoire du ralliement à la France Libre. Paris, 1973. — Un de ses frères, Jacques, fut médecin à Tahiti de 1939 à 1941 où il était arrivé avec l’intention d’ouvrir une clinique privée. Homme d’idées fort avancées, il sera un des inspirateurs de toutes les « outrances » du ralliement. On ne lui prêtait rien moins, à Papeete, que le désir de voir fonctionner une guillotine, alors en pièces détachées dans une reserte des T.P. ! Le Gr Brunot s’en débarrassera en l’envoyant à Port-Vila où il deviendra chirurgien à l’hôpital de 1941 à 1946. Il vit actuellement à Orléans.

GILBERT, J.-W

Missionnaire mormon.

Arrive à Tahiti le 25 juillet 1893 sur le Tropic Bird. Assiste à la Conférence de Takapoto. Rentre aux États-Unis en 1895. Revient à Tahiti le 2 octobre 1901. Au cours du raz de marée de 1903 il distilla de l’eau de mer à Hikueru et aida ainsi la population, sauvant des centaines de vies. Rentre aux États-Unis en 1903.

GILHAM, John A. (1774)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Est désigné, comme médecin, pour faire partie du premier contingent envoyé par la Société dans les mers du Sud. Quitte Londres par le Duff en août 1796. Arrive à Tahiti le 10 août 1797. Ne restera qu’un peu plus d’un an à Tahiti et regagnera l’Angleterre par le Duff qui quitta Tahiti le 4 août 1798. Cesse alors d’appartenir à la Société.

GILLET, Alexis (1846-1929)

Négociant.

Né le 1 mars 1846 à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime). Commis de la marine, débarque à Tahiti le 7 novembre 1872, de la France chérie, venant de la Réunion, où il était en service. Commis à l’hôpital militaire de Papeete. Démissionne de son emploi, et s’établit négociant à Papeete, vers 1879. Propriétaire. Meurt à Papeete, le 24 janvier 1929. — De son union, en France, le 11 octobre 1870, avec Camille Monglond sont nés : Marie-Louise, 1871. — Léopold, 1872-1914, sergent-major d’infanterie tué à l’ennemi le 26 septembre 1914, près de Craonne. — Berthe, 1877-1958, épouse Georges Guilbert fonctionnaire, le 28 mai 1898, à Papeete. Quatre enfants dont Lucien, payeur à Papeete, Madeleine et Gaston. — Jeanne, 1879, épouse le 12 juillet 1904, à Papeete, Gabriel Lambert, 1878-1937 ; quatre enfants : Marie, Camille, Henri et Alberte. — Maurice, 1883, épouse le 23 juillet 1921, à Papeete, Tefituurere a Pito.

GILLET, Auguste (1818-1853)

Colon militaire.

Né en 1818 à Arras (Pas-de-Calais). Débarque à Papeete en 1845 comme soldat du 1 régiment d’infanterie de marine, 11 compagnie, en garnison à Taravao. Libéré du service en 1849 à Tahiti, s’établit comme colon militaire à Papeete où il meurt en 1853 sans postérité.

GIMBERT, Prosper (le Père Olivier). 1855-1933

Religieux picpucien.

Né au Brignon (Haute-Loire) le 11 novembre 1855. Profès le 6 mai 1878, part au Chili où il est ordonné prêtre en 1880. En 1884, est envoyé aux îles Marquises, où il arrive le 21 décembre 1884. Après un séjour d’acclimatation à Hiva Oa et à Tahuata, est chargé en 1886 de reprendre le poste de Fatu Hiva laissé vacant par le départ du P. Emmeran Schulte aux îles Hawaii. Il y est demeuré quarante-sept ans, jusqu’à sa dernière maladie qui l’emporta, en quelques jours, à Atuana, le 16 octobre 1933. — A la fin du XX siècle, Fatu Hiva restait encore le théâtre de « terribles scènes d’ivrognerie, de désordres et de guerres intestines entre les clans » ; les meurtres n’y sont pas rares ; les tapu les plus étranges y jouent encore… « Tout ce que l’on peut dire à mes gens sur la vie future leur fait peu d’impression… Pour acquérir le ciel il suffit d’être enterré avec un porc à ses côtés ! » (17 octobre 1888). Aussi le Père Gimbert connut-il un ministère sans grandes joies apostoliques. Par ailleurs la population de l’île — où la phthisie exerce ses ravages — passera de 600 en 1886 à 400 en 1910 ! Le Père Gimbert, quinze ans durant, sera aidé dans son ministère par le Frère Florent Forgeot. L’amiral Decoux, (Sillages dans les mers du Sud, Paris, 1953, p. 373) évoque « sa haute taille de paysan de chez nous, sa belle tête grave et sereine d’évangéliste, les mèches folles de ses derniers cheveux blancs et surtout le fameux canotier de fabrication locale qui recouvrait son chef vénérable dès qu’il sortait de sa chapelle, sa démarche pesante due à l’éléphantiasis » ajoutant qu’il s’était peu à peu « intégré de façon parfaite dans le décor des Marquises ». Mgr Le Cadre, son évêque, dira de lui : « Par sa simplicité, et par son dévouement, il s’était attaché toute la population dont il a été près d’un demi-siècle le père spirituel, l’instituteur, le médecin et le conseiller. Et les habitants de Fatu Hiva étaient les chrétiens les plus instruits de tous les Marquisiens. »

GINOUX DE LA COCHE, Edmond (1811-1870)

Homme de lettres et journaliste.

D’une famille originaire de Malancène (Vaucluse). Né à Annecy le 11 juillet 1811. Fils d’un Directeur des Domaines qui achèvera sa carrière à Montpellier. Passe quelque temps dans l’administration. Puis fait du journalisme à Bayonne et à Paris, où il est correspondant au National, journal d’opposition. S’embarque au début de 1843 pour les îles Marquises sur l’Uranie qui conduit Bruat prendre son commandement en Océanie. Il n’a pas de mission officielle et part en Océanie avec le désir de « vivre avec les sauvages pour mieux les étudier ». Arrive à Nuku Hiva en 1843. Suit Bruat à Papeete en novembre, où il fonde, avec l’appui du gouvernement de la colonie, un journal hebdomadaire lithographié, l’Océanie Française, dont le premier numéro paraît le 5 mai 1844. Il en assurera la publication jusqu’au 22 juin 1845, date à laquelle le journal est arrêté sur l’ordre de Paris. Au cours de ce séjour, remplit les fonctions de Procureur du Roi et connaît quelques difficultés, car certains le considèrent comme un « mouchard » du ministère des Affaires étrangères. Quitte Papeete le 22 septembre 1845 sur la Virginie, et arrive en France en avril 1846. Présente à Guizot, alors ministre des Affaires étrangères, en juillet de la même année, un mémoire de 232 pages in-folio intitulé Îles Marquises, 1842-1846. Tahiti, 1836-1846. Histoire des événements politiques, qui lui vaut, un an plus tard, le 12 juin 1847, d’être chargé, par le ministère des Affaires étrangères, d’une mission d’exploration dans les différents archipels de l’océan Pacifique « pour y examiner la situation des missions, soit catholiques, soit protestantes et y observer les faits qui se rattachent au commerce et à la navigation ». Il lui est accordé le passage sur les navires de l’État, ses frais de voyage et une allocation de 6 000 F par an. De Ginoux quitte Bordeaux en septembre sur le Gange, et, après avoir séjourné à Valparaiso où il fait mauvaise impression sur l’amiral Le Goarant de Tromelin qui le note sévèrement, par les Marquises, sur le trois-mâts chilien Lenievez Martinez, il gagne Tahiti où il arrive le 10 septembre 1848, accompagné d’une « dame Garreau, se faisant appeler de Dombasle… artiste-peintre, attachée à son voyage, sans traitement aucun ». Huit jours plus tard, le 19 septembre, un arrêté, signé du capitaine de vaisseau Lavaud, commissaire de la République, expulsait de Ginoux de Tahiti et lui interdisait d’y revenir « comme ayant tenu depuis son arrivée à Tahiti une conduite contraire au bon ordre et à la tranquillité de la colonie ». Lavaud a en effet été outré par les manières, les critiques et les sous-entendus de de Ginoux qui semblait vouloir juger la conduite du Gouverneur, prétendait avoir à fournir sur son compte des rapports à Paris et n’avoir qu’un mot à dire pour mettre un terme immédiat à l’occupation de Tahiti par la France ! De Ginoux quitte Tahiti le 2 octobre et gagne Valparaiso d’où il inonde Paris, du Président de la République à ses amis, en passant par les journaux et les différents ministères, de lettres de protestation. Il passera près d’un an en Amérique du Sud, désargenté et dans un état voisin de la misère à attendre sa justification : réparation des avanies qui lui ont été faites et un blâme contre le Gouverneur… C’est un rappel pur et simple qui le touche, le 10 septembre 1849, et met fin à sa mission en lui enjoignant de rentrer. Par Lima, la Havane et New York, et non sans de nombreuses péripéties, il regagne la France où il arrive dans le courant de 1850. On reste surpris qu’un mégalomane de cette sorte ait pu faire impression aux Affaires étrangères au point d’en obtenir une mission d’information. Les bureaux savaient pourtant à quoi s’en tenir à son égard. La lettre dans laquelle il proteste contre l’accueil reçu à Papeete et où il se plaint de Lavaud porte cette mention : « Depuis longtemps le Ministère est édifié sur les dénonciations sans cesse renouvelées contre tout le monde par de Ginoux. » De son côté, l’amiral Le Goarant de Tromelin avait tout de suite repéré l’agitateur et noté : « C’est un homme à tout faire… Ce sera un grand républicain malgré sa petite taille, et qui aura recours à tous les moyens pour se donner quelque importance afin de sortir de sa nullité réelle. » Au coup d’État du 2 décembre, se retire à Nice, où s’exile une petite colonie de républicains. Meurt, célibataire, à Marseille, le 27 juillet 1870. Le Musée municipal de Grasse (Alpes-Maritimes) possède une collection d’objets marquisiens et océaniens ramassés par de Ginoux au cours de ses voyages, collection dont le conservateur, M. Georges Vindry, espère bien un jour ou l’autre donner la description grâce à un volumineux et prolixe « Catalogue raisonné des objets composant la collection de Ginoux », catalogue qui a été retrouvé. — Mme de Dombasle dessinait. Sa famille a conservé d’intéressants croquis concernant les Marquises et le Papeete des années 40 du siècle dernier.

Bibliographie. Tous les dictionnaires biographiques du XIX siècle ignorent le personnage. Voir sur lui une notice biographique d’inspiration familiale et sciemment « arrangée » dans F. et A. Saurel, Histoire de la ville de Malancène. Avignon, 1883, t. 2, p. 199. — On trouvera sur le personnage deux importants dossiers au ministère des Affaires étrangères : Affaires diverses, Océanie I ; le même dépôt conserve le travail autographe : Histoire des événements politiques (Mémoires et documents Océanie. Tahiti 12, F° 4 à 129). — Les archives du ministère de la France d’Outre-Mer sous le dossier Tahiti, Expulsions, conservent également quelques pièces importantes concernant le second séjour de de Ginoux à Papeete. — Voir : O’Reilly, De Ginoux, Courrier des Messageries Maritimes, mars 1964.

GIOT, Raoul (1896-1952)

Artisan et le 19 août 1896 à Noisiel (Seine).

Arrivé à Tahiti avant la Seconde Guerre mondiale. Naturiste, pour vivre, fait de la sculpture et exécute avec autant de discrétion que d’habileté, dans sa maison du cours de l’Union-Sacrée, de nombreuses « pièces » ethnographiques pour les Spitz, Nordman et autres marchands de curios de l’époque, ajoutant une importante contribution à la masse des faux en circulation. Décédé à Papeete le 26 novembre 1952.

GIRARD, Claude (1936)

Avocat.

Né à Moutonne (Jura) le 26 avril 1936. Docteur en droit et sciences économiques, épouse à Paris XV, en 1959, Denise Goupil. Arrivent à Tahiti en 1960. En stage chez Me Rudy Bambridge. Claude s’installe comme avocat à son compte en 1965 ; la même année Denise Girard, elle-même licenciée en droit et avocat est nommée au Service des terres, réorganisation d’un « Bureau des terres », créé en 1940 et tombé en sommeil. Denise Girard est également responsable, depuis 1965, d’un enseignement local du droit, qui forme des capacitaires et des étudiants de licence.

GIRAUD, Sébastien-Charles (1819-1892)

Peintre.

Né à Paris le 17 janvier 1819. Frère du célèbre pastelliste Eugène Giraud. Entre aux Beaux-Arts le 7 octobre 1835. Expose au Salon de 1839. Le 30 avril 1842 obtient son embarquement « sur la gabarre La Recherche, comme passager à ses frais à la table de l’état-major ». Ainsi part-il pour l’Océanie où il séjournera, aux Marquises et à Tahiti, de 1843 à 1847. En septembre 1846 il assiste à la prise du fort de la Fautau qui met fin à l’insurrection. Et le gouverneur joint deux croquis de Giraud, montrant la « position », à l’appui de son rapport. A son retour en France, l’artiste est fêté partout. Le Ministre de la marine veut voir ses albums. On le considère comme le peintre officiel de l’expédition et il reçoit la Légion d’honneur à vingt-huit ans ! Nombre de ses dessins sont publiés par l’Illustration comme une « vivante documentation ». Son frère l’introduit chez la princesse Mathilde où les Goncourt l’entendent parler des femmes de Tahiti. Et ce sera, peu après, l’entrée de Tahiti dans le Salon annuel de Paris, avec deux vastes et impressionnants tableaux de genre : Fausse manœuvre pour l’attaque du Fort de Fautubua et Prise du Fort de Fautubua, « deux remarquables tableaux militaires, aussi mouvementés que du Raffet et aussi chaleureux que du Decamps, intensément peints, sinon avec passion du moins avec une fougue soutenue et sans nulle grandiloquence, car l’action a été vue dans sa réalité » (Marius Ary-Leblond). Ces tableaux sont actuellement conservés au Musée du Palais de Versailles. Ils avaient figuré au Salon. Celui de 1853 verra un Souvenir de Tahiti ; celui de 1854, Fin de la guerre de Tahiti, l’Amiral Bruat étant gouverneur, toile qui figurera encore à l’Exposition de 1855. — En 1851, le gouvernement lui alloue « une somme de 600 F pour l’exécution du Portrait de la Reine Pomaré, peint à l’huile et de grandeur naturelle ». Le cadre aura droit à une allocation de 100 F. Cette œuvre est maintenant conservée à Tahiti, au Musée de la Société des Études Océaniennes. On trouve encore, signés de Giraud, des vahinés, à l’huile ; un portrait de l’illustre amiral Bruat, conservé au Musée de Versailles. On lui doit aussi de très nombreux dessins tahitiens au crayon, souvent rehaussés de gouache : paysages, scènes, personnages, qui prouvent du sérieux avec lequel il prit son rôle de peintre de l’expédition. Un certain nombre étaient conservés au Musée de la France d’Outre-Mer. Giraud participera en qualité d’artiste-dessinateur au voyage du prince Napoléon vers l’océan Glacial (1856). Il meurt à Sannois, (Seine-et-Oise), en 1892.

Bibliographie. La Biographie Nationale des Contemporains contient une notice sur S.-Ch. Giraud. — Marius-Ary-Leblond, Un peintre français à Tahiti sous Louis-Philippe : Charles Giraud (Gazette des Beaux-Arts, n° 140, mars 1937, p. 161-178, ill., port.).

GITTON, Louis (1835)

Soldat, commerçant.

Né le 5 juillet 1835 à Nantes (Loire-Inférieure). Matelot des équipages de la flotte. Fait son temps à la Nouvelle-Calédonie. Libéré du service vient se fixer à Tahiti et débarque, le 20 octobre 1860, à Papeete. En 1879, part pour les îles Tuamotu et se fixe définitivement à l’île Niau. Tout en exerçant sa profession, ou l’ayant peut-être abandonnée, il est nommé instituteur dans cette île, en 1904, par le gouverneur. Meurt dans ce groupe d’îles. De son union, le 26 juillet 1886, à Niau (Tuamotu), avec Korikori a Toa sont nés : Amélie, 1895. — Pierre, 1899.

GOAVEC, François

Escroc.

Breton. Se prétendant docteur en médecine de l’Université de Prague, se fait envoyer à Hanoï comme médecin capitaine, puis comme consul à Pankoï. Arrive à Tahiti en 1958. Après de mortelles erreurs de diagnostic est condamné en correctionnelle pour exercice illégal de la médecine en août 1959 (Sud Pacifique, août 1959).

GOBRAIT, Maadi (1909)

Infirmière.

Fille de Jack Gobrait († 1948) commerçant indien de souche anglaise, vivant à Suva, qui est venu s’installer à Tahiti en 1898 et qui, marié, y eut six enfants. Maadi est née le 7 août 1909 à Papeete. Études à Tahiti. S’en va faire ses études d’infirmière en Nouvelle-Zélande en 1930, et, ses années de formation achevées, y travaille professionnellement. En avril 1942, elle s’engage dans les Forces françaises libres, rejoint en Syrie les troupes françaises et participera avec elles aux campagnes d’Afrique du Nord et au débarquement en Europe. Elle terminera la guerre comme sous-lieutenant dans le corps du Service de Santé, après avoir reçu la croix de guerre et une citation. Rentre à Tahiti en juin 1946 et y sera tour à tour, infirmière-major à l’hôpital, puis chargée des services sociaux : délinquants juvéniles et prostituées. Retraitée en 1969, continue à s’occuper bénévolement des malades de Mamao. Déjà titulaire de la médaille de la Résistance, son dévouement et son sens patriotique lui valent de recevoir, en 1959, la Légion d’honneur. Elle est promue officier en 1966. Des articles lui ont été consacrés par la presse néo-zélandaise (Auckland weekly, Free lance) lors de son retour à Tahiti en 1946.

GODEFFROY, Gustave

Homme d’affaires et consul.

Issu d’une famille huguenote française exilée lors de la révocation de l’Édit de Nantes. G. Godeffroy fut l’âme, dans le dernier quart du XIX siècle, de la Compagnie de commerce et de navigation océanienne de Hambourg, fondée en 1877 (pour plus de détails sur les activités de la Société aux Marquises et aux îles Sous-le-Vent, voir Hart et Kellum). Godeffroy était le directeur depuis 1876 avec Sieffert, puis, après la mort de ce dernier, on nomme, le 29 mars 1877, Herman Meuel, marié à Eléona Chave dont il a une fille, Maria Sarah, 1907, et un fils, Friedrich, 1908. Godeffroy reçoit son exequatur comme consul d’Allemagne, le 28 mars 1877. Il avait épousé à Papeete Marian Brander, 1858, et aura deux filles : Sophie, 1880, et Marion, 1881. La maison Godeffroy de Hambourg jouera un rôle économique important dans le Pacifique où, dès 1855, circulent ses navires, en voyages d’explorations commerciales. Voir à ce sujet : K. Schmack, J. C. Godeffroy u. Sohn, Kaufleute zu Hamburg. Hambourg, 1938. — La maison Godeffroy ouvrira un musée à Hambourg et publiera en 1881 un album, Sudsee Typen. Anthropologischer Album des Museum Godeffroy, qui contient une vingtaine de photographies prises par Garrett.

GODFREY, Marcel

Peintre anglais.

Expose en mars 1935, au retour d’un voyage en Océanie, à la galerie Cooling, à Londres, vingt-deux toiles tahitiennes : paysages, natures mortes et fleurs.

GOLAZ, John (1891-1963)

Géomètre.

Bien que né à Reims (Marne), le 19 février 1891, John Golaz est suisse et d’une famille originaire de Plainpalais (Genève). Arrive à Makatéa, par les États-Unis en 1912, pour le compte de la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie, qui l’a engagé comme dessinateur. Travaillera un temps pour la municipalité de Papeete et pour le Gouvernement, allant faire des relevés cadastraux aux îles Tuamotu. S’engage en 1914 et subit le bombardement de Papeete. Étant suisse, est renvoyé dans ses foyers en 1917, comme sergent. Passera comme géomètre 25 ans à Makatéa. Lors de sa retraite, en 1953, s’installe pour son propre compte à Papeete comme géomètre assermenté, et vit sur une terre dont il est propriétaire à Pirae. Décédé le 29 novembre 1963. D’un premier mariage, en Suisse, est né Henri, pilote aviateur à Genève. — En secondes noces John Golaz épouse Teriivahine Ite Tano i Terai a Matahoi a Haopa, 1922. De cette union sont nés : Colette, 1925, épouse Guy Bodin, vit à Nouméa. — Jeannette, 1926, épouse Marc Ménalque, vit à Nouméa. — Hélène, 1928, veuve d’Isidore Teiti. — André, 1930. — Suzanne, 1932. — Henriette, 1934, épouse Pierre de Vals, capitaine de la Marine marchande. — Éliane, 1935, attachée à la Délégation de la Polynésie française à Paris. — Jacqueline, 1936, épouse en 1961 Ernest Keven, divorce en 1963. — Josy, 1939, épouse Amaru. — Jean, 1941, épouse Claire Mollet. — Lorraine, 1942. — Anne-Marie, 1944.

GOLTZ, Georges Henri (1826-1912)

Marin, colon et commerçant.

Né à Berlin, Allemand par la naissance, mais Polonais par l’origine familiale. Sa noble extraction semble prouvée par son excellente instruction — il parle cinq langues — et l’éducation qu’il donnait à ses enfants qui ne parlent pas à table, ni pendant que le grand-père faisait sa lecture. Quitte l’Allemagne à 18 ans pour ne pas être contraint au service militaire. La tradition marquisienne le veut « capitaine au long cours », avec un diplôme et une « médaille allemande », qui aurait été enterrée avec lui. Sert, dans le Pacifique, sur des long-courriers, naviguant entre San Francisco, Auckland et Tahiti ; puis navigue pour le compte de la maison américaine Crawford qui possédait un comptoir à Atuana, de 1888 à 1892. La date d’arrivée de Georges Goltz aux Marquises est incertaine. Lorsque R. L. Stevenson l’engage comme pilote et interprète sur son yacht le Casco, à Taiohae, en août 1888, sa femme écrit dans son journal : « Henri Goltz has been a skipper, but is at present out of work. He speaks Kanaka, and will be invaluable to Louis as an interpreter… Our mate, dit-elle, plus tard, turns out to be a Pole not a German. He is a good-looking man, and adds dignity to our following, but is rather too fond of talking and when one started, his words flow like a river. » En octobre on se quitte après la traversée des Tuamotu : « We have had a good many changes in the crew lately : first our superior mate, [Goltz] had to go because he could not withstand the temptations of port, and was continually drunk ; poor old man it was grievous to see him ! » Le fait que Goltz parlât le marquisien et ait, en 1888, une bonne connaissance des parages maritimes suppose pour lui, dès cette époque, de nombreuses années de présence dans la région. Si sa première fille est née aux États-Unis, la seconde, Florence, vit le jour à Papeete en 1865. Cependant nous ne voyons apparaître Goltz, dans les Annuaires de l’administration, qu’en 1888, il est signalé, cette année-là, comme « patron du cabotage ayant subi l’examen dans la colonie ». A partir de 1892, il figure parmi les « maîtres au cabotage ». Les mêmes années il est porté comme « capitaine faisant le commerce à bord de la Papeete (1888) ou de la Tabitienne (1890) sans avoir de magasin à terre ». Ces capitaines, explique-t-on en note, « échangent dans les îles toutes sortes de marchandises contre les produits du sol ou de la mer ». Vers la même époque, de 1885 à 1890, sa femme possède une patente de commerçants à Nuku Hiva. Veuf en 1901, il sera, le 30 août de cette même année, chargé du service de pilotage de Papeete, poste dont il sera révoqué le 26 juin suivant. Il terminera sa vie, seul dans une maisonnette, en face du magasin de sa fille Fisher à Taiohae. Il meurt le 6 mai 1912. De religion orthodoxe, il fut enterré par ses amis, un matelot protestant de Rapa lisant les prières. De son union, aux États-Unis, avec une Anglaise de Jersey, Amelia Anne Hurst, 1845-1901, dont les frères étaient mormons, sont issus : Georges, 1856-1918, capitaine de navire, né à Papeete, le 26 novembre 1856, épouse, le 3 décembre 1896, Tuheiroroarii à Aunoa, 1864-1917, à Taiohae, décédé à Papeete le 2 décembre 1918. — Gertrude Maud Victoria, 1859-1923, née à San Francisco, épouse Alex Wilhelm Fisher. — Henry, 1861, décédé à l’île Flint, quatre enfants vivant à Papeete, épouse Mabel Higgins. — Florence, 1865-1905, née à Papeete le 17 juin 1865, épouse Julien Bonno en 1881, et meurt à Taiohae le 27 novembre 1905. — Frédéric, 1871-1950 ?, charpentier, épouse Henriette Kikatini en 1914, décédé à Moorea, vers 1950, sans postérité. — Alfred, 1867-1910, charpentier, marin et cultivateur, décédé à Atuana, le 10 décembre 1910, sans postérité.

GONZALEZ, Narciso

Religieux franciscain espagnol, originaire de l’Estrémadure.

Il est choisi, en 1774, pour s’en aller avec son confrère Geronimo Clota à Tahiti dont le vice-roi du Pérou désire l’évangélisation. Malade et timoré, il ne montra que peu d’aptitude pour la tâche qui lui était confiée et regagnera le Pérou en 1775, avec son confrère Geronimo Clota. Voir à ce nom pour les détails de l’expédition et les sources bibliographiques.

GOODING, Georges Grey (1829-1883)

Charpentier de marine.

Américain, né à Portland (Oregon), le 10 octobre 1829. Entre dans les chantiers de construction navale d’un oncle, dans sa ville natale. En relations avec des baleiniers qui fréquentaient Papeete et leur ayant entendu dire qu’un charpentier de marine gagnerait aisément sa vie à Papeete, y arrive en 1853 avec sa femme. Ouvre un chantier de réparations et de constructions navales à l’angle de la rue des Écoles et du quai du Commerce, pendant que sa femme, pour s’occuper, monte un commerce rue de la Petite-Pologne. Décédé à Papeete le 5 octobre 1883. De son union avec Sarah Jane Ripley, 1834-1917, sont nés : Pranello, selon les actes d’état civil de Vianello selon l’usage familial, 1858-1922 ?, né à San Francisco, lors d’un voyage de ses parents dans cette ville. Études chez les Frères à Papeete. Entre à la maison Turner et Chapman et y demeure vingt-deux ans. En 1895, s’installe comme carrossier et, en 1900, s’associe avec la maison Maxwell & Cie. On le voit souvent agir comme interprète. Il fait partie de la loge maçonnique : l’Océanie Française, 350, où il remplit les fonctions de maître de cérémonies. Demeuré célibataire. Il meurt à Papeete après la Première Guerre mondiale. — William, 1860-1923, épouse Ahuura Afai a Mira ; un fils Albert et un fils George. — Gustave, 1862-1904, meurt en mer, à bord de la goélette Taravao, le 29 juin 1904. — Vianello ou Samuel, 1868-1911, négociant, épouse Louisa (Lovina) Chapman, 1871, en 1890 ; de cette union : Tetuanui, 1887 ; Georges, 1890 ; John, 1892 ; Charlotte, 1894 ; Dora, 1897, qui épousera Émile Martin. — Winfred, 1870-1915, bijoutier et négociant à Uturoa, épouse en 1897, à Raiatea, Marian Riddell, cinq enfants : Vianello, décédé aux îles Gambier, neuf enfants ; Murielle ; Aiden, décédé à Makatea, cinq enfants ; Orison Ripley, sans enfants ; Gustave, décédé. — Alice, 1872-1947, épouse, en 1913, Frank Homes, né en 1870 à Londres, bijoutier et négociant à Papeete. — Sarah Mathilde, 1875, épouse à Papeete, en 1893, Alphonse du Temple, 1866-1913.

GORDON, Georges Thomas

Officier de la Royal navy.

Entre dans la marine en 1818. Commissionné en 1829. Il reçoit, le 11 avril 1843, le commandement du Cormorant. Frégate à vapeur de la station du Pacifique. Son navire, ayant besoin de quelques légères réparations, il se trouve par hasard à Papeete le jour même où Pritchard, se rendant justement à son bord, est arrêté, l’après-midi du 3 mars 1844. Et c’est à lui que Mrs Pritchard confie les archives du consulat dont elle craint la confiscation par l’administration française. Gordon protestera immédiatement, tant auprès de Bruat que de d’Aubigny contre l’arrestation du Consul britannique. Et il demande sa libération sur un ton d’ailleurs très correct et fort modérément. Bruat lui répond plus sèchement que le Consul est en liberté surveillée pour de bonnes raisons, et que la présence du Cormorant à Papeete donnant quelques fondements au bruit qui court parmi les indigènes que les navires anglais sont là pour assister les insurgés, il le somme de continuer son voyage, considérant son séjour à Tahiti comme préjudiciable à la tranquillité (8 mars). Le 10, Bruat reprend son propos sous des formes plus courtoises : le départ rapide de Gordon et du Cormorant prouverait qu’il est étranger à toutes les manœuvres des Tahitiens. Après quelques autres échanges de correspondances, le Cormorant quitte Papeete le 13, emportant Pritchard et se dirigeant sur Honolulu. Gordon, pour donner satisfaction à Bruat, renonça à faire du ravitaillement à Raiatea, témoignant ainsi de son désir d’éviter tout ce qui aurait été susceptible d’envenimer l’incident. Le sens politique et la courtoisie de Gordon aidant à apaiser l’affaire déclenchée par la mesure policière du capitaine d’Aubigny.

GORLIER, Jacques (1933)

Professeur de dessin et peintre.

Études aux Beaux-Arts de Nîmes et de Marseille. Séjourne en 1960 en Nouvelle-Calédonie où il décore une chapelle catholique à Poindimié. Arrive à Tahiti en 1962 comme professeur de dessin au collège Paul-Gauguin. Présente, en août 1964, des dessins à la Galerie de Poche. — Voir : La Dépêche de Tahiti, 18 août 1964, qui donne une photo. de J. Gorlier.

GOUPIL, Albert (1876-1913)

Fils du suivant.

Collaborera avec les fondateurs des phosphates de Makatea et a, « par un labeur de trois années, contribué à rendre possible leur exploitation en passant des contrats avec environ 600 indigènes disséminés dans les différents archipels. Exécutera cette mission délicate avec un tact qui lui vaudra l’amitié des indigènes ». Participe à la campagne des îles Sous-le-Vent et en est récompensé par une médaille d’argent. Meurt accidentellement à Makatea. De son union avec Taparuhi Richmond sont nés cinq enfants : Marcelle, 1904, épouse Robin Lehartel († 1973). — Willie. — Émile, 1908, qui épouse Éliane Garnier, trois enfants, Albert, 1928 ; Denise, 1931, qui après des études secondaires à Nouméa et en France y poursuit ses études en droit et y épouse Claude Girard ; Maeva 1932, épouse Tony Oliver. — Auguste et Paul.

GOUPIL, Auguste (1847-1921)

Avocat-défenseur et colon.

Né le 23 février 1847 à Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime). Fait des études à Paris (1862) et à Londres (1864) avant de partir pour San Francisco en 1866. Passe à Tahiti en 1867 et, après un séjour aux îles Sandwich et à San Francisco, revient s’y installer pour s’y fixer définitivement en 1869. Homme fort intelligent, travailleur, rempli d’initiatives, persévérant, Auguste Goupil ne tardera pas à prendre dans la colonie une place importante. Avocat-défenseur, par arrêté du 10 mai 1873, son cabinet est un des plus cotés de la ville et il plaidera les plus grosses affaires de l’époque : il représente les intérêts de l’État français dans l’affaire des lagons des îles Tuamotu dont les mineurs de Pomaré V réclamaient la jouissance ; il défendra les Chinois de Tahiti auxquels on prétendait imposer une patente supplémentaire en tant qu’étrangers. Parlant fort bien anglais, il est aussi l’avocat attitré des maisons de commerce de la place. Homme politique, il se lance dans le journalisme et reprend, en 1887, l’Océanie Française dont il assure la rédaction, son neveu Albert (1863) en devenant le gérant. Là, sa plume féconde mène campagne pour les idées qui lui sont chères. Il réclame sans cesse « l’assimilation des Français indigènes aux Français d’origine ». Il sera un temps président du Conseil général. Homme d’affaires, il a acheté en 1873 une propriété de la famille de Georges B. Orsmond, devenue, par ses soins Outumaoro, une grande propriété de rapport de plus de 100 ha, dans le district de Punaauia. Il y fait 10 à 12 t de coprah par mois et a mis sur pied une usine qui râpe le coco et l’envoie en boîtes aux États-Unis pour la pâtisserie. C’est lui qui sera un des meilleurs conseillers juridiques d’Étienne Touze lors de la fondation de la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie. Homme fastueux, il s’est fait construire une belle demeure à Punaauia et y mène une vie de grand seigneur. Les écuries sont pleines de chevaux, le parc entretenu avec soin et rempli de statues de marbres ; les amis et les visiteurs étrangers reçus princièrement. On donne là des fêtes et des réceptions magnifiques, agrémentées d’illuminations féériques. La célébration des mariages de ses enfants ont gardé, dans le souvenir des participants, un éclat et un faste d’ancien régime. C’était un artiste né et un musicien expert. Il jouait avec brio de nombreux instruments et possédait une très belle voix. Homme généreux, il a fait construire sur une colline une école pour les enfants du village d’Outumaoro et y entretient une institutrice. Il ira jusqu’en France pour aider à la défense, à Brest, de son beau-frère William Gibson victime des frères Rorique. Gauguin trouvera auprès d’Auguste Goupil sinon un amateur de son art, du moins un compatriote secourable qui lui demandera le portrait de sa fille Vaité, un éventail et une sculpture. Homme politique, il sera un agent des plus efficaces du gouverneur de Chessé lors de la donation de Tahiti à la France en 1880. Il sera membre du Conseil d’Administration de 1878 à 1880, puis conseiller colonial de 1881 à 1885 et conseiller privé de 1887-1898. Élu conseiller général en 1899, il présidera cette assemblée de 1901 à 1903. Il sera également membre de la Chambre d’Agriculture de 1887 à 1895 et présidera un temps cet organisme. En 1916, le député Maurice Violette dans un article des Annales Coloniales intitulé « Une colonie de famille » prend violemment à partie la famille Goupil. Une campagne de presse est menée contre MM. Touze et Sigogne, ses deux gendres. Ils protestent et demandent au Gouverneur les moyens juridiques de se justifier. A. Goupil était consul du Chili, de la Suède et de la Norvège. Il mourut à Papeete le 7 juin 1921. Tous les dossiers de l’étude de Me Goupil, une importante source d’archives pour Tahiti, ont malheureusement disparu en 1962 dans l’incendie de l’étude de Me de Montluc. Auguste Goupil épousa, à Papeete, le 2 octobre 1873, Sarah Gibson 1854-1930, la fille d’un commerçant anglais de Papeete. Protestante à la foi agissante, femme d’une grande bonté, Sarah Goupil jouissait à Tahiti d’une réputation bien établie d’habile homéopathe qui lui valut quelques ennuis avec les allopathes professionnels du pays encore qu’elle n’acceptât naturellement jamais aucune rétribution directe ou indirecte. De cette union sont nés : Andrew. 1874-1875. — Albert. 1876-1913. — Aline. 1878-1924, qui épousera en 1901 le commandant Jean Billiès, 1872, et va vivre en France : deux enfants, Jeanne, 1902, et Madeleine, 1904. — Louise. 1880-1955, épouse le Dr Fernand Cassiau, 1871-1934. — Jacques. 1881-1883. — Madeleine. 1882-1962, épouse Me Sigogne. — Sarah. 1885, épouse Étienne Touze, trois enfants : Suzanne, 1908 ; Gabrielle, 1910-1913 et Denise, 1914. — Vaite, nom tahitien de Jeanne. 1887-1943, restée célibataire auprès de sa mère et illustrée par un célèbre portrait de Gauguin, actuellement au Musée d’Odrupgaard. — Daisy. 1897-1923, épouse William Ahnne, 1895, et meurt en couches à son premier enfant.

GOUPIL, Ernest-Auguste (1814-1840)

Peintre et dessinateur.

Né à Châteaudun (Eure-et-Loir) le 14 avril 1814. Élève de son parent, le peintre Louis Étienne Watelet, travaille en Auvergne, dans le Midi et en Algérie. Expose au Salon de 1835. Fait la connaissance de Dumont d’Urville qui lui annonce, le 22 avril 1837, qu’il a « entre les mains sa nomination de dessinateur de l’expédition qu’il allait commander ». Quitte Toulon avec l’expédition de l’Astrolabe et la Zélée le 7 septembre 1837, et, après avoir, durant plus de deux ans, réuni une documentation graphique considérable sur les régions visitées — elles comprennent les Marquises, les Tuamotu et Tahiti — meurt de la dysenterie à Hobart Town (Tasmanie). Sur la dalle de sa tombe le stone mason John Mitchell grava : Ici repose Ernest GOUPIL Membre du voyage autour du monde et de l’exploration du pôle austral des corvettes l’Astrolabe et la Zélée sous le Commandement de M. Dumont d’Urville mort de la dysenterie le 2 janvier 1840 à l’âge de 26 ans. Cette pierre est un témoignage de la douleur et des regrets de ses amis. Le 8 janvier 1840, le Cdr Jacquinot, de la Zélée, écrivait à la famille de Goupil « … Tous ses dessins et croquis, au nombre de plus de deux cents vous seront remis après qu’ils auront été lithographiés pour la publication de la Campagne. » L’Atlas pittoresque du voyage de Dumont d’Urville parut en 1846. Il comporte, en ce qui concerne l’Océanie française, 12 planches pour Nuku-Hiva, 11 pour les Gambier, 8 pour Tahiti, soit 31 planches. La confrontation des dessins originaux de Goupil et des planches publiées font qu’on s’étonne de voir que 19 de ces dessins sont signés de Le Breton (un jeune chirurgien de la Zélée, dessinateur-amateur auquel fut confiée la préparation de l’Atlas), 6 de Marescot (un enseigne décédé à bord, le 23 novembre 1839) et 6 seulement de Goupil. Les morts n’ont personne pour défendre leurs droits d’auteur ! — On trouvera une notice sur Goupil, rédigée par un ami anonyme, au tome VIII du Voyage au Pôle Sud et dans l’Océanie, 1845, p. 381-391.

GOURNAC, Jean (1844-1888)

Propriétaire.

Né le 16 février 1844 à Pomas (Aude). Sergent-fourrier du 2e régiment d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti le 16 janvier 1869, par la frégate Sybille. Se fait libérer du service, en 1873, à Papeete. Secrétaire de l’Ordonnateur puis agent spécial de l’Administration aux îles Tuamotu, greffier-notaire près du tribunal de Anaa. Démissionne de ces emplois en 1888, pour se fixer au district de Mataiea (Papeuriri) où il se livre à la culture. Meurt à Papeete le 22 septembre 1888. — De son union, le 4 septembre 1880 à Papeete, avec Virginie Pignon, veuve Graffe, 1853-1918, sont nés : Ernest, 1881-1906, disparu en mer dans la nuit du 7 au 8 février 1906 avec la goélette Eimeo, lors du cyclone, aux Tuamotu. — Camille. 1883-1918, se marie à Lucie Bambridge, un enfant : Georges. — Georges, 1886-1952, se marie, le 27 septembre 1919, à Papeete, avec Maraea Bunckley, 1897 : quatre enfants.

GOUTARD, Anne (1823-1903)

Commerçante.

Née en 1823 à Monsigne (Sarthe). Arrive à Tahiti le 13 juillet 1850 par le navire Durance. S’établit restaurateur à Papeete. De son union avec Étienne Lubin Goerget sont nés six enfants.

GOUWE, Adrian Hermann (1875-1965)

Peintre.

Né à Alkmaar (Hollande) le 8 mai 1875. Élève de G. Sturm de Allebé et de van der Waay à l’Académie royale des Beaux-Arts d’Amsterdam, lauréat d’un prix de Rome hollandais de peinture en 1901. Voyage trois ans en Italie, Espagne et Maroc. A 52 ans, la lecture fortuite dans un journal de Toulon d’un article consacré à Tahiti par un capitaine au long cours le décida de tenter l’aventure. Il arrive à Papeete en 1927. Fait d’abord un tour de l’île à pied en plusieurs semaines. « Il resta six mois à Pirae où la gentillesse et l’hospitalité des habitants le bouleversèrent. Voulant connaître les îles voisines il s’installa pour quelque temps à Raiatea, à l’hôtel Fontana, dont le patron, apprenant qu’il était peintre, lui dit : « Vous êtes artiste… Ici les artistes ne payent pas… ! » Il séjournera quatre ans à Tahaa avant de se fixer à Hanua, Raiatea, à une vingtaine de kilomètres d’Uturoa où il s’est construit une petite maison… Il y vit simplement, à la tahitienne. En trente et un ans de séjour dans les archipels, Gouwe n’a connu que des planches pour matelas, ce qui le fait sourire et déclarer : « J’ai autant de corne aux hanches que sous les pieds. » La première exposition de Gouwe à Papeete date de 1935. Elle lui rapportera 20 000 F : une fortune pour l’époque ! Il présentera à nouveau des toiles en 1940 à l’hôtel Stuart, en 1951 aux Tropiques, en 1956, à l’école de la mairie de Papeete. Au cours de cette exposition vend pour 450 000 F Pacifique de toiles qui sont payées de 15 à 50 000 F. Quitte Tahiti en février 1959 pour aller passer quelques mois en Europe. Est en août à Maestricht et fait une exposition en juin au Musée municipal d’Amsterdam, et à l’académie Jean Van Eyck, à Maestricht en août. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Gouwe avait envoyé cent quinze aquarelles au consul hollandais de Nouvelle-Zélande pour y être vendues au profit de la Hollande libre. Atteint de la cataracte, Gouwe fut opéré avec succès et put continuer de travailler. Homme d’une extrême simplicité de vie ; l’artiste en lui se double d’un philosophe de son art et on lui doit une présentation de l’art abstrait auquel il s’est intéressé ces dernières années. Gouwe est décédé à Tahiti le 28 décembre 1965. Son ami Franck Fay lui consacre une plaquette illustrée, Papeete, 1966.

GOUZY, Georges (1865-1926)

Délégué de Tahiti.

— Né à Toulouse le 15 décembre 1865. Avocat à la Cour d’appel de Paris, il est nommé délégué de Tahiti au Conseil supérieur des Colonies en 1901, poste qu’il occupera, plusieurs fois réélu, jusqu’à son remplacement en 1920 par Gratien Candace. Il sera à Paris vice-président du Comité de l’Océanie française. Meurt à Paris le 17 juin 1926. — On lui doit une étude sur L’archipel de Tahiti et le percement de l’isthme de Panama, 1911.

GRACIA, Mathias, (1801-1876)

Religieux picpucien.

Né le 27 septembre 1801 à Thorigné (Ille-et-Vilaine). Missionnaire aux îles Marquises de 1838 à mai 1842. Revenu à Paris en octobre 1842. Au cours de son séjour, le père Gracia réunit des notes d’une grande valeur. Il en publie quelques-unes sous le titre Lettres sur les îles Marquises ou Mémoires pour servir à l’étude religieuse, morale, politique et statistique des îles Marquises et de l’Océanie orientale, Paris, 1843. Bien qu’il n’apporte pas beaucoup de détails circonstanciés, ce livre nous présente une bonne analyse des principaux thèmes marquisiens. Une édition populaire en deux volumes parut la même année à Bruxelles. Sort de la Congrégation pour entrer chez les Dominicains en 1843. Meurt à Port d’Espagne, Trinidad, le 26 mai 1876.

GRAFFE, François (1840-1879)

Docteur en médecine.

Né le 18 juin 1840 à Marchaux (Doubs). Médecin auxiliaire de la marine, prend part à la campagne du Mexique en 1862. A son retour embarque sur la frégate à voile l’Isis qui le laisse à Tahiti en 1865. Est successivement embarqué sur les divers bâtiments de la station locale : Latouche-Tréville, Chevert, Dorade, Eurydale… jusqu’au jour où, en 1868, « séduit par la beauté du climat, par la prospérité du pays alors si florissant, il donna sa démission, le 29 juillet 1868, et s’établit pharmacien civil à Papeete ». Il sera médecin de la plantation d’Atimaono, et, lors de la faillite de la plantation, en 1877, sera nommé médecin du Gouvernement aux îles Marquises. Atteint d’une obésité précoce, victime en 1875 d’un accident de voiture qui avait déterminé une paralysie progressive, Graffe devint aux Marquises totalement aveugle et impotent. Il rentre en juillet 1878 à l’hôpital de Papeete et meurt le 15 février 1879. « Son seul défaut a été pendant toute sa vie une générosité insouciante et qui laisse aujourd’hui sans fortune une veuve et trois enfants, dont l’aîné atteint à peine sa septième année ». De son union, le 11 juin 1870 à Papeete, avec Virginie Pignon, 1853-1918, sont nés : Marcel, 1871-1918, se marie avec Unu Tauhiti a Tuteirihia, cinq enfants. — Alexandre, 1873-1948, boursier du territoire à l’École coloniale. Fait sa carrière dans le corps des administrateurs de la F.O.M., chevalier de la Légion d’honneur. Épouse, en France, Thérèse Chessé. — Louis, 1876.

GRAND, Alfred (1936)

Fonctionnaire.

Petit-fils du suivant. Né à Sainte-Amélie, le 10 avril 1936. Études chez les Frères. Passe trois années à Paris, 1963-1966, élève à l’École pratique des Hautes Études de la Sorbonne dont il est élève diplômé avec une thèse sur l’Indivision foncière à Puen et Paea. Chargé de Mission auprès du Secrétaire général. Chef du service du Plan en 1972. Prépare un 3 cycle sur Les protestants et le nationalisme à Tahiti. De son union avec Kathleen O’Brien, le 18 octobre 1958, sont nés : Cruz, 1959, Pascale, 1962, et René Heimata, 1956.

GRAND, Henri (1871-1960)

Commerçant et armateur.

Fils de Simon. Né à Arcachon (Gironde), où son père est ostréiculteur, le 31 janvier 1871. Arrive à Tahiti avec ses parents, son frère Marc et sa sœur Marthe, en juillet 1885. Travaille d’abord chez divers commerçants : Garbutt, Simonin et Raoulx. Mais, peu satisfait de ce qu’il fait, part en 1890 pour les États-Unis et le Mexique où il fait du commerce et de la prospection minière, employé à la Société française de mines de Boléo. Il revient, marié, à Tahiti en 1899. Il travaille alors chez Kurka, un Polonais qui fait bientôt faillite, puis avec M. Hopoens-tedt, directeur de la Société commerciale de l’Océanie, maison dans laquelle il est chargé du magasin de vente et de son approvisionnement. Il achète alors des terrains, principalement à Eugène Pater, dans la vallée de la Fautaua. La guerre ayant fait mettre sous séquestre les biens de la Société, après un voyage aux États-Unis en 1917, Henri Grand ouvre un magasin, d’abord seul, puis en association avec Pedro Miller; association qui deviendra les Comptoirs français d’Océanie. Cette Société obtint un bail de l’Administration sur les trois îles incultes alors, Scilly, Mopelia, Bellinghausen, dans le but d’y transporter des travailleurs et d’y planter des cocotiers. C’est au cours d’un de ces voyages que la goélette la Lutèce, achetée par la Société, fut saisie par le corsaire allemand le See Adler. Tout l’équipage français fut mis à terre et l’équipage du corsaire, qui s’était échoué à l’entrée de la passe de Mopelia, prit possession de la goélette avec tout ce qu’ils avaient pu sauver du See Adler. L’on apprit par la suite que la Lutèce, faisant route vers l’Amérique du Sud, s’était brisée dans l’île de Pâques. La Société ne toucha jamais aucune indemnité. Lors de la dissolution des Comptoirs français d’Océanie, Henri Grand devient seul propriétaire du fonds de commerce. Il y adjoindra une patente de commissionnaire, qu’il gérera lui-même jusqu’à l’âge de 85 ans, s’occupant, avec plus ou moins de succès, d’affaires de nacre. Henri Grand fut, depuis 1920, membre de la Chambre de Commerce, organisme qu’il présida de 1920 à 1930. Ces dix mêmes années, il sera conseiller privé du Gouvernement, conseiller du commerce extérieur et juge consulaire. Il fut un des fondateurs de la Croix-Rouge française en Océanie et longtemps président de cette association. A ce titre il s’occupa activement des léproseries de Reao et d’Orofara. Henri Grand mourut à Papeete, le 15 avril 1960. Il avait écrit, à l’intention de ses descendants, des notes concernant son existence assez mouvementée, notes qui sont, en particulier, remplies de détails sur la vie à Papeete autour de 1900. Il était chevalier de l’ordre du Mérite commercial. D’une première union, contractée au Mexique, avec Cruz Ontiveros, 1871-1910, sont nés : Henri, 1894, qui s’en va vivre en Amérique. — Marcos, 1895-1958, engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, cité à l’ordre du jour, comptable à Papeete, épouse en 1921 à Makemo, îles Tuamotu, J. Vachon. — Marie, 1900, épouse Maurice Miramon, décédé, et vit veuve en France, deux enfants. — Simone, 1902, veuve Pallmen, en Amérique, un enfant. — Louis, 1903-1955, meurt aux États-Unis. — René, 1905-1971, employé au Trésor à Papeete, et organisateur de la paroisse de Sainte-Thérèse, épouse Marthe Réjus, 1909, quatre enfants : Jacques (adopté), vit en Nouvelle-Calédonie ; Démicia, attachée à l’Aviation civile, épouse Marcel Jurde, deux enfants dont Démicia qui épouse Alexandre Léontieff, Alfred, et Renée, 1945, kinésithérapeute, qui épouse Gilbert Casimir, un fils : Laurent. — Félix, 1907-1955, épouse, en 1936, Taiana Vincent, quatre enfants. Henri Grand, épousera en secondes noces, en 1918, Marthe Tepori Tuihutu une « figure tahitienne », décédée en 1972. De cette union sont nés : Ernest, 1919, engagé volontaire en 1940, dans les Forces Françaises Libres, directeur de l’école de Pirae, marié, en 1940, à Emma Doom, cinq enfants. — Jean, 1920, engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres, commerçant à Nouméa, Nouvelle-Calédonie, marié, en 1945, à Croissy (Seine), cinq enfants. — Norma, 1922, épouse, en 1945, Joseph Adam, comptable, attaché à l’O.R.T.F., quatre enfants. — Stella, 1928, épouse en 1952, Pierre Mozelle.

GRAND, Marc (1865-1922)

Comptable et colon.

— Né à Arcachon (Gironde). Fils du suivant. Arrive à Tahiti avec ses parents en 1885. Comptable dans divers établissements commerciaux de Papeete. Devient propriétaire d’une belle parcelle de la terre Eugénie, à Atimaono et, vers 1893, d’une maison de maître, l’actuelle propriété de Jules Millaud. Vend son domaine en 1908 pour aller vivre en Californie. Revient à Tahiti vers 1915 et se fixe définitivement à Papeete, où il est chef comptable de la maison Raoulx. Meurt le 7 octobre 1922 à Papeete. D’une première union, le 3 février 1891, à Papeete, avec Lucie Bambridge - Cartet, 1871, sont nés : Lucie, 1900. — Auguste, 1902. — Étienne, 1906-1957 et Marthe. Tous vivent en Californie. D’une seconde union, le 1 juillet 1916 à Papeete, avec Cornélia Adams, 1895-1960, sont nés : Walter, 1917, engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres, adjudant au bataillon du Pacifique, croix de guerre, médaille militaire, membre de l’Assemblée territoriale de 1953 à 1955, puis président de cette assemblée, 1955-1956. Se marie, le 23 août 1947, à Papeete, avec Charlotte Lévy : deux enfants. — William, 1918-1973, agent de police, se marie le 6 avril 1946 à Makatea avec Élisabeth Montrose : deux enfants ; engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres au bataillon du Pacifique, blessé à Bir-Hakeim et cité. — Marcel, 1920-1949. Se trouvant aux îles Cook en 1940 et, ne pouvant rejoindre Tahiti, s’engage en 1940 dans les troupes néo-zélandaises. Fait campagne en Papouasie. Épouse Dorothy Dexter après son retour à Tahiti.

GRAND, Simon (1837-1901)

Ostréiculteur.

Né le 27 août 1837 à Marmande (Gironde). Est envoyé à Tahiti par le Sous-Secrétariat aux Colonies pour y étudier l’huître perlière dans le but de repeupler les lagons qui s’appauvrissaient. Part de Bordeaux et après quatre-vingt-quatorze jours de voyage, en passant par le cap Horn et Valparaiso, débarque à Papeete du Marseille, avec sa famille, en juillet 1885. Faute de crédits, tente des essais d’ostréiculture dans une concession maritime que lui avait octroyée l’administration locale, près de l’îlot Motu-Uta, dans la rade de Papeete. Les résultats n’ayant pas été positifs, demande au gouverneur de l’époque de continuer ses recherches à Rikitea (Mangareva), dans le lagon Teerai où il est envoyé comme agent spécial en 1887. Il publie au Journal Officiel (n° 36, 1888), une notice sur ses recherches et les résultats obtenus qui sont plutôt décevants pour lui. Après un séjour en France, il revient à Tahiti et se fixe à Papeete, dans le quartier de Taunoa où il se livre à la culture sur une propriété qu’il y a achetée. Meurt le 8 novembre 1901 à Papeete. De son union, en France, avec Marie Vachon, 1839-1925, sont nés : Henri, Marc et Marthe, qui épousera le Cdt Mongin et va s’établir en France où elle meurt.

GRANDIDIER, René (1904-1972)

Artiste peintre.

Né à Amiens (Some) le 29 janvier 1904. Études aux Beaux-Arts d’Amiens et d’Alger. Travaille d’abord comme verrier. Professeur à Toulouse en 1944 où il est membre de l’Académie des Arts. Voyage aux Antilles en 1948-1949. Arrive à Tahiti en 1952, comme professeur au collège Gauguin et s’y signale par des expositions annuelles de peinture et par l’impulsion qu’il donne au mouvement artistique local, encourageant les artistes et organisant des manifestations d’intérêt général. Quitte le territoire en septembre 1961. Décédé à Tunis le 21 août 1972.

GRANGENOIS Louis (1831-1880)

Employé de bureau.

Né le 28 novembre à Fort-de-France (Martinique). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine, débarque à Papeete le 18 septembre 1860. Libéré du service le 24 mars 1864. Écrivain auxiliaire de la marine à Papeete où il meurt le 10 janvier 1880, sans postérité.

GREEN, James Lampard (1833-1905)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 5 janvier 1833 à Mere (Wilts). Ordonné le 6 novembre 1860. Épouse Beatrix Sharp Eadie. Quitte l’Angleterre, par le John Williams, le 23 novembre 1860. Arrive à Tahaa en juin 1861, où il prend en charge le collège et, peu après, toute la mission. En 1864 visite les stations éloignées des îles Australes. En raison des troubles politiques à Tahaa, passe, 1866 et 1867 à Huahine. Nommé à Tahiti à son retour d’Angleterre en mai 1870, il travaille en collaboration avec les missionnaires protestants français. En 1872, obtient du gouvernement l’autorisation de diriger une classe de prédicants, et, cette même année, en union avec les missionnaires français, travaille à établir une union entre les différentes Églises. Il voit avec satisfaction l’établissement d’un école normale en 1874. Green s’occupera beaucoup de la diffusion de la Bible. Il fera imprimer, sous sa surveillance, une nouvelle édition de la Bible tahitienne. Elle paraît en 1884. Il en vend 4 000 exemplaires en une seule année. Quitte définitivement la mission — après deux voyages en Angleterre, 1882-1884, 1886-1889 — et passe à la Guyane anglaise. Meurt, en Angleterre, en 1905.

GRÉGOIRE, Élisa (1836-1907)

Sœur Saint-Alphonse, religieuse de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 23 décembre 1836 à Saint-Étienne (Loire). Arrive à Tahiti le 27 décembre 1863, par la frégate Sybille, venant de France. Est d’abord attachée, comme sœur hospitalière à l’hôpital militaire de Papeete, dont elle deviendra la supérieure. A la séparation, passe comme institutrice à l’école des Sœurs. Meurt à Papeete le 28 novembre 1907.

GRÉLET, William (1902-1964)

Colon et chef de district de Fatu Hiva aux îles Marquises.

Né le 10 juin 1902 à Tahuata (îles Marquises). Son père, François Grélet, 1867-1916, originaire de Lons-le-Saunier (Jura), était arrivé dans le groupe vers 1888 et s’était installé à Omoa (Fatu-Hiva). Il était passé par une école d’agriculture de la région de Nancy, avait fait de la culture en Hongrie et dans l’Ukraine russe. Émigré aux États-Unis, il était enfin arrivé aux Marquises, avec sa femme, une Suisseuse de Vevey. William fut envoyé par son père faire ses études à Papeete. Il y sera l’hôte de Georges Lagarde et suivra les cours de l’école Viénot. Puis il travaillera comme chauffeur-mécanicien dans divers ateliers de Papeete. En 1926, il retourne aux îles Marquises et s’installe à Omoa où il continue à exploiter l’héritage de son père. En même temps, homme d’autorité et conscient de la nécessité d’améliorer les conditions de vie des indigènes de la région, il lutte courageusement et avec succès contre la fabrication et l’usage des boissons locales fermentées. Pour le logement dans ses vallées, il dirige et aide la construction de maisons de type européen, propres et bien aérées, tenant à la propreté générale du village et inculquant aux habitants le sens et le goût de l’hygiène. Homme de sport — il a été le premier vainqueur du tour cycliste de Tahiti en 1922 — il en développe le goût en aménageant dès 1936 un terrain de football à Fatu Hiva, terrain sur lequel il entraîne personnellement une équipe qui ira soutenir sa réputation jusqu’à Papeete un 14 juillet. Commerçant, il provoque le développement des plantations de cocotiers, de cultures vivrières et d’arbres fruitiers, organise la cueillette rationnelle du café, et lance l’élevage. Élu président du Conseil de district en 1939, William Grélet a apporté depuis cette date son concours à l’Administration pour l’équipement social et économique de son île. S’impose à l’estime de la population par son dévouement et sa pondération. Élu membre de l’Assemblée Territoriale en 1957, réélu en 1962, il représente sa circonscription avec une admirable conscience et jouit du respect de tous ses collègues. Chevalier du Mérite agricole depuis 1950, le gouverneur Toby, en juillet 1957, venait lui remettre la Légion d’honneur, témoignant ainsi de l’estime dans laquelle il tenait ce colon et son œuvre. Venu se soigner à Papeete et voyant son mal incurable, W. Grelet voulut retourner mourir aux Marquises où trois jours après son retour il rendait le dernier soupir, à Fatu Hiva, le 1er juillet 1964. François Grélet, le père de William, avait un frère Louis qui, son service militaire terminé dans la marine française, rejoignit son frère aux Marquises et séjourna avec lui à Fatu-Hiva vers 1900-1905. Il retourna ensuite à Vevey où demeurait sa mère et s’y établit. Devenu veuf, il vient terminer son existence chez son neveu William. Lors de son premier séjour aux Marquises il avait bien connu Gauguin.

GRELOT, Fernand (1852-1904)

Capitaine au grand cabotage.

Né le 20 janvier 1852 à la Réunion. Arrive à Tahiti le 1er octobre 1879 par la goélette Mangarévienne, venant de San Francisco. Le 31 du même mois est reçu capitaine au grand cabotage. Voyage au commerce pendant quelques années dans les archipels ; puis abandonne la navigation pour remplir tour à tour les fonctions de commissaire-priseur, d’huissier audiencier des tribunaux et de commissaire de police de Papeete où il meurt le 2 février 1904. De son union, le 6 août 1884, à Papeete, avec Lydie Juventin, 1861, est né Marcel, le 29 avril 1885, à Papeete, qui bénéficie d’une bourse en 1902 pour le collège de Toulon. Quitte définitivement Tahiti avec sa mère. Fait une honorable carrière dans la marine et prend sa retraite comme capitaine de vaisseau. Vit à Toulon (Var).

GRÈS, Serge (1899-1970)

Peintre et sculpteur.

De son vrai nom Serge Czerefkow. Né le 27 avril 1899 à Kieff (Russie). Études à l’école des Beaux-Arts de Kieff. Étudiant en philosophie à l’Université de Varsovie (Pologne) où il expose deux fois. Vient en 1924 à Paris, où il présente ses œuvres dans des galeries privées en 1926, 1927, 1931, en même temps qu’il expose au Salon d’Automne. Publie en 1925 : Les écrivains chez eux : et édite, à partir de 1928, des estampes en couleur qui sont signées Grès, pseudonyme qu’il conservera. Quitte Paris pour Tahiti en février 1932. Réside depuis lors en Polynésie française, avec d’assez nombreux retours en Europe ou aux États-Unis pour des Expositions de peintures tahitiennes. — Los Angeles, 1933 ; Paris, Galerie Charpentier, octobre 1934 ; Londres, New Burlington Gallery, juin 1935 ; Paris, Drouant David, 1947 ; Nouméa ; Port-Vila… En 1946, organise à Papeete, dans le jardin du Musée, à Mamao, un atelier de jeunes artistes locaux. Depuis 1950, Grès sculpte, et un buste de Tahitienne, signé de lui, figurait au Musée de la France d’Outre-Mer. Grès s’est consacré aux figures et aux paysages d’Océanie. Il a peint des compositions, des nus, des scènes locales. Artiste sincère et personnel, c’est un des plus goûtés parmi les peintres tahitiens vivants. La critique a toujours accueilli Grès avec sympathie. Après sa première exposition parisienne, le critique d’art André Salmon écrivait dans Gringoire, après avoir signalé « la puissance d’observation de l’artiste » : « Ses toiles, figures et paysages, disent le plaisir, la joie de vivre sous un climat de son choix, au centre d’un monde désiré, et c’est là quelque chose de bien plus important, donc de bien plus favorable que l’exotisme [de Gauguin]. » Lors de l’exposition de la New Burlington Gallery, à Londres, le critique du Scotsman (June 24, 1935) venu à l’exposition sans enthousiasme se déclare charmé de la vision si personnelle de l’artiste : « His paintings are fascinating things. Grès painted them with uncommon skill. » A Paris, en 1947, le président Albert Sarraut, grand amateur de peinture, déclara : « Les œuvres de Grès ont une exactitude psychologique remarquable, elles sont le morne reflet des races qui s’éteignent » (Intransigeant, 11 juin 1947). Un autre critique, parlant des paysages de Grès « remarquables de couleur et de poésie », y discernait « des qualités de lumière étonnantes ». Grès expose à Tahiti, en mai 1964, 26 œuvres sur le thème de l’âme tahitienne. Il meurt à l’hôpital de Papeete le 22 septembre 1970. — Ajoutons que c’est Grès qui, en 1937, voyageant avec le Dr Marcel Pottier sur la Ville de Strasbourg, orienta et précisa la vocation picturale de ce médecin en rupture d’hôpital.

GREY, Zane (1872-1939)

Écrivain et voyageur.

Né à Zanesville (U.S.A.) le 31 janvier 1872. Dentiste de formation. Commence sa carrière d’écrivain en 1904. Il signera plus de cinquante romans d’aventure dont le tirage total dépassera 15 millions d’exemplaires. Il sera un des top best sellers des années 30 de notre siècle. Il écrira beaucoup de westerns traitant de l’installation du chemin de fer transcontinental, de la construction de la ligne télégraphique, des « dernier » indiens, d’aventures dans les déserts de la Californie et de la guerre civile, son chef d’œuvre étant Riders of the Purple Sage (1912), une épopée sur l’Utah et les Mormons en 1871. Grâce à cette littérature alimentaire, popularisée encore par de nombreux films, Zane Grey peut circuler à travers le monde poussé par son hobby : la pêche sous toutes ses formes en rivière et sur mer. Il possède un yacht the Fisherman, un trois mâts barque merveilleusement équipé pour la pêche et dont une salle contient un extraordinaire arsenal des engins de pêche découverts par l’ingéniosité des hommes et fabriqués par les plus habiles experts de l’un et l’autre monde. Il y a là une collection d’instruments qui permettent de faire face à toutes les éventualités : cannes de toutes provenances et de toutes matières, du bambou au métal, en passant par les bois injectés de matières plastiques, moulinets à tambours tournants ou fixes, certains d’entre eux pèsent sept livres et peuvent libérer quatre cent mètres de ligne ! leurres convenant aux appétits les plus précis et d’exécution fort habile, hameçons de tous acabits adaptés aux gosiers et aux bouches les plus délicates, montures pour appâts vivants, lignes sans défauts… Après avoir écrit sur la pêche en Australie, An American angler in Australia, (New York, 1926), et séjourné plusieurs fois en Nouvelle-Zélande, Anglers Eldorado (New York, 1926), pays qu’il exaltera comme l’Eldorado des pêcheurs, Zane Grey arrive à Tahiti le 30 mars 1928. Ce n’est pas la première fois qu’il visite l’île, mais cette fois il y arrive non en touriste, mais comme pêcheur. Il est venu rejoindre son Fisherman avec son fils Romer, des amis américains et néo-zélandais et le capitaine Laurie Mitchell, grand pêcheur lui aussi. Tous partagent la même passion. Pour avoir la paix, Grey qui a en horreur Papeete et sa vie sophistiquée, installe un camp, Flower Point, au bord de la mer dans le district de Vairao. Un appontement y est construit. Par gros temps, le yacht peut venir se réfugier dans la baie de Port Phaéton. On monte là huit bungalows amenés des États-Unis, une salle à manger, et on installe l’électricité. Grey résidera sur le plateau dans un faré qu’il s’est fait édifier. Plusieurs petites embarcations à moteur, Loren G., Sky blue, Golden Fleece, Flying Fish, servent pour la pêche proprement dite. A Tahiti, Grey commence par s’informer auprès des pêcheurs de l’île, de ceux des îles Sous-le-Vent et des Tuamotu, de leurs conditions de travail, des espèces rencontrées, des méthodes utilisées et, après avoir constaté l’extrême intérêt pris par les indigènes aux affaires concernant la pêche, leur esprit d’observation, comme de la difficulté d’obtenir d’eux une documentation objective et certaine, il se met à l’ouvrage. Trois saisons, en 1928, 1929 et 1930, Zane Grey et ses amis poursuivront leurs expériences et leurs recherches dans les eaux de la Polynésie française, poussant jusqu’aux Tuamotu. Zane Grey a raconté dans un gros livre plein d’intérêt, Tales of Tahitian waters (Londres, 1931) ses campagnes de pêche. Les spécialistes y trouveront tous les détails techniques concernant les différentes espèces de poissons rencontrées et les méthodes de capture. Le lecteur moyen, lui, sera particulièrement séduit par le récit de cette quête passionnante et difficile — Zane parle de semaines sans rien rencontrer ! — et la description des péripéties auxquelles il nous fait participer en nous initiant aux émotions de la pêche, à ses difficultés et à ses joies. Les pages de Grey nous dépeignent les réactions des prises une fois ferrées, leurs plongeons, leurs sauts prodigieux, leurs tentatives parfois réussies de défense pour briser la ligne qui les capture sont parmi les meilleures inspirées par des spectacles tahitiens. Les nombreuses illustrations de son ouvrage nous permettent d’ailleurs de voir la diversité et l’importance de ses captures et la variété de la faune sous-marine des parages tahitiens. Grey est fier de nous présenter ses tableaux assez glorieux dont plusieurs furent à l’époque — et le sont peut-être demeurés — des records mondiaux. Un poisson ailé, sail fish, de 163 livres capturé à Raiatéa ; un espadon de 464 livres. Enfin, un merlin zébré de 1 040 livres… Entre temps Grey voit ses amis, Alister Mac Donald, Norman Hall, les Guild organise des pêches avec ses amis les pêcheurs de Bora Bora et prend de remarquables photographies qui témoignent son amour de la mer. Grey reviendra plusieurs fois à Tahiti où il était encore un an avant son décès, le 23 octobre 1939. Il avait vendu son Fisherman au Père Rougier qui l’utilisera après l’avoir baptisé Maréchal Foch. Une certaine passerelle du Fisherman existe encore au « Blue Lagoon ». Comme il avait appris aux Néosélandais à profiter des immenses possibilités des eaux locales, Zane Grey peut être considéré comme l’initiateur de la pêche sportive à Tahiti. Et tous ceux qui aujourd’hui sont des passionnés de la grosse pêche, les N. Rutgers, les D. Cane, les Fourcade les Jacquier, le reconnaissent comme le précurseur et le maître. Et trente-cinq ans après son passage, les gens du district de Vairao vous parlent encore avec admiration et reconnaissance de « Dari » et de ses amis.

Bibliographie. Outre les ouvrages cités, on consultera une œuvre posthume : Zane Grey’s adventures in fishing, New York, 1953.

GRIMALD, Aimé (1903)

Gouverneur de la France d’Outre-Mer.

Né le 31 mars 1903 à Villefranche-sur-Saône (Rhône). Breveté de l’École Coloniale. Après avoir été, trois années durant, 1956-1959, Haut Commissaire de la France en Nouvelle-Calédonie, est nommé Gouverneur de la Polynésie française par décret du 25 novembre 1960. Arrive le 12 décembre 1960 à Tahiti où il prend la succession du Gouverneur Sicaud. Quitte la Polynésie le 8 janvier 1965. Durant ces quatre années, il eut à connaître des situations et des problèmes fort délicats, la Polynésie se trouvant entrer, à partir de 1960, dans une « ère nouvelle » avec la réalisation de l’aérodrome international de Tahiti-Faaa, et en 1963, l’installation du Centre d’Expérimentations du Pacifique. Malgré les divisions politiques de l’opinion polynésienne, le Gr Grimald sut par ses tournées dans les archipels, par ses contacts avec les élus et les populations, créer une ambiance de confiance, de travail et de renouveau. Des majorités substantielles aux divers « référendums » nationaux, une longue période de calme social et politique facilitèrent une somme d’initiatives et de réalisations qui ont engagé l’avenir du Territoire pour une longue période. En ce qui concerne le tourisme : protection de la propriété tahitienne contre l’accaparement des meilleures terres à vocation hôtelière par des spéculateurs étrangers ; lancement de l’industrie touristique grâce aux encouragements assurés aux investissements en peu de temps 500 chambres étaient offertes aux touristes dont le nombre atteignit rapidement 15 000 par an ; construction d’un centre d’apprentissage hôtelier et d’une Maison du Tourisme ; projet d’équipement touristique de bord de mer. Dans le domaine de l’enseignement : structuration rationnelle de l’Instruction publique avec la création d’une inspection d’Académie, des services de la Jeunesse et des Sports, de l’Hygiène, de cinq circonscriptions d’Inspection primaire ; la construction du Collège d’enseignement d’Uturoa et le début des travaux des Collèges d’enseignement général de Taravao, des Australes et des Marquises. En faveur des sports : extension au Territoire de la loi-programme de développement des équipements sportifs et de jeunesse ; élaboration d’un programme de travaux de 100 millions CFP à réaliser en cinq années. Pour la santé publique : augmentation des effectifs du corps médical ; création des services d’hygiène dentaire et de lutte contre la tuberculose ; construction de formations sanitaires modernes aux Marquises, aux Australes, à Huahine, d’une école d’infirmiers et d’un centre médico-scolaire à Papeete ; aboutissement du projet du nouvel hôpital général à Mamao. En ce qui concerne l’équipement général du Territoire : installation en Polynésie de la Société d’équipement de Tahiti et des îles (SETIL) ; lancement, en 1963, de l’idée de moderniser le port de Papeete ; création des fonds routier et d’équipement hydraulique ; mise au point du projet d’installation de la télévision à Tahiti. Dans l’ordre des activités économiques : institution de primes au baguage, à la régénération et à l’extension de la cocoteraie, à la plantation de caféiers et de poivriers ; relèvement en 1962 et en 1965 du prix d’achat du coprah au producteur ; développement des cultures maraîchères aux Australes, aux Gambier et aux îles Sous-le-Vent ; multiplication des prêts agricoles du Crédit de l’Océanie ; réussite d’une entreprise expérimentale de periculture ; installation d’un frigorifique à Papeete. L’organisation administrative est l’objet d’importantes initiatives : construction à Papeete du bâtiment du Conseil de Gouvernement ; création du Service des Terres et du Port autonome de Papeete ; équipement des Circonscriptions en goélettes administratives neuves pour faciliter les tournées des services ; nomination d’originaires du territoire à plusieurs postes de chefs de service ; multiplication des stages de formation en France des fonctionnaires des cadres locaux. Pour l’assistance sociale : développement des prêts à la construction par le Crédit de l’Océanie ; réalisation des lotissements d’habitat économique de Hamuta, Faaa et Pamatai ; construction de la Maison du Combattant. Enfin, dans le domaine de l’aide de la Métropole : aide au budget local considérablement accrue par des subventions d’équilibre dans les années difficiles et par la prise en charge par le budget de l’État du service du Tourisme, du déficit de l’Office des Postes et Télécommunications, de la rémunération des fonctionnaires métropolitains servant dans les services territoriaux, de tout l’enseignement secondaire et technique. En ce qui concerne le C.E.P., A. Grimald eut à définir, en 1963, avec les autorités métropolitaines les règles générales de cette installation : il fut entendu que l’opération nationale à laquelle la Polynésie était partie devait être bénéfique pour le territoire, éviter de porter atteinte à sa fragile économie et aux perspectives du tourisme, faire appel au maximum à la main-d’œuvre locale et aux activités industrielles, commerciales et agricoles par des travaux et achats, ouvrir à la jeunesse des possibilités de formation professionnelle et des débouchés techniques, apporter des concours à certaines grandes réalisations telles que, le port de Papeete, l’aérodrome de Hao, les adductions d’eau… etc., et ne comporter aucun risque pour les populations. Publie en 1970, à compte d’auteur, sous le titre Lumières sur Tahiti, un très bel ouvrage, magnifiquement illustré sur Tahiti où il résume, en gouverneur, ses vues sur la Polynésie française.

GROJANT, Raymond (1908-1973)

Charpentier de marine et mécanicien.

Né à Paris, XIVe, le 2 septembre 1908. Arrive jeune en Polynésie avec ses parents. Las de leurs médiocres conditions d’existence, Aimé Grojant († 1958), son père, et Raymond Couture († 1967), deux habiles ouvriers tourneurs mettent un jour le doigt au hasard sur une mappemonde en disant « On va aller s’installer là ! » Grojant est marié, Couture célibataire ; et les voici qui débarquent à Tahiti. Telle est au moins la légende à leur sujet. D’autres assurent qu’ils arrivèrent plus prosaïquement comme colons avec des avantages administratifs offerts à une main-d’œuvre qualifiée. Quoi qu’il en soit, on s’installe à Raiatea. Quelques années plus tard, on y avait fait son trou. On construit des navires et on dépanne tous les moteurs de la région. Ce faisant, on construit une maison, à Pufau, à quelque dix kilomètres d’Uturoa, sur une colline qui domine la mer. Curieuse installation qui est celle d’industrieux passionnés de mécanique. Une conduite forcée et une turbine commencent par fournir force et lumière à l’atelier et à la résidence. L’électricité et le téléphone sont partout. De vastes baies coulissantes sont commandées par des petits moteurs. Un petit funiculaire, le « chariot », permet de grimper à Pufau qui est bien à plus de 80 mètres au-dessus du niveau de la mer. La maison était en outre, construite avec un certain sens du confort, son mobilier réalisé dans des bois du pays, sur les murs des toiles de Gouve et Morillot (c’est Grojant qui entretenait les moteurs des pinasses du peintre) et de la terrasse, on prenait une jolie vue sur Tahaa, et dans le lointain sur Bora Bora et Maupiti. « L’ingéniosité et le labeur de ces deux hommes me semble unique en Polynésie » disait un visiteur surpris après avoir été introduit dans la maison ; mais cette faveur était rare. Les Grojant étaient des « sauvages » qui recevaient volontiers les amis pour l’apéritif ou le café de quatre heures, mais répondaient « par le téléphone » aux curieux importuns : « On ne visite pas ! » ou « Il n’y a personne ! » Telle était la demeure où vivra Raymond Grojant. Il était allé faire son service en France au Bataillon de Joinville, car il était sportif puis avait appris le métier de tourneur fraiseur en accomplissant des stages dans des usines d’aviation. Rentré à Tahiti, il vient vivre avec ses parents et travailla, avant de le diriger, dans l’atelier de constructions marines qui mettra à l’eau toute la série des Maori qui feront longtemps le service des îles Sovs-le-Vent et de nombreuses embarcations et hors-bord. Raymond Grojant est décédé à Papeete le 10 février 1973. Il avait épousé Raymonde Gérard, fille du directeur de l’imprimerie du Gouvernement, et, divorcé, refit sa vie avec Georgina Hart († 1957), divorcée de Robert Mollon, dont il eut trois enfants : Raymond, 1936, Andrée, 1939, qui épouse en 1969 Jeanot Vehia a Tai Tehahe, dit Nano et Sonia, 1946. Puis il épousa Anne-Marie Morillot. Après sa mort, Pufau fut louée à Walter Johnson, Américain résident depuis de longues années à Tahiti qui en prendra soin, et lui évitera peut-être le sort dérisoire, échu à tant de réalisations tahitiennes.

GROS, Henri (1861- ?)

Médecin militaire.

Né le 4 février 1861 dans l’Aisne. Entre au service en 1884. Médecin-major du Volage, stationné à Tahiti, du 1 octobre au 8 août 1891. Soignant les indigènes avec le plus grand dévouement, il est fort apprécié. Il saisit, en outre, toutes les occasions d’études qui se présentent et rédige pour les Archives navales des notes sur les observations intéressantes qu’il est appelé à faire. Son navire fera naufrage et sera avarié à Marokau en 1891. Gros y perd sa caisse de chirurgie. Démissionnaire en 1892, il est rayé des cadres en 1922.

GROUARD, Benjamin-F. († 1854)

Marin, puis missionnaire mormon.

Soixante-dix-septième. Il quitte à 14 ans la maison paternelle et sillonne le monde sur des navires américains. Il est dit : « Able seaman and skilled mechanic », cette dernière qualification lui étant méritée par son passage sur des chantiers de constructions navales à l’époque des premiers navires en acier. Deux ans après s’être converti au mormonisme, il quitte les États-Unis avec la première équipe des missionnaires de cette dénomination qui, dirigée par Noah Rogers (voir à ce nom) s’embarque sur le baleinier Timoleon pour les mers du Sud. Arrive à Tahiti le 15 mai 1844. Installé à Papeete, il commence d’abord, en marin, de s’intéresser aux hommes des équipages qui séjournent sur rade. C’est ainsi qu’il convertit et baptise Seth Lincoln, un des passagers du baleinier Timoleon, dont il fera le premier pasteur de Tarona. Va passer la Noël de 1844 à Tubuai, avec son confrère Pratt, et revient à Tahiti, en février suivant, ayant décidé d’aller travailler dans les îles où les Anglais de la Société Missionnaire de Londres ne sont pas encore re installés. Grouard part ainsi pour Anaa où il parvient le 1 mai 1845. Il se présente comme Américain et s’installe dans le district de Matahoa. L’île a d’ailleurs déjà été touchée par les protestants qui y comptent une centaine de baptisés. Trois semaines après son arrivée, Grouard commence lui-même de baptiser. Son rite, par immersion, connaît un grand succès. En septembre, il a déjà baptisé 620 personnes et l’Église d’Anaa comprend 5 branches et 17 officiers. Devant ce succès, Grouard va demander à Pratt de venir l’aider, et il revient avec lui le 3 février 1846. Il fait ensuite un tour dans les Tuamotu, se jugeant des vertus de pionnier. Sur une pirogue paumotu, il visite une dizaine d’îles, du 5 juin au 18 septembre, baptisant 116 personnes, ce qui peut en effet être considéré comme un record. Le 24 septembre, à la Conférence — la première de tout le Pacifique — qui se tient à Anaa, l’Église mormon compte 10 branches et 866 baptisés. Ne recevant pas de réponse aux lettres qu’il écrit à sa femme, Grouard se pense abandonné et, en avril 1845, il épouse Tearo, un jeune membre de l’Église d’Anaa : « The prettiest girl on the Island… a rough stone… of the choicest marble… whose form is genteel. » Pendant les trois ans que dure l’absence de Pratt aux États-Unis, Grouard partage son temps entre Tahiti et Tubuai. Comprendant toute l’importance de bonnes communications pour la marche de la mission et utilisant ses connaissances de charpentier de marine, Grouard, en compagnie de Hill, construit à Tahiti le Anaura, grande baleinière pontée. A Tubuai, il met en chantier le Messenger, puis le Ravaai, le pêcheur, un navire de 80 tonneaux contenant une cabine de douze double lits, navire qui sera construit en copropriété par les missionnaires et les indigènes. Le Ravaai est lancé et baptisé en grande pompe, en avril 1851. Il sera utilisé pour le transport des missionnaires et le commerce des produits locaux en faveur des indigènes. Grouard devient le capitaine du navire. Comme Pratt et pour les mêmes raisons, Grouard, après huit ans passés en Océanie, sentit son isolement et l’abandon dans lequel l’avait laissé les Mormons des États-Unis. Il vendit ses intérêts sur la Ravaai, et avec les $ 400 qu’il en tira, régla les frais de son retour et celui de la famille Pratt au pays natal. Il quitte Papeete, sur le Callao, en juillet 1852, laissant le converti John Hawkins en charge de la mission des Tuamotu. Celle-ci, sans direction, connaîtra bientôt des troubles graves. A Anaa, en 1852, lors de l’arrivée de missionnaires catholiques sous la direction du Père Montiton, les indigènes créeront des difficultés à l’administration française en hissant le drapeau américain, en massacrant le gendarme Viry, et en molestant les Français dont la mission est pillée. Les mormons d’Anaa n’avaient que trop bien compris la parole de Grouard : « Les balles ne touchent pas les élus ! » Celui-ci meurt en Californie, en 1854. Les indigènes des îles prononçaient son nom Turuati. De son union avec Tearo, Grouard eut un fils, Ephraïm, qui sera adopté par Mrs Pratt, la femme du missionnaire mormon. Ce garçon entre dans l’armée américaine où il fit une brillante carrière comme éclaireur. Deux fois capturé par les Indiens, sa pigmentation colorée lui sauva la vie. — Grouard laissa un journal, qui s’arrête à l’époque où son collègue Pratt regagna les États-Unis et dont les dernières pages sont surtout un appel à l’aide. — Sur les origines de la mission mormon voir S.G. Ellsworth, Zion in Paradise : early mormons in the South Seas, Utah, 1959.

GUÉDÈS, Auguste (1871)

Gouverneur des colonies.

Né le 3 août 1871 à Toulon (Var). Diplômé de l’École des interprètes de Madagascar. Nommé commis-interprète le 1 janvier 1891, administrateur le 1 janvier 1898, il fait carrière dans cette colonie jusqu’en 1920. Il s’acquitte brillamment de ses diverses fonctions et de plusieurs missions politiques. Le décret du 1 novembre 1920 lui attribue le gouvernement des Établissements Français d’Océanie. Il sera moins heureux dans ce poste qu’il n’occupera que quelques mois et qui brisera prématurément sa carrière. Il semble n’avoir pas été suffisamment averti de la situation de la colonie où il arrive le 10 avril 1921. Après quelques années de prospérité, celle-ci commence à subir les effets de la crise économique mondiale qui entraîne une baisse de ses produits locaux. L’augmentation du nombre de fonctionnaires obère le budget et mécontente la population qui se refuse à de nouveaux impôts. Son projet d’impôt sur le chiffre d’affaires, quoique rapidement abandonné, provoque la création d’un Comité de défense des intérêts politiques et économiques de la colonie, formé par Deflesselle, directeur du journal l’Écho de Tahiti. Le 31 août 1921, une délégation, suivie d’une partie de la population, va présenter au gouverneur une liste de revendications, basées sur la réduction du nombre des fonctionnaires et de leurs indemnités. Soit crainte, soit désir d’apaiser les esprits, il accueille favorablement les manifestants. Les jours suivants, obéissant aux injonctions du Comité, il prend une série d’arrêtés portant suppression de cadres et d’indemnités. Les fonctionnaires, exaspérés, protestent auprès du Ministre. Le secrétaire général Thaly adresse à celui-ci une note dans laquelle il blâme violemment l’attitude du gouverneur qu’il attribue à une déficience mentale due à certains excès, souligne l’effet déplorable de cette carence d’autorité et la nécessité d’y remédier. Cette lettre provoque le rappel d’urgence de Guédès qui quitte la colonie le 9 novembre 1921. En fait, abandonné assez lâchement par ses subalternes, il semble avoir été débordé par les événements. Les commerçants, dont il favorisait les intérêts, prennent son parti. Cependant, à la suite d’un rapport de l’inspecteur Revel, qui reprend et développe les accusations de Thaly, il est mis à la retraite d’office le 9 mai 1922. Il refuse le poste de trésorier de Saint-Pierre et se retire à Madagascar. Il demandera vainement l’honorariat de son grade en 1924. Il était officier de la Légion d’honneur.

GUESDON, G. (1921)

Juge.

Né le 7 avril 1921 à Paris. Études de droit. Magistrat à Tahiti de 1947 à 1953, puis de 1955 à 1956. Travaille à sa thèse de doctorat en droit, consacrée au protectorat français à Tahiti ; sous le titre : Le royaume protégé des îles de la Société, cette thèse sera soutenue devant la faculté de droit de Caen, le 13 février 1960. Au mois d’octobre 1956 occupe un poste dans la magistrature aux Nouvelles-Hébrides.

GUILBERT, Georges (1871-1923)

Fonctionnaire.

Arrive à Tahiti en 1897 comme commis des secrétariats généraux des colonies. S’y marie et reste en poste dans l’île jusqu’en 1914. Continue alors sa carrière comme administrateur des colonies à Djibouti et en Syrie (Beyrouth et Damas). Meurt subitement en 1923 à Paris, au moment d’aller prendre un poste à Dakar. De son union avec Berthe Gillet, le 28 mai 1898, sont nés : Alice, 1899, épouse Raymond Bergada. Lucien, 1902, inspecteur central des Trésoreries d’Outre-Mer, chevalier de la Légion d’honneur, vit retraité à Afaahiti. Madeleine, 1906, épouse Preston Moore. Gaston, 1907, agent de Chrysler à Papeete.

GUILCHER, André (1913)

Professeur à la Sorbonne.

Né le 19 mai 1913 à Brest (Finistère). Agrégé de géographie et docteur lettres. Titulaire depuis 1957 de la chaire d’hydrologie marine et fluviale à la Faculté des lettres de Paris. Dirige en juillet et août 1963 une expédition organisée par le C.N.R.S. sur l’atoll de Mopelia et à Bora Bora. Il est accompagné de Léopold Berthois, de l’école agronomique de Rennes, de François Doumenge, professeur à l’Université de Montpellier et de René Arnold, zoologiste et photographe sous-marin. Ces chercheurs travaillent à bord de la Coral-line, vedette sardinière de 15 t transformée en bateau de recherche et qui, après avoir servi à la mission Singer-Polignac en Calédonie, a été affectée à cette mission. Les buts de cette expédition étaient l’étude géo-morphologique des récifs, l’échantillonnage de sédiments du fond, l’étude des propriétés de l’eau du lagon et l’étude de la flore et de la végétation terrestre des îles de Mopelia. Aucune étude systématique des plantes terrestres, aucune description de la végétation n’avaient été faites jusqu’à ce jour dans ces îles. A Bora Bora, océanographes et géologues ont étudié les récifs et le lagon qu’ils ont pu comparer à ceux de Mopelia. Aucun travail n’a encore été publié sur cette mission à laquelle participa Mlle Marie Hélène Sachet, botaniste française attachée au « Pacific Vegetation project », et qui s’en fut ensuite travailler aux Marquises.

GUILD, Eastham

Un Américain de Boston (Mass.).

Arrive à Tahiti en 1923, sur le Papeete, avec sa femme et une petite fille de 4 ans, Martha, attiré dans l’île par la lecture des œuvres de F. O’Brien, maladie alors fréquente et que Norman Hall nommait plaisamment une Obrienite. Les Guild achètent une terre à Paea et s’y installent dans une propriété qu’ils organisent et qu’ils nomment Te Anuanua : au bout de l’arc-en-ciel. Les Guild sont très hospitaliers et reçoivent tous les Américains de passage : Zane Grey, le célèbre pêcheur qui s’installera un temps dans la presqu’île, W.A. Robinson, qui voyage sur le Svaap, Cornelius Crane, Cole Porter, les Fleischmann. Mais Eastham Guild a un hobby, les oiseaux. Comme Harrison Smith les arbres, Guild essaie d’introduire à Tahiti des nouvelles espèces d’oiseaux : c’est une passion à laquelle il a consacré son temps et son intelligence. Il a installé des volières dans sa propriété et, pour les remplir, il a alerté tous les oisseliers du Pacifique qui lui envoient des cages pleines de petites bestioles qu’il tente d’acclimater — le renversement des saisons crée une grosse difficulté pour les oiseaux de l’hémisphère nord. Ainsi aurait-il introduit à Tahiti plus de 10 000 oiseaux appartenant à 55 espèces différentes. D’après ses propres observations, 23 semblent s’être adaptées au climat et avoir proliféré dans l’île parmi lesquelles, « fire finches, cordon bleus, yellow-winged sugar birds, scarlet tanagers, Australian waxbills, western blue birds, African weavers, star finches, orioles, … » Nul inventaire n’ayant jamais, depuis lors, été effectué de la faune avicole de Tahiti, on ne saurait dire, après trente ans, le résultat exact des efforts de E. Guild, mais le district de Paea reste rempli d’oiseaux multicolores et reconnaissants au propriétaire de Te Anuanua. Au fait et au prendre, en 1973, les spécialistes qui étudient l’avifaune tahitienne considèrent les introductions d’E. Guild comme ayant été plutôt dommageables pour l’avifaune locale qui va se trouver attaquée et décimée par des parasites et des pestes contre lesquels elle se trouve sans défense. Mrs. Caroline Guild, dans le 13 chapitre d’un livre charmant qu’elle a consacré à son séjour à Tahiti, Rainbow in Tahiti (New York, 1948 ; Londres, 1951) a raconté les difficultés et les joies de cette tentative. Elle était elle-même passionnée de fleurs, et a reçu, en juillet 1939, des mains du gouverneur Sautot le mérite agricole, décoration attribuée à cette citoyenne américaine en reconnaissance du jardin tropical qu’elle avait créé dans sa propriété et dont elle répandait gracieusement les richesses dans le district. Les Guild quittèrent Te Anuanua au début de la Seconde Guerre mondiale après 18 ans passés à Tahiti. Devenue veuve, Mrs. Guild devait revenir à Tahiti en 1964. Elle fut déçue par les images d’un Tahiti où elle ne reconnut plus celles de ses souvenirs. Outre l’ouvrage mentionné ci-dessus, agrémenté d’amusants croquis de Nicolas Mordvinoff, voir : Oversea birds for birdless Tahiti. The remarkable self-imposed task of Eastham Guild. (P.I.M., Dec. 1943, p. 23-24).

GUILLASSE, Charles (1812-1879)

Chirurgien principal de la marine.

Né à Toulon, le 4 novembre 1812. Chirurgien de 1 classe, il est désigné pour Tahiti le 25 mai 1857. Quitte la France par le Railleur, après avoir été prendre à Montpellier son diplôme de docteur en médecine avec une thèse intitulée : Considérations sur les maladies des pays chauds. Arrive à Tahiti la même année où il remplace son collègue E. Prat. Son activité impressionne. En 1858 il fait la tournée de tous les districts de l’île « à l’effet de voir les malades et de leur donner des conseils. En même temps il vaccine les enfants » (Messager de Tahiti, 20 nov. 1858). Restera plus de dix ans dans l’île. Il s’y plaît beaucoup et y achète terres et maisons, se livrant à la colonisation. L’ordonnateur Boyer, en 1868, voit cela d’un fort mauvais œil. Il accuse Guillasse de se « livrer à des entreprises industrielles dans un pays où le fonctionnaire doit chercher toujours à se tenir en dehors des opérations de l’espèce ». Naturellement le gouverneur de La Roncière proteste contre la note de l’ordonnateur : « Le service de M. Guillasse est consciencieusement et très régulièrement fait… M. Guillasse ne se livre à aucune spéculation industrielle ou commerciale… Lorsqu’il a de l’argent il le place le mieux possible… Il a acheté des terres qu’il fait cultiver sans grand bénéfice. Dans ce pays, c’est un bon exemple. Beaucoup de fonctionnaires, en France et dans les colonies, sont propriétaires. La note de M. l’Ordonnateur est une nouvelle preuve de sa facilité à écouter ce qu’on dit et de sa légèreté. » Tout de même, de La Roncière demande un remplaçant à Guillasse le 23 juillet 1868. Celui-ci semble du reste n’avoir aucune envie de quitter le territoire, et le Ministre, ayant envoyé pour le remplacer M. Aze, proteste contre le retard mis par Guillasse à rejoindre la Cochinchine où il a été affecté. La Cochinchine ne verra d’ailleurs jamais le chirurgien Guillasse, car celui-ci, ayant tout de même fini par quitter Papeete, le 10 juillet 1869, par le Duchayla, donnera sa démission à la fin de son congé. Elle lui sera accordée le 1 octobre 1870. Il revient alors s’installer définitivement à Papeete où il se logera rue des Beaux-Arts. Il est également propriétaire à Punaauia, où il a créé une belle plantation de cannes à sucre. Pendant son séjour actif à Tahiti, on voit curieusement ce « chirurgien » remplir des fonctions administratives telles que celle de président du tribunal criminel ou celle de Procureur impérial. Homme de bien et de grand savoir, Guillasse était fort populaire à Tahiti où « sa bienveillance et son obligeance inépuisable avaient été éprouvées… par tous ceux, grands et petits, qui avaient eu recours à lui dans des moments difficiles de la vie ». Il était en particulier le fondateur de la Fraternelle, une société de secours mutuels. Il mourut à Papeete le 12 septembre 1879. Une note relative à ses obsèques donne quelques détails sur sa carrière et rapporte in extenso les quelques paroles prononcées sur sa tombe par son successeur à la direction du Service de Santé, le Dr Chassaniol (Messager de Tahiti, 19 sept. 1879, p. 1-2). Il fut enterré dans sa propriété de Taapuna. Très gravement malade, il avait régularisé, pour des raisons plus économiques que religieuses, son union avec Taimai e Tehahe, 1831-1901, qui devint ainsi son héritière universelle. Cette union était demeurée sans postérité. Mais Guillasse avait « adopté » une parente de son épouse, Cécile Eteta, 1860-1915, qui épousera Narii Salmon, 1856-1906 ; ce dernier mourut, aux îles Tuamotu, au cours du cyclone de 1906. On doit à Guillasse quelques articles parus dans le Messager de Tahiti : De la culture de la vanille à Tahiti (1 mai 1859, p. 7) ; Avis aux habitants de Tahiti sur les précautions à prendre contre l’invasion de la petite vérole (23 avril 1864), etc.

GUILLAUME, Jean (1816-1869)

Propriétaire.

Né le 12 juin 1816 à Mompont (Dordogne). Arrive à Tahiti en 1844 par le trois-mâts français La Marie, venant de Bordeaux, faisant partie de l’équipage. Ce navire ayant été affrété par le gouvernement local, il navigue dans les îles avec ce bâtiment. Lors du retour de La Marie pour la France en 1847, Jean Guillaume reste dans le territoire, marié à une femme originaire de Raroia, îles Tuamotu, et continue à naviguer dans ces parages. En 1852, on le trouve en résidence à l’île Anaa, comme colon ; plus tard revient se fixer à Tahiti. Meurt à Papeete le 8 novembre 1869. De son union, le 16 avril 1860, à Papeete, avec Marie Teatareva († 1904), était née Marie († 1867), épouse, à Papeete, Mathurin Marcillac, le 9 septembre 1865 ; un enfant : Victoire, 1867-1958, qui épouse Martial Sage.

GUILLEMET, Marie (1881-1960)

Mère Jean de l’Immaculée Conception.

Religieuse de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny. Née le 28 janvier 1881 à Briant (Saône-et-Loire). Professe dans la Congrégation le 8 décembre 1899. Est nommée à Papeete en 1903, où elle arrive le 13 juin. Y fait d’abord la classe. En 1908 est directrice de l’école de Faaa et, « pendant douze ans fera tous les jours, dans sa petite voiture à cheval, le trajet Papeete-Faaa, portant son déjeuner dans son cabas. » Revient à Papeete en 1920 et y fait la classe du C.E.P. pendant vingt-sept ans. En 1925, est assistante de la Communauté et, en 1947, supérieure. Rentrée en France en 1950 après avoir passé quarante-sept ans à Tahiti. Directrice du Pensionnat de Cluny et supérieure. Elle est chevalier de la Légion d’honneur depuis 1951 « en reconnaissance de quarante-sept ans de service dans l’enseignement à Papeete » et pour avoir été, par son sens du devoir, un exemple constant pour les sœurs et les élèves. D’un inlassable dévouement envers les enfants qui fréquentaient l’école, elle cachait sous un aspect sévère une grande sensibilité. Cette sévérité, mitigée d’une bienveillante compréhension, donna à l’école une impulsion particulière qui se manifesta, à son époque, aux examens du certificat d’études, dont elle s’occupait tout particulièrement.

GUILLITOUE, Pierre (1856-1932)

Planteur.

Né à Mauléon-Licharre (Basses-Pyrénées), le 8 avril 1856. Études au Lycée de Pau où il aurait été condisciple de Louis Barthou. Instituteur. S’engage à Rochefort. Sergent d’infanterie de marine, en décembre 1880, il est envoyé aux Marquises en qualité de « secrétaire-distributeur, greffier, huissier, porteur de contrainte et agent de contributions ». Libéré à Taiohae, en même temps que Manlius et Frébault, s’établit comme commerçant et planteur de coton à Hekeani, sur la côte sud de Hiva Oa. Gagne beaucoup d’argent, mais le dépense aussi vite qu’il le gagne. Passe sur la côte nord et exploite le troupeau d’un gendarme décédé. Parle le marquisien à la perfection. S’occupe d’affaires de succession. Intelligent, mais inconstant et panier percé ; il avait comme devise : « Guilletoue Pierre, droit comme un i, franc comme l’or. » Il sera l’ami de Gauguin. Meurt, le 7 janvier 1932 à Atuana, aveugle et recueilli par la mission qui assura la tranquillité de ses derniers jours. Il laissait une grande propriété, sur la hauteur, à Hiva Oa. — Son nom est souvent écrit Guilletoux ; l’état civil l’écrit avec un i et un e terminal.

GUILLOIS, Jean (1917)

Professeur de dessin et de peinture.

Né le 6 mai 1917 à Paris. Études à l’École supérieure de dessin de la ville de Paris. Élève de Matisse au Pont-Neuf. Crée en 1949 un atelier de peinture à Paris. Arrive à Tahiti à la fin de 1953 et y ouvre un cours de dessin et de peinture. En 1959-1960, s’occupe de presse catholique et du Semeur Tahitien. Expose, en 1955, une « Assomption » de facture abstraite qui figure dans le catalogue du « Premier Salon de Tahiti ». En septembre 1962, expose à la Chambre de commerce de Papeete à la fois des peintures de facture classique et des œuvres abstraites. Deux mois plus tard, le 15 décembre, Guillois fonde une Société de l’Art sacré, qui ouvre une galerie à l’ombre de la cathédrale où il exoosera des œuvres d’inspiration religieuse : Pèlerinage aérien, le Cantique des cantiques. Jean Guillois recevra vers cette époque la commande d’une fresque pour la décoration de l’aérogare de Papeete-Faaa qui ne sera jamais exécutée. En décembre 1970, une de ses œuvres est choisie par l’Office des Postes pour figurer dans la série des timbres consacrés aux artistes de Polynésie française. Peintre, J. Guillois est aussi relieur. Épouse, à Paris, en avril 1950, Julie Rasouramafara.

GUILLON, Jacques Gilbert (1910)

Viceamiral d’escadre.

Né le 27 décembre 1910 à Cosne (Nièvre). École Navale 1930-1932. Participe à la Seconde Guerre mondiale, à la guerre d’Indochine et à celle d’Algérie. En 1964, contre-amiral, commande à Lorient la Force Amphibie Interarmées. Prend à Papeete le commandement du Centre d’Expérimentations du Pacifique le 5 août 1965, succédant à l’amiral Thabaud. A son arrivée en Polynésie, la situation du C.E.P. était la suivante : Les grands travaux de la piste de classe A de Hao, de la piste de 2 000 mètres de Mururoa étaient en cours de finition, avec les installations qui en dépendaient ; le port de Mururoa, déjà en activité puisqu’il recevait des LST et de petits cargos chargés de ciment et d’un matériel extraordinairement varié, continuait à s’améliorer, et la profondeur à l’aplomb des quais était portée à 7 m ; les travaux commençaient au port de Hao, en même temps que les dragages extrêmement difficiles qui devaient porter la profondeur du chenal d’accès à 7 m ; une décision récente ordonnait d’aménager l’atoll de Fangataufa, d’y créer une piste de 2 000 mètres, un embryon de port et un troisième point de tir ; pour y parvenir il fallait établir une passe d’entrée à travers le corail. Le creusement de cette passe fut probablement une des plus difficiles performances accomplies en Polynésie par les ingénieurs du génie civil, et la plus spectaculaire. A Mururoa, il restait à aménager le premier blockhaus de tir, à terminer le gros œuvre du deuxième, à entreprendre la construction du Poste de Commande des Tirs ; enfin était commencé l’établissement de ce qui fut appelé « les postes Périphériques » sur des atolls des Tuamotu et des Gambier, postes de mesure, de contrôle de radioactivité, de relevés météorologiques, de plate-formes pour hélicoptères, d’installations pour la vie des hommes, etc. Ajoutons à cela les stations électriques, les magasins, les dépôts de carburants et de matériel, les garages ; l’érection à Hao d’un centre nucléaire destiné à recevoir, d’une part les éléments des engins à leur arrivée de métropole, d’autre part les produits prélevés après chaque tir avant leur envoi en métropole ; l’arsenal et la Base Navale de Papeete capable d’entretenir une flotte de trente bateaux, et les installations de Faaa nécessaires au maintien en condition de la flotte d’avions de transport et des hélicoptères. On dût construire, à Tahiti même, des logements pour les 300 familles « permanentes » venues de France pour deux ans, un hôpital, des centres de loisir et de repos ; des casernes et des lieux d’hébergement pour les personnes en transit. Sur les sites et les atolls, le problème était identique, car il y vivait en permanence près de 3 000 hommes, marins embarqués ou à terre, légionnaires et sapeurs, aviateurs, médecins, infirmiers et transmetteurs, ingénieurs et techniciens du CEA et du génie civil, sans oublier les travailleurs polynésiens ou étrangers embauchés par les grandes entreprises, qui furent plus de 1 000 au début de 1966, dont les deux tiers Portugais. Le moindre problème n’était pas la fourniture de l’eau douce, inexistante sur le corail, et qui nécessita la construction à Hao d’une usine de distillation de l’eau de mer. A le bien considérer ce programme était gigantesque, mais aucun moyen ne manqua. Il fut mené à son terme et, comme l’avait exigé le gouvernement, le Centre d’Expérimentations fut prêt le 1 juillet 1966 pour la première campagne de tirs nucléaires. Au mois de mai étaient arrivés de métropole les renforts opérationnels : — le croiseur de Grasse, spécialement aménagé comme bâtiment de commandement, et de commande et de contrôle de tir ; il portait la marque du vice-amiral Lorain, commandant le Groupe Opérationnel des Expérimentations Nucléaires, lequel était assisté de M. Jean Viard, ingénieur du CEA, responsable des tirs et des mesures ; — la force Alfa de l’amiral Storelli, comprenant le porte-avions Foch, trois escorteurs d’escadre et un pétrolier ; — le groupe des avions escorteurs ; — des bâtiments-bases pour les sites de tir ; — les avions spécialisés de l’Armée de l’Air. Évidemment les ingénieurs et techniciens du CEA responsables du champ de tir, de l’exécution des tirs et des mesures, se tenaient depuis longtemps à pied d’œuvre. Les effectifs présents en Polynésie, militaires et civils, atteignirent 7 500 hommes à ce moment. Le premier tir de la campagne 1966, qui devait en comporter 6, eut lieu le 2 juillet. Le général de Gaulle assista au tir numéro 5 à bord du de Grasse. La campagne 1967, plus réduite, ne nécessite que peu de renforts opérationnels, seulement le de Grasse et le groupe des avisos escorteurs. Conformément aux directives draconiennes du gouvernement français, les expérimentations devaient être menées sous le signe de la sécurité : sécurité pour les expérimentateurs évidemment, mais aussi pour les populations de Polynésie et des territoires les plus proches. Ceci explique le développement extraordinaire qui fut donné aux services touchant à la sécurité, le Service Mixte de Contrôle Biologique et le Service Mixte de Sécurité Radiologique ; ainsi qu’à l’étude des conditions météorologiques dans le Pacifique Sud, mal connues au départ, et qui permit des prévisions d’une très grande précision. Aucun accident, si bénin soit-il, n’eut lieu, ni dans la proximité du champ de tir, ni dans des pays éloignés comme ceux d’Australie et d’Amérique du Sud qui avaient, à l’époque, exposé leurs craintes, lesquelles se montrèrent sans fondement. En ce qui concerne ses rapports avec le territoire, l’amiral Guillon continua la politique de son prédécesseur en mettant dans toute la mesure du possible l’appui de ses immenses moyens techniques au service de la communauté tahitienne. Bon nombre d’installations du C.E.P. — cités, logements individuels, pistes d’aviation, centres de météorologie, camps, voies de pénétration, aménagement de sites, etc. — sont édifiés en vue d’accroître un jour le potentiel économique et social du territoire. Les Polynésiens des îles en particulier, du point de vue santé — évacuations sanitaires et soins médicaux — bénéficient aux Tuamotu du concours de l’organisation et des hôpitaux militaires ; et les vies sauvées par les hélicoptères ne se comptent pas ! Les jeunes Tahitiens qui le désirent voient la possibilité d’une formation technique à l’école d’apprentissage des Constructions et Armes navales… Pour ne rien dire des études de biologie terrestre et maritime qui apporteront aux Tahitiens une meilleure connaissance des possibilités économiques de leurs lagons et de leurs lieux de pêche, etc. Si bien que l’extraordinaire expansion économique que va prendre la Polynésie dans les années 60 est due en grande partie à la présence du C.E.P. Après avoir participé aux deux premières campagnes de tir (juillet-septembre 1966 et juin-juillet 1967), reçu 17 ministres et le président de la République, l’amiral Guillon quitte son commandement le 9 août 1967, remplacé par l’amiral Tellier. Il avait, pendant les deux ans de son séjour, conservé les meilleures relations avec toute la population ; et Mme Guillon avait fait du fare amiral de Punaauia, lors de ses réceptions officielles et autres, un petit conservatoire des chants, des danses et du folklore tahitien.

GUILLOTEAU, Anselme (1838-1902)

Fonctionnaire.

Né le 8 octobre 1838 à Saint-Cyr (Indre-et-Loire). Soldat du 2e régiment d’infanteris de marine. Débarque à Tahiti le 22 juin 1869. Se fait libérer à Papeete en 1872. Remplit divers emplois dans l’administration locale, entre autres celui d’infirmier à l’hôpital militaire et celui de gardien à la maison d’arrêt de Papeete. Meurt le 12 février 1902 à Papeete.

GUILLOUX, Daniel (1837)

Marin et commerçant.

Fils du suivant. Né à Rikitéa vers 1837. En 1858, c’est lui qui initie le commerçant Jean Dupuy « une ganache qui ne savait rien faire » à la vie mangarévienne. L’année suivante, on trouve Daniel Guilloux subrécargue à bord de la Marie-Louise chartrée par les autorités des Gambier à raison de douze piastres par jour pour un voyage aux Tuamotu qui, par suite des mauvais vents et des calmes, durera plus de dix semaines. Daniel Guilloux sera plusieurs fois capitaine à bord de la goélette construite par les Mangaréviens la Maria i te ao pu, la Notre-Dame-de-la-Paix. En 1863, il fait avec ce navire le voyage de Tahiti où il parvient faisant eau de toutes parts et en si mauvais état que l’administration maritime locale ordonne son désarmement jusqu’à l’achèvement d’une remise en état qui sera entreprise par le Père Clair Fouqué à Papeete et coûtera plus de 12 000 F à la régente des Gambier. C’est encore comme capitaine que Daniel Guilloux fait le voyage de la Nouvelle-Hollande dont il rapportera la gale qu’il communiquera aux habitants de Mangareva. En juin 1866, il est chargé de rapatrier des indigènes de Pukarua, mais comme on n’est guère satisfait de ses services, il est alors destitué de ses fonctions de capitaine. Daniel Guilloux épouse en premières noces, Agathe Toapiroma († 1857) et en secondes noces, en 1866, Rose Toakura ou Teakura († 1878). De cette union sont nées deux filles : Maria, qui épouse, en 1892, William Johnstone. — Louise, 1870. Louise Guilloux avant son mariage aura une fille, Rose Guilloux, qui épousera en premières noces Paul Sanford et en secondes noces, François Labbeyi.

GUILLOUX, Jacques ou Jacob (vers 1810-1876)

Marin et commerçant.

Né à Audierne (Finistère), fils de François Guilloux et d’Anna Trividi. Le Père Laval qui l’a trouvé sur place en arrivant à Mangareva en 1834 en fait « un matelot déserteur du navire de M. Bureau ». Il s’agit probablement de l’Aimable Joséphine qui circula avec le capitaine Adolphe Bureau entre Valparaiso et la Polynésie dans le début des années trente du siècle dernier. Guilloux est un homme de peu de culture, « il ne sait que signer son nom », mais un bon chrétien breton que Laval marie en même temps qu’un autre déserteur, Alexis Marion, peu après sa venue dans l’île. Guilloux vivra plus de quarante ans aux Gambier trafiquant sur la nacre et « se livrant à des opérations commerciales », assez habilement d’ailleurs, car Laval écrit de lui : « Il aurait pu faire une grande fortune s’il n’avait été un grand buveur. » Il est un peu charpentier de marine, construit des baleinières et en 1862, lors de la construction de la goélette Notre-Dame-de-la-Paix, dont il sera un temps le capitaine, c’est lui qui indique aux Mangaréviens comment la mater et lui poser une fausse quille. Il semble avoir été en assez bons termes avec la mission et on le voit signer des pétitions en faveur du Père Laval et prendre son parti contre les résidents Laurencin et Hippolyte. En voyant un jour le résident lever son verre et « boire à la mort de Laval ! » il proteste énergiquement. Cela n’empêchera pas d’ailleurs le Père Laval d’excommunier sa famille — l’excommunication fut « lancée selon l’usage de Mangareva au son de la conque marine » — parce qu’il avait transformé son magasin en fumerie de tabac et sa résidence en maison publique ou lieu de prostitution, acceptant d’héberger sa fille Agnès qui vivait chez lui en concubinage notoire. La famille Guilloux ne tardera pas du reste à revenir à résipiscence en « rentrant dans les limites d’une meilleure conduite ». Guilloux mourut à Mangareva en 1876. Jacques Guilloux avait épousé en 1834, la femme qui lui avait paru la plus laborieuse de l’île, Keretia — Célestine — Toamagiti. Célestine était vraiment un type de la femme forte. Les Mémoires du Père Laval dont nous avons tiré tous les renseignements sur son mari, nous la montrent plusieurs fois dans des attitudes singulièrement courageuses envers le résident Hippolyte qui « depuis longtemps obsédait ses filles dont une est veuve et deux autres mariées ». Le 10 juillet 1866, elle chassa le résident de la maison de sa fille Rose… l’apostrophant durement ! « Tu cours après mes filles… Sache bien que si tu es résident, moi aussi je suis résident chez moi… Tiens, je te le dirai sans façons… Tu nous as souvent dit que tu étais savant… Mais toute ta science est de courir sans cesse après les femmes. Ordurier que tu es ! Tu n’as que la cervelle d’un oiseau. Tu n’es pas plus avancé que ceux que nous appelons idiots » — « Taistoï, dit le résident, ov je te fais mettre aux fers ! » — « Dépêche-toi donc, lâche, de me mettre aux fers, répartit Célestine, afin qu’on voit bien que tu n’as pas honte… de t’en prendre à une mère qui n’a d’autre crime que de défendre ses filles… » Et comme le résident faisait conduire Célestine devant son mari, il dit à Guilloux : « Imposez silence à votre femme. Elle me dit des injures ! » — « Tenez lui répondit Guilloux, ne vous attaquez pas à cette noire. Elle est capable de vous tenir tête… Ne venez plus tourner autour de mes filles. C’est ce qui la met en fureur. » Et, ajoute Laval, « M. Hippolyte s’en allant, Célestine le poursuivait encore en faisant rouler des cailloux derrière lui. » De son union avec Célestine Toamagiti, Jacques Guilloux aura de nombreux enfants. Nous avons retrouvé : Agnès, 1835-1869. C’est Agnès Guilloux qui « vit en concubinage avec M. Martin, Français de Saintonge ». Il s’agit de Louis Martin au début de sa carrière océanienne et qui voyageait alors au commerce dans les archipels pour le compte de la Maison Hort. C’est au sujet de cette liaison que le Père Laval excommunie Agnès et son frère Daniel. Martin, que le Père Laval traite de « petit capitaine du port de Papeete » sans doute pour avoir la paix, enlève Agnès le 1 avril 1868. Il la ramènera d’ailleurs mourante à Rikitéa l’année suivante. — Daniel, 1837. — Rose, née vers 1839, épouse en premières noces Étienne Teakarotu ou Tomamanui, cinq enfants : Radegonde, 1860 ; Daniel Alexis, 1865 ; Thérèse, 1866 ; André, 1867-1946, épouse en 1889 Lucie Paukape († 1907) et se remarie en 1909 à Anastasie Tovaro, née à Rariroa ; de cette union sont nés : Agnès, 1908, épouse en 1924 Kanuto Materouru, six enfants et Berthe, 1911, pas mariée, trois enfants : un fils, le chef actuel Étienne Teakarotu, avec l’administrateur Tondon ; Daniel Teakarotu, avec un officier de marine ; elle vit actuellement avec François Roapamoa, ancien chef, nombreuse descendance. Maria, 1870. — Rose, épouse en secondes noces, en 1871, Kote Mamatui, cinq enfants : Anasthase, 1872. — Maria Pacis, 1873. — Théophile, 1875, épouse, en 1897, Godelaine Teakarotu ; Théophile fut un des instruments du résident et la croix du Père Ferrier par contre, il aura un fils, Kote, qui sera un homme très religieux et d’un « dévouement sans bornes à la mission ». — Eustache Kote Mamatui, 1876, qui épouse Catherine Paeamara, 1883-1958, plusieurs enfants dont Clotilde, 1896, qui épouse en 1937 Jean Carlson († 1952) : Scholastique, 1911, qui épouse Gaston Flosse ; Mathias-Jean, 1916, infirmier à Reao ; Henri 1916, qui épouse Soohie Van Bastaeloer ; Venance, 1918, fait de la politique à Tahiti. — Jean Mamatui, 1879, instituteur et notaire, rédacteur des actes locaux, épouse en 1910, Maramanui. — Damas, né à Taku, le 11 novembre 1841, décédé à Rikitéa, le 21 octobre 1920. — Alexis, né à Rikitéa, le 5 mars 1848, décédé à Rikitéa le 19 décembre 1899, plusieurs fois marié dont, en 1894, à Philomène Erako. — Anna, née à Rikitéa, le 16 octobre 1853. Elle fut un temps novice au couvent du Rouru qu’elle quitte en 1868 entraînant dans son départ quatorze compagnes. Elle semble avoir eu l’année suivante un enfant naturel, Arakilo, 1869-1925. Le Père Laval, dans un moment de découragement et de sincérité à la suite de cette désertion en masse écrira : « Anne était encore la moins dangereuse de cette famille tarée, parce qu’elle n’était pas la plus méchante. Mais ses quatre frères et sa sœur aînée Agnès étaient de vrais démons… Les métis sont plus audacieux et plus passionnés que les indigènes ou les Européens pur sang. » Un document dit qu’Anna aurait été mariée trois fois, à Petero Aukara en 1877, puis ou antérieurement, à Potamon Mateitihou et à Anterero Mateagai.

GUILLOUX, Marie-Anne (1873-1950)

Sœur Théotiste de la Croix religieuse de la congrégation Saint-Joseph de Cluny.

Née à Guéméné (Morbihan) le 14 décembre 1873. Fait profession, à Paris, le 7 septembre 1893. Passe ses premières années dans les écoles populaires du Creusot et arrive à Tahiti en 1903. Douée d’une grande activité, d’une adresse remarquable pour tous les travaux manuels, débordante de vie, apôtre infatigable, aucune besogne ne la rebutait. A Papeete, elle fut successivement chargée des élèves des cours élémentaire et moyen, puis donna des leçons particulières aux candidates du brevet élémentaire. La discipline ne fut jamais très serrée dans sa classe. Les enfants l’aimaient beaucoup et se plaisaient en sa compagnie. C’est que Sœur Théotiste, servie par une mémoire des plus fidèles, avait un rare talent de « conter » et donnait vie aux moindres récits. Les enfants étaient littéralement suspendus à ses lèvres. Ses leçons de catéchisme surtout étaient agrémentées d’exemples que l’on n’oubliait plus. Dévouement aux œuvres, passion des âmes, furent ses caractéristiques. Elle prépara à la communion solennelle de nombreuses générations d’enfants qu’elle suivit ensuite dans la vie. Des anciennes élèves lui restaient très attachées et saisissaient le moindre prétexte pour revenir la voir, lui exposer difficultés et ennuis. Elle était particulièrement dévouée pour les œuvres missionnaires et lors de ses obsèques, le 13 novembre 1950, Mgr Mazé tint à rendre hommage à son zèle pour les missions.

GUILLOUX, Victor (1837-1899)

Charpentier.

Né le 21 janvier 1837 à Saint-Denis-d’Anjou (Mayenne). Brigadier au régiment d’artillerie de marine, débarque à Tahiti le 4 décembre 1870. Libéré du service le 31 décembre 1874. S’établit, comme charpentier, à Papeete, puis au district de Faaa où il meurt, le 4 février 1899.

GUILMARD, Pierre-Potentien (1805-1856)

Religieux picpucien.

Né le 10 janvier 1805 à La Ferté-Macé (Orne). Profès dans la congrégation étant déjà prêtre en 1835. On le trouve aux Marquises en février 1839. Malade il part pour Tahiti le 1er juillet 1841 à bord de la corvette américaine Yorktown, cap. Aulick. Part ensuite à Mangareva où il travaillera plus de 15 ans. Meurt en mer, en rentrant en France, le 12 octobre 1856.

GUILPAIN, Roger (1905-1972)

Avocat-défenseur.

Né à Chateauvieux (Loir-et-Cher) le 12 mars 1905. Études de notariat. Arrive à Tahiti le 2 décembre 1927 comme premier clerc à l’étude de Me Thuret, notaire à Papeete. Assure la direction de l’étude en l’absence de Me Thuret, parti en congé en France. Me Thuret étant décédé accidentellement en France, et Roger Guilpain n’ayant pas encore l’âge requis pour être notaire en titre, ce dernier « bifurque » et s’installe, d’abord à Raiatea, îles Sous-le-Vent, puis un peu plus tard à Papeete, comme avocat-défenseur. Il y fut d’abord l’associé de Me Georges Ahnne, alors député des E.F.O. Puis à la mort de Me Ahnne, devient seul propriétaire de l’étude, qu’il dirigea longtemps. Gros travailleur, à l’esprit clair et méthodique, Me Guilpain est estimé à Papeete pour sa valeur professionnelle, sa franchise et la droiture de sa vie. A été appelé à défendre des causes assez ardues lors des procès aux assises criminelles, souvent avec succès. Guilpain est l’avocat-défenseur des grosses maisons de la place : Banque de l’Indochine, Cie française des Phosphates, Messageries maritimes, Assurances générales, Assurance Yorkshire, Standard Oil of California, etc. et de la Mission protestante. Décédé le 25 novembre 1972. Consul de Belgique jusqu’à sa mort, il avait reçu la Croix de Leopold. De son union, le 26 juillet 1928, à Papeete, avec Rose Malardé, sont nés : Yvette, 1929, épouse à Paris, en 1949, Claude Allart, ingénieur des Travaux publics. Vit au Havre : quatre enfants : Patrick, Maeva, Vaite, Philippe. — Claude, 1932, épouse à Papeete, en 1950, François Levesque, agent immobilier à Laigle (Orne), trois enfants : Dominique, Bruno et Jean-François. — Jacques, 1940, études en France ; diplômé des H.E.C. ; épouse à Paris, en 1963, Jacqueline Wolff : deux enfants : Hélène, 1964, et Gilles, 1967. Rentré à Tahiti en 1971, J. Guilpain prend la direction de la Société Franco Océanienne.

GUIRAUDIE, Léon (Frère Marius) 1869-1939

Religieux convers picpucien.

Né à Bournazel (Aveyron) le 14 août 1869. Fait profession comme Frère dans la congrégation en 1895. Part la même année aux îles Marquises. Y vit six ans. Revient en Europe. Meurt à Braine-le-Comte, le 23 mars 1939.

GUITTON, Joseph (le Frère Alain) 1846-1917

Religieux des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel.

Né le 6 novembre 1846, à Rouillac (Côtes-du-Nord). Profès dans la congrégation, il passe d’abord sept ans à La Martinique. Est envoyé ensuite à Tahiti. Quitte le Havre le 1er février 1879 et par San Francisco, à bord du Percy-Edward, arrive à Papeete le 23 mars, accompagnant comme sous-directeur le Frère Juvénal Farard, nommé directeur de l’École des Frères. Le Frère Alain sera, pendant onze ans, le bras droit du Frère Juvénal, 1879 à 1890 ; il portera ensuite vingt-trois ans, de 1890 à 1913, avec l’optimisme d’un esprit large et d’un heureux caractère, la charge de directeur principal. En 1882, l’école de Papeete ayant été laïcisée, le gouverneur Chessé, qui admirait le Frère Alain, essaya de le faire entrer dans le cadre laïque, lui offrant le titre de directeur de l’Enseignement public de la colonie avec logement et appointements de 6 000 F par an ! Mgr Tepano Jaussen ouvrit immédiatement une école libre qui obtint sans tarder les sympathies de la population. En 1890, huit ans après sa fondation, le Frère Alain en recevait la direction. Elle comptait alors cent quatre-vingts élèves répartis en quatre classes. En peu de temps les Frères virent doubler le nombre de leurs élèves qui accoururent des îles voisines. On dut agrandir la maison ; en quelques années le Frère Alain construisit une quatrième classe, un vaste préau pouvant servir de salle des fêtes ; aménagea une salle de dessin, une salle de sciences et réserva une pièce pour un musée d’ethnographie et d’histoire naturelle « où le savant et l’étranger, écrivait le gouverneur Julien, peuvent trouver les seuls documents sérieux sur l’histoire et les productions de l’archipel ». En 1903, au moment de la dissolution des congrégations, le prestige du Frère Alain et la sympathie qu’il inspirait à Papeete évita à ses Religieux de déposer leurs soutanes et de se « séculariser ». L’école, soutenue par l’opinion publique, ne fut jamais sérieusement inquiétée. « La population de Tahiti a été admirable dans ses sympathies à notre égard », écrivait-il à cette époque. Laisse la direction de l’école au Frère Anthème Mainguy en juillet 1914. Après avoir fêté ses noces d’or de vie religieuse, le 25 juin 1916, il demanda à rentrer en France. Avant son départ, les Frères offrirent à la colonie le beau Musée qu’il avait organisé au prix de persévérants efforts et la collaboration de ses anciens élèves, et cette collection d’histoire naturelle et d’ethnographie sera la base des collections du Musée installé alors à Mamao et dont une salle portera son nom. A ce titre, il fut un des membres fondateurs de la Société des Études océaniennes. Il quittera Papeete le 24 juillet 1917 et se retira en Espagne, dans une maison de sa congrégation, à San José, Nanclares, où il mourut quelque temps après son arrivée, le 31 août 1917. Peu d’hommes, à Tahiti, auront été aussi sympathiques et aussi populaires que le Frère Alain. Il était membre du Conseil de l’Instruction publique et faisait partie de toutes les commissions d’examen pour les écoles de la colonie. Il reçut, en 1909, la médaille d’argent de l’Alliance française et, en 1912, les palmes académiques. Une rue de la ville porte son nom. « Pauvre comme Job, juste, droit, impartial, bon, charitable… » écrira de lui E. Brunschwig dans le Libéral. Et Le Semeur de Tahiti dira, après son décès : « Une âme d’élite !… Intelligence vaste, doué des aptitudes les plus variées, il excellait dans toutes les matières, ayant le goût assez affiné pour vibrer avec le même enthousiasme à tout ce qui est beau, grand, généreux… Il avait un cœur d’or… Son sourire était si accueillant, sa main se tendait si franche, son cœur s’ouvrait si grand, si bon que tous en subissaient la charmante emprise. » Déjà au moment de son départ de Tahiti, le 1er juillet 1917, le gouverneur Julien écrivait : « Dans la très modeste sphère de son activité, le Frère Alain fit pour la cause française en Océanie et pour la diffusion de notre culture une besogne qui s’accuse aujourd’hui par des résultats faisant le plus grand honneur à ce vieillard… C’est lui, qui fonda à Papeete la fanfare scolaire qui donne à nos solennités patriotiques le caractère qu’elles doivent revêtir dans le temps présent… Parmi les élèves qui reçurent à son école une excellente empreinte, il en est qui sont devenus dans nos armées et nos administrations, dans le commerce, l’industrie et la navigation des hommes d’un réel mérite… On doit dire que jamais Français ne remplit aux colonies tâche plus noble, plus persévérante ni plus nettement nationale que le Frère Alain. »

Bibliographie. Voir sur le Frère Alain les Chroniques de l’Institut des Frères de Ploërmel, n° 27, octobre 1916, p. 85-91 et n° 33, avril 1918, p. 336-370. Ménologie des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel, 1947, t. 3, p. 992-997. — Une biographie manuscrite du Frère Alain par le Frère Symphorien-Auguste Durand existe aux archives de la Maison-Mère. Une histoire de l’école des Frères à Papeete, a été écrite en 1958 par le T.C.F. Charles-Henri Rulon : Un siècle de travail missionnaire à Tahiti. Les Frères de Ploërmel en Océanie. Elle contient plusieurs chapitres sur le Frère Alain. Elle est demeurée inédite. — On trouvera une pittoresque description du Musée du Frère Guitton à Papeete dans : Chauvelot, Iles de Paradis, 1925, p. 307-309.

GUYOT, Gérard (1934)

Artiste et décorateur.

Né le 24 septembre 1934 à Reims (Marne). Arrive en 1957 à Tahiti attiré par Serge Arnoux, de la croisière du Moana. Il a voyagé avec Laris Kindynis qui l’attache à « Tahiti Arts ». Il s’initie à la fabrication des tissus imprimés et, avec Ravello, Paolasso et J.Y. Froment, crée, grâce à des produits colorants modernes, une nouvelle technique d’impression manuelle qui se rapproche de l’« impression à la planche » et permet des lais de répétition plus importants que les procédés habituels au rouleau ou à la main. Organise en 1967, dans une des dernières boutiques à galeries de style colonial existant à Papeete qu’il restaure à ces fins, Matamua, un magasin de curiosités et d’antiquités doublé d’une galerie de peinture. Un incendie, le 15 janvier 1971, détruit la maison et ses trésors sans pour autant abattre l’ardeur créatrice de cet artiste dont l’habileté n’est jamais inférieure aux tâches qu’on lui propose, des plus importantes aux plus modestes. G. Guyot aménage avec le même brio la résidence d’un haut fonctionnaire ou la plus modeste des lampes de chevet. De son union le 2 juillet 1960, à Mahina, avec Louise Raraura Hoffmann sont nés : Renée, 1959 ; Albert, 1961 ; Pierre, 1962 ; Louise, 1965 ; Louis, 1970.

GUYOT, Joseph (le Père Albert). 1907

Religieux picpucien.

Né le 4 août 1907 à La Guerche (Ille-et-Vilaine). Profès en 1925. Ordonné prêtre en 1931. Arrive à Tahiti le 18 décembre 1932. Vicaire à la cathédrale de Papeete. En 1934 va à Raiatea où il dessert les petites îles. En 1940 est placé à Taravao, jusqu’en 1949, date à laquelle il quitte le vicariat. C’est le Père Guyot qui construisit la si curieuse église de Hitia avec son retable composé de coraux disposés en motifs d’ornementation, sa table de communion décorée de nacres incrustées dans le ciment. Il vit actuellement au Canada.

GYLES, John

Colon-missionnaire de la London Missionary Society, envoyé à Tahiti par les directeurs de la Société dont une des idées fondamentales était que les indigènes étaient impatients d’apprendre les techniques européennes et de connaître des cultures qui leur étaient inconnues.

D’Australie, le Rév. Marsden les poussait vers cette politique qui entrait dans ses vues. Gyles avait cultivé la canne à sucre aux Antilles : son expérience serait utile aux Tahitiens. Il quitte, avec sa femme, l’Angleterre le 17 juin 1817. Par Sydney et la Nouvelle-Zélande gagne Tahiti où il arrive le 14 août 1818. Les missionnaires, sans enthousiasme, l’installent à Moorea. Mais la tentative de culture échoua devant l’apathie des indigènes qui ne se sentaient en rien intéressés par une expérience de productivité et répugnaient en outre à tout travail régulier. Accoutumé à des nègres serviles, J. Gyles se trouva désorienté par les libres et fiers Tahitiens. Par ailleurs, le roi craignait que la réussite des plantations n’attirât chez lui « des étrangers indésirables », semblant prévoir un demi-siècle d’avance l’arrivée des Asiatiques d’Atimaono. Gyles abandonna la partie et, le 8 septembre 1819, quitta l’île, s’en retournant par Sydney en Angleterre où il arriva le 22 juin 1820. Londres ne voyait du reste pas d’un très bon œil la fabrication du rhum : « The Directors are alarmed at the distillation of Spirituous liquors by the ministers of Christ ». Le fils du missionnaire Bicknell, qui avait aidé Gyles dans son essai, transportera les plants de canne à Tahiti et réussira à faire du très bon sucre, mais en trop petite quantité pour que cette initiative se transformât en une affaire commerciale. Si bien que le seul résultat pratique de la coûteuse expérience de Gyles fut de permettre aux missionnaires de sucrer leur thé. — Voir au sujet de J. Gyles : John Davies, History of the Tahitian Mission, 1799-1830, p. 222-231.

H

HAAMEMU TAPAO (1889)

Pasteur.

Né le 1 novembre 1889 à Haapiti, île de Moorea. Entre à l’école pastorale en 1912. Consacré pasteur en 1917, il est tout de suite nommé dans sa paroisse natale et occupe encore ce poste. Il s’y fait remarquer par sa sagesse, son autorité et son dévouement. Excellent orateur, aussi instruit que prudent et de bon conseil, il est, dès 1919, nommé auvaha du Conseil supérieur des Églises tahitiennes, c’est dire que c’est à lui qu’est réservée la fonction de faire le point des opinions à la fin des conseils et d’en tirer la décision finale. Il est également président du troisième arrondissement des Églises tahitiennes protestantes. Sa loyauté, sa droiture, son attachement à toutes les causes françaises lui ont valu d’être fait, en 1953, chevalier de la Légion d’honneur. Il avait déjà reçu le Mérite agricole en 1949. Resté veuf en 1917, avec une fille Tevahine Teio’atua Tapao, il a épousé en secondes noces Mahitua Mataoa. De cette seconde union sont nés : Tinomana Tapao, Meria Tapao, Tauapua Tapao et Uratua Tapao.

HAAPOUA dit aussi ARANOA

Pasteur du district de Faaa, Tahiti.

Exerça son ministère entre les années 1890 et 1913. Appartenait à la famille princière des Maheanuu. Son père fut un des cosignataires du traité d’annexion de Tahiti à la France en 1880. Tranchait sur le peuple par sa haute et majestueuse stature, la noble expression de son visage, la douceur de son regard et la puissance de persuasion de sa parole. Fut souvent consulté par le roi Pomaré V pour ses conseils. Fut membre du Conseil supérieur des Églises tahitiennes.

HAGGERSTEIN, Peter

Aventurier.

Ce Suédois, originaire de Helsingfors, arrive à Tahiti par le Daedalus en 1793 et sera un des premiers résidents européens de l’île. Les missionnaires du Duff le trouvent à Tahiti, lors de leur arrivée, en compagnie d’un autre compatriote, Andrew Cornelius Lynd († 1807), survivant de la Mathilda. Ils leur servent d’informateurs, d’interprètes et de guides. On trouve dans les journaux des missionnaires mention de « Peter the Swede », qui leur fait faire le tour de l’île du 11 au 20 juillet 1796. On les déclare : « Influential if unreliable guides » (Davies, The Tahitian mission, 1961, p. xxxix). En 1802, Turnbull, de la Margaret, passant à Tahiti, signale le rôle joué par Peter le Suédois comme intermédiaire commercial avec navires de passage à Tahiti : « Peter the Swede was appointed chief trader, with a staff of beachcombers… I never procured better nor cheaper hogs than through the medium of these men». Hagerstein avait pris part aux luttes intestines des indigènes. Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, 1910, p. 99-100, mentionne, d’après Wilson, ses activités, discutant d’ailleurs la valeur de son témoignage, source quasi unique de notre connaissance de l’histoire tahitienne de cette époque. Voir également sur lui Frowde, History of the London Missionary Society, I, p. 137, 143.

HALL, Edward S

Missionnaire mormon.

Né à Salt Lake City (Utah) U. S. A. Fait ses études dans cette ville. « Elder » Mormon, part à Tahiti comme missionnaire en 1900 et aura la responsabilité de l’œuvre en 1902. Subit le cyclone de 1903 qui démolit la mission. Fait reconstruire une chapelle, inaugurée en octobre 1906 et une résidence où il demeure lorsqu’il n’est pas en tournée. Retourne aux États-Unis en 1906, s’y marie et rentre à Tahiti avec sa femme. En 1907, son église comptait 1 005 membres. — Courte notice sur E. S. Hall, avec photographie du ménage, dans : Cyclopedia of… Tahiti, 1907, p. 13.

HALL, James Norman (1887-1951)

Écrivain américain.

Né le 22 avril 1887 à Colfax (Iowa). Études à l’University College de Grinnell (Iowa). Participe à la Première Guerre mondiale d’abord comme un des 38 fondateurs de l’Escadrille La Fayette. Pilote, il est cinq fois cité à l’ordre du jour, décoré de la Légion d’honneur et grièvement blessé. Passe à l’armée américaine comme capitaine, est abattu, blessé à nouveau, et, captif, parvient à s’évader. Après guerre, il écrit avec Ch. B. Nordhoff l’histoire de l’escadrille. Arrive avec cet ami en Océanie française en février 1920. Ils ont un contrat avec Harper’s Magazine. Ils écrivent ensemble Fairy land, après un voyage aux Tuamotu. Hall demeure à Tahiti, s’y marie en 1925 et vivot en plaçant sa prose dans des magazines américains. L’aisance et la notoriété lui viendront avec Mutiny of the Bounty, livre écrit à Papeete, après de solides recherches documentaires, en six mois, dans une annexe du Tiare Hotel, avec son ami Nordhoff. Hall connaît alors une vie plus facile. Il se construit une maison à Arue, et il y vivra désormais entre ses livres, son gramophone, ses amis et sa prochaine œuvre. Dark river et Botany Bay ont été écrits aux États-Unis, où Hall passe de longs séjours à San Diego, Santa Barbara et San Francisco, travaillant, tout en surveillant l’éducation de ses enfants. A Arue, il mène une vie très simple, tout entier à son œuvre d’écrivain. Il a comme amis le linguiste Stimson, l’écrivain John Russel, le botaniste Harrisson Smith, le musicien Carl Beecher. Mais c’est un tempérament de solitaire. « I need anybody », dira-t-il un jour à sa femme. Il comprenait le français, mais peu doué pour les langues, n’a jamais parlé le tahitien. A la fin de sa vie il écrira son autobiographie, My island home, 1952, qui sera la dernière de ses œuvres et une œuvre posthume. L’éditeur en a profité pour raccourcir le manuscrit de Hall. Il meurt à Tahiti, le 6 juillet 1951, d’une maladie de cœur et est enterré sur le plateau dominant sa maison d’Arue. Sa tombe porte les vers suivants écrits par lui dans sa jeunesse : Look to the Northward stranger Just over the Hillside there Have you in yours travels seen A land more passing fair. De son union, le 22 avril 1925, au temple de Bethel, à Papeete, avec Sarah Winchester sont nés deux enfants : Conrad, 1926, trois enfants. Cameraman à Hollywood. Sera le premier Tahitien à gagner l’Academy Award pour le film Butch Cassidy & Sundance Kid. — Nancy, 1930, épouse en 1947 Nicholas G. Rutgers et vit à Arue. Quatre enfants : Nicholas 1948, épouse Brigitte Le Teissier, une fille Stéphanie ; James, 1948, Anthony, 1953 et Cynthia, 1966. De nombreuses œuvres de Nordman Hall ont été portées au cinéma. Mutiny of the Bounty où paraît le célèbre acteur anglais Charles Laughton a été un très grand succès financier pour la Metro Goldwyn Mayer qui en assura l’exécution. Hurricane a été tourné par Paramount ainsi que Botany Bay. No more gas est l’œuvre de la Metro Goldwyn Mayer. C’est un film qui met en scène des demitahitiens et qui a été tourné à Hollywood avec des séquences tahitiennes en provenance de chutes d’autres films. Passage to Marseille est l’œuvre de Warner Brothers. C’est le film qui a le plus rapporté à Hall. Les droits de Pitcairn et de Lost Islands — été vendus mais les films n’ont jamais été tournés. Tous les manuscrits de Hall et sa correspondance ont été déposés par sa veuve à la bibliothèque du Collège (Grinell, Iowa) où Hall avait été élevé.

Bibliographie. Hall a écrit son autobiographie My island home. An autobiography, Boston, Little, Brown and Co., 1952. — Citons parmi les ouvrages écrits par lui et concernant de près ou de loin Tahiti : Mid Pacific, Boston, 1928. — Tale of a shipwreck, Boston, 1934. Un roman concernant la Bounty. — Under the South, London, 1929. — Under a tatched roof, Boston 1942. — Lost island, New York, 1945. — The far lands, 1950, roman sur les premières migrations polynésiennes. The forgotten one, and other true tales of the South Seas, 1952. En collaboration, avec Ch. B. Nordhoff, Hall écrivit : Fairy lands of the South Seas, New York, 1921. — Bounty, Trilogy, 3 vol., Boston, 1936. Ouvrage d’abord paru dans le magazine Atlantic Monthly, 1934-1935, puis en librairie sous les titres : Mutiny of the Bounty, Boston, 1932. — Men against the sea, Boston, 1934. — Pitcairn’s island, Boston, 1934. — Hurricane, Boston, 1936. — The dark river, Cleveland, 1938. — No more gas, Cleveland, 1939. — En l’honneur de ses enfants, Hall écrivait parfois des vers. Son fils les a publiés : Her Daddy’s best ice cream. Illustrated by Gluyas Williams. Christmas MCMLII. Honolulu, Hawaii, 1952, 82 p., ill. 18 cm. Tiré à 100 exemplaires.

HALLEY, Édouard (1806-1842)

Officier de marine.

Né le 3 mai 1806 à Lorient (Morbihan). Entre dans la marine en 1822. Capitaine de corvette en 1840, il fait partie de l’expédition de l’amiral Dupetit-Thouars pour la prise de possession des Marquises. On trouve sa signature, comme témoin, dans de nombreux actes de reconnaissance de souveraineté. En mai 1842, il reçoit le commandement supérieur de Tahuata et des îles de ce groupe. Dès le mois de juin il a des ennuis avec le chef Iotete qui a signé la reconnaissance de souveraineté et, ayant très vite compris que ce n’était plus lui qui commandait, se réfugie dans la montagne, suivi de la plupart de ses gens. Halley fit, maladroitement, ce qu’il juge bon pour ramener le vieux roi et calmer son irritation, mais en vain. Iotete répétait sans cesse que les Français étaient les maîtres et que le véritable roi de l’île c’était Halley et non plus Iotete. En août, un ultimatum est adressé au roi d’avoir à redescendre à la baie. Sans succès. Et Halley se montre insensible aux délégations de femmes et à l’ambassade qui viennent lui demander de laisser vivre en paix le vieux roi dans ses montagnes. Et comme les indigènes se solidarisent avec le roi, c’est la guerre. Le 17 septembre, trois colonnes vont attaquer les récalcitrants. La première, mal engagée dans un terrain inconnu, doit se replier avec un officier tué : le Lt de vaisseau Laffon de Labedat. Halley qui a pris le commandement de la seconde colonne vient inspecter la situation. Il est tué lui-même d’une balle à la tête. Une pierre, au cimetière de Vaitahu, porte l’inscription suivante : Ci-gît Michel Édouard Halley Capitaine de corvette Officier de la Légion d’honneur Fondateur de la colonie de Vaitahu Mort au champ d’honneur le 17 septembre 1842. Voir à son sujet les rapports de Dupetit-Thouars et Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, 1910, p. 345-364.

HAMARD, Napoléon (1854-1884)

Pilote.

Né le 9 octobre 1854 à Saint-Vaast (Manche). Matelot de 1re classe des équipages de la flotte. Arrive probablement à Tahiti en 1876. Se fait congédier en 1879 avec le brevet de pilote local. Propriétaire à Papeete où il meurt le 13 décembre 1884.

HAMBLIN, Charles. Otehotu Arii to e raura a Hamellen (1882-1966)

Chef de Vairao.

Propriétaire exploitant. Fils de Sarah Rebecca Hamblin, 1858-1893, et d’un officier de marine qui ne lui a pas laissé son nom. Né à Vairao le 19 mars 1882. Orphelin de mère à 11 ans, il est élevé par des Drollet. Études chez les Frères à Papeete où il pousse jusqu’au brevet local, alors le plus haut diplôme accessible. Il sera pendant neuf ans instituteur, d’abord à Teahupo, puis à Vairao. De 1908 à 1938, il sera attaché au service des Travaux publics de la côte ouest de la presqu’île où il s’occupe de l’entretien de la route. Chef nommé de Vairao, le 1er janvier 1909, il est élu, en décembre de la même année, par la population du district, et sera toujours réélu à ce poste. Homme de cœur, dévoué à son district qui est un des plus importants de Tahiti, accueillant aux étrangers, indéfectible partisan de la politique française et du général de Gaulle, Charles Hamblin a été élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur en avril 1963. Le peintre breton Jiquel, de passage à Vairao, a brossé son portrait qui est conservé dans la famille. Décédé à Vairao, doyen des chefs de district, en mars 1966. Il épouse en premières noces Tetuanui a Maoni († 1913) de Mataïea. De cette union sont nés : Charles Teriari, 1901-1947, deux fois marié, sept enfants. — Georges, 1903, cultivateur, quatre enfants. — Mere Tetuanui, 1907. — Paraita, 1909. — Taibia a Tetuanui, 1911. — En secondes noces, en 1925, il épouse Tupuha Tahutini, un fils, René Alfred, 1927, qui épouse Mary Garbutt et vit à Nouméa. Il y avait deux Hamblin qui s’étaient associés pour monter une boulangerie près de l’hôpital. L’un d’eux avait été marié avec Sarah Reid et avait eu quatre enfants, Samuel, Sarah, Mary, Tahiari. Sarah avait eu plusieurs enfants. Une Éliane Hamblin, décédée à Nice en 1967, avait épousé le médecin-commandant Brunies, décédé à Paris en 1972.

HAMBLIN, William Carnogham (1816-1888)

Commerçant et colon.

Originaire de Londres. Arrivé à Tahiti avec son frère Samuel. On trouve les deux frerères Hamblin associés pour monter une boulangerie près de l’hôpital de Papeete. William travaille ensuite au magasin de Poroi Maroruo. Puis il achète des terres à Papara, sur lesquelles il cultive du café. Déjà assez âgé, il vient s’installer à Vairao. Il s’y livre au commerce des oranges, lié avec Tati Salmon, le chef de Papara. Meurt à Vairao à 72 ans. De son union avec Sarah Reid sont nés : William, 1854 ; Samuel, 1856-1884 ; Sarah Rebecca, 1858-1893 ; Mary Ann, 1861, épouse Léon Vital Bertin en 1894.

HAMELIN, Ferdinand (1829-1899)

Tailleur et propriétaire.

Né le 4 octobre 1829 à Attainville (Seine-et-Oise). Soldat du 1er régiment d’infanterie de marine, débarque à Papeete le 29 janvier 1852. Libéré du service à Tahiti le 11 janvier 1855. Tailleur à Papeete. Dur au travail, économe, devient propriétaire de plusieurs immeubles situés aux angles des rues de la Petite-Pologne (rue Paul-Gauguin) et de la rue Bonard. Membre de la Chambre de Commerce en 1880. Meurt le 30 novembre 1899 à Papeete. — De son union, le 8 octobre 1859, à Papeete, avec Amélina Heaulmé, 1844-1899, sont nés : Clémentine, 1860 épouse le 7 juin 1882, à Papeete, Baptiste Maraval ; vivait à Paris en 1902 — Blanche, 1862-1906, épouse le 7 janvier 1882, à Papeete, Germain Coulon : neuf enfants. — Ferdinand, 1865, bijoutier à Papeete. — Charles, 1868, en 1902, résidait à Conception (Chili). — Jules, 1871-1875. — Henri, 1875, demeurait en 1902 à la Nouvelle-Orléans, directeur du journal l’Abeille, de langue française. — Rose, 1879, épouse à Papeete, en 1901, Armand Carré, agent de police ; demeuraient, en 1902, à Besançon (Doubs). — Amélie, 1882.

HAMELIN, Ferdinand-Alphonse (1796-1864)

Amiral et sénateur.

Né le 2 septembre 1796 à Pont-l’Évêque (Calvados). Embarque, comme mousse, à l’âge de dix ans. Enseigne de vaisseau en 1812. En juillet 1844, contre-amiral et commandeur de la Légion d’honneur, il est appelé au commandement de la Station navale du Pacifique. Il l’exerce pendant près de quatre années à bord de la frégate la Virginie. Arrive le 21 décembre 1844 à Papeete et y est reçu par Bruat. Le 7 janvier, il donne une réception à laquelle furent invités le consul général Miller et les officiers britanniques. Le consul général Miller est heureux d’apprendre qu’il vient restaurer le protectorat. Comme la Reine ne répond pas aux avances de l’amiral et du consul, l’invitant à revenir à Tahiti, la décision est prise de restaurer le protectorat hors de la présence de la Reine et d’en hisser le pavillon après avoir remis le pouvoir aux chefs. Les navires anglais refusent de s’associer à la cérémonie, le 17 janvier 1845, en pavoisant et en tirant des salves d’artillerie. Car Hamelin n’a pas consenti à ce que le pavillon anglais fût de nouveau hissé sur le consulat, le consul n’ayant pas reçu l’xequatur. Cette décision rend les rapports assez tendus entre l’amiral français et son collègue Sir T. Thompson, commandant le Talbot qui arrive le 10 février enquêter sur l’arrestation de Pritchard. Il repart dès le 15 pour Honolulu ayant à son bord le consul Miller. Hamelin repart, à la fin de février, accompagné de l’Héroïne et de la Triomphante, à destination de Callao où il est le 21 mars. On le verra au mois de mai de l’année suivante où il prend une part active à l’affaire de Papenoo. Sera ministre de la Marine de 1855 à 1860. Il meurt grand chancelier de la Légion d’honneur, le 16 janvier 1864, et est enterré aux Invalides.

HAMON, Renée (1897-1943)

Écrivain et voyageur.

Née à Vitré (Ille-et-Vilaine) le 24 janvier 1897. Voyage aux États-Unis, fait de la peinture et mille métiers à Paris. Fait en 1936 un voyage à bicyclette autour du monde qui lui permet de passer en Calédonie, aux Hébrides et à Tahiti. En 1937, elle obtient un passage sur l’Eridan, un long courrier des Messageries Maritimes : l’Intransigeant lui a demandé un reportage et lui adjoint un opérateur de cinéma, P. Potentier. Elle visite, à la sauvette, treize mois durant, les îles Sous-le-Vent, les Tuamotu et les Marquises. Elle rapporte de ce voyage un livre et un film : Gauguin, le solitaire du Pacifique, qui fut présenté au Louvre le 8 juin 1938. A son retour d’Océanie, Renée Hamon alerta Georges Mandel, alors ministre des Colonies, et lui présenta un rapport sur l’état sanitaire des îles qui est peut-être à la base de l’intensification des soins médicaux aux Tuamotu et aux Marquises. Une grande admiration pour Colette meubla les dernières années de sa vie traversée par un mal qui l’emporta à La Trinité-sur-Mer (Morbihan) le 27 octobre 1943. En troisième noces, elle épouse, en 1928, Harald Heyman, le traducteur suédois de Samuel Johnson qu’elle retrouvera à Tahiti et qui y demeurera.

Bibliographie. Pacifique, 1938 (Intransigeant, Paris 12-22 janvier 1938) ; reportage repris, avec une préface de Colette, dans : Aux îles de lumière, Tahiti, Tuamotu, Marquises, Paris, 1940, 246 p. Donne également des souvenirs sur les îles dans Amants de l’aventure, Flammarion, 1943, 224 p. Intéressée par Gauguin, elle a recueilli sur place des photographies et des souvenirs sous le titre : A Tahiti et aux îles Marquises, Gauguin, le solitaire du Pacifique, Paris 1939, 46 p. — Les relations de Renée Hamon et de Colette ont fait l’objet d’une publication posthume de Colette : Lettre au Petit Corsaire, Paris 1963 ; on y trouvera une notice biographique sur Renée Hamon par Claude Pichois, p. 20-26.

HAMOND, Sir Andrew Snape (1811)

Officier de marine anglais.

Né le 3 octobre 1811. Entre dans la marine en 1824. Lieutenant en 1831. Commandera de 1842 à 1846 dans le Pacifique le Salamander, corvette à vapeur. Arrive à Tahiti venant de Valparaiso le 5 juin 1844. Participe à un dîner officiel offert par Bruat le 17 août 1844. Conduit le 11 octobre le consul Miller à Raiatea où Pomaré s’est réfugié, et, après un tour aux îles Sous-le-Vent, rentre à Papeete le 3 novembre. En décembre, lors de la venue de l’amiral Hamelin à Tahiti pour y proclamer la restauration officielle du Protectorat français, la Reine ayant toujours refusé de revenir de son exil et le pavillon anglais n’ayant pas pu être hissé sur le consultat, le consul n’ayant pas reçu l’exequatur, Hamond refuse de s’associer à cette manifestation en pavoisant. Il a cependant assisté à une réception le 7 janvier 1845. Le Salamander quittera définitivement Tahiti le 6 juillet 1846. Hamond épousera Mary Miller, une nièce du consul général. Cf. O. Byrne, Naval biographical Dictionary, p. 455.

HANANA, pere Tunui (1891)

Pasteur protestant.

Né le 15 août 1891 à Vaitoare, Tahaa. Cultivateur dès son jeune âge. A 27 ans entre à l’école des pasteurs autochtones des Missions évangéliques à Papeete. Consacré dans ses nouvelles fonctions en 1921. Titulaire de la paroisse d’Avera à Raiatea, depuis le 13 décembre 1921, n’en a pas abandonné pour autant la terre, et continue, à ses moments de loisirs, à cultiver cocotiers et vanille. Se montre un guide précieux pour ses concitoyens. Il est chevalier de la Légion d’honneur et chevalier du Mérite agricole.

HANDERSON, Peter (1851-1916)

Marin et commerçant.

Né à Langerton (Norvège), arrive à Tahiti comme second à bord d’un quatre-mâts en 1896. Il navigue sur les goélettes locales, puis travaille chez Young. Meurt à Papeete le 29 janvier 1916. — De son union avec Éva Johnston, 1873-1970, sont nés sept enfants dont deux fils, l’un décédé, l’autre, Stéphane, travaillant comme radio de marine, et cinq filles : une, Théodora, 1899, épousera Paul Vidal ; la seconde, Louise, 1900, épouse Louis Carlson et une troisième deviendra Mme Aubert. — Le H d’Anderson a probablement été ajouté au moment de sa naturalisation, obligatoire à l’époque, pour devenir capitaine d’une goélette française. Le nom ne paraît d’ailleurs pas dans les Annuaires de Tahiti, ni sous la rubrique des marins, ni dans la liste des commerçants patentés.

HANNIER, Jean-Baptiste (1819)

Colon militaire.

Né le 4 avril 1819 à Moricourt (Somme). Arrive à Papeete le 4 novembre 1843 comme marin à bord de la frégate Uranie. Fait toute la campagne de Tahiti en prenant part aux combats de Mahaena le 17 avril 1844, de Maeva (Huahine) les 17 et 18 janvier 1846, de Papenoo le 8 mai et de Fautaua le 16 mai 1846. Libéré à Tahiti en 1846 comme colon militaire, après avoir été quartier-maître de manœuvre. S’établit à Papeuriri (Mataiea). De son union en 1861 à Papeete avec Riaria, originaire de Kaukura (Tuamotu), la descendance n’est pas connue.

HANSON, F. Allan (1939)

Ethnographe.

Né le 17 mai 1939 à Dixon (Illinois, U.S.A.), études supérieures à l’université de Princeton et à l’université de Chicago dont il est « master of Arts ». Vient plusieurs fois travailler en Polynésie, à Tahiti en 1960 et 1961, à Tahiti et à Rapa en 1963-1964. Écrit un mémoire sur l’Introduction du christianisme en Polynésie et une thèse traduite en français sous le titre : Rapa, une île polynésienne hier et aujourd’hui, Paris, 1973, qui est une très vivante analyse sociologique de la population de cette petite île perdue.

HARDMAN, Donald C

Peintre américain.

Vit à Tahiti avant la Seconde Guerre mondiale. Rentre aux États-Unis au moment où les hostilités commencent en Europe. Exposera à l’Honolulu Art Academy, en mars 1944, des aquarelles : « No pseudo Gauguin, no steamshipmen school of painting. The authenticity of these pictures is immediately sensed. » Elles sont intitulées Tabitian Garden in Punaauia, Fare Papa ruau, Tehei, The reef, Deserted valley. On en trouvera des reproductions dans Paradise of the Pacific, Honolulu, Dec. 1944, p. 89 ; et également dans un article de Tom Nordman : Tabiti and the atolls, Watercolors by C.P.O. Donald C. Hardman, U.S.N.R. (Hawaii, Honolulu, March 1, 1944). Pendant la guerre, Hardman travaillera comme peintre de la marine américaine.

HARRIS, John (1757)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Tonnelier. Célibataire. Fait partie, comme artisan, du premier contingent de missionnaires envoyés en Océanie par la Société. Quitte l’Angleterre par le Duff, le 10 août 1796. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Ordonné le 19 mars lors de la répartition des missionnaires. Avait manifesté son désir d’être affecté aux Marquises, avec Crook. Après y avoir séjourné quelques jours, devant des indigènes trop familiers, il refuse de demeurer et, le 26 juin 1797, réembarque sur le Duff qui le conduit à Tahiti. En mars 1798, se compte néanmoins parmi les six missionnaires qui demeurent à Tahiti. Cependant profite du passage de la Betsy à Tahiti pour quitter la mission le 1 janvier 1800 : son intention avouée était de voir Tonga et sa promesse de regagner Tahiti à la première occasion. En fait, il ne reverra jamais Tahiti, quittera la Société, deviendra chapelain et directeur d’école à Norfolk, et, plus tard, à Hawkesbury. Rentrera finalement en Angleterre.

HART, John (1836-1900)

Colon et négociant.

Bien que né à Londres, le 12 août 1836, les actes français le disent « colon américain », et le consul des États-Unis, Dorence Atwater, sera témoin lors de la naissance de son fils en 1886. Sera vice-consul des États-Unis, mais, également, consul par intérim de Grande-Bretagne à Papeete en 1898. Homme énergique et entreprenant, Hart achète en 1872, au pasteur sandwichien Haputa, d’Atuana, des terrains dans la baie de Taahuku, Hiva Oa, îles Marquises, au meilleur emplacement de la baie des Traîtres. Il s’agissait, à l’est d’Atuana, des vallées de Taahuku et de Punaei, environ 800 ha, terrains inoccupés et qui servaient de champ de bataille à deux tribus rivales, les Hamau et les Naiki. Ayant acquis ces terres, Hart s’en fut aux États-Unis d’où il ramena des travailleurs chinois — soixante d’après R. L. Stevenson — puis il alla recruter environ soixante-dix indigènes d’Aorai, aux îles Gilbert, hommes, femmes et enfants, qu’il installa, au milieu de la vallée, dans un endroit qu’il nomma Petit Paris ; les Chinois furent groupés près de la plage et le lieu baptisé Petit London. Grâce à cette main-d’œuvre la vallée fut rapidement débroussée et plantée en cotonniers. Hart fit construire des logements pour son gérant, Robert Stewart, le frère du directeur d’Atimaono, et pour ses ouvriers. Également deux grands magasins, l’un pour le coton, l’autre pour les marchandises. Une route fut tracée et un Decauville fonctionna pour les transports. A Taiohae, Hart monta une machine à égrener et une autre pour presser les balles. Outre les cotonniers, Hart fit planter des citronniers — des tonnelets de jus étaient vendus, à San Francisco, comme antiscorbutique, aux équipages des voiliers — des caféiers arabica — quelques hectares dans le vallon de Tehueto, au-dessus du village du Petit Paris — et des milliers de cocotiers. Hart fit également de l’élevage et, avec le consentement des indigènes, organisa sur le plateau des Hamau, au nord de Taahuku, l’élevage du bétail, et, entre Taahuku et la vallée de Punaei, il installa un troupeau de moutons. Il emploie vers cette époque des Fischer et des Lichtlé, comme collaborateurs ou assistants. A Taiohae, Hart eut quelques difficultés avec ses travailleurs chinois qui s’étaient mis dans la tête de cultiver du riz à leur profit pour n’avoir pas à en acheter à son magasin. Ses Gilbertins reçurent l’ordre de démolir les travaux d’irrigations entrepris ! Les tribus des environs lui donnèrent du fil à retordre. Le 9 juin 1873, deux de ses travailleurs furent tués par les indigènes et la maison du gérant Robert Stewart pillée, ainsi que son magasin de marchandises. « Nous avons tout perdu, les maisons sont démolies, tout a été enlevé » écrit le gérant. A la suite de cette affaire, Hart prit comme compagne Teata, une jeune beauté des Hamau, et il n’eut plus de difficulté de la part de cette tribu. Un peu plus tard, comme Hart avait installé quelques travailleurs chinois pour travailler dans les vallées de Ututehe et de Vaipio sur des terres fournies par le chef Timau, celui-ci, un fiefé ivrogne, changea d’idée et prétendit chasser les Chinois. Hart intervint personnellement, accompagné de quelques gendarmes et — brutalité ou maladresse ? — tua Timau d’un coup de révolver. Il passera en jugement à Tahiti où il sera acquitté. A partir de cette époque, un petit poste de police — trois gendarmes — fut établi à Taaku près de la plantation et en assura la tranquillité, mais Hart dut quitter l’archipel pour éviter des représailles. En mai 1877 un raz de marée nocturne vint ravager plantation et établissements. Les débris de tous les bâtiments rasés jonchaient le lendemain les rochers de la côte sur plusieurs kilomètres. Le gérant, un nommé Nicholson, ne s’en tira que par miracle (Messager de Tahiti, juillet 1877). Sans doute pour remonter cette affaire dont il ne devait plus pouvoir s’occuper lui-même personnellement, sur place, en novembre 1877, Hart fonde à Papeete la Société John Hart and Co., au capital de 300 000 F, société « pour le commerce d’immeubles situés à Noukahiva et Hivaoa ». Il a comme partenaire, dans cette Société, la Société commerciale de l’Océanie, alors représentée à Papeete par Gustave Godeffroy junior et Hermann Meuel. Ainsi la Société commerciale de l’Océanie s’installait-elle aux Marquises. A quel moment Hart en fut-il complètement éliminé ? En 1883 il paye encore patente aux Marquises. En 1888, lorsqu’il passe aux Marquises, R. L. Stevenson trouve que la plantation de Taahuku n’est plus que l’ombre d’elle-même. En 1895, pour régler ses dettes, Hart avait cédé tous ses droits à la Société allemande. Celle-ci protégée par le petit poste de police qui assurait le calme par une sorte d’état de siège permanent et, par ailleurs bien menée, continua les vastes plantations commencées par Hart. Une factorie fut installée Taahuku, dans le seul endroit de la baie des Traîtres où l’on puisse aborder par tous les temps, et successivement elle étendit avec une remarquable méthode ses possessions et son influence prépondérante sur les diverses îles de l’archipel. Le S. N. Castle, un trois-mâts de San Francisco, apportait à Taiohae les marchandises que la goélette de la Société répartissait ensuite dans les différentes baies des îles. La plantation sera gérée par H. Rambke. Sous séquestre comme biens allemands en 1914, elle est actuellement entre les mains de E. Rauzy. John Hart est décédé à Papeete le 25 janvier 1900. De son union avec Frances Anne Sayers sont nés à Taiohae : John Ralph, 1876-1953, commerçant et propriétaire terrien à Uturoa, où il aurait ouvert un cinéma dès 1910. Sera pilote de Raiatea. C’est lui qui manœuvre les bateaux des Messageries Maritimes lors de leur touchée à Uturoa au cours de leur voyage de retour en France. Capitaine du port d’Uturoa de 1930 à 1945. Aura de nombreux enfants de plusieurs unions tahitiennes dont Alice, qui épousera son cousin Marcel Hart, et Alfred, associé avec Marcel Tixier, maire d’Uturoa, qui sera le premier agent de la RAI à Raiatea. — Alice, 1879, qui, après la mort de son père, va vivre en Nouvelle-Zélande avec sa mère. Célibataire. — Georges, 1886-1918, commerçant à Uturoa où il meurt de la grippe espagnole. Cinq enfants : Marcel, 1909-1969 ; John ; Édouard, épouse Dausy Flohr ; Nina, 1912 ; Georgina († 1957) épouse en premières noces Robert Mollon, vit avec le fils Grojant. Robert Louis Stevenson, qui passa aux Marquises en 1888, a consacré à Hart et à son histoire à Taahuku le XIIe chapitre de son livre : In the South Seas. Voir aussi un Rapport concernant le « colon américain » J. Hart, conservé aux Archives de France. Fonds Outre-Mer. Océanie, A. 103.

HART, Marcel dit Maté (1909-1969)

Fils de Georges.

Armateur et entrepreneur. Né le 5 juillet 1909 à Papeete. Conseiller municipal d’Uturoa dès 1946, la confiance de ses concitoyens fait de lui le maire de la cité en 1959, poste qu’il occupera pendant trois mandats successifs et jusqu’à sa mort. Il sera également membre de l’Assemblée Territoriale en 1962, et réélu en 1967. Armateur, il a longtemps assuré avec la Tamarii Raiatea, remplacée en 1966 par la Temehani, goélette de 280 t construite dans l’Orégon, des liaisons entre les îles Sous-le-Vent et Papeete. Une de ses ambitions était de permettre aux habitants des îles Sous-le-Vent d’obtenir la télévision. Un sort tragique voulut que ce soit en construisant la route qui devait permettre l’érection d’une antenne sur le Tapioi, un sommet d’Uturoa, qu’il périt, écrasé par le bull-dozer qu’il manœuvrait et qui se retourna sur une pente. C’était le 27 janvier 1969. Uturoa perdait un homme de cœur et d’une grande serviabilité. De son union avec sa cousine germaine Alice, 1908-1967, sont nés : Rémi, 1930, gérant de la Société du Temehani, épouse Moea Dauphin, pas d’enfants. — Frank, 1933, entrepreneur-agriculteur, épouse Nita Mataarere, cinq enfants. — Marcel, 1935, commerçant à Uturoa, qui poursuit depuis 1972 à l’Assemblée Territoriale l’œuvre de son père, épouse en 1956 Simone Sanford, directrice de l’école primaire d’Uturoa, deux enfants : Sylviane, 1957 et Steeve, 1965. — Muriel, 1941, institutrice à l’École Viénot, épouse Tuheiva, lui aussi instituteur à Raiatea.

HARTMANN, Auguste (1837-1887)

Brasseur.

Né le 12 août 1837 à Mulhouse (Haut-Rhin). Arrive à Tahiti le 27 juin 1877 par l’Ariel, venant de San Francisco (Californie). Avec des capitaux de Robin et Martiny, crée la première brasserie à Papeete, puis s’établit à son compte. Meurt à Papeete, le 1er février 1887. De son union, le 22 septembre 1859, en France, avec Barbe Karm, sont nés trois enfants dont Henriette, 1864-1943, qui suit son père et épouse à Papeete, Edmond Brault, le 8 novembre 1884. — Voir une note à son sujet dans le Messager de Tahiti, n° 146, 1887.

HASSEL, Rowland (1769-1820)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Tisserand, il fait comme partie, comme artisan, du premier convoi de missionnaires envoyé par la Société en Océanie. Marié, il quitte l’Angleterre, par le Duff, le 10 août 1796. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Se joindra aux missionnaires qui, le 27 mars, découragés par les conditions difficiles de la mission, décident de quitter Tahiti par le Nautilus. Arrive à Sydney le 14 mai, date à laquelle il se retire de la Société. Comme tous les « fuyards » du Nautilus, Hassell sera fraternellement accueilli à Port Jackson par le Rev. Samuel Marsden dont il deviendra l’ami. Au début de 1800, Hassell ira habiter dans une ferme de Marsden et il agira souvent comme son représentant. Un fils de Hassell, Thomas, épousera la jeune Anne Marsden. Hassell meurt à Paramatta (N. S. W.) le 28 août 1820. La Mitchell Library, à Sydney, possède la correspondance de Hassell (Hassell letters), intéressante pour Tahiti, car il était en rapport avec la mission. On y voit Pomaré lui écrivant pour lui demander des fusils, des envois de matériel…

HAUMANT, Jean-Camille (1898-1955)

Gouverneur.

Né le 23 février 1898 à Lille (Nord). Après avoir fait la Première Guerre mondiale, il entre à l’École coloniale et, docteur en droit, mène une carrière coloniale qui se poursuit en Afrique et à Paris, au ministère. Étant chef du service administratif, rue Oudinot, il est nommé, en juin 1945, secrétaire général des Établissements Français de l’Océanie, et peu après, en août, gouverneur intérimaire. Entré en fonctions le 13 décembre 1945, il occupera le poste deux années, rendues assez pénibles par les difficultés de l’époque. Excellent administrateur, il remet de l’ordre dans les finances après les perturbations monétaires et les expédients de la période de guerre. Du point de vue politique, il voit l’institution de l’Assemblée Territoriale en 1946, et assiste également, en février de l’année suivante, à la fondation du premier parti politique proprement tahitien, le Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes (R. D. P. T.), né d’un comité Pouvanaa. Quelque temps avant son départ, il connaît « l’affaire » dite « des volontaires », lorsque la population, mécontente, tente de s’opposer au débarquement de la Ville de Verdun, le 22 juin 1947, de trois commis de l’administration métropolitaine, manifestation dans laquelle on peut voir la première expression publique d’un intérêt proprement politique pris par la population tahitienne. C’est Haumant qui prendra alors la décision de faire arrêter les promoteurs de cette émeute, et en particulier Pouvanaa, le futur député de Tahiti. Passe ses fonctions le 5 mars 1948 et rentre en France où il est attaché, rue Oudinot, comme directeur des Services administratifs du Ministère. Meurt à Paris en 1955.

HAUTECŒUR, Nicolas (1822-1898)

Religieux picpucien.

Né en 1822 à Belle-Vallée (Ardèche). Arrive aux îles Marquises le 8 octobre 1854, comme « donné ». Fait profession, comme Frère convers dans la congrégation, en 1891. Meurt le 11 novembre 1898, après quarante-quatre années de présence continue aux Marquises.

HAVLASA, Jan Pseudonyme de KLECANDA, Jan (1883-1964)

Voyageur et écrivain.

Né le 22 décembre 1883 à Teplice (Bohème). Jeune marié, fait un voyage de noces à Tahiti où il passe six mois en 1910. Arrive par le Mariposa le 11 juillet. Retrouve son ami Milan Ratislav Stefanik venu étudier à Papeete le passage de la comète de Halley et une éclipse solaire. A laissé, en tchèque, un récit vivant de son tour de l’île. Rencontre de Tetuanui, le chef de Mataïea, de l’hôtelier Mac Farlan, alias Mac Tavish, Anglais d’origine écossaise et hôtelier, du naturiste Darling, de Ori a Ori etc. Mme Havlasa pense avoir été la première à traverser l’île à pied ! Sur Havlasa, son séjour à Tahiti, ses différentes œuvres — romans, essais ou nouvelles — qu’il tira de son contact avec l’Océanie française, voir un article de Hanus, J.S.O., déc. 1971, p. 396-398.

HAWKINS, John (1817)

Missionnaire mormon.

Né le 6 octobre 1817 à Maidstone, comté de Kent (Angleterre). Arrive à Tahiti le 3 juin 1840, trois ans après avoir quitté l’Angleterre. Baptisé par le missionnaire mormon Grouard, en octobre 1844, est ordonné par lui. Captif des indigènes durant plusieurs mois dans les montagnes. A son retour parmi les Européens, il apprend qu’il est recherché par les Français comme ayant pris les armes contre eux. S’en tire de justesse. Baptisé par le missionnaire ancien Grouard, refuse de recevoir les missionnaires Mormons. S’occupe de l’Église durant le temps où les pasteurs mormons ne sont pas reçus à Tahiti.

HAYWARD, James

Missionnaire de la London Missionary Society.

Désigné pour les mers du Sud, il fait partie du contingent de missionnaires envoyés par le second voyage du Duff, qui quitte l’Angleterre le 20 décembre 1798. Le navire est capturé par les Français du Grand Buonaparte. Via Lisbonne, Hayward rentre en Angleterre où il arrive le 13 octobre 1799. Persévérant dans sa vocation, il repart le 5 mai 1800 sur le Royal Admiral avec huit autres missionnaires destinés à Tahiti dont Davies. Arrive à Tahiti le 10 juillet 1801. En 1807, après la mort de Jefferson, fait avec Nott la première tournée évangélique aux îles Sous-le-Vent. S’installe à Mooréa le 22 décembre 1808. Après la défaite de Pomaré, passe à Huahine, le 22 juillet 1809. Épouse le 18 janvier 1812 Sarah Christie. Pour raisons de santé quitte Mooréa sur le Haweis, en décembre 1818 pour Sydney. De là, gagne l’Angleterre où il arrive le 27 novembre 1819. Après sept mois de séjour en Angleterre, retrouve Tahiti le 28 avril 1821. La santé de sa femme donnant des inquiétude quitte définitivement la mission le 13 décembre 1822, date à laquelle cesse son appartenance à la Société. W. W. Bolton prétend avoir retrouvé à Mooréa la tombe de Sarah Hayward, elle serait décédée le 4 octobre.

HEARN, Brigitte (1845-1916)

En religion sœur Marie des Saintes Reliques, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Débarque à Tahiti le 2 novembre 1869 comme sœur institutrice à l’école Saint-Joseph de Papeete. Elle y exerce jusqu’en 1913, chargée particulièrement des cours de langue anglaise. Prend sa retraite à Papeete, après avoir dispensé l’instruction à toute une génération de jeunes filles tahitiennes. Meurt à Papeete le 26 octobre 1916.

HÉBERT, Pierre (le Père Jean-Baptiste). 1809-1859

Religieux picpucien.

Né le 9 juin 1809, à Mont Pinchon (Manche). Profès dans la congrégation en 1843. Envoyé en Océanie. Décédé aux îles Gambier, le 20 mars 1859, par suite d’un accident de mer.

HEIM, Joseph (1826-1884)

Colon militaire.

Né le 22 juillet 1826 à Gunstelt (Bas-Rhin). Artilleur du régiment d’artillerie de marine. Arrive à Nuku Hiva (îles Marquises) le 8 juin 1852. La garnison de cette île étant supprimée, passe à Tahiti et y débarque le 28 novembre 1854. Sert dans la gendarmerie puis se fait libérer comme colon militaire vers 1857. Meurt au district de Faaa le 12 mars 1884, propriétaire de deux belles cocoteraies.

HEINER, Paul (1906)

Peintre.

Né le 29 mars 1906 à Leipzig. Études à l’Académie des Beaux-Arts de cette ville. Circule vers 1930 dans la Polynésie française et y peint, surtout à l’huile. — Voir : H. Vollmer, Künstler Lexikon des XX. Jahrhunderts, t. 2, p. 407.

HÉLIES, Yves (1846-1882)

Marin.

Né le 26 février 1846 à Laperec (Finistère). Débarque à Papeete le 1er janvier 1876, de la goélette française Mathilde, venant de San Francisco. Marin de profession. Voyage au commerce dans la flottille locale. Meurt à Papeete le 27 août 1882.

HELME, Jean (1834-)

Employé et propriétaire.

Né le 25 juillet 1834 à Grenoble (Isère). Commis de la marine, débarque pour la première fois le 13 août 1857, à Papeete. Sert aux Subsistances puis rentre en France en 1863, après son séjour terminé. Revient à Tahiti en 1870, toujours pour la même administration. Repart en France en 1874. De retour dans le pays le 19 mars 1876, comme civil, s’y fixe définitivement. Employé aux Subsistances pendant plusieurs années. Quitte cet emploi pour être gérant chez Robin, usinier à Taaone (Pirae). Vers 1900, écrivain à la Caisse Agricole, à Papeete. Propriétaire, rue du Commandant-Destremeau où il meurt le 8 janvier 1916. De son union, le 14 avril 1875, à Papeete, avec Caroline Martiny, 1855-1935, sont nés : Victoire, 1877-1881. — Émile, 1879-1956, subrécargue de goélette, circule pour la Compagnie mobilière et agricole de l’Océanie, s’occupant de ses plantations aux Tuamotu, s’intéresse également à la plonge, survivra au cyclone de 1906 à Hikueru ; se marie en 1935, à Victoria Mahana dit Sue, 1886-1948 ; trois enfants. — Blanche, 1881, meurt en bas âge. — Jeanne, 1882. — Ernest, 1884. — Marguerite, 1892. — Élisa, 1886. — Lucie, 1888-1957, épouse en 1914 Émile Fourès, deux enfants. — Sébastien, 1894, se marie, en 1937, avec Louise Estall, quatre enfants

HENGST, Bernhard (Frère Boniface). 1868-1930

Frère convers picpucien.

Né à Paderborn (Allemagne), le 30 septembre 1868. Profès dans la congrégation le 12 mai 1889. Part aux îles Marquises en 1895. En revient en 1914, estropié à la suite d’un accident. Restera en Europe « donnant des conférences et rédigeant des relations sur les choses qu’il avait vues ou entendues aux Marquises ». Meurt à Simpleveld (Hollande), le 1er janvier 1930.

HENNEBUISE, Charles (1824-1898)

Colon militaire.

Né le 19 janvier 1824 à Fugnières (Aisne). Soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti en 1847. Congédié, comme colon militaire, le 31 décembre 1851. Pendant les premières années de sa libération, se fixe à Bora Bora, puis, en 1865, on le trouve propriétaire au district de Faaa. Y meurt, le 22 novembre 1898. De son union, le 10 décembre 1856 à Bora Bora, avec Hio a Opu dite Hiro Vahine († 1871), sont nés : Julie, 1857-1928, épouse Auguste Migne-propriétaire à Punaauia, le 1er décembre 1877 à Papeete : trois enfants. — Clara, 1859-1921, épouse Joseph Chaudon propriétaire, le 6 avril 1878 à Papeete : deux enfants. — Reine, 1860. — Charles, 1862-1918, se marie le 25 décembre 1892, à Faaa, avec Taumiarii a Rai. — Tuebumatura, 1864. — Paul, 1865-1936, épouse à Faaa, Ruia Koari. — Victor, 1867, se marie, le 25 décembre 1892 à Faaa, avec Tupuraa a Taupua. — Gustave, 1866-1935, épouse sa belle-sœur Tupuraa a Taupua 1869, à la mort de son frère Victor.

HENRY, Isaac (1828-1905)

Colon.

Fils de William. De son union avec Eliza Charlotte Orsmond, décédée le 14 novembre 1860 à Papeete chez le ministre Daniela, sont issus : John. — William Ebenezer qui épouse sa cousine Caroline Henry. — Philip. — Teuira, 1847-1915, fille aînée. Devient professeur de français et d’anglais à l’école Viénot, de la Mission de Tahiti. C’était une grande linguiste qui avait étudié à fond la langue tahitienne. Elle enseignera à Hawaii, comme professeur à l’école royale de Honolulu. Elle passa une bonne partie de son existence à reconstituer, d’après les notes et les manuscrits de son grand-père Orsmond, le travail que ce missionnaire avait confié en 1848 au gouverneur Lavaud et qui avait été perdu. Ce travail fut publié en 1928, par les soins du Bishop Museum de Honolulu sous le titre Ancient Tahiti. Une traduction française en a été donnée en 1951 par la Société des Océanistes sous le titre : Tahiti aux temps anciens. Teuira Henry, décédée le 23 janvier 1915 à Paea, Tahiti, n’eut donc pas la satisfaction de voir paraître cet ouvrage, fruit de son labeur opiniâtre. Elle était demeurée célibataire. Une note nécrologique sur Teuira Henry dans le Journal de la Société des Missions Évangéliques, 1 sem., 1916, p. 161. — Émeline, épouse le capitaine William Walker. — Isabelle, épouse un Brenand. Va vivre aux Marquises où elle meurt à la naissance d’un enfant. Sans postérité. — Sarah, 1850, institutrice, épouse George Brodien, descendant de missionnaire. Un fils Teiva et une fille Purea. Devenu veuf, George Brodien épouse sa belle-sœur Annie : deux enfants, Teuira et Wallace. — Annie, 1856, épousera son beau-frère Brodien. — Harriett, célibataire. Va mourir à Sydney. — George Moody, meurt à Tahiti à 20 ans.

HENRY, Samuel Pinder (1800-1852)

Master Mariner.

Connu par les indigènes sous le nom de Tiritahi. Fils aîné de William. Né le 8 février 1800 à Tahiti. Études à Sydney. Retourne à Mooréa vers 1814 où il assiste à un meurtre pour un sacrifice humain. Voyage en 1819 sur le Haweis, petit navire missionnaire construit par Pomaré qui lui confie parfois le Queen Charlotte et le Governor Macquarie. Pomaré, en 1821 fait de S. P. Henry le « sole agent for disposal of his cargoes in Sydney » ; il est le Ari’itai, le chef de la mer, de Pomaré, nous apprend Moerenhout (t. 1, p. 95). S. P. Henry travaillera aussi à son propre compte ; on le dit « marin d’une grande compétence » et il circule dans la Polynésie s’occupant du commerce de la nacre, du bois de santal ainsi que du ravitaillement. Moerenhout raconte une de ses aventures avec l’Araucano aux îles Tubuai. On l’accusera, à Sydney, en 1822, de faire du trafic d’armes. Il sera sévèrement blâmé par la Cour à cette occasion. Il circulera avec le missionnaire John Williams. En 1831, le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud utilise ses services pour transporter à Tahiti les gens de Pitcairn. On lui doit la découverte d’une île. A Tahiti, il sera propriétaire, avec son beau-frère, le capitaine Thomas Ebrill, d’une plantation de cannes à sucre à Ma’iripehe, plantation qui marche mal faute de main-d’œuvre. Il possède également 5 ha de terres à Mooréa, reconnues par Pomaré en 1843. Sur la fin de sa vie, il sera pilote à Papeete — son nom figure sur la carte de Delessert — où il meurt le 1 juin 1852. Samuel Pinder Henry épousera le 28 juin 1821, à Parramatta, Sydney, Sophia Wood († 1851) et conduira aussitôt son épouse à Tahiti. De cette union naîtront : Samuel Pinder, second du nom, 1824-1865. — Sophia, 1830-1906, épousera James Greer († 1904), sollicitor à Sydney, époux assez volage dont la femme viendra un jour se réfugier à Tahiti chez ses parents après une frasque de son mari. — Lucy Sarah, 1840-1921, épouse Joseph Love, marchand à Shangai. — Sarah Rasannah, 1843-1911, épouse à Melbourne John Henry Bruyères. — Caroline, 1847-1906, épousera William Henry, 1844-1904, planteur de coton à Fidji, puis fonctionnaire australien.

HENRY, Samuel Pinder (deuxième du nom). 1824-1865

Colon.

Fils de Samuel Pinder Henry. Né le 23 septembre 1824 à Tahiti. Éducation à la South Seas Academy et à Sydney. Son acte de mariage le dit « fermier ». S’occupe au début de sa vie de la plantation de son père à Ma’iripehe. Peu après son mariage, vers 1850, laissant sa jeune femme seule à Tahiti où elle subira de curieux bombardements nocturnes de pierres de la part des tupapau, S. P. Henry part en Californie où l’or l’attire avec son cousin Isaac Henry. Revient sans avoir fait fortune après deux ans d’absence. En avril 1858, la propriété de Ma’iripehe est échangée contre celle de Ma’ara où il fait du coton et des cocotiers. Meurt à la suite d’un accident, le 23 mai 1865. Enterré à Ma’ara où sa tombe porte l’inscription suivante : « Sacred to the memory of Samuel Pinder Henry who departed this life on May 23rd 1865 aged 41 years. Deeply regretted by his family and friends. This stone is erected by his bereaved widow to his memory and that of the infant daughter (Grace) who was born and died a short time after her father, aged three weeks. » De son union, en 1846 (?), avec la seconde fille du Rév. J. M. Orsmond, Isabella, 1826-1896, sont issus cinq enfants : Julia Averarii, 1847-1919, qui épouse à Papeete, en 1883, un touriste américain, James Sherrard († 1892) qui séjournera sept ans à Tahiti comme colon. — Antoinette Cecilia, 1858-1931, épouse William St-Clair Stuart. — Blanche Clara, 1860-1914, épouse le Rév. E. V. Cooper. — Samuel Pinder, troisième du nom, 1862-1939, d’abord marin, s’occupera ensuite de la plantation de Ma’ara ; épouse en 1885, à Tahiti, une Néo-Zélandaise de passage, Mary Théodora Heywood, 1864-1934, qui, en 1893, l’entraînera en Nouvelle-Zélande. — Grace, née le 29 juin 1865, morte en bas âge.

HENRY, William (1770-1859)

Missionnaire de la Société missionnaire de Londres.

Né à Dublin (Irlande) le 21 juin 1770. Études à Trinity College. Charpentier. De le première équipe de missionnaires s’embarque, marié, sur le Duff en août 1796. Au cours du voyage est nommé membre du Comité directeur de la mission et on lui accorde le titre de « Reverend ». Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Après un an de séjour, découragé, le 31 mars 1798 gagne Sydney, mais rejoint la mission de Tahiti en janvier 1800 par le baleinier Eliza. Sa mission est d’abord installée à Mataia Bay où il demeure jusqu’en 1808, date à laquelle des guerres locales l’obligent à se retirer à Huahine le 10 novembre 1808. Quitte cette île le 26 octobre 1809 et va en Australie, avec six de ses collègues. Laisse ses enfants à Sydney pour leur éducation. Rentre à Mooréa en septembre 1811, c’est là que meurt sa femme, le 28 juillet 1812, que l’on enterre à Papetoai. Pour la troisième fois visite Sydney l’année suivante et, en avril 1813, s’y remarie à Anne Shepherd. En 1813, le gouverneur Macquarie le nomme « magistrat » à Papeete. Sera alors attaché à la mission de Mooréa. En 1818, il passe à la station de Papetoai. Il retourne à Tahiti en septembre 1827, après avoir baptisé dans son île plus de 600 adultes, sans compter 379 enfants. Revient à Mooréa, le 21 septembre 1831. Retourne à Roby Town (Papetoai) en novembre 1832. Se retire à Sydney en 1842 où il était allé plusieurs fois, tant pour sa santé que pour l’éducation de ses filles. Il meurt à Ryde, le 1er avril 1859. Sa tombe, au cimetière Sainte-Anne de Ryde, est ornée de l’inscription suivante : « Sacred to the memory of the Rev. William Henry who entered into rest April 1st, 1859 aged 89 years, and after having laboured for more than half a century as a missionary in the islands of the South Pacific. He survived all his companions in the Pioneer Mission which was sent forth in the « Duff » in the year 1796 and departed this life universally respected and deeply lamented. After he had survived his own generation by the will of God, he fell asleep. » On ne connaît qu’un seul portrait de lui jeune, sa représentation dans le tableau « Ceding of Matavai Bay » par M. A. Smirke, où il figure à l’extrémité droite. De son union en Angleterre, en 1796, avec Sarah Maben, 1774-1812, sont issus : Sarah, 1797, qui gagna l’Australie en 1822, avec l’éléphantiasis, et dont on ignore la descendance. — Samuel Pinder, 1800-1852. — Eleanor, 1805-1841, qui épouse Thomas Ebrill navigateur, assassiné à l’île des Pins (Nouvelle-Calédonie) en 1842. William Henry, à Sydney, en 1813, épousa en secondes noces Ann Shepherd, 1797-1882, dont la tombe, jointe à celle de son mari au cimetière de Ryde (Sydney) porte l’inscription suivante : « … And in loving memory of Ann the beloved wife of the above. Born at Ryde on October 2nd 1797. She laboured with her devoted husband in earnest mission work for 33 years. They returned to this, her native place, where true to her life long devotion to Christ for twenty years she continued her labour of love, and at her last residence at the Glebe awaited amid patient suffering her everlasting rest, upon which she entered on the 28th day of July, 1882 in her 85th year. » De son union avec Ann Shepherd, William Henry eut onze enfants, tous nés à Tahiti ou à Mooréa : Ann Moorea, 1814-1878, premier enfant blanc né à Mooréa (Papetoai Bay), épouse en 1845, à Hawaii, où elle était allée comme gouvernante, Gottfried Frederick Wundenberg, 1819-1868, Allemand naturalisé hawaien, et trésorier du Roi. — Joséphine, 1816. — William, 1818. — James Shepherd, 1820-1891, architecte à Sydney. — Georges Mathew, 1822, qui vécut à Fidji. — Josiah, 1824, qui aurait fait du commerce à Tonga et aux Nouvelles-Hébrides. — Daniel Tyreman Bennett, 1825-1891, qui va vivre dans la Nouvelle Galles du Sud. — Sophia, 1827-1904. — Isaac, 1828-1905, épouse Eliza Orsmond († 1860) et vit à Tahiti où il développe la culture des orangers dans une plantation commencée par son père. Épousera en secondes noces Émilie-Anne Pelletier, décédée sans postérité. — Philip Hitoti, 1829-1909, qui doit son second prénom au fait qu’un chef tahitien sans postérité, l’ayant adopté, lui donna son nom. Élevé à Sydney, il rentre à Tahiti où il travaille comme planteur avec son frère Isaac. Épouse en premières noces une « princesse » tahitienne dont on lui connaît au moins une fille, Teioatua, 1852-1918, qui épousera un half caste, Adolphe Poroi. Philip Hitoti s’en ira finir ses jours à Marrickville, près de Sydney. — Henrietta, 1831-1881, épouse un veuf en troisièmes noces : John Greer.

HENSEL, Maurice (1890)

Peintre et aquarelliste.

Né à Paris le 15 février 1890. Très jeune se spécialise dans la description des filles légères de Montmartre où il menait sa vie de bohème. Voyage en Afrique, début de pérégrinations qui le conduisirent avec sa femme, Mauricette Jean-Bart, en Océanie. Arrive à Papeete, par la Ville d’Amiens, le 20 juin 1938. Exposera, à son retour des îles d’Océanie, à la galerie Barreira, en novembre 1941 et à la galerie du ministère de la France d’Outre-Mer, en avril 1943. Publie, en 1947, un recueil d’aquarelles où l’on trouve quelques types tahitiens. — Voir : Daniel Plailly, Les peintres de Tahiti (Paris, les arts et les lettres, 14 juin 1946, p. 2).

HÉRAULT, Pierre (1855-1924)

Propriétaire et commerçant.

Né le 28 novembre 1855 à Asnières (Deux-Sèvres). Sergent du 3 régiment d’infanterie de marine ; débarque, à Papeete le 2 avril 1878, du transport de l’État Navarin. Là, après son service, est libéré à Tahiti le 26 février 1881. Employé au Trésor, puis fondé de pouvoir du Trésorier-payeur en 1891. Vers 1900, on le trouve comme gérant d’une coopérative de consommateurs, formée par actions. Petit à petit, il rachète toutes les parts et devient seul propriétaire de l’affaire, qui d’ailleurs existe toujours, gérée par sa petite-fille, Mme Liauzun, sous le nom « Établissements Hérault ». Membre, puis président de la Chambre de Commerce de 1901 à 1924 ; conseiller général de 1902 à 1903 ; conseiller municipal ; membre du Comité directeur de la Caisse agricole. Il meurt à Papeete le 10 novembre 1924. — De son union, le 21 juin 1884 à Papeete, avec Clémentine Passard, 1868-1918, sont nés : Jean, 1885-1952, épouse le 13 octobre 1923, à Papeete, Teraireia à Hopuare : sept enfants, dont Raymond, 1914, commerçant et militant syndicaliste à Makatea, vient s’installer à Paea après son élection à l’Assemblée territoriale où il s’inscrit à l’Union tahitienne démocratique. Non réélu. Jean fait campagne en Orient où il est blessé en 1917 et cité. — Hélène, 1888-1923, épouse Jules Fougerousse. — Paul, 1890-1949. Ancien combattant, blessé sur le front de France en 1918 et cité. Meurt en France. — Victor, 1893-1946, épouse en premières noces Hermina Adams († 1934), trois enfants : Jeanne, 1915, veuve d’un officier d’infanterie coloniale, E. Levêque, 1909-1967, 4 enfants ; Suzanne, 1916-1951, épouse Léon Marcillac ; Clémentine, 1919, épouse Jean Savean, vit à Tahiti, 3 enfants. Paul Hérault se remarie avec Hélène Hugon, le 16 janvier 1937 à Papeete, sans postérité. — Charles, 1899, vivra à San Francisco où il meurt. — Pierre, 1904, se marie avec Eugénie Labourre, 1905-1953, le 21 février 1925, à Papeete ; un enfant. — Henri, 1907, fait carrière dans l’artillerie coloniale. Prend sa retraite à Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

HERMEL, Mgr André-Étienne (1873-1932)

Vicaire apostolique de Tahiti.

Né le 26 avril 1873 à Fécamp (Seine-Maritime), où son père est armateur. Études au petit séminaire d’Yvetot et au grand séminaire de Rouen, alors tenu par les picpuciens. Fait profession dans cette congrégation, le 25 décembre 1896. Ordonné prêtre le 25 juillet 1897. Professeur au grand séminaire de Rouen et prédicateur à Paris, 1901-1902. Reçoit en 1902 son obéissance pour l’Océanie. Le « Père Athanase » arrive le 23 janvier 1903 à Papeete. Nommé dès la fin de l’année curé de la cathédrale de Papeete, ses qualités et son savoir-faire le désignent rapidement à Mgr Verdier, fatigué, comme son coadjuteur. Le 15 mai, le Saint-Siège le nomme évêque titulaire de Casium. Il est sacré à Papeete, le 27 août 1905, par Mgr Verdier et Mgr Martin. Ses trente-deux ans font alors de lui le plus jeune évêque de la chrétienté. Mais sa mission lui paraît « une des plus vastes et des plus pénibles du monde ». En fait, Mgr Verdier se retirant complètement de l’administration en 1908 et vivant dans une totale retraite, son coadjuteur aura très vite toute la responsabilité du vicariat. Six mois après son sacre, la Polynésie subit le terrible cyclone de février 1906 qui ravagea les Tuamotu. Pendant que Mgr Verdier pense à aller chercher secours à San Francisco — qui subit justement alors son tremblement de terre ! — Mgr Hermel, en mai d’abord, puis en juillet-octobre, visite une trentaine des Tuamotu pour y porter des secours et organiser la remise en état. En 1914, il réclame spontanément, dès la mobilisation, le poste d’aumônier de la petite troupe qui fut constituée à Papeete pour en assurer la défense. Le jour du bombardement de Papeete, il se tint sous les obus, à son poste de combat, qui était au sémaphore, près du commandant de la défense. L’épiscopat de Mgr Hermel verra le Père Maurel s’installer dans les îles Sous-le-Vent, les Pères Prat et Cavaignac prendre pied dans les Australes en 1909, un missionnaire arriver à Rurutu en 1929. Il défend les écoles au moment du combisme et sauvegarde la présence des Frères et des Sœurs de Cluny qu’il installera même à Raiatea en 1925. Il fonde deux journaux : en 1909, le Semeur, en français et, en 1914, Vea Katorika, en tahitien ; plus tard, aux îles Cook, le Torea Katorika. Fera paraître, en particulier, le guide des catéchistes tahitiens (1911), la Bible (1913), un grand catéchisme (1924). Il demande et obtient du Saint-Siège, en 1922, l’érection des îles Cook en une circonscription ecclésiastique séparée : la Préfecture apostolique des îles Cook, et y fait nommer le Père Bernardin Castanié. Il s’efforcera de susciter des vocations sacerdotales parmi les Tahitiens, se faisant parfois lui-même professeur de latin, sans d’ailleurs parvenir à ses fins. Il écrira une vie de son prédécesseur, Mgr Jaussen, dont le manuscrit ne fut jamais publié. Fait plusieurs voyages ad Limina, en 1924, 1928 et 1931. Au cours de ce dernier séjour en Europe se sentant fatigué, brusque son retour et s’en vient mourir, d’un cancer de l’estomac, à Papeete, le 20 février 1932. Son jubilé, en 1930, avait été à Papeete l’occasion de grandes manifestations de sympathie. Le jour de ses obsèques la population lui fera d’imposantes et chaleureuses funérailles. Il repose dans le cimetière de la mission, à Papeete. Il était chevalier de la Légion d’honneur. L’amiral Decoux, dans ses souvenirs, le dépeint comme un « homme direct, solide et aux idées larges, élevé dans l’ambiance marine ». Les armes de Mgr Hermel étaient : écu écartelé d’azur et d’or, portant au 1er écart deux cœurs de gueule ; au 4e écart une barque de sable ; au 2e écart une étoile d’or ; et au 3e écart un cocotier terrassé de sinople ; avec la devise : In timore Domini, fiducia fortitudinis (Prov. XIV, 26). Il avait voulu rappeler, avec les Sacré-Cœurs, sa famille religieuse ; avec la barque, son père, l’armateur fécampois ; avec le cocotier, la mission de Tahiti, son pays d’adoption ; avec l’étoile de la mer, prise dans le blason de Mgr Jaussen, sa dévotion aux traditions missionnaires du grand évêque.

Bibliographie. On trouvera une bibliographie complète de Mgr Hermel dans Streit, Bibliotheca Missionum, vol. 21, p. 445-446. — Il a publié de nombreuses lettres dans Les Annales des Sacrés-Cœurs, de 1903 à 1931 ; les Missions catholiques, 1906, 1911, 1926, etc. — En ce qui concerne sa personne, les Annales des Sacrés-Cœurs ont raconté son sacre, 1905, p. 365-378, ill. ; son jubilé d’épiscopat, 1930, p. 632-640 ; son voyage en France en 1931, p. 137-143 ; sa biographie, sous la signature du Père Ildefonse Alazard, 1932, p. 437-468 et 516-520. Son Oraison funèbre fut prononcée à Rouen, par Mgr du Bois de La Villerabel, le 11 mars 1932, (Rouen, 16 p.). Voir quelques pages le concernant dans : Amiral Decoux, Sillages dans les Mers du Sud, Paris, 1952, p. 369-370.

HERVÉ, Armand († 1936)

Négociant.

Fait brillamment la Première Guerre mondiale comme aviateur et la termine, officier de la Légion d’honneur. A Tahiti où il est allé s’installer comme négociant, il est impliqué, en 1933, dans l’affaire Kong Ah, après avoir été nommé liquidateur de cette faillite. Vénérable de la loge de Papeete, des implications politiques également se mêlent à cette affaire qui a été résumée par G. Coppenrath dans : Évolution politique de la Polynésie française (J. S. O., 1959, p. 246-250).

HERVÉ, François (1875-1939)

Capitaine au long cours.

Né le 8 mai 1875 à Pontrieux (Côtes-du-Nord) d’une lignée de marins et de corsaires qui compte Hervé de Primauguet, amiral de la duchesse Anne. Son père fut dix ans pilote du port à Hanoï. Ayant échoué à l’École navale, fait son service dans la marine en Chine ; se marie ; entre à la Compagnie générale transatlantique qu’il quitte en 1904 pour aller à Tahiti prendre le commandement des services de navigation de la Compagnie du Marché Colonial. Venant de San Francisco où il dessine les plans d’une goélette de 80 t, la Saint Michel, arrive à Tahiti, à la voile, en 36 jours, le 24 décembre 1904. Commence par commercer pour sa compagnie dans les Tuamotu, ravagées par le cyclone de 1903. Ses activités maritimes sont bientôt arrêtées par un accident de chasse aux îles Marquises le 9 février 1906. Est alors affecté aux services commerciaux de sa Société, à Papeete, où il prend part à la vie sociale du pays : adjoint au maire, président de la Chambre d’Agriculture et conseiller du Commerce extérieur. Rentre en France en 1910, pour un premier congé qui restera unique. Le Marché Colonial ayant fait de mauvaises affaires, François Hervé va s’installer aux Tuamotu et fonde un poste à Apataki. Grâce à une petite goélette à moteur de 7 t, le Torea, bientôt remplacé par un navire un peu plus gros, le Kiwi, dont il confie le commandement à Gilbert Perrault, il ramasse du coprah dans l’archipel et le porte au Saint-François, navire alors chargé du service inter-insulaire. Avec un petit héritage venu de sa femme, il s’installe sur 10 ha à Nutina, un des îlots d’Apataki. Le grand isolement, l’absence de courrier, l’extrême rusticité des habitants, la difficulté du ravitaillement (tout vaut 40 à 60 % plus cher), l’absence de tout secours médical et même religieux (le Père Materne Cevaër passe, quand il le peut, une fois par an !) rendent très austères les conditions de vie dans les Tuamotu d’alors. De bonne heure, François Hervé s’est intéressé aux nacres. A l’aide de son « matelot », il s’est construit à Apataki un abri sur pilotis, baptisé « Laboratoire », qui recouvre un parc à étagères où il élève des huîtres perlières, étudiant leur anatomie, leurs réactions aux conditions de vie, leur reproduction. Vers le même temps que Mikimoto, et sans connaître les expériences des Japonais, il cherche le moyen de provoquer artificiellement la naissance des perles. Mais, malgré une tentative d’industrialisation de ses découvertes, ne parvient pas à les commercialiser et à en tirer parti. Participe à des campagnes de pêche au scaphandre à Mopélia. En 1925, le gouverneur Rivet manquant d’administrateur dans les Tuamotu, lui confie, pour trois mois, cette charge, qu’il remplira comme intérimaire pendant… onze ans. Il exécute deux fois par an des tournées de l’archipel sur la Mouette, goélette de l’administration. Juge à compétence étendue, il règle de nombreux différends concernant les terres. Administrateur, il prend des mesures d’hygiène et de salubrité : règle les inhumations en exigeant des cimetières, remplaçant la tombe traditionnelle creusée dans l’enclos familial, entre la case et le trou d’eau. Il poussa à la construction de citernes. C’est lui qui a l’idée de la citerne-abri d’Apataki : bâtiment massif en ciment armé, enraciné sur le récif, près de la passe, et comprenant une citerne de 100 m surmontée d’un étage sans fenêtres. La trappe d’accès ouvrant dans l’abri qui la protège contre les raz de marée. En l’absence d’instituteurs parlant français, il organise un système d’instruction qui permet au moins aux enfants d’apprendre à lire dans leur langue, les meilleurs étant envoyés ensuite à Fakarava où l’on formait instituteurs et mutoi. Comme chef de service d’ostréiculture, il prend de nombreuses dispositions pour protéger les lagons de plonge, faire respecter les roulements de la pêche, multipliant les « conférences » pour faire comprendre aux Paumotou la nécessité de ménager leurs richesses. Entre-temps, il continue ses recherches dans un laboratoire mieux équipé et installe dans la grande passe d’Apataki des collecteurs flottants pour récolter le naissain. En 1937, pour raisons de santé, il quitte l’administration et s’installe à Papeete où il ouvre un petit bureau d’affaires. Il fonde un journal Torea rédigé en tahitien, et destiné aux Tuamotu. Il y donne les principales nouvelles, le cours des produits, les actes administratifs, et des conseils pratiques. Il meurt à Papeete, le 14 septembre 1939, laissant le souvenir d’un honnête homme, juste et bon. « C’était notre père ! » disent encore les vieux Paumotou, pourtant si oublieux. Il était chevalier de la Légion d’honneur et officier d’académie. Le Mérite maritime avait également récompensé des travaux d’hydrographie et des rectifications de cartes. De son union, à Paimpol, en 1901, avec Thais Michel, sont nés deux enfants : Anne, née à Papeete le 3 mai 1906, épouse en 1936 le graveur Jacques Boullaire. Une fille Catherine-Hinaraurea, 1938, qui épouse en 1961 Emmanuel Deschamps, une fille Agathe. Anne Hervé-Boullaire est elle-même une artiste de talent. Jeune fille, elle exposait avec succès à Paris, rue Tronchet, en mars 1935, à l’Agence économique des Colonies. On signale une exposition Anne Hervé, « Peintures de Tahiti » au Cercle de la France d’Outre-Mer, en mars-avril 1954. En avril 1958 la Galerie du ministère de la France d’Outre-Mer, rue de la Boétie, consacrait à son œuvre une brillante exposition dont Bernard Villaret écrivait : « Éclatantes de couleur, tout entières baignées de cette lumière irréelle qui, en Océanie, émane aussi bien du lagon que du ciel, les toiles d’Anne Hervé frappent d’abord par leur vigueur et leur poésie… Cette Bretonne du Pacifique nous permet d’admirer une véritable synthèse en couleurs de la Polynésie. » Anne Hervé est également une experte décoratrice qui a travaillé la nacre, l’écaille et donne à son habileté les supports les plus imprévus. — Jean, né le 15 septembre 1907 à Taone, pilote aviateur, qui a épousé Renée Berthier, a deux enfants : Françoise, 1938 et Jean-François, 1943.

HERVÉ, Robert (1910)

Exportateur.

Importateur. Agent d’assurances maritimes. Administrateur de sociétés. Né à Marseille, le 10 septembre 1910. Licencié en droit. Diplômé de l’École supérieure de Marseille. Arrivé à Tahiti en août 1934 pour seconder son oncle Armand Hervé, arrivé à Tahiti en 1924 comme directeur dans les Établissements Dammann de Paris (vanille). Engagé volontaire, le 2 septembre 1940, au Corps expéditionnaire du Pacifique, devenu dans la suite le bataillon du Pacifique. Quitte Tahiti le 21 avril 1941 par le Monowai. Participe à la campagne de Libye en 1942. Blessé et fait prisonnier à Bir-Hakeim, le 11 juin 1942. S’évade l’année suivante. Fait la campagne d’Italie en mai-juin 1944. Puis participe à la campagne de la Libération avec son unité : Provence (août 1944) ; Vosges-Alsace (novembre 1944-février 1945) ; Alpes-Italie (avril-mai 1945). Campagne qu’il achève à Paris en juin 1945, comme commandant du bataillon du Pacifique, poste où il a remplacé le commandant Broche. Rentre à Tahiti le 5 mai 1946 par le Sagittaire, à la tête des volontaires tahitiens. Compagnon de la Libération. Commandeur de la Légion d’honneur. Décoré le croix de guerre à la suite de plusieurs citations à l’ordre du jour. De retour à Papeete, y poursuit ses activités d’exportateur, d’armateur et d’agent d’assurances maritimes. Devient alors directeur général de la Compagnie française de Tahiti pour l’exploitation agricole des îles Mopélia, Scilly, Bellinghausen. Président d’honneur de l’Association des Français Libres ; il fera partie du Conseil privé du gouvernement de 1948 à 1958 et sera un temps conseiller du commerce extérieur. Sera président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Polynésie française de 1957 à 1970 ; président du Port Autonome de Papeete de 1960 à 1970 ; président du groupement des exportateurs de coprah. Consul honoraire de Danemark, Robert Hervé est membre du Rotary Club. Il a publié des chroniques concernant la Polynésie française, des rapports et articles rendant compte de l’économie de ce pays. De son union le 10 mai 1951 avec Simone Leboucher, 1921, sont nés Philippe, 1953, et Geneviève, 1957.

HERVOET, pseudonyme de DUVAL, Philippe (1910-1965)

Officier de marine et peintre.

Né à Paris, le 14 février 1910. Entre à Navale en 1930. Circulera dans le Pacifique en 1959-1960, commandant le Francis-Garnier, stationnaire français. Séjourne plusieurs mois sur la côte est de Tahiti, dans un bungalow vitré, se livrant à la peinture qu’il exerce en professionnel. Expose à Papeete en 1960, au groupe des arts plastiques du Pacifique. Et à son retour à Paris, en déc. 1961 à la Galerie Badinier. Peintre de tempérament, servi par un métier très poussé, Hervé et a connu un accueil favorable aussi bien dans le public que parmi les critiques et les directeurs de Musées. Décédé à Paris en septembre 1965.

HEURTEL, Louis (le Père Ernest). 1801-1850

Religieux picpucien.

Né le 28 janvier 1801, à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord). Profès dans la congrégation en 1837. Envoyé comme missionnaire aux îles Marquises, arrive à Vaitahu le 3 février 1839, par la goélette The Friends. Quitte Tahuata pour les Hawaii où il arrive le 13 mai 1840. Passe ensuite à la mission de Tahiti en 1847 où il sera supérieur religieux des missionnaires et provicaire de Mgr T. Jaussen. Meurt à Papeete le 18 octobre 1850. On trouve son nom orthographié, à tort, Hurtel.

HEYERDAHL, Thor (1914)

Explorateur et ethnologue.

Né le 10 octobre 1914 à Larvik (Norvège). Fils d’un banquier. Études de zoologie à l’université d’Oslo. Docteur ès lettres. Visite une première fois Tahiti en 1937 avec sa première femme. Pousse jusqu’aux Marquises intéressé surtout par la zoologie et l’archéologie. Y passe quelques mois. Fait des recherches ethnologiques en Colombie britannique, Canada, en 1939-1940 où il est surpris par la guerre. S’enrôle dans l’aviation de la Norvège Libre en 1942. Sert comme parachutiste et radio-opérateur pendant la campagne de Finnmarka au nord de la Norvège en 1944-1945. Sera lieutenant en 1945. Deux ans plus tard, commandant une expédition norvégienne de cinq personnes, quitte Callao, Pérou, le 28 avril 1947 sur un radeau de 7,40 × 4,50 m construit selon le type des balsas péruviennes, avec deux mâts et une voile carrée et qu’il a baptisé le Kon-Tiki. En août, après avoir longé Angatau, îles Tuamotu, et vainement essayé d’y aborder, le Kon-Tiki, qui ne pouvait ni gouverner, ni remonter au vent, est poussé sur le récif de Raroia, le 7 août 1947, après 101 jours de voyage et y fait un naufrage prévu. L’équipage passe quelques jours dans l’île accueilli par le chef Tupuhoe. Le gouvernement français envoie la Tamara, goëlette de l’administration avec le résident F. Ahnne et la Zélée, stationnaire de la Marine nationale, au secours des « naufragés » qui sont conduits à Papeete avec le Kon-Tiki qu’on démonte à Fare Ute. Le 14 septembre, la mission quitte Tahiti par le Thor I, pour San Francisco et la Norvège. Cette expédition, entreprise pour prouver la possibilité d’un peuplement du Pacifique insulaire en provenance du contingent américain, fut appuyée par la publication d’une volumineuse thèse de l’auteur développant ses arguments. La théorie soutenue par lui n’a jamais été prise en considération dans les milieux ethnographiques et le voyage de Kon-Tiki est simplement demeuré une courageuse performance sportive dont les résultats financiers, très favorables, permirent à son instigateur d’organiser une expédition ethnographique et archéologique de grand style à l’île de Pâques, au retour de laquelle Heyerdahl s’arrêta à Rapa, ou, en juin 1956, il dégage le site de Morongo Uta, un des villages fortifiés de l’île. L’expédition passe, en juillet, aux Marquises où elle relève les tikis renversés du site de Taipi, Baie du contrôleur, Nuku Hiva. — Ceci dit, les travaux d’Heyerdahl ont prouvé la possibilité de contacts culturels épisodiques et accidentels entre les archipels polynésiens et les côtes de l’Amérique.

Bibliographie. Le récit du premier voyage de Heyerdahl A la recherche du paradis publié en norvégien en 1938 n’a jamais été traduit en français. L’auteur en a donné un condensé en anglais : Turning back time in the South Seas, (National Geographic magazine, vol. 79, 1941, p. 109-130). — L’expédition du Kon-Tiki, (Paris, 1951). L’ouvrage, d’abord paru en norvégien, a été traduit dans toutes les principales langues du monde. Un film avait été tourné pendant le voyage qui fut projeté partout dans le monde. — Aku-Aku, le secret de l’île de Pâques, (Paris, 1958) ; on y trouvera le récit littéraire de son séjour à Rapa. — Sur les apports scientifiques de cette expédition à Rapa, voir la bibliographie du Rapa de F. Allan Hanson, publié en 1973 par la Société des Océanistes.

HEYMAN, Pierre (1908)

Peintre suédois.

Né à Paris, le 29 mars 1908, où son père est un commerçant, plus intéressé par la littérature que par le négoce. Pierre Heyman fait ses études de peinture en 1926-1927, principalement à l’atelier d’André Lhote ; il fréquente diverses académies. A la suite du krach Kruger, M. Heyman vient s’installer avec son fils Pierre à Tahiti en juillet 1934. Il achète une vallée dans le district de Papara et tente d’y faire de l’élevage du bétail et différentes cultures. Produit du miel. Le père et le fils sont « internés » comme étrangers, lors de la Seconde Guerre mondiale, d’abord au Motu Uta, puis à Bora Bora jusqu’à l’arrivée des troupes américaines dans cette île. Après la mort de son père, en 1947, Pierre Heyman s’installe à Pirae et continue d’y faire de la peinture. Papeete verra plusieurs expositions de lui, dont une de cent gouaches, en décembre 1955, aux « Tropiques ». Il expose à Göteborg en 1956. Très exigeant pour son art et à la recherche inquiète d’une perfection qu’il juge très rarement atteinte, Heyman, qui peint « juste et sincère », est un artiste peu « productif ». On lui doit également des travaux sur nacre qu’il exposait chez Pailloux pour lequel il a dessiné de remarquables motifs d’une ligne très pure, ainsi que des camées d’une grande justesse d’expression. L’ancien gouvernement possédait une toile de lui La pirogue brisée. Il a décoré la petite église catholique de la baie de Cook, à Mooréa, d’une Fuite en Égypte tahitienne qui ennoblit cet édifice et a fait le sujet d’un timbre d’une émission artistique en 1971. On lui doit également la décoration des portes de l’église de Taravao et une statue de sainte Anne qui orne la façade de la chapelle catholique de Papenoo. Il a exécuté quelques gravures sur bois et illustré des livres d’enfants écrits en suédois par son ami Bengt Danielsson et qui ont été traduits dans différentes langues : Villervalle dans les Mers du Sud et Aventures de Villervalle en Australie. On retrouve sa signature sous de nombreux dessins où il silhouette des scènes de la vie tahitienne d’une encre pleine d’humour. Fait un voyage en France en 1972, y exécute des lithographies en couleur, et revient à Papeete avec le matériel nécessaire pour cette forme d’expression artistique.

HIRSHON, Lewis (1905-1954)

Homme d’affaires et industriel.

Né à New York City (U.S.A.) le 11 décembre 1905. Bachelor of arts de l’université de New York. Agent à la Bourse de New York et agent immobilier. Passe en Polynésie au cours d’un voyage autour du monde, en 1934, et décide de s’y fixer. Ainsi s’installe-t-il à Tahiti où il portera ses qualités d’homme d’action et d’organisateur. Il réalise des projets d’agriculture et d’élevage ; organise une laiterie ; met sur pied une fabrique de conserves qui envoie en France du thon et des ananas ; fonde une blanchisserie ; une compagnie de navigation interinsulaire. Il est le propriétaire des « Tropiques » un des premiers grands hôtels de Tahiti. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est appelé à Pearl Harbour où il collabore aux études économiques destinées à l’organisation des forces américaines dans le Pacifique. La guerre terminée, il est décoré en juin 1945 par le gouvernement américain en reconnaissance des éminents services rendus aux troupes américaines dans le Pacifique. Il meurt à Cuzco, Pérou, le 5 janvier 1954. Il n’avait jamais été naturalisé français. Lewis Hirshon avait épousé à New York, le 30 septembre 1936, Eugénie Amaru Winiki. De cette union sont nés : Charles, 1937, qui épouse Nelly Toomaru, le 3 juin 1961 à Pirae et Evelyn, 1939, qui épouse en mars 1961, à New York, Nikita Zukov, un Yougoslave naturalisé américain. D’une seconde union, le 26 janvier 1944, à Papeete, avec Éliane Russel, Lewis Hirshon aura deux enfants : Julie, 1944, qui épouse, en 1964, à Papeete, Maurice Sauzier et Séverine, 1946

HITIHITI, appelé aussi Mahine et Oedidee par Cook, Ohititi par Gayangos

Indigène de Bora Bora.

S’embarque à Raiatea sur la Resolution, un navire de Cook, le 19 septembre 1773, et accompagne Cook à Tonga, en Nouvelle-Zélande, à l’île de Pâques et à Tahuata, avant de regagner en bon état Tahiti, le 22 avril 1774 après avoir atteint l’Antarctique et avoir vu des icebergs et la banquise polaire qu’il appelle fenua teatea, « la terre blanche ». Ses voyages permirent à Hitihiti de rapporter et de mettre en circulation parmi ses compatriotes des données géographiques nouvelles. On en retrouve les traces dans les « descriptions » d’îles lointaines recueillies, de seconde bouche, par l’espagnol Thomas Gayangos en 1775, car Gayangos n’apprit l’existence de Hitihiti qu’à son voyage de retour et ne le rencontre pas. Hitihiti vivait encore en 1788, lors du passage à Matavai du Lady Penrhyn. Il est reconnu par le lieutenant Watts et lui assure que l’île n’a connu aucun visiteur depuis les Espagnols et Cook. Le Musée de Greenwich Hospital conserve un portrait à la sanguine de Hitihiti, dessiné par Hodges.

HITOTI A MANUA (1770-1846)

Grand chef de Tiarei, dévoué aux Français dès leur arrivée et son attitude ne changera pas.

Les insurgés prononcent sa déchéance, et nomment à sa place son neveu Manua, fils aîné de Paofai, son frère aîné, personnage fort important. Guerrier intrépide et audacieux il parvient à reprendre sa place et à se faire respecter. Il sera nommé un des sept grands juges. Hitoti, lisons-nous dans l’Illustration du 22 janvier 1848 d’où est tiré le portrait par Charles Giraud qui accompagne cette notice, « a vaillamment combattu dans nos rangs et est mort au service de la France, le jour même où il recevait la décoration de la Légion d’honneur et où les canons du vaisseau anglais le Colligwood saluaient nos couleurs unies à celles de Tahiti. Brave Hitoti, ses derniers instants ont été comblés par la pensée que l’œuvre qu’il avait contribué à fonder sortait enfin victorieuse des entraves qu’elle avait si longtemps éprouvées ». Hitoti adoptera un des fils du Pasteur Henry, Philip, 1829-1904. A sa mort, en 1846, sa sœur, Uraore, femme de Maitui, qui était toujours restée dans nos rangs, fut nommée cheffesse. Elle demeura aussi fidèle aux Français, mais mourut en fin 1846. Alors Maitui fut nommé chef, pour son fils Hitoti, fils adoptif tahitien de Hitoti, qui fut envoyé en France pour y être élevé. Il revint à Tahiti en 1851, et fut quelque temps employé au bureau des Affaires indigènes. Vers 1855, on jugeait que « sa conduite crapuleuse le rendait inapte à diriger la chefferie ».

HODGES, Peter (1767)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Forgeron. Part jeune marié comme artisan, en Océanie, avec le premier convoi de la Société ; quitte l’Angleterre à bord du Duff le 10 août 1796. Arrive à Tahiti le 6 mars suivant. Fait partie du groupe des découragés qui abandonnent la mission après un an, le 31 mars 1798, par le Nautilus. Arrive le 14 mai à Sydney où il cesse d’appartenir à la Société missionnaire.

HODGES, William (1744-1797)

Peintre anglais.

Travaille sous la direction de Wilson et accompagne Cook dans son second voyage, 1772-1775. A son retour, reçoit de l’amirauté la commande des illustrations pour la relation officielle du voyage. Il doit fournir des dessins et en surveiller la gravure « by the most eminent masters ». Douze de ces planches, qu’on retrouvera identiques dans toutes les traductions françaises et étrangères, concernent la Polynésie française. On doit particulièrement à Hodges la fameuse planche repliée montrant la Flotte d’Otahiti assemblée à Oparee. L’amirauté commandera à Hodges plusieurs peintures à l’huile. Deux sont actuellement conservées au National Maritime Museum de Greenwich, qui intéressent Tahiti. L’une intitulée : Tahiti, et l’autre « Resolution » and « Adventure » at Tahiti. — Sur l’homme voir : Benezit, Dictionnaire de peintres et sculpteurs, 1952, t. 5 ; et H. Vollmer, Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler, vol 17, 1924, bibliogr. Et aussi : Oil paintings by William Hodges, R. A. draughtman on Captain Cook’s second voyage, 1772-1775, Exhibited in New Zealand June-Sept. 1959 (Alexander Turnbull Library, Bulletin, n° 15).

HOLOZET, Alexandre (1823-1895)

Magistrat et avocat.

Né le 28 juillet 1823 à Gros-Bourg (Martinique). Magistrat de carrière. Sert successivement à la Guadeloupe et à la Martinique de 1848 à 1868. Étant juge au tribunal de Fort-de-France, est désigné, le 14 novembre 1868, pour Tahiti, en qualité de procureur impérial chargé de l’organisation du service judiciaire français aux îles de la Société. Débarque à Papeete le 13 mars 1869 du transport de l’État Chevert. Premier procureur de carrière à Tahiti. Exerce de 1869 à 1871. En janvier 1872, est nommé conseiller à la cour d’appel de la Martinique. Quitte Tahiti en mai 1873 pour rejoindre son nouveau poste, où il sert jusqu’en 1880, époque à laquelle il est mis à la retraite comme conseiller honoraire. Revient à Tahiti avec six de ses enfants, en 1881, pour s’établir avocat-défenseur rue des Beaux-Arts, actuellement rue Édouard-Ahnne, à Papeete. — A la suite des affaires Stewart-Soarès il est relevé arbitrairement de ses fonctions et, le 13 mai 1889, renvoyé en France par le gouverneur de La Roncière. Arrivé à San Francisco, il trouve chez le consul une dépêche du ministre de la marine lui enjoignant de reprendre ses fonctions à Tahiti où il se retrouve le 15 septembre suivant. Il sera, en 1884, officier de l’état civil des îles de la Société ; conseiller général de 1892 à 1895. Meurt à Papeete le 18 décembre 1895. Depuis 1872, il était chevalier de la Légion d’honneur. Voir sur lui une note dans le n° 52 du Journal Officiel de la colonie de 1895. De son union à la Martinique avec Lodoika Jugan sont issus neuf enfants dont six suivent leurs parents à Tahiti : Valentine, 1850-1900, épouse Frédéric Bonet. — René, 1856-1923. — Raphaëla, 1863-1935. — Marie, 1864, épouse, en 1886, Albert Cahuzac, 1856, substitut du procureur. Quitte Tahiti avec son mari pour résider en France. — Luce, 1867, épouse, le 18 décembre 1886 à Papeete, Henri Le Touzé, 1859, aide-commissaire de la marine. A la fin de son séjour tous deux quittent Tahiti pour vivre en France. — Frédéric, 1876-1918. Épouse en premières noces, le 15 septembre 1900 à Papeete, Camille Liais : cinq enfants. Se remarie, le 16 novembre 1911, avec Vahinetua a Mai, 1894, d’où cinq enfants : Alexandre, 1912, épouse Victorine Liais en 1940 ; Estelle, 1913, épouse André Blouin en 1934 ; Raymond, 1915, épouse Émilie Tareva a Taufa en 1937 ; France, 1916, épouse Victoire a Tuaiva en 1937 : un fils Norbert 1940, prêtre en 1968, incardiné au diocèse de Papeete où il est vicaire à Sainte Thérèse ; Louis, 1918, engagé volontaire aux Forces Françaises Libres en 1941, mort au champ d’honneur à Bir-Hakeim le 9 juin 1942, médaillé militaire et cité à l’ordre du jour.

HOMES, Frank (1868-1953)

Bijoutier.

Cet Anglais arrive à Tahiti fort jeune, en 1888, comme bijoutier. Il épouse d’abord la veuve de Georges Spitz, de ce mariage, une fille Louisa, 1914-1934, célibataire ; puis une jeune Anglaise née à Tahiti, Alice Gooding. Il sera, un temps, propriétaire de l’île Tupai, atoll boisé proche de Maupiti, appelé aussi Motu-iti, îles qu’il revend en 1951.

HOPPENSTEDT, Henri (1895-1964)

Avocat.

Né à Papeete, le 10 janvier 1895, d’une famille d’origine allemande. Il était le cinquième et dernier enfant de Georg Henrich Hoppenstedt qui avait été directeur de la Société commerciale de l’Océanie, consul d’Allemagne à Papeete et avait eu cinq enfants de son union avec Tathio a Paraurahi. D’abord secrétaire de défenseur, Henri Hoppenstedt fut, en 1924, commissionné avocat-défenseur près les tribunaux. Après avoir eu, en 1954, Rudolph Bambridge pour collaborateur, celui-ci reprendra l’étude en 1961. H. Hoppenstedt fut toute sa vie le doyen du barreau de Polynésie française. Il participa à la vie politique de Tahiti comme président de l’U. D. S. R. Il sera avant-guerre premier adjoint au maire de Papeete, vice-président de la Chambre d’Agriculture, président de la Commission des Statuts et Règlements et de la Commission de discipline de la Fédération des Sociétés sportives de la Polynésie et membre de la Délégation économique. Chevalier de la Légion d’honneur en 1954. Il est décédé à Papeete le 24 novembre 1964. Son union, le 12 juillet 1924, avec Marguerite Chechillot est demeurée sans postérité.

HORT, Alfred William

Commerçant israélite.

On trouve traces de contestations commerciales relatives à des livraisons de bois de la Nouvelle-Zélande avec un Hort, « négociant anglais », du temps du gouverneur Bruat. Ses concurrents jaloux lui reprochent des fournitures de mauvaise qualité, d’utiliser à son profit des navires de l’État, et « d’avoir fait une fortune rapide à l’aide de privilèges spéciaux et en spéculant sur les liquides ». Dès cette époque — 1846 — Hort possède des établissements de commerce aux Tuamotu « en vue des échanges de marchandises contre les produits insulaires tels que l’huile de cocos, la nacre… ». Il travaille, un temps, associé avec un frère. La firme « Hort Frères » annonce, le 22 décembre 1853 : « Ils sont disposés à acheter au comptant de l’huile de cocos, de baleine et de cachalot au plus haut prix de la place. Ils prendront aussi les lettres de change des baleiniers à des conditions avantageuses. Ils ont dans leurs magasins un grand assortiment de marchandises de toutes sortes pour les navires et sont pourvus de vivres, effets, vins et eaux de vie… » En 1857, les frères Hort possèdent la goélette Julia. Avant 1865 on les trouve commerçants à Mangareva. Ils monopolisent en quelque sorte le commerce dans les Tuamotu, ce qui les fait entrer en conflit avec l’administration française qui regrette qu’ils soient « parvenus à tenir les indigènes dans une dépendance absolue ». Le Lt de vaisseau Carré (ou Carrey) s’efforce donc de leur susciter un concurrent dans la personne de Stewart et de relâcher leur étreinte commerciale (obligation de se servir de mesures françaises, création d’une caisse agricole locale…). Alfred Hort entre en conflit aigu avec le résident Servan, en novembre 1868, à la suite d’une réquisition qu’il juge l’avoir lésé, et fait parvenir au gouvernement à Papeete un mémoire en dommages et intérêts qu’il chiffre à 25 000 F (22 janvier 1867). — Hort possède également, à Oponohu (Moorea), une propriété de 1 500 ha. Il y élève du bétail et, à la suite d’un voyage en Europe en 1865, au cours duquel il semble avoir mis sur pieds en Angleterre une société à responsabilité limitée pour le traitement de la canne, il fait de la canne à sucre. C’est pour cette plantation qu’il demande à l’administration, en janvier 1868, d’introduire 400 travailleurs chinois. De La Roncière semble y être opposé, mais d’autres jugent « qu’on ne saurait lui refuser les facilités précédemment accordées à M. Brander et, primitivement, à M. Soarès, en 1864 ». A Moorea non plus Hort n’est pas très bien vu par l’administration française. S’il donne à ses travailleurs 2 F par jour, le paiement a lieu une fois sur deux en nature. Il vend des chemises à 7 F ! Des pantalons aux mêmes tarifs exhorbitants ! On lui reproche aussi de vendre de l’alcool aux indigènes (la bouteille de rhum, qui vaut 1,50 F à Papeete, est cédée aux gens de Moorea à 5 F !) et trop souvent de faire entrer cet alcool en fraude. Il vend aussi des armes aux indigènes des îles Sous-le-Vent, les poussant ainsi à s’entretuer. Cela n’empêche pas que ce « gentleman qui, depuis plus de vingt ans, est établi dans le pays et y fait, comme marchand, des affaires considérables, qui possède de nombreux navires portant le pavillon du protectorat français, qui est un grand propriétaire de terres et de bâtiments à Tahiti comme à Moorea » est appelé, le 26 juin 1- à l’emploi honorable de membre du Conseil d’administration de la colonie. On ne se fait pas du reste beaucoup d’illusions sur son compte. Une note le dit « homme du monde, obligeant, n’aimant pas l’administration française, et les Français qu’autant qu’il peut en tirer pied ou aile, ce qui n’a pas empêché pour autant qu’on ait été obligé — faute de Français capables — de l’admettre au Conseil ». La même note poursuit : « Orgueilleux, d’une ostentation incommensurable qui se manifeste dans les fêtes qu’il donne, surtout aux étrangers… » La plantation de Hort à Oponohu (Moorea) deviendra propriété de la Société commerciale d’Océanie. Hort était marié à une femme qui avait une plume alerte et écrivit à Tahiti un roman, Hena, or life in Tahiti, Londres, 1866, en deux volumes qui nous montre la vie de Tahiti aux temps des crinolines, des fêtes de l’Empereur et des excursions en voiture vers le lac Vaihiria. Vingt-cinq ans plus tard, Mrs Dora Hort rassemblera ses souvenirs, Tahiti, the garden of the Pacific, Londres, 1891, et écrira d’une encre pittoresque et souvent assez malveillante la chronique féminine des potins locaux. Et comme elle avait été reçue partout, chez la Reine, au gouvernement, à la mission, sur les navires de guerre de passage, que les noms propres sont en général cités, qu’elle a de bons yeux et invente avec aisance ce qu’elle n’a pas vu, son récit est fort amusant pour les amateurs de la petite histoire, et montre assez bien, par le gros bout de la lorgnette, le côté « sous-préfecture coloniale » de Papeete au temps de l’irascible gouverneur de La Roncière. Les fonctionnaires n’en sortent pas grandis, Mrs Hort non plus. La Revue scientifique (1892, t. 49, p. 279) rendant compte de l’ouvrage y voyait : « Un long acte d’accusation contre les fonctionnaires de l’île ; un amas de racontars et de rancunes, toute une série de récits sur les fonctionnaires qu’elle nomme en toutes lettres, sans oublier de donner les soupçons les plus précis sur la conduite des femmes des hauts fonctionnaires. » Deux ans plus tard Mrs Hort écrira un second roman : Tiari, a Tahitian romance (Londres, 1893).

HOUET, Ulysse (1841-1893)

Né le 13 septembre 1841 à Berneuil-sur-Aisne (Aisne).

Soldat d’infanterie de marine, arrive à la Nouvelle-Calédonie le 10 mai 1864 ; y est libéré en 1868 comme colon militaire. Quitte Nouméa et débarque à Papeete le 28 juin 1869. Exerce la profession de colon. Meurt à Papeete le 21 mars 1893. — De son union en France, le 28 octobre 1858, avec Adrienne Rufin sont nés deux enfants. Sa famille ne l’a pas suivi à Tahiti.

HOUSSAY, Jules (le Père Bertrand). 1863-1939

Religieux picpucien.

Né le 9 mars 1863 à Cossé-le-Vivien (Mayenne). Ordonné prêtre en 1887. Après avoir été curé en France, fait profession dans la congrégation en 1897. Est envoyé comme missionnaire à Tahiti où il arrive le 9 novembre 1901. Homme instable, quitte le vicariat en 1912. Meurt à Saint-Aubin d’Écrosville (Eure) en avril 1939.

HOUVEAUX, Gustave (1842-1919)

Propriétaire.

Né le 6 juin 1842 à Dunkerque (Nord). Matelot des équipages de la flotte. Arrive à Tahiti vers 1862. Passe sur la frégate Latouche-Tréville, stationnaire de Tahiti. Débarque de ce navire pour suivre l’école de pilotage de Papeete. Malgré sa connaissance approfondie des passes de Tahiti et Moorea, n’est pas reçu à son examen. Congédié à Papeete le 24 août 1865. Exerce le métier de cuisinier. En 1881, tente sa chance en s’installant aux îles Gambier. Revient à Papeete vers 1885, pour se fixer à Taiohae (Marquises), ayant obtenu une concession de l’administration. Colon puis propriétaire. Au cours d’un séjour à Papeete, meurt le 1 octobre 1919.

HO WAN (1903)

Mécanicien.

Originaire de la province de Canton, arrive à Papeete en mai 1914 avec un ami. Travaille d’abord — il a 11 ans ! — dans les districts, puis fait de la canne à sucre pour Teriitu, à Fariipiti, dans la sucrerie qui existait encore dans ce quartier. A 22 ans ouvre un garage à Papeete. S’occupera un temps de la partie mécanique des 8 goélettes de Kong Ah. De 1933 à 1958 est installé comme menuisier et tient un atelier de scierie et de rabotage mécanique. De son union avec Ah Siou, 1905, sont nés : Abon, 1924, fait ses études en Chine et s’installe comme horloger à Papeete ; Renée, 1925, mariée, commerçante à Puêu ; Yen, 1928 ; Yin Chong (la bouteille de rhum, qui vaut 1,50 F à Papeete, est cédée aux gens de Moorea à 5 F !) et trop souvent de faire entrer cet alcool en fraude. Il vend aussi des armes aux indigènes des îles Sous-le-Vent, les poussant ainsi à s’entretuer. Cela n’empêche pas que ce « gentleman qui, depuis plus de vingt ans, est établi dans le pays et y fait, comme marchand, des affaires considérables, qui possède de nombreux navires portant le pavillon du protectorat français, qui est un grand propriétaire de terres et de bâtiments à Tahiti comme à Moorea » est appelé, le 26 juin 1- à l’emploi honorable de membre du Conseil d’administration de la colonie. On ne se fait pas du reste beaucoup d’illusions sur son compte. Une note le dit « homme du monde, obligeant, n’aimant pas l’administration française, et les Français qu’autant qu’il peut en tirer pied ou aile, ce qui n’a pas empêché pour autant qu’on ait été obligé — faute de Français capables — de l’admettre au Conseil ». La même note poursuit : « Orgueilleux, d’une ostentation incommensurable qui se manifeste dans les fêtes qu’il donne, surtout aux étrangers… » La plantation de Hort à Oponohu (Moorea) deviendra propriété de la Société commerciale d’Océanie. Hort était marié à une femme qui avait une plume alerte et écrivit à Tahiti un roman, Hena, or life in Tahiti, Londres, 1866, en deux volumes qui nous montre la vie de Tahiti aux temps des crinolines, des fêtes de l’Empereur et des excursions en voiture vers le lac Vaihiria. Vingt-cinq ans plus tard, Mrs Dora Hort rassemblera ses souvenirs, Tahiti, the garden of the Pacific, Londres, 1891, et écrira d’une encre pittoresque et souvent assez malveillante la chronique féminine des potins locaux. Et comme elle avait été reçue partout, chez la Reine, au gouvernement, à la mission, sur les navires de guerre de passage, que les noms propres sont en général cités, qu’elle a de bons yeux et invente avec aisance ce qu’elle n’a pas vu, son récit est fort amusant pour les amateurs de la petite histoire, et montre assez bien, par le gros bout de la lorgnette, le côté « sous-préfecture coloniale » de Papeete au temps de l’irascible gouverneur de La Roncière. Les fonctionnaires n’en sortent pas grandis, Mrs Hort non plus. La Revue scientifique (1892, t. 49, p. 279) rendant compte de l’ouvrage y voyait : « Un long acte d’accusation contre les fonctionnaires de l’île ; un amas de racontars et de rancunes, toute une série de récits sur les fonctionnaires qu’elle nomme en toutes lettres, sans oublier de donner les soupçons les plus précis sur la conduite des femmes des hauts fonctionnaires. » Deux ans plus tard Mrs Hort écrira un second roman : Tiari, a Tahitian romance (Londres, 1893).

HOUET, Ulysse (1841-1893)

Né le 13 septembre 1841 à Berneuil-sur-Aisne (Aisne).

Soldat d’infanterie de marine, arrive à la Nouvelle-Calédonie le 10 mai 1864 ; y est libéré en 1868 comme colon militaire. Quitte Nouméa et débarque à Papeete le 28 juin 1869. Exerce la profession de colon. Meurt à Papeete le 21 mars 1893. — De son union en France, le 28 octobre 1858, avec Adrienne Rufin sont nés deux enfants. Sa famille ne l’a pas suivi à Tahiti.

HOUSSAY, Jules (le Père Bertrand). 1863-1939

Religieux picpucien.

Né le 9 mars 1863 à Cossé-le-Vivien (Mayenne). Ordonné prêtre en 1887. Après avoir été curé en France, fait profession dans la congrégation en 1897. Est envoyé comme missionnaire à Tahiti où il arrive le 9 novembre 1901. Homme instable, quitte le vicariat en 1912. Meurt à Saint-Aubin d’Écrosville (Eure) en avril 1939.

HOUVEAUX, Gustave (1842-1919)

Propriétaire.

Né le 6 juin 1842 à Dunkerque (Nord). Matelot des équipages de la flotte. Arrive à Tahiti vers 1862. Passe sur la frégate Latouche-Tréville, stationnaire de Tahiti. Débarque de ce navire pour suivre l’école de pilotage de Papeete. Malgré sa connaissance approfondie des passes de Tahiti et Moorea, n’est pas reçu à son examen. Congédié à Papeete le 24 août 1865. Exerce le métier de cuisinier. En 1881, tente sa chance en s’installant aux îles Gambier. Revient à Papeete vers 1885, pour se fixer à Taiohae (Marquises), ayant obtenu une concession de l’administration. Colon puis propriétaire. Au cours d’un séjour à Papeete, meurt le 1 octobre 1919.

HO WAN (1903)

Mécanicien.

Originaire de la province de Canton, arrive à Papeete en mai 1914 avec un ami. Travaille d’abord — il a 11 ans ! — dans les districts, puis fait de la canne à sucre pour Teriitu, à Fariipiti, dans la sucrerie qui existait encore dans ce quartier. A 22 ans ouvre un garage à Papeete. S’occupera un temps de la partie mécanique des 8 goélettes de Kong Ah. De 1933 à 1958 est installé comme menuisier et tient un atelier de scierie et de rabotage mécanique. De son union avec Ah Siou, 1905, sont nés : Abon, 1924, fait ses études en Chine et s’installe comme horloger à Papeete ; Renée, 1925, mariée, commerçante à Puêu ; Yen, 1928 ; Yin Chong 1930 ; Marguerite, 1934, épouse un Américain et vit aux États-Unis.

HO WAN, Yen (1928)

Médecin.

Fils du précédent. Né à Papeete en 1928. Études chez les Frères à Papeete et à Pontivy où il arrive en 1948. Études de médecine à Paris, diplômé de médecine tropicale en 1959. Passe deux ans comme médecin contractuel à la Guyane. Revient à Tahiti en 1962 et ouvre un cabinet privé qui est rapidement achalandé. Un des fondateurs de la Clinique Cardella qui, avec ses huit médecins ou chirurgiens et ses 40 lits, se trouve être, en 1973, la seule clinique privée de Papeete. Le Dr Howan est, depuis 1966, membre du Conseil municipal de Papeete ; il sera réélu en 1971 sur la liste Pambrun. De son union en 1953, à Montmorency (Seine-et-Oise) avec Marie-Thérèse Lefèvre, 1934, licenciée ès sciences, sont nés : Christine, 1953 ; Vincent, 1954 ; Étienne, 1957 ; Véronique, 1960 ; Pierre, 1961 ; Valérie, 1963.

HO WAN, Yin Chong (1930)

Ingénieur.

Fils de Ho Wan. Né à Papeete en 1930. Va faire ses études supérieures en France. Entre à l’École des Ponts et Chaussées dont il sort ingénieur des Travaux Publics. S’installe aux États-Unis, et fonde à San Francisco Howan Corporation qui se spécialise dans l’étude pour la construction des barrages. C’est à ce titre qu’il sera mêlé à celui de la Papenoo. Une première étude entreprise dans les années 1950 n’a pas jugé le barrage justifié. Un rapport fourni par l’Électricité de France en 1960 sur une demande du territoire conclut au contraire à une rentabilité possible, mais signale des difficultés dues à la nature du terrain. Howan Corporation reprend le projet, à la fin de 1969, en étudie, d’une manière technique et plus approfondie, la fiabilité. Une Société privée pour l’étude du barrage de la Papenoo s’est fondée pour lequel le Territoire s’intéresse à 90 %. Plusieurs missions se succèdent ; des sondages sont effectués une année durant. L’électricité de France revient avec une mission technique conduite par l’ingénieur Drouhin et le professeur Barbier de l’Université de Grenoble. Elle confirme les résultats des ingénieurs de la Société Howan sur le plan technique. Une seconde mission de l’Électricité de France, économique celle-ci, en mars-avril 1972 apporte elle aussi des encouragements au projet qui est reconnu rentable. Le barrage dont le coût total est évalué à quatre milliards de francs C.F.P. produirait cent millions de kw/h (la consommation de Tahiti en 1972 est de soixante-dix millions). Il y aurait donc intérêt pour la population locale qui serait ainsi fournie en électricité sans être sous la dépendance des fournitures de pétrole. Le barrage prévu formerait un lac artificiel de 400 mètres de large sur 6 à 7 km de long. Son site, son plan d’eau seraient susceptibles de créer un point d’attraction touristique important et pourraient être le point de départ d’une route traversière. Les débuts des travaux du barrage de la Papenoo, à la fin de 1973, dépendent d’un vote de l’Assemblée Territoriale qui jugera de l’opportunité d’un projet susceptible, après avoir fourni durant plusieurs années du travail à quelques centaines d’ouvriers, d’améliorer les conditions de vie des Tahitiens en leur fournissant de l’énergie électrique à bon marché. Un projet va même plus loin qui envisage la création d’une usine d’énergie atomique qui pourrait fonctionner en alternance avec ce barrage avec un coefficient de rentabilité élevée. De son union, en 1956, à Paris, avec Thérèse Moux, une Tahitienne, licenciée en droit, est née une fille, Liliane, 1958.

HOWE, William (1797-1863)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Irlandais. Pasteur à Hindley (Lancash.), il part comme missionnaire en Océanie, quittant l’Angleterre, avec sa femme, le 8 novembre 1838. Par Sydney gagne Tahiti le 3 août 1839. Bien que destiné primitivement à Samoa, est envoyé à Moorea, station d’Afareaitu. Au moment de l’installation de la France à Tahiti, fait partie des quatre missionnaires qui quittent le territoire. Arrive en Angleterre en janvier 1845. Pendant son séjour, assisté de son collègue Joseph, revoit la version de la Bible en tahitien et surveille son impression. Rentre à Tahiti le 5 août 1847. Il a sans doute reçu à Londres, in petto, des directeurs de la Société, la charge de superintendant de la mission. Pour la remplir, il tente d’évincer son collègue Thomson de sa situation de pasteur de la paroisse indigène de Papeete, poste qu’il juge nécessaire à son autorité. D’où un regrettable conflit qui ne sera réglé que par le départ de Thomson en 1850. Howe réside à Papeete et prêche régulièrement en anglais au temple de Bethel. Il dirige l’imprimerie et l’école normale de teachers indigènes. Il fait des tournées dans l’île, « prêchant » aussi souvent que le lui permettaient « the French restrictions ». Dans ce que Howe appelait « predication », le gouvernement voyait des « menées politiques antifrançaises » ! Car il est de ceux qui ont beaucoup de mal à s’accoutumer à la présence française, et toute mesure de l’administration le prend à rebrousse-poil : qu’il s’agisse de la loi de 1852 sur la nomination des pasteurs ou de la politique de remplacement du personnel anglais par des protestants français. En 1851, il sera cité en justice pour des propos tenus en chaire : il avait protesté contre la violation du repos dominical lors de la fête de l’Empereur et contre les abus qui s’en suivaient. Il connaîtra encore le tribunal pour l’affaire du Tatara raa, catéchisme protestant devenu un pamphlet anti-catholique et autour duquel on discutera beaucoup avant de le voir interdire, par décision de justice, en 1856. Il visite Melbourne, avec sa femme, à la fin de 1856 et rentre à Tahiti en mars 1857. A la fin de sa carrière, Howe, comprenant qu’il fallait assurer l’avenir de l’Église protestante tahitienne, eut le mérite de tourner le regard de ses pasteurs et de ses diacres vers le protestantisme français. C’est sous son influence que le bureau de l’Assemblée législative des États du protectorat rédigera, en mai 1860, une lettre à Napoléon III lui demandant « deux missionnaires protestants français ». Et c’est Howe qui recevra le premier envoyé des Missions évangéliques de Paris, M. Arbousset et l’installera à Papeete. Howe, en 1863, pouvait quitter Tahiti, son œuvre achevée. Il alla à Rarotonga où il mourut le 9 juin 1863, peu après son arrivée. Il n’avait pas eu la satisfaction de voir imprimer la version revue de la Bible en tahitien qu’il avait achevée en juin 1858, après deux années de travail, et qui n’arrivera, à Tahiti, qu’en 1864. Sa femme ira vivre à Sydney où elle meurt, le 3 septembre 1882. En 1853 Howe avait fait imprimer en français les deux premiers livres de lecture introduits par la mission à Tahiti, contenant l’exposé succinct de la doctrine évangélique. Il composa aussi et fit imprimer de nombreux commentaires ou des ouvrages de controverse pour aider les pasteurs tahitiens dans leur ministère. Il est l’auteur de sermonaires, d’expositions des évangiles, des épîtres et des psaumes ; d’almanachs et de tracts de vulgarisation scientifique.

HUET, Nicolas (1852-1899)

Entrepreneur.

Né le 10 mai 1852 à Metz (Moselle). Débarque à Papeete le 22 octobre 1876 du navire français Petit Bourgeois. Est employé aux Ponts et Chaussées comme ouvrier mécanicien. En 1879, s’établit à son compte à Papeete. Vers la fin de sa vie, on le trouve propriétaire et entrepreneur de travaux en tous genres. Membre du Conseil colonial de 1882-1884. Membre du Conseil municipal, il sera adjoint au maire de Papeete de 1890 à 1899. Conseiller général des îles Tuamotu (1896-1899). Meurt à Papeete le 13 juillet 1899. D’un premier mariage est née Louise, qui épouse en 1893, à Papeete, Georges Guéraud, commerçant, membre de la Chambre de commerce. Épouse en secondes noces, en 1888, Amélie Fragon, à Papeete ; union demeurée sans postérité. C’était un timide dont le maire Cardella loua sur la tombe la « vie d’honneur et de probité » en un éloge funèbre que l’on trouve reproduit dans Les Guêpes du 12 août 1899, p. 33-34.

HUNT, Henry Samuel

Officier de marine anglais.

Entre dans la marine en 1832. Le 26 novembre 1841 prend le commandement du ketch Basilisk, petit navire de très faible tirant d’eau, pouvant naviguer aisément dans les eaux peu profondes, et armé seulement de six canons avec trente hommes d’équipage. Le Basilisk arrive à Papeete le 8 janvier 1844. Hunt apportait aux Anglais l’ordre de Londres de reconnaître le protectorat français. Dupetit-Uors, sur place, vient de proclamer la déchéance de la Reine Pomaré. Celle-ci s’installe chez le consul Pritchard et, « affolée » par lui, prend peur et par deux fois (Jore) vient se réfugier à bord du Basilisk : la seconde fois dans la nuit du 30 au 31 janvier, à la suite de l’incident de Piapa (lettre du Gouverneur foulée aux pieds) et « se jugeant en danger personnel ». Hunt en prévient Bruat qui lui répond : « L’ex-Reine ayant renoncé volontairement à la protection que je lui accordais, je n’ai aucune objection à faire à l’asile que vous lui donnez, mais… puisque vous acceptez la responsabilité de la prendre, je regarderai comme un acte d’hostilité son débarquement sur un point des îles de la Société… » (31 janvier 1844). La situation est très tendue. Le Basilisk, où Pritchard vient souvent rendre visite à la Reine est un foyer de résistance à l’administration française. L’affaire se terminera par l’arrestation de Pritchard le 3 mars, le passage de Pomaré sur le Cormoran et son départ le 15 juillet. Le 1er mars, Hunt avait refusé de rendre les honneurs au roi Louis-Philippe à l’occasion de sa fête. Il quittera Papeete avec le Basilisk en juillet 1844 se dirigeant vers Pitcairn et les Sandwich. Sera fait commandant en 1846. Prend sa retraite peu après. Voir O’Byrne, Naval biographical dictionary, p. 554. — Caillot, Histoire de la Polynésie orientale donne, in extenso, la correspondance Hunt-Bruat, p. 211-213 et 531-541.

HUNTER, Edward John

Marin et commerçant.

Anglais originaire du comté d’York. Hardi navigateur, il fut un des premiers à s’aventurer à travers les îles de la Société et à visiter les Tuamotu, avant que de s’installer définitivement à Tahiti. La tradition locale et familiale le fait arriver à Papeete avec sa femme, Suzannah Chapman, et deux enfants dans les années vingt du siècle dernier. Il est propriétaire de deux bateaux avec lesquels il fait du commerce, recherchant en particulier le bois de santal. Il est à Papeete un important propriétaire foncier à Fare Ute, où s’installa plus tard la Marine, ainsi que plusieurs autres quartiers de la ville furent, à l’origine, des biens Hunter. Le futur amiral Seymour écrira de lui en 1847 : « … a very honest, well-conducted and most industrious Englishman, who had lived with his wife, a very respectable woman, upwards of seventeen years at Raiatea, having a numerous and well brought up family, all born there, is the owner of the English brig Diana of 204 ton. » — Au cours d’un voyage en Chine qu’il entreprit en emmenant avec lui son jeune fils Édouard, âgé de sept ans, il disparut, sans qu’on sut jamais s’il avait été victime d’un cyclone ou des pirates. Son épouse Suzannah Chapman lui survivra de longues années. Excellente chrétienne, elle ouvrira à Papeete une école « où les enfants des premières familles de la colonie reçurent d’utiles notions. Elle était anglaise d’origine, mais française par le cœur » déclara sur sa tombe, en avril 1889, le Pasteur Viénot. De son union avec Suzannah Chapman, née à Sydney le 17 avril 1797, décédée à Papeete le 19 avril 1889, sont issus de nombreux enfants. Parmi les filles nous avons retrouvé trace de : Elisa, 1820-1916, épouse Francis Johnstone, médecin de Pritchard et conseiller de Pomaré. Un document la dit : « sage-femme, infirmière et interprète de la Reine. » Veuve en 1855, elle épousera en secondes noces John Osborne, né à Londres en 1824, décédé à Papeete le 2 mai 1873, commerçant. Aucune descendance de ces deux unions. Les indigènes appelaient Elisa : Taita vahine. — Hephzibah, dite Heppy, 1823-1883, née à Raiatea, épouse Nicolas Brodien, 1818-1887, consul de Suède. — Mary, 1826-1855, épouse Edward Lucett, 1815-1853. De cette union, une fille Blanche, 1848-1922, épouse, en Amérique, un commerçant californien du nom de Moore. Elle se fixe définitivement en Californie où elle meurt à San Francisco vers 1922. Son fils unique s’illustrera par sa conduite héroïque au cours de la guerre des Philippines en 1899. — Suzannah, épouse un Colley, commerçant, associé avec Edward Lucett, son beau-frère. Une fille Marie, qui deviendra Mrs Moore. — Jane Adélaïde, 1833-1870, née à Sydney le 21 janvier 1833, épouse, le 3 avril 1852, Pierre Bonnefin. — Emma, 1835, épouse en 1857 Jean Thunot, 1831, négociant puis administrateur français en service aux îles Tuamotu ; elle meurt en donnant naissance à son second enfant, vingt ans après la naissance du premier. — Mathilde, née, à Raiatea le 1er mars 1840, décédée le 5 mai 1918 à Haiphong (Tonkin), épouse un sujet du Schleswig-Holstein, Harold von Ewald († 1863) ; une fille, Berthe, épouse Hégésippe Langomazino en 1877. En secondes noces, Mathilde Hunter épousera, en 1867, Henri Bouët, 1836-1872, commissaire de la Marine ; deux enfants : Henriette, 1864-1920, et Henry, 1870-1955. Sept fils naquirent du mariage de E. J. Hunter et de Suzannah Chapman. Ce qui fait que le nom de Hunter est très répandu aux îles Sous-le-Vent. — John, l’aîné, eut une fille Louisa, 1846, qui épousa un riche commerçant et armateur, William Johnston, et en eut douze enfants. — Thomas, 1825-1909, né en Australie, décédé à Uturoa où il compte une nombreuse descendance. — Alexandre, capitaine du navire Eliza de Tahiti. Épouse Eliza Iroine, née en 1830 ; un fils Alexandre, né en 1871.

HUNTER, Pierre (1927)

Instituteur et homme politique.

Né le 30 janvier 1927. Instituteur à Bora Bora. Élu conseiller territorial R.D.P.T. des îles Sous-le-Vent, a été désigné comme ministre chargé des Travaux Publics puis comme conseiller de gouvernement.

HURNI

Peintre suisse.

Un temps comédien et ethnographe. Vivra une dizaine d’années à Tahiti. Sa peinture, naïve et primitive, avec de belles couleurs, l’apparente plus au Douanier Rousseau qu’à Gauguin. Expose à Paris, galerie Cambacérès, en 1951, 37 œuvres et 12 dessins.

HUZÉ, Guy (1912)

Artiste peintre.

Né le 18 septembre 1912 à Aubigny (Cher). Étudie les beaux-arts à Paris dans divers ateliers et à l’académie Julian. Travaille d’abord comme dessinateur-modéliste dans la haute couture. Sociétaire du salon des humoristes. Arrive pour la première fois à Tahiti en 1938. Décore plusieurs intérieurs de grandes compositions à l’huile : La légende du uru. La légende du lézard. Baigneuses. Pêches sur le récif. Orne le « Col Bleu », un des bars en vogue à l’époque, d’une frise de scènes humoristiques tirées principalement de la vie tahitienne vue à la façon popaa. Expose alors au Cercle Bougainville et au Yacht Club. Part en 1946 en Nouvelle-Zélande où il demeure un an, terminant son séjour par une exposition à Auckland. En 1947 expose à la Galerie David Johns à Sydney. Rentre en France par l’Indonésie, l’Inde, l’Égypte, voyage ponctué d’expositions. Travaille en 1949 aux Antilles, avec des expositions à Fort-de-France et à Trinidad. Remonte l’Amazone et expose à Rio et à Belem. L’Afrique le retient ensuite de longues années qu’il parcourt en tous sens. Revient une seconde fois à Tahiti en 1963 et passe dans l’île de mars à octobre. Son exposition d’octobre 1963 est un succès. Expose ensuite à Venise et Miami avec un grand succès de vente. Revient à Tahiti en avril 1965 et expose à la Galerie Winkler le 4 août. Les Tahitiens aiment sa peinture facile et enlevée ; ses coups de brosse qui ne précisent rien mais laissent l’oeil rêver à sa guise, et apprécient sa manière. Peintre très sensible, travaillant avec une prodigieuse rapidité qui le sert grandement dans ses recherches des effets de la lumière et de reflets sur l’eau, Huzé est avant tout un paysagiste, plus particulièrement un peintre de plages, d’eau, de mer. Il rend d’une manière aisée les scènes marines et nautiques : ses piroguiers, ses baigneuses, ses pêcheurs sont animés d’une vie intense et baignent dans une lumière de féerie. On lui doit aussi des scènes de danses tahitiennes très habilement exécutées où le mouvement et le rythme sont exprimés avec beaucoup de maestria. Il se souvient aussi de ses débuts d’humoriste et une touche d’humour donne parfois à ses compositions décoratives un caractère plaisant d’ironie.

I J

ILARI, Noël (1897)

Colon et homme politique.

Né à Rennes, le 11 septembre 1897. Éducation au collège Saint-Vincent. Engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale qu’il termine sous-lieutenant. Assureur-conseil à Paris de 1920 à 1934. Arrive alors à Tahiti. Participe à la Seconde Guerre mondiale, puis est combattant en Indochine. Rentre à Tahiti en 1947. Incarcéré et mis en résidence surveillée à Tubuai à la suite des divers troubles et manifestations de cette époque. Les îles Australes, où il est colon (1 000 ha, 60 têtes de bétail, 8 000 pieds de caféiers) et instituteur, en 1953, l’envoient siéger à l’Assemblée territoriale comme R.D.P.T. Quitte le parti sur la question de la départementalisation. Président de l’Assemblée territoriale en 1954. N’est pas réélu en 1958. Combattant des deux guerres, deux fois blessé, deux fois cité, Noël Ilari est officier de la Légion d’honneur. Aimant les lettres, il a écrit de nombreux articles ici ou là et publié, en 1964, écrits d’une plume alerte, véhémente, critique et un peu désabusée, d’intéressants souvenirs : Secrets Tahitiens. Journal d’un popaa farani, 1934-1963. Prêt à toute éventualité, il s’est préparé une tombe dans une cocoteraie de Tubuai ; une sorte de marae à un étage. On y lit, gravée dans le marbre, l’inscription suivante : A LA MÉMOIRE DE NOËL ILARI NÉ A RENNES (FRANCE) LE 11 SEPTEMBRE 1897 MORT FIDÈLE A SON DIEU, A SA FAMILLE A SES IDÉES, A SON INGRATE PATRIE APRÈS DE LONGUES ANNÉES DE SOUFFRANCES MORALES DANS L’ISOLEMENT ET LA SOLITUDE DE CE LIEU PASSANTS MÉDITEZ & PRIEZ POUR LUI. Noël Ilari épouse en 1970 à Papeete Marie Tehinarii Amae, 1933, de Tubuai. D’une précédente union, une fille Mareva Marie, née en 1954 à Tubuai.

IORSS, Adolphe (1858-1913)

Comptable.

Né à Lubeck (Allemagne) le 19 mars 1858. Arrive à Tahiti en 1878, comme employé à la Société commerciale de l’Océanie, où son oncle Ludovic Iorss est directeur local. Soit dans cette Société, soit comme attaché à d’autres maisons de commerce à Tahiti ou dans les archipels, mène une existence fort active. Meurt à Atuana, au cours d’une tournée d’inspection, en 1913. De son union, en 1880, avec Mary Telesio, 1856-1949, jeune fille née à Honolulu d’une mère tahitienne de la famille des Puni, de Bora Bora, et d’un père italien, sont issus quatre enfants : Johanna, 1881, épouse, en 1904, Joseph Coget, 1871, et va vivre en Belgique, cinq enfants. — Caroline, 1882-1953, épouse, en 1905, Thomas Ellacott, fils d’un pionnier anglais, six enfants vivants à Taunoa, Papeete. — Adolphe-Prosper, 1886-1960, qui vivra à Paea, jamais marié, mais a trois enfants : une fille et deux garçons. — Martial, 1891.

IORSS, Martial (1891-1966)

Greffier.

Fils du précédent. Né le 12 janvier 1891 à Taiohae (îles Marquises). Études à Papeete. Instituteur à Mataiea pendant deux ans, puis est employé successivement à la Société commerciale de l’Océanie, à la Compagnie navale en 1914, chez Raoulx et, après plus de quatre ans de service militaire, aux Phosphates et à la Brasserie de 1921 à 1929. Nommé alors greffier en chef près des Tribunaux, sur la pression du gouverneur de l’époque et malgré l’avis formellement défavorable du Président du Tribunal. Il occupera cette situation jusqu’à la crise de 1940 qui lui vaut de connaître la prison et l’éloignement de Papeete, en même temps qu’il est suspendu de ses fonctions. Il travaillera comme comptable dans différentes maisons et à la Banque de l’Indochine jusqu’à sa « réhabilitation » et sa retraite. Est allé en France en 1951 et en 1955, seules fois où il a quitté Papeete de sa vie. Il est conseiller élu à l’Assemblée territoriale en 1953 et président de la Commission permanente de 1954 à 1955. Au cours de son existence Martial Iorss aura présidé la Société hippique de 1929 à 1933 ; le Yacht Club de Tahiti de 1932 à 1940 ; ainsi que la Société de la Jeunesse tahitienne. Officier d’Académie en 1955, il est nommé, en 1957, président du Comité de Toponymie. Sa connaissance du tahitien lui a valu d’être choisi, en 1957, pour un enseignement du tahitien destiné aux personnes désireuses de se perfectionner dans la langue. Il rédige, à cette occasion : Le Tahitien à la portée de tous. Grammaire tahitienne (Papeete, 1961). Taillé en force, d’une santé insolente, heureux de tout, c’était le type même du bon vivant, qui appréciait tous les plaisirs de la vie et les sollicitait même à l’occasion, d’où qu’ils vinssent, sans vergogne. Il est mort dans sa maison de Paofai le 7 mai 1966. Les feuilles locales qui annonçaient son trépas rappelaient que « depuis quelques 20 ans il appartenait à la commission des chants et danses folkloriques qu’il présida pendant longtemps ». On trouvera Martial Iorss silhouetté par Pierre Benoît sous le titre : Mon ami Martial, dans son livre Océanie française, 1933, p. 75-80. De son union, le 25 janvier 1913, avec Jeanne Vincent, 1891 sont nés : Marguerite, 1920-1972, épouse en 1951 Jean Bataille, ingénieur-mécanicien-aviateur, deux enfants : Joëlle et Germaine. — Johanna, 1922, assistance sociale. Épouse, à Paris, en 1960 Philippe Mazelier et rentre à Tahiti. — Céline, 1924, épouse en premières noces Jean Denis de Rougemont en 1946, et après divorce, en 1952, épouse Robert Gervais, planteur au Cambodge. — Maëva, 1926, épouse, en 1946 Charles Villierme, divorcé, armateur, cinq enfants. — Ludovic. — Adolphe, 1928, épouse le 9 février 1952, Marthe Boosie ; un fils : Teupoomanavarii Gilles.

IOTÉTÉ

« Roi » de Tahuata.

En fait, chef des baies de avait Vaitahu et de Hanamiai, dans l’île de Tahuata. Après avoir abattu et chassé un de ses frères dont la puissance lui portait ombrage, Iotété s’était rendu si redoutable que tous les chefs de Tahuata avaient subi son ascendant et le reconnaissaient, vivant en paix sous sa domination. Sa femme avait nom Taetanani. Il avait plusieurs enfants : Timao était l’aîné. Une fille répondait au nom de Taheia. On trouve mentionnés également Touna, Totika, Tepoua et Teheo. Le chef militaire d’Iotété était un certain Panaou. Dupetit-Thouars passant à Tahuata à bord de la Vénus, du 2 au 8 août 1838, voit Iotété. « Ce chef, dira-t-il dans son rapport, était d’une taille colossale et d’un embonpoint non moins remarquable ; la couleur de sa peau disparaissait sous une teinte noire, produite par un tatouage compliqué, tandis que sa figure, ouverte et pleine de bonté, inspirait la confiance. On avait peine à croire, en le voyant, que cet homme était un chef d’anthropophages… » Radiguet trouve que le visage d’Iotété, « aux traits réguliers, offrait les lignes bien connues du type bourbonnien. Un buste de Louis XVIII, trempé dans l’indigo, donnerait une idée exacte d’Iotété. Ses cheveux très longs sur le haut du crâne, tordus et noués à leur naissance, formaient une touffe au-dessus de la ligature. Comme tous ses sujets, il allait nu, à l’exception d’une ceinture d’étoffe indigène roulée en corde ». Venu à bord de la Vénus, Iotété y fut salué de quatre coups de canon. « Convive exact, il venait aux heures des repas prendre place à la table du capitaine dont il savait apprécier la bonne chère. Le salut qu’on lui avait fait avait tellement flatté sa vanité, qu’il demanda qu’on le répétât… On se prête à son désir et, pour l’accomplir entièrement, on y ajouta quelques fusées et quelques chandelles romaines. La femme d’Iotété vint aussi rendre visite à la frégate, et parcourut ses batteries en entier. Selon l’usage… Iotété avait changé de nom avec M. Dupetit-Thouars : par cette cérémonie, le chef sauvage concédait au commandement français non seulement tous ses droits politiques, mais il lui abandonnait en outre tous ses droits conjugaux ; il faut ajouter qu’on n’abusa pas de tant de générosité… Le chef et sa femme avaient fait toilette complète pour cette visite d’étiquette ; un manteau rouge constituait le costume de cérémonie du premier… M. Dupetit-Thouars se rendit à son tour dans la demeure de l’auguste famille. Les cadeaux qu’il apportait avec lui furent reçus avec l’empressement le plus naturel… Le 9 août la Vénus appareillait… En quittant la frégate, Iotété emportait un pavillon qu’il avait demandé ; il en connaissait l’emploi et voulait aussi arborer ses couleurs ; il avait choisi le damier rouge et blanc, après avoir reçu l’assurance qu’aucune autre nation n’avait adopté ces couleurs » (Vincendon Dumoulin, Iles Marquises, p. 106-110). Dupetit-Thouars déposa dans l’île les missionnaires Desvault et Borgella. En avril 1840, Iotété voit arriver la Pylade, commandant Bernard. Celui-ci reconnut « que le chef Iotété n’avait plus pour les missionnaires français la bienveillance qu’il avait manifestée pendant la présence de la Vénus. Flottant entre les missionnaires anglais et français son rôle paraissait se borner à recevoir leurs cadeaux sans se soucier le moins du monde du but de leurs religieux efforts ; Iotété ne croyait plus à la loi du Tabou, mais il n’en voulait suivre aucune autre ». Il assiste néanmoins le 1 mai jour de la saint-Philippe, à la pose de la première pierre de l’établissement des missionnaires. « Les détonations de l’artillerie du Pylade se joignirent aux chants religieux. Iotété qui n’avait jamais encore assisté à pareille fête était tout éperdu. Il s’écria que lui et son peuple mouraient d’admiration. » En avril 1842, Iotété voit de nouveau arriver à Tahuata Dupetit-Thouars sur la Reine Blanche. Le vol de la baleinière d’un navire américain venu relâcher à Tahuata, causait alors quelques désagréments à Iotété, qui vit du bon œil le retour de son ami « Pèti Tua », dont il attend immédiatement aide et protection. Aussi Iotété ne fait-il aucune difficulté pour reconnaître la souveraineté de Louis-Philippe et arborer le drapeau français. La cérémonie de la prise de possession a lieu le 1 mai, jour de la fête du roi des Français. Feux d’artifices, grand pavois, messe solennelle, salves d’artillerie, déjeuner de gala chez l’amiral, distribution de cadeaux marquent cette date. Iotété portait pour la circonstance un « habit du temps de Louis XV, en peluche rouge, galonné sur toutes les coutures, et chargé d’une massive paire d’épaulettes d’or, « cadeau de l’amiral ». Un diadème de carton doré, enjolivé de verroteries et ombragé de plumes peintes, couvrait sa tête et faisait ressortir sa face bleue. Un pantalon blanc, et une chemise complétaient cet accoutrement… Près d’Iotété se trouvait son neveu Mahéono… vêtu d’un habit rouge et d’un pantalon bleu de ciel. Quant aux fils du roi, ils portaient tous une chemise de matelot en étoffe de laine. L’acte de possession fut signé dans la maison de parade d’Iotété, qui, s’il possédait deux cases à Vahitau, s’était également installé dans la maison abandonnée par les missionnaires anglais. Le nom de Mahéono figure à côté de celui d’Iotété dans l’acte qui fut alors rédigé. Iotété accorda aux Français la croupe qui sépare Vaitahu de Hanamiai. Une garnison d’environ deux cents hommes fut installée sous le commandement du capitaine de frégate Halley. La présence à demeure de tous ces hommes sur un territoire relativement peu peuplé, quelques incidents, et la mise en coupe réglée des arbres à pain et des cocotiers par les Français eurent vite fait de modifier les dispositions du vieux chef qui, suivi de tous ses gens, se retira dans les montagnes du haut de la vallée. Halley, inquiet de sa solitude au bord de la mer, prétendit faire revenir les habitants dans la vallée. Il acheva de tendre la situation par ses maladresses autoritaires, ses procédés de chantage et d’intimidation : il fait en effet nommer Mahéono comme « roi », et prétend donner la vallée au frère d’Iotété, alors en exil ! En apprenant la « nomination » de son successeur, Iotété déclara simplement « que depuis longtemps les Français étaient maîtres et que le roi de l’île se nommait Halley et non Iotété ». Une intervention de sa fille, Taheia, demandant qu’on laissait vivre en paix son père où il l’entendait fut sans résultat. Le 16 septembre, un indigène porteur d’un bâton garni de tapa venait signifier que les gens d’Iotété refusaient d’abandonner leur roi et qu’ils étaient prêts à mourir plutôt qu’à se séparer de lui. C’était la guerre, moins de cinq mois après les grandes démonstrations d’amitié de la prise de possession ! Les Français durent combattre pendant huit jours et faire venir du renfort, pour mettre fin à cette « rébellion » et imposer leur volonté. Ces combats, aussi inégaux qu’ils fussent, leur coûtèrent vingt-six morts, dont celle de Halley et de son second, le lieutenant de vaisseau Lafon de Labédat. Les vallées de Vaitahu et de Hanamiai durent être complètement abandonnées aux Français ; Iotété exilé à Hapatoni et Mahéono reconnu chef de l’île… L’amiral Duperré, ministre de la Marine, dans ses instructions à Dupetit-Thouars, avait noté : « Une attitude ferme au début doit assurer notre souveraineté ; des procédés humains et généreux envers les chefs et les populations achèveront de la consolider. »… Halley avait manifestement plus médité la première phrase de l’Instruction ministérielle qu’appliqué la seconde.

Bibliographie. Sur Iotété, voir surtout : Max Radiguet, Les derniers sauvages. Souvenirs de l’occupation aux îles Marquises, 1842-1859, Paris, 1880. La bibliothèque du Service hydrographique de la Marine conserve d’intéressants dessins originaux de Radiguet concernant Iotété et la prise de possession. — Voir également : Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, 1910 ; et, du point de vue missionnaire : S. Delmas, Essai d’histoire de la mission des Marquises, 1929.

ISABELLE, alias HERVÉ, Louis (1814-1877)

Commerçant.

Propriétaire. Originaire d’Isigny (Calvados). On le trouve restaurateur à Papeete en 1846, puis propriétaire à Faaa vers 1852. Meurt à Papeete le 14 mai 1877. De son union à Papeete en 1852, avec Louise Lucas, 1842-1906, fille d’un résident anglais, sont nés : Pauline, 1856, qui épouse en 1873 Pierre Gardey, écrivain de la marine en service à Tahiti. Quitte Papeete pour s’établir à Toulon. — Louis, 1853-1873.

JACOLLIOT, Louis (1837-1890)

Magistrat.

Est nommé juge impérial des Établissements Français de l’Océanie au temps du gouverneur de La Roncière. Fait paraître à Paris, en novembre 1869, une brochure intitulée La vérité sur Tahiti. Affaire de La Roncière, plaquette dans laquelle il prenait la défense du commissaire impérial de La Roncière (voir à ce nom) et où il essayait de montrer, en ce fonctionnaire, la victime du parti clérical, prenant l’offensive contre le Père Laval (voir à ce nom) et les picpuciens. Revenu à Tahiti comme simple trafiquant, il y est poursuivi, en 1872, pour les diffamations et injures que contenait sa brochure sur le Père Laval. Sera condamné, le 18 avril, à la suppression des pages incriminées et à 15 000 F de dommages et intérêts (Messager de Tahiti, 18 mai 1872).

JACOT, Albert (1921)

Pasteur.

Né le 13 août à Montécheroux (Doubs). Études au Collège Cuvier à Montbéliard et aux Facultés de théologie des Universités de Strasbourg et de Genève. Consacré le 20 juillet 1947. Arrivé à Tahiti le 18 décembre 1947. Sera, à son arrivée, nommé directeur de l’école de garçons et du cours complémentaire ; puis, en 1950, recevra la direction de l’arrondissement ecclésiastique des îles Sous-le-Vent ; en 1955 fera de nouveau l’intérim à la direction de l’école de garçons et du cours complémentaire, avec, en 1956, la direction générale de l’enseignement protestant. En 1957, devient président de la mission en même temps que président du Conseil supérieur des Églises tahitiennes (Église indigène) et directeur de l’École pastorale. C’est en 1948 que commencèrent les travaux de reconstruction du groupe scolaire de Papeete, avec, à partir de 1952, le secours du F.I.D.E.S. Aux îles Sous-le-Vent, M. Jacot réorganise le travail des enfants dans les écoles du dimanche. Il y reçoit, au début de 1952, la visite de M. Schloesing, directeur de la Société des Missions évangéliques. En 1956 a lieu la visite beaucoup plus brève du nouveau directeur, M. Bonzon, au cours de laquelle un monument commémoratif de l’arrivée de l’Évangile à Tahiti est inaugurée à la pointe Vénus, le Matavai de Cook et des premiers navigateurs. En 1959, M. Jacot réorganise l’école pastorale d’Hermon et commence la reconstruction des bâtiments. C’est au cours de son séjour à Tahiti qu’a été préparée l’autonomie de l’Église tahitienne : les arrondissements ecclésiastiques sont présidés, depuis 1957, par des pasteurs tahitiens et, l’année suivante, un Tahitien, le Pasteur Koringo a Poo fonctionne à côté du président missionnaire. Le Pasteur Jacot a épousé, en France, en 1947 Madeleine Verdeil. De cette union, sont nés : Max-Albert, 1948 ; Lytta, 1950 ; Thierry, 1951 et Muriel, 1956. Mme Jacot a été associée de très près au travail de son mari. Elle se double d’un poète à laquelle on doit Collier d’amour (Jarnac, 1957), un recueil de poésies où elle chante les îles en chrétienne, en mère, en épouse et en amie sensible des choses et des gens de Tahiti.

JACQUEMIN, André (1893-1964)

Directeur de Sociétés.

Né à Paris le 3 octobre 1893. Arrive à Tahiti en 1925, au service de la Compagnie navale de l’Océanie, filiale de la Maison Ballande de Nouméa. Sera co-directeur de ce comptoir jusqu’à sa disparition en 1931. Deviendra alors à Papeete, chef de l’agence de la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie, situation qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1955. André Jacquemin fut président, en 1941 et 1943, des Délégations économiques et financières, ébauches de l’Assemblée territoriale actuelle. Participe à la Première Guerre mondiale où il est deux fois blessé et cité à l’ordre du jour. Médaillé militaire ; chevalier de la Légion d’honneur. Décédé le 31 août 1964. De son union, en 1938, à Papeete, avec Jeanne Chauvel sont nés Claude et Danièle, étudiante. — Mme Jacquemin entre au Syndicat d’Initiative de la Polynésie française en 1954. Elle dirige cet organisme depuis 1957. Elle a représenté le Territoire à plusieurs conférences de la Commission du Pacifique Sud : à Fidji en 1956 et à Rabaul, en 1959. Mélomane, elle possède aussi une belle collection de coquillages.

JACQUIER, Henri (1907)

Pharmacien.

Né le 15 janvier 1907 à Recouvrance, Brest (Finistère). Études à l’École de Santé navale de Bordeaux. Vient à Tahiti comme pharmacien de l’Hôpital en décembre 1932. En 1939, démissionnaire, achète la pharmacie de Léon Lherbier qu’il installera rue de la Petite-Pologne, pharmacie qui brûle la nuit de Noël 1956 et qu’il reconstruit l’année suivante. Commerçant actif, Henri Jacquier est également un Tahitien soucieux du développement de Tahiti. Succédant à Charly Van den Broeck, il présidera le Syndicat d’Initiative de 1952 à 1959. A ce titre, on lui doit l’aménagement des différents sites historiques de l’île et la signalisation des points intéressant les visiteurs. La restauration du marae de Arahurahu, sur la propriété Passard, au 23 km de la route de la côte ouest est également son œuvre et restera comme un témoignage de ses préoccupations culturelles. Il préside également depuis 1953 la Société des Études Océaniennes dont il transporte le Musée-Bibliothèque de Mamao au centre de la ville en 1955. A cette place, il finit par mener à bien, pendant de longues années de démarches, le commencement de la réalisation (1972) d’un nouveau Musée pour lequel l’administration achète un terrain de 3 hectares en bord de mer à la Punaruu, Musée qui abriterait les collections de la Société et ses livres en devenant également un musée de plein air à l’intention des touristes. Il est amateur de pêche et possède une vedette de 22 t à deux moteurs, la Moana, sur lequel il réalise des exploits de pêche sportive. Érudit, il écrit de nombreux articles dans différentes revues et publie en 1973 : Piraterie dans le Pacifique. De Tahiti à l’île du Diable, qui est une histoire de l’affaire Rorique écrite sur de nouveaux documents. Il participe aux entretiens de Vaiami. De son union à Papeete, en 1938, avec Yvette Laguesse, 1916, est née une fille : Annick, 1940, étudiante en pharmacie, qui épouse en 1959, un aviateur, Pierre Machenaud, 1931, actuellement Capitaine de C. et chef d’appontement à bord du P.A. Foch ; deux enfants : Héric, 1961 et Philippe, 1962.

JADIN, Nicolas (1829-1881)

Maçon.

Né le 16 janvier 1829 à Thionville (Moselle). Soldat du 1 régiment d’infanterie de marine, débarque à Papeete le 29 janvier 1852. Libéré du service à Tahiti le 24 août 1855. S’établit maçon à Papeete, quartier de Mamao. Opte pour la nationalité française le 15 octobre 1872. Un enfant : Sosthène, 1859-1885. Décédé à bord du transport de l’État Loire, au voisinage de l’île Sainte-Hélène, comme commis de 2 classe de la marine. Un des premiers Tahitiens affecté à un poste administratif hors du territoire.

JAKIMOWICZ, Nicolas (1933)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 21 oct. 1933. Profès en 1954. Prêtre le 28 juin 1961. Arrive à Tahiti en sept. 1964. En poste à Papeete, puis aux îles Sous-le-Vent, 1968. Passe aux Marquises 1970-1971. A son retour fait un remplacement aux Tuamotu de l’Est. Est maintenant aux Tuamotu du Centre.

JAMET, Jean-Marie († 1947)

Frère puiné du suivant.

Propriétaire à la Fautaua. Épouse en 1891 Charlotte Robinson, † 1949, d’où six enfants : Alfred, 1892. — Elisa, 1894, épouse Boubou Adams. — Joseph (Gaga) épouse une Marquisienne. — Sarah Charlotte, 1901, épouse un Buchin, actuellement décédé. — Marguerite, épouse un fils de Charles Lucas.

JAMET, Joseph († 1929)

Originaire de Redon (Ille-et-Vilaine).

Arrivé à Tahiti à 18 ans comme soldat avec son frère Jean-Marie. A sa libération du service, il s’installe comme cordonnier à Papeete. Plus tard, il va tenir un hôtel-restaurant à Taravao. Sera un temps un des premiers régisseurs de la voiture publique à deux chevaux qui relie chaque matin Taravao à Papara où les voyageurs transitent vers Tahiti sur les voitures du service Poroi. Il meurt à Taravao, le 22 avril 1929. De son union à Papeete, en 1899, avec Florence Garbutt, 1877-1965, sont nés : Charles, 1901, propriétaire exploitant à Taravao, élevé chez les Frères à Papeete ; il revient de bonne heure travailler chez son père. Organisera après la Première Guerre mondiale le premier service automobile entre Taravao et Papeete, avec un truck Dodge qui lui a coûté 32 500 F. Il épousera Marguerite Tevahine, qui meurt rapidement lui laissant deux filles dont Marie-Louise. Il se remarie avec Aimée Teahu dont il a encore deux filles. Divorcé, il se remarie en 1941, à Manuia Tinomoe, de Rapa. Il épouse enfin Elisabeth Tepava, en 1958. — Marguerite, 1903, épouse en 1922, Hippolyte Aumérand, († 1961), subrécargue ; quatre enfants naissent de cette union : Florence, Georgette, Gislaine et Roger. Veuve, elle épouse en secondes noces Samuel Chevalier, fonctionnaire aux Finances, un fils Michel. — William, 1907, propriétaire exploitant. Dirige une laiterie sur le plateau de Taravao. Il épouse en premières noces, en 1943, Jeanne Averii Teahu : un fils Rodolphe, 1930, épouse en 1949, Iris Lucas, 1930 ; un fils Osmond, 1931, épouse en 1950, Rosalie Lucas. — En secondes noces William épouse Madeleine Raioha.

JANEAU, Jules (le Père Vincent-Ferrier). 1859-1944

Religieux picpucien.

Né le 29 mai 1859 à Genneton (Loire-Atlantique). Études au grand séminaire de Nantes. Prêtre dans cette ville le 29 juin 1884. Profès picpucien en 1886. Envoyé à Tahiti, s’y trouve le 4 décembre 1886. Le 21 janvier suivant, arrive aux îles Gambier où il passera cinquante-huit ans. Revient en France en 1907 « la malle bondée de manuscrits mangaréviens et rapanui qu’il voudrait bien faire imprimer en entier… ». « Les Mangaréviens, qu’il avait à peu près tous baptisés, le considéraient comme leur père. Il était leur guide, leur conseiller, leur médecin et, à l’occasion, leur défenseur. » A ce sujet, le Père Ferrier connaîtra quelques difficultés administratives, notamment avec le résident William Tondon, qui, après deux années de bonne entente, en était arrivé avec le missionnaire de Mangareva à une correspondance de protestations et d’invectives où des arguments mystiques d’un autre âge — le Père prétendait que Tondon était marqué du signe du démon ! — se mêlaient à des considérants juridiques. Sur la demande du gouverneur, le Père fut rappelé par l’évêque à Tahiti ; mais, au bout de quelques mois, le gouvernement n’ayant pas tenu sa promesse de rappeler également le Résident, Mgr Noailles replaça le Père Ferrier à Mangareva. « M. l’administrateur, lui dit le missionnaire, j’ai vu ici vingt-neuf représentants du gouvernement. Tous ont quitté l’île. Je suis resté. Vous partirez comme eux. » — Esprit cultivé, le Père Ferrier s’intéressa à la langue mangarévienne. « On peut dire qu’il a codifié le mangarévien en faisant imprimer une grammaire-dictionnaire, les quatre évangiles, une vie des Saints, un manuel de prières et de cantiques, et une histoire sainte. » Meurt aux îles Gambier le 13 août 1944. Lettres ou publications, le Père Vincent-Ferrier a beaucoup écrit. On trouvera sa bibliographie complète dans : Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, p. 329-330 et O’Reilly, Bibliographie de Tahiti. Les archives des Pères de Picpus conservent une : Histoire de Mangareva depuis les temps les plus reculés, cahier manuscrit à deux colonnes, texte mangaréviens et texte français, contenant les récits des anciens, recueillis par les missionnaires et écrits en mangarévien par le prêtre indigène Triphon.

JANSÉ, Léon (1857-1912)

Tapissier.

Sergent au 3 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Tahiti le 2 avril 1878, du transport Navarin. Congédié le 13 juillet 1880, s’établit comme tapissier à Papeete. Reste plusieurs années dans le pays. Sera conseiller municipal de Papeete de 1894 à 1898. Rentre définitivement en France pour se fixer à Loudun où il meurt en 1920. Son union, le 27 octobre 1883, à Papeete, avec Anaïs Passard est demeurée sans postérité.

JAOUEN, Pierre-Marie (le Père Paul de Léon). 1880-1949

Religieux picpucien.

Né le 4 avril 1880 à Coat-Méal (Finistère). Profès dans la congrégation en 1901 ; ordonné prêtre en 1906 ; est envoyé comme missionnaire à Tahiti. Arrive, à Papeete, le 6 décembre 1906. Exerce son ministère à Mataïea et aux îles Sous-le-Vent jusqu’en 1933. Est alors affecté à Tahiti où il sera attaché à plusieurs districts jusqu’en octobre 1949, date de sa mort.

JAPY, André (1904-1974)

Aviateur et colon.

Né le 11 juillet 1904 à Beaucourt (Territoire de Belfort). Ingénieur de l’Aéronautique. Pilote breveté en 1932. S’attaque dans les années qui suivent à des liaisons rapides et militaires avec un « Caudron Aiglon » équipé d’un moteur Renault-Bengali de 100 CV. Réalise ainsi, en 87 h, un mémorable Paris-Saïgon-Paris. Avec un « Caudron Simoun » et un moteur plus puissant, Japy prépare alors un Paris-Tokyo qu’il manque de peu de réaliser complètement en novembre 1936. Et déjà il songe à Paris-Nouméa, projet stoppé par la guerre. Il est devenu un des quinze grands noms de l’aviation française. Arrive à Tahiti en 1946 comme remplaçant de J. Ravet à la tête du service météorologique. S’installe à Tahiti dans une propriété qui donne sur la baie de Vairao où il vit au milieu de meubles anciens dans une des plus agréables demeures de l’île, tout en débroussant des terres de la presqu’île qu’il transforme en pâturage à bétail et en créant la première ferme d’œufs du territoire. Il installe une piste privée à Afaahiti : il a fait venir des appareils et bricole un Piper Cub Cherookee avec un moteur Lycoming de 180 CV, de manière à pouvoir porter à 26 h son autonomie de vol. La recherche de quelques navires portés disparus, des services rendus à l’agriculture, l’instigation et l’organisation des pistes dans certains atolls des Tuamotu et des voyages touristiques à travers le Pacifique : Samoa, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie, Norfolk, Saïgon… ne suffisent pas à satisfaire son esprit d’entreprises aériennes. Il rêve d’être le premier à relier Tahiti à l’île de Pâques : 4 503 km. Même avec une escale à Hao, cette liaison représente 24 h de vol : une grande distance en mer libre, sans aucun terrain de dégagement ni de secours possible. Une tentative le conduisit à Mururoa avec des ennuis de moteur. La panne réparée, la permission de vol vers l’île de Pâques ne lui fut pas accordée, les raids sur monomoteur à piston comportant des risques énormes dont les autorités ne consentirent pas à assumer la responsabilité : le temps était passé des exploits sportifs et des performances individuelles… Sans intérêt désormais pour une aviation d’équipe assujettie à de strictes disciplines et à des réglementations impératives, Japy renonça à ce qui avait été une vocation de jeunesse. Il fit une croix sur Tahiti, liquida ses appareils, passa à d’autres mains ses installations agricoles, vendit sa propriété et regagna la France où il meurt en octobre 1974. — Sur André Japy à Tahiti, voir O’Reilly, Silhouette d’André Japy, (Revue de l’Aviation Civile, décembre 1972).

JARRIER, Justine (1804-1879)

Sœur Mélanie, religieuse de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Débarque à Papeete, en 1863, du navire français Bolivie. Institutrice, elle sert quelque temps à l’école Saint-Joseph de Papeete. Part aux îles Marquises le 27 février 1864, pour prendre la direction de l’école des sœurs de Taiohae (Hiva-Oa), avec la Sœur Lazarine Villemain. Félicité Soulier et Anne-Marie Vigroux. Elles sont reçues à bras ouverts par Mgr Dordillon et la Reine. Dès le début l’école compte quatre-vingts filles. Elle sera supérieure à Taiohae pendant quinze ans, montrant autant de dévouement que de compétence. Meurt à la tâche, le 22 mai 1879, à Taiohae.

JAULMES, Édouard (1860-1923)

Instituteur missionnaire.

Né à Congénies (Gard) le 9 avril 1860. Quitte Le Havre le 11 décembre 1886 ; gagne San Francisco où il s’embarque le 31 décembre sur le Tropic Bird et par les Marquises, il débarque à Papeete le 31 janvier. Envoyé comme maître d’école à Raiatea en décembre, la guerre l’empêche d’y débarquer et ce n’est qu’en mars 1868 qu’il peut occuper son poste d’instituteur qui le maintiendra dans l’île jusqu’en 1892. Meurt à Fonterres (Gard) en 1923. Il a laissé un Journal où il raconte d’une manière vivante son voyage et ses souvenirs de premier instituteur français à Raiatea. Voir ce Journal : J.S.O., mars 1970, p. 61-78.

JAUNEZ, Bertrand (1904)

Administrateur de Sociétés.

Né à Paris, le 30 mars 1904. Études au Collège de Normandie et à l’Institut de l’Enseignement commercial supérieur de Strasbourg. Arrive à Tahiti pour la première fois en 1933. Y fait plusieurs séjours avant la Seconde Guerre mondiale à laquelle il participe comme attaché de liaison à l’armée britannique. En 1943 rejoint la France Libre par l’Espagne. Attaché comme officier de liaison à la 1 armée américaine, puis à l’Air Transport Command. Revient à Tahiti en 1947 et s’y fixe définitivement, habitant Punaauia, avec une résidence secondaire à Moorea pour les jours où Papeete lui semble insupportable. Il est Président de la Société anonyme de gestion immobilière en Océanie et administrateur de Cérbati. On doit à Bertrand Jaunez d’importantes réalisations d’ordre social, médical ou culturel. Il a beaucoup aidé la lutte contre la filariose, établi et soutenu un camion stomatologique, traduit en français et publié l’Ancien Tahiti, document capital concernant l’histoire tahitienne. On lui doit également la publication en 1966, du Journal de Morrison, un des premiers européens ayant vécu à Tahiti. Il a aussi aidé à la réalisation de la traduction des quatre volumes des Recherches Polynésiennes de William Ellis en 1973. — De son union, en 1949 avec Johanna Iorss, 1912, est née une fille Maire.

JAUSSEN, Mgr Étienne dit Tepano, [Stéphane, en tahitien]. 1815-1891

Premier vicaire apostolique de Tahiti.

Né le 12 avril 1815 à Rocles (Ardèche). Études ecclésiastiques au grand séminaire de Périgueux. Ordonné prêtre en 1840. Entre à Vaugirard, chez les picpuciens, où il fait profession le 7 mars 1845. S’embarque le 20 juillet 1845 pour Valparaíso (Chili). Y est quelque temps professeur et maître des novices, et, dès 1848, après seulement trois ans de profession est nommé vicaire apostolique de Tahiti et évêque in partibus d’Axieri. Arrive à Tahiti, le 16 février 1849, par l’Alcmène. Commence par donner des leçons à Haapape (pointe Vénus). Nommé en février 1851 aumônier de la division navale du Pacifique, circule sur la goélette Papeete, Cdt de Bovis, la Thibée et l’Artémise. Fait un voyage en France en 1854. Cette même année fonde à Papeete une école qui comptera jusqu’à soixante-dix élèves. En 1855, il achète la Vallée de la mission qu’il tentera de mettre en valeur. Vingt-cinq ans plus tard, une commission, chargée de la visite des plantations de Tahiti, classait seconde celle de la mission, « vaste terrain… à proximité de Papeete et sur lequel se trouve l’évêché ; cinq hectares de canne à sucre dans les meilleures conditions. Leur rendement a été pour l’année 1877-1878 : sucre 5 700 kg à 1 F ; mélasse, 5 385 l d’une valeur de 2 800 F ; rhum 342 l, valeur 450 F. La mission ne possède pas moins de 8 000 cocotiers dont une partie en plein rapport. Ils sont bien espacés et proprement tenus. De nombreux maiore se trouvent çà et là dans la propriété et produisent annuellement une somme de 300 F. Il existe aussi 100 ruches d’abeilles, dont le produit a été l’année dernière de 50 kg en cire et de 900 kg en miel, valeur 600 F. La commission a remarqué des arbres de haute futaie tels que badamiers, eucalyptus, des vignes, des manguiers greffés, des anones et de nombreuses plantes d’agrément. La mission possède 3 chevaux, 2 juments, 2 vaches, 2 génisses, 1 taureau, 150 poules, des porcs et 18 brebis restées infécondes. » (Messager de Tahiti, 7 février 1879.) Un Anglais de passage écrira au sujet de la propriété de la Mission : « His grounds are literally a garden of acclimatation, so numerous are the useful plants of other lands which he is endeavouring to introduce. » Mgr Jaussen est le promoteur de la construction de la « cathédrale » actuelle de Papeete. Mais a des difficultés à son propos avec les gouverneurs Saisset et de La Richerie qui, jugeant trop coûteuse la cathédrale rêvée par l’évêque, y substituent une église plus modeste que le gouverneur de La Roncière fit édifier avec le secours du Génie local. L’évêque alors se « retira » deux ans à Papeari, laissant le Père Colette à Papeete où il ne revint qu’en fin 1860. C’est Mgr Jaussen qui introduisit à Tahiti les Frères de Ploërmel en 1858 et les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Il circula dans les îles sur le Vatican, le cotre de la mission. Il fit beaucoup pour envoyer dans les îles des Tuamotu des cargaisons de cocos et de la terre végétale pour aider à la vie des indigènes. Linguiste, Mgr Jaussen a publié : Grammaire et dictionnaire de la langue maorie, dialecte tahitien (Saint-Cloud, 1861), plusieurs fois réédité. On lui doit aussi un catéchisme en tahitien Ui katorika pope, o le Vikario raa Apotoro i Tahiti (Tahiti, 1851, 99 p.), lui aussi plusieurs fois réédité ; un livre de prière Raanu na te varua e parau pure (Papeete, 1872, 270 p.) et un résumé d’histoire sainte Faapotorraa faufaa Tabito, 1860 ?, 20 p.). Mgr Jaussen avait étudié les bois parlants de l’île de Pâques, découverts par le Père Roussel et interrogé à Tahiti les indigènes pascuans susceptibles d’en comprendre le sens. Ses notes furent publiées après sa mort par le Père Ildefonse Alazard : L’île de Pâques. Historique. Écriture. Répertoire des signes des tablettes en bois d’Hibiscus intelligents, d’abord dans le Bulletin de Géographie (n° 2, 1893) puis en tiré à part (Paris, 1893, 32 p.). Il existe aux archives de la Maison mère un cahier manuscrit de Mgr Jaussen, Tablettes de l’île de Pâques, contenant la photographie des quatre tablettes étudiées par l’évêque (La Rame, L’Échancrée, La Vermoulue, Le Miro), avec la transcription du texte et la traduction française. En 1884, sur la demande de Mgr Jaussen, le Père Verdier fut nommé vicaire apostolique et prit en main la direction de la mission catholique pendant que lui-même se retirait dans la paroisse de Papenoo, Arue, où il tenta, dans la grande vallée de ce district, l’élevage en grand de bêtes à cornes. Mais il liquide l’affaire en 1887 à la suite d’ennuis dans ses opérations de piquetage et de bornage qui lui attiraient contestations et procès. Il mourut à Papeete, le 9 septembre 1891 et la ville, « aux frais de la colonie », fit de grandioses et unanimes obsèques à celui qui, pendant près d’un demi-siècle, avait travaillé au bien spirituel du pays et dont la sagesse avait évité bien des conflits religieux ou politiques. Il repose au cimetière de la mission catholique dans la Vallée de la mission. Le maire Cardella et le gouverneur Lacascade prononcèrent l’éloge du défunt, cf. Journal officiel des E. F. O. du 10 sept. 1891 et ss. Voir également le Messager de Tahiti du 17 septembre.

JAVELOT, Albert (1857-1927)

Commerçant et fonctionnaire.

Né le 6 mai 1857 à Sens (Yonne). Très jeune encore, en 1871, suit les troupes de marine qui le conduisent à un port méditerranéen d’où il s’embarque comme mousse, à l’insu de ses parents, pour Tahiti. Là, il voyage sur des bateaux et participe à des tournées de recrutement aux Hébrides. Fait son service sur l’Orobena, stationnaire à Tahiti, Cdt de Kertanguy qui le conduit à Mangareva où il participe à des travaux d’hydrographie. A l’occasion de visiter Tematangui, île alors sauvage et où l’équipage de la Sarah Ann avait connu un mauvais sort. Lors d’une visite de l’île avec le Père Roussel il assiste au début de la christianisation de l’île. Maître au petit cabotage du 4 juillet 1887, l’héritage maternel lui permet de se procurer une goélette avec laquelle il commerce dans les îles mais qu’il perdra, à la suite d’un échouage. Épouse à Papeete, le 10 février 1886, une Marquisienne, Eugénie Deligny, mariage bientôt rompu. Il vit alors avec une Paumotu de Takakoto qui l’attire dans cette île ou vers 1900 il succède comme chef à Tetauru qui avait occupé cette fonction fort longtemps. Albert Javelot tint cette charge jusqu’à sa mort le 28 août 1927. C’était un homme de cœur, bon travailleur du fer et du bois, qui prit sa fonction au sérieux, qu’il remplit de son mieux. Il n’eut qu’un seul fils, Auguste, mort jeune, lépreux à Réao.

JAY, Maurice-F. A. (1899)

Breton.

Études au lycée de Laval. Études supérieures en Sorbonne, avec Picavet qui l’initie à la sagesse platonicienne. Après diverses occupations industrielles ou agricoles en France, arrive en Océanie, en 1928, comme chef des services d’électricité à la Société des Phosphates de Makatea. Après cinq années passées dans l’île, vient s’installer à Papeete où il monte un atelier d’électricité qui rendra de grands services pendant la guerre en un temps où Tahiti est coupé de la France et mal approvisionné en matériel. Ayant le sens de la topographie et sachant utiliser graders et bulldozers, M. Jay dans les années 50, s’installe à Taharaa, le one tree hill, de Cook, y achète des terrains qu’il viabilise et rend habitables par des travaux de terrassements — l’hôtel Taharaa sera installé sur un terrain Jay, ainsi que plusieurs lotissements résidentiels — ou cultivables par des replats accessibles en jeep qui permettent la culture de plantes ou d’agrumes. S’intéresse à la Route traversière, projet qui eut la bénédiction du Général de Gaulle lors de son passage à Tahiti mais qui, trop coûteux, mal tracé et sans véritable intérêt touristique, ne passe pas au stade des réalisations. Dépose, en 1954, un Rapport indiquant l’intérêt qu’aurait le Territoire à voir installer un barrage dans la vallée de la Papenoo, barrage destiné à fournir du courant électrique au Territoire. Malgré plusieurs rapports défavorables de l’Électricité de France, le projet finira par prendre corps avec la création d’une société du Barrage de la Papenoo lorsque l’Assemblée Territoriale en comprend l’intérêt. C’est l’ingénieur Howan qui prend alors techniquement le relai. En 1973, on demande à M. Jay de prendre en mains l’achèvement de la route qui doit desservir le relai de télévision du Mont Marau, 1 493 m, pour laquelle une entreprise ne possédant ni les moyens matériels nécessaires ni l’expérience technique suffisante s’était engagée un peu hâtivement. — M. Jay est à Tahiti, « l’homme de la Montagne ». Il donna jadis l’impulsion à un club alpin tahitien et c’est lui qui, en dix-huit mois de travail coûteux, fait aménager les pistes et édifier les refuges qui permettront, en 1954, l’ascension de l’Orohena sur le sommet duquel il découvrira quelques vestiges archéologiques. Il lance également une station de montagne que la négligence administrative laissera tomber après des débuts prometteurs, mais dont le beau site sera sûrement utilisé un jour. Le tourisme lui doit aussi l’organisation de sentiers dans la vallée de la Papenoo ainsi que la création de gîtes d’étapes. La météorologie est redevable à M. Jay d’observations sur les précipitations en altitude et la Société des Etudes océaniennes d’articles publiés dans son Bulletin. Ses connaissances de la faune et de la flore d’altitude en font l’ami de tous les chercheurs qui trouvent en lui un guide et un conseiller. Construit à l’image de son propriétaire, le « gîte » de Maurice Jay à Taharaa qui tient du ranch, du parc des Travaux Publics, et de l’atelier de réparation est une des curiosités de Tahiti. On y découvrirait même des volières d’oiseaux rares, de curieux herbiers, et les plus belles photographies de la montagne tahitienne prises par un de ses amoureux. Un fils, Henry, 1945, qui, formé par son père et son collaborateur de tous les instants, sera son continuateur. Élevé à la tahitienne et, lui aussi, fort expert des choses de la montagne tahitienne. Épouse Ilona Heifara, deux enfants, Yannis et Laélana.

JEANPIERRE DUPETIT-THOUARS, Robert (1898-1948)

Capitaine de corvette.

Par sa mère il appartenait à l’illustre famille de marins dont le nom est deux fois lié à l’histoire de la Polynésie française. Après avoir accompli comme pilote, en 1933, le raid de la Croix du Sud, sur l’Atlantique sud, il fut chargé d’organiser à Tahiti une base aéro-navale en 1936-1937. Après la Seconde Guerre mondiale il reviendra s’installer à Tahiti en 1947. Il y mourut le 4 juin 1948.

JEFFERSON, John (1760-1807)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1760. Ordonné le 9 août 1796 à Londres. Célibataire. Fait partie du premier contingent de missionnaires envoyé par la Société en Océanie. Quitte l’Angleterre par le Duff, le 10 août 1796. Excommunié dix jours durant avec son confrère J. Cook, lors du voyage, en raison d’opinions théologiques paraissant suspectes à son entourage. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Plus instruit que ses compagnons, c’est un homme de bon jugement et de caractère, qui sera dès le début nommé chairman de l’équipe de missionnaires. C’est lui qui rédige le journal, écrit les lettres, arbitre les situations difficiles. Il a tout de suite vu que la conversion à Tahiti ne saurait être une chose rapide, et c’est en bonne partie à sa tenacité que sera dû le succès final de la mission. Il sera du petit nombre de ceux qui, malgré les difficultés rencontrées, voteront, le 27 mars 1798, le maintien à Tahiti contre les défaillants qui, voyant un bateau en partance, ne songent qu’à y monter. Il avait pourtant, la veille même, été assailli par des Tahitiens qui l’avaient rossé et dépouillé de ses vêtements. Il avait, mieux que beaucoup, maîtrisé la langue ; on le voit (octobre-novembre 1802) faire le tour de l’île avec Scott en prêchant. C’est, avec Nott, l’homme le plus marquant de l’équipe. Malade, il meurt le 25 septembre 1807 et sa mort sera considérée comme la perte humaine la plus lourde subie par la mission depuis son origine. Il fut enterré à Matavai. W. W. Bolton retrouva sa tombe en 1937. Voir l’inscription reproduite à la notice de son collègue Thomas Lewis. — On ne connaît pas de portrait de lui, mais le fameux tableau de A. Smirke, représentant la cession de Matavai, nous montre sa silhouette derrière le capitaine Wilson. — Les archives de la London Missionary Society conservent de nombreux documents de sa main, écrits d’une écriture soignée et d’un style élégant.

JEHAN, Victor-Jacques (1842-1906)

Militaire et colon.

Né le 8 novembre 1842 à Saint-Cyr-Bailleul (Manche). Après avoir fait la campagne de 1870, part en Nouvelle-Calédonie et vient en 1877 se fixer à Tahiti. Colon à Faaa, se fait une situation dans l’agriculture. Membre fondateur de la Loge l’Océanie Française n° 350. Décédé à Faaa le 28 octobre 1906. Il avait épousé, en 1890, Mélanie Chevalier. Divorce quatre ans plus tard.

JÉGOUSSE, Mathurin (le Père Ignace). 1885-1948

Religieux picpucien.

Né à Lignol (Morbihan) le 3 avril 1885. Profès dans la congrégation en 1904. Ordonné prêtre en 1910, reçoit son obéissance pour les îles Marquises où il arrive la même année. Sera en charge d’Ua Pu. Mène sévèrement ses chrétiens et moyennant quoi il obtient d’eux des résultats surprenants. Atteint de la maladie de Parkinson, il passe les dernières années de sa vie à Taiohae, paralysé, et y meurt le 28 février 1948.

JÉNOT, P

Officier.

Sous-lieutenant d’infanterie de marine, il est nommé à la Cie du détachement du 2 régiment d’infanterie de marine stationnée à Papeete où il arrive le 31 octobre 1890 venant de San Francisco par le Tropic Bird, avec les médecins de marine Serez et Le Guen. Le commandant du détachement Onfroy de La Rosière rentrant en France au début de 1891, le lieutenant Jénot prend le commandement. Il voit débarquer du stationnaire La Vire le capitaine Swaton et l’artiste Paul Gauguin, le 9 juin 1891. Ce fut le lieutenant Jénot qui accueillit Gauguin à Papeete, « l’emmenant chez lui pour lui donner les premiers renseignements indispensables à tout nouveau venu dans l’île »… « Il assura ses premiers pas à Papeete pour lui faciliter d’abord la recherche du couvert et du vivre, l’aider dans son installation — une case au pied de la montagne, à l’arrière-plan de la ville aux environs de la cathédrale — le diriger dans ses premiers devoirs de nouvel arrivant »… « Au Cercle militaire, Gauguin compléta sa connaissance de la garnison, prit contact avec les vahines et fut par elles couronné de fleurs… » Ce fut Jénot qui initia Gauguin aux rudiments du tahitien, lui chercha ses premiers acheteurs locaux et lui fournit des troncs de goya-vier pour ses premières sculptures. Lorsque Gauguin se sera installé à Paea et plus tard à Mataiea, Jénot lui rendra visite, allant passer « au moins tous les mois trois ou quatre jours chez lui », ayant choisi la possibilité de « voir naître et s’achever nombre de ses grandes toiles ». Jénot assiste en juin 1893 au départ de Gauguin. Il restera en relations avec l’artiste et le visitera à Paris après avoir lui-même quitté Tahiti, en décembre 1893. — L’amitié de Jénot pour Gauguin nous vaudra quelques pages sur le premier séjour de Gauguin à Tahiti, 1891-1893 (Gazette des Beaux-Arts, Paris, janvier-avril 1958, p. 115-126). Gauguin donnera à Jénot, dont il orthographiait le nom Geno, ou Gino, dans ses lettres, plusieurs tableaux dont un portrait du capitaine Swaton, l’officier avec lequel il avait voyagé sur la Durance depuis Nouméa.

JÉRUSALÉMY, Alexandre (1830-1914)

Trésorier-payeur.

Né le 23 août 1830 à Constantinople (Turquie). Débute dans l’administration comme percepteur des Contributions directes en France, puis demande à servir dans les territoires d’Outre-Mer en 1861. Nommé trésorier-payeur des îles de la Société le 18 juin 1863. Débarque à Papeete le 12 février 1864, de la frégate Sybille, entre en fonction le 21 du même mois. Sert à Tahiti pendant de longues années. Prend sa retraite à Papeete vers 1885 où il possède quelques biens. Épouse Marie Fériny. Meurt à Papeete le 17 août 1914. — Un fils Marcel qui protestera après la mort de son père n’avoir aucune parenté avec un certain Teraiapiti a Tautu dit Céran, 1869-1945, dont nous voyons cependant les enfants, par décision juridique, joindre le nom de Jérusalem à leur patronyme. La femme de Teraiapiti elle-même, lors de son décès en 1953, figure sous le nom de Céran-Jérusalem.

JESSON, John Thomas (1806-1857)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Prêtre catholique, puis pasteur à Theddingworth (Angleterre). Part, marié, pour Tahiti, où il arrive le 28 février 1842. D’abord occupé à la mission de Papeete. Au début de 1843 passe à Tautira. Fait partie des missionnaires qui quittent Tahiti à l’arrivée des Français et retournent en Angleterre où ils arrivent le 27 janvier 1845.

JOHNSTON, Joseph (1814-1892)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en mars 1814 à Stamford (Angleterre). Célibataire. Part à Tahiti, comme maître d’école, sur le Camden, en avril 1838. Arrive à Tahiti le 12 mars 1839. Il fait partie de l’équipe qui a entendu les prédications de John Williams et la réalité tahitienne le déçoit grandement : « Instead of giving me a kind and cordial reception, the people say my object and that of the new brethren is to trade and gain money… » Comme ses confrères il se trouve traité « with disrespect and insolence… subject to innumerable petty annoyances and frequently rob… ». Nommé à Papara. Est parmi les missionnaires qui demeurent, en 1844, lors de l’arrivée des Français. Épouse Harriet Platt, 1821, une fille du Rév. G. Platt. Quitte la mission, avec sa femme, à la fin de 1849. Arrive en Angleterre le 29 mai 1850. Terminera sa vie comme pasteur à Fremantle (W. Australia) où il meurt, le 16 février 1892.

JOHNSTONE, Francis (1802-1855)

Chirurgien anglais, d’origine écossaise.

Johnstone arrive à Tahiti aux environs de 1836. Il y fut médecin de la petite colonie anglaise constituée surtout par les pasteurs et leurs familles. Il prodiguait ses soins à la reine Pomaré IV quand Sa Majesté voulait bien recourir à la science occidentale. On le voit apporter le secours de son art, en juin 1838, au consul des États-Unis et à Mme Moerenhout, lorsqu’ils furent l’objet d’une agression. En septembre 1842 est appelé à vérifier l’état des santés à bord du baleinier américain Lucy Ann, dont les matelots refusent de travailler, ce qui lui vaudra d’être vilipendé par Herman Melville, matelot à bord. On possède la note de frais médicaux qu’il envoya alors au consul Wilson. Elle est également signée d’un Dr Myrick. Lorsque Pritchard fut interné en mars 1844, il insista pour obtenir les soins de Johnstone qui avait même installé une sorte de petite clinique privée. « Besides a good and well regulated public hospital, there is also a private one kept by Dr Johnstone, one of the oldest residents in the island, whose generous and amiable qualities have made him deserveldy popular, both among natives and foreigners » écrira un visiteur ancien de Tahiti. Picquenot (Géographie de Tahiti, 1900, p. 94) attribue au Dr Johnstone l’introduction, en 1848, d’un cacaoyer provenant du Mexique. Johnstone avait en effet des curiosités botaniques ; avec la collaboration de sa femme qui était à la fois sage-femme, infirmière et interprète de la Reine, il avait dressé un catalogue des plantes médicinales et établi une flore tahitienne remarquable. Par malheur, ces travaux ne furent jamais publiés, les Tahitiens qui l’assistèrent à ses derniers moments n’ayant rien cru mieux faire, pour honorer ses mânes, que de l’enterrer avec ses herbiers et sa pharmacopée indigène ! Le Dr Johnstone repose à Papeete, au cimetière de Tipaerui, où sa tombe porte l’inscription suivante : Sacred to the memory of Francis Johnstone surgeon Born July 28, 1802. Died Sept. 8, 1855. Il « inaugura » le cimetière, ayant été le premier Tahitien à y être enterré. Il avait épousé Elisa Hunter, 1820-1916, la fille du capitaine Hunter, Anglais, capitaine au long cours qui s’était fixé à Raiatea aux environs de 1825. Cf. J. Laguesse (B.S.E.O., t. 8, p. 73-74) ; et Forsythe (Philological Quarterly, t. XVII, janv. 1938).

JONES, Thomas

Missionnaire de la London Missionary Society.

Études au séminaire de Gosport. Ordonné pour les missions d’Océanie le 28 février 1821. Quitte l’Angleterre accompagné de sa jeune femme, avec la députation, le 19 mai 1821, sur le baleinier Tuscan. Arrive à Tahiti le 25 septembre 1821. En février de l’année suivante occupe la station de Papepihaa (Haweis Town). Va en 1825 dans la station nouvelle de Hitiaa, où sa femme meurt le 18 novembre 1825. Quitte la mission en octobre 1826 et part pour l’Amérique du Nord.

JONQUIÈRES, Amiral Eugène FAUQUE de (1850-1919)

Marin français.

Né à Grasse (Alpes-Maritimes) le 12 juin 1850. Lieutenant de vaisseau en 1878, il fait campagne dans le Pacifique, second officier sur le Guichen qui quitte la France le 15 décembre 1879, pour y revenir le 3 septembre 1882, après une campagne de trente et un mois et vingt jours. « Au courant de tout, sachant et aimant son métier », de Jonquières s’y distingue par des travaux hydrographiques exécutés en Polynésie française qui lui valent, à son retour, d’être détaché pendant six mois au service hydrographique de la Marine pour y coopérer à la rédaction des Instructions nautiques relatives aux îles de la Société et archipels adjacents. Reçoit en 1883 un témoignage de satisfaction du ministre à cette occasion. Artiste à ses heures, on connaît des dessins exécutés par lui au crayon conté, lors de cette campagne qui l’amena souvent à Tahiti et aux Marquises : Pomaré V, roi de Tahiti. — Maraou, reine de Tahiti. — Manini, sœur de la reine. — Therebentina, fille renommée de Papeete. — Lac de Vabiria, etc. Aux Marquises, il a dessiné Mahiahana, danseuse d’Atuona. — Un danseur. — Hommes tatoués, et des modèles de tatouage. Certains de ces dessins ont été publiés par le Dr Clavel (Revue d’ethnographie, 1885) ou par Aylic Marin, Souvenirs des îles Marquises, 1891, p. 233, 255, 263, sous leurs noms ou sous un nom d’emprunt. En réalité, il s’agit de dessins de de Jonquières. Il est aussi l’auteur de vers : les Poésies d’un marin, qui contiennent la pièce bien connue : la orana Tahiti, composée en 1880 et qui figure dans de nombreux manuels et anthologies et a été mise en musique. De Jonquières, après une carrière militaire des plus brillantes, est décédé à Paris, le 24 juillet 1919.

JORE, Léonce (1882)

Gouverneur général des Colonies.

Né le 21 mai 1882 à Helle-Ville, Nossi-Bé, Madagascar. Intendant militaire honoraire. Breveté de l’École coloniale. Docteur en droit. « Fonctionnaire dont la compétence administrative et financière était appréciée », il est nommé par le ministre F. Piétri, le 21 novembre 1929, gouverneur des Établissements Français de l’Océanie dont l’administration avait été sévèrement critiquée par une récente mission d’inspection. Arrive à Papeete le 21 juin 1930. Et s’y mettra tout de suite au travail, en plein accord avec les corps élus. Reprend en mains le personnel administratif qui n’apportait pas toujours dans sa tâche l’ardeur nécessaire ; réorganise les bureaux du gouvernement et de l’imprimerie ; détermine le régime des allocations accessoires ; rattache aux P.T.T. le service de la T.S.F. qui jouissait d’une fâcheuse autonomie ; crée l’enseignement professionnel (capitaine au cabotage, commerce, mécanique, infirmiers, instituteurs…) ; organise un corps des services civils qui a pour but de substituer progressivement des fonctionnaires professionnels à des gendarmes mal préparés à remplir des fonctions administratives ; un vétérinaire est engagé par contrat pour aider au développement de l’élevage, pendant qu’une commission est instituée pour favoriser le tourisme. Un décret est pris pour mettre fin à l’envahissement de la colonie par les Chinois et à la naturalisation automatique de leurs enfants. L’œuvre du gouverneur Jore fut gravement contrarié par la crise économique qui sévissait alors et amenuisait les ressources du budget local. Une gestion plus stricte des caisses publiques fit beaucoup pour établir l’équilibre budgétaire, son discours du 24 septembre 1931 signalant en effet un regrettable laisser-aller comptable. A la suite d’une vérification par une commission financière, des mesures diligentes parvinrent à faire rentrer la comptabilité dans une ligne plus administrative. Le gouverneur Guyon étant tombé gravement malade à Nouméa et ayant dû être rapatrié, le gouverneur Jore, par le décret du 20 mai 1932, fut chargé de mission pour remplir les fonctions du Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, Commissaire général de la République dans l’océan Pacifique et Haut-Commissaire de France aux Nouvelles-Hébrides. Il quitte Papeete le 18 juin par le steamer anglais Maunganui pour aller prendre possession de son poste. Atteint par la retraite en 1939, il se retira à Los Angeles où il consacra ses loisirs à des recherches sur le Pacifique qui en ont fait un des érudits les plus qualifiés sur les questions océaniennes. Il avait déjà signé, en 1931, un Essai de bibliographie du Pacifique. Il écrira de substantielles notices biographiques sur Moerenhout, Thomas Ebrill et Pritchard, avant que de publier, en 1959, deux très importants volumes consacrés à l’Océan Pacifique au temps de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, 1815-1848, Paris, 1959, qui fruit de longues recherches demeure son œuvre maîtresse. Retraité, vécut successivement en Californie, en Suisse et à Paris.

JOSEPH, Thomas (1816-1863)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Caermarthen (Angleterre) le 6 septembre 1816. Ordonné le 21 septembre 1837. Part, le 11 avril 1838, avec sa jeune femme, sur le Camden. Passe trois mois à Sydney, y commençant d’apprendre le tahitien. Arrive à Tahiti le 12 mars 1839. Séjourne d’abord à Papeete dont il est nommé officiellement le pasteur. Passe à Papeuriri, en 1840, après que Pritchard, après bien du remue-ménage, se soit fait élire par les indigènes seul pasteur de Papeete. Après le meeting tenu en juillet 1844 par les membres de la Société missionnaire au cours duquel on décida d’abandonner en partie la mission de Tahiti en raison du nouvel état de choses politiques, Joseph rentre en Angleterre avec sa femme. Il y arrive en janvier 1845. Il aidera le Rév. Howe dans sa révision de la Bible tahitienne et la publication de cette version par la Société biblique. Malade, il se retire du travail missionnaire de la Société et devient pasteur à Upminster (Essex). Meurt le 3 avril 1863.

JOUAN, Henri (1821-1907)

Officier de marine.

Né à Tréauville (Manche), le 25 janvier 1821. Les hasards d’une carrière maritime le conduisirent plusieurs fois en Océanie. Lieutenant de vaisseau, il fait, comme second de la frégate La Reine Blanche ou de la corvette l’Artémise, entre 1850 et 1855, un long séjour dans le Pacifique au cours duquel il sera détaché aux îles Marquises de mai 1853 à juillet 1854, puis après un séjour à Hawaii et à Monterey (Calif.) il sera nommé commandant particulier des Marquises, à Taiohae, avec le commandement de la Kamehameha, pendant dix-neuf mois, du 21 janvier 1855 au 12 novembre 1856. On est très satisfait de ses services aux Marquises : « A fait, comme second de l’Artémise, un long séjour aux Marquises, à Nuku Hiva, et en connaît parfaitement les mœurs… Nommé commandant particulier… en remplit les fonctions de la manière la plus habile et la plus satisfaisante. » Par ailleurs il mérite un témoignage de satisfaction du ministre, en 1857, pour un Mémoire sur la navigation aux Marquises et sa description complète des cercles. Le premier travail : Notes sur la navigation de l’archipel des Marquises, 1855-1856 sera imprimé aux frais de l’État (dépôt de la Marine, n° 257). Après un retour en France, il recevra en 1859 le commandement du transport La Bonite, qui, stationnaire à Nouméa, circulera pendant trois ans et demi dans les parages de la Nouvelle-Calédonie, faisant deux séjours en Nouvelle-Zélande. Prend sa retraite, à Cherbourg comme simple capitaine de vaisseau. Bien que jugé « d’un esprit cultivé, bon manœuvrier…, marin complet…, un de nos meilleurs officiers », il « gâte, toutes ces belles qualités par une intempérance de langage très regrettable qui le porte à s’occuper de politique ». Cette « intempérance » possède des fondements physiologiques ; sa volubilité d’expression en écrivant ou en parlant nuisait parfois à son jugement dans les affaires de service. De fait, à en juger par ses productions littéraires ou scientifiques, Jouan est doué d’une fertile facilité. Esprit vif et fécond, observateur toujours en éveil, membre d’une vingtaine de Sociétés scientifiques allant de la Société linéenne de Normandie à l’Académie impériale des curieux de la nature de Moscou, Jouan est le type même des polygraphes scientifiques de cette époque où il y a encore beaucoup des « nouveautés » à décrire, de nombreuses données inconnues à relever. L’Océanie fut pour lui un vaste champ d’observations où il recueillit une cinquantaine de Mémoires, de Notes, de Recherches et d’Observations qui témoignent de son esprit curieux et de son immense puissance de travail. A la retraite, il anima les Sociétés savantes de Cherbourg et dirigea de longues années la Société nationale académique de cette ville. Ce fut Jouan qui organisa le Musée d’histoire naturelle de Cherbourg qu’il enrichit des précieux souvenirs rapportés de ses campagnes. Il mourut à Cherbourg, aveugle, le 16 juin 1907. On trouve les différents discours prononcés à l’occasion de ses obsèques recueillis dans le volume 18, publié en 1910, des Mémoires de la Société nationale des sciences naturelles et mathématiques de Cherbourg. Ces mêmes Mémoires, sous la signature d’Auguste Voisin, avaient publié, en 1904, une Bibliographie des ouvrages publiés par M. H. Jouan. Cette liste ne contient pas moins de cent soixante-trois articles ou livres dont Jouan était l’auteur. Près d’un tiers concernait l’Océanie.

JOUETTE, Calixte (le Père Alain) 1871-1953

Religieux picpucien.

Né à Rouen le 14 avril 1871. Profès dans la congrégation en 1900. Ordonné prêtre en 1901. Arrive à Tahiti le 4 décembre 1905. Exerce son ministère à Papeete, Moorea, et aux îles Sous-le-Vent, jusqu’au 7 mai 1915, date à laquelle il quitte la mission et la congrégation. Décédé le 7 juin 1953 à Punaauia, dans la communion laïque de la Sainte Église.

JOUETTE Calixte (1915)

Homme politique.

Fils du précédent. Né le 8 août 1915. Élu en 1953 Membre de l’Assemblée Territoriale pour les Tuamotu-Gambier sous l’étiquette de R.D.P.T., il est réélu sans difficultés jusqu’à ce jour à cause de son activité et de son dévouement pour les habitants des Tuamotu dont il cherche par tous les moyens et souvent avec véhémence d’améliorer le niveau de vie. Il tente de faire diminuer pour eux le prix des denrées essentielles et des carburants. Il est de ceux qui font voter la prise en charge par le Territoire du coût des frêts des produits de première nécessité exportés vers les Tuamotu. C’est pourquoi il s’est fait à l’Assemblée l’apôtre de la plantation d’îles concédées par l’action collective d’habitants d’autres îles trop peuplées pour leur production. Le Père Victor Vallons n’a pas de meilleur supporter. Bien que faisant de fréquentes tournées dans les Tuamotu, Calixte Jouette réside à Papeete.

JOUHET, Jean (1848-1895)

Voiturier.

Né le 20 août 1848 à Manzat (Puy-de-Dôme). Ouvrier d’artillerie de marine à la 6e compagnie. Arrive à Tahiti par la frégate Néréide le 5 décembre 1870. Libéré le 6 décembre 1873 à Papeete où il exerce la profession de voiturier. Meurt à Papeete le 14 février 1895.

JOURDAIN, Pierre (1907)

Officier de marine, ingénieur et administrateur.

P. Jourdain est né à Paris le 24 mars 1907. Entre à l’École navale en 1927. Arrive à Papeete comme enseigne de vaisseau en 1931 et y demeure, embarqué sur la Zélie, jusqu’en 1934, participant à des missions hydrographiques exécutant de nombreuses croisières dans les îles. Il donne des cours d’hydrographie pour les patrons au bornage. Quitte la marine en 1952 comme capitaine de frégate et après une carrière civile revient à Tahiti en avril 1962 comme délégué en Polynésie de la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie à Papeete. Il demeure dans cette charge jusqu’en 1968, date à laquelle les Phosphates liquident leur installation, les gisements étant épuisés. Il est alors Président de l’Union patronale. Revient depuis lors passer la moitié de l’année dans son fare de Paea. Esprit méthodique et persévérant, intéressé par tout ce qui concerne Tahiti, Pierre Jourdain depuis son premier séjour dans le Pacifique a découpé dans la presse et les périodiques, tout ce qui a trait à Tahiti, de la nouvelle d’agence à l’article rédactionnel, en passant par les petites annonces et les pages publicitaires. Il a également recueilli les programmes illustrés des films ou des expositions de peinture concernant Tahiti, les dépliants des agences de voyage, les faire-part de décès, les billets de mariage ou les avis de naissance, les affiches, les invitations, etc. Cette documentation soigneusement classée est conservée dans une propriété de famille des Charentes. Les chercheurs et les curieux de la petite histoire locale trouveront là un jour une mine précieuse et facilement accessible concernant les intérêts les plus divers. Bon musicien, chanteur intrépide, on doit au Tomana Jourdain plusieurs articles érudits concernant la chronologie des premiers navigateurs, le nom des rues de Papeete, les prénoms tahitiens, etc.

JOUSLARD, Michel de (1814-1872)

Capitaine de vaisseau.

Né à Ardin (Deux-Sèvres) le 30 juin 1814. Entre à l’École navale. Capitaine de vaisseau en 1862. Il est désigné par décret du 27 février 1869 pour remplacer provisoirement M. de La Roncière comme commissaire impérial aux îles de la Société. S’embarque à Saint-Nazaire, par paquebot, le 8 mars et, par la Martinique et Panama, 29 mars, gagne Tahiti où il arrive par le Duchayla, le 12 juin 1869. Le capitaine de vaisseau de Marigny a été chargé de l’intérim. De Jouslard arrive à Papeete dans des circonstances difficiles, alors que le pays, troublé par les actes de l’ancien commandant, semblait sur le point d’échapper à l’action du protectorat. Ses instructions témoignent de cette inquiétude. Elles portent qu’il est chargé de « ramener à Taïti l’ordre et la conciliation entre les fonctionnaires, et de réformer les mesures qui n’ont pas été approuvées ». Jouslard réussira dans la mission qui lui a été confiée « sans recourir à des mesures extrêmes et par une attitude à la fois ferme et bienveillante il ramena le calme et l’ordre dans les îles et prépara à son successeur, H. A. Girard, une situation dégagée d’embarras » (Lettre du Ministre de la Marine). Passe son commandement — dans l’intervalle il avait pris le titre de Commissaire de la République — le 30 mars 1871 et quitte Tahiti sur le d’Entrecasteaux, accompagné du lieutenant de vaisseau Hautefeuille, en juin 1871. Il meurt quelques mois après son retour en France, le 15 novembre 1872, à Maisons-Neuves. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Sa veuve épousera, en 1880, le capitaine de vaisseau Planche.

JUDD, David Leslie (1932)

Missionnaire de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Né le 20 juin 1932 à Adélaïde (Australie). Après ses études au lycée en Australie, travaille comme comptable. En 1954 quitte l’Australie pour poursuivre ses études au Collège de l’église dans l’Iowa. En 1956, sera comptable au Canada. L’année suivante, travaille comme pasteur au siège de l’église, à Indépendance (Missouri) et dans d’autres régions des U.S.A. Arrive en mai 1959 à Tahiti pour y occuper le poste de trésorier de la mission Sanito. — Épouse le 25 juin 1955 à Indépendance, Shirley Waugh, professeur au lycée de Sydney ; deux enfants nés en 1959 et 1961.

JULIEN, Gustave (1870- )

Gouverneur des colonies.

Né le 15 mars 1870 à Toulouse (Haute-Garonne). Breveté de l’École des interprètes de Madagascar. Nommé interprète le 8 février 1890, administrateur le 3 janvier 1898, aux côtés de Gallieni il fait carrière dans cette colonie jusqu’en 1913, date à laquelle il est affecté à la Côte-d’Ivoire. Il est détaché en France à plusieurs reprises pour y être chargé des cours de langue et de civilisation malgaches à l’École coloniale et à l’École des langues orientales. En 1915, il songe à prendre une retraite prématurée pour se consacrer à cet enseignement quand le ministre lui propose le poste de gouverneur par intérim des Établissements Français de l’Océanie. Il accepte à contrecoeur, des raisons de santé et de famille s’opposant à ce départ, et stipule qu’il se retirera au bout d’un an. Nommé par décret du 26 août 1915, il débarque à Tahiti le 22 octobre de cette même année. La colonie vient de connaître les dissensions intestines à la suite du conflit Destremeau-Fawtier. Julien arrive à Tahiti « sans préventions ni parti pris, avec la volonté de gouverner pour tout le monde, en dehors de tous les clans et cotteries ». Il réussira parfaitement, sera titularisé le 21 septembre 1916 et décidera alors de demeurer à son poste jusqu’à la fin des hostilités. Il donne dans ses fonctions la mesure de sa valeur que viendra reconnaître l’attribution de la croix de guerre en 1920. Sa citation souligne ses efforts pour assurer le recrutement dans la colonie et rappelle son rôle dans le sauvetage de prisonniers abandonnés par l’équipage du corsaire allemand Seadler sur l’atoll de Mopelia en octobre 1917. Son administration intérieure n’est pas moins efficace. Ses nombreuses tournées à travers les archipels, en lui indiquant les besoins de ceux-ci, lui inspirent de nombreuses mesures. Il modifie la législation des îles Rurutu, Rimatara et des îles Sous-le-Vent, réglemente la navigation dans les eaux de la colonie, établit un programme d’amélioration des travaux publics, en particulier des routes, en utilisant la main-d’œuvre pénale, encourage la culture du riz à Moorea. Il s’attache également aux problèmes sociaux, fonde des écoles, crée une léproserie aux Marquises, organise l’assistance médicale aux Tuamotu et aux Gambier, lutte contre l’alcoolisme. Enfin, la Société des Études océaniennes est fondée sous ses auspices le 1 janvier 1917. Le 29 décembre 1915, il inaugure solennellement la première ligne de télégraphie sans fil de la colonie, installée au poste de Haapape (près de la pointe Vénus) en adressant un message au président Poincaré et au ministre des colonies. Unanimement apprécié, il réfute avec aisance les attaques du journal Le Libéral dont il accuse le directeur Brunschwig d’intelligence avec l’ennemi. Au moment de l’armistice, la colonie est de nouveau en plein essor quand l’épidémie de grippe fin 1918 et de violents cyclones en 1919 lui causent des pertes cruelles. Il quitte son poste pour raisons de santé le 16 avril 1919. Sur sa demande, il est admis à la retraite pour infirmités contractées en service le 3 avril 1920 et nommé gouverneur honoraire le 26 mai de cette même année. Il reprend ses cours à l’École coloniale et à l’École des langues orientales et se consacre à l’étude des questions coloniales. On lui doit de nombreux ouvrages sur Madagascar. Il était commandeur de la Légion d’honneur. On lui doit un article : Psychologie primitive de nos polynésiens et mise en valeur de leurs îles (Monde Colonial Illustré, septembre 1924, p. 279, ill.).

JULLIEN, Philippe-Émile (1845-1912)

Gouverneur des colonies.

Né le 10 juillet 1845 à Mer (Loir-et-Cher). Avocat. Député du Loir-et-Cher. Après vingt-cinq années de carrière politique, il entre dans l’administration coloniale et est nommé d’emblée gouverneur des îles Saint-Pierre et Miquelon par décret en date du 15 janvier 1901. Mêlé trop intimement aux luttes partisanes accompagnant diverses élections, il semble n’avoir pas su conserver l’impartialité attachée à ses fonctions, « se laissant influencer par des considérations personnelles plus que par les intérêts de la colonie » qu’il quitte en 1904 au milieu de manifestations hostiles. Nommé gouverneur des Établissements Français de l’Océanie le 4 novembre 1904, il doit faire face à une grave crise économique et financière, due aux cyclones, à la mévente de la vanille et de la nacre, au trop grand nombre de fonctionnaires. Une pétition des contribuables, écrasés de charges, l’accuse de ne tenir aucun compte des instructions ministérielles ordonnant des réductions de dépenses administratives et la suppression de certains emplois. Rentré en France en 1907 en congé de convalescence, il est mis en disponibilité avec traitement le 8 septembre 1908. Rappelé à l’activité, il se rend à la Réunion en 1909 pour assurer l’intérim du gouvernement. Fort mal accueilli par la presse locale, il se heurte de nouveau à une période d’intense agitation électorale. Rappelé en France, il est remis en disponibilité par décret du 18 septembre 1910. Il meurt le 24 juillet 1912.

JUNG, Johann (le Père Ansgar). 1845-1891

Religieux picpucien.

Né le 9 juin 1845 à Niedergailbach (Allemagne). Profès dans la congrégation en 1867. Part avec Mgr Dordillon, comme diacre, en août 1870, affecté à la mission des Marquises. Ordonné prêtre à Hiva Oa, à l’Ascension de 1871. Sera bientôt affecté aux îles Hawaii. Meurt à Honolulu le 12 septembre 1891.

JUVENTIN, Benjamin (1870-1958)

Fils de Louis.

Typographe. Né le 22 mars 1870 à Annonay (Ardèche). Arrive à Tahiti en 1882 avec ses parents. En 1888, il rentre en France avec eux. Revient à Tahiti, en 1890, et y restera définitivement. Après avoir été quelque temps instituteur au district de Papenoo, est nommé ouvrier typographe à l’imprimerie du gouvernement, vers 1895. Nommé directeur de cet organisme en 1917. Prend sa retraite en 1924. Meurt en 1958 à Papeete, dans sa propriété de Tipaerui. — De son union, le 29 octobre 1897, à Papeete, avec Lucie Newbury, 1867-1918, est né André, le 11 mars 1901. Études primaires à l’école Viénot à Papeete. Débute comme vendeur aux Établissements Donald en 1917. Il y fera une belle carrière qui l’amènera à la direction de la maison. Reçoit, à ce sujet, la grande médaille d’or du travail. Élu conseiller municipal de Papeete, en 1947, sur la liste d’Alfred Poroï. Réélu en 1953 et en 1958 sur la liste U.T.D. Adjoint au maire depuis 1947. Épouse, en 1937, Piharamata Tumahai : deux enfants.

JUVENTIN, Élie (1858-1911)

Directeur de l’imprimerie du gouverneur.

Né le 9 mai 1858 à Beaumont-lès-Valence (Drôme). Fils du suivant. Arrive à Tahiti en 1882 avec ses parents. Débute comme ouvrier typographe, en 1883, à l’imprimerie du Gouvernement. Directeur de ce service administratif local en février 1893. Prend sa retraite en 1908, pour s’établir à son compte à Papeete, rue de Rivoli actuellement rue du Général-de-Gaulle. Conseiller municipal de Papeete de 1907 à sa mort, survenue le 7 novembre 1911. De son union, le 23 juin 1883, à Papeete, avec Natuaivaea Sophie Poroï, 1867-1931, sont nés : Émilie, 1886-1944, épouse en premières noces, en 1903, Henri Courtet, puis divorce et se remarie, en 1925, avec Maximilien-Émile Marchel, décédée sans postérité. — Louis, 1889-1950, typographe à l’imprimerie de son père, puis devient mécanicien de navire ; caporal au 22 régiment d’infanterie de marine ; participe à la Première Guerre mondiale sur le front d’Orient de 1916 à 1917 ; épouse, en 1912, Mere a Terootea, 1894-1937. De cette union sont nés neuf enfants dont Roger, 1919, instituteur, puis secrétaire général de la mairie de Papeete depuis 1946. — Théodore, 1888, mort en bas âge. — Émile, 1891-1956, mécanicien puis propriétaire à Nunue, Bora-Bora, conseiller des îles Bora-Bora et Maupiti à l’Assemblée territoriale de 1946 à 1952. Épouse en 1956, à Nunue, Teaui a Teheiura, 1892, union demeurée sans postérité. — Élie, 1895-1958, typographe à l’imprimerie de son père, puis à celle du gouvernement. Vers 1924, s’établit à son compte rue de Rivoli, actuellement rue du Commandant-Destremeau. Participe à la Première Guerre mondiale comme caporal au 5 régiment d’infanterie de marine. Blessé le 3 avril 1916 à Lassigny (Oise) et cité. Passe au bataillon d’infanterie de marine du Pacifique. Blessé une deuxième fois, le 18 juillet 1918, à Pernant (Aisne) et cité. Médaillé militaire. Conseiller municipal de Papeete de 1935 à 1947. Membre du Comité directeur de la France Libre, lors du ralliement de Tahiti au général de Gaulle. Médaille de la Résistance. Décédé à San Francisco au cours d’un voyage entrepris pour sa santé. Épouse, le 29 avril 1922, à Papeete, Marguerite Holozet, 1905. De cette union sont nés : Denise, 1923, qui épouse, en 1946, Alfred Helme, maître de la marine ; Élie, troisième du nom qui prend la succession de l’atelier de son père, en 1958 ; engagé volontaire dans les Forces Navales Françaises Libres où il sert de 1942 à 1945. Épouse le 28 décembre 1946, à Papeete, Laurianne Tarahu ; François, meurt en bas âge ; Jacqueline, 1939, épouse le 15 février 1958, à Papeete, Philibert Montaron. — Elma (Nana), 1898-1922. — Auguste, 1898-1963, au retour de la guerre de 1917-1919, pendant laquelle il sert au bataillon d’infanterie de marine du Pacifique comme caporal, il reprend son emploi de typographe à l’imprimerie du gouvernement. Directeur de ce service administratif en 1945. Prend sa retraite en 1958. Se retire dans sa propriété à Faaa. Chevalier de la Légion d’honneur. Épouse, le 3 juillet 1920, Louise Holozet, 1901. De cette union sont nés : Raymonde, 1921, qui épouse, le 7 octobre 1944, Daphnis Blanchard ; Henri, 1924-1933 ; Doris, 1927, qui épouse, le 7 octobre 1951, François Grolez, dessinateur ; Fabienne, 1930, épouse, le 8 juin 1957, à Papeete, le gendarme André Grégoire. — Henri, 1901-1939, comptable, puis entrepreneur de travaux. Conseiller municipal de Papeete de 1930 à 1934. Épouse en premières noces, en 1921, Marirai a Tutea, 1901-1926. De cette union sont nés : Guy, 1922, météorologiste de l’aviation civile. Engagé volontaire dans les Forces Aériennes Françaises Libres de 1941 à 1945. Cité plusieurs fois. Médaillé militaire. Épouse, en 1946, à Papeete, Edwige Higgins : trois enfants. Veuf, en 1926, Henri se remarie, le 7 juillet 1927, à Papeete, à Agnès Bell, 1904 : quatre enfants. — Édouard, 1903-1933, employé de commerce. Épouse, le 30 octobre 1926, à Faaa, Marthe Holozet, 1907. De cette union est né Eugène-Édouard, 1928, qui épouse Angélina Coulon.

JUVENTIN, Louis (1829-1906)

Instituteur.

Né à Montmeyran (Drôme) le 4 décembre 1829. Arrive à Tahiti, le 5 octobre 1882, par le brick-goélette américain Tahiti venant de France, via San Francisco, avec sa famille composée de son épouse, née Émilie Coursange, de sa fille Lydie et de ses trois fils : Élie, Auguste et Benjamin. Son fils Émile le rejoindra plus tard, et un autre restera en France pour ses études et fera souche à Marseille. En France, dans l’Ardèche, à Annonay, Louis Juventin avait été à la tête d’une maison d’éducation, avec pensionnat, dont il était propriétaire. En 1881, il vend cette institution et signe un contrat avec le ministère des Colonies pour venir prendre à Papeete la direction de l’école primaire supérieure. Il prend la succession des Frères de Ploërmel, ceux-ci étant finalement éliminés par la loi sur les congrégations. Il est également nommé inspecteur des écoles publiques des îles de la Société. Sa femme est placée à la tête de l’école des filles. Louis Juventin rentre en congé en France en 1888 avec sa femme et trois de ses fils : Émile, Benjamin et Auguste. Il ne reviendra plus dans le pays. Meurt à Dieulefit (Drôme) le 1er mars 1906. Sa fille Lydie, 1861, nommée institutrice pour seconder sa mère, épousera, en 1884, Fernand Grelot. 1852-1904. Revient en France en 1906. — Émile, tué à l’ennemi en 1914 comme capitaine de l’armée active. — Auguste, fonctionnaire en Indochine, décédé, sans postérité, en 1903.

JUVENTIN, Rui (1916)

Artiste peintre.

Rui est le petit-fils d’Élie Juventin. Il est né le 22 septembre 1916 à Papeete. Commence à peindre dès l’âge de dix ans, avec le peintre allemand Wolf qui résidait alors à Bora Bora. Persévère et travaille constamment sa peinture tout en faisant d’autres petits métiers pour vivre. En 1959, réalise une série de tableaux historiques peints dans des coloris personnels et avec une facture très particulière. D’abord figuratif, il est influencé par l’art abstrait et le mouvement du « Centre d’art abstrait » de Frank Fay. Il participe à toutes les manifestations du groupe à Tahiti et à Paris. Expose chaque année, en juillet, avec le « Centre d’art populaire polynésien » dont le plus souvent il organise les manifestations dans la salle du Palais Pomaré. Des critiques professionnels ont déclaré que Rui J. — ainsi signe-t-il ses toiles — « montrait une facture exceptionnelle » et « savait plaire par une peinture très enlevée ».

JUVIN, André (1925)

Pharmacien sérologiste.

Né à Candé (Maine-et-Loire) le 5 décembre 1925. Études au collège de Combrée (Maine-et-Loire), et aux facultés de médecine et de pharmacie d’Angers et de Paris où il obtient, outre son diplôme de pharmacien, celui de sérologiste, avec un certificat d’optique-lunetterie et d’acoustique médicale. Arrive en Océanie en 1952 et y prend la suite de la Pharmacie Moderne, près du Marché, dont le propriétaire Charles Gaudin a été tué dans l’accident de Bahreïn en 1950. Transfère son officine place Notre-Dame en 1965, où il occupe 13 personnes, techniciens métropolitains ou chinois et main-d’œuvre locale. Devient grossiste répartiteur en 1973.

K

KADORET, Louis (le Frère Léophane) 1899

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né le 6 septembre 1899 à Baden (Morbihan). Profès dans la congrégation le 19 mars 1916. En poste à Hennebon, 1921-1937 ; à Sarzeau, 1931-1933 et à Pontivy, 1937-1939. Après un an de captivité en Allemagne arrive à Tahiti le 4 septembre 1947. Servira successivement comme économe, directeur p. i., et professeur. On fête ses noces d’or à Papeete en 1966. Dirige depuis lors, à Paea, la maison de repos offerte aux Frères par leurs anciens élèves. Le Frère Léophane est un ami de la nature et partout où il passe on plante des arbres, car il possède une âme d’horticulteur.

KEABLE, Robert (1887-1927)

Écrivain anglais.

D’abord pasteur, puis professeur. Se fait un nom parmi les hommes de lettres en signant des ouvrages qui connaissent le succès : Simon called Peter (1921) ; The mother of all living, roman africain. Vint finir ses jours à Tahiti, où il avait voulu retrouver la trace des artistes qui avaient éveillé ses désirs de voir la Polynésie : Loti, Stevenson, Calderon, Rupert Brooke, Gauguin, etc. Se fait construire, à l’extrémité du village de Papeari, sur une petite éminence qui domine Port Phaeton, une maison à son goût : « It is a tasteful California-style bungalow, with bougainville as rambling over the roof and a palm court facing the ocean where the bluff drops sheer into the water… » écrit un visiteur. Keable vit là dans l’enchantement d’un beau site, amateur de fleurs et d’oiseaux. « Attention ! Ne tirez pas sur mes oiseaux de mer… Merci ! R. K. », a-t-il affiché sur sa plage. C’est là qu’il écrivit : Tahiti, isle of dreams (1925), description de son paradis, et pèlerinage aux souvenirs de ses prédécesseurs ; et aussi Numerous treasure. A romantic novel (1925), peut-être l’œuvre la plus délicatement écrite de Keable, et où il montre une excellente connaissance de la psychologie du Polynésien. On lui doit aussi The Truth about Tahiti, (Herald, Melbourne, 7-14 April 1923) reproduit dans Pacific Islands Handbook, 1923, p. 423-427. Il mourut à Tahiti le 22 décembre 1927. Son corps repose au cimetière de Papeete. La maison qu’il avait fait construire passera entre les mains d’André Japy.

KEANE

Deux frères, Daniel, et William († 1895), font du commerce aux Marquises et y tiennent des comptoirs pour le compte de la Société commerciale de l’Océanie… Un Keane figure sur les annuaires, à Hiva Oa, dès 1883.

Il est alors membre du Comité agricole et industriel du groupe sud-est des Marquises avec les colons Manlius et Gille. — William Keane figure comme patenté de 2e classe — la plus haute patente — dans les annuaires de 1885 à 1894. R. S. Stevenson, en 1888, visite la maison d’un négociant Keane qui tient un magasin dans la baie des Traitres, à Hiva Oa. La plantation de Hart, à la baie des Traitres, vers cette époque, passe entre les mains d’un Keane. — Daniel Keane, frère de William, figure comme patenté en 1895 et 1896 à Ua Huka. William Keane, alors négociant à Huahine, y épouse Anna Benneteau, 1852 ; de cette union sont nés plusieurs enfants dont Samuel, Fanny, 1877, qui épousera E. Frébault. — Celina qui épouse un Porlier. Après la mort de William, sa veuve retournera aux îles Sous-le-Vent. Joseph Keane servira d’aide-dentiste à W. Davis. Ensuite il épousera une Hawaiienne dont il aura de nombreux enfants. Il créa un hôtel à Papeari et sera l’aml d’Harrison Smith qu’un de ses petits enfants assistera durant sa dernière maladie.

KECK, François (1831-1888)

Ajusteur.

Né le 28 septembre 1831 à Cernay (Haut-Rhin). Arrive à Tahiti en décembre 1854, après avoir habité New York et San Francisco. S’établit à Papeete comme serrurier et ajusteur. Propriétaire rue Dumont-d’Urville. Opte pour la nationalité française le 15 octobre 1872. Meurt à Papeete le 20 juin 1888. De son union le 22 novembre 1860 à Papeete, avec Léonie Ruis, 1839-1916, originaire du Mexique, sont nés : Philippe, 1856-1920. — Maria, 1858, épouse Jacques Ribollet le 16 décembre 1876 à Papeete. — Henriette, 1859, épouse Edmond Zinguerlet le 12 février 1879 à Papeete : un enfant. Étant veuve, se remarie à Léon Longchamps le 19 décembre 1885 à Papeete. Quittent Tahiti en 1886. — Catherine, 1861, épouse Stéphane Gerville-Réache, chef du bureau de l’Intérieur. Quittent Tahiti vers 1890. — Zoé, née en 1863. — Élisa, 1865-1935, épouse Édouard Creuzot le 30 décembre 1882, à Papeete : un enfant qui meurt en bas âge. — François, 1867-1894. — Sophie, 1869-1896. — Joséphine, née en 1870. — Eugénie, 1872, épouse Nicolas Girard, chef de bureau de l’Intérieur, 1859-1913 : trois enfants. Se remarie à Émile Vermeech le 11 octobre 1919 à Papeete. Vit actuellement à Toulon (Var), au cap Brun, avec sa famille. — Virginie, 1874, épouse Mathurin Flégo, douanier, le 18 novembre 1897, à Papeete : deux enfants ; vivent en France. — Henri, 1876-1902. — Charles, 1881-1918, se marie avec Mina Krauser, Papeete : deux enfants ; sa veuve vit en Californie, avec ses enfants. — Georges, meurt en bas âge.

KEKELA, James Hunnewell (1824-1904)

Missionnaire aux îles Marquises.

Né à Mokuleia, Waialua (Hawaii), en 1824, d’une famille de chefs. Élevé dans les écoles de la mission. Prend au baptême le nom de James Hunnewell qui fut son maître. Étudie la théologie ; gradué en 1847. Épouse, cette année-là, Naomi. Ordonné en 1849, il est attaché à l’église de Hauula (Ohau). En 1852, visite la Micronésie. En 1853, lors de la venue à Hawaii du chef marquisien Matunui qui réclame des missionnaires dans ses îles, se propose pour ce ministère et, le 16 juin 1853, part par le Royalist pour les Marquises avec les teachers Samuel Kauwealoha, Maui, Isaiah Kaiwi et Lota Kuaihelani, tous accompagnés de leurs femmes et qui seront ordonnés plus tard. D’abord bien reçu par Matunui à Omoa (Fatu Hiva) il y construit maison et école ; le chef Natua est baptisé. Mais bientôt l’attitude de Matunui change, la vie devient impossible à ses côtés et en 1856 les missionnaires vont à Puamau, Hiva Oa, où le chef Tahutete les accueille. Kekela restera comme missionnaire 46 ans aux Marquises, y demeurant même après l’abandon pratique de la mission par l’Hawaiian Board of Missions qui avait longtemps envoyé, presque chaque année, une délégation pour ravitailler, secourir et visiter les missionnaires. L’un des délégués écrira de Kekela : « He is a man of strong interest ; his ideas are clear ; he is well informed for one who has been shut away from the world for nine years. His spirit seems always unsuffled, he seems to have unbounded patience with natives and rightly to appreciate his work ». En 1864, il entrera dans l’actualité américaine pour avoir sauvé d’une mort certaine le second du baleinier Congress, un nommé Jonathan Whalon qui, en vengeance de razzias humaines menées aux Marquises par des pirates péruviens, allait être proprement mangé par des indigènes. Le président Lincoln eut vent de l’affaire et envoya une somme avec laquelle on acheta deux montres d’or, des fusils et une baleinière. Une plaque portait : « From the President of the United States to Rev. J. Kekela, for his noble conduct in rescuing an american citizen from death on the Island of Hivaoa, January 14, 1864. » Le 27 mars 1865, Kekela remercia Lincoln en termes très élevés, disant qu’il n’avait fait que son devoir d’homme et de chrétien. R. L. Stevenson, qui eut cette lettre en mains, écrivit : « I do not envy the man who can read it without emotion. » Whalon avait été agréablement surpris de rencontrer un indigène « so courtesous, kind and polite, and so well educated », et dont la femme s’était conduite « all time lady like ». — Le vieux pasteur était retombé en enfance dans ses dernières années, aussi, en 1899, la mission de Hawaii le fit-elle rapatrier par une goélette de Papeete, avec sa femme et certains de ses enfants. Il mourut à Hawaii en 1904, laissant à ses héritiers de belles propriétés aux Marquises, en particulier à Puamau, Hiva Oa. Il aurait rédigé un petit livre de vingt pages en marquisien, avec les éléments de la langue, les dix commandements, un petit catéchisme et quelques hymnes. La montre reçue de Lincoln, transmise à son fils Samuel, lui fut « ramassée » par le pasteur Moreau qui l’aurait envoyée au Bishop Museum. En 1931, le journal The Friend fait ériger une inscription en son honneur à Kawaiaho, Honolulu. Deux fils et une fille de Kekela demeurèrent aux Marquises : Samuel qui épouse une Layton dont il a trois filles dont la dernière, Ata Kekela épouse F. Tissot, deux enfants : Alfred et Poiti. — Joane qui épouse Emere Kaputu aura dix enfants, dont Maria, qui épouse Eugène Triffle, Tevao, veuve Akai, Haputu, père de six enfants. La fille de Kekela demeurée aux Marquises épousa Alexis Layton dont elle aura un enfant, Noémie, qui épousa Henry Lie, un fils Alexis, marié, sans enfant.

Bibliographie. Voir sur Kekela : O.E. Maurer, Three early christian leaders of Hawaii. Hawaii, 1945, 32 p., qui donne une petite photo du couple après son retour à Hawaii, en 1899. Sur l’affaire Whalon, voir J. Coan, Life in Hawaii, 1882, p. 177-179 qui raconte l’événement en détail. Coan visita deux fois Kekela, en 1860 et en 1867. Voir aussi un article de J. F. Vernier, B.S.E.O., septembre 1967, p ; 763-767.

KELLUM, Medford

Colon.

Son père arrive en Polynésie française sur le Kaimiloa, yacht qu’il possède et qui amène à Tahiti des savants du Bishop Museum, dont K. Emory, venu relever les marae de Tahiti. Achète, en 1924 à Opunohu, dans la baie de Papetoai, à Moorea, la propriété ayant appartenu à la Société commerciale de l’Océanie, biens mis sous séquestre lors de la Première Guerre mondiale. Il s’agit d’un vaste domaine agricole formé d’un ensemble de parcelles de terre, de collines de faible altitude (35 à 50 m), de vallées, d’un seul tenant, d’une superficie totale approximative de 900 à 1 000 ha. Le domaine est ainsi décrit dans l’annonce de vente : « Le tiers environ de la partie cultivable est planté de cocotiers, au nombre approximatif de 11 600. Le rendement actuel de coprah est d’environ 25 t ; il pourrait être doublé avec une main-d’œuvre plus nombreuse. Un four à coprah (3,30 m × 3,30 m) est édifié vers le milieu de la cocoteraie. Son rendement journalier est de 280 kg. La propriété comporte un vaste pâturage ; la partie clôturée, environ 100 ha, est divisée en huit parcs bien compris et alimentés par des cours d’eau ; les barrières de fil de fer barbelé sont bien entretenues. Cinquante-trois ruches à miel, disséminées sur la propriété, fournissent environ 1 400 kg de miel et de 130 kg de cire annuellement ; le domaine est planté d’arbres fruitiers, tels qu’orangers, cocotiers, etc. Il est traversé par la route de ceinture. Un bon mouillage, pouvant abriter de gros bateaux, se trouve en face de l’exploitation. » Les Kellum ont entretenu avec esprit de suite et compétence ce magnifique domaine, le seul de toute la Polynésie française maintenu en bon état lors de la crise mondiale. Ils ont fait venir une maison préfabriquée de Honolulu. L’hospitalité reçue par les visiteurs à Opunohu est légendaire : « The Kellum’s guest book was worthy of a few hours of study, for every individual of any importance who had ever been in French Oceania had signed it. » Les Kellum ont deux enfants, un garçon Rotui et Marimari qui épouse Paul Ottino en 1967.

KERGOAT, Corentin (1881-1918)

Religieux picpucien.

Né le 17 février 1881 à Pleyben (Finistère). Arrive à Tahiti le 4 décembre 1905. Travaille dans les Tuamotu. Quitte la mission le 19 juin 1908. Décédé à Pleyben (Finistère), le 30 mai 1918.

KERKHOVEN, Alek van († 1935)

Peintre et voyageur, appartenant à une famille de l’aristocratie belge.

Arrive en Océanie vers 1925. S’installe à Tahaa où il vit très simplement entre Patio et Moarifenua. Il était l’ami de Gouve qui fit son portrait et du Dr Le Gall. Ce Flamand distingué et cultivé mourut assez rapidement d’une perforation intestinale qu’il ne put faire soigner. Il est enterré au cimetière d’Uturoa. Bon dessinateur, il fait aussi des aquarelles.

KERROUAULT, Alphonse (le Père Léonard). 1925

Religieux picpucien.

Né le 4 mai 1925 à Marsan (Morbihan). Profès dans la congrégation le 21 novembre 1945. Ordonné prêtre le 17 février 1951. Missionnaire aux îles Marquises en 1951. Dynamique, construit trois églises à Ua Huka et dessert également Atiheu, Nuku Hiva. Appuie la fondation d’une coopérative agricole à Ua-Huka. Depuis 1956 s’intéresse à la restauration d’un artisanat local en groupant les sculpteurs de son secteur, en leur fournissant des outils, en organisant la vente tant sur le marché local qu’à Papeete, de manière à éviter les intermédiaires trop souvent désireux de s’emparer à vil prix de la production ou de l’échanger contre de l’alcool. Rentre en France en 1967 et s’y occupe de propagande missionnaire.

KESTRAD, Louis de

Artiste peintre.

Fait parti de l’École de Paris. A vécu à Tahiti une dizaine d’années, avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Expose au Premier Salon de Tahiti en 1958. Cf. Catalogue, n°172, 173, 174.

KIEFFER, Jean Thomas (1824-1865)

Soldat et commerçant.

Né en 1824 à Filstroff (Moselle). Fait partie de l’infanterie de marine, en garnison à Papeete. Libéré à Tahiti, s’établit comme restaurateur à Papeete en 1856, puis devient commissaire de police en 1859. Meurt à Papeete où il était propriétaire, le 24 août 1865. — De son union le 18 décembre 1858 à Papeete avec Vahineura a Tepa, 1833-1881, fille de Tepa a Vavarai et de Tautefavahine, originaire du district de Pueu, la descendance n’est pas connue.

KIMITETE, Joseph (1919)

Sculpteur.

Né à Hakahui, Nukuhiva, îles Marquises, dans une famille où la sculpture est pratiquée. Engagé volontaire en 1942. Reste sous l’uniforme, à Papeete même, jusqu’en 1944. Et déjà ses talents de sculpteur sont mis à profit par l’armée qui lui fait décorer le Foyer du Soldat. A l’occasion à cette époque de vivre près de Loulou Spitz qui tient une boutique de curios sur le quai et voit là des objets anciens, ainsi que des ouvrages sur l’art marquisien qui l’éveillent aux techniques et aux motifs classiques de ses îles natales. Fournit en curios durant la guerre les Américains basés à Bora Bora et qui viennent passer leurs week-ends à Papeete. Reçoit alors des conseils de Pailloux, de Pierre Heyman, de Rittmeister et autres artistes qui gravent la nacre et pratiquent les beaux-arts pour s’occuper les mains et passer le temps lors de leurs diverses résidences forcées. Entre dans la police de Papeete en 1945 et compte y demeurer jusqu’à sa retraite en 1974, passant d’ailleurs tous ses loisirs à tailler du bois. Expose à Paris en 1955, maintes fois à Papeete et à Hawaii où il ira souvent travailler pour la décoration d’hôtels, du Market Place et du Kona Village à Honolulu, chez les Mormons à Laïe, Oahu, etc. On trouve des pièces de lui dans la décoration des multiples hôtels de Tahiti (Matavai, Taharaa, Royal Tahitien, Taaone…) ou des îles Sous-le-Vent, dans la résidence du Gouverneur, dans certains mobiliers liturgiques (l’église de la Sainte Trinité ou la chapelle des Frères). C’est un des hommes chargés de fabriquer des « cadeaux d’importance » pour les nobles visiteurs, une sorte de sculpteur officiel. Kimitete est évidemment d’une grande virtuosité d’exécution dans la fabrication de pièces selon les motifs anciens. Il les possède sur le bout du doigt, mais travaillant vite, avec des outils et des instruments modernes, des scies électriques, des gouges bien calibrées, des fraises de dentiste, son travail se ressent fatalement de cet outillage et de cette facilité. Ses travaux (même quand ils ne sont pas des copies exactes, qu’il n’aime guère exécuter) manquent un peu d’âme et de faire personnel. Il n’a pas tellement une conscience profonde de l’art marquisien ancien, de son sens, de sa signification, de son langage, de sa portée. Ceci dit, habile, rapide, complaisant, mais posant le problème de la survie d’un art qui a été vivant et significatif, ne l’est plus et cherche sa voie entre le curios en série et banalisé, et la pièce de maîtrise. Si on demande à Kimitete quelle est l’œuvre de lui qu’il préfère et lui semble la plus caractéristique de son talent, Kimitete répond : « La pirogue de l’aéroport de Faaa ». De son union, aux Marquises, le 25 novembre 1938, avec Katupa Hinatauani sont nés deux enfants : Louise, 1939, et Bernard, 1940, moniteur de sculpture à Hawaii.

KLIMA, Rudolph (1899)

Commerçant.

Né à Zabreh (Tchécoslovaquie). Après des séjours en Abyssinie, arrive à Tahiti en 1929. Travaille d’abord pour la Société franco- tchécoslovaque qui doit exploi- ter le plateau de Toovi à Nuku Hiva. Installé là, y demeure com- me gérant de 1929 à 1933 jus- qu’à la liquida- tion de cette So- ciété devenue Société des Mar- quises et pure- ment française et qui disparai- tra lors de la dé- pression financière. Naturalisé français en 1936. Fonctionnaire à la météorologie nationale jusqu’à sa retraite en 1967. R. Klima fonde une librairie en 1936, et de- viendra dépositaire des Messageries Hachette. Un temps associé à R. Teissier installe en 1964, sa li- brairie dans un nouvel immeuble, place de la Ca- thédrale. R. Klima épousera en 1940 une Tahi- tienne Rosa Perez. Rosa Klima sera conseillère municipale de Papeete, 1959-1966, avant de de- venir 1er adjoint au maire d’Arue lors de la cons- titution des communes en 1972. Elle fut la pre- mière femme à devenir membre du Conseil supé- rieur des Églises Protestantes. Elle est chevalier du Mérite National. — De cette union sont nés sept enfants dont : Rudi, 1941, épouse en 1964, Tina Goussaud. — Manuela, 1942, épouse en 1964, Marius Luciani.

KOPF, Maxim (1892)

Peintre.

Né à Vienne (Autriche). Études à l’Académie des Beaux-Arts de Prague. Peintre de réputation in- ternationale, ayant exposé à Paris, New York, Prague et même en Russie. Arrive le 20 juin 1938 à Tahiti sur la Ville d’Amiens, avec le ménage Hensel. On trouve de lui des toiles d’une tech- nique très sûre, ainsi que d’amusantes caricatures tahitiennes. Expose, à son retour à Paris, à la Ga- lerie Jeanne Castel, en 1939. Importante notice sur lui dans Hans Vollmer, Kunstler Lexikon des XX. Jahrhunderts, t. 3, p. 420.

KORINGO A POO (1906)

Pasteur.

Né le 7 juin 1906 à Papeete (Tahiti). Études à l’école pastorale. Consacré le 13 février 1941, à Pa- peete. Tout d’abord vi- caire du missionnaire chargé de la paroisse de Paofai (Papeete), le pasteur Koringo se vit peu à peu confier l’en- tière responsabilité de cette paroisse. En 1952, il fut élu vice- président du Conseil supérieur, puis, en 1957, co-président. Il fut décoré de la Légion d’honneur le 28 sep- tembre 1959 par Jac- ques Soustelle, minis- tre de la Communauté française, lors de la visite de ce dernier en Polynésie française.

KORNERUP, Ebbe (1874)

Peintre et graveur.

Né le 20 février à Roskilde (Danemark). Après des études académiques s’en va chercher ses sources d’inspiration au cours de voyages à travers le monde qui en font un peintre de l’exotisme. Ainsi traversa-t-il le Pacifique où il s’arrête à Ta- hiti, avant la fin de la Première Guerre mondiale, pour y travailler, sans se soucier de Gauguin et de ses illustres prédécesseurs français, recherchant une vision personnelle de l’île. Ce peintre de l’exotisme était aussi un graveur et un illustra- teur. — Voir Weilbachs Kunstnerleksikon, 1949, t. 2, p. 162.

KRAINER, Marcel (1907)

Agent spé- cial d’assurances.

Né le 6 février 1907 à Ramings- tein (Autriche). Diplôme des Eaux et Forêts. Sta- ges au Luxembourg, en Angleterre et en Belgique. Il est apparenté à Paul Everard, administrateur colonial au Congo belge qui, à la suite d’ennuis de santé, vient s’installer à Tahiti en 1924. Il com- mence par acheter une partie de la propriété Brander à Papara dont il transforme plusieurs hectares en vanillières. En 1926, des pluies dilu- viennes, suivies d’inondations, ravagent le terrain entraînant l’habitation et son propriétaire qui, emporté en mer, ne conserve la vie que par mira- cle. A la suite de cette mésaventure qui le ruine, Everard achète l’île Mehetia qu’il plante en coco- teraie. Mais il meurt sur les entrefaites, en janvier 1930, laissant une situation embrouillée. Marcel Krainer est envoyé par sa famille pour régler cette succession. Il arrive à Tahiti en juin 1930. En deux années il réussit à rassembler des titres de propriété de Mehetia et finira par s’établir dans le pays. Il restera copropriétaire de Mehetia jusqu’en 1962. Travaille ensuite avec Preston Moore dans ses affaires d’assurances. Prend en 1953 la Direction du portefeuille de l’American International Underwriters Corp. dont il devient, en 1966, l’agent spécial. Consul Général d’Autriche depuis 1955. Habite depuis 1956, et restaure, la Maison Malardé à Arue, une maison coloniale en bois avec vérandah à colonnettes et des ornementations découpées qui est actuellement une des rares maisons de cette époque à Tahiti. De son union à Papeete, en 1938, avec une Américaine Louise Voorhees, † 1970, sont nés six enfants dont deux demeurent à Tahiti : Tere, 1941, épouse Paul Ropiteau et Robin Hiurai, 1945, électricien-mécanicien, qui épouse une Tahitienne. Divorcé, Marcel Krainer épouse en secondes noces à Papeete, le 6 janvier 1960, Loretta Temaeva, 1934, une fille Evelyn, 1960.

KRAJEWSKI, André (1886-1921)

Voyageur et homme d’affaires.

Il est de nationalité russe, bien qu’appartenant à une riche famille de sucriers polonais. Études à Oxford. Cultivé, il parle six ou sept langues. Homme du monde, il possède une écurie de course à Paris où réside sa mère, dans le salon duquel sont suspendues les deux Tahitiennes accroupies de Gauguin, aujourd’hui au Louvre. Fait au début du siècle plusieurs voyages autour du monde. L’un d’eux le conduit en Océanie française. Collectionneur, il recueille des objets ethnographiques — de forts beaux tikis de pierre par exemple — aux Marquises et à Tahiti où il fouille la grotte de Mara. Il découvre même encore une canne et une pipe sculptées par Gauguin. A la suite de ce voyage, il fait transférer une partie de sa fortune à Tahiti et vient s’installer à Papeete, avec une Hispano-Suiza et un chauffeur. Il va faire du commerce. L’entête de son papier à lettre porte : « Allgoewer et Krajewski. Exportateurs-Commissionnaires : Vanille. Nacre. Coprah ». Ses affaires prennent de l’extension. Il crée la Société Française des Cocotiers des Tuamotu, qui possède, entre autres, l’atoll de Mururoa. Il fait construire pour ramasser son coprah une goélette qu’il baptise la Sophie, du prénom de sa mère. Il y avait eu, à Papeete dès cette époque, une Banque Allgoewer et Krajewski. C’est avant la guerre qu’il achète « à la Mission de Fécamp » — Mgr Hermel, le Vicaire apostolique de l’époque, était fécampois — la vallée de la Papenoo. Arrive août 1914. Son associé Allgoever est de nationalité allemande : les affaires menées en commun vont donc être mises sous séquestre. Français de cœur, Krajewski s’engage à la Légion étrangère. La guerre le conduira à Verdun et sur le front d’Orient. La paix signée, il se fait naturaliser français et rentre à Tahiti pour reprendre en mains ses affaires. Il est marié à la célèbre danseuse indienne Nyota Inyoka († 1971). On trouve mention alors à Papeete d’une « Banque André Krajewski ». Elle émet même des billets de 50 centimes, en une période de pénurie de petite monnaie. Son ami Alexis Levassor vient l’assister dans ses affaires qui sera nommé « liquidateur délégué » et chargé de l’inventaire des biens de la Société Française des cocotiers des Tuamotu. C’est à cette époque qu’Elsa Triolet qui séjourne à Papeete esquisse un amusant portrait de Krajewski. « Un Polonais qui avait dilapidé dans sa vie plusieurs fortunes. Il a établi ses affaires à Tahiti sur le dos des petits épargnants chinois ; elles étaient florissantes, sans qu’il eût à enfreindre la loi. Quatre fois par jour, son Hispano-Suiza, conduite par un chauffeur javanais, passait devant notre maison. Et, derrière, très droit, sur les coussins bas, se tenait Krajewski, presque toujours ivre, un monocle vissé dans l’œil, petit, malingre, habillé d’un costume de shantung parfaitement bien coupé, une grosse perle dans sa cravate. » La Banque André Krajewski dont on trouve des représentations sur les photos de l’après-guerre, connut des difficultés. Krajewski qui affirme beaucoup de sympathie pour les naturels, ne paraît pas avoir été en très bons termes avec le commerce local, l’administration et la toute-puissante Banque de l’Indochine. Il est d’ailleurs en mauvaise santé. Il se hâte de revendre à l’Électricité de Papeete la vallée de la Papenoo, va embrasser une dernière fois son ami le chef Teriiriero et s’en vient mourir en France en 1921. Il est enterré au cimetière de Chatou. Le Musée de Neufchâtel, en 1919, avait fini par acheter les collections rapportées de la Polynésie française par Krajewski lors de son voyage de 1908. Elles comportent d’excellentes et importantes pièces ethnographiques ; plus que ses opérations financières, elles lient à Tahiti le nom et le souvenir d’André Krajewski.

KRAUSE, Ernest Rudolph William (1812-1873)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Allemand. Né le 10 juillet 1812. Épouse Mina Banes, 1824-1855. Venant du Guatemala, arrive à Tahiti, en mars 1842. Est nommé à Tahaa en mars 1843. Séjourne à Sydney en 1850 pour raison de santé. Passe à Bora Bora en 1851 où il ouvre, en mars, un collège pour la formation des teachers indigènes. Sa femme meurt le 6 avril 1855. Peu après, il part en Angleterre, s’y remarie et est affecté à son retour à la mission de Rarotonga. Y reste de 1859 à 1867. Revient en Europe. Meurt à Niesky (Prusse) le 26 décembre 1873.

KROEPELIEN, Bjarne (1890-1966)

Expert et négociant en vins.

Bibliophile. Né le 3 mai 1890 à Bergen (Norvège). Au cours d’un séjour aux États-Unis, voit arriver à San Francisco, en 1908, un voilier revenant de Tahiti chargé de coprah, qui oriente assez curieusement son imagination vers l’Océanie. Réalise son désir de voir les îles au cours de la Première Guerre mondiale, et débarque à Tahiti en juillet 1917. Il y sera l’hôte du grand chef Teriierooiterai, tentera une ascension de l’Orohena et y verra la terrible épidémie de grippe de 1918, au cours de laquelle il se signale en organisant un hôpital de fortune pour les malades qu’il soigne et nourrit de son mieux. Le gouverneur Gustave Julien demandera et obtiendra alors pour lui la Légion d’honneur en reconnaissance de l’assistance apportée avec tant de courage à la population de Papeete. S’il avait commencé à s’intéresser à la littérature concernant les mers du Sud dès 1908, le séjour de Tahiti marque pour Bjarne Kroepelien le début d’une recherche méthodique de tous les ouvrages traitant de Tahiti, recherche qui, en un demi-siècle, a fait de lui un grand bibliophile et le possesseur de la plus importante collection privée d’ouvrages sur la Polynésie française. La bibliothèque de Bjarne Kroepelien est particulièrement remarquable par une série presque complète des premières impressions en tahitien, publiées à Londres et Sydney, ou sur place, par les presses de la Société missionnaire de Londres. Elle est conservée dans une île du fjord d’Oslo, Ilduerket, où Bjarne Kroepelien a reçu des visites de collectionneurs émérites, Edge Partington, Sir Maurice Holmes, André Ropiteau, Bengt Danielsson. Il était l’ami de John Fergusson, George Mackaness, Thomas W. Streeter, Philipp Wilson et tant d’autres dont les collections océaniennes comptent parmi les plus belles. On doit à Bjarne Kroepelien un essai, The tahitian imprints of the London Missionary Society (1950), savant aboutissement de longues recherches et une traduction en français du voyage de Sparman : Un compagnon suédois du Capitaine James Cook au cours de son deuxième voyage (Oslo, La coquille qui chante, 1939, 91 p., ill.). Bjarne Kroepelien est décédé en Suède en 1966. Voir une notice biographique le concernant : J.S.O., 1966, p. 102-3. Sa bibliothèque a été rachetée par le Musée du Kon Tiki, à Oslo. Un catalogue des ouvrages les plus marquants la composant a été établi d’une manière scientifique par Rolf du Rietz : Bibliotheca Polynesiana, Oslo, 1969.

KRUSENSTERN, Adam Jean de (1770-1846)

Navigateur russe.

Né à Haggud (Estonie), le 8 novembre 1770. Entre très jeune à l’école des Cadets de la marine. Prend part à la guerre russo-suédoise de 1787 à 1789, puis est détaché plusieurs années, pour des stages de perfectionnement, dans la marine britannique. Voyage ainsi et se rend compte de l’intérêt que peut avoir le commerce des fourrures pour la Russie. Rentré en Russie en 1799, fait part de ses idées autour de lui et finit par réussir à intéresser l’empereur Alexandre 1er à un plan de prospection géographique et commerciale. Le commandement d’une expédition lui est confié, elle comprend deux navires, la Nadiejeda (l’Espérance), 450 t, qu’il commandera personnellement, et la Neva, 370 t, capitaine Lisiansky. Le baron Bellinghausen, les deux jeunes Kotzebue, cadets de marine, le naturaliste Langsdorff et le docteur dessinateur Tilesius font partie de l’expédition qui appareille de Cronstadt le 4 août 1803. Les deux navires, séparés par le mauvais temps dans la région du cap Horn, se retrouveront aux Marquises. Le 6 mai 1804, Krusenstern est en vue de Nuku Hiva où il ancre dans la baie de Taiohae. Aux Marquises Krusenstern prendra contact avec les indigènes et effectuera quelques échanges ; il entre en relation avec deux déserteurs européens, l’Anglais Roberts et le Bordelais Joseph Cabry qui, possédant bien la langue, renseignent abandamment le capitaine russe. Ayant terminé son ravitaillement en eau et en bois, Krusenstern fait route pour les îles Sandwich et le Kamchatka. Il est à Cronstadt, le 7 août 1806. A son retour, Krusenstern publia d’abord la relation de son voyage ; puis il s’attaqua à la rédaction d’un grand Atlas de l’océan Pacifique. Cet atlas, accompagné de recueils de mémoires hydrographiques explicatifs, constitue l’œuvre magistrale de cet officier qui, ne se contentant pas d’avoir été le premier marin russe à braver les tempêtes du cap Horn et les chaleurs tropicales du Pacifique et l’auteur d’une remarquable œuvre hydrographique, a joué dans le monde slave un rôle analogue à celui des Bougainville et des Cook en Europe, en révélant à ses compatriotes le charme des îles océaniennes et l’enchantement des mers du Sud. Krusenstern mourut à Asz en 1846.

Bibliographie. La relation du voyage de Krusenstern parut d’abord en russe (3 vol. in-4° et un atlas, de 1809 à 1813). Presque en même temps, paraît une édition allemande. Après ces deux éditions, le voyage sera traduit en anglais (Londres, 2 vol., 1813, sans atlas) ; en italien, (Milan, 1818, 3 vol.) avec de plaisantes gravures, mélange savoureux d’images d’Épinal et de lithographies romantiques ; en hollandais (Haarlem, 1811-1812, 3 vol.) ; en français (Paris, Gide fils, 1821, 2 vol. et 1 atlas). L’atlas de l’édition française comporte, outre un « portrait de M. de Krusenstern », 5 planches concernant les Marquises et 3 cartes. — Deux autres compagnons de Krusenstern publièrent également des relations de ce voyage : G. H. Langsdorff, 1774-1862, médecin naturaliste à bord de la Nadiejeda (en allemand, Franckfort, 2 vol., 1812), et en anglais (Londres, 2 vol., 1813-1814) ; I.F. Lisiansky, 1773-1837, commandant de la Neva (en anglais, Londres, 1814). — Le commandant J. Cottez a publié des études sur cette expédition et ses chefs, avec quelques extraits de leurs relations dans le B.S.E.O., en 1934, 1938 et 1939.

KULCZYCKI, Adam (1809-1882)

Officier et fonctionnaire.

Né le 2 octobre 1809 à Pulawi (Pologne). Une des figures marquantes des premiers temps de l’occupation française à Tahiti. « J’ai confié la place de chef de bureau indigène à M. Adam Kulczycki, homme très versé dans la connaissance du pays, parlant très bien la langue, distingué sous tous les rapports et qui jouit de l’estime général », écrit, le 3 décembre 1854, du Bouzet. Kulczycki occupe encore cette fonction dans l’Annuaire de 1859. Il ne figure plus dans l’édition de 1862. Il sera de longues années trésorier de la Caisse agricole. Ingénieur, on doit à Kulczycki des travaux cartographiques. La première carte générale gravée de Tahiti fut dressée d’après des levés exécutés par lui. Il publia plusieurs Almanachs de Tahiti (1856, 1859) qui contiennent maints renseignements importants d’ordre climatique et maritime où l’on reconnaît la main d’un homme de science. Le Bureau des longitudes le 15 mars 1855 le charge des observations astronomiques à faire dans les Établissements de l’Océanie. Il était en effet versé en astronomie et avait installé un petit observatoire qui lui servait pour ses travaux quotidiens. On trouverait des notes écrites, sinon toujours signées par lui, dans le Messager de Tahiti : par exemple, en 1875, lors du passage de la planète Vénus. Il meurt le 11 juillet 1882, « chevalier de la Légion d’honneur, colonel en retraite ». Astronome, Kulczycki avait légué au gouvernement « une horloge de haute précision qui lui servait pour ses observations, ainsi qu’une lunette, très puissante pour l’époque. Grâce à l’observatoire organisé par Kulczycki, Tahiti avait été au courant de la connaissance du temps… Ces instruments existaient encore en 1903 dans la série des bureaux établis dans les anciennes écuries des lanciers du roi. Le régulateur astronomique était placé sur la façade de la direction de l’Intérieur, surmonté d’une plaque de cuivre portant : « Don de M. Adam Kulczycki. » Il servait à régler l’horloge de la cathédrale. » On trouverait une notice sur cet « homme discret, conciliant et laborieux » dans le Messager de Tahiti du 13 juillet 1882.

KUNTZMANN, Marie-Léon (le Père Patrice). 1912

Religieux picpucien.

Né le 15 septembre 1912 à Krautergersheim (Bas-Rhin). Profès dans la congrégation en 1930. Ordonné prêtre en 1936. Part à la mission des îles Cook où il est successivement attaché à Rarotonga, Aitutaki, Atiu. Passé à la mission de Tahiti en 1948. Après avoir desservi Raiatea et Mataiea et être allé en France en 1951, est nommé curé de la cathédrale de Papeete en janvier 1952. Tahiti vient de recevoir la visite de Notre-Dame de Fatima qui circule en Océanie. Les manifestations de foi dont cette présence fut l’occasion ont en même temps impressionné la partie protestante de la population et donné un élan spirituel nouveau aux catholiques. Le Père Patrice voit le morcellement de sa paroisse avec l’ouverture de celle de Sainte-Thérèse, dont est chargé le Père Alphonse Coquin. En 1958, assiste à Rome au chapitre général de sa congrégation. Rentre à Papeete en avril 1959. En mars 1966 quitte sa paroisse de Papeete pour un séjour en France. A son retour, fin 1967, est nommé à Arue, puis en 1971, à Punaauia. Vicaire général et chancelier de l’évêché depuis l’arrivée de Mgr Coppenrath comme il avait été celui de Mgr Mazé. Ses paroissiens ont toujours apprécié sa science, son dévouement et son calme. De 1950 à 1958 il a été chargé du Semeur, dont il a fait revivre le titre.

KÜPPER, Xavier (le Père Silvestre). 1842-1909

Religieux picpucien.

Né le 5 décembre 1842 à Ratingen (Rhénanie). Profès dans la congrégation le 30 août 1865. Arrivé à Tahiti le 23 octobre 1870 sur le North Brabant. Quitte la mission en février 1883. Professeur à Cahors. Repart comme missionnaire aux Hawaii, en 1887. Il y meurt le 27 avril 1909.

L

LABBÉ, Joseph (1818-1870)

Propriétaire.

Né le 21 février 1818 à Saint-Colomb (Ille-et-Vilaine). Capitaine au long cours, inscrit à Saint-Malo. Arrive à Tahiti en 1853. Est à Mangareva, îles Gambier, en 1854. Revient à Tahiti où il se fixe définitivement au district de Pirae, un temps associé avec H. Ewald. Vers 1860, est propriétaire d’un beau domaine devenu jardin d’essai actuel. Membre du Conseil d’administration de 1866 à 1870. Juge-suppléant au tribunal supérieur de Papeete en 1868. Membre du comité de la Caisse agricole en 1868. Meurt à Papeete le 24 mars 1870. De son union, le 19 janvier 1865 à Papeete, avec Mere Pihavi, 1832-1879, aurait eu un enfant : Lise née vers 1860. Sa veuve s’est remariée à Joseph Villard.

LABBEYI, Ernest Louis ou Ernest Émile (1854-1916)

Gendarme, commerçant et colon.

Nous savons peu de choses sur ce colon qui laissa une nombreuse postérité. Né le 19 décembre 1854 à Auxerre (Yonne). Il arrive à Tahiti vers 1878 et y sert dans la gendarmerie. Il est désigné en février 1880 pour les Gambier lors de la création d’une brigade de gendarmerie dans l’île. Nous le trouvons ensuite chef de poste à Tautira en 1883-1885, puis dans le groupe Sud-Est des Marquises à Hekeani en 1888 ; il passe à Tiarei, Tahiti, en 1887 et 1888, avant d’être placé à Rikitéa en 1889. Labbeyi est autorisé, en mars 1891, à prendre sa retraite. Il quitte Papeete le 23 juin, passe six mois à Taiohae, puis s’installe à Rikitéa où il meurt, le 11 août 1916, à l’âge de 62 ans. Au cours de ces vingt-cinq ans de séjour aux Gambier, il y deviendra propriétaire foncier et un des principaux commerçants de l’île. De son union avec Concordia (Honokoriotia ou Onokoretia) Paraï sont nés : Ernest, né à Pare en 1881, décédé à Mahina le 18 janvier 1910. — Louis-Eugène, né à Tautira en 1884, décédé à Rikitéa en 1902. — Émile Kote Charles Auguste, né à Rikitéa en 1890, épouse Hitiura Loschmann, décédé à Makatéa pendant l’épidémie. — Rita Ernestine, née à Rikitéa en 1892, épouse un gendarme, Joseph Denis, à Rikitéa en 1918, et meurt à Raiatea, deux enfants, un garçon et une fille qui vit en France. — François, né à Rikitéa en 1894. — Jean-Baptiste, 1896. — Veuf, Ernest Louis Labbeyi se remarie le 30 juillet 1898 à Mamagatu Rituina, 1859, de Taku, elle-même veuve de Joane Pupiri. Un fils, Étienne, 1899.

LABBEYI, François (1894)

Commerçant à Rikitéa (Gambier) où il possède un magasin de marchandises générales avec une boulangerie, un dépôt de films, etc., qui en fait le plus important commerçant de l’île.

— Épouse Rose Agathe Guilloux dite Johnstone, 1888, veuve en premières noces de Paul Sanford. De cette union sont nés : Louise, 1914, épouse en 1936 Siméon Pakaiti, cultivateur. — Henriette Corde (ou Paraï Germaine), 1917 qui épouse en 1947 Tepano Mapaeamara, cultivateur. Un fils au séminaire de Miti Rapa. — Ernest André, né à Rikitéa en 1919, qui travaille avec son père et épouse en 1948, Célestine Mamatui, 1923. — Ernestine Jacqueline, 1922, épouse en 1947, Eustache Teihotata, décédée. — Eugénie Hélène, 1924, qui épouse en 1948, Patrice Carlson, mutoi, puis cultivateur, vit à Akamaru ; un fils au séminaire de Miti Rapa. — Eugène, 1928, épouse en 1949, Pétronille Manuireva, vit à Papeete. — Clémentine, 1931, épouse Auguste Carlson.

LABRO, René (1940)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 30 juillet 1940 à Decazeville (Aveyron). Profès le 8 septembre 1959. Prêtre le 30 juin 1966. Licence de théologie à Strasbourg. Arrivé à Tahiti en septembre 1971. Aumônier du lycée et vicaire à Pirae.

LACASCADE, D’ Étienne-Théodore-Mondésir (1841-1906)

Gouverneur des colonies.

Né le 2 janvier 1841 à Saint-François (Guadeloupe). Étudiant en médecine. Chirurgien au Service de la Santé de la Marine, il démissionne en 1876. Successivement député de la Guadeloupe en 1876, directeur de l’Intérieur de l’Inde en 1879, directeur de la Banque de Guadeloupe en 1881, directeur de l’Intérieur de la Nouvelle-Calédonie en 1884, il est nommé gouverneur des Établissements Français d’Océanie par décret du 2 mai 1886. Son administration sera marquée par des accroissements de territoires. L’Angleterre ayant accepté l’abrogation de la Convention de Jarnac de 1847 reconnaissant l’indépendance des îles Sous-le-Vent, il proclame la souveraineté de la France sur cet archipel par des cérémonies solennelles aux îles Raiatea, Huahine et Bora Bora les 16, 17 et 19 mars 1889. Le chef rebelle de Raiatea, Teraupo, se contente d’envoyer des délégués exposer ses griefs. Par contre, une sédition rapidement réprimée éclate à Huahine. Un nouveau soulèvement de cette île, le 22 juillet 1890, n’aura pas plus de suites. En outre, il accorde, sur la demande de leurs chefs, le protectorat de la France aux îles Rurutu et Rimatara où il arbore le pavillon français les 27 et 28 mars 1889. Prévoyant l’essor qui résultera de l’ouverture du canal de Panama, il s’attache à la question de la navigation, prévoit la construction de phares, l’aménagement du port de Papeete, réglemente les conditions de navigation sous pavillon français et le service des ports et rades. Un arrêté du 2 janvier 1887, complété à plusieurs reprises, règle les conditions dans lesquelles sont perçus les droits d’octroi en mer. Cependant, sa tentative d’établissement de la ligne San Francisco-Tahiti échouera. D’autre part, il réforme la Chambre et les Conseils d’agriculture. Le Code mangarévien est abrogé aux Gambier où l’état civil est constitué. Il s’intéresse particulièrement à l’instruction publique qu’il organise par arrêté du 24 janvier 1887. De nombreuses tournées l’entraînent à travers les îles, en particulier à Rapa. Il lutte contre la ferme de l’opium, organise l’apport de la colonie à l’Exposition de 1889. Enfin, le décret du 20 mai 1890, pris sur ses instances, érige Papeete en commune, lui attribuant ainsi une municipalité. Cependant son action n’est pas unanimement appréciée. On lui reproche la suppression du Tribunal de Commerce, l’application sans préavis du décret du 9 mai 1892 instituant le régime douanier du territoire. Le journal Le Messager mène campagne contre lui. Gauguin le persifle et lardé de ses sarcasmes le « nègre Lacascade » et Henry Adams lui-même juge sans aménité « ce petit homme qui portait un haut de forme, la redingote et l’écharpe tricolore…, émaillant sa conversation de tournures de politesse à la japonaise, un mélange de respect, de paternalisme et de méfiance…, un personnage de vaudeville qui devient tantôt la victime, tantôt le traître, mais le traître deux fois sur trois » (4 avril 1891). Le représentant de la colonie en France, Chessé, l’attaque violemment dans plusieurs lettres au ministre, dénonce sa gestion financière, ses rapports avec la Société commerciale allemande, sa politique aux îles Sous-le-Vent, rappelle les incidents qui ont marqué ses précédentes fonctions et demande instamment son rappel. Lui-même réclame son changement. Le ministre le nomme enfin gouverneur de Mayotte, le 25 avril 1893. Il quitte la colonie le 4 juin. Le gouverneur Lacascade sera mis à la retraite le 13 février 1896 ; il obtient, en 1900, une recette buraliste dans le Nord. Il meurt le 2 novembre 1906. — Il avait fait imprimer, avec la traduction en tahitien, le discours prononcé lors de son entrée en fonctions : Dr Théodore Lacascade, Proclamation… Papeete, Imp. du gouvernement, 1886. On trouvera son Discours aux obsèques de Sa Majesté Pomaré V dans le Journal officiel des Établissements français d’Océanie, 18 juin 1891, p. 259-261. — On trouve une illustration de la remise entre les mains de M. le gouverneur La Cascade du pavillon national tahitien (Illustration, 5 sept. 1891, p. 189). — Lacascade venu à Papeete avec sa femme et cinq enfants aura à Tahiti, le 11 mai 1887, un fils, Théodore, qui fera une carrière dans l’administration des colonies, épousera à Château-Thierry, en 1931, Georgette Polack et, en 1936, à Marseille, Marie Potin.

LACHARME, Benoît (1893)

Colon.

Né à Limas (Rhône) le 16 novembre 1893. Apprend le métier de lapidaire à Trévoux. Exerce ce métier en France et en Allemagne. A 19 ans, émigre au Canada où il passe deux années comme cultivateur, trappeur et homesteader dans l’État d’Alberta. Passe ensuite en Australie. C’est là que le surprend la Première Guerre mondiale qu’il fait sur le front français, comme volontaire, sous l’uniforme australien. Plusieurs fois blessé et décoré du British War Medal. Démobilisé, il retourne en Australie, travaille dans les vignobles du Sud australien, puis dans les sucreries, et après avoir touché son bonus vient aux Marquises, en 1921, où il achète sur les hauteurs de Tehuta (Atuana) des terres incultes qu’il débrousse et sur lesquelles il plante de ses propres mains 2 000 cocotiers. Après la Seconde Guerre mondiale, Benoît Lacharme et sa femme reviennent à Paea, Tahiti, sur une terre leur appartenant et essaient de mettre en valeur des terrains de montagne, propriétés des Deligny. De son union le 26 octobre 1924, à Atuana, avec Marie-Louise Teuraapara Deligny sont nés treize enfants : Julienne, 1925 ; Simone, 1926 ; Ginette, 1927 ; Antoine, 1928 ; Jeannette, 1930 ; Odette, 1932 ; Benoît, 1933 ; Odile, 1936 ; Richard, 1937 ; Cyrille, 1938 ; Pierre, 1944 ; Giselle, 1946 et Guy, 1951. Les deux fils aînés, mariés, exploitent la plantation paternelle.

LA FARGE, John (1835-1910)

Peintre et littérateur américain.

Visite les mers du Sud en 1890-1891, en compagnon d’Henry Adams, son ami d’enfance qui en appréciait l’humour inattendu, l’originalité, l’absence de préjugés, la bonne humeur et les facilités d’adaptation. Ils vivront ensemble à Tahiti du 4 février au 5 juin 1891, séjournants principalement à Papara chez Tati, et à Tautira, chez Ori a Ori. La Farge apprécia en artiste raffiné les agréments du pays, mais n’en comprit ni la vie profonde s’beautés secrètes. On trouvera dans son ouvrage : Reminiscences of the South Seas, New York, 1912, des reproductions en couleur de peintures à l’huile signées de lui et concernant la Polynésie française. Il a laissé sur Tahiti : The Teva poets, notes on a poetic family in Tahiti, dans Dudley Warner, Library of the world best literature, New York, 1897, vol. 36, p. 14389-14398. Voir sur son séjour : Henry Adams, Lettres des Mers du Sud, Paris, 1973 ; et J.E. Bullard, J. La Farge at Tautira, Tahiti (National Gallery of Art, Washington, 1968, Report and Studies, p. 147-153).

LAFOND, André (1911)

Conseiller économique.

Né le 24 avril 1911. Militant syndicaliste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, responsable de Résistance Fer, pour la région du Sud-Est. Membre du Conseil économique. Chevalier de la Légion d’honneur.

LAFONT, Antoine (1837-1881)

Commis.

Né le 26 octobre 1837 à Saint-Amand-Tallende (Puy-de-Dôme). Soldat au 2 régiment d’infanterie de marine. Sert à la Nouvelle-Calédonie de 1860 à 1864. Ayant terminé son temps, demande à se faire libérer à Tahiti. Part de Nouméa le 6 octobre 1864, débarque à Papeete le 5 décembre suivant, libéré le 1 janvier 1865. Employé comme comis de magasin chez Amiot, Lamotte et Viénot. Nommé préposé à l’entrepôt des contributions de Papeete en 1873. Meurt à Papeete le 6 octobre 1881.

LAFORGE, Vital-Paul (1828-1868)

Religieux picpucien.

Né le 18 mars 1828 à Grimouville (Manche). Missionnaire à Tahiti en 1854. Y est ordonné prêtre le 2 juin 1855. Revient à Valparaiso quelques années plus tard. Meurt à Chiloe (Chili) en 1868.

LAFOURCADE, Jean (1821-1863)

Colon militaire.

Né en 1821 à Saint-Laurent (Landes). Arrive à Tahiti le 4 novembre 1843 comme marin à bord de la frégate Uranie. Prend part aux combats de Mahaena le 17 avril 1844 et de Mahina le 29 juin 1844. Libéré du service à Tahiti le 15 mai 1847. S’établit comme colon militaire à Faaa et y meurt le 10 juillet 1863, sans descendance.

LAGARDE, Félix (1825-1886)

Fonctionnaire.

Né le 25 septembre 1825 à Champigny (Marne). Sergent-fourrier du 2 régiment d’infanterie de marine, fait la campagne du Puget-Sund dans la Baltique, en 1854. Débarque à Papeete, le 14 août 1856, de la corvette Caravane. Libéré du service, en 1859, à Papeete où il se fixe. Il sera d’abord employé, comme chef d’atelier, aux Ponts et Chaussées, passe conducteur, en 1872. Continue sa carrière administrative dans les cadres du service de l’Intérieur du Territoire où il est chef de bureau. Meurt à Papeete, le 14 janvier 1886. On le trouve, en 1867, signalé comme gérant de la caisse indigène de la reine Pomaré IV. Son aménité et son cœur généreux l’avaient fait surnommer par les Tahitiens Papa maiore. On trouverait une note sur lui dans le n° 3 du Journal officiel de 1886 ; et le n° 91 du Messager de Tahiti de la même année, p. 14-16, consacre à Félix Lagarde un important article nécrologique, comportant les allocutions d’Alfred Bonnet, directeur de l’Intérieur, et un discours de M. Gardey. De son union, le 2 avril 1864, à Papeete, avec Marie-Louise Cébert, 1847-1918, sont nés : Pauline, 1865-1882, Ambroise épouse, en 1882, Ambroise Millaud, pharmacien : sept enfants. — Georges, 1867-1946. — Eugénie, 1869, épouse, en 1889, Henri-Albert Simonin, négociant, conseiller général à Papeete ; quittent Tahiti pour se fixer à Paris. Henri Simonin meurt à Crest (Drôme) laissant trois enfants ; veuve, Eugénie Lagarde épousera Antonin Massiou († 1951), à Papeete, en 1903 : un fils Pierre. — Gabrielle, 1872-1927, épouse en 1899, Georges Malardé : quatre enfants. — Blanche, 1874-1891, célibataire. — Julia, meurt en bas âge. — Devenue veuve, Marie-Louise Cébert épousera en secondes noces François Cardella, en 1886.

LAGARDE, Georges (1867-1946)

Fonctionnaire.

Fils du précédent. Né le 26 janvier 1867 à Papeete. Débute dans l’administration locale comme écrivain auxiliaire. Interprète assermenté de langue tahitienne en 1897. Remplit les fonctions d’administrateur et de juge de paix des îles Marquises de 1903 à 1904 et 1906 à 1907 ; puis aux îles Sous-le-Vent de 1912 à 1913. Termine sa carrière administrative comme contrôleur hors classe des contributions directes, chef du service des Douanes et Contributions du Territoire. Prend sa retraite en 1932 après quarante-trois années de services. Conseiller privé du gouvernement de 1933 à 1940, sera, en septembre 1940, un des promoteurs du ralliement à la France Libre. Membre du Gouvernement provisoire de 1940 à 1941. Chevalier de la Légion d’honneur. Officier d’Académie, officier du Mérite agricole. Meurt à Papeete le 17 février 1946. De son union avec Vehiarii Tapuhaairoa (Hélène Brémond) naquirent neuf enfants : Georges, 1881-1918, épouse, le 23 juin 1913, à Papeete, Élisabeth Dorcemaine, 1878, deux enfants. — Félix, dit Taupo, 1883-1918, participe comme soldat au 60 régiment d’infanterie à la Première Guerre mondiale. Blessé le 12 septembre 1916, meurt deux ans plus tard des suites de ses blessures, cité à l’ordre du jour comme « modèle de courage et de dévouement… toujours volontaire pour les missions périlleuses », médaillé militaire. — Blanche, 1895-1953, épouse Terai Bredin, trois enfants. — Rose, 1898. — Émile, 1900, participe, en France, à la Première Guerre mondiale et est cité à l’ordre du jour ; il épouse en premières noces Berthe Cornu, un fils, Georges, engagé en 1941 dans les F.F.A.L., fait la campagne comme sergent-chef à l’escadrille « Lorraine », plusieurs fois cité et blessé ; médaillé militaire. Propriétaire-éleveur à Hitia, Émile Lagarde, divorcé, se remarie à une demoiselle Vien, de Hitiaa. — Marie, 1903-1932. — Anna, 1905. — Violette, 1907, épouse Georges Johnston en 1926 à Faaa ; deux enfants. — Aurore, 1909, épouse M. Vernier, trois enfants.

LAGARDE, René Raphaël (1901-1971)

Journaliste et homme politique.

Sans parenté avec le précédent. Né le 13 septembre 1901. Venu de France à Tahiti avant la Seconde Guerre mondiale. Elu conseiller territorial pour les îles Sous-le-Vent en janvier 1953, réélu en 1957, il fait cause commune avec J.B. Céran Jérusalemy en 1958 et 1959, mais s’en est détaché et est ensuite considéré comme indépendant. Ne se représente pas en 1962 et va vivre dans une île des Tuamotu, Taanga, attiré par les choses de la mer pour lesquelles il est fort expert. Décédé à Paris après 1970.

LAGORCE, Nicolas (1820-1865)

Colon militaire.

Né le 14 novembre 1820 à Selles (Haute-Savoie). Cannonier du régiment d’artillerie de marine, débarque à Tahiti de l’Uranie, le 4 novembre 1843. Congédié à Papeete le 1er avril 1847. Colon militaire au district de Paea (Tahiti), il y devient propriétaire. Décédé à Papeete le 4 juin 1865. De son union le 8 août 1852 à Papeete, avec Tetuaura a Titootoo, 1820, sont nés : Louise, 1849, épouse Tehaeretua a Paerai, le 11 août 1882, à Paea. — Jean-Baptiste, 1850, se marie le 19 août 1880 à Papeete avec Tutavae a Tefaahira. — Marie, 1850-1888, épouse Jean Leguen, 1836, pilote. — Léon, 1858.

LAGUESSE, Émile (1890-1949)

Commerçant.

Fils du suivant. Né à Paris le 16 avril 1890. Arrive à Papeete en 1899 puis rentre faire ses études en France. Revient à Papeete en 1909 et travaille avec son père qu’il aide à reconstruire La ville de Dijon après le bombardement de la ville en 1914. Homme sage et pondéré, il sera membre de la Chambre de Commerce en 1926, organisme dont il deviendra le trésorier en 1935 et qu’il présidait au moment de sa mort, le 5 décembre 1949. Il avait été conseiller privé, consul de Norvège et fut, au cours de la Seconde Guerre mondiale, un des rares notables à Tahiti à ne pas connaître l’ostracisme d’une des factions qui partageait alors la population, signe non équivoque de sa sagesse et de ses indiscutables sentiments patriotiques. Émile Laguesse sera le titulaire du premier permis de conduire. Il lui a été délivré à Papeete le 15 février 1903. De son union avec Laurence Brault, 1889-1941, sont nées : Yvette, 1916, épouse Henri Jacquier, pharmacien. — Jeannine, 1921, qui reprend le magasin paternel après le décès de son père, y ajoutant bientôt, en 1956, Tahiti voyages, une des premières agences de tourisme du territoire. Il y a alors deux vols — 90 touristes ! — par mois. Aujourd’hui, en 1973, 37 vols par semaine et 1 500 visiteurs ! Et on attend le flot japonais. J. Laguesse se signale dans cette situation par le savoir-faire et l’activité qui sont de tradition dans sa famille et font d’elle une ses animatrices du tourisme local. Jeannine Laguesse fait partie, depuis 1947, du bureau de la Société des Études Océaniennes, comme secrétaire-archiviste. Elle est décorée de l’ordre du Mérite.

LAGUESSE, Eugène (1863-1922)

Commerçant.

Neveu du découvreur de l’insuline et fils d’un banquier de Dijon, vient à Papeete en 1899 sur les conseils d’un médecin résident des îles Marquises pour soigner son asthme. Travaille d’abord chez Me Vincent, notaire, mais homme actif et entreprenant, se rend vite compte des possibilités commerciales du pays et, après un voyage en France, fonde un comptoir de marchandises générales : A la ville de Dijon, qui, bien dirigé, prend rapidement une grande extension. Meurt le 21 août 1922 à Papeete. De son union avec Reine Neffriez, 1862-1940, est né un fils : Émile.

LAHARRAGUE, Jean-Baptiste (1821-1869)

Négociant.

Originaire de Bonloc (Basses-Pyrénées). Son père possède une Maison de commerce à Valparaiso. Les relations commerciales existant alors entre le Chili et Tahiti font que Jean-Baptiste Laharrague est envoyé à Papeete par son père, en 1840 écrivent les uns, en 1843 disent les autres, pour y ouvrir un comptoir qui sera connu sous le nom de « Laharrague Fils ». Un fait est certain, en novembre 1844, Jean-Baptiste Laharrague paie patente à Papeete. Sa Maison est une filiale de celle de Valparaiso. La Maison « Laharrague et Cie » était là-bas un des gros fournisseurs de la marine. La succursale prendra la même position à Tahiti. C’est sans doute Jean-Baptiste Laharrague que nous voyons dans les Annales, en 1859, présider le Tribunal de commerce de Papeete. La Maison Laharrague est, en 1880 à Papeete, le seul représentant de la Maison « Tandonnet Frères » de Bordeaux. Il meurt, le 14 mars 1869, à Valparaiso.

LAHARRAGUE, Jean-Marie

Commerçant.

Frère du précédent. On le trouve à Papeete dès 1844 où il est également fondé de pouvoir de la succursale de la Maison de commerce paternelle. — Il épousera une métisse, originaire de l’île de Maiao Iti, Parururu a Heimata, décédée en 1880. — Sa tombe existe toujours dans cette île. — De cette union sont nés : Joseph, second du nom, le 5 mai 1848 à Papeete, épouse Vaiahu a Faatau, 1841-1889, décédée à Bordeaux. Deux enfants : Joséphine, 1851 et Edmond, mort en bas âge. — Pierre, 1853, fait ses études en France ; revient à Tahiti en 1878. C’est lui qu’on voit porté comme négociant dans les Annuaires, après la mort de son oncle Joseph en 1888. Meurt à Papeete en laissant une nombreuse descendance à Fautaua, dont Pierre, second du nom, sergent au bataillon du Pacifique, qui combat en France lors de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il sera cité à l’ordre du jour.

LAHARRAGUE, Joseph (1824-1888)

Négociant et propriétaire.

Né à Bonloc (Basses-Pyrénées). Frère des deux précédents. Joseph ne fera d’abord que de courts séjours à Papeete. C’est son jeune frère Jean-Baptiste qui s’occupera surtout de la maison de Papeete. Il épouse cependant à Papeete, en 1865, Maria Carlotta de Los Santos, une jeune fille d’origine chilienne, née à Valparaiso le 3 novembre 1829. Joseph est élu en 1882, et réélu en 1884, conseiller colonial. Il est, vers la même époque, vice-président du Comité d’Agriculture et de Commerce. Les journaux de mars 1883 le montrent « revenant à Tahiti qu’il avait quitté il y a trois ans sans espoir de retour ». En fait, il meurt à Papeete, rue des Beaux-Arts, le 5 janvier 1888, dans une maison dont il était le propriétaire.

LAIDET, Pierre-Jacques (1819-1886)

Colon militaire.

Né en 1819 à Saint-Vincent-sur-Graon (Vendée). Arrive à Nuku Hiva le 28 octobre 1843, puis à Papeete le 4 novembre par la frégate Uranie comme matelot faisant partie de l’équipage. Prend part aux combats de Mahaena le 17 avril 1844, de Mahina le 29 juin 1844. Libéré du service le 15 mai 1847 comme colon militaire. En 1856 s’installe comme colon à Mahina, puis comme propriétaire à Papeuriri en 1858. Par la suite s’établit à Papeete. En 1879, il est employé aux Ponts et Chaussées comme piqueur, emploi qu’il garde jusqu’à sa mort, survenue le 3 février 1886. — De son union, en 1857, avec Ana a Teumere a Oopa († 1890) est né un fils Jean-Louis. Actuellement, Laidet ne semble plus avoir de descendants.

LAIGRET, Jacques (1919)

Médecin colonel des Troupes d’Outre-Mer.

Directeur de l’Institut de Recherches de la Polynésie française. Né le 13 novembre 1919 à Bordeaux (Gironde). Études à Tunis et à Paris. Entre en 1939 à l’École de Santé navale à Bordeaux. Études de médecine à la faculté de cette ville, entrecoupées par une participation à la Résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale. Docteur en médecine en 1945. Sera, en 1948 assistant des hôpitaux de la France d’Outre-Mer. Médecin-commandant des troupes d’Outre-Mer il est nommé directeur de l’Institut de Recherches médicales de la Polynésie française au titre de l’Office de la recherche scientifique et technique Outre-Mer (ORSTOM). Arrive à Papeete le 22 avril 1956 et y séjourne jusqu’à la fin de 1959. Après trois ans passés au Laos, il revient à Tahiti en décembre 1963 pour y reprendre les fonctions de directeur à l’Institut de Recherches médicales. Cet Institut, créé en 1949 grâce à des fonds apportés par un mécène américain ami de Tahiti William Albert Robinson, à des subventions de la Métropole et du Territoire et à l’aide scientifique de l’université de Californie, successivement dirigé par les Docteurs Milles, Heuls, Kerrest, Laigret, Massal, Laigret, consacre la plus grande part de ses activités à l’étude de la filariose lymphatique et de sa prophylaxie. Des enquêtes montrèrent que la grande majorité de la population indigène était touchée. Le quart des individus de plus de 30 ans était atteint chaque année de crises de lymphangite ; le tiers des personnes de plus de 50 ans exhibait un éléphantiasis ; 35 % de la population hébergeait des microfilaires sanguines. L’étude de la filariose a nécessité de très importantes recherches d’ordre épidémiologique, parasitologique, clinique et thérapeutique. Des résultats remarquables ont été obtenus grâce à l’obtention de la coopération confiante de la population. A l’heure actuelle, moins de 7 % des habitants présentent des microfilaires dans leur sang, les crises de lymphangite sont inconnues des jeunes, 1/10 seulement des gens de plus de cinquante ans est atteint d’éléphantiasis. L’Institut a pris également en charge la tuberculose. Il tente d’étudier et de mettre en pratique un programme de lutte simple et efficace et surtout adapté aux mœurs et à la sensibilité des Polynésiens. Une autre préoccupation de l’établissement est l’amélioration des conditions de vie du Tahitien en ce qui concerne particulièrement l’habitat et l’alimentation. Il faut signaler aussi les travaux concernant une endémo épidémie d’une curieuse maladie, la méningite à éosinophiles. D’autre part, devant le problème scientifique, médical et économique posé par le phénomène des poissons toxiques, il crée à l’Institut une section d’océanographie médicale, avec le Dr Bagnis. La lutte contre la tuberculose s’est développée en son absence, elle est à l’étroit dans des locaux inadaptés. Le budget territorial de l’Institut ne peut suivre le développement rapide de l’établissement. Le Dr Laigret prépare donc les plans et le financement d’un Centre de Lutte contre la Tuberculose, de nouveaux laboratoires, d’une bibliothèque. Il établit un projet de Service des Endémies qui doit être pris en charge par la Métropole et décharger d’autant l’Institut. Son séjour se termine en janvier 1967. Il remet alors la Direction de l’établissement au jeune médecin Tahitien Louis Malardé qui, atteint d’une maladie inexorable, meurt en 1967. Lui succèdent le Docteur J. Saugrain, puis le Dr Lagraulet. Durant cette période, le Docteur J. Laigret est Directeur de la Santé du Territoire des Comores, puis Chef de la mission médicale française au Sahara. A l’issue de deux années passées en Algérie, il se retrouve à l’Institut de Recherches médicales « Louis Malardé », en octobre 1972 pour la troisième fois. L’Institut s’est agrandi des locaux qu’il avait conçus en 1966. Le Service des Endémies fonctionne depuis 1968. Le Dr Laigret s’attache à rétablir le calme et à relancer en avant un établissement qui avait gravement pâti de dissensions diverses. Il recrute du personnel technique, complète l’équipement des laboratoires, relance sur le terrain les activités antifilariennes. Au bout de quelques mois, il est à même de s’intégrer à deux projets de recherches de la Commission du Pacifique Sud sur la dengue et l’ichtyosarcotoxisme, et à un projet avec le CNEXO. En avril 1973, il est demandé au Dr Laigret de prendre en charge, en plus de l’Institut Louis Malardé et du Service des Endémies, la Direction de la Santé Publique. Au cours de ses trois séjours, le Dr Laigret a publié de nombreux rapports, représenté le Territoire ou la Métropole dans divers Congrès et Séminaires. Le Dr Laigret est chevalier de la Légion d’honneur et croix de guerre des T.O.E. De son union à Papeete le 14 novembre 1959 avec Louise Thuret est né Jérôme Heimata le 22 décembre 1964.

LAKE, Charles H

Missionnaire mormon.

Arrive à Tahiti avec sa femme le 13 juillet 1906. Travaille à Amaru et Hao et connaît des difficultés « with the priesthood company of about 100 who where cut off from the church because of a tendency toward spiritualism. » « Certains passent des heures dans les bois priant pour recevoir le Saint-Esprit, d’autres prennent des bains prolongés pour le même motif. » Aida à la reconstruction de Tarona après le cyclone de février 1906. Commença le mur de Tarona. Meurt à Amaru, le 15 juin 1913 et est enterré dans un rahui de l’île.

LAMBERT, Joseph (1846-1883)

Propriétaire, entrepreneur de transports.

Né le 19 septembre 1846 à Doncourtaux-Templiers (Meuse). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete, le 24 juin 1868, de la frégate Néréide. Se fait libérer à Tahiti le 25 septembre 1873. Se fixe à Papeete, comme entrepreneur de « transport à longue distance et loueur de voitures en tous genres, pour mariages, pick-nick, promenades sentimentales et courses urgentes ». Il est chargé de l’éclairage de la ville de Papeete au temps des réverbères. Au cours d’un voyage qu’il effectue en France, vers 1883, en transitant par les États-Unis, il disparaît dans ce pays sans laisser de trace. Propriétaire rue de la Mission, actuellement rue Tepano-Jaussen et Nansoury. De son union, le 19 avril 1879 à Papeete, avec Anne-Marie Rabeau, veuve Pierre Amiot, 1844-1877, sont nés : Gabriel, 1878-1937, qui épouse Jeanne Gillet, 1879, le 2 juillet 1904 à Papeete : quatre enfants, dont Marie, Camille et Henri. — Marie, 1880. Est fixée à Bordeaux depuis sa jeunesse.

LAMOTTE, Bernard (1903)

Peintre.

Né à Paris, le 30 juillet 1903. Élève de L. Simon. A travaillé à Tahiti où il passe trois ans vers 1935 et où ses gouaches sont extrêmement appréciées. Expose à la galerie Allard, à Paris, en 1934, une centaine de gouaches et d’aquarelles. « Les divers types indigènes, hommes et femmes, naturels et métis l’ont particulièrement tenté ». La critique note : « force et vérité indéniables, beaucoup d’expression, rendus avec un accent qui ne trompe pas ». — Exposera aussi à New York en 1945 et 1947. — Signe dans le Temps du 28 sept. 1934 un article intitulé : En Polynésie. Choses vues. Voir sur lui H. Vollmer, Künstler Lexikon des XX. Jahrhunderts, t. 3, p. 161.

LAMOTTE, Joseph (1824-1891)

Cordonnier et propriétaire.

Né le 28 mars 1824 à Gy (Haute-Saône). Soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Débarque à Tahiti le 30 janvier 1852. Libéré du service, s’établit à Papeete comme cordonnier. Plus tard, tient un café en face du Trésor. Loueur de voitures et propriétaire à Pirae, en 1879 (Fautaua) où il meurt le 1er juin 1891. Il épouse en premières noces Marie Deniel, veuve Ricard († 1855). De son union, le 8 octobre 1856 à Papeete, avec Caroline Simonet, 1841-1906, est né : Charles, 1858-1880. Un enfant d’une liaison avec Tearere Uraurara Roometua, 1875-1917, épouse Césarine Buillard le 22 décembre 1892, à Papeete.

LANCIEN, Yves (1926)

Chef de bataillon d’infanterie de Marine.

Né le 18 janvier 1926 à Morlaix (Finistère). Accompagne à Tahiti en octobre 1957 le général-inspecteur des troupes d’Outre-Mer. En poste à Tahiti du 25 avril 1959 au 23 mai 1962. Outre les charges relatives à son commandement, est l’animateur des fêtes militaires dont les bénéfices servent à alimenter la caisse des œuvres sociales de la troupe. Organise chaque année le Rallye automobile de Tahiti. Prête le concours bénévole de l’armée à l’inauguration du premier carnaval de Tahiti en 1961 et aux œuvres de bienfaisances de la ville de Papeete. C’est sous son commandement, pour la première fois, que des éléments organisés de l’armée prennent contacts avec la population des archipels ; les contacts ont eu un succès certain pour le prestige de la France, créant un mouvement de sympathie et de meilleure compréhension entre la troupe et les habitants de ces îles éloignées du chef-lieu. Après un passage au Cabinet militaire du ministre Jacquinot en 1963-1964, au cours duquel il a l’occasion de s’intéresser efficacement au centre de La Roche-sur-Yon où les Calédoniens et les Tahitiens du contingent font des stages de formations techniques et professionnelles, le commandant Lancien revient à Tahiti en juin 1965 comme officier détaché pour l’information auprès du gouverneur.

LANDES, Paul († 1869)

Magistrat.

Nommé juge de paix des îles de la Société en 1853 en remplacement de Fergus. Arrive à Papeete en 1854. En plus de ses fonctions est nommé provisoirement chef du service des Affaires indigènes. Nommé notaire le 15 février 1860. Quitte Tahiti pour servir à la Guadeloupe. Meurt à Marie-Galante le 20 mai 1869. Premier notaire des Établissements Français d’Océanie.

LANDOLFE, François-Marie (1825-1883)

Amiral.

Né le 10 janvier 1825 à Louhans (Saône-et-Loire). Entre au service, à 16 ans, en 1841. Nommé aspirant le 1er septembre 1843. Promu contre-amiral le 1er juin 1880. Commandant la division navale du Pacifique, le 14 novembre 1882. Arrive à Papeete le 12 juillet 1883, ayant sa marque à bord du croiseur Montcalm. Y meurt le 19 octobre 1883. — Voir à son sujet le Journal Officiel du 26 octobre 1883.

LANGARA, Don Cayetano de

Officier de la marine royale d’Espagne.

Reçoit le commandement de l’Aguila, frégate espagnole, qui est chargée, en 1775, d’aller ravitailler les deux franciscains espagnols, les Pères Narciso Gonzalez et Geronimo Clota, laissés à Tahiti avec deux autres soldats pour évangéliser l’île. L’Aguila est également chargée de rapatrier le Tahitien Joseph Puhoro que le vice-roi réexpédie dans son île natale avec un matériel de menuiserie. L’Aguila quitte Lima le 27 septembre 1775. On est en vue de Tahiti le 30 octobre et on ancre le 3 novembre. Le 4, le capitaine Langara annonce son arrivée aux missionnaires et que leur ravitaillement les attend. Ceux-ci, découragés, demandent à regagner l’Amérique. Le capitaine accepte de les rapatrier et embarque le petit matériel, laissant juste la maison et le gros mobilier à Tautira. L’on appareille le 12 et on est à Callao le 17 février 1776. Le capitaine rapportait au vice-roi deux des médailles commémoratives du voyage de la Resolution et de l’Adventure portant la date de 1772 et recueillies par lui à Tahiti. — Tous les documents concernant ce voyage, traduits de l’espagnol, ont été recueillis par Corney. On les trouvera au tome II de son travail Quest and occupation of Tahiti by emissaries of Spain, p. 355-397.

LANGLOIS, Pierre (1825-1865)

Menuisier.

Né le 7 février 1825 à Pacy-sur-Eure (Eure). Soldat au 1er régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti en 1850. Se fait libérer du service à Papeete le 31 décembre 1853. A sa libération, est engagé comme ouvrier civil au service des Ponts et Chaussées. Vers 1860, il possède un atelier de menuiserie, dont il est le propriétaire et qu’il exploite, rue de la Cathédrale. Meurt à Papeete le 24 février 1865. — De son union, en 1857, avec Touarai à Papahuru sont nés : Françoise, 1851-1915, épouse Georges Brinckfield, le 4 septembre 1865 à Papeete. Quatre enfants sont nés de cette union. — Hélène, 1854-1919. — Rose, née en 1855. — Jules, 1857-1918, se marie avec Maria Terikei, 1861-1922 ; union sans postérité.

LANGOMAZINO, Eugène (1841)

Commissaire de la Marine.

Fils de Joseph. Né à Marseille en 1841. Arrive aux îles Marquises en 1852, avec son père, puis à Papeete en 1854. Débute à Tahiti dans le commissariat de la Marine, comme écrivain auxiliaire. Nommé écrivain le 11 mars 1867 ; aide-commissaire le 4 mai 1875. Quitte Tahiti en 1876. Sert dans plusieurs territoires. Meurt à Marseille comme commissaire de la Marine en retraite. Chevalier de la Légion d’honneur en 1889. Descendance, 111, boulevard Chave à Marseille (Bouches-du-Rhône).

LANGOMAZINO, Hégésippe (1844-1911)

Avocat.

Fils de Joseph Langomazino. Né à Toulon (Var) le 23 août 1844. Débarque avec ses parents aux îles Marquises en 1852, puis à Papeete en 1854. Débute dans le commissariat de la Marine comme écrivain auxiliaire, en 1862, en même temps que son frère Eugène. Écrivain titulaire le 1er juillet 1864. Nommé aide-commissaire le 22 mars 1869. Désigné pour la Nouvelle-Calédonie, quitte Tahiti le 11 janvier 1872. Démissionne en 1876 et revient à Papeete. Travaille avec son père, qui est avocat ; au décès de celui-ci, en 1885, prend sa succession. Propriétaire à Papeete et au district de Paea. Président de la Chambre de Commerce en 1884 ; Conseiller général en 1886, il est réélu en 1893. Sera conseiller municipal de Papeete et second adjoint au maire de 1890 à 1904, remplissant les fonctions de maire en 1903. Membre de la Chambre d’Agriculture en 1893, il est réélu plusieurs fois. Chevalier d’Académie et du Mérite agricole. Meurt à Papeete le 28 décembre 1911. De son union, le 10 juillet 1877, à Papeete, avec Berthe von Ewald, 1861-1950, fille unique de Mathilda Hunter, sont nés : Mathilde, 1878-1951, épouse Dick Röst, consul de Hollande à Saigon, sans enfants. — Louise, 1881-1884. — Marthe, 1883-1961, épouse le Dr Amédée Valleteau de Mouilliac († 1944) médecin de marine à Cherbourg : quatre enfants, Guy, capitaine de F. en retraite, vit à Paris ; France, médecin-colonel des troupes coloniales (R) : Jacqueline, épouse Georges Letellier, industriel au Havre, cinq enfants ; Philippe, directeur d’une clinique à Cherbourg. — Berthe-Maeva, 1885-1922, épouse Émile Hagné, deux enfants : Jean et Paule, qui épouse un Slotine et vit au Havre. — Marcel, 1885-1966, marié en Californie, y meurt sans postérité. — Maurice, 1890-1969, épouse en premières noces en 1914, Henriette Drollet, dont Léo, directeur des Travaux Publics municipaux. — Paul. 1899.

LANGOMAZINO, Joseph (1820-1885)

Avocat et propriétaire.

Né le 10 septembre 1820 à Saint-Tropez (Var) d’une famille d’origine génoise. Sa formation première est celle d’un ouvrier forgeron, mais il a le goût de la culture, et, infatigable travailleur, ouvre son esprit par des lectures et acquiert un ensemble de connaissances qui en font un intellectuel. Accepte, très jeune, les responsabilités d’un foyer et de la paternité. Se montre aussi précoce dans ses activités politiques et sociales. Préside, à Marseille, l’Athénée ouvrier ; rédige La Voix du Peuple et l’Indépendant des Alpes. Républicain, il complotte contre le Prince-Président et est arrêté à Digne, le 25 octobre 1850, dans l’affaire dite du « Complot de Lyon ». Est condamné le 28 août 1851 par le 2e Conseil de Guerre de Lyon à la déportation. Quitte la France, avec sa famille, ainsi que ses compagnons de peine Gent et Ode, par le transport de l’État Somme. Arrive à Valparaiso en avril 1852. Transféré sur la Moselle, quitte ce port pour débarquer à Nuku Hiva (îles Marquises) en juin 1852 avec ses compagnons. Détenu au Fort de Taiohae. Par faveur spéciale de l’empereur Napoléon III, sa peine est commuée en bannissement et il obtient de s’établir à Tahiti avec sa famille. Débarque à Papeete le 4 janvier 1854. « L’ouvrier retrouva le bras qui maniait le fer… Tantôt industriel, tantôt marchand et tantôt cultivateur. » Sa femme ouvre un débit qui est bientôt la cause d’un arrêté d’expulsion. Le gouverneur Saisset, lors du passage de la Novara, lui donne quarante-huit heures pour s’embarquer. Il part à Valparaiso, où il fait de la médecine sans diplômes, en attendant de pouvoir rentrer à Papeete sous le gouverneur de La Richerie. Langomazino change alors son fusil d’épaule. Sa femme ouvre un magasin de modes et fait partie de la conférence de Saint-Vincent-de-Paul. Lui, fréquente l’église et entre comme écrivain aux bureaux du Commissaire-commandant. Travailleur, intelligent, Langomazino va rapidement, dans cette jeune colonie, jouer un rôle en rapport avec ses capacités. Il s’occupe de l’imprimerie du gouvernement qu’il réorganise et dont il devient le directeur le 5 novembre 1862. C’est désormais un notable. En l’absence de tout avocat à Papeete, c’est lui qui est chargé de parler au nom de la partie civile, en mars 1863, dans la triste Affaire du brig péruvien Mercedes A. de Wholey (Papeete, 1863, 28 p.) dont le capitaine était accusé d’avoir fait aux Tuamotu un recrutement pour les mines du Pérou, qui ressemblait étrangement à de la traite. Ayant prouvé là ses compétences juridiques, le 23 octobre 1863, il est nommé juge-assesseur au tribunal de première instance et aussi suppléant tribunal criminel. En octobre 1864, il remplit p. i. les fonctions de juge d’instruction. On le voit, en décembre 1867, juge impérial, président de la Haute Cour tahitienne. Dès 1858 il s’était préoccupé de doter la colonie d’un recueil de textes administratifs et législatifs. L’ouvrage sort en 1867. Il est intitulé : Codification des actes du Gouvernement local de 1842 à 1867 (Papeete, 445 p.) et est toujours en usage dans les services administratifs. Lors de la réorganisation des tribunaux, en 1870, n’étant pas licencié en droit, il donne sa démission pour ouvrir, à Papeete, une étude d’avocat-défenseur. Langomazino apportera le concours de son expérience au Comité central d’Agriculture et de Commerce (1872), à la Commission de réorganisation administrative (1876) ; il sera tour à tour membre suppléant (1876), titulaire (1879) ou élu (1881) du Conseil d’administration de la colonie. Il fait également partie du Comité supérieur de l’Instruction publique (1877). Ses goûts de terrien s’étaient exercés sur une propriété qu’il possédait à Paea. — C’était un caractère « amoureux de la liberté au point de lui sacrifier la sienne, a-t-on pu écrire de lui, il ne pouvait assister impassible aux actes violents et arbitraires dont ce pays a été le théâtre. Et il eut, par deux fois, les honneurs d’un arrêté d’expulsion » écrit-on. Ainsi, Langomazino sera-t-il une des nombreuses victimes du gouverneur de La Roncière qui le révoquera en juin 1868 (affaire Laval et affaire d’Atimaono) et l’expulsera voyant en lui « l’agent d’affaire de toutes les causes véreuses, le souteneur de tous les procès que les magistrats jugent en détournant la tête ». Cette expulsion obligera Langomazino à « liquider brusquement d’une manière désastreuse les affaires commerciales de sa femme » (lettre au ministre, 20 juillet 1868). Il ira de nouveau vivre un temps à Valparaiso. Langomazino était un méridional à la parole vive et aisée, et, pour les clients pauvres, un défenseur souvent bénévole. Il mourut à Papeete le lundi 26 janvier 1885. Le discours prononcé sur sa tombe par le conseiller Holozet a été publié dans l’Océanie Française du 27 janvier. Le Journal Officiel du 29 janvier 1885, p. 24-28 ainsi que les numéros 109 et 110 du Messager de Tahiti ont consacré des pages d’hommage à la mémoire de Joseph Langomazino. De son union, le 29 mai 1839, en France, avec Fortunée Guiol, décédée à Marseille le 15 janvier 1886 lors de l’épidémie de choléra, naquirent : Marie (1840-1886), épouse François Toucas, maréchal des logis chef de gendarmerie le 11 décembre 1866 à Papeete : un enfant, Émile, décédé à Marseille le 17 janvier 1886 en même temps que sa mère et sa grand-mère. — Eugène. — Hégésippe.

LANGOMAZINO, Paul (1899)

Fonctionnaire.

Né le 8 septembre 1899 à Papeete. Au cours de la première guerre mondiale, s’engage en 1917 dans l’armée américaine, aventure qui le conduira jusqu’à Vladivostok. Rentre à Tahiti en 1923. Sert dans la police jusqu’en 1937. Volontaire au groupe mobile de défense de Sénac en mai 1940, il y sert un mois avant d’entrer, le 25 juin, dans la Légion Valmy où il restera attaché comme chef de groupe jusqu’au 1 août 1945. La Légion sert d’abord — nov. 1940 à juin 1941 — de garde personnelle au gouverneur Richard Brunot puis deviendra en fait la police de Papeete sous le règne du Gouverneur Orselli. Elle sera successivement commandée par le Lt Valentin Guy, le Lt Georges Lang puis par le capitaine Doucet. Les Valmy portent un calot de forme américaine à liséré rouge. Un tailleur chinois de la ville leur a réalisé un uniforme de grosse toile bleue à passepoil rouge, avec la croix de Lorraine rouge sur le bras gauche. Ils sont casernés dans des bâtiments, aujourd’hui disparus, dans la cour de l’Hôtel du Cdt de la Marine. Ils touchent 45 F par jour ; font l’exercice tous les matins et vont au tir le samedi. L’unité compte 80 hommes encadrés par quelques sous-officiers. Au temps de l’occupation américaine, deux escouades seront envoyées à Bora-Bora sous le commandement d’Olivier Chavez pour représenter la police française devant les M.P. des USA Forces. Les Valmy de Bora Bora connaîtront de beaux jours grâce au commerce du whisky et des cigarettes des stores de la Navy ! La Légion comptera même une section féminine de 12 membres dont les occupations sont surtout bureaucratiques. Elle était placée sous la direction d’Anna Lagarde. Paul Langomazino créera en 1965 une amicale des anciens de la Légion Valmy chargée de maintenir la cohésion du groupement. La Légion retrouvera une heure d’activité et de gloire pour recevoir, en 1966, à Papeete, le Général de Gaulle en visite à Tahiti comme président de la République. Épouse en 1936 Maria Cabral, 1910. Deux enfants d’une première union : Marcel, 1930, travaille aux finances, épouse Joséphine Tumahai, 4 enfants et Carmelita, 1931, mariée, 8 enfants.

LANTEIRÈS, Claude (1838-1899)

Brasseur.

Né le 26 janvier 1838 à Lyon. Débarque à Tahiti, le 25 novembre 1875, du Paloma venant de San Francisco. S’établit comme peintre en bâtiment. Quelques années après on le trouve brasseur et fabricant d’eau gazeuse. Propriétaire rue Dumont-d’Urville, au quartier Orovini. Très bon musicien, il prend en mains la fanfare locale dont il est nommé le chef le 1 octobre 1878. Garde la direction de cette association durant de longues années, à la satisfaction des habitants de Papeete, auxquels il donnait deux concerts dans le mois. Meurt le 21 décembre 1899 à Papeete. De son union, le 16 avril 1876 à Papeete, avec Amélia Roau († 1918), sont nés : Françoise, 1877-1918, épouse Louis Estall le 31 octobre 1895, à Papeete ; un fils, Louis, qui fait campagne en France de 1914 à 1918, cité à l’ordre du jour. — Jean, 1878. Instituteur en retraite. Épouse, le 8 juin 1905, à Papara, Matahiapo à Taumi ; sept enfants, dont Étienne, engagé dans les Forces Françaises Libres, qui fait toutes les campagnes d’Afrique avec le bataillon du Pacifique. — Eugénie, 1880-1919. Épouse le gendarme Auguste Hugon le 29 août 1896, à Papeete. Huit enfants dont Claude, caporal-chef au bataillon du Pacifique. Fait toutes les campagnes de la France Libre de 1941 à 1945, blessé, cité quatre fois, dont une citation à l’ordre de l’Armée américaine, ce qui lui vaut la Silver Medal. Médaille militaire, croix de guerre. Son frère Émile participe à la Seconde Guerre mondiale et est fait prisonnier en 1940. — Jeanne, 1882-1952, épouse le gendarme Anatole Martin, le 9 août 1898, à Papeete ; trois enfants dont Jean, qui fait la campagne de France, où il est fait prisonnier.

LANTEIRÈS, Jean (1878-1966)

Fils de Claude.

Instituteur et musicien. Né à Papeete le 27 décembre 1878. Tour à tour instituteur à la Papenoo, à Atuana, à Papara, à Papeete, à Moorea, il va ensuite travailler pour les Phosphates à Makatea. Partout où il passe il s’occupe de chant, tenant de son père des talents de musicien et de compositeur. Il a été ainsi mêlé à de nombreuses amuiraa qu’il animait. Il fut longtemps chef de la fanfare de Papeete. Compositeur, parolier et interprète, on lui doit les chants pour le retour des volontaires de 14-18, et en 1945. D’aucuns pensent qu’il donna toute sa mesure, en 1958, lors de la visite de Mgr Romolo Carboni, Délégué Apostolioue, venu visiter le Vicariat de Tahiti. A cette occasion, il composa un chant polyphonique qui, chanté avec foi par un fort groupe de plusieurs amuiraa réunies, fut hautement apprécié et qui est resté dans les mémoires. Il est mort à Paea le 26 février 1966.

LAPORTE, Pierre (1921)

Religieux picpucien.

Né le 6 octobre 1921 à Vimenet (Aveyron). Profès dans la congrégation le 8 septembre 1939. Ordonné prêtre le 10 décembre 1944. Après un séjour en Chine, arrive à Tahiti en 1952. S’y manifeste par son dynamisme et son activité comme vicaire à la cathédrale. S’occupe principalement de la communauté chinoise de Papeete. Nommé curé de Sainte-Thérèse en février 1959. Passe à Faaa en 1973. Chargé en outre des questions de presse, il modernise le vieux Semeur, organe de la mission, dont il fait le Semeur tahitien qui paraît en offset sur les machines qui viennent d’arriver chez Ph. Peaucellier, et, à La Dépêche, et dont le tirage en 1973 atteint 1 000 exemplaires. Lance la salle dite de l’OPEL.

LARGETEAU, René (1853-1899)

Fonctionnaire.

Né le 12 novembre 1853 à Galagon (Gironde). Arrive à Tahiti le 27 décembre 1879, par le navire américain Percy Edward, venant de San Francisco. S’installe à Papeete où il débute dans le commerce, puis entre dans l’administration locale, comme commis-greffier ; passe à l’hôpital militaire pour remplir les fonctions de commis aux vivres. Donne sa démission en 1882, et devient secrétaire de Me Lipman, avocat-défenseur. Rentre dans l’administration en 1886 comme commis au service des Contributions. Quitte Tahiti avec sa famille, pour continuer sa carrière au Sénégal, par le Galilée, le 15 janvier 1895. Meurt en France en 1899. De son union, le 3 février 1887 à Faaa, avec Amélie Liais, 1871-1922, sont nés : Auguste, 1890-1959, épouse en 1917 à Rikitea (Gambier) Marie Labeyi : trois enfants. — Émile, 1893-1943, se marie, le 11 novembre 1916, à Nouméa, avec Lucie Mourin : deux enfants. — Gaston, soldat au 5e colonial, tué à l’ennemi au cours de la Seconde Guerre mondiale.

LA RONCIÈRE, Comte Émile de (1803-1874)

Officier et fonctionnaire.

Né à Bréda, le 23 octobre 1803. Engagé volontaire en 1821, il est nommé sous-lieutenant de cavalerie en 1826. « Très bambocheur », il sera changé plusieurs fois de régiment par mesure disciplinaire, à la suite de « scènes scabreuses », de son inconduite scandaleuse, de frasques retentissantes et de dettes. A Saumur en 1834, toujours sous-lieutenant, il est impliqué dans une affaire de lettres anonymes compliquée de tentative de viol sur la personne d’une demoiselle Marie de Morell, fille du général commandant l’École et condamné par la cour d’assise de la Seine, le 4 juillet 1835, à dix ans de réclusion sans exposition, à la suite d’un procès célèbre demeuré comme le type même de l’erreur juridique. Oie blanche hystérique et amoureuse déçue, Mlle de Morell était l’auteur des lettres anonymes, mais la vérité était trop compromettante pour la nièce du maréchal Soult, alors tout-puissant, d’où cette condamnation équivoque. Stendhal l’avait bien senti : « De La Roncière s’est conduit comme un arsouille. C’était une raison pour ne pas le voir, non pour le mettre dix ans en prison. » Il subit sa peine à Melun et à Clairvaux et en obtiendra remise de Louis-Philippe, en 1843. Sera réhabilité le 16 mars 1849. Commandant de la garde nationale. A la proclamation de l’Empire, accepte, en 1853, le poste d’Inspecteur de la colonisation en Algérie. En 1859, chef des services coloniaux à Chandernagor, puis à Saint-Pierre et Miquelon. De là, il est nommé par Napoléon III, commissaire impérial et gouverneur des Établissements Français de l’Océanie, poste qu’il occupera du 11 octobre 1864 au 5 juin 1869. Il touchera un traitement de 15 000 F auquel s’ajoutait 10 000 F de frais de représentation. Caractère entier et autoritaire, fantasque, susceptible, tatillon et outrancier, soumis à des brusques revirements et à des mouvements impulsifs, La Roncière sera à Tahiti le type parfait du fonctionnaire « à histoires » et ses quatre ans et huit mois de gouvernement ne seront qu’une succession de procès, d’enquêtes, de révocations, de suspensions et d’expulsions de fonctionnaires. Son conflit avec le Père Laval et la mission des Gambier demeure symptomatique de sa façon d’agir. Le Père Laval, missionnaire fort autoritaire, ne laissait pas les filles de ses écoles « aller aux bateaux » et s’opposait à ce que, après la plonge, les commerçants ne payassent en « monnaie de singe » leurs nacres aux indigènes : deux raisons qui le faisaient fort mal voir des visiteurs et des commerçants. Sur la plainte de deux d’entre eux, sur le bord de la faillite, les sieurs Pignon et Dupuy — l’oncle et le neveu — qui se prétendaient lésés dans leurs affaires, la régente Marie Eutokia fut condamnée, en avril 1864, à payer 160 000 F de dommages et intérêts. A travers elle c’était la mission, jugée despotique et affairiste, que voulait atteindre M. de La Richerie. Le gouverneur de La Roncière visitera les Gambier en septembre 1865 et, au lieu d’arranger les affaires, contraindra la Reine à payer son amende. Les missionnaires des Gambier eurent en lui un adversaire acharné. Dans ses rapports au Ministre, il leur imputait la passion du lucre — « les missionnaires des Gambier, avant tout, sont commerçants ». Il parlait de « leur haute tyrannie poussée parfois jusqu’au suprême ridicule » ; se demandait : « Combien de ses Manga-réviens se noyaient en voulant se sauver d’un pays si sauvageusement religieux ? » ; assurait : « la régente n’est qu’un mannequin que la mission manœuvre… » Placés là par de La Roncière, plusieurs résidents provisoires — Laurencin, Caillet, Hippolyte — allaient se succéder aux Gambier dont le but avoué était de faire partir le Père Laval afin de « rétablir les fêtes païennes » et de pouvoir « courir après les filles et s’amuser comme à Tahiti ». Leurs rapports et la correspondance du gouverneur servirent de base aux fausses accusations du député de Kératry qui, à Paris, interpella le gouvernement, le 11 mars 1870, et obtint le départ du Père Laval. Sur un autre plan, de La Roncière créera les pires ennuis aux Frères de Ploërmel venus sur la demande du Ministère comme enseignants à Papeete et il faudra toute la ténacité du Frère Alpert Ropert pour résister aux tentatives faites par le gouverneur afin de régenter à la fois l’école et les Frères qui en étaient chargés. Ayant donné tout son appui à la plantation de coton d’Atimaono, de La Roncière interférera mal à propos dans des affaires de justice lors de la faillite de la Société, révoquant le juge Langomazino, suspendant et expulsant l’ordonnateur Boyer. Devant ces maladresses et les dossiers de protestations qui s’accumulaient à Paris, finalement de La Roncière est révoqué et rappelé à Paris où il arrive le 25 novembre 1869. Il demandera la constitution d’une commission d’enquête ; mais une fois celle-ci nommée, il la récusera, comme constituée de personnalités devant « automatiquement » donner raison au gouvernement. Cette commission, dont les dossiers et les enquêtes sont conservés se réunira néanmoins. La guerre de 1870 et le siège de Paris feront bientôt penser à des questions nationales plus importantes. En Océanie, l’amiral Cloué avait été chargé d’une enquête et « de prendre les mesures pour rétablir l’ordre légal et assurer par tous les moyens le départ immédiat de La Roncière qui n’avait plus la confiance de l’Empereur ». En août 1870 il est admis à faire valoir ses droits à la retraite. De La Roncière faisait ainsi présenter le bilan de son administration à Tahiti : « La douane et les octrois abolis, … le port déclaré franc, … toutes les rivières et torrents garnis de ponts, … l’établissement d’un Conseil général votant ses dépenses en toute liberté, … le cinquième du budget consacré à l’instruction… » Il ajoutait même : « Vous ne trouveriez pas, dans toute l’île, un enfant de dix ans qui ne sache lire ou écrire ! » De La Roncière était persuadé, il l’écrivait au Ministre, d’« avoir fait faire au pays, en quatre ans, plus de progrès que tous ses prédécesseurs réunis. On pense rêver devant pareille inconscience. Il mourut à Paris en 1874.

Bibliographie. La littérature sur l’« affaire de La Roncière » est fort abondante. L’ouvrage le plus au point est celui d’un avocat : Gaston Delayen, L’inavouable secret du lieutenant de La Roncière (Paris, Albin Michel, 1925, 314 p.) qui donne un récit très clair et précis de la cause, et montre la réalité des faits d’après les confidences de l’inculpé. Paru trente ans plus tôt, le travail de Maurice Talmeyer, La ténébreuse affaire de La Roncière, est sérieux, mais plus diffus et sans la vue exacte des faits réels. Voir aussi : S. Arnoulin, L’affaire La Roncière, une erreur judiciaire en 1875 (Paris, 1899). On trouvera dans le Messager de Tahiti divers documents officiels, fort intéressants, concernant l’administration du commandant de La Roncière : Discours du Commandant-Commissaire impérial, en Conseil, sur la situation du pays à la fin de 1866 (Messager de Tahiti, 15 janvier 1867, n° 3, 5 p., sur deux colonnes). — Rapport du Commandant-Commissaire impérial, en Conseil, sur la situation du pays à la fin de 1868, séance du 28 décembre 1868 (Messager de Tahiti, samedi 2 janvier 1869), etc. Les affaires de La Roncière suscitèrent une assez volumineuse littérature. En faveur de La Roncière, voir : Louis Jacolliot, La vérité sur Tahiti. Affaire de La Roncière (Paris, Bruxelles, 1869). Eugène Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, p. 405-437, plus nuancé, pense que le Père Laval commerçait et tyrannisait les gens des Gambier. Le Rapport d’enquête officiel, signé du commandant de La Motte-Rouge (1871), lave la mission de toute imputation de commerce. Enfin l’historien Georges Goyau, dans une étude très bien informée, a mis au point la question, faisant les diverses remarques qui s’imposent : Le premier demi-siècle de l’apostolat des Picpuciens aux îles Gambier, article d’abord publié dans la Revue d’Histoire des Missions (décembre 1927), puis repris en plaquette, avec des notes complémentaires du Père Ildefonse Alazard (Braine-le-Comte, 1928, 64 p., ill.). Les archives du ministère de la France d’Outre-Mer conservent de nombreux cartons contenant les dossiers des diverses affaires de La Roncière et les « Mémoires » rédigés par ses victimes.

LARSEN, John (1867-1945)

Patron au bornage.

Né le 9 septembre 1867 à Ejsta, Gotland (Suède). Faisant partie de l’équipage d’un navire en escale à Papeete vers 1890, l’aspect du pays lui plaisant, il demeure à Tahiti. Marin expérimenté et sérieux, il trouve facilement des embarquements dans la flottille locale. Le 23 août 1901, il obtient la nationalité française. En 1904, il est reçu patron au bornage. A partir de cette époque, il commandera des goélettes locales. En 1937, il abandonne la navigation et se retire dans une petite propriété sur laquelle il possède une maison, rue des Écoles, où il meurt célibataire, le 21 décembre 1945 « estimé et regretté des armateurs de la place ».

LASALLE-SÉRÉ, Robert (1898-1958)

Sénateur.

Né à Salies-de-Béarn (Basses-Pyrénées), le 26 novembre 1898. Après une carrière militaire, passe dans le cadre des inspecteurs des Colonies en 1930. Inspecteur général des Colonies, il est chargé d’une mission à Tahiti de mars 1947 à mars 1948. Il eut ainsi l’occasion d’inspecter tous les services administratifs et techniques du Territoire et de se familiariser avec les problèmes locaux dans les domaines politique, économique, financier, social et administratif. Il avait été auparavant chargé de représenter la France lors de la création de la Commission du Pacifique Sud dont le siège sera fixé, sur ses instances, à Nouméa. En 1948, étant à Sydney, il est appelé par le Ministre à se rendre de nouveau en mission à Tahiti. C’est alors qu’il aida l’administration locale à réaliser les réformes fiscales et douanières dont il avait conçu les grandes lignes au cours de sa précédente mission. Élu sénateur de l’Océanie française à la suite d’une élection partielle (scrutin du 29 mai 1949) par neuf voix contre huit à M. Weil-Cureil. Son mandat prit fin le 2 juin 1952. Il ne s’est pas représenté. Décédé accidentellement au Val-de-Grâce, le 10 mai 1958.

LASSERRE, Marcel (1908)

Ingénieur.

Né à Dax (Landes) le 15 janvier 1908. Diplômé de l’École des Travaux Publics en 1928. Arrive en touriste à Tahiti en 1938, appelé par sa sœur Winkelströter pour une installation hydroélectrique à Moorea. Y est encore au moment de la guerre, lors des événements de septembre 1940. Mobilisé, il est chargé du parc automobile militaire. S’installe plus que modestement à Papeete où ses dons de mécanicien sont appréciés dans une période de pénurie. Il maintient en état les projecteurs cinématographiques du circuit de Tony Bambridge qui lui trouve un emplacement en ville où il installe un garage. Devenu en 1947 le concessionnaire de la firme Citroën, il réunit un certain nombre de terrains et y installe ce qui deviendra, en 1970, la société anonyme des Établissements Industriels Marcel Lasserre en bordure de l’avenue Georges-Clemenceau. Possédant son brevet de pilote civil depuis 1934 — il a construit en France un « Pou du Ciel » — Marcel Lasserre s’intéressera au développement de l’aviation dans le Territoire. Avec le Dr Tourneux, Jean Arbelot, Ch. Hollande, M. Durruthy, il fonde, en 1948, l’Aéro-Club d’Océanie qui fait, en octobre 1950, l’acquisition d’un petit hydravion biplace sur flotteurs Aeronca baptisé Vini: puis cette équipe va tenter de mettre sur pied la première Compagnie Aérienne locale dont Marcel Lasserre sera le directeur. Le pilote J. Pommier, avec Ch. Hollande, va tenter une liaison avec Aitutaki en 1950 pour assurer le courrier. Liaisons de pionniers exécutées avec entrain et brio, bien que dans des conditions dérisoires de sécurité au moyen d’un petit amphibie Gruman Widgeon. On établit également les liaisons régulières avec les îles Sous-le-Vent. Cet appareil s’avérant insuffisant le Territoire fait l’acquisition du Grumman Mallard personnel d’Henry Ford qui permet la prospection, l’établissement et le balisage des plans d’eau dans les Tuamotu, créant ainsi un premier réseau de liaisons inter-insulaires. En outre, en 1951 et 1952, onze liaisons de transport public et de courrier ont été opérées avec Aitutaki. En 1953, la preuve ayant été ainsi faite de la viabilité d’une compagnie aérienne locale, la Société Air-Tahiti est évincé par le Territoire qui prend la responsabilité de l’exploitation sous le nom de Régie Aérienne Interinsulaire (R.A.I.) qui deviendra ensuite le Réseau Aérien interinsulaire, puis Air-Polynésie. Le « Vini » de l’Aéro-Club est mis hors de service dans un accident, en juillet 1952, ce qui met fin à l’activité de ce groupement. En 1963, avec J. Gillot, Marcel Lasserre relance l’Aéro-Club sous le nom d’Aéro-Club de Tahiti dont il est nommé président. Le premier Piper-Cub dont J. Gillot avait fait l’acquisition en Amérique ayant été refusé par le Bureau Véritas, Marcel Lasserre achète le Super-Cub d’André Japy et le met à la disposition de l’Aéro-Club. Puis ce dernier, grâce à un emprunt à la Caisse Agricole, fait l’acquisition de son premier Jodel, puis ensuite de plusieurs autres. En 1973, l’Aéro-Club de Tahiti, qui rassemble environ 140 membres a joué son rôle en maintenant une école de pilotage qui a permis à tous ses membres d’apprendre à voler ou à perfectionner leur formation. — Marcel Lasserre est conseiller technique de la Mairie de Papeete. C’est un des hommes les plus qualifiés du Territoire en différentes activités et pour toutes les questions techniques concernant les travaux de Génie Civil et hydrauliques, mécanique et électromécanique, radiographie, pour lesquels il est souvent consulté.

LATOUR DE CLAMOUZE, comte Alphonse de (Frère Urbain). 1794-1868

Frère coadjuteur de la congrégation des Sacrés-Cœurs de Picpus.

Né le 7 octobre 1794 à Meyrueis (Lozère) d’une famille noble ruinée par la Révolution. Son père est percepteur à Florac. Élevé par les Pères des Sacrés-Cœurs à Mende, il rentre dans la congrégation, mais n’y fera jamais de vœux, restant dans la classe « des frères donnés ». Enseigna à Mende. Mgr Rouchouze de passage en France l’entraîne avec lui. Il part aux Gambier en 1835 et y arrive, par la Delphine, avec l’évêque, le 9 mai 1835. Instruit, organisateur, habile de ses mains, totalement dévoué à la mission, le Frère Urbain lui rendra de grands services. Il établira des ateliers de filature, de tissage et de confection ; apprendra aux femmes à tricoter. Aidera les Frères Gilbert Soulié, Fabien Costes et M. Henry dans leurs importants travaux de construction. Il a apporté une « presse lithographique » dit un document contemporain. Une lettre du Père Laval dit même « typographique ». « M. Urbain s’est mis à l’œuvre, il a disposé son imprimerie, aidé de deux jeunes indigènes. Il débute par un petit in-8° qui renfermera, outre la doctrine chrétienne, les prières de la messe, les vêpres et les complies. Malheureusement nous n’avons que très peu de papier. Et je ne sais comment nous pourrons nous procurer celui qui nous sera nécessaire. » Mais c’est surtout comme enseignant que le Frère Urbain rend les plus signalés services. Il a installé à Aukena une école « dont le but principal était de former des instituteurs, des catéchistes et surtout des prêtres. Ces enfants, du moins les plus intelligents, devaient par conséquent étudier le latin et les parties les plus importantes de notre enseignement secondaire… Ces enfants s’entretenaient toujours en français entre eux… leurs phrases ne sont pas toujours irréprochables… mais la prononciation est excellente… vous ne sauriez croire combien il a fallu d’efforts et de patience à M. de la Tour pour en arriver là (mai 1851) ». Le Frère Henry faisait aussi fonctions de médecin et d’infirmier. C’était un homme cultivé et curieux. Dès 1838 il avait remis à Dumont d’Urville une « petite collection de coquillages » et un « vocabulaire assez complet de 700 ou 800 mots très précieux pour mes études de philologie océanienne ». Il mourut impotent à Mangareva, le 2 août 1868. Les indigènes disaient : Ko tura anake : La Tour n’a jamais eu son semblable ! Il est enterré sous une inscription latine dans l’église Saint-Michel de Rikitea.

Bibliographie. L’auxiliaire de la mission de Gambier ou M. de La Tour de Clamouze (Annales de la Congrégation des Sacrés-Cœurs, t. 6, Paris, 1880, p. 385-397, 497-509). — Notice au sujet du comte Alphonse de Latour de Clamouze, en religion Frère Urbain, coadjuteur « donné » de la Congrégation des Sacrés-Cœurs, Mende, 1897, 25 p., 22 cm. Notice d’abord parue dans la Semaine Religieuse de Mende. P.A. Lesson, Voyage aux îles Mangareva, Rochefort, 1845, a laissé, p. 28 et sv. un amusant portrait de M. de Latour « linguiste, imprimeur, botaniste et lanceur de montgolfières ». Voir également H. Laval, Histoire de Mangareva. Ère chrétienne, 1966.

LAUMONT, Antoine (1838-1883)

Propriétaire.

Né le 21 décembre 1838 à Beaulière (Corrèze). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Tahiti le 5 août 1861, de la frégate Isis. Se fait libérer le 31 décembre 1865 à Papeete. Infirmier à l’hôpital en 1866, major en 1870. Quitte son emploi pour se livrer à la culture et l’élevage, étant devenu propriétaire au district de Faaa. Meurt à Papeete le 4 août 1883.

LAURENT, Alexandre (1830-1866)

Écrivain de la Marine.

Né le 24 décembre 1830 à Brest (Finistère). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete en 1859. Libéré du service à Tahiti en 1862. Débute dans l’administration de la Marine comme écrivain auxiliaire ; titulaire en 1864. Meurt le 6 août 1866 à Papeete. De son union, le 22 août 1863, à Papeete, avec Raihoa Lucas — qui, veuve, se remarie à Edmond Liais — sont nés : Joseph, 1864-1865 et Edmond, 1866-1908, géomètre, épouse, en 1908, à Papeete, Tetuaihtiaa Ahutoru : cinq enfants.

LAVAL, Louis (le Père Honoré). 1808-1880

Religieux de la congrégation des Sacrés-Cœurs.

Né le 7 février 1808 à Saint-Léger (Eure-et-Loir). Profès dans la congrégation le 30 décembre 1825. Prêtre en 1833, reçoit la même année son obéissance pour l’Océanie. Quitte la France le 22 novembre. Accompagnant le Père Caret et le catéchiste Columban Murphy, venant de Valparaiso, débarque à Akamaru, îles Gambier, le 7 août 1834, de la goélette péruvienne Peruana. « Leur bagage était mince : un habit laïc, une soutane, deux paires de souliers, six paires de bas, des mouchoirs et des serviettes voilà pour le missionnaire. Un ornement complet avec vases sacrés ; soixante bouteilles de vin pour la messe : voilà pour les besoins du culte. Une caisse de sucre, des biscuits, un baril de viande salée, un sac de haricots, voilà pour les provisions de bouche. Enfin le Frère Columban emportait une caisse d’outils » (G. Goyau). A la fin de 1836, le Père Laval en compagnie du Père Carret (voir à ce nom) est envoyé à Tahiti par Mgr Rouchouze pour tenter d’y installer une mission. Expulsés, ils sont de retour à Mangareva le 31 décembre ; cette expulsion est à l’origine de l’intervention de la France en Polynésie. Le Père Laval s’absentera à nouveau des Gambier de 1849 à 1851, envoyé en compagnie du Père Clair Fouqué par Mgr Jaussen aux îles Tuamotu qui n’avaient encore été touchées que par les Mormons, pour aller y installer une mission catholique. Le 19 avril 1849 il part à bord de l’Alcmène pour Faaite. Il passera ensuite à Fakarava — les registres signalent ses premiers baptêmes le 21 août 1849 — et à Anaa — ses premiers baptêmes avec Mgr T. Jaussen le 24 août 1851, — avant de regagner les Gambier. Cuzent, qui l’a rencontré en juin 1858, le décrit ainsi : « Agé de cinquante-deux ans, de moyenne taille, le Père Laval était légèrement obèse ; son visage criblé par la variole était arrondi. Son nez aplati supportait des conserves bleues, derrière lesquelles s’abritaient d’excellents petits yeux ronds, noirs, vifs et d’une grande mobilité. Nous adressait-il la parole, il inclinait ses regards vers la terre ; il avait une voix voilée et nazillarde. En parlant, il se frottait les mains l’une dans l’autre. Venait-on à l’interroger, il fermait un instant les yeux comme pour se recueillir, toussait deux ou trois fois avant de répondre. » La christianisation des Gambier avait été rapide et spectaculaire. En quelques années la vieille civilisation polynésienne, amenée quelques siècles auparavant par des navigateurs venus de l’Ouest, avait cessé d’exister. La discipline rigoureuse d’une cité chrétienne avait succédé aux rites païens. Les missionnaires avaient fortement marqué de leur empreinte les articles du code mangarévien. Mais cette réglementation détaillée des métiers et des mœurs, cette barrière constante opposée par les lois à la tentation de pécher ou aux occasions de péché, tout cela paraissait paradoxal à certains voyageurs ou matelots venus d’Europe ou de Tahiti. « Pourquoi voulez-vous que nous n’ayons pas détesté le Père Laval, dira un jour M. Cardella à Mgr Hermel ? A peine notre navire était-il en vue que le Père se mettait à faire sonner les cloches pour faire rentrer les filles chez elles. » Aussi bien aux alentours de 1860 toute une campagne s’organisait à Tahiti contre le despotisme du Père Laval, le régime théocratique de cet archipel, le commerce dont on accusait les missionnaires d’être les agents ; d’où les incidents Dupuy et Pignon, envenimés par les réactions des gouverneurs de La Richerie et de La Roncière (voir sa notice) et l’indemnité à laquelle est condamnée, en 1861 et 1864, la reine Marie Eutokio. On considérait en haut lieu que la Reine n’était qu’un « mannequin » entre les mains du Père Laval. Longtemps, le Père Laval, l’homme de la mission, fut intangible. L’hostilité que lui avaient vouée les fonctionnaires du Second Empire n’avait pu avoir prise sur l’esprit de la population mangarévienne. Laval était aimé de tout le monde. « Ses pieds étaient enracinés dans le sol de l’île comme la racine des cocotiers. » Mais finalement une polémique publique s’ensuivit. Le juge Louis Jacolliot écrivit La vérité sur l’affaire de Tahiti (1869) où il menait l’attaque contre Laval avec une virulence égale à sa mauvaise foi. Le capitaine de frégate Gardarein-Freytet lui répondait sous le pseudonyme de Jean-Paul Chopart : Les îles Gambier et la brochure de M. Jacolliot (1870), détruisant les allégations fantaisistes du juge tahitien. Simultanément l’opinion parlementaire fut saisie. A Paris, le comte de Kératry interpellait. Une enquête fut effectuée en février 1871 aux Gambier par le commandant de La Motte-Rouge. Elle lavait complètement la mission de toute accusation de négoce et d’esprit de lucre, mais concluait qu’il était nécessaire « de faire partir le Père Laval, et que le plus tôt serait le mieux… Esprit dominateur, caractère emporté, isolé du monde, entraîné par des idées religieuses exagérées cet homme veut à tout prix sauver des âmes, et pour cela tous les moyens lui sont bons ». Pour le bien de la paix, Mgr Jaussen éloigna le Père Laval qui, le 4 avril 1871, sur la goélette Femaoroiata prenait la route de Tahiti, où il arrivait le 23. Il lui maintenait son titre de provicaire, auquel s’ajoutait bientôt celui de vice-provincial « en vue de relever aux yeux des populations… ce premier apôtre de notre mission, notre doyen d’âge, notre modèle à tous ». Au moins ce séjour forcé permit-il au Père Laval de faire condamner le juge Jacolliot « pour diffamations et injures », à 15 000 F de dommages et intérêts (Messager de Tahiti, 18 mai 1872). En juillet 1876, le Père Laval accompagna son provincial, le Père Colette, pour une courte visite aux Gambier, lors d’un jubilé. Il rentre vite à Papeete et c’est dans le sentiment nostalgique de l’exil que s’écoulèrent ses dernières années. Rien ne pouvait détacher son cœur de Mangareva. Le 1er novembre 1880 il mourut à Tahiti. Son corps repose dans le cimetière de la mission catholique. Le curé de sa paroisse natale lui fit ériger à Saint-Léger un petit monument : une croix de fer sur laquelle a été gravée cette inscription: A LA MÉMOIRE DE LOUIS LAVAL PRÊTRE MISSIONNAIRE NÉ A JOIMPY (HAMEAU DE SAINT-LÉGER) EN 1808. ANIMÉ D’UNÉ FOI ARDENTE, IL QUITTA SA PATRIE EN 1833, ÉVANGÉLISA PENDANT 46 ANS LES PEUPLADES SAUVAGES DES ILES GAMBIER ET DE L’ARCHIPEL DES TUAMOTU (OCÉANIE), ET MOURUT D’ÉPUISEMENT A TAHITI EN 1880. APÔTRE ZÉLÉ, PRIEZ POUR NOUS. Outre une abondante correspondance, en partie publiée, le Père Laval laissait derrière lui, en mourant, d’importants manuscrits. — Mémoires pour servir à l’histoire de Mangaréva. — 1 Ère païenne. — Il Ère chrétienne, 1834-1871 (595 p., in-fol.). La première partie du manuscrit a été publiée en 1936 par les soins du R. P. Desmet, et du Bishop Museum d’Honolulu, avec des notes d’Alfred Métraux sous le titre Mangaréva. L’Histoire ancienne d’un peuple polynésien (Paris, 1936, 378 p., ill.). L’amitié profonde qu’avait Laval pour les gens des Gambier se manifeste d’une manière éclatante par l’intérêt pris par lui à leur histoire et à leur passé. « Mille et mille fois, le Père Laval a entendu les récits et les chants antiques ; il les a fait expliquer par les anciens prêtres et les savants ; il les a confrontés pour dégager des fantaisies individuelles la chronique traditionnelle, celle-ci toute enveloppée d’une gangue de légende à laquelle il préféra ne pas toucher ; justement persuadé qu’il conserverait un plus riche fonds historique en transcrivant les récits légendaires qu’en essayant de les disséquer par des interprétations critiques. Le Père Laval a donc noté ce qu’il entendait du passé de Mangareva avec le souci du mot exact… Il fit écrire des indigènes lorsqu’il leur eut appris l’écriture. Ainsi ses descriptions de cérémonies religieuses, ses textes mythologiques, son histoire des anciens ne sont pas de simples notes prises sous la dictée des indigènes ou des souvenirs personnels, ce sont des traductions de manuscrits, écrits par les indigènes eux-mêmes, sur la demande du Père Laval. Nous n’y trouvons pas le point de vue d’un Européen, mais l’image même que les indigènes se faisaient de leur propre culture. » Et il n’a mis la dernière main à son texte qu’après plus de trente ans de séjour à Mangareva. — L’incomparable talent du Père Laval comme ethnographe, ses dons d’observation, son exactitude, sa minutie, son intelligence de l’âme indigène ont été unanimement loués. Laval est devenu un des classiques de la littérature ethnographique moderne : « Il égale et surpasse même les œuvres pourtant classiques que les missionnaires anglais tels que John Williams, William Ellis, le commerçant Moerenhout ont consacré aux îles de la Société. » — La seconde partie du manuscrit du Père Laval a vu le jour en 1968, dans le t. 15 des Publications de la Société des Océanistes, à Paris. Elle a été préfacée et annotée par les soins de Colin Newbury et du Père O’Reilly. C’est une édition savante qui apporte sur le Père Laval et l’évangélisation de Mangaréva toutes les lumières voulues. On y trouvera en outre une bibliographie du Père Laval plus complète que celle de Streit, Bibliotheca Missionum, t. 21 et la mention des œuvres inédites ou imprimées du Père.

LAVAUD, Charles-François (1798-1878)

Contre-amiral.

Né le 25 mars 1798 à Lorient (Morbihan). Commence à naviguer comme apprenti marin le 16 juillet 1810 et fait une campagne dans l’Inde. Élève à l’École spéciale à Brest, en 1811, il est nommé aspirant de 1re classe en 1815. Capitaine de corvette en 1840, Lavaud quitte la France sur l’Aube à destination de la Baie des Iles (Nouvelle-Zélande) où il arrive le 10 juillet. Il doit rester là comme stationnaire afin d’y surveiller l’activité des baleiniers et de prêter son concours à la Société Nanto-Bordelaise. Malheureusement à son arrivée, les Anglais ont déjà pris possession de l’île Nord — traité de Waitangi — depuis six mois et ils s’empressent de prendre possession de l’île Sud. Son appartenance à la franc-maçonnerie n’a sans doute pas été étrangère à la nomination de Lavaud en Nouvelle-Zélande et une loge primitive antipodienne, affiliée au Grand Orient de France, sera fondée à Akaroa en 1843. En janvier 1842, Lavaud transfère son pavillon sur l’Allier. Quitte en janvier 1843 la Baie des Iles et rentre en France par Tahiti et le cap Horn, emmenant avec lui Mgr Pompallier avec lequel il entretiendra les meilleures relations. En mars, il passe à Papeete où il est dès l’abord mal impressionné par la conduite de Moerenhout au sujet duquel il reçoit les doléances des Français de la région. Trois ans plus tard, le 6 septembre 1846, Lavaud est nommé gouverneur des Établissements Français de l’Océanie et commissaire du Roi aux îles de la Société en remplacement du commandant Bruat rappelé en France sur la mauvaise impression faite par la durée de la rébellion tahitienne. Lavaud quitte la France sur la frégate la Syrène, avec sa femme, son fils et deux femmes de chambre. Il jouira, pour les deux fonctions dont il est chargé, en y incorporant les divers avantages accessoires, d’un traitement de 60 000 F par an. Il arrive à Papeete le 21 mai 1847, entre en fonction le 24, date à laquelle Bruat lui présente les grands chefs. Celui-ci était finalement venu à bout de la rébellion, la paix était rétablie dans l’île et les relations reprises avec la reine Pomare revenue s’installer dans le voisinage du gouvernement. La situation était donc éclaircie. Bruat n’était pas plutôt parti que la Reine commença à chercher des difficultés à Lavaud. Sa pondération, son habileté et sa ferme autorité eurent rapidement raison de ces intrigues, suscitées par quelques Anglais turbulents, des missionnaires demeurés hostiles, voire même quelques Français menés par le capitaine Lucas. Le départ de Moerenhout, le 6 juin, pour son consulat de Monterey (Californie), le rappel du dernier stationnaire anglais, le Calypso, le 8 novembre, facilitèrent l’apaisement. Le 5 août 1847, le commandant Lavaud estimant qu’il était nécessaire de définir les conditions dans lesquelles fonctionnerait le protectorat, avait soumis à la reine Pomare la signature d’une convention de trente articles, qui demeurera en vigueur jusqu’en 1880, date à laquelle Pomare V céda à la France la souveraineté de ses États. Au cours de son commandement, Lavaud subit le contre coup de la Révolution de 1848. Non seulement parce qu’il change son titre en celui de commissaire de la République, que ses rapports sont désormais adressés au « Citoyen Ministre » et terminés par un « salut et fraternité », mais parce que des « clubs » se forment à Papeete « où l’on s’excite à l’opposition… Les ordres de l’autorité sont colportés par des employés mécontents chez les deux ou trois marchands français et discutés par des fonctionnaires subalternes faisant malheureusement partie des oisifs de Papeete »… D’où les affaires Masset, de Gignoux, Fondras, Rousseau et le libelle du sergent Labouret. Les esprits naturellement les plus disciplinés participent à ce mouvement général. Il y aura aussi une affaire Marceau-Lavaud. Marceau, poussé par le commerçant Touchard, représentant à Papeete de la Société de l’Océanie, accuse Lavaud d’abus de pouvoir. « D’infâmes libelles », contenant « d’indignes calomnies », circulent. Des scènes très désagréables ont lieu entre les deux hommes et il faudra, à Paris, que le ministre nomme une commission d’enquête qui, finalement, justifiera l’administration de Lavaud et le lavera de toute accusation de partialité ou de malveillance. « Vous n’ignorez pas les pénibles circonstances que le commandant Lavaud a dû traverser lors de la « commotion sociale, écho de notre révolution de 1848, difficultés intérieures, embarras financiers, complications administratives, antipathies officielles… tout est venu mettre à l’épreuve chez cet officier l’habileté du fonctionnaire et la dignité du particulier »… Mais il a fini par « recueillir le fruit de son énergique constance. La prospérité se montre dans l’Établissement et l’harmonie qui règne entre la Reine tahitienne et lui fait l’éloge de son tact politique, comme l’accord entre les différents services donne une preuve de ses talents administratifs ». Ces compliments de l’amiral Legoarant de Tromelin, Lavaud ne craint pas de se les faire à lui-même et, quittant son poste, il écrit au ministre, le 10 novembre 1849, qu’il a « la satisfaction de laisser à son successeur une position libre d’embarras, un pays en voie de progrès avec de belles routes, un Établissement en parfait état, une population docile à ma voix comme à mes conseils et une situation financière des meilleures, puisque, au 1er de ce mois, le trésor renfermait 1 480 000 francs ». Lavaud manifesta le désir de rentrer en France « sur sa vieille frégate la Syrène, qui en aura besoin ». Cette faveur lui sera accordée. Mais on discutera à Paris pour savoir si Mme Lavaud, qui l’accompagnait, voyageait comme femme de Gouverneur ou comme femme d’un simple capitaine de frégate ! Le Gouverneur et Mme Lavaud entretinrent avec la reine Pomare des relations cordiales ; Lavaud fut le parrain d’un des enfants royaux et, rentré en France, s’intéressa encore à l’éducation des jeunes princes. Contre-amiral en 1853, Lavaud sera, après son retour en France, préfet maritime de Lorient, puis commandant en second de la seconde escadre d’évolution. Il mourut le 14 mars 1878, à Brest. Cet amiral, franc-maçon notoire, fut enterré religieusement, mais il refusa les honneurs militaires ! La correspondance politique et administrative de Lavaud est conservée, dans le fonds des Archives du ministère de la France d’Outre-Mer, dans la série A, correspondance générale. Parmi les papiers retrouvés à sa mort chez le contre-amiral Lavaud et conservés là également, se trouvent deux cahiers de 18 et 8 p. réunis sous une couverture et portant le titre : Traduction des documents ethnologiques taïtiens (manuscrits des 16 juillet et 20 septembre 1849) recueillis par M. Lavaud, capitaine de vaisseau, commissaire de la République française aux îles de la Société. « L’écriture de ces cahiers semble être celle du scribe ordinaire de la correspondance officielle du Gouverneur. Les corrections au crayon qui y sont inscrites paraissent devoir être attribuées à M. Lavaud. » Dans une note du manuscrit du 20 septembre 1849, il est fait allusion à une traduction anglaise ; et, en effet, dans le même carton, un autre petit cahier, moins soigné, contient le texte en anglais d’une partie du manuscrit du 16 juillet. La Bibliothèque du Service hydrographique de la Marine contient une copie de ce document, envoyé, en annexe à la lettre du 20 mars 1850, par Lavaud au Ministre de la Marine. Il s’agit de notes ethnologiques obtenues du Tahitien Mare et publiées par Paul Roussier sous le titre : Documents ethnologiques taïtiens (Revue d’ethnographie et des traditions populaires, 1928, p. 188-206). Mais on doit à la vérité de dire que ces vingt pages n’étaient rien en comparaison du très volumineux manuscrit, confié en 1848 à Lavaud par le missionnaire J.M. Orsmond, et qui a malheureusement été perdu.

LAVIGNE, Lysis (1921)

Chirurgien-dentiste.

Né en 1921. Son père Jean Lavigne († 1944) joua un rôle lors du ralliement du territoire à la France Libre. Médaille de la Résistance à titre posthume. Sa mère fut infirmière, puis infirmière-major, de longues années, à l’hôpital de Papeete et prendra sa retraite en 1954. — Va faire ses études au collège Lapérouse à Nouméa. Engagé comme volontaire dans les Forces Navales Françaises. Croix de guerre. Va faire ses études dentaires à Paris. S’installe chirurgien-dentiste à Papeete en 1949. A côté de ses occupations professionnelles Lysis Lavigne est un sportif convaincu en même temps qu’un homme d’action. Cette double qualification lui vaudra de se voir confier la responsabilité de l’organisation des 4es jeux du Pacifique-Sud, à la fois comme Président du Conseil des Jeux du Pacifique et comme secrétaire général du Comité d’organisation des Jeux du Pacifique-Sud. Les premiers jeux du Pacifique eurent lieu à Fidji en 1963, en Nouvelle-Calédonie en 1966, et en Papouasie, en 1969. A la suite des jeux de Port Moresby, Tahiti posa sa candidature pour les 4es jeux, sous la double caution du gouvernement français et de l’Administration de la Polynésie française : elle fut acceptée et dès lors la préparation des Jeux commença d’une manière intensive. L’infrastructure sportive du Territoire avait du reste déjà été prévue sur les crédits du Ve Plan. Elle comportait notamment la construction d’un stade olympique territorial, dit Stade Pater, (10 000 places, dont 2 500 en tribune, avec les installations les plus modernes et un parking de 850 places) dans la vallée de la Fautaua ; ainsi que la création d’une piscine olympique municipale (dans un complexe sportif et scolaire, d’une contenance de 1 700 places dont 700 en tribune) sise au bord de la mer à Tipaerui. La même tranche de travaux comportait le programme de réaménagement du vieux stade-vélodrome de la Fautaua et celui du golf d’Atimaono, la construction d’un tennis-club, d’une salle omni-sports. Le tout représentant une dépense d’environ 300 millions CFP, et assorti de nombreux travaux d’urbanisme. Le C.E.P., commandé à cette époque par l’amiral Laure, apporta à la préparation des jeux le concours de ses importants moyens matériels, notamment dans l’ordre des transmissions, des transports et de la santé. Le commandant Mathiote, qui effectuait alors son second séjour sur le territoire comme directeur du cabinet de l’amiral Laure, fut d’un concours extrêmement précieux pour permettre une coordination entre les différents services militaires et civils et la mise au point des diverses installations : réseau téléphonique, antennes volantes ou fixes, ambulances, etc. De leur côté, les municipalités de Papeete, de Pirae et de Faaa et le service des Travaux Publics, la police, les spécialistes de la Jeunesse et des Sports et ceux de l’enseignement apportèrent leur appui. Aussi soigneusement préparés par les diverses associations sportives du Territoire, les jeux, qui se tinrent à Papeete du mercredi 8 au dimanche 19 septembre 1971, furent un succès. Ils groupèrent près de 1 600 personnes de 14 territoires différents ; sportifs ou officiels étant logés au Lycée Paul-Gauguin ou au collège A. M. Javouhey mis à la disposition du comité par leurs responsables. La cérémonie d’ouverture, présidée par M. Pierre Messmer, ministre chargé des Territoires d’Outre-Mer, se déroula dans un stade comble, par un temps splendide. Les discours de bienvenue, la parfaite exécution du « Lendit » sur des airs folkloriques par 600 élèves des écoles, les discours de bienvenue, l’arrivée de l’athlète Papou porteur d’un message de Port Moresby, le serment olympique, la perfection colorée et pittoresque du défilé des athlètes, la magistrale exhibition des meilleurs groupes de danses, laissèrent dans le souvenir de tous les assistants des images inoubliables. Huit jours durant les épreuves se déroulèrent selon le programme prévu, pratiquement sans aucun incident. Tahiti justifiait une fois de plus ses dons d’accueil et sa réputation d’hospitalité ; et le sport, au-delà des différences de nationalité ou d’appartenance, contribuait à rapprocher les esprits et les cœurs. Les Tahitiens firent preuve de leurs qualités sportives en remportant 21 médailles d’or, 24 d’argent et 24 de bronze. La grosse déception laissée par la défaite de l’équipe de foot-ball de Tahiti face aux Nouvelles-Hébrides, fut heureusement compensée par de nombreux succès en boxe, — 8 médailles — autre sport-roi des Polynésiens. Les jeux connurent un grand succès. Le travail fut pratiquement arrêté à Papeete cette semaine-là, la population ayant participé massivement aux différentes manifestations sportives. Plus de 150 Tahitiens en résidence à Nouméa avaient même pris l’avion pour assister aux Jeux. — Lysis Lavigne épouse Rolande Petit. De cette union deux enfants : Jean, 1949 et Maeva, 1956.

LAVONDÈS, Henri (1926)

Ethnologue et directeur de recherches à l’ORSTOM.

Né en Avignon (Vaucluse) le 18 juillet 1926. Appartient à l’ORSTOM depuis 1958. Après une mission à Madagascar, arrive à Tahiti en mai 1963 et y fait trois séjours entre cette date et décembre 1971. De la bouche et de la plume de Kenuinui, conteur à Ua Pou, et d’autres Marquisiens, recueille des Récits Marquisiens qui, en attendant une thèse en cours de préparation, ont été publiés en édition préliminaire par l’ORSTOM en 1964 et 1966. Mme Lavondès, née Anne Delamain, 1931, elle-même ethnologue, et attachée à l’ORSTOM, travaillera un temps au musée de la Société des Études Océaniennes, dont elle inventorie les importantes collections qu’elle décrit dans un Catalogue des collections ethnographiques et archéologiques du musée de Papeete, 1966. Pour le même musée, elle réalise en 1971 une exposition sur le Polynésien et la mer, avec un utile catalogue, Papeete, 1971. Elle rédige plusieurs rapports concernant la modernisation du musée de manière à en faire à la fois un point d’intérêt pour les touristes et, grâce à ses collections et sa bibliothèque, un centre de travail pour les ethnologues et les archéologues en mission dans la Polynésie française. Toutes choses qui aideront à la création du musée de la Punaruu en cours de réalisation et dont les Lavondès seront nommés en 1974 respectivement directeur et conservatrice. — On doit aussi à Mme Lavondès une brochure sur l’Art ancien de Tahiti (Dossiers océanistes, n° 1).

LAW, Aloi (1899)

Armateur et négociant.

Originaire de la province de Canton. Une tradition de famille assure qu’il appartient à la 17 génération du roi Liou. Il est élevé par un tuteur qui est médecin. Arrive à Tahiti, célibataire, avant la Première Guerre mondiale, en 1914, attiré par des membres de sa famille. Travaille d’abord comme employé de commerce. Est ensuite directeur commercial de la Société Kuong Wo, devient négociant et armateur à son propre compte. Il fait du transport interinsulaire ou du commerce au moyen des goélettes dont il est successivement propriétaire : Wai-Hinano, Poti Raiatea, Bénicia. Ses fils aînés lui servent de subrécargues à bord. Aloi Law joint à ces activités de négoce, celles de constructeur. Architecte à ses heures, on lui doit l’édification de l’École chinoise du Kuomingtong en 1944 ; celle aussi du consulat chinois, 1948, bâtiments qui apportent dans les constructions du Papeete d’alors une note exotique qui témoigne de la vitalité de la colonie chinoise et de ses ambitions. Il construit également une maison à l’angle de la rue Cook et de la route de ceinture où il installe ses bureaux. Aloi Law est un des fondateurs de l’école chinoise et sera le président de l’Association qui préside à ses destinées. Il sera également, un temps président du Si Ni Tong. De son union avec A Tong Vong, 1908-1973, sont nés : Lan Wong Kong, 1924 ; Law Wong Fui, 1927 ; ces deux aînés, qui travaillaient comme subrécargues sur les bateaux de leur père, sont devenus des employés de commerce à la suite du sinistre en 1966 de la goélette Bénicia. — Irène, 1928, épouse Song Hong Wong. — Catherine, 1930, épouse Augustin Wong. — Michel, 1931. — Simone, 1934, épouse un directeur commercial et vit à Trinidad. — Pauline, 1935, épouse un commandant américain et vit à San Francisco. — Alphonse, 1936, fait ses études supérieures en France d’où il revient diplômé de l’École Spéciale de Mécanique et d’Électricité, 1965 et de l’École Nationale Supérieure des Télécommunications, 1968. Après deux ans de recherche au Centre National d’Étude des Télécommunications, est rentré à Tahiti en 1971 et est détaché de la Société Thomson CSF auprès de la CEA. — Denise, 1938, qui épouse Léon Siu Conscience. — Justine, 1940, épouse Harry Chong et vit à San Francisco.

LAW, Lucien (1936)

Prêtre.

Né le 28 juillet 1936 à Raiatéa. Il est le fils de Pan Law, Chinois arrivé en 1914 de Canton commerçant depuis 1945 à Raiatéa, et le neveu d’Aloi Law. Études ecclésiastiques au Séminaire de Paita, en Nouvelle-Calédonie. Ordonné prêtre par Mgr Mazé le 19 décembre 1964 à Papeete, il est le premier prêtre chinois catholique de Tahiti. Vicaire à la cathédrale, où il est spécialement chargé de ses compatriotes. Après un séjour en France en 1972, part à Manille et passe un an au East Asian Pastoral Institute : puis va étudier à Formose, 1973.

LAW, Michel (1931)

Expert Comptable.

Fils de Aloi. Né à Papeete le 9 août 1931. Après des études à l’école chinoise et chez les Frères, les continue à Nouméa et à Paris où il est diplômé en 1959 de l’École Supérieure de Commerce. Passe trois ans plus tard le diplôme d’État en Expertise Comptable et revient s’installer à Papeete où il ouvre un cabinet. Ses titres le font désigner comme expert auprès des tribunaux de la Polynésie Française. Est élu conseiller à l’Assemblée Territoriale en septembre 1972. C’est la première fois dans l’histoire politique de la Polynésie Française qu’un ressortissant de la minorité chinoise est porté sur la scène politique du territoire, cette élection témoignant de l’intégration totale des Français d’origine chinoise dans la société polynésienne. De son mariage à Paris en 1957 avec Suzanne Siu, 1931, alors étudiante en psychologie, est né un fils, Vincent, 1961.

LEBIHAN, Jean (1834-1909)

Propriétaire.

Né le 23 mai 1834 à Landivisiau (Finistère). Marin des équipages de la flotte, arrive à Tahiti vers 1855, faisant partie de l’équipage du transport de l’État l’Infatigable. Libéré du service le 5 janvier 1859 à Papeete. Exerce la profession de cuisinier puis devient propriétaire, dans la vallée de Sainte-Amélie, du domaine Ferrand. Meurt à Papeete le 15 avril 1909. — D’une première union, à Papeete, avec Puta Apera est née Louise, 1860-1891, épouse en premières noces, le 23 août 1877, à Papeete, Constant Brun, perruquier, 1846-1877 : une fille Eugénie, 1878. Veuve, se remarie à Jean Rey en 1879. — Devenu veuf, Lebihan se remarie le 9 novembre 1901 avec Teahurai a Punaa, née en 1861. De cette union sont nés Jeanne, 1876-1899, épouse Félix Hardillier, le 4 février 1893 à Papeete : sans enfant. — Jean, 1879. — Hinatua († 1879). — Vahinetua, 1880, épouse le 22 novembre 1922 Rooura a Haaiahaa.

LE BIHAN, Laurent (1905)

Aviateur.

Négociant. Né le 13 novembre 1905 à Château-neuf-du-Faou (Finistère). Engagé fort jeune dans la marine, pilote de l’aéronautique navale à 21 ans, il est bientôt moniteur de vol de jour et de nuit. En 1934, il participe à la Croisière Noire qui couvre avec des monomoteurs 28 000 km en Afrique. Pilote de réception à Orly en 1935. C’est comme premier pilote et maître mécanicien qu’il fait un premier séjour à Tahiti, de janvier 1936 à janvier 1938, sous les ordres du c. de c. Jean-Pierre de Clonard et de l’enseigne de V. Sammarcelli pour y organiser à Fare Ute la première installation de l’Aéronavale. L’Éridan qui a transporté les marins aviateurs amenait en caisses deux bimoteurs CAMS 55 et un monomoteur CAMS 37, avec lesquels ils exécutent les reconnaissances d’ordre hydrographique : études des passes et des différents plans d’eau, tant aux îles Sous-le-Vent qu’aux Tuamotu. La présence des hydravions, dans ces archipels éloignés donne lieu à des réjouissances particulièrement sympathiques… et aussi à quelques péripéties quand un appareil au moteur récalcitrant menace de se voir entraîné sur le récif par le maraamu. La Zélée, commandant Peaucellier, sert de navire dépanneur aux avions en mission. Rentré en France, Laurent Le Bihan participe à la Seconde Guerre mondiale. En juin 1944, il commande une unité de maquisards qui aide à libérer la presqu’île de Crozon (Finistère). Officier des Équipages, et rappelé dans l’aéronavale, il est chargé de la sécurité de la moitié Nord de la Méditerranée à l’état-major Aéro Toulon. Vient s’installer à Tahiti avec sa famille, en avril 1948. Il ouvre à Papeete un commerce et cherche sa voie dans les produits chimiques, et les engrais. Son idée fixe : le gaz en bouteille et les articles ménagers qui l’utilisent. Cette dernière branche deviendra autonome en 1965, sous forme d’une Société industrielle du Gaz de Tahiti dont Laurent Le Bihan devient le président et dont les plus anciens employés sont les principaux participants. L’approvisionnement est assuré, depuis janvier 1965, par un navire ravitailleur qui apporte en vrac le gaz, stocké à Fare Ute. Ouvre à Pirae en 1970 un magasin où il s’intéresse aux produits chimiques, à l’électroménager et à l’ameublement. Un temps commissaire d’avaries auprès des assureurs maritimes de France, il est toujours expert aéro-naval pour le bureau Véritas et agréé pour les compagnies d’Assurances de Tahiti. Élu conseiller municipal de Papeete lors des élections de 1959, Laurent Le Bihan fut adjoint au maire de Papeete de 1959 à 1963, date où il démissionne de ce poste. Médaillé militaire en 1929, décoré de la croix de guerre, Laurent Le Bihan a reçu la Légion d’honneur en 1941. De son union à Paris avec Louise Villierme, 1917 sont nés : Jacqueline, 1940, épouse Christian Arbus de Lapalme, commerçant à Papeete depuis 1970, deux enfants, Eric, 1967, et Gaëlle, 1972. — Hélène, 1942, épouse à Papeete, en 1968, Michel Jannin, 1932, commerçant-importateur. — Marie-Josèphe, 1946, épouse à Albi, en 1968, Guy Lestieux, et vit en France. — Yves, étudiant au Havre. — Claude, 1954. — Laurence, 1955, fait ses études aux États-Unis.

LEBLOIR, Aimé (1822-1868)

Soldat et artisan.

Né en 1822 à Ville-l’Évêque (Maine-et-Loire). Arrive à Tahiti en 1848 comme artilleur de la 6 compagnie d’ouvriers d’artillerie de marine. Libéré du service le 15 janvier 1851, s’établit comme serrurier à Papeete, rue de Rivoli. Y meurt le 3 mai 1868, sans descendance.

LEBOUCHER, Albert (1888-1954)

Né le 8 juillet 1888 à Papeete.

Fils du suivant. Succède à son père dans son commerce, auquel il ajoute, quelques années plus tard, une patente d’armateur au grand cabotage. Relie le port de San Francisco à Papeete avec des voiliers : Raita et Roberta. Contribue au développement de la culture et de l’exportation du coprah, de la vanille et d’autres produits du territoire. Disciple convaincu de l’homéopathie et de l’acupuncture. Pratique à Papeete, obtenant des résultats étonnants. Médecin des pauvres et surtout de la population autochtone du territoire, qui a grande confiance en lui et en son art. On vient des plus lointaines îles des Tuamotu pour le consulter et se faire soigner. Papa Pute, comme on l’appelle, se dépense sans limite pour soulager ses concitoyens et est une figure très populaire à Tahiti. Représentant de Papeete à l’Assemblée territoriale de 1945 à 1954, il en sera le vice-président de 1945 à 1954. Membre de la Chambre de Commerce, puis président pendant de longues années. Conseiller municipal de 1947 à 1954. Meurt à la tâche le 29 novembre 1954, à Papeete. Chevalier de la Légion d’honneur. Sous le pseudonyme de Teparii, Albert Leboucher a publié à Paris en 1932 un ouvrage : L’ancien et le nouveau Tahiti où il transcrit les impressions de son père, Calixte Leboucher. De son union, à Papeete, le 10 mars 1917, avec Élisa Hoppenstedt, 1892, sont nés : Roland, 1918, attaché à l’Institut de Recherches P. Malardé. — Georges, 1919-1973, greffier au tribunal de Papeete. Membre de l’Assemblée Territoriale en 1955 ; réélu en 1957 par des électeurs reconnaissant son intégrité et son dévouement il présidera l’Assemblée en 1958, et dans ce poste, se fait apprécier même de ses adversaires politiques. Ne se représente pas en 1967 à la fin de son mandat. Il avait hérité des dons de son père comme acupuncteur et homéopathe et les malades ne lui manquaient pas qui lui mangeaient une bonne partie de son temps. C’était un excellent acteur et un musicien né : lors de la réforme liturgique post conciliaire, il composa la musique d’une messe en tahitien pour la paroisse d’Arue dont il dirigeait la chorale. Elle est très originale. Il est décédé le 29 mai 1973. De son union, en 1940, avec Anna Suhas sont nés Élise et Albert. — René, 1923, chef du bureau des Affaires Indigènes, est nommé en 1954 secrétaire administratif de l’Assemblée Territoriale, poste important où sa méthode, sa totale disponibilité et sa parfaite connaissance des affaires de cette maison sont unanimement appréciées. Sera un temps président de l’Association des anciens élèves des Frères. De son union, en 1945, avec Denise Miller sont nés : Jean Gérard, 1948, épouse en 1972 Christine Maraetefau ; Patrick, 1950 ; Michel, 1956 ; Titaua, 1961, et Liliane, 1965. — Simone, 1921, épouse en 1951, Robert Hervé. — Antonio, 1924, directeur de l’Aérogare de Faaa, 1 adjoint au maire de Papeete. — Éduvige, 1926, épouse en 1949, Émile Le Caill.

LEBOUCHER, Calixte (1846-1913)

Menuisier et commerçant.

Né le 24 janvier 1846 à Fresne-Porelt (Manche). Arrive à Tahiti en mai 1865 par le navire de commerce Bacalan venant de la Nouvelle-Calédonie. Exerce son métier de menuisier à Papeete jusqu’en 1871, époque à laquelle il quitte Tahiti pour le Chili. De retour en 1875, il fonde à Papeete un atelier de menuiserie et un magasin bien achalandé de meubles confectionnés dans ses ateliers ou de provenance américaine. Son « chef-d’œuvre » était peut-être l’escalier et les boiseries de ce qui fut le Palais du Roi Pomaré, monument hélas démoli lors de la construction des bâtiments de l’Assemblée Territoriale. Décédé le 13 février 1913 à Papeete. De son union à Papeete, le 10 décembre 1884, avec Maria Hauss, 1864-1942, sont issus cinq enfants : Caroline, 1887-1957, épouse, en 1907, Étienne Simonet, commerçant : deux fils Robert et Roger. — Albert. — Berthe, 1890, épouse, en 1914, André Le Brazidec, pharmacien, divorce, puis se remarie, en 1938, avec Raymond Lainey. — Henriette, 1891, épouse, en 1912, Joseph Amédet, 1881, commerçant : une fille Renée, 1913-1949.

LEBRETON, Louis († 1866)

Peintre de marine et aquarelliste français.

Expose au Salon, de 1841 à 1849. Participe, comme dessinateur, au voyage de Dumont d’Urville au pôle Sud et dans l’Océanie en 1837-1840. On lui doit, dans l’Atlas pittoresque en deux volumes qui accompagne l’Histoire de cette expédition, de nombreuses planches concernant la Polynésie française : n° 39, Maison de l’Évêque aux îles Gambier ; n° 40, Site sur l’île Aukena ; n° 42, Arbres près de l’aiguade à Mangaréva ; n° 43, Ancien temple des idoles et églises des missionnaires à Mangaréva ; n° 51, Les Corvettes au mouillage à Nukabiva ; n° 52, Pirogues et cases de naturels de Nukabiva ; n° 53, Figuier gigantesque à Nukabiva ; n° 55, Marae d’un chef de Nukabiva ; n° 58, Naturel de Nukabiva ; n° 59, La Princesse Patiné ; n° 60, Naturels de Nukabiva ; n° 62, Mouillage à Papeete, maison de Pritchard à Papeete ; n° 64, Temple et case de la Reine à Papeete ; n° 65, Rivière de Papaoa ; n° 66, Mouillage de Matavai ; n° 67, Cases de naturels de Tahiti ; n° 68, Tombeau de Pomaré II, à Papaoa. — Voir E. Bénézit, Dictionnaire des peintres et sculpteurs, 1952, t. 5.

LE BRONNEC, Guillaume (1884-1968)

Colon.

Né le 28 janvier 1884 à Laniscat (Côtes-du-Nord). Après avoir été pendant trois années employé aux magasins de la Samaritaine, à Paris, entend parler d’une société, Les pionniers de l’Océanie, qui cherche des adhérents pour « coloniser » l’Océanie française. Avec ses amis Philibert Montaron et Yves Cam, employés au même magasin, il décide de tenter l’aventure. Moyennant 378 F, un bateau de l’Orient Line les dépose à Sydney où le consul leur accorde un passage gratuit pour Tahiti où ils arrivent en juillet 1909. Leur Société est déjà en déconfiture, faute de capitaux et les « propriétés aux îles Sous-le-Vent », qu’on faisait miroiter, en Europe, aux yeux des sociétaires, s’avèrent un leurre. Après une saison de plonge aux Tuamotu, Guillaume Le Bronnec part aux îles Marquises, en octobre 1910. Il y sera pendant un an instituteur à Tahuata, à 75 F par mois. Passe ensuite trois ans, de 1911 à 1914, gagnant 175 F à la Société commerciale de l’Océanie, avant d’entrer aux appointements de 400 F à la maison Donald dont il est le gérant local ; faisant le tour des îles Marquises sur de petits cotres pour y ramasser le coprah que des goélettes venaient chercher pour Taiohae où touchent des trois-mâts norvégiens. Sera ensuite employé, dix-sept ans, à la Compagnie Navale de l’Océanie. Ce faisant, il occupe d’abord, puis finit par acheter à la veuve du gendarme Reiner une propriété d’une cinquantaine d’hectares à Tauku, Atuana (île Hiva Oa), dont il met en valeur les parties cultivables. Esprit curieux et bon observateur, ami de la nature, Guillaume Le Bronnec a collaboré avec les chercheurs de la Pacific Entomological Survey qui, de 1929 à 1932, collectèrent aux Marquises pour le compte du Bishop Museum de Honolulu. Il était devenu un remarquable naturaliste. Ses collections botaniques, recueillies avec A.M. Adamson, étaient remarquables. Les milieux scientifiques savaient la valeur de ses collectes et de ses observations et une naturaliste professionnelle, M.H. Sachet, a été envoyée auprès de G. Le Bronnec dans les années soixante pour voir avec lui comment sauvegarder son herbier et les notes qu’il avait accumulées aux Marquises pendant plus de cinquante ans. Il publia des Promenades aux îles Marquises (Oceania, 1931) qui est une sorte de guide touristique succinct. On lui doit un article sur les derniers jours de Gauguin à Atuana où il apporte des lumières nouvelles sur les relations du peintre avec les autorités ecclésiastiques locales. Le « Patriarche de Tauku » est décédé à Atuana en mai 1968. C’était un homme modeste et courtois, affable et hospitalier, une grande et noble figure des Marquises. De son union avec une Marquisienne, Tahia Pii a Nuanua, 1931, sont nés : Marie Keikeiehu, 1915, qui épouse un Américain, Fred Johnson, photographe de la marine des États-Unis. Après avoir été colon à Tahuata, il vit à Paea, Tahiti ; sans postérité. — Tetua, 1917, épouse René Bonno, † 196, une fille Marie-Florence, 1944. — Françoise, 1922, épouse Joseph Lichtlé, instituteur à Teahupo. — Hélène, 1923, morte lors de l’épidémie de grippe de 1950. — Juliette, 1924, épouse André Sabatier, vit à Lyon. — Léa, 1926, épouse Joseph (fils de Henri) Frébault qui fut chef d’Atuana depuis 1963 ; six enfants : Madeleine, Joëlle, Hélène, Rogatien, Jean-Alain, Françoise. — Alain, 1930, épouse une Marquisienne, Noyal Scalamera, employé aux T.P. à Atuana.

LE CADRE, Mgr Pierre-Marie (1875-1952)

Vicaire apostolique des îles Marquises.

Né à Questembert (Morbihan), le 30 août 1875. Profès picpucien le 7 mars 1896. Ordonné prêtre le 22 juillet 1900. Le « Père David » part aux îles Marquises la même année. Y arrive en décembre. Il est affecté à Hiva Oa, avec le desservice de Tahuata. Est nommé, en 1912, administrateur apostolique du vicariat des îles Marquises, à la mort de Mgr Martin. Nommé évêque titulaire de Démétriade et vicaire apostolique des Marquises le 30 décembre 1920. Sacré à Questembert (Morbihan), le 4 septembre 1921. Mgr Le Cadre prenait la direction du vicariat dans des conditions difficiles. La population de l’archipel était en pleine décroissance et la situation sanitaire précaire ; les écoles de la mission avaient été fermées ; des procès étaient en cours avec l’administration pour des questions de terrains ; le personnel était restreint et usé. Son autorité et son savoir-faire lui permirent de terminer les affaires de terrains par une reconnaissance officielle qui autorisait la mission à continuer son œuvre. En 1924 les Sœurs de Cluny reprennent l’ancien pensionnat d’Atuana, fermé depuis vingt ans. Mgr Le Cadre établit six résidences d’où les missionnaires étendent leur ministère à trente-deux vallées pourvues d’une chapelle. Et en lui remettant, en 1950, les insignes d’officier de la Légion d’honneur, le gouverneur Anziani le félicitait « des services les plus éminents rendus à la cause de l’Union française, notamment en matière sociale et culturelle », voyant en lui le « fondateur des principaux centres d’enseignement de l’archipel ». Il meurt à Atuana, le 21 novembre 1952. L’amiral Decoux, dans son livre Sillages dans les mers du Sud, Paris, 1953, p. 370-374, a rendu un bel hommage à ce « saint homme qui rappelait, par son allure générale, un Assyrien de la haute époque ».

LE CAILL, Émile (1919)

Charpentier de marine et homme politique.

Né le 21 mars 1919 à Papeete. Études primaires et secondaires chez les Frères à Papeete et en France. Élève-officier à l’école d’application d’artillerie de Fontainebleau. Début 1945, s’engage dans l’armée Delattre-de-Tassigny et prend part à la campagne d’Allemagne comme sergent. Rentre à Paris en fin 1945 où il est affecté au bataillon du Pacifique. Rentre à Tahiti avec cette unité, par le Sagittaire, le 5 mai 1946. A Papeete, il est un des volontaires tahitiens impliqué dans l’affaire Pouvanaa. Relaxé du chef de « complot contre la sûreté intérieure de l’État », en novembre 1947. Rédacteur du journal Servir qui devient plus tard La Vérité, organe des volontaires. Secrétaire général du Syndicat du Bâtiment. Conseiller municipal de Papeete en 1948, il sera réélu jusqu’à sa démission en 1967 ; à partir de 1950 sous l’étiquette de l’Union Tahitienne. Élu comme représentant du Groupe de l’Union Tahitienne au conseil du Gouvernement où il figure de 1958 à 1962, de 1965 à 1967, et de nouveau en 1972. Est chargé des Finances, des Affaires économiques du Tourisme, de l’Économie rurale, de la Pêche et des industries de la Mer, prenant à cœur de donner le maximum d’efficacité aux services publics dont il a la responsabilité. Un travailleur et un passionné, vivement préoccupé par les problèmes concernant la protection de l’environnement : reboisement, zones protégées, propreté des lagons. Émile Le Caill possède une plume bien taillée et un esprit clair. Il est, à ses heures, un excellent journaliste et les articles qu’on lit de lui ici ou là dans la presse locale ou française sont marqués au coin d’une sagesse nourrie d’expérience. De son union, à Papeete, le 21 mai 1949, avec Hedwige Leboucher, 1926, sont nés : Janine, 1950, institutrice, épouse en 1969 Jean-Claude Malinowski, 2 enfants. — Anne-Marie, 1952, licenciée ès sciences, épouse à Toulouse un étudiant, Manuel Jarillo, lui aussi licencié ès sciences, continuent leurs études ; un enfant. — Jean-Paul, 1954, étudiant à Toulouse et Hedwige, 1961.

LE CAILL, Louis (1854-1900)

Mécanicien et propriétaire.

Né le 20 novembre 1854 à Saint-Pierre-Kilbignon (Finistère). Arrive à Tahiti le 27 décembre 1875, par le navire français Volta. Ouvrier mécanicien de la marine, sert à l’arsenal maritime de Papeete. Son contrat terminé le 11 mars 1878, il reste à Tahiti ; continue à être employé à l’arsenal jusqu’au 31 octobre 1879. En association avec Pierre Germain, également ancien ouvrier de marine, monte un atelier de mécanique générale et une forge, d’abord in-stallé rue de la Glacière, puis quai du Commerce. Ouvrier consciencieux et apprécié sur la place de Papeete. Meurt le 4 janvier 1900 à Papeete. — De son union, en 1884 à Makatea, avec Ruarau a Varivari sont nés : Louise, 1881-1914. — Victorine, 1885-1932, épouse le 26 juillet 1904, à Papeete, Michel Normand, 1878-1948, instituteur puis employé de la C.F.P.O. à Makatea : quatre enfants. — Augustine, 1887-1918, épouse Louis de Balmann, 1881-1952, en 1912 à Makatea : deux enfants, Andréa et Léa, 1914, épouse, le 2 juillet 1932, à Papeete, Léon Lehartel, 1909. — Jean, 1891-1955, constructeur de navires, ancien combattant de l’Armée d’Orient, 1916-1918 ; épouse, le 23 octobre 1915 à Papeete, Jeanne Bruyère, 1893. De cette union sont nés : Émile, 1919. Augustine, 1920. Louis, 1922, depuis 1963 capitaine du port de Papeete, épouse le 6 mars 1943 à Papeete, Lucienne Coulon. Jean-Baptiste, 1926, entrepreneur, marié le 28 juin 1952 à Andrée Bouzer. Marthe, 1927, épouse, le 18 janvier 1947, à Papeete, René Doyen, fonctionnaire. Robert, 1929, dentiste, marié, le 25 août 1954, à Léone Nexon.

LE CLÉAC’H, Mgr Hervé-Marie (1915)

Évêque de Taiohae, îles Marquises.

Né le 11 mars 1915 à Dinéault (Finistère). Profès chez les pères des Sacrés-Cœurs le 12 septembre 1933. Études ecclésiastiques à Châteaudun (Eure-et-Loir) et à Fontarabie (Espagne). Prisonnier en juin 1940, s’évade de Berlin en septembre 1942. Ordonné prêtre le 18 décembre 1943 à Chartres. Professeur d’Écriture sainte en France de 1944 à 1948, puis au Canada où il est maître des novices en 1948 et provincial en 1958. Professeur en 1962, puis supérieur en 1964 du scolasticat de Châteaudun et en 1965 de celui de Strasbourg. Nommé le 8 décembre 1970 administrateur apostolique de Taiohae aux Marquises, « sede vacante », il arrive à Taiohae le 7 mars 1971. Nommé évêque de Taiohae le 1er mars 1973 et le 23 juin 1973, sacré à Taiohae par Mgr Michel Coppenrath, archevêque de Papeete.

LE CORNO, Félicien (1880-1952)

Religieux picpucien.

Né le 15 septembre 1880 à Treffleau (Morbihan). Profès dans l’Institut le 18 juin 1905. Prêtre le 26 septembre 1909. Arrive à Tahiti le 9 janvier 1910. Y reste jusqu’en 1915, date à laquelle il rentre en France, mobilisé. Décédé à Villepinte, le 7 novembre 1952.

LECORNU, joseph (le Père Jean). 1810-1882

Religieux picpucien.

Né à Creully (Calvados) le 11 octobre 1810. Profès en 1847 dans la congrégation. Est désigné, en 1848, pour la mission des îles Marquises. Y séjourne jusqu’en 1862. Quitte l’Océanie Française pour rentrer en France par le Latouche-Tréville, le 17 juillet 1867. Fait escale aux Gambier le 1810. Sera prisonnier de la Commune en 1871. Meurt à Paris, le 22 mars 1882.

LECUCQ, Louis (1822-1855)

Officier du génie.

Né à Fruges (Pas-de-Calais), le 29 mai 1822. Polytechnicien. Part, comme lieutenant, à Tahiti et s’embarque à Brest, avec un détachement de sapeurs, le 28 octobre 1846. Quitte Papeete le 8 juillet 1848. Tué à Sébastopol, le 31 juillet 1855. On lui doit un petit volume : Question de Tahiti (Paris, 1849.), rempli de détails curieux sur les travaux de la fondation de Papeete aux temps de Bruat et de Lavaud.

LEDOUX, Jean (le Père Jean-Louis). 1923

Religieux picpucien.

Né le 10 janvier 1923 à Dunkerque (Nord). Profès dans la congrégation le 7 septembre 1943. Ordonné prêtre le 11 mai 1947. Est envoyé à Tahiti. Y débarque le 18 décembre 1947. S’y occupera principalement du séminaire installé par Mgr Mazé, à Mitirapa. Voir, sur son œuvre, un article de lui : Le petit séminaire Sainte-Thérèse à Tahiti (Mission des Iles, mars-avril 195 p. 65-67, ill.).

LEETEG, Edgar William (1904-1953)

Peintre.

Israëlite d’origine allemande : son grand-père était sculpteur funéraire, et son arrière-grand-père, architecte. Né à East Saint-Louis (Ill.) où son père tient une boucherie. Le quitte de très bonne heure et fait tous les métiers de l’Arkansas à la Louisiane et du Texas à l’Alaska. A vingt-deux ans, on le trouve à Sacramento (Cal.) en train d’agrandir et de colorier des photographies pour en faire des affiches de films. Avec 200 $ en poche, il fait en 1930 le voyage de Tahiti. Connaît ses premiers contacts avec la police de Papeete. Rentré aux États-Unis en pleine dépression, n’y trouve plus de travail et retourne à Tahiti avec une « mère grisonnante, un phonographe portatif et douze pots de peinture ». Vit à Papeete en bricolant à droite à gauche pendant que sa mère se ruine en tenant un restaurant. Vers 1933, par hasard, il se met à peindre sur du velours noir des chromos destinés aux touristes de passage. Lors d’un séjour à Hawaii, en 1938, ses peintures sur velours plaisent à deux ou trois riches Américains qui lui achètent et le mettent en selle. Rentre à Tahiti et y travaille ; mais il vivotera jusqu’au jour où Barney Davis, ayant ouvert une galerie de peinture à Honolulu, misa sur lui et le poussa. Davis se révéla un impressario de grande classe. Il commença par contraindre son poulain à signer « Leeteg of Tahiti » ; puis il inonda la presse d’histoires à son sujet ; fit paraître des brochures hautement laudatives, des catalogues illustrés présentant des œuvres de Leeteg qu’on pouvait commander en nombre et selon le format désiré. Enfin il inventa les slogans : « The American Gauguin… The greatest painter of contemporary time. » Grâce à quoi les velours de Leeteg passèrent bientôt de quelques centaines de pauvres francs tahitiens à quelques milliers de solides dollars américains. A sa mort, Leeteg vendait ses œuvres jusqu’à 2 500 $ ! Les catalogues publiés par Davis offraient au public plus de deux cent cinquante œuvres. Celles qui connurent le plus grand succès furenf : Hina Rapa (n° 118), Old chief (n° 112) ; Beach boy (n° 156) ; Native adze man (n° 136) et une tête de Christ (n° 154). De Honolulu, Davis câblait les ordres à Leeteg qui les exécutait au plus vite et, chaque semaine, passait une matinée à Papeete pour les envois. Les toiles étaient roulées dans un morceau de gros bambou qui servait d’étui protecteur. Même l’emballage prenait un aspect exotique ! Leeteg affirmait avoir retrouvé une technique perdue depuis la Renaissance, et prenait plaisir à insister sur ses mérites comme « inventeur ». Il suffit de voir les coussins vendus en série au Mont-Saint-Michel ou à Montmartre pour savoir que ce genre de peinture a été, hélas ! de tous temps en « honneur ». Et les artisans de Papeete qui, lorsque le genre fut reconnu comme commercialement profitable, se lancèrent dans ce genre de peinture, n’eurent aucune peine à en trouver les modalités pour en proposer à leur tour à la clientèle touristique. La peinture sur velours, selon Leeteg, dépasse la peinture classique. Elle donne à l’amateur une sensation de richesse : « Many people consider velvet painting ideal for a night club, where a sense of opulence is required. » Le velours paraissait aussi à Leeteg conférer « une impression de vie » aux œuvres qui y étaient peintes. « Un rayon de lumière… un souffle d’air, et la peinture s’anime », vitalité bien impossible avec la peinture classique sur toile tendue. Et les sources d’inspiration de Leeteg sont aussi déconcertantes que ses conceptions sur l’art. Il peint toujours d’après des photographies qui lui apportent un motif ; mais il peint « Tout » d’après une photographie, de la tête du Christ aux Indiens Navahos. « Tell me what you like and send me a photograph and I’ll do it. » Hina Rapa est une photo prise par un officier français inconnu, dont Bowers, un photographe de Papeete, détourna une copie qu’il utilisa dans la suite. Old chief est un cliché de Stimson. Native adze man, Drummer boy et Coconut drinker sont des photographies d’Igor Allan, excellent artiste américain, que Leeteg alla prendre dans le livre de S. Stone, Tahiti landfall… Ces « abusives utilisations » n’allaient du reste pas sans causer quelques accrochages avec les photographes qui, lorsqu’ils étaient des professionnels, trouvaient que Leeteg en prenait bien à son aise avec leurs œuvres. D’où des accusations de plagiat et quelques menaces de procès. Leeteg le prenait de haut, allant même jusqu’à prétendre que c’était lui qu’on devrait payer pour mettre en valeur et colorier ces images plates et noires qu’il rendait impérissables. « Copying from a photograph requires more skill than working from a model because the painter must recognise and correct distortions and poor values as well as add colouring and detail from his knowledge and imagination. » Reconnaissons par ailleurs que la peinture de Leeteg n’était pas dépourvue d’une certaine adresse et que les filles de Tahiti aimaient ces portraits qui leur paraissaient des photographies en couleur de grand luxe. Les touristes, eux aussi, s’en allaient satisfaits et suspendaient dans leur maison d’Amérique un « joli souvenir » : clair de lune sur le lagon, beau tane musclé, enfant souriant, majestueux paysage et surtout vabine bien en chair. Hina Rapa, le sujet le plus demandé — il sera commandé plus de deux cents fois à Leeteg ! — figure une fille aux seins nus. Est-il nécessaire de dire que, malgré le chauvinisme américain, aucun musée des États-Unis n’a jamais présenté une œuvre de Leeteg. Il en avait conçu une hargne assez excusable contre les peintres en place, « eunuques chevelus qui ne pouvant vendre leurs productions n’avaient d’autre ressource que de les suspendre dans les galeries et les musées ». Encore qu’il n’ait vraiment vendu beaucoup de peinture que dans les dix dernières années de son existence, Leeteg mania beaucoup d’argent. Il acheta ainsi un lopin de terre, 40 m en bordure de la baie de Cook, à Moorea, et s’y installa dans de minuscules et basses constructions, le « village Leeteg », menant là une existence fantasque et laborieuse. Incapable après dix ans de résidence, de comprendre trois mots de français ou de tahitien, n’ayant jamais pris un bain de mer, vivant de conserves, Leeteg connaissait en Océanie une vie absurde, sous la coupe d’une mère un peu folle et qui le tyrannisait. Cette vieille femme, qu’il vénérait, jalousement abusive, l’empêchait de connaître les satisfactions les plus élémentaires d’une épouse indigène, aussitôt prise en grippe, malmenée et finalement évincée par l’intolérante madame mère. Deux tentatives de cet ordre lui avaient valu trois enfants et de déplaisants souvenirs. Il lui restait de faire de l’argent, et, en bon Américain, il n’y manqua pas. Il travaillait en plein air, peignant plusieurs velours à la fois, pour faire plus vite et aussi parce qu’il fallait laisser sécher la peinture. Chaque semaine il venait régulièrement à Papeete pour y prendre son courrier, y expédier ses velours aux États-Unis, y encaisser ses chèques à la Banque de l’Indochine et visiter ses enfants. Le tout, entrecoupé de séances dans les bars et clubs de la ville. C’est en revenant d’une réunion de cet ordre qu’il se tua net dans une chute de moto, le 1 février 1953. Il repose au cimetière de Papeete. Il laissait trois enfants : Laverne, Edgar et Ropati. Un journal local en mal de copie ayant un jour de 1965 reproduit in extenso la notice consacrée à Leeteg dans la première édition de ce travail, notice singulièrement jivarosée dans cette seconde édition, des amis de Leeteg prirent la plume pour me signaler que l’homme était « un bon garçon, exubérant, capable de gentillesse et généreux à ses heures ». Il aurait été, de mémoire de tahitien, « le seul peintre à faire don d’une toile de lui au Musée de la ville ». Prenons bonne note de leurs remarques. Ils nous assurent également que « jamais Leeteg n’a prétendu être un artiste peintre, mais produire un article qui le faisait vivre à l’aise ». C.Q.F.D.

Bibliographie. On consultera sur Leeteg un article très documenté et solide de James A. Michener et A. Grove Day paru dans : Rascals in Paradise (London, 1957, p. 318-367), article intitulé : Leeteg, the legend. Michener a eu entre les mains de nombreuses correspondances de Leeteg et, sans trop accabler son héros, ne cache pas son opinion à son sujet. Il est curieux de constater que les traducteurs de Rascals in Paradise (Aventuriers du Pacifique, Paris, 1958) ont malhonnêtement fait sauter le chapitre Leeteg dont la mention figure sur la jaquette mais qui n’a pas été traduit. L’amiral Durand de Saint-Front, ami tahitien de Leeteg et son exécuteur testamentaire a dit quelques souvenirs sur Leeteg dans le Hawaiian Life des 13 et 20 février 1954, souvenirs utilisés par Michener qui restent, à notre connaissance, la source unique. Bernard (Barney) Davis, l’impressario de Leeteg, a publié en 1969 à Honolulu Leeteg o Tahiti, avec une conclusion signée de l’amiral Durand de Saint-Front. Cette biographie-panégyrique ne change pas les conclusions de cet article. Elle apporte plutôt de l’eau à notre moulin.

LEFÈVRE, Joseph († 1844)

Matelot et aventurier.

Surnommé Joe le Tatoué. On le donne, comme déserteur d’un baleinier, aux îles Marquises vers 1827. « Débarqué d’abord à Vaitahu, dans l’archipel des Marquises, il s’était trouvé plusieurs fois sur le point d’être mangé par les natunets. De Vaitahu, il passa à Hiva Hoa puis à Nuku Hiva où de nouvelles tribulations l’attendaient. Enfin, il se fit tatouer et il échappa à la mort qui le menaçait chaque jour » (National, Paris, 31 déc. 1844). Débarqué à Papeete, en 1832, du navire anglais Harriett. S’installe à Mataiea où il se marie à Vahinetua Poroi a Taumari, dite Poroi Vahine. Va ensuite s’établir à Aitue, dans le district de Punaauia, aux environs de la rivière Vaitahuri, près de l’église actuelle. Il est là propriétaire de la terre Atiarai. Il agit, comme interprète du gouvernement, dès 1842. On trouve son nom parmi ceux des onze signataires qui écrivent au Consul des États-Unis à Papeete, le 17 mai 1842, pour lui demander sa protection et la destitution de Moerenhout. En juin 1844, pendant la période de l’insurrection, « il fut massacré à coups de harpon de baleine dans la nuit du 29 au 30 juin, à 16 km de Papeete, par les Indiens de Punavia, croyant que c’était lui qui avait dénoncé les munitions » saisies par les troupes françaises « dans une case indienne ». Le narrateur en fait « un vieillard infirme, marié à une Indienne ». Et il ajoute qu’à l’arrivée des Français deux ans plus tôt, « ce malheureux, accablé d’infirmités, commençait à espérer quelques jours meilleurs, quand il fut voué à la fin tragique à laquelle il avait si souvent échappé aux Marquises ». Jore (L’Océan Pacifique, t. 2, p. 297) fait de Lefèvre un homme « vantard et emporté qui se querellait continuellement avec les indigènes qu’il menaçait ». Lefèvre avait une fille qui épousa Claude Bernard, caporal d’infanterie de marine en service à Tahiti. Il y aurait encore des descendants de Bernard à Teahupoo.

LE GALL, Hervé (le Père Romain). 1925

Religieux picpucien.

Né à Pleyben (Finistère). Profès dans la congrégation le 22 août 1944. Ordonné prêtre le 19 février 1950. Arrive à Tahiti en janvier 1951. Reçoit en charge Huahine et Bora Bora, avec le service religieux de Makatea, rentre en France, mars 1958-septembre 1959. Reprend Huanine à son retour ; sera en 1968 à Mataiea et en 1973, curé de Paea.

LE GALL, René (1892)

Médecin des Troupes coloniales.

Né à Morlaix (Finistère) le 29 septembre 1892. Entre en 1913 à l’École de Santé navale et coloniale à Bordeaux. Médecin-capitaine, il est désigné pour les Établissements Français de l’Océanie où il arrive en juillet 1925. Chargé du service médical à Taravao qui comporte pratiquement les deux tiers des districts de Tahiti, il assure également la surveillance médicale de Moorea et de l’archipel des Tuamotu qu’il visite sur la Mouette, goélette de l’administration. Il met sur pied à Taravao une infirmerie qui deviendra l’hôpital actuel. Quitte les Établissements Français de l’Océanie en juillet 1928. Médecin-commandant, le Dr Le Gall fera un second séjour en Océanie, d’avril 1931 à avril 1934. Il sera médecin résident à Uturoa dans l’île de Raiatea et chargé du service médical des îles Sous-le-Vent. A ces fonctions il joindra, un an plus tard, celles d’administrateur de l’archipel. A ce titre il sera le premier maire militaire désigné d’Uturoa. C’est à ce moment qu’il fait dresser les plans d’un hôpital qui sera construit plus tard. Le Dr Le Gall connut Anne Hervé et Morillot qu’il assista, au moment de sa mort en avril 1931. Il sera l’ami de Gouwe et de A. Van Kerckoven. Il quitte définitivement l’Océanie en avril 1934 et prendra sa retraite à Paris. Collectionneur d’œuvres picturales tahitiennes, à côté d’Anne Hervé, de Mac Donald, de Morillot, de Van Kerckoven, il possède surtout de nombreuses toiles de Gouwe, notamment la première version de la Danse du Feu, thème plusieurs fois répété par le peintre, ainsi que des paysages et des portraits, en particulier celui de Morillot, exécuté quelques semaines avant la mort du peintre. Le Dr Le Gall est l’auteur de plusieurs articles et en particulier d’un Aperçu médical sur Tahiti (Colonies Autonomes de juin 1935, p. 16-20). Il aura l’occasion, dans des articles du Petit Provençal, en 1929, de protester contre l’accusation d’alcoolisme portée contre les Tahitiens par son collègue le Dr Sasportas.

LE GAYIC, Alexandre (1876-1932)

Capitaine au long cours.

Né le 3 août 1876 à Troguéry (Côtes-du-Nord). Capitaine au long cours du 8 avril 1904. Arrive à Tahiti en mars 1909. Capitaine du trois-mâts Élisabeth. Repart en France avec un équipage de gens de Rapa, et effectue un nouveau voyage d’aller et retour. S’installe ensuite à Tahiti et devient capitaine à bord des goélettes de la famille Lévy. Devient propriétaire de la goélette Tiare et navigue à son compte de 1912 à 1918. Croit au trésor de Pinaki et y fera plusieurs voyages. De 1919 à 1931, pilote du port ; fait fonction de capitaine du port de Papeete du 11 mai 1919 au 21 novembre 1920 ; du 13 avril 1922 au 25 août 1925 ; du 9 juillet 1928 au 3 juillet 1929. Meurt à Papeete le 19 décembre 1932. « Brave homme et bon marin, A. Le Gayic était une figure bien connue du port de Papeete ». De son union, le 17 mai 1924, à Papeete, avec Tetua Iteroi a Mai a Taveeura (1890), étaient nés plusieurs enfants dont Terautahi (Eugénie), 1911-1938, épouse en 1937 à Papeete Eward Smith, 1915. — Alexandre, 1913, d’abord capitaine au grand cabotage. A la fin de la prohibition, entre dans l’enseignement et devient directeur de l’école de Papara. Élu à l’Assemblée Territoriale, il en est membre de 1962 à 1967. Épouse Tuianu Conroy, 1922, fille d’un Irlandais James Conroy, 1875-1928, venu s’établir à Papara. Mme Le Gayic, directrice de l’école de Papara, sera élue à l’Assemblée Territoriale en 1972. Treize enfants, dont Rodrigue, directeur du Port Autonome. — François, 1926, vit en Calédonie, épouse Isabelle Anahoa : une fille, Aurore.

LÉGLISE, Raymond (1907)

Radio mécanicien et homme nature.

Né le 1er février 1907 à Soulignac (Gironde). Sous-officier radio dans la marine marchande. « Quand j’ai eu ma retraite, on m’a conseillé la Côte d’Azur. J’ai prospecté. J’ai même filmé le carnaval de Nice. Mais on m’avait menti. Il n’y avait pas de forêts de mimosas, seulement des bosquets. J’étais dégoûté. J’ai choisi le pays de langue française le plus éloigné, après m’être documenté avec des bouquins de l’Exposition coloniale. » Il habite à Tahiti depuis 1954 dans la presqu’île, sur le bord du Pari aux côtés de quelques types de même acabit. Le récent « guide bleu » nous parle « d’hommes nature, abritant là leur misanthropie dans des vallons étroits, vivant à peu près nus, drapés dans leur chevelure et leur barbe abondante ». Raymond Léglise proteste : « Neurasthénique, moi ?… Pas du tout. Je mène un mode d’existence adapté à mes moyens. Tous les trois mois, je vais chercher ma retraite à Papeete — ou, de fait, sa visite dans les magasins suscite toujours une curiosité amusée de la part des popaa. La seule chose qui me tracasse, ce sont les vaches qui viennent dans mon lopin. Je suis obligé de faire le matador, le toréador, et le picador. Elles sautent trois rangs de barbelés pour manger dans mon « jardin ». — Voir le Nouveau Trident, hiver 1965-66, p. 102-103, et une note avec photos, parue dans les Nouvelles du 5 janv. 1968.

LE GOFFIC, François Marie (1857-1924)

Agent spécial à Rapa.

Né à Bukulien (lieu ignoré du dictionnaire des communes) parent de l’Académiein breton Charles Le Goffic. Une carrière dans la gendarmerie l’amène en Océanie. Il est à Hikueru lors du cyclone de 1901 et ne s’en tire qu’en s’attachant à un cocotier. En 1902, il est à Rapa comme agent spécial. Les Annuaires des années suivantes le signalent comme instituteur, agent spécial, agent des contributions, officier judiciaire, chargé des Travaux publics et de l’Etat-civil : c’est le maître-jacques de l’île. Retraité, il servira encore comme instituteur et agent spécial. L’écrivain t’Serstevens, de passage à Rapa, écrira : « Le gendarme Le Goffic y vit trente ans (en réalité 22) dans un bonheur de banlieusard, ravi de retrouver le climat breton, cultivant son potager français, plantant des arbres français, pommiers, pêchers, poiriers, figuiers, oliviers et lilas. En août 1919, il apprend d’un seul coup que la guerre a été déclarée et qu’elle s’est terminée par la victoire. Il meurt, en 24, sans avoir revu la France. Il est couché, à deux cents pas du village, sous une croix en ciment. Ses pommes de terre continuent à prospérer. On trouve encore de ses oliviers, de ses figuiers. Les lilas sont coupés, mais par les indigènes. Le reste asphyxié par la brousse. » Le Goffic meurt à Rapa le 20 janvier 1924. Il est enterré à Paoura dans une tombe de ciment. Aucune descendance n’est née de son union avec une femme des îles Cook. — Cet homme, qui vingt années durant se dévoua volontairement aux gens de Rapa et à leurs enfants, aurait mérité mieux que ces lignes. Son dossier personnel, hélas ! n’a pu être retrouvé aux archives de la Polynésie française.

LE GRIVÈS, François Marie (1839- ?)

Pilote.

Né le 20 février 1839 à Damgan (Morbihan). S’embarque comme mousse dès l’âge de 10 ans. Marin au commerce, il navigue pendant dix ans avant de passer à l’Etat, en Nouvelle-Calédonie, en 1861. Navigue sur le Railleur, puis sur le Latouche-Tréville, en 1862-1863. Reçu pilote, il est nommé, le 1 janvier 1864, pilote du Gouvernement à Papeete. Sera admis à la retraite en 1878, « à la suite d’infirmité contractée en service » — on parle de lèpre anesthésique ; mais continue de servir comme guetteur au sémaphore. Ses chefs témoignent alors que Le Grivès fut l’objet des témoignages les plus flatteurs de tous les amiraux et commandants des bâtiments de l’Etat qui sont venus depuis quinze ans à Tahiti, qu’il est « un homme d’ordre, de bonne tenue, d’une conduite exemplaire et d’une moralité parfaite ». Il a à son actif plusieurs sauvetages qui font autant honneur à son courage qu’à son habileté. Le 29 mai 1866, à Haapape il s’embarque dans une embarcation pour aller à plusieurs miles piloter la goélette la Surprise, en perdition sur les bancs de l’Artémise. Le 29 juin de la même année, il sauve la même goélette prise dans les brisans de la passe de Papeete, alors que son équipage l’avait déjà abandonnée. Le 14 mai 1867, il déséchoue la corvette des États-Unis Tuscarora qui, voulant sortir sans pilote, avait touché sur un banc très dangereux de la passe. La même année, il recueille les gens du Morning Star, chaviré et ramène finalement la goélette. Et ainsi de suite. On comprend donc que de Jousland put écrire qu’il était « pratique excellent de la côte, habile manœuvrier, méritant les louanges des capitaines étrangers qui sont frappés de son coup d’œil » et que ses chefs de 1877 le déclarant « actif, intelligent, joignant à une conduite exemplaire une capacité professionnelle tout à fait supérieure » l’aient proposé en 1877 pour la Légion d’honneur. Il était entré au service du pilotage en 1864 à 1 200 F par an. Ses émoluments avaient été portés à 1 400 F en 1875. Il semble avoir quitté Tahiti au moment de sa retraite en août 1900 et s’être retiré en Bretagne.

LE GUEN, Jean-Marie (1836)

Pilote.

Né le 16 mai 1836 à Plougescant. Quartier-maître des équipages de la flotte, arrive à Tahiti vers 1862. Étant sur le Latouche-Tréville stationnaire à Papeete, est détaché comme élève-pilote du port en 1864. Se fait congédier à Tahiti en 1866. Nommé pilote le 1 février 1866. Détaché à Papeuriri (Mataïea), pour les passes de Atimaono et de Papeuriri. En 1867, revient à Papeete. Remplit ses fonctions jusqu’au 8 septembre 1884, date de sa mise à la retraite. Quitte Tahiti le 4 février 1885, pour se retirer à Tréguier (Côtes-du-Nord), laissant sa famille à Tahiti. Meurt à Tréguier. — De son union, le 1 décembre 1866 à Papeete, avec Marie Lagorce, 1850-1888, sont nés : Pauline, 1871, épouse le 11 juin 1887, à Papeete, Jean Bruyère, propriétaire : cinq enfants. — Marie, Vahineroo, née en 1872, épouse le 12 juillet 1890, à Papeete, Henri Roussel, commis du Trésor, 1858-1897. Épouse en secondes noces, toujours à Papeete, le 11 juillet 1898, Amédée Corne, commis-greffier, 1859-1898. Se remarie à Hippolyte Machecourt, né en 1862, le 25 mars 1903 : un enfant. — Léonie, née en 1876. — Marie, 1876-1951, épouse Émile Houzé, commis-greffier 1858-1912 ; de cette union est née Pauline. Se remarie à Papeete, avec Alfred Réjus, capitaine au cabotage, 1884-1936 ; de cette union deux enfants.

LE GUERRANNIC, Henri (le Père Ladislas). 1886-1943

Religieux picpucien.

Né le 1 mai 1886 à Locminé (Morbihan). Profès picpucien en 1906. Ordonné prêtre en 1912, arrive à Tahiti le 26 octobre de la même année. Chargé du soin des lépreux catholiques d’Orofara, lors de sa fondation, en 1914. Provicaire général et curé de Papeete où il meurt le 24 février 1943.

LE GUEVEL, Pierre (1931)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né à Sérent (Morbihan) le 30 janvier 1931. Profès en 1951. Prêtre le 1 juillet 1957. Arrive à Tahiti en 1964. Passe à Hao, avant d’être en poste à Mooréa où il restaure, à partir de 1968, l’église d’Haapiti.

LEHARTEL, Armand (1820-1893)

Colon et commerçant.

Né le 7 décembre 1820 à Montebourg (Manche). Mousse et apprenti à bord de l’Uranie, par Nuku Hiva, arrive à Papeete le 4 novembre 1843. Prend part en 1844, à Tahiti, aux combats de Mahaena (17 avril) et de Mahina (29 juin) ; et, à Huahine, en janvier 1846, à celui de Maeva. Libéré le 15 mai 1847, Lehartel s’installe au district de Papara comme colon militaire. Quelques années plus tard il possédait un magasin d’alimentation et une boulangerie. Il fera un voyage en France en 1867. A sa mort, le 2 juillet 1893, il était un des plus gros propriétaires de la côte ouest. Le Messager de Tahiti (1 juillet 1893) le déclare « très estimé et comptant de nombreux amis dans la colonie ». De son union, le 25 juillet 1868, à Papeete, avec Victoire Vigor († 1895), couturière, sont nés : Joseph, 1870. — Maurice, 1871-1918, épouse Tupai a Pirato, le 2 septembre 1907. — Hippolyte, 1874, épouse Tavi Faniupa a Nou († 1908) le 6 mai 1899. — Victoire, 1876, épouse, en 1894 à Papeete, Frédéric Méric, infirmier-major à l’hôpital. Une fille vit en France. — Clémence, 1878-1946, épouse, en 1896 à Papeete, le gendarme Gustave Faivre ; de cette union naquirent : Abel, 1898 ; Marie, 1901 ; Joseph, 1903 ; Hortense, 1906 ; Angèle, 1909, épouse en 1929 Marcel Thirel : quatre enfants dont Claude qui se marie, en 1949, à maître Gérald Coppenrath. — Mélanie, 1881-1961, épouse, en mars 1894, le brigadier de gendarmerie Étienne Guichenay, à Papara. Vit en France, dans les Landes.

LEHARTEL, Hippolyte (1874-1943)

Fils d’Armand.

Épouse Tavi, Faniupa a Nau, union de laquelle naquirent : Pauline, 1894-1932, épouse, le 8 mars 1919, à Papara, Louis Huioutu. — Henriette, 1896-1929, épouse, le 12 janvier 1924, à Papara, Charles Dupont : deux enfants. — Armand, 1898, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il épouse, le 5 juin 1920, à Papara, Antoinette Marcillac : quatre enfants. — Victor, 1901, épouse, le 29 décembre 1923, à Papara, Terii a Airima. — Mélanie, 1907, épouse, le 21 octobre 1941, à Papeete, René Porlier. — Angelina, 1910. — Benjamin, 1913, épouse, le 4 juillet 1931, à Papeete, Sophie Ellacott : quatre enfants. Il est élu, en 1957, conseiller des îles du Vent à l’Assemblée territoriale où il est membre de la commission permanente de cet organisme. Spécialiste des questions domaniales et administratives, s’est fait apprécier pour son bon sens et son objectivité. Il est chef du service du Cadastre, membre de la Chambre d’agriculture et président de la Caisse de stabilisation des cours du coprah. — Ernest, 1916, épouse, le 2 mai 1949, à Papara, Nuu a Maamaatuaihutapu : deux enfants. — Raymond, 1918, s’engage en 1940 au bataillon du Pacifique ; fait les campagnes d’Afrique : Égypte, Libye, Tripolitaine, Tunisie, d’Italie et de France. Cité, médaille militaire. Épouse, le 25 octobre 1947, à Papeete, Hélène Kovacs : trois enfants.

LEHARTEL, Joseph (1870)

Fils d’Armand.

Il épouse, le 4 juin, Teriinuitonohae Feui a Ana († 1895), couturière. De cette union est né Maurice, 1849, participe à la Première Guerre mondiale, en revient avec la médaille militaire et trois citations à sa croix de guerre ; il épouse, le 1 août 1933, à Papara, Mareta Bourne : cinq enfants. Devenu veuf, Joseph Lehartel épouse, le 20 novembre 1897, Clara Hennebuise. De cette union sont nés : Clémence, 1899, épouse le 22 mai 1920, à Papeete, Benjamin Céran-Jérusalémy, 1897. — Adèle, 1900-1948, épouse, le 29 juillet 1928, à Hikueru, Tuamotu, Jean Simon : deux enfants. — Marie, 1902, épouse, le 7 juin 1923, à Papara, Teamio a Tehaamatai. Veuve, se remarie, le 1 juin 1944, à Parara, à Édouard Sanford. — Charles, 1904, conseil à l’Assemblée territoriale pour les îles du Vent, de 1953 à 1957 ; réélu et vice-président en 1959 ; épouse, le 17 avril 1926, à Papeete, Pauline Houzé. Il habite dans la presqu’île le district d’Afaahiti. Quatre enfants. Son fils Joseph, 1926, propriétaire terrien, longtemps chef du district de Pueu, est élu en 1972 maire-adjoint de Pueu et, la même année, à l’Assemblée Territoriale ; travaille à l’Institut Louis-Mallardé ; épouse en 1953 Stella Terevaura Terahu. — Jacques, 1928, mécanicien à Nouméa, épouse au Mont-Dore, en 1959, Ariitai Tevahinemaruatuiterava a Tahito. André, 1930-1951, agriculteur, épouse en 1949, Edwige Aunoa. Paul, 1934, propriétaire-agriculteur à Afaahiti, épouse en 1959 Maeva Picard. — Gustave, 1906, épouse, le 26 mai 1928, à Papeete, Marthe Sarciaux, puis divorce. — Hippolyte, 1907. — Léon, 1909-1973, comptable-caissier, un temps adjoint au maire de Tahiti, membre fondateur de l’Association sportive « Excelsior » dont il fut président 25 ans. Amateur de chevaux, il fut commissaire aux courses. Décédé à Papara. Épouse en 1932 Léa de Balmann. Trois enfants. — Jeanne, 1911, épouse, le 27 février 1929, à Afaahiti, Hippolyte Lucas. — Louis, 1913, épouse, le 27 février 1929, à Afaahiti, Pauline Huby : trois enfants. — Thérèse, 1915, épouse le 23 mars 1935, à Afaahiti, Tuterai Lucas.

LEIBÉ, Rodolphe (le Père Xavier). 1912-1966

Religieux picpucien.

Profès dans la congrégation en 1932. Ordonné prêtre en 1938. Envoyé à la mission de Tahiti, en 1947, fait ses premières armes aux îles Sous-le-Vent avec résidence à Raiatea. En 1949, il est affecté au poste de Taravao et son activité déborde pendant une dizaine d’années sur la presqu’île et les deux petites paroisses de Faaone et de Hitiia. Sonexperience vétérinaire lui attire de nombreuses consultations et ses avis sont appréciés par la population du district. En 1958, il est nommé à Mooréa qui profite de son zèle apostolique et d’une riche expérience dans tous les domaines des cultures locales et de l’élevage. Il y reconstruit en 1957 l’église de Paopao, tout en conservant la fresque de Peter Heyman. Meurt accidentellement le 22 décembre 1966.

LEJEUNE, Joseph (1825-1868)

Colon militaire.

Né en 1825 à Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Arrive en 1847 ou 1848 à Tahiti comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré de son service en 1851 s’installe comme colon militaire, puis s’établit à Papeete en 1855 comme maçon. Y meurt le 12 janvier 1868 sans descendance.

LEJEUNE, Marcel (1916)

Notaire.

Né le 6 mai 1916 à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise). Études secondaires et supérieures à Paris. Licencié en droit. Participe à la Seconde Guerre mondiale comme lieutenant de dragons. Grièvement blessé en juin 1940, il est réformé pour invalidité, mais demande sa réintégration dans les cadres et est promu capitaine. Chevalier de la Légion d’honneur et deux fois cité à l’ordre de l’armée. Clerc stagiaire à Aulnay-sous-Bois, à Bordeaux et à Paris. Passe le certificat d’aptitude à la profession de notaire en 1944. Arrive le 21 janvier 1951 à Tahiti où il prend la succession de Me Dubouch, après le double intérimat du gendarme Martin et de Me Gérald Coppenrath. Vingt ans plus tard, à la tête d’une étude qui utilise 35 personnes et instaure des méthodes modernes de gestion, « notaire prospère », « propriétaire opulent », « homme jouissant de la considération générale », « conseiller et ami du député », « possédant les plus hautes relations parisiennes », Me Lejeune pour la première fois de sa carrière d’homme d’affaires tahitien se trouve contré — lutte de l’UTA contre Air Tahiti dont il est le plus gros actionnaire dans une opération dont il ne sort pas victorieux. Il semble en conserver un certain ressentiment intérieur qui le pousse à changer de cap politique. On est à la veille de la visite d’un Ministre. Le Gouverneur, chargé du maintien de l’ordre sur le territoire, craint-il de regrettables manifestations, voire même des troubles, toujours est-il qu’il prend le 8 septembre 1970, contre Me Lejeune, un arrêté d’interdiction de résidence. Raison d’État ou fait du prince, un vieil arrêté sorti pour l’occasion de la panoplie administrative sert de support à cette mesure d’expulsion. Elle est immédiatement exécutoire. Me Lejeune se la voit notifiée par le commissaire de police, le jour même, en fin de matinée. Et après avoir eu tout juste le temps de signer des actes urgents et de faire une rapide valise se voit conduit à Faaa où il est embarqué à 17 h dans un DC 8 de l’UTA en partance pour Paris. Un an plus tard, alors que le bruit court que le Conseil d’État va casser l’arrêté d’expulsion, un arrêté pris en matière disciplinaire suspend Me Lejeune de ses fonctions de notaire et nomme M. Georges Reid administrateur-gérant de son étude. Me Lejeune entamera naturellement tous les recours juridiquement possibles contre ces deux décisions. Me Lejeune est le président-fondateur de l’Automobile Club et du Yacht Club de Tahiti. Il organise en 1959 le Rotary Club de Papeete et en est nommé le premier président. Il est également vice-président de l’Office du Tourisme de la Polynésie Française. Me Lejeune a été promu officier de la Légion d’honneur en 1959. De son union, le 5 décembre 1944, à Perpignan (Pyrénées-Orientales), avec Florence Noreux †, sont nés Jean-François, 1947, directeur d’Air-Tahiti, Odile, 1953, et Hervé, 1956.

LEMAITRE, Yves (1936)

Linguiste.

Né le 15 septembre 1936 à Saint Brieuc (Côtes-du-Nord). Arrive à Tahiti comme professeur de mathématiques au Lycée Gauguin en 1966. Attaché à l’ORSTOM en 1968, il est actuellement Maître de Recherches dans cet organisme et dirige depuis 1972 le Centre ORSTOM de Papeete. Soutient à Paris en 1972 une thèse sur la Phonologie du Tahitien qui doit être publiée par fragments dans différentes revues spécialisées. On lui doit un Lexique du tahitien contemporain, 1973. Ses intérêts linguistiques et sa compétence ont fait d’Yves Lemaître l’animateur des études concernant cette discipline qui touche de si près à la vie de la Polynésie Française. Il est l’ami du père Hubert Coppenrath, de John Doom, de John Martin, de J.C. Prévost, de Maco Tevane, de Jacques Drollet et de Ralph J. White, Tahitiens de race ou de langue qui se retrouveront sans doute dans une Académie de la langue tahitienne si elle doit fonctionner quelque jour. De son union, en 1959, avec Danièle Comte, 1936, sont nés François, Anne, et Sophie.

LEMASSON, Henry (1870-1956)

Fonctionnaire des postes et photographe.

Né le 2 mai 1870 au Gâvre (Loire-Atlantique). Études à Notre-Dame-des-Toutes-Aydes à Nantes. Entre dans l’administration des P.T.T. en 1887. Est désigné pour servir à Tahiti en qualité de receveur, chef de service, le 6 juillet 1895. Arrive à Papeete où il reste en poste jusqu’en 1904. Jeune, actif et entreprenant, il organise remarquablement son service. En même temps, il fait beaucoup de photographie, se lie d’amitié avec les gouverneurs Gallet et Petit et est en relations professionnelles avec les artistes de l’époque, Gauguin, Le Moine, etc. Le gouverneur Gallet le charge de s’occuper de la participation de Tahiti à l’Exposition universelle de 1900. Il rédige à cette fin une notice sur les Établissements français de l’Océanie et envoie une collection de photographies, montées sur vingt panneaux qui figureront aussi à l’Exposition coloniale de Marseille de 1906. Après avoir servi à Paris, et sur les paquebots de la ligne de La Plata en qualité de contrôleur des Services Maritimes Lemasson fera un second séjour à Papeete où il est appelé par le gouverneur Bonhoure cumulant les fonctions de chef du service des Postes des Établissements français d’Océanie et de receveur du bureau des postes à Papeete. Aux 1 800 F de sa solde annuelle d’Europe s’ajoute un supplément colonial de la même importance. Les redevances sur les boîtes postales lui rapportent encore 1 000 F par an. A son arrivée, en août 1912, Lemasson est obligé de remettre sur pieds le service, confié depuis son départ à un fonctionnaire local, M. Cadousteau, dévoué, mais n’ayant que de vagues connaissances en matière de règlements postaux. Il montre du caractère lors du bombardement de Papeete en septembre 1914, dresse les plans de la nouvelle poste, et est à l’origine de l’émission des timbres de Tahiti avec surcharge en faveur de la Croix-Rouge ; se signale par son courage lors de l’épidémie de 1918 et assure alors, absolument seul, la bonne marche de tous les services postaux et télégraphiques. Malgré ses éminentes qualités — ou peut-être à cause d’elles ! — il sera en butte à la suspicion et aux menées malveillantes des gouverneurs Fawtier et Julien, deux gouverneurs « à histoires » qui briment ce fonctionnaire modèle (affaire des boîtes postales), accusent cet homme d’une parfaite droiture de malversations et tentent de le faire prendre en défaut. Le gouverneur Fawtier fera même ouvrir une enquête pour « spéculations autour d’émission de timbres-postes » et Julien lui reprochera de « faire figure de révolté », accusations ridicules que des commissions européennes et des inspections locales réduisirent à néant, mais qui empoisonnèrent un temps la vie tahitienne de Lemasson et retarderont sa carrière. Il retrouvera vite la confiance des autres gouverneurs, écrira pour eux de nombreux rapports sur l’amélioration des services postaux, se faisant le promoteur d’une ligne Marseille-Nouméa par Panama et Tahiti, qui deviendra celle des Messageries Maritimes. Rentré en France par les États-Unis, il débarque au Havre, le 18 juin 1920. Il meurt à Montgeron (Seine-et-Oise) le 19 janvier 1956. Bien que simple photographe amateur, Lemasson a pris, lors de son premier séjour à Tahiti, une intéressante série de photographies concernant l’Océanie française d’avant 1900. Il travaillait avec un 13 × 18 à plaques. On connaît de lui environ 400 clichés de bonne qualité et pris avec soin, intéressant non seulement Tahiti, mais aussi les îles Sous-le-Vent et les Marquises. Il s’agit là d’une importante documentation iconographique, où l’on rencontre aussi bien des types indigènes, des personnalités et des groupes familiaux, que des vues locales et épisodiques. C’est à Lemamasson que Gauguin demande de venir photographier son œuvre maîtresse : « D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? » actuellement au Musée de Boston. Et le tableau de Gauguin intitulé « Mère et fille » sans doute peint à Hiva Oa en 1902, se trouve être inspiré d’un cliché de Lemasson. Il fit don, en septembre 1952, de 300 clichés, 13 × 18 et 9 × 12 à ce qui était alors la bibliothèque du musée de la France d’outre-mer (musée des Colonies de la Porte-Dorée). Des albums de Lemasson existent à Tahiti et en France, conservés dans des collections privées. Lemasson est l’auteur de trois timbres de Tahiti de l’émission de 1912. Ils resteront en service plus de vingt ans. — Lemasson a écrit un article de souvenirs intitulé : La vie de Gauguin à Tahiti (La vie de la France et de l’Union française, Encyclopédie de la F.O.M., 1950, n° 2 et 3).

LE MOINE, Charles-Alfred (1872-1918)

Dessinateur et peintre.

Né à Saint-Aubin (Aube) le 24 mai 1872. Classes au collège Stanislas et chez les dominicains d’Arcueil. Bachelier ès lettres. Études artistiques à Paris où il est l’élève de Luc Olivier Merson. Fils quelque peu prodigue, quitte la France après des difficultés familiales avec ce qui lui reste de l’héritage paternel. Arrive à Tahiti, via San Francisco, par le Zelandia, en 1902. Charles Le Moine, durant les premières années de son séjour océanien, travailla beaucoup. Il agit comme expert amateur lors de la vente Gauguin en 1903. Il donne des leçons de peinture aux jeunes filles de Papeete. Ses œuvres se vendent bien, encore qu’à des prix modestes. Grâce à l’amitié du procureur Charlier auquel il avait été recommandé, est employé par l’administration locale. On le trouve comme lieutenant de Juge, par intérim, le 21 août 1903. Nommé agent spécial aux Gambier, le 19 janvier 1906, il remplit dans cet archipel les fonctions d’administrateur et de juge de paix à compétence étendue, à dater du 1 novembre 1906. En mars 1911, nous le trouvons instituteur aux Marquises, d’abord à Vaitahu, puis, en octobre 1913, à Atuana où il reste jusqu’en décembre 1914. Il sera démissionnaire le 25 mars 1915, et rentre à Papeete. « Esprit cultivé, vif et délié, disent ses notes, il dirige à la douce l’école publique de Vaitahu, consacrant ses loisirs à la peinture, remplissant le mieux possible des fonctions pour lesquelles il paraît peu désigné… » Après avoir quitté l’administration, il séjourna trois ans encore à Tahiti, vivant à Papeete, employé à des travaux d’écriture ici ou là. « Sa jeunesse et son allant n’avaient pas su éviter les conséquences de la vie indigène, facile et dangereuse. Une maladie tenace eut également une action déprimante sur lui. » Et c’est très diminué physiquement que, grâce à un billet de voyage que lui ont offert ses amis tahitiens, il peut rentrer en France en 1918 où il meurt dans une maison de santé, à Sceaux, le 24 décembre de la même année. Des amateurs d’art, à Papeete, et de nombreux visiteurs des îles, marins ou administrateurs, ont conservé des toiles de Le Moine. On y rencontre des portraits, des natures mortes, des paysages, des marines ; mais Le Moine était surtout l’homme des tableaux de genre, tableaux descriptifs ou à anecdotes, alors à la mode, et qu’il corsait de titres énigmatiques ou symbolistes. Il a mis là son cœur, on le devine, à un je ne sais quoi de plus chaud et de plus vivant. Il a peint également de nombreuses toiles comportant des chevaux sauvages, abondants aux Marquises : combats d’étalons, courses… On y retrouve l’enfant passionné par les cavaliers et leurs montures. La collection du gouverneur Bouge possède de nombreux dessins de personnages indigènes. On doit avouer que, attaquée par les insectes, salie par les mouches, recouverte de moisissures, piquée, craquelée, la peinture de Le Moine, sans doute de mauvaise qualité matérielle, a, en général, assez mal supporté, à Papeete, l’épreuve de ce premier demi-siècle. Telles quelles, néanmoins, certaines toiles de Le Moine méritent de demeurer, comme de bons documents, sur une Océanie révolue.

LEMOINE, Pierre (le Frère Hilaire). 1912-1960

Religieux des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel.

Né à Dinard (Ille-et-Vilaine), le 10 octobre 1912. Orphelin de bonne heure, à 14 ans il fait son apprentissage de menuisier. A 20 ans, il quitte l’établi et la boutique familiale pour le noviciat des Frères où il fait profession le 24 août 1933. Arrive à Papeete le 11 février 1935. Restera affecté à l’École des Frères pendant vingt-cinq ans, ne rentrant en France qu’en 1947 et 1955. Il sera surveillant d’étude, joignant à ce rôle la préparation des enfants à la première communion et à la confirmation. Il se donnait à ces tâches modestes avec un dévouement et un cœur qui ne s’arrêtaient pas à la sortie de l’école, mais poursuivait ses anciens pas à pas dans la vie. « Il s’était fait directeur d’âmes, prodiguant conseils, reproches, encouragements, lumières, à temps et à contretemps, avec une incroyable liberté d’allure et un style qui eût échoué avec tout autre que lui et ailleurs qu’à Tahiti. Il exerça ainsi une influence considérable sur la jeunesse. » Il se complaisait en outre dans les travaux manuels et était « très besogneux ». Il mourut subitement, la bêche à la main, le 17 août 1960. Ses obsèques donnèrent lieu à une manifestation spontanée d’attachement de la part de ses anciens qui tinrent à le porter sur leurs épaules à sa dernière demeure, et Mgr Mazé déclara « qu’il était impossible d’imaginer le bien qu’avait réalisé à Tahiti le Frère Hilaire ». — Courtes notices biographiques sur lui dans Tamarii Tahiti, septembre 1960, p. 8 ; Les Nouvelles, du samedi 20 août 1960, ill., et le Semeur tahitien, septembre 1960, p. 7-8.

LEMOING, Charles-Victor (le Père Richard). 1834-1903

Religieux picpucien.

Né le 28 janvier 1834 au Teilleul (Manche). Profès le 19 mars 1857. Arrive à Tahiti, le 9 mars 1864, sur le voilier Woodward, par San Francisco. Dessert d’abord le district de Tautira ; puis Rangiroa, dans les Tuamotu de l’Ouest. S’occupe beaucoup des écoles et de la formation de ses catéchistes. Donne aux gens de Rangiroa des exemples de culture en transformant une partie notable du sol de l’île en un jardin où croissait en pleine terre, transportée de Tahiti, l’oranger, le manguier, le bananier. Le terrible cyclone de 1878 vint malheureusement détruire la plus grande partie de son œuvre. Bon linguiste, il publie, en 1884, Le guide des enfants tahitiens pour apprendre le français qui fut imprimé à Papeete, adopté pour les écoles de la colonie et valut au Père les palmes académiques. Après trente-trois ans de mission, en 1895, repart en France pour rétablir sa santé compromise. Va se reposer dans une maison de la congrégation à Miranda (Espagne). Quelques années après, quitte de nouveau la France pour le Chili. Meurt à Valparaiso le 8 avril 1903.

LEMOUZY, Léon (1942)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 11 avril 1942 à Bozouls (Aveyron). Profès en 1961. Prêtre le 30 juin 1968. Arrive à Tahiti à la fin de 1969. Vicaire à Sainte-Thérèse. En 1971, est nommé responsable du Monde des jeunes comme conseiller spirituel.

LENEUF, Anne (1823-1901)

Sœur Marie Hilaire, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 2 avril 1823 à Crugey (Côte-d’Or). Fait profession à Paris, le 8 septembre 1853. Arrive à Tahiti le 27 juin 1860. Se dévouera pendant quarante et un ans à l’hôpital militaire de Papeete, y assurant en outre l’office de sacristine à la cathédrale. Elle se fit remarquer par sa fidélité à sa règle et son amour du travail. Prend sa retraite à Tahiti. Meurt le 18 septembre 1901 à Papeete. Elle assista encore à la messe et y communia le jour de sa mort.

LENOIR, Simon (1837-1916)

Naufragé et colon.

Marin normand, son navire fait naufrage dans les Tuamotu avant 1870 et il aborde dans l’île de Rimatara avec quelques compagnons d’infortune. S’y fixe ; y vit comme colon et marchand ; y épouse une indigène, Tapairu a Jopu dont il aura quatorze enfants, dont sept lui survivront. Parmi les fils de Simon Lenoir mentionnons Teuira, 1872-1904, qui fut grand juge, comme son frère Tumoe, né en 1873, et qui vivait encore en 1922. Tumoe et ses deux frères Teua et Tao assistent et enterrent un missionnaire picpucien, le Père Albert Cavaignac venu accidentellement à Rimatara où il n’avait aucun fidèle et qui y meurt en 1922. En 1928, lorsqu’il visite l’île, le Père Célestin Maurel écrit que les enfants de Simon Lenoir ont, à leur tour, une nombreuse postérité : « la famille Lenoir est de beaucoup la plus influente de l’île : tous ses hommes ont quelque charge : chefs, juges, mutoi, diacres protestants… Ils font tout marcher » (Annales des Sacrés-Cœurs, 1930, p. 6-11). Quarante ans plus tard, cette affirmation reste exacte et cette famille est une des plus nombreuses et des plus influentes de Rimatara. La famille Lenoir possède à Rimatara un cimetière spécial « d’un côté c’est le cimetière des anciens rois, de l’autre, mais pas très loin, c’est le cimetière de la nombreuse famille Lenoir. Les tombes y sont placées sur un seul alignement. Au dernier rang, près de M. Lenoir, c’est la sépulture du Père Caprais ». (Annales des Sacrés-Cœurs, 1923, p. 44). — Une Lenoir, Tara, née à Papeete en 1925, directrice de l’école de Rimatara, île dont elle est également maire depuis 1972, est élue conseiller des îles Australes à l’Assemblée Territoriale en 1972.

LENTZEN, Émile (1835)

Officier de marine et colon.

Né à Paris, le 13 mai 1835. Séjourne pour la première fois à Tahiti, en 1858, comme aspirant à bord de la Thisbè. Enseigne de vaisseau en 1859, il sera trois ans directeur de l’arsenal maritime de Papeete. Après ce séjour, rentre en France, laissant à Tahiti un fils, Tafarrai, 1862-1909, né d’une liaison avec une Tahitienne de Faaa. Revient à Tahiti, comme lieutenant de vaisseau en 1869. Résident des îles Tuamotu, en poste à Anaa en 1870 où il remplace X. Caillet. Rentre en France en mai 1871, en très mauvais état de santé, et passe un an de congé de convalescence. A la fin de son congé, épouse à Neuilly, le 29 juin 1872, Aline Reinig. Manifeste peu après son intention, en juillet 1872, d’être affecté à Tahiti. Les considérants qu’il apporte à sa demande sont particulièrement significatifs : il a déjà passé plus de six ans et demi dans les îles dont toutes les langues lui sont familières. Et il ajoute, sans vergogne : « Le but que je poursuis à Tahiti est d’attendre…ou dans une autre île, le 28 octobre 1878, jour où j’aurai accompli ma vingt-cinquième année de service. Alors je prendrai ma retraite pour me livrer à l’agriculture, à la pêche des nacres, au commerce des huiles et autres produits de notre colonie que je serais heureux de rendre importante » (lettre à son amiral). Après sa démission, donnée le 10 septembre 1878, il vient avec sa femme s’installer à Tahiti. Il se fixe dans le district d’Arue où il devient propriétaire d’une cocoteraie. Il possède également un immeuble à Papeete. Assisté de sa femme, Lentzen créa en 1886, à Papeete, la Société la Libre pensée. Il sera élu président de cette société qui ne durera d’ailleurs que peu de temps. C’était un ennemi déclaré des écoles libres et des missions. Il sera Conseiller général en 1886-1890 ; pilote libre de la rade de Papeete en 1889. Quitte définitivement Tahiti le 14 février 1892 par le Tropic Bird. C’était un curieux personnage intelligent et instruit, il parlait de nombreuses langues dont le japonais ; on le considère comme un très brillant officier : bon marin, courageux, hardi, possédant de la décision, du commandement. Par ailleurs un caractère dur et difficile, un amour-propre sans mesure, imbu de sa personne, « réclameur », susceptible et sans équilibre. Sa carrière est remplie de disputes, de dettes non réglées, de conseils d’enquête, de rapports de police. En 1877, la préfecture de police enquête à Neuilly sur des « agissements de propagande politique contraires au gouvernement ». Lentzen est arrêté pour outrages à un agent de la force publique, mais le commissaire de police le relâche en déclarant qu’il « ne jouit pas de la plénitude de ses facultés et qu’il n’aurait pas toujours conscience de ses actes ». Son mariage tient du vaudeville. Il s’était mis entre les mains d’une sorte d’entremetteuse qui s’occupait « de faciliter quelques unions, non pas comme agence matrimoniale, mais comme une mère de famille — sous le manteau de la cheminée, à cause du préjugé — et moyennant rémunération ». Lentzen avait signé un « bon » où il déclarait s’engager « a payer à cette personne 5 % de la dot de la personne qu’il épouserait par ses soins ». Une fois le contrat de mariage rédigé par le notaire, Lentzen omit de payer les 2 000 F dus ! On s’en alla devant les tribunaux, qui, naturellement, donnèrent raison à la créancière… Il était chevalier de la Légion d’honneur. — Il avait eu à Tahiti un fils, Émile, qui épousera, à Paris, en 1909, Marie Bosset.

LEOGITE, Tony (1932)

Médecin.

Le grand-père du docteur, Liao Kong Fong († en Chine en 1940), arrive en Polynésie en 1900, s’installe comme commerçant à Papeete, puis à Tubuai et à Raivavae, sa femme étant demeurée en Chine. Le père du docteur, Gite, Leo, dit Liu, fils de cette femme chinoise arrive à Tahiti à 11 ans, en 1914. Il fréquente un temps l’école de la mairie et celle des Frères, et après avoir occupé quelques situations modestes — il sera serveur au Diadème, le grand restaurant de l’époque, et employé une dizaine d’années chez Fahing — a ramassé assez d’argent pour pouvoir, en 1922, aller se marier en Chine, d’où il ne fera venir du reste sa femme qu’en 1926. Aussi bien, à cette date, a-t-il trouvé à se faire engager avec un contrat de 5 ans comme interprète par la Société Française des phosphates de Makatea où il restera donc jusqu’en 1932, quittant Makatea avec un congé familial qu’il va passer en Chine. C’est au cours de ce voyage que Tony naîtra, à Hong Kong, le 16 juin 1932. A peine âgé de 3 mois, il rentre avec ses parents en Polynésie qui vont installer un commerce à Raiatea où il passera son enfance, fréquentant l’école des Sœurs, avant que d’être envoyé à Papeete, chez les Frères. Après son brevet élémentaire et quelques mois de cours à l’École Philanthropique chinoise, il part en France en mai 1950, passe son bachot chez les Frères à Châteaulin, avant d’aller faire ses études de médecine à Paris, 1953-1959. Sa thèse passée et après 3 ans de pratique hospitalière et de remplacements, il se spécialise en cardiologie, attaché à un groupe de cathérisme cardiaque à Broussais et à Tenon. Diplômé de cardiologie en 1968, il continuera ses activités à l’hôpital Tenon, jusqu’à son retour à Tahiti, en novembre 1969, où il s’installera comme généraliste et cardiologue, aidé de sa femme, une Dieppoise, Yolande Guéroult, 1937, sage-femme qu’il a connue à l’hôpital de Fécamp et qu’il a épousée en 1961 à Paris. De son mariage sont nés en France : Doris, 1961, Florence, 1963 et Kenton, à Papeete, en 1970. Le Docteur Léogite a deux sœurs vivant à Papeete, et trois frères : Célestin et Daudet ont repris l’affaire paternelle à Raiatea ; alors que Stéphane, est attaché à l’U.T.A. à Papeete.

LÉONTIEFF, Alexandre Teahu (1948)

Fonctionnaire.

Fils de Max. Né le 20 octobre 1948 à Teahupoo. Études au collège La Mennais et à la faculté de droit de Rennes d’où il sort en 1971 licencié ès sciences économiques. Après avoir occupé différents postes administratifs il est nommé chef du service des Affaires économiques de la Polynésie française en remplacement de Gaston Allain. Ce qui en a fait, à 25 ans, le plus jeune chef de service du Territoire. A. Léontieff est président de l’Amicale des anciens étudiants polynésiens en France. Il prépare une thèse de doctorat ès sciences économiques et épouse à Papeete, en 1972, Demicia Jurde, 1953, esthéticienne.

LÉONTIEFF, Maxime (1872-1948)

Général russe.

Né en 1872. Élève de l’école des Cadets à Saint-Pétersbourg. Page de l’impératrice Marie Alexandre. Officier en 1896. Suit les cours de l’Académie de l’État-Major. Sert sur la frontière turque et sur la frontière mongole. Attaché militaire, commande le régiment de Viborg, dont l’empereur Guillaume II, en visite en Russie, en 1912, est fait colonel honoraire. Se trouve, en 1914, attaché militaire à Constantinople. Quartier-maître à l’État-Major général en 1916. Commande une brigade russe sur le front français et combat à Salonique. Quitte la Russie régulièrement et la révolution d’octobre le trouve attaché militaire à Athènes. A Rome, avec l’ambassadeur Girs, organise le « bloc pour l’union avec les alliés » qui n’est pas soutenu par Clemenceau et Lloyd George. Après un passage à l’armée Wrangel, il vit en Tchécoslovaquie et en France avec sa femme et ses enfants avant de venir à Tahiti où il arrive en 1936. Y vit très simplement, plus connu à Papeete sous le nom de « Fita » — il a fondé sur les quais un « Foyer intellectuel touristique et artistique » — que sous son vrai nom. Le général Léontieff mourut à Papeete en 1948. Mme Léontieff, née Barbara Monastirsky, femme cultivée et courageuse, avait suivi son mari à Tahiti où elle meurt en 1953. Le général Léontieff était commandeur de la Légion d’honneur à titre militaire. Il avait publié dans la Revue hebdomadaire du 8 février 1919 une courageuse Lettre ouverte à l’empereur Guillaume II, protestant contre son attitude vis-à-vis de la famille impériale russe. Quatre de ses sept enfants viendront le rejoindre à Tahiti, tous naturalisés Français : André, 1905, agent immobilier et commissaire-priseur en retraite, habite le quartier de la Mission. Cinq enfants : André travaille à la Météorologie militaire en France ; Serge, moniteur à Joinville, deux fois médaillé d’or aux Jeux du Pacifique Sud ; Nadia, mariée à Brest à un officier marinier, Nicolas, agent municipal et charpentier de marine ; Michel, étudiant. — Barbara, 1909, épouse Ernest Narigon, professeur de musique retraité à Hamuta. Deux filles : Simone, et Mireille qui prépare une agrégation d’anglais en France. — Nicolas, 1912, arrive à Tahiti en 1953 et installe le magasin « Ping-Pong », librairie, hôtel et restaurant. Sa femme, actuellement retraitée, fut longtemps secrétaire-stenographe à l’Assemblée Territoriale. Sans postérité. — Max, 1916, officier de réserve et subrécargue sur des navires de la maison Donald à Raiatea de 1962 à 1968. En 1963, participe à la création du « Lion’s Club d’Uturoa » dont il fut le premier président. Se fixe ensuite à Papeete où il ouvre en 1970, la librairie « Stop », en face de l’hôpital de Mamao. Huit enfants : Maeva, 1944, employée à la banque d’Indochine, mariée, trois enfants ; Alexandre, 1948 ; Pierre, 1950, étudiant à l’I.N.S. à Vincennes et médaille d’or aux Jeux du Pacifique Sud en 1971, international français d’athlétisme ; Tatiana, 1952, fonctionnaire au service de l’aviation civile à Papeete ; Boris, 1955, prépare une grande école à Paris ; Igor, 1959, collégien ; Catherine et Elisabeth, 1967.

LEPAGE, Adrien (1847-1906)

Propriétaire.

Né le 19 août 1847 à Cepoigny. Débarque à Papeete, le 7 août 1876, du navire français Magellan. Commis de magasin à la Société commerciale de l’Océanie jusqu’en fin 1877. Entre dans l’administration locale, au service des contributions en 1878 ; contrôleur en 1882. Prend sa retraite. Devient propriétaire au district de Arue. Titulaire de la médaille du dévouement : « Pour le dévouement et le courage dont il a fait preuve à l’occasion d’un incendie survenu à Papeete en 1895. » Conseiller municipal de Papeete de 1900 à 1906. Meurt le 24 août 1906, à Papeete. De son union, le 22 novembre 1890, à Papeete, avec Marie Amiot, veuve Fougerousse, sont nés : Adrien, 1894-1918, s’engage au 57 bataillon de chasseurs alpins. Combat sur tous les fronts de France ; passe dans l’aviation, où il meurt pour la France des suites de ses blessures. Sergent : croix de guerre, trois citations et la médaille militaire. — Lucien, 1901, vit en Californie.

LE PRADO, Adrien (1850-1918)

Charpentier de marine.

Né le 16 août 1850 à La Rochelle (Charente-Maritime). Débarque à Tahiti le 30 septembre 1879 du vapeur américain Paloma comme civil, venant de San Francisco. Se fixe à Papeete où il crée un petit chantier de constructions navales. Vers la fin de sa vie, il est charcutier à Orovini, rue Dumont-d’Urville. Décédé à Papeete le 4 décembre 1918. De son union, le 3 mars 1885, à Papeete, avec Pauline Desroches, 1864-1934, sont nés : Fernande, 1886-1960, épouse, le 17 juillet 1916, à Tupuai, Teanuanua a Viriamu, nombreux enfants, dont Maurice, chef de Hitia. — Julie, 1887-1943. — William, 1891-1917, caporal au bataillon du Pacifique, mort pour la France. — Adrien, 1893, épouse, le 19 mars 1943, à Papeete, Clara Bernardino. — Henri, 1900-1959, se marie, le 29 octobre 1941, à Afareaitu (Moorea), avec Tuahu, six enfants.

LEQUELLEC, Yves-Marie (1815-1874)

Négociant-restaurateur.

Quitte la France en compagnie de sa femme par la corvette de charge Charte et arrive à Tahiti, le 16 mars 1844, comme ouvrier civil de l’État. A la fin de son contrat, en 1848, s’installe à Papeete, puis à Fare-Ute, au quai de l’Arsenal, comme négociant-restaurateur. Meurt à Papeete le 24 décembre 1874. — De son union en France avec Catherine Nagard, 1819-1872, originaire de Morlaix (Finistère), sont nés deux enfants : Louise, épouse en 1871, Victor Bernard, 1833-1875, et aura une fille : Catherine. En secondes noces, épouse en 1879, à Papeete, Alphonse Descendre († 1887), ancien gendarme ; de cette union est né : Louis, 1877-1921. Après le décès de son second mari, épouse Louis Bosquier († 1901), pilote ; union demeurée sans postérité. — François-Yves, né à Brest, en 1839, épouse, en 1871, Martha Mahood ; de cette union est né John. Part en 1872 pour l’Angleterre avec sa famille et ne semble plus avoir de descendance à Tahiti.

LEQUERRÉ, Éric (1931)

Fonctionnaire.

Petit-fils de Victor, et fils de Maurice Lequerré, 1910, commerçant et une des plus marquantes personnalités du monde sportif dans les années trente et quarante. Né le 4 décembre 1931 à Papeete. Études chez les Frères à Papeete et en France. Études supérieures à l’université de Bordeaux, licencié en droit en 1956 ; travaille un temps le doctorat avant de passer le concours qui le fait entrer à Paris, à l’École du Trésor où il passe 18 mois, stages compris. Revient définitivement à Tahiti en 1959. Nommé au Trésor. Chef des services de l’Enregistrement en 1961 et des Domaines, 1970. Président de l’Amicale des Anciens Élèves des Frères en 1972, on le trouve disponible pour toutes les causes qui concernent la jeunesse de Tahiti, son développement culturel et sportif. — De son union, à Bordeaux, en 1954, avec Françoise Lescouzères, 1932, sont nés : Barbara, 1955, Sandra, 1957 et Laura, 1959. 3 déc 1990

LEQUERRÉ, Joseph (1847-1897)

Né le 26 janvier 1847 à Dinan (Côtes-du-Nord).

Matelot des équipages de la flotte. Débarque à Papeete, en juin 1868, de la frégate Néréide. Après son temps, se fait congédier à Tahiti en 1871. Cultivateur chez M. Lucas à Taravao (Afaahiti). Quitte ce district vers 1874 pour entrer dans la police locale, à Papeete. Débute comme brigadier, puis est nommé brigadier-chef vers 1880. Remplit les fonctions de commissaire pendant le congé du titulaire en 1884. Recevra une médaille d’honneur en argent de la Police française pour acte de courage. Meurt à Papeete le 2 septembre 1897. De son union, le 4 octobre 1877, à Papeete, avec Louisa Nollemberger, 1859-1918, sont nés : Ange, 1878-1918, brigadier de police. Se marie à Marguerite Picard : deux enfants. — Victor, 1879-1957, charpentier, se marie à Teraiehoa a Teraimano, 1875, le 7 décembre 1923 à Papeete : cinq enfants dont Robert, mort au champ d’honneur en 1940. — Virginie, 1880-1955, épouse Eugène Pambrun le 10 décembre 1903, à Papeete : quatre enfants. — Émile, 1882-1917, épouse, le 20 décembre 1904, à Papeete, Ida Young, originaire de l’île Pitcairn, arrière-petite-fille de Young, aspirant de la Bounty, un des mutins de ce navire : cinq enfants. — Ernest, 1884-1919, se marie à Vaihau a Vehiatua, le 7 décembre 1917 : deux enfants. — Vincent, 1886-1943, se marie à Uraore Colombel, le 13 janvier 1916 : quatre enfants. — Pauline, 1888-1893.

LE ROUGE

Commerçant français habitant Papeete aux premiers temps du protectorat.

Il est, avec Lucas, Mauruc, J. Brémond et d’autres, un des signataires de la lettre du 17 mai 1842 au consul des États-Unis, refusant de reconnaître Moerenhout comme consul (L. Jore, L’océan Pacifique, t. 2, p. 246). Jore prétend qu’il était arrivé depuis peu de Sydney. « Il se disait capitaine de navire, mais n’avait jamais donné de preuves de cette prétention. » Le Rouge annonce dans l’Océanie française du 12 mai 1844 qu’il vient de recevoir « une collection de tableaux d’artistes distingués… les amateurs pourront la visiter tous les jours, de 6 heures à 8 heures du matin ». Il récidive le 22 septembre, faisant savoir : « Les amateurs de peinture trouveront encore dans le magasin de M. Le Rouge, une nombreuse collection de beaux tableaux à l’huile d’un prix modéré. »

LE ROUX, Marguerite (1876-1947)

Sœur Amélie de la Croix, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née à Bannalec (Finistère), le 30 janvier 1876. Professe, à Paris, le 4 septembre 1895. Les cinquante-deux années de sa vie religieuse furent toutes consacrées à la jeunesse, à la Guadeloupe d’abord, puis, en 1933 à Tahiti, comme supérieure principale. Éminemment éducatrice, elle a l’art d’enseigner et de bien enseigner et elle aime les enfants. Chacune des six cents élèves d’alors se sent connue, aimée. Mère Amélie a travaillé inlassablement au bien et au mieux être des enfants de Papeete : amélioration des bâtiments scolaires, des cours de récréation. Elle fit célébrer, dans l’enthousiasme et l’action de grâces, le centième anniversaire de la fondation de la Communauté. En avril 1947, elle vint en France pour le chapitre général. Une intervention chirurgicale n’entraya pas le mal qui la minait. Sereine devant la mort, elle retourna à Dieu le 4 novembre 1947.

LESQUER, Yves (1812-1888)

Cuisinier.

Né en 1812 à Brest (Finistère). Débarque à Papeete, le 30 novembre 1854, après un séjour de deux années à Nuku Hiva (îles Marquises), comme cuisinier des déportés du complot de 1851. De son arrivée à Papeete et jusqu’en 1881, est cuisinier de Langomazino. Meurt à Papeete le 24 septembre 1888.

LESTEVEN, Patrice (1922)

Missionnaire de la Société de Jésus.

Né le 22 janvier 1922 à Couéron (Loire-Maritime). Vœux dans la Compagnie en 1942 ; part en Chine en 1948 et en est expulsé en mars 1952. Ordonné prêtre à Manille 1953. Attaché la même année à la Mission de Formose. Arrive à Papeete, le 19 mai 1972, venu pour deux ans comme Fidei Donum, afin de remplacer le Père Lucien Law, comme curé de la communauté catholique chinoise du Territoire.

LETOURNEAU, François (1820-1881)

Colon militaire.

Débarque le 17 septembre 1845, à Papeete, de la corvette Fortune comme soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Libéré du service à Tahiti en 1849 comme colon militaire. Tour à tour colon à Tahiti, puis aux îles Tuamotu, où il reste seul pendant trois ans à l’île Anaa. En 1871 est interprète de la langue indigène à la résidence de Anaa, puis aux Affaires Indigènes à la résidence de Anaa, puis aux Affaires indigènes à Papeete en 1879. Y meurt le 26 mai 1881, sans descendance.

LETOURNIER, Séverin (1818-1890)

Frère convers picpucien.

Né en 1818 à Mauriac (Morbihan). Débarque aux îles Marquises le 8 octobre 1854. Toute son activité missionnaire s’exerce aux Marquises et aux Gambier. En 1881, assiste les autorités lors de l’annexion définitive des îles Gambier à la France le 21 février. Meurt à Atuana, en 1890, après trente-six ans d’apostolat.

LÉVÊQUE, Emmanuel (1909)

Officier et comptable.

Né le 3 novembre 1909 à l’île de Batz (Finistère). Enfant de troupe en 1923 ; engagé volontaire en 1927. Sert successivement au Maroc, à Tahiti de 1931 à 1936, en A.O.F., en Algérie et en Tunisie de 1942 à 1944 où il est cité, à Madagascar, en Indochine et en Nouvelle-Calédonie. Termine sa carrière en 1954 comme capitaine. Revient à Tahiti en 1957 pour s’y établir définitivement. Devient comptable à l’agence des Messageries Maritimes à Papeete. Il est chevalier de la Légion d’honneur et Croix de guerre. De son union à Tahiti en 1936 avec Jeannette Hérault, sont nés : Danièle, 1938 ; Michèle, 1939 ; Lionnel, 1943 ; Francis, 1946 et Lilia, 1950.

LÉVÊQUE, Victor (le Père Latuin). 1844-1879

Religieux picpucien.

Né le 8 octobre 1844 à Saint-Mars d’Égrenne (Orne). Profès dans la congrégation le 26 avril 1870. Part la même année pour Tahiti où il arrive à Papeete, sur le North Brabant, le 23 octobre 1870. Il fut chargé de deux grands districts de l’île, ceux d’Atiue et de Paea, y dépensant un grand zèle apostolique. En 1873, lors de l’installation de la Compagnie cotonnière, celle-ci amena, des îles Gilbert, plusieurs centaines de travailleurs aroraï. Ayant appris leur langue, rédige une petite grammaire aroraï et fait imprimer à Papeete un catéchisme ; il s’attaqua à leur conversion, les instruisant pendant leur repas ou après les heures de travail, assez heureux pour parvenir à en baptiser un grand nombre qui rentrèrent chez eux chrétiens. Épuisé par un travail surhumain, il vint se reposer à Papeete, au centre de la mission. Il y meurt, en odeur de sainteté, d’une fièvre typhoïde, le 29 juillet 1879. On connaît un exemplaire du catéchisme en Aroraï, publié à Tahiti : Taian Titirahi, il est conservé à l’Évêché de Papeete. Une réédition : Taian reirei te taromavri are koawa… Honolulu, 1880, 34 p., avec un alphabet de cinq pages. — Le mariste A. Colomb publia, en 1888, un Vocabulaire Aroraï (îles Gilbert) précédé de notes grammaticales d’après un manuscrit du R. P. Latuin Lévêque SS. CC., Paris, 1888, 108 p.

LEVERD, Henri (1859-1905)

Commerçant et chasseur.

Originaire de Hesdin (Pas-de-Calais). Après avoir circulé à travers le monde, ce représentant de grandes marques d’armes de chasse et de tir, lui-même grand amateur de chasse, arrive à Tahiti en 1904 avec deux de ses fils. Il commence par aller acheter des terres aux Marquises où il chasse avec William Grelet. Meurt l’année suivante. Ses deux fils demeurent dans le territoire : Armand, sera avocat-défenseur de 1906 à 1918 et meurt lors de l’épidémie de grippe espagnole. Georges, 1883-1969, fera carrière à Tahiti, tour à tour agriculteur et conducteur aux Travaux Publics. Il y a une place Georges-Leverd à Faaa. De son union avec Jeanne Anderson, 1883-1967, qui fut longtemps institutrice, naissent : Carmen, 1908, vit mariée à Wellington, 4 enfants. — Henri, 1911-1973, employé chez Donald. — Maurice, 1913, retraité comme inspecteur de police, épouse en 1940 Stella Varney, chargée de l’état civil à la mairie de Papeete depuis 1940, deux enfants, Alain, 1941 et Joël, 1943. — Simone, 1916, employée au tourisme à Honolulu, deux fils.

LEVREL, Ernest (le Père Ernest). 1907

Religieux picpucien.

Né au Verger (Ille-et-Vilaine), le 10 septembre 1907. Profès en 1926. Ordonné prêtre en 1932. Désigné pour la mission des îles Cook en 1933. Passe à Tahiti en 1949. En 1956, missionnaire à Uturoa, Raiatea. Passe à Haapape en 1962.

LÉVY, Émile (1858-1932)

Négociant en perles et armateur.

Né le 9 novembre 1858 à Paris dans le troisième arrondissement. Arrive à Tahiti en 1882 comme négociant en perles fines. Fréquente les lieux de pêches, Tuamotu et Gambier, lors de la saison. Il circulera d’abord sur un cotre à voile, le Diamant, puis sur des goélettes, la Tahitienne, le Tearia, ainsi nommée, du secteur des Gambier où il avait trouvé les plus jolies perles ; enfin il fait construire à San Francisco la Hinano, goélette à deux mâts et à moteur, de 100 tx. Après chaque saison de plonge, il partait en France par la Californie au moyen des trois mâts, le Tropic Bird, la Galilée pour vendre ses récoltes et revenait avec de la marchandise pour les plongeurs locaux. Il racontait que la plus belle perle récoltée au cours d’un demi-siècle de présence en Océanie était une perle blanche demi-sphérique qu’il avait achetée pour un nombre considérable de piastres chiliennes — la monnaie alors en cours — au dernier roi des Gambier, Maputeoa. Il disait également n’avoir jamais rencontré que trois perles noires. Au commerce des perles il joignait celui de la nacre. Dès 1894, il se faisait bâtir une maison sur une propriété achetée à Mamao. Il fut aussi un temps conseiller général des Tuamotu. Il sera en relations avec Gauguin aux îles Marquises, mais collectionnera des Le Moine. Il était un amateur de chevaux et ramena plusieurs fois des chevaux de course d’Amérique ou d’Australie. Il avait également apporté à Papeete une des premières voitures automobiles qui y roula : une de Dion Bouton. Il mourut à Papeete, le 7 août 1932. De son union avec Louise Goerget, 1860-1918, le 8 mars 1884, à Papeete sont issus : Alice, 1884, célibataire, vit à Papeete. — Julien, 1886-1960, après des études à Grenoble, rentre à Tahiti et, après avoir assisté au tremblement de terre et à l’incendie de San Francisco en 1906, capitaine au bornage supérieur, circule avec son père, ayant la charge des goélettes et commerçant en perles. Épouse en 1921, Claire Walker, 1902. Adopte un fils Albert, 1935, d’abord instituteur à Makatea, puis à Bora-Bora, épouse Nancy Maiau, trois enfants : Alban, élève au lycée Gauguin, Alec, élève chez les Mormons et Nancy. — Charles, 1888-1949, mécanicien de goélettes. Possède un cotre, la Teuiapi. Loue, en 1916, les îles Scilly, Bellingshausen et Mopelia pour y tenter la culture d’huîtres perlières ; essai abandonné en 1918. Président du Syndicat des propriétaires, président de la Société hippique, membre de la Chambre d’Agriculture, troisième adjoint au maire de Papeete, il participe d’une manière active au ralliement de Tahiti à la France Libre en 1940. Il épouse en premières noces, en 1911, Edwige Kurka, 1890-1918 ; de cette union trois enfants : Germain, 1912, entrepreneur de transports et promoteur du lotissement du Pic Rouge, propriétaire de l’hôtel Matavai à Tipaerui, épouse Marceline Taruorua, deux enfants dont Mme Carlson, directrice de l’école de Tipaerui. Alfred, 1914-1970, participe dans les Forces Françaises libres à la Seconde Guerre mondiale, épouse une Française et va vivre en Californie ; Arlette, 1917, épouse un Américain, John Reasin, et vit à Paea, deux enfants. En secondes noces, Charles Lévy épouse, en 1938, Tutemahina a Tumahai ; de cette union cinq enfants : Gustave, 1924, engagé volontaire, participe à la Seconde Guerre mondiale sur le Cap des Palmes. Éleveur à Taravao, épouse en secondes noces Annie Vivish, deux enfants, Peva et Rava. Lisette, 1926, épouse Louis Martin, deux garçons. Charlotte, 1927, épouse Walter Grand, deux enfants. Hiro, 1930, éleveur à Taravao, épouse d’abord Mireille Palmer, divorce et se remarie avec Brigitte Gooding. Huguette épouse Philippe Cowan, mère de deux enfants. — Lia, 1894, épouse, en 1916, Steven Higgins, († 1938), constructeur de navires ; de cette union cinq enfants : Louise, 1917, épouse Pierre Constant, un fils Jean-Pierre ; après divorce, épouse André Pêtre, magistrat à Saint-Louis (Sénégal), une fille, Louise. Edwige, 1919, épouse un ancien aviateur des Forces Françaises Libres, Guy Juventin, trois enfants. Germaine (Dolly), 1921, épouse un Américain, Haword Fry, et divorcée vit à Honolulu avec deux enfants. Charles, 1924, participe à la libération de la France dans le maquis du Vercors, épouse une Américaine et vient vivre à Raiatea. Denise, 1926, fait ses études en Amérique où elle épouse Gilman Mac Milan, trois enfants, divorcée. — Francine, 1900, épouse Léonce Brault, quatre enfants : Guy, 1921, participe à la Seconde Guerre mondiale comme volontaire sur le Cap des Palmes. Employé à la Matson Line, épouse une Française, Nicole Marx. Yves, 1922, épouse une Américaine et vit aux États-Unis. Roland, 1925, fermier en Californie. Claude, 1926, épouse un Américain et vit aux États-Unis.

LEVY, Robert I. (1924)

Médecin et sociologue.

Né à New York le 1 juin 1924. Docteur en médecine. Psychiatre, il exerce six années à San Francisco. A la suite d’un voyage de tourisme en 1958, s’intéresse aux problèmes de sociologie polynésienne. Après des études en ce sens à l’Université de Californie, s’intègre à l’équipe du Professeur Douglas Oliver. Fait un premier séjour d’information en Polynésie Française en juillet et août 1961 ; puis passe deux années dans le territoire en 1962-1964. Travaille surtout à Huahine, district rural, avec des séjours de contrôle à Papeete en zone urbanisée. Possédant parfaitement le tahitien et ayant une expérience personnelle des méthodes d’investigation psychologique, R. Lévy est sans doute un des premiers à avoir été capable d’observer et de décrire le comportement intérieur d’un Tahitien. Après une année d’approche, il a réussi à obtenir de la population au milieu de laquelle il vivait, en même temps que sa confiance, une expression sincère et réelle de ses conceptions, de ses besoins, de ses aspirations. Il décrit également avec beaucoup de finesse la façon dont le Polynésien se perçoit lui-même, entre les blancs et les demis. Il devient Research Professor, Social Science Research Institute, University of Hawaii. On trouvera de nombreux articles de lui dans des publications spécialisées. Au moment de mettre sous presse nous recevons son livre : Tabitians, mind and experience in the Society Islands, illustrated by Pierre Heyman. Chicago, 1973. Un futur classique sur Tahiti ?

LEWIS, Thomas (1765-1799)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Il est ordonné le 5 novembre 1795. Célibataire. Fait partie du premier contingent de missionnaires envoyés par la Société en Océanie et quitte l’Angleterre par le Duff, le 10 août 1796. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Bien qu’il ait voté, le 20 novembre 1797, la décision, prise par la communauté, d’interdire à ses membres le mariage avec une femme païenne, et que, le 27 mars de l’année suivante, il ait été parmi ceux qui jugèrent bon de ne pas abandonner la mission, le 1 août 1798 il avertit ses collègues de sa décision d’épouser une Tahitienne. Il est rayé à cette occasion de la liste des membres de l’Église et va s’installer dans le district d’Ahonu tout en protestant contre la sévérité de cette décision. Il continue d’assister aux services religieux avec sa femme. Il meurt le 27 novembre 1799, ayant probablement reçu un mauvais coup au cours d’une querelle. Sa femme avait conservé ses habitudes tahitiennes et ses parents convoitèrent ses « trésors ». Il fut enterré à Matavai par ses anciens collègues. W. W. Bolton retrouva sa tombe, en 1937. Elle porte : HERE LIE THOMAS LEWIS DIED NOVEMBER 27, 1799 AND JOHN JEFFERSON DIED SEPTEMBER 25, 1807 WHO ARRIVED AS MISSIONARIES ON THE SHIP DUFF MARCH 5, 1797 — Voir à ce sujet : W. W. Bolton, Memorial to the first L. M. S. missionaries in Tahiti (P.I.M. April 1937, p. 38-39, ill. et June, p. 25).

L’HARIDON (le Père Germain). 1912

Religieux picpucien.

Né le 14 août 1912 à Lothey Pleyben (Finistère). Profès dans la congrégation en 1931. Ordonné prêtre en 1937. Arrive à Tahiti le 5 décembre 1938. D’abord envoyé aux îles Gambier où il débute comme vicaire du Père Ferrier. En 1943 il est appelé à prendre la direction du petit séminaire de Papeete où il demeure jusqu’en 1947, date à laquelle il est transféré à Faaa, d’où il assure également le desservier de Punaauia et de Paea. Curé de Faaa de 1953 à 1968. Provincial de la Congrégation de 1962 à 1967. Actuellement, curé à Papara-Mataiea. C’est un homme d’un grand calme et d’une exacte régularité qui inspire le respect et la confiance.

LHERBIER, Léon-Augustin (1885-1956)

Pharmacien.

Né le 15 août 1885 à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais). Pharmaïen de 1 classe en 1909, il s’établit à Raches. Participe à la Première Guerre mondiale qu’il achève comme pharmacien auxiliaire après avoir combattu sur le front de Salonique, avoir été blessé et cité à l’ordre du jour. Vient s’installer à Papeete où il arrive par l’Antinoï, le 4 septembre 1928. Fait l’acquisition de la pharmacie Le Brazidec, ouverte quai du Commerce en 1915 et qu’il dirigera jusqu’en 1939, date à laquelle il la céda à H. Jacquier. Fera fonction de pharmacien à l’hôpital en 1931-1932, et 1941-1942. Sera assesseur au Tribunal de Commerce en 1933 ; président du Syndicat d’Initiative de 1933 à 1940. Membre de la Chambre de Commerce et de la Chambre d’Agriculture. Les quinze dernières années de sa vie s’occupa des propriétés qu’il possède dans différentes îles de la Polynésie — Australes, Sous-le-Vent, Moorea, et principalement aux Marquises, où il fit à trois reprises de longs séjours sur le plateau de Tepuna (Hiva Oa). Il mourut à Papeete le 8 août 1956, laissant le souvenir d’un homme modeste, serviable, droit et honnête, d’une haute valeur professionnelle. — Il épousa en premières noces, Yvonne Thilloy. Deux enfants sont nés de cette union : Michel, 1913, médecin en Tunisie, et Geneviève, 1914, mariée en France. — Une seconde union, à Papeete, avec Teriimoe a Hoata, 1908, est demeurée sans postérité.

L’HERMIER DES PLANTES, Louis (1883)

Docteur en médecine.

Né le 8 décembre 1883. Médecin aide-major des troupes coloniales, est nommé en 1914 médecin de l’archipal des îles Sous-le-Vent. Passera trois ans aux Marquises, médecin remplissant provisoirement les fonctions d’administrateur-juge. On le trouve à Atuana, le 14 janvier 1914. C’est lui qui voit arriver les officiers du croiseur allemand le Gneisnau qui, pendant qu’on le retient à bord, lui « volent » à terre ses papiers et son argent. D’abord ami du peintre Le Moine, il se brouille bientôt avec lui. On le voit à Tahiti en mars 1916 pour participer aux opérations de recrutement dans l’archipel des Tuamotu. Fera aussi des tournées aux Gambier et aux Australes. Quitte par la Moana, en septembre 1918, avec l’intention de faire une carrière administrative. Ses notes le disent « médecin d’une intelligence vive et primesautière, d’une culture variée et très étendue… s’acquittant d’une façon remarquable d’un service pénible, nécessitant de fréquents déplacements dans des conditions souvent précaires ». Il y a cependant de nombreuses réclamations contre lui : il rosse les gendarmes, son amie fait des traînes dans les boutiques du cru… C’est un fonctionnaire à histoires et l’on trouve en haut lieu « qu’il est inconcevable, alors que de braves officiers exposent tous les jours au front leur vie, que le résident des Marquises abuse comme il le fait de la situation qu’il doit à la bienveillance de ses chefs ».

LIAIS, Edmond (1836-1892)

Propriétaire.

Né le 26 janvier 1836 à Cherbourg (Manche). Arrive à Tahiti le 15 août 1857 comme quartier-maître de manœuvre des équipages de la flotte. En 1857, commande la goélette Papeete de la station de Papeete, puis en 1858 et 1859 est pilote du port. Libéré du service en 1860. Surveillant général de la plantation Suarès à Atimaono (terre Eugénie) à Papara, de sa fondation et jusqu’au décès du directeur, Stewart, en 1873. En 1874, est directeur des Douanes puis inspecteur de la police indigène, à Papeete. Après un congé en France, démissionne de ces emplois en 1877. En 1881, se retire au district de Faaa où il est propriétaire et commerçant. Il est membre du Conseil d’administration en 1879. Membre du Conseil colonial de 1882 à 1884. Membre du Conseil général de 1886 à 1892. Meurt à Faaa le 27 avril 1892. — De son union, le 25 août 1875, à Papeete, avec Raihoa Camille Lucas, veuve Alexandre Laurent, 1849-1920, sont nés : Amélie, 1871-1922, épouse René Largeteau : trois enfants. — Alfred, né en 1874. — Augustine, née en 1876, épouse le gendarme Germain Laborde le 8 mars 1900 à Faaa, tous deux décédés en France. — Camille, 1880-1911, épouse Frédéric Holozet le 15 septembre 1900 à Papeete : cinq enfants. — Eugène, 1882-1918, se marie à Faaa le 8 juillet 1912 avec Faaheiarii Teriifaotua (1887). — Charles, 1885, épouse le 8 juin 1950, à Faaa, Marguerite a Manake. — Emmanuel, 1891-1953, se marie le 27 février 1919, à Faaa, avec Teraimanua Pahoa et en secondes noces, le 15 juin 1946, il épousera à Faaa Célestine Aubry, sans postérité.

LIAUSU, Antoine (le Père Cyprien). 1802-1856

Religieux picpucien.

Né le 20 mai 1802 à Vaylats (Lot). Profès dans la congrégation en 1822. Part en mission à Tahiti en 1834. Est affecté aux îles Gambier où il demeurera vingt ans et où il construira la cathédrale de Rikitea. L’amiral Dupetit-Thouars s’adressa au Père Liausu, le 11 février 1844, par une lettre qui lui fut remise par le commandant Penaud, de la Charte, pour obtenir la bienveillance des chefs de Mangareva lors de la déclaration de protectorat de la France sur les Gambier, le 16 février 1844, protectorat du gouvernement central, à Paris. Le 12 décembre de la même année, le Père Cyprien Liausu était nommé, par le commandant Bruat, « délégué » du Gouverneur de Tahiti aux Gambier. Délégation qui fut jugée inopportune et excessive par le successeur de Bruat, le commandant Lavaud, et retirée par lui en 1849. Rédige, avec le Père Laval, un catéchisme en mangarévien : Katekimo Katoriko (Valparaiso, 1853, 65 p.), ainsi qu’un livre de prières No te pakaoraga (Valparaiso, 1853, 51p.). Quitte la mission des Gambier le 15 juillet 1855. Meurt à Cahors (Lot) le 29 mai 1856.

LIAUSU, Charles-Auguste (le Père Chrysostome). 1807-1839

Religieux picpucien.

Cousin du précédent. Né le 13 mars 1807 à La Gardelle (Lot). Profès dans la congrégation en 1825. Part en 1833, avec les Pères Laval et Caret, pour la mission de Tahiti. S’arrête en route, à Valparaiso, en mai 1834, pour s’y occuper d’une procure. Le 6 juillet 1833 avait été nommé Préfet apostolique de l’Océanie sous la juridiction de Mgr Rouchouze. Meurt le 5 septembre 1839, à Valparaiso, n’ayant fait qu’un voyage aux îles Gambier.

LIAUZUN, Jean-Henri (1890-1970)

Trésorier-payeur général en retraite.

Né le 19 avril 1890 aux îles du Salut (Guyane française) où son père, originaire du Lot, était fonctionnaire de l’administration pénitentiaire. Sert d’abord en Guyane, 1917, comme attaché au Trésor, puis comme trésorier particulier à Saint-Laurent-du-Maroni. Arrive dans les Établissements Français de l’Océanie, comme Trésorier-payeur en octobre 1928. Hormis quelques séjours de congé en France, occupe ce poste à Papeete jusqu’à sa retraite, comme fonctionnaire du trésor, le 14 août 1953. Nommé trésorier-payeur honoraire en 1969. Demeure à Tahiti où il exerce les fonctions d’expert comptable près des tribunaux. Il est trésorier de la Société des Études océaniennes depuis novembre 1953. Décédé à Arue le 29 mars 1970. D’un premier mariage sont nés quatre enfants résidant en France. Devenu veuf, J. H. Liauzun épouse à Papeete, en 1932, Germaine Fougerouse qui s’occupera du Comité Local de la Croix-Rouge française, d’abord comme trésorière, 1947, puis comme présidente, 1949, animant cette association de son dévouement, surtout tourné vers les hanséniens, les vieillards, les familles nombreuses et les cantines scolaires. Mme Liauzun fut sept années trésorière du Syndicat d’Initiative. Elle dirige les Établissements Hérault, fondés par Pierre Hérault au début du siècle. Elle est chevalier du mérite social. De cette union sont nés : Ginette, 1933, épouse en 1953, Raymond Lanfredi, officier de la marine marchande, deux enfants Hervé et Hubert. — Germaine, 1935, épouse en 1952 Marcel Paul, actuellement à Thonon-les-Bains, 2 enfants, Gérard et Geneviève, étudiants. — Marie-Claude, 1942, épouse Daniel Chaix-Bryan, vit à Paris, deux enfants, Guillaume et Stéphane. — Jean-Claude, 1943, marié à Paris, un fils, Jean-Marc. — Hervé, 1954, étudiant à Aix-en-Provence.

LIDIN, Gaston (1860-1936)

Capitaine de frégate.

Né le 20 juin 1860. Entre à l’École navale en 1877. Sert en 1883 sur la Loire, transport à voile qui amenait des forçats en Nouvelle-Calédonie. Et en 1885 sur le Scorff aviso-transport de la station de Tahiti. Détaché sans solde et hors cadres, le 3 septembre 1895, pour servir dans les Messageries maritimes. Prend sa retraite à Tahiti. Vit d’une manière exemplaire à Tautira. En 1929, le Cdt Lidin fut chargé par le Père Rougier, alors président de la Société des Études océaniennes, de rechercher l’emplacement de la maison des missionnaires espagnols et celui de la sépulture du Cdt Boenechea et du matelot de l’Aguila. Cette mission nous valut deux notes et un plan qui ont fait le point avec autant de précisions que possible sur cette localisation. D’après Lidin, les tombes des deux Espagnols n’ont pas été respectées. Voir : B.S.E.O., 1929, p. 364 et 388. On doit aussi au Cdt Lidin des recherches sur les sites archéologiques du Pari. — Il y avait en lui un côté « redresseur de torts » et « défenseur des opprimés » qui le rendait très sympathique aux Tahitiens dont il était en outre très estimé car il suivait de près les travaux exécutés à leur intention. Les archives contiennent des rapports de lui contre les Travaux Publics négligents, des travaux d’adduction d’eau trop lents ou des chemins mal entretenus. Par ailleurs, il s’intéressait beaucoup à la vie locale, organisant des fêtes et des cérémonies. Homme de piété et de conseil, il meurt à la mission, en 1936.

LIE, Henry W. (1889)

Colon.

Norvégien. Né le 22 décembre 1889 à Trondhjem. Arrive aux Marquises en mars 1909 par un trois-mâts norvégien venu charger du coprah. Déserte. Navigue comme matelot à bord de la goélette Roberta de la Société commerciale d’Océanie. Devient subrécargue en 1913. En 1920, il devient gérant de la succursale des Établissements Donald à Puamau, île Hiva Oa, jusqu’au raz de marée du 1er avril 1946. A cette date le magasin, les entrepôts et la maison d’habitation, contenant une belle bibliothèque et une magnifique collection d’anciens objets marquisiens, sont subitement engloutis par les vagues. Quand la famille Lie, qui a à peine eu le temps d’échapper au désastre, revient sur les lieux, il ne reste rien. Ne voulant plus se réinstaller à Puamau, Henry Lie, qui avait acquis des parents de sa première femme la petite vallée d’Eiaone, Hiva Oa, la mer en valeur, y plantant deux mille cocotiers, du café, des orangers, et y élevant du bétail. Cette plantation est considérée comme une des plus belles et mieux entretenues de la Polynésie française. Il édifie aussi une demeure confortable au bord de la mer pour lui et une autre pour son fils Alexis. En 1915, épouse en premières noces Noémie Layton († 1921), originaire d’Apateki, Ua Pu, dont il a un fils Alexis (1920) qui épouse Rosina Wolher. En secondes noces, Henry Lie épousera Tetua Patii, de Tubuai, dont il a un second fils Arthur (1929). Malgré son isolement (coupé d’un seul voyage en dehors de la Polynésie française et de quelques rares visites à Papeete), Henry Lie a acquis de vastes connaissances grâce à ses lectures et à son poste de radio. Très intéressé par l’ethnologie et connaissant le dialecte marquisien comme peu d’Européens, il a aidé efficacement le professeur Handy et un grand nombre d’autres chercheurs, tant comme interprète que comme assistant.

LIND, William Alexander (1828-1855)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 28 janvier 1828 à Londres. Ordonné le 12 juin 1851. Épouse Jane Tritton. Part pour Tahiti le 15 juillet 1851 avec son collègue George Spencer et y arrive le 4 février 1852. Passe à Rurutu. Quitte cette mission et regagne l’Angleterre en 1855. Spencer était reparti sans même avoir fait de ministère à Tahiti.

LITCHLÉ, Léon (1844-1912) et LITCHLÉ, Théodore (1858 ?-1922 ?)

L’état civil porte également l’orthographe Lichtlé.

Colons. Deux frères originaires de Pfaffenheim (Haut-Rhin). Quittent l’Alsace en 1871. Léon, L’aîné, connu aux Marquises sous le nom de « Canon », après un séjour aux États-Unis, arrive aux Marquises où il s’établit comme éleveur de bétail. Il possède une patente de boucher à Nuku Hiva, en 1896. Il expédiait ses bêtes par les goélettes sur le marché de Papeete. Pour élever son bétail, il acheta des terres désertes à Ua Huka, et en loua d’autres à Nuku Hiva. Meurt, sans postérité, à Taiohae, le 6 octobre 1912. « Canon » avait fait venir pour l’aider son frère Théodore. Celui-ci s’installa à Ua Huka, et il y possède une patente de 6e classe, en 1896. Il épousa, à Vaipae, Victorine Fischer, née à Papeete le 15 septembre 1876, fille d’un commerçant américain de Taiohae. De cette union sont nés : Léonie, 1895, qui épouse, en 1924, Muinaki Paro. — Louise, 1900, qui épouse Bob Mac Kitterick et meurt à 22 ans, le 17 novembre 1922. — Joseph, instituteur à Ua Huka, épouse Françoise Le Bronnec, 1922 : cinq enfants. — Lélia Victoire, 1904. — Laurence, 1905, épouse Auguste Fournier et meurt jeune.

LOCHOU, Yves (le Père Corentin). 1926

Religieux picpucien.

Profès dans la congrégation en 1943. Ordonné prêtre en 1949. Arrive à Tahiti en novembre 1949. Dessert d’abord Moorea, en l’absence du Père Daniel Egron. Devient en 1953 vicaire du Père Xavier Leibe, chargé des paroisses de Hitia et Faaone à Tahiti. En 1956, il passe à Tautira, dans la presqu’île et donne des cours au petit séminaire de Mitirapa. Prêtre d’aspect ascétique, sa piété est nourrie d’Écriture sainte. C’est un homme d’études et un bon linguiste.

LONDON, Jack (1876-1916)

Écrivain américain.

Né à San Francisco le 2 janvier 1876. Jeunesse aventureuse d’un garçon passionné par les choses de la mer. Tour à tour étudiant, voyageur et même chercheur d’or. Connaît jeune de grands succès d’écrivain et des engouements sociaux et politiques. Il est au début du siècle le best seller américain et l’homme de lettres qui « vaut » le plus cher aux États-Unis. Divorcé en novembre 1905, il épouse en secondes noces Charmian Kittredge et se fait construire à San Francisco, pour 30 000 $, un yacht de 45 pieds, le Snark, avec lequel il part en avril 1907 pour un voyage autour du monde. Il a un contrat avec le Cosmopolitan et le Harper’s Weekley qui s’assurent de l’exclusivité de ses articles. Après avoir passé aux îles Hawaii, il arrive aux Marquises où il séjourne du 7 au 17 décembre 1907, accueilli par le trader allemand Kreich et la famille Fischer. Il visite Taïpi, achète des curios, chasse les chèvres sauvages accompagné de sa femme qui se promène « en kimono, sous un parasol de pongé, pieds nus dans des sandales japonaises ». — Passe Noël en mer et, ayant traversé les Tuamotu, fait escale à Papeete, où il séjourne du 27 décembre 1907 au 4 avril 1908. Au cours de cette période, fait un voyage d’affaires à San Francisco par le Mariposa. À Papeete, il habite un cottage au bord de la mer, relie connaissance avec Ernest Darling, l’homme nature. Puis par les îles Sous-le-Vent — pêche aux caillous à Bora Bora, échange de noms à Raiatea — gagne Fidji et les Samoa. London s’était fait une loi, au cours de ce voyage, d’écrire mille mots par jour. Dans le récit de son voyage : The cruise of the Snark (New York, 1911), l’escale des Marquises est marquée par le chapitre Typee où il évoque le souvenir de Melville lors d’une visite à sa vallée sauvage ; celle de Tahiti par The nature man consacré à E. Darling ; celle des îles Sous-le-Vent : The High seat of abundance et Stone fishing of Bora Bora. — Malade, Jack London interrompra sa croisière aux Salomon et le Snark sera vendu à Sydney. Il se suicide dans le somptueux ranch qu’il s’était installé en Californie, à Glen Ellen, Sonoma County, le 22 novembre 1916. — Sa femme a laissé un récit de la croisière du Snark (The log of the Snark, réédité en Angleterre sous le titre : voyaging in Wild Seas, 1915) ; on y trouve ses souvenirs sur les Marquises et la Polynésie française. Une traduction française : Journal de bord du Snark (Hachette, 1938). Voir également : A.G. Day, Jack London in the South Seas, New York, 1971.

LONGCHAMPS, Léon (1850)

Gérant de plantation.

Né le 14 mars 1850 à Saint-Christophe (I.-et-L.). Chef artificier d’artillerie de marine. Débarque à Papeete le 11 septembre 1875 du transport Var venant de Brest. Libéré à Papeete le 1er octobre 1879. Gérant de la plantation de Micheli à Arue puis en novembre 1885 est garde-magasin de la marine aux Subsistances, à Papeete. Rentre en France en 1886 où il meurt. Il avait épousé, le 19 décembre 1885, à Papeete, Henriette Keck.

LORIS, de son vrai nom Dominique Fabien Téréran

Artiste-peintre.

D’origine italienne. Arrive à Papeete en 1932 où « Loris a découvert la lèpre, les contrastes les plus horribles, les visions les plus caricaturales. Et la copie directe qu’il a transcrite rejoint les déformations systématiques des satiriques… Ce renchérissement confère aux dessins de Loris une amertume excessive et terrible », dit Jean Cassou, dans l’introduction à une exposition des dessins de Loris, en février 1937, à Paris, Galerie Billiet. Loris exposait aussi des gouaches. A son arrivée à Papeete, Loris était accompagné par R. Parry qui fit paraître chez Gallimard, grâce à A. Malraux, le premier recueil de photographies tahitiennes. Ces deux artistes vivent maintenant à Paris.

LOTI, Pierre, pseudonyme de Louis-Marie-Julien Viaud (1850-1923)

Marin, écrivain et dessinateur.

Né à Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime) le 14 janvier 1850 d’une famille protestante par les maternels et ayant compté beaucoup de marins. Sort du Borda en 1869. Reçoit le 1er novembre 1871, à Valparaiso, l’ordre d’embarquer sur la Flore, frégate à hélice de 14 canons et de 425 hommes d’équipage. C’est comme aspirant de majorité du contre-amiral de Lapelin dont la frégate, commandée par le capitaine de vaisseau Juin, porte la flamme, que Loti découvre l’Océanie. Touche l’île de Pâques, du 4 au 7 janvier 1872 ; passe cinq jours à Nuku Hiva, aux îles Marquises) pour arriver à Tahiti le 29 janvier 1872. La frégate demeura sur rade à Papeete jusqu’au 23 mars, date de son départ pour San Francisco. Elle devait séjourner à nouveau à Tahiti après un mois en Californie, du 26 juin au 4 juillet, date de son retour en France, via Valparaiso. Ces horaires d’escale assurèrent à Loti cinq jours aux Marquises et, en deux séjours, soixante-quatre jours à Papeete. Il retrouvait dans cette ville le souvenir de son frère disparu, le médecin Gustave Viaud qui y avait passé trente-six mois, dix ans plus tôt. Depuis l’âge de 16 ans, Loti tenait son journal. Malheureusement les pages se rapportant à sa première escale à Papeete n’ont pas été conservées. Seules demeurent celles concernant son second séjour. Elles nous permettent du reste de reconstituer sa vie. Il vit à terre autant que l’y autorisent ses obligations professionnelles et y fréquente la « société » locale : fonctionnaires, négociants et aristocratie indigène : la Reine Pomaré IV, les princes et les princesses de sa suite. Le bain matinal, les visites entrecoupées de réunions de musique, de séances de dessin et de promenades, la recherche de jolis coquillages, l’étude de la langue maorie occupent alors ses journées. Il mange au cercle — c’est là qu’il revêt son uniforme pour aller le mercredi soir au bal du Gouvernement, car il s’est fait couper un paréo !… Le soir il se promène rue de la Petite-Pologne — les Champs-Élysées du cru — « arrêté par tout le monde, … j’avais des amis partout »… Quelques-unes des journées du séjour de Loti à Tahiti furent employées à la recherche d’une descendance possible de son frère. La vahine Taïmaha (de son vrai nom Tarahu) avait, hélas ! abusé de la candeur de Loti en lui affirmant qu’elle avait eu deux fils de son frère Gustave (Rouéri ou Rutave, en tahitien). Un voyage en baleinière à Moorea, le samedi 29 juin 1872, lui permit de constater que l’âge des enfants interdisait d’authentifier cette paternité et que Taïmaha avait menti. Loti était reconnu, à bord de la Flore, comme ayant un bon coup de crayon. L’amiral, lors du passage à l’île de Pâques, l’envoie tous les jours à terre « en corvée de dessin », avec mission de lui rapporter des vues du pays comme souvenirs. « J’ai été très occupé ce mois-ci avec les dessins que l’amiral m’a commandés… il m’a fallu travailler d’arrache-pied, par une chaleur affreuse, et faire, souvent, jusqu’à cinq éditions d’une même image. Il y en avait pour le Ministre, pour l’Amiral, le Commandant… etc., etc. Tout le monde en voulait » (Corresp. inédite, 1865-1904, lettre à sa sœur Marie, janvier 1872). L’intérêt pris autour de lui à ses dessins donna sans doute à Loti — il était sans fortune et d’une famille endettée — l’idée de monnayer son talent et d’envoyer de ses productions à des journaux illustrés. D’où ces séries qu’il fit parvenir, accompagnées de textes explicatifs, à sa sœur Marie ou à sa tante Nelly Lientier et qu’elles présentèrent au Monde Illustré et à l’Illustration qui les feront graver et publier. On connaît ainsi, outre ses « séries » de l’île de Pâques, trois douzaines de crayons concernant Tahiti Moorea et Bora Bora, ainsi qu’une quinzaine de dessins marquisiens. Ces paysages, ces scènes de vie journalière, ces portraits (Pomaré, la Reine Vacheku), ces objets indigènes, ces tatouages constituent une documentation précise et témoignent d’un réel talent de dessinateur. Son premier ouvrage, Aziyadé, paru en janvier 1879, ayant connu quelque faveur, son éditeur Calmann-Lévy lui demanda un second roman. C’est avec son « journal », les articles envoyés en France à l’Illustration, les lettres à sa famille et ses souvenirs que l’auteur d’Aziyadé écrivit Rarahu, cette romantique idylle polynésienne entre un officier de marine et une Tahitienne. Il ne s’agit nullement là d’un roman autobiographique. Loti ne resta certes pas insensible aux charmes de ses faciles amies de Papeete, mais il ne paraît pas avoir été retenu particulièrement par l’une d’elles. La rêveuse Rarahu est une inconsistante Tahitienne de rêve. Loti l’a avoué lui-même : « Ce ne sont plus des mémoires comme Aziyadé. La vérité n’est respectée que dans les détails. Le fond de l’histoire n’est pas vrai ; j’ai combiné plusieurs personnages réels pour en faire un seul : Rarahu, et cela me semble une étude assez fidèle de la jeune femme maorie » (Lettre à Plumkett, 24 février 1879). Précisons également que les dates mentionnées par Loti dans son livre sont toutes fausses. S’il a resserré sur Rarahu, afin de lui donner plus de consistance, des traits dispersés, il a élargi le cadre chronologique de son récit pour en augmenter la vraisemblance. Le nom de la plupart des personnages est maquillé ; un caractère « anglais » a été donné à l’ensemble. On doit donc sourire des récits des voyageurs en mal de découvertes pittoresques et de précisions relatant des rencontres avec la compagne de Loti (Georges Froment-Guiesse, interprété par Henri Duvernois, Annales du 13 novembre 1910) ou des candides marins du Dumont-d’Urville restaurant sa tombe à Bora Bora (Cols bleus, 2 novembre 1957). Rarahu s’appelait légion. En même temps que le Flore — 425 hommes d’équipage ! — une autre frégate française, la Néréide et un transport, le Jura, relâchaient à Papeete. Cela faisait un bon millier de mâles célibataires en bordées successives, sans compter plusieurs quarterons de galants officiers. L’un d’eux, Joseph Bernard, le grand ami de Loti, a pu écrire : « Quand vient le soir, toute la population est sur pied et… se concentre vers la Petite-Pologne. En France, cela s’appellerait un lieu de prostitution. A Tahiti, la Petite-Pologne est simplement une rue. Mais il faut faire complet abandon des idées qui ont cours, en Europe, sur les mœurs, admettre en principe la débauche… sans frein, la licence, aussi… naturelle que celle des bêtes sauvages » (Association internationale des amis de Pierre Loti, juillet 1934, p. 5). Comment penser que les compagnes occasionnelles de Loti aient pu conserver, vingt ou trente ans plus tard, le moindre souvenir d’un quelconque aspirant. Maillon anonyme perdu dans la chaîne sans fin de leurs éphémères liaisons ! Encore que les lecteurs et la critique se soient, au dire même de Loti, singulièrement mépris sur ses intentions : « Le charme polynésien leur a échappé, et il n’y avait que cela dans le livre ! » Rarabu, d’abord publié en feuilleton par Juliette Adam dans la Nouvelle Revue, connut un vif succès de libraire, et valut à son auteur, avec la notoriété littéraire, un pseudonyme qui deviendra son nom. Hormis Brunetière qui parle de « verroterie romantique », la critique fut unanimement enthousiaste pour l’œuvre « exquise, moitié roman, moitié voyage, d’une saveur délicieuse et troublante » (A. Daudet). Et, à Paris, cet hiver-là, les femmes du monde dans le train, terminaient leurs lettres par quelques salutations à la tahitienne. Loti donnera du Mariage, en 1898, une édition illustrée, en partie par lui-même. Dès 1892, il fut question de porter Le Mariage de Loti à la scène avec M.P. Giffard et le compositeur Robert Planquette l’auteur des Cloches de Corneville. Cette œuvre ne vit jamais le jour. Massenet s’y intéressa également ; finalement ce fut un élève du grand compositeur qui réalisa le projet. L’Île du Rêve, poème de Loti, André Alexandre et Georges Hartmann, musique de Reynaldo Hahn, fut représenté à l’Opéra-Comique le 23 mars 1898. Des essais d’adaptation cinématographique du Mariage furent tentés, qui jamais n’aboutirent. Hormis Le Mariage de Loti, les écrits de Loti concernant Tahiti sont peu nombreux : fragments du Journal intime ; un souvenir marquisien publié sous le titre : Un vieux collier (Echo de Paris, du 19 octobre 1899, recueilli dans le Château de la Belle au Bois dormant, 1910) ; un article suscité par le bombardement de Papeete en 1914 : Tahiti et les sauvages à la couenne rose (Le Journal, Paris, 9 octobre 1914, recueilli dans la Hyène enragée, 1916) ; et quelques lettres à sa sœur qu’on trouvera dans sa Correspondance inédite (Calmann-Lévy, 1929). Mais si Loti en écrit peu, jamais il n’oubliera Tahiti. Dix ans après son passage dans l’île de sa jeunesse, il écrivait à son ami Pouvillon : « La Polynésie, que j’ai aimé ce pays-là ! Ces plages de corail, ces bois où on n’entend aucun bruit, ce je ne sais quoi d’insaisissable qu’il y a là-bas et qui hante encore mon imagination d’une étrange manière » (3 juillet 1881). Vingt ans passent encore et il écrivit à son ami Vedel : « Ces archipels lointains où j’ai passé des années de ma prime jeunesse, ont laissé en moi leur étrange et ineffaçable empreinte… Je garde un coffre où dorment des fleurs de Polynésie, de pauvres souvenirs sauvages, une mèche coupée dans une lourde chevelure. Et les mots humains jamais ne rendront la mélancolie primitive qui s’exhale encore pour moi, de ces choses… » Il dira même un jour : « J’ai maintenant deux patries : Tahiti et la Saintonge ! » En même temps que sa carrière militaire — il quitta la marine en 1910 comme capitaine de vaisseau — Loti poursuivit une brillante destinée littéraire qui l’introduisit à l’Académie française à 40 ans en 1891. Il mourut à Hendaye (Basses-Pyrénées) le 10 juin 1923. Son corps repose à Saint-Pierre d’Oléron, dans ce domaine patrimonial de la « maison des aïeules » qu’il avait choisi pour sa sépulture. Soizante-deux ans après le passage de Loti à Tahiti, André Ropiteau réussissait à faire élever à Papeete, dans le vallon de la Fautaua, au lieu dit « le bain Loti », un buste et une stèle, œuvre du sculpteur Philippe Besnard. L’inauguration eut lieu le 14 juillet 1934. Cet hommage lui était bien dû. Le Mariage s’inscrit à la suite du voyage de Bougainville parmi les ouvrages ayant le plus contribué à maintenir vivant le mythe de l’île heureuse, et à attirer vers Tahiti un nombre toujours plus croissant de visiteurs pour lesquels le Mariage de Loti reste la bible d’un facile paradis terrestre. On ne connaît aucune photographie de Loti à Tahiti. Mais sa silhouette d’aspirant nous est familière, grâce à un portrait tiré en mai 1872 à San Francisco, entre les deux escales de Tahiti.

Bibliographie. On trouvera une excellente bibliographie de Pierre Loti dans : Talvart et Place, Bibliographie des auteurs modernes de langue française, t. 12, 1954, p. 255-317. — En ce qui concerne l’œuvre proprement tahitienne de Loti, mentionnons que l’édition originale du Mariage de Loti parut sous le titre : Rarabu, idylle polynésienne, par l’auteur d’Aziyadé, Paris, 1879. Les exemplaires, avec ce titre et cette date, sont rarissimes. Cette édition originale ne comporte pas de grands papiers. A partir de la 6 édition, 1884, la mention : « par l’auteur d’Aziyadé » fait place à : « par Pierre Loti ». Une édition du Mariage de Loti, avec des illustrations de l’auteur et de A. Robaudi, parut à Paris, en 1898. Elle est certainement la plus curieuse des éditions du Mariage, ayant été illustrée, en partie par l’auteur lui-même, d’après des documents originaux recueillis sur place, à l’époque. Les principales illustrations sont, outre des vues de paysages, les portraits de Huamabine, p. 15, Ariitéa, p. 26, Vaekehu, reine des Marquises, p. 104, 110, d’une Fille des Pomotous, p. 140, La reine Pomaré, p. 166, Titaua, p. 168, La reine Moé, p. 180, Taimaba, p. 199. — Le Mariage de Loti fut assez souvent réédité, et parfois en éditions de luxe. Avec des aquarelles de Maurice de Becque (Paris, 1927). — Avec des illustrations de Jean-Gabriel Domergue (Paris, 1936). — Avec des illustrations de Jacques Boullaire (Paris, 1954). Cette dernière étant de beaucoup la meilleure, tant du point de vue artistique que du point de vue documentaire. — Le mariage a été traduit en allemand : Die Ehe des Lieutenant Grant (Hagen, 1886) et en anglais : The Marriage of Loti (Rarabu). — Raymonde Lefèvre, dans la collection des grands événements littéraires (Paris, 1935), a donné une excellente introduction littéraire, historique et critique au Mariage de Loti. On y trouvera, notamment, la liste de tous les articles qui saluèrent l’apparition du livre en 1880. — Fernand Vandérem, dans un article du Bulletin des bibliophiles (Paris, 1 février 1926, p. 49-53) intitulé : Sur un exemplaire du Mariage de Loti, a signalé l’exemplaire de la collection A. E. Lang, avec des annotations manuscrites de Loti en vue d’une nouvelle édition. Loti rétablissait les noms propres français et redonnait un air français aux personnages. Mais cette édition n’a jamais paru. — Outre les quelques articles mentionnés dans le texte de cette notice, Loti a encore écrit une préface aux Poésies d’un marin du vice-amiral de Jonquières (Paris, 1911). En ce qui concerne Loti dessinateur, voir : G. W. Bird, Pierre Loti, correspondant et dessinateur, 1872-1889 (Paris, 1947) et Claude Farrère, Cent dessins de Pierre Loti (Paris, 1948), ouvrage qui comporte un chapitre, p. 55-88, sur le Flore à Papeete et qui reproduit vingt-quatre dessins de Loti concernant la Polynésie française.

LOUBAT, Guillaume (le Père Ferréol). 1819-1867

Religieux picpucien.

Né à Castelnaudary (Aude), le 2 août 1819. Profès en 1848 ; prêtre en 1850. Part à Tahiti en 1851. On le trouve s’occupant d’école en 1854 aux Tuamotu. Fatigué il va se reposer aux Gambier chez le Père Laval en janvier 1865. Repart pour Valparaiso l’année suivante, et meurt à Paris le 16 juillet 1867.

LOVATELLI, Comtesse

Italienne, d’origine grecque.

Installée à Papeete dans les années 30, entre les deux guerres mondiales. Elle monte, à côté du restaurant « Le Diadème », un salon de thé qui se doublait d’un Foyer intellectuel touristique et artistique, « lieu de rencontre pour touristes, personnes venant des districts, amateurs d’art, de bridge, d’échecs et de philatélie ». L’entrée y était libre. Il y avait également là un salon de lecture et une bibliothèque de prêt avec des volumes en français et en anglais. Cette personne, théosophe convaincue, organisa également, dans le cadre de son tearoom, une loge théosophique où mélangeant le yoga, la sagesse chinoise et les pratiques de la Christian Science, la comtesse, avec ses fidèles, étudiait la nature pour en pénétrer les mystères et la dominer. Une très belle femme, avec des yeux noirs de charbon. Elle circule, vêtue d’une tunique de satin blanc, très digne, drapée d’un péplum. Elle avait un grand sens de sa dignité, des gestes hiératiques et le don de la mise en scène. A côté des auditeurs libres, elle possède une douzaine d’étudiants. Elle les mène assez rudement, les fait payer, car c’est à eux de pourvoir à ses besoins. Elle vivait aux crochets d’une dame Lequerré à laquelle elle avait promis de lui faire retrouver son fils disparu. Le dentiste W. J. Williams témoigna d’un attachement actif au mouvement. Le juge de paix intérimaire J. Dedeym s’en ira vivre dans un monastère de l’Inde après son initiation tahitienne. Le pharmacien Gaudin, qui devait mourir dans l’accident d’aviation de Barhein en 1951, le Dr F. Cassiau, l’architecte Chabana, Pedro Miller comptèrent parmi les adeptes les plus marquants de la comtesse dont les abracadabrantes divagations tournèrent alors bien des têtes à Papeete. On voit en effet circuler dans la ville un petit feuillet périodique, imprimé sur du papier de couleur, intitulé : Loge unie des théosophes, paraissant sans nom de gérant, mais qui doit avoir la comtesse comme inspiratrice. On parlera même de messes noires et de séances de magie. L’influence de la Comtesse dura peu. Trois ou quatre ans au maximum. Elle rentre en France et serait morte à Paris.

LOVY, René (1897-1945)

Pasteur missionnaire de la Société des Missions évangéliques de Paris.

Né à Valentigney (Doubs) le 31 mai 1897. Converti à une foi vivante par l’Armée du Salut, R. Lovy après la guerre de 1914-1918 et des études incomplètes, offre ses services à la Société des Missions évangéliques de Paris. Elle le désigne pour remplacer à Raiatea le missionnaire des îles Sous-le-Vent, Ch. Vernier sur le point de partir en congé. Quitte la France le 14 juillet 1922. Son caractère jovial et pratique, sa parole facile et imagée, sa connaissance rapide de la langue tahitienne, le rendent vite populaire aux îles Sous-le-Vent. Il aide bientôt les indigènes à se passer des Asiatiques pour la vente rémunératrice de leur vanille ; il aimerait les voir fonder une coopérative pour la vente d’autres produits. Gazé pendant la guerre, il ne peut résister longtemps aux épreuves du climat et à d’autres difficultés. Aussi rentre-t-il en France, avec sa famille, en 1927 et quitte la Société. Il meurt le 27 août 1945 à Valentigney après avoir été aumônier militaire au Maroc. Il avait épousé Nina Pétrequin et aura d’elle, à Tahiti un fils Étienne, 1923, et une fille Lucy, 1924. — On trouva dans ses papiers, après sa mort, les éléments d’une grammaire tahitienne. Elle sera publiée par L.-J. Bouge sous le titre : Grammaire de la langue tahitienne, Paris, 1953.

LOWGREEN, Hjalmar (1943)

Peintre amateur.

Né le 3 décembre 1943 à Mooréa. Commence à peindre de bonne heure, encouragé par M. Marcel Pin, Conseiller du district et peintre lui-même. Son père est un ami intime du peintre Leeteg d’où de nombreux contacts avec la peinture. Expose régulièrement avec le groupe des artistes tahitiens au mois de juillet. Fait partie depuis son origine du « Centre d’Art abstrait » et participe à ses diverses manifestations tant à Papeete qu’à Paris.

LOXTON, James (1809-1834)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 4 septembre 1833. Arrive, jeune marié à Tahiti le 23 mars 1834. Peu après est envoyé à Raiatea pour y remplacer J. Williams durant une absence. Il y meurt, le 28 juillet. Sa femme retourne en Angleterre. T. Aveling a consacré quelques vers à la tombe de ce jeune missionnaire. On les trouvera sous le titre : « The missionary grave » dans : The Christian Keapseake and missionary annual, London, 1837, p. 101-104.

LUCAS, Auguste (1804-1854 ?)

Marin, puis négociant.

Né à Bangon, Belle-Isle, le 6 mars 1804. Capitaine de la Marine marchande. Épouse Zoé Bellais, à Rochefort, en 1830, dont il aura deux enfants : Mathilde, Rochefort, 1833, et Dolorès, Valparaiso, 1835. Fait un voyage sur la Trophy Mathilda ; connait des ennuis au passage du Cap Horn ; est en mars 1935 à Valparaiso. Autre voyage sur un trois-mâts, l’Oriental, en 1839, avec sa famille. L’Oriental se perd sous le phare de Valparaiso alors qu’il avait à son bord des élèves qu’il voulait former à la marine. Le naufrage ayant eu lieu de jour, et par temps calme, le capitaine Lucas eut à se défendre, sur place, contre de fâcheuses imputations. Il séjourne ensuite en Nouvelle-Zélande où, avec son frère, le capitaine S. M. Lucas, il aurait spéculé sur les terrains. Arrive à Tahiti, sans grandes ressources en 1839. Il y restera 8 ans. Actif, Lucas est bientôt propriétaire à Faaa. Et un peu plus tard, deux navires, l’Anonyme et la Mathilda et Dolorès circuleront pour ses affaires, l’un des navires paraissant même lui appartenir. Il a ouvert à Papeete une boutique d’articles de nouveauté. « Le moyen d’échange était parfois de l’or, et d’autres fois de rares écailles d’huîtres d’une forme très belle. » Les Mémoires du Père Laval nous montrent, en 1841, Mme Lucas, arrivant à Rikitea, îles Gambier, venant de Papeete sur un navire battant pavillon anglais avec deux filles « dont l’une était déjà grande ». Mme Lucas vient à Mangaréva « pour faire le commerce de la nacre ». Elle la paie 40 $ le tonneau. Mme Lucas s’entendra assez mal avec le Père Laval qui refuse de lui donner l’hospitalité dans son presbytère, la déclare « fille d’un geôlier », analphabète, de mauvaises mœurs, et ne consent pas à lui laisser donner des leçons de couture aux filles des écoles. Il ajoute qu’arrivée « en simulant la dévotion » elle repartit en « jouant les esprits forts ». Elle se dirigeait vers Valparaiso où elle allait conduire ses enfants en pension dans une école privée. A Papeete, avec Joseph Brémond, Arnaud Mauruc, François Rouge, Desentis, et quelques autres, Lucas fait partie du petit groupe des Français de Papeete qui signe, en mai 1842, une demande de protection adressée au consul américain Blackler. Il est donc fort mal avec Moerenhout. Pendant les troubles, les indigènes épargnent sa plantation, mais la police indigène de Moerenhout dévaste tout chez lui. Dupetit-Thouars nous apprend la raison de son inimitié pour Moerenhout : Lucas s’est ouvert à lui sans vergogne de son désir de se voir nommer à sa place, consul de France. En même temps, Lucas s’entremet auprès de la reine Pomaré pour tenter de l’empêcher de faire sa soumission. Cet ambitieux aux suspectes initiatives se présente comme un tempérament procédurier à l’extrême. Il mène de front les affaires politiques et les affaires judiciaires. Tout un dossier des archives de la France d’Outre-Mer est rempli de procédures concernant Auguste Lucas. Il attaque par exemple un sieur Ollier, restaurateur à Tahiti, l’accusant d’avoir offert 18 onces d’or à un administrateur de la marine pour obtenir 3 000 litres de vin, et ne pas avoir à restituer 12 barriques empruntées aux stocks militaires. Son nom figure à toutes les juridictions ; justice de paix, tribunaux indigènes, police correctionnelle, conseil de guerre et jusqu’à la cour de cassation. « Il a successivement tout abordé et se fait condamner partout » écrit Bruat au ministre le 8 avril 1848, qui ajoute : « Mais sur le terrain judiciaire, je ne pouvais tolérer ses excentricités. » Lucas avait en effet publié un factum contre les gouverneurs Bruat et Lavaud intitulé : Mémoire sur les colonies françaises des îles de la Société, établissant par des faits accompagnés de preuves légales : 1° qu’il était possible, dans tous les temps, d’administrer le pays à l’état de paix, en réduisant considérablement les dépenses ; 2° que rien n’est plus facile, en ce moment, que de réparer les maux qui se sont accomplis, et d’administrer Taïti et les îles environnantes au profit exclusif de la France et, à la rigueur, sans y faire un centime de frais, par Auguste Lucas résidant (sic) français à Papeete, suivi d’un dialogue entre Pomaré et l’Auteur, d’un traité de la reine et de deux de ses lettres adressées au même. Ce pamphlet était paru à Paris en 1848 et comportait 26 pages. Il comprenait les documents concernant la part prise par « Auguste Lucas, français en résidence à Papeete, aux affaires de Tahiti et notamment des correspondances échangées avec la reine Pomaré, le commandant d’Aubigny, l’amiral Dupetit-Thouars, etc. « Cette brochure, annonçait Lucas dans une note terminale », n’est que l’extrait d’un manuscrit plus étendu intitulé Enquête sur les événements de l’Océanie ou résumé des faits qui se sont accomplis dans ces contrées de 1837 à 1847, par A. Lucas négociant à Paëti, mémoire de 300 pages qu’il communique au contre-amiral Verninac de Saint Maur, alors ministre de la Marine, avec une lettre injurieuse. Lucas dans ce long mémoire, se livre à des attaques acerbes contre l’administration, les décisions judiciaires, la politique religieuse, l’utilisation des fonds. Lucas est alors en résidence à Belle-Isle-en-Mer (Morbihan). Rentrée en France en 1848, l’année suivante la famille Lucas part aux États-Unis et se fixe d’abord à Preston County, West Virginia ; puis deux ans plus tard à Cincinnati. Auguste meurt là. Il signe invariablement son nom, en l’accompagnant des trois points qui semblent indiquer son appartenance à la franc-maçonnerie locale. Nous n’avons jamais rencontré de portrait de lui.

Bibliographie. Archives de la France d’Outre-Mer, Paris : Océanie. Série F., dossier n° 12, 1848-1852. — Mémoires de Mangaréva, Ère chrétienne, par le Père Laval. — L. Jore, L’Océan Pacifique au temps de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, 1959. — Nous tenons également beaucoup de détails sur Lucas d’un de ses descendants américains, rencontré à Paris en 1969. — Sur Lucas, voir également la singulière histoire de l’Oriental-Hydrographe, (Bulletin du comité Nantais de documentation historique de la marine. Nantes, n° 2, 1970, p. 17 - 35).

LUCAS, Charles (1861-1927)

Marin, fonctionnaire et colon.

Né le 27 septembre 1861 à Laval (Mayenne). Arrive à Tahiti comme marin de la flotte en 1881. Congédié en 1884. Sera en 1886 secrétaire du Parquet de Papeete. Nommé agent spécial aux îles Tuamotu en 1887. Capitaine au petit cabotage en 1888. H. Bodin (B.S.E.O., t. 4, p. 174) écrit de lui : « Le plus modeste des hommes de bien, il dépensa à Katiu pendant trente-cinq ans des trésors d’humanité. » Fut le fondateur du premier syndicat agricole aux Tuamotu. Au moment des cyclones, la caisse de son syndicat avait des réserves qui sauvèrent l’île de la disette. Apprend aux indigènes l’usage des engrais et les soins à donner aux cocotiers. Il était chevalier du Mérite agricole. Décédé le 27 septembre 1927 à Katiu. — De son union, le 26 janvier 1886, à Papeete, avec Alice Bonnefin, 1859, sont nés dans cette même ville trois enfants : Jeanne, 1886. — Amélie, 1888. — Lucie, 1892, épouse, en 1910, Albert Woodward. — Ces trois filles vont vivre aux États-Unis, en 1917. — Leur père divorce en 1899.

LUCAS, Jean-Joseph

Un Jean-Joseph Lucas ayant épousé à Paris Irma Poissard en a un fils Jean-René, né le 30 avril 1822, qui viendra comme marin à Tahiti en 1843 et y fait souche.

— Un Joseph Lucas a une fille, Maraetafaa Lucas, née à Faaa en 1830 de son légitime mariage avec une Tahitienne nommée Teraiharoa a Tehinarii. Maraetafaa donnera le jour le 23 mai 1848 à une fille naturelle Raihoa à Maraetafaa Tehiarii qui épousera à Papeete, en 1863, Alexandre Laurent et se remariera à Edmond Liais. — Il semble que ces deux Joseph ne soient qu’un seul et même personnage. — Par ailleurs, il n’est pas impossible que ce Joseph Lucas, et Auguste Lucas, mentionné plus haut, ne soient frères.

LUCAS, Jean-René (1822-1895)

Propriétaire, commerçant et fonctionnaire.

Né le 30 avril 1822 à Paris (Seine). Arrive à Tahiti en novembre 1843 par l’Uranie. Congédié à Papeete en 1846. En 1856, on le trouve commerçant dans la presqu’île de Taiarapu, au district de Vairao ; vers 1870, il est installé à Taravao, Afaahiti et propriétaire dans l’isthme. Il apparaît dans les Annuaires administratifs, en 1879, comme greffier-notaire à Taravao. Depuis lors, il figure presque sans arrêt comme fonctionnaire dans ce district où il demeure, jusqu’à sa mort, avec des titres divers : agent du trésor en 1885 ; greffier des tribunaux, huissier et notaire en 1890 ; agent spécial remplissant les fonctions de greffier-notaire en 1894. Les mêmes documents nous le montrent, en 1883, possédant une patente comme marchand de 4 classe et débitant. Il est également interprète pour la langue tahitienne dans le district. Est envoyé à Paris lors de l’Exposition Universelle de 1889. C’est là que naît son fils Édouard. Rentre par les États-Unis et meurt à Taravao le 1 juin 1895. De son union, à Taravao, le 19 mars 1878, avec Tauatua à Mahutatua sont nés : Joseph, 1882-1935 qui épouse Julie Chaudon et aura onze enfants. — Charles, 1884-1903, célibataire, qui meurt à Papeete en 1903. — Édouard Terii, né à Paris, 2 arrondissement, en 1889, cultivateur et exploitant, qui épouse en 1910 Louise Cécile Bordes, 1893 ; de ce mariage survivent quatorze enfants. Hippolyte Ariioehau, 1911, cultivateur, épouse en 1929 Jeanne Lehartel, 1911, sept enfants. Édouard Teriitua, 1912. Amélie Teumere, 1914. Émile Tuterai, 1915, épouse Thérèse Lehartel. Ernest Faahira, 1917. Paul Tematerai, 1918. Marcel Maono, 1920. Ferdinand Félix Taputu, 1921. Georges, 1923, infirmier à Taravao. Camille Temechu, 1924. Arthur, 1925. Rosalie Haamoura, 1927, épouse Osmond Jamet. Lucien, 1931, instituteur. Wilfred, 1933, professeur à Papeete.

LUCETT, Edward (1815-1853)

Négociant.

Né à Haling, Middlesex (Angleterre), le 18 juillet 1815. Un des commerçants de Papeete à l’origine du protectorat français. Sous le pseudonyme de : A merchant long resident at Tahiti, il publia en 1851 un ouvrage en deux volumes : Rovings in the Pacific, 1837-1849, où il raconte, avec des sentiments anglais, la prise de possession de l’île par les Français. Il meurt à Papeete le 29 septembre 1853. Sa tombe existe encore au cimetière de Tipaerui. — De son union avec Mary Hunter est née une fille Blanche, 1848 ; le Dr François Johnston et Alexandre Salmon sont témoins de ce baptême. — On trouverait une bonne description des 4 immeubles possédés par Ed. Lucett à Tahiti dans l’acte de vente publié par le Messager de Tahiti du 18 mars 1855. L’immeuble situé sur la plage comoortait : « une magnifique et superbe maison d’habitation à un étage avec galerie, magasin, bureau et six chambres au premier, etc. »

LUND, Eddie (1909-1973)

Compositeur de musique et impression.

Né à Vancouver (Washington, U.S.A.) le 12 octobre 1909. Études au lycée de Vancouver et à l’université de Portland. Participe dans l’armée américaine à la Seconde Guerre mondiale. Arrive pour la première fois à Tahiti comme touriste et habite chez le chef de Papara. Se fixe définitivement comme résident dans l’île en 1938, intéressé par la musique indigène et compose lui-même sur des thèmes locaux. Sera une quinzaine d’années le directeur du « Quinns », le célèbre cabaret tahitien ; quitte cet établissement pour se consacrer complètement à tous les problèmes musicaux de la Polynésie française. Comme artiste, compose de nombreuses chansons tahitiennes et des airs de danse dont il assure personnellement, grâce à un équipement moderne, l’enregistrement sur des disques qui connaissent le succès et portent aux quatre coins du monde les rythmes tahitiens, compose deux opérettes, l’une ayant trait au mouvement de la Résistance française et l’autre à Jeanne d’Arc. Il est l’auteur d’une messe donnée chaque année à Noël à Papeete. Homme actif, Eddie Lund organisait des soirées et des manifestations de bienfaisance pour divers organismes tahitiens. Décédé à Los Angeles le 4 décembre 1973.

LUNDRINGER, Joséphine (1853-1935)

Sœur Rosule.

Religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny. Née le 2 juillet 1853 à Inhersheim (Haut-Rhin). Fait profession à Paris le 8 décembre 1876. Débarque du navire français Bossuet, le 1 septembre 1877, à Tahiti. Institutrice à l’école des sœurs de Papeete. En 1892 est envoyée à Rikitea, îles Gambier, avec les Sœurs Désirée Briens et Marie-Gaspar Mayer. Ces trois sœurs s’occupent d’une trentaine d’enfants tous internes. L’école sera fermée par l’Administration en 1905. Un ouvroir tenu par les sœurs fonctionna jusqu’en 1909. La Sœur Rosule rentra à Tahiti en 1906 où elle continua à instruire les Tahitiens, faisant la classe enfantine jusqu’en 1920. Après un séjour de soixante et un ans dans le territoire, consacré à l’éducation de la jeunesse océanienne, meurt à Papeete le 20 septembre 1938, regrettée des parents et de ses élèves, de près de trois générations.

LYND, Andrew Cornelius (1766-1807)

Matelot, colon et aventurier.

Né à Stockholm, ce Suédois déserte à Tahiti du Dedalus, capitaine New, en février 1793, en même temps qu’un certain Peter Haggerstein. Pomaré les prend sous sa protection et s’en sert. En 1797, lors de l’arrivée du Duff, Lynd et Haggerstein servent d’interprète. On retrouve Lynd dans la guerre connue dans les annales tahitiennes sous le nom de Tamai a Raua. Il ne fut pas le moins cruel de la troupe qui marcha sur Atahuru et en massacra tous les habitants qui y étaient restés : mais Pomaré, qu’il a sauvé, ne se l’attache pas. Lynd se met au service du capitaine Turnbull et l’accompagnera dans différents districts hostiles à Pomaré. Sa renommée était si grande qu’on lui faisait des propositions avantageuses pour changer de parti et abandonner Pomaré. Celui-ci, qui a vent de l’affaire, se réconcilie avec Andrew le Suédois, en lui donnant une pièce de terre. Bien qu’atteint de l’éléphantiasis, il était actif et courageux. Il meurt en 1807. — Il figure sur la fameuse gravure anglaise représentant la Cession de Matavaï aux Missionnaires du « Duff » en 1797.

M

MAC COHANA, Lawrence (1894)

Peintre américain.

Née le 8 août 1894 à Centerville, (Ind.) U.S.A. Passe à Tahiti en 1932 et expose à son retour, aux États-Unis, en décembre 1933, des portraits et des paysages dans les Galeries de la Morton High School, sous les auspices de la Richmond Art Association. Cf. Who’s who in America Art, 1, 1 36.

MAC DONALD, William Alister (1861-1956)

Artiste peintre.

Né le 12 juillet 1861 dans le Sutherlandshire (Écosse). Fils d’un pasteur, il est orphelin de bonne heure et s’intéresse fort jeune à la peinture. Il travaille dans une académie, à Londres, tout en gagnant sa vie à la Westminster Bank. A la suite d’un voyage sur des bateaux de pêche dans la mer du Nord, il expose à Londres avec succès, quitte son bureau et vit de son art. C’est à cette époque, entre 1895 et 1920, qu’il exécute des aquarelles du vieux Londres dont une très importante série devait entrer, en 1936, au Guildhall Art Gallery, à Londres. Mac Donald avait le goût des voyages : il circule, le pinceau à la main, en France, en Italie, en Sicile. Il aimait aussi à s’installer à bord d’un tramper et à jouir des choses de la mer. Aussi arriva-t-il à Tahiti peu après la Première Guerre mondiale. Les ciels, les lagons et les montagnes l’enthousiasmèrent et il s’installa d’abord à Patutoa, puis à Pirae. Après un retour en Angleterre, il devait revenir à Tahiti, vivant alors à Paea. Au début de 1939, devant les menaces de guerre, il retourne en Angleterre, prétendant, malgré ses 70 ans « to do his bit ». La guerre terminée, il eut bien du mal à rejoindre l’Océanie devant les difficultés administratives de l’époque et ce n’est qu’en 1951 qu’il peut regagner Tahiti. Il se construit alors un petit fare à Paopao, Moorea, où il meurt le 11 août 1956, âgé de 95 ans, la vue affaiblie, mais travaillant encore quelques jours avant sa fin. — Marié assez tardivement en Angleterre où sa femme tenait l’Arlington Gallery (Old Bond Street) à Londres. Mrs Lucy Mac Donald ne vint jamais en Océanie. Un fils, né de cette union, mourut jeune dans un accident de régates. D’une femme de Rapa, Tipari Tuera, Mac Donald eut une fille, Avril, qui épousa un lieutenant du port de Makatea, et qui, veuve avec quatre enfants, vit à Moorea. Uniquement intéressé par son art, Mac Donald était un homme calme, de mœurs fort simples, communiant avec la nature, détaché des richesses, vivant de peu et sans aucun train de maison. Au directeur anglais de l’Artist Fund qui, sur la fin de ses jours, lui proposait une aide matérielle, il répondit : « Tant que j’ai six mois d’avance, je n’ai besoin de rien. » D’une humeur vagabonde, il circulait souvent dans les îles, allait passer une saison de plonge aux Tuamotu, ou quelques semaines chez des amis en Californie ou en Nouvelle-Zélande. Zane Grey, Norman Hall, Murnau, Flaherty et Jean Wilmet furent ses amis, ce dernier étant en outre son factotum à Papeete et son homme de confiance. Mac Donald a laissé sur Tahiti et l’Océanie française de nombreux dessins ainsi que des travaux épisodiques — il dessinait des entêtes de lettres ou des Christmas pour de riches visiteurs et c’est lui que la Compagnie française des Phosphates de l’Océanie chargera de décorer son stand lors de l’Exposition coloniale de Paris en 1931. Mais ses aquarelles demeurent la meilleure partie de son œuvre. C’était un remarquable aquarelliste, technicien consommé, en même temps qu’artiste sensible et délicat. Il est aussi à son aise dans la fantasmagorie lumineuse d’un coucher de soleil derrière Moorea que dans la hardiesse tragique et austère des pics de la baie de Cook. Il a laissé des œuvres très nombreuses. Elles sont parties au loin, au jour le jour, emportées comme souvenir par des visiteurs ou elles sont conservées pieusement par les Tahitiens qui y retrouvent leurs paysages familiers. Les plus belles ont des subtilités lumineuses et aériennes qui font penser à des Turner. Une aquarelle de Mac Donald valait, en 1930, de 150 à 300 F. Lors de l’exposition de soixante-six aquarelles qui suivit sa mort, à la librairie Tillet, en avril-mai 1957, les prix offerts varient de 2 500 à 4 000 F C.F.P.

Bibliographie. E. Chancellor, London Landmarks. Lord Wakefield’s gift to the Guildhall Art Gallery (Apollo, London, Nov. 1936, p. 257-262, ill.). — W. Smith, He paints in Tahiti (P.I.M., April 1954, p. 79-80, ill., portr.).

MACÉ, Henry (1851-1883)

Patron au bornage.

Né le 31 mars 1851 à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine). Arrive à Tahiti vers 1870, quartier-maître de manœuvre à bord de la Mésange. Congédié en fin 1872 à Papeete. Élève pilote. Titulaire, le 24 janvier 1877. Révoqué le 25 août suivant. On le trouve employé aux Ponts et Chaussées. En 1883, il est patron au bornage et propriétaire d’un cotre avec lequel il se livre à la navigation sur les côtes de Tahiti et Moorea. Meurt à Papeete le 27 septembre 1883.

MAC FARLANE, nom d’emprunt d’un Anglais nommé MAC TAVISH qui vécut une trentaine d’années à Moorea, s’occupant de la culture de la vanille pour laquelle il était très compétent, y ayant une propriété agréable où il recevait des amis et l’indigène Puoro qui, aux temps de sa jeunesse, avait été l’accordéoniste de Pomaré V

La rumeur publique faisait de Mac Farlane « a respected citizen of a capital city of one of the great Dominion of the British Empire… a man of culture and a member of the Upper chamber of the Dominion Parliament », attiré en Polynésie par son dégoût de la civilisation industrielle.

Une autre source, confirme cette rumeur. Mac Tavish aurait été un temps membre du Parlement canadien.

MACHECOURT, Claude (1898-1944)

Comptable et peintre.

Né à Tahiti, le 31 décembre 1898, fils d’Hippolyte Machecourt, 1862, magasinier du service colonial et de Tumataarii à Maurai. Études chez les Frères, à Papeete, et à Grenoble. Engagé volontaire au cours de la Première Guerre mondiale en 1917. Blessé et gazé. Rentre à Tahiti au début de 1921 et s’y marie le 9 juin à Pauline Houzé (divorce en 1926). Y fait d’abord de la peinture en amateur, travaillant comme caissier à la Banque de l’Indochine de 1923 à 1933. Abandonne cette situation pour se donner tout entier à son art et se retire à Tautira où il crée un petit hôtel. Y meurt en avril 1944. Expose à Papeete en 1928. On le considère localement comme « le premier peintre tahitien ». « Claude Machecourt, écrit L. Sasportas dans le Monde Colonial illustré, aime son pays en artiste. Il en aime la lumière, cette lumière spéciale à l’île, si claire, si limpide, si fluide, si difficile aussi à représenter. Il en aime le ciel qui la réfracte sur la mer, lui communiquant ces teintes tendres d’opale, ces reflets de nacre, ces couleurs de feu. » L’article reproduisait deux toiles pointillistes de Machecourt : Opaero (les roseaux) et Mareburebu (la tombée de la nuit).

MACHETEAU, Emmanuel (1816-1867)

Propriétaire.

Né en 1886 à Montoire (Loir-et-Cher). Soldat d’artillerie de marine, débarque à Tahiti vers 1857. Libéré du service vers 1860. S’installe à Papeete comme sellier. Quelques années après, y est propriétaire. Meurt à Papeete le 30 avril 1867. — De son union, le 2 janvier 1863 à Papeete, avec Marie Brelle, 1845, est né Emmanuel, 1865.

MCKEAN, Thomas Smith (1807-1844)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Garlieston, Wigtonshire (Écosse) le 17 février 1807. Études à la Theological Academy de Glasgow. Pasteur à Kirkwall, Orkney, en juillet 1838. Le missionnaire M. Hill, venu quêter dans sa paroisse en septembre 1840, l’oriente vers les missions. Les directeurs de la Société Missionnaire de Londres le nomment, le 13 mars 1841, à Tahiti : « Les choses, après avoir été brillantes, réclament une main ferme et l’expérience du ministère. » Il se marie en mars ; reçoit sa désignation officielle, à la Weigh House Chapel, Londres, le 8 juin ; s’embarque sur le Cairo le 16 juin. Un fils lui naît à bord. Après y avoir fait escale, quitte Sydney le 3 janvier 1842 et arrive à Tahiti le 14 février. Reçu par les missionnaires R. Thomson et G. Stallworthy qui viennent de revenir des Marquises et par Mrs Pritchard. Il est placé à Waugh Town station, Haapape, Matavai Bay, où le missionnaire Ch. Wilson, qui occupe le poste depuis 1818 et vient de se retirer du ministère, se charge de l’initier. Prêche son premier sermon en tahitien le 16 décembre 1842. Le dimanche 30 juin 1844, étant à Haapape pour un service dominical, avec ses confrères Wilson et Howe, le village est pris dans les opérations des troupes françaises. Le gouverneur Bruat, au passage, lui adresse la parole : « Vous n’êtes pas venu me voir chez moi ; c’est moi qui viens vous rendre visite ! » et lui fait donner un laissez-passer pour se rendre à Papeete. Il est frappé peu après dans sa maison d’une balle perdue et tué sur le coup. Un médecin de l’Uranie ne peut que constater le décès. — Sa tombe, une plaque de marbre, existe encore, non loin de celle de son collègue Nott décédé la même année, jouxte le temple d’Outu Aiai, dans le district d’Arue. Elle porte : REV. T. S. MCKEAN, M. A. MISSIONARY OF THE LONDON MISSIONARY SOCIETY SHOT AT HIS DOOR DURING THE FIGHT AT POINT VENUS JUNE 30 1844 AGED 37. Le Rév. Joseph A. Miller a écrit sur lui une notice biographique : Memoir of the Reverend Thomas S. McKean, M. A., missionary at Tahiti, who was killed by a musket-shot, during an engagement between the French and the natives on the 30th of June 1844. London, J. Snow, 1847, VI, 208 p., 17 cm. On y trouve une lettre de McKean à sa sœur Anne datée de Matavai le 23 mars 1842, p. 114-119 et donnant ses première impressions ; une lettre de pure piété à ses anciens paroissiens, de Kirkwall, p. 132-137 ; une lettre des directeurs de la L.M.S. datée de Londres le 31 mai 1841 lui donnant des instructions, une ligne de conduite et des conseils sur la politique à tenir envers les Français ; enfin une lettre adressée le 11 juillet 1844 par le Rév. W. Howe à Mrs McKean, alors à Tahaa et lui racontant la mort de son mari. Mrs McKean, 1806-1872, retourna avec ses enfants en Angleterre où elle arriva le 27 janvier 1845.

MACKENZIE, Philip (1905-1961)

Photographe.

Américain. Travaille aux États-Unis comme assistant-directeur dans un studio de cinéma. Passe à Tahiti comme touriste en 1939. S’y installe définitivement en 1944, avec sa femme. Artiste de valeur, Mackenzie a un style qui lui est bien personnel. On sent dans ses travaux qu’il a fait du cinéma. Il choisit habilement ses sujets, soigne ses compositions, étudie ses éclairages, présente des clichés tirés avec soin. Il a aidé le cinéaste-conférencier américain Carl B. Brink pour la prise de vue de son film sur « Tahiti », et rendu le même service à plusieurs compagnies australiennes et néo-zélandaises. Il est chargé de la publicité de la Teal. Collabore avec Jacques Chegaray pour l’illustration de l’album : Tahiti l’enchanteresse (Paris, 1956). Décédé à Papeete le 10 janvier 1961. Marié et sans enfants, il avait adopté à son arrivée à Tahiti une jeune Tahitienne.

MAC KITTRICK, Bob (1891)

Marin et commerçant.

Originaire de Liverpool. Passe pour la première fois à Papeete le 16 juillet 1911 par le quatre mâts goélette Sophie Christenson. S’y retrouve un peu plus tard sur le trois mâts S.N. Castle, venant de San Francisco. Quitte le navire et va faire du coprah à Hapapani, sur la côte nord de Nuku Hiva. Voyage comme subrécargue sur la Jeanne d’Arc. Veuf en 1922 après deux ans de mariage il tient le magasin de la Compagnie navale à Puamau, Hiva Oa ; puis passe à celui de Taiohae, Nuku Hiva, beaucoup plus important. Après la liquidation de la Compagnie il devient agent de la Maison Donald à Atuana. En 1944, il retourne à Taiohae et s’installe à son compte. Naturalisé français, il est chevalier de l’ordre d’Anjouan. — Épouse en 1920 Louise Litchlé de Uahuma. De cette union, un fils Robert, 1922, qui participe à la Seconde Guerre mondiale comme aviateur dans une escadrille française de bombardement basée en Écosse. Navigue, après la guerre, dans le Pacifique sur un navire danois. Revient se fixer aux Marquises vers 1953 après avoir épousé à Papeete une demoiselle Ellacott. Ouvre un magasin. Deux enfants. — Bob Mac Kittrick épouse en secondes noces, en décembre 1932, la veuve Taupu, de Taiohae, Augustine Hina Tuteatua Raiehitu.

MACLET, Jean-Noël (1902)

Agronome.

Né le 24 octobre 1902 à Villefranche-sur-Saône (Rhône). Pépiniériste-viticulteur à Villefranche. Arrive à Tahiti comme visiteur en 1947, et en mars, rentre au service de l’agriculture. Il deviendra chef de la station de Pirae qui s’occupe principalement de la multiplication des plans de reboisement, des arbres fruitiers et des agrumes. Travaillera un temps, de 1948 à 1951, à Atimaono à des greffages et à des plantations d’agrumes. Au centre de Pirae, il s’occupe principalement de la documentation. Depuis 1953, il a reçu la charge de la propriété d’Harrison Smith à Motu Ovini, propriété qui deviendra le Jardin botanique de Papeari où il se charge d’abord du recensement et de l’identification des plantes, puis qu’il transforme en un parc qui est une des curiosités naturelles de l’île. Par ailleurs, guidé par un sens très sûr du végétal, passionné de son métier, M. Maclet a pu acclimater à Tahiti de nombreuses espèces florales dont les plus décoratives parent une collection qu’il a plaisir à faire visiter. — De son union avec Nora Nimau est née une fille, Ilona. — Jean-Noël Maclet a livré le fruit de son expérience et de son labeur en de nombreuses contributions botaniques concernant la Polynésie française.

MADELAINE, Hippolyte (1871-1966)

Peintre normand.

Fait un premier séjour de huit mois en Polynésie française en 1936. Y retourne, pour un an, en 1938. Circule dans les îles Sous-le-Vent et aux Marquises. Ce terrien, habitué aux vieilles pierres de Rouen, se passionne pour la beauté souveraine des paysages tahitiens et les aventures maritimes. Il en rapporte plus de deux cents toiles. L’artiste admire aussi les merveilleux poissons qui vivent parmi les pâtés de coraux et a su, au prix d’un travail patient, en fixer leurs multiples aspects. A son retour expose, à Rouen, en avril 1937 et en janvier 1939. Le premier catalogue fut préfacé par Georges Ferré, le second par Alain Gerbault. Décédé à Rouen, le 20 novembre 1966.

MAGYARI, Joseph (1913-1947)

Photographe.

Né à Païa-Mare, Roumanie, le 19 mars 1913. Arrive à Tahiti en mars 1934. Après avoir travaillé quelque temps dans le bureau du Hollandais Freiboth, amateur de photographie, il ouvre boutique et s’installe à Mamao, puis avenue du Prince Hinoi, enfin à Papara au P.K. 38,5 au bord de mer. La clientèle vient volontiers se faire photographier. « Le dimanche c’était plein. » Il fait surtout du portrait, des groupes familiaux ou des mariages. On aime les agrandissements qu’il colorie. C’était un bricoleur qui travaillait aussi le cuir et la nacre. Meurt d’un accident de circulation à Punaauia en 1947. De son union, le 1 juillet 1939 avec Gisèle Taahitua Fagu, est né un fils, Charles Teva, 1942 ; après des études en France, épouse, en 1965, Élisabeth Hio : deux enfants.

MAHANA, Donat (1848-1923)

Interprète et fonctionnaire.

Né en 1848 à Hitiaa, Tahiti. A 14 ans fait partie des Tahitiens envoyés en France avec le prince Tuavira Joinville pour y étudier chez les Frères de Ploërmel à Nantes. De retour à Tahiti en 1866, il débute dans l’administration locale comme élève interprète de langue tahitienne. Titulaire vers 1868. Sert aux Affaires indigènes. Démissionnaire de son emploi, il travaille à Atimaono à l’exploitation Soarès sur la Terre Eugénie. Vers 1875, il tente sa chance aux îles Tuamotu, à Anaa. Est agent de la ferme de l’opium dans ces îles en 1877. En 1884, reprend du service dans l’administration. Est nommé interprète à l’île Fakarava, Tuamotu ; agent spécial et greffier-notaire en 1888, fonctions qu’il remplira pendant de très longues années, dans cet archipel. En 1904, on le trouve à Rikitea, Gambier, exerçant les mêmes fonctions jusqu’en 1906. Rend de très grands services à l’administration aux îles Tuamotu et Gambier. Il est un des premiers, avec le résident des Gambier de l’époque, à avoir visité les îles sauvages des Tuamotu de l’Est, et à prendre contact avec leurs populations. Mahana est connu et estimé des officiers de marine des bâtiments de la station locale auxquels il a souvent rendu des services grâce à ses connaissances maritimes et linguistiques. Revient définitivement à Tahiti en 1907 ; est un an employé aux Travaux Publics ; prend sa retraite à Papeete où il meurt le 26 février 1923. De son union en 1872, à Anaa, Tuamotu, avec Haamoetua a Reia, sont nés : Taioa, 1872-1926, épouse le 24 décembre 1901, à Pirae, son beau-frère Terihina a Tauraa, quatre enfants. — Aumai, 1874-1947, épouse Charles Bernière. — Teumere, 1875-19 ?, épouse, le 14 avril 1894, à Papeete, Terihina a Tauraa, six enfants. — Catherine, 1879, épouse, le 28 janvier 1905, à Papeete, Mouarii Hintzé : sept enfants.

MAI (c1780-1864 ?)

Roi de Bora Bora.

Lors du passage de Cook à Bora Bora en 1769, le pouvoir dans l’île est partagé entre la dynastie des Mai et celle des Puni a Faanui. Après 1801, Mai semble seul maître. Il adopte le christianisme en 1815. Et on le voit figurer en 1818 dans la chapelle de Fare lors de son inauguration. Ellis le cite comme ayant favorisé l’installation de la mission dans son île et en fait un promoteur d’un genre de vie « moderne » : il a fait enlever le foin qui couvrait le sol de sa maison pour le remplacer par un matériau plus compact et plus hygiénique. Il adopte, en 1820, les lois de Raiatéa. Mais, dans la suite, il semble se relâcher et, vers 1830, Mai, « naguère si zélé chrétien, prend plusieurs concubines » — on lui prête seize enfants — et vit d’une « manière que même l’ancienne coutume n’aurait pas tolérée ». Remet le pouvoir à Bora Bora à Ta-poa II, tout en conservant une situation importante dans l’île : on le voit s’opposer à l’établissement du Protectorat dans les îles Sous-le-Vent. René Calinaud, un savant magistrat local, s’intéressa à la famille Mai et la bibliothèque de la Société des Études Océaniennes conserve un précieux Rapport de recherches généalogiques sur les héritiers Mai, établi en 1966. Voir également sur Mai, Teuira Henry, Tahiti aux temps anciens, 1962, p. 268-269. Mai, un surnom qui veut dire « malade », est un nom rencontré fréquemment en Polynésie. Le célèbre Omai, par exemple, était un manabune de souche roturière. Calinaud cite 8 branches de Mai certainement apparentées au roi de Bora Bora. En ayant travaillé d’ailleurs sur d’autres sources que celle de M. Calinaud, nous n’avons retenu que celle du Pasteur Tehapai et celle de la famille Vincent. — Voir également sur la généalogie des Mai : K. P. Emory, Stone remains in the Society islands. Honolulu, 1933.

MAI, Richard (1931-1973)

Huissier de justice.

Né à Fakarava, il fait ses études au petit séminaire, puis à l’école des Frères de Papeete. Fondateur des Scouts marins dont il s’occupera toute son existence. Débute en 1954 comme huissier-audiencier lors des tournées foraines aux Tuamotu. Accepte en 1961 de suppléer Me Pierre Assaud, le seul huissier de Papeete, qui avait en lui une parfaite confiance et appréciait le dévouement sans limites. Il prendra sa succession quelques années plus tard. Le barreau et les magistrats de Papeete avaient pour ce collaborateur une haute estime. « Parfaitement honnête, consciencieux dans la préparation et la délivrance des exploits qui lui étaient confiés à temps et à contretemps, Richard Mai n’avait pas le cœur durci par l’expérience de cette besogne souvent ingrate et chacun appréciait son humanité dans l’exercice de ses fonctions », déclara Me Gérald Coppenrath le jour de ses obsèques à la cathédrale de Papeete. C’était un bon musicien qui animait la chorale de la Papenoo. Il composait également et, lors de ses funérailles, on exécuta une messe écrite par lui. Il est décédé à la fleur de l’âge le 27 décembre 1973 à Papeete.

MAI, Tehapai Maheanuu (1830-1886)

Plus connu sous le nom de Maheanuu a Mai.

— Pasteur protestant. Né le 9 mai 1830 à Bora Bora. Petit-fils du grand chef Mai de Bora Bora, tenant du clan du Maro Tea. Oncle de Teriinavahoroa, femme de Tamatoa V, roi de Raiatéa, fils de Pomaré IV. Descendant d’une très ancienne et puissante famille des îles Sous-le-Vent, souvent en lutte avec le fameux conquérant Puni. — Intronisé pasteur protestant autochtone en 1852, il est désigné par le gouverneur Page, le 1 juin de la même année, pour exercer son ministère au district de Faaa dont il demeurera le pasteur jusqu’à sa mort le 19 juin 1886. Homme influent en même temps que très écouté des Tahitiens et partisan sincère de la France, Mai jouera un rôle important dans les rapports entre l’administration française et la royauté tahitienne. C’est ainsi que son action sera efficace pour décider Pomaré V à faire don de ses états à la France et que sa signature figure dans la déclaration d’annexion. Membre du Conseil supérieur des Églises tahitiennes, il sera également juge, Toohitu, à la Haute-Cour. Il recevra la nationalité française en 1880. De son union, en 1846, à Punaauia, avec Terii-taumaiterai Tepau a Tati, 1830-1890, petite fille du grand Tati, sont nés : Temauiarii, 1849-1911, épouse, le 28 février 1866, à Papeete, Teriimaevarua Pomare, reine de Bora Bora. Veuf, en 1873, il épouse Tehuiarii a Mai, une de ses parentes, en 1885. De cette union sont nés : Horoi, 1887-1929 ; Nariitetauaru, 1885-1935 ; Terii-tauniua, 1887 ; Teuravahine, 1890 ; Ida, et Airo-roanaa, 1894 (jumeaux). — Moe, 1850-1890. — Tebaeretua, 1851. — Teibotu, 1853. — Ninito. — Taurua, 1861-1918 — Tepau, 1865-1904. — Tetuaara, 1867-1911. — Matautau, 1869. — Terii-tahi, 1873-1918.

MAIGRET, Louis (le Père Désiré). 1804-1882

Religieux picpucien.

Né le 14 septembre 1804 à Maillé (Vienne). Profès en 1822 dans la congrégation. Prêtre à Rouen le 20 septembre 1828. Envoyé comme missionnaire en Océanie en 1834, est destiné aux Gambier où il arrive le 9 mai 1835. En 1840 est envoyé aux îles Sandwich dont il sera nommé vicaire apostolique en 1846. Meurt à Honolulu le 11 juin 1882.

MAIN, Edward (1772)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Tailleur. Célibataire. Fait partie, comme artisan, du premier contingent envoyé en Océanie par la Société. Quitte l’Angleterre le 10 août 1796, sur le Duff. Arrive à Tahiti, le 6 mars 1797. Après un an, découragé par les difficultés de l’œuvre, gagne la Nouvelle-Galles du Sud par le Nautilus. A Sydney, le 14 mai 1798, il cesse d’appartenir à la Société.

MAINGUY, Jean (le Frère Anthème). 1879-1932

Religieux des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel.

Né à Guillac (Morbihan). Prend l’habit le 19 mars 1896. Enseigne onze ans aux États-Unis et en Angleterre. Arrive à Tahiti en mars 1914. Y reçoit, le 19 avril, la direction de l’école. Reprendra en mains la discipline un peu négligée et les programmes d’étude après le long et débonnaire directoriat du Frère Alain Guitton. A son arrivée, l’école compte 188 élèves groupés en cinq classes. Entretiendra de bonnes relations avec les autorités de la colonie. Lors de la terrible épidémie de grippe espagnole, en 1918, sous sa direction, les Frères se font « infirmiers, postiers, téléphonistes, pharmaciens » pour aider malades et services publics, et « distribuent des secours dans le secteur ». Fait, « à la satisfaction générale », poser l’électricité à l’école. Dès 1915, commence à prévoir la construction de la nouvelle école (54 × 12 m) qui est inaugurée et bénie en 1920. Reçoit le 18 juillet 1922 son changement de poste et sa nomination en France. Part dès le lendemain. Il laissait une école comptant 297 élèves, dont 60 pensionnaires. Meurt accidentellement à Jersey, où il était directeur de la maison générale de l’Institut, le 5 septembre 1932.

MAITERE, Tuarae A. (1883-1959)

Institutrice, Miriama a Ura est née à Moerai (Rurutu) le 27 avril 1883.

Possédant le brevet local, elle est nommée institutrice en août 1918. Épouse Tuarae Maitere le 7 sept. 1901 et, en 1934, restera veuve avec 16 enfants — encore en a-t-elle perdu 4 en bas âge. Après avoir occupé différents postes, elle sera institutrice dans la presqu’île, à Teahupo et surtout à Vairao en 1924. Elle est pensionnée en septembre 1943 après 25 ans de services. « Brave femme dans toute l’acceptation du terme, Mme Maitere fait tout ce qu’elle peut pour les enfants et ne ménage ni son temps ni ses peines » note un gouverneur qui la connaît bien. Les inspecteurs en tournée sont parfois moins enthousiastes : « Elle manque d’aptitudes… Elle n’est nullement douée pour l’enseignement… Sa culture générale laisse à désirer… » Fort heureusement un rapport d’inspection nous permet de prendre une vue exacte de la situation de la seconde classe de l’école de Vairoa en 1939. Nous y apprenons d’abord que la classe contient 42 garçons et 46 filles ! « 86 bambins dont les plus jeunes n’ont pas six ans, et qui sont divisés en deux divisions. — On reste pantois devant ces effectifs pléthoriques dont les premiers éléments ne savent pas un mot de français ! — Le registre d’appel est tenu convenablement… La salle de classe est propre. Mais il faudrait l’égayer, la décorer à ce point de vue. Je recommande vivement à Mme Maitere de s’abonner à un journal pédagogique pour classes enfantines… » La ligne suivante du rapport prouve cependant que l’institutrice n’a pas eu besoin de journal pédagogique pour se tirer de la situation malheureuse où la laisse l’administration : « Les ardoises étant en nombre insuffisant, la maîtresse a eu la bonne idée de remédier à ce défaut en faisant dessiner des lettres sur la table des enfants à l’aide de coquillages »… « Bonne idée, remarque l’inspecteur, mais il ne saurait remplacer l’exercice d’écriture propre- ment dit (à qui la faute, M. l’inspecteur ?) car les enfants ne s’entraînent pas ainsi au maniement délicat du porte-plume ou du crayon… L’emploi du temps est correct… Les enfants se tiennent bien. Ils sont propres… Le niveau moyen est très faible. Cependant ceux de la première division parlent un français assez correct. les enfants sa- vent quelques textes de récitation… » A la tête d’une classe de 86 enfants, on reste déjà surpris des résultats obtenus par Mme Maitere. Un autre ins- pecteur semble avoir vu plus juste et trouve la for- mule qui explique tout : « Mme Maitere aime les enfants et les traite avec douceur… Elle est très es- timée dans le district. » Elle meurt à Papeete le 28 juillet 1959. Que toutes les institutrices anonymes de la Polynésie française reçoivent à travers elle l’hommage dû à leur humble et précieux travail.

MALARDÉ, Georges (1870-1933)

Fils de Paul.

Commerçant et propriétaire. Né le 2 juin 1870 à Brest (Finistère). Arrive à Tahiti en 1872 avec ses parents. Retourne en France faire ses étu- des au lycée de Rochefort. Y est admissible à Navale, mais atteint par la limite d’âge fait son service dans l’infanterie de mari- ne. Rejoint ensuite Tahiti. Attaché au Parquet de Pa- peete, puis, en 1899, subs- titut du Procureur de la République. Propriétaire à Auae, Faaa, y meurt le 6 octobre 1933. De son union, en 1899, avec Ga- brielle Lagarde, 1872- 1927, sont nés : Jean, 1899-1950, chef du servi- ce d’hygiène à Papeete ; quatre enfants : Henri (†1958) ; Louis qui achève ses études de médecine en France ; René, fixé à Nouméa ; Jean, épouse Hélène Palmer, vit en Nouvelle-Calédonie. — Marie, 1902, épouse en 1926 Émile Bouzer († 1958), fonctionnaire, interprète et chef du cabinet du Gouverneur, trois filles, Gabrielle, Michèle et Andrée qui épouse J.-B. Le Caill. — Rose, 1906, épouse Me Guilpain. — Yves, 1908.

MALARDÉ, Hippolyte (1867-1937)

Fils de Paul.

Né à Vanves (Seine) le 2 août 1867. Propriétaire à Mataïea. Après quinze ans de service aux spahis en Tunisie, rentre à Papeete et s’y marie. Mobilisé sur place pendant la Première Guerre mondiale, il prend une part active à la défense de Papeete lors du bombarde- ment de la ville le 22 septembre 1914. En 1915, part en France comme engagé vo- lontaire. Chevalier de la Légion d’honneur le 25 décembre 1916. Rentre à Tahiti en juin 1918 comme commandant du dé- tachement local d’infanterie coloniale. En 1919 est propriétaire du do- maine d’Atimaono et de sa sucrerie qu’il revend en 1926. Maire de Papeete de 1920 à 1922. Retiré des affaires, meurt à Papeete le 15 juillet 1937. De son union, en 1902, avec Justine Raoulx, sont nés quatre enfants : Paul, 1903 ; Louis, 1911 ; Ro- ger et Raymond, 1912, tous fixés en France.

MALARDÉ, Dr Louis (1911-1967)

Né à Papeete le 1er juin 1930.

Études au collège La Mennais, et en France où il fait ses études de mé- decine. Diplômé de médecine tropicale et de l’École de santé publique de Rennes, il va égale- ment travailler à l’Université de Hawaii. Prend en 1967 la direction de l’Institut de Recherches de la Polynésie française. Emporté par un mal in- curable le 27 décembre 1967 sans avoir pu don- ner la mesure de sa haute valeur scientifique.

MALARDÉ, Paul (1818-1882)

Colon, in- terprète et négociant.

Né le 13 février 1818 à Quistinic (Morbihan). Arrive à Tahiti le 1er jan- vier 1844 comme matelot-mécanicien à bord du Phaëton, frégate à vapeur. Prend part à l’occupa- tion de l’isthme de Taravao, le 29 février 1844, au bombardement du district de Mahaena, le 25 mars, et aux combats dans ce district, le 17 avril. Se fait libérer, comme colon militaire, le 17 sep- tembre 1846. Quelques années plus tard on le trouve « propriétaire et éleveur » à Taravao, rem- plissant les fonctions d’interprète pour le gouver- nement dans cette partie de l’île. Puis propriétaire à Auae (Faaa) et négociant, quai du Commerce. Passe en France de 1864 à 1872, date à laquelle il vient se fixer défi- nativement dans l’île. Meurt à Pa- peete, le 4 avril 1882. Il était membre du Conseil d’admi- nistration depuis 1880. — De son union, à Papeete, le 9 juin 1862, avec Zoé Geor- get, 1844-1933, sœur d’Étienne Georget, sont nés : Hippolyte, 1867-1937. — Georges, 1870-1933. — Mme Paul Malardé, devenue veuve, se remariait le 6 fé- vrier 1883 à Ernest Tabanou.

MALARDÉ, Yves (1908)

Homme d’affai- res.

Fils de Georges. Né le 7 décembre 1908. Étu- des chez les Frères. Entre à 15 ans aux Établissements Donald. Prend en 1950 la direction des Éta- blissements Bald- win et, en 1954, celle de la Société Franco-Océanienne qu’il dirigera jus- qu’en 1971 en ayant des inté- réts dans cette affai- re. Cofondateur, en 1935, avec Henri Grand et Mme Sigogne de la Croix-Rouge française à Papeete. Vice-président fondateur avec Jean Solari du Lions Club en 1960. Consul des Pays-Bas en 1965. Membre de la Société des Études Océaniennes depuis 1928, en devient le vice-président en 1971. Chevalier de la Légion d’honneur. On doit à Yves Malardé plusieurs ar- ticles dans le Bulletin de la Société des Études Océaniennes et dans celui du Lions Club où l’on trouvera des renseignements sur François Cardel- la, Félix Marie Lagarde, Félix Broche…

MALINOWSKI, Charles (1875-1932)

Colon.

Un Normand de Honfleur qui arrive comme militaire en Nouvelle-Calédonie où il prend son congé. Y épouse une Réunionnaise, Augustine Aymard, et prospecte pour Le Nickel. Arrive en Océanie française, embauché par les Phosphates de Makatea en 1913. Sera un temps commissaire de police à Papeete avant d’aller s’installer aux îles Sous-le-Vent. Il aura de nom- breux enfants, dont France, qui épouse le Capitaï- ne Penilla y Perella, retraité à Tahiti. — Sawa, employée au Trésor, épouse un Raoulx. — Wla- dislas, né à Nouméa en 1903. D’abord employé à la Compagnie Navale, travaille de 1924 à 1935 chez Donald comme subrécargue aux Tuamotu, puis comme manager aux Marquises. Entre aux Douanes, 1935 à 1963, où il finira sous-chef de bureau. Retraité, il travaille chez F. Cowan. Grand amateur de chasse. De son union, avec Éli- sabeth Arnaud, en 1932, à Papara, sont nés : La- dislas, 1936-1959, et Jean-Claude, 1944, licencié en anglais, professeur à Papara. — Anna Louise qui épouse Marcel Bégole.

MANGIN, Alfred (1852-1917)

Charpen- tier.

Né le 22 décembre 1852 à Saint-Vast-la- Hougue (Manche). Quartier-maître charpentier des équipages de la flotte à bord du navire de guerre Vire. Arrive à Tahiti le 20 avril 1875. Est détaché à l’arsenal maritime. Congédié le 8 juillet 1879. Exerce son métier à Papeete, pendant quel- ques années, puis va se fixer définitivement à Ri- kitea, Mangareva, où il meurt le 13 octobre 1917, en laissant une fille, qui épouse Peni Perry.

MANLIUS, Edmond (1853-1913)

Culti- vateur.

Né à Cayenne (Guyane) en 1853. Études au lycée de Nantes. Voyageur de commerce en France. Arrêté comme insoumis. S’engage dans l’infanterie de marine et est envoyé en Nouvelle- Calédonie lors de l’insurrection de 1878. De là est envoyé à Hiva Oa, lors de l’occupation. Libéré, il s’installe à Taaaoa, côte ouest d’Atuana, comme commerçant, agent du fermier de l’opium et planteur. L’Annuaire de 1883 le mentionne com- me un des membres du Comité agricole et indus- triel du groupe sud-est des Marquises. Il y figure encore, comme patenté, en 1897. Il fait du coprah et du café. C’était un homme riche, qui vivait en grand seigneur, entouré d’une nombreuse domes- ticité. Sa cave était fort bien garnie. Il meurt le 21 novembre 1913 à Taaaoa, laissant ses biens à la fille qu’il avait eue d’une Marquisienne, Piha Piheano, et qu’il avait fait inscrire à l’état civil sous le nom de Jeanne du Rivage Manlius. Elle épousera à Atuana, en 1931, Zacharie Touahaafeu, cultivateur. Décédée dans les années 40.

MANSON, Alexandre (1816-1887)

Industriel.

Né le 30 mai 1816 à Caen (Calvados). Se trouve à Tahiti en 1857, comme commis de magasin de la maison Hort et Brandet. Par son travail, son courage, et quelques fonds qu’il possède, crée une plantation de coton et de canne à sucre à Hamuta et Taaone (Pirae) vers 1865. En association avec Robin, monte une usine à égrener et à distiller ces produits. En 1869, ses propriétés sont en plein rapport. Est également armateur, en 1879. Membre du Comité d’agriculture et de commerce la même année. Conseiller général de 1886 à sa mort, survenue à Pare le 30 mars 1887. Sans descendance.

MAONI, Taataroa (1894)

Instituteur.

Né le 19 novembre 1894 à Teahupoo. Débute comme stagiaire, en 1911, à l’école de Mataiea, où il fera toute sa carrière d’éducateur. En 1912, est nommé directeur, fonction qu’il conservera jusqu’à sa mise à la retraite en 1955. Doyen des instituteurs tahitiens. Pendant son activité, forme de nombreux instituteurs. Se retire à Mataiea où il est propriétaire. Il est chevalier de la Légion d’honneur et officier d’Académie. De son union, le 27 juin 1914, à Mataiea, avec Albertine Chavez sont nés : Juana, 1919-1956 ; René, 1921 ; Henri, 1923, épouse, le 6 janvier 1958, à Papeete, Marcelle Anahoa ; Edmée, 1925-1943.

MAPOUTEOA, Grégoire (1857)

Roi des îles Gambier.

Dans les textes anciens, on trouve toujours Mapouteoa. Maputeoa serait plus régulier. Son père Mateoa s’étant suicidé, Mapouteoa prit, encore enfant, la succession de son grand-père Teoa et à sa mort fut soumis à des régents. Le régent fut tout d’abord le père d’un certain grand prêtre Matua et, à la mort de celui-ci, un nommé Kopunui. Durant la régence, le jeune Mapouteoa fut relégué sur une montagne sacrée où les usages voulaient que l’héritier présomptif de la chefferie habitât et fit son éducation jusqu’au jour où il exercerait l’autorité. A la majorité du roi, Kopunui essaya de conserver le pouvoir. Le parti de Mapouteoa ayant triomphé par les armes, Kopunui fut contraint de se réfugier sur les îles basses. Quelque temps après, Mapouteoa gracia Kopunui et celui-ci revinrent vivre à Mangareva. Kopunui aimait trop le pouvoir pour se tenir longtemps tranquille. Intelligent et hardi, l’ex-régent se lança dans l’opposition ; il s’éleva contre le choix de certains chefs et se mit à fronder les actes de Mapouteoa. Ayant détourné des partisans, il devint assez puissant pour aspirer à la place de Mapouteoa. Il visa le gouvernement dont il voulut s’emparer afin de substituer sa famille à celle qui régnait. L’arrivée des deux missionnaires picpuciens, les Pères Caret et Laval, le 7 août 1834, en créant dans l’archipel une nouvelle source de puissance et d’autorité modifia les rapports des forces politiques. Une menace venant des Tuamotu contribua encore à donner plus de puissance au Père Laval qui, d’abord mal vu par tous les Mangaréviens, finit par trouver des néophytes, s’attacher Mapouteoa, et, son désir de paix l’emportant sur les rivalités belliqueuses, à regrouper la population sous son commandement. Cependant Mapouteoa hésitait à abandonner ses dieux traditionnels et ce ne fut qu’à la suite d’une épidémie qui emporta bon nombre de ses sujets qu’il fit le dernier pas. Il laissa détruire ses idoles, fera dédier l’église de Taku le 21 janvier 1836 et sera solennellement baptisé le 25 août 1836 avec cent soixante catéchumènes, prenant le nom de Grégorio, en hommage à Grégoire XVI, le pape régnant. Sous l’impulsion du Père Laval, un code est instauré qui pose dans l’archipel les assises de la civilisation. Les visiteurs qui se succèdent, Duhaut Cilly et Mgr Pompallier, en 1837, Dumont d’Urville en août 1838, sont stupéfaits par ce qu’ils voient. Mapouteoa reçoit le commandant de l’Astrolabe avec beaucoup de « grandeur solennelle dans sa simplicité sauvage ». « Le brave Mapouteoa était assez proprement vêtu d’une redingote bleue, avec chemise, pantalon et chapeau… Avec tout cela il conservait un air contraint et même un peu confus que ne rehaussaient ni sa bonne mine, ni son extérieur, ni ses manières tout à fait plébéiennes… Bien que les missionnaires s’accordent à vouloir lui donner la réputation d’un esprit juste et qu’il avait fait inscrire à l’état civil sous le nom de Jeanne du Rivage Manlius. Elle épousera à Atuana, en 1931, Zacharie Touahaafeu, cultivateur. Décédée dans les années 40.

MANSON, Alexandre (1816-1887)

Industriel.

Né le 30 mai 1816 à Caen (Calvados). Se trouve à Tahiti en 1857, comme commis de magasin de la maison Hort et Brandet. Par son travail, son courage, et quelques fonds qu’il possède, crée une plantation de coton et de canne à sucre à Hamuta et Taaone (Pirae) vers 1865. En association avec Robin, monte une usine à égrener et à distiller ces produits. En 1869, ses propriétés sont en plein rapport. Est également armateur, en 1879. Membre du Comité d’agriculture et de commerce la même année. Conseiller général de 1886 à sa mort, survenue à Pare le 30 mars 1887. Sans descendance.

MAONI, Taataroa (1894)

Instituteur.

Né le 19 novembre 1894 à Teahupoo. Débute comme stagiaire, en 1911, à l’école de Mataiea, où il fera toute sa carrière d’éducateur. En 1912, est nommé directeur, fonction qu’il conservera jusqu’à sa mise à la retraite en 1955. Doyen des instituteurs tahitiens. Pendant son activité, forme de nombreux instituteurs. Se retire à Mataiea où il est propriétaire. Il est chevalier de la Légion d’honneur et officier d’Académie. De son union, le 27 juin 1914, à Mataiea, avec Albertine Chavez sont nés : Juana, 1919-1956 ; René, 1921 ; Henri, 1923, épouse, le 6 janvier 1958, à Papeete, Marcelle Anahoa ; Edmée, 1925-1943.

MAPOUTEOA, Grégoire (1857)

Roi des îles Gambier.

Dans les textes anciens, on trouve toujours Mapouteoa. Maputeoa serait plus régulier. Son père Mateoa s’étant suicidé, Mapouteoa prit, encore enfant, la succession de son grand-père Teoa et à sa mort fut soumis à des régents. Le régent fut tout d’abord le père d’un certain grand prêtre Matua et, à la mort de celui-ci, un nommé Kopunui. Durant la régence, le jeune Mapouteoa fut relégué sur une montagne sacrée où les usages voulaient que l’héritier présomptif de la chefferie habitât et fit son éducation jusqu’au jour où il exercerait l’autorité. A la majorité du roi, Kopunui essaya de conserver le pouvoir. Le parti de Mapouteoa ayant triomphé par les armes, Kopunui fut contraint de se réfugier sur les îles basses. Quelque temps après, Mapouteoa gracia Kopunui et celui-ci revinrent vivre à Mangareva. Kopunui aimait trop le pouvoir pour se tenir longtemps tranquille. Intelligent et hardi, l’ex-régent se lança dans l’opposition ; il s’éleva contre le choix de certains chefs et se mit à fronder les actes de Mapouteoa. Ayant détourné des partisans, il devint assez puissant pour aspirer à la place de Mapouteoa. Il visa le gouvernement dont il voulut s’emparer afin de substituer sa famille à celle qui régnait. L’arrivée des deux missionnaires picpuciens, les Pères Caret et Laval, le 7 août 1834, en créant dans l’archipel une nouvelle source de puissance et d’autorité modifia les rapports des forces politiques. Une menace venant des Tuamotu contribua encore à donner plus de puissance au Père Laval qui, d’abord mal vu par tous les Mangaréviens, finit par trouver des néophytes, s’attacher Mapouteoa, et, son désir de paix l’emportant sur les rivalités belliqueuses, à regrouper la population sous son commandement. Cependant Mapouteoa hésitait à abandonner ses dieux traditionnels et ce ne fut qu’à la suite d’une épidémie qui emporta bon nombre de ses sujets qu’il fit le dernier pas. Il laissa détruire ses idoles, fera dédier l’église de Taku le 21 janvier 1836 et sera solennellement baptisé le 25 août 1836 avec cent soixante catéchumènes, prenant le nom de Grégorio, en hommage à Grégoire XVI, le pape régnant. Sous l’impulsion du Père Laval, un code est instauré qui pose dans l’archipel les assises de la civilisation. Les visiteurs qui se succèdent, Duhaut Cilly et Mgr Pompallier, en 1837, Dumont d’Urville en août 1838, sont stupéfaits par ce qu’ils voient. Mapouteoa reçoit le commandant de l’Astrolabe avec beaucoup de « grandeur solennelle dans sa simplicité sauvage ». « Le brave Mapouteoa était assez proprement vêtu d’une redingote bleue, avec chemise, pantalon et chapeau… Avec tout cela il conservait un air contraint et même un peu confus que ne rehaussaient ni sa bonne mine, ni son extérieur, ni ses manières tout à fait plébéiennes… Bien que les missionnaires s’accordent à vouloir lui donner la réputation d’un esprit judicieux et réfléchi… tout ce que j’ai vu de lui ne m’a annoncé qu’un homme épais et borné. » Il reçoit des cadeaux, des compliments. Le tailleur de l’Astrolabe lui coupe un pantalon ; l’officier Marescot fait son portrait ; les artilleurs lui tirent des salves d’honneur. Pour satisfaire au désir du capitaine Mauruc, Mapouteoa, en 1832, avait accepté un pavillon pour les îles Gambier (blanc, coupé horizontalement par le milieu d’une bande bleu ciel, une étoile blanche au centre de la bande, une étoile bleue à chaque angle du fond blanc). L’indépendance mangarévienne signifiée par ce pavillon fut de peu de durée. En février 1844, lors du passage de la Charte, avec le C. de F. Pénaud, Mapouteoa « éclairé par les conseils du R. P. Liausu, ayant compris de quelle importance pourrait être pour lui la protection de la France, avait signé avec empressement un acte reconnaissant la souveraineté française et écrit à S.M. Louis-Philippe, roi des Français, lui déclarant « son désir de former un état libre et indépendant sous sa protection. » Demande qui ne fut d’ailleurs jamais ratifiée. Il mourut le 20 juin 1897 d’une maladie de poitrine. Sa femme Marie-Eudoxie sera nommée régente. Après une union avec une femme noble d’une grande beauté, dont les trois fils moururent, il épouse une roturière Marie-Eudoxie et aura un fils, Joseph, 1847, qui succédera à son père.

Bibliographie. Sur Mapouteoa voir le chapitre consacré aux Gambier par Caillot dans son Histoire de la Polynésie orientale, 1910, et en particulier la longue note des p. 420-422. Voir aussi P.A. Lesson, Voyage aux îles Mangaréva, 1845. — G. Cuzent, Voyage aux îles Gambier, 1872, et naturellement au tome 3, 1842, du Voyage au Pôle Sud et dans l’Océanie, ce que dit Dumont d’Urville de son escale à Mangareva en août 1838. — Du côté missionnaire voir G. Goyau, Le premier demi-siècle de l’apostolat des Picpuciens aux îles Gambier, 1928. Et surtout les Mémoires pour servir à l’Histoire de Mangareva du Père Laval.

MAPUHI a TEKURAVEHE (1850-1913)

Navigateur, charpentier de marine et commerçant.

Possède le brevet de maître au petit cabotage du 7 septembre 1891. Demi-blanc, de mère pomotu et de père anglais ou américain, il est originaire de Takaroa aux îles Tuamotu où sa maison existait, le long de la passe, vers 1920. Il vécut aux Tuamotu, s’y adonnant aux activités coutumières : récolte du coprah et plonge, ce à quoi il joignait la construction de quelques embarcations, car il était aussi charpentier de marine. Commerçant, il possède également des bateaux : le premier qui venait d’Europe ou d’Amérique, le Teavaroa, devait avoir plus de cent tonnes ; son dernier cotre se nommait le Titema. Pour ses affaires, Mapuhi avait souvent recours à son ami Mervin, un autre marin des îles, car si les mormons lui avaient appris à lire sa bible en tahitien, il était peu familier avec la tenue du grand livre et les comptes en anglais. Tous les fils de Mervin, Tetua, Taro, Sam, Tihoni (John), feront l’apprentissage de leur vie maritime aux côtés de Mapuhi. La tradition tahitienne prête à Mapuhi des qualités exceptionnelles de marin et des connaissances nautiques peu communes. En effet, non seulement il avait une parfaite pratique des Tuamotu qu’il connaissait à fond, mais il aurait possédé une réelle science des vents, des courants de la haute mer, de l’orientation sur les étoiles et le soleil, naviguant à l’œil avec une virtuosité qui en aurait fait comme le successeur des grands navigateurs polynésiens d’avant l’arrivée des Européens. Cette compétence aurait été reconnue par l’administrateur Marcadé, un ancien lieutenant de vaisseau, qui, résident aux Tuamotu, se serait reconnu le droit d’accorder à cet homme, qui ne possédait aucun des éléments de notre science nautique classique, son brevet de maître au petit cabotage. Un certain voyage de Marcadé de Papeete à Hikueru, sur la goélette de Mapuhi, est demeuré célèbre dans les annales maritimes de la Polynésie française. On toucha d’abord Mehetia où Mapuhi coupa du bois de tamanu pour ses constructions ; puis Anaa. Enfin, on mit le cap Hikueru. Les éléments étaient contraires. Marcadé voulant sans doute mettre le « capitaine » à l’épreuve, demanda à Mapuhi : « Quand arriverons-nous à Hikueru ? » C’était là une question qu’il n’était pas sage de poser à un capitaine au temps de la navigation à la voile. Et pourtant Mapuhi aurait répondu sans sourciller : « Demain matin nous serons aux abords de l’île. » Le fait se trouva vrai. D’où la réflexion de Marcadé : « On dirait que cet homme sent la terre, flaire le récif ! » — « En réalité, au moment où il répondait à Marcadé, Mapuhi, commente un marin, ayant une grande pratique des îles, voyait venir la brise du sud-est, Maraamu, en langage du pays. Il prévoyait deux bordées, l’une direction SSW, l’autre NNE, qui, grâce à la force bien connue de cette brise, lui permettrait d’atteindre pour le lendemain matin l’île d’Hikueru. Ce n’était pas sorcier, mais, pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude de nos îles, cela pouvait paraître très habile. » — Ceci dit, Mapuhi était un homme qui avait le sens de la mer ; sans doute avait-il pu, à l’école des vieux Takaroa, recevoir des enseignements utiles, enrichis, au cours de ses navigations, de ses expériences personnelles. Takaroa, aux temps anciens, était une île fréquentée et avait sans doute été le « port d’attache » du fameux Moeava, navigateur illustre de la Polynésie. Mapuhi était un colosse, haut de taille et de forte corpulence. Son visage au nez écrasé par un coup de marteau (ou par des séquelles de syphilis) était sans attraits. Malade d’un anthrax, à Reitoru, où il s’était transporté avec ses hommes pour la plonge, il demanda à être conduit chez lui à Takaroa où il mourut après un mois de maladie. C’était en 1913. Il semble qu’il ait eu deux femmes, Pumau et Tukua, selon ce qui était alors la coutume des Mormons. Il laissait à ses enfants, entre autres biens, l’île Marutea-sud. Ses nombreux descendants portent le nom de Dimos, qui semble avoir été aussi le sien.

MARA, Vaiere (1936)

Sculpteur.

Né en 1936 à Rurutu où son grand-père était sculpteur. Vient en 1946 à l’école à Papeete. Sculpte dès l’âge de 18 ans et travaille en compagnie de Kimitete, un sculpteur marquisien qui lui donne des leçons. Rentre en 1954 dans l’atelier créé par René Pailloux qui le laisse travailler à sa fantaisie et suivre ses goûts personnels. Après quelques années, s’installe à son compte et vit à Arue. Il est un des rares fabricants de curios à Tahiti qui possède une touche un peu personnelle et ait tenté, plus ou moins heureusement d’ailleurs, de sortir des sentiers battus. Les pièces sculptées qu’il tire de bois flottés ou de racines qui lui fournissent des thèmes sur lesquels il travaille, peuvent être considérées comme ses œuvres les plus marquantes. La Vierge, en possession du Dr Poussard, la Légende de Hina, qui orne l’hôtel du gouverneur à Papeete, peuvent être regardées comme de bonnes pièces de sculpture. Sa décoration « de planches » à l’hôtel Taaone est plutôt décevante. — Voir un article à son sujet dans le Journal de Tahiti du 27 mars 1964.

MARAU, Reine Joanna Marau Taaroa te pau (1860-1934)

Troisième fille d’Alexandre Salmon.

Née le 24 avril 1860. Éducation à Sydney. Épouse, le 28 janvier 1875, Arii Aue, 1839-1891, le second fils de la reine Pomaré IV, qui à la mort de sa mère, le 17 septembre 1877, régnera à Tahiti sous le nom de Pomaré V. Ce mariage, tout de convenances politiques, ne fut pas heureux. Le prince héritier avait déjà été marié à une fille du roi de Huahine et avait divorcé sans avoir d’enfants. Il vivait depuis lors avec sa belle-sœur, la princesse de Joinville. L’union de ce bon viveur, buveur et assez brutal, qui avait alors 36 ans, avec cette jeune fille de 14 ans, élevée à l’anglaise, dura peu. Après une courte période d’existence commune, les deux époux se séparèrent. Le prince héritier abandonna sa jeune femme et s’en retourna vivre aux environs de Papeete avec la princesse de Joinville. Marau rentra à la maison maternelle. Fine et cultivée, musicienne par atavisme, parlant plusieurs langues, la jeune femme souffrit grandement de cette situation. Lors de l’avènement du prince, en 1877, sous le nom de Pomaré V, les deux époux se rapprochèrent un moment, mais pour se quitter à nouveau quelque temps après. En avril 1879, la reine Marau a une fille. Le roi refuse de la reconnaître. « Cet enfant n’est pas de moi… Il ne convient pas qu’il me succède dans mes biens, dans mes terres et dans mon titre » (4 avril 1879). L’enfant ne fut inscrit à l’état civil de Papeete sous le nom de Pomaré qu’en vertu d’une réquisition juridique. Née avant le divorce, elle porte aux yeux de la loi le nom de Pomaré et le titre de princesse. Pour tromper son ennui, donner un dérivatif à sa solitude, en même temps que pour essayer d’obtenir du gouvernement français la stabilisation de sa pension, la reine Marau entreprit, en 1884, un voyage en Europe. Son oncle Mortimer Salmon vint l’attendre au Havre, à la descente du Saint-Laurent, le 26 février 1884. A Paris où elle séjourna d’abord, Marau reçut un accueil chaleureux. « La reine Marau est une jeune femme de vingt-cinq ans, grande, bien faite, avec un visage d’un ovale allongé, de grand yeux pleins de langueur, un nez droit terminé par deux narines un peu fortes, des lèvres bien dessinées et une abondante chevelure noire qu’elle porte tressée en deux longues nattes… La reine Marau est descendue… à l’Hôtel de Lille et d’Albion. Elle sort beaucoup, visite les monuments, va au spectacle, à la Chambre, chez les ministres, un peu partout et reçoit plus de visites qu’elle ne voudrait… En quittant Paris, elle doit aller en Allemagne, voir une de ses sœurs… puis en Angleterre rendre visite à une tante… » (Illustration, 15 mars 1884). Un cliché d’elle, pris à Paris par le photographe Braun, nous la montre habillée d’une longue robe de style tahitien, dessinée par quelque grand couturier parisien, avec une sorte de scapulaire, un pli Watteau et un col de broderie anglaise. — Sans doute mal conseillée, Marau obtient son divorce le 25 janvier 1888. Elle vécut alors dans la retraite à Papeete. Beaucoup de voyageurs et de marins eurent, au cours du dernier demi-siècle de son existence, l’honneur de l’approcher. « La vieille reine, écrit l’un d’eux, me reçut avec le charme et la simplicité dont elle avait le secret, dans la sympathique maison tahitienne, modeste chalet de bois sans étage, proche du gouvernement, qui était enfouie au milieu d’une profusion de palmiers et de crotons. Il donnait d’un côté sur la rue principale de Papeete, de l’autre sur la charmante promenade du bord de l’eau, dont le séparait un agréable petit jardin… La reine, très alourdie par l’âge…, avait cependant conservé son superbe regard, et un remarquable air de majesté. Elle avait de même… réussi à préserver ses admirables cheveux noirs, orgueil de toute Tahitienne, et, les jours d’abandon, elle les portait encore, suivant l’antique mode du pays, séparés en deux longues nattes tombant sur ses épaules… Marau était intarissable sur tout ce qui touchait le « folklore » tahitien et sa grande expérience en la matière était d’autant plus précieuse que si, dans le vieux pays maori, la tradition n’a jamais été écrite, par contre, la tradition orale s’est toujours transmise avec une grande richesse et une étonnante précision… Après quelques visites, la vieille reine, tout à fait détendue, se montrait à moi sous son vrai jour, simple confiante et affectueuse. Au long de nos amicales causeries, elle avait conservé la charmante habitude de confectionner d’un geste machinal, entre ses doigts agiles, des cigarettes tahitiennes, en enroulant une feuille du tabac du pays dans un léger étui de pandanus séché. Et elle ne manquait jamais de m’offrir les plus réussies… Pour m’honorer plus encore, au moment de nos adieux, Marau me fit tresser par de vieilles vahinés qui lui étaient dévouées un superbe chapeau de paille des îles, qu’elle me remit non sans une certaine solennité… » La reine Marau composa en effet ce qu’elle a improprement titré : Memoirs of Marautaaroa, last Queen of Tahiti. Il ne s’agit nullement de souvenirs personnels concernant son existence, mais la reine a voulu, dans ce travail, transmettre comme elle les avait reçues « The laws founded by our forefather with the hope that I may embed them in the rock of your heart ». Des grandes légendes de la création aux règles des classes sociales, dans une langue très noble et une pensée remplie des images et des métaphores de la poésie mythique traditionnelle des Polynésiens, la reine, poursuivant l’effort de sa mère Ariitaimai, a donné là l’essentiel de sa foi maorie. Le texte original a été écrit en anglais. Il en existe une version, revue par les Handy pour le Bishop Museum, en 1924, version qui n’a d’ailleurs jamais été publiée. La reine Marau reçut la Légion d’honneur du gouvernement français « en remerciement de son attitude et de l’action éminemment française qu’elle avait poursuivie au cours de la Grande Guerre auprès de ses anciens sujets ». Elle mourut à Papeete le 2 février 1934. Ses enfants lui édifièrent dans le cimetière de Papeete un monument — Voir l’Illustration du 4 janvier 1936, p. 28 — qui est la reproduction en miniature du grand marae ancestral de Mahaiatea, et où la dernière reine de Tahiti repose sous l’inscription : Moitié juive, moitié tahitienne, Marau synthétisait la Polynésie et l’Occident. H. Adams, qui l’avait fréquentée, la considérait comme « de loin, la femme la plus remarquable et la plus intéressante de ces îles ». Marau avait écrit en anglais des Mémoires qui nous sont parvenus, un demi-siècle après leur rédaction, dans une traduction de la princesse Takau, sa fille, publiée en 1971. Malheureusement, la princesse, pour le plus grand honneur des Teva et des Pomare, a truffé ces Mémoires d’extraits d’un autre manuscrit maternel de Souvenirs, y adjoignant même, çà et là, des passages d’Henry Adams, et l’ouvrage perd un peu de son unité intérieure. La reine Marau eut trois enfants : deux filles nées avant son divorce officiel en 1888 et un fils, postérieur à cette date. De par la loi française, les deux aînées sont réputées filles du roi Pomaré — encore que la reine dut exiger l’inscription de sa seconde fille à l’état civil comme la fille légitime de Pomaré V, contre la volonté du roi qui déclarait : « Cet enfant n’est pas de moi ! » — Mais lors de son procès en divorce, la reine eut une réponse qu’Henry Adams, l’historien qui la rapporte, trouve « sublime » : « Le roi, à sa déposition, avait dit que le dernier enfant n’était pas le sien. Aucun n’était le sien, s’exclama Marau. En fait d’échanges d’injures, qui dit mieux ? » (8 mars 1891). Ceci dit, les trois enfants de Marau se présentent ainsi : Terii, 1879-1961, qui serait la fille d’un officier de marine savoyard, d’Oncieux de la Bâtie. — Takau, 1887, qui sera adoptée par le Cdt Émile Vedel. — Ernest, 1888-1961, fils d’un négociant en perles qui, né après le divorce, portera le nom de sa mère. Les portraits de Marau son nombreux : on la trouve, jeune fille, photographiée dans un groupe familial, avec sa mère et ses frères ; de Jonquières en a laissé un portrait à la plume vers 1880 ; on a des photographies de la reine Marau prises lors de son passage à Paris en 1884 ; d’autres de Marau écrivant ses mémoires ; puis de Marau assise dans son fauteuil vers la fin de sa vie. — L’ostracisme de Pomaré V envers sa femme est bien marqué dans le fait qu’il ne l’a pas laissée figurer dans le tableau photographique des vingt-cinq membres de la « famille royale » des Pomaré qui s’imprimait à Papeete vers 1880 et dont on trouverait une reproduction dans Ch. Vernier, Tabitiens d’hier et d’aujourd’hui, 1948, p. 104 — Outre les Mémoires signalés plus hauts on doit à la reine Marau une légende tahitienne : Aro Arii Te Tara, traduite par sa fille, la princesse Takau (Illustration, Noël, 1927). — La princesse Takau Pomaré Vedel écrivit un Résumé d’histoire tahitienne des Établissements Français de l’Océanie, Paris, 1931, p. 1-17 ; aida Marc Chadourne et Maurice Guierre dans les publications des récits polynésiens : Mareburehu (1925). — Voir, sur Marau, l’article du Cdt Vedel, La fin d’une reine océanienne (Illustration, 9 mars 1935, p. 269). — Tomb of ex-queen Marautaaroa (Pacific Islands Monthly, 20 déc. 1935, p. 46, ill.). Et, P. O’Reilly, la Maison de la Reine Marau (Courrier des Messageries Maritimes, août 1965).

MARCADÉ, Charles-Adolphe (1877- ?)

Marin et administrateur des colonies.

Né le 21 juillet 1877, à Paris. Entre à l’École navale en 1894. Enseigne de vaisseau à bord de la Meurthe et de la Durance, circule en Océanie de septembre 1902 au 1 mars 1904. Au 1 octobre 1904, « en raison de la suppression officielle de la Durance », il est mis à la disposition du Gouverneur des Établissements Français de l’Océanie « pour administrer l’archipel des Tuamotu et commander la goélette du service local ». Entre dans le corps des Administrateurs des colonies le 1 décembre 1904. Passera à ce titre dix années en Océanie, chargé des Tuamotu. Commandera, de juillet 1910 à avril 1913, la goélette à gazoline Mouette qui circulera dans les parages si dangereux des Tuamotu « sans un seul accident de mer ». Homme « très intelligent, travailleur et chercheur, alerte et plein d’entrain », les Tuamotu lui devront beaucoup. Lors de la course aux gisements de phosphate, en 1907-1909, il prendra inlassablement la défense des droits et des intérêts des indigènes. L’inspecteur Revel, dans son rapport de 1914, le déclare « le grand responsable de la bonne production de coprah dans l’archipel à cette époque ». Les Tuamotu produisent alors de 4 à 5 000 t, ce qui représentait la moitié des exportations totales du territoire. En août 1914, Marcadé, tout en conservant ses fonctions d’administrateur, est adjoint au Lt de vaisseau Destremeau pour coopérer à la mise en défense de Papeete. Il prendra parti contre le gouverneur Fawtier dans le conflit qui le heurte au Cdt Destremeau, donne le 10 janvier 1915 sa démission d’administrateur et, en avril, rentre en France. Là il assure au ministre que le rapport de l’amiral Huguet a été fait sur des déclarations de témoins fortement chapitres par le gouverneur. Marcadé servira brillamment dans la marine durant la fin de la Première Guerre mondiale, puis revenant dans le corps des Administrateurs, est envoyé en Afrique où il sera chargé à Dakar de plusieurs missions d’ordre maritime. Prend sa retraite en 1932. On lui doit un mémoire sur le Régime des vents et la marche des cyclones en Océanie qui fut publié par les Annales du Service Hydrographique de la Marine. Il s’agit sans doute de la reprise d’articles publiés à la suite du cyclone de 1906 et d’abord parus dans le Journal Officiel de la Colonie.

MARCAILHOU D’AYMERIC, Alphonse (1876-1944)

Né à Rennes.

Médecin breveté de la marine marchande. Passe à Tahiti à bord de la Boussole, des Messageries maritimes, en 1930. A son retour, déjà auteur de plusieurs ouvrages géographiques, commence un nouvel ouvrage intitulé Décalogie tahitienne, Mon voyage à Tahiti qu’il publie en 1934, à Toulouse, aux éditions de la Montagne, avec une préface de Jean de Fontargente. La page de titre porte : « Journal de bord… Heureux celui qui a vécu à Tahiti. Enivrant. Magnifique »… Et, comme label de série : « Éditions amoureuses des tropiques. » On devine le genre. Sous le coup de foudre tahitien, le médecin de la Boussole semble avoir quelque peu perdu la droite orientation. Son inspiration n’a du reste pas dû dépasser la page de titre. On ne saurait d’ailleurs s’en assurer, son ouvrage n’ayant pas été déposé à la Bibliothèque nationale. La littérature tahitienne n’y perd sans doute rien d’essentiel. L’auteur de la Décalogie mourut à Toulouse, en 1944, d’une maladie de cœur.

MARCANTONI, Jean Tehotu (1946)

Défraya dix années la chronique judiciaire de Tahiti par une série de méfaits suivis d’incarcérations et d’évasions.

Entre le mois d’août 1964 et janvier de 1973, Marcantoni connut en effet une quinzaine de condamnations pour des faits qui allaient des larcins alimentaires ou vestimentaires aux sévices corporels, mais arrivèrent finalement à des vols qualifiés et à des agressions caractérisées, accompagnées de violences graves. Le tout entrecoupé de sept escapades menées avec une grande virtuosité et souvent avec des complices de son acabit ; selon les données les plus classiques du genre : barreaux sciés, murs escaladés, travestis, défaillance des gardiens… Il parvint même à s’évader en décembre 1970 de la nouvelle prison de Faaa, quinze jours après son inauguration. Condamné en mars 1973 à demeurer en prison jusqu’en 1993, Marcantoni s’évadait encore. On le reprenait peu après s’étant rompu les os et mal en point. On en est là. Le mélange du sang corse de son grand-père au sang de la famille royale de Huahine qu’il tenait de sa grand-mère, a donné un produit apparemment rebelle aux impératifs du code.

MARCANTONI, Pascal (1862-1935)

Maître au petit cabotage et colon.

Né le 14 juillet 1862 à Pinta (Corse). Inscrit maritime à Alger. Part comme mousse à bord d’un navire de commerce de Bordeaux, le Saint Marc. Déserte à Huahine le 28 juillet 1881. Se réfugie aux îles Sous-le-Vent, alors sous un contrôle plus lointain de l’administration française et indépendantes. Il épouse là, devant le pasteur Tupare Cooper, le 4 janvier 1882, la dame indigène Fauraa a Arihi. Cette demoiselle, âgée alors de 16 ans, ne fait qu’une seule et même personne avec la nommée Tefauraa nui Atupii Vahine a Oraerae, comme il en résulte d’un acte d’état civil reprenant le mariage, le 11 novembre 1891, à Papeete. Marcantoni jouera un rôle aux îles Sous-le-Vent lors de l’annexion, favorisant la cause française à Huahine. Il sera nommé, par élection des indigènes, chef d’Atupi, en 1895. Un autre document le montre chef de Maeva de 1888 à 1898. Il était d’ailleurs, par sa femme, apparenté à la famille royale de Huahine. Il était membre de la Société des Études océaniennes, dans le Bulletin duquel il écrit un article sur le capitaine Mauruc (n° 55, nov. 1935, p. 533-5). Il meurt à Papeete, le 21 septembre 1935. Il était chevalier de la Légion d’honneur, officier du Mérite agricole et du Mérite maritime. Il avait reçu en 1881 un témoignage de satisfaction du Ministre des Colonies. Le P. Chesneau publiera (Papeete, 1932, 32 p.) les Souvenirs de P. Marcantoni. On trouvera aussi souvent mentionné le nom de Marcantoni dans les travaux concernant la Guerre des îles Sous-le-Vent. Voir, par exemple, Caillot, Les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation, Paris, 1909, p. 133 et suivantes. Plusieurs enfants dont Joseph, épouse à Huahine le 29 juillet 1905, Moopii A Mairau. — Estelle, épouse à Huahine le 7 avril 1906, Ambroise Colombani. — Ernest, chef de Maeva, Huahine, pendant de très longues années, actuellement en retraite, vit à Papeete. Officier du Mérite agricole. Marié, plusieurs enfants. Une Marie Marcantoni épousera au début du siècle Edwin Flohr.

MARCEAU, Auguste (1806-1851)

Officier de marine.

Né le 1 mai 1806 à Châteaudun (Eure-et-Loir). Neveu du célèbre général. Vient à la marine par Polytechnique. Officier très brillant — il gagne la Légion d’honneur à vingt-quatre ans — Saint-Simonien de tendances, joueur et libertin, il offre sa démission, en 1844, par ferveur religieuse pour coopérer à la création et à la bonne marche d’une Société française de l’Océanie qui se propose de favoriser dans le Pacifique le développement des Missions catholiques et de la civilisation qu’elles représentent. On lui donne les « congés » nécessaires à cette fin. Prend le commandement de l’Arche d’Alliance, de novembre 1845 à août 1849, pour un voyage océanien, missionnaire et commercial qui l’amènera plusieurs fois en Polynésie française, où il commence une tournée de trois ans et demi par une visite des Marquises, le 24 mai 1846. Marceau organisera à Papeete un comptoir commercial qu’il confie à un certain Gustave Touchard, personnage qui ne semble pas avoir eu toutes les qualités désirables (« un être abject, dont le caractère n’est pas de ceux qu’on honore » écrira le gouverneur) et qui peu après entrera en conflit avec le commandant Lavaud (voir récit de l’affaire à ce nom) entrainant Marceau dans une mauvaise discussion au sujet de la vente des vins. Le climat politique créé par la Révolution de 1848 n’aida pas à arranger les affaires. Marceau parlera d’« abus de pouvoir de la part du gouverneur » ; alors que celui-ci trouvera que le capitaine de l’Arche d’Alliance « s’est écarté de la modération et a usé envers lui d’un ton de menace qui aurait justifié une mesure sévère ». Une commission d’enquête, nommée en France par le ministre à ce sujet, dégagera Lavaud de toute critique. — Après avoir créé sans grand succès dans l’archipel divers « comptoirs », fait deux voyages à Sydney, l’Arche d’Alliance, affrêtée par l’administration pour ramener en France une compagnie d’infanterie de marine, appareille de Tahiti pour la France, le 18 janvier 1849. Marceau ne retournera pas en Océanie ; il meurt le 1 février 1851, à la Petite-Carrée, près de Tours (Indre-et-Loire). — Voir sur lui : Mayet, Auguste Marceau, 2 vol. ; O’Reilly, La Société de l’Océanie, 1844-1854 (Revue d’Histoire des Missions, t. VII, 1930, p. 226-262) ; Holley-Williams, Un marin hors série (Revue maritime, janv. 1955, p. 32-51).

MARCHAND, Étienne (1755-1793)

Navigateur.

Né dans l’île de Grenade, Antilles anglaises. Reçoit en 1790 le commandement du Solide, navire de 320 tx, à deux ponts, construit spécialement et équipé par la maison Baux, de Marseille, pour un voyage dont le but était le commerce des pelleteries sur la côte ouest de l’Amérique. Le Solide quitte Marseille le 14 décembre 1790. Marchand double la Terre de Feu et, le 12 juin 1791, est en vue du groupe sud-est des Marquises ; on mouille le 14 dans la baie de Vaitahu, à Tahuata ; on prend contact avec les naturels et on relève les différentes baies. Le Solide quitte l’île le 20, en direction du nord-ouest ; on voit, le 21, l’île Ua Pu, qu’on nomme île Marchand ; le 22 on prend possession de l’île Vaiaa où, reçu à terre par une foule d’insulaires montrant « un caractère de douceur et de probité », le capitaine attache sur un arbre une feuille de cuivre portant l’inscription suivante : LE CAPITAINE ÉTIENNE MARCHAND DE MARSEILLE COMMANDANT LE NAVIRE LE SOLIDE A PRIS POSSESSION DE CETTE ÎLE AU NOM DE SA MAJESTE LOUIS XVI ROY DES FRANÇAIS LE 22 JUIN 1791. Le Solide continue vers le nord, reconnaît le 23, sans y aborder, Nuku Hiva (île Baux) ; relève, le 24, les deux îles les plus au nord du groupe : Eiao et Hatutu qu’il nomme île Masse et île Chanal. Le groupe nord-ouest entre autres reçut de Marchand le nom d’îles de la Révolution. Rentre à Toulon après avoir contourné l’Afrique. A son retour en France, en 1792, Marchand publia à Marseille une plaquette de 30 pages, Découvertes des isles de la Révolution, dans l’Océan Pacifique. Il y donnait des détails sur la prise de possession d’Ua Pu avec le texte de l’inscription laissée par lui. Claret de Fleurieu, alors ministre de la Marine, donna en 1798-1800 une relation du : Voyage autour du monde pendant les années 1790, 1791 et 1792, par Étienne Marchand (Paris, 4 vol.). Fleurieu, qui ignorait l’existence du manuscrit de Marchand, n’eut entre les mains que le journal de bord de Prosper Chanal, capitaine en second, auquel il ajouta, en cours de rédaction, les observations de Claude Roblet, chirurgien à bord du Solide. Une planche du volume : Échasses de Tahuata, et trois cartes, intéressant les Marquises. L’ouvrage parut en même temps dans une édition in-8 en six volumes. — Il fut remis dans le commerce, en 1809, avec une page de titre changée portant l’adresse : Paris, Chez Courcier. — Une édition anglaise (deux vol., 1801), et une allemande, sans date, à la même époque. — Marchand et son frère, qui avait participé au voyage, rentrés en France en pleine Révolution « trouvèrent la proscription dans la ville où ils ramenaient leur glorieux pavillon » et furent obligés d’émigrer. Étienne meurt à l’île de France, en 1793, victime d’un accident. Après d’infructueuses démarches en vue de sa publication, le manuscrit du journal de bord de Marchand fut vendu pour 2 500 F, en 1843, par sa famille, à la Bibliothèque municipale de Marseille, où il figure sous la cote 49025-49026. Il se compose de deux volumes de 363 et 270 pages. 28 × 25 cm, avec plusieurs dessins, cartes et plans. C’est un livre de bord contenant surtout des notes de navigation et où quelques pages seulement sont consacrées aux escales. Une notice de 4 pages sur le capitaine Marchand et sa famille, de la main de Louise Marchand, femme Romégas, est reliée à la fin du manuscrit. — Des extraits du journal de Marchand, concernant la découverte des Marquises, ont été publiés, en feuilleton, dans le Sémaphore de Marseille, numéros des 10 au 18 janvier 1843, puis dans le Bulletin de géographie historique et descriptive (t. 11, 1896, p. 260-289). On trouvera une petite relation du passage de Marchand aux îles Marquises dans : M. Besson, Vieux papiers du temps des isles, 1 série, Paris, 1925, p. 171-178. — Sur Marchand lui-même, voir les notices biographiques de la Biographie universelle de Michaud (t. 26, p. 603-605) et les pages que lui consacrent Didot-Hoefer dans leur Nouvelle biographie générale (t. 33, p. 474-478). Le Dr L. Rollin, résumant le séjour de Marchand aux Marquises dans son livre sur cet archipel (1929, p. 227-228), a contribué à répandre la légende de la pierre de Marchand. « Cette pierre existe encore à Taiohae à 100 m environ à l’ouest de l’actuel débarcadère », p. 227. Le Dr Rollin a réparé son erreur : Marchand n’a jamais été à Taiohae et l’inscription qui fut à Taiohae est la reconstitution, fâcheusement placée là par quelque administrateur du début du XIX siècle ayant plus de bonne volonté que d’information historique. Voir à ce sujet la Pseudopierre de Marchand de Taiohae (B.S.O.E., t. 6, 1939, p. 125-128).

MARCHAND, Stella (1855-1943)

Institutrice protestante.

Dirigea de 1901 à 1913 l’école mixte protestante d’Uturoa, Raiatea, avec des méthodes personnelles qui ne tardèrent pas à porter leurs fruits pour la connaissance du français. Musicienne, linguiste, à un caractère enjoué, elle joignait des convictions religieuses et pratiques qu’elle s’efforçait d’inculquer à ses élèves. Très généreuse, elle partageait ses modestes ressources avec les indigènes dont elle adoptait plus ou moins les enfants. Sa santé l’oblige à rentrer en France. Elle meurt à la Maison de retraite de La Force (Dordogne), le 18 mars 1943.

MARCILLAC, Joseph-Louis (1870-1943)

Capitaine d’administration en retraite.

Fils de Mathurin. Né le 13 mars 1870 à Papeete. S’engage dans l’artillerie de marine, en 1889, à Toulon. Fait campagne au Tonkin de 1891 à 1898. Le 22 décembre 1900 est nommé officier d’administration de 3 classe. Revient à Tahiti, en 1901, pour y servir, hors cadre, comme chef des Travaux Publics. Pendant son séjour, est nommé lieutenant, en 1902. Rentre en France en 1905, puis sert au Sénégal de 1907 à 1910, au Congo français de 1911 à 1912 où il est nommé capitaine, le 1 janvier 1912. De nouveau à Tahiti où il arrive en 1913, sera à Papeete chef du Service topographique de 1913 à 1926 avec une interruption de deux ans, en 1917, comme chef des Travaux Publics. Après sa retraite, en 1926, assume les fonctions de chef des travaux municipaux de la commune. Caractère du vieux militaire voulant que tout « marche à la baguette », mais au demeurant un bien brave homme. En métropole, s’occupait de ses anciens élèves-géomètres de Tahiti. Les capitaines du Service géographique de l’armée, Arthur Mati et Abel Aubry lui doivent beaucoup. Meurt à Papeete en 1943. Il était chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’ordre du Cambodge. De son union, le 29 octobre 1904, à Papeete, avec Georgine Hoppenstedt, 1883-1942, sont nés : Georges, 1905-1939. Adjudant-chef dans l’aviation, tué en service commandé en France. — Léon, 1906, inspecteur central du Trésor, prend sa retraite en 1968 et vit à Pirae. De son union avec Suzanne Hérault, sont nés : Mireille, 1941, qui travaille à l’U.T.A. ; Georges, 1942, attaché à l’Institut Malardé ; Anne-Marie, 1944, institutrice à l’école maternelle de Paofai, épouse J.C. Gillot, 1938, inspecteur du Trésor, 2 enfants : Danièle, 1946, attachée à Air Polynésie. — Georgine, 1908, fonctionnaire à l’UNESCO. — Marcelle, 1910, épouse en 1931, Jules Boixière († 1970), officier de la marine marchande ; quatre enfants : Pierre, 1933 ; Jacques, 1938, vit marié en France ; Maeva, 1939, vit en France ; Jean-Yves, 1950, étudiant. — Louis, 1912-1972, vivait en France.

MARCILLAC, Mathurin (1832-1900)

Retraité et propriétaire.

Né le 11 novembre 1832 à Grand-Bourg, île Marie-Galante (Guadeloupe). Débarque à Papeete, le 21 juillet 1858, comme ouvrier d’artillerie de la 6 compagnie. Congédié à Tahiti le 18 octobre 1864. Chargé des cavaliers d’escorte de la reine Pomaré IV, 1866 à 1872. Chef inspecteur de la police indigène de 1867 à 1869. Démissionne de ces emplois pour s’établir à Papeete comme sellier-bourrelier. Reprend en 1876 du service dans l’administration locale comme régisseur de la maison d’arrêt de Papeete. En retraite en 1895. Propriétaire à Papeete, rue Neuve (rue des Poilus-Tahitiens). Meurt le 24 décembre 1900, à Papeete. D’une première union, le 9 septembre 1865, à Papeete, avec Maria Guillaume, 1852-1867, est née Victoire, veuve Martial Sage. D’une seconde union, le 31 octobre 1868, à Papeete, avec Antoinette Brémond, 1853-1875, sont nés : Joseph. — Pauline, 1874-1875. D’une troisième union, à Papeete, avec Victoire Kiraitrain († 1926), aucune postérité.

MARÉ

Orateur du gouvernement de Tahiti.

Maré était considéré comme le Tahitien le plus instruit dans la langue, les coutumes tahitiennes et les traditions de famille. Plein de mémoire et de pénétration, orateur et conseiller intime de la reine Pomaré à laquelle il était entièrement dévoué, il fut longtemps hostile à la France. « Ce fut Maré qui, récitant un discours qui lui avait été dicté par Pritchard, vint protester contre l’occupation française, au moment où M. d’Aubigny ordonnait d’amener le pavillon de la reine et de hisser le pavillon français. Maré avait à peine commencé sa harangue que M. de Bréa, commandant les troupes, leva son épée. A ce signal vingt tambours se mirent à rouler et Maré, décontenancé, dut renoncer à faire entendre son discours… » Mais bientôt Maré se ralliait au gouvernement protecteur qu’il servit avec fidélité en qualité d’orateur. Sa connaissance des lois avait engagé Lavaud à lui faire remplir auprès de la Haute Cour les fonctions de procureur général. L’intérêt qu’il portait au passé tahitien incita Lavaud à demander à Maré d’écrire certains récits légendaires — cosmogonies, hymnes guerriers et chants nautiques — ainsi que les généalogies des familles royales. Lavaud désirait établir les droits des Pomaré à la possession d’une partie de l’archipel. Le manuscrit de Maré est conservé, en tahitien, à la bibliothèque du Service hydrographique de la Marine. La généalogie des Pomaré sera d’abord publiée en partie par Gaussin (Tour du Monde, 1860, p. 10-12, 302-304). On la retrouve dans Quatrefages, Les Polynésiens et leurs migrations, Paris, 1866, p. 195-197. S. P. Smith, The genealogy of the Pomare family of Tahiti (Journal of the Polynesian society, 1893, p. 25-42) en donna une édition rectifiée. Elle fut également publiée par T. Henry, Tahiti aux temps anciens, Paris, 1951, p. 255 et suivantes. Entre temps P. Roussier l’avait reproduite dans la Revue d’Ethnographie et des traditions populaires (1928, p. 188-206). — Maré était un « homme remarquable au plus haut degré par la réunion en sa personne des contrastes les plus opposés : chrétien fervent et non moins fervent collecteur des traditions païennes de sa terre natale ; partisan convaincu des principes anglais en religion et partisan non moins dévoué des principes français en politique ; sain de tête et de cœur jusqu’à son dernier jour, mais torturé de longues années par l’éléphantiasis qui lui rongeait les membres inférieurs (Gaussin) ». Lesson et Caillot ont cependant mis en doute la valeur des généalogies de Maré « qui a cherché, par flatterie, à faire remonter la généalogie de la famille Pomaré aussi loin que possible (Lesson) » ; « il était de notoriété publique à Tahiti que les Pomaré étaient une famille d’usurpateurs dont le temps avait consacré la légitimité (Caillot) ». Le peintre Ch. Giraud a laissé de Maré un dessin qui a servi de base à notre gravure.

MARIANI, Joseph (1815)

Officier.

Né à Corte (Corse) le 7 août 1815. — Saint-Cyrien. Capitaine, Bruat le prend avec lui et il s’embarque sur l’Uranie, arrivant à Vaitahu, Marquises, le 14 octobre 1843 ; à Papeete le 8 novembre. Commandant de la place ; puis chef du détachement qui occupa Taravao le 21 mars 1844, il y construisit le fort. Bruat, le 15 janvier 1845, le loua pour la « création de l’établissement de Taravao… Il a parfaitement défendu ce fort, à peine ébauché alors, contre une attaque acharné des Indiens, sur lesquels il a remporté un avantage signalé ». Le chef de bataillon de Bréa, commandant la 2e colonne expéditionnaire, signale « sa bravoure et son sang-froid au moment de la plus vive fusillade », au combat de Papenoo (10 mai 1846), quand la colonne emporta la position ennemie. A Punaauia (30 mai 1846), il « est allé, le premier, reconnaître la redoute que nous devions attaquer et a pu, au milieu des balles, juger de la position et de la manière dont elle était construite », dit le capitaine Masset, commandant par intérim le bataillon expéditionnaire. Mariani fit aussi des levés topographiques. Il embarqua, avec Bruat, le 29 mai 1847 sur la frégate l’Africaine et arriva à Brest le 4 novembre. Il fut de nouveau attaché à Bruat, à Paris, du 16 juillet au 6 octobre 1848. Signalé comme parlant « tahitien ». Démissionnaire en 1855.

MARLE, Paul (1825- ?)

Soldat et gardien de batterie.

Né le 2 novembre 1825 à Paris. Soldat d’infanterie de marine. Fait campagne à la Martinique de 1846 à 1850, en Algérie de 1854 à 1855, en Crimée de 1855 à 1856. A son retour en France se fait libérer pour entrer dans les Douanes. Sert en cette qualité à la Guadeloupe de 1860 à 1865. Revient en métropole en 1865. Repart pour la Nouvelle-Calédonie en 1867, comme infirmier. En 1868, est remis à la disposition du ministre ; quitte Nouméa, le 1er mai, par la frégate Néréide. Fait escale à Papeete le 18 juin suivant. Sur sa demande, débarque à Papeete. Infirmier à l’hôpital militaire pendant deux ans, puis est nommé, le 1er août 1870, gardien du fort de la Fautaua, poste de solitude où Marle fut visité par Aylic Marin qui a tracé dans En Océanie, p. 90, une pittoresque description de cette rencontre. Figure très populaire en son temps. Surnommé par la population de Papeete « Père Fautaua ». Cultivait les légumes d’Europe, particulièrement des fraises, et des roses, qu’il vendait au marché de Papeete une fois par semaine.

MARMOUYET, Jean (1833-1906)

Mécanicien.

Né le 24 juin 1833 à Toulouse (Haute-Garonne). Ouvrier mécanicien. Probablement ouvrier d’artillerie de marine qui séjourne en Nouvelle-Calédonie de 1862 à 1866. Quitte ce territoire et débarque à Tahiti le 4 novembre 1866. Se fixe tout d’abord à Papeete où il exploite un atelier de mécanique et une forge, puis à Atehi (Punaauia) étant devenu propriétaire d’une belle cocoteraie. Meurt à Punaauia le 21 mai 1906. De son union avec Temaahu Teiraro sont nés : Georges, 1882, qui épouse, le 17 juin 1926, à Faaa, Vehi a Tuhiva : trois enfants. — Pierre, 1886, se marie à Rose Cadousteau le 3 mars 1908 à Punaauia.

MARQUER (le Frère Gatien Marie). 1837-1893

Religieux de la Congrégation de l’Instruction chrétienne.

Né à la Chapelle-du-Lou (Ille-et-Vilaine), le 27 février 1837. Entre dans l’Institut en 1859. Après deux ans d’enseignement en France, s’embarque pour Tahiti le 4 juin 1862. Fait partie du groupe qui, avec le Frère Stanislas Cochet, va tenter l’établissement d’une école aux Marquises. Rentre en France après trois ans de mission. Décédé à Ploërmel le 9 octobre 1893.

MARTENS, Conrad († 1878)

Peintre de paysages et aquarelliste anglais.

Expose à la Royal Academy de 1833 à 1837. Entre temps participe à l’expédition du Beagle avec Darwin, et passe en 1835 à Tahiti où il dessine et peint. Se fixera plus tard à Sydney où il sera un des fondateurs de l’école australienne. Surnommé « the pilgrim father of art of the antipode ». — Voir sur lui : L. Lindsay, Conrad Martens, the Man, and his Art, Sydney, 1920.

MARTIN, Émile-Alexandre (1879-1959)

Industriel et commerçant.

Fils de Louis Martin. Né à Papeete le 1er décembre 1879. Études à San Francisco, puis aux lycées de Grenoble et de Bordeaux. Revient à Tahiti en 1896. Reprend le magasin paternel à la mort de son père, magasin qui, depuis 1912, a été mis en société familiale. Il rachète les parts de ses frères et reste seul propriétaire de l’affaire. Met en service la première goélette à moteur de Papeete, la Suzanne, et, associé à un M. Bardury, construit, en 1912, le premier cinéma de Tahiti. En 1917, associé à MM. Pelletier et Millaud, il rachète une petite usine électrique à laquelle était jointe une entreprise d’installations téléphoniques. Devient en 1921 seul propriétaire de l’affaire qui se développe. En 1925, à la suite d’un conflit relatif à des questions de tarifs, l’administration lui retire la concession du téléphone qui passe aux P.T.T. et il ne garde que l’usine électrique qu’il rendra capable d’alimenter Papeete en même temps que les districts voisins et à laquelle il joint un service commercial. En 1936, rachète la brasserie de Tahiti et la glacière qu’il développe et modernise complètement entre 1955 et 1958, en faisant une des mieux outillées du Pacifique. Émile Martin, membre du conseil privé de 1933 à 1958, comptera au nombre de ceux qui entraînèrent les Tahitiens à se rallier au général de Gaulle. Et il est un des quatre membres du gouvernement provisoire qui signent, le 2 septembre 1940, le télégramme annonçant l’unanimité tahitienne pour se ranger aux côtés du général afin de poursuivre la lutte avec les alliés britanniques. — E. Martin fut président de la Croix-Rouge pendant la Première Guerre mondiale et vice-président de la Chambre de commerce en 1930. Cet homme, qui a organisé les deux plus grosses affaires industrielles de Papeete, est également un important propriétaire foncier. C’était un grand travailleur, doublé d’un grand cœur qui connaissait les gestes généreux ; un patron aimé qui savait conserver ses collaborateurs. Il est mort à Papeete, le 23 août 1959, et a été enterré au cimetière de Tipaerui. Il était chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Médaille de la Résistance. De son union, le 15 décembre 1904, avec Anne-Marie Papineau, 1882-1914, sont nés : Suzanne, 1907-1971, épouse le Dr Émile Massal, sans postérité. — Yves, 1908. — Simone, 1910, épouse d’abord René Solari, deux enfants : Jean, 1928, notaire à Papeete, et Michel, 1930 ; puis, en secondes noces, Jean Gilbert ; sans enfants. — Raymond, 1912-1923. — Émile, 1914-1951, dont la veuve, née Pierrette Ravereau, vit en France ; un enfant, Anne-Marie, 1945, mariée en France. En secondes noces, Émile Martin père épousera, en 1917, Dora Gooding-Chapman, 1897-1929, union d’où sont issus : Iris, 1918, célibataire, vit en Italie, auprès du Padre Pio. — Louis, 1921, engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres au cours de la Seconde Guerre mondiale, blessé et cité ; vit à Raiatea. Épouse, en 1947, Lisette Lévy, deux enfants, Charles, épouse une Marmezac et Raymond-Émile. — Rose, 1923, épouse, en 1944, à Papeete, un Périgourdin, le Lt Claude Roulleau, engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres, alors en service à Tahiti. Se spécialise dans le bois. Va tenter de mettre en valeur un peuplement de kaoris à Anatom dans les Nouvelles-Hébrides où il vit. Trois filles : Maeva, épouse Christian Porcher, Hinarahi, épouse le fils du pasteur adventiste Exposito et Lovina. — Frieda, 1925, épouse, en juin 1942, à Nouméa, Alfred Fourcade ; divorcée, vit avec ses deux enfants : Jean-Pierre, 1954, et Dora, 1958.

MARTIN, Jean (1847-1887)

Soldat, commerçant et propriétaire.

Né le 7 février 1847 à Essards (Charente). Matelot de l’État ; arrive à Tahiti en 1870 par la frégate La Flore. Sert à l’arsenal de Fare-Ute. Se fait libérer à Tahiti le 9 mars 1874. Se fixe à Papeete comme débitant de boissons, rue de l’Est, actuellement rue du Général-de-Gaulle, pendant plusieurs années, puis à Punaauia, étant devenu propriétaire d’un petit domaine où il se livre à l’agriculture. Meurt à Papeete le 16 novembre 1887.

MARTIN, Jean-Baptiste (1837-1894)

Soldat et propriétaire.

Né le 26 août 1837 à Secondiny (Deux-Sèvres). Soldat du 2e régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti le 1er juin 1865. Campagne du Mexique, de la Guadeloupe et de la Nouvelle-Calédonie. Se fait libérer à Papeete le 21 septembre 1871. Se livre à diverses activités, particulièrement à la culture, comme gérant de plantations. Quelques années plus tard, par son travail et son économie, devient propriétaire du domaine « Papeaua » de 8 ha, au district de Faaa, et y meurt le 8 août 1894.

MARTIN, Mgr Joseph (1849-1912)

Vicaire apostolique des îles Marquises.

Né à Qeneston (Loire-Atlantique) le 15 mars 1849. Entre, déjà prêtre, au noviciat des picpuciens à Issy et fait profession dans la congrégation le 15 octobre 1878. Le 2 novembre s’embarque au Havre pour Tahiti où il arrive le 31 décembre sur le Percy Edward. Il travaille à Tahiti comme simple missionnaire, puis, à partir de 1883, comme provincial. En 1888, il fait à ce titre le voyage en France pour assister à un Chapitre général de son ordre. Il surveille alors l’édition d’un nouveau testament en tahitien (Nantes, 1889). A son retour à Tahiti, le 11 avril 1890, est nommé par Rome administrateur apostolique des îles Marquises, territoire demeuré sans chef après la mort de Mgr Dordillon et du Père Pouet. Le 3 juin 1892 il est nommé vicaire apostolique et évêque in partibus d’Uranopolis. Il est sacré à San Francisco le 1er janvier 1893. Les efforts religieux de Mgr Martin furent singulièrement contrecarrés par les lointains contrecoups du combisme. Il eut la tristesse de voir fermer successivement toutes les écoles ouvertes par la mission où enseignaient les Frères de Ploërmel appelés en 1899 et maintenues à grands frais, écoles qui étaient l’espérance de meilleures générations et ne seront pas remplacées sur le champ. Sous différents prétextes la mission est inquiétée : l’institution de la propriété foncière est pour l’administration une occasion de brimer l’évêque dont les droits territoriaux sont contestés ou violés. D’où de multiples procès, une situation très tendue et d’incessantes difficultés d’ordre administratif. C’est Mgr Martin qui eut à subir les avanies de Gauguin, paroissien peu accommodant. L’évêque meurt d’un cancer de l’estomac, le 27 mai 1912, à Atuana, où il avait installé le nouveau siège du vicariat et sans avoir pu, en près de vingt ans, quitter une seule fois les Marquises pour une visite ad limina.

MARTIN, John

Voir au supplément.

MARTIN, Louis (1843-1910)

Armateur et commerçant.

Né le 2 février 1843 à La Cotinière, île d’Oléron (Charente-Maritime). Fait son service dans la marine. Il aurait connu Tahiti dès 1862. Revient à Papeete le 26 mars 1866 par la goélette Samoa venant de Valparaiso (Chili). Maître au grand cabotage du 7 avril 1867. Voyage au commerce dans les archipels, en commandant diverses goélettes du port de Papeete. C’est ainsi qu’il circule sur la Raiatea. A Mangareva il vivra en concubinage avec Agnès Guilloux d’où les foudres du Père Laval (Cf. ses Mémoires) et une enquête de X. Caillet envoyé par le Gr de La Roncière. Puis il s’établit commerçant et armateur rue du Marché. On prête à L. Martin d’avoir le premier eu l’idée de faire venir à Tahiti des tissus, d’ameublement, conçus pour la décoration, et d’en avoir fait des paréos… Sur sa demande, aux fabriques de France à Mulhouse et sur le succès de ces étoffes, les motifs se typent, avec des couleurs vives et des motifs végétaux. Son fonds de commerce bien mené prend de l’importance. Il existe encore aujourd’hui et représente la plus vieille maison française de la place, son fils Émile en ayant pris la direction. Il achètera dans le quartier de Farii Mata une propriété appelée Fare Opu, qui sera plus tard partagée entre ses différents enfants. Il sera membre au Comité du commerce et de l’agriculture en 1877 ; président de la Chambre de commerce pendant de longues années ; conseiller colonial de 1882 à 1885 ; puis conseiller privé du gouvernement de 1886 à 1906. Papeete lui doit la création de la compagnie des sapeurs-pompiers, en 1887. Reçoit la médaille d’or de dévouement en 1883 « en récompense du courage et du dévouement dont il a fait preuve à l’occasion de naufrages et d’incendies à Tahiti en 1882, particulièrement dans celui du magasin des subsistances à Papeete » (Océanie française, n° 18, 1883, et Messager de Tahiti, n° 24, 1883). Louis Martin meurt à Papeete où il est enterré, le 2 novembre 1910. De son union, le 11 novembre 1871, avec une jeune fille d’origine chilienne, Eloisa Ruffio — l’état civil portera tour à tour Rupfier, Rupfur, Rufo — appelée aussi Carmen Sepulveda, du nom de sa mère — 1854-1905, sont issus six enfants que leur mère élèvera à l’espagnole avec austérité et rigueur : Louise, 1872-1892, épouse, en 1891, Marius Vallier, 1850, fonctionnaire, directeur de la poste ; meurt en couches en donnant naissance à un fils Louis, 1892-1915, engagé volontaire au début de la Première Guerre mondiale, tué à l’ennemi. — Marguerite, 1874-1970, épouse, en 1899, Johan Muth, 1858-1928, commerçant qui quittera Tahiti pour les États-Unis au début de la Première Guerre mondiale avec ses cinq garçons : Paul, 1900, Robert, 1901, Henri, 1903, Constant, 1905, André, 1907. — Paul, 1876-1936, épouse, à Bayonne, en 1912, Eva Salm et gère ses propriétés ; une fille Eloise, fonctionnaire et deux fils, Franck et Alfred, d’une autre union. — Héloise, 1877-1968, épouse en premières noces, en 1901, Henri de Weiss d’Alby, 1875, employé à la Société commerciale et en secondes noces Henri Ducos, capitaine au long cours, mobilisé comme lieutenant en 1939, disparu en mer au large des îles Saint-Pierre et Miquelon, en service commandé, en 1940. Sans postérité. — Émile, 1879-1959. — Rose, 1882-1972, épouse, en 1909, le Lt de vaisseau Constant Deflesselle, 1872-1933.

MARTIN, Yves (1908-1960)

Industriel.

Fils d’Émile Martin. Né à Papeete le 17 novembre 1908. A 13 ans, va faire ses études en France. Ingénieur électricien. Rentre à Tahiti en 1933. Participe aux côtés de son père au ralliement de Tahiti à la France Libre. Rejoint, en novembre 1941, les Forces Françaises Combattantes. Combat comme sous-lieutenant en Syrie et au Liban. Rentre à Papeete en mars 1944 et reprend sa place aux Établissements Martin dont il devient le gérant en 1955, assurant également la direction de la Brasserie de Tahiti. De 1945 à 1952 représente à l’Assemblée territoriale la côte est de Tahiti. Sera membre de la commission permanente des finances de 1946 à 1952. Président du club athlétique de Pirae. Prend, en octobre 1950, son brevet de pilote d’hydravion de tourisme. Meurt à Papeete le 18 juillet 1960. Il était médaillé de la Résistance et chevalier de la Légion d’honneur. De son union, en 1937, avec Antonina Bambridge sont nés : Jacques, 1940, gérant de sociétés, épouse en 1972 Maire Tehei, 3 enfants et Simone, 1945, épouse en 1972 Serge Cohen-Solal, 1940, administrateur de sociétés, deux enfants : Vaite et Maimiti.

MARTINROGER, Marcel, pseudonyme de Roger MARTIN (1913)

Artiste peintre.

Né à Paris le 28 juin 1913. Arrive à Tahiti le 10 mai 1952. Vit depuis septembre 1954 en solitaire à Moorea où il peint sur toile et sur velours. Participe au Premier salon de Tahiti en 1955 et expose à Tahiti et ailleurs. Artiste consciencieux et modeste dont les productions sont appréciées par les amateurs.

MARTINY, Paul-Georges (1843-1887)

Officier de marine et industriel.

Né le 21 juin 1843 à Paris. Entre à l’École navale en 1860. Participe comme aspirant sur la Cordillière à la campagne du Mexique et est nommé enseigne de vaisseau pour sa brillante conduite. Arrive pour la première fois à Tahiti en 1864. Pendant ce premier séjour, remplit des fonctions administratives à terre. On le trouve résident des îles Tuamotu, chef d’état-major du gouverneur de La Roncière puis, en 1868, chef du service des affaires indigènes. Il est très bien vu par le gouverneur de La Roncière qui le juge « un de ces officiers destinés à percer par son savoir et ses qualités personnelles » (17 juillet 1868). Rentré en France en décembre 1869, il expose au Ministre de la Marine et des Colonies son intention « de fonder une Compagnie française pour l’exploitation de la culture du coton dans les îles de l’Océanie et plus particulièrement aux îles Marquises ; un contrat a été passé avec la Tahiti cotton and coffee Company qui place entre ses mains la très riche et très florissante plantation d’Atimaono… » A cette intention, après six mois de congé, le 10 juillet 1870, il donne sa démission d’enseigne de vaisseau « afin de mettre à exécution ses projets de colonisation… Il s’efforcera de développer… les ressources d’un pays encore presque sauvage ». La lettre est signée : « Négociant à Tahiti. » Depuis plusieurs mois, en effet, Martiny « s’occupe exclusivement d’industrie et de commerce ». Surpris par la guerre franco-allemande, à Paris, il reprend du service et sera capitaine du génie dans l’armée investie. La paix signée, il revient à Tahiti le 3 novembre 1871 pour y mettre ses projets à exécution. D’une grande activité et entreprenant il s’associera avec l’ex-juge Jacolliot pour des opérations commerciales, à l’ex-notaire Félix Robin pour des réalisations agricoles ou industrielles. Il possède en effet des intérêts dans des plantations de canne à sucre ou des entreprises cotonnières, ces dernières sises à Taaone, où de très modernes installations mécaniques fonctionnent bientôt pour égrener le coton et le mettre en balles. Sa valeur est vite reconnue. En 1877 il est appelé à faire partie du conseil d’administration de la colonie. La même année, il est nommé par le Cdt L. Michaux, membre du Comité central d’Agriculture et de Commerce de Tahiti, organisme qui le porte à la présidence en mars 1878, mandat renouvelé à l’unanimité l’année suivante. Il s’ensuivra alors un conflit assez aigu avec le gouverneur Planche qui prétend casser l’élection, Martiny étant depuis 1873 sous le coup d’un jugement de faillite. Martiny s’était en effet associé à l’ex-juge Jacolliot — Maison Martiny Jacolliot et C — pour des opérations commerciales. Un mandat d’amener ayant été lancé contre Jacolliot, celui-ci avait pris la fuite. La poursuite dirigée contre son associé avait obligé Martiny à demander la mise en faillite de la Société. Un concordat lui avait été accordé. Il fera un voyage en France à cette époque pour arranger cette affaire. Il sera un des copropriétaires de la plantation Soarès d’Atimaono — Terre Eugénie — mise en faillite en 1876 et qu’il rachète en 1882 avec Cardella et quelques autres. Martiny a des aspirations politiques et se fait notamment le champion de la représentation démocratique et de l’autonomie financière de Tahiti. En septembre 1879, il fait circuler une pétition en ce sens ; il est partisan de doter Papeete d’un conseil municipal élu, souverain en matière financière. Il sera membre du Conseil colonial de 1881 à 1884 et du Conseil général de 1886 à 1887. Il prône là des réformes judiciaires (tribunaux à trois juges) ; la suppression de l’arsenal de Fare Ute, etc. C’est pour propager ces idées qu’avec ses amis Raoulx et Cardella il fonde, en mai 1884, un journal politique local, hebdomadaire, Le Messager de Tahiti, organe des intérêts français en Océanie, et qui n’a rien de commun, hormis le titre, avec l’ancien Messager, qui était un journal officiel. Le nouveau Messager veut « hâter la fusion des divers éléments de la population et, par là, arriver à l’autonomie administrative et financière ». Très régulièrement pendant quatre ans, le journal paraîtra, dont Martiny sera le rédacteur en chef, et il ne survivra guère au départ de son animateur. Martiny quittera Tahiti le 21 mars 1887 pour aller refaire en France sa santé compromise. Il est contraint, par suite de l’aggravation de son mal, de s’arrêter à Sydney où il meurt, le 7 juin 1887. Le Messager de Tahiti, n° 172, rappelant son appartenance aux diverses assemblées tahitiennes — il avait également été nommé, en 1884, président de la Chambre de commerce — écrira : « Il a su se créer dans toutes ces assemblées, par sa profonde connaissance des affaires locales, par son jugement sûr, son érudition et la finesse de son esprit, une place que nul ne songe à lui disputer. » Martiny avait été le promoteur d’un projet de colonisation européenne à Tahiti, Société française de colonisation, projet resté sans suite, après sa mort.

MASSAL, Émile (1908)

Professeur agrégé du Service de santé des Troupes d’Outre-Mer.

Né le 6 octobre 1908, à Maureilhan (Hérault). Études supérieures à la Faculté des Sciences de Toulouse et à l’École du Service de santé de la Marine de Bordeaux. En janvier 1934 est nommé médecin du Service mobile d’hygiène et de prophylaxie aux Établissements Français de l’Océanie. Sert à Moorea, aux Tuamotu, aux Australes et aux Gambier jusqu’en février 1938. Médecin-chef de l’hôpital de Santo, Nouvelles-Hébrides, en janvier 1940. Participe au ralliement du Condominium à la France Libre. De mars 1943 à juin 1945 est médecin-chef du Service de santé aux Établissements Français d’Océanie. De janvier 1949 à avril 1959 est attaché, comme directeur de la section Santé à la Commission du Pacifique Sud, à Nouméa. Le Dr Massal, pendant ces dix années, a visité tous les territoires du Pacifique Sud situés dans la zone d’action de la Commission, participé à de nombreux congrès scientifiques, et mis sur pied tous les programmes de recherche de la Commission : éducation sanitaire de la population, alimentation et nutrition, hygiène générale, paludisme, filariose, lèpre, tuberculose, etc. Le Dr Massal retourne à Tahiti en janvier 1960 comme directeur de l’Institut de Recherches médicales de la Polynésie française. Il y restera jusqu’en mars 1963, poursuivant le programme de lutte contre la filariose, organisant rationnellement la lutte contre la tuberculose, posant les bases solides d’un moderne service territorial d’hygiène. Depuis septembre 1963, comme administrateur, gérant, président, le Dr Massal participe à la conduite des affaires industrielles, commerciales et immobilières de la famille d’Émile Martin. Il préside depuis 1968 le Conseil d’Administration de l’Union Patronale, participe aux activités de divers Groupements et Commissions à caractère social, préside le Conseil d’Administration de la Caisse de Prévoyance sociale en rotation avec les représentants des syndicats des employés. Le Dr Massal est chevalier de la Légion d’honneur depuis 1949 et médecin colonel honoraire du Service de Santé des Armées. Il épouse Suzanne Martin, 1907-1971, le 5 janvier 1935 à Papeete, union demeurée sans postérité, et en secondes noces, Marie Voirin, le 20 décembre 1972. Le Dr Massal a publié sur le Pacifique de nombreux articles dans des revues médicales spécialisées, plusieurs monographies, rapports, mises au point et diverses études parues sous le timbre de la Commission du Pacifique Sud et de l’Institut de Recherches médicales de la Polynésie française.

MASSERON, Henri (1848-1888)

Officier de marine.

Né le 11 décembre 1848 à Laval (Mayenne). Entre dans la marine en 1865. Lieutenant de vaisseau, il est attaché à Tahiti comme commandant de la goélette le Taravao, en août 1885. Administrateur de l’archipel des Tuamotu, il y séjourne deux ans. Il visitera de nombreuses îles qui depuis longtemps n’avaient pas vu de représentant du gouvernement français, recueillant des renseignements hydrographiques. Se montrera un « juge conciliant et un administrateur uniquement soucieux d’améliorer la situation matérielle des habitants de l’archipel, s’attachant particulièrement à instruire les conseils de district sur la manière de juger les contestations de terres, sources de tant de difficultés ». Fera passer de douze à vingt-sept les districts locaux pourvus d’une organisation régulière. Une de ses dernières notes porte : « Il est regrettable de voir un officier de cette valeur enterré aux Paumotu sur une goélette. » A la suite d’une insolation, donne des signes d’aliénation mentale et est conduit à l’hôpital de Papeete où il meurt le 2 février 1888. Il était chevalier de la Légion d’honneur. On trouvera une brève notice le concernant, ainsi que les paroles prononcées sur sa tombe par le commandant de la marine de Papeete et le directeur de l’Intérieur, dans le Journal officiel des Établissements Français de l’Océanie du 9 février 1888, p. 33-34.

MASSON, Jean (1914-1973)

Peintre.

Né à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) le 22 Mars 1914. Élève des Beaux-Arts, section peinture, à l’atelier de Lucien Simon de 1932-1938. Arrive à Tahiti en 1938 avec une bourse de voyage du Salon de la Nationale. Y demeure jusqu’en 1942, date à laquelle il se rend aux États-Unis où il vivra de 1942 à 1946 avec une année au Mexique. Passe deux ans en France. Rentre à Tahiti en 1948 où il demeure à Punaauia, puis à Hapape. Fait deux séjours aux Tuamotu en 1956 et 1957. Il épouse une Américaine, Sylvia Green, sœur d’un professeur de littérature au Vassar College, U.S.A. Au cours de son séjour aux États-Unis expose à San Francisco (Maxwell Galleries, 1943) ; Los Angeles (Stendahl Galleries, 1944) ; Hollywood (Francis Taylor), et New York. A Tahiti, expose plusieurs fois (Tropiques, Cercle polynésien, hôtel Stuart) ; également à Nouméa en 1955. Artiste sincère et direct, Masson, lors de son premier séjour, peint des toiles d’un chromatisme exacerbé, joue avec d’éclatantes arabesques, travaillant dans une pâte épaisse et pourtant translucide. Des Tuamotu, au contraire, il tire des œuvres plus dépouillées, séduit qu’il est par l’austérité et l’éclatant lumière des atolls. On lui doit aussi des portraits et des monotypes. Masson fut un des premiers à Tahiti à s’intéresser aux tissus décorés à la main au moyen de matrices ou d’empreintes gravées sur lino. Il est aussi l’auteur d’un film de 16 mm intitulé : La vie heureuse où il retrace, selon la formule d’un documentaire, la vie quotidienne d’un district tahitien.

MATAITAI, Teriitauairohotu (1869-1943)

Propriétaire et chef.

Né le 12 mars 1869 à Afareaitu (Mooréa). Fils de Teriieua a Mataitai. D’abord instituteur. Appartenant à une famille de chefs, il est nommé chef de district le 10 avril 1895. Demeurera près d’un demi-siècle titulaire de cette fonction, dans des conditions souvent difficiles, « vieux chef de la vieille école, dira de lui un gouverneur, autoritaire et dévoué, sachant se faire obéir et craindre. » Travaux publics, adduction d’eau, routes, hygiène, Mataitai a l’œil à tout ce qui peut contribuer à l’amélioration du bien-être des indigènes dans son district. Il participe à la « croisade moderne contre l’alcool par les sports » en organisant dans son district des matchs et des compétitions. Déjà décoré du Mérite agricole, il recevra la Légion d’honneur en mars 1934. Il meurt le 31 mars 1943. — Marié en 1888, il aura quatre enfants : Teurabeimata, 1894 ; Tutea, 1895 ; Ariimoebau, 1897 ; Teriieua, 1900.

MATAITIROA

Ce Tahitien, lors de la rebellion, servait d’agent de liaison entre Pomaré, le consul Miller et les insurgés, traversant les « lignes » pour aller converser avec les rebelles à Papenoo.

Il circule avec un laissez-passer signé par Miller, en novembre 1844, « demandant à ce qu’il ne soit pas molesté ». Miller lui a dit qu’un bateau de guerre anglais allait venir et qu’il faut hisser le drapeau tahitien. On découvre une lettre de Pomaré adressée à Mataitiroa, dans laquelle la reine lui dit sa satisfaction et le félicite d’aider le consul Miller : « il vaut mieux être avec lui qu’avec tout autre consul » (28 octobre 1844). Devant une juridiction tahitienne, en janvier 1845, Mataitiroa est accusé d’attentat contre la sûreté intérieure de l’État et de rebellion, et condamné au bannissement à Makatea. Il sera grâcié un peu plus tard. — Archives de la F. O. M., F. 3 [15].

MATI, Arthur (1904)

Ingénieur des Travaux géographiques.

Né le 4 juillet 1904 à Papeete, fils d’Isidore Mati et de Minet Johnston. Après avoir passé son brevet à Papeete et travaillé dans l’administration comme fonctionnaire au service topographique, part en 1923 en France devançant l’appel sous les drapeaux. Reste dans l’armée où il fait carrière. Il était en 1963 commandant à Dakar. Passe plusieurs de ses congés à Tahiti et vit retraité en France.

MATISSE, Henri (1869-1954)

Artiste français.

Chef de file des « Fauves » en 1905, il devint par la suite un des plus grands maîtres de l’art moderne par sa conception de la peinture par à plats et sa passion de la couleur pure, soumise à des rythmes rigoureux. En 1930, Matisse réalise son rêve d’un voyage dans les mers du Sud et passe trois mois en Polynésie française, visitant les Tuamotu : Apataki et Fakarava. Matisse ne fit pas de peinture au cours de ce voyage, déclarant à son retour « qu’il n’a pas été touché par Tahiti » et qu’il n’y trouva aucun renouvellement de son inspiration artistique. A Papeete, il résida à l’hôtel Stuart où une plaque signale le passage du peintre : « La chambre 14, au troisième étage, sur la mer », me dit Mme Stuart qui ajoute : « Matisse m’avait proposé de faire mon portrait. J’avais tellement peur que mon mari rouspète que je n’ai pas voulu ! » On conserve à peine quelques croquis de lui et des dessins à l’encre, vues du port prises de sa chambre à l’hôtel Stuart, fleurs et feuillages, Dessins de Matisse dans Cahiers d’Art (Paris, 1936, n° 11, 3-5, p. 69-148, voir les planches 71, 73, 77). On peut cependant penser que le renouvellement cherché par le peintre d’une manière ouverte se produisit par une sorte d’emmagasinement inconscient et de résurgence, et que l’influence de Tahiti soit visible dans certaines manifestations de Matisse vers l’illustration décorative et les gouaches découpées, ainsi que dans certains vitraux et cartons de tapisserie. Il s’agit moins des tapisseries : Fenêtre à Tahiti, dessinée en 1935 et exécutée à Beauvais l’année suivante, ou de Tiari, Venus in the shell, dessinée après son séjour en Océanie (reproduites dans Alfred H. Barr, Matisse, his art and his public, New York, 1951) que d’autres grandes compositions décoratives conservées ici ou là dans le monde et où l’on devine une inspiration des tapas, des ti fai fai et de leurs grands motifs végétaux. Brassai, en déc. 1946, trouve Matisse, à Paris boulevard du Montparnasse, « au lit, en train de découper en papiers de couleurs des figures évoquant l’Océanie… Au fur et à mesure de leur naissance, Lidia, la belle Russe, les fixait à même le mur ». Et Matisse de lui confier : « Les souvenirs de mon voyage à Tahiti ne me sont revenus que maintenant, quinze ans après, sous forme d’images obsédantes : madrépores, coraux, poissons, oiseaux, méduses, éponges… Il est curieux, n’est-ce pas, que tous ces enchantements du ciel et de la mer ne m’aient pas incité tout de suite. Je suis revenu des îles les mains absolument vides… Je n’ai même pas rapporté de photos… J’ai acheté pourtant un appareil très coûteux. Mais là-bas, j’ai hésité : si je prends des photos, me suis-je dit, de tout ce que je vois en Océanie, je ne verrai désormais que ces pauvres images. Et les photos empêcheront peut-être mes impressions d’agir en profondeur… J’avais raison, il me semble. Il importe plus de s’imbiter des choses que de vouloir les saisir sur le vif. Tous ces éléments je les découpe et les fixe aux murs, provisoirement. Les petits traits représentent la ligne d’horizon… Je ne sais pas encore ce que cela donnera… Ça fera peut-être des panneaux, des tentures murales. » (Brassai, Conversations avec Picasso, 1964, p. 265-266). En mars 1961, le Musée des Arts décoratifs, au Pavillon de Marsan, a présenté de grandes gouaches découpées, pour lesquelles se passionna Matisse, les dernières années de sa vie, et qui confirment encore cette influence tahitienne dans l’œuvre de Matisse. En voir le catalogue : Henri Matisse. Les grandes gouaches découpées, Paris, 1961, qui, p. 64, donne une bibliographie concernant les grandes gouaches découpées. — E. Teriade a interviévé Matisse lors de son retour en France : Le tour du monde d’Henri Matisse. Henri Matisse à Tahiti dans l’Intransigeant des 19 et 20 octobre 1930. — Le Musée Matisse, ouvert dans les jardins de Cimiez à Nice, conserve d’admirables cartons de tapisseries océaniennes qui témoignent de l’influence de Tahiti dans l’œuvre du peintre.

MAUER, Daniel (1922)

Pasteur.

Né à Montbéliard (Doubs), le 1 mars 1922. Études secondaires à Besançon. Entre à la faculté de théologie protestante de Strasbourg en 1941. De 1945 à 1947, assure différentes suffragances à travers la France. De 1947 à 1949, se met au service du CIDADE, organisme chargé de venir en aide aux détenus de droit commun et politiques, et passe 18 mois comme visiteur de la maison centrale de Caen où vivent 250 condamnés à de longues peines. Après un ministère de trois ans au pays de Montbéliard, part au Togo au service de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Il y passe quatre ans, s’occupant de loin en loin d’écoles, de jeunesse et de librairie. En 1957, il gagne Tahiti, chargé de remplacer le pasteur Rey-Lescure qui quittait le pays et le pasteur Adnet partant en congé. Il assure un intérim de la paroisse de langue française de Béthel et se forme rapidement à l’administration de l’Église ; tout en étant intéressé par certaines formes de travail auprès des jeunes : écoles du dimanche, groupes de Fédé. Ses fonctions l’appellent durant sept ans à parcourir les îles, village par village, en contact avec tous les aspects de la vie tahitienne. Coprésident de l’Église de 1960 à 1963, il prépare l’autonomie de l’Église qui sera solennellement célébrée le 1 septembre 1963. Il quitte l’île un an après pour raison de santé. Revient à Tahiti en octobre 1973 pour assurer un intérim à la direction de l’Enseignement protestant. Daniel Mauer, qui manie le tahitien avec la plus grande aisance et se trouve être un des spécialistes de la langue, est l’auteur d’un très vivant Tahiti les yeux ouverts, Paris, 1972 et d’une plaquette sur l’Église protestante à Tahiti (Dossiers tahitiens, n° 6). — Daniel Mauer est marié depuis 1947 à Marie-Madeleine Sarrazim dont il a quatre enfants : Geneviève, 1949, épouse Alain Graff, une fille, Lysiane ; Martine, 1950 ; Philippe, 1953 ; François, 1956.

MAUGHAM, William Somerset (1874-1965)

Romancier, essayiste et dramaturge anglais.

Né à Paris, le 25 janvier 1874, où son père est attaché à l’Ambassade d’Angleterre. Études à King’s School, Canterbury ; à l’Université d’Heidelberg et à St-Thomas Hospital. Obtient ses diplômes de médecin mais n’exerce pas. Participe au début de la Première Guerre mondiale dans les services secrets anglais. Passe l’hiver 1916-1917 en Océanie, visitant Hawaii, les Samoa, Tahiti. Il a laissé quelques pages concernant son passage à Tahiti dans un ouvrage : A writer’s Note book (Londres, 1949). Voyage beaucoup, vivant souvent au cap Ferrat. — Les nouvelles que lui inspirent les mers du Sud ont surtout comme cadre Samoa. Seule : The fall of Edward Barnard, dans le volume intitulé The trembling of a leaf (1921) intéresse directement Tahiti. S. Maugham a également donné une vie romancée de Gauguin, The moon and six pence (Londres, Heineman, 1919), dont Hollywood tirera un film en 1941.

MAUREL, Louis (le Père Célestin). 1862-1950

Religieux picpucien.

Né à Membre par Sauveterre (Aveyron) le 31 mai 1862. Fait profession dans la congrégation des Sacrés-Cœurs le 19 mars 1886. Prêtre le 19 mars 1889. Arrive à Tahiti le 6 juin de la même année. Après un an de séjour à Anaa aux îles Tuamotu, s’occupe pendant huit ans des districts de Mataiea-Papara et Papeari à Tahiti. Passera ensuite six ans à la cathédrale de Papeete. Nommé provincial en avril 1905, il le restera jusqu’en 1947, résidant à Papeete. C’est à ce titre qu’il aidera la mission catholique à prendre pied dans les îles Sous-le-Vent et les Australes, y ouvrant des écoles et des chapelles. Durant l’automne de 1928, par exemple, il visite les Australes. A Rimatara il élève un petit monument sur la tombe du Père Cavaignac. En octobre 1929, il bâtit une maison à Rurutu. Se retire à Papeete où il meurt le 18 décembre 1950. Il avait collaboré depuis sa fondation en 1909 à la rédaction du Vea Katolika, le journal de la mission.

MAURUC, Arnaud (1800-1871)

Capitaine au long cours et colon.

Mauruc — on trouve aussi le nom orthographié Maurouc, et Armand comme prénom — est né à Bordeaux le 18 octobre 1800. Quitte cette ville, commandant du Courrier de Bordeaux, brick de 200 tx que l’armateur Pierre Guestier envoie commercer en direction de Valparaiso. Mauruc, dans le Pacifique, garde jusqu’en 1832 le commandement du navire avec lequel il vient plusieurs fois à Tahiti, notamment en avril 1830, époque à laquelle il vient y chercher Moerenhout. En 1832, il fait à Valparaiso l’acquisition du brick Polynésien, auquel il substitua plus tard la Rita, bâtiments avec lesquels il assurera des liaisons commerciales entre les îles polynésiennes et le Chili, comme il l’avait fait avec le Courrier de Bordeaux. Il navigue sous pavillon chilien. C’est Mauruc, qui, en mai 1834, étant en relâche à Valparaiso, orienta vers les Gambier, où aucune mission n’était encore installée, les Pères Caret et Laval à la recherche d’un terrain propice pour leur apostolat. On le voit trafiquer aux îles Fidji, et sans doute, s’intéresse-t-il à la pêche à la baleine dans les parages. Un rapport présenté à Dupetit-Thouars par Mauruc à Valparaiso, le 12 avril 1838, nous apprend que Mauruc, après une relâche aux Gambier, en janvier 1837, s’était mis à naviguer sous le pavillon du Roi des îles Gambier et avait obtenu de lui « les papiers nécessaires pour naviguer en sûreté, tels que l’acte de nationalité et le rôle d’équipage, tous deux en langue de Gambier, signés du Roi ». Relevons ce pavillon qui a échappé aux savantes investigations du Cdt Cottez : « Trois bandes horizontales d’égales dimensions : celle du milieu est bleue, les deux autres sont blanches. Le pavillon porte en outre cinq étoiles rouges dont quatre sont disposées en carré et occupent les quatre angles du pavillon, la cinquième est placée au milieu de la bande bleue. » En 1840, Mauruc envoie à la Société de Géographie, à Paris, l’extrait du journal d’un voyage dans l’Océanie, ainsi qu’une carte de l’archipel Dangereux (les Tuamotu), accompagné d’un cahier de notes. La Société conserve dans ses archives — sans pouvoir les retrouver en 1959 — les « précieux documents », mais insère dans son Bulletin les notes sur les îles de l’Archipel Dangereux (février 1848, p. 73-97). Elles témoignent d’une longue pratique de ces parages. En 1856, l’enseigne de vaisseau E. Hardy, dans le Messager de Tahiti, rendait à Mauruc ce témoignage : « C’est un des hommes qui ont rendu les plus de services au commerce français dans l’Océanie. Il a été un des premiers à explorer l’archipel des Pomotou que les anciennes cartes représentent comme une nébuleuse d’îles et laissent dans le vague le plus inquiétant… Mauruc a fourni de nombreux et excellents renseignements sur la navigation dans ces parages, ce qui n’est pas son moindre titre à la reconnaissance de ses concitoyens. Il a toujours laissé un nom aimé et respecté chez tous les indigènes avec lesquels il a fait le commerce. » Quand il cessa de naviguer, Mauruc vint s’installer à Huahine, dans le district de Tefarerii, avec sa femme, originaire de Tahiti. Il y acheta des terres et cultiva du café et du coton, à une époque où ce dernier trouvait encore des débouchés intéressants. Il était à Huahine le voisin de son ami le capitaine Lidet. Mauruc, ou plutôt son chien, avait joué un rôle épisodique en 1842, à Papeete, lors d’une bagarre survenue entre les mutoi de la Reine et quelques Européens, bagarre dont les résultats occupèrent l’amiral Dupetit-Thouars (Jore, L’Océan Pacifique…, t. 2, p. 267). Mauruc mourut le 21 juin 1871, dans sa propriété. Sa tombe existe encore dans le cimetière de Huturaro, au village sud. En annonçant sa mort à l’état civil de Papeete, la Reine de Huahine disait : « Nous regrettons vivement la mort de M. Mauruc. C’était un bon homme sur tous les points de vue. Il a passé environ quarante ans parmi nous. » Et la Reine ajoutait : « M. Mauruc a laissé des biens ; mais personne pour les administrer. Cependant j’ai laissé un gardien dans la maison. » De fait, Mauruc ne laissait en Océanie aucune descendance légitime connue.

Bibliographie. P. Marcantoni, Le capitaine Mauruc (B.S.E.O., n° 55, nov. 1935, p. 533-536). — L. Jore, Quarante ans de navigation dans le Pacifique. Le capitaine au long cours bordelais Arnaud Mauruc, 1800-1872 (ibid., n° 125, déc. 1958, p. 863-876). Outre l’article mentionné dans cette notice, le Bulletin de la Société de Géographie de Paris avait publié, en 1840, un Plan de l’archipel Dangereux, dû à Mauruc. — On trouvera le « Pavillon des îles Gambier, créé par le capitaine Mauruc, en 1832 » dans : Cuzent, Voyage aux îles Gambier, 1872, p. 39.

MAURY, René (1911)

Horticulteur.

Né le 5 mars 1911 à Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir), d’une famille de cultivateurs. Arrive à Tahiti attiré par le pays. Trouve du travail au jardin d’essai où d’abord employé à 7,50 F par jour sous la direction de M. Barriac, qui s’occupe surtout de chevaux, puis avec M. Boubée qui remet le jardin dans la tradition instaurée cinquante ans plus tôt par Édouard Raoul. Devient fonctionnaire en 1950. Quitte le service en 1964. A côté de cette carrière officielle, René Maury poursuit une vocation de pépiniériste qui le pousse à recueillir et à acclimater des plantes ornementales à Tahiti. Il voyage à cette fin dans les archipels voisins de Tahiti, à Rapa, aux Australes, aux îles Sous-le-Vent, aux Marquises où il recherche des espèces non introduites jusqu’alors à Tahiti. En 1952 et en 1958, il fera deux voyages à Nouméa où il est l’ami de M. Lavoix, un collectionneur local avec lequel il fait des échanges. Il fait également deux séjours à Hawaï d’où il rapporte de belles collections de crotons et de rhododendrons. Ce goût et ces recherches font que René Maury a rassemblé des plantes qui contribueront à faire de Tahiti un pays plus coloré, continuant ainsi les traditions des Harrison Smith et des Raoul. — Son union, en 1939, avec Jeanne Neuffer, 1911, de Raiatéa, est demeurée sans postérité. Il a adopté trois enfants, Jean Georges, 1946. — Hiro, 1949. — René, 1952.

MAY, Charles-J

Missionnaire mormon.

Arrive à Tahiti le 18 août 1909. Assiste le Frère Lake pour l’impression du journal Te Orometua. Sa sœur Ethel May arrive le 11 juillet 1910. Ils retournent aux États-Unis le 23 janvier 1915. Passera de nouveau à Tahiti de février 1935 à janvier 1937 ; de février 1940 à août 1945. Revient à Tahiti comme patriarche en mai 1951. Rentre en 1952. Il aura été le premier patriarche à donner sa bénédiction dans la langue tahitienne.

MAYAUX, Jean (1926)

Religieux picpucien.

Né le 31 août 1926, à Favières (Meurthe et Moselle). Profès dans la congrégation le 8 septembre 1952. Ordonné prêtre le 1er juillet 1957. Arrive aux Marquise en 1963. Est actuellement curé de la vallée de Hakahau à Ua Pou, desservant également Taipivai, à Nuku Hiva. Il fut vicaire capitulaire lors de la vacance du siège en 1972.

MAYNE, Henry, dit aussi simplement, M. Henry ou J.E [mile] Henry

Aide-Missionnaire.

Originaire de Lorgues (Var). Arrive à Mangareva comme « catéchiste », à bord de la Capricieuse en mai 1850. Il a lu les récits des missionnaires picpuciens et désire consacrer sa vie aux côtés du Frère Urbain, — Alphonse de Latour de Clamouze — à l’éducation des enfants des îles. Les renseignements sont rares sur ses généreuses activités. Meurt à Aukema, îles Gambier, le 23 septembre 1877. Voir sur lui les Mémoires du Père H. Laval, Histoire Chrétienne, 1968, p. 277 et note 2.

MAZÉ, Mgr Paul (1885)

Cinquième vicaire apostolique de Tahiti.

Né le 4 avril 1885 à Pleyben (Finistère). Profès picpucien le 8 décembre 1904 ; prêtre le 25 septembre 1910, le Père Paul arrive à Tahiti le 4 décembre de la même année. Passera d’abord huit ans aux îles Cook à Mauke, 1910-1916, puis à Atiu. Est envoyé aux Tuamotu en 1918 ou, après deux années passées avec le Père Amédée Nouailles à Hikueru, il sera seul en charge des îles de l’Est, n’ayant aucun poste fixe, mais circulant d’île en île, sans cesse en voyage sur les goélettes à voiles, alors les plus nombreuses dans ces parages difficiles, ou sur son petit cotre, le Saint-Pierre. Actif et entreprenant, homme de jugement pondéré, prêtre à l’âme apostolique et ne vivant que pour les gens des Tuamotu dont il connaît bien la langue, le comportement et les habitudes de vie, vingt ans le Père Paul maintiendra dans les Tuamotu de l’Est les grandes traditions des Fierens et des Terlyn. Après la mort de Mgr Nouailles, en 1937, il fut nommé évêque titulaire d’Ascalon et vicaire apostolique de Tahiti, le 8 novembre 1938. Il sera sacré à Papeete, le 30 avril 1939, par son collègue Mgr Le Cadre, vicaire apostolique des îles Marquises. Évêque, Mgr Paul Mazé sera bloqué dans son vicariat par la Seconde Guerre mondiale et ne fera sa première visite ad limina qu’en 1946 ; la seconde ayant lieu en 1955. Poussé par une vive compréhension des besoins des populations dont il a la charge et devant l’impressionnante montée démographique que connaît alors la Polynésie française, remontée qui se joint à une concentration urbaine à Papeete, Mgr Mazé fait effort pour fournir à la jeunesse tahitienne des maîtres et des guides. Il obtient du F.I.D.E.S. d’importantes contributions, qui jointes aux dons de la population lui permettent d’agrandir, en 1948 et en 1956, les bâtiments du pensionnat mixte d’Uturoa ; d’ouvrir, avec le concours des Sœurs de Notre-Dame des Anges qu’il fait venir du Canada, un pensionnat à Faaa en 1951 et un autre à Taravao en 1962 ; de faire construire à Papeete, dans le quartier de Taunoa une école de filles (1957) qui sera confiée aux Sœurs de Notre-Dame des Anges et une école de garçons, Saint-Paul, prise en charge par les Frères de Ploërmel. En même temps, il appuie le programme des Frères qui, en plusieurs tranches, construisent d’imposants bâtiments scolaires sur la colline qui domine la cathédrale. En 1952, un petit séminaire est installé, à Mitirapa, dans la presqu’île de Taiarapu, nouvelle manifestation de la volonté manifestée par Mgr Mazé dès 1939 et reçue alors dans le septicisme général de tout faire pour permettre la naissance d’un clergé local. Une nouvelle paroisse, Sainte-Thérèse, est créée en 1956, à Papeete. A la même époque, Mgr Mazé introduit à Tahiti les Sœurs Notre-Dame du Bon Pasteur d’Angers pour lesquelles il construit une résidence et fonde une congrégation locale des Filles de Jésus-Sauveur. Il voit, de 1963 à 1968, la municipalité de Papeete restaurer sa cathédrale dont l’intérieur est modernisé. Les offices ont alors lieu dans l’église dite « de la mission », hangar américain transformé en une salle susceptible de recevoir 1 000 personnes et qui demeurera utilisée par les catholiques du quartier de la Mission. Mgr Mazé tiendra à assister à Rome, de 1962 à 1965, à toutes les séances de Vatican II. En juin 1966, lors de l’établissement de la hiérarchie dans le Pacifique Sud, le vicariat apostolique de Tahiti devient l’archevêché de Papeete, avec l’évêché de Taihohae comme suffragant. Deux ans plus tard, le 3 juin 1968, Mgr Mazé a la joie de consacrer évêque l’abbé Michel Coppenrath, un enfant du pays. On a fêté le 4 avril précédent ses trente années d’épiscopat : il peut chanter son nunc dimittis et se retirer dans le presbytère de Taravao où il achève une longue carrière dans le recueillement et la prière. Au cours de sa carrière épiscopale, Mgr Mazé a vu mûrir les premiers fruits de l’œcuménisme. Les conflits avec les différentes dénominations religieuses locales, qui avaient marqué à Tahiti le XIXe siècle et le début du XXe siècle, s’estompent et ne se manifestent plus guère que par les polémiques de presse ou de radio sur des interprétations bibliques ou des questions de crédits scolaires. L’homme de fermeté doctrinale se double en effet chez Mgr Mazé d’un gentilhomme courtois et de tempérament irénique. L’administration, même dans les situations les plus délicates, a toujours apprécié la loyauté de son action. Les populations admirent l’orateur disert qui manie avec abondance la langue tahitienne, le prêtre charitable qui visite les malades, le religieux vivant dans la plus stricte pauvreté personnelle, le pasteur accueillant à la bonté compréhensive. Il est commandeur de la Légion d’honneur depuis 1962. Ses armes portent l’hermine de Bretagne sur champs d’argent ; les Sacrés-Cœurs ; une rose à trois pétales tombantes ; son cotre, le Saint-Pierre, voguant à pleines voiles. Mgr Mazé a ainsi marqué ses origines, la congrégation à laquelle il appartient, Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus et sa vie de marin.

Bibliographie. On trouve des lettres du « Père Paul » et de Mgr Mazé dans les Annales des Sacrés-Cœurs de 1911, 1914, 1924 à 1940 ; dans les Annales de la Propagation de la Foi, 1920 et 1921 ; dans les Missions catholiques, 1920, 1926, 1928. — Un article de lui : Histoire d’hier. Le dernier Kaïto Takoto dans le Bulletin de la Société des Études océaniennes, 1929, p. 279-289. — Voir à son sujet : Annales des Sacrés-Cœurs, 1938, p. 586-588 ; 1939, p. 164-169 (son sacre). Également : Missions des îles, mars 1958, p. 48-52 et sv. — Les vingt pages d’un numéro spécial du Semeur tahitien (octobre-novembre 1960) ont été consacrées à Mgr Mazé lors de son jubilé. La couverture porte une excellente photographie de l’évêque. — Guy de Larigaudie : Un ruban rouge bien placé ; le Père Paul Mazé, apôtre des Tuamotu (Monde colonial illustré, 1937, M. 224, portr.). — La bibliographie complète de Mgr Mazé se trouve dans Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, p. 600-601.

MAZELLIER, Philippe (1928)

Directeur de journal.

Né à Lyon le 29 mai 1928. Études aux Beaux-Arts de cette ville. Journaliste parlementaire à Paris-Normandie en 1950. Travaille pour l’agence Reuter et la Tribune de Lausanne. Passe à Tahiti en 1957. S’y installe en 1961. Assure un an la direction du Journal de Tahiti, avril 63-mai 64. Fonde, en août, la Dépêche de Tahiti, journal non politisé, tiré en offset, qui grâce à la publicité, trouve assez rapidement un équilibre financier : tire à 4 600 exemplaires en 1973. Passionné par les choses de la mer, Philippe Mazellier a réussi à se classer dans des championnats de chasse sous-marine. Il publie en 1963, aux éditions « Rencontre » un Tahiti qui s’attache à décrire objectivement la Polynésie telle qu’elle était alors. — Épouse en 1958, à Paris, Johanna Iorss, 1922, assistante sociale.

MAZERY, Jules (1835)

Capitaine du génie.

Né le 21 avril 1835 à Nantes (Loire-Inférieure). Sous-lieutenant du génie, fait campagne au Mexique où il est proposé pour la Légion d’honneur par le maréchal Bazaine, pour son activité et son courage. Campagne de la Martinique puis rentre en France en congé. Arrive à Tahiti le 26 juin 1868 par la frégate Néréide. Lieutenant le 6 mars 1869 ; juge au tribunal criminel de Papeete ; capitaine en 1872 et chef du service du Cadastre. Entreprend la même année le lever de la route de la côte est de Tahiti, de Papeete à Tiarei, puis part en congé en France. Revient à Tahiti le 18 septembre 1874. Reprend la direction du Cadastre et des Ponts et Chaussées. Rentre définitivement en France en 1877, avec sa famille, y prend sa retraite, rue Franklin, n° 2, à Nantes où il meurt. Épouse, le 28 novembre 1872, à Papeete, Marie-Louise Bonnefin, 1853, dont les descendants habitent la France.

MAZIÈRE, Francis

Voyageur et écrivain.

Jeune, fréquente le musée de l’Homme, l’école du Louvre et celle des langues orientales, avant de commencer une carrière de voyageur qui l’amènera plusieurs fois en Océanie : mission de recherche aux îles Sous-le-Vent, 1954 ; expédition française de l’île de Pâques, 1962-1965. Il tire de ces séjours des ouvrages : Archipel du Tiki, [îles Marquises], 1957 et Fantastique île de Pâques, 1965, qui, par leur côté « grande aventure », plaisent à une catégorie de lecteurs, friands de pittoresque marginal et exotique, connaissent de gros tirages. Mazière est également l’auteur de bons livres pour enfants : Teiva, enfant des îles, 1954, Hina la petite Tahitienne, 1960. Tous ces titres ayant été généralement doublés par des films tournés avec A. Sylvain, et qu’il présente avec le plus grand succès, en des conférences itinérantes, à un public francophone.

MEHAO († 1936)

Pasteur indigène.

Originaire de l’île de Maïao, passe son enfance à Bora Bora. Très doué et ouvert intellectuellement, maniant la parole avec une grande aisance, il s’impose dans les réunions bibliques de l’Église par sa compréhension vive des Écritures et son grand talent d’exposition. Il est envoyé en 1907, à l’école pastorale de M. de Pomaret, à Mataia (Tahiti). Quand il en sortit en 1910, ses premières prédications, la chaleur de sa parole le rendirent si vite populaire que certaines paroisses de Tahiti mirent tout en œuvre pour le garder à Tahiti. Il était particulièrement réclamé par la paroisse du district royal d’Arue, soutenue par le prince Hinoi, neveu du roi Pomaré V. Pétitions, menaces, interventions officieuses ne purent empêcher le Conseil supérieur des Églises tahitiennes d’envoyer Mehao, fidèle à sa parole, à Paanui, sa petite paroisse de Bora Bora. Il s’y montre un remarquable pasteur. Son rayonnement dépassera bien vite les limites de l’île. Il sera chaque année délégué au Synode général, en août, à Papeete. Délégué pour représenter, aux îles Cook, les îles Sous-le-Vent, en 1921, lors du Centenaire de l’introduction de l’Évangile par John Williams, il y fait l’admiration de tous ceux qui l’entendent parler. « Il fut, a écrit, le pasteur Ch. Vernier, un remarquable pasteur qui joignait à des dons intellectuels et oratoires exceptionnels une modestie profonde et une foi éprouvée. Les limites de sa petite paroisse de Bora Bora furent vite dépassées par mon action et son influence… » (Tahitiens d’aujourd’hui, Paris, p. 208). Et Alain Gerbault, qui déclarait « avoir pu connaître et apprécier sa droiture de caractère, sa modération et sa tolérance », le classait d’emblée parmi « cette classe d’indigènes qui saurait bien gouverner son pays si on voulait faire appel à elle ».

MEIER, Théo

Peintre suisse, originaire de Bâle.

Très cultivé et d’un très grand talent, il est fort apprécié en Suisse. Passe quelque temps en Polynésie française en 1932-1933. Excellent artiste, sensible, très bon peintre, il circule dans les archipels et aux Marquises. Expose au Yacht Club de Tahiti avant son départ en janvier 1933. « Ce barbare somptueux d’Helvétie, véhément, tumultueux, sourd… épanouit le primitif, le natif dans toute sa rauque beauté, l’incurable désespoir des races condamnées » (Le Réveil, Papeete, 19 janvier 1933, p. 12).

MÉJEAN, Justin (P. Hyacinthe) 1875-1960

Religieux picpucien.

Né à Saint-Étienne-de-Valdonnez (Lozère) le 4 septembre 1875. Profès dans la congrégation le 24 mai 1894. Ordonné prêtre le 22 juillet 1900, part la même année pour la mission des Marquises. Nommé provincial en avril 1903. Retourne en France pour le chapitre de son ordre en 1903. Rentré aux Marquises peu après, y demeure jusqu’en 1911. Revient en Europe en 1911, date à laquelle il rentre définitivement en France où il est aumônier à Picpus et à Mende.

MÉLIÈS, Gaston

Cinéaste, Georges Méliès, 1861-1938, le pionnier du cinéma français, voyant ses films contrefaits en Amérique, avait ouvert en 1904, à New York, une succursale de sa maison destinée à défendre son œuvre.

Son frère Gaston en reçoit la direction. Passant du plan commercial à celui de la réalisation de films, Gaston voyagera bientôt avec une troupe de cow-boys et de peaux-rouges. En 1911 un voyage autour du monde l’entraîne dans le Pacifique et à Tahiti. Gaston Méliès a engagé quelques artistes à New York, établi des scénarii, et il compte trouver dans les îles la séduisante figuration féminine qui assurera le succès de ses films exotiques. Il arrive à Papeete, sur le Moana, en juillet 1911. Il voyage avec sa jeune femme dont une passagère déclare qu’« elle est charmante ». Quant à lui « avec ses cheveux gris et brousailleux, ses yeux aigus, sa longue impériale, il s’est fait le visage que les caricaturistes prêtent à l’Oncle Sam ». Méliès est accompagné d’un scénariste Stanley Lee, gradué de l’Université d’Edimbourg et qui s’étonnera que les Tahitiens ne jouent pas au base-ball et qu’il n’y ait ni ranchs, ni cow-boys dans l’île. La vedette féminine c’est Miss Bella, « elle monte à cheval, nage, saute à la perche, manie le revolver aussi aisément qu’une lime à ongle et peut tomber d’un rocher aussi élégamment que dans les bras de son amant, Edward Donald, le jeune premier qui, très sportif également, porte avec la même élégance l’uniforme blanc de l’U.S. Navy, l’habit du noctambule, les leggins et les chemises molles de l’énergique planteur. Il y a aussi Matthew Black pour les rôles de sombres brutes : une carrure de gorille, le torse velu et les yeux de fauve dans une barbe hérissée. Avec cette bande, un boy qui manie son lasso avec trop d’adresse et qui attrape tout : le stewart qui porte son plateau ou la chaise longue d’une passagère »… Avec eux, deux opérateurs. Arrivé à Papeete, Méliès s’arrangera avec Tati Salmon, chef du district de Papara qui, à forfait, se chargera de loger et de nourrir son équipe, et de lui fournir acteurs et figurants. L’opération n’alla pas sans quelques difficultés, les Tahitiens de 1911 ayant quelque peine à s’adapter aux disciplines du septième art. Un certain nombre de films semblent avoir été tournés à cette époque à Tahiti. Relevons : Ballad of the South Seas, deux bobines qui sortent à New York le 22 janvier 1913. Nous sommes en 1650, il s’agit d’une affaire sentimentale entre les deux grands chefs Tavi et Tuiterai, au sujet de Taurua, femme du premier. La publicité loue cette « première production du voyage de Méliès autour du monde de n’être pas seulement une succession de danses, de scènes indigènes et de jolies vues locales », mais d’avoir placé dans ce décor une intrigue. — A Tale of old Tahiti, sorti à New York, en février 1913 : en 1850, un jeune officier français de la marine de guerre, de passage à Tahiti, est enlevé par les naturels. Il épouse Teria, la fille du chef Hoahi-aru. Ses compagnons viennent le rechercher et le ramener à son bord. — Unmasked by a Kanaka, présenté à New York le 13 février 1913 : un indigène venge l’honneur de sa jeune sœur maltraitée par un planteur européen. Ces films constituent, sans doute, les premiers essais de prise de cinéma à Tahiti. Peu après, Bopp du Pont devait lui aussi tourner de la pellicule dans ces parages. — Voir à ce sujet : P. O’Reilly, Le documentaire ethnographique en Océanie (Journal de la Société des Océanistes, déc. 1949, p. 126-128).

MELVILLE, Herman (1819-1891)

Écrivain américain.

Né à New York. Sans doute après avoir lu l’ouvrage de Dana : Two years before the mast, qui vient de paraître, embarque à New Bedford (Mass.) comme matelot, sur un trois mâts baleinier de 350 tx, 36 hommes d’équipage, l’Acushnet, capitaine Valentine Pease, le 30 décembre 1840. Le rôle de l’équipage, sous le n° 20, porte : « Herman Melville. Place of Birth : New York. — Place of Residence : Fairhaven. — Citizen of U.S. — Age : 21. — Height, 5’9 1/2. — Complexion : dark. — Hair : brown ». L’Acushnet dont c’est le premier voyage, quitte Fairhaven le 3 janvier 1841. Après dix-huit mois d’une campagne dans le Pacifique oriental dont les détails restent inconnus, le log book du navire ayant été perdu — on sait seulement qu’il travaillait en novembre 1841 dans les parages des Galapagos — l’Acushnet relâche en juin 1842 à Taiohae, îles Marquises, île que l’amiral Dupetit-Thouars est en train d’occuper militairement. Melville, le 8 juillet 1842, déserte avec un autre matelot Richard Tobias Greene. Les deux déserteurs vivent environ trois semaines chez les indigènes Hapaa et Taipi. Melville s’échappe et, le 9 août, signe sur le rôle d’équipage de la Lucy Ann, capitaine Ventom, baleinier de 213 tx, alors à Taiohae. Le 12 on est à Tahuata, le 14 à Hiva Oa, le 15 dans le canal du Bordelais. Par les Tuamotu, ce navire se dirige alors vers Tahiti où le Dr Johnston vient à bord le 21 septembre (date de terre). Le capitaine Ventom est débarqué le lendemain, très malade. Le consul Wilson, intérimaire de Pritchard, ordonne au baleinier de continuer sa croisière sous le commandement du second, un nommé Jermin. Plusieurs membres de l’équipage refusent de servir sous un nouveau commandant, d’où quelques bagarres à bord. Une intervention du consul Wilson est inefficace. Le 23, un canot armé de la Reine Blanche, alors sur rade, vient rétablir l’ordre à bord de la Lucy Ann et emporte les mutins qui, le lendemain, seront remis à terre aux autorités qui les feront mettre en prison, malgré les exhortations de Wilson pour une reprise du travail. Melville se solidarise avec les mutins et est, lui aussi, envoyé à la carabousse, le jeudi 29. Le baleinier quitte Papeete le 15 octobre, avec un nouvel équipage, les hommes du Lucy Ann demeurant à la prison où ils mènent joyeuse vie, vivant sur le pays et participant aux fêtes. Melville s’échappe de la prison et va travailler quelque temps à Moorea chez deux Américains surnommés Zeke et Shorty qui y font de la culture. On possède une note de frais médicaux du Dr Johnston le concernant : 19,50 dollars « for medicine and medical assistance… from Oct. 15 to Nov. 19 ». Dates difficiles à faire cadrer avec un engagement de Melville à Moorea, comme barreur, sur le baleinier de Nantucket, le Charles and Henry, capitaine J.-B. Coleman, qui quitte cette île le 6 ou 7 novembre. Après avoir fait escale à Rurutu, et pêché plusieurs mois, arrive à Hawaii le 2 mai, date à laquelle il débarque, d’accord avec le capitaine. Travaille trois mois à Honolulu comme commis dans un magasin avant de s’engager, en août, sur la frégate United States comme matelot. La frégate s’arrêtera aux Marquises (4 octobre) et à Tahiti (12 octobre) où elle sera une semaine sur rade. Mais aucun homme n’ayant la permission d’aller à terre, il est peu probable que Melville ait pu, à cette époque, revoir Tahiti. Après être passée à Valparaiso le 21 novembre 1843, la frégate arrive à Boston (Mass.) le 3 octobre de l’année suivante. Melville quitte l’uniforme le 14 octobre 1844, regagnant alors sa famille à Lansingburgh, où il commence d’écrire ses souvenirs sur les Marquises : Typee, récit romancé des aventures de Tommo-Melville lui-même aux îles Marquises. Au printemps de 1845 le manuscrit est refusé par Harper and Bros, de New York. Melville envoie alors son manuscrit à son frère, secrétaire de la légation des États-Unis à Londres, qui le présenta à l’éditeur Murray, qui l’acheta en décembre 1845. L’impression commença sur le champ. L’ouvrage paraît à Londres, le 27 février 1846, dans le Murray’s home and Colonial Library, presque en même temps, Gansevoort Melville passait un accord avec Wiley et Putman, à New York, pour une édition américaine qui parut le 17 mars. Typee fut l’un des premiers livres à connaître cette publication simultanée en Angleterre et aux États-Unis qui devait devenir courante par la suite. Premier ouvrage d’un inconnu, Typee, connut un grand succès. Il suscita en quelques semaines vingt-cinq articles de revue, en Angleterre, et aussi dans la patrie de l’auteur, qui se vit célèbre du jour au lendemain. Deux ou trois hivers, la mode polynésienne fut, aux États-Unis, presque aussi forte qu’en Europe aux temps de Bougainville et de Cook. — Encouragé par cet accueil, Melville écrivit alors Omoo, récit romancé, faisant suite à Typee, de ses aventures polynésiennes. L’ouvrage parut en mars 1847, simultanément à Londres et à New York. Il avait été accepté par Harper, volant au secours de la victoire. Le succès d’Omoo fut égal à celui de Typee. Hormis quelques revues qui regrettaient les attaques contre les missionnaires, toute la presse fut excellente. Le livre connaîtra de très nombreuses traductions et réimpressions. Melville utilisera encore ses souvenirs océaniens dans deux ouvrages, Moby Dick (1851), histoire de la poursuite d’une baleine blanche, et dans White-Jacket (1850) où il narre sa vie sur la frégate américaine ; mais ces deux œuvres n’ont aucun rapport direct avec la Polynésie française. Melville mourut à New York, en 1891, sans avoir jamais revu l’Océanie. Typee, première affabulation romanesque ayant pour cadre les mers du Sud, fait de Melville un précurseur de l’exotisme océanien. Omoo, outre ses qualités proprement littéraires, demeure aussi comme un intéressant témoignage documentaire. On possédait sur Tahiti à cette époque des relations de voyageurs, des récits de missionnaires et des rapports d’amiraux. Avec Melville, nous écoutons le témoignage d’un matelot de seconde classe, turbulent et frondeur. Il a sa valeur, humanise et élargit notre vision des choses et des hommes du Tahiti de 1840. Il ne faudrait du reste pas croire que Melville écrivait seulement d’après ses souvenirs personnels. Il s’est informé. Et les familiers des sources littéraires océaniennes savent bien discerner ce qu’il a pris dans les ouvrages qu’il reconnaît lui-même avoir consultés : les relations de Kotzebue (1830), de Beechev (1831) et de Wilkes (1844), ainsi que les travaux des missionnaires Ellis (1829), Russel (1842) et Wheeler (1842).

Bibliographie. 1° Biographie : la biographie classique de Melville est celle de R. M. Weaver, Herman Melville, Mariner and Mystic (New York, 1921), modèle de biographie littéraire, qui fut le point de départ de la grande vogue de Melville aux États-Unis. L’excellente thèse française de Jean Simon, Herman Melville, marin, métaphysicien et poète (Paris, 1939) est malheureusement introuvable, ayant été en grande partie détruite pendant la Seconde Guerre mondiale. — Sur Melville dans les mers du Sud, on consultera la remarquable thèse de Charles Roberts Anderson, Melville in the South Seas (New York, 1939) dont la bibliographie, exhaustive à la date, ouvre toutes les vues possibles sur les à-côtés du sujet et permet de retrouver toutes les études de détail. — Voir aussi deux articles remarquablement informés de R.S. Forsythe intitulés : Herman Melville in Tahiti, et More upon Herman Melville in Tahiti, parus dans la Philological Quarterly, Iowa, t. 16, Oct. 1937, p. 357 ; et t. 17, jan. 1938, p. 1-17. — Les deux volumes de Jay Leyda : The Melville log, a documentary life of Herman Melville (New York, 1951) cite minutieusement les documents pouvant apporter des précisions chronologiques sur la vie de Melville dans les mers du Sud. — 2° Œuvres. 1) Typee : a peep at Polynesian life. During a four month’s residence in a valley of the Marquesas with notice of French occupation of Tahiti and the provisional cession of the Sandwich islands to Lord Paulet (New York, 1846) constitue l’édition originale américaine. Innombrables rééditions. Traduction française : Un éden cannibale. Typee. Récit des îles Marquises, traduction de Théo Varlet (Paris, 1926, réédité en 1951). — 2) Omoo. A narrative of adventures in the South Seas (New York, London, 1847). Traduit en français par Jacqueline Foulque : Omoo, ou le vagabond du Pacifique (Paris, 1951).

MERCIER, Jacques (1820-1862)

Né en 1820 à Lyon (Rhône).

Huissier. Sous-Officier du 1 régiment d’infanterie de marine. Arrivé à Tahiti vers 1851. Probablement libéré du service en 1855. Nommé huissier près des tribunaux des îles de la Société le 12 janvier 1856. Propriétaire rue Dumont-d’Urville. Meurt le 15 décembre 1862 à Papeete. De son union, le 21 août 1861, à Papeete, avec Outou Pitomai († 1867), deux enfants : Stephen, né en 1857 et Anna, née en 1861.

MÉRIAN, François (le Père Cyrille). 1864-1935

Religieux picpucien.

Né à Ambon (Morbihan), le 24 juin 1864. Profès dans la congrégation en 1886 ; ordonné prêtre le 12 avril 1889. Reçoit son obéissance pour Tahiti. Arrive à Papeete le 6 juin 1889. Passe deux ans et demi à Tahiti, dix-huit mois à Moorea, quatre ans et demi à Anaa dans les Tuamotu et trois ans aux Gambier. Rentre en France pour raison de santé en mai 1900. Meurt à Braine-le-Comte (Belgique), le 7 décembre 1935. — Quelques lettres de lui ont été publiées. Voir à son sujet : Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, p. 357.

MERLHES, Jean (1843-1901)

Fonctionnaire et colon.

Né le 10 décembre 1843 à Périgueux (Dordogne). Arrive à Tahiti le 3 octobre 1868 par le brick Timandra venant de San Francisco. Employé de l’administration locale au magasin des subsistances, puis agent spécial de Papeete en 1871. Sera un an receveur de la poste de 1876 à 1877. En 1882, devient un des copropriétaires, avec Cardella, Martigny et d’autres, de la plantation Soarès. Il est le gérant de l’exploitation à Atimaono. Plus tard, vend ses parts aux autres actionnaires. Meurt à Papeete en 1901. De son union, le 6 août 1874, à Papeete, avec Zoé Georget, 1857-1918, est née Marguerite, 1878, qui épouse le lieutenant de vaisseau Léon Monnier et va vivre en France où elle est décédée.

MERTZ, Jean-Georges (1817-1855)

Colon militaire.

Né à Illkirch en 1817. Arrive à Tahiti en 1843 comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine. Libéré du service le 1 avril 1847. S’installe comme colon militaire à Papeete. En 1851 s’y établit comme tailleur. Meurt à Papeete le 30 décembre 1855, sans descendance.

MERVIN

Famille de marins.

Un Mervin — sans doute Henry Brooks Mervin né à Tubuai en 1880 et qui épousera Lucinda Forster — apparaît de bonne heure à Tahiti. Il aura de nombreux enfants, tous décédés : Tetua, habile marin, « le pilote des Tuamotu ». — Alexander, dit Taro, sera gérant de la plantation Brown-Petersen à Huahine, décoré du Mérite maritime. — Eugène († 1914), propriétaire à Mamao. — Sam, Samuel († 1954) et John († 1956), Tihoni ; les deux derniers, navigateurs ayant une bonne pratique des Tuamotu, tentèrent d’organiser des comptoirs dans cet archipel où circulaient leurs navires, la Denise, la Benicia, le Florence C. Robinson, la Vaiete et Vaite, la Maoae ; mais ils ont l’imprudence de faire trop de crédit et leurs affaires ne marchent pas : d’où une faillite.

MEUNIER, Hippolyte (1816-1863)

Officier du génie.

Né à Grenoble le 8 février 1816. Sa conduite en Algérie lui vaut le grade de sous-lieutenant. Nommé en Océanie, arrive aux Marquises le 11 décembre 1843. Chargé du service du génie, fait partie de l’expédition dans la baie de Taiohae en 1845 et commanda celle de mai 1847 dans la baie d’Atiheu. Passé capitaine le 15 avril 1846, il est ramené à Tahiti comme adjoint du commandant Raimbault, puis nommé chef du génie, le 28 décembre 1848. Quitte Tahiti le 11 mars 1849, et rentre en France par la voie de Panama. Meunier savait la « langue océanienne » et s’était occupé de géologie. Meurt au cours de la campagne du Mexique, le 5 avril 1863. Voir sur lui et son travail à Tahiti : R. Dauvergne, Les débuts du Papeete français (J.S.O., déc. 1959, p. 121, note 6).

MEYRIEUX, Laurent (1826-1877)

Colon militaire.

Né en 1826. Arrive à Tahiti en 1843 comme soldat au 1 régiment d’infanterie de marine ; fait partie d’une compagnie de fusiliers. Libéré du service le 1 avril 1847, s’installe tout d’abord comme colon militaire. Par la suite exerce la profession de charpentier de marine à Papeete jusqu’à sa mort le 15 janvier 1877. Sans descendance.

MICARD, comte Gaston et MICARD-CISTERNI, vicomte Étienne

Deux frères.

L’aîné, 1879-1961, polytechnicien et docteur en droit, voyageur impénitent et « grand ami de Tahiti où il fit plus d’un séjour », circule en Polynésie française de septembre à novembre 1922, laissant de son passage, dans son ouvrage 50 ans de Tourisme (Paris, 1936) une relation : Cinq mois dans le Pacifique, p. 75-108, qui a le mérite d’être discrète et sans prétentions. — Le cadet, champion de tennis (scolaire, avant la guerre de 14), docteur ès-lettres et prix Montyon, apparaît à Papeete au début de la Seconde Guerre mondiale comme une sorte d’aigrefin mondain. Il a embellificoté la princesse Takau, vit à ses crochets, s’installe dans le « bungalow royal », s’intitulant « secrétaire de la main » et « archiviste ». Un des résultats de cette hospitalité se présente sous la forme d’une plaquette de 19 pages qui ose se dire (en 1941 !) « le premier ouvrage imprimé à Tahiti en dehors des publications officielles », et s’intitule Résumé d’histoire tahitienne depuis les origines jusqu’à nos jours « … Tous les Tahitiens iront chez Juventin, disait le service de presse, pour posséder l’histoire de leur pays depuis les dieux jusqu’au ralliement de la France libre ». Curieuse histoire, où la période 1880-1940 est résumée par cette phrase lapidaire : « un grand nombre de gouverneurs se succèdent, sans événements extraordinaires… jusqu’en septembre 1939 ». L’auteur annonçait avoir en préparation un ouvrage consacré à Tahiti et s’intitulant Dix mille kokus de Caramboles. Ce livre, au titre farfelu, ne semble pas avoir paru. Par contre, nous devons à Étienne Micard de Fleurigny, sans doute une nouvelle incarnation du vicomte : Tahiti, écume du Pacifique (Mexico, 1951).

MICHEL, Marie-Anne (1856-1944)

en religion, Sœur Sainte-Flavienne, de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 1er juillet 1856 à Saint-Pierre-du-Champ (Haute-Loire). Professe dans l’institut le 19 mars 1877, à Paris. Est envoyée à Papeete la même année et y arrive par le Buffon, le 6 décembre 1877 ; elle s’y occupera de la cuisine et de divers emplois dans la Communauté. En 1886, à Papeuriri, elle aide à la classe. Est envoyée la même année à Taiohae, Marquises, où elle s’occupe de la cuisine et de la lingerie. Rentre en 1927 à Papeete où elle meurt le 2 janvier 1944, ayant passé soixante-sept ans au service de l’enfance.

MICHELI, Vincenzo (1834-1906)

Marin et négociant.

Il est né en 1834 à Rome (Italie). Aurait fait des études chez les jésuites et commencé sa médecine pour entrer dans la marine militaire. A la suite de « difficultés » gagne Hong-Kong, où il reste cinq ans. Arrive à Tahiti comme officier de santé à bord d’un navire amenant de la main-d’œuvre chinoise à Atimaono. Fera plusieurs fois le voyage. Navigue au commerce local jusqu’au jour où il devient, à San Francisco, propriétaire d’un navire, le Nautilus, avec lequel il se livre particulièrement au commerce de la nacre qu’il va chercher aux Tuamotu et aux Gambier — il a un entrepôt à Rikitea. — « commerçant en 1885 » (Annuaire), et qu’il va vendre aux États-Unis et au Chili, profitant de diverses escales pour trafiquer. Le Nautilus s’étant mis au plein en 1890, il acquiert la Louise-Amélie, goélette plus modeste avec laquelle il continuera à circuler pour ses affaires. C’est un marin pour lequel son bateau est un domicile suffisant. La légende tahitienne lui prête, gratuitement sans doute, des aventures de contrebande d’opium avec ses amis Robin et Martiny. Ses navires, avant d’entrer à Papeete, auraient eu l’habitude de toucher, de nuit, à la pointe Vénus, afin d’y déposer clandestinement des marchandises interdites ou des produits taxés en douane. Il possède une propriété à Moorea, et emploie, dans la vallée d’Opunohu, des Chinois comme travailleurs. Il a dû un temps être associé avec Jérusalem, puisque dans le Messager de Tahiti, du 9 juillet 1875, « M. V. Micheli a l’honneur de porter à la connaissance du public que la Société Jérusalem et Micheli est dissoute, et qu’il reste seul propriétaire de la plantation d’Opunohu ». Quatre ans plus tard, la Commission chargée de la visite des plantations, dans son rapport, parle ainsi de M. Micheli : « Italien. Plantation d’Opunohu, à Moorea, comprenant : 5 ha de beau maïs ; 200 000 cocotiers âgés de 2 à 3 ans, parfaitement plantés ; 100 ha de coton en plein rapport, très propres, et 50 ha prêts à être ensemencés. L’ensemble de cette propriété, dirigée avec habileté, est d’un aspect magnifique » (Messager de Tahiti, 7 février 1879). Meurt après un an de maladie à Papeete, chez M. Cardella, le 2 août 1906. D’une liaison avec une Tahitienne originaire du district d’Arue, Moehau a Nanai, il eut plusieurs enfants : Aurora, 1877-1894, décédée aux Gambier et dont le père ramène le corps à Arue, dans un cimetière familial qui existait encore, avant sa mort, près de la maison de la cheffesse Rosa et pour lequel il fait ériger un important mausolée, portant l’inscription latine suivante : D. O. M. HEIC IN PACE REQUIESCIT MARGARITA AURORA MICHELI QUAE IN INSULA VULGO TAHITI NUNCUPATA VITAM INGRESSA IDIB. APR. MDCCCLXXVI. UT AURORA MUTARETUR IN SOLEM SUAVISSIMAM DEO ANIMAM EXHALAVIT XVII KAL FEBR. MDCCCXCIV IN FILIAE CARISSIMAE MEMORIAM VINCENTIUS PATER DOMO ROMA CUM LACRYMIS ANNO MDCCCXCIV Temauarii, dit Philippe, 1879-1935, qui épouse en 1912 Tita Salmon, un enfant. — Tauniua, dit Pedro, 1881-1950, qui épouse en premières « noces » Louise Hareraeroa, puis la veuve Vini Garbutt; il sera chef du district de Arue de 1935 à 1950 et membre de la Chambre d’agriculture. — Ariihee, 1882, décédé. En 1884, Vincenzo Micheli, à Valparaiso, épouse une Espagnole vivant en Argentine, Margarita Godoi, qui voyage sur le Nautilus avec son mari et dont il aura deux enfants : Arthur, 1885, qui sert dans la marine américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale et qui épouse Rosa Raoulx. — Émilie, née en 1887, à Pitcairn où sa mère meurt en lui donnant naissance ; épouse en 1912, Charles Bouzer, 1889-1916, qui est tué sur le front de Salonique au cours de la Première Guerre mondiale ; de cette union, deux enfants : Germaine, 1913, épouse un officier de la marine américaine, Seabury, divorcée, sans enfants, et Margarita, 1916, épouse Jean Coulon, trois filles, vit à San Francisco avec sa sœur Germaine. Veuf, V. Micheli, épouse — la légende locale dit « après l’avoir enlevée » — une Néo-Zélandaise Lydia Green, qui abandonnera son mari en 1899. De cette union, deux enfants : Nessuno, né à Rikitea en 1891, architecte à San Francisco et Albert, 1894, mort jeune.

MILLAUD, Ambroise (1854-1911)

Pharmacien.

Né le 28 avril 1854, à Angoulême (Charente). Soldat du 3e régiment d’infanterie de marine, débarque à Papeete le 2 avril 1878 du Navarin. Termine sa carrière militaire comme secrétaire-interprète du Résident de Moorea. Libéré du service à Tahiti, le 23 mars 1881. Secrétaire-interprète de langue tahitienne et bibliothécaire du gouvernement en 1882. Démissionne en 1883 pour entrer à la direction de l’Intérieur. En 1885 est chef du secrétariat du gouvernement et secrétaire-archiviste du Conseil d’Administration. Commis de première classe en 1887 ; remplit les fonctions d’administrateur par intérim des îles Gambier, avec résidence à Rikitea de 1887 à 1889. De retour à Papeete, démissionne et, le 1er septembre 1889, prend la suite de la pharmacie F. Cardella à l’angle des rues Rivoli et Bréa jusqu’en 1906, où M. Cardella, désirant reprendre son officine, Millaud s’installe dans un immeuble appelé l’hôtel du Diadème, angle des rues de Rivoli et de la Glacière (maintenant Fernand-Cassiau). Devient propriétaire dans le district de Papara. Sera conseiller général de 1890 à 1903 ; conseiller municipal de 1890 à 1905 ; membre de la Chambre de commerce de 1898 à 1906. Membre de la Chambre d’agriculture. Vice-président de ces deux organismes à la veille de sa mort, survenue le 29 avril 1911. Il jouissait dans ces diverses Assemblées d’une autorité « incontestée » déclara le gouverneur Bonhoure lors de ses obsèques. De son union, le 26 avril 1882, à Papeete, avec Pauline Lagarde, 1865-1952, sont nés : Marie, 1884, épouse le 2 février 1910, à Papeete, Armand Berteaud († 1931), puis divorce en 1926. — Félix, 1886-1918, prend la succession de son père à la pharmacie en 1911. Meurt victime de son devoir, lors de l’épidémie de grippe espagnole en 1918. — Marcelle, 1888-1969, épouse Léon Pelletier, ingénieur électricien, le 4 décembre 1913 à Papeete. — Jules, 1894. — Paulette, 1898, épouse le 23 mai 1919, à Papeete, Charles Roure, receveur des P.T.T. — Henri, 1902-1960, président de la Chambre d’agriculture des E.F.O. de 1945 à 1953. Propriétaire à Atimaono, Papara, fondateur en 1952 de la Coopérative des producteurs de coprah ; sera le premier à construire un four à sécher le coprah. Chevalier du Mérite agricole. Épouse en 1940 Ariihee Reed, deux enfants : Marcel, 1942, professeur certifié de philosophie au Lycée Paul-Gauguin, membre actif de l’Église adventiste de Polynésie française, et Huguette, 1944, sage-femme diplômée, épouse en 1966, le Dr Jésus Campille, gynécologue à Nîmes (Gard). — Jean, 1906.

MILLAUD, Daniel Taaroa (1928)

Dentiste et homme politique.

Fils de Jules. Né le 26 août 1928 à Papeete. Études à l’École des Frères à Papeete et au collège Saint-Elme à Arcachon. Études supérieures à la faculté de médecine de Bordeaux où il obtient le diplôme d’État de chirurgien-dentiste en 1951. Revient à Tahiti en 1951 et installe un cabinet dentaire à Papeete. Élu Conseiller municipal de Papeete en 1966, réélu en 1971, Maire-adjoint de Papeete. Élu Conseiller territorial en 1967. Réélu en 1972. Élu en 1971 suppléant du sénateur Pouvanaa a Oopa. Partisan de l’Autonomie interne du Territoire, il milite avec Jean Millaud et le député Francis Sanford au sein du parti « Te e’a api no Polynesia ». De son union, à Bordeaux, le 18 août 1951, avec Lucienne Ousset, 1931, est née une fille, Dominique Teriitauatea, 1956.

MILLAUD, Jean (1906)

Propriétaire foncier.

Fils d’Ambroise. Né à Papeete le 3 avril 1906. Débute dans l’Administration locale, d’abord au Cadastre, puis comme radio-télégraphiste à la station de T.S.F. à Mahina. Donne sa démission. Devient propriétaire d’une cocoteraie à Atimaono, district de Papara. Élu membre de l’Assemblée représentative, des Établissements français de l’Océanie par la population de la Côte Ouest de Tahiti avec son colistier Bernière: Exerce son mandat de 1945 à 1952. A la mort du président de cette assemblée, le sénateur Joseph Quesnot, il est élu à l’unanimité pour le remplacer, fonctions qu’il exerce jusqu’en janvier 1953. Il démissionne après une critique violente des procédés administratifs de l’époque en séance d’ouverture, n’est pas réélu. Se présente en 1957 sous l’étiquette R.P.O. et n’est pas élu. Pendant sa présidence, s’est montré énergique, économe des derniers publics, en luttant contre les abus et les dépenses exagérées de l’administration locale. Malgré ses heurts répétés avec le Gouverneur de l’époque, celui-ci l’avait en haute estime et lui confiait, en 1954, la surveillance du Service de l’ostréiculture aux îles Tuamotu, fonctions qu’il conserve jusqu’en 1958. Pendant cette période, on le trouvait dans toutes les îles à nacres, surveillant, contrôlant la plonge et sévissant assez durement contre les braconniers de cette pêche. Pour une question de politique de parti, étant d’un caractère très indépendant, il est relevé de ses fonctions. Président du parti politique « Te e’a api » en 1965, il est élu membre de l’Assemblée territoriale en 1967 ; en assure la présidence, alternativement, avec John Teariki de 1967 à 1972. Pour des raisons de santé, il cède sa place à plus jeune aux élections de 1972 et, à cet effet, il se met en dernier de liste. N’est pas réélu aux élections de 1972. Toutefois il conserve la Présidence du parti Te e’a api à seule fin de soutenir un idéal qu’il a toujours défendu : la libre gestion des intérêts du Territoire par ses élus : Autonomie interne. Père d’une fille, Elvina, qui épouse Benjamin Varney, et d’un fils, Wilfred, 1936, marié à Marie Sanford, il avait épousé, le 2 septembre 1939, à Papara, Jeanne Mai, union rompue par un divorce en 1953. D’une nouvelle union contractée le 28 mai 1960, à Mataiea, avec Maruia Tekurio, est née une fille, Hiriata, 1964.

MILLAUD, Jules Niuhitoa (1894)

Ancien agent de la Banque de l’Indochine.

Fils d’Ambroise. Né le 4 mai 1894 à Papeete. Filleul du prince Hinoi Pomare. Employé de la Banque de l’Indochine jusqu’à sa mobilisation en 1914. Participe à la Première Guerre mondiale, en France, avec le Bataillon du Pacifique en 1917 et 1918 et la termine comme sergent. Cité à l’ordre du jour. De retour à Tahiti, reprend ses fonctions à la Banque de l’Indochine en 1919. Quitte Tahiti en 1921 pour faire un stage au siège social de cette Banque à Paris. Est reçu au concours le 14 février 1922 et fait partie des Cadres. Affecté à la Succursale de Saigon, ensuite à Hanoi pour un deuxième séjour en Indochine. Nommé Contrôleur des Services de la Banque de l’Indochine en 1927. Revient à Papeete en juillet 1928. Désigné pour Pondichéry en 1936. Revient à Tahiti en 1937 et y terminera sa carrière. Prend sa retraite en 1949. Propriétaire de biens fonciers à Papeete et d’un domaine agricole à Atimaono, introduit en 1938 un couple de bovins de race charolaise, dont de nombreux troupeaux du Territoire portent encore la marque. Président du Syndicat des Éleveurs de Bovins pendant plus de 10 ans. Participe à la fondation de la section de Tahiti de la Croix-Rouge et en est le premier trésorier. Conseiller municipal de Papeete en 1920-1921. Sera Conseiller privé du Gouverneur de 1950 à 1958. A diverses reprises, fait partie du Conseil d’Administration de l’Union nationale des Combattants, comme Président de 1932 à 1935. Premier Vice-Président de 1958 à 1966. Président en 1967-1968, participe à l’organisation des Cérémonies qui marquent le cinquantenaire de l’Armistice du 11 Novembre. Chevalier de la Légion d’honneur. De son union, le 14 juin 1920 à Papeete, avec Paule Lippmann, sont nés : Edmée, 1921, qui meurt en bas âge. — Robert, 1922. — Daniel, 1928 et Sylvain, 1932. Propriétaire et exploitant agricole à Atimaono, Papara. Employé au service de la Pêche de Polynésie française, chargé de la Section ostréiculture. Après un stage dans divers centres de production ostréicole de la Métropole, dirige le lancement de pareille activité, dans plusieurs localités de Raiatea et Tahaa basée sur le perfectionnement de l’huître d’origine locale. Poursuit pour son administration, dans la Baie de Port-Phaeton à Taravao, des essais concernant des huîtres Gigas. Chevalier du Mérite agricole. Épouse en 1953 Danièle Teissier, 1933, d’où Jean-François, 1953 et Isabelle, 1955.

MILLAUD, Robert (1922)

Ingénieur agricole.

Fils de Jules. Né à Paris, le 14 février 1922. Études d’agriculture à Montpellier, 1940-1942 ; après deux ans au S.T.O. est intégré en 1946 dans le Corps des ingénieurs des T.O.M. Licencié ès-sciences. Rentre à Tahiti en 1948 et y fait carrière dans l’administration. Reçoit en 1953 la direction du Service de l’Agriculture dont les attributions sont élargies en 1969 en devenant le Service de l’Économie rurale. On lui doit, à ce titre, la mise au point de la culture des agrumes, l’introduction de plantes nouvelles (pins tropicaux, tomates hybrides, choux adaptés à la saison chaude), la lutte contre les parasites du cocotier et surtout l’organisation de la campagne de protection des cocotiers contre les rats qui aboutit au bagage de 1 500 000 cocotiers dans les îles hautes. Spécialiste des problèmes d’agronomie tropicale, Robert Millaud participe comme expert ou délégué du Territoire à de nombreux congrès dans le Pacifique ou à des réunions techniques de la C.P.S. et est l’auteur de nombreux articles scientifiques ou de vulgarisation. Il est chevalier du Mérite agricole et de l’Ordre national du Mérite. De son union en 1945, à Cavaillon, avec Paulette Imbert, 1925, sont nés : Nicole, 1946, qui épouse en 1966 Paul Bourgeois, inspecteur des Services du Trésor ; Pascal, 1948, qui épouse Christiane Marin, à Metz ; Chantal, 1950, qui épouse Pierre Jourdan ; Bernard, 1953 et Catherine, 1956.

MILLER, George Charles (1815)

Consul anglais.

Son père, William Miller, 1795-1861, avait été nommé, le 16 août 1843, consul général d’Angleterre pour les îles Sandwich, les îles de la Société, les Tonga et les autres îles du Pacifique, avec résidence à Honolulu. Il vint à Tahiti, sur la Thalie, le 10 août 1844, pour étudier sur place la situation politique causée par les agissements des Français. Malgré quelques susceptibilités diplomatiques marquées par des questions de saluts de couleurs, il a des rapports courtois avec l’amiral Bruar qui désavoue en partie le capitaine d’Aubigny pendant que Miller reconnaît que Pritchard a agi de son propre chef, contrairement aux vues de son gouvernement. Visite en octobre la Reine à Raiatea. Retourne à Papeete le 3 novembre. Rentre à Honolulu le 15 février 1845 par le Talbot après avoir envoyé ses rapports. William Miller avait nommé, en janvier 1845, son fils George Charles comme « acting consul » à Papeete. Celui-ci arrivait sur le Modeste de Honolulu. Au Pérou, il avait quelque temps été chargé du consulat britannique au Callao. George Charles Miller occupera ce poste à Tahiti avec le titre de consul intérimaire jusqu’au 9 avril 1850, date à laquelle il reçoit du Foreign Office sa nomination de consul, charge qu’il remplira jusqu’à sa mise à la retraite le 10 février 1886. Il occupera donc le consulat de Papeete quarante et un ans, suppléé seulement pendant ses deux congés, en 1859, par Andrew Gibson et en 1864-1865 par John Brander. C’est Miller qui sera en activité durant toutes les affaires de la plantation d’Atimaono, et Stewart, avec lequel il est en assez mauvais termes, fera tous ses efforts pour le faire mettre à pied, sans y réussir. A cette époque, il est en désaccord avec l’administration française. Le gouverneur de La Roncière voit en lui : « Un de ces hommes dont l’esprit aigri par un faux esprit national autant que par cette sorte d’oubli dans lequel le laisse son gouvernement depuis plus de quinze ans. » Les relations avec lui sont « on ne peut plus difficile, c’est un homme à peu près insoluble au point de vue des affaires ». Le consul Miller est décédé après sa femme, hors de Tahiti. G.C. Miller avait épousé une Péruvienne catholique, Maria Jesus Boustamente, 1835-1888, femme très religieuse — elle communiait tous les matins. Le fait que Mme Miller était catholique souleva l’animosité de quelques missionnaires anglais contre son mari ! il était cependant « très populaire » à Papeete. Une fille et quatre garçons naquirent de cette union. Mathilde-Mercédès, 1857-1884, qui épouse le Lt de vaisseau M. Feyzeau. — Georges, 1855-1894, célibataire, qui remplira en 1884 et 1886 l’intérim du consulat britannique. Meurt à Moorea. — William, 1854-1902, commerçant à Niau, îles Tuamotu, voyage dans les îles. Épouse une femme des Gambier, Césarine Toamia Kapa. Un fils Pedro. — Joseph, 1859-1918, fonctionnaire aux Contributions. Admis à la nationalité française en 1887. Épouse Marguerite Gibson, 1859-1918. Un fils, Carlos, 1882-1918, tous les trois décédés lors de la grippe espagnole en 1918. — Un quatrième fils, officier de l’armée péruvienne, meurt au cours de la guerre péruvo-chilienne.

MILLER, Pedro — Pierre TEMOKO dit — (1883-1960)

Employé de commerce.

Fils naturel de William Miller. Né à Rikitea (îles Gambier). Études chez les Frères à Papeete. Voyage, à partir de 1908, pour la Société commerciale de l’Océanie, comme subrécargue, surtout dans les Tuamotu où il fait plusieurs campagnes de plonge. Puis, il travaille pour le compte de la Société Grand-Miller aux îles Scilly et Bellinghausen, qu’il achève de planter. C’est là qu’il connaît, pendant la guerre de 1914-1918, une aventure avec le Cte de Luckner, commandant le corsaire allemand See Adler, dans le Pacifique, qui s’empare de sa goélette La Lutèce et le dépose à Mopélia. A la fin de la guerre, s’associe à M. Grand (Maison Grand, Miller et Cie), firme qui possède plusieurs goélettes, et fait du commerce dans les îles. Cette firme est rachetée, en 1930, par les Comptoirs français d’Océanie. Il meurt à Papeete, le 12 février 1960. Il avait épousé sa cousine germaine, Fateata a Marama Miller, 1899-1955, fille de son demi-frère Charles (Carlos) Miller. D’une union antérieure, deux enfants : William, 1914, divorcé, attaché à la météorologie à Nouméa, et Nina, 1915, épouse, à Papeete, Henri Peeata, fonctionnaire. — Pedro Miller avait trois sœurs : Mathilde, 1891-1951, qui épouse, le 9 février 1925, à Papeete, Albert Jewett, 1869-1926. Veuve, se remarie, à Paris, avec Alfred Genin, médecin-radiologiste de l’hôpital de Papeete. — Marie, 1894, épouse, le 6 avril 1921, à Papeete, Gaston Vinot. — Louise, 1899-1940, épouse, le 19 juillet 1921, à Papeete, Pierre Assaud, 1897, huissier-audiencier des tribunaux.

MIODUSKI, Stanislas (1932)

Religieux picpucien.

Né le 19 février 1932 à Plock, Pologne. Profès le 11 novembre 1953. Prêtre le 22 décembre 1956. Arrive à Tahiti en 1972. En poste à Uturoa.

MIOT, Paul Émile (1827-1900)

Officier de marine.

Né à L’île de Trinidad (Antilles) le 11 février 1827. Entre à Navale en 1843. Capitaine de frégate en 1867, circule dans le Pacifique, principalement sur l’Astrée comme chef d’état-major de la division des mers du Sud avec l’amiral Cloué, de 1867 à 1870. Le commandant Miot, qui avait organisé, en 1862, au dépôt de la Marine à Paris, un atelier de photographies, prit au cours de ses pérégrinations un certain nombre de clichés des Marquises et de Tahiti. Il en a tiré un double album, contenant en ce qui concerne la Polynésie française une cinquantaine de photographies de grand format. Un exemplaire de cet album est conservé aux archives du Service hydrographique de la Marine. Les clichés originaux ont été déposés par leur auteur à la photothèque du musée de l’Homme. Miot une fois passé au cadre de réserve fut nommé conservateur du musée de la Marine au Louvre. Il mourut à Paris, célibataire, le 6 décembre 1900.

MIREY, Denis (1824-1863)

Cultivateur.

Né le 25 avril 1824 à Boult (Haute-Saône). Ancien militaire des troupes de la marine. Libéré du service vers 1851. Débitant à Papeete en 1852. Vers 1855, se fixe au district de Papara comme cultivateur. Se marie dans ce district à Faave Vahine. — De cette union sont nés les jumeaux : Hippolyte, 1856-1918, cuisinier à bord de la goélette des frères Rorique, et seul survivant de cette tragique affaire. — Félicité, 1856, qui épouse Joseph Germain, le 23 septembre 1876, à Papeete.

MIRIMANOFF, R.S. (1894-1967)

Fonctionnaire.

Né le 24 avril 1894 à Tiflis (Russie). Arrive en Océanie en 1942 envoyé par le Gal de Gaulle comme officier. Sera employé au service de l’agriculture où il s’occupe des haras. Fonde et dirige depuis 1958 l’école d’équitation dans le quartier du champ de courses. Après sa mort, à Arue, le 22 octobre 1967, sa femme et une de ses filles reprenaient l’affaire paternelle. De son union à Papeete, en décembre 1944, avec Anna Uratua Allain, étaient nés : Galina, 1945 ; Natalia, 1947 ; Militsa, 1949.

MISSON, Eliza (1835-1901)

Sœur Marie Andéol, dite Sœur Mélanie, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née à Pierrelatte (Drôme) le 6 mai 1835. Fait profession à Cluny, le 24 septembre 1855. Les Antilles furent son premier champ d’apostolat. La laïcisation des écoles l’oblige à rentrer en France en 1884. En 1885, elle fut désignée comme supérieure principale du district de Tahiti. Durant seize ans, elle mit sa longue expérience d’éducatrice au service des œuvres. C’est elle qui ajoute aux classes primaires deux salles d’asile, l’une pour les petits garçons, l’autre pour les petites filles. Elle adjoint une école enfantine, à l’école existante. Dès février 1890, cette école compta quatre-vingt-cinq élèves répartis en deux classes. Elle-même préparait les enfants à la première communion. Elle mourut le 20 octobre 1901, après dix-huit mois de grandes souffrances.

MOANATINI (1847-1893)

Voir au supplément.

MOERENHOUT, Jacques Antoine (1796-1879)

Consul des États-Unis, puis consul de France à Tahiti.

Né le 17 janvier 1796 à Ekeren (Belgique), pendant que ce territoire était annexé à la France de 1794 à 1815. Fait des études secondaires. Entra au service de l’armée française le 13 juin 1812 ; servit dans le génie en qualité de dessinateur ; fit la campagne d’Allemagne en 1813 ; se battit à Lutzen, Bautzen, Leipzig et fut libéré du service après la campagne de France le 6 mai 1814. Part pour Paris afin de s’y perfectionner dans l’art de peindre. On le trouve ensuite employé de commerce à Anvers. Vint au Chili vers 1826 comme secrétaire du consul des Pays-Bas. Bientôt il s’installe comme commerçant. En 1828, il quitte le pays, comme subrécargue, à bord du Volador, une goélette qui se rend à Tahiti et aux îles Tuamotu pour se livrer au négoce et à la plonge des nacres. Il débarque à Papeete le 15 mars 1829 et va créer une plantation de cannes à sucre auprès de Papeete. Le Volador s’étant perdu corps et biens dans les parages de Fidji, son subrécargue est retenu à Tahiti plus d’une année et il connaît tous les déboires d’une entreprise commerciale dans « un pays peu civilisé où personne ne respecte sa parole et ou les affaires tiennent de la piraterie ». Moerenhout repart pour le Chili par le Courrier de Bordeaux, capitaine Mauruc, en avril 1830. Le 3 novembre 1830, il était de retour à Papeete par le brick Napoléon. C’est à cette époque qu’il se fixe définitivement à Papeete comme négociant. De nouveau, en 1833, il repart pour Valparaiso pour ses affaires. Pendant son séjour dans ce port, il contracte mariage avec une jeune fille du pays, Petroni La Garcia y La Guerta. Tous deux repartent de Valparaiso pour Tahiti le 5 janvier 1834 et débarquent à Papeete le 5 mars suivant. Sept semaines après, le 23 avril, il repart seul pour un voyage dont les circonstances restent mystérieuses et dont la soudaineté étonne à Valparaiso, aux États-Unis et en France, voyage qui dure toute l’année 1836 et dont Moerenhout revient avec le titre convoité de consul des États-Unis — la nomination est de janvier 1835 — et une importante cargaison de marchandises françaises. C’est au cours de ce voyage et avant de quitter la France que Moerenhout mit la dernière main au manuscrit de ses Voyages aux îles du Grand Océan, publiés en 1837, en deux volumes. Il est de retour à Papeete le 4 janvier 1836 par le navire français Courrier de La Guayra, capitaine Denis, qui avait quitté Bordeaux le 17 juillet 1835. Le 27 du même mois, après une réunion des chefs de Tahiti et Moorea en présence de la reine Pomaré IV, il fut autorisé à remplir ses nouvelles fonctions à Papeete. En novembre 1836, Moerenhout protégea et donna asile aux missionnaires français Caret et Laval, sans pouvoir éviter leur expulsion de Tahiti ni les sévices dont ils furent les victimes. A la suite de son intervention énergique près du gouvernement tahitien au sujet des deux missionnaires français, ce dernier protesta auprès de celui de Washington et Moerenhout sera relevé de ses fonctions de consul des États-Unis, le 18 juillet 1837. Le 24 décembre, dans son rapport, il dénonce violemment à la Maison Blanche des agissements de Pritchard qu’il accuse d’utiliser ses fonctions sacrées et son influence politique pour se livrer à des trafics rémunérateurs. En 1838, dans la nuit du 9 au 10 juin, Moerenhout et sa femme furent victimes d’un grave attentat commis par un matelot, déserteur de baleinier, d’origine sud-américaine. Contre toute attente, il se rétablit assez promptement. Mais son épouse, après être restée malade pendant quatre mois, succomba le 20 octobre 1838 des suites des blessures reçues. Le 4 septembre 1838, Dupetit-Thouars présenta Moerenhout à la reine Pomaré IV, en qualité de consul de France. Il sera confirmé dans ses fonctions par ordonnance royale du 26 octobre 1839. En septembre 1842, l’amiral Dupetit-Thouars établissait le protectorat français sur Tahiti et ses dépendances avec l’aide de notre consul qui avait pris une grande influence sur certains principaux chefs, son tayo Tati, Hitoti, le régent Paraita, Utami. Le 8 du même mois, l’amiral conféra à Moerenhout la direction du gouvernement provisoire du protectorat avec le titre de Commissaire du Roi. Il avait à ses côtés le capitaine de corvette d’Aubigny. A l’arrivée à Tahiti du gouverneur Bruat, en novembre 1843, il fut relevé de cette fonction et nommé directeur des affaires indigènes. A ce poste, il rendit de grands services au gouverneur Bruat par sa connaissance approfondie du pays et de ses habitants. Mais en butte à l’hostilité des officiers de la marine britannique, autant que des missionnaires de la Société Missionnaire de Londres et du consul Miller, Moerenhout fut sacrifié et nommé, le 26 avril 1845, consul à Monterey (Californie). Il quitte son poste tahitien le 6 juin 1846 par la Brillante, débarque le 1 octobre à Monterey. Il était relevé de ses fonctions par le gouvernement provisoire de 1848 ; mais le 11 mars 1852, le prince Louis-Napoléon, futur Napoléon III, lui rendait ce même consulat. A la suppression de ce poste consulaire, en 1859, il fut nommé à celui de Los Angeles (Californie) et en resta le titulaire jusqu’au 30 janvier 1879, date à laquelle ce consulat fut fermé, et lui-même prit sa retraite. Il eut ainsi l’occasion d’assister à la ruée vers l’or et à la création de l’État de Californie, qui marque l’installation de la puissance américaine sur le Pacifique. — Il mourut à Los Angeles le 11 juillet 1879 et y repose dans le cimetière catholique Calvary. Il laissait une fille, Mrs Philip, et une petite fille, Mrs Crowley. Outre cette descendance, Moerenhout avait eu à Papeete d’une Tahitienne nommée Tooino (on trouve aussi Rooino ou Teiraro) à Tehoro, 1824-1871, originaire de Pare, un fils Aubin Antoine, né en 1841, et qui aurait été reconnu par son père alors qu’il était âgé de 5 ans. Aubin Moerenhout serait allé aux États-Unis rejoindre son père, puis serait revenu pour ne plus repartir. Il aurait en 1909, épousé, in extremis, Toi à Poheau, une femme des îles Sous-le-Vent, décédée à 63 ans le 27 octobre 1918 à Papeete. Il meurt lui-même le 25 mai 1909 à Papeete. Il est enterré sur la terre Farimata à Papeete. Son décès est déclaré par Mouarii Hintze, parent du défunt. C’est précisément en faveur de la famille Hintze qu’Aubin Moerenhout lègue sa propriété de Farimata que son père avait mise en son nom ainsi que d’autres propriétés qu’il avait aliénées de son vivant. Son acte de décès le dit « propriétaire et conseiller municipal ». Comme nous l’avons dit, Moerenhout dessinait. Son Voyage aux îles du Grand Océan (2 vol., 1837, et une édition photostatique, Paris, 1941) est illustré de quatre portraits et de deux paysages signés de lui. D’autres dessins de lui figurent dans l’Atlas, du Voyage de la Vénus : deux vues de Huahine, Delessert, Voyages dans les deux Océans (Paris, 1848), publie p. 228 une gravure : « Habitation de M. Moerenhout ». Léonce Jore a consacré à Moerenhout : Un Belge au service de la France dans l’Océan Pacifique, (Paris, 1944), une bonne biographie.

MOISE, Paul (1849)

Commerçant.

Né le 10 mars 1849 à Saint-Pierre (Martinique). Arrive à Tahiti le 1 février 1869 par le trois mâts Pactole, venant de Marseille. Réside à Papeete jusqu’en 1880 comme commis de magasin puis part aux îles Gambier en 1881 où il s’établit comme commerçant à son compte. Propriétaire. Meurt à Rikitea. Un fils, Émile, 1888, mobilisé en 1914-1918. Fait campagne en Orient et en France. Revient à Tahiti en 1919.

MOLLON, Robert (1907)

Inspecteur des Postes et Télécommunications.

Né à Papeete. Entre dans le service des postes comme opérateur-radio le 16 mars 1923, devient contrôleur du cadre local des P. et T. Assume les fonctions de chef du B.C.R. à Papeete. Inspecteur du service général à la recette principale et receveur principal p.i. à la recette de Papeete à différentes époques. Est un des animateurs du sport à Tahiti, reçoit à ce sujet la médaille d’honneur de l’éducation physique et des sports. Chevalier du Mérite postal. — De son mariage à Mahina le 16 septembre 1936 avec Hélène Teuira, sont nés : Marcelle, Georges, Marc et Gérard.

MONTAGNÈ, Michel-Lucien (1886-1942)

Gouverneur des colonies.

Né le 16 janvier 1886 à Lézignan (Aude). Licencié en droit. Diplômé de l’École des langues orientales. Nommé commis le 1er septembre 1906. Promu administrateur le 13 novembre 1914 à la suite d’un stage à l’École coloniale, il retourne à Madagascar en 1919 ; est détaché au ministère des Colonies de 1928 à 1931, nommé gouverneur des Comores le 31 mars 1931. Le décret du 26 janvier 1933 lui attribue le gouvernement des Établissements Français de l’Océanie. La colonie, où il arrive le 17 juin 1933, est alors si gravement atteinte par la crise économique mondiale qu’il sera prié de n’amener ni domestique ni personnel administratif. En effet, la mévente des produits locaux entraîne la ruine de la population qui proteste contre l’excès de fonctionnaires et l’abus d’impôts. Il s’attache dès l’abord à réduire les emplois. Il tente de développer l’agriculture, organise le fonctionnement du crédit agricole mutuel, institue la Conférence du coprah (commission chargée de répartir les fonds fournis à la colonie au titre de prime au coprah), fait transporter des terres arables dans les archipels, ordonne un inventaire des ressources économiques du territoire. Il réforme, d’autre part, les justices de paix locales, obtient le remaniement du décret du 4 juillet 1932 réglementant le transfert des propriétés immobilières. Des mesures sociales sont prises : création de nouveaux services sanitaires, intensification de la lutte contre la lèpre, en particulier dans les îles australes et à Rapa. Enfin, il s’efforce d’organiser le tourisme : un Syndicat d’initiative est fondé. Des fêtes accueillent le paquebot de touristes, City of Los Angeles, venu de San Francisco en janvier et juillet 1934. Des travaux d’urbanisme embellissent Papeete. Le réseau de T.S.F. s’étend. Les voies de communication sont améliorées. Ses nombreuses tournées à travers les îles les plus éloignées lui valent une popularité attestée par une pétition des chefs de districts au ministre en 1934. Favorisée par l’autorisation d’emprunt votée par le Parlement le 23 décembre 1933, la reprise économique s’amorce enfin. Le budget du 1er semestre 1935 indique une nette progression. Néanmoins, il se heurte à l’opposition de certains fonctionnaires soutenus par des éléments autonomistes. Malgré une notification sévère du ministre aux chefs de services, il se voit obligé de demander le rappel de Goguillot, chef du service judiciaire, qui bafoue son autorité. Il obtient pour lui-même un congé pour venir s’expliquer sur ce sujet et quitte la colonie le 9 mai 1935, regretté par une partie de la population et hué par une autre. Le gouvernement de Vichy l’accusera cependant d’avoir été compromis dans le scandale causé par la faillite de la société chinoise Kong Ah. En 1936, il est nommé administrateur supérieur du Togo. Par décret du 4 novembre 1941, il est déclaré démissionnaire d’office pour appartenance à la franc-maçonnerie et mis à la retraite le 10 janvier 1942. Très affecté par ces mesures, il meurt le 14 mai de cette même année à Tournefeuille. Réintégré par la Commission des réparations et réintégrations en 1945, il sera nommé gouverneur de 1re classe à titre posthume.

MONTARON, Philibert (1884)

Gérant de Sociétés.

Né le 2 juillet 1884 à Senelay (Nièvre). Engagé volontaire. Libéré à Paris, y trouve un emploi comme vendeur à la Samaritaine. Là, avec son ami Le Bronnec, entend parler de la Société des Pionniers de l’Océanie, et y adhère. Arrive à Tahiti avec 50 F en poche pour s’apercevoir que la Société ne peut rien faire pour lui. Après un mois à Papeete part, en 1909, comme cuisinier sur une goélette pour les Tuamotu et fait la saison de plonge à Hikueru. Gérant d’un magasin local. Séjourne ensuite six mois à Hao où il apprend le tahitien. Passera ainsi vingt ans aux Tuamotu, subrécargue sur des goélettes ou gérant de magasins à Hikueru. Participe à la Première Guerre mondiale comme sergent-fourrier et rentre à Papeete en 1918. Retourne aux Tuamotu jusqu’en 1930, date à laquelle il vient résider à Papeete comme expert-comptable. Entre à la Maison Martin en 1937 et sera en 1942 fondé de pouvoir et gérant de l’Électricité et de la Brasserie. Philibert Montaron sera conseiller privé de 1942 à 1953, et durant le même temps président de l’Association des Anciens Combattants. Prend sa retraite en 1964. Il épouse en premières noces Mlle Huby et en secondes noces, en 1928, Anne-Marie Zinguerlet. De cette dernière union sont nés : Alfred, 1928, longtemps comptable à Punaauia, épouse Andrée Blouin, une fille Marie et un fils Manutea ; Gaston, 1929, attaché aux Établissements Martin, épouse Léone Bourne, trois enfants, Christiane, Jules, Nathalie ; Roland, 1936, employé aux Finances, divorcé, épouse Noémie David, trois enfants ; Philibert, 1938, dirige une menuiserie à Tipaerui, épouse Jacqueline Juventin, trois enfants ; Louise, 1946, institutrice, épouse en 1964 Jean-Marie Simon, employé aux T.P., quatre enfants.

MONTITON, Albert (le Père Auguste-Théodore). 1825-1894

Religieux picpucien.

Né le 20 juillet 1825 à Sourdeval (Manche). Profès dans la congrégation le 13 mai 1847. Ses études ecclésiastiques à Paris sont interrompues par la Révolution de 1848, et il va les continuer au Chili, s’embarquant au Havre sur le Paquebot des Mers du Sud, navire de la Société de l’Océanie, en avril 1848. Ordonné prêtre en 1849 il est attaché à la procure de Valparaiso, comme professeur. Ayant reçu son obéissance pour Tahiti, quitte Valparaiso sur l’Artémise, le 27 avril 1852, et est le 1 juin à Taiohae. Gagne Papeete le 28 juillet par une goélette. Est affecté aux Tuamotu et rejoint le Père Clair Fouqué à Anaa le 24 septembre 1852. Il arrive au moment où les Mormons, laissés sans direction européenne par le départ des missionnaires Grouard et Pratt causent des troubles dans l’île et voit intervenir l’Hydrographe, en décembre, qui pend cinq perturbateurs qui ont brûlé le drapeau, pillé la mission, molesté les Pères et assassiné le gendarme Viry. Le calme revenu, le Père évangélise l’île, accordéon et clarinette en main, mélangeant prédication, instruction, et… musique : « Le chant, c’est la moitié de la mission ! » Avec des Frères venus de Tahiti, il construit une église à Putuahara. Gardant Anaa comme centre, rayonne alors dans les îles pour des tournées d’évangélisation, exécutées dans des goélettes ou sur des pirogues indigènes. Fatigué par ces courses, le climat, la nourriture et crachant le sang, il doit s’arrêter en 1861. Il passe quelques mois au Chili. Pensant partir pour un voyage apostolique à l’île de Pâques, il gagne Tahiti en mai 1863, mais les nouvelles reçues de razzias péruviennes qui ont dépeuplé l’île font que le Frère Eyraud s’en va seul et que le Père Montiton regagne Anaa. Il y poursuit ses randonnées dans les îles, d’abord sur des goélettes d’occasion, six mois à Fangatau, un temps à Takoto, etc…, puis, à partir de janvier 1870, sur la Vatikana, un navire de 25 tx qui appartient à la mission, et sur laquelle il fait une tournée de trente mois, créant des postes missionnaires, y établissant des catéchistes, y construisant des églises, répandant dans les îles les plus éloignées des noix de cocos destinées à de nouvelles plantations. Très fatigué après cette tournée, et atteint par une sorte de lèpre il va se soigner au Chili en 1873 puis en Europe, où tout en faisant le tour des spécialistes des maladies de peau et des villes d’eau, il prêche sur la mission, s’occupe de la réédition d’ouvrages tahitiens, de son recueil de cantiques, rend en août 1874 visite à Pie IX auquel il apporte « de grossières idoles en bois » et la fameuse carte de la création selon les conceptions des Pomotu. Non guéri, est envoyé en 1874 aux îles Hawaï où il sera, à partir de 1881, adjoint au Père Damien à la léproserie de Molokai. Les gens des Tuamotu réclamant le metua Apereto, le « Père Albert », et celui-ci, ne s’entendant qu’à moitié avec le Père Damien, regagne Tahiti où il arrive le 24 avril 1885. Commence d’abord par aller dix jours à l’île de Pâques où aucun missionnaire n’est passé depuis quinze ans. Il y retournera pour six mois, en 1888. Entre ses deux visites à Rapanui, il a revu les Tuamotu. Mais ce court séjour lui prouve qu’il n’a plus les forces voulues pour les navigations incessantes que supposent cette dure mission et il accepte de rester à Tahiti, où, après un temps, il se fixera à Atiue. En 1893, il est chargé de représenter le vicariat apostolique de Tahiti au chapitre général de la congrégation qui se tient à Paris. Il y déplore l’abandon de la mission de l’île de Pâques et milite en faveur d’un effort du côté des îles Cook. Sa santé ne lui permettant pas de rentrer en mission, il va prendre ses invalides à Miranda (Espagne) où il rêve d’écrire une vie de son compagnon, le Père Clair Fouqué, vie qui serait l’histoire de l’évangélisation des Tuamotu. Une fluxion de poitrine l’emporta avant qu’il ait pu réaliser son dessein, le 25 février 1894. « A la fois musicien, chantre, artiste, écrivain, ce missionnaire original et instruit est resté populaire aux Tuamotu parmi des gens qui ne pratiquent pas ordinairement la reconnaissance ! » écrira de Montiton E. Caillot ; et un de ses confrères dira : « Il faut avoir vu comme moi ces îles dans leur état sauvage et dans leur état actuel, pour comprendre tout ce que le zèle et l’activité infatigable du Père Montiton lui ont fait exécuter. » Il fut vraiment un des hommes des Tuamotu, qui lui doivent également une meilleure connaissance de leur culture. K. Emory, par exemple, fait grand cas des observations de Montiton, et ce sont des rituels recueillis par lui qu’il expose dans son ouvrage : Tuamotuan religious structures and ceremonies (1947).

Bibliographie. On a imprimé beaucoup de lettres du Père Montiton, écrivain intarissable. On en trouvera la liste complète dans Streit, Bibliotheca Missionum, t. 21, 1955, p.215-216. — Voir une longue note nécrologique le concernant, malheureusement peu claire en ce qui concerne sa chronologie, dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1894, p. 164-170, avec un portrait gravé. Également les Missions Catholiques, 1894, p. 195. — Le Père Mouly, sous le titre Normands coureurs de Mers (Paris, 1941, 173 p., ill.) a écrit la vie du Père Montiton qui aurait mérité mieux que cette biographie populaire et purement épisodique. Elle a été rééditée sous le titre : A travers les déserts d’eau et de corail (Paris, 1954, 119 p., ill.). — Le musée des Pères de Picpus et celui du Latran, à Rome, possèdent d’intéressants objets anciens recueillis en Océanie par le Père Montiton.

MONTLUC, Pierre de, pseudonyme de : STEINMETZ. (1897-1962)

Avocat défenseur.

Né à Douai (Nord), le 28 décembre 1897. Études à la Faculté de droit de Paris. Arrive à Tahiti en 1931. Établi d’abord à Raiatea, puis en 1933 à Papeete. Prend en 1935 la succession de Me Sigogne. Avocat de talent, on lui confie de nombreuses causes qui resteront célèbres dans les annales du barreau tahitien. Défendra en 1936-1937 Emmanuel Rougier, le neveu du Père Rougier, accusé d’avoir tiré sur des travailleurs qui s’enfuyaient de Christmas et que l’on ne devait plus revoir, obtenant un non-lieu. Accusé d’avoir utilisé dans un journal de San Francisco des documents officiels provenant du cabinet du Gouverneur, le même client s’en tirera avec trois ans de prison et sera rapidement grâcié. Au cours des remous politiques suscités par le ralliement, défendra Martial Iorrs attaqué pour des raisons politiques, ainsi que les « patriotes » britanniques coupables d’avoir expulsé manu militari le consul d’Angleterre Edmund, jugé par eux trop pétainiste et que le gouverneur Brunot fit passer devant un tribunal militaire. Sera bâtonnier de l’Ordre. Homme cultivé, avocat disert et habile, de Montluc fut de longues années un des piliers du Cercle Bougainville avant sa disparition. Là, un verre en main, devant les Cassiau, les Iorss, les Van den Brooek, sa conversation laissait aux visiteurs un souvenir mémorable, car c’était un grand « raconteur ». Il avait épousé Mere a Neti dite Meme, et laisse à Tahiti un fils Paul, qui après des études en France et des séjours en Calédonie s’installe comme entrepreneur à Papeete.

MOORE, Joseph (1816-1893)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Anglais. Né le 1er mars 1816 à Fareham (Hants). Ordonné le 3 août 1842. Épouse Mary Pinnick. Part le 11 août 1842 pour arriver à Tahiti le 13 mars 1843. Fait partie des missionnaires qui jugent préférable de quitter le pays en août 1844, lors de l’arrivée des Français, et de regagner l’Angleterre.

MOORE, Preston (1897-1967)

Agent d’assurances.

Né le 5 juillet 1897 à Washington, D.C. Gradué de Harvard. Prend part en France à la Première Guerre mondiale dans une unité américaine sous commandement français. En revient avec la croix de guerre. Arrive pour la première fois en touriste à Tahiti en 1932. Il circule dans les îles, en particulier aux Tuamotu : c’est un grand amateur de pêche en haute mer. Il fera en Océanie française plusieurs séjours avant de s’y installer définitivement après son mariage, le 14 septembre 1937, avec Madeleine Guilbert, 1906, union demeurée sans postérité. Une fois établi à Tahiti, Preston Moore acquiert le portefeuille de l’agence à Papeete de la Yorkshire Insurance Co., compagnie anglaise dont il représentera les intérêts, en même temps que ceux des Assurances générales de France. Il participera à la fondation du Rotary Club dont il deviendra le président en 1964. C’est en 1945 que les Moore s’installent dans leur propriété de Paea. Mais il est décédé à Honolulu où il était allé se soigner le 23 décembre 1967. P. Moore avait conservé la nationalité américaine.

MORAND, Olivier (1822-1880)

Commerçant.

Né le 2 avril 1822 Aux Herbiers (Vendée). Soldat du 1er régiment d’infanterie de marine, il débarque à Nuku Hiva le 26 mai 1847. En garnison dans cette île, puis termine son temps à Papeete. Est rapatrié en France en 1851, où il se fait libérer. La nostalgie des îles le prend, il embarque sur un navire de guerre, comme maître d’hôtel d’un amiral, pour revenir à Tahiti. Débarque à Papeete en 1854. Va s’établir comme commerçant à Bora Bora où il meurt le 6 décembre 1880. Pendant son séjour à Tahiti, il se marie avec Puaita Taihia à Teave, 1831-1900, originaire du district de Punaauia, le 19 mai 1859 à Papeete. De cette union est née : Adèle, 1856-1884, qui épouse, le 3 avril 1872, à Papeete, Jean-Baptiste Agniéray.

MORDVINOFF, Nicolas (1911-1973)

Artiste peintre.

Né à Leningrad, le 27 septembre 1911. Quitte la Russie par la Finlande avec ses parents, en 1920. Travaille quatorze ans à Paris. Collabore au Rire. Arrive à Tahiti en 1934 et y demeurera jusqu’en 1946. Fera quatre ou cinq expositions de peinture à Papeete, pendant son séjour. Esprit tourmenté et inquiet a rendu le côté humoristique des Tahitiens qu’il détaille cruellement. Il exposa un jour le portrait d’une des plus séduisantes beautés de Tahiti, le coude appuyé sur une vache, qui avait exactement les mêmes yeux qu’elle. On pria Mordvinoff de retirer le portrait de l’exposition. Mordvinoff a écrit et illustré plusieurs livres océaniens : Pepe was the saddest bird (1944) ; The ship of flame (1945) ; Coral island (1957). On trouvera en outre des dessins signés de lui dans Stone, Thunder island (1942) et Tahiti landfall (1946) ; Guild, Rainbow in Tahiti (1948) ; W. Lipkind, Boy of the islands (1954). Mordvinoff, artiste puissant et dessinateur caustique, en 1946 s’en est allé vivre aux États-Unis. « La partie de mon travail concernant Tahiti se limite à peu près à l’époque de mon séjour dans les îles. Et s’il en reste une influence, je crois qu’elle n’est perceptible qu’à moi. » — Expose des œuvres tahitiennes à Boston et à San Francisco. Décédé à Hampton (New-Jersey), en mai 1973. — Voir une note sur lui par W.G. Smith, the work of N. Mordvinoff, the young artist who interprets Tahitian life dans P.I.M., April 1944, p. 23, ill. Et H. Vollmer, Künstler Lexikon des XX. Jahrhunderts, t. 3, p. 420.

MOREAU, Octave (1872-1936)

Pasteur.

Né le 28 janvier 1872 à Brande de Touzac (Charente). Après des études à l’école préparatoire des Batignolles, il fait sa théologie à la maison des Missions du boulevard Arago. Est consacré après son service militaire, à Cognac, par le pasteur Alfred Boegner. Part au Sénégal, y perd sa femme et y attrape la fièvre jaune. Remarié en secondes noces à Jeanne Fillion, en 1902, après un nouveau séjour au Sénégal il est désigné par la Société des Missions pour le champ de Tahiti où il arrive le 21 janvier 1904. Il est alors dirigé sur Moorea, au poste de Papetoaï, où il restera de nombreuses années. Par la suite, il résidera à Papeete, desservant, avec Moorea, l’église de langue française du chef-lieu. Rentre en congé en France le 21 juillet 1914. La guerre le maintient en France et fait de lui un directeur d’hôpital. Il se préparait à recevoir le contingent tahitien lorsqu’une double et grave opération le força au repos. S’embarque à nouveau pour Tahiti, le 17 janvier 1920, où il va passer seize années consécutives, années de très grand travail, de tension continuelle, de fatigue aussi. A la mort de son collègue de Pomaret il prend la présidence du Conseil supérieur des Églises tahitiennes et la direction de l’école pastorale, lorsqu’elle sera transportée à Hermon, se donnant sans compter aux Églises de toute la Polynésie, et aussi à la cause des petits, des déshérités, les défendant devant les autorités ou la justice, donnant à sa tâche, tout son temps et toutes ses forces. Il sera un des fondateurs d’Orofara. Fidélité et conscience furent ses deux caractéristiques. Il est mort au travail, honoré, respecté et aimé de tout le monde, laissant le souvenir d’un homme d’une grande bonté, d’une profonde humilité et d’une piété sincère. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Sa femme, Jeanne Moreau, mourut en 1961 à Papeete. Ses 95 ans en faisaient la doyenne de la mission. — Voir sur lui une notice nécrologique dans le Journal des Missions évangéliques, 1936, p. 521-525.

MOREL, Henri (1896)

Docteur en médecine et peintre.

Né le 14 février 1896 en Avignon (Vaucluse). Études à Paris, au Lycée Henri IV. Expose à Paris dès 1931 où il présente surtout des pastels dont un « Pont du Gard » qui fut remarqué par Louis Vauxelles. Vit et expose au Maroc de 1940 à 1947. Venu passer des vacances à Tahiti en 1959, décide de s’y fixer pour peindre une nature qui le charmait. Expose à la Galerie Winkler, en juillet 1964, une trentaine d’huiles. Intéressant peintre de genre, Henri Morel se situe entre le Douanier Rousseau et les petits maîtres hollandais de la fin du XVIII siècle. Sa peinture est délibérément minutieuse et réaliste. Il excelle dans le rendu précis et naïf, longuement observé et médité, des plus petits détails de ses paysages et de leurs plus subtils coloris. Chaque toile lui coûte près de cent heures de travail ! Le Dr Morel vit à Papeete, dans le quartier d’Aafareiti. — Voir sur lui un article illustré de trois photographies et d’un portrait dans La dépêche de Tahiti du 17 juillet 1964.

MORET, Philiberte (1852-1909)

Sœur Radegonde.

Religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny. Née le 19 mars 1852 à Montmélard (Saône-et-Loire). Arrive à Tahiti le 1 septembre 1877, par le navire français Bossuet. Sert comme institutrice à l’école des sœurs de Papeete. Après avoir servi trente-deux ans les enfants tahitiens, meurt à Papeete le 24 mars 1909.

MORILLOT, Octave (1878-1931)

Officier de marine, colon et peintre.

Né le 29 août 1878 au château de Bussémont, Saint-Lumier-la-Populeuse (Marne). Son père, membre du conseil d’État, sera député de la Marne. Prépare l’École navale au collège Stanislas où le « père » Canella lui donne ses premières leçons de dessin et lui apprend à regarder. Il entre au Borda en 1896. Aspirant le 1 août 1898 ; enseigne de vaisseau le 5 octobre 1901. Participe à plusieurs campagnes avant d’être nommé sur la Durance, Cdt Rozier, stationnaire dans le Pacifique. Intelligent, brillant même, plein d’entrain, d’un caractère agréable et de beaucoup de distinction, admirablement doué pour l’escrime et les exercices corporels — il est passé dans une école de gymnastique — il ne s’intéresse par ailleurs que fort médiocrement aux choses de son métier, et il acquiert dans la marine, par sa fantaisie et ses goûts d’indépendance, une solide réputation de « phénomène ». « Je voudrais le voir un peu moins nonchalant », écrira son commandant, qui reconnaît qu’il « dessine agréablement ». Il circule dans les îles sur la Durance « vieux bateau poussif et vermoulu » et se lie d’amitié avec Victor Segalen — « nos deux enthousiasmes s’attirèrent » — qui le poussa à peindre. « Il fut bientôt conquis, au-delà de toute mesure, par la perfide ambiance de Tahiti » (amiral Decoux). Dès son retour en France, à la fin de 1904, il demande et obtient un congé sans solde : « J’ai besoin d’aller à Tahiti pour présider aux débuts d’une entreprise coloniale où ma famille et moi sommes intéressés » (29 janvier 1905). Et le voilà qui remet le cap sur Tahiti où il arrive le 2 mai 1905. Là, dès le 20 août, il déclare à ses chefs qu’il a besoin « d’une nouvelle année de congé à passer à Tahaa » après celle qui doit se terminer le 20 février 1906. Cette demande ayant été refusée en haut lieu, et Morillot, n’ayant pas été touché par le refus, finit par se trouver en situation irrégulière à 20 000 km de Lorient où il aurait dû être. Le Ministre par câble, en juillet 1906, exigea le retour immédiat en France ou une démission. Ce fut la démission. Morillot restera à Tahaa, « île préférée entre toutes, île bénie où j’étais seul, sans Européens gêneurs, entouré d’indigènes, en pleine forêt de la mer aux crêtes, seul avec mes livres, mes pinceaux, mes chiens, et une compagne aux longs cheveux »… Il sent que « sa vie commence à avoir sa raison d’être »…, il est possédé « de la volonté tenace d’arriver à dire par le pinceau ce qu’il voudrait dire ». Voici donc Morillot en Océanie, et sans le sou, sa famille lui ayant coupé les vivres. Il vivra d’abord difficilement, s’alimentant mal, et demandant aux paradis artificiels l’oubli factice de ses misères, jusqu’au jour où l’héritage paternel lui permit d’acheter une plantation à Tahaa. Puis il alla s’installer à Raiatea. Il y menait une vie de grand seigneur. On l’appelait « Excellence ». Il avait là une bonne bibliothèque. Passionné de chasse, « il possédait une meute d’excellents chiens dont les croisements avaient donné de bons résultats. Une Polynésienne s’occupait spécialement de leur nourriture et de leur chenil ». Il avait sa chasse privée dans un domaine fermé de grillages où il avait mis des taureaux et des sangliers. Mais plus que la chasse, sa passion était la peinture. « J’ai brisé ma carrière uniquement pour peindre mes îles ; et non pour la peinture en général. Mon but précis, est très limité ! Quand je suis en France ou ailleurs qu’à Tahaa, même à Tahiti, je n’ai jamais pu ni dessiner ni peindre. Mon cerveau reste inerte. » Dès le début de sa retraite en Océanie, Morillot eut l’ambition tenace d’employer la plus grande partie de sa vie à élever un monument pictural à la gloire de ces îles édeniques où il était venu vivre et à celle de la race qui l’avait si gracieusement accueilli. Autodidacte, à force de travail et de contemplation, Morillot parvient à découvrir une manière qui n’était celle d’aucun autre. Derrière un solide dessin, il possède des coloris violemment heurtés et dans des gammes palpitantes où des violets, des bleus et des verts d’une étonnante intensité s’opposent à des oranges, des pourpres et des jaunes l’on reconnaît l’influence des théories de Gauguin sur les couleurs pures. « Je me souviens avoir été ébloui par l’extraordinaire puissance d’évocation exotique que présentent ses tableaux qui avaient des magies de couleurs tout à fait inconnues. C’était toute la préciosité chaude de Gustave Moreau transportée de la légende mythologique dans le domaine réel des paradis polynésiens » (J.-P. Alaux). Deux fois seulement Morillot fera le voyage de France pour y présenter ses œuvres, en mars 1922 à la galerie Barbazanges, avec un catalogue préfacé par son ami Claude Farrère, et en décembre 1928, à la galerie Charles-Auguste Girard, exposition dont Pierre Benoît signa la présentation. Conscient de son persévérant et consciencieux effort d’artiste, des longues recherches picturales dont ses toiles étaient l’aboutissement, Morillot estimait ses œuvres à des prix fort élevés. « J’ai planté pour ma peinture des cocotiers qui me permettent de ne pas vendre uniquement pour engraisser les mercantis marrons », écrira-t-il. A vrai dire, hormis Camille Mauclair, la critique ne montra aucun enthousiasme devant la peinture de cet inconnu qui ne trouva pas son public et est pratiquement restée entre les mains de sa famille. Une exposition rétrospective posthume, en juin 1936, au Musée des Colonies, à Paris, ne parvint pas davantage à intéresser le grand public à ce peintre étrange et inquiétant des beautés océaniennes. Morillot, en position de retraite depuis 1906, reprit du service en 1914. Une note de sa main, rédigée en 1924, déclare : « J’ai servi pendant la guerre à Papeete sous le commandant Destremeau et son successeur. Ai ensuite été nommé, par dépêche ministérielle, commandant du détachement d’infanterie coloniale de Papeete. Toujours malade, estomac, cœur, accidents de circulation, j’ai fait mon métier jusqu’à épuisement et démobilisation d’office en 1917. » Et il ajoutait : « Mon état est le même. Je crois donc que je ne pourrais rendre de services qu’à des postes où jambes et essoufflement ne sont pas trop mis à l’épreuve : batteries fixes, roulantes ou flottantes, autocanons ou automitrailleuses, petites unités contre les sous-marins, etc. Quoique j’aie du mal à supporter la mer. » L’amiral Decoux qui le visitera la même année le proposa pour la Légion d’honneur « qu’il aurait sans doute obtenu depuis longtemps, n’était sa modestie et son éloignement de la France ». Et il ajoutait : « L’E. de V. Morillot qui s’est fixé aux îles Sous-le-Vent pour satisfaire ses goûts d’indépendance et d’isolement, a fait preuve, en toutes circonstances, d’une énergie et d’une droiture de caractère exceptionnelles. Il a exercé depuis vingt-cinq ans une influence des plus heureuses aux îles Sous-le-Vent, et y a accompli œuvre utile en organisant de toutes pièces une superbe plantation de cocotiers qui sera bientôt en plein rapport… Je dois enfin rappeler que M. Morillot s’est acquis en peinture une réputation qui fait le plus grand honneur à son talent d’artiste. Deux de ses toiles ont été acquises par l’État et figurent à l’heure actuelle au Musée national du Luxembourg ». Morillot recevra en effet la Légion d’honneur en 1929 des mains du commandant de la Bellatrix. Le 27 avril 1931, à Uturoa, Raiatea, des suites de son abus de l’opium, il mourut « littéralement de faim, rendant tout ce qu’il prenait ; son estomac, tapissé de drogue, étant incapable d’assimiler les aliments ». Octave Morillot vécut d’abord à Tahaa avec une femme indigène, nommée Terai †, dont il eut deux filles qu’il fit élever à Papeete chez les Sœurs de Cluny : Terii Paia, 1907, d’abord mariée à un géomètre Jean Cros, deux enfants : Marie-José, médecin en Corse et Claude, épouse Jean-Pierre Gilbert et divorce ; et Anne-Marie Raimana, 1911, qui épousera le Tahitien Vehia Tehahe, trois enfants : Charley, épouse une Brander, deux fils ; Célina vit avec Isidore Colombani, cinq enfants ; Jean (Nano) vit avec Andrée Grojant, Sept enfants ; puis Raymond Grojant. — Morillot, d’une seconde compagne, Tetu a Tinirau, († 1934), aura un fils Roland Marama Terii-tua, né le 7 juin 1917 à Patio, Tahaa qui, après la mort de son père et selon son désir, sera élevé en France par ses grands-parents au château de Corbiac. Études à Saint-Elme, Arcachon et à Sarlat. Aspirant au sortir de Cherchell, Roland Morillot participera à la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier en 1940, parvient, après quatre tentatives infructueuses, à s’évader en 1943 de son Oflag et passe la fin des hostilités dans le Var où il participe aux mouvements locaux de la Résistance avant de faire partie de la 2 D.B. Il épouse alors Yvonne Sarrus, fille d’un pharmacien de Brignolles (Var) et retourne avec elle en Océanie en 1947 pour y reprendre les plantations de son père. Leur état est florissant. Vanille et coprah connaissent de très hauts cours ; et les metayers chinois de ces îles arrivent à faire jusqu’à 9 t de vanille par an. De cette union naissent trois enfants : Gilles Marama, né à Brignolles en 1946, régisseur à l’O.R.T.F. de Papeete, qui épouse à Faaa une Française Michèle Tabeling ; Fabienne Raimana, née à Uturoa en 1952, achève une licence de langues à Marseille et Caroline Maruia née à Papeete en 1956, étudie à Brignolles. Divorcé, Roland Morillot épouse à Paris 16, le 16 août 1968, Françoise Séli, 1938. A la suite des partages familiaux, l’œuvre picturale d’Octave Morillot a été répartie pour 4/6ème à Roland, et pour 1/6ème à chacune des autres de ses filles. Cette œuvre est importante, Morillot n’ayant pratiquement rien vendu de son vivant.

Bibliographie. Outre les deux préfaces aux catalogues des expositions de 1922 et de 1928 et le catalogue ronéotypé de celle de 1936, voir sur Morillot : de Tessan, Octave Morillot (Art et les artistes), août 1911, p. 209-213, ill.). W. Ritter, Octave Morillot. Un pittore di Taiti (Emporium), Bergame, juin 1913, t. 37, p. 403-416). G. Capela, L’exposition Octave Morillot (Colonies autonomes), Paris, décembre 1936, p. 9-10). Amiral Decoux, Sillages dans les Mers du Sud (Paris, 1953, p. 330-337). Jean-Paul Alaux, Quelques souvenirs sur Octave Morillot (Journal de la Société des Océanistes), 1947, p. 121-122). Claude Farrère qui fut l’ami de Morillot « en a romancé la vie dans une nouvelle intitulée L’île aux images (Œuvres libres), n° 51, p. 1-52 ». Morillot y est peint sous le nom d’Octave Gerryot. Ceux qui ont vu les dessins de Morillot — quatre albums de croquis et de nombreux cartons — les jugent dignes des plus grands maîtres. M. Fernand Poncelet, grand admirateur de Morillot, qui a rassemblé sur ce peintre une importante documentation, achève une étude biographique sur Morillot qui paraîtra sans doute dans la série des Bibliophiles de la Société des Océanistes. Une galerie de Papeete semble avoir actuellement en main une certaine partie des œuvres de Morillot qui, par suite des circonstances, étant resté inconnu en France, n’y est ni recherché ni « apprécié ».

MORRIS, George (1836)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 18 octobre 1860. Part, marié, sur le John Williams, le 23 novembre 1860. Arrive à Raiatea, le 22 juin 1861. Passe à Tahiti, en février 1863. S’intéresse surtout aux travaux d’imprimerie, aux écoles et à l’église de Bethel. En 1865, il inaugure une classe pour préparer les enfants destinés à l’école de Tahaa. Cesse d’appartenir à la Société en 1868. Sera ensuite pasteur à San Francisco.

MORRISON, James (1761-1808)

Marin anglais.

A 18 ans, en décembre 1779, entre dans la marine royale anglaise. Sert avec distinction sur différents navires de sa Majesté. Passe, en 1783, son brevet de canonnier. Ses notes le reconnaissent comme « soigneux, sobre et docile à ses chefs ». Plutôt chétif, il est « de taille moyenne, de teint blême, avec de longs cheveux noirs ». Blessé au bras par une balle de mousquet, il a perdu aussi l’usage de la première articulation de l’index de la main droite. Il s’est fait tatouer, à droite, sur la poitrine, une étoile ; et une jarretière à la jambe gauche qui portait la devise royale : Honi soit qui mal y pense. Malgré son brevet de canonnier, c’est comme second maître qu’il s’embarque le 9 septembre 1787 à bord de la Bounty. Sans être engagé activement dans la rébellion le 28 avril 1789, il ne cherche pas à suivre Bligh dans son canot et reste en armes du côté des mutins. Il fera trois séjours à Tahiti : l’un avec Bligh et la Bounty, en octobre-décembre 1788 ; l’autre avec les mutins pour s’y ravitailler, du 6 au 19 juin 1789 ; puis un troisième après la tentative infructueuse d’acclimatation à Tubuai du 22 septembre 1789 au 19 mai 1791, date à laquelle il quitte Tahiti aux fers à bord de la Pandora s’étant livré aux marins anglais à la recherche de l’équipage de la Bounty. Manque de perdre la vie dans le naufrage de la Pandora. De retour en Angleterre, passe en cour martiale pour complicité avec Fletcher Christian. Est grâce, après avoir été jugé coupable et condamné à mort. Recommence à naviguer. Meurt en mer sur un vieux navire de guerre anglais « perdu corps et biens ». Ainsi, ayant manqué d’être pendu par la rancune d’un commandant et manqué d’être noyé par la négligence d’un autre, il finit par mourir victime de la témérité d’un troisième. Morrisson aurait tenu son journal depuis le départ de la Bounty d’Angleterre jusqu’à son propre retour comme prisonnier. Ce manuscrit aurait été sauvé du naufrage de la Pandora, on ne sait trop par quel miracle ! car Morrisson demeura une heure à l’eau. Le texte qui a été publié en 1931 est plutôt un récit qu’un journal, mais la précision des dates est telle qu’on peut penser qu’il y a un journal derrière le document rédigé par Morrisson lors de ses trois mois de captivité, de juin à août 1792, sur le H.M.S. Hector en attendant son jugement. Le manuscrit, légué à la Mitchell Library à Sydney en 1915, a été édité en 1931 en livre de luxe et traduit récemment en français. Une première partie nous apporte le récit des expériences de Morrisson avant et après la mutinerie. La seconde partie, celle qui intéresse l’Océanie française au premier chef, contient une description détaillée de Tahiti, des mœurs des indigènes, de leur organisation sociale et de leurs modes de vie. Morrisson est un écrivain né. Il était un pénétrant et perspicace observateur des comportements humains et se montra fort capable de noter le résultat de ses observations, avec une habileté d’écrivain, assez rare chez les marins de son temps. En outre, partout où il va, il fait preuve d’une vaste curiosité et rédige ses informations avec une grande abondance de détails pittoresques. La description de Tahiti et de ses habitants, fruit de plus de deux ans de vie parmi les indigènes, est le plus ancien rapport détaillé que nous possédions sur l’île. Les notes publiées par Cook et les autres navigateurs, toutes précieuses qu’elles soient, n’étaient que des vues cursives. Morrisson, au contraire, a eu du temps et nous offre une reconstruction très structurée de la société tahitienne à la fin du XVIII siècle.

Bibliographie. The journal of James Morrisson, boatswain’s mate of the « Bounty » London, 1935. — Le journal de James Morrisson, second maître à bord de la « Bounty », traduit par Bertrand Jaunez. Paris, 1966.

MORVAN, Jean (le Père Jean-François). 1908

Religieux picpucien.

Né le 30 janvier 1908 au Cloître Pleyben (Finistère). Profès en 1925. Prêtre en 1931. Arrive à Tahiti le 18 décembre 1932. Après un stage à Moorea, part aux Tuamotu du Centre (Makemo, Hikueru). Construit l’église d’Hikueru qui est un bloc de corail indestructible. Vacances en France en 1959. A son retour, il demeure à la Mission, à Papeete, chargé des Pomotou de la ville et des registres de catholicité. Curé de Paea de 1965 à 1973 date à laquelle sa santé l’appelle en France.

MOUA, Madeleine (1899)

Institutrice et danseuse.

Née à Papeete le 5 avril 1899. Elle appartient à la famille Horley. Etudes à l’école Viénot. D’abord institutrice à l’école Centrale en 1916, elle fera dans l’enseignement une carrière qui la conduira dix ans à Fakarava, comme directrice d’une école d’application où il s’agit de former les gens aussi bien à la navigation côtière qu’au développement des cultures vivrières. Termine comme directrice de l’école de Paofai, en face de laquelle elle possède une charmante petite maison en bois de style colonial. Prend sa retraite en 1962. Au cours d’un séjour de santé en France en 1955-1956, Madeleine a l’occasion de voir des spectacles folkloriques en Auvergne, — « Ils dansent la bourrée en sabots ; c’est marrant ! » — en Bretagne, sur les bords de la Loire, et touchée par ces spectacles, leurs costumes et leurs chants, rentre à Tahiti avec le désir de rendre vie à la danse traditionnelle tahitienne, alors « entre les mains des filles du Queens qui fourraient des more sur leurs jupes et qu’on soulait un peu avant d’entrer en piste pour leur donner du courage et un entrain qui suppléait à leur préparation ». Mais la danse, selon les conceptions reçues alors, tant chez les protestants que dans les écoles officielles, est une activité blâmable et quasi diabolique. Madeleine constitue néanmoins un petit groupe qui se manifeste pour la première fois à Papeete lors de la formation du « Club Nautique » en mars 1956. Madeleine craint le pire : un blâme de ses supérieurs. Non : elle est gratifiée d’un « sacré » discours du maire Poroï qui déclare : « Grâce à vous… » et ses maîtres accordent un témoignage de satisfaction à son initiative. Le groupe Heiva est créé, qui reçoit son nom de la princesse Terii Pomare : heiva veut dire, à la fois, « jolie fille » et « divertissement ». Ainsi Madeleine va-t-elle prendre la direction d’un groupe mixte de 30 à 40 danseurs, avec quelques batteurs. Ses spectacles se veulent composés de deux parties : l’une de danse classique, est construite sur des thèmes de légendes anciennes — Pere, la déesse du feu, par exemple — et respectant les normes traditionnelles (pas, gestes, orchestre, etc…), l’autre d’une conception moins stricte où elle fait appel à des figures ou à des techniques plus sophistiquées et où elle accepte des compromissions. Madeleine soigne beaucoup ses costumes : — « Je me ruine en costumes ! » dit-elle — pour lesquels elle invente sans arrêt des formes nouvelles tout en respectant les matériaux anciens, fleurs, coquillages, tapa, more… Son groupe se manifesta en France en 1962, et en 1965 lors d’une tournée qui, mal préparée par un impresario improvisé, faillit se terminer en catastrophe. Madeleine Moua se trouva ainsi avoir été l’initiatrice d’un mouvement qui a restauré la danse traditionnelle à Tahiti et les groupes formés à l’image de Heiva ne se comptent plus. De son union, en 1921, avec Gustave Terorotua (1919-1970) sont nés 5 enfants dont : Odette, qui épouse un Lochmann et Mirelle, infirmière, qui épouse le Dr G. Laurens, électrocardiologiste à la clinique Cardella.

MOUCHY, Louis (1826-1891)

Maçon.

Né le 16 décembre 1826 à Meudon (Seine-et-Oise). Débarque à Tahiti le 29 janvier 1852, comme soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Congédié à Papeete en 1855 où il exerce la profession de maçon. En 1879, on le trouve comme propriétaire au district de Arue. Un enfant : Eugénie, 1869-1919.

MOULIÈRE DE CHANGRAND, Vicomte Philippe de, en réalité Philippe DÉMOULIÈRE (1924)

Escroc.

Né le 13 novembre 1924 à Menneton (Cher). Renvoyé des noviciats des jésuites et des franciscains pour « manque de vocation », mythomane et efféminé, vit dix années dans des situations irrégulières en marge de l’armée et de l’Église. Sur de fausses lettres dimissoriales et des attestations canoniques, d’apparence régulière, est ordonné prêtre à Papeete le 25 juillet 1954. A la suite de scandales, d’extorsion de fonds et de diverses escroqueries, après avoir été suspendu a divinis par l’évêque, est arrêté par la justice locale en octobre 1957 et condamné, en mai 1959, pour dix-huit escroqueries et tentatives d’escroqueries, et faux en écritures publiques, à cinq ans de réclusion et à vingt ans d’interdiction de séjour. Voir : Les débats hebdomadaires de Tahiti, Papeete, n° 68, mai 1959 et Paris Soir, 22 mai 1959.

MOURA, Bernard (1822-1874)

Propriétaire.

Né en 1822 à Artix (Basses-Pyrénées). Était à Papeete comme jardinier en 1857, puis propriétaire au quartier de Taunoa. De son union, le 22 décembre 1860 à Papeete, avec Teamaitua Tapufaira, 1844-1887, aucun enfant.

MOURAREAU, Alfred (1913)

Bijoutier-joaillier et artiste peintre.

Né à Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 12 mai 1913. Fils et petit-fils de bijoutiers, il travaille d’abord dans l’atelier familial à Tarbes. Suit des cours à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux. Participe à la Seconde Guerre mondiale ; est fait prisonnier et s’évade. Le besoin de changer de climat pour sa santé et le souvenir d’un grand-père et d’un grand-oncle, Théobaldt et Alfred Simonet qui, partis comme mousses, s’installèrent comme colons aux îles Marquises lors de l’occupation de l’archipel par les Français dans les années quarante du siècle précédent, l’attirent en Océanie. Il y arrive comme touriste en 1954. Commence par y peindre, et s’installe comme bijoutier, 1956, en face de la cathédrale, 1958. A. Mourareau s’est justement fait un nom à Tahiti pour ses créations originales de joaillerie qui vont des petits bijoux artistiques destinés aux touristes, aux pièces somptueuses, bagues, colliers et bracelets où il insère souvent des perles d’Océanie dont il fait également le commerce. Peintre, Mourareau a exposé en France, à la Biennale de Menton, en 1953. Il a exposé plusieurs fois à Papeete. On lui doit la décoration murale qui orne le hall du bureau de poste de Papeete, vaste composition qui figure dans un style personnel et coloré « Les communications à travers les âges ». Il est depuis 1956 président du Comité régional de la Fédération française de cyclisme ; ce sport lui doit beaucoup : un de ses poulains, Paul Bonno fut en 1973 champion universitaire. De son union, à Tarbes, en 1936, avec Armande Charlotte Duclos, 1918, sont nés : Madeleine, 1939, épouse en 1962 à Papeete Marc Sancini, une fille. — Pierre, 1942, qui après deux ans d’études de bijouterie en France reprend à son retour, avec un succès considérable, l’affaire paternelle à une époque où, au goût des belles choses, s’allie le sens du bijou-placement. De son union, en octobre 1967, avec Lima Sounam, 1950, sont nés : Cléo, Victor et Kimyen.

MOUREAU, Françoise (1816-1871)

Sœur Joséphine, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née en 1816 à Venay-sur-Witaux (Côte-d’Or). Débarque à Papeete le 16 mars 1844, de la corvette de charge La Charte, avec trois autres sœurs : Régis Fléchel, supérieure, Bruno de Monlas et Ignace Chambeau. Elles sont reçues par la femme de l’amiral Bruat qui les prend sous sa protection. Elles tombent dans un pays en guerre. Près de trois ans, les sœurs vivront dans une case de bambou, au milieu d’un camp, donnant leurs soins aux blessés. La messe est d’abord célébrée dans une pièce de l’appartement du Commandant. Les vivres étaient rares et firent plusieurs fois défaut. Entre temps les troupes avaient construit l’hôpital de Papeete qui, bien que surtout destiné aux militaires, recevait également des civils. Les sœurs y occupèrent d’abord la maison à étages habitée depuis par le médecin-chef. La sœur Joséphine, la guerre terminée, continua à soigner les malades à l’hôpital de Papeete. Elle y était très populaire et son dévouement reconnu de tous. Elle mourut à Papeete, le 5 février 1871, après plus de vingt-cinq années passées au service des malades. Voir, à son sujet, une note dans le Journal Officiel, n° 6 de 1871.

MOURET, Clément (le Père Honorat). 1820-1857

Religieux picpucien.

Né le 13 juillet 1820 à Villefort (Lozère). Profès en 1839. Prêtre à Paris le 21 septembre 1844. Attaché à la Mission de Tahiti en 1845. Meurt à Panama, en 1857. Une lettre de lui à Mgr Bonamie, datée de Tahiti, le 3 mars 1846, dans Lettres des Missionnaires des Sacrés-Cœurs, 1846, p. 3-9.

MOZELLE, Pierre (1921)

Principal clerc de notaire.

Né le 4 octobre 1921 à Florémont (Vosges). Après avoir travaillé dans deux études, à Charmes et à Paris, arrive à Tahiti en octobre 1951 comme collaborateur de Me Marcel Lejeune dont il gère l’étude, comme « notaire intérimaire », lors des congés et des absences, volontaires ou contraintes du titulaire. Pierre Mozelle est un philatéliste tahitien fort avancé ayant réuni à sa collection celle de Jean Vernier. Il fait partie du Club Philatélique de Tahiti, section de la Liaison philatélique, association qui groupe les militaires et sympathisants collectionneurs de l’Outre-Mer. De son union, en 1952, avec Stella Grand, 1928, sont nés : Dominique, 1953 ; Marie-Danièle, 1957 et Patrick, 1962.

MULLER, Gérard (1902-1968)

Professeur de musique.

Né le 11 novembre 1902 à Hellevoetsluis (Hollande). Études musicales au Conservatoire royal de La Haye d’où il sort diplômé soliste et professeur de violon, instrumentiste, cor d’harmonie et piano. Arrive en Polynésie française en mars 1936, comme touriste et s’y fixe, n’ayant depuis cette date jamais quitté le territoire. Donne des leçons de musique : piano, violon et instruments à vent. Professeur de musique dans les écoles chinoises. Pianiste accompagnateur et professeur à l’école de musique et de danse classique de Robert Pambrun. Dirige à Papeete un groupe de musique de chambre. Hollandais, il se trouve être l’ami du peintre A.H. Gouwe, qui l’adopte et, à sa mort en 1965, en fait son héritier pour ses biens tahitiens. Muller meurt lui-même moins de trois ans plus tard, le 2 juillet 1968, pour le plus grand dommage des chats et des chiens de son quartier auxquels il allait distribuer de la nourriture toutes les nuits. Muller, un peu dérangé sur ses vieux jours, n’ayant d’autre passion que les animaux, jugea bon de laisser ses biens à la Société Protectrice des Animaux.

MULLER, Gustave-François (1855-1915)

Horloger.

Né à Alger. Sergent du 3 régiment d’infanterie de marine. Débarque à Papeete le 6 avril 1875, du transport de l’État Navarin. Libéré à Papeete, s’y établit comme horloger en 1878. Y meurt le 23 avril 1915. Épouse, le 29 mai 1886, à Papeete, Marcelline Cadousteau, divorcée de Chotard. Union restée sans enfants.

MULLIEZ, Hubert (1916)

Directeur commercial.

Né à Paris, le 25 décembre 1916. Après ses études de droit, la guerre et une rude captivité, arrive à Papeete en 1948 comme chef des services administratifs de la Société française des phosphates de l’Océanie. Il demeurera à Makatea jusqu’à l’épuisement des dépôts et la fermeture, en octobre 1966, de cette entreprise devenue après la Seconde Guerre mondiale, la première du territoire. Crée en 1908, la Compagnie Française des Phosphates d’Océanie obtenait en 1917 la concession générale de l’exploitation minière de Makatea. Dans les dernières années de son existence, elle occupait 800 travailleurs, tous polynésiens; avec leurs familles, ils faisaient de Makatea l’île la plus peuplée des Tuamotu : 3 000 habitants en 1960. C’est à Makatea que les Tahitiens commencent à prendre le sens du travail industriel régulier. Beaucoup de techniciens seront formés là. Les conditions de vie — soins médicaux et dentaires gratuits, sports, structures religieuses, organisations de toutes sortes, magasins à bon marché — y rendaient l’existence des travailleurs relativement agréable. Avec la mécanisation et l’installation en 1954 d’une jetée métallique — constituée, en fin de course, d’un porte à faux de plus de 100 m terminé par une sauterelle mobile escamotable, munie d’un contre-poids de 400 tonnes pivotant sur un rail semi-circulaire permettant à la jetée de se déplacer pour envoyer directement le phosphate dans les différentes cales des navires — la production annuelle atteignait 300 à 400 000 tonnes de minerai, vendues en totalité au Japon, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande pour un montant d’à peu près 5 milliards de francs CEP; toutes ventes payées en devises. Les financiers estiment qu’au cours des quinze dernières années — 1950-1966 —, les investissements des phosphates ont atteint 130 millions de francs CEP. L’ensemble des salaires versés représentaient 28 % des salaires du secteur privé du Territoire. Tant par les impôts directs et les droits de douane que par les impôts sur le revenu des valeurs mobilières et les droits de sortie, la C.F.P.O. a versé, de 1950 à 1966, un milliard 200 millions de francs CEP, somme représentant, en 1960, 24,5 % du budget du Territoire. En conclusion, la C.F.P.O. a non seulement contribué pour une part importante à l’économie du territoire de la Polynésie Française, mais elle a assuré la promotion d’un fort contingent d’ouvriers et de manœuvres spécialisés. La C.F.P.O., et c’est peut-être là un de ses mérites, a su intégrer l’élément polynésien local à la vie industrielle tout en lui conservant son originalité propre. Hubert Mulliez est, depuis 1968, directeur de la Société du Frigorifique de Papeete. De son union, en 1949, à Papeete, avec Suzel Marchal, née Adams, sont nés Tekura, 1952; Teva, 1955; et deux jumeaux Hiro et Hina en 1957.

MULOT, Jean (1819-1849)

Charpentier.

Né en 1819 à Tony (Eure). Arrive le 28 octobre 1843 à Nuku Hiva par la frégate Uranie comme ouvrier civil de l’État. S’installe le 4 mai 1847 comme charpentier à Papeete. Y meurt le 2 septembre 1849, sans descendance.

MURNAU, Frédéric Walter (1889-1931)

Cinéaste.

Allemand, né à Bielefeld. Diplômé de l’Université d’Heidelberg. A 24 ans, attiré par le théâtre, il entre comme élève chez le metteur en scène berlinois Max Reinhardt. On lui doit Nosferatu le Vampire, 1921, Le dernier des hommes, et L’aurore. Arrive à Tahiti en 1928 avec Robert J. Flaherty, déjà célèbre par la réalisation de Moana, pour y tourner un film. S’installe à Punaauia, dans une propriété occupée par Lord Beauchamp. Les cinéastes cherchent d’abord un site et des indigènes capables de tenir les rôles principaux. Après une croisière de trois mois à bord du schooner Bâli, fixent leur choix sur Bora Bora. Là ils trouvent une jeune fille Reri, 16 ans, et Matahi, un excellent danseur. Murnau les entraîne quotidiennement et est surpris de leurs qualités d’acteurs. Peu à peu la population de l’île se familiarise avec les appareils ; on installe un laboratoire. Il en résulta le film Tabou, retraçant les amours tragiques d’un couple polynésien, une sorte de Tristan et Yseult océanien. Film de très grande valeur, une des dernières grandes œuvres du cinéma muet, qui constitue aussi un excellent documentaire sur la Polynésie française. Antony Bambridge avait été choisi comme régisseur par les cinéastes qui lui laisseront du matériel. Cette coopération à la production de Tabou est à l’origine de l’intérêt pris par la famille Bambridge dans le cinéma en Océanie française. Murnau se tua en se rendant à la présentation de Tabou en mars 1931. — Voir : O’Reilly, J.S.O., 1949, p. 135.

MURPHY, James (le Père Columban). 1806

Religieux picpucien.

Né le 16 mars 1806 à Dundalk (Irlande). Apprentissage de charpentier. Études cléricales qui ne s’achèvent pas immédiatement par le sacerdoce. Fait profession, comme convers, en 1828, chez les picpuciens. Désigné pour les missions, s’embarque à Bordeaux en décembre 1833 et, par Valparaiso, gagne les îles Gambier, compagnon des Pères Caret et Laval. C’est un homme habile et plein de savoir-faire. Il obtient pour lui et ses compagnons le passage sur le Peruvian, capitaine Sweetland, pour 460 F au lieu de 750. Sa prestance et sa haute taille lui valurent, lors de l’arrivée aux Gambier, le 7 août 1834, d’être pris pour le chef de la bande. Participe à la rapide conversion du groupe. Il est un découvreur de sources, « l’homme qui fait jaillir l’eau », tamuta, « le travailleur du bois ». Lorsqu’il arriva aux Gambier en mai 1835. Mgr Rouchouze voulant se faire une opinion sur la position aux Hawaii, y dépêche le Frère Columban Murphy, qui, sujet britannique, pouvait avoir l’appui de son consul et, simple Frère, échappait aux interdits mis sur les prêtres catholiques. Pour s’y rendre, Murphy embarque sur le Peruvian qui arrive à Tahiti le 22 mai 1835 comme free passenger avec une cargaison de chevaux. On lui refuse de débarquer, les protestants pensant qu’il s’agissait d’un déguisement. Après deux mois passés à Papeete il arrive, par le baleinier Harmony à Honolulu, le 21 août. Quitte le 29 juillet. Après un voyage à Monterey, Cal. (oct., nov., déc. 1836) auprès du Père Bachelot, le 7 janvier 1837, il est de retour à Honolulu qu’il quitte le 16 mars, par la Clémentine. Par Tahiti (juillet) où il ne semble pas s’être fait reconnaître, gagne Valparaiso, où il est le 13 juin. Il quitte Valparaiso le 10 août 1837, sur l’Europe, Cpt. Shaw, avec le Père Maigret, pour Hawaii. Le navire a été chartré par Mgr Pompallier et les maristes. Murphy, à bord, leur donne des leçons d’anglais. A l’escale de Mangareva, le 15 septembre 1837, Mgr Rouchouze confère à Tarava le sacerdoce au Frère Murphy « pour que le Père Maigret ne fut pas le seul prêtre de l’expédition ». L’Europe passe à Tahiti du 21 septembre au 6 octobre où Murphy ne semble pas s’y être fait connaître, et, le 2 novembre 1837, entre dans le port d’Honolulu. Le Père Murphy et son collègue promettent par écrit de quitter les Sandwich à la première occasion. Murphy restera plus d’un an à Honolulu, ne s’y livrant à aucun ministère et étudiant la théologie avec le Père Walsh. En octobre 1839 il quitte Honolulu sur la Clémentine et, par Tahiti et Valparaiso, gagne les Gambier où il est le 26 mars 1840. Il a profité de l’occasion de cette goélette pour venir informer Mgr Rouchouze du traité signé à Hawaii, le 12 juillet 1839, par le commandant Vaillant. Murphy repart des Gambier le 5 avril 1840 et, le 16, Mgr Rouchouze l’installe à Vaitahu aux Marquises, à la place du Père Heurtel. Le Père Murphy y restera à peine un an. Ayant appris que Pomaré, sous la pression des missionnaires protestants, veut fermer les portes de Tahiti aux catholiques, il va voir le Père Caret qui vient d’être nommé préfet apostolique et lui conseille d’agir vite. Le Père Caret se décida à envoyer à Tahiti le Père Murphy qu’accompagnera le Père Chausson et un catéchiste, le Fr. Nil Laval. Murphy arrive à Papeete le 9 août 1841. Par le Rob Roy qui touche le Père Caret à Ua Pu le 21 décembre 1841, le Père Murphy avertit son préfet apostolique que sa présence est indispensable à Tahiti. Le Rob Roy touche Tahiti le 31 décembre 1841, portant le Père Caret. Et c’est l’installation à Papeete. Mais Murphy n’était pas personna grata et c’est un conflit avec Moerenhout qui voyait d’un mauvais œil la présence à Tahiti des missionnaires catholiques français, dont il avait promis à la Reine « qu’ils ne viendraient pas à Tahiti de longtemps ». Il s’agissait d’un terrain que Pomaré prétendait avoir remis à Moerenhout pour la mission, terrain que celui-ci considérait comme sa propriété personnelle. Du 22 novembre 1841 au 22 avril 1842, Murphy est absent de Tahiti allant à Valparaiso pour y voir le commandant de la station navale au sujet des terrains ; mais il est à Papeete à la fin de 1842, car Melville le rencontre, qui a laissé de lui dans Omoo un pittoresque portrait : « Massif, corpulent et vigoureux, il avait atteint la cinquantaine [en fait Murphy n’avait que 38 ans]. Son teint était celui d’une belle feuille d’automne ; il avait de beaux yeux bleus, de belles dents et un fort accent du terroir. En bref, c’était un Irlandais. Les établissements protestants de Polynésie le tenaient en parfaite horreur ». Moerenhout le voyait : « Ignorant, négligé et buveur » et de nationalité britannique, tare évidemment capitale aux yeux de Moerenhout ! Jarves l’a vu charitablement, qui note que, « sous des manières simples et un extérieur modeste, il cachait une grande finesse, une activité infatigable et des projets profondément étudiés. » Son caractère tout d’une pièce ayant causé de réelles difficultés à la mission, il est renvoyé en France par le Père Caret en 1843, et quitta la congrégation après être rentrée en Irlande. — Sur l’homme, voir : R.S. Forsythe : Herman Melvill’s Father Murphy (Notes and Queries, London, April 1937, p. 254-258 ; 272-276) qui a lu attentivement tous les documents d’époque.

N

NADEAUD, Jean (1834-1898)

Docteur en médecine.

Né à Beurlay (Charente-Maritime) le 23 juillet 1834. Chirurgien de la marine, arrive pour la première fois à Tahiti le 23 février 1856, et y séjournera jusqu’au 23 août 1859. Pendant ce premier séjour de trois ans et demi emploie les loisirs que lui laisse le service à parcourir en tous les sens l’île dont il connaît très bien l’intérieur. Passionné de botanique, ses recherches sont spécialement dirigées sur les hauts sommets de Tahiti et la flore des vallées peu explorées. Il s’intéresse également aux plantes médicinales utilisées alors par les indigènes. Il quittera Tahiti sur le Nouvel Alfred, emportant pour un musée de Paris, quarante-trois plantes vivantes (Messager de Tahiti, 4 août 1850). Il soutient à Montpellier, en 1864, une thèse sur les Plantes usuelles des Tahitiens, travail où il décrit de nombreuses nouveautés. Revenu à Tahiti, il se fixe à Papeete comme médecin civil. Propriétaire au quartier de Mamao. Membre fondateur et président de la « Société des excursionnistes », il parcourt presque toutes les principales vallées de Tahiti, à la recherche de plantes à étudier. Une copie du « Journal » de ses promenades botaniques à travers l’île est déposé à la bibliothèque de la Société des études océaniennes. C’était un érudit, très versé dans la toponymie indigène. Il meurt le 20 novembre 1898 à Papeete. Nadeaud s’était lié avec une Tahitienne apparentée au chef du district de Tiarei. De cette union, un fils : Tu Temarii, dit Nadeaud, 1860-1918, qui épouse une institutrice protestante : Marthe Villemejeaune, qui lui faisait la classe. Le ménage dirigea tour à tour plusieurs écoles du gouvernement à Moorea et à Tahiti. Ils ont laissé à Tahiti une descendance qui leur font honneur.

Bibliographie. Plantes usuelles des Tahitiens. Montpellier, J. Martel aîné, 1864. — Énumération des plantes indigènes de l’île Tahiti, Paris, F. Savy, 1873.

NAGAL, Bartholomew

Colon.

Américain ayant passé toute sa vie aux Marquises. En 1902, un voyageur le présente comme « un très vieil homme, qui ne manquait pas d’instruction, avait épousé une femme indigène et était affligé d’une maladie incurable ». Nagal avait, en 1861, sauvé la vie d’un capitaine américain et avait reçu des autorités américaines un fusil portant gravé sur une plaque l’inscription suivante : « Presented to Bartholomew Nagal for bravery in saving the life of an American sea captain from the cannibals of these islands. Abraham Lincoln. Washington D. C., 1861. » Cette arme est actuellement conservée au Bishop Museum de Honolulu. — Cf. A. Seale, Quest for the golden cloak, 1946, p. 28-29.

NAGLE, James (1850?-1915)

Colon, commerçant et navigateur.

Le seul acte d’état civil rencontré le prénomme Martin qui est également son prénom sur un registre paroissial. On trouve dans les actes Nigle, Neagle, orthographe reçue dans une branche de la famille, ou Nagle. Quoiqu’il en soit, l’unité d’origine de la famille est certaine. Américain d’origine irlandaise, serait né à Buffalo dans l’état de New York. Débarque d’un navire où il est second officier à Raiatéa. Y épouse dans les années 70 du siècle dernier, Manutahi a Tianoa († 1916) femme de Bora Bora. Vient bientôt s’installer à Rurutu où il reçoit quelques terres, s’installe commerçant et fait du commerce avec Tahiti au moyen d’une petite goélette Parii dont il est le propriétaire. Émigre à Rarotonga où il devient le capitaine de port pour l’Union Steamship Co. On le trouve ensuite à Penrhyn, comme agent-résident anglais. Il circule à bord du trois-mâts barque Countess of Ranfully. Rentre à Rurutu où il meurt en 1915. De son union avec Manutahi a Tianoa sont nés : Williams, 1878-1918, qui épouse en 1896, à Rairoa, Tetuatehoto a Doom. Reconnaîtra plusieurs enfants de Tipari a Tuera : Tuera a Rautiara, 1906 ; William, 1910-1950, épouse Tetuahina Scholermann ; Catherine, 1913-1953 ; Teura, 1914-1964. — Théodore, 1881, épouse une Rurutu, vit et meurt à Rarotonga, avec son frère Alois. — Carett, né à Rurutu, part à Vancouver. — Parii (Byddy), 1889, épouse un Paumotou, meurt à Hao. — Manu, 1891, née à Rurutu, épouse Patu a Rootahua, disparaît en mer avec les goélette Vabine Avera. — Alois, va jeune encore en Nouvelle-Zélande sur le Mangaroa, navire de Rarotonga et disparaît avec lui lors du voyage de retour. — Martin, 1893-1968, né à Rurutu. Études à Penrhyn et à Auckland. Patron au bornage du 11 octobre 1920. Circule sur le France océanienne et la France australe. Au retour de la grande guerre qu’il fait comme mitrailleur reprend sa vie maritime. Sera second capitaine sur le Beulah de la ligne de San Francisco, 1926-1928 ; capitaine de port à Makatea en 28-29. Entre en 1936 dans la police où il sera attaché à la sureté et interprète d’anglais. Prend sa retraite en 1955. Épouse en 1922, à Pago Pago (Samoa) Tepairu Faura, 1894, originaire d’Anaa. Un fils, décédé. — Mary, 1895-1935, épouse Simplicio Alvès. — Mathilde, 1897, décédée à Rarotonga.

NAKÉTY, Paul, pseudonyme de Jean ANSELME (1859-1918)

Journaliste.

Arrive à Tahiti en juillet 1916. Il vient de Nouméa où il a passé, malgré lui, plusieurs années, servant en fin de ce séjour d’agent électoral de L. Colardeau. Fonde en octobre 1916 un journal intitulé : Le Tahitien. D’abord soutenu par E. Martin, V. Raoulx, il polémique avec violence contre le Libéral, le journal que dirige Eugène Brunschwig. Le Tahitien est finalement suspendu par le gouvernement et cesse de paraître après dix mois d’existence et quarante-deux numéros. Le Journal de Papeete prend sa suite, le 17 novembre 1917, poursuivant en pleine guerre « avec une méchanceté sadique… une campagne de division… au profit de tous les mécontents et des pêcheurs en eau trouble »… Sous pretexte de « semer dans les âmes l’amour de la France et la haine des Boches » (éditorial), « tous les honnêtes gens furent alors sans distinction de sexe ou de situation cloués au pilori, traités de « boches », de « vendus » ou de « défaitistes », dans des attaques répétées, aussi violentes qu’absurdes » (gouverneur G. Julien). P. Nakéty sera successivement condamné pour exercice illégal de la médecine — il se faisait passer comme aussi qualifié que les médecins dans l’art de guérir, et notamment de la lèpre, — indiscrétions concernant la défense nationale et diffamation — un article contre M. Goupil intitulé « un fondateur de dynastie ». Cette dernière condamnation en mai 1918. Il meurt peu après. Et le Journal de Papeete cesse de paraître le 3 août 1918.

NANSOUTY, Max de (1818-1844)

Lieutenant de vaisseau.

Participe au voyage de Laplace. Enseigne de vaisseau sur la Reine Blanche, il est tué au cours d’une démonstration de la marine contre les rebelles, lors de l’affaire de Mahaena (Tahiti) le 17 avril 1844. Il fut inhumé sur l’îlot Taupiri, qui, depuis, porte le nom de Nansouty. Une rue de Papeete lui a été attribuée. — Voir à son sujet le Moniteur Universel, 25 février 1845, texte repris par Caillot, Histoire de la Polynésie orientale. Paris, 1910, p. 236-237, note. On trouvera, en annexe de cet ouvrage, le récit du combat, p. 550-563, avec plan.

NATUA, Aurora (1909)

Bibliothécaire et archiviste.

Née le 16 février 1909 à Papeete. Elle est la fille de Maruasa Natua, de Maupiti, et de Pauline Drollet, étant ainsi la petite-fille d’Édouard Drollet qui fut négociant et conseiller municipal. Études à l’école Viénot. Entre les deux guerres mondiales, elle semble chercher sa vocation, vivant dans l’intimité de l’élite locale. Gouwe peint d’elle une toile admirable, maintenant au musée d’Amsterdam ; Alfred Métraux utilise ses connaissances de la culture polynésienne. Elle sera une amie fidèle d’Alain Gerbault qu’elle aide à recueillir des généalogies. Elle arrive en France au temps de Munich et y demeurera toute la guerre à Paris. A son retour, le pasteur Rey-Lescure l’attire à la Société des Études océaniennes dont elle devient la secrétaire bibliothécaire, avec la charge du musée, alors installé à Mamao. Ayant étudié le tahitien en remontant aux sources anciennes, Aurora Natua possède de cette langue une profonde connaissance et se reconnaît aisément dans des textes devenus langue morte pour la majorité de ses concitoyens. Grande lectrice, douée d’une excellente mémoire, ayant pu avoir, grâce à ses occupations professionnelles accès à tous les textes concernant les îles et leur passé, elle est une autorité pour tout ce qui concerne la culture ancienne de la Polynésie française. Les généalogies, les récits folkloriques, les chants n’ont pas de secrets pour elle. Elle rend vivants les textes les plus rébarbatifs, débrouille les ellipses les plus abscondes et pénètre les allusions les plus lointaines. Sa connaissance des faits de l’histoire locale est à la même mesure, aussi les savants qui viennent travailler dans les parages aiment-ils se l’attacher comme interprète-conseillère et introductrice. Elle possède en effet l’art de se concilier ses compatriotes car elle les comprend et connaît leurs réactions. Ainsi guidera-t-elle, en 1952, la « Pacific Science Board Expedition » aux Tuamotu. En 1957, la « Stanford University Vanderbilt Foundation Expedition » aux Tuamotu et aux îles de la Société se l’adjoint et elle collabore avec les savants de l’expédition. Depuis 1959, plusieurs missions du Bishop Museum d’Honolulu l’utilisèrent. Elle fut également choisie comme conseillère technique lors de la prise des vues des Mutinés de la « Bounty » par la Metro Goldwin Mayer en 1960-1961. D’une insouciante nonchalance et sans doute aussi désireuse de ne rien affirmer qui ne soit d’une parfaite exactitude, Aurora Natua n’a jamais rien voulu publier et n’a enrichi qu’indirectement l’ethnographie polynésienne par son appui aux chercheurs. Son frère Raymond Natua, ancien sous-officier de la marine nationale, est attaché aux services de la Radiotélégraphie à Mahina.

NAY, Guy (1911)

Officier de Marine.

Né le 25 décembre 1911, entre à l’École Navale en 1931, spécialisé dans l’hydrographie dès son premier embarquement. Arrivé pour la première fois à Tahiti le 1er janvier 1938 comme Enseigne de Vaisseau sur le Rigault de Genouilly puis en 1939 sur le Dumont d’Urville. Il participe à divers travaux hydrographiques dans la Rade de Papeete et exécute le levé des passes de Rangiroa. Après la guerre et un séjour en Indochine, est désigné pour organiser et diriger la mission géodésique des Tuamotu où de 1956 à 1959 il détermine les positions astronomiques et la configuration de 48 atolls de cet archipel, à bord de la Zélée, ketch de 22 tonneaux, armé par un équipage tahitien. Au cours des travaux détermine pour la première fois dans ce Territoire les déviations de la verticale qui s’avèrent extrêmement importantes. Détaché de 1948 à 1950 à l’ORSTOM comme Chef de la Station de l’année Géophysique Internationale de Papeete, il s’occupe personnellement du magnétisme terrestre et de l’océanographie. Dans cette dernière discipline, les observations permettent de préciser certaines données de la marée (zéro des cartes, type solaire et non lunaire, amplitudes masquées par les phénomène météorologiques, point amphidromique entre Tahiti et Makatea) et des houles sismiques (rattachement au réseau d’alerte d’Honolulu). Revient en 1963 prendre sa retraite à Tahiti comme Capitaine de vaisseau. Devient alors Secrétaire Général de l’Union Patronale et représentant de la firme Total. Épouse, en 1944, Hélène Adams qui a 3 enfants : Étienne, 1934, Sally, 1936 et Ilima, 1946.

NELSON, William

Missionnaire mormon.

Arrivé à Tahiti le 23 juillet 1878. Les Mormons y possédaient une petite congrégation fondée en 844 par Addison Pratt et ses compagnons. De 1852 à 1873, cette église n’avait pas été visitée. En 1873, Charles C. W. Wandell et Glaud Rodger, en visite missionnaire sur le Domingo, avaient signalé à Joseph Smith III la présence de membres de l’Église de Tiona, réorganisé l’Église, en plaçant en charge David Brown, « an East Indian ». Nelson, dans les trois premiers mois de son séjour, baptisa trente personnes. Mais son passeport n’étant pas en règle, il doit retourner aux États-Unis. Revient à Tahiti en mai 1879 où il travailla jusqu’en 1883. Il fit quelques visites aux Tuamotu. Rentre aux États-Unis en 1883.

NEYRAC, Louis (1826-1899)

Colon militaire.

Né en 1826 à Brives-la-Gaillarde (Corrèze). Arrive à Tahiti le 22 mai 1844 par le navire marchand le Bourbonnais qui fit naufrage dans la passe de Papeete. Prend part à la campagne de Tahiti de 1844 à 1846. Libéré du service s’installe comme colon à Papeurii, puis comme propriétaire à Teahupoo et y meurt en avril 1899. Épouse, en 1859, Tetutavehi Teanai, puis en secondes noces en 1879 Tino a Manatera. Neyrac ne semble pas avoir de descendance.

NOËL, Jean (le Père Hilarien). 1897

Religieux picpucien né le 27 décembre 1897 à Valzergues (Aveyron).

Profès en 1921. Ordonné prêtre en 1926. Arrive à Tahiti le 14 décembre 1927. Passe six mois à Moorea ; puis occupe les postes de Haapape, Orofara et Papenoo. Quitte la mission en 1935.

NOGUIER, Pierre (1921)

Ingénieur civil des Ponts et Chaussées.

Né le 30 juillet 1921 à Paris. Après avoir collaboré au déblaiement et à la reconstruction de la Goulette, l’avant-port de Tunis, de 1946 à 1952, et œuvré dans le secteur d’Abidjan de 1953 à 1958, est chargé par le B.C.E.O.M. d’opérations concernant des travaux d’infrastructure portuaire à travers le monde. Dans les années 50 de ce siècle, on ne peut moins faire que de constater que le port de Papeete ne répond plus à son rôle de « poumon » du territoire, à sa vocation touristique et à ses fonctions militaires. Hormis un quai en eau profonde de 233 mètres il n’a guère changé depuis le temps de la marine en bois. On vit à Papeete sur des conceptions portuaires archaïques et périmées. Et le capitaine du port ne sait plus à quel saint se vouer pour peu que deux paquebots chargés de touristes se présentent à la fois. Ce fut la décision prise en 1962 par les hautes instances militaires françaises de créer une zone d’essais atomiques dans le Pacifique qui détermina une sorte de conjonction d’efforts entre les techniciens du ministère des Armées et les économistes de la rue Oudinot, conjonction dont le port de Papeete sera l’heureux bénéficiaire. La France d’Outre-Mer confia l’étude technique et économique d’un projet de développement du port de Papeete au Bureau central d’Études pour les équipements d’Outre-Mer (B.C.E.O.M.). L’ingénieur Pierre Noguier, en janvier 1963, est envoyé à Tahiti pour une première enquête. Il est chargé de définir les besoins portuaires du pays aujourd’hui et dans le futur. Sur place, après avoir pris langue avec tous les organismes compétents et les personnes qualifiées, Pierre Noguier est vite convaincu qu’il ne faut pas dissocier la capitale politique de la capitale économique de la Polynésie française, que le sacrifice de Motu-Uta est inévitable si l’on veut créer un port moderne à Papeete, que ce serait une erreur grave de laisser les militaires et les civils construire chacun leur port dans la même. Le rapport initial de la mission est terminé fin 1963 et l’étude de l’affaire est entreprise sans délai à de nombreux échelons administratifs, tant au ministère des Armées qu’à la rue Oudinot. De nombreuses discussions sur la conception du port ont lieu, mais P. Noguier défend son programme qui est finalement approuvé. Les choses vont vite. On est bientôt pratiquement assuré que l’État français affectera les fonds voulus à l’entreprise. Le B.C.E.O.M. peut donc pousser l’étude. Sur place, la mission hydrographique de la Marine nationale effectue un levé des fonds. Une équipe d’hommes-grenouilles mène des investigations sous-marines. Des mesures hydrauliques permettent d’analyser les phénomènes de ressac dans le lagon. Avec de très gros moyens matériels, une campagne de sondages géologiques est entreprise. Un géologue, M. Deneufbourg, en analyse les résultats, cependant que la Société MECASOL entreprend des essais de laboratoire sur les matériaux recueillis. S’appuyant sur les données recueillies in situ, le Laboratoire National hydraulique de Chatou effectue des expériences sur modèle réduit. Ces expériences doivent apporter un nouvel éclairage sur les phénomènes d’ensachage qui se produisent par grandes houles. Peut-on fermer la passe qui sépare Fare-Ute du récif-barrière ? La forme projetée pour la digue accrochée à ce récif est-elle convenable, sa stabilité est-elle assurée dans les plus fortes tempêtes ? Activement poussées, ces études permettent à P. Noguier et à l’équipe d’ingénieurs qui travaille avec lui de mettre un plan directeur, soumis dès septembre 1963 à l’approbation des autorités du territoire. L’Assemblée territoriale, la Chambre de commerce, la Commission nautique approuvent des plans qu’il faudra malheureusement, à la dernière minute, remettre partiellement en chantier pour satisfaire aux impératifs de sécurité de l’aérodrome de Faaa. Pour la Noël 1963, le B.C.E.O.M. peut quand même sortir le dossier d’appel d’offres. L’idée maîtresse du plan est l’utilisation de la table corallienne située au milieu de la rade de Papeete et dont Motu-Uta marque l’émergence comme quais et terre-pleins destinés au trafic commercial. Cet îlot, remblayé à la cote + 2 mètres offrira une surface utilisable de 12 hectares environ. Il sera relié à la côte par une route construite en bordure du récif-barrière, à l’intérieur du lagon, et protégée par une digue ancrée sur ce récif. Un pont reliant ce récif à la presqu’île de Fare-Ute permettra le franchissement du chenal de Fare-Ute. Certains quais et terre-pleins seront également construits à l’abri de cette ligne en avant de la route, par remblaiement partiel du lagon. Enfin divers quais et des installations de réparations navales seront édifiées en bordure de la zone de Fare Ute, ou en bordure de la ville (quai à paquebots). Les marchés sont signés à la fin de mars 1964. Les crédits utilisés pour la première tranche des travaux s’élèvent à un total de près d’un milliard de francs CFP. Ils sont couverts par le ministère des Armées, le ministère d’État chargé des Territoires d’Outre-Mer, la Polynésie française et le Port autonome. Les travaux débutent immédiatement, avec une priorité absolue pour l’exécution des travaux militaires dont le CEP a un besoin urgent. Ils nécessitèrent un certain nombre de tours de force pour respecter des délais extrêmement serrés. Le quai des réparations navales sera achevé en décembre 1964. L’ensemble des postes d’accostage du dock flottant, en mars 1965. Le quai dit « de la Marine », la zone des ateliers de réparation (6 600 m² de surface couverte et 13 000 m² de terre-pleins) en cours de finition en mai 1965. Le remblaiement des zones de Motu Uta et du récif barrière va nécessiter la mise en place de près de 2 millions de m² de sables coralliens. Ces remblais hydrauliques seront exécutés au moyen d’une drague suceuse de forte puissance. Pendant plus de huit mois, en 1964 et 1965, les nuits des riverains de Patutoa et de Taunoa seront agrémentées par le grondement continu de la New Jersey et les promenades dominicales des Tahitiens auront pour but d’aller voir l’état des travaux et le mélange d’eau de mer et de sable corallien, pompé à travers des conduites de 70 cm de diamètre, se déverser sur les remblais parfois situés à plus de 2 km de la drague. Un peu plus tard, en empruntant le pont flottant Bailey installé par l’armée, on ira voir sur Motu-Uta, relié à la terre, enfoncer les planches métalliques qui formeront les quais du commerce ou voir grandir la digue de protection. Cette digue, haute de 5,10 m, large à sa base de 6,15 m et longue de 800 m sera entièrement achevée en septembre 1965, assurant par tous les temps la protection du plan d’eau. Ainsi transformé le port de Papeete aura la classe d’un port international apte à recevoir les plus grands paquebots et les cargos fréquentant le Pacifique Sud. Les quais commerciaux seront passés de 338 m à 1 123 m, la surface des terre-pleins de 4 000 m² à 90 000 m² et la surface des hangars et entrepôts de 9 500 m² à 22 500 m². La marine aura de son côté ses propres installations avec 350 m² de quais, son dock flottant, ses ateliers et magasins. Le front de mer pourra être dégagé des hangars existants et du silo à coprah, puis être aménagé en boulevards et jardins. Si le pittoresque Motu-Uta a disparu de l’horizon quotidien, en revanche les touristes pourront prendre une jolie vue de Papeete et les navires à quai jouir d’une agréable perspective polynésienne.

Bibliographie. Outre les rapports rédigés par l’ingénieur Noguier et demeurés confidentiels on consultera, sur le nouveau port de Papeete un article, de M. René Lacroix, directeur du Port autonome, dans le Journal de la Société des Océanistes, décembre 1965. Voir également : Industrie et travaux d’Outre-Mer, novembre 1964.

NOLLEMBERGER, Émile (1826-1866)

Chimiste.

Né à Strasbourg (Bas-Rhin) en 1826. Arrive à Papeete vers 1853 ou 1854. Ouvre, en 1857, une pharmacie, rue de la Petite-Pologne, actuellement rue Paul-Gauguin. Ce commerce n’ayant probablement pas donné les espérances qu’il en attendait, il ferme boutique, puisqu’en 1860 il est arpenteur au service des Ponts et Chaussées et est félicité, par le gouverneur de l’époque, pour ses travaux. Meurt le 21 mars 1866. De son union, en 1856, à Papeete, avec Tuane Paumau alias Hirohiti dite aussi Rupe sont nés : Eugène, 1856-1894, facteur des postes, se marie, le 25 septembre 1886, à Papeete, avec Maaririhau Maufene. — Louisa, 1859-1918, épouse, le 4 octobre 1877, à Papeete, Joseph Lequerré.

NORDHOFF, Charles-Bernard (1887-1947)

Écrivain américain.

Né à Londres, le 1er février 1887. Achève ses études à Harvard, en 1909. Fait partie, comme volontaire, de l’escadrille la Fayette au cours de la Première Guerre mondiale et s’y lie avec James Norman Hall, amitié d’où sortira une féconde collaboration littéraire. Nordhoff arrive à Tahiti en février 1920 et s’y marie. « Blond, grand, athlétique, toujours vêtu d’un pantalon de toile, d’une chemise à manches courtes et d’un chapeau de pandanus tressé, on rencontrait Nordhoff dans les rues de Papeete les jours de courrier. Le reste du temps, il vivait le plus souvent dans les districts éloignés, visitant aussi les différents archipels de l’Océanie française. Modeste et discret, il ne faisait jamais parler de lui. » Son séjour dans les îles, coupé par de brefs séjours en Amérique, devait durer une vingtaine d’années et lui inspirer ses œuvres les plus marquantes. Son premier ouvrage océanien, Pearl Lagoon, fut écrit seul. Il commença de signer avec Hall : Faery lands of the South Seas, 1921. En 1932 les deux auteurs connaissent le grand succès avec la fameuse trilogie inspirée par les aventures du capitaine Bligh : Mutiny on the Bounty ; Men against the sea, 1934, et Pitcairn’s Islands, 1934. Ce récit dramatique fut traduit en de nombreuses langues et porté au cinéma dans : The Mutiny of the Bounty, avec l’acteur anglais Charles Laughton. Une nouvelle version de ce film a été tournée à Papeete, en 1961, par la Metro Goldwyn Mayer, avec d’immenses moyens matériels, une réplique de la Bounty, et les acteurs Marlon Brando, Hugh Griffith et Tarita Tairapa, originaire de Bora Bora, vedette du film. Un autre roman, d’inspiration océanienne, et qui est une évocation de la vie des indigènes des Tuamotu, The Hurricane, 1936, a également fourni un thème au cinéma. Ensemble Nordhoff et Hall écrivirent encore deux livres concernant la Polynésie française : The dark river, 1938, dont l’action se situe à Tahiti et aux Tuamotu, et No more gas, 1939, histoire d’une famille tahitienne. Les deux collaborateurs écrivaient dans une langue simple et directe. « La vie, les êtres et les choses sont observés avec soin et décrits avec amour… par des hommes qui ont profondément senti ce qu’ils expriment. La parfaite connaissance du sujet n’exclut pas la poésie et le charme des belles histoires… Sans doute tout cela est-il un peu embelli, mais jamais faux. Et c’est peut-être cet équilibre réalisé entre le mirage et la réalité qui fait avant tout l’intérêt et le charme incontestable de ces œuvres » (P. Ahnne). Nordhoff, avait épousé, le 4 décembre 1920, à Papeete, Vahinetua a Tamata ; divorcé, il se remarie à une Américaine qui ne viendra jamais à Tahiti.

NORDMAN, Edward Axel (1846-1902)

Négociant.

Né à Stockholm (Suède) le 24 septembre 1846, décédé à Papeete, le 5 avril 1902. Il épouse, en 1885, Julia Thompson, 1865-1952. De cette union sont nés : Oscar, 1885, mort à huit jours. — Sophie Julia, 1887, épousera en 1908 Arthur James Walker. — Adèle, 1890. — Oscar Georges, 1892 — Paul Louis, 1894, épouse, en 1937, Neiuna Burgmeister et meurt aux Tuamotu. — Édouard, 1901.

NORDMAN, Oscar Georges (1892-1965)

Armateur et négociant.

Fils du précédent. Né à Papeete, le 5 février 1892. Études chez les Frères. « Sonoma », la maison d’Oscar Nordman, n’était séparée de l’école que par la rue Tepano-Jaussen et il se montra toujours attaché à ses maîtres et fort généreux à l’égard de leur œuvre d’enseignement. Navigue très jeune comme stewart sur les navires faisant la ligne Tahiti-San Francisco et y fait preuve d’un grand sens commercial. Tous les passages du Mariposa, au temps où il voyageait entre Tahiti et San Francisco, ont gardé un souvenir de sa courtoisie à leur égard. Homme intelligent et entreprenant, Oscar Nordman exercera ensuite à Tahiti les métiers les plus divers : hôtelier, boucher, entrepreneur de pompes funèbres, éleveur, armateur… mais c’est surtout comme shipchandler and stevedore, comme ravitailleur de navires, qu’il était populaire parmi les états-majors des bateaux qui faisaient escale à Papeete. Il a également beaucoup fait pour le développement du tourisme et l’agrément des visiteurs qu’il accueillait dans son bureau du quai, rempli de souvenirs maritimes, et hébergeait dans son hôtel ou les bungalow organisés par lui à Fariipiti. Sa femme l’aidait à donner le maximum de satisfaction à ses hôtes. Oscar Nordman était considéré à Tahiti comme man of informations et la formule « Ask Oscar he knows » était courante à Papeete entre les deux guerres. Il avait lancé un journal imprimé à San Francisco, Le Tourisme. Mais son esprit fertile en inventions l’entraînait parfois trop loin. Il connut entre les deux guerres des aventures avec une goélette Avarua, immatriculée aux îles Cook et qui naviguait sous pavillon britannique. Il est décédé, aveugle, le 27 août 1965, à Papara. De son union, le 23 août 1916, à Papeete, avec Marguerite-Louise Tahotini Lucas, 1896-1970, fille du conseiller municipal Philippe Lucas, sont nés : Ethel Margaret, 1922, épouse un Australien, Noël Bourke, décédé accidentellement en 1972. Veuve, vit à Papeete sans enfant. — Milton, 1924, qui prend d’abord la succession de son père comme ravitailleur de navires puis devient maître-pêcheur à Mahina où il travaille avec une équipe de Tahitiens, au grand filet. Épouse Marie Vernaudon. Il a douze enfants : Pierre ; Christiane, marié à un Américain, Chris Wood, vit aux États-Unis, Margie ; Mardelle ; Lurline épouse Jean-Benoit Vannier-Fourmon ; Evalita, institutrice, épouse Gérard de Broca, deux enfants ; Oscar ; Jacinthe ; Flora ; Frank ; Guild ; Milton. — Anatila, 1926, épouse Jean Bréaud en 1954.

NORDMANN, Paul Isaac (1901-1957)

Commerçant.

Né à Bâle (Suisse) le 1 mars 1901 d’un père médecin. Arrive à Tahiti en 1928. Passe quelque temps aux Marquises, avant de s’installer à Papeete où il organise un commerce d’objets ethnographiques, contribuant à enrichir le marché international, les touristes et les musées de pièces multiples et variées. A la suite de difficultés avec l’administration lors de la Seconde Guerre mondiale, quitte Tahiti en 1942 et, après un séjour en Nouvelle-Zélande, rentre en France en 1946. Meurt à Paris en 1957. De son union, à Tahiti, le 21 mars 1931 avec Joséphine Salmon, sont nés : Joana, 1932, épouse Pierre Starck, officier de marine, vit en France. — Pierre, 1935 et Max, 1946. — Leur mère vivra à Paris où elle enseigne le tahitien à l’École des langues orientales vivantes et prépare un dictionnaire de la langue tahitienne. Paul Nordmann est l’auteur d’un Tahiti paru chez Nathan, en 1938, œuvre de vulgarisation un peu hâtive encore qu’abondamment illustrée, et de quelques articles parus dans le Bulletin de la Société des études océaniennes.

NOTT, Henry (1774-1844)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1774 à Bromsgrove (Angleterre). Maçon. Célibataire. Quitte l’Angleterre, comme artisan, avec le premier contingent envoyé en Océanie par la Société, sur le Duff, le 10 août 1796. A Tahiti le 6 mars 1797. Fait partie du petit groupe qui décide, après un an à Tahiti, d’y demeurer, malgré les difficultés, l’insuccès, le manque de ravitaillement. C’est lui qui a le plus d’aptitudes linguistiques et, le premier, le 10 août 1801, il prêche en tahitien à un service dominical. Du 26 février au 5 avril 1802, en compagnie d’Elder fait le tour de l’île en prêchant, sans succès. Tient des meetings plusieurs fois par semaine. En 1807, après la mort de Jefferson, Nott, accompagné de Hayward, à bord du Paramatta, exécute la première tournée missionnaire à Huahine, Raiatea et Bora Bora. Il s’installe à Moorea, le 22 décembre 1808, par suite de l’insécurité de Tahiti, troublé par des guerres. Pomaré II l’y rejoint. L’influence des missionnaires s’exerce alors davantage sur le roi. Nott aura une grande influence sur Pomaré par ses conseils et ses directives. En 1812, Nott se rend à Sydney où, en juillet, il épouse Miss A. Turner, une des quatre « godly young women » expédiées en 1809 de Londres par les prévoyants directeurs de la Société à l’intention des missionnaires en instance matrimoniale. Marié, il regagne Moorea le 5 octobre 1812. En 1815, à la suite d’un de ses sermons, il assiste à la conversion de Patii, grand prêtre du Marae de Papetoai, qui brûle ses idoles. En 1816, il est invité, avec son collègue Hayward, à faire le tour de Tahiti en prêchant dans tous les districts. Les écoles ont préparé le terrain, « large congregations readily assembled everywhere ». Le code Pomaré, promulgué en mai 1819, est pratiquement son œuvre. Il s’installe à Huahine, en juillet 1818, et à Matavai, en juin de l’année suivante, où il ouvre à nouveau la station abandonnée au moment des troubles. Il désirait en effet se trouver aux côtés de Pomaré II pour utiliser les compétences linguistiques du vieux roi ventripotent, qui avait un esprit plus agile que le corps. Assiste à sa mort, et préside à ses funérailles, à Papaoa, le 11 décembre 1821. Part pour l’Angleterre le 4 mars 1825 : arrive à Londres le 7 juillet 1826. Rentre à Tahiti le 24 août 1827. Nott travaillait avec acharnement à la traduction de la Bible. L’Évangile de Luc avait été traduit par lui et imprimé en 1817 sur la presse d’Afareaitu. En 1819, il achève Jean et les Actes qu’il soumet à l’examen critique de Pomaré, « le meilleur maître de tahitien dans toutes ces îles. » Les deux livres sont imprimés en 1821. Entre temps, Nott avait entrepris la traduction des petits Prophètes et celle du Pentateuque, entouré de bons commentaires et de livres de critique biblique envoyés par les directeurs londoniens de sa Société. En 1825 il revoit Marc, traduit par son collègue Davies. C’est en 1829 que le Nouveau Testament, entièrement traduit, fut imprimé. Une seconde édition, revue, paraît en 1833. Nott s’était mis à apprendre l’hébreu pour mieux comprendre le texte primitif de l’Ancien Testament. « Enfin, le 18 décembre 1835, il mit un point final à tout le travail, au milieu d’une émotion intense, reconnaissant envers Dieu qui lui avait permis de vivre assez pour accomplir cette œuvre capitale. Sans perdre de temps, il rentra en Angleterre en juin 1836 et fit imprimer, par les soins de la Société Biblique, le fruit d’un labeur de vingt années. En août 1838, il retourna à Tahiti, avec toute l’édition complète de la Bible tahitienne, non sans avoir d’abord présenté à la reine Victoria, dans une entrevue mémorable, le premier exemplaire de cette Bible » (Ch. Vernier). Il arrive à Tahiti le 12 septembre 1840. Peu après, très fatigué, il se retire du service actif. Il meurt, le 2 mai 1844, à Papara. Sur son désir, il fut enterré dans le district royal, tout près du lieu de sépulture de Pomaré. Sur sa tombe, entourée de vieux arbres de fer et de botu, est gravée l’inscription suivante : SACRED TO THE MEMORY OF THE REV. HENRY NOTT MISSIONARY WHO DEPARTED FROM THIS LIFE OF SIN AND SORROW AND ENTERED INTO HIS REST ON THE 2 DAY OF MAY 1844 AFTER HAVING ENDURED A GREAT FIGHT OF AFFLICTIONS. HE HAD BEEN FOR 48 YEARS THE FAITHFULL SERVANT OF THE LONDON MISSIONARY SOCIETY HAVING BEEN SENT OUT BY THEM TO THIS ISLAND ON THE SHIP DUFF, COM- MANDED BY CAPTAIN JAMES WILSON IN THE YEAR 1796. HE WAS TRANSLATOR OF THE SACRED SCRIPTURES INTO THE TAHITIAN LANGUAGE. « C’était un homme de bien, écrira de lui un de ses successeurs, grand ami des Tahitiens et grand linguiste, le pasteur Charles Vernier. Ses qualités principales étaient le bon sens, la tenacité, la décision. Il vécut sa vie de labeur sans se plaindre. Sa foi était celle d’un enfant… Sans avoir été préparé par des études spéciales, il eut à faire une œuvre littéraire considérable. Il fixa la langue tahitienne, le tahitien classique, grammatical. Il faudra toujours recourir à sa Bible pour apprendre le dialecte tahitien dans sa pureté… Il ne reçut pas d’honneurs mondains, mais son nom inscrit à jamais sur la liste des bienfaiteurs de l’humanité car, après avoir joué un rôle de premier plan dans la conversion du roi Pomaré, de son île et des archipels, à la civilisation chrétienne, c’est lui qui ouvrit les trésors de la Parole de Dieu à toute la Polynésie. »

Bibliographie. La vie de Nott n’a jamais, semble-t-il, été écrite. — Sur la restauration de sa tombe à Tahiti, voir : Nott, the pioneer missionary who grows in stature as the years pass (Pacific Islands Monthly, Sydney, vol. 8, January 1938, p. 45-46). — En ce qui concerne ses traductions et publications linguistiques, cf. B. Kroepelien et Harding. The Tahitian imprints of the London Missionary Society, Oslo, 1949. Son nom apparaît fréquemment dans l’History of the Tahitian Mission de son collègue Davies, histoire à laquelle il collabora en révisant le texte original.

NOUAILLES, Mgr Julien (1875-1937)

Quatrième vicaire apostolique de Tahiti.

Né le 25 juin 1876 à Elven (Morbihan). Profès picpucien le 15 avril 1895. Ordonné prêtre le 6 août 1899. Le « Père Amédée » arrive à Tahiti le 5 novembre 1899. Son premier poste fut à Anaa, dans les Tuamotu, auprès du vieux Père Fiérens qui comptait alors près de quarante années de présence dans l’archipel. Au bout de quelques mois il fut chargé des îles du centre : Makemo, Fakahina. Il y subit les cyclones de 1903 et de 1906. A Hikueru, au cours du second, sa maison ayant été enlevée par les vagues, se cramponnant à un cocotier, il ne dut son salut qu’à sa grande énergie et à sa force herculéenne. Après les deux cyclones, le Père Amédée fit rebâtir les églises et les presbytères démolis. D’une activité dévorante et payant partout de sa personne, trente-deux ans le Père Amédée exerça son ministère dans les Tuamotu du Centre et du Nord-Est, circulant sur le Saint-François-Xavier, le Maris Stella « intimate friend, wise conseller, nurse and physician as well as the spiritual shepherd of his flock ». Nommé évêque titulaire de Furni et vicaire apostolique de Tahiti, le 26 avril 1932, pour remplacer Mgr Hermel, il est sacré à Papeete le 28 août 1932. Ses paroissiens de Rangiroa lui offrent pour la circonstance d’originaux insignes de sa dignité : une crosse en bois de abi, incrustée de nacre, une mitre en fine vannerie ornée de coquillages, croix pectorale et chaîne en nacre, chaîne finement ciselée. Ornements qui sont d’excellents modèles d’art indigène. Fait un voyage en Europe en 1932-1933. Ne sera que cinq ans en fonction, son épiscopat ayant été entravé par une mauvaise santé. Après avoir été confirmer aux Australes en juin 1937, il part en août pour aller encourager la petite chrétienté de Bora Bora et y apporter les matériaux d’une chapelle en bois. Se trouve plus fatigué au cours du voyage et meurt quelques heures après son retour à Papeete, le 14 août 1937. Obsèques unanimes de Tahiti. Il repose au cimetière de la mission. Il avait reçu les palmes académiques, en 1928, des mains de son ami l’administrateur F. Hervé qui lui avait dit en lui remettant le ruban violet : « Voici le début de votre carrière sous cette couleur ! » et, devenu évêque, la Légion d’honneur. Il avait mis dans ses armes les Sacrés-Cœurs, ainsi qu’un petit navire, symbole de sa vie de missionnaire marin, et avait pris comme devise : Adjutorium nostrum in nomine Domini.

NOURY, Charles-Gaëtan (1809-1868)

Officier de marine.

Né à Nantes (Loire-Atlantique), le 17 février 1809. Élève au collège royal de la marine à Angoulême, en 1824. Nommé capitaine de corvette le 9 septembre 1846, il s’embarque le même jour comme second de la frégate la Sirène, en partance pour l’Océanie, avec le commandant Lavaud. Arrive à Papeete le 21 mai 1847. Dès leur arrivée le commandant Lavaud prit son commandement à terre et laissa à Noury le commandement de la frégate. Les deux hommes s’entendent assez mal ; « il voudrait être à la voile quand son service le retient à l’ancre », dit Lavaud, qui ne le « trouve pas assez actif quand il est à bord ». L’amiral Legoarant de Tromelin qui le note également trouve par contre que Noury « fait à Tahiti un service très méritant, qu’il remplit avec zèle et dévouement… Sous son impulsion son équipage fait des travaux très importants pour la colonie et y sacrifie sans se plaindre ses effets d’habillement pour la perte desquels on ne lui alloue cependant aucune indemnité, ce qui paraît bien injuste. La France ne devrait pas, pour fonder ses établissements coloniaux, demander à ses matelots des sacrifices de cette nature » (Papeete, le 24 mai 1848). Noury commandera pendant un an la station de l’Établissement de Nuku Hiva, aux îles Marquises, et en fera l’évacuation. Quitte Tahiti et rentre en France, comme second de la Sirène, après une campagne de plus de quatre ans. Commandera le Borda qu’il quitte, commandeur de la Légion d’honneur, en 1864. Se retire à Nantes où il meurt le 6 janvier 1868. Il s’était toujours beaucoup occupé d’histoire naturelle et de linguistique ; et il aimait à revoir et à mettre en ordre les admirables collections recueillies par lui au cours de ses voyages. Il a publié un Album Polynésien (Nantes, 1861), qui comporte 15 planches lithographiées d’un grand intérêt ethnographique. Le Bulletin de la Société d’études océaniennes de Papeete (n° 25, juin 1928, p. 51-56) a publié des chants marquisiens recueillis par C. Noury à Nuku Hiva, en 1849.

NOUVEAU, Pierre (1854-1904)

Fonctionnaire.

Né le 7 mai 1854 à Sully (Saône-et-Loire). Après un séjour à la gendarmerie de la Guadeloupe de 1881 à 1886, débarque à Papeete le 16 juin 1886 pour servir à Tahiti. Reste en service jusqu’au mois de juin 1902, date à laquelle il prend sa retraite dans le pays. Brigadier en 1888 ; maréchal des logis en 1895, il remplit ses fonctions dans les différents postes du territoire : Atuana (1889), aux îles Marquises, où il est grièvement blessé au cours d’une rixe entre indigènes ivres. Commissaire de police à Papeete (1895-1896), Fakarava, Tuamotu (1896), Rikitea, îles Gambier (1897-1899), Papeete (1900-1902). Il est décédé le 5 novembre 1904. Il était chevalier de la Légion d’honneur et médaillé militaire. De son union, le 18 mars 1896, à Fakarava, avec Marthe Mati, 1879-1969, sont nés : Claude, 1897-1955, sergent au bataillon du Pacifique, blessé grièvement le 3 octobre 1918 à Filain (Aisne), deux citations, médaillé militaire. Se marie en 1921 à Makemo, Tuamotu, avec Angélina Fiu, 1904 : cinq enfants dont Pierre et Noël engagés volontaires dans les Forces Navales Françaises Libres de 1941 à 1945. — Jeanne, 1899, épouse le 2 septembre 1926, à Papeete, Antoine Leca, 1901, sergent-chef d’infanterie de marine qui prend sa retraite en France. Revient à Tahiti comme agent du Trésor, chargé de la paierie d’Uturoa, Raiatea. Meurt en service commandé le 15 février 1959 à Uturoa, dans un accident d’avion. Cité à l’ordre de la Nation. Chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire. — Pierre, 1901-1972, patron au bornage. Se marie le 26 avril 1926 à Rangiroa, Tuamotu, avec Joséphine Voirin, 1906-1970, sept enfants. — Marguerite, 1904, épouse, le 7 juillet 1928, à Papeete, Gabriel Tauru, 1905, employé de commerce ; attaché de cabinet à la vice-présidence du Conseil de la Polynésie française en 1957 ; puis en 1959, ministre du gouvernement (R.D.P.T.) trois enfants.

NOUVIALE, Gabriel (le Père Gustave), 1879-1945

Religieux picpucien.

Né le 17 mars 1879 à Fracinet-Lavegeac (Aveyron). Études ecclésiastiques en France, Espagne et Belgique. Profès en 1899. Ordonné prêtre en 1904. Destiné à la mission de Tahiti, il y arrive le 7 décembre. Mangareva est son premier champ d’apostolat. Il y reste de 1905 à 1912. Bon connaisseur de la langue, il découvre « une vieille petite imprimerie mise au rebut. Il la remet suffisamment en état pour imprimer… un petit catéchisme mangarévien. Ce travail le met en vue et il sera appelé successivement à Papeete et à Rarotonga pour y imprimer les journaux de la mission ». Il est nommé en 1918 vicaire à la cathédrale de Papeete. Il y reste quinze ans. Il passe ensuite à Anaa et à Fakarava, aux îles Tuamotu. En 1943, il est désigné pour le poste d’Uturoa, Raiatea. Il meurt à Papeete, le 11 avril 1945.

NOVAK, Archibald Venceslas (1895)

Écrivain tchèque.

Né le 28 avril 1895 à Vodnany, Bohème. Voyage à Tahiti en 1920-1921 et est chargé par le gouvernement tchèque d’examiner dans quel état se trouve l’observatoire utilisé par M. Stefanik, astronome français et général tchécoslovaque. A cette occasion visite les îles Sous-le-Vent et quelques îles des Tuamotu. Il décrit son voyage dans des articles qui seront publiés dans des journaux tchèques de 1922 à 1926. A la suite de son séjour en Polynésie écrira plusieurs livres de voyage et des romans. On lui doit aussi les traductions des romans d’O’Brien et de Nordhoff et Hall et, en 1961, il achevait une traduction de l’Omo de Melville.

Bibliographie. Novák a publié sur la Polynésie française deux récits de voyages : Notes d’un globe-trotter. Esquisses humoristiques et sérieuses de voyages en Amérique du Nord et en Polynésie, Prague, 1924, 160 p. — Tahiti, les îles de Paradis des mers du Sud. Esquisses de voyages, Prague, 1923, 171 p. — Plusieurs œuvres romanesques : Contes de Tahiti, les îles de l’amour libre, Prague, 1922, 223 p. — Mariages à Tahiti. Aventures érotiques, Prague, 1923, 182 p. — Nuits tropicales. Récits d’aventures des mers du Sud, Prague, 1924, 178 p. — Les amis des îles Sous-le-Vent. Roman de Polynésie, Prague, 1926, 224 p. — Nous avons donné les titres français de cette œuvre, entièrement écrite en tchèque.

NUUTERE A TAHITU (1800-1870)

Juge tahitien.

Né à Arue en 1800. Son père Tahitu était l’exécuteur, sur le marae, des victimes désignées par les experts sacerdotaux. Nuutere, ses frères et sœurs étant morts de bonne heure, hérita de tous les biens de famille. Juge au district d’Arue. Aide de camp de la reine Pomaré et « capitaine » de sa garde en 1839. En 1842, lors de l’établissement du Protectorat, il hésite à se prononcer pour les Français. Une lettre de la Reine le décide à la suivre dans l’opposition et, en 1843, il rejoint les insurgés. Il se trouve au combat de Haapape, Mahina, en mai 1844, où son fils est tué. Il en emporte lui-même le corps. Fera sa soumission au gouverneur Bruat. Celui-ci le nomme grand juge au tribunal des Toohitu, le 1 janvier 1847. Orateur de grande classe il fut très influent, par sa parole, parmi ses compatriotes. Il sera membre de l’Assemblée législative tahitienne. C’était un homme habile, rusé et assez vaniteux. Il restera fidèle au gouvernement français et à ses représentants. Il meurt, le 20 juin 1870, à Tiarei. — De son union, en 1822, avec Tetuahutia a Taatarii, 1794-1876, est né un fils décédé en 1844. Sur lui voir : Cottez, Cadres maoris… (B.S.E.O., sept. 1955, p. 438-439).

O

OAKES, Francis (1770-1844)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Cordonnier de son état. Célibataire. Fait partie, comme artisan, du premier contingent de missionnaires envoyé en Océanie par la Société. Quitte l’Angleterre, sur le Duff, le 10 août 1796. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Fait partie du groupe des découragés qui abandonnent la mission, après une année de présence dans l’île, par le Nautilus qui le conduit à Sydney, le 14 mai 1798, date à laquelle il cesse d’appartenir à la Société. Meurt à Paramatta (N.S.W.) en février 1844.

O’BRIEN, Frédérick (1869-1932)

Écrivain américain.

Après avoir, vingt-cinq ans durant, fourni de la copie aux journaux de San Francisco, Honolulu et Manille, en 1913, Frédérick O’Brien quitta sa femme et son métier pour aller se perdre dans les îles de la mer du Sud. Après l’armistice, en 1919, il publia White shadows in the South Seas, récit dépourvu de toute prétention scientifique et même documentaire, du séjour d’une année accompli aux îles Marquises. Le succès de White shadows, en français Ombres blanches, fut immense. Et si la vogue des mers du Sud connut après la Première Guerre mondiale un soudain renouveau, elle le dut en partie au livre d’O’Brien. L’ouvrage est illustré de soixante-deux photographies qui concernent toutes les îles Marquises. — Van Dyke et Flaherty tirèrent du roman de Frédérick O’Brien un film : White Shadows in the South Seas, Ombres blanche en version française. Tourné en Polynésie en 1927, il sera un des premiers films sonores, mais ne comportera que de la musique et du chant, à l’exclusion de tout dialogue, ce qui lui vaut d’être considéré par les historiens du cinéma comme le « type classique du film sonore pur ».

O’CONNOR, Robert († 1945)

Commerçant.

D’origine irlandaise. Arrive à Papeete entre 1910 et 1914 avec son frère William, sa mère, remariée avec un Martiniquais, de Chavigny, capitaine au grand cabotage. Tous ensemble, ils achetèrent une vieille goélette, Harriet, d’environ 30 tx, et arrivèrent aux Marquises au début de 1914. Ils trafiquèrent quelques mois, coprah et diverses marchandises. Au retour d’un voyage à Papeete, ils ouvrirent un petit comptoir à Nahoe, côte nord d’Hiva Oa ; il fut tenu environ dix-huit ans par Robert. Puis ils achetèrent une petite terre à Hanatekua. De Chavigny, sa femme et William naviguèrent encore quelque temps jusqu’à ce que, au début de 1918, la goélette Harriet, ayant rompu ses amarres, fut jetée et mise en morceaux sur les récifs de Hanatekua. Ils liquidèrent leurs biens et Robert avec sa mère et son beau-père repartirent à Tahiti. William resta à Hanaiapa chez des indigènes qui l’avaient adopté. En 1921, de Chavigny mourut et sa femme se remaria avec un Anglais Cuklin, comptable de la Maison Donald ; ils allèrent terminer leur existence au Maroc. Robert était reparti à Nouméa rejoindre une jeune sœur qui était restée là-bas. Il revint aux Marquises quelques années plus tard, s’installa à Hanahi, côte nord d’Hiva Oa, et ouvrit deux petits comptoirs. Lors de son séjour aux Marquises, il avait épousé une demi-Calédonienne. De cette union naquirent deux enfants, un fils célibataire, grand propriétaire, et une fille ayant deux enfants. William se maria avec une fille de A. Bonno. Ils s’établirent à Hanatekua sur une plantation de la Mission catholique. De cette union sont issus neuf enfants dont cinq filles qui furent élevées chez les Sœurs d’Atuana et quatre garçons qui n’allèrent pas à l’école, car il n’y en avait pas de ce côté de l’île. Ces enfants se sont mariés à leur tour et la descendance irlandaise est très nombreuse.

ODE

A la suite du complot de Lyon de 1851, fomenté contre le Prince-président, est condamné le 28 août par le 2 conseil de guerre à la peine de la déportation, peine qui est commuée en celle de dix années de bannissement.

Quitte la France avec sa famille, ainsi que ses compagnons de peine Langomazino et Gent. Arrive à Valparaiso (Chili) en avril 1852 ; quitte ce port pour débarquer à Nuku Hiva, (îles Marquises) en juin 1852, avec ses compagnons. Grâcié en 1853, repart pour la France en 1854, en passant par le Chili.

OGER, François (le Père Julien). 1881-1954

Religieux picpucien.

Né le 11 septembre 1881 à Saint-Julien (Côtes-du-Nord). Profès dans la congrégation en 1904. Ordonné prêtre le 23 août 1908. Arrive à Tahiti le 29 octobre 1908. Y exerce son ministère dans l’île. En 1917 est affecté à Tubuai, où il restera douze ans. Après un court séjour aux Gambier revient à Tahiti en 1930. Part aux Tuamotu (Fakahina) en 1940. Rentre à Tahiti en 1946 où il exerce son ministère jusqu’en 1953. Meurt, aveugle, le 20 mai 1954.

OLIVAINT, Maurice (1860-1929)

Poète et magistrat.

Né à Tlemcen (Algérie) le 27 novembre 1860. Neveu du jésuite Pierre Olivaint, martyr de la Commune. Fils d’officier, choisit la magistrature comme carrière et, poussé par l’amour de l’exotisme, y recherche des postes coloniaux : Saïgon en 1889, Nouméa en 1898. Entre temps, il siégera à Tahiti. Quitte la France en décembre 1893, et via New York et San Francisco, gagne l’Océanie par le voilier américain City of Papeete. Escale à Taiohae ; passe à travers les Tuamotu et arrive à Papeete en mars 1894. Y séjourne, comme président du tribunal jusqu’au 7 décembre 1897, date à laquelle il quitte Tahiti par le paquebot Upolu, pour Nouméa, où il a été nommé conseiller à la cour d’appel. De retour en France, M. Olivaint annonce au sous-secrétaire d’État à la Justice la publication d’un volume de poésies « ne renfermant aucune allusion politique, ni rien qui soit de nature à outrager la morale ». Il publie en effet chez Lemerre, en 1900, un volume de vers : Fleurs de Corail, dont les trois premières parties, p. 10-114, contiennent une trentaine de poésies inspirées par la Polynésie française, le dernier quart de l’ouvrage concernant la Nouvelle-Calédonie. Il s’y révèle un fervent disciple des parnassiens. En 1912, toujours chez Lemerre, M. Olivaint publie : Les derniers oiseaux, recueil de trois récits dont le premier p. 3-147, le seul tahitien, donne son titre au livre. Il s’agit d’une reconstitution ethnographico-historique mettant en scène, dans un Tahiti qui n’a pas encore connu les Européens, des luttes entre les gens de Tautira et ceux de Moorea. Un récit mené d’une plume alerte et bien informée et qui fait songer aux Immémoriaux. En 1922, conseiller à la cour d’appel d’Alger, M. Olivaint publiera Sous l’ombre des palmes où il résume, en vers purs et mélodieux, ses plus lointains souvenirs, ses rêves de tendresse et de beauté. En 1924, il donne un recueil de nouvelles : Sur les coraux. La pièce qui donne son titre à l’ouvrage est une robinsonnade assez osée qui se passe, en partie, dans une île inconnue, entre San Francisco et Fidji et qui retrace l’histoire d’une double bigamie. Il meurt, le 11 août 1929, à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise). M. Olivaint avait écrit bien d’autres ouvrages, et des pièces qui furent jouées à la Comédie française et à l’Odéon. Voir sur son œuvre : G. Walch, Anthologie des poètes français contemporains, Paris, 1930, t. 3, p. 206-212.

OLIVER, Eugène Marurai, dit Nai (1876-1935)

Cultivateur et propriétaire.

Officiellement fils d’un Anglais, William Henry Oliver et de Haamoura a Purau, serait en fait le fils d’un colon des Marquises nommé Gaté, W. H. Oliver étant reparti dans son pays bien avant sa naissance à Papeete en 1876. Aurait été élevé par le notaire Gustave Vincent. Participe dans les années 90 du siècle dernier à une campagne de prospection minière au Mexique avec Henri Grand. De retour à Tahiti, on le trouve navigant comme subrécargue à bord des goélettes de l’armement local, avant de venir se fixer dans la région d’Afaahiti où, grand travailleur, il réussit à se créer une situation enviable comme producteur de coprah. Homme expert en affaires, il achète des terres provenant des biens de Pomaré V et possède plusieurs maisons à Papeete. Il meurt à Taravao, le 26 mars 1935. En 1890, sa sœur, Amélie Oliver avait épousé Charles Bordes. Un peu plus tard Eugène Oliver épousera la sœur cadette de son beau-frère : Rosalie Bordes. De cette union sont issus : Auguste, 1905, propriétaire exploitant à Taravao, qui épouse Elisa Jotefa, 1909, une fille Eugénie, 1930, mariée en 1945 à Jean Garbutt et divorcée, quatre enfants. — Marie, 1910, épouse en 1932 Henri Nimau, décédé accidentellement, trois enfants. — Eugène, 1918. — Henri, 1925, propriétaire-éleveur et exploitant à Taravao, vice-président du Conseil de district, épouse en 1945 Sylvia Jamet, deux enfants, Henriette, 1946 et François, 1950.

OLIVER, Eugène (1918)

Fils du précédent.

Propriétaire exploitant, chef du district d’Afaahiti. Études chez les Frères à Papeete. Continue l’œuvre de son père à Taravao augmentant son patrimoine, lotissant des terrains, tentant d’organiser des porcheries modernes. Son allant et ses activités lui valent d’être élu chef d’Afaahiti en juin 1963. A ce titre, au mois d’août de l’année suivante, il reçoit le premier Ministre français, M. Pompidou, de passage dans le Territoire pour l’inspection des installations du Centre d’expérimentation atomique (C.E.A.), lui offrant à la Pointe Vivish un tamara de 300 couverts accompagné de danses, de courses de pirogues et d’hyménés qui marqua ce voyage, pour ceux qui en furent les bénéficiaires, d’inoubliables souvenirs tahitiens. De son union, en 1942, avec Edwina Vivish, sont nés : Ethel, 1946 qui épouse un Lambert en 1964 ; Gérard, 1948 et Edgard, 1950.

OLIVIER, Pierre (Père Calixte). 1896-1974

Religieux picpucien.

Né à Bruz (Ille-et-Vilaine), le 14 août 1896. Profès picpucien en 1915. Ordonné prêtre en 1920. Arrive à Tahiti le 29 décembre de la même année. De 1920 à 1929, fait du ministère dans les districts de Tahiti. En 1929, accompagné d’un jeune homme de Faaa, Siméon Dahl, il part pour les Australes où il construira l’église de Tubuai. Est ensuite curé de Papeete, de 1943 à 1951. A cette date est chargé des Tuamotu du secteur Nord et il y circule pour visiter ses chrétiens d’île en île, selon les circonstances. On célébra à Papeete, en février 1970, le jubilé sacerdotal de ce missionnaire dont le rayonnement humain et chrétien est exceptionnel. Énergique, tout d’une pièce, pittoresque, sensible à autrui, dévoué, d’une faconde intarissable, le père Calixte est une personnalité d’un gabarit peu commun en même temps qu’un homme de Dieu. Il est officier de la Légion d’honneur depuis 1973.

OLLIER, François (1933)

Peintre et écrivain.

Né à Beyrouth (République libanaise) le 11 mars 1933. Après un service militaire effectué en Nouvelle-Calédonie, arrive à Tahiti en 1954. Outre différents essais, publie à Papeete, en 1959, Alkhaest. Argument figuratif de Frank Fay. Argument poétique de François Ollier. Nous lisons dans un compte rendu du Journal de la Société des Océanistes de 1960 : « Deux Tahitiens de cœur et d’adoption, l’artiste Frank Fay et le poète François Ollier se sont unis à Jean Ferrand, bon maître imprimeur, de Papeete pour mettre au jour cette plaquette dont la présentation originale ne peut moins faire que de toucher les bibliophiles sensibles aux mouvements et aux recherches de leur époque. Chaque page leur offre un dessin et un poème. Les graphies manuelles du poète correspondent aux signes de l’artiste… Il n’y a pas à proprement parler illustration d’un livre, mais rencontre de deux sensibilités, essais de jonction de deux modes d’expression… La disposition et l’importance des calligraphies fait songer à certains poèmes de Mallarmé. On songe aussi, sur d’autres pages, à Miro et à Mathieu. » Comme peintre, expose à Papeete et à Paris à la Galerie Florence Houston Brown en mai 1963. Chargé, en 1970, de l’inventaire archéologique des îles Marquises. — De son union avec Victoria (Vicky) Bennet à Papeete, le 11 octobre 1955 sont nés : Corinne, 1956, Véronique, 1958 et Pascale, 1960.

OMAI, en réalité MAI (1750 ?-1784 ?)

Second indigène des îles de la Société conduit en Europe.

Originaire de Raiatea, c’est un homme du commun : il se présentait lui-même à Londres comme un boa, un serviteur du roi de Huahine. A la suite d’une insulte rituelle contre un des chefs de l’île natale et se sachant destiné à un prochain sacrifice, il s’était sauvé à Tahiti. Ayant rendu quelques services à Cook, pour son ravitaillement, lors du second voyage, il est emmené en Angleterre par le capitaine Furneaux, qui le prend à Raiatea, le 7 septembre 1773, à bord de l’Adventure, qui le débarque à Spithead, le 14 juillet 1774. Il est le premier Tahitien à fouler le sol de la Grande-Bretagne, Tupaia, l’indigène ramené par Cook lors de son premier voyage, étant mort sur la route de retour, et Aotourou n’ayant pas été à Londres. L’Angleterre, qui vient de s’enthousiasmer à la lecture du premier voyage de Cook et discute beaucoup des avantages comparés de la vie civilisée et de l’état de nature, fera à Omai un merveilleux accueil. Il tombe à pic pour agrémenter les descriptions des philosophes. Avec le total manque de complexes, le don d’imitation et le sens de l’adaptation naturel aux Tahitiens, beau garçon plein d’assurance et d’un naturel agréable, Omai sera bientôt la coqueluche de la gentry londonienne. Il est l’hôte des plus notables personnages de l’époque : Sir Joseph Banks, Lord Sandwich, Solander… et des grandes familles le reçoivent aussi bien dans leurs résidences londoniennes que dans leurs châteaux de province. On le présente au Roi. Il est de toutes les fêtes, les journaux signalent ses déplacements et l’on cite ses mots, rendus plus plaisants par son anglais assez sommaire. Les voitures publiques sont pour lui « des maisons traînées par des cochons », le seul quadrupède connu à Tahiti. La vache est appelée « le cochon-cocotier qui donne le lait de coco ». Le piano, dans sa bouche, devient « la maison de la musique » et son lit à colonnes baldaquin « la maison à dormir ». Partout ses bonnes manières impressionnent favorablement. Les beautés de la capitale, qui toutes désirent « caresser ses tatouages », ne se montrent pas cruelles à ses avances. En prose comme en vers, la littérature épisodique des salons, assez leste parfois, s’empare de lui. Les gazettes narrent ses faits et gestes. Les plus grands artistes le portraiturent : Nathaniel Dance nous le présente en pieds, drapé dans des tapas, portant à la main son tabouret de tête, son éventail de vannerie et un collier de plumes ; William Parry et W. Hodges, entouré de ses savants amis. Josuah Reynolds, en plusieurs portraits demeurés classiques, nous peint un Omai romantique, enturbanné de plumes dans un authentique décor polynésien. Quelque temps après son départ, Covent Garden montera un spectacle Omiab, or with Captain Cook around the world, mi-comédie musicale, mi-pantomime, qui connaîtra le plus vif succès… Car Omai avait quitté Londres le 24 juin 1776 sur la Resolution pour regagner son île des mers du Sud. Il était d’ailleurs grand temps de lui voir les talons : deux ans de civilisation n’avaient pas amélioré son comportement. Le « noble savage » tendait à devenir un être insupportable, vaniteux, envieux. Il ne s’était montré intéressé que par les côtés les plus superficiels et légers de la civilisation européenne. Tenter d’améliorer le sort de ses compatriotes par de nouvelles cultures ou de l’introduction de techniques utiles, s’inquiéter de questions sanitaires, autant de problèmes qui le dépassaient complètement. Par contre, il savait discerner un velours d’importation d’un tissu de Manchester, n’acceptait de porter que des habits taillés dans des étoffes à la mode, et savait fort bien utiliser ses relations. Le 12 août 1777, Omai arriva avec Cook à Tahiti. On ancre dans ce qui est devenu la baie de Cook sur la côte nord de la presqu’île de Taiarapu. Chose curieuse, les naturels de Tahiti ne prêtèrent absolument aucune attention à leur compatriote jusqu’au moment où l’on apprit qu’Omai était porteur d’une bonne provision de plumes rouges. « Chacun de nous sentit, écrit Cook, que ce n’était pas Omai, mais ses richesses qu’aimaient les indigènes… S’il n’avait pas étalé devant eux ses plumes… ils ne lui auraient même pas donné un coco. » Le but de Cook était d’asseoir la position d’Omai, simple roturier, mais qui revenait riche de son expérience et de précieux trésors et, qui, pensait-il, devait pouvoir occuper une place utile dans cette société. Mais Omai, au lieu de s’introduire parmi les « gens distingués », ne fréquente, outre des parents insatiables, que des vagabonds, des fripons ou des étrangers à l’île. Sans la sévérité de Cook, qui y mit le holà, ses nouveaux amis l’auraient complètement dépouillé. Cook, auquel il rend service comme interprète, lui fait cependant donner une belle pirogue double, mais Pomaré le voit d’un mauvais œil. A Huahine, où il arrive le 12 octobre, Cook parviendra à installer pacifiquement Omai, obtenant pour lui un petit terrain en bord de mer, sur lequel les charpentiers du navire viennent lui construire une maison de 24 pieds sur 18, destinée à abriter ses trésors. On y transporte toutes les brillantes inutilités — cuirasses, cottes de maille, orgue portatif, machine électrique, — caisses de colifichets et le régiment de poupées, dons de ses amis d’Angleterre. Mais à quoi lui serviront ces meubles et toute cette cargaison de pots, de chaudrons, d’ustensiles de ménage et cette vaisselle qu’il voit débarquer ? Le four indigène et les feuilles de bananier lui suffiront bien. Il va donc les échanger avec des matelots du bord contre des haches. Cook est également heureux de déposer à Huahine tout le cheptel dont les représentants étaient pour lui, à son bord, un tracas permanent : cheval et jument, chèvres, porcs… A son corps défendant il confie également à Omai une panoplie d’armes à feu : un mousquet, un fusil de chasse et deux pistolets… Ayant rempli sa mission, Cook lève l’ancre le 2 novembre, faisant, dans son récit, à cette date, de justes et sages réflexions sur le cas d’Omai, sa destinée et sa psychologie, pages pleines d’une sagesse désabusée. Avant d’appareiller, Cook avait fait graver l’inscription suivante sur la maison d’Omai : GEORGIUS TERTIUS, REX. 2 NOVEMBRE 1777 NAVES { RESOLUTION, JAC. COOK, PR. DISCOVERY, CAR. CLERKE, PR. Le bruit courut dans le Pacifique que les Espagnols avaient tué Omai, détruisant son installation et volant tous les cadeaux des Anglais. En fait, douze ans plus tard, lors du passage de la Bounty, Bligh apprit en 1789 qu’Omai était mort quelques années plus tôt et mort de sa belle mort. C’est le missionnaire William Ellis qui, passant quarante ans plus tard à Huahine, nous a rapporté quelques détails sur la vie d’Omai. Comme Cook l’avait pensé, Omai revint immédiatement à la vie indigène et reprit ses anciennes habitudes, son costume et ses mœurs indolentes. Les chevaux demeurèrent de purs objets de curiosité, sortes de monstres zoologiques. L’étalon mourut à la suite d’une bataille avec le bouc qui lui avait enfoncé ses cornes dans le ventre. Omai n’avait pu que venger le cheval en tuant le bouc. Son arsenal lui valut l’amitié du roi de l’île qui lui donna une fille en mariage mais, en compensation, utilisait les armes à feu de son gendre, non seulement dans les périodes critiques, comme l’ultima ratio regum, mais « allait même de temps à autre jusqu’à lui ordonner de tirer sur un homme, de manière à voir à quelle distance ses armes portaient efficacement ! » Il était surnommé Paari, l’instruit, mais Ellis nous assure que, trente ans après sa disparition, ce nom inspirait plus de haine que de respect. Le terrain de la maison était encore appelé Beritani par les habitants qui y avaient installé les premiers missionnaires de la L.M.S. lors de leur venue, en 1809, après leur expulsion de Tahiti. Ellis vit encore un casque et différentes parties de l’armure ainsi que quelques curios anglais. Il fut surtout frappé par une grande Bible illustrée, certainement, elle aussi, un reliquat de la splendeur d’Omai, le premier indigène de Tahiti à avoir vu l’Angleterre.

Bibliographie. Les journaux anglais de l’époque : the Covent Garden, the London Magazine, the Gentleman’s, the Universal, contiennent des détails sur son séjour. Une étude d’ensemble a été consacrée à Omai, first Polynesian ambassador to England par T. B. Clark (San Francisco, 1940). Les Relations du 3e voyage de Cook, principalement du 12 août au 2 novembre 1777, sont essentielles pour le retour d’Omai et sa réinstallation en Océanie. Sur son souvenir à Huahine, cf. W. Ellis, A la recherche de la Polynésie d’autrefois, p. 441-447. On trouvera une bibliographie de l’iconographie d’Omai aux p. 164-166 de la Bibliography of Captain James Cook, publiée par la Mitchell Library, à Sydney, en 1928.

ONOF, Jean (1898)

Commerçant.

Né le 5 février 1898 à Bailleul (Nord). Combattant volontaire, 1916-1919, au cours de la Première Guerre mondiale, il est blessé, cité à l’ordre du jour et décoré de la médaille militaire. Importateur d’éponges à Lille (Nord), se retire des affaires après la Seconde Guerre mondiale et vient se fixer à Tahiti où il débarquera de la Ville d’Amiens en avril 1950. Par attachement au pays qui l’adopte, s’intéresse à son passé, étudie son folklore et apprend sa langue qu’il parle fort bien. Grand voyageur, Jean Onof est également féru d’astronomie.

ORI A TATI (1806-1871)

Chef du district de Haururu.

Né à Papenoo, Tahiti, en 1806. Troisième fils de Tati. Il épouse Vehiatua a Horoi, la fille de la femme du grand chef de Papenoo, avec le consentement de Piato, frère aîné de sa femme. Ori sera un des chefs les plus importants de l’insurrection pour laquelle il prit immédiatement parti. Rejoint les insurgés, avec la majeure partie des gens de son district, dans la vallée de la Papenoo. Ayant eu à se plaindre des gens de la Papenoo après la mort de son beau-père Arata, il fera sa soumission, quelques mois avant la prise de la Fautaua. Le 21 novembre 1846, Bruat confirme dans son pouvoir le chef de Papenoo. Peu de temps après, ses gens mettent bas les armes et se rallient. Bruat, en mai 1847, le note ainsi : « Sa conduite est excellente, son jugement sain ; c’est un homme à consulter. Il est désigné pour être, après Tati, le grand chef de Papara. » De fait, bien qu’insouciant, Ori était un homme sincère et fidèle. Il meurt à Papenoo, le 23 décembre 1871.

ORI A VAITAATA, connu sous le nom de ORI A ORI (1838-1916)

Chef du district de Tautira.

Descendants des chefs coutumiers de Taiarapu. Sa grande influence politique et morale s’exerce dans le district de Tautira au profit de la France. Le gouverneur le nomme chef de son district, le 8 octobre 1893, à la demande de la population. Il conserve ses fonctions jusqu’au 10 mai 1905, époque à laquelle ses infirmités l’obligent à les résilier. Pensionné, il n’en continue pas moins, chaque fois que sa santé le lui permet, à s’occuper des affaires de son district étant de bon conseil pour celui qui le remplace. Ori est entré dans l’histoire littéraire en accordant l’hospitalité et en échangeant son nom, à la fin de 1889, avec l’écrivain Robert Louis Stevenson qui, séduit par l’intelligence, la distinction et la noblesse de caractère de son hôte, en a laissé un brillant et sympathique portrait, lui dédiant une pièce écrite sous son toit : The ballad of Rabero, et lui envoyant, en souvenir, un service liturgique en argent pour la Cène. Un autre grand écrivain, l’Américain Henry Adams, quinze mois plus tard, en février 1891, est lui aussi reçu par Ori, mais ne prend pas au sérieux l’échange des noms, semblant ne pas comprendre le caractère profond de cette coutume, gardant son quant à soi et refusant d’entrer dans le jeu. Ori meurt le 24 février 1916 à Tautira. — De son union, le 6 juin 1864, à Tautira, avec Haurao a Vehiatua, fille du chef Peeueue de Teahupoo, est né : Tetoaimanu, 1861-1908.

ORSMOND, John Muggridge (1788-1856)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1788 à Portsea (Hampshire). Éducation en vue du ministère à Gosport. Ordonné le 22 décembre 1815 à Portsea. Il offre ses services à la London Missionary Society et est agréé comme missionnaire à Tahiti. Quitte l’Angleterre en 1816, avec sa femme, comme aumônier d’un navire de convicts se rendant à Sydney. Après quelques incidents de voyage : révolte à bord, incendie, corsaires algériens, il arrive à Sydney où il prend passage sur le Fox qui le mène à Moorea où il arrive le 27 avril 1817. Il avait eu la chance de faire le voyage depuis Londres en compagnie de Tahitiens grâce auxquels il apprit la langue qu’il maîtrisait parfaitement, fort peu après son débarquement. Orsmond demeurera à Moorea jusqu’au 20 juin 1818, date à laquelle il alla retrouver le Rév. William Ellis à Huahine, poste qu’il quitta, en décembre, pour aller à Raiatea. C’est là que le 6 janvier 1819 il perd sa femme morte en couches. Il fait alors un voyage à la Nouvelle-Galles du Sud où il se remarie, à Sydney. Le 18 novembre 1820, il s’installe à Bora Bora où il demeurera jusqu’en 1824, date à laquelle il est désigné comme directeur de la South Seas Academy, à Moorea. Cette école était réservée aux enfants des missionnaires et aux jeunes Tahitiens les plus méritants ; le fils de Moerenhout et Pomaré III s’y instruisirent. En 1831, il est nommé à Bogue Town (Mataoae, côte ouest de la presqu’île de Taiarapu), Tahiti. Lors de l’occupation française, Orsmond, voyant que l’Angleterre ne s’engageait pas à fond, se montra plutôt favorable à la France. Pour cette attitude — « collaboration with the usurpers », — en 1844, Orsmond est renvoyé de la Société Missionnaire de Londres. Bruat écrit que ce fut « pour avoir communiqué au Commissaire du Roi la dépêche de Lord Aberdeen à M. Pritchard que les missionnaires voulaient tenir secrète ». Il fut en compensation nommé « Government pastor of the French protestant Mission church at Papeete ». Mais Bruat remarque que son « caractère fantasque le rend souvent gênant »… « qu’il est un instrument utile qu’il faut diriger et non subir ». Très intéressé par la culture polynésienne et les traditions locales, Orsmond récolta de nombreuses traditions orales et des notes importantes qui lui permirent d’écrire, entre 1824 et 1834, un ouvrage qu’il présenta au gouvernement français en 1848 et « confia aux fins de publication », au commandant Lavaud. Le manuscrit fut malheureusement perdu. Sa petite-fille, Teuira Henry, tirera son Ancient Tahiti des notes laissées par son grand-père Orsmond. Il quitta les îles en 1856, pensant se retirer en Nouvelle-Zélande où il avait acheté des terres. Il mourut au cours du voyage, le 23 avril 1856, et fut immergé. C’était un intellectuel doublé d’un travailleur infatigable, un chef très capable mais terriblement autoritaire. Les indigènes aimaient « Otomoni » pour son dévouement, alors même qu’il coupait leurs plus beaux arbres à pain, sous le prétexte de les forcer à travailler régulièrement. Il lutta contre l’alcoolisme, construisit des maisons et des églises dans le style européen, ainsi que des routes et des ponts. « Le dictionnaire tahitien-anglais publié par la Société des Missions de Londres est presque entièrement son œuvre bien que le mérite en soit revenu au Rév. John Davies. William Ellis utilisa largement les connaissances d’Orsmond » (Frank Stimson). Après la mort de sa première femme, en 1820, Orsmond fit un voyage à Sydney et y épousa Isabelle Nelson, 1794-1854, dont il aura dix enfants. On connaît la descendance de John Griffin, 1828-1882, marchand, qui épouse Teumere a Opea, 1834, et possède dans ses descendants des Parker et des Poroi. — Eliza († 1860), qui épouse Isaac Henry, 1828-1905. — George Bennett, 1825-1876, né à Moorea, épouse Elisabeth Hall, de Londres. Lors de l’occupation française, suit la politique de son père et se déclare en faveur du protectorat. En remerciement, reçoit du gouvernement français la fonction d’interprète. Demande en 1858 la nationalité française ; mais il ne remplit pas les conditions exigées par la loi pour l’obtenir. Meurt à Papeete, le 26 juillet 1876, sans descendance. — Isabelle Brine, 1826-1896, qui épousera Samuel Pinder. — Henry, second du nom, 1824-1865. — Harriet Oraore, 1832-19 ?, épousera un Anglais Basil Anderton. — Caroline Alexandrine, 1836-1919, qui épouse, en 1858, Edward Jollie, membre du Parlement de la Nouvelle-Zélande, neuf enfants. — Ann Austin, 1838-1911, qui épouse Thomas Littlejohn, managing director de la maison Scott Henderson & Coy, de Sydney. — Cecilia, 1837, épouse Joseph Brown, capitaine au long cours, Anglais d’origine, un fils, Joseph Thomas, 1860.

ORVAIN, Pierre (le Père Ortaire). 1830-1897

Religieux picpucien.

Né le 22 septembre 1830 à la Croix-Avranchin (Manche). Profès en 1855. Arrive à Tahiti par la Suerte le 2 mars 1860. Y est ordonné prêtre le 29 juin 1860. Quitte la mission de Tahiti en septembre 1881. Meurt à Valparaiso (Chili) le 18 décembre 1897.

OTČENAŠEK, Jaroslav. (1894)

Tchèque de Moravie.

Arrive à Tahiti en 1926, avec la colonie qui vient alors s’établir dans l’île. Devient surveillant de la plantation de Taahuku, îles Marquises, et y reste jusqu’à la liquidation en 1933, lorsqu’elle passe entre les mains de E. Rauzy. Rentre alors à Tahiti. Actuellement propriétaire et commerçant à Atimaono. — De son union avec une Marquisienne, Eugénie Tipa, 1912-1961, sont nés neuf enfants, quatre filles et 5 garçons : Joseph, 1931, né aux Marquises, cultivateur et pêcheur à Papara ; ramasse au cours de ses travaux une collection de « pierres » tahitiennes, haches, tikis, poids de pêche qui sont achetés en 1966 par le Musée de la Société des Études océaniennes et qui constituent une collection qui a l’immense intérêt d’être relativement homogène et bien localisée (Voir sa description dans le B.S.E.O., sep. 1968). — Miroslav, 1934, instituteur à Paea. — Émile, 1935, typographe à l’Imprimerie Officielle, conseiller municipal et second adjoint au maire de Papara en 1972, 9 enfants. — Kamil, 1938, cultivateur à Papara. — Mojmir, 1949, instituteur, puis pêcheur à Papara.

OTTINO, Paul (1930)

Ethnographe.

Né à Nice en 1930. Entre à l’Office de la Recherche scientifique des Territoires d’Outre-Mer en 1958. D’abord envoyé en mission à Madagascar, il arrive à Tahiti en octobre 1962 et y prend la direction de la Mission permanente en Polynésie, mission ouverte en 1959 avec MM. Julien et L. Molet comme chercheurs et qui devient en 1964 le « Centre ORSTOM » de Papeete. Passe en plusieurs séjours une année dans l’atoll de Rangiroa (îles Tuamotu) dont, en ethno-économiste, il prépare une monographie qui, partant des données du milieu naturel et de leur utilisation technique, étudiera l’économie locale, principalement la tenure et l’exploitation des terres en rapport avec le système familial et l’organisation sociale. L’ORSTOM a également fait un effort pour associer la recherche archéologique française aux nombreux chercheurs du Bishop Museum (K. D. Emory et Y. H. Sinoto à Tahiti et aux îles Sous-le-Vent), des universités américaines (R. Suggs et C.S. Smith aux Marquises) qui fouillent en Polynésie française. Pierre Vérin et José Garanger ont effectué de fructueuses campagnes de fouilles à Rurutu et dans la presqu’île de Tahiti. — On doit à P. Ottino une remarquable étude sur la Pêche au grand filet à Tahiti (Cahiers ORSTOM, sciences humaines, t. 2, 1965, 75 p.), ainsi qu’une Ethno-Histoire de Rangiroa, ORSTOM, Papeete, 1965.

OURSEL, Augustin-Amédée (le Père Ignace). 1834-1902

Religieux picpucien, né le 14 décembre 1834 à Hautot-le-Vatais (Seine-Maritime).

Profès dans la congrégation le 16 juillet 1859. Arrive à Tahiti le 2 mars 1860. Ordonné prêtre le 29 juin. Quitte Tahiti en 1862, rentre en France. Quitte l’Institut, et meurt curé-doyen de Motteville (Seine-Maritime) en janvier 1902.

P

PÁEZ VILARÓ, Carlos (1923)

Peintre muraliste, sculpteur et céramiste.

Né à Montevideo (Uruguay). Sculpteur et céramiste, Paez Vilaro, peintre de réputation internationale est surtout connu comme peintre mural. Il a décoré plusieurs aérogares en Afrique. Son œuvre maîtresse est une immense composition qui orne le grand bâtiment des États américains à Washington. De passage à Tahiti en 1964, Paez Vilaro a peint sur un des murs de l’aérogare de Faaa une vaste composition graphique. Pendant son séjour il a également décoré le « Zizou bar ». De lui, on trouve également des œuvres d’inspiration tahitienne, plus modestes de taille, chez différents particuliers. Repasse à Tahiti et expose à la galerie Winkler en octobre 1973. Son graphisme linéaire et dépouillé, ses exagérations, son imagination tour à tour cocasse et mystique, son aisance dans les grandes surfaces, sa rapidité d’exécution en font un décorateur né. On le situe à cheval entre Picasso et Miro, avec la facilité de Mathieu.

PAGAN, Alcide (1877-1919)

Né le 27 janvier 1877 à Castelnau-de-Médoc (Gironde).

Navigue, très jeune, sur un voilier de la maison Bordes et un baleinier de San Francisco. Inscrit maritime, fait son service militaire sur le Protet, amiral Germinet, et se fait congédier à Tahiti. Patron au bornage du 16 avril 1904. Navigation interinsulaire comme lieutenant sur la Croix du Sud. Aux Marquises, H. Rambke, directeur de la Société commerciale de l’Océanie à Tahauku, Hiva Oa, lui offre un emploi de comptable. En 1907, il achète la plantation du gendarme Versini, une propriété d’environ 1 000 ha sur les hauteurs de Hanaïapa et un magasin. Sérieux et travailleur il plante des cocotiers, pêche, exploite un troupeau de bœufs sauvages. Meurt d’une maladie de cœur en mars 1919. Il était marié à une Marquisienne.

PAGE, Théogène-François (1807-1867)

Vice-amiral.

Né à Vitry-le-François (Marne) le 31 mars 1807. Passe de Polytechnique à Navale en 1827. Capitaine de vaisseau à la fin de 1845, il est nommé, par le ministre Chasseloup Laubat, commandant de la Division navale de l’Océanie et commissaire de la République aux îles de la Société le 5 septembre 1851. Il reçoit une indemnité de 3 000 F pour frais de premier établissement, et touchera, indépendamment de sa solde et du traitement de table attribué à son grade, une indemnité annuelle de 15 000 F. Prend le titre de commissaire impérial le 17 avril 1853, après la proclamation de l’Empire. La Nouvelle-Calédonie, dont le gouvernement français a pris possession le 24 septembre 1853, sera alors comprise dans les Établissements Français de l’Océanie. Il est remplacé dans ses fonctions le 22 mars 1854 par M. du Bouzet. A Paris, le 4 avril 1855, il demande au ministre le temps d’y séjourner pour rédiger le rapport détaillé de la situation des Établissements Français de l’Océanie. « Navigateur intrépide, militaire remarquable, diplomate habile, écrivain des plus distingués », Page s’est attiré bien des animosités par sa causticité et son ironie. Il ne devait pas être commode, car son dossier contient des plaintes du capitaine de vaisseau Bolle, des îles Marquises, qui se plaint d’actes « injurieusement interprétés », et le capitaine Le Brigant, de l’artillerie de marine, qui a servi sous ses ordres à Anaa, voit en Page « l’officier le plus hypocrite, le plus immoral et le plus dangereux qu’un honnête homme puisse rencontrer dans le service ». Les missionnaires joignent leur voix à ce concert. « A Anaa, écrit l’un d’eux en 1854, il a donné dans tous les districts où il a couché des scènes scandaleuses d’immoralité auxquelles il a habitué depuis longtemps tout Tahiti et Moorea ». — Page commandera, comme vice-amiral, en Chine et en Indochine. Une terrible maladie l’emportera en douze heures, à Paris-Auteuil, le 2 février 1867. — Voir sur lui une note biographique dans la Revue maritime et coloniale, t. 20, 1867, p. 236-242.

PAILLOUX, René (1899-1968)

Maître artisan et commerçant.

Né le 17 juin 1899 à La Rochelle (Charente-Maritime). Engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale. Arrive à Papeete en janvier 1924 comme instituteur-missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Après un séjour en France en 1928, rentre à Tahiti en 1931 dans les services de l’Enseignement. Passe aux services civils, successivement greffier, notaire à Uturoa en 1932, puis attaché à l’administration centrale à Papeete. Il sera le premier titulaire du bureau des Affaires tahitiennes, résultat de ses efforts pour la protection du patrimoine des indigènes. Il sera chef de cabinet du gouverneur Sautot en 1936, interprète du gouverneur, chef du secrétariat de la Défense nationale. Il est en même temps chargé du journal Te vea Maori, journal d’information, rédigé en tahitien, qu’il porte à un tirage de 1 300 exemplaires. En mars 1941, par ordre de l’atrabilaire gouverneur Brunot, il est suspendu de ses fonctions, mis en prison sous l’inculpation de complot contre la sûreté de l’État, puis interné administrativement, successivement à Moorea (1941-1942), à Motu Uta (1942) et finalement expédié à Kaukura, Tuamotu, où il passe onze mois dans des conditions particulièrement dures. Est placé en liberté médicale, pour raisons de santé, en fin 1943 seulement. C’est au cours de ces quinze mois d’inaction forcée que René Pailloux commence à travailler la nacre et, lorsqu’il sera rendu à la liberté, ayant ouvert un magasin de curios sur le front de mer à Papeete, il commence à former des artisans, à leur fournir des modèles en 1951, il organise avec eux la SONABO, Société de la nacre et du bois des îles. A ce titre René Pailloux a beaucoup fait pour lancer le travail local de la nacre — la plupart des objets en nacre vendus à Tahiti avant la guerre provenaient de la Tchécoslovaquie — et développer l’industrie de l’objet touristique tahitien. Il était fier, à juste titre, d’avoir créé plus de cinq cents modèles et d’avoir formé une équipe d’artisans locaux. Car c’était un animateur, auquel beaucoup des tailleurs de nacre actuels doivent leur vocation. Il savait donner confiance à ses employés. C’est Pailloux qui a lancé Mara; et les artistes qui parfois se plaignaient de ses conditions et de son patronage se sont aperçus de la place qu’il occupait lorsqu’il fut en 1965 obligé de quitter un peu rapidement Papeete et de vendre son fonds. Il meurt à Toulon, où il s’était retraité, en 1968.

PAKEEKEE (1900-1954)

Pasteur.

Né à Omoa, Fatu Hiva, îles Marquises. Études à l’école de la mission protestante à Atuana, Hiva Oa, dirigée par le pasteur Paul Vernier. Sa piété et ses aptitudes, ses connaissances bibliques le font envoyer à l’école pastorale de Papeete où, après trois ans d’études, il reçut la consécration et fut envoyé comme pasteur dans son île natale. Plus tard, il occupera le poste central d’Atuana, d’où il rayonnera pour visiter les communautés protestantes de l’archipel. Atteint d’une maladie de langueur, il meurt sans avoir donné toute la mesure de sa belle personnalité.

PALLMANN, Adolph (Frère Otto). 1843

Religieux picpucien.

Né le 19 juin 1843 à Landstuhl (Allemagne). Profès comme frère convers en 1865. Part aux îles Marquises en 1867. Revient en Europe en 1876.

PAMBRUN, Eugène (1874-1928)

Marin et gendarme.

Né le 29 novembre 1874 à Hitte (Hautes-Pyrénées). Engagé dans les équipages de la flotte. Quartier-maître en 1897, maître commis aux vivres en 1899. Quitte la France la même année sur le Protet, croiseur de la marine nationale, qui, par le cap Horn et San Francisco, le conduit à Tahiti. Libéré le 1 mai 1902, il passe dans la gendarmerie locale où il fera carrière. C’est un homme courageux. En 1902, en service à Papeete, « il se précipite à la tête de deux chevaux emportés, attelés à une voiture et réussit à les maîtriser, évitant ainsi un accident grave ». Reçoit à ce sujet un témoignage de satisfaction du ministre. Aux Marquises, au cours du cyclone de janvier 1903, « il fait preuve, dans la journée du 13, d’un grand courage et d’un dévouement à la population ». Retraité, Eugène Pambrun s’installe à Papeete où il est propriétaire de plusieurs immeubles. Décédé à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le 20 août 1928, au cours d’un séjour en France. Il était médaillé militaire. De son union en 1901, à Papeete, avec Virginie Lequerré, 1880-1955, sont nés : Aimé, 1902, longtemps Directeur de l’Imprimerie officielle de Papeete, et qui vit retraité à Papara. Il épouse, en 1923, Nohorae Richmond, 1901, neuf enfants. — Henri, 1904, Directeur du Service de l’Enregistrement et des Domaines, aujourd’hui retraité et Directeur du Golf d’Atimaono. Épouse en premières noces, en 1930, à Lectoure, Gabrielle Baurens, 1906, décédée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Remarié, en 1946, à Paris, à Nicole Le Douyet. Divorce en 1953, à Papeete et s’y remarie en 1955 avec Andrée Teraiharoa : trois enfants. — Georges, 1906. — Ernest, 1911, sculpteur, épouse en 1932, à Tarbes (Hautes-Pyrénées), Yvonne Plossot-Baseau, revient à Tahiti en 1958 où il est professeur de Beaux-Arts à l’École technique de Pirae, un enfant.

PAMBRUN, Georges (1906)

Fils du précédent.

Préparateur en pharmacie et homme politique. Né à Vahitahu, îles Marquises, le 17 juin 1906. Collaborateur d’Henri Jacquier pharmacien. Membre de l’Assemblée Représentative en 1946 sous la présidence de Joseph Quesnot. Conseiller municipal de Papeete en 1947, devient 1 adjoint au Maire Poroi. Réélu en 1953, 1959 et 1965. Démissionne en 1966, réélu l’année suivante lors d’une élection partielle. Réélu en 1971. Maire en 1966. Depuis six années qu’il occupe la mairie de Papeete, G. Pambrun s’est attaché à certains problèmes posés par le brusque accroissement de la population urbaine. La ville, bien que diminuée des secteurs de Pirae et de Faaa, érigés en communes indépendantes, compte en effet plus de 26 000 résidents officiels. L’alimentation en eau pose quelques problèmes. L’habitant de Papeete en consomme, tant pour ses jardins que pour lui-même, environ 1 100 litres par jour. Grâce à des forages horizontaux exécutés dans la vallée de la Fautaua, la ville sera assurée par cette nouvelle captation de 400 litres seconde qui viennent s’ajouter à ce que fournissaient déjà les captages anciens et avec davantage de garanties hygiéniques. La ville poursuit le plan d’urbanisme réalisé par Auzelle en 1953 et revu par Bach et la SETIL en 1963. Le front de mer s’achève et le Général de Gaulle inaugure en 1966 les quais au long cours de Fare Ute. Le quartier de Faaripiti est urbanisé, on perce, à double voie, l’avenue du Prince-Hinoi; celle du roi Pomaré va être poursuivie jusqu’au front de mer. La rue des Remparts est agrandie et la rivière de la Papeava couverte. Le pont de l’Est n’est plus qu’un souvenir! La ville voit un exode de résidents qui vont construire des bungalows au flanc des collines avoisinantes ou sur la route de ceinture, alors que les insulaires des îles Sous-le-Vent, des Australes, des Marquises et des Tuamotu ont tendance à venir s’installer autour de leurs fetii en des groupements souvent à la limite de l’acceptable. D’où la construction par la SETIL et la SOCREDO de quelques cités ou habitations à bon marché. La municipalité érige la magnifique école du Lagon Bleu, 1966, la Piscine olympique, 1970, l’Usine d’incinération des ordures: un plan est en cours d’étude qui rénoverait les égouts, de conception périmée, grâce au rejet en mer des eaux usées, après leur épuration. Des parkings payants (500) sont installés avec des temps limités de 10’ à 4 h permettant une rotation rapide des places libres. La municipalité de Papeete aura dorénavant ses armes dessinées par un héraldiste américain en 1967. On y trouve le Diadème, entouré de deux cocotiers, avec les fruits de l’arbre à pain et la fleur du feu avec comme devise celle du roi Pomaré: ei ohipa tia e taraire ai te mana (l’intégrité est le garant du pouvoir). G. Pambrun, en tant que Maire, remet un diplôme de citoyen d’honneur de Papeete à M. Jean-Paul Cachera, cardiologue parisien venu plusieurs fois à Papeete pour y soigner des malades. De son union, en 1937, avec Henriette Thompson, 1901, sont nés: Maurice, 1931, technicien à l’O.R.T.F. qui épouse en 1953, Andrée Copie, 3 enfants; et Celitha, 1934, épouse un Calédonien, André Mourin, professeur d’éducation physique à Papeete.

PANCHER, Isidore (1814-1877)

Botaniste.

Né à Versailles (Yvelines) le 1er janvier 1814. Entre au Muséum comme ouvrier-jardinier, en mai 1835, au service des graines. Chef de carré en janvier 1836. Quitte le Muséum en septembre 1849 et part, comme jardinier colonial, à Tahiti où il arrive en passant par Rio de Janeiro. Démissionnaire le 6 avril 1853. Arrive en Nouvelle-Calédonie comme botaniste du gouvernement en 1857. Rentre en France en 1869. Repart en Calédonie en 1874, pour le compte de Linden, le grand horticulteur belge, avec M. de Maerschalk, sous chef de cet établissement. Meurt en Nouvelle-Calédonie le 8 mars 1877. — Pancher, en ce qui concerne Tahiti, envoya au Muséum de Paris, le 1er novembre 1855, des bois et plantes vivantes d’Océanie, et, le 4 décembre 1857, 90 plantes de Tahiti. Il envoya également des herbiers à Kew (Angleterre). Son herbier particulier, donné au Muséum par Hennecart, le 24 avril 1879, comprenait 225 plantes de Tahiti. — Voir sur Pancher une notice biographique dans le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie en date du 21 mars 1877. Pancher signa un Conspectus de la Flore de Tahiti, dans Cuzent, Tahiti, 1860, p. 227-244. Il y cite 532 plantes, dont 248 ont été introduites.

PÂNEC, Rudolph (1896-1962)

Ingénieur mécanicien.

Originaire du nord de la Bohême. Participe à la Première Guerre mondiale. Arrive à Tahiti où son frère François l’a déjà précédé, en fin octobre 1925, avec le contingent de colons tchèques que M. R. Stefanic a dirigé sur la Polynésie française pour y former une association qui coloniserait la haute vallée de la Papenoo et serait aidée par la banque Zivnostenska de Prague. Ces projets ne se réalisent pas et les quelques dizaines de Tchèques venus à Tahiti se dispersent dans le Pacifique. Panec, qui est arrivé avec sa femme et deux enfants, s’en va d’abord faire du coprah moitié-moitié à Bora Bora. Après le cyclone de 1926, ses remarquables qualités de mécanicien le font remarquer par E. Martin, qui lui confie la charge de l’organisation et du développement de l’usine électrique de Papeete. Naturalisé français en 1953, il a reçu la médaille d’or du travail. Père de quatre enfants: Méluska, 1922, mariée aux États-Unis. — Hélène, 1926, vit en France. — Rudolph, vit en Tchécoslovaquie. — Olga, 1930, institutrice à Mamao. Un joseph Panec, né le 23 juin 1906 à Mokré (Tchécoslovaquie), fils de Rudolph Panec et de Marie Klenner, est décédé à Papeete le 1er août 1960.

PANOFF, Michel (1931)

Ethnographe français.

Né le 19 juillet 1931 à Paris. Diplômé des H.E.C. Docteur en ethnologie. Attaché au C.N.R.S. Travaille en Polynésie française de 1961 à 1963, visitant tour à tour Tahiti, les îles Sous-le-Vent, Rurutu et Tupuai. Fin 1963, passe trois mois à Futuna. En janvier 1966 part travailler en Nouvelle-Bretagne. Fera d’autres séjours en Polynésie française. Michel Panoff publie des études sur divers sujets (structures agraires; la terre et l’organisation sociale; le régime foncier; la parenté et le mariage). Ses analyses de la mentalité polynésienne restent à ce jour les plus pertinentes. Il a écrit, par exemple: «…le Polynésien… affronte une contradiction de plus en plus aiguë; il ne rejette pas en bloc le mode de vie européen, pas plus qu’il ne regrette totalement son ancienne civilisation. Il voudrait ne pas prendre parti entre les deux, mais il est assez réaliste pour reconnaître que l’évolution de la société se poursuit irréversiblement sans lui et contre lui. Il sent qu’il est en train de perdre sur les deux tableaux et en conçoit une amertume bien compréhensible. De son côté, le “demi”, à mi-chemin entre la société polynésienne traditionnelle et la société occidentale, rejeté par la première et attiré par la seconde, ne bénéficie des avantages ni d’un système ni de l’autre. La puissance économique à laquelle il aspire ne peut dépasser un certain stade puisque — s’étant coupé de sa race — lui fait dépasser la puissance sociale, « de sorte que l’insatisfaction persiste, multipliant les réactions d’agressivité et d’envie ».

PAOFAI a MANUA († 1842)

On le trouve aussi appelé PAIHAHI ou UPAPARU par Davies, PAFAI par Moerenhout.

— Grand chef du district de Tiarei. Ce frère de Hitoti est un des personnages marquants de Tahiti pendant le premier quart du XIXe siècle. Dès 1801, le missionnaire Broomhall le considérait avec son frère Hitoti, comme des hommes « intelligents et bien doués » et essaie, mais en vain, de leur apprendre à lire en anglais. Paofai écrira seulement en tahitien. Nous le voyons cependant agir comme un des principaux leaders de la Société des Arioi. Lors du pillage de la Queen Charlotte et de l’assassinat de son équipage aux îles Tuamotu en 1813 par quelques matelots de Raiatéa, Paofai sauve la vie du missionnaire Shelley « en le prenant dans ses bras et en le protégeant personnellement ». Il manifestait par là son attachement aux missionnaires et à ce qu’ils représentaient. De fait, en avril 1814, Davies, alors missionnaire à Papetoai remarque Paofai parmi les 80 adultes qui fréquentent son école. Il est venu avec sa femme et quelques-uns de ses gens pour rechercher une certaine instruction et il paraît sincère, car malgré les conseils de Fenuapeho, chef de Taha qui essaie de le persuader de ne pas rejeter les dieux et les anciennes coutumes, Paofai demeure un néophyte constant et refuse de le suivre, demandant aux missionnaires de l’inscrire parmi les membres de l’église. En juillet 1815, craignant des réactions violentes de la part de ses gens à la suite de sa conversion, il va demander conseil aux missionnaires de Mooréa qui le renvoient au roi. En 1830, Paofai apparaît comme un personnage important, engagé religieusement comme un membre influent de l’église. A ce titre il appuie la promulgation des différents codes et facilite leur application. En 1831, Moerenhout le montre avec Tati, chef de Papara, et Hitoti tenant assemblée à Papara. La même année, nous le voyons avec son frère Hitoti, se joindre à Tati et Utami qui se refusent d’accéder aux prétentions de la reine rentrant à Tahiti en exigeant des hommages qui leur paraissent injurieux pour leurs prérogatives. D’où, une démonstration contre les gens de la presqu’île qui avaient prit fait et cause pour la reine et bientôt une descente armée à Papeete où la reine s’était installée. Moerenhout, témoin oculaire, a laissé des pages intéressantes sur ces mouvements de troupes et nous dépeint Paofai et son frère Hitoti « suivis d’environ quatre cents hommes et qui avaient hardiment traversé le district de la reine pour joindre leurs alliés. Ils étaient très noblement vêtus. Paofai, l’un des plus beaux hommes de ces îles, avec de larges pantalons et une veste courte, une ceinture où il tenait ses pistolets et d’où pendait un beau sabre, avait quelque chose d’asiatique. Son frère, habillé presque de même, mais beaucoup plus délicat, était pourtant également bien ». Paofai joue un rôle important parmi les responsables locaux de la mission et nous trouvons une lettre de lui envoyant cent livres à la L.M.S., comme secrétaire de la Société. Le commandant Wilkes de l’U.S. Exploring Expedition passant à Tahiti en 1839, après avoir visité en compagnie de Pritchard la mission de Papeete et inspecté l’école, ayant offert un petit cadeau aux teachers indigènes de la part du gouvernement américain pour les remercier de leur zèle, c’est Paofai qui lui répond « d’une manière affable et très vivante », en exprimant la gratitude de la population tahitienne pour les attentions des Américains à leur égard. A ce propos Wilkes dit de Paofai « qu’il est généralement considéré comme l’homme le plus capable et le plus ouvert du pays ». Il est un des sept grands juges. Analysant la situation, Wilkes distingue à Tahiti deux partis, celui de la reine et des missionnaires et celui des grands chefs : Paofai, Hitoti et Taua, gens riches et influents. Paofai considéré comme « l’homme politique le plus important de l’île » est en même temps accusé de cupidité et on lui reproche « son goût de l’intrigue ». — Sa signature figure avec celle de Tati, Utami et Hitoti dans une lettre datée du 8 novembre 1838 de Pomaré adressée à la reine Victoria lui demandant protection, car les gens de Tahiti sont menacés « dans ce qui est le plus cher à leurs cœurs : la foi protestante et notre nationalité ». Paofai n’aura pas à prendre parti lors de l’affaire Pritchard, étant mort en 1842. — Moerenhout et Wilkes ont donné des portraits de Paofai. Nous avons utilisé celui de Moerenhout (t. II, p. 280). — De son union avec Teuira a Avaeroroa sont nés : Paofai, second du nom, président de la cour des Toohitu sous Pomaré IV. Son fils, Manua, sera nommé à la place de son oncle Hitoti par les insurgés qui prononcèrent sa déchéance à l’arrivée des Français. — Hitoti a Manua, 1842-1846, succède à son père comme grand chef du district de Tiarei. Sera remplacé par sa sœur cadette : Uraore a Manua († 1846), qui épouse Maitui a Mouu, fils de Maitui, grand juge à l’île de Huahine. Au début de 1846, à la mort d’Hitoti, est nommée à sa place cheffesse de ce district : à la mort d’Hitoti, Bruat fit appeler Manua et son frère cadet Metuaoro pour leur proposer la chefferie de Teave chez J.A. Moerenhout ; ils ne voulurent pas accepter parce qu’ils avaient pris des engagements avec les insurgés. C’est alors que Uraore fut nommée. Elle mourut à la fin de l’année 1846. Son époux lui succéda et à cette occasion il prit le nom de son beau-père Manua. De cette union sont nés quatre enfants : Hitoti, adopté par le grand chef Hitoti, fut nommé chef. Il fut décidé qu’on l’enverrait en France pour y être élevé et que son père administrerait le district. Le jeune Hitoti revint à Tahiti en 1851 et fut employé au bureau des Affaires indigènes, alors que son père continuait à administrer le district de Tiarei. Faua, Ari et Paora sont les trois autres enfants. — Metuaoro, 1826-1878, à l’arrivée des Français, est sans emploi. Il se prononça un des premiers pour l’insurrection, prit part aux combats, mais n’avait pas une grande influence parmi les insurgés, fit sa soumission avec les gens de Papenoo. Refusa l’offre que lui fait Bruat, de prendre la chefferie de Tiarei. — Epeneta, 1832, aura quatre enfants. — Vaiturere, 1833. — Manua, aura deux enfants. — La descendance de cette famille se trouve actuellement aux districts de Pirae et Tiarei.

Bibliographie. Voir à son sujet, Moerenhout, Voyage aux îles du Grand Océan, 2 vol., 1837. — Wilkes, Narrative of the United States exploring expedition, vol. 2, 1849 — Davies, History of the Tahitian Mission, 1961.

PAOLASSO, Jean-Pierre

Artiste et décorateur.

Arrive à Tahiti vers 1951. Y vit d’abord de petits métiers épisodiques. Travaille avec Frank Fay, s’initie à la poterie, à la gravure sur linoléum pour l’impression d’étoffes. Fonde en 1956 la Société tahitienne d’impression d’art (S.T.I.A.) qui devient Tahiti Art. Au contact de la nature commence à peindre. Fait connaissance du peintre abstrait Arnal. Expose, en 1958, avant de rentrer en France pour sa santé.

PAPINAUD, Pierre-Louis-Clovis (1844)

Homme politique et fonctionnaire.

Né le 10 mars 1844 à Cussac-d’Aude. Fait de la politique locale. Sa lutte contre le ministère du 16 mai lui vaut une sous-préfecture en 1878. Député de Narbonne de 1883 à 1888. Fonctionnaire colonial, il est nommé gouverneur de Mayotte. Permute avec le gouverneur Lacascade, est nommé à Tahiti par décret du 25 avril 1893. Prend ses fonctions le 20 avril de l’année suivante. Rappelé en France, il quitte Papeete le 1 avril 1896. Son gouvernement sera marqué par des difficultés avec les gens de Bora Bora et de Raiatea qui, travaillés par des agents anglais, avaient manifesté des velléités d’indépendance. Les îles sont annexées une seconde fois. Il connut aussi quelques conflits avec le conseil général que les méthodes conciliantes de ce méridional au caractère aimable et doux avaient été impuissantes à conjurer. Voir sur lui : Louis Henrique, Galerie coloniale et diplomatique, 1897, t. 2, p. 121-124, portr.

PAPINEAU, Adrien (1855-1888)

Négociant.

Né le 6 juillet 1855 à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime). Sergent au 3 régiment d’infanterie de marine, il arrive à Tahiti, le 10 octobre 1877, par le Navarin. Se fait libérer sur place, le 21 octobre 1880. Employé quelques mois par le magasin Martin. Part pour la France le 15 mai 1881. Peu après son retour à Tahiti, il s’associe avec Victor Raoulx sous la raison sociale « Raoulx-Papineau et Cie. Marchandises générales ». Pour raison de santé quitte Tahiti le 17 juin 1888 par le trois-mâts américain City of Papeete et se rend en France où il meurt en décembre 1888. Il sera « regretté unanimement de la population de Papeete, ayant su gagner l’estime et la sympathie par son heureux caractère et sa probité » (Messager de Tahiti, 1888, n° 237). De son union, le 18 août 1881, à Saint-Jean-d’Angély, avec Anne-Marie Girard sont issus : Anne-Marie, 1882-1914, qui épouse le 15 décembre 1904, à Papeete, Émile Martin. — Maurice, 1888, mort en bas âge.

PARAITA. (1787-1865). Régent

Fils de Territanoa et de Paha de la famille de Temaihuatea.

Iatoai, notable du district de Pare. La coutume voulait à Tahiti qu’en l’absence de la Reine le Régent fut investi de l’autorité. Ainsi en fut-il lors des « absences » de Pomaré à Moorea et aux îles Sous-le-Vent dans les années 40 du siècle dernier. Voilà comment Bruat, en 1847, le note : « D’accord avec Tati, Hitoti et Utami, il fut le premier à demander notre intervention et, depuis telle époque, son courage politique n’a jamais failli. Il résiste, en 1843, au capitaine anglais Thompson, qui, dans une assemblée de chefs, s’efforce de le détacher du protectorat. Chef de nombreuse famille et allié par sa femme aux Tavanas… de plusieurs districts, il exerce une grande influence sur toute l’île. Il s’est fait le patron des Polynésiens étrangers qui viennent vivre à Taïti (Nouvelle-Zélande, Sandwich, Tuamotu, etc…) ; les grandes propriétés qu’il possède lui permettent de nourrir des gens et de s’en composer un parti nombreux. Sous une enveloppe qui paraît lourde, il a de la finesse, du jugement et beaucoup d’esprit de conduite. On lui reproche de défendre ses intérêts avec trop d’acharnement. La Reine le craint ». Sept ans plus tard l’administration écrit de lui : « Ce fonctionnaire jouit… d’une influence énorme qu’il étend tous les jours avec une habileté et un esprit de suite qu’on ne reconnaît qu’à la longue. Très dévoué au gouvernement du Protectorat dont il est un des fondateurs [de Ginoux écrira : « Un des instruments passifs de Moerenhout… un soliveau ; une machine à dire oui à tous les désirs du gouvernement français… »]. Malgré l’obésité de l’enveloppe, c’est peut-être l’un des esprits les plus déliés qu’il y ait parmi les Indiens. On peut lui confier certaines missions délicates. Son dévouement et son habileté les font aboutir. Son principal défaut est la rapacité. Mais il sait néanmoins être généreux au besoin. Sa nature et ses fonctions en font un antagoniste presque naturel de la Reine à qui il fait contrepoids. Il n’a pas de brillantes qualités ; il est peu apte à parler en public ». Cottez, Les cadres… des îles Tahiti vers 1855 (B.S.E.O., t. 9, p. 437-438). Le gouverneur Saisset le mit à la retraite avec une pension annuelle de 5 000 F. Meurt le 24 octobre 1865, est enterré aux portes de la ville, à Mamao, sur ce qui est actuellement le chemin de Fariimata, à côté des établissements Lasserre. Sa tombe n’existe plus. — Le portrait ci-joint de Paraita provient d’un dessin de Charles Giraud publié dans l’Illustration du 22 janvier 1848, p. 328.

PARCHAPPE, Hippolyte (1823-1856)

Officier de marine.

Né à Corriente, Rio de la Plata, le 23 août 1823. Entre à Navale en 1838. Aspirant en 1840. Participe à différentes campagnes avant d’être envoyé comme lieutenant de vaisseau à la Station navale du Pacifique. Sert sur la Durance en 1850. Puis il est en poste fixe à Tahiti où il commande une goélette locale. A la suite de l’assassinat du brigadier de gendarmerie Viry a Teketia, Anaa, le 9 novembre 1852 et du pillage de la mission catholique au cours duquel le Père Clair Fouqué manque de perdre la vie, Parchappe est envoyé sur place avec le Phoque pour y réprimer le désordre. Le commandant Page, signale Parchappe comme ayant « conduit de main de maître l’expédition qu’il avait à diriger » et réclame pour lui la Légion d’honneur. Les missionnaires d’Anaa voient autrement l’opération : « … Parchappe ordonne aux soldats tahitiens dont il était le chef de se rendre à Teketia et d’y piller et d’y brûler tout ce qui se trouvait sur leur passage. Les innocents trinquent avec les coupables. Dans ce pillage général les missionnaires sont une seconde fois pillés. Un catholique, qui n’avait en rien participé à l’assassinat de Viry, est condamné à mort par Parchappe. » Par ailleurs, Parchappe fait venir les filles du village danser à 40 mètres de l’église, aux heures des offices, tout près de la tombe encore fraîche de celui dont il venait venger la mort, pendant que ses soldats tahitiens violent des femmes Paumotu. Bref, sa présence à Anaa n’est guère appréciée de la mission. — Au cours de son séjour à Tahiti, Parchappe sur l’Hydrographe exécute « un très bon travail hydrographique sur l’archipel des Tuamotu ». Parchappe qui avait appris le tahitien s’éternise un peu dans les parages. Il ne quitte l’archipel qu’en janvier 1855 sur la Moselle. À San Francisco, il obtient la permission de rentrer en France à ses frais. En passant à New York il donne sa démission, « des affaires urgentes réclamant son séjour aux États-Unis ». Elle est acceptée le 14 avril 1855. Il n’en profitera pas longtemps. Il est tué en juillet 1856 à l’île du Tigre, dans le golfe de Fouseca « où une imprudente curiosité l’avait conduit au milieu des combattants. »

PÂRIS, François-Edmond (1806-1893)

Amiral et écrivain.

Né à Paris le 2 mars 1806. Sort de l’École navale le 1 mai 1822. Passe quatre mois à se former à la peinture auprès du peintre de marine Gilbert. Fera trois voyages de circumnavigation : sur l’Astrolabe, 1826-1829, avec Dumont d’Urville, au cours duquel il « lève des plans, dessine des localités, mesure des pirogues » ; sur la Favorite 1829-1832, avec Laplace ; enfin avec l’Artémise, 1837-1840, avec Laplace encore, voyage au cours duquel il passera à Tahiti, lors de la fameuse réparation de la frégate. Au retour, attaché au dépôt des cartes, publie : L’Essai sur la construction navale des peuples extra-européens ou collection des navires et pirogues construits par les habitants de l’Asie, de la Malaisie, du Grand Océan et de l’Amérique, dessinés et mesurés pendant les voyages de l’Astrolabe, la Favorite, l’Artémise, Atlas, Paris, 1843, un des classiques de la littérature maritime, contenant de nombreuses planches concernant les embarcations océaniennes. — Vice-amiral en 1864. Spécialiste des constructions navales et de la vapeur. Il terminera sa carrière de savant, comme conservateur au Musée de la marine. Meurt à Paris le 8 avril 1893. Voir les Notices historiques que lui ont consacrées E. Guyou et J. Bertrand dans les Travaux de l’Académie des Sciences en 1895.

PARKER, Walter (1830-1902)

Marin et commerçant.

L’ancêtre des Parker est né à Greenwill (Conn.) USA, le 29 janvier 1830. Marin fixé à Tahiti, il y monte un commerce au coin de la rue du Marché et de la rue de la Petite-Pologne. Il meurt à Tautira le 14 janvier 1902. Il avait épousé, à Tautira, le 13 juin 1872, Elisa Teumere Opea Orsmond, née à Teahupoo le 12 décembre 1855. Elisa était la fille de John Griffin Orsmond, un pasteur qui aurait été tué, par les indigènes, aux îles Fidji, et la petite fille du vieux missionnaire J. M. Orsmond. De cette union sont nés dix enfants, parmi lesquels : Amasa, 1873-1918, qui épouse Teioa Mendez, 1881-1920 d’où, entre autres : Christine, 1904, qui épouse Julien Copie ; Béatrice, 1907, qui épouse Albert Poroi ; Marguerite, 1908, épouse en 1949 Léon Doom d’où Roger-Léon et John Doom ; Thelma, 1914, épouse M. Ducout, vit à Toulon, dont une fille qui épouse Michel Anglade. — Grâce Adeline, 1874, épouse en 1893 Julius Niebuhr, décédé. — Arabella, 1876-1918, épouse, en 1904, Ernest Brothers. — Lydia, 1878-1942, épouse Charles Dexter, sans postérité. — John Moore, 1885-1969, grand propriétaire terrien à Tautira, où il était né et où il épouse en 1920 Tetua Vehiatua. — Agnès, 1887, épouse à Raiatea Thomas Brotherson.

PARY, Roger (1904)

Photographe et artiste.

Né à Paris. Séjourne à Tahiti en 1932. En rapporte des dessins, des peintures, des photographies et un film. Expose ses photographies à la galerie de la Pléiade, lors de la sortie de son album : Tahiti (Gallimard, 1934).

PASCAULT, Jean (1920)

Chef de la Sûreté.

Né le 4 janvier 1920 à La Selle-sur-Loire (Nièvre). Commissaire de Police de la Sûreté Nationale, est nommé à Tahiti où il prendra la succession de A. H. Demay. Il y sera au poste de décembre 1947 à octobre 1951, comme chef de la Sûreté. Après un séjour en France où il est Directeur à la Préfecture de Police de Paris, revient à nouveau à Tahiti comme chef de la Sûreté en octobre 1968 et pense y achever sa carrière le 15 janvier 1975. Au cours de ces séjours, doit intervenir en 1972 dans une affaire de vol de 19 caisses de munitions (affaire Cahn). De son union, à Paris avec une jeune fille de Rurutu, Mata Raa a Riotima, sont nés Mareva, 1956, et Maurice, 1957.

PASSARD, Hyppolite (1831-1876)

Propriétaire.

Né en 1831 à La Sône (Isère). Maître-tailleur de la 6 compagnie d’ouvriers d’artillerie de marine. Arrive à Tahiti le 8 novembre 1864 par la frégate Néréide, venant de Brest. Se fait libérer à Papeete vers 1868 où il se fixe comme tailleur. Devient propriétaire rue Dumont-d’Urville. Meurt le 3 janvier 1876 à Papeete. — De son union, en France, avec Marie Dano, 1839-1927, qui, étant veuve, se remariera avec Louis Villierme, sont nés : Pauline, 1861-1913. — Félicie, 1863-1939, épouse Jean Vernaudon en 1881. — Anaïs, 1866-1913, épouse Léon Jansé en 1883. — Louis, 1859-1869. — Clémentine, 1868-1918, épouse, en 1884, Pierre Hérault. — Camille, 1871, meurt en Nouvelle-Calédonie, épouse, en 1887, Jules Andron, 1859-1904. — Charles, 1874-1918, se marie à Agnès Frogier en 1903, six enfants. — Antoinette, 1887, épouse, en 1907, Jean Lamiré, 1869, cordonnier.

PATER, Jules (1823-1888)

Colon et propriétaire.

Né le 13 octobre 1823 à Caen (Calvados). Soldat d’infanterie de marine, arrive pour la première fois à Tahiti en 1843. Prend part au combat de Punaruu (Punaauia). Son temps terminé, repart pour la France, vers 1847. Séjourne une seconde fois à Tahiti, puis d’après la tradition familiale ira un temps vivre en Californie. Débarque à nouveau à Tahiti, le 19 octobre 1876, du navire américain General Wool, venant de San Francisco. Devient propriétaire, à Fautaua, d’un beau domaine qu’il met en valeur en y cultivant la canne à sucre et faisant construire une usine. « Montre une grande indépendance de caractère dans la participation à la direction des intérêts de ses compatriotes. Ses efforts ont toujours tendu à amener le gouvernement dans les voies libérales et à encourager l’initiative individuelle » (Les Petites Affiches, n° 2, 1888). Retourne à San Francisco pour raison de santé, en quittant Papeete avec sa femme et une de ses filles, par le Tropic Bird. Membre du Comité central de commerce et d’agriculture de 1873 à 1876, membre du Conseil d’administration de 1878 à 1880, membre du Conseil colonial de 1881 à 1884. Il mourut, le 17 janvier 1888, à San Francisco. De son union, le 5 octobre 1852, probablement en Californie, avec Mary Gray sont nés : Louise, 1853-1919, épouse à Nouméa un Scotté. — Adèle, 1856-1915, épouse, Joannou Stergios. — Eugène, 1858-1923. — Lucie, 1860, qui meurt à San Francisco. — Ferdinand, 1861-1918, se marie en 1902, à Haapiti, Moorea, avec Unu a Anapa ; deux enfants, dont Temata-huira, blessé le 24 août 1918 à la Villée (Aisne) et cité.

PAULET, Lord George (1803-1879)

Amiral anglais.

Né le 12 août 1803. Au Royal College en 1817. Embarque comme midshipman en 1819. Capitaine en 1833. Nommé le 28 décembre 1819. Capitaine en 1833. Nommé, le 28 décembre 1841, au commandement du Carysfort, il se dirige sur le Pacifique. En février 1843, il est aux Hawaii, intervenant en faveur des sujets anglais et posant un ultimatum au roi Kamehaméha III. Envoyé par l’amiral Thomas, alors à Valparaiso, il arrive à Tahiti le 11 juillet 1844, mais n’entre pas dans le port. Pomaré ayant manifesté plus ou moins spontanément son désir de s’exiler et de se rendre aux Hawaii, Paulet se rend auprès d’elle, à bord du Basilisk, et se met à sa disposition. Mais la Reine lui déclara qu’en raison de son accouchement prochain, elle renonçait à partir pour Hawaii. Bien que Bruat ait fait savoir le 13 juillet à Paulet qu’il considérerait le départ éventuel de Pomaré comme une atteinte à la pacification des îles de la Société, celui-ci reçoit Pomaré à son bord et la conduit, avec une suite d’une cinquantaine de femmes, à Raiatea, où il débarque la souveraine le 18 juillet. Après avoir séjourné à Raiatea une quinzaine de jours, Paulet quitte l’île pour les Sandwich. Il devait rentrer en Angleterre en juin 1845. Meurt à Londres, en novembre 1879. — Voir sur lui O’Byrne, Naval biographical dictionary, 1849, p. 876 et Naval and military Gazette, London, 26 nov. 1879, p. 430.

PAUME, Casimir (1853-1917)

Commerçant et propriétaire.

Né à Bollène (Vaucluse). Vers 1892 vient s’établir commerçant à Hekeani, côte sud de Hiva Oa, îles Marquises. Achète des terrains dans une vallée dont les habitants meurent de la tuberculose et plante des cocotiers. Épouse une Marquisienne, Joséphine Taianohonu Maheinui Tiko. De cette union, deux filles : Eulalie Tabiatutapu, 1908, qui épouse H. Frébault, et Marie-Rose Teikinuea, 1910, qui épouse un subrécargue tahitien de la goélette Tereora, — Théodore VII, — perdue corps et biens au cours de la Seconde Guerre mondiale.

PAUTU, Thomas

Tahitien.

Né vers 1740, il a une trentaine d’années environ lorsque le Cdt Boenachea l’emmène à Lima, en 1773, lors du retour de l’Aguila dans cette ville. Au cours de ce voyage, donne de nombreuses indications sur l’état de Tahiti qui sont relevées par le lieutenant Juan de Hervé qui en tire un rapport au vice-roi. A Lima, Pautu est hébergé, avec ses deux compagnons, dans le palais du vice-roi, qui prend grand soin d’eux, les fait vêtir, veille sur leur santé et leurs plaisirs et les comble de cadeaux lors de leur départ. Avant cette date, ils seront baptisés solennellement. Pautu revient à Tahiti en novembre 1774, avec les Pères Narciso Gonzalez et Geronimo Clota qui comptent beaucoup sur l’appui de ces jeunes chrétiens, pouvant témoigner des splendeurs de la civilisation et des fastes de la monarchie espagnole pour faire démarrer la mission. En fait, Thomas sera de peu d’utilité pour les missionnaires. Dès le 27 décembre, il a abandonné les deux Pères et s’en est retourné chez lui, ayant troqué ses vêtements européens contre la seule ceinture de tapa. Sa famille exécute les rites païens du retour et ses sœurs se tailladent le corps. Il refait une apparition à la mission le 9 janvier ; mais c’est pour venir chercher la clé de son coffre et les affaires qu’il y a laissées. Les Pères se refusent du reste de lui remettre les armes données par le vice-roi. Ils le considèrent dès cette date comme un « apostat » et un « ennemi déclaré » dont on peut tout craindre ; il aurait même poussé certains chefs de l’île à se tourner contre les Espagnols. Cook mentionne Pautu sous le nom de Paoodoo et le considère comme n’étant pas tout à fait sui compos, opinion partagée par les compagnons du voyage. Clarke, du Discovery, par exemple, le dépeint comme « a low fellow, a little out of his sence » ; « in which account, ajoute Cook, his own countrymen agreed ». — L’interprète Maximo Rodriguez cite fréquemment Pautu dans son Journal. Corney, dans son travail : Quest and occupation of Tahiti by emissaries of Spain, t. 1, p. 351-359, a publié in extenso : Information acquired from the natives of the Island of Amat [Tahiti] during the voyage after leaving the Port of Valparaiso until arrival at that of El Callao.

PEARSE, Albert (1841-1911)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 26 avril 1841 à Bishop’s Hull, Somerset (Angleterre). Ordonné le 18 octobre 1869. Épouse Susan Jefferies. Quitte l’Angleterre le 4 novembre 1869. Arrive à Huahine le 4 mai 1870. Placé à Bora Bora le 1er juin. En mai 1873 visite les îles Australes. En avril 1874 passe à Raiatea où il est en charge de la mission et du collège. Congé en Angleterre en 1884. A la fin de 1885 a achevé son Bible Dictionary qui est prêt à être imprimé. Rentre à Raiatea le 21 juillet 1886. Après avoir visité une fois encore des îles Australes, quitte la mission de Tahiti pour aller à Papua, en juin 1887. Passera vingt ans dans cette mission. Meurt à Sydney le 20 janvier 1911.

PEAUCELLIER, Pierre (1898)

Officier de marine.

Né au Havre (Seine-Maritime) où son père est capitaine au long cours, le 14 mars 1898. Études du lycée de Caen. Entre à Navale en 1918. Lieutenant de vaisseau, arrive à Tahiti en janvier 1936 où il prend le commandement de la Zélie, à la suite du Lt de vaisseau Mourral. Quitte Tahiti, en mars 1938, après des activités de routine de la goélette : hydrographie, voyages dans les îles, etc. Dégagé des cadres en 1946, comme capitaine de Frégate, vient s’installer à Tahiti. Il y donnera des cours de navigation pour les jeunes Tahitiens en 1948-1949. Commandera un temps La Véga, avant de devenir, de 1957 à 1962, le chef du service maritime de la compagnie des phosphates, poste qui lui fera refaire les mouillages de Makatéa pour les navires phosphatiers. On lui doit également les plans du port de Forari, à Vaté (Nouvelles Hébrides) où les Phosphates installent une extraction de manganèse. En 1964, après un voyage en France, prend la direction de la S.E.G.T.I. Papeete (Société d’exploitation de Gestion et de Transports internationaux) assurant le transit pour différentes sociétés intéressées à l’aménagement des bases du C.E.P. à Moruroa et Hao. Pierre Peaucellier est officier de la Légion d’honneur. De son union avec Marie Alice Mativat, en 1922, sont nés : Jacques, 1923, ingénieur à Nord-Aviation, épouse Marcelle Lorge. — Yves, 1924, professeur au collège technique de Nouméa, épouse Michèle Bloch. — Claude 1926, qui après avoir été attaché aux T.P. à Papeete, y installe un bureau d’études en 1958 ; épouse Winonah Fuller. — Philippe, 1928, imprimeur à Papeete, y épouse en 1952, Laura Ferrand, 1931, deux enfants : Patrick, 1953, et Bruno, 1968.

PEEUEUE a VEHIATUA (1795-1871)

Grand chef de Taiarapu.

Né à Teahupoo. Un descendant de l’ancienne famille des Vehiatua, anciens rois de la presqu’île de Taiarapu, et allié à la famille Pomaré. Grand chef du district de Teahupoo. Pour avoir péché de la nacre aux îles Tuamotu sans l’autorisation de la reine Pomaré IV, il est mis en jugement, condamné et destitué de ses fonctions. A l’arrivée des Français, un des premiers, il se prononce pour l’insurrection et fait partie de l’assemblée des chefs rebelles, tenue à Taravao en décembre 1843, qui décide de la guerre. Il guide des insurgés à l’attaque du poste de Taravao. On le trouve au camp des révoltés de Mahaena avec trois de ses fils. Mais, dès cette époque, il cherche à se ménager une position de repli pour gagner l’amitié des Français en laissant son beau-père Tavini exercer les fonctions de grand juge à Taiarapu. Il tombe malade avant l’attaque du camp par les Français et est contraint de se retirer de son district. Lors du combat de Mahaena, un de ses enfants, Haavare, est tué pendant l’action, en avril 1844. Il prend part, au mois de mai suivant, à l’attaque du fort de Taravao, où il commande les assaillants. Dès que la presqu’île est occupée par les troupes françaises, persuadé de l’inutilité de la lutte, il fait sa soumission, en juin, au gouverneur Bruat, qui le rétablit dans ses fonctions, le 1er juillet 1844. L’Assemblée générale des chefs, en mai 1845, lui confie le nom royal de Vehiatua, qui n’est plus alors qu’un titre honorifique. « Bien que rusé, astucieux et avide, écrit de lui Bruat, on peut cependant compter sur lui. Aux moments critiques il a demandé à marcher et se signale à la Fautahua. Il a de l’autorité sur les gens de son district et de l’influence dans toute la presqu’île. Il n’est pas très bien avec le missionnaire Orsmond, de son district. Ils s’accusent réciproquement d’avidité et d’abus de pouvoir. » De fait Peeueue est resté loyal vis-à-vis de la France. Il mourut le 31 juillet 1871 à Teahupoo. D’une première femme sont nés : Aifenua ; Haavare, tué le 14 avril 1844 à Mahaena ; Moa, chef de Haapape, destitué par Pomaré IV ; Tariirii ; Vani ; Motu, qui meurt à Nantes en 1864, étant boursier avec le prince Joinville, chez les Frères de Ploërmel. De son union, en 1843, à Teahupoo, avec Terautahi a Teuira sont nés : Vehiatua, 1841-1918, épouse, le 15 octobre 1873, à Teahupoo, Tuahu a Teiho. — Uraurara, 1842, épouse, en 1856, à Vairao, Tua a Puhia. — Haoa, 1845-1878. — Tepa, 1851-1909, épouse, le 25 janvier 1905, à Tautira, Maumauarii a Tuvanae.

PENI, Antoine

Voir au supplément.

PÉNICAUT, Xavier (le Père Engelbert). 1911

Religieux picpucien.

Originaire de Limoges. Profès en 1930 ; ordonné prêtre en 1935. Après avoir passé dix-sept ans en Chine. Il est envoyé comme missionnaire aux îles Marquises en 1953. En 1956 est à Taaoa où il s’occupe du Collège Provincial en 1956. Rentre en France en 1967.

PÉPIN, Benjamin (1824-1852)

Religieux picpucien.

Né le 27 septembre 1824, à Sartilly (Manche). Profès dans la congrégation en 1848. Meurt à 28 ans à Papeete le 28 février 1852, après trois ans seulement de mission.

PERRAY, Théodore (le Père Adrien). 1838-1922

Religieux picpucien.

Né le 5 juillet 1838 à Mortagne-sur-Sèvre (Vendée). Ordonné prêtre en 1865, il sera profès dans la congrégation en 1872. Arrive à Tahiti, sur le Nautilus, le 11 juin 1873. Après dix-huit mois à Papeete, il sera placé à Tautira, puis à Faaone. En 1886, il est nommé à Anaa, dans les Tuamotu, où il passera près de vingt-cinq ans, en deux séjours, coupés par un an d’école des catéchistes de Moorea, en 1894. Aux Tuamotu, il sera le compagnon des Pères Fierens et Terlyn et a l’occasion de parcourir les innombrables îles de ce groupe. Il accompagnera Mgr Verdier dans sa tournée pastorale de 1893. Il est le témoin du cyclone de février 1906 qui fait disparaître un tiers de la population de son île. Assez heureux pour survivre au désastre, il fera tout son possible pour aider la population, ayant tout perdu et affamée, à retrouver son équilibre. Meurt le 29 oct. 1922 à Masnuy-Saint-Pierre (Belgique).

PERREAU-DAMOY, Eugène (1825)

Soldat et peintre en bâtiment.

Né le 1er juillet 1825 à Paris. Soldat au 1er régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti, le 29 janvier 1852, de la corvette Proserpine. Se fait libérer en 1855 pour se fixer tout d’abord à Papeete où il exerce son métier de peintre en bâtiment. Quelques années après, on le trouve gérant à Tautira.

PERRIER, Marthe (1886)

Institutrice missionnaire.

Née à Paris, le 28 janvier 1886. Arrive pour la première fois à Tahiti en 1912. Elle travaille d’abord à l’école protestante des filles jusqu’en 1938, puis à l’école protestante des garçons de 1939 à 1948. A la fin de l’année 1948, elle prit la direction de l’école protestante d’Uturoa qu’elle quitta au début de 1950 pour rentrer en France. Ce retour était dans sa pensée définitif, mais, à la fin de 1952, Marthe Perrier accepta de se rendre à nouveau à Tahiti pour se mettre à nouveau au service de la mission et revint diriger l’école d’Uturoa. Elle remplit avec dévouement sa tâche d’éducatrice chrétienne. Elle quitte définitivement Tahiti en juillet 1957, après quarante-cinq ans de ministère en Océanie, et se retire en France, à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise). Elle est officier de l’Instruction publique.

PERROTTE, Théophile Xavier (1824-1846)

Officier de marine.

Né à Paris le 12 mai 1824. Admis à l’École navale en 1840, nommé aspirant en 1842. Participe aux opérations contre les insurgés le 30 mai 1846. « Quand Bréa fut blessé et que sa troupe se retira, un jeune officier de marine — c’était un élève qui avait les cheveux rouges ! — ne voulut pas reculer : il se mit à gravir le flanc de la montagne avec quelques marins et un tambour. Rien ne l’arrêtait, ce petit officier ; à travers les cailloux qui tombaient drus, sans peur, il continuait à monter, tenant d’une main son épée et de l’autre, un pistolet. Il arriva tout près du retranchement, mais là il tombe d’une balle en plein front. « Les troupes tahitiennes qui se trouvaient dans le fond de la vallée voyant que les Français étaient sur le point d’atteindre le retranchement sur la crête de la montagne, envoyèrent des hommes de renfort. Parmi eux se trouvait un nommé Tau ; il tressailit en voyant ce jeune officier étendu sur la terre, car il le connaissait ; ils s’étaient rencontrés à Papeete. Il prit alors son corps, l’ensevelit dans sa propre natte et l’enterra sur la crête de la montagne, sous un arbre, à côté de sa petite fille qui était morte parmi les troupes à Punarua. Cet arbre existe encore aujourd’hui. » — En souvenir de ce jeune guerrier, une rue de Papeete porte le nom de Perrotte et son nom fut également donné à un des blockhaus de la Punaauia.

PETERSEN, Auguste (1850-1914)

Constructeur de navires.

Né à Eutin, Oldenburg (Allemagne). Arrive à Tahiti en 1874. « Petersen, norvégien, résident depuis deux ans à Toahotu. Cet intelligent ouvrier a établi sur son habitation une scierie fonctionnant au moyen d’une roue hydraulique de 7,50 m de diamètre qui met en mouvement une scie verticale et un tour à bois. Le débit des bois de cette usine est remarquable comme rapidité et comme précision. Il se plaint de ce que les habitants, malgré les prix rénumérateurs qu’il offre, ne lui fournissent pas assez de matériaux » (Messager de Tahiti, 7 février 1879). Cette scierie ne lui offrant pas les résultats financiers qu’il en espérait, Petersen ayant remarqué que tous les bateaux sont alors achetés à San Francisco, en Nouvelle-Zélande ou en Australie, décide, en 1876, de monter une entreprise de constructions navales et utilise à cette fin la scierie. En 1881, il lance son premier navire, 63 tx. En 1907, il avait déjà construit plus de 800 bateaux. Naturalisé français. Épouse, en 1884, Marietta Petis. Meurt à Papeete le 18 septembre 1914. Il adoptera, peu avant sa mort, Charles John Brown, né à Papeete en 1879, qui était son associé et « auquel il n’avait cessé de s’intéresser ». Ils étaient tous les deux membres de la loge l’Océanie Française n° 350, dans les premières années du siècle. — Une notice lui est consacrée dans : The cyclopedia of… Tahiti (1907, p. 20), publication qui donne une photographie de lui.

PETIT, Édouard (1856-1904)

Gouverneur des colonies.

Né le 15 mars 1856 à Saint-Denis (Réunion). Sorti aide-commissaire de l’École d’administration de la marine en 1880, il fait campagne trois ans dans le Pacifique, sur l’aviso le Hugon et le Mistral et fait, durant son séjour de vingt-trois mois en Océanie et dans les îles Fidji, de l’hydrographie ; de juin 1881 à février 1882 il est aux Marquises. En 1885, il entre dans les services de l’administration des colonies. Sera en poste à Madagascar et à la Réunion. Le 22 décembre 1900, il devient gouverneur de 3e classe, gouverneur p. i. des Établissements Français de l’Océanie durant l’absence du gouverneur Gallet. Pendant cette période, il se heurte à quelques difficultés suscitées par des conseillers généraux. Le 1er septembre 1901, il prend solennellement possession de l’île Rimatara et dépendances. Le décret du 10 janvier 1902 qui met Gallet à la retraite, le titularise dans son emploi. Il réorganise la législation fiscale de la colonie, prend des mesures pour encourager la pêche des nacres. Le décret du 19 mai 1903 pris sur ses instances et celles de son prédécesseur, supprime le Conseil général de Tahiti et Moorea, crée le Conseil d’administration des Établissements Français de l’Océanie, qui, appuyé par une commission permanente, discute de toutes les questions économiques et financières intéressant la population, et groupe ainsi les archipels en une colonie autonome sous la haute autorité du gouverneur. Cependant, il encourt un blâme de l’inspecteur A. Salles durant la mission de celui-ci au sujet de la gestion de la caisse agricole. De plus il ne peut empêcher une grave crise économique de s’amorcer, due surtout aux cyclones, à la mévente de la vanille et de la nacre. C’est E. Petit qui était en poste à Papeete lors de la vente Gauguin et devait rapporter en France les manuscrits du peintre. Gravement malade, il doit être rapatrié d’urgence avec sa famille, mais meurt en cours de route à Fremantle (Australie) le 24 mars 1904. Le gouverneur de Western Australia lui accorde les honneurs des funérailles militaires. Officier de la Légion d’honneur. — Petit publia, sous le pseudonyme d’Aylic Marin, un ouvrage : Au loin. Souvenirs de l’Amérique du Sud et des îles Marquises (Paris, 1891) et En Océanie (Paris, 1888), volumes illustrés par des dessins et des photographies. Ses Discours au Conseil général en novembre 1901, 1902, 1903 ont été publiés.

PETIT, François Valentin (1805-1872)

Officier d’infanterie de marine.

Né le 29 octobre 1805 à St-Aubin-du-Crétot (S.M.). S/Lt d’Infanterie de Marine le 23 juin 1841. Part de Toulon, le 29 décembre 1841 sur la Boussole. Passe à Nukuhiva du 19 juin 1842 au 4 mars 1844 et, à Tahiti, du 15 mars 1844 au 16 janvier 1845. Revient sur l’Embuscade, corvette, du 17 janvier 1845 au 31 mars. Fait un second voyage en Océanie et sur la Seine, quitte la France le 27 août 1845. A Tahiti, du 23 février 1846 au 19 mars 1850. Il est chargé à Tahiti des premiers essais d’acclimatation botanique. Fait un rapport à ce sujet. « Rapport sur les plantations faites et les graines semées dans ces jardins de Papeete et de Taravao pendant les dix mois que j’ai passés dans l’île. » (Annales de la Sté royale d’horticulture de Paris, vol. 36, 1845, p. 570-576) et aussi : « Essais d’horticulture faits à Tahiti en 1847 au mois de novembre 1849 (Revue coloniale, Paris, 2 série t. 6, 1851, p. 241-268). Un rapport du 27 octobre 1855 fait de ce « capitaine au 2 régiment de l’arme », « un officier d’une conduite ignoble et faisant honte à ses camarades par ses fréquentations dégradantes. C’est d’ailleurs, au point de vue militaire, un homme complètement nul ». Il est mis à la retraite d’office le 27 octobre 1855. Il meurt le 3 janvier 1872 au Havre. Sa pension était de 1 600 F par an. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 9 février 1846.

PETIT, Pierre (le Père Félicien). 1880

Religieux picpucien.

Né à Verviers (Belgique) le 5 février 1880. Profès en 1907. Ordonné prêtre en 1911. Arrive à Tahiti le 28 octobre 1912. Quitte le vicariat en septembre 1919.

PETITBON, René (1902-1965)

Gouverneur de la France d’Outre-Mer.

Né le 18 août 1902, à Pau (Basses-Pyrénées). Après son service militaire, il devient professeur de lycée de 1926 à 1928, puis banquier. La Libération fait de lui, en 1944, un préfet de l’Aube (1944), puis de Constantine (1945). Passe en 1949 dans l’administration coloniale. Il a été gouverneur des Établissements Français de l’Océanie de 1950 à septembre 1954. A Tahiti, René Petitbon a lancé l’idée de la construction d’un dépôt d’hydrocarbures à la pointe de Fare Ute pour abaisser le prix de revient des carburants. Donne l’impulsion pour la constitution d’une chaîne de froid et a provoqué la mise en place du dépôt frigorifique de la Compagnie des Phosphates actuellement en service. Au titre du FIDES a fait décider le remplacement du slip ancien et désuet par une cale de halage moderne, qui permet la réfection des plus grosses goélettes de la flottille locale. On lui doit également l’amélioration du réseau routier : revêtement de la route de ceinture et ponts du Taharuu et du Punaruu. Ayant quitté Tahiti en 1954 à la suite de difficultés avec l’administration au moment des affaires de l’Algérie, il prend sa retraite. Meurt à Paris, le 2 février 1965.

PHILIPONNET, Ernest (1880-1934)

Capitaine en retraite.

Né le 7 septembre 1880 à Tulle (Creuse). Sert à Madagascar comme topographe. Arrive à Papeete, le 3 décembre 1923. Prend en main la réorganisation du service du Cadastre des E.F.O. Il forme quelques jeunes gens du pays, dont Henri Frogier et François Hérault, qui sont depuis cette époque dans le service. En août 1924, il fait, aux Marquises, la triangulation de l’île Nuku Hiva. Infatigable, il revient à Papeete et « pose les premiers jalons du plan cadastral de Tahiti, assumant pendant cinq années la responsabilité des travaux du service, à la satisfaction de tous. Quand il prend sa retraite en 1928, pour se fixer à Tahiti, les travaux seront bien avancés et l’essor donné ». Prend alors la direction, à Papeete, de la Compagnie Immobilière agricole de l’Océanie, financée par la Banque coloniale de Paris. En 1930, lors de la faillite de cet établissement, la société est mise en liquidation judiciaire. Elle possédait des propriétés à l’île Huahine, à Raiatea (Tevaitoa et Faaroa), aux îles Marutea et Mururoa (Tuamotu), ainsi qu’aux Marquises. Après un congé en France, il est de retour à Papeete, où il remplit les fonctions de juge d’instruction intérimaire près du Parquet. Meurt le 2 août 1934 à Papeete. Il avait épousé le 8 mars 1917, à Paris, sa marraine de guerre, Pauline Pottier, († 1973), union restée sans postérité.

PICARD, Henri-Victor (1906-1972)

Collectionneur.

Fils d’Alfred. Né à Vairao. Études chez les Frères à Papeete. C’est alors la fin du règne du Frère Alain qui a mis les collections d’ethnologie et d’histoire naturelle en honneur. Le jeune Picard est entraîné par ses maîtres. « Le Frère qui nous faisait la classe était un grand type sportif, et passionné lui-même d’archéologie. Il demandait à tous les élèves de chercher des pierres et de les ramasser pour le Musée de l’École. Les jours de plein air, nous les passions en montagne à fouiller dans tous les coins. Une fois nous y sommes restés quatre jours » ! Ainsi naquit chez Henri-Victor Picard le goût des vieilles pierres qui devait en faire un des plus notables collectionneurs de Tahiti. L’homme était sans métier bien fixe ni sans occupations stables, travaillant ici ou là au gré des opportunités. Il gardera un temps des terrains à Taravao pour le compte de la Princesse Takau ou les Constans. On le trouvera à Fakarava aux Tuamotu en 1946 en train de faire du coprah, et deux ans plus tard tenant un petit magasin à Kavehi. Ce gyrovague ne se fixera que sur la fin de son existence à Papeete ; mais pour continuer à passer son temps à courir les montagnes, grand chasseur qu’il était de cochons sauvages, toujours du reste attiré par les pierres qu’il ramassera toute sa vie. Il réunira ainsi une collection qui comprenait plus de 2 000 pièces. Elles vont des tikis au penu en passant par les lames d’herminettes, les poids de pêche, les mortiers, etc. Cette collection a été inventoriée, répertoriée et photographiée par les soins du Bishop Museum de Honolulu. Elle a fait de Henri-Victor Picard l’ami de tous les archéologues venus travailler dans le pays, de Kenneth Emory à José Garanger en passant par les Sinoto et les Vérin. Elle est conservée soigneusement par les différents héritiers de son collecteur, qui est décédé subitement à Papeete, le 15 juillet 1972, dans la vallée de la Mission où il résidait. Il avait été marié à Nelly Salmon († 1947) puis épousa en 1948 en secondes noces, Verani a Utia, 1924.

PICARD, Louis (1801-1863)

Commerçant.

Né en 1801 à La Paz (Bolivie) ; fils de Français émigré en Amérique du Sud. Arrive à Tahiti avec sa femme et ses cinq enfants vers 1861 et s’installe comme commerçant rue de la Petite-Pologne. Décédé à Papeete le 16 janvier 1863. De son union, vers 1830, avec une Bolivienne, Dona Paula Garreno, sont nés : Jean, 1831 qui, après quelques années passées à Tahiti, s’en retourne vivre en Amérique du Sud. — Joseph, 1838-1892, menuisier à Papeete. En 1872, il est propriétaire d’un atelier de menuiserie et d’une forge, rue des Écoles. Meurt, propriétaire, à Taravao. Il avait épousé en 1865, à Papeete, Vahinetu a Paua. De ce mariage sont issus : Sophje, 1878-1918, qui épouse le maréchal des logis de gendarmerie Bersot, sans enfant. Édouard, 1883 qui aura un fils, Louis, 1910. Adolphe, 1879. Jacques, 1884. — Adolfo, 1840-1893, débitant rue de la Petite-Pologne. A la mort de son père, prend probablement sa succession dans son commerce. Deviendra en 1881 propriétaire à Afaahiti. Épouse, le 1 juin 1872, à Papeete, Cécile Van Bastolaère, 1857-1906. De cette union sont issus : Marie, 1873-1933, cinq enfants de Casimir Bourgade, 1868-1954 ; Alfred ; Henri, 1879-1917, se marie à une Mercier dont sont issus : Henri, Manuel, Stéphane et Mme Duchemin. Deux autres enfants d’un deuxième lit : Alfred et Mme Franck Richmond. Charles, 1881-1882. Victorine née à Afaahiti en 1875, épouse William Robinson le 20 mars 1894 : une fille Marguerite. Charles, 1883-1920, épouse, en 1911, à Afaahiti, Delphine Patia, 1891. Marguerite, née le 7 février 1890 à Afaahiti, épouse en premières noces Ange Lequerré : deux enfants. Divorce puis épouse en secondes noces un fils Butscher. — Manuel, retourne vivre en Amérique du Sud. — Sofia. Après avoir eu un enfant prénommé : Bonifacio Riccardo, né le 14 mai 1872 à Papeete, elle s’en retourne en Amérique du Sud.

PICARD, Louis (1910)

Instituteur.

Né le 16 juillet 1910. Instituteur à Bora Bora où il est très estimé. Conseiller U.T.D. des îles Sous-le-Vent, a remplacé M. Marcel Tixier, ancien maire d’Uturoa, comme conseiller territorial. Père d’une famille nombreuse. Président du Syndicat d’initiative de Bora Bora.

PICHON, Gaston (1941)

Entomologiste.

Né à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) le 16 mars 1941. Ingénieur agronome, chargé de Recherches à l’ORSTOM. Arrive à Tahiti le 1 septembre 1961. Y fera deux séjours de 3 ans. Travaille au laboratoire de Paea où il étudie, avec une équipe de chercheurs, en liaison avec l’institut Malardé et la Société antifilarienne, les problèmes concernant la filariose et la dengue. Membre consultant de l’O.M.S.

PICHON, Yves (le Frère Nicandre) 1906

Religieux des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel.

Né le 22 janvier 1906 à Plonevez du Faou (Finistère). Profès en 1923. Arrive à Tahiti par le Louqso, le 27 juillet 1927. A enseigné pratiquement dans toutes les classes du collège au cours des quarante-cinq ans qu’il y a déjà passé. Il y forme également de nombreuses générations de musiciens. Et la nécessité fait de lui un habile relieur car il est aussi bibliothécaire du collège La Mennais. Reçoit les palmes académiques en 1953 et la croix de l’Ordre national du Mérite en 1973.

PICQUENOT, François (1861-1907)

Fonctionnaire.

Né le 10 janvier 1861 à Cherbourg (Manche). Engagé volontaire aux équipages de la Flotte le 4 novembre 1878. Écrivain à l’arsenal de Cherbourg en 1884, il arrive à ce titre à Tahiti, le 2 septembre 1887. Il y sera successivement chargé, en qualité de commissaire, du rapatriement et de la protection des immigrants des îles Gilbert, puis secrétaire-archiviste du conseil général, enfin, en 1889, chef du secrétariat et directeur du 1 bureau, poste qu’il occupera longtemps. D’abord fort bien vu, et considéré comme un fonctionnaire capable, actif, entreprenant et serviable, Picquenot dont le caractère semble s’être aigri avec l’âge, terminera sa carrière dans une complète disgrâce, suivie d’une mise à la retraite d’office. On juge alors à Tahiti son attitude inconvenante, son langage par trop violent et ses critiques de l’administration intolérables. Il dit leur fait à ses chefs « par des propos tenus à haute voix dans un appareil téléphonique sans cabine placé au milieu des bureaux du secrétariat général, propos entendus, par conséquent, de tout le personnel du service ». Le gouverneur Gallet met l’accent sur le côté politique de l’affaire, qui écrit le 1 août 1898 : « Il est devenu depuis l’an dernier un mauvais employé. Aussitôt après l’élection du délégué actuel de la Colonie [Gouzy ?] il s’est fait l’agent du parti qui avait préparé cette élection et a pris une attitude telle que j’ai dû lui enlever le secrétariat de la direction de l’Intérieur et le placer, en sous-ordre, dans un autre bureau ». Aussi bien, après avoir connu des peines administratives, est-il, en 1902, envoyé en disgrâce aux îles Marquises pour y prendre la succession de Maurice de la Loge de Saint-Brisson comme Résident p.i. Picquenot retrouva aux Marquises le peintre Paul Gauguin qui avait été son ami à Papeete. C’est Picquenot qui prendra la défense de Gauguin contre le brigadier de gendarmerie Claverie ; c’est lui aussi qui, de Taiohae, annoncera la mort de Gauguin à son ami Georges-Daniel de Monfreid. C’est Picquenot qui fait procéder à l’inventaire des affaires de Gauguin, mettre sa succession sous scellés et avertit les créanciers du défunt d’avoir à fournir leurs créances en double expédition, ajoutant à ce rapport la phrase qui lui a été si souvent reprochée : « et déjà je suis convaincu que le passif dépassera de beaucoup l’actif, les quelques tableaux du défunt, peintre décadent, ayant peu de chance de trouver amateur. » Picquenot quittera les Marquises en octobre 1903. En mai 1904, redevenu « commis principal du secrétariat général » menacé d’une mise à la retraite anticipée, il gémira dans une lettre adressée à Daniel de Monfreid : « … Pour avoir pris la défense de Gauguin, je suis sacrifié. J’ai une femme et trois petits enfants. J’ai recours à vous, Monsieur, pour empêcher l’infamie qu’on veut me faire. J’ajoute que Gauguin, ayant fait appel, est mort avant d’avoir pu faire annuler le jugement. » Il quitte Tahiti pour rentrer en France, le 1 octobre 1904. Il sera rayé des contrôles le 3 mai 1905. Prend sa retraite à Cherbourg, après avoir un temps songé à retourner à Tahiti comme colon. Picquenot, avait le goût des recherches et le désir de prouver que « les budgétivores coloniaux sont bons à quelque chose ». Il a publié une Géographie physique et politique des Établissements français de l’Océanie (Paris, 1900), ouvrage d’une conception primaire, mais bien informé, qui fut publié aux frais du budget de la colonie ; un travail sur les Perles et pintadines (Paris, 1894) et différentes nouvelles dans divers journaux de la Manche. On lui doit en outre un travail sur Les derniers sauvages ; îles Gilbert et une histoire Le royaume des Pomaré, Histoire de nos établissements, demeurés inédits. Il avait fait cadeau, lors de l’exposition botanique et horticole de Cherbourg en 1893 « de collections de graines, herbiers, bois et photographies » provenant de Tahiti, dont qui lui avait valu une médaille d’argent grand module, offerte par le ministre du Commerce. Meurt à Cherbourg, le 5 mars 1907. Il était officier d’Académie. Il avait épousé Eugénie Agot, 1863, en octobre 1884. Trois enfants naquirent de cette union dont aucun ne fit souche à Tahiti. — Nous avons, en vain recherché les travaux de Picquenot demeurés manuscrits. Ses rapports avec les Gilbertins, son accès aux sources locales peuvent leur donner de l’intérêt.

PIERSON, Flavien (1893-1970)

Ingénieur.

Né à Corbeil-Essonnes (Seine-et-Oise) le 25 juillet 1893. Ingénieur des Arts et Métiers de Lille. Prend part à la Première Guerre mondiale, blessé et réformé. Travaille comme ingénieur en Angleterre, 1916-1918 ; vit en Argentine, de 1918 à 1926, comme propriétaire-éleveur, puis comme ingénieur. Arrive à Tahiti le 6 décembre 1926 comme sous-directeur de la Compagnie française des Phosphates de Makatea. Tout en dirigeant les douze cents travailleurs, s’occupe de transformer les installations existantes depuis l’origine de la Compagnie par du matériel plus moderne, tant en ce qui concerne les transports locaux que les installations portuaires. Nommé directeur local de la Compagnie en 1933, il bat tous les records de production tout en diminuant le prix de revient. Connaît au cours de la Seconde Guerre mondiale des moments difficiles, tiraillé entre les lointaines et inefficaces directives des dirigeants parisiens de la Société, l’Anglo-French Co., qui lui achète sa production, et les vêtilleux contrôles du gouvernement local. Ayant besoin de repos, quitte Makatea en décembre 1940 et va se rétablir aux États-Unis. A la fin des hostilités reprend pour trois ans la direction de Makatea où il connaît les difficultés sociales de l’après-guerre. Quitte l’île des phosphates le 1 février 1949 et vit à la retraite à Tahiti où il est décédé le 6 août 1970. —

PIETRI, Raymond

Voir au supplément.

PIGNON, Jean (1802-1878)

Commerçant.

Originaire de Saint-Sulpice-de-Faleyrens (Gironde). Charpentier de navire, il arrive aux îles Gambier dans les premières années qui suivirent l’établissement de la Mission catholique. Les missionnaires lui apprennent le rudiment. Lorsqu’il sut signer son nom, « il entreprit, avec ce capital, le commerce de la nacre et y prospéra de manière à acquérir une modeste aisance. Voulant alors jouir du fruit de son travail, il revint en France, s’y maria, mais eut le malheur d’être ruiné par un incendie. Il retourne à Mangareva en 1850 ». Il est dit, à cette époque : « Colon, qui faisait le commerce de la nacre et des perles fines. Il vendait aussi des pacotilles. » Son neveu, Jean Dupuy, arrive à Mangareva en 1858, devient le gérant de son magasin. Mais déjà, la nacre devenant plus rare, ses affaires périclitent. Pignon a de lourdes dettes à Valparaiso et à Tahiti. Pour comble de malheur, le Glaneur, un navire qu’il a acheté, grâce à de nouveaux crédits ouverts à Valparaiso, se perd à Akamaru, le 18 février 1859. Par ailleurs, le neveu Dupuy (voir à ce nom) a des ennuis avec l’administration des Gambier. Ils ont des difficultés pour des terrains et les constructions qu’ils y ont établies. Pignon, sa femme et Dupuy auraient même connu l’expulsion et les « geôles » de la Régente. Pour s’en tirer, l’oncle et le neveu s’en prennent au Père Laval. Par tous les moyens en leur pouvoir, ils accusent la mission de faire du commerce, d’exploiter les indigènes et de commettre même des crimes : empoisonnements et séquestrations. Les résidents de La Richerie et de La Roncière finissent, après des enquêtes menées assez sommairement en 1861 et 1864, par condamner la Régente à payer à Pignon 160 000 F d’indemnité. L’affaire aura des répercussions jusqu’à la Chambre des députés. Sa position étant devenue intenable à Mangareva, Pignon est venu s’installer définitivement à Tahiti en 1863. A Papeete, il continue son commerce ; monte un magasin rue de la Petite-Pologne qui, à son décès, sera géré par sa veuve. Plus tard, celle-ci liquide son fond pour se fixer à Punaauia où elle dirige le restaurant « le Bancoulier », une maison « ayant façade sur la mer et la route de ceinture, et consistant en quatre pièces avec galerie devant et derrière, kiosque servant de salle à manger et cuisine ; une autre maison servant de débit de boissons, divisée en deux pièces (La Cloche, n° 16, 1886). Pignon était mort le 25 avril 1878 à Papeete. De son union, en France avec Marie Condate, 1826-1909, sont nés : Virginie, 1853-1918, épouse, le 11 juin 1870, à Papeete, le Dr François Graffe, 1840-1879. Se remarie, le 4 septembre 1880, à Papeete, avec Jean Gournac. — Victorine, 1855-1903, épouse, le 14 août 1880, à Papeete, Joseph Toussaint dit Gaston Cognet. — Joseph, 1867-1943, se marie, à Papeete, avec Marie Fareteau, 1858-1918 ; cinq enfants dont Charles, engagé volontaire en 1915, tué à l’ennemi le 13 juillet 1916 à Vauquois (Meuse).

Bibliographie. Voir, sur l’affaire Pignon : L. Jacolliot, La Vérité sur Tahiti (Paris, 1869) ; E. Caillot, Histoire de la Polynésie orientale (Paris, 1910, p. 426 et sv.). G. Goyau, Le premier demi-siècle de l’apostolat des picpuciens aux îles Gambier (Paris, 1928), plus objectif, remet les choses au point ; Jean-Paul Chopard : Les îles Gambier et la bochure de Mr L. Jacolliot (San Francisco, 1870, p. 29-52) contient une bonne partie des documents de l’affaire. Consulter également le Père H. Laval : Mémoires pour servir à l’histoire de Mangareva, Paris, 1968.

PINCEMIN, Yves (1909)

Médecin vétérinaire.

Né le 25 mars 1909. Études au lycée de Rennes, à l’école vétérinaire d’Alfort, 1932 ; doctorat vétérinaire en 1933. Passe à Tahiti en décembre 1948 comme touriste à destination de l’Argentine. Reste finalement dans le territoire à la demande des autorités pour y remplacer le Dr Besnault, chef du service de l’agriculture, de l’élevage et des forêts. En attendant le départ du Dr Besnault, est sollicité, à la mort de Louis Malardé, de prendre le poste de contrôleur au Service d’hygiène de Papeete en juin 1950. Nommé chef du service d’hygiène le 1 janvier 1951. Au départ du Dr Besnault, est engagé comme contractuel en tant que chef du Service de l’agriculture, de l’élevage et des forêts le 14 décembre 1951. Au 1 janvier 1953, le service ayant été scindé, abandonna l’Agriculture à M. Robert Millaud, pour conserver l’Élevage conjointement avec l’Hygiène qu’il céda au Dr Cassiau le 1 janvier 1954. En fin de contrat, fut remplacé à l’Élevage par le Dr Gug, le 14 décembre 1954. Quittera le territoire le 15 septembre 1955 pour la Nouvelle-Zélande où il resta jusqu’en 1960. Revint à Tahiti le 2 janvier 1960 en tant que Dr vétérinaire du Service de l’élevage. Au service d’hygiène, entreprit la refonte de l’arrêté réglementant l’hygiène et la salubrité publique dans les E.F.O. qui parut dans sa nouvelle forme le 9 avril 1954. Au Service de l’agriculture fit prendre le 8 mai 1952 un arrêté concernant le conditionnement des cafés en vue de la seule exportation des cafés supérieurs. Au Service de l’élevage fit prendre, d’une part, un arrêté en 1952, interdisant l’importation des porcs et de viande de porc en provenance des U.S.A., afin de protéger l’état sanitaire des porcs du territoire, d’autre part, un arrêté réglementant les transports interinsulaires des animaux. Le Dr Yves Pincemin est l’auteur de deux Plans de développement de l’élevage, l’un à Nuku-Hiva (Rapport 1952), l’autre à Tubuai (Rapport 1953) ainsi que d’un Cours d’élevage tropical enseigné à l’école d’agriculture de Pirae (1963). De son union le 11 décembre 1954 à Punaauia avec Pepe Leo Phan sont nés : Danièle, 1951 ; Guy, 1953 ; Châtelaine, 1956.

PITMAN, Charles (1796-1884)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 1 septembre 1824. Envoyé à Tahiti avec sa femme où il arrive le 31 juillet 1825, travaillera deux ans, dans cette mission, successivement à Tahiti, Raiatea et Tahaa. Sera ensuite affecté à Rarotonga où il passe le reste de sa carrière missionnaire. Se retire en 1854 à Sydney, où il meurt en 1884.

PLANCHE, Jacques-Ferdinand (1829-1894)

Contre-amiral.

Né à Grenoble (Isère), le 28 janvier 1829. Entre à l’École navale en 1844. Soutient le siège de la Fère en 1870. Capitaine de frégate en 1870, il fera comme commandant du Dayot une campagne de trois ans dans le Pacifique au cours de laquelle il sauve, dans le détroit de Torrès, le paquebot anglais Sommerset. Passe à bord du Dayot, plusieurs mois à Tahiti, en 1876 et 1877. Peu de temps après son retour en France, est nommé commissaire de la République, commandant des Établissements Français de l’Océanie. Arrive à Papeete le 6 février 1878. Donne aux contribuables une petite part dans la discussion des intérêts locaux en appelant des notables au conseil d’administration de la colonie. Crée, le 22 avril 1878, une caisse d’immigration permettant aux petits propriétaires de se procurer des travailleurs. Il définit les conditions de la navigation au long cours; réorganise l’administration des Tuamotu, nommant un résident à Fakarava; rétablit la résidence des Gambier; organise, par l’ordonnance du 3 février 1880, les églises protestantes; fait agrandir la place du marché; améliore l’alimentation en eau de Papeete et plante la place du gouvernement. Prépare en outre le rattachement de Tahiti à la France, annexion que réalisera son successeur, le Cdt Chessé, avec le roi Pomaré V. Donne sa démission le 6 septembre et écrit dans sa lettre au Ministre à cette occasion qu’il « pense laisser l’intérim à M. l’ordonnateur Joyau ». Quitte Tahiti le 12 mars 1880. Débarque au Havre le 10 mai 1880. Il avait été attaqué par la France Coloniale dont le numéro du 26 juin 1879 contient un article intitulé: Faillite coloniale et capitulation militaire qui semble à l’administration militaire justifier des poursuites comme « délit de calomnie à l’égard d’un officier de l’armée de mer ». A son retour en France, Planche, capitaine de vaisseau depuis avril 1879, épousera, en juillet 1880, la veuve du capitaine de vaisseau de Jouslard, qui avait été en poste à Papeete quelques années auparavant. Planche est décédé, le 7 avril 1894, à Toulon où, contre-amiral, il était attaché à l’état-major général. — Voir sur lui le Messager de Tahiti du 12 mars 1880.

PLATT, George (1789-1865)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Tintwistle (Angleterre), le 15 mars 1789. Études à Manchester. Ordonné le 30 septembre 1816. Quitte l’Angleterre avec sa jeune femme le 17 novembre 1816 pour arriver un an après, jour pour jour, à Moorea. Travaille d’abord à Papetoai avec le missionnaire Henry et y établit une église en 1819. En février 1824, il va à Bora Bora prendre la place laissée libre par le départ d’Orsmond. Fin 1829 à mars 1830 visite les Hervey et les îles Australes sur le Messenger of Peace. L’état politique de Bora Bora le force à quitter l’île en 1830 et il s’installe avec sa famille à Raiatea. Visite Samoa. Vivra à Raiatea — où sa femme meurt le 13 octobre 1854 — jusqu’en mars 1856, date à laquelle il fait un voyage en Angleterre. De retour à Raiatea en août 1859. Il y meurt, le 4 avril 1865, après un demi-siècle au service de la London Missionary Society en Polynésie. Une fille, Eliza, épousera Nicolas Gustave Brodien, menuisier à Raiatea.

PLOUMARCH, Sylvestre (1895)

Religieux picpucien.

Né à Saint-Éloy (Finistère), le 9 juin 1895. Arrive à Tahiti le 29 décembre 1920. Quitte le vicariat en 1928.

POMARÉ, surnom de Lise SERGENT (1825-1846)

Danseuse.

Née à Paris, le 22 février 1824. Fille d’un directeur de théâtre ruiné. Connaît très jeune, sous le nom de Rosita, des succès de chanteuse. Fréquente en 1844 le bal Mabille où elle est la rivale, et bientôt l’amie, de la célèbre Céleste Mogador. « Elle a un air sauvage, elle ressemble à la reine Pomaré ! » déclare un soir un danseur. Le mot fit fortune : « Vive la reine Pomaré ! » s’exclama la salle. Le Constitutionnel, sous la signature de Charles de Boignes, consacra peu après un feuilleton à Pomaré et au bal Mabille. Dessinateurs, chansonniers, journalistes célèbrent Pomaré et Mogador « qui règnent conjointement comme deux empereurs du Bas-Empire » : De Pomaré les soutiens Sont les sujets Tabitiens. Les partisans de Céleste Sont les Célestins. On leur adresse des acrostiches : Pourquoi vouloir lutter et braver le destin ? O reine infortunée et que tout abandonne ! Mogador par sa grace et par son air lutin A su te dérober ta légère couronne. Regarde et vois t’enfuir l’amant qui ce matin Était à tes genoux ; un désert t’environne. Pardonnez, grande reine, un arrêt trop cruel, Oubliez mon erreur ; votre sceptre vous reste Malheur aux envieux ! Si la belle Céleste A reçu pour régner un nom béni du ciel Restons-nous moins soumis à vos aimables chaînes ? Et Paris ne peut-il obéir à deux reines ? Et Théophile Gautier : Pomaré, ma jeune et folle reine, Garde longtemps la verve qui t’entraîne ! Baudelaire aimait beaucoup Pomaré, qui habita quelque temps avec lui au 25 du quai d’Anjou, à l’hôtel Pimodan. Cette reine du Café Anglais, du bal des Frères Provençaux mourut très jeune, poitrinaire. Son amie Céleste l’assista et vendit une robe de dentelle pour lui assurer une sépulture décente. Elle fit graver sur sa tombe : « Ici repose Lise, née le 22 février 1825, morte le 8 décembre 1846. Son amie Céleste. » Zola s’empara de la légende de la « reine Pomaré » et lui prête, dans Nana, une fin de pure fantaisie.

POMARÉ 1er (1743 ?-1803)

Le Otoo de Cook qui le rencontre à son second et à son troisième voyage.

Fils aîné d’Hapai ou Tu (1720 ?-1802). Se nomme successivement Vaira’atoa, puis Tina, et finalement prend le nom de Pomaré vers 1791. Au moment du passage de Wallis à Tahiti, en 1767, lors de la défaite d’Amo, le fils d’Amo, Temarii, est dépossédé de son titre de Tu au profit de Vaira’atoa. Celui-ci alors âgé d’environ 25 ans. Les chefs de Tahiti qui reconnaissent ce jeune homme ne se doutent pas de ses ambitions et qu’en moins de vingt-cinq ans, ce petit chef sans grand passé va, d’empiètements en usurpations, établir une sorte de dynastie. Cook, en 1769, ne le rencontre pas lors de son premier séjour ; mais il en entend parler et le croit encore un enfant. Lors de son second voyage, Cook fera sa connaissance. Il le décrit comme un homme d’une trentaine d’années, grand — il a 6 pieds, 4 pouces : 1,95 m —, beau, bien fait, et de bonne mine. Il avait des moustaches et portait de la barbe sous le menton. Ses cheveux étaient noirs, bouclés et disposés en vadrouille. Personne n’avait le droit de se couvrir la tête en sa présence et, de plus, on devait devant lui se découvrir le haut du corps jusqu’à la ceinture. Lors du troisième passage de Cook, en avril-mai 1774, Pomaré est en train de réunir une flotte de guerre — les deux cents dix pirogues de guerre, garnies de neuf mille guerriers décrites par Cook — contre Mahine, chef de Moorea. Expédition sans succès. En septembre 1777, Cook étant de nouveau là, Pomaré essaie de se faire appuyer par le capitaine anglais qui refuse de participer au conflit, mais assiste, en compagnie de Pomaré, à un sacrifice humain destiné à protéger l’expédition qui quitte Tahiti le 17 septembre sous le commandement de Toua et de Potatu. La grandeur de Pomaré l’attache au rivage. L’expédition fut à nouveau infructueuse, mais l’influence de Cook agit en faveur de Pomaré qui obtient la paix. De son mariage avec Itia, — Hidia, Hitia, Idea († 1814), sœur de Motuaro, naît vers 1779 un enfant. Comme les parents font partie de la confrérie des Arioi, l’enfant, selon les règles, est étouffé à sa naissance. Vers 1779 ou 1782 un second enfant naît. Il échappe à la mort, ce sera Pomaré II. Dès ce jour, selon la coutume, c’est l’enfant qui prend le nom de Pomaré, le père n’exerçant plus que la régence. Elle sera efficace ; si Pomaré à la guerre est un pleutre, c’est par ailleurs un habile diplomate et un astucieux intrigant. En 1783, Pomaré et ses partisans sont écrasés dans une bataille à Pare et sontobligés d’aller se réfugier dans les montagnes. On pille et détruit chez eux. « Le régent n’était pas capable de se relever de ses revers. Non seulement il était dénué de tout talent militaire, mais il avait même une véritable réputation de poltronnerie. » Même le courage de son frère Veidua ne parvient pas à rétablir sa fortune. Toujours battu, il ne possède plus que le district de Pare. Encore n’y réside-t-il pas, ne s’y sentant pas en sûreté, et va vivre dans la presqu’île de Taiarapu. En 1789, le passage de la Bounty va lui redonner quelque prestige. Il va en effet solliciter et obtenir de Bligh des armes à feu. Quelques semaines plus tard, l’arrivée d’un groupe de mutins qui veulent se fixer dans l’île lui apporte une puissante force de frappe. Aussitôt il donne des terres à ces gaillards, voyant bien l’intérêt qu’offrent pour son autorité ces peu intéressants personnages. A la mort du chef Tepahu, son frère Tetua qui lui succédait comme chef de Tetaha (Faaa), voulut se défaire de Pomaré avec l’aide de Potatu, chef d’Atahuru. Les districts de Papara et de Pare furent envahis mais les Anglais de la Bounty prirent les armes en faveur de Pomaré, lui conseillèrent un mouvement tournant par la mer et mirent en pièce les indigènes de Tetaha et d’Atahuru « incapables de tenir tête aux Européens en bataille rangée et foudroyés par l’effet des armes à feu ». Les districts ennemis sont pillés et ravagés. Tetua et Potatu obtiennent la paix, moyennant la reconnaissance de l’autorité de Pomaré et la restitution du fameux maro ura, l’insigne sacré de la puissance souveraine qui fut transporté à Pare. Pomaré avait retrouvé toute sa puissance. A l’exception de la presqu’île, toute l’île subissait sa domination. Au début de 1791, Pomaré II, son fils, recevait publiquement l’investiture de son titre d’arii sur le Marae de son père. Il restait au Régent son père de conquérir la presqu’île. Pomaré allait s’y employer, vers la mi-mars, aidé par les Anglais échappés de la Bounty, lorsqu’apparut la Pandora, envoyée à la recherche des mutins. La goélette qu’ils avaient construite et qui aidait grandement Pomaré dans ses combats fut saisie. Les mutins anglais se rendirent les uns après les autres. Privé du secours des Européens, Pomaré s’empressa de renoncer à ses projets. Se sentant peu en sûreté à Taiarapu, il revint se fixer à Pare. Vancouver, à la fin de l’année 1791, trouve Pomaré ayant cependant réalisé ses rêves de domination. Entre le départ de la Pandora (8 mai) et celui de la Discovery (24 janvier de l’année suivante), Pomaré a soumis la presqu’île de Taiarapu et l’a donnée à son jeune fils; il gouverne personnellement Moorea et Huahine reconnaît sa suprématie. Tahiti accueillera vers cette époque ses premiers hôtes européens: des matelots déserteurs de la Mathilda — les nommés O’Connor, Butcher et un juif anonyme — et du Daedalus: Peter Haggerstein et Andrew Lynd. Ces cinq aventuriers jouèrent dans l’île leur jeu d’experts militaires et de guerriers possesseurs d’armes à feu. Pomaré recueillera, grâce à eux, le grand marae de Papara des mains de Temarii, qui, de chef malheureux, deviendra un brillant expert sacerdotal et adoptera Pomaré II; adoption qui avait comme conséquence de légitimer totalement les possessions de son père. Le district de Papara devenait un héritage de plus à recueillir par les Pomaré. Tahiti était désormais assuré, de droit, à cette famille, la branche usurpatrice devenant légitime aux yeux des indigènes par le fait même de cette adoption. L’usurpateur Pomaré devenait chef suprême et légitime. La dynastie était fondée. Pomaré apparaît donc comme le « Roi » de Tahiti aux missionnaires du Duff qui jettent l’ancre à Matavai le 7 mars 1797. Trois Pomaré figurent sur la célèbre gravure anglaise qui illustre la cession du district de Matavai aux missionnaires anglais de Londres. Pomaré, fidèle à une politique d’accueil aux étrangers qui lui a toujours si bien réussi, prend en effet sous sa protection les nouveaux venus pendant que son fils les voit plutôt d’un mauvais œil, d’où une certaine tension entre le père et le fils. Les guerres continuent dans l’île. Mais Pomaré, soutenu par les missionnaires qui ont besoin de lui et l’empêchent, dans un moment de danger, de partir à Moorea et aidé en outre par les matelots du Daedalus, finit pas récupérer la statue du dieu Oro, enjeu de la guerre de Rua (1802). Pomaré meurt subitement, le 3 septembre 1803, en se rendant à bord du Dart. « Pour le ramener à la vie, on était allé chercher le cadavre d’un homme qui avait été sacrifié trois semaines auparavant sur un marae. On le plaça sur le corps du roi, dans l’espoir que la divinité qu’il avait peut-être offensée, lui pardonnerait. Ces pratiques barbares, dont les missionnaires avaient été témoins, n’eurent aucun succès », déclare le missionnaire Rey Lescure. Telle fut la fin du chef qui a joué un si grand rôle dans l’histoire de Tahiti. Ce « sauvage » d’une grande adresse et de beaucoup de ruse était un homme entreprenant et ambitieux, doué d’un esprit capable de concevoir un plan et d’en suivre l’application avec tenacité. Dans la prospérité, il était d’une fierté intolérable envers ses ennemis, et, par une conséquence de son tempérament impressionnable, il était extrêmement abattu dans l’adversité; mais le trait le plus saillant de son caractère était une sorte de prévision et de prudence qui lui faisait éviter les embûches. Il avait été assez intelligent pour comprendre qu’il y avait pour lui plus d’intérêt à bien accueillir les visiteurs étrangers qu’à les piller. Il utilisera navigateurs et missionnaires et saura, tout en conservant leur amitié, s’approprier peu à peu tout ce qu’ils possédaient, car il était d’une incroyable rapacité. Par ailleurs, il avait le sentiment de son rang, aimait les réceptions et l’étiquette. On est surpris de rencontrer chez lui un agronome soucieux de faire planter des arbres à pain et des cocotiers sur ses domaines. Pomaré eut plusieurs femmes, mais Itia, la première, morte vers 1814, fut toujours son meilleur conseiller. Il l’avait pourtant quittée pour Waïridi, qu’il ne tardera pas à délaisser pour contracter une union avec Pipiri, jeune femme qui appartenait aux classes inférieures de la population.

Bibliographie. Les détails concernant Pomaré 1er dans les récits des voyageurs (Cook, Bougainville, Forster, les Espagnols, Mœrenhout, Turnbull, etc.) et des missionnaires (Ellis, Wilson, rapports des Missionary Register) ont été recueillis par Vincendon-Dumoulin et Desgraz dans leurs deux volumes : Iles Taïti (Paris, 1844) qui restent la seule étude sérieuse et que tout le monde ne fait que démarquer. — On ne connaît qu’une seule image de Pomaré. Le dessin original a été donné par Corney, en frontispice du tome II de son ouvrage Quest and occupation of Tahiti, 1914. Ce dessin apparaît gravé dans les illustrations du second voyage de Cook, à la planche 12 sous le titre Otoo, Roi de Tahiti. Tu-Pomaré nous est présenté de face avec une chevelure en vadrouille, une courte moustache et une barbiche pointue. — Une gravure anglaise de l’époque, plus grossière, mais de la même taille, représente Otoo, king of Otaheite. Elle est probablement la fantaisie d’un dessinateur qui a reproduit de profil ce que le dessinateur de Cook avait dessiné de face. — Le portrait d’Otoo figure au centre du montage photographique de la famille royale, œuvre du photographe Hoare, vendu à Tahiti vers 1880 et maintes fois reproduit depuis. Le voir par exemple dans Vernier, Tahitiens d’hier et d’aujourd’hui, p. 104, de la 2 édition en 1948, et dans : P.I.M., 15 septembre 1938, p. 52.

POMARÉ II (1774 ?-1821)

Roi de Tahiti.

En septembre 1803, à la mort de son père, régent, Pomaré se retire, avec les statues du dieu Oro, à Moorea. Revient à Tahiti, en janvier 1806, avec l’idole sacrée. Après quatre ans de paix, en juin 1807, Pomaré attaque « sans déclaration de guerre le successeur de Rua, le chef Taatarii. Surprise à Punaauia, l’armée de ce dernier subit une défaite complète : cent hommes furent tués… ». Pomaré se dirigea alors sur Papara, district de Tati, qui, prévenu à temps, put s’enfuir dans les montagnes avec ses gens ; « toutefois durant cette nuit, beaucoup de vieillards, de femmes et d’enfants furent pris et mis à mort par les troupes de Pomaré… ». Celui-ci se rendit après, par mer, à Tautira où il offrit au dieu Oro un grand nombre de cadavres. Taatarii essaiera de prendre sa revanche. En vain, il est tué en combat ; Pomaré ravagea alors le district de Papara et fit massacrer tous les habitants rencontrés par ses hommes. En cette circonstance la cruauté de Pomaré II égala sa perfidie. Seul la maladie obligea le roi à cesser la guerre. Enivré de ses victoires, Pomaré se mit à gouverner despotiquement. Il commit en outre la maladresse de permettre à ses auxiliaires de s’introduire chez ses sujets et de s’y livrer à des actes abominables. Le joug devint intolérable, et, à l’occasion de l’enlèvement, par un de ses « officiers », de Hitiere, femme d’un nommé Metuave et personne d’une grande beauté, l’île de Tahiti entière s’insurgea à la voix du grand chef Pafai. Pomaré doit s’enfuir à Moorea, au début de 1808. De là, il fera, infructueusement, plusieurs tentatives pour reprendre son autorité perdue à Tahiti, aidé par les renforts venus des îles Sous-le-Vent. Ce séjour à Moorea permettra au missionnaire Nott de prendre de l’influence sur Pomaré qui, jugeant peut-être que ses dieux l’abandonnent, commence à se tourner vers le dieu des étrangers. C’est le début de sa conversion. Il fait revenir les missionnaires qui étaient partis pour Sydney ; demande même en juillet 1812, le baptême, qui ne lui est pas accordé car Nott voit trop l’aspect purement politique de cette démarche. Néanmoins, Pomaré réinstalle les missionnaires à Matavai et fait construire à Moorea une école et un temple (juillet 1813). Peu à peu se forment des groupes chrétiens, partisans de Pomaré. D’où une réaction qu’accompagnera une sorte de guerre de religion. Les païens projettent de faire disparaître les pure atua, ceux qui prient dieu ; le massacre, prévu pour le 7 juillet 1815, est heureusement éventé. Pomaré est pour la première fois vainqueur en novembre 1815 lors de la guerre dite des Fei pei et, pour la première fois, sous l’influence de la mission, un chef tahitien ne transforme pas son triomphe en carnage. Ce geste de clémence milita en faveur de Pomaré. Le mouvement suscité par les missionnaires s’accentue. On commence à détruire les « idoles » : tikis de pierre ou sculptures en bois. Pomaré donne l’exemple en utilisant la statue d’Oro comme poteau d’un bâtiment de cuisine. Pomaré, au contact des missionnaires, avait appris à lire. Ellis, en 1817, arrive avec la première presse et, à Afareaitu, Moorea, on commence à imprimer en tahitien. Le 30 juin 1817, Pomaré compose et tire la première page d’un abécédaire. Pomaré aidera les missionnaires dans la traduction des Saintes Écritures. Il les appuie aussi dans la fondation, le 13 mai 1818, de la Société des missions de Tahiti, destinée à collecter chez les indigènes des dons en nature pour l’entretien de la mission. Il les appuiera encore en promulgant le premier code tahitien dont le missionnaire Nott et ses collègues ont pratiquement rédigé les articles. Le 13 mai 1819, Pomaré convoque à sa résidence de Papaoa une assemblée générale destinée à approuver et à promulguer ce code. Trois jours plus tard, Pomaré, nouveau Constantin, était baptisé dans la fameuse « Chapelle royale » par le missionnaire H. Bicknell, en présence de quatre mille indigènes. Les missionnaires avaient ainsi installé une théocratie qui leur apparaissait comme l’idéal du gouvernement, puisqu’elle leur permettait de gouverner selon ce qu’ils jugeaient être la sagesse de leurs vues personnelles de chrétiens anglais du XIX siècle. Du point de vue économique aussi, le règne de Pomaré fut heureux et profitable pour Tahiti. C’est alors que s’organisa le commerce du porc salé entre Sydney et Tahiti, à l’époque la seule terre du Pacifique présentant les conditions nécessaires — sécurité, population habituée au troc et possédant déjà certains besoins — à des relations commerciales. Après des essais, de 1801 à 1807, le commerce fut solidement établi. Pomaré et les missionnaires possédaient eux-mêmes un navire, le Haweis, capitaine John Nicholson, qui naviguait à cette fin. Ainsi, l’année 1819, cinq navires viennent à Tahiti chercher du porc salé. La Nouvelle-Galles du Sud, en vingt-cinq ans, importa environ 3 millions de livres de porc salé en provenance de Tahiti. En contrepartie les Tahitiens voyaient arriver chez eux des marchandises fabriqués : étoffes, vêtements, instruments et outils, armes et munitions, et hélas ! beaucoup d’alcool. Ce mouvement commercial aida grandement Pomaré à conquérir l’île et à en faire l’unité. Économiquement il plaçait Tahiti sur la voie du progrès, plus d’une décade avant les autres populations des mers du Sud. En cette année 1819, Pomaré II était à l’apogée de sa puissance. Il régnait sur tout l’archipel de la Société. Véritable autocrate de Tahiti et de Moorea, il était suzerain des îles Sous-le-Vent et des Tuamotu ; celles-ci lui payaient un tribut. A certains égards il était digne du rang suprême. Malgré son apparence un peu lourde, il avait le regard vif et se montrait un observateur perspicace. Très susceptible, jaloux de son autorité et de ses prérogatives, il vivait entouré de gardes Paumotu. Il était au demeurant plus craint et respecté qu’aimé. Bien doué et travailleur, pour un homme de sa race, il faisait figure d’intellectuel, s’étant fait construire une sorte de belvédère-cabinet de travail à Motu Uta, petit îlot de la rade de Papeete où il aimait se retirer. Il était capable d’écrire une lettre en tahitien et comprenait à peu près la version indigène de la Bible. Il écrivait à plat ventre, la poitrine soutenue par un coussin. D’après Ellis, Pomaré aurait tenu son journal quotidien. Cependant le roi approchait du terme de sa carrière. Depuis quelques années il s’était mis à boire des liqueurs fortes — Ellis parle de ses habitudes d’intempérance et d’autres excès méprisables — et il s’enivrait tous les jours, le cabinet de travail s’étant transformé en vide-bouteilles. — Sa conversion, pour sincère qu’elle ait été dans l’ordre des intentions politiques n’avait pas été suivie d’effets radicaux dans les tentations de la vie quotidienne. Dumont d’Urville prétend que, se faisant justice à lui-même, Pomaré II avait coutume de dire, quand il était ivre : « O Pomaré, ton porc est maintenant plus en état de régner que toi ! ». Ses excès le conduisirent rapidement à la tombe. En novembre 1821, on le transporte de Papetoai à Papaoa, sa résidence. Après un jeûne national, le 30 novembre on l’installa sur l’îlot de Motu Uta, où il mourut le 7 décembre. Ses funérailles, présidées par Nott, eurent lieu à Papaoa, le 11 décembre, au milieu d’un grand concours de peuple. Les jours suivants, il y eut beaucoup de pluie accompagnée d’éclairs et de tonnerre. « De nos jours encore les Tahitiens prétendent — et les apparences sont de leur côté — que les funérailles des membres de la famille royale sont toujours accompagnées de perturbations atmosphériques » (Charles Vernier). Pomaré mesurait 6 pieds 2 pouces. Il était très gros, le plus corpulent de toute l’île. Tati, quoique d’une forte taille et d’une belle corpulence, paraissait petit à côté de lui. Le roi était d’ailleurs d’un tempérament oisif, paresseux. Il ne marchait jamais, sauf pour aller au bain. On trouverait d’intéressantes appréciations sur le caractère de Pomaré dans une note que Davies lui consacre, à la p. 233 de son History of the Tahitian Mission. Voir également, p. 344-350, deux pages extrêmement noires au sujet de Pomaré, « a beastly sot…, a beastly creature », sous la plume du Rev. Orsmond. Le portrait de Pomaré II, qui figure en tête de l’édition des Polynesian researches d’Ellis, est reproduit « d’après un dessin fait à Tahiti par un artiste attaché aux deux navires russes qui visitèrent les îles peu avant la mort de Pomaré. Hormis une bosse sur le front, la ressemblance est parfaite » (Ellis, t. III, p. 189.) On trouve le portrait reproduit par Domeni de Rienzi, Océanie, t. 2, p. 307. Sur le portrait gravé par Woolnorth, le roi est figuré avec des cheveux longs, une moustache assez longue et une impériale. Il est revêtu d’un habit de tapa ? La légende, qui porte Po-ma-re, King of Tahiti, Eimeo, &c., est accompagnée par la signature du roi. Ce dernier est reproduit en haut à gauche du montage photographique de la famille royale, dû au photographe Hoare. — De Rienzi donne aussi une gravure figurant le Tombeau de Pomaré. Pomaré II eut d’abord comme femme Tetua, qui mourut en juillet 1806, à 25 ou 26 ans, d’un avortement volontaire. Il épousa ensuite Te Rito O Te Rai, appelée aussi Teremoemoe, fille de Tamatoa II, chef de Raiatea. Il délaissa cette femme pour sa sœur, et, de cette épouse concubine, « supernumary wife » disent pudiquement les textes anglais, il eut une fille, Aimata, 1813-1877, la future reine Pomaré IV. Étant retourné vers sa femme légitime il en aura deux fils : Teina iti, 1817-1819, qui meurt enfant. — Teriitaria, qui sera Pomaré III, 1820-1827.

POMARÉ III (1820-1827)

Roi de Tahiti.

Teriitaria, fils unique de Pomaré II. Il lui succédera sous le nom de Pomaré III. Né le 25 juin 1820, à Papaoa (Arue), il a été accouché par le missionnaire W. P. Crook, dont la femme pouponne l’enfant « in the english fashion ». Il est baptisé, par le même missionnaire, le 10 septembre « in the presence of a thousand people ». Une maison spéciale lui est édifiée à Papaoa. Il y est soigné par la « supernumary wife » de son père, en décembre 1821. Les missionnaires, craignant un homme trop indépendant, font écarter Tati comme régent. Le royaume est alors entre les mains d’Ariipaea qu’assiste Pomaré Vahine, sœur de la femme du roi. C’est « a strong virile and capable women ». Comme les missionnaires craignent des troubles, ils font « couronner » le jeune enfant aussitôt qu’il est capable de se tenir décemment. La cérémonie a lieu le 21 avril 1824 à Arue et Papaoa. Le marae des ancêtres et le maro ura, la ceinture jaune sacrée, traditionnelle en ces occasions, sont remplacés par une estrade, la chapelle royale, des onctions et une couronne, à la manière anglaise. Ce fut le missionnaire Henry qui oignit le jeune enfant, pendant que son collègue Nott le couronnait. Ellis écrit avec candeur, qu’âge seulement de 3 ans, « the youthful Pomaré… was necessarily passive in the important business ». Le missionnaire Davies répondit à sa place quand on lui demanda de promettre de régenter son peuple avec justice et bonté, selon la Bible et le Code proclamé par feu son père. Ce fut le premier sacre conféré dans le Pacifique. Dix-huit mois plus tard, le 5 octobre 1825, les missionnaires faisaient signer à Pomaré — il avait 5 ans ! — une lettre au roi d’Angleterre, Georges IV, manifestant son désir « d’arborer le pavillon anglais » pour éviter une invasion étrangère (lettre citée par Jore, l’Océan Pacifique, t. 2, p. 182). La demande ne fut pas retenue par le Foreign Office. Peu après le sacre, le jeune Pomaré avait été placé comme élève à la fameuse « South Seas Academy », à Afareaitu, Moorea, pensionnat créé pour les enfants des missionnaires et où, sous la direction du ménage Orsmond, le jeune prince allait recevoir « a systematic english education ». Il apprendrait là l’anglais, qui devait lui donner la clef « de toutes les sources de la science qui y sont renfermées ». En avril 1826, Pomaré, accompagné de Pritchard, rend visite à Beechey, commandant le Blossom, en rade à Papeete. En août 1826, le jeune roi voit arriver à Moorea le Peacock, navire de guerre américain dont le capitaine, Thomas Catesby Jones, lui fait signer un traité d’alliance commerciale avec les États-Unis. Puis le Peacock embarque le roi et son précepteur Orsmond et fait voile sur Tahiti où, à son arrivée, le royal passager est salué des coups de canon réglementaires. Ces salves plaisaient beaucoup à l’enfant qui s’en faisait tirer une nouvelle série en allant remercier à son bord le commodore Jones, mais beaucoup moins au vice-consul anglais Elley qui protesta auprès de Pomaré pour la signature du document américain. L’enfant répondit royalement en tahitien : « Je n’abandonne pas George IV. Je regarde encore vers lui… Mais c’était une habitude de mon père d’être courtois avec tous les hommes. C’est pourquoi j’ai écrit au commandant Jones… » De retour à Moorea, l’enfant, qui déjà montrait un esprit vif et ouvert et portait le col d’Eton avec grâce, prit froid pendant la saison des pluies. Malade, on le reconduisit à Tahiti auprès de sa mère. Malgré tous les soins dont il fut entouré, il mourut à Pare (Papeete), entre les bras d’Orsmond qui avait pour son élève une véritable affection, le 8 janvier 1827 (Ellis dit le 11). On l’enterra à Papaoa dans la tombe de son père. La branche mâle de la dynastie royale s’étant éteinte avec lui, la demi-sœur du petit défunt, Aimata, lui succéda et prit le titre de Reine. Elle deviendra la célèbre reine Pomaré IV. Cette mort et cette succession jetèrent les missionnaires dans une véritable consternation. Ayant mis tous leurs espoirs dans le jeune prince, ils voyaient avec peine arriver sur la scène politique la petite dévoyée qu’ils se garderont bien de faire couronner en grande pompe, de crainte de s’exposer à quelque désagréable surprise. C’est sous le règne de Pomaré III, en 1822, que le conseil de régence adoptera un drapeau : rouge, orné dans l’angle supérieur, près de la hampe, d’une étoile blanche à sept branches. Ce pavillon est signalé, en mai 1823, par Duperrey et Lesson, lors du voyage de la Coquille. L’étoile, d’après Lesson, aurait seulement cinq branches. Ce même auteur ajoute : « Les missionnaires ont fait adopter cet étendard sans que nous puissions en apprécier la nécessité. » Ce drapeau sera quelques années plus tard, au temps de la reine de la reine Pomaré, remplacé par le pavillon tahitien actuel. C’est sous le règne de Pomaré III que la Société missionnaire de Londres tentera la culture du coton à Moorea ; qu’une Assemblée législative sera créée en 1824, qui instituera, en mai 1826, une réglementation contre les matelots déserteurs.

Bibliographie. Outre les travaux de Vincendon-Dumoulin, cités précédemment et qui résument les données de Dumont d’Urville, de Kotzebue et de Beechey, voir : W. W. Bolton, The Boy-King of Tahiti and his crowing (P.I.M., June 1937, p. 45-46 ; July, p. 45-46 ; April, 1938, p. 17-19) qui a rassemblé quelques documents inédits sur le jeune roi, son sacre, sa rencontre avec le capitaine Jones, commandant le Peacock. Le montage photographique de la famille royale de Tahiti, exécuté vers 1880, par le photographe Hoare, donne, en haut, une image de Pomaré III. Il est représenté avec des cheveux coupés à l’européenne et une raie à droite, de grands yeux et un type plutôt maori. On discerne un col « Eton ». Nous n’avons trouvé nulle part l’original de ce dessin qui est probablement l’œuvre de quelque missionnaire de l’époque, Orsmond par exemple. Bolton, dans les articles précités (avril 1938, p. 17) a publié, prétend-il pour la première fois, une image un peu différente et un peu plus européanisée du jeune roi. — « This picture has unique value — it was found after years of search. » — Il est regrettable que Bolton n’ait pas été plus explicite sur l’origine de ce dessin, qu’une simple inspection laisse supposer être un travail exécuté d’après le cliché Hoare. — Sur le pavillon : Cottez, Essai sur les pavillons océaniens (B.S.E.O., n° 90, mars 1950, p. 17 et ss.).

POMARÉ IV (1813-1877)

Reine de Tahiti.

Fille aînée et adultérine de Pomaré II. Née le 28 février 1813. En 1827, à la mort de son jeune demi-frère, le roi Pomaré III, en l’absence de tout rejeton mâle de la dynastie Pomaré, elle est reconnue comme Reine des îles Tahiti, Moorea et dépendances, sous le nom de Pomaré Vahine IV. C’est sans aucun enthousiasme que les missionnaires anglais voient arriver sur le trône cette jeune fille de mœurs fort légères. Les premières années de son gouvernement elle ne s’occupera que de s’amuser « menant une vie scandaleuse, excitant ses sujets à la débauche et les faisant revenir aux anciennes mœurs » (Caillot, p. 143). Elle vit à Moorea ou à Tahaa, ne rentrant à Papeete qu’en 1831, époque où elle refuse de reprendre la vie commune avec Tapoa, son mari, dont elle n’a aucun enfant. Le divorce est prononcé par les grands chefs, contre l’avis des missionnaires. Elle épouse alors le fils d’un chef de Huahine, Ariifaité, qui prend le nom de Pomare-Tane. En 1836, mal conseillée par le missionnaire Pritchard, elle refuse le séjour aux missionnaires français Caret et Laval et les fait expulser en tant qu’étrangers promoteurs de doctrines néfastes. La France, sur la protestation des missionnaires ainsi brimés, intervint et demanda réparation de l’insulte faite à la France en la personne de trois sujets. Dupetit-Thouars était sur place le 29 août 1838, réclamant de Pomaré, outre des excuses, une amende de 2 000 piastres fortes d’Espagne et le salut, par vingt et un coups de canon, du pavillon français. Pomaré acquiesca, le 31 août, et reconnaît que « les Français, quelque soit leur profession, pourront aller et venir librement, s’établir et commercer dans les îles » (5 septembre 1838). Et Dumont d’Urville, de passage à Tahiti, confirmait l’action de Dupetit-Thouars. Laplace, commandant de l’Artémise, en juin 1839, pour faire pièce à des lois suscitées par Pritchard, interdisant aux étrangers l’achat de terres et la propagation de doctrines contraires au culte en vigueur, obtenait de Pomaré, pour les catholiques « le libre exercice de la religion catholique et la jouissance des mêmes droits et privilèges que ceux accordés aux protestants ». Cependant, des sujets français continuent à être molestés et se plaignent des traitements qui leur sont infligés. Dupetit-Thouars, en septembre 1842, exigea de la Reine et des grands chefs des réparations et des garanties financières. En l’absence de la Reine, à Moorea, pour ses couches, le régent Paraita, ayant réuni l’Assemblée, répondit à Dupetit-Thouars, reconnaissant les torts de Tahiti et demandant la protection du roi de France. Dupetit-Thouars l’accorda, sauf ratification par son gouvernement, et établit à Papeete un conseil provisoire de gouvernement. Mais le retour du consul-missionnaire Pritchard sur la Vindictive, Cdt Toup Nicolas, redonna un chef et une expression plus agressive au parti pro-anglais. Après l’arrivée de la ratification par Louis-Philippe du Protectorat, la résistance de la Reine se manifesta par son refus d’amener son pavillon personnel (4 novembre 1843), attitude qui contraignit Dupetit-Thouars à prononcer la déchéance de Pomaré, déchéance contre laquelle elle protesta dans une lettre du 9 novembre adressée à Sa Majesté le Roi des Français. Bruat est installé comme commissaire du Roi des Français près de la Reine des îles de la Société. Dès lors, sous l’influence des missionnaires et des commandants anglais, Pomaré pense devoir attendre le secours de l’Angleterre et « toute sa politique consiste à prendre la position susceptible d’inspirer le plus d’intérêt à la portion de la nation anglaise qui reçoit les inspirations des missionnaires ». Le 10 janvier, par exemple, Pomaré écrit aux chefs : « l’Angleterre ne nous abandonnera jamais. Restons tranquille jusqu’à l’arrivée des nouvelles que nous attendons. » Bruat fait saisir cette lettre séditeuse. Pomaré, ne se jugeant plus en sécurité à terre, se réfugie sur le Basilisk, Cdt Hunt, dans la nuit du 30 au 31 janvier 1844. Elle quitte le navire le jour de l’arrestation de Pritchard, 3 mars 1844. En juillet, elle va s’embarquer à bord du Craysford, Cdt Lord George Paulet, qui la dépose à Raiatea le 15. Là seulement, elle se prétend à l’abri des menées possibles des autorités françaises. Deux tentatives de Bruat — missions du Phaéton en août et décembre 1844 — pour faire rentrer la Reine à Tahiti restent vaines. Bruat fait donc nommer Paraita régent et, comme de son exil, Pomaré continue d’agir contre les Français, Bruat tentera, d’ailleurs en vain, le blocus de Raiatea. Pendant ce temps l’insurrection se développe à Tahiti. Et il faudra deux ans à Bruat pour venir à bout des insurgés. La paix est instaurée le 22 décembre 1846. Le 7 janvier suivant, la fête commémorative du rétablissement du Protectorat était célébrée avec un éclat tout particulier… Tout cela s’accomplissait sans que le nom de la reine Pomaré ait même été prononcé. Elle comprit qu’on allait se passer d’elle et que son opposition au régime français, désormais inefficace, allait se tourner contre elle. Elle demanda à voir Bruat. L’entrevue eut lieu le 6 février 1847 à Moorea, dans le temple de Papetoai. Ce après quoi Bruat sortit en dehors de l’enceinte sacrée et déclara publiquement à la foule « qu’au nom du roi Louis-Philippe, il rétablissait Pomaré dans ses droits et dans son autorité et qu’elle l’exercerait dorénavant sur toutes les terres du Royaume comme Reine reconnue dans le gouvernement du Protectorat ». Le 9 février, la reine Pomaré, qui avait pris passage sur le Phaéton avec Bruat, débarquait à Papeete où elle fut l’objet de grands honneurs. Saluée de vingt et un coups de canon au moment où elle quitta le navire, elle fut reçue par les autorités civiles et militaires et se rendit à l’Hôtel du gouvernement entre une double haie formée des troupes de la garnison et des auxiliaires indigènes. La Reine reçut l’hospitalité de Bruat en attendant qu’une maison fut prête pour la recevoir. Elle apprécia combien ce commissaire de belle prestance, intelligent et de joyeuse humeur, était différent du portrait que les malveillants lui en avaient fait. Il lui inspira tant de confiance que, lors de son départ pour la France, elle lui écrira, le 30 mai 1847 : « Bruat ! Voici les différents objets dont l’envoi me serait le plus agréable. Ce sont : les choses qui composent un service de table, des couteaux, des fourchettes, de grandes et de petites cuillères, des verres, des tasses, une grande théière, ainsi qu’un autre vase pour contenir du café, et tous les autres objets qui conviennent au service de la table… » Suivaient quatre paragraphes de la même encre relatifs « aux différents objets qui concourent à l’embellissement d’une maison… », « aux objets nécessaires à la cuisson des aliments et tout ce qui sert à la cuisine… ». Pomaré désirait également « quelques belles étoffes de soie, de jolies mousselines, des étoffes imprimées, et toutes les belles choses de France. Une grande épingle (pour broche de femme) ainsi qu’une couronne d’or, des bracelets et des boucles d’oreilles, des épaulettes pour Ariifaite Tane et de jolis habits militaires pour Arii Aue et Tamatoa… ». On le voit, la nouvelle orientation de sa politique n’en faisait par perdre à Pomaré le sens des réalités. Elle se rattrapait sur les « belles choses de France » des shals indiens, des meubles victoriens et des services de porcelaine de Wedgwood, qui lui parvenaient jusqu’alors d’Angleterre par l’entremise de Pritchard. Le commandant Lavaud, successeur de Bruat, estimant qu’il était nécessaire de définir les conditions dans lesquelles fonctionnerait le Protectorat soumit à la reine Pomaré un projet qui fut signé le 5 août 1847. Cette convention demeura théoriquement en vigueur jusqu’à l’époque où le roi Pomaré V, en 1880, céda à la France ses droits souverains. Malheureusement pour la Reine, quelques jours plus tôt, le 19 juin 1847, avait été signée à Londres, entre l’Angleterre et la France, la convention dite Convention de Jarnac. La reine Pomaré, alors en exil, et pour ennuyer les Français, avait déclaré que « les îles Sous-le-Vent ne faisaient pas partie de ses états ». La convention, soutenant les prétentions des indigènes des îles Sous-le-Vent, enregistrait, sous la poussée de la Mission anglaise, cet aveu, et proclamait « reconnaître formellement l’indépendance des îles Huahine, Raiatea et Bora Bora » et par conséquent déclarait impossible « qu’un chef ou prince régnant à Tahiti puisse en même temps régner sur une ou plusieurs des autres îles… ». « Les possessions de Pomaré IV se trouvaient ainsi coupées en deux, commente Caillot, et celles qui n’étaient pas sous le Protectorat français, étaient non seulement perdues pour la France, mais pour la Reine… Elle devait beaucoup regretter dans l’avenir l’abandon de ses droits ; mais le mal était fait et elle fut obligée de subir les conséquences de sa trop grande confiance dans les hommes du Seigneur. » Ayant accepté le Protectorat, Pomaré, désormais soumise à une influence exclusivement française, demeura fidèle à ses engagements, et le reste de son long règne fut sans incidents. Signalons seulement qu’en 1852, sous la poussée des idées de 1848, certains Tahitiens se révoltèrent contre la Reine et proclamèrent la République. Celle-ci fut fort éphémère, le gouvernement du Protectorat ayant vite réprimé ce début d’insurrection et rétablit la Reine dans ses droits. Ce furent là les derniers troubles politiques enregistrés à Tahiti. Du point de vue religieux, Pomaré, en 1863, vit la relève des missionnaires anglais qui avaient été ses premiers conseillers par des envoyés de l’Église réformée de France dont les pasteurs Arbousset, Atger et Viénot furent les plus notoires. En 1857 elle assista à Raiatea au couronnement de son fils Tamatoa comme roi de l’île ; en 1860 la même cérémonie avait lieu à Bora Bora pour Terii Maevara. Pomaré gouverna selon les normes reconnues par la Convention de 1847. L’article 5 déclarait que « la Reine exerce le pouvoir exécutif ». Du temps de Lavaud, l’administration commune du Gouverneur et de la Reine se déroula sans heurts notables. La Convention avait fait de Pomaré, de par sa position suprême, un rouage essentiel du Protectorat. Ses privilèges furent respectés et l’étiquette observée à son égard. Chaque fois que Pomaré était en tournée officielle, Lavaud prenait soin de requérir son approbation avant de grâcier les juges fautifs reconnus coupables par les To’ohitu ou de remplacer des Mutoi qui abusaient de leurs fonctions. Dans les cas nécessitant le remplacement des chefs de district, il accédait au désir de la famille Pomaré. Pendant les mandats des Commandants suivants, Pomaré trouva des motifs de se plaindre de ce que son autorité était réduite à rien… De leur côté, les Commandants estimaient que Pomaré avait une fâcheuse tendance à installer le plus grand nombre possible de membres de sa famille à la tête de districts et à exploiter sa position en essayant d’obtenir de nouveaux privilèges des Commandants successifs. Sa place dans la hiérarchie des chefs de district, affirmait le commandant Page, avait été gagnée, aux dépens de familles plus anciennes et ayant plus de droits qu’elle, durant le règne de Pomaré II qui, « à l’aide de moyens étrangers à ses peuples… n’a constitué qu’une puissance inhérente à sa personne, que ses successeurs directs, et en particulier la Reine actuelle n’auraient certainement pas pu conserver si notre Protectorat n’était venu, de l’assentiment même des chefs, lui donner une sorte de consécration (1856) ». Du Bouzet se plaignait de ses prétentions au « droit traditionnel » de disposer des terres tahitiennes sous le couvert du régime français et désapprouvait ses tournées dans les districts qui entraînaient, en fêtes et tributs, l’épuisement de leurs ressources (1855)… Vaniteuse, ambitieuse, attentive à l’opposition latente de familles socialement supérieures à la sienne, elle n’était pas sans mériter ces accusations. Ce fut de La Richerie qui, en 1860, résuma le dilemme que posait l’administration exercée par l’intermédiaire de Pomaré : d’une part, il se rendait compte que « le gouvernement de la Reine, dans le sens européen de ce mot » était une chose absolument impratiquable à moins qu’on ne lui accorde de se choisir sa propre cour de conseillers. D’autre part, cet organisme pouvait facilement devenir, pensait-il, « une machine à battre en brèche notre autorité » (cf. C. Newbury, Administration de l’Océanie française, Revue française d’histoire d’outre-mer, 1959, p. 102-104). Le gouvernement de Pomaré était assisté par une Assemblée législative dont Lavaud s’était proposé de faire la pierre angulaire du Protectorat. Bonard vit en elle un « instrument précieux », susceptible de contrecarrer l’autorité de la Reine. De 1851 à 1866, l’Assemblée se réunit presque tous les ans, à Papeete, dans le temple protestant ou dans le nouveau Palais législatif. En 1853, le nombre de ses membres qui s’élevait à près de cent chefs, s’accrut d’une délégation de vingt-cinq chefs des Tuamotu. Mais cette Assemblée n’était pas bien vue des gouverneurs. Saisset, en 1859, la déclarait « coûteuse, tumultueuse et à l’origine d’une suite d’orgies ». De fait certains membres durent être parfois expulsés pour leur conduite scandaleuse ou désordonnée. La session de 1858 avait commencé par la suspension du président, Tairapa, pour ivresse. On trouvait trop souvent dans l’urne des boules noires ou blanches en nombre supérieur à celui des votants ! La Roncière ne tint qu’une session de l’Assemblée durant son mandat. A partir de 1866, elle ne fut plus convoquée, sinon en 1877, pour une brève formalité, mentionnée plus haut, à l’occasion de la proclamation de Pomaré V. Ainsi disparut, par désuétude, cette Assemblée qui représentait une formule heureuse pour associer les Tahitiens au gouvernement de leurs pays et aurait pu, intelligemment dirigée et prise au sérieux, mener à bien leur éducation politique. En ce qui concerne la nomination des chefs de districts, l’article 10 de la Convention portait qu’elle « était faite par la Reine et le Commissaire du Roi, sur la proposition des Hui-Raatira, des notables ». Ces nominations furent souvent des causes de conflit, chacun voulant assurer des charges à ses candidats propres. La Reine refusait de sanctionner des nominations à des postes sur lesquels elle prétendait que sa famille possédait des droits. Page, en 1854, publia des nominations sans le consentement de la Reine. Du Bouzet fit de même en 1858. L’usage s’établit donc de considérer les districts plutôt comme des unités administratives que comme des apanages destinés à des familles alliées entre elles. Le gouvernement, par ailleurs, ne tenait pas à ce que certains membres de la famille Pomaré, alliés à des Anglais ou à des Allemands, puissent acquérir des droits sur les terres, ce qui aurait permis à des étrangers d’influencer les chefs et de gêner l’administration. La Reine touchait du gouvernement français une subvention de 25 000 F, à laquelle s’ajoutait une liste civile de 7 000 F. La rétribution des chefs s’échelonnait de 1 800 F pour les membres de la famille Pomaré à 300 F aux chefs des Tuamotu. Le régent Paraita touchait 5 000 F de pension. En 1858, l’état général des traitements de l’administration indigène du Protectorat, pour Tahiti et Moorea, s’élevait à 88 180 F. En 1864, ces mêmes dépenses montaient à 183 799 F. Plus de la moitié des sommes allouées étaient acquittée par la caisse de l’administration française, les ressources du budget indigène — impôts personnels et amendes, rachat des journées de travail dues — ne s’élevant qu’à 79 000 F. La contribution des Tahitiens aux revenus locaux restait donc — faute d’un état civil complet et de percepteurs efficaces — singulièrement restreinte et irrégulière. Les 104 000 F de déficit de 1864 représentait le prix payé par la France pour garder le contrôle des affaires des districts par l’intermédiaire de la Reine, des conseils de district et des tribunaux. A trente-six ans, voici comment elle apparaissait à une musicienne anglaise : « Pomare sat on palm-mats, in an apartment adorned with chintz, but scantily furnished. A badly painted picture hang on the wall behind her ; two ladies-in-waiting squatted at her side, and fanned her with ostrich-feathers. Pomare, about thirty-six years old, is rather tall ; her frame noble and wellshaped ; and her deportment not without majesty. Her features, full of expression, shew traces of great beauty, though her thick lips and yellowish-brown complexion detract from the effect. Her rich dark hair was confined on the top of the head by a large comb, and her brow was adorned with a simple gold circle. Her muslin robe of light-blue colour, wide on the shoulders and drawn close round her waist, reached scarcely beyond her knees; her arms and feet were bare, adorned with corals and shells; and her great-toe was dyed of a red hue, encircled with gold rings» (Mishka Hauser, The first concert in Tahiti, Chamber’s journal. London, June 2, 1855, p. 338). Voici comment un journaliste décrit Pomaré en 1844 : « Pomaré, cette Reine dont on a tant parlé en France, est assez haute de stature pour une femme, mais elle est fort grosse et massive ; de très beaux yeux cependant la relèvent… La première fois que je l’ai vue, je ne me serais pas douté qu’elle était la Reine de ces lieux. Elle était vêtue absolument de la même manière et des mêmes étoffes de coton que les Tahitiennes les plus vulgaires. Ses jambes, ses pieds étaient nus… Vêtue d’une simple chemise, elle allait avec les autres femmes à bord des navires baleiniers qui mouillaient à Papeïti, et, toute la journée, elle se baignait sans distinction avec elles. On la reconnaissait pourtant à une suite nombreuse de princesses, de dames d’honneur et de courtisanes qui l’accompagnent toujours » (cité par Caillot, Polynésie orientale, p. 243, note). Évidemment c’est un autre aspect de la Reine qui est noté par le gouverneur, en 1847 : « Pomaré est, pour une Tahitienne, une femme fort distinguée. Ses fréquentations avec les représentants des puissances étrangères et les traitements qu’elle a reçus lui ont donné le sentiment de sa position et de sa dignité. Elle a sur sa famille et sur son peuple le plus grand pouvoir. Elle accorde peu et veut beaucoup obtenir. Paraissant peu se soucier des honneurs, elle y est néanmoins très sensible, et tient à l’observation des formes extérieures qui doivent donner une idée de sa puissance et de sa dignité. Malgré son désir d’exercer d’elle-même le pouvoir, elle le laissera toujours en d’autres mains, faute d’aptitude à un travail régulier, surtout si on a soin de ménager son amour-propre. Son caractère facile à impressionner ne permet pas de lui laisser recevoir des inspirations quotidiennes. Elle pratique la religion réformée, plutôt pour l’exemple que par dévotion réelle » (Notes de Bruat à Lavaud, mai 1847, Archives de la France d’Outre-Mer). Vingt ans plus tard le gouverneur de La Richerie écrira : « La reine Pomaré est âgée de 53 ans. Son port est plein de dignité. Elle est entièrement habillée à l’européenne, et lors des cérémonies publiques, elle revêt des robes confectionnées avec les plus belles étoffes de Lyon. Elle ne comprend pas du tout la langue anglaise. Elle entend un peu le français, mais ne le parle pas… » Pierre Loti nous a laissé dans le Mariage de Loti une description de la Reine quelques années avant sa mort. « Cette femme m’apparaissait vêtue d’un long fourreau de soie rose, sous les traits d’une vieille créature au teint cuivré, à la tête impérieuse et dure. Dans sa massive laideur de vieille femme, on pouvait démêler encore quels avaient pu être les traits et le prestige de sa jeunesse, dont les navigateurs d’autrefois nous ont transmis l’original souvenir… » Dans le même roman, Loti nous a raconté sa visite à la Reine, un soir de réception : « Au fond du salon, sous un portrait en pied d’elle-même, où un artiste de talent l’a peinte il y a quelque trente ans, belle et poétisée, était assise la vieille Reine, sur son trône doré, capitonné de brocart rouge. Elle tenait dans ses bras sa petite-fille mourante… La vieille femme occupait toute la largeur de son siège par la masse disgracieuse de sa personne. Elle était vêtue d’une tunique de velours cramoisi ; un bas de jambe nue s’emprisonnait tant bien que mal dans une bottine de satin… Dans cette vieille figure ridée, brune, carrée, dure, il y avait encore de la grandeur ; il y avait surtout une immense tristesse… » Hormis ce portrait peu flatteur — cinq fois la qualification de « vieille » adressée à Pomaré en moins de deux pages ! — Loti ne nous a laissé qu’un détail pittoresque concernant la Reine, sa passion pour les cartes : « Pomaré, dont un des passe-temps favoris était le jeu d’écarté, était extraordinairement tricheuse, elle trichait même aux soirées officielles, dans les parties intéressées qu’elle jouait avec les amiraux ou le Gouverneur, et les quelques louis qu’elle y pouvait gagner n’était certes pour rien dans le plaisir qu’elle éprouvait à rendre capots ses partenaires. » Pomaré IV mourut le 17 septembre 1877 à 8 h du matin. Elle était atteinte d’une lésion grave au cœur qui lui avait occasionné déjà plusieurs attaques sérieuses d’angine de poitrine. La Reine fut embaumée par son ami le Dr Chassaniol qui, pour ce faire, place son corps dans un cercueil en plomb, sur une couche de charbon de bois pulvérisé mélangé de sulfate de fer qu’il arrosa d’acide phénique. Une fois scellé, ce premier cercueil fut introduit dans un second en bois de tamanu. La Reine resta exposée pendant plusieurs jours, afin de permettre aux habitants des archipels voisins de venir assister aux funérailles. « Les obsèques ont eu lieu le samedi 22 courant au milieu d’un grand concours du peuple. Le convoi funèbre est parti de Papeete pour Papaoa à 5 h 45 du matin. Le trajet s’est effectué à pied par tout le monde. Le deuil était conduit par l’amiral Serre, commandant en chef, et le prince héritier Arii Aue. Les honneurs militaires d’usage ont été rendus par les compagnies de débarquement de la division navale et les troupes de notre garnison. Le temps, qui avait été pluvieux une partie de la nuit, s’est maintenu au beau pendant toute la durée de la cérémonie. » Signe des temps ! Le Messager de Tahiti, pourtant journal officiel des Établissement Français de l’Océanie, qui consacrait les semaines précédentes des colonnes au Bal à bord de la « Magicienne », à une visite du lac de Vaibiria ou à la Distribution des Prix de l’Œuvre des Apprentis, ne trouve que cette note sans titre de neuf lignes pour rendre compte des obsèques de la Reine ! Mais il signale, aussitôt après « qu’une pluie vraiment diluvienne a signalé l’après-midi du samedi 22 septembre » et que « deux forts coups de tonnerre se sont fait entendre pendant la nuit ». Dès le lundi 24, l’Assemblée législative tahitienne se réunissait qui, sur la proposition de l’amiral Serre, faisait reconnaître Arii Aue comme roi de Tahiti sous le nom de Pomaré V, et réglait l’ordre de la succession au trône. DESCENDANCE. — Quand on l’étudie avec des vues d’officier d’état civil français, la descendance de la reine Pomaré apparaît assez imprécise. Teuira Henry, dans son Ancient Tahiti, donne une liste, p. 249, que nous avons généralement suivie, encore qu’elle ne soit pas toujours d’accord avec les Mémoires d’Ariitaimai, ni avec certains historiens, par ailleurs bien informés, comme Cuzent, Caillot ou Vernier. Pomaré, à l’âge de 8 ans, avait été fiancée publiquement, en grande pompe, à Huahine, à Tapoa, âgé de 17 ans, petits-fils de Fenua Peho, conquérant célèbre. C’est dans cette même île qu’ils se marièrent en décembre 1822. A la suite de revers militaires, Tapoa revint à Tahiti où Pomaré qui n’en avait pas eu d’enfants, le répudia. Après ce divorce, Pomaré se remaria, en 1834, à Tenania, 1821-1883, appelé aussi Ariifaite a Hiro. De cette union, Teuira Henry mentionne « tout d’abord trois enfants qui moururent jeunes », puis, Ariiaue, né à Motu Uta, Papeete, le 12 août 1839 (Henry) ou 1835 (Cuzent), décédé à Papeete d’une phtisie pulmonaire, célibataire et syphilitique, le 13 mai 1855. Cuzent (Voyage aux îles Gambier, p. 127) donne une extraordinaire relation des funérailles, que complète celle du Messager de Tahiti du 27 mai. — Teratane, né le 3 novembre 1839 à Taravao. Prend à la mort de son frère aîné le nom d’Ariiaue, et règne sous le nom de Pomaré V. — Tearii Maeva Rua, née à Raiatea le 23 mai 1841 ; elle vivra avec Tapoa, le premier mari de sa mère, à Bora Bora. Nommée reine de cette île le 26 juillet 1860 ; sacrée le 3 août suivant par le Rev. Platt sous le nom de Maevarua I ; épouse Temauiarii, fils du grand chef de Faaa ; décédée sans enfants en 1873 (Caillot, Deschanel, Henry) ou 1878 (Cuzent). — Tamatoa, né le 23 septembre 1842, sera couronné roi de Raiatea en 1857, meurt le 30 septembre 1881. — Teriitapunui, 1846-1888, né le 20 mars 1846 à Raiatea. Il sera grand chef du district de Mahina et président de la Haute Cour tahitienne. Acquis aux idées françaises, il contribua beaucoup à en répandre l’influence dans les îles de la Société. Signe, le 29 juin 1880, la déclaration de cession de Tahiti à la France par son frère le roi Pomaré V. Il mourut le 17 septembre 1888 à Arue « unanimement regretté par les Tahitiens qui ont toujours trouvé en lui un chef bienveillant, et par les Français qui ont gardé le souvenir des services qu’il a rendus à leur cause » (Messager de Tahiti, 27 septembre 1888, p. 244). Il boitait et touchait une pension de 6 000 F du gouvernement français. De son union, en juin 1862, avec Teriinavahoroa, fille du chef Mano, de Tautira, est né, en 1873, un enfant Teriinavahoroa, mort en bas âge. — Teriitui ou Tuavira, prince Joinville, 1847-1875. ICONOGRAPHIE. — Au moment de l’affaire Pritchard, les journaux de l’époque, tant en France qu’en Angleterre, donnèrent quelques images de la reine Pomaré. La plus célèbre représentation de la Reine à cette époque est une gravure de Baxter. Elle nous montre la Reine, habillée d’une robe de soie bordeaux, décolletée, à manches larges, assise, entourée de son mari et de ses enfants, sous la véranda de son palais, pendant que sur la plage de Papeete débarquent les sapeurs et les fantassins de l’amiral Dupetit-Thouars. Huit ans plus tard, en 1851, le peintre Charles Giraud reçut du gouvernement français la commande d’un portrait de Pomaré. Ce portrait figure actuellement au musée de Papeete. On en connaît une réplique au musée de la France d’Outre-Mer. La Reine est figurée de face, le coude droit appuyé sur un socle recouvert de draperie, la main tenant un éventail. Elle est vêtue d’un fourreau de soie rose et porte une couronne de fleurs. En 1872, Loti dessinera une reine Pomaré qui figure dans l’édition du Mariage de Loti, p. 166. Mais nous sommes déjà à l’époque de la photographie qui nous vaut une relativement abondante iconographie. Plusieurs portraits quasi-officiels existent, nous montrant une Reine de moins en moins décolletée, s’épaississant de plus en plus, et dont le visage, sous les bandeaux plats, s’élargit et se durcit. C’est la tête du portrait officiel que reproduit Hoare dans le dernier montage photographique de la famille royale. Ce montage a reproduit également le prince Ariifaite a Hiro qu’on trouve assez souvent, aux côtés de son épouse, en tenue de général et un sabre à la main.

Bibliographie. Hormis les quelques souvenirs personnels écrits au lendemain de sa mort par G. Pritchard : Queen Pomare and her country, London, 1878, 96 p., la vie de la reine Pomaré et son long règne n’ont jamais donné lieu à un travail historique d’ensemble. Sa correspondance n’a pas été publiée. Par contre les ouvrages et articles qui intéressent épisodiquement son action politique sont innombrables et tous les voyageurs qui se sont succédés à Tahiti de 1840 à 1880 parlent d’elle. Voir parmi les historiens : E. Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, 1910. — Vincendon-Dumoulin et Desgraz, Iles Taïti, 1844, 2 vol. — L.Jore, L’Océan Pacifique, 1959, 2 vol. — L’écrivain Jean Dorsenne a écrit une vie anecdotique et romancée de la Reine sous le titre : C’est la Reine Pomaré, Paris, 1934. — La généalogie la plus accessible des Pomaré se trouve dans Teuira Henry, Ancient Tahiti, Honolulu, 1928, p. 247-273, en français : Tahiti aux temps anciens, Paris, 1951. Ici ou là, des articles qui apportent quelques indications utiles : Y. Malardé, Attributs royaux de la famille Pomaré (B.S.E.O., 1931, n° 41, p. 204-209) et Le Palais de la Reine Pomaré (Id., 1939, n° 65, p. 129-133, avec un plan). O’Reilly, Iconographie de Pomaré, Reine de Tahiti (Bulletin du vieux papier, janvier 1963).

POMARÉ V (1839-1891)

Roi de Tahiti.

Fils de la reine Pomaré. Né le 3 novembre 1839, à Taravao (Afaahiti), sous le nom de Teratane. Prend, à la mort de son frère aîné, le nom d’Ariiaue. Le 24 septembre 1877, deux jours après l’enterrement de sa mère la reine Pomaré, l’Assemblée législative tahitienne, en sommeil depuis plus de dix ans, était convoquée par l’amiral Serre qui, voulant éviter les remous politiques qu’aurait pu occasionner un changement dynastique auquel semblait songer la mission protestante, brusqua les choses. L’amiral faisait mettre les troupes sous les armes devant le palais de justice ; les autorités françaises et indigènes étaient réunies dans la grande salle du bâtiment : l’amiral, ayant Ariiaue à sa droite, lisait au peuple une proclamation traduite par l’interprète Barff ; elle se terminait en ces termes : « Et saluez avec moi Pomaré V, roi des îles de la Société et dépendances ! » C’est en vain que le pasteur indigène Maheanuu, oncle par alliance de la reine Marau, essaye de protester au nom de l’opposition ; à ce moment la musique joue l’air tahitien et les canons tirent une salve de vingt et un coups. Les voix des opposants sont étouffées et le Roi, l’amiral et les assistants passent devant les troupes pendant que la population acclame Pomaré V ». (Caillot, Polynésie orientale, p. 306). La même assemblée fixe nominalement l’ordre de la succession au trône. Pomaré avait épousé, le 11 novembre 1857, à Huahine, Temarii a Teururai, fille aînée du roi et de la reine Ariimate. Cette princesse, élevée sous la direction du missionnaire Orsmond, parlait bien anglais et possédait d’éminentes qualités. N’appréciant pas les mérites de sa femme, Pomaré divorça le 5 août 1861. Deux enfants, nés de cette union, moururent en bas âge. Quinze années, Pomaré mènera une vie de plaisir. Le 28 janvier 1875, on lui fait épouser sa petite cousine Joanna Marau Salmon, 1861-1935, troisième fille d’Alexandre Salmon. C’était une union de pure convenance politique : Pomaré IV voyait là une « fin » conjugale pour son fils ; la mission protestante, une reprise possible de son influence politique et la famille Brander, une accession probable vers la royauté. En homme avisé, Me Vincent, qui avait rédigé le contrat de mariage, y avait inséré une clause portant que les époux « ne seront pas tenus par les dettes l’un de l’autre, antérieures au mariage » et également que Marau « pourrait reprendre son trousseau lors de la dissolution de la communauté ». La vie commune des époux fut en effet de très courte durée. Marau s’en retourne bientôt chez sa mère et Pomaré à sa maîtresse, Miriama Puru, bientôt supplantée par la belle-sœur du Roi, la veuve du prince Joinville après le décès de celui-ci en 1875. En 1879, d’après un rapport de Planche, « le Roi fait à Marau une pension de 300 F par mois. Elle possède en propre la jouissance des revenus de trois terres sises à Moorea. Elle a en outre la jouissance complète de la maison du Roi et de ses serviteurs. La Reine préfère passer son temps soit dans sa famille, soit chez des amies qui habitent aux environs. En somme, conclut le Gouverneur, il existe entre eux une entente aussi complète qu’elle peut exister, eu égard à leur éducation respective et à la manière dont leur mariage a été accompli » (Lettre de Planche au Ministre, 3 janvier 1879, archives de la France d’Outre-Mer). Le 9 mars 1879, Marau étant accouchée d’une fille, Pomaré refusa de la reconnaître : « Cet enfant n’est pas de moi… Il ne convient pas qu’il me succède dans mes biens, dans mes terres et dans ma fonction » (4 avril 1879). Ce refus était inopérant car, aux yeux de la loi française, cet enfant, né dans le mariage, devait porter le nom de Pomaré et le titre de princesse. Mais devant le refus, l’enfant doit être déclaré et enregistré d’office par la voie du tribunal. « A partir de ce moment, Marau ne rencontra plus son mari que dans les réceptions officielles et, sans lui parler, elle se bornait à le saluer » (Cuzent). Après trois ans de règne, le 29 juin 1880, Pomaré V faisait don de ses états à la France. A Paris, le ministère se montrait inquiet des menées de l’Allemagne dans les îles de l’Océanie dont les projets alors en cours sur le canal de Panama augmentaient l’intérêt. L’amiral Jauréguiberry fit pressentir le roi Pomaré, par le commandant Planche, relativement à la remise de son pouvoir entre les mains des autorités françaises. La première ouverture en ce sens fut sans succès. « Tout cela pour changer de pavillon, aurait répondu le Roi. Non, je ne veux pas ! » Une pétition réclamant l’annexion, que Planche fit circuler parmi les chefs de districts de Tahiti, irrita même le Roi. Le successeur de Planche, le commandant Isidore Chessé, arrivait à Papeete le 24 février 1880. Le 29 mars suivant, Pomaré, partant faire une tournée aux îles Sous-le-Vent, confiait au Gouverneur français, pendant son absence, le gouvernement et l’administration de Tahiti. « Au retour du Roi. Chessé lui représenta l’avantage qu’il y aurait à rendre définitive cette renonciation temporaire. Puis il lui parla de différents projets mis à l’étude, réunion du budget local au budget indigène, création d’un conseil colonial… » Le Roi n’avait aucun héritier direct — il venait de refuser de reconnaître la fille de Marau ; — il marquait peu de goût pour les affaires publiques ; sa santé était mauvaise ; de lourdes dettes compliquaient sa vie privée. Il reconnaissait également que son pays était entraîné vers une civilisation dont il comprenait la nécessité sans pouvoir en diriger l’évolution. Par contre, il lui répugnait de penser qu’il ne serait plus rien à Tahiti, ne serait plus salué à coups de canon lorsqu’il irait à bord des navires de guerre… Chessé assura le Roi que la France lui ferait une pension supérieure à sa liste civile actuelle et qu’il serait possible de lui conserver personnellement tous les honneurs et préséances de la royauté. Poussé par les conseils de son ami, A. M. Poroi, de son avocat, Me Goupil, le roi finit par se décider, mais ne voulut pas signer la donation sans le consentement des chefs. L’assentiment de quelques-uns pouvait être difficile à obtenir, circonvenus qu’ils allaient être par le chef de la mission protestante, absolument hostile à l’annexion. La promptitude et le savoir-faire du Commandant déjouèrent toutes les oppositions. Les chefs furent invités à se rendre d’urgence à Papeete où le Gouverneur les accueillit en son hôtel le 29 juin à 8 h du matin. Une heure après était signée, sous la forme d’une déclaration, l’acte établissant la réunion à la France des îles de la Société et dépendances. Pomaré V, Roi des îles de la Société et dépendances, y déclarait : « Parce que nous apprécions le bon gouvernement que la France a donné aujourd’hui à nos états, parce que nous connaissons les bonnes intentions de la République française à l’égard de notre peuple et de notre pays… voulant donner au Gouvernement de la République une preuve éclatante de notre confiance et de notre amitié, déclarons par les présentes… remettre complètement et pour toujours entre les mains de la France et le gouvernement et l’administration de nos états, comme aussi tous nos droits et pouvoirs sur les îles de la Société et dépendances… » Après la signature de Pomaré, on trouve au pied de l’acte celle de vingt chefs de Tahiti, celle aussi des interprètes. J. Cadousteau et A. M. Poroi, celle enfin de X. Caillet, inspecteur des affaires indigènes. Le gouverneur Chessé lut ensuite une proclamation déclarant que, « sauf la réserve de la ratification par le Gouvernement français, les îles de la Société et dépendances étaient réunies à la France ». L’après-midi du même jour, à midi, sur la place Bruat, devant tous les officiels réunis, le drapeau français était hissé à un mât de pavillon dressé au bord de la mer, par deux chefs tahitiens au cri répété de « Vive la France ! ». Avant l’envoi du pavillon, le Commandant avait lu une proclamation où il disait notamment : « Désormais nos deux pays n’en font qu’un… Le roi Pomaré conserve toujours son titre de roi… Le respect et l’affection dont il sera entouré seront plus grands encore que par le passé… De ce jour mémorable date une ère nouvelle de progrès et de prospérité digne de l’époque qui verra s’abaisser la barrière de Panama, qui fera de Tahiti la relâche naturelle de toute la navigation à vapeur transpacifique… » Chessé annonçait finalement aux Tahitiens que « le Roi leur faisait remise de l’impôt de la liste civile, qui désormais ne serait plus perçu ». M. Poroi, porte-parole du Roi, demanda que l’on vit dans cet acte solennel « un témoignage de reconnaissance et de confiance… à la nation qui, depuis près de quarante années, nous couvre de sa protection »… Et il termina en disant : « Nous étions déjà tous français de cœur, nous le sommes aujourd’hui en fait ! » Tout Tahiti assistait à la cérémonie et la liesse populaire était grande. On remarquait seulement l’absence du consul britannique et du chef de la mission protestante, le pasteur Viénot. Les Muses joignaient leurs voix à celles des orateurs et l’on pouvait lire dans le Messager de Tahiti du 16 juillet : Pomaré V ! ta gloire à la nôtre est unie ; Ton peuple grandira sous de loyales mains. Nos ancêtres aussi, dans une heure bénie, Illustrèrent la Gaule à la voix des Romains (Louis Vallès). Les relations n’étaient alors pas rapides avec la France : le 14 octobre, le commandant Chessé ignorait encore la manière dont Paris avait envisagé l’annexion. Finalement, le 30 décembre 1880, le Sénat et la Chambre des Députés déclarèrent définitivement Tahiti colonie française et, le 1 janvier 1881, la loi portant ratification de la cession faite à la France était promulguée au Journal Officiel. Il résultait du nouvel état de choses que « la nationalité française était acquise de plein droit à tous les anciens sujets du roi de Taïti ». Le Commandant de Tahiti fut informé de la ratification et, le 24 mars 1881, il promulga la loi dans le Journal Officiel de la colonie, offrant à cette occasion un grand banquet à l’hôtel du gouvernement. Cette fois, c’est l’Américain Atwater qui s’était fait excuser. Il avait épousé la sœur de la reine Marau… Pour parfaire son œuvre, Pomaré abolit en 1885 la coutume des teuteu Arii, les serviteurs du roi. La France s’était engagée à payer les dettes de la couronne, à terminer à ses frais la construction du Palais royal et à en assurer l’ameublement. Par ailleurs, Pomaré était assuré d’une pension annuelle et viagère de 60 000 F. La reine Marau, les frères du Roi et la princesse Joinville émergeaient chacun pour 6 000 F. Le jeune prince Hinoi devait être élevé aux frais du gouvernement français. Voici comment A. Mathivet, alors directeur de l’Intérieur, décrit Pomaré à l’époque de l’annexion. « Pomaré V est un homme de quarante ans, grand et fort, un peu gros, dont la physionomie ne manque pas de caractère. Le front est vaste et découvert, le regard expressif, sérieux et doux ; le menton proéminent dénote la volonté. Le roi porte la moustache et il a assez grand air, ma foi, quand il passe son uniforme d’amiral et met sa croix de la Légion d’honneur. C’est un bon homme passablement déprimé par l’ivrognerie… Il ne faudrait pas en conclure qu’il manquât d’intelligence ou de sens. Fort bien doué, au contraire, il sait, même au milieu de ses orgies, conserver une présence d’esprit extraordinaire et un sentiment très net et très juste de la valeur des gens qui l’entourent. Il parle assez couramment le français et l’anglais. Il aime la France ; il n’en aime pas moins sa terre natale devenue française et ses anciens sujets… La maison du roi est tenue par sa belle-sœur, la princesse Joinville. Il a auprès de lui son neveu, le prince Hinoi et sa femme, la petite reine de Bora Bora… Auprès du roi vit un vieux Tahitien, Pai a Vetea qui a fait partie à plusieurs reprises du conseil colonial… Les Tahitiens aiment leur roi, même déchu. Chaque année celui-ci fait dans les districts une promenade intéressée. Pendant un mois, il va de chefferie en chefferie, assistant à des repas d’ogre et recevant des cadeaux de toutes mains, petits et gros cochons, chevaux, etc… Les himenés sont convoqués en son honneur et l’on danse, en petit comité, une upa upa discrète » (La Nouvelle Cythère, p. 7780). « Son abord était facile et bienveillant, dira un autre témoin, et Pomaré était très aimé de tous ceux qui l’approchaient. » Pomaré mourut le vendredi 12 juin 1891, à Papeete. « Aussitôt après le corps fut exposé dans la grande salle du palais où de nombreux visiteurs affluèrent… Des canons sur leurs affûts gardaient l’entrée du palais dont la façade était tendue de draperies noires… Le samedi, le corps fut mis en bière. Le cercueil était recouvert d’un drap de soie blanche sur lequel se détachait en noir le chiffre de la famille et les insignes de la royauté. Sur le catafalque était placé le pavillon rouge et blanc des Pomaré… Le lundi soir… eut lieu la cérémonie religieuse… Les prières publiques et des discours furent prononcés par les pasteurs Viénot, Vernier, Brun, Deane » (Caillot, Polynésie orientale, p. 322-323). Gauguin, à Tahiti depuis peu, écrit à sa femme à ce sujet : « Le Roi est mort quelques jours après mon arrivée ; pour ses funérailles, il a fallu attendre que tout le monde dans l’île et les îles voisines soit prévenu. Tu ne peux t’imaginer cet enterrement ; chaque village, groupé sur l’herbe le soir, chantait à tour de rôle leurs fameux hyménés… Le char, tout couvert de fleurs, était traîné par des mules que l’artillerie avait habillées de filets en laine noire. Arrivés au tombeau, dans un bois, les pasteurs et les chefs ont fait des discours en tahitien » (Lettre à sa femme, juillet 1891.) Ces funérailles eurent lieu le mardi 16 juin. A Arue, au tombeau des Pomaré, une tribune tendue de noir avait été dressée. Le pasteur Vernier y prit la parole, rappelant les dernières paroles du monarque, « recommandant au peuple tahitien de fuir la débauche ». Plusieurs autres discours furent prononcés ; le plus remarqué fut celui du gouverneur Lacascade, traduit par l’interprète Cadousteau. Le jeudi 18 juin, dans la cour du palais royal, en présence du gouverneur et de certains chefs de district, le prince Hinoi amenait lui-même le pavillon du Protectorat pendant que la troupe présentait les armes et que les clairons sonnaient au drapeau. Ce pavillon, que le vieux chef Terii Nohorai embrassa en pleurant, fut ensuite remis au gouverneur qui le confia à la Vire, Cdt Dupré, en partance pour la France. Ce pavillon qui, d’après les auteurs, figure au Musée des Invalides, en fait, n’y est pas conservé. Suivant un vieil usage tahitien, la coutume voulait, lors d’un deuil royal, que les indigènes se coupassent la chevelure, se rasant la tête, ne laissant qu’une sorte de couronne, analogue à celle des chartreux. Avant de mourir, Pomaré avait exprimé le désir que cette prescription ne soit pas observée. — Il était officier de la Légion d’honneur et officier du Mérite agricole. Pomaré avait épousé en 1857 Temarii a Teururai. Le divorce fut prononcé en 1861. Le mariage avec Joanna Marau Salmon (voir à ce nom) en 1875 fut également rompu par un divorce prononcé en 1887. Encore qu’il ait été condamné à leur payer une pension alimentaire, le Roi n’avait jamais consenti à reconnaître les enfants de sa femme. En 1935, un comité se constituait à Tahiti pour l’érection d’un buste de Pomaré à Papeete. Une fête destinée à recueillir des fonds fut donnée à ce propos en 1939. Le sculpteur Abel fut chargé du projet. Il existe une maquette en plâtre du monument entier : elle prévoit, sur un piédestal de deux mètres de haut, en pierres de parement de marae, un buste de 0,75 m en syénite blanche de Papenoo. Le bloc de syénite fut extrait dans la vallée de Papenoo par la voirie de Papeete, sur les indications de M. Jay. Le sculpteur exécuta ensuite, en terre, le buste grandeur définitive, puis il en tira un plâtre dont le comité prit livraison. Depuis cette époque, le projet semble avoir été abandonné comme manquant d’opportunité politique. — Il existe une photographie montrant un groupe que préside Pomaré, prise le 29 juin 1880, jour où le Roi faisait don de ses états à la France. On y voit le Roi assis au côté du gouverneur de Chessé et entouré de tous les chefs ayant donné leur agrément à l’acte royal. Nous n’avons jamais rencontré un exemplaire de ce cliché portant au dos mention du nom des chefs présents. Une telle nomenclature aurait été une intéressante base pour l’identification des chefs notables de l’époque. On possède un dessin au crayon de de Jonquières, représentant Pomaré V, Roi de Tahiti. On connaît plusieurs photographies officielles du Roi. Une série où il figure revêtu d’un uniforme à broderies et à épaulettes, ceinturé d’une écharpe, la main gauche appuyée sur un sabre ou portant un chapeau, ne sont pas les plus avantageuses, encore que le visage soit intelligent, autoritaire et les mains très fines. Le portrait devenu officiel et dont la tête figure notamment dans le montage d’Hoare nous représente un prince plus débonnaire et portant la croix d’officier de la Légion d’honneur sur le revers d’un uniforme à épaulettes.

Bibliographie. Beaucoup de détails sur le Roi et tous les documents officiels concernant sa reconnaissance en 1877 et la donation de Tahiti à la France en 1880 figurent dans Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, Paris, 1910. — Voir aussi G. Cuzent, L’archipel des îles de la Société, l’Annexion de Taïti à la France, Brest, 1885, 97 p., tiré à part d’articles parus dans le Bulletin de la Société académique de Brest. Cuzent avait été à Tahiti, mais tout ce qui concerne la vie privée du Roi lui a été communiqué par le Dr Chassaniol, médecin de la famille royale. — M. Brault, La reine Pomaré (Les Contemporains, 23 août 1896) est superficiel, mal informé et fort sujet à caution. — Paul Deschanel, La politique française en Océanie, Paris, 1886, écrit d’après des documents et les rapports du Ministère des Colonies, est assez malveillant pour Marau et sa famille. — On trouvera un compte rendu de la journée du 29 juin 1880 sous la signature de Ch. Crochet, dans le Messager de Tahiti du 2 juillet, p. 128-130 ; sur la mort et les obsèques du Roi, voir l’Illustration, n° des 15 août et 18 septembre 1891. Ces numéros contiennent d’intéressantes illustrations : le Roi, son catafalque, le palais royal, la cérémonie du pavillon du Protectorat amené. Ce dernier dessin, officiellement une composition d’après des photographies Spitz et Hoare, est d’ailleurs un pur trucage photographique utilisant un cliché de 1880. — Le Messager de Tahiti, n° du vendredi 12 et du samedi 20 juin 1891. — X. Caillet, Lettre de Tahiti (Bulletin de la Société bretonne de géographie, 1891, p. 205-206). — Sur les conditions dans lesquelles Hinoï amena le pavillon de Tahiti, voir : A. M. Poroï, Lettres à M. Chessé (B.S.E.O., n° 69, juin 1943, p. 301-304). — Soirée de gala, pour l’érection du monument au roi Pomaré V, Papeete, 1939, 4 p.

POMARÉ Ariipaea (1898-1947)

Plus connu sous le surnom abréviatif de Paea.

Fonctionnaire. Ariipaea Tetupuiariki Temanutuanuu Tinorua naquit le 1 février 1898 à Papeete. Fils naturel, reconnu par son père, le prince Hinoï, d’une union avec Rute a Ahuura, le 17 janvier 1900. Appelé sous les drapeaux le 1 mai 1917. Il participe à la Première Guerre mondiale avec le Bataillon du Pacifique. A son retour, cet ancien combattant recevra un poste de facteur. Il exécute d’abord ses tournées avec une fantaisie trop tahitienne, oubliant de distribuer les correspondances, mais bientôt il s’améliore considérablement, sa tenue est excellente et il est noté comme « un très bon facteur, très dévoué, très serviable et actif » (1937). C’est un homme fort populaire à Papeete qui connaît tout le monde et qui distribue les lettres en accompagnant ses visites de chants et de sonneries. Il est décédé le 26 juillet 1947. Le Gouverneur sera représenté à ses obsèques et on loue « son grand attachement à la France qu’il a servie sous l’uniforme bleu horizon et comme fonctionnaire, parvenu au sommet de la hiérarchie de son grade. » — Il s’était marié, en 1930, et avait eu douze enfants ; l’aînée, Elina, 1920, institutrice épouse Maurice Boucard en 1943.

POMARET, Louis ROUSSET de (1852-1924)

Pasteur missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris.

Né à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes) le 28 juin 1852, dans une famille catholique. Étudiant, l’assistance à un culte protestant le remua profondément et donna une nouvelle orientation à son existence religieuse. Il entra à l’Institut biblique de Sainte-Philomène, près de Nice, où plusieurs années il subit l’influence du pasteur Pilatte. Ses études achevées, il reçut la consécration pastorale, se maria à une Suisseuse, Clara Buol, 1855-1930, et alla offrir ses services à la Société des Missions Évangéliques de Paris qui, après l’avoir fait agréer par le gouvernement, l’envoya à Tahiti en 1883. Nommé pasteur de l’arrondissement sud de Tahiti, comprenant neuf paroisses indigènes, il se fixa à Mataiea, district situé à 43 km de Papeete, et où il devait séjourner plus de vingt ans. Il s’attacha à organiser et à discipliner ces paroisses, parfois assez indépendantes, à cause de leur éloignement des pasteurs de Papeete. Il y réussit parfaitement, non sans connaître lui-même, vis-à-vis de la Société des Missions, une crise d’indépendance, qui fera que, six années durant, de 1892 à 1898, à la suite de pénibles dissentiments, le lien sera rompu entre le pasteur de Mataiea et la Société des Missions. La bonne entente ne fut complètement rétablie qu’en 1898. Il prendra une part importante à la fondation de la classe théologique ou école pastorale, qui avait été confiée à M. Brun pour la fondation des pasteurs indigènes. En 1900, au départ du pasteur Brun de Moorea, on confia à M. de Pomaret l’école pastorale qu’il installa à Mataiea. Il devait la diriger non seulement à Mataiea jusqu’en 1906, mais aussi au chef-lieu, lorsque, au départ de M. E. Vernier, il fut nommé à ce poste principal, et où l’école pastorale devait le suivre. En 1909, il fit une grande tournée des Australes, des Gambiers, des Marquises sur la Croix du Sud, tournée sur laquelle il publie un Rapport. L’administration, à cause de la loi de séparation, ayant refusé de donner un successeur à M. Vernier, le pasteur de Pomaret restera seul pasteur officiel pour toute l’île ; résident à Papeete à partir de 1908. Son activité fut désormais très grande — une véritable « bousculade » comme il avait l’habitude de le dire — car il dut faire face à une triple charge ; la paroisse indigène de Papeete, la présidence du Conseil supérieur des Eglises tahitiennes (1907-1924), l’école pastorale enfin. « C’était un petit homme nerveux, très intelligent, très actif, très bon, très dévoué. » Il était attaché à la langue tahitienne. Son enseignement comme sa prédication étaient axés sur la Bible qu’il connaissait dans tous ses détails. La génération de pasteurs qu’il a formée a été marquée par cet enseignement. Il jouissait à Tahiti d’une très grande autorité personnelle et, d’un tempérament combatif, il se signala par d’ardentes controverses soit avec le catholicisme, soit avec l’adventisme et le mormonisme. Sa notice biographique nous le montre « résistant aux assauts violents du catholicisme et de la libre pensée ». Il allait prendre sa retraite en 1924 lorsqu’une hernie étranglée l’emporta à Papeete, le 14 janvier 1924. Il n’avait fait qu’un seul voyage en France, de juillet 1891 à février 1892, pour la santé de sa femme. Celle-ci lui survécut six ans ; sans enfants, elle concentra son dévouement et son activité sur les femmes des futurs pasteurs. Sa maison était toujours ouverte aux Tahitiens ayant besoin de soins et elle diffusait la médecine homéopathique.

POMMIER, Joseph (1914)

Pilote aviateur et fonctionnaire.

Né à l’Isle (Vaucluse) le 28 novembre 1914. Arrive à Tahiti comme mécanicien volant de l’Aéronautique navale, le 13 août 1937, lors de la formation de l’Escadrille E 8 à Fare Ute. Participe au raliement des Etablissements français de l’Océanie à la France libre, en septembre 1940. Bricole un « pou du ciel » construit par Pierre Challier en y adaptant un moteur, sans parvenir à le faire voler. Combat comme pilote, commandant de bord, dans les Forces aéronavales de la France libre au cours de la seconde guerre mondiale, accomplissant 311 heures de missions de guerre. Reçoit à ce titre la Légion d’honneur, la Médaille militaire et la Croix de guerre avec plusieurs citations à l’ordre. Entre à « Air Tahiti » le 1er octobre 1950 et sert, sur des Catalinas, dans l’aviation commerciale comme pilote-chef de bord et totalise 6 000 heures de vol. Devient fonctionnaire dans l’aviation à partir du 1er février 1952. Il est titulaire de la médaille de la Résistance. De son union, le 13 septembre 1941, avec Tita Salmon, fille adoptive de la princesse Terii Nui o Tahiti Pomare, qui lui avait fait reconnaître juridiquement le titre de Princesse Pomare, sont nés : Eric Pomare, 1942, épouse à Montpellier en 1965 Anne-Marie Chieroni, d’où Catherine, 1966, Tamatoa, 1970. — Aitu Pomare, 1946, épouse en 1971 Nicole Nicolas. — Bruno Pomare, 1954.

PORCHER René (1913)

Fonctionnaire des PTT.

Né à Paris XVe, le 18 juin 1913. En poste à la Martinique, 1945-1948, puis en Nouvelle-Calédonie, 1950-1956. Arrive à Tahiti en 1963 comme Directeur de l’Office des Postes et Télécommunications de la Polynésie Française, service qui a été constitué comme organisme autonome en 1958 et dont M. Roméro fut le premier titulaire. Met en œuvre au sein de l’Office une politique d’automatisation du téléphone. D’abord à Uturoa en 1967, puis entre Mahina et Punaauia en 1969, achève le programme par la mise en place d’un central automatique à Moorea, interconnecté avec les centraux automatiques de l’île de Tahiti dont l’automatisation intégrale est prévue pour 1975. Ainsi, les 2/3 des habitants du territoire polynésien posséderont un téléphone automatique. Met en place, en 1964, un centre de chèques postaux pour la Polynésie française, service qui totalisait, en 1972 près de 7 500 comptes. Organise à Fare Ute un centre de Messageries Postales. A Papeete et dans les communes environnantes d’Arue, Pirae, Faaa et Punaauia, il est mis à la disposition du public 2 450 boîtes postales cependant que 15 agents distributeurs assurent la desserte du courrier aux usagers. Un début de décentralisation des services a été amorcé avec l’ouverture d’un bureau de poste à Pirae en 1972. Une trentaine de points de vente pour les timbres-poste, associés le plus souvent avec des boîtes aux lettres, ont été placés dans les secteurs urbains périphériques et dans la ville pour permettre à la clientèle d’affranchir et de déposer les correspondances hors des heures normales du service. Ces boîtes sont relevées chaque jour par les préposés distributeurs. Dans les districts, les mutoi ou les agents des nouvelles communes se chargent toujours de la distribution. R. Porcher a lancé un programme d’émissions philatéliques — une quinzaine de timbres par an — souvent l’œuvre d’artistes locaux et qui présentent les différentes activités du Territoire. Ces émissions connaissent le succès et rapportent bon an mal an 8 millions de francs CFP à l’Office sans parvenir pour autant à permettre l’équilibre financier d’un service d’ailleurs largement déficitaire par suite de l’étendue territoriale de ses obligations, déficit comblé par subvention du Ministère métropolitain des PTT. De son union, en 1934, avec Caroline Beaussire sont nés : Anne, en 1942 et, en 1945, Christian, directeur des Établissements M. Lasserre, épouse Maeva Rouleau, trois enfants, Philippe, Titaua, et Taiana.

PORI A TEPEVA (1888-195 ?)

Chef de district.

Né à Anaa le 1er avril 1808. Pori a Tepeva est le chef de district de Takaroa (Tuamotu) depuis 1905. Il est également chargé là-bas des fonctions de postier. Dans une île assez divisée par la présence des pasteurs mormons américains et où de très vieilles inimitiés familiale sont encore vivaces, Pori a Tepeva s’est montré pendant presque un demi-siècle, un très bon chef de district, écouté et respecté de l’administration, le seul homme que tous acceptent pour les diriger. Une fille Moeata a Tepori.

PORLIER, André (1934)

Instituteur et homme politique.

Né le 23 juillet 1934 à Papeete. Élu membre de l’Assemblée Territoriale pour les Tuamotu en 1957, il en est alors le plus jeune conseiller. A tenté de former des syndicats de plongeurs de nacre pour la commercialisation de leurs produits. Réélu à l’Assemblée en 1967 et en 1972, il sera également le premier maire de Rangiroa en 1972.

POROÏ, Adolphe Marouo (1844-1918)

Entrepeneur de bâtiments et de transports.

Né le 22 mai 1844 à Papeete. Fils de Gabrielli de Carpégna et de Fe Nuu Tafaratea Teina a Poroï. Élève du génie militaire à la sous-direction d’artillerie de Papeete. S’installe à Papeete comme entrepreneur en bâtiments. Gère son affaire avec tant de compétence qu’en 1900 son entreprise comporte, outre une forge et une charronnerie, plusieurs ateliers de menuiserie, d’ébénisterie, de charpente. Les ateliers Poroï occupaient, à la mort du propriétaire, les deux côtés d’un tronçon de la rue de l’Hôpital à l’endroit de son débouché sur la plage, sur une longueur de 50 m environ. D’un côté les ateliers, proprement dit, de l’autre la direction, les bureaux et la maison d’habitation, entourée d’un vaste jardin. Son entreprise était réputée dans les Établissements Français d’Océanie. Les apprentis sortis de ses divers ateliers étaient très recherchés par les entrepreneurs de Papeete. Ils devinrent eux-mêmes de très bons ouvriers, qui furent les constructeurs de certains édifices actuels de la ville. A. M. Poroï possède également, rue de l’Infanterie, une entreprise de transports de marchandises et de voyageurs. Ses écuries renferment de quarante à cinquante chevaux et mulets ainsi qu’un parc de nombreuses voitures, prolonges, calèches pour mariages, etc. Jusqu’en 1916 c’est lui qui sera chargé du transport de la poste du « tour de l’île ». « Tous les matins, lisons-nous dans l’Océanie française du 23 avril 1887, à 6 h, il part du magasin de M. Poroï, quai de l’Uranie, deux voitures, l’une se dirigeant sur Taravao, l’autre se dirigeant sur Papenoo dans la direction est. Les lundis, mercredis et vendredis, la voiture continue sa route jusqu’à Taravao. » Le tarif de Papeete à Taravao est de 16 F ; par la route est, 20 F. Il est accordé 5 kg de bagages par voyageur. L’excédent se paie 5 centimes par kilogramme et par district. M. Poroï met également des voitures particulières à la disposition des touristes au prix de 25 F par jour. La nourriture du conducteur étant à la charge du voyageur. Sur Taravao, l’étape se fait à Mataiea où M. Poroï possède une belle maison qui sert de relai, où on « loge à pied et à cheval ». Plus de 40 ans ce service desservira quotidiennement les districts. A la mort de Pomaré IV, en 1877, A. M. Poroï est membre du Conseil de Régence. En 1879, le roi Pomaré V lui demande de faire partie de son Conseil. Il sera l’un des principaux artisans du rattachement des îles Tahiti à la France, le 29 juin 1880, et apposera sa signature sur l’acte de cession, avec son compatriote Cadousteau, en qualité d’interprète de Sa Majesté. Sert de médiateur entre les Français et les insurgés de Raiatea-Tahaa, pendant la campagne de 1897. A la création du Conseil colonial, en 1881, il est élu membre de cet organisme, par l’élément indigène ; en devient le vice-président en 1884. Conseiller général en 1888, conseiller privé du gouvernement de 1889 à 1897 et de 1907 à 1913. Juge à la Haute Cour tahitienne, de 1916 à 1918. A plusieurs reprises, il sera élu membre des Chambres de Commerce et d’Agriculture. — Partisan de la présence française à Tahiti dès sa jeunesse, A. M. Poroï travaille sans relâche pour affermir cette présence qu’il soutient de toute son influence dans les milieux indigènes de la Polynésie française. C’était un franc-maçon sincère, influent et actif auquel la loge de l’époque dut beaucoup. Il mourut à Papeete, le 8 décembre 1918. Il était titulaire de la médaille d’or du dévouement et officier de l’ordre du Cambodge. De son union, le 8 février 1860, à Papeete, avec Tefaveroarii a Hehe qui meurt le 10 février 1874, à Papeete, des suites de couches, sont nés : Teraitua, 1860-1880. — Teraimateata, 1862-1883. — Tefaveroarii, 1864-1918, épouse Georges Dormoy, 1851-1903, instituteur, le 20 février 1884 à Papeete. — Natuaivae, 1867, épouse, le 23 juin 1883, à Papeete, Élie Juventin. — Édouard. — Constance, 1872-1873. De son second mariage, en 1875, à Papeete, avec Teioatua, Orimai Henry, 1852-1918, sont nés : Delphine, 1875-1945, épouse, le 21 mai 1904, à Papeete, Thomas Chave, entrepreneur de spectacles. — Adolphe, 1877-1938. — Philippe, 1880, épouse, le 4 avril 1901, à Papeete, Berthe Hunter, 1883-1918, sept enfants. — Benjamin, 1884-1919. — Tavararo, 1885-1930. — Georges, 1890-1953, épouse, le 5 octobre 1909, à Papeete, Lucie Richmond, quatre enfants. — Sophie, 1895.

POROÏ, Adolphe, second du nom (1877-1938)

Charpentier.

Né à Pare, le 19 mars 1877. De son union avec Teiotua Orimai Te Ipo Te Marama a Haapahi, institutrice née à Raiatea en 1878, sont nés : Georges Tauratua, 20 juin 1890. — Taero Gabrielli, 16 avril 1902. — Naumi Lilian, 29 juin 1903. — Théophile, 19 août 1905. — Sarah, 5 mai 1906.

POROÏ, Alfred Teraireia (1906)

Commerçant et homme politique.

Né le 3 mars 1906 à Mataiea. Fils de Tavararo. Études aux Écoles protestantes Viénot de Papeete. Capitaine au grand cabotage. Sera jusqu’en 1957 directeur à Papeete de l’Union Steamship Company of New Zealand Ltd., puis fonde l’Agence Tahiti Poroï, bureau de voyages maritimes et aériens. Élu conseiller municipal en 1935. Lors de l’« épuration » de la municipalité de Tahiti des conseillers fidèles au maréchal Pétain par le gouverneur général Brunot, Alfred Poroï est nommé, en 1941, adjoint du maire Léonce Brault. Lors de la démission de ce dernier en 1942, Alfred Poroï, désigné par le conseil municipal, est nommé son remplaçant par le gouverneur Orselli. Cette charge lui est confirmée lors des élections municipales de 1945 à 1966. Quitte la mairie de Papeete à la fin de 1966 après avoir été, pendant presqu’un quart de siècle, le premier magistrat de la Cité. Depuis 1942, Alfred T. Poroï a fait partie des différents organismes législatifs de la Polynésie française : délégations économiques et financières, qu’il présidera ; Assemblée représentative, comme membre et parfois comme premier vice-président ; Assemblée Territoriale. Il est, en 1959, sénateur suppléant de la Polynésie française. Trois ans plus tard, en septembre 1962, il est élu sénateur à la suite de Gérald Coppenrath et représentera, pendant un mandat de 9 ans, la Polynésie française à la Haute Assemblée. Y propose en octobre 1970 la loi qui aboutira à la communalisation de la Polynésie française. Ne se représente pas en 1971. Comme sénateur-maire, verra l’évolution démographique et économique qui feront de cette petite capitale provinciale de 8 000 habitants une cité moderne de 25 300 citoyens. On lui doit d’importants aménagements. Il urbanise, selon un plan conçu en 1926 par ses prédécesseurs, le quartier de Fariipiti, prolonge jusqu’à la mer l’avenue Bruat, modernise et embellit la ville. Il en a les moyens : il est à Tahiti le président de la SETIL et, à Paris, a été désigné par le Sénat comme membre du Comité directeur du FIDES. Ainsi peut-il pousser, principalement avec les Gouverneurs Grimald et Sicurani la création du port de Papeete, la création du front de mer dessiné par l’architecte Jean Curtil. Poroï rêve d’une Croisette ! sans pouvoir par ailleurs réaliser son idée d’un parc au centre de la ville, l’administration tenant à reconstruire, à Papeete même, le Palais du Gouvernement et démolissant le Palais Pomaré en qui certains voyaient un stigmate de la période coloniale alors qu’il n’était que le charmant témoin d’une époque qui avait su construire un immeuble de caractère qu’on aurait tenu à conserver, ou à reconstruire, à Hawaii ou à Sydney. Au cours de ses mandats, le maire Poroï se montra toujours un partisan résolu de la présence française, prenant fermement parti, en plusieurs occasions, contre des menées autonomistes. Le Général de Gaulle, en 1956 et en 1966 sera reçu à Papeete par « son ami Poroï » qui lui offre la « route traversière », cadeau empoisonné et qui risque de ne jamais être entreprise sous cette forme. Retiré de la politique, A. Poroï abandonne également son agence de voyage qu’il passe à son fils Charles et se retire dans un petit fare qu’il se fait construire au bord de mer à Pirae au milieu de ses tableaux, de ses livres et de ses souvenirs. Radiotélégraphiste à ses heures, A. Poroï fut un des membres fondateurs du Radio-Club océanien, première station de radio-diffusion de Tahiti, qui fonctionnera pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale, sous sa présence et sa direction. A. Poroï est officier de la Légion d’honneur ; il a reçu la médaille de la Résistance, comme membre promoteur du mouvement de ralliement de Tahiti à la France Libre. Il est également commandeur de l’Ordre du Mérite. Alfred Poroï épouse, le 28 août 1926, à Mataiea, Tutehauivaiahu Thompson. De cette union sont nés : Charles, 1927, qui reprend l’agence de voyage Tahiti-Poroï. Conseiller du gouvernement de 1962 à 1964. Président de la Chambre de Commerce en 1971. Épouse Adeline Amo, deux enfants : Lana et Tavararo. — Maurice, 1930, combattant en Indochine dans la légion étrangère, tour à tour secrétaire administratif de la mairie de Raiatea et de Taiarapu. Épouse Loretta Van Bastolaère, de Papeete, 4 enfants. — Ernest, 1938, ancien quartier-maître radio dans la marine nationale. Radio télégraphiste au R.G.R. à Faaa, épouse Rita Trafton, 2 enfants. — Divorcé, Alfred Poroï épouse en secondes noces le 30 août 1951, à Papeete, Suzanne Callaway. De cette union sont nés : Bernard, 1952, employé de commerce ; Uerii, 1955 et Teina, 1958, en études à l’école Viénot.

POROÏ, Édouard (1869-1903)

Entrepreneur et conseiller municipal.

Fils d’Adolphe. Né à Papeete le 30 novembre 1869. Épouse en 1886 Uerii Joséphine Davis, 1870-1918. Décédé le 1er février 1903 à Papeete des suites d’un accident au cours de la construction de l’école Centrale. De cette union : Edith, 1887-1972, épouse Léon Garnier. — Lydia Tetaveroarii, 1889. — Teraitua, 1890, prend part en Orient à la Première Guerre mondiale, avait épousé, le 25 décembre 1910, Temarii a Vahirua : quatre enfants ; devenu veuf, il épouse en 1946 une ardente adventiste, Josephine Ateo qui lui accorde une très nombreuse postérité, lui fait construire une chapelle à Mataiea où, le jour de ses obsèques, en 1969, 99 de ses héritiers directs, tous adventistes, peuvent à peine rentrer pour chanter son office funéraire. — Charles, 1896-1921. Une fille, Marcelle, deviendra Mme Rénetaud. Édouard Poroï étant mort jeune, sa veuve épousera en secondes noces Tavararo Élie Poroï, son beau-frère, en 1905.

POROÏ, Tavararo Élie (1885-1930)

Propriétaire.

Fils de Adolphe Marouo. Né le 24 septembre 1885 à Papeete. Entrepreneur de spectacles. Propriétaire à Papeete, rue de Rivoli, actuellement rue Commandant-Destremeau. Meurt dans cette ville le 15 avril 1930. — Épouse en 1905, à Papeete, Uerii Joséphine Davis, veuve de son frère Édouard. De cette union sont nés : Alfred, 1906. — Hortense, 1909, épouse, le 21 décembre 1939, à Mataiea, André Lorfevre ; trois enfants. Veuf, Tavararo épouse en secondes noces une demoiselle Orbeck.

PORTER, Commodore David (1780-1843)

Officier de marine américain, considéré par ses concitoyens comme un des « Pères de la marine américaine ».

Lors du conflit anglo-américain de 1812-1814, Porter reçoit le commandement de la frégate Essex, et, après avoir travaillé quelque temps du côté des Antilles, entre dans le Pacifique au début de 1813. Premier navire de guerre américain à pénétrer dans le Pacifique, il a comme mission de protéger les sujets américains et de nuire aux baleiniers anglais qui pêchent dans les mers du Sud. Il va se livrer pour cela à la guerre de course, le long des côtes du Chili et du Pérou, avec une base d’opérations aux îles Galapagos. Sa tactique est de circuler sous pavillon anglais et de ne hisser les couleurs américaines qu’après s’être approché d’un baleinier sans méfiance. Ainsi put-il capturer plus d’une douzaine de navires. Il arme l’un d’eux et s’en sert comme d’une conserve, l’Essex Junior ; un autre est transformé en navire de charge, les autres envoyés à Valparaiso avec des équipages de prises où ils sont vendus. Porter vivra ainsi sur ses prises et règlera la solde de son équipage avec l’argent qu’il ramasse sur les navires qu’il arraisonne. Porter quitte les îles Galapagos le 6 octobre 1813 et arrive dans la baie de Taiohae, aux Marquises, le 23, pour y abriter quelques prises et s’y refaire. Lui qui critique ses prédécesseurs, Ingraham, Marchand, Hergest… d’avoir donné des noms fantastiques aux îles des Marquises, ne se fait pas faute de les baptiser une cinquième fois. Nuku Hiva va devenir Madison Island, en l’honneur du Président des États-Unis. Une fois arrivé dans la baie de Taiohae, Porter commence par essayer, hélas, sans succès ! d’entrer dans les bonnes grâces de la belle Paetini, parente de Gatanewa, un chef dont il va faire le roi de l’île. Il rencontre là un sacripant anglais, le déserteur Wilson, qui va lui jouer mille tours. Et aussi un midshipman américain, nommé John J. Maury, aux Marquises à la recherche du santal. Porter installe à terre une base qu’il nomme Madison City, dominé par un fort qui devient fort Madison, puis, le 19 octobre, prend possession de l’île au nom des États-Unis, devant les représentants de trente et une tribus « ayant demandé la protection des États-Unis » : « You are now Americans ! » déclare-t-il solennellement dans une cérémonie où l’on peut voir la première manifestation de l’impérialisme maritime américain dans le Pacifique. Porter prendra fait et cause pour les Haapa contre les Typee qui, après une résistance extrêmement courageuse, voient leur vallée pillée et brûlée et sont contraints, non sans avoir tué le propre fils de Porter, de demander la paix et de promettre les quatre cents porcs nécessaires au ravitaillement des Américains. Après un séjour de six semaines, ses réparations et aménagements terminés, Porter quitte les Marquises, ses ponts remplis de porcs et d’une abondante cargaison de bananes et de cocos. Il emmenait à bord de l’Essex un Tahitien, Tamaha, ramassé comme matelot sur une prise. A la suite d’un accrochage avec un homme de la frégate où il était pourtant fort populaire, Tamaha quitte l’Essex à plus de vingt milles de Nuku Hiva qu’il parvient cependant à regagner à la nage. Porter avait fait amitié avec Gatanewa en échangeant leurs noms, ce qui avait rendu le capitaine tabou et lui avait permis d’aller partout. Porter laissait aux Marquises de grandes quantités de semences qu’il avait trouvées à bord des navires arraisonnés, sans compter des porcs et des chèvres qui vinrent améliorer le cheptel local. Il ramenait une description détaillée de l’île. Après avoir aisément jugulé un commencement de mutinerie, il se dirigea vers Valparaiso où sa frégate tombera entre les mains des Anglais. Porter avait laissé derrière lui aux Marquises le lieutenant Gamble, lui confiant le commandement des prises, avec une vingtaine de marins américains et quinze prisonniers anglais qui avaient bien voulu s’enrôler. Porter n’eut pas plus tôt disparu que Wilson suscitait une rébellion. Gamble était mis aux fers, le dépôt des provisions pillées. Gamble réussit à grand peine à se tirer de ce mauvais pas et s’enfuit aux Hawaii à bord du Hammond qui tombera lui aussi entre les mains des Anglais. Ainsi s’achevait la tentative de prise de possession des États-Unis sur les Marquises. Cette tentative ne sera jamais suivie par le gouvernement des États-Unis qui ne fera aucune remarque, en 1842, lors de la prise de possession des Marquises par la France. Porter, fils et petit-fils de marins, sera lui-même à la tête d’une lignée qui illustrera les fastes de la marine américaine.

Bibliographie. On trouvera l’essentiel de cette tentative dans le récit fait par Porter de ses aventures : Journal of a cruise made to the Pacific ocean… in the United States frigate Essex in the years 1812, 1813 and 1814, containing… a full account of the Washington group of Islands, the manners, customs and dress of the inhabitants… Philadelphia, 1815, 2 tomes en 1 vol., ill. — Cet ouvrage comporte d’intéressants dessins de Porter : Baie de Taiohaé, avec la frégate et les prises. — Types d’indigènes, objets marquisiens, ect. — La vie de Porter a été écrite. Voir : A.D. Turnbull, Commodore David Porter (New York, 1929), et D.F. Long, David Porter, Annapolis, 1970 ; voir également un article signé de Charles O. Paulin, au tome XV (1935) du Dictionary of American biography.

POSTAIRE LE MARAIS, Victor (1904-1963)

Ingénieur.

Né le 18 décembre 1904 à Segré (Maine-et-Loire). Licencié ès sciences, ingénieur du Génie civil. D’abord attaché à la Compagnie des Compteurs, s’y spécialise dans les problèmes de transmissions électriques. Participe à la première exposition d’électronique à Lille en 1939 et à la réalisation des « iconoscopes » avec le physicien René Barthélémy, un des créateurs de la télévision en France, chargé depuis 1935 des premières émissions. Au cours de la Seconde Guerre mondiale Victor Postaire le Marais monte les premiers radars à bord du Richelieu et du Strasbourg, et après l’armistice, participe à des travaux d’ordre militaire en cachette des occupants. Arrive à Papeete en décembre 1946, comme contractuel de l’administration des P.T.T. et prend la direction de la Station intercoloniale de Fare Ute, poste qu’il occupera pendant plus de 14 ans. La station avait été organisée par l’armée en 1910 — selon d’autres sources, la première station radio aurait seulement été installée en 1915 à Mahina. En tout cas, on lit à Mahina une inscription portant : « Le 28 décembre 1915, un premier message adressé au Président de la République a relié Tahiti au reste du monde ». La station avait été reprise en 1925 par les services des P.T.T. et leurs techniciens. A son arrivée, Postaire le Marais préside à la construction d’un Thénieux, station moderne à grande puissance. En 1950, il effectuera les premiers essais de téléphonie avec la France, service qu’inaugurera le gouverneur Petitbon. Il met ensuite sur pieds un service de liaison interinsulaire pour le compte du Service des Postes du territoire. Puis monte le premier radio-phare pour le guidage des avions. Lors de son arrivée à Tahiti, le gouverneur Anziani lui demande « d’examiner la possibilité de la création d’une station locale de radio-diffusion ». Les premières émissions, exécutées avec le concours de MM. Delamarre et Bourne, sans crédits de fonctionnement, avec les moyens du bord et l’enthousiasme des participants, couvrent le territoire avec un seul émetteur de 50 watts. Au cours de sa carrière, Postaire le Marais remettra en marche, après avoir construit le matériel d’émission et de réception nécessaire et dressé les antennes voulues dans son jardin, le Radio-Club Océanien FO8 AA, fondé jadis par Alfred Poroï, Bourne et P. Martin et tombé en sommeil. Dans le cadre de ce club, il donne à de jeunes Tahitiens, futurs opérateurs radio sur les goélettes locales, des cours de lecture au son et de transmissions. Homme modeste, Postaire le Marais agit dans les sphères pacifiques. Il sera un temps président d’un club philatélique en Métropole et d’une société d’Astronomie. Il sera un des propagateurs du jeu de boules à Tahiti. On lui attribue également l’introduction d’un poivrier d’Indochine. Homme de science, il collabore à des revues françaises d’électricité et à des magazines locaux. Il y avait aussi en lui un chercheur heureux dans le domaine des réalisations pratiques. Papeete lui devra, au pied du cimetière chinois d’Arue, une petite usine — Établissement V. Postaire le Marais et Fils, fondé en 1951 — où se fabrique l’ensemble de la consommation locale d’eau de Javel (trichlore, 10 000 litres par mois), du savon de lessive en poudre, et du vinaigre de banane, « excellent vinaigre, à la saveur fruitée, titrant 6 à 7° ». — Victor Postaire le Marais est décédé à Papeete, le 14 juillet 1963. De son union, en 1928, à Candé (Maine-et-Loire) à Gabrielle Quignon, 1908, sont nés : Anne-Marie, 1929, qui épouse à Tahiti en 1961, Jean le Vert, inspecteur des P.T.T. — Philippe, 1931 qui épouse en 1960, Anne-Marie Temata Farere, un fils. Philippe qui avait été le collaborateur de son père dans ses affaires commerciales en prendra la suite. Il s’occupe également du Radio-Club Tahitien. — Hélène, 1933, épouse un ingénieur, Yves Miran et vit à Paris.

POTENTIER, Pierre (1900-1968)

Photographe et cinéaste.

Né à Cires-lès-Mello (Oise) le 25 février 1900. Quitte la France sur l’Eridan en août 1936 et revient par le même bateau en septembre 1937, attaché comme cinéaste à Renée Hamon et faisant avec elle le tour de la Polynésie française, circule aux Marquises et aux Tuamotu sur la Tereora, capitaine Winny Brander. En tire un film : Filles du plaisir et un documentaire sur Gauguin : Gauguin, le solitaire du Pacifique, à Tahiti et aux îles Marquises (16 mm). Rapporte plus de 2 000 clichés photographiques qui donnent une vue des îles avant la Seconde Guerre mondiale. Décédé dans son village natal le 7 juillet 1968.

POTTIER, Marcel (1906-1949)

Médecin et peintre.

Né le 29 septembre 1906 à Châteaudun (Eure-et-Loire). Interne P. des hôpitaux de Paris. Médecin de colonisation à Canala (Nouvelle-Calédonie) en 1935-1936. Navigue comme médecin des Messageries Maritimes en Indochine et en Océanie, 1937-1940. Vient à Tahiti en 1940. Médecin contractuel, est affecté à l’hôpital de Papeete le 1 août 1941. Affecté à Taiohaé, comme médecin adjoint au résident des Marquises de novembre 1941 à décembre 1943. Passe en 1945-1946 comme médecin à Makatea. Rentre en France très fatigué. Meurt à la Fondation Foch après dix-huit mois d’hospitalisation, le 18 janvier 1949. Pottier, reconnu au collège de Châteaudun « très doué pour le dessin », mais sans aucune formation, se met à peindre au cours d’un voyage aux États-Unis en 1937. Asthmatique, d’un caractère instable, il ne peut plus dès lors concevoir la vie « sans la peinture qui lui permet enfin, plastique et colorée, de s’exprimer ». « Je navigue, écrira-t-il à un ami, le 3 décembre 1938, pour consacrer, en tout repos, quinze heures par jour, sans sieste, à mes occupations extra-médicales… Je peins, je grave, je dessine depuis janvier dernier… La peinture est devenue, et de loin, l’essentiel de ma vie. Et ne croyez pas que c’est un passe-temps. C’est un travail auquel je consacre toutes les journées. » Ce travail nous vaudra une œuvre relativement abondante : huiles et dessins. Pottier travaille en plein air ; mais il aime plus encore les compositions faites en chambre — cet éternel errant n’a jamais eu d’atelier — grâce à des notations très détaillées qu’il prend sur place, à l’heure qui lui agrée. Il y a, un peu comme chez Morillot et peut-être pour les mêmes raisons, un côté magique et étrange dans sa peinture, un amour de certaines teintes purement intellectuelles. Telle quelle, bien que fort peu conventionnelle et académique, sa peinture plaisait. Pottier plaçait assez aisément ses œuvres au cours de ses escales dans le Pacifique, en Indochine, en Australie, aux Hébrides, à Tahiti où il comptait des amis et des supporters. Il exposa à Paris, à un Salon des peintres-médecins et à Tahiti au Cercle Bougainville, lors de son retour aux Marquises. On accroche quelques toiles de lui à une exposition des peintres dunois, à Châteaudun, en mai 1959. Esprit ouvert, cultivé et intelligent, Pottier profita de son séjour à Atuana pour « recueillir » parmi de « vieilles archives administratives qui allaient être discrètement détruites » des documents concernant Gauguin, et pour interroger des survivants. Ces documents forment l’essentiel d’un article intitulé : Gauguin sauvé du feu, paru sous la signature de Jean Loize, dans la Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1958, n° 1044-1047, p. 165-186. Voir sur lui : O’Reilly, Marcel Pottier, peintre océanien (Courrier des Messageries Maritimes, 1959).

POUET (le Père Fulgence). 1822-1889

Religieux picpucien.

Né à Gers (Manche). Profès dans la congrégation en 1845. Arrive aux îles Marquises le 8 octobre 1854, passe d’abord quelque temps à Fatu Hiva. En 1868, après douze ans à Ua Pu, il avoue : « aucun résultat vraiment consolant… ». En 1871, est envoyé par Mgr Dordillon à Papeete, pour régler avec le gouvernement les questions litigieuses : troupeau local commun, perte de la goélette la Marquisienne, terrain de la mission ; mission qu’il a accompli avec compétence. En 1877 quitte Ua Pu pour Ua Uka, mission abandonnée depuis 1860, mais revient bientôt à Ua Pu. En 1888, à la mort de Mgr Dordillon, il reçoit la charge d’administrateur des îles Marquises. « Homme de foi, de prière, de charité, d’humilité et d’abnégation, que son intrépidité devait faire surnommer par les Marquisiens le grand toa (marcheur) et qui mérite mieux que cela car il fut, dans toute la force du terme, venator animarum, dira de lui le Père Delmas. Meurt à Atuana, le 16 novembre 1889, très peu de temps après sa nomination d’administrateur.

POUGET, Comte Pierre (1808-1898)

Officier de marine.

Né le 23 mai 1808 à Rochefort (Charente-Maritime). Élève du collège d’Angoulême. Enseigne de vaisseau en décembre 1828. En 1856, comme capitaine de frégate, est envoyé à Tahiti où il est nommé commandant particulier. « Expédié par la voie de Panama, sur un paquebot anglais », on lui avance 3 500 F pour le voyage. Prend son poste, le 30 décembre 1856, en sera relevé, le 25 octobre 1858, par le lieutenant de vaisseau Saisset, fils de l’ancien gouverneur. Exercera durant ce temps, pendant dix-huit mois, les fonctions de gouverneur p. i. Se loue d’avoir « pu faire prospérer le pays en y créant une industrie qui, au bout de peu de temps, deviendra une branche de commerce importante ». Son dossier personnel contient une étonnante lettre de lui au Ministre, datée du 10 septembre 1857. Il y rend compte des fêtes du 15 août : « La conduite des Indiens a été meilleure. Les cas d’ivresse plus rares… On attribue ce changement à un bal public créé depuis six mois dans lequel on ne danse que des danses françaises auxquelles les femmes canaques viennent assidûment et qui les déshabituent peu à peu de la danse indigène… Le 15 août, dans la cour du gouvernement, nous avons remarqué avec plaisir que les danses du pays ont été abandonnées, par toutes les femmes surtout, qui ont préféré danser polkas et mazurkas au son d’un accordéon et d’une guitare… Il est bien à regretter qu’il n’y ait pas plus de musique à Tahiti. C’est un immense moyen d’influence et de moralisation qui nous est enlevé. » La lettre se termine par des récriminations sur la cherté des vivres et de la vie à Tahiti « dont on ne peut se faire une idée. La plus maigre pension vaut 150 F par mois ». Il demande des frais de représentation, ne pouvant s’en tirer avec 12 000 F par an. Passe sur la frégate l’Artémise pour rentrer en France, apportant à Sa Majesté une lettre de la reine Pomaré. — Fera un second stage en Océanie sur la Sybille et rapportera de Nouvelle-Calédonie le premier cagou. Mal vu, ses services ne lui semblant pas appréciés à leur juste valeur par la Marine, donne sa démission, par une lettre vengeresse, en 1864. Voir une notice nécrologique le concernant dans le Bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, XII, 1890-1891, p. 44-45.

POULIQUEN, François (1883)

Médecin militaire.

Né le 19 juin 1883. Aide-major des troupes coloniales en 1907, arrive à Tahiti le 30 mai 1924 comme médecin chef de Service de santé de la Polynésie française. « La situation sanitaire y était assez bonne. La question de la lèpre avait été réglée par mes prédécesseurs et un village avait été fondé à Orofara et on finissait d’y rassembler les cas de lèpre existant à Tahiti et dans les îles. La moralité infantile à la naissance restait encore trop élevée ; il y avait, en particulier de nombreux cas de tétanos infantile. Une maternité fut fondée en 1926 et commençait à fonctionner lors de mon départ. Quoiqu’on racontât ici et là, j’ai constaté que la population de la Polynésie n’était pas du tout en voie de disparition. La race était saine et à Tahiti l’excédent des naissances sur les décès était très élevé. » Quitte l’île le 7 juin 1927.

POUSSET, René (1933)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 7 février 1933 à Valdizé (Ille-et-Vilaine). Profès en 1952. Ordonné prêtre le 28 juin 1959. Débarque à Papeete le 12 novembre 1967. Sera un temps professeur d’histoire et de géographie au collège La Mennais, puis curé de la Ste Trinité, à Tautira, à Moorea et à Faaa.

POUVANAA A OOPA (1895)

Homme politique.

Né le 10 mai 1895 à Huahine, îles Sous-le-Vent. Il a comme grand-père un marin danois, et comme père, dit-on à Tahiti, Me Brault un avocat de Papeete, ce qui pourrait expliquer son teint clair, ses yeux bleus et même un peu son éloquence de leader polynésien. Il participe à la Première Guerre mondiale comme volontaire dans le Bataillon du Pacifique. Épouse au retour, le 27 novembre 1920, à Papeete, Louise Tevahinetuteraa Tumahai. Devient entre les deux guerres le chef du nationalisme tahitien. Ses activités lui méritent d’être envoyé en résidence forcée à Huahine, son île natale, en 1942. L’armistice de 1940, puis les conflits des autorités locales qui se succèdent à Tahiti au cours des deux premières années de la France Libre diminuent à ses yeux le prestige de la France. Ses partisans fondent, en février 1947, le Comité Pouvanaa qui, peu après, prend le nom de Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (R.D.P.T.). Le R.D.P.T. possède un journal, Te Aratai, dans lequel Pouvanaa se proclame l’adversaire des capitalistes et des colonialistes, réclame la promulgation de lois sociales et l’océanisation des cadres. C’est dans cette dernière perspective que, le 22 juin 1947, à l’arrivée de la Ville d’Amiens, à la tête de ses partisans, parmi plusieurs volontaires à peine revenus des glorieux champs de bataille d’Afrique, de France et d’Italie, Pouvanaa s’oppose au débarquement de trois fonctionnaires métropolitains accusés de prendre les places des Tahitiens. Une véritable atmosphère de révolution souffla alors dans Papeete pendant plusieurs jours. Arrêté le 1 juillet avec une dizaine de ses compagnons parmi lesquels Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy et Noël Ilari, l’affaire se termine par un non-lieu, le 24 novembre suivant, mais Pouvanaa gagna dans cette action l’auréole du martyre. Son élection à la députation le 23 octobre 1949 par 9 818 voix sur 15 785 votants contre 4 679 voix à Ch. Vernier fut un plébiscite. Il est réélu en janvier 1952, avec 12 096 voix sur 17 318 votants et 22 457 inscrits. Il ne connaît qu’un concurrent sérieux en 1956, dans la personne de Rudy Bambridge qu’il ne distance qu’à 4 253 voix sur 21 130 suffrages. Ne parlant ni n’entendant couramment le français, Pouvanaa est fort handicapé à Paris, à la Chambre des Députés où il ne put jamais intervenir et où il ne fera que de rares apparitions. En fait, si le R.D.P.T. possède en Pouvanaa un leader populaire, un excellent orateur susceptible de traduire certaines aspirations des Tahitiens, il manque des qualités intellectuelles d’un homme politique selon notre conception des choses. C’est son second. Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy qui est chargé d’élaborer un programme, d’en poursuivre les réalisations. En 1957, lors de la mise en place de la Loi-Cadre, Pouvanaa entra du reste en conflit avec son second pour la vice-présidence du Conseil du gouvernement qu’il finit par obtenir. Après un vote favorable d’un impôt sur le revenu à Tahiti, devant les manifestations populaires qui en fin avril 1958, à Papeete, font pression sur l’Assemblée Territoriale, il fait volte-face et retire ce projet d’impôt. Lors du référendum du dimanche 28 septembre 1958, au sujet de la Constitution de la V République et de l’approbation de la politique du général de Gaulle, Pouvanaa décide de faire voter : Non. Sa formule : « Voter non, c’est voter pour de Gaulle » ne pourra moins faire que d’inquiéter les esprits cartésiens. Ce « non » est pour le député une erreur politique grave. Un « oui » l’aurait fait plébisciter par la population, mais 64 % de oui allant contre un homme qui n’avait jamais perdu une élection, lui prouve une perte d’influence. Pouvanaa atteint au plus vif de son prestige personnel, ulcéré et en plus, mal conseillé par son entourage, perd un peu la tête. Il s’enferme dans sa maison à Manuhoe, au pont de l’Est, avec une quarantaine de gardes du corps, armés de carabines, harpons et bâtons. La foule s’assemble, gênant plusieurs jours la circulation. Un climat d’inquiétude règne. Les prudents demandent aux assurances « des surprises d’émeute ». Le soir du 11 octobre, des groupes suspects circulent en ville attirant l’attention de la police alertée. Des tentatives d’incendie sur la Maison Hervé et la boutique chinoise Arupa sont constatées ; le toscin sonne. Certains prévenus l’ayant mis en cause, le député sur ordre du gouverneur Bailly, est arrêté au matin. Le flagrant délit est constaté d’une tentative d’incendie volontaire pour avoir « incité en public et à plusieurs reprises ses partisans à brûler Papeete et à en faire un désert ». Les foyers d’incendie en deux endroits de la ville, la présence d’armes et de cocktails Molotoff au domicile du député, témoignaient d’un commencement d’exécution. Tahiti constate que l’incarcération du député coïncide avec une éclipse totale de soleil. Pouvanaa sera jugé, un an plus tard, avec une douzaine de ses partisans, sous l’inculpation d’incendie volontaire et condamné à huit ans de réclusion et à quinze ans d’interdiction de séjour par la Cour criminelle de Tahiti, présidée par M. Bonneau. Il devait être défendu par Me Richecœur. Il quitte Tahiti par le Calédonien, le 15 mars 1960 et est conduit en France. Incarcéré d’abord à Marseille, à la prison des Baumettes, sous le régime assez bénin des prisonniers politiques, il y passe son temps dans la prière et la lecture de la Bible. Lors de la maladie et de la mort de son fils en juillet 1961, il est autorisé à vivre dans l’hôpital parisien où il est soigné. Puis passe dans une maison de santé à Pierrefonds (Oise) et à Saint-Herem (Charente-Maritime). Gracié par le Général de Gaulle, à l’occasion du 50e anniversaire de l’armistice, sur la demande du groupe R.D.P.T. et de l’Union Tahitienne, il est autorisé à rentrer à Tahiti à la fin de 1969. Y arrive le 30 novembre 1968. Le retour du metua fut l’occasion d’une manifestation grandiose et d’une prière d’action de grâce pour les retrouvailles avec son peuple. Il reprend alors dans le calme une carrière politique interrompue par un incident de parcours sans doute grossi par des interprétations tendentieuses et l’impulsivité d’un Gouverneur autoritaire. Élu sénateur en 1971, Pouvanaa ne retrouvera d’ailleurs pas sa popularité d’antan. La prison, l’âge, ses conseillers, ont apaisé le metua. Les choses ont aussi beaucoup évolué. Pouvanaa a été l’homme d’une époque. Ses thèmes de propagande sont désormais dépassés. Il ne retrouve plus son crédit et son impact devant les jeunes générations touchées par les mass media modernes : presse, information, télévision, revues et journaux. La rapide mise en place d’une élite polynésienne aux plus hauts postes administratifs a accordé les satisfactions du pouvoir à ses partisans. La communalisation a permis aux Tahitiens de prendre eux-mêmes la gestion de leurs affaires locales. En moins de dix ans, le climat politique de la Polynésie a notablement changé ; alors que le vieux metua lui, maintenant poussé dans son fauteuil roulant d’impotent, est demeuré avec ses vieux thèmes de propagande. Il reste qu’il fut un des meilleurs orateurs tahitiens de son temps et fort habile à traduire les réactions de la masse tahitienne contre les influences occidentales. L’on ne voit guère que Teriieroo à pouvoir lui être comparé comme orateur dans l’époque contemporaine. Car son éloquence était extraordinaire. Parfait connaisseur de la mentalité tahitienne, il savait à merveille jouer des registres émotionnels et des arguments convainquants. Sa parole, nourrie de la Bible et prenant en elle de constantes références, était vraiment, pour un Tahitien, contraignante et convainquante. Mais tout cela est devenu caduc. Et le fait que Pouvanaa ait pu être battu lors d’élections à Huahine en 1971 semble témoigner que le règne du metua est sur son déclin.

POUVANAA A OOPA, Marcel dit Maté. Pour l’état civil Marcel MARCANTONI (1917-1961)

Député.

Né le 21 avril 1917 à Huahine. Fils de Pouvanaa et de la veuve Pauline Marcantoni. Bien que père de deux enfants, s’engage en 1940 comme volontaire dans les Forces Françaises Libres, en compagnie de ses deux frères, Albert et Étienne Colombani. Il sauve à Bir Hakeim le drapeau du Bataillon du Pacifique et combat ensuite avec l’armée anglaise. Cité à l’ordre du jour de l’armée il reçoit la Croix de guerre et la Médaille militaire. Rapatrié sanitaire en 1943. Employé à la coopérative des travailleurs tahitiens. Arrive par un pur hasard à la politique. Il figure sur la liste R.D.P.T. des îles Sous-le-Vent et entre en 1959 à l’Assemblée Territoriale, à la mort de son oncle Tautu. Après la séparation des groupes lors de la scission de J.-B. Céran-Jérusalémy, demeure dans le parti et est désigné comme tête de liste pour les élections législatives de 1960. Est élu, comme remplaçant de son père, alors en cours de peine en France, par plus de 10 400 voix, contre 9 200 à Rudy Bambridge (Les débats, n° 124, 11 juillet 1960). Son élection est due à la popularité que conserve son père auprès de beaucoup de Tahitiens : avant le jour du scrutin, il avait dû quitter le Territoire pour aller subir une grave opération en France. Soigné avec dévouement et bien accueilli en métropole, a généralement conseillé aux membres du R.D.P.T. plutôt des positions d’intérêt général qu’une politique partisane. S’est inscrit au groupe parlementaire M.R.P. de l’Assemblée Nationale. — Décédé à Paris, à l’hôpital Tenon, le 14 juillet 1961. Son corps est ramené à Tahiti où l’enterrement a lieu le 28 juillet. (Voir Tahiti Magazine, 1961, n° 16, p. 25.) — De son union à Céline Colombel était né un fils.

POWELL, S. W. (1878)

Fonctionnaire et voyageur.

Né à Londres. Arrive à Tahiti en 1912 et mène avec son épouse indigène Tehiva une vie paisible sur une plantation. Atteint d’éléphantiasis, il va vivre aux îles Cook où sa compagne ne peut s’accoutumer. Le couple rentre à Tahiti où Tehiva est victime d’un accident de pirogue et meurt le 27 avril 1913. Au désespoir, Powell quitte Tahiti et regagne l’Angleterre. Participe à la Première Guerre mondiale, y est blessé et revient un temps en Océanie. A la suite de ces séjours, Powell publie, en 1942, A South Seas Diary (London, V. Gollancz) livre qui, bien qu’écrit sans prétentions littéraires, est un joyau de lumière et de beauté paisible.

PRAMPIN, Zéphir (1815) dit « Auguste le Planteur » est connu des indigènes sous le nom de William

Colon.

Né à Beuvron (Calvados). Arrive à Tahiti en 1839. Se livre quelque temps à une exploitation agricole dans le district de Punaauia. Employé pendant cinq ans, par M. Brémond, et un an par M. Vincent, jardinier. Puis s’installe à Papenoo où il prend part aux préparatifs de guerre contre le Gouvernement. D’un caractère violent « ayant donné des preuves d’aliénation mentale que l’abus des liqueurs fortes ne font qu’augmenter, manifestant une conduite des plus répréhensibles », il est arrêté, en mars 1846, et expulsé. La Seine, et le Rhône le réexpédient en France.

PRAT, Étienne (1822)

Chirurgien de la Marine.

Né à Toulon le 30 juillet 1822. Entre au service en 1841. Chirurgien de 1 classe, « marié, sans fortune », quitte Toulon avec sa femme et deux enfants, en mars 1853, pour Tahiti, à bord de l’Eurydice et arrive à Papeete le 9 septembre 1854 comme chef de Service de Santé à terre. Il y restera jusqu’au 15 mai 1858. « S’est toujours fait remarquer dans la colonie par son zèle et son aptitude » dira Pouget à son sujet. Nous le voyons, par exemple faire partie, avec son collègue Brousmiches, chirurgien de la Division navale et le Dr Johnstone, de la commission chargée de contrecarrer les bruits alarmants signalant la variole à Tahiti. En janvier 1854, les chirurgiens Prat et Brousmiches « sont en mesure de vacciner plusieurs enfants, et… le gouvernement assure qu’il ne négligera rien pour répandre ce bienfait dans tous les districts de l’île ». Prat visite Mangareva avec Cuzent en 1858 à bord du Maputeoa I. Il conseille au père Laval de mieux observer les règles de l’hygiène. A son retour en France, Prat passera une thèse de doctorat en médecine à Montpellier. Elle est intitulée : Considérations… sur quelques cas chirurgicaux qui se sont présentés à nous… à Taïti (Montpellier, 1859). Il est également l’auteur d’une Topographie médicale de l’île Taïti (Toulon, 1858), ainsi que d’articles : Météorologie de l’île de Taïti (Revue Coloniale, 1858) ; L’ouragan à Taïti (Ibid., 1856). Il donnera sa démission en mars 1860, et sera nommé, en 1873, conservateur des collections scientifiques du port de Toulon.

PRAT, Henri (le Père Arsène). (1884-1918)

Religieux picpucien.

Né à Rocles (Ardèche) le 12 juillet 1884. Profès dans la Congrégation en 1904 ; ordonné prêtre en 1908. Est envoyé en mission à Tahiti où il arrive à Papeete le 29 octobre 1908. Est envoyé à Tubuai en 1909 et y demeure jusqu’en 1917. Exerce alors son ministère à Tahiti. Meurt de la grippe espagnole, à Papeete, le 14 décembre 1918.

PRAT, Joseph (1808-1894)

Officier de gendarmerie.

Le premier gendarme français — mutoi farani — de Tahiti eut un début de carrière mouvementé. Marin sur le brick Silène, commandé par le lieutenant de vaisseau Bruat, le futur Commandant de Tahiti, il fait naufrage. Nouveau naufrage sur l’Adventure, le long des côtes d’Afrique, ce qui lui vaut d’être emprisonné par les barbaresques, délivré par la prise d’Alger en juillet 1830. Nommé d’abord aux Marquises, Prat fut détaché à Tahiti en 1843. C’est lui qui procédera à l’arrestation du consul anglais Pritchard. Il fut ensuite commissaire de police de Papeete, fonction à laquelle il joignait le rôle de vérificateur des poids et mesures. Il était au mieux avec la reine Pomaré et on possède un billet signé de la reine demandant au maréchal des logis Prat de lui faire cadeau de deux poulets pour un déjeuner fortuit. En mai 1849, le maréchal des logis Prat, nommé sous-lieutenant est fait chevalier de la Légion d’honneur. Il est en même temps désigné pour servir à la Martinique. Il terminera sa carrière militaire à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais et mourut à Solliès-Pont, Var, en 1894 à l’âge de 86 ans. On a donné son nom, en 1959, à la nouvelle caserne de gendarmerie construite dans la vallée de Sainte-Amélie.

PRATT, Addison (1802-1872)

Missionnaire mormon.

Soixante-dix-septième. Né le 21 février 1802 à Winchester (N.H.) U.S.A. Au début de son existence, dans les années 20 du siècle, navigue sur des baleiniers américains et passe six mois à Oahu, aux îles Sandwich, dont il apprend la langue. Épouse le 3 avril 1831, Louisa Barnes, 1802-1880. Il appartient depuis cinq ans au mouvement mormon, lorsqu’il prend passage pour les mers du Sud, le 9 octobre 1843, sur le baleinier Timoleon, en compagnie de trois autres missionnaires. Le groupe est dirigé par Noah Rogers (voir à ce nom). Le Timoleon touche à Tubuai le 30 avril 1844. Pratt peut se faire comprendre des indigènes qui réclament un missionnaire. Les mormons « sont si impressionnés par la gentillesse, l’hospitalité et la religiosité des indigènes qu’ils croiraient manquer à leur devoir en se refusant à leur demande. Pratt est désigné pour demeurer à Tubuai. Et le Timoleon quitte l’île le 9 mai, y laissant Pratt tout seul. L’île n’a pas encore été touchée par des missionnaires européens, et les sept étrangers qui demeurent dans l’île lui font bon accueil. Les indigènes également. Il est reçu par le chef Nabota dont la femme Telii le prend en charge et le suit partout pour s’occuper de ce qui le concerne. Il se dit « traité comme un prince ». On lui fait cadeau d’un fusil, d’un chien, et il chasse les chèvres sauvages et les oiseaux. Le roi Tamatoa lui trouve en même temps, un dictionnaire anglais-tahitien et une bible dont il critique la traduction. Bien qu’il n’ait pas le don des langues, après six mois, il prêche en tahitien. Il fait l’école, traduit des chants mormons en tahitien et les apprend aux indigènes qui aiment la musique. Il est aidé dans son travail missionnaire par l’Américain Charles Hill, qui lui sert d’interprète et qui sera un des premiers convertis. Pratt, assez étrangement, découvre ses premiers adhérents parmi les étrangers : Ambroise Alexander, John Layon, William Carrington, James Clark et John F. Bowen, qu’il accepte dans l’Église le 22 juillet, tout en reconnaissant qu’ils ont encore bien de l’attachement pour les femmes et le rhum. Le 29 du même mois, la Première Branche de l’Église est fondée. Elle compte 11 membres : Nabota et Telii sont du nombre. A la fin de février 1845, Pratt dénombre 60 baptisés sur une population d’environ 200 âmes. Il est heureux de son succès. Il écrit : « among my converts are the Queen, who is heiress to the crown, … a deputy king, his wife and daughter, the head chief… and several of the subordinate chiefs. So you see the reins of government are within the church… I am the prime minister of the island… » A la fin de l’année, Grouard qui lui aussi connaît des succès apostoliques à Anaa, lui demande de l’aide. Pratt remet son Église à Charles Hill et, au début de 1846, passe à Anaa, où il arrive le 3 février 1846, après être séjourné un mois à Tahiti. Il a été suivi par quelques habitants de Tubuai et, en particulier, par Nabota et Telii. Les indigènes de Anaa leur font fête ; et Pratt commence son ministère dans l’île. La première conférence mormon de la Polynésie se tint dans l’île le 24 septembre 1846. Dix « branches » de l’Église y sont représentées, totalisant 866 membres. C’est à cette réunion que Pratt annonce son désir de retourner aux États-Unis : il est presque sans nouvelles des siens et n’a reçu aucun signe de vie de l’Église qui l’a envoyé. Pratai — ainsi l’appelaient les indigènes — quitte Anaa au milieu de novembre 1846 et séjourne à Tahiti en attendant une occasion. Il y travaille alors dans le district de Tiarei et crée un centre mormon à Huau. Quitte Tahiti le 28 mars 1847 et finit par retrouver sa famille aux États-Unis, presque par hasard, à Salt Lake Valley (Utah), le 28 septembre 1848. Dans ce centre mormon, Pratt fait de la propagande pour sa mission. Il donne des conférences, montre les curios qu’il a rapportés : coquillages et objets ; réclame des fonds et du personnel. Un meeting tenu le 15 octobre suscite un intérêt immédiat et l’assemblée promet son assistance. Là-dessus, Pratt inaugure un cours de langue tahitienne qui, trois fois par semaine, groupe une vingtaine d’étudiants, constituant sans doute la première chaire de tahitien ouverte dans le nouveau monde. Dès juillet 1849, un groupe de missionnaires est prêt à partir pour Tahiti. Outre Pratt, il comprend James S. Brown et Jefferson Hunt, dirigeant un groupe de cinquante-neuvièmes. Par San Francisco que l’on gagne au début de l’année, on arrive à Papeete le 24 mai 1850. Un second groupe comptant 21 personnes suivra bientôt le premier, comprenant Mrs Pratt et ses quatre filles : Ellen, Francis, Lois et Ann. Le Gouverneur accorda à Pratt son permis de séjour à Tahiti et celui-ci se mit à ranimer la mission de Huau près de la Pointe Vénus, qu’il confia à J. Brown. Mais l’obtention d’un permis pour se rendre à Tubuai demanda six mois, l’administration française exigeant la preuve que les missionnaires avaient bien de quoi pourvoir à leur subsistance. Et ce n’est que le 28 janvier que Pratt peut regagner Tubuai où il retrouve sa famille. Grouard travaillait alors à la construction du Ravaai, dont Pratt aidera à préparer les voiles et qui sera lancé au milieu de grandes fêtes populaires en avril. Lors de conférences tenues à Tubuai le 4 mai et à Tahiti le 18, on se partage les besognes apostoliques. Pratt visite Raivavae (octobre-décembre 1851) Anaa, et Mehetia, regagnant Tubuai le 9 janvier 1852. Sa femme, qui cependant fait de son mieux pour apprendre la propreté et le chant aux indigènes, s’y ennuie et y a peur. Pour peu qu’une barrique de rhum pénètre dans l’île tout le monde fait la bringue, et ce n’est pas là un lieu pour élever de jeunes filles américaines qui n’ont aucun parti acceptable en vue. Avec ce renouveau des danses, des pratiques païennes, Pratt notera : « a general decline in morals and good order in the islands ». Ses efforts lui paraissent inutiles et décevants. Par ailleurs les ennuis de son collègue Brown assombrissent l’horizon ; et le Gouvernement qui, par une loi de 1852, rend éligible le représentant religieux des districts lui semble entraver son rôle de direction. Il prend la décision de retourner en Amérique. Le 6 avril 1852, le missionnaire Pratt, sa famille et tous les autres mormons américains de l’île quittent Tubuai. On se rend à Tahiti d’où le 16 mai les Pratt, accompagnés des Grouard, quittent, sur le Callao, à destination de San Francisco, la Polynésie française qu’ils ne devaient plus revoir. Cependant Pratt, à plusieurs reprises, essaiera de rétablir sa mission : en 1853, avec Grouard ; en 1856, en compagnie d’Amboise Alexander : les deux fois sans succès. Et il exprimera un jour son regret en songeant que tous ses efforts, ses souffrances et ses peines ont été rendus presque vains par l’« abusive négligence de son Église et de ses amis d’Amérique ». Nonobstant cet abandon passager les Mormons ont conservé aux Tuamotu d’importantes communautés. Addison Pratt mourut solitaire, le 14 octobre 1872, à Anaheim (Calif.) où il est enterré. Il était allé vivre en Californie, ne pouvant supporter le climat de Salt Lake City à cause de ses rhumatismes. Son caractère difficile le portait d’ailleurs à vivre séparé de sa femme qui mourut huit ans plus tard dans l’Utah. — Mrs Pratt avait adopté, en Océanie, et ramené aux États-Unis où elle l’avait élevé, un enfant né de l’union de son collègue Grouard avec une jeune fille des îles Tubuai. Ce métis océanien, Ephraïm Pratt, fera une carrière militaire aux États-Unis. Pratt a laissé un Journal resté inédit. Celui de sa femme a été publié dans Heart throbs of the West, Salt Lake City, 1947, VIII, p. 189-400. La seconde édition, 1960, de ce journal, contient, en guise de préface, une notice de 8 pages sur Addison Pratt, signée de Nettie Hunt Rencher. On y trouvera des photographies de Pratt et de sa femme. La même publication contient, en appendice, une lettre de Pratt aux siens, datée de Tahiti, en janvier 1846.

PREISS, Georges (1899-1968)

Pasteur missionnaire de la Société des Missions Évangéliques.

Né le 2 octobre 1899 à Hunawihr (Haut-Rhin). Études au lycée de Mulhouse et à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, puis à la Faculté de Théologie de Montpellier. Consacré le 17 octobre 1937 à Mulhouse. Arrive à Tahiti le 1er janvier 1938. Il sera d’abord pasteur aux îles Sous-le-Vent, puis, d’août 1945 à août 1949, directeur de l’école pastorale, président du Conseil supérieur des Églises tahitiennes et président de la Conférence missionnaire jusqu’à son départ en congé. Reprend ses fonctions de directeur de l’école pastorale et de président de l’Église tahitienne et de la mission, en 1951, lors de son retour de France où il a été retenu par une attaque de poliomyélite. Quitte Tahiti en juillet 1956 pour des raisons de santé. Sera représentant de la Société des Missions Évangéliques de Paris auprès des Églises de l’Alsace et de la Lorraine. Lors de son séjour à Tahiti, le pasteur Preiss assura la publication régulière du journal religieux mensuel et bilingue : Te Vea Porotetani. Il assurera également l’aumônerie de l’hôpital de Papeete, de la prison et de la léproserie d’Orofara et la visite des archipels. Pour aider les pasteurs et les anciens (diacres) à faire face aux difficiles problèmes résultant des événements politiques, et de la très rapide évolution du pays, l’Église multiplia les colloques pour pasteurs et pour diacres. Dès son retour à Tahiti en 1951 plusieurs postes de présidence d’arrondissements ecclésiastiques sont confiés à des pasteurs tahitiens, et le poste de vice-président du Conseil supérieur des Églises tahitiennes fut créé pour préparer un pasteur tahitien à la présidence de l’Église. Les différents mouvements de jeunesse, Union chrétienne, scoutisme, se développent très rapidement sous la direction du pasteur J. Adnet auquel est adjoint un comité composé uniquement de jeunes Tahitiens. Financièrement, l’Église et les mouvements de jeunesse sont autonomes. Les paroisses supportent la construction de leurs églises et de leurs maisons paroissiales. Le Conseil supérieur est matériellement responsable des traitements des pasteurs, du fonctionnement de l’école pastorale, et de tout ce qui concerne la mission intérieure ou extérieure. L’Église donne de larges subventions aux écoles protestantes jusqu’à l’instant où l’Église tahitienne sera déclarée entièrement autonome. La mission garde encore la responsabilité financière et morale des écoles protestantes, et sa pleine autorité sur le corps missionnaire. Le pasteur Preiss est chevalier de la Légion d’honneur. Il est décédé à Strasbourg en 1968. De son union, au mois d’août 1936, avec Evelyne Oechsner de Coninck, fille d’un pasteur du Basutoland, sont nés : Éliane, 1937 ; Roland Raitu, 1938 ; France Teriimarama, 1939 ; Olivier Arii-nuimarotebeiva, 1944 ; Marjolaine Tuteaunui, 1949 ; Joël Tepauarii-i-Umarea, 1954.

PRÉVOST

Voir au supplément.

PRÉVOT, Michel Jean (1925)

Architecte.

Né à Paris le 6 mai 1925. Diplômé de l’École spéciale d’architecture, élève de l’Institut d’urbanisme de Paris. A la suite de l’enquête menée par C. Auzelle à Tahiti en 1950, M. Prévot est nommé architecte urbaniste et arrive à Tahiti en 1952 avec un contrat administratif du service des Travaux Publics. On lui doit notamment tout un plan d’urbanisme pour la commune d’Uturoa à Raiatea qui a été publié en 1955 et dont l’enquête monographique concernant « l’évolution de l’agglomération, les possibilités du site et les limites raisonnables de développement » est une étude intéressante sur cette région. Installé définitivement à Papeete, on lui doit les plans de nombreux édifices publics ou privés, notamment l’Assemblée Territoriale et le nouveau musée de la Punaruu.

PRITCHARD, George (1796-1883)

Missionnaire de la London Missionary Society et agent diplomatique britannique.

Né le 1er août 1796 à Birmingham (Angleterre). Membre actif d’une église congrégationaliste, son pasteur discerne en lui une vocation apostolique et le dirige vers la London Missionary Society. Fréquente le séminaire de Gosport. Ordonné le 22 avril 1824. Épouse en juillet de la même année Eliza Aillen, et s’embarque le 27 sur le Fox Hound. Arrive le 24 décembre à Tahiti. Après un an dans le district de Faaa, il est placé à Wilks’ Harbour, Papeete, en 1825. Effectué en compagnie du Rev. Simpson, du 17 mars au 22 mai 1829, sur le Olive Branch, une tournée aux îles Australes et aux Marquises. Reconnaît comme impossible un établissement missionnaire dans ces parages. Aide en 1831 les gens de Pitcairn, amenés à Tahiti et y mourant, à regagner leur île. A Papeete, prend de l’ascendant sur la jeune reine Pomaré et obtient, en janvier 1832, qu’elle demande pour lui le titre de consul britannique. En vain. La demande est réitérée par la Reine le 23 février 1836. « Il est tout qualifié pour ce travail. Il remplit en fait depuis longtemps les fonctions de consul… C’est en raison de son exacte connaissance de notre langage et de nos coutumes que nous désirons voir M. Pritchard nommé. » Il est désigné le 14 février 1837 « pour le poste de consul aux îles de la Société et aux îles des Navigateurs ». Son traitement, £ 200, ne lui sera versé qu’à compter du mois d’avril. Le 20 novembre il est présenté officiellement à la Reine et aux chefs, par le commandant de l’Imogene. Le 30 décembre, selon le désir du gouvernement britannique, qui ne veut pas d’un missionnaire consul, il donne officiellement sa démission et n’appartient plus à la Société Missionnaire de Londres. En fait, sous différents prétextes — son successeur Rogerson ne sait pas le tahitien, etc. — il continue d’exercer son ministère à Papeete, dont il demeure en 1840 le seul pasteur, critiqué d’ailleurs sur ce point par les fidèles — tout le monde quitte le premier service qu’il préside après sa nomination — et par ses collègues, qui lui reprochent en outre de joindre le commerce à ses fonctions ecclésiastiques et diplomatiques. En novembre 1836, il conseille à Pomaré de s’opposer à l’établissement des Pères Caret et Laval, missionnaires catholiques, qui tentent de débarquer dans l’île et fait signer à la Reine et aux chefs une décision qu’ils aient à rembarquer dans le plus bref délai, décision qui sera appliquée par Mrs PRITCHARD par la force. Lorsque l’amiral Dupetit-Thouars se présentera à Papeete sur le Vénus, le 20 août 1838, et demandera excuses et indemnités à Pomaré pour les « avanies » faites aux deux prêtres français, Pritchard comprend qu’il faut céder et aide la Reine à trouver les 2 000 piastres de l’indemnité et la poudre destinée à saluer le pavillon français. A son rapport de l’événement, il joint une lettre de Pomaré demandant pour Tahiti le protectorat de l’Angleterre. — Cette offre sera refusée par le Foreign Office, le 1er novembre 1843. — Pour essayer d’obtenir ce protectorat, Pritchard demande un congé, et confiant le consulat à un fils du Rev. Wilson, et laissant sa famille à Papeete, s’embarque le 2 février 1841 pour l’Angleterre. Arrivé à Londres en juillet, il ne parvient à obtenir une audience du ministre que le 19 mars 1842. Le Foreign Office refuse d’agir. Quitte l’Angleterre le 11 août sur un navire affrété par lui pour transporter des marchandises destinées à son propre commerce. Il y avait joint une voiture et un mobilier de salon, don de la reine Victoria à la reine Pomaré. — Lors de son voyage de retour à Sydney, en décembre 1842, Pritchard apprend qu’en son absence le Protectorat français a été établi à Tahiti, le 9 septembre. Il abandonne son propre navire et obtient du gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud d’être ramené à son poste par un navire de guerre, le Vindictive, Cdt Toup-Nicolas. Arrive en cet appareil à Tahiti, le 24 février 1843. Allant à l’encontre de la neutralité qu’eussent exigée ses fonctions du consul et malgré l’ignorance où il était des intentions de son gouvernement, Pritchard prend immédiatement le contre-pied de ce qui vient d’être fait, retourne Pomaré, l’ancre dans une attitude de protestation et de résistance et fait tout ce qui est en son pouvoir pour envenimer une situation parfaitement calme. Le 3 novembre, à une lettre de l’amiral lui annonçant que le gouvernement français a ratifié le protectorat, Pritchard répond par une lettre disant qu’il ne peut reconnaître ce traité en tant que consul britannique. Le 6 novembre devant l’attitude de la Reine auquel Pritchard prêche la résistance, Dupetit-Thouars se voit contraint de prendre possession de Tahiti au nom de la France. Le lendemain Pritchard avertissait l’amiral qu’il rentrait son pavillon et cessait de remplir les fonctions de consul britannique, restant sur place comme un simple particulier. Cette disparition de la scène officielle ne l’empêche pas de conseiller aux missionnaires de prêcher à leurs ouailles l’hostilité à l’égard des « usurpateurs » français et de garder des contacts étroits avec la Reine, l’accueillant dans le consulat britannique et lui suggérant même d’opportunes « retraites » à bord des navires de guerre britanniques. Toutes choses qui aboutissent, après une proclamation de l’état de siège, le 2 mars 1844, par l’arrestation un peu rapide et assez malencontreuse de Pritchard par le capitaine de corvette d’Aubigny, comme étant « le seul moteur et instigateur journalier de l’effervescence des naturels ». Le 3 au matin, Pritchard est arrêté. Il passera cinq jours enfermé dans un blockhaus et maintenu isolé sous une stricte surveillance. Après quoi il fut transféré à bord de la Meurthe, admis à la table du commandant et autorisé à recevoir des visites de sa famille, en attendant d’être embarqué le 13, à bord du navire anglais Cormorant, Capt. Gordon. Il est le 24 avril, à Valparaiso, à la fin juillet à Londres. Grande y fut sa surprise en se présentant au Foreign Office au début d’août d’apprendre que, depuis quatre mois, il n’était plus consul de Tahiti. En effet, malgré les sollicitations pressantes des dirigeants de la L.M.S., Pritchard avait été muté à Samoa « dans le désir de rendre la tranquillité à Tahiti et de maintenir les bons rapports avec les autorités françaises » (16 avril 1844). Cette mutation le privait de la moitié de sa juridiction tout en lui conservant le traitement « qui lui avait été précédemment alloué, soit £ 300, par an ». Pritchard dont la présence à Londres était jugée inopportune était même convié à regagner son nouveau poste le plus rapidement possible. — Le gouvernement français avait accepté d’allouer à Pritchard une indemnité pour le dédommager « des dommages et des souffrances que les circonstances avaient pu lui faire éprouver ». Les amiraux Seymour et Hamelin furent chargés par leur gouvernements respectifs de rechercher les éléments d’une juste compensation. Pritchard réclamait 100 000 F. Le 8 janvier 1846, Seymour estima à 11 000 F les pertes matérielles et le préjudice moral. Il semble d’ailleurs que le gouvernement français n’ait jamais payé quoi que ce fût. — Pritchard demeura à Samoa de fin juillet 1845 à la fin décembre 1856. Il rentre alors en Angleterre. Il fut nommé en 1865 agent de district de la London Missionary Society pour l’Écosse et l’Irlande. Il occupa ce poste jusqu’en 1872, date à laquelle il assuma la direction de l’école de la mission, à Blackheath. Retraité en 1877, il meurt à Hove, près de Brighton, le 6 mai 1883. De son union avec Eliza Aillen († 1871), Pritchard eut cinq fils et quatre filles, tous nés à Tahiti. Aucun n’y fit souche, et seul William Thomas, 1829-1867, fit une carrière partiellement océanienne, consul à Fidji de 1857 à 1862, où il fut un protagoniste acharné de la présence anglaise dans l’archipel. Il a laissé d’intéressants souvenirs : Polynesian reminiscences, or life in the South Pacific Islands (London, 1863). Une note de Bruat à Lavaud datée de mai 1847, signale que Pritchard avait vécu à Tahiti avec la femme d’un Raatira nommé Poroi. Nous n’avons rencontré nulle part ailleurs confirmation de cette liaison, sans doute un ragot non vérifié d’un informateur malveillant.

Bibliographie. Pritchard a publié : The missionary’s reward ; or the success of the Gospel in the Pacific… With an introduction by John Angelle James (London, 1844, 209 p., 8°), œuvre d’édification, sans allusions aux événements politiques de Tahiti. — Queen Pomare and her Country (London, 1878, 96 p., in-16), biographie succincte de Pomaré écrite après la mort de la Reine « pour satisfaire un vœu exprimé par divers amis » de cette dernière. Pritchard y rapporte les incidents de Tahiti d’une manière très modérée. — Il a laissé en outre des Mémoires demeurés inédits ; et un livre, rédigé, mais jamais publié et qui a pour titre : The agressions of the French at Tahiti and other islands in the Pacific, 272 p., suivies d’un index de noms. Sur Pritchard, on consultera Léonce Jore : George Pritchard, l’adversaire de la France à Tahiti, 1796-1883 (Revue d’histoire des colonies françaises, Paris, 1939, n° 3, 110 p.), travail bien documenté dont est tirée la précédente notice. — L’article G. Pritchard, signé de Samuel Timmins, dans le Dictionary of national biography, t. 46, 1896, p. 406-407, et le Register of Missionaries of the London Missionary Society, 1923, p. 24.

PROST, Louis (1824-1890)

Colon militaire.

Né à Dunleroy (Cher) en 1824. Débarque à Papeete le 14 avril 1847 de la frégate Danaé comme soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Libéré à Tahiti le 31 décembre 1851 s’installe comme colon militaire à Punaauia où il meurt le 8 août 1890, sans postérité.

PUAUX, Franck (1844-1922)

Homme de lettres.

Né à Luneray (Seine-Maritime). Fils d’un ministre protestant ardéchois, auteur d’une Histoire de la Réformation française. Directeur de la Revue Chrétienne et des Annales de bibliographie théologique. Sera le premier conseiller pour Tahiti au Conseil supérieur des Colonies, à une époque où le parti protestant est tout-puissant à Tahiti. Figure à ce titre dans les Annuaires de 1886 et 1887. On trouvera ses « Vœux de Tahiti » dans Mager, Cahiers coloniaux de 1889, Paris, p. 275.

PUCKEY, James (1771) et PUCKEY, William (1776)

Missionnaires de la London Missionary Society.

Ces deux frères, menuisiers de leur état, font partie comme artisans, du premier convoi de missionnaires envoyé en Océanie par la Société. Quittent l’Angleterre par le Duff, le 10 août 1796. Arrivent à Tahiti le 6 mars 1797. Tous les deux, découragés, se joignent à ceux de leurs compagnons qui quittent l’île après une année de séjour, en mars 1798, et gagnent Sydney, le 14 mai. Cessent alors d’appartenir à la Société.

PUECH, Bruno (1924)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 10 mai 1924 à Combrouze (Aveyron). Profès le 17 novembre 1943. Prêtre le 21 juin 1948. D’abord missionnaire à Hainan et au Japon, arrive à Tahiti en 1963. Sera en poste à Raiatea, 1965, Faaa, 1968, et curé de Pirae en 1969. Vice-provincial en 1967, réélu en 1970.

PUGENS, Louis (1829-1893)

Menuisier et propriétaire.

Né en mars 1829 à Quillan (Aude). Arrive pour la première fois à Tahiti en 1855, venant des mines de Californie (États-Unis). S’installe à Papeete comme menuisier. Quitte Tahiti, puis revient le 14 février 1863 venant du Chili. Reprend sa profession de menuisier à Papeete. Quelques années plus tard, on le trouve propriétaire au district de Punaauia où il meurt le 1 septembre 1893.

PUGIBET, Étienne (1858-1941)

Cantonnier.

Né le 1 janvier 1858 à Belbèze (Haute-Garonne). Soldat du 3 régiment d’infanterie de marine, débarque à Tahiti le 11 mai 1881. Libéré du service en 1883 à Papeete, il est employé au service des Travaux Publics pendant plusieurs années. A la création de la commune de Papeete en 1890, il est nommé chef-cantonnier à la voirie municipale, fonction qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1922. Il se retire dans sa propriété, sise au bas du boulevard d’Alsace, près les remparts de la ville, quartier qui porte son nom. Meurt le 8 décembre 1941 à Papeete. De son union avec Louise Sanford, 1881-1938, sont nés : Éveline, 1905. — Jean, 1906-1937, un fils Roland. — Étienne, 1908, épouse Anny Perry, le 3 mars 1934 à Papeete. — François, 1909, épouse, le 16 juin 1949 à Punaauia, Teeva a Tau. — Jennie, 1910, épouse le 9 septembre 1933 à Punaauia, Henri Van Bastelaère. — Albertine, 1912. — Bertrand, 1913, épouse le 14 septembre 1940 à Papeete, Alice Tixier. — Ernest, 1916, épouse le 16 septembre 1941 à Papeete, Nelma Dexter. — Pauline, 1919.

PUNU

Pasteur.

Originaire de Rurutu (îles Australes) il exerça son ministère de 1903 à 1935, à Moérai, le village principal de cette île. Sa forte personnalité eut une grande influence à Rurutu, et principalement à Moérai dont il voulut faire un village modèle par sa propreté, son civisme, sa discipline, et la vigueur de sa foi. Une inspection bisannuelle — dotée de prix — des maisons du village contribua à donner à Moérai ce cachet spécial que ne manquent pas de reconnaître les voyageurs qui y passent. A toujours aidé les représentants de l’autorité française dans leur tâche.

PUPURE († 1948)

Pasteur à Rapa.

Il fut jusqu’à sa mort la véritable autorité spirituelle de l’île. Il conçut le projet de doter Rapa d’un presbytère et d’une chefferie en dur qui suscita une intervention d’Alain Gerbault, le navigateur solitaire, qui écrivait en janvier 1936 au pasteur Ch. Vernier : « Ce n’est pas une maison en pierres, qu’ils devraient construire, mais une case plus belle, plus nette, plus artistique, un modèle pour les autres. La population est saine et bien portante. Leurs cases sont propres et hygiéniques. Je vous en supplie, qu’on ne les pousse pas à construire des maisons en pierres comme on voudrait le faire et répéter ainsi l’expérience désastreuses et néfaste des Gambier. »

PURAKAUEKE, Daniel (1894)

Greffier interprète.

Né à Rikitea (Mangareva) le 14 octobre 1894. Participe à la Première Guerre mondiale, servant comme sergent mitrailleur dans les secteurs de l’Oise et de l’Aisne. Démobilisé en juin 1919, titulaire de la croix de guerre avec deux citations. Greffier interprète aux îles Tuamotu de 1926 à 1937, il y traduit notamment les actes des registres de l’État civil. Démissionnaire en 1937, il suit son résident M. Hervé pour prendre en mains les intérêts des coopératives agricoles. Ses chefs louent sa haute conscience professionnelle et le considèrent comme « un très bon serviteur, adapté à la vie rude des îles basses ». — Se marie le 22 décembre 1923 avec Juliette Chevrier.

PUTIGNY, Hubert MIOT (1912)

Écrivain et journaliste.

Né le 1 avril 1912, à Tournus (Saône-et-Loire). Licencié en droit. Conservateur du Musée Bourguignon à Tournus. Arrive pour la première fois à Tahiti après la Seconde Guerre mondiale qu’il achève, chevalier de la Légion d’honneur, décoré de la Croix de guerre. Domicilié à la Pointe Vénus. Correspondant de l’Agence France-Presse en Polynésie. Délégué pour l’Océanie de l’Ordre de Malte, s’occupe à ce titre d’Orofara. Créé en 1970 un « Musée de la Découverte » à la Pointe Vénus. On lui doit plusieurs ouvrages et, concernant Tahiti, sous la signature de Bob Putigny, en collaboration avec M. Darnois : Tahiti, dernier Paradis (Paris 1958), récit d’une campagne de pêche au requin dans les Tuamotu. Également un album O’Tabiti, avec Tirmont, et une Ile de Pâques, 1973. Son livre : Putigny, grognard d’Empire, qui retrace les aventures de son trisaïeul lui mérita en 1951 le Prix Napoléon. On doit aussi à Bob Putigny l’enregistrement de plusieurs disques. Il tient le rôle du capitaine dans Océan, un film de F. Quilici.

PUTMAN, André (1909)

Religieux pic-pucien.

Né le 20 décembre 1909 à Courtrai (Belgique). Profès dans la congrégation le 15 septembre 1929. Ordonné prêtre le 25 juillet 1935. Arrivé à Tahiti en 1946. Quitte la mission pour les Hawaii en 1951.

Q

QUESNOT, Georges (1867-1918)

Fonctionnaire.

Né à Caen (Calvados) en 1867. On le trouve commissaire de police à Tahiti de 1904 à 1914. Vers cette date, il est délégué comme séquestre des biens allemands aux îles Marquises. Meurt en France le 27 janvier 1918. — Il avait épousé Tahiti à Anahoa Louis.

QUESNOT, Georges-Christian

Propriétaire, trésorier, depuis sa fondation, du syndicat des éleveurs de bovins.

S’est intéressé aux problèmes agricoles. Demeure à Papeete. A épousé Maggie Quinn.

QUESNOT, Joseph (1897-1949)

Comptable et homme politique.

Né à Béziers (Hérault), le 20 septembre 1897. Participe à la Première Guerre mondiale. Décoré de la Croix de guerre et cité à l’ordre du jour. Comptable à Papeete, fait de la politique et sera sénateur de la Polynésie française. Dans ces fonctions, s’est acquis la réputation d’un homme politique courageux et d’un excellent administrateur des intérêts publics, s’efforçant d’obtenir l’application intégrale des dispositions de la loi du 25 octobre 1946, instituant une Assemblée représentative dans les Établissements Français de l’Océanie, assemblée dont il sera le premier président. De son union, à Papeete, le 25 février 1922 avec Xénia Zeimet, 1903, est né un fils René, agriculteur-propriétaire demeurant à Moorea. Président de la Chambre d’agriculture. Associé avec Pierre Mony à la S.O.M.A.C. et co-propriétaire du navire Rotui, importé en 1960 notamment en vue de voyages touristiques. Président du Conseil d’administration de la SOCREDO (Société de Crédit et de Développement de l’Océanie).

QUINCENET, Fernand, GARIDELLI de (1913)

Fonctionnaire du corps autonome des Postes et Télécommunications d’Outre-Mer.

— Né à Paris, le 7 janvier 1913. Études chez les Lazaristes de Gentilly. Commence sa vie professionnelle au foyer des PTT de Cachan et y prépare les concours techniques des PTT. En sort inspecteur élève dans la branche des téléphones automatiques. Affecté pendant la guerre à différents centraux parisiens, arrive le 11 mars 1947 à Papeete où il a été nommé « Chef du service téléphonique » titre bien pompeux en 1947 pour un téléphone plutôt rudimentaire ! Le réseau téléphonique de Papeete est parti d’un petit réseau privé fondé par les Muth, Allemands apparentés aux Martin. Il n’existe alors qu’un seul standard, installé dans les parages de l’usine électrique actuelle. Vers 1936, un contrat passe l’affaire à l’administration publique. Le matériel téléphonique y est décrit d’une manière amusante. 150 abonnés environ : partie dans l’administration (gouverneur et services), partie dans le secteur privé. En 1946, le téléphone va jusqu’à Taravao, à l’aide d’une ligne unifilaire, en fil de fer galvanisé. Il y a 8 abonnés par ligne, ce qui cause de curieux enchevêtrements de conversation. A l’arrivée de M. de Quincenet, malgré peu de crédits et des moyens matériels dérisoires, sa première préoccupation est d’améliorer les lignes existantes avec le matériel américain récupéré sur la base militaire ouverte pendant la guerre à Bora-Bora. Dans les années suivantes, implantation d’un réseau souterrain à Papeete et sur la côte ouest de Tahiti, puis d’un réseau aérien, côte et presqu’île. Création de centraux téléphoniques dans l’île, un par district. Une étude d’automatisation de Papeete est faite en 1957 et repoussée en 1958 par l’Assemblée Territoriale, faute de crédits suffisants. Quitte Tahiti en août 1957. Affecté à Abidjan. Fait un second séjour à Tahiti de juillet 1961 au 4 novembre 1969. Pendant son séjour en Afrique, le central est doté d’un réseau multiple et extensible qui améliore déjà les communications. Lors de son retour en 1961, le nouvel aéroport de Faaa et la prochaine installation du C.E.P. apportent enfin des moyens très substantiels en matériel et personnel pour le développement du téléphone. On peut réaliser une extension très importante des réseaux souterrains de la ville et des districts les plus peuplés de l’île. On installe à Uturoa (Raiatea) un réseau de cables postés et un central automatique. Enfin, le 1er juillet 1969 sont mis en service à Tahiti trois centraux automatiques (Papeete, Punaauia et Mahina), desservant une zone de plus de 35 km de long et comprenant environ 85 % des abonnés de l’île. De son union le 3 décembre 1938, à Montrouge (Seine) avec Georgette Fantoulier sont nés deux enfants : Danielle, 1940, et Gilles, 1951, à Tahiti.

R

RAAPOTO, Samuel (1921)

Pasteur.

Président de l’Église Évangélique de Polynésie Française. Né à Tevaitoa (Raiatea). Ecole pastorale à Hermon de 1948 à 1951. Est nommé ensuite pasteur de l’importante paroisse de Makatea, tout en occupant un emploi de bureau à la Compagnie des phosphates qui est frappée de l’autorité morale et spirituelle qu’il exerce sur les ouvriers de la Compagnie. Part en France en juin 1958 pour un stage d’une année à l’Institut Martin Bucer de Strasbourg. Rentre en septembre 1959 et devient aussitôt Secrétaire général de l’Église aux côtés du pasteur Mauer, poste qu’il occupe jusqu’en 1963, où il devient le premier président de l’Église évangélique en remplacement du pasteur Koringo, président du Conseil supérieur. Durant la période 1963-1973, l’Église développe ses œuvres sociales (extension de Moria ; création du foyer de jeunes filles de Paofai) ; planifie le travail scolaire (Taunoa ; Ecole ménagère d’Uturoa), s’engage dans la voie œcuménique et recherche des liens avec les Églises sœurs du Pacifique, tout en renouant avec la tradition d’évangélisation des premiers temps (Association Papeiha). Le pasteur Raapoto est directement l’inspirateur de ce renouveau de l’Église. Membre de la C.E.V.A.A. qui unit les différentes églises nées de l’œuvre missionnaire, il est appelé à faire de nombreux voyages en Europe et en Afrique, marquant ainsi la place vivante qu’occupe l’Église de Polynésie dans le concert des Églises du Conseil œcuménique. Nommé membre de l’Académie Tahitienne lors de sa fondation en juillet 1974. Épouse, en 1942, Vahine Mout Ham, de Papara, dont il a cinq enfants : Jean-Marius, 1943, bachelier, part en 1965 à l’École normale de Strasbourg où il passe brillamment son C.A.P. Enseigne à son retour à Papeete à l’école Viénot puis devient en 1969 directeur de l’enseignement primaire protestant. Épouse en 1963 Micheline Terrotua, 1942, trois enfants ; Edna, 1944-1969 ; Edgar, 1945 ; Christian, 1947 et Duro, 1949. — Épouse en secondes noces Olivia Teraiefa a Terrieroiterai, en 1950 : huit enfants : Etienne, Olivia, Yvette, Maria, Lois, Samuel, Jacques, Lisette.

RABINOVITCH, Serge (1880-1946)

Chirurgien.

D’origine russe vient jeune en France et fait ses études médicales à Paris. Interne des Hôpitaux. Participe à la Première Guerre mondiale et reçoit la Légion d’honneur à titre militaire en 1920. Dirige une clinique à Neuilly. Mêlé à l’affaire du préfet des Bouches-du-Rhône, Causeret, et de Germaine Huot d’Anglemont, en mars 1933, il se voit obligé de quitter Paris. Débarque à Papeete le 30 octobre 1933 où il arrive accompagné d’un certain Dr Audemard, ancien interne qui a eu lui aussi des désagréments avec ce qui était alors le conseil de l’ordre et ouvre, sur le quai, une officine, où il continue ses affaires. Rabinovitch, lui, s’installe à Paea dans une belle propriété et ne professe pas à Tahiti. Sa seule intervention fut malheureuse. Personne ne voulait opérer la reine Marau atteinte d’un cancer. Rabinovitch consentit à tenter l’intervention. Polyglotte, sportif, courageux, — il se battit en duel avec le comte de Bouillé en 1940 lors du ralliement — esprit caustique et incisif, le Dr Rabinovitch eut quelques démêlés avec les médecins titulaires de l’époque et joua même un certain rôle dans la vie publique à Tahiti avant la Seconde Guerre mondiale. Il connut quelques ennuis avec le gouverneur Orselli. Il accompagna le Bataillon du Pacifique et prit du service dans les Forces Françaises Libres. L’amitié du général Catroux lui vaudra d’être envoyé un temps comme médecin à Beyrouth. Rentré à Papeete avant la fin de la guerre. Il occupera quelque temps un poste contractuel à la maternité de Papeete. Décédé à San Francisco, où il était allé rejoindre sa femme, née Natacha Mordvinoff et mère de l’artiste tahitien connu.

RADIGUET, Maximilien René (1816-1899)

Écrivain de marine.

Né à Landerneau (Finistère) en 1816. Attaché à la Marine. Après une mission à Haïti en 1838, devient, quatre années durant, secrétaire attaché, à bord de la Reine Blanche, à l’amiral Dupetit-Thouars qui s’en allait prendre possession des Marquises. Participe ainsi à l’occupation française de l’archipel où il arrive en 1842. Douze ans après avoir participé à ces opérations, Radiguet se propose de les narrer et de faire connaître la société marquisienne dans un travail intitulé : La « Reine Blanche » aux îles Marquises. Souvenirs et paysages de l’Océanie, d’abord paru dans la Revue des deux mondes (1859) et, l’année suivante, chez Hachette, sous le titre modifié : Les derniers sauvages. Comme Radiguet mêle à son travail d’historien et d’ethnographe des impressions personnelles et des souvenirs vécus, son livre prend une résonance humaine. Aussi bien y a-t-il chez lui un artiste. Quand il nous décrit l’idylle de Taha et de Teapo, « les amours fugitives et la mort trop rapide de la jeune indigène sont évoquées avec une mélancolie presque égale à celle qu’on trouve chez Loti. Et certaines descriptions des Marquisiens nous éblouissent »… Radiguet était aussi un dessinateur. Un éditeur parisien, en rééditant son livre en 1929, y a joint quinze dessins reproduisant en noir, et dans un format réduit, des aquarelles extraites d’un « Album » de l’auteur. Ces planches ne donnent qu’une assez médiocre idée de la richesse de cet Album, malheureusement resté inédit, qui est conservé dans les manuscrits de la bibliothèque du Service hydrographique de la Marine à Paris. Cet album, dans sa partie polynésienne, contient 49 dessins marquisiens et 17 dessins tahitiens datés de 1842 et 1843. Crayons ou aquarelles, esquisses ou scènes plus poussées, ils constituent, surtout pour les Marquises, un ensemble unique et de la plus grande valeur documentaire. Les biographes confondent souvent le Max Radiguet marquisien avec un caricaturiste de la même époque et du même nom.

RAGAUT, Vital (1816-1853)

Frère convers picpucien.

Né le 30 octobre 1816, au Mans (Sarthe). Profès dans la congrégation en 1838. Débarque aux îles Marquises au début de 1843. Meurt à Taiohae, le 9 mai 1853, après dix ans de vie missionnaire.

RAIMBAULT, Antoine (1807-1867)

Officier du génie.

Né à Neuilly-sur-Seine le 16 février 1807. Polytechnicien. Capitaine, est désigné en janvier 1843 pour prendre part à l’expédition des îles Marquises comme « chef du service du génie en Océanie ». A Toulon, aide Bruat à préparer le matériel qui devait être emporté et s’embarque avec lui sur l’Uranie le 3 mai 1843 pour débarquer aux Marquises le 15 octobre. De là il passa très rapidement à Papeete. C’est à Raimbault que l’on doit le plan de la ville de Papeete et les premières réalisations urbaines : défrichement, établissement des premières voies de communication, ponceaux, nivellements, assèchement, constructions de batteries, de casernes, etc… C’est aussi à Raimbault que l’on doit l’établissement du Plan d’ensemble de Pepeiti, levé et dessiné le 10 mai 1844, qui montre les premières implantations françaises. Raimbault, qui avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1844 et promu chef de Bataillon en novembre 1846, demeura à Papeete jusqu’en 1849. Il est mort, à Paris, en 1867, étant directeur des Fortifications. — Voir sur lui et sur son œuvre : R. Dauvergne, Les débuts du Papeete français (J.S.O., déc. 1959, p. 121 et sv.).

RAMBKE, Hans

Gérant de plantation.

Fils d’un pasteur du Hanovre, il arrive vers 1896 aux îles Marquises, envoyé par la Société commerciale de l’Océanie. Sera d’abord placé à Taiohae, puis chargé de la gérance de la grande plantation de Taahuku, créée en 1872 par John Hart dans la baie des Traîtres, à Hiva Oa. Après le décès de W. Keane, la Société avait d’abord songé à la vendre ; mais les 50 000 F demandés ayant paru trop cher aux Leverd qui étaient venus voir, la Société décida de l’exploiter elle-même. Hans Rambke en reçut la responsabilité. Ce jeune Allemand énergique réussit à faire de Taahuku un centre d’activités qui marquera la vie économique des Marquises. Les docks à coprah et les magasins de la plage furent transférés au centre de la baie, côté est, en face du mouillage des goélettes. Il construisit une dizaine de maisonnettes pour les travailleurs indigènes, un four à air chaud pour sécher le coprah. Il divisa la plantation en autant de secteurs qu’il y avait de travailleurs. Au recensement de 1912, il y avait 70 habitants sur la plantation. Aimant les indigènes, parlant le marquisien, Rambke utilisait toutes les bonnes volontés, même les hommes qui se présentaient à la journée, lorsqu’il y avait une goélette en chargement. Il utilisait également les bras libres pour des tournées de ramassage de coprah dans les baies environnantes. En 1910 la plantation produisait annuellement 60 t de coprah. Rambke fit en outre débrousser beaucoup de terrains et les fit planter en cultures vivrières pour la nourriture de ses ouvriers indigènes. Persuadé que le meilleur moyen de développer le goût du travail et la vie économique dans les îles était d’ouvrir des petits magasins dans les vallées les plus importantes, Rambke installa Casimir Paume à Hekeani, A. Tissot à Puamau, A. Pagan à Hanaiapa. Il accueillit également H. Lie et G. Le Bronnec. Ces hommes avaient la consigne d’acheter des terres et de les planter en cocotiers. Lui-même s’étant mis en ménage avec une jeune indigène de Hanamenu, propriétaire dans cette vallée, y fit planter un millier de cocotiers. Le terrain étant trop sec, il projetait d’y faire une adduction d’eau au moyen d’un bélier hydraulique et de s’installer définitivement dans cette terre pour y finir ses jours. La guerre de 1914 éclata qui mit fin à ses activités. Il quitta les Marquises. Les biens de la Société allemande furent saisis et mis sous séquestre. Le nouveau gérant envoyé de Tahiti laissa péricliter la plantation qui fut plus ou moins abandonnée. Après divers avatars, elle est maintenant entre les mains de E. Rauzy.

RAOUL, Edouard-François (1845- )

Pharmacien principal de la marine.

Né le 20 août 1845. Entré au service en 1865. Hors-cadre pour une mission scientifique le 21 octobre 1887. « C’est un petit homme, vif, nerveux, inspiré, ayant le feu sacré de la botanique… » Arrive à Tahiti par le Scorf, en mai 1887 « avec une quarantaine de serres [?] et une quantité considérable de plantes, 12 à 1 500 » précise Montchoisy, (La Nouvelle Cythère Paris, 1888, p. 279-280) qui ajoute « on a mis à sa disposition un bel enclos et la douzaine de malfaiteurs et d’ivrognes que contenait la prison de Papeete… » Il compte demeurer trois ou quatre mois « pour surveiller personnellement le travail délicat de la transplantation des plantes et la germination des graines ». En fait, cinq mois durant, Raoul « a pioché, remué la terre, coupé, sarclé, semé, arrosé, transplanté de ses mains… ne reculant devant aucune fatigue ». Il en résultera une pépinière contenant de « véritables richesses pour l’agriculture et l’industrie ». Des arbres : cèdres rouges d’Australie, kauri, bambou à barils, eucalyptus intertropicaux, arbres à tanin et des centaines d’arbres fruitiers et de nombreuses plantes intéressantes : paille de Panama, le lantanier pour la confection des chapeaux, herbe de para, buffalo grass, etc… « La mission de M. Raoul a été en ce qui concerne Tahiti, un incontestable succès. » Les Tahitiens furent reconnaissants à Raoul de la fondation du jardin botanique de Mamao. A son départ, une souscription permit d’offrir à Raoul une médaille portant l’inscription : « A E. Raoul, la colonie de Tahiti reconnaissante ». Voir à son sujet : O’Reilly et Barrau, Le jardin botanique de Papeari, 1970.

RAOULX, Rosa (1908-1970)

Présidente du Conseil de district à Arue.

Née le 12 août 1908 à Papeete. Fille de Raoul Raoulx. Études chez les Sœurs à San Francisco. Épouse, en 1929, Arthur Michel (voir famille Micheli). Part avec son mari aux Marquises où ils font du commerce et de l’élevage sur une propriété familiale. Regagnent Tahiti. Arthur Michel participe comme volontaire à la Seconde Guerre mondiale. Aux élections de 1946, Rosa Raoulx est nommée vice-présidente du Conseil d’Arue, district qu’elle administrait en fait, bénévolement, depuis 1941 et dont elle recevra la présidence en 1950. Depuis lors, dirige le district d’Arue — qui va du km 3 au km 8 sur la route de la côte est et comprend, à l’époque, 1 600 habitants, dont 600 Chinois — avec autorité et savoir-faire, maintenant l’ordre, la propreté et la bonne entente parmi cette population assez pauvre, et hétérogène de races et de religions, organisant et présidant les fêtes, maniant parfois la badine pour « astiquer » un récalcitrant. Ce faisant, jouit de la considération générale parmi ses administrés et possède une grande influence auprès d’eux. Élue au groupe UTD à l’Assemblée Territoriale, 1962-1967, elle fut secrétaire de la Commission permanente en 1963. La cheffesse Rosa est chevalier de la Légion d’honneur depuis septembre 1959. Elle est décédée à Arue le 17 mai 1970.

RAOULX, Victor (1842-1914)

Marin, puis négociant.

Né le 7 mars 1842 à Dolus, île d’Oléron (Charente-Maritime). Matelot des Équipages de la flotte arrive à Tahiti en 1861 à bord du navire de l’État Dorade. Se fait congédier à Papeete en 1863. Navigue au commerce local comme capitaine de goélette. Il est maître au grand cabotage en 1867. En novembre 1869, le gouverneur de l’époque lui accorde un témoignage officiel de satisfaction, étant capitaine de l’Amélie, pour « l’énergie et le courage qu’il a montrés en ramenant son bâtiment de Tupuai à Papeuriri (Tahiti), malgré une voie d’eau qui s’était déclarée dans le premier de ces ports, et faisait de son retour une opération des plus hardies et des plus périlleuses » (Journal Officiel, n° 48, 1868). En 1867, est associé au négociant anglais Crawford. Quelques années après se sépare de ce dernier pour s’associer avec Papineau, puis travaille pour son compte. Vers 1886, ses activités commerciales sont de plus en plus importantes. Sa maison est une des principales de Papeete. Elle a des relations avec San Francisco et Valparaiso, l’Allemagne et la France, particulièrement Bordeaux. Il est représentant de la Compagnie Tandonnet pour le Pacifique oriental. En 1882, devient un des copropriétaires avec Cardella, Martiny et Merhles de la plantation Soarès (Terre Eugénie) à Atimaono au district de Papara. Est le seul qui garde son acquisition jusqu’à son décès ; y monte une usine à sucre, crée des champs de cannes. Fabrique du sucre et distille le rhum. Défenseur du commerce et des produits français. Montre l’exemple, en vendant presque exclusivement des produits métropolitains. Ennemi déclaré du commerce chinois, dont il dénonce l’envahissement et le danger d’étouffement du commerce européen local dès 1884, au Conseil général et à la Chambre de Commerce. Défenseur des Écoles libres catholiques de Tahiti. Homme politique influent, républicain bon teint, il fonde, avec ses amis Cardella et Martiny un journal, le Messager de Tahiti, dont le rôle sera important dans la vie politique locale pendant de très longues années. Esprit tenace, caractère volontaire qui est tempéré par sa serviabilité et son aménité, il est parfois entier et pousse même jusqu’au sectarisme et au racisme (Affaires chinoises. Écoles libres). Meurt à Papeete le 10 octobre 1914, en laissant une belle maison de commerce, des goélettes, plusieurs propriétés dont celle de Atimaono avec son usine, en plein essor. Président du Conseil colonial (1880-1882). Membre puis vice-président du Conseil général (1886-1903). Président de la Chambre de Commerce (1886-1912). Conseiller municipal, puis 1er adjoint au maire de Papeete (1890-1914). Membre du Conseil d’administration (1878-1880, 1904-1914). Chevalier de la Légion d’honneur et officier du Mérite agricole. De son union, à Papeete, le 19 juin 1867, avec Caroline Hort, 1850-1918, sont issus : Rose Caroline, 1870-1897, épouse en 1889, à Papeete, Étienne Jardonnet, 1866-1948. — Victor, 1873-1934, comptable, président du district de Mataiea, épouse, en 1897, Henriette Chauvin, 1887-1932, huit enfants : Henriette, 1898, veuve Léon Bouzer ; Rosa, 1900, veuve de Jean Grolier ; Victor, 1901, épouse Georgette Dufeux ; vit à Paris ; Henri, 1903-1959, épouse Suzanne Henut ; Marie, 1905, veuve Paul Farvaque ; Jean ; Roger, 1907, épouse Thérèse Jouvée ; Juliette, 1913. — Renée, 1875-1918. — Raoul, 1876-1947, commerçant épouse d’abord en 1901, Emma Wilmot, 1883-1907, trois enfants : Charles, 1902-1972 ; Marguerite, 1904 ; Raoul, 1905. En secondes noces il épouse, en 1915, Teriieura a Ura Hutia, 1890, dont il a eu cinq enfants : Vahine Tua ; la cheffesse Rosa ; Louis Taurua, 1912 ; Hélène Mateata, 1913 ; Paul Victor, 1915. — Jules, 1880-1943, gérant du Cercle colonial, épouse en 1915 Antoinette Drollet. — Marguerite, 1883-1955, épouse son beau-frère Étienne Jardonnet, divorce en 1911 et se remarie au Dr Le Strat, 1879-1942. — Justine, 1885, épouse Hippolyte Malardé en 1902. — Caroline, 1886-1894. — Anna, 1889, épouse Orsmond Walker, 1883-1927. — Louis, 1892, agriculteur, épouse en 1917, Henriette Villierme, 1899, dont : Victor, 1918, capitaine au grand cabotage, engagé dans les forces navales françaises libres en 1941-1946, fait une carrière de fonctionnaire qui l’amène en 1967 à la direction de l’Imprimerie Officielle, épouse en 1943 Constance Suhas.

RATTINASSAMY, Lucien (1924)

Infirmier.

Né le 22 novembre 1924 à Makatea. Longtemps infirmier itinérant dans les Tuamotu où il suit les tournées des médecins, il est devenu membre de l’Assemblée Territoriale en mars 1973 en remplacement de Louis Palmer, décédé. M. Rattinassamy réside à Faaa.

RAUZY, Émile (1908)

Colon.

Né à Esbly (Seine-et-Marne) le 14 juin 1908. Fils d’un médecin de la région parisienne. A la mort de son père abandonne ses études pour voyager. Arrive à Tahiti en 1932. Achète 250 000 F à Hiva Oa, îles Marquises, la belle plantation d’environ 1 000 ha de Taahuku, fondée en 1872 par John Hart, qui était devenue propriété de la Société Commerciale de l’Océanie, gérant H. Rambke, Rauzy est chevalier du Mérite agricole. Il vécut vingt-cinq ans aux Marquises qu’il quitta en 1957 pour aller à Tahiti surveiller l’éducation des neuf enfants nés de son union avec Émilie Aubry, 1914, la fille du chef de Faaa. Il travailla longtemps à la Banque de l’Indochine. Vit retraité à Faaa. Son fils Guy, 1933, instituteur puis commerçant aux Marquises, membre de l’Assemblée Territoriale en 1957, 1967 et 1972. Maire d’Atuona en 1972. S’intéresse principalement à pousser à la mise en service d’aérodromes aux Marquises pour suppléer aux manques de liaisons à la suite de la cessation des activités des Messageries Maritimes. Une partie du terrain d’Atuona a été construit sur des terrains de la Société commerciale et on en parle aux Marquises comme de la « piste Rauzy ».

RAVAAI, de son vrai nom TEIHOTUA A AROA (1806-1893)

Chef du district de Papeuriri.

Né à Vairao, Tahiti, en 1806. « Frère de la femme du Régent et de Fahaue, chef de Mahahune. Leur père, Aroa, célèbre guerrier, avait conquis le district sur lequel ses deux fils devaient, plus tard, combattre l’un contre l’autre. Ravaai s’est dévoué à la cause française dès notre arrivée. C’est le premier Tahitien qui ait marché dans nos rangs. Il a successivement pris part à toutes les expéditions et a montré en plusieurs circonstances une grande intrépidité. Sa brillante conduite au combat de Mahaena où il enleva le pavillon de la Reine lui a valu la décoration de la Légion d’honneur. » Dans son rapport du 22 avril 1844 Bruat avait écrit : « A onze heures le mouvement commença : ce fut alors que le nommé Ravaai, petit chef de l’île, qui était à ma suite, alla enlever intrépidement sous les yeux des insurgés, et à travers leurs balles, le pavillon qu’ils avaient planté sur la hauteur… » Quoique dans la suite il ait été éclipsé par Tariirii, il n’a pas cessé néanmoins de se distinguer et s’est particulièrement fait remarquer aux affaires de Punaaruu et de Paea. En janvier 1845 Ravaai était nommé chef du district de Papeuriri (Mataiea), fonction qu’il occupera jusqu’en janvier 1865, date à laquelle il est mis à la retraite, étant perclus de rhumatismes. Bruat jugeait qu’il « exerçait son autorité avec fermeté et connaissance ; mais que son penchant à l’ivrognerie exigeait qu’il soit tenu avec une certaine sévérité ». En fait, son influence fut grande dans son district et dans la partie ouest de Taiarapu. Ravaai fut le premier chef de Tahiti à se convertir au catholicisme. Il reçut le baptême dans la chapelle de Papeete, le 19 juillet 1856, l’amiral et Mme Bournichon lui servant de parrain et de marraine (Messager de Tahiti, n° 30, 1856). Il avait été député à l’Assemblée législative tahitienne en 1848. Il mourut le 5 juillet 1893 à Papeete. Il s’était marié à Haapape (Mahina) avec Farahei a Nauta, 1821-1893, union demeurée sans postérité. — Outre les documents cités, voir sur lui : J. Cottez, Cadres… des îles Tahiti (B.S.E.O., t. 9, p. 449-450). — L. Reybaud, Parlement des îles de la Société, dans son ouvrage : Marines et voyages, Paris, 1854, p. 88 et passim. — On trouve aussi le nom orthographié Raavai.

RAVAULT François (1936)

Géographe.

Né le 19 octobre 1936 à Chateauroux (Indre). Chargé de Recherches à l’ORSTOM. Séjourne à Tahiti de décembre 1965 à novembre 1968 ; et s’y retrouve en juillet 1971. Intéressé surtout par les problèmes démographiques et agraires.

RAVELLO, François (1926)

Artiste peintre.

Né le 2 mai 1926 à Toulon (Var). Étudie les Beaux-Arts à Nîmes et à Nice. Combattant volontaire en Indochine. Arrive à Tahiti en octobre 1956. Travaille d’abord comme instituteur à Moorea, aux Marquises, puis au club Méditerranée. Se remet sérieusement à la peinture en 1963. Expose 30 gouaches, à la Galerie Soncini en janvier 1964, exposition qui connut un bon succès. « Peinture décorative et anecdotique, retraçant les différents moments de la vie tahitienne… » « Ravello rapporte sur ses cartons des scènes locales où la grande observation du mouvement donne une animation sans précédent ». « L’artiste a souvent recours à des structures géométriques, non dans un but de simplification, mais pour donner plus de force expressive à ses tableaux. Il construit au moyen d’aplats de couleur pour créer la forme. Le Tahiti de François Ravello reste toujours très humain tout en ne se refusant pas à l’expression d’un certain humour. » On trouverait des fresques de Ravello chez Chapiteau et dans différents autres lieux publics de Papeete. Voir à son propos : Les Nouvelles de Tahiti, 28 décembre 1963.

RAVET, Jacques (1905)

Ingénieur général de la météorologie.

Né à Paris le 2 décembre 1905. Est nommé ingénieur météorologiste colonial le 12 janvier 1931 et affecté à Tahiti comme chef de service. En 1930, le Ministère des Colonies était intervenu auprès du Gouverneur des E.F.O. pour qu’il fasse inscrire à son budget les sommes nécessaires à la création d’un Service météorologique et d’une station seismologique. Au début de 1931, Jacques Ravet est donc affecté à Tahiti où il débarque le 24 juin par le vapeur Recherche. Assez curieusement, le Gouverneur Jore refuse de lui donner un bureau et des crédits de fonctionnement, aussi, pendant près de deux ans, son service sera-t-il installé dans son logement personnel et son seul employé un prisonnier marquisien. La situation s’améliorera lors de l’arrivée en 1933 du Gouverneur Montagné. Avec des matériaux de récupération, une station est construite au Faière sur une pente dominant la ville ; la station seismologique commence ses enregistrements. Le personnel est souvent réduit au seul prisonnier puis, en 1934, deux agents sont recrutés. Le réseau ne comporte alors que quatre stations auxiliaires, là où l’on pouvait disposer d’une station-radio. En 1936, un ingénieur supplémentaire est affecté à Tahiti. En 1937, la Recherche Scientifique alloue des crédits pour développer les études sur le magnétisme terrestre et l’électricité atmosphérique. Le matériel commençait à peine à fonctionner lorsque la déclaration de guerre amenait la mobilisation, le 2 septembre 1939, de Jacques Ravet et l’affectation de son adjoint à des tâches administratives. Si les observations météorologiques continuèrent pendant la guerre, par contre le déclenchement des hostilités marqua l’arrêt définitif de toutes les études de physique du globe. — Jacques Ravet sera nommé commandant de la Défense des E.F.O., le 25 octobre 1940, devenant également, après le passage de Tahiti à la France Libre, chef de service des Travaux Publics et de la Météorologie. Il rejoint le Bataillon du Pacifique en novembre 1942 où il commandera l’artillerie divisionnaire de la 1re D.F.L., faisant avec elle les campagnes de Lybie, Tunisie, Italie et France de 1941-1944. Achève sa carrière en 1971, comme Inspecteur général de l’Aviation civile à Paris. — Jacques Ravet a signé certains rapports et quelques articles concernant la météorologie dans les E.F.O.

REDET, Maurice (1822-1862)

Capitaine au long cours.

Né à Tournebu (Calvados) en 1822. Arrive probablement à Tahiti à l’époque de l’occupation française. Capitaine au long cours, propriétaire de la goélette Emma avec laquelle il fait le trafic dans les îles et relie Papeete à Valparaiso (Chili). Propriétaire à Fare, île Huahine (îles Sous-le-Vent), base des baleiniers de l’époque. Commissaire-priseur, en 1857, à Papeete, et juge assesseur de la Cour criminelle des îles de la Société. Meurt à Papeete le 30 novembre 1862. De son union, le 1 août 1859 à Papeete, avec Margaret Murphy, 1829, sont nées deux filles. A la mort de son mari, celle-ci quitte définitivement Tahiti avec ses enfants, pour l’Australie. En 1882, elle résidait à Sydney.

REDEUILH, Pierre (1817-1870)

Capitaine de navires et propriétaire.

Né le 17 avril 1817 à Caillac (Gironde). A l’âge de 14 ans part de Bordeaux pour naviguer. En 1840, on le trouve à Cuba ; quelques années après à San Francisco. De ce port, il navigue au commerce pour son propre compte. Vers 1863, il est au Chili. Il quitte Valparaiso en 1865 et arrive à Tahiti en janvier 1866. Achète une propriété au district de Paea et reste définitivement dans le pays. Membre du Comité directeur de la Caisse agricole en 1869. Meurt le 23 février 1870 à Papeete. — Un fils Pedro, 1868-1926, épouse Nahoahu Fuller († 1918), quatre enfants dont Gabriel, 1894, caporal au Bataillon du Pacifique, tué à l’ennemi, en 1918, à Samoussy (Aisne). Médaille militaire et cité. Édouard, 1898. Tinitua, 1892, épouse, en 1911, Étienne Petiti, 1877-1918, veuve épouse Philippe Rascalon, fondé de pouvoir du trésorier-payeur. Jules, 1899, vit à San Francisco depuis de longues années.

REED, William (1932)

Biologiste.

Né le 4 avril 1932 en Australie. Études supérieures à Sydney, Londres et Tokyo. Membre de l’Institut de biologie de Londres et savant de réputation internationale. Est envoyé en mission pour les Nations-Unies au Soudan et sur la mer Rouge. Y demeure de 1958 à 1962 pour le compte de la République du Soudan. Arrive à Tahiti en 1968 comme conchyliologiste pour un projet FIDES. Circule dans les Tuamotu avec un poste fixe à Takapoto, formant des Paumotu à la greffe des huîtres perlières. Lorsqu’il quitte le territoire en 1973, une douzaine de ses élèves sont capables de greffer correctement des perles rondes et une cinquantaine des demi-perles. Le Paumotu Faaua Teahi aura été le premier non-japonais dans le monde à savoir greffer une perle ronde.

RENVOYÉ, François (1825-1912)

Commerçant.

Né le 12 février 1825 à Brest (Finistère). Débarque à Papeete, de la frégate La Syrène, le 24 décembre 1849. Cuisinier de profession, il est d’abord employé chez le commerçant anglais Hort; puis il s’installe à son propre compte, comme restaurateur, rue de la Petite-Pologne. Sera une des victimes du grand incendie qui ravagea la ville de Papeete en 1884. Mais en 1903 son restaurant est encore le plus achalandé. Gauguin et les frères Rorique le fréquentent : « ils eurent vite fait d’en connaître tous les habitués. Il y avait la table du trésorier-payeur et celle du procureur, qu’on avait placées à des angles opposés ; les deux personnages, brouillés depuis longtemps en effet, ne communiquaient que par lettre, seulement pour des raisons de service. Les autres fonctionnaires se groupaient autour de ces pôles, en dessinant des lignes de forces, laissant au centre une zone neutre où les officiers de la garnison et ceux de la station navale s’installaient habituellement. De chacun des angles ne parvenaient que des chuchotements, mais au centre, les jeunes officiers menaient parfois grand bruit » (H. Jacquier). Exploitait également une boucherie, en association avec son beau-père Desroches. S’étant retiré des affaires, il vivait de ses rentes sur sa propriété de Mamao où il est décédé le 11 août 1912. De son union, le 9 juin 1867, à Papeete, avec Estelle Desroches († 1894) sont nés : Marie, 1868-1906, épouse en 1888, Cyrille Dauphin. — François, 1871. — Auguste, 1873, disparu en mer lors du cyclone du 8 février 1906. — Victorine, 1876. — Un fils naturel : Alfred, 1864.

REVEIL, Charles (Frère Victorien). 1814-1891

Religieux picpucien.

Né le 5 mai 1814 à Sainte-Maure (Indre-et-Loire). Fait profession comme Frère convers en 1843. Part la même année comme missionnaire aux îles Marquises ; quitte la mission en 1849. Meurt, le 11 août 1891, à Santiago (Chili).

REY, Henri (1885-1971)

Propriétaire et inventeur.

Fils de Jean Rey. Né le 5 avril 1885 à Papeete. Très vite après des études primaires, se reconnaît une vocation hors-cadres. Ses concitoyens en parlent comme de l’« inventeur ». Lui-même se sent comme investi d’une sorte de mission « pour le bien-être de l’homme et la simplification de son travail ». Il aurait à 12 ans construit de ses mains un pédalo avec lequel il promenait ses compatriotes dans la rade de Papeete. L’automobile naturellement le passionne. Avant la Première Guerre mondiale, il aurait fait faire le premier tour de l’île à une Ford, non sans des rivières passées à force de bras, des arbres abattus, des rochers déplacés, exploit qui lui valut une réception enthousiaste de la part des gens de Papeete fiers de cette performance. Il vécut longtemps à Rarotonga, commerçant et mécanicien, où il aurait introduit la première voiture automobile et installé le premier cinéma dans la cour du Palais royal. Henry Rey est l’inventeur d’une roue démontable d’une conception particulièrement ingénieuse. Mais il ne semble pas que la Reywell company créée aux États-Unis en 1918 soit parvenue à l’imposer… à la construction automobile. Rey ayant vécu aux îles Philippines et constaté le dur travail dans les plantations de cocotiers, a mis sur pieds une machine à couper les cocos, une autre apte à détacher du coco ainsi coupé en deux, la pulpe qui constituera le coprah. Également une machine destinée à décortiquer le cacao. Ces machines ont été introduites sur le marché américain. Au point de vue alimentaire, il a fait breveter aux États-Unis un procédé qui lui permet d’obtenir « des fruits confits au naturel », procédé qui permet par une sorte de maturation artificielle la conservation du fruit qui n’est ni séché ni confit. Ce procédé a été employé pour les bananes mais ne semble pas encore être passé du stade expérimental au stade commercialisé. Henri Rey est décédé à Papeete le 26 février 1971. De son union avec une Rarotongienne, Tevao Moe Arü, 1883-1959, sont nés : Marguerite, 1903, célibataire vit à Pirae. — Rémy, 1906-1929. — Henriette, 1908, épouse Robert Cunningham, deux enfants, Barbara, 1931, épouse Gaston Flosse, et Alain Netii. — Eugénie, 1911, épouse Gérald Laborde, employé chez Barrau à Santo, Nîles-Hébrides. — Pauline, 1912, attachée au palais de Justice où elle a été chargée de l’organisation du fichier de l’État civil de Tahiti, poste qu’elle occupe avec autant de compétence que de courtoisie et où elle rend les plus signalés services à tous les Tahitiens aux prises avec des préoccupations généalogiques.

REY, Jean (1839-1902)

Charron et propriétaire.

Né le 25 février 1839 à Pommiès (Tarn-et-Garonne). Voyage. La tradition veut qu’il ait appris à lire à l’école du soir à San Francisco. Arrive à Tahiti le 3 octobre 1868, venant de Californie, sur le brick goélette Timandra. Y fait du coton, au temps de la guerre de Sécession, dans le district de Paea, puis, quand le coton ne rend plus, reprend son métier de charron-forgeron. Il aura un atelier rue de la Glacière, actuellement rue du Dr Cassiau. Sera conseiller colonial en 1882-1883, puis conseiller général de 1884 à 1886. Il était propriétaire à Paea et à Papeete, près de la caserne de gendarmerie. Il meurt le 8 janvier 1902. D’une première union à Papeete, le 6 septembre 1873, avec Hélène Dexter, 1856-1877, sont issus : Georges, 1874-1945, qui épouse Poia a Tefaatau, 1882-1913 ; trois enfants. — Jean, 1875-1918, épouse, en 1903, Esther Oliver, 1883-1918 ; de cette union survivent quatre enfants : Hélène, épouse Joe Bourne ; Laura, épouse Isidore Richmond ; Alvan, épouse un Chave ; Esther, épouse un Américain. D’une seconde union, le 25 juin 1879, à Paea, avec Louise le Bihan, 1860-1891, veuve de Constant Brun († 1877) sont nés : Marie, meurt en bas âge. — Rose, 1881, épouse, en 1898, Louis Ferrand, 1871, menuisier, neuf enfants ; puis Mme J. REY née Louise Le Bihan divorce en 1931. — Julie, 1882-1905, épouse, en 1901, Antoine Hébert, fondé de pouvoir du trésorier-payeur. — Virginie, 1883-1884. — Henri, 1885, épouse, en 1909, Moe a Tetiarahi, 1883, cinq enfants. — Jules, 1887-1973, épouse, en 1930, Tehiva Lee ; se remarie à Teura Kong Soy († 1945), onze enfants. — Léon, 1888, menuisier et propriétaire à Haamene, îles Sous-le-Vent. — Elisa, 1890, épouse, en 1934, son beau-frère Louis Ferrand.

REY, Victor (1853-1935)

Né à Paris le 21 mai 1853.

Engagé volontaire à 17 ans en 1870. Fait du journalisme et collabore au premier Chat noir. Part comme commis des affaires indigènes au Tonkin ; est attaché au Cabinet d’Eugène Étienne, sous-secrétaire d’État aux Colonies qui l’envoie comme secrétaire général en Nouvelle-Calédonie, 1893-1897. Après un stage à Saint-Louis du Sénégal est affecté à Tahiti où il remplira par deux fois les fonctions de Gouverneur intérimaire du 14 juillet au 30 novembre 1899 et du 19 janvier au 25 février 1901. Est ensuite affecté à nouveau en Nouvelle-Calédonie où il s’occupe du cinquantenaire de ce territoire qu’il quitte en 1904. Sera ensuite Gouverneur de la Guyane. Prend sa retraite en 1909, en Dordogne. A 66 ans, s’engage en 1914, comme canonnier de 2e classe, et participe à toute la Première Guerre mondiale dans une batterie d’artillerie. Il est fait commandeur de la Légion d’honneur, à titre militaire, après l’armistice du 11 novembre 1918. Meurt à Coudray-Montceau (Seine-et-Oise), le 15 novembre 1935.

REYBAUD, Louis (1799-1879)

Écrivain et homme politique.

Né à Marseille le 15 août 1799. Marin et négociant jusqu’à l’âge de 30 ans, abandonnera alors la mer pour la littérature et la politique. Il sera député de 1846 à 1852. On doit à l’auteur de Jérôme Paturot à la recherche d’une position sociale, 1843, et de… la meilleure des républiques, 1848, des essais intitulés Marines et voyages, Paris, 1854, dans lesquels il a inséré une fort curieuse étude sur Le parlement des îles de la Société, p. 17-102, ainsi que des notes sur Le voyage autour du monde de M. Abel Dupetit-Thouars, p. 103-172, où il est beaucoup parlé des Marquises au temps de Iotété. Meurt à Paris en 1879.

REY-LESCURE, Philippe (1897)

Pasteur-missionnaire.

Né le 11 novembre 1897 à Cahors (Lot). Consacré à Montpellier, en 1928. Missionnaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris à Maré et en Nouvelle-Calédonie de 1922 à 1933. Arrive à Tahiti en 1933. Après un intérim à l’école des garçons, au départ du pasteur André Vernier assure la direction de la communauté de langue française de Papeete qu’il gardera jusqu’à son départ en 1957 y joignant la direction de la paroisse indigène de Paofai. Lance un mouvement de jeunesse et réveille La Croix Bleue, mouvement anti-alcoolique, qui comptera en 1944, 94 « engagements ». Au retour de son congé, en 1936, il fonde en 1937, Notre lien, bulletin paroissial de langue française. Sera vice-président du Conseil supérieur des Églises tahitiennes et président du deuxième arrondissement ecclésiastique, aumônier de la léproserie d’Orofara, du camp d’internement d’étrangers. De 1943 à 1951, il met en train ou inaugure à Papeete les maisons du groupe des Rimatara, la seconde des Rurutu ; celle des Raiatea, des Rapa, des Atiu, d’Orovini, le temple reconstruit des Atiu. En 1942 il fonde une école du dimanche pour les enfants chinois de Papeete, et organise ensuite leur communauté. Il part en congé en 1947, ce qui met fin à sa présidence de la conférence missionnaire qu’il exerçait depuis plusieurs années. En 1951, abandonne la direction de la paroisse de Paofai pour se consacrer à la formation de la paroisse de langue française. Préside à la construction du bloc scolaire protestant et fonde la Fraternité pour les différents cercles d’études. En 1954, il pose les fondations du nouveau temple de Bethel qui sera inauguré par lui en 1957, date à laquelle, touché par la retraite, il retourne définitivement en France, à La Force (Dordogne) après vingt-quatre ans passés à Tahiti. Il avait été aidé dans son ministère par sa femme, née A. Lefèvre, qui, dès son arrivée à Papeete, organise un ouvrier qui travaille pour Orofara et assurera, en 1948, la direction intérimaire de l’école des filles. Elle sera nommée, en 1953, officier d’Académie pour services rendus à l’enseignement. Le pasteur Rey-Lescure ne s’est pas cantonné dans l’œuvre ecclésiastique, mais s’est intéressé aux questions d’ethnographie, de linguistique et d’histoire. Membre de la Société d’Études Océacéaniennes, dès 1931, il sera membre du bureau et assurera un temps la présidence de ce groupement. Il participera à la commission de la conservation, et à la prospection des monuments historiques. Il collaborera au lancement du Service d’information : Radio-Tahiti ; la Voix de la France, donnant là en deux langues, des conférences sur l’histoire de Tahiti. Il fut président de la Commission de toponymie. Nommé officier d’Académie, en 1954, pour services rendus à la recherche scientifique. On trouvera sous sa signature de nombreux articles dans le B.S.E.O. Il a publié un Abrégé d’histoire de Tahiti, à Papeete, en 1958 et Escales, à La Force, en 1964, recueil de poèmes écrits en Polynésie française. — On trouverait un article sur son œuvre à Tahiti dans Notre lien, en mars 1957.

RIBAIL, François (1833-1884)

Propriétaire.

Débarque le 7 août 1862 à Papeete, venant de San Francisco. S’installe comme colon dans la vallée de la Fautaua où il possède une belle propriété. Meurt le 20 octobre 1884 à Papeete. Épouse le 1 octobre 1884, à Papeete, Turaitua a Pai. Union sans postérité.

RIBOLLET, Jacques (1847- )

Sellier.

Né le 11 octobre 1847 à Lyon (Rhône). Maréchal des logis du régiment d’artillerie de marine. Débarque à Papeete le 16 juin 1870, de la frégate Sybille. Libéré à Tahiti le 6 décembre 1873. S’établit à Papeete comme sellier. Membre de la Chambre de Commerce en 1887. Meurt à Papeete. — Il épouse Maria Keck, née en 1858, le 16 décembre 1876, à Papeete.

RIBOURT, Pierre Félix (1811-1895)

Général.

Né le 17 novembre 1811. Entre à Saint-Cyr le 20 novembre 1831. Capitaine en 1840. Débarque à Tahiti de la frégate La Sirène, le 23 mai 1847. Il a fait le voyage en compagnie du cap. de vaisseau Lavaud, gouverneur, dont il est l’aide de camp. Demeurera à Tahiti jusqu’au 31 décembre 1849. Reçoit le commandement, en août 1847, de la petite expédition du Gassendi, envoyé aux îles Tuamotu pour y châtier les gens de Barclay de Tolly et de Volowschi [Takumé et Raroia], après le massacre de l’équipage de la goélette La Sérieuse. Remplit sa mission sans tirer un coup de fusil. Aide Lavaud dans la rédaction des lois, et joue le rôle de commissaire du Roi. Officier instruit, il apprend le tahitien et s’intéresse aux coutumes locales. « Je serai certainement un des habiles quand je devrai quitter Tahiti. Je saurai mon île à fond, habitudes, mœurs, besoins, langage, tout », écrit-il à un ami. Servira ensuite à Paris et en Afrique et terminera sa carrière comme général de Brigade. Meurt à Paris, le 3 février 1895. Ribourt a publié un État de l’île de Taïti pendant les années 1847, 1848 (Revue coloniale, t. 4, janvier-juin 1850) ; des Observations géologiques sur Tahiti et les îles basses des Paumotus (Bulletin de la Société de Géographie, juillet-décembre 1878). Une amusante lettre de lui, datée de Papeete le 28 mars 1848, a été insérée dans le B.S.E.O., mars 1939, p. 134-140. — Son dossier, aux archives du Ministère de la Guerre, porte qu’il « a composé une grammaire de la langue polynésienne, travail remis à l’Académie des Sciences ». Il remit également à cette savante institution « plusieurs mémoires concernant la météorologie, le magnétisme terrestre, la géologie, la topographie et la statistique de quelques unes des îles de l’Océanie ». (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 1851, 1, p. 902). Toute cette littérature lui fut restituée en 1858 (ibid., 1858, 1, p. 789). — Quatrefages nous dit, dans plusieurs notes (p. 57, notes 182, 183) de son ouvrage Les Polynésiens et leurs migrations (Paris, 1865), qu’il a eu entre les mains des manuscrits ethnographiques de Ribourt et aussi des fragments conservés par Ribourt du fameux manuscrit, du missionnaire Orsmond que son patron Lavaud avait rapporté à Paris et qui est considéré comme perdu.

RICA, Louis (le Père Jean Berchmans). 1918

Religieux picpucien.

Originaire de Concarneau (Finistère). Profès dans la congrégation en 1937. Ordonné prêtre en 1944. Est envoyé comme missionnaire aux îles Marquises en 1947. Prend la succession du Père Désiré Yvinnec à Nuku Hiva et construit les églises de Hatiheu, balayée par le raz de marée de 1946, et de Taipivai. En 1951, partage la charge de l’île avec un confrère. En 1956, est à Taiohae (Nuku Hiva). En 1959, quitte les Marquises pour raisons de santé.

RICCARDI, Eugène (1804-1846)

Marin et commerçant.

Né à Marseille en juillet ou août 1804. Fils d’un capitaine au long cours. Lorsque le pavillon français fut hissé pour la première fois à Huahine, le 24 janvier 1845, le chef Arepa s’en constitua le gardien. L’acte signale la présence de deux marins « bien considérés et fort aimés des indigènes » : Mauruc et Riccardi. Riccardi avait une résidence dans l’île depuis plusieurs années. Il possédait une goélette, La Sérieuse, avec laquelle il trafiquait dans les archipels voisins. Son port d’attache était Fare. Comme Huahine était à cette époque une île fréquentée par les baleiniers, il était nécessaire qu’il y eut là un représentant de l’autorité. Pour cette raison et pour affermir les droits de la France, le gouverneur Bruat nomma résident à Huahine E. Riccardi, « commerçant français établi dans l’île ». Deux arrêtés, le 22 août 1845, y créèrent une justice de paix et déterminèrent les attributions du Résident. Riccardi fut assassiné, à la fin de novembre 1846, par les indigènes de Raroia. Sa goélette La Sérieuse était au mouillage dans le lagon. Les naturels montèrent à bord par surprise et massacrèrent une grande partie de l’équipage. Riccardi fut abattu d’un coup de harpon. Huit mois plus tard, la nouvelle de cette affaire parvint à Papeete. Le 4 août 1847, à bord du Gassendi, une expédition punitive, sous les ordres du capitaine Ribourt quittait Papeete. La capture des coupables fut faite sans effusion de sang. Huit furent condamnés à mort par un Conseil de guerre siégeant à Papeete, le 13 septembre 1847. Cette peine fut commuée en celle des travaux forcés à perpétuité pour cinq des condamnés. Les trois autres furent exécutés. — On trouve le nom de Riccardi dans des revues géographiques ou coloniales : voir, par exemple, un article sur Les îles Pomotou (Annales maritimes et coloniales, Paris, 1845, partie 2, t. 4, p. 429-435). Il avait aussi collaboré au journal l’Océanie Française.

RICHARD, Louis (1838-1875)

Pilote.

Né en 1838 à La Jarrie (Charente-Maritime). Marin de l’Etat. arrive à Tahiti vers 1869. Congédié à Papeete en 1873 où il est nommé pilote le 1 août. Meurt le 30 décembre 1875 à Papeete. — De son union en 1873 à Papeete avec Eulalie Mahé, née en 1850, est né Louis, 1 en 1873.

RICHARDS, William Edward (1857-1888)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 14 octobre 1857 à Edgware, Middlesex (Angleterre). Ordonné le 27 juin 1882. Est d’abord envoyé dans l’Inde. Malade, il va se soigner à Sydney. S’y marie le 6 mars 1885 à Elizabeth Wragg. Nommé aux îles de la Société, il quitte Sydney le 24 mars 1885 et arrive à Raiatea le 8 mai. Reçoit en juillet 1886 la charge de Tahaa, tout en restant chargé des écoles de Raiatea. En mai 1887 et en août 1888, il visite les îles Australes. En juin 1887, il reçoit la charge de Raiatea et de Tahaa. Meurt à Raiatea le 27 septembre 1888. Sa veuve retourne en Angleterre.

RICHECŒUR, Alain (1904)

Avocat défenseur.

Né le 4 octobre 1904. Études de droit à Nantes et à Rennes. Avocat à Nantes. Substitut. Arrive à Papeete en 1938.

RIENZI, Louis Grégoire, DOMÉNY de (1789-1843)

Voyageur et savant français.

Né à Vaucluse (Doubs) en 1789. Voyage en Malaisie, dans les îles Carolines occidentales et dans certaines parties de la Papouasie. Au cours de son voyage, en 1829, fait naufrage à bord du brickO Dourado, perdant toutes les collections qu’il avait rapportées ; ainsi il ne « passera pas au-delà de la 14 lat. sud et de la 136 long. est ». Il sera député de l’île Bourbon en 1830. — On lui doit L’Univers pittoresque, compilation géographique dans laquelle il aborda aux tomes 2 et 3, de la série Océanie, la Polynésie française : les Marquises, Tahiti et Tuamotu. Il a recueilli là, d’une manière facilement accessible, une bonne partie de la littérature alors connue sur ces territoires. Cette publication, abondamment illustrée de dessins d’après des gravures anciennes, connut un grand succès lors de sa parution en 1836-1837 chez l’éditeur Firmin-Didot et fut traduite en plusieurs langues. Édition allemande en 1837, italienne en 1843, rééditée en français en 1872. — De Rienzi se serait suicidé, à Versailles, en octobre 1843.

RILLOT, Auguste (1829)

Propriétaire.

Né le 16 août 1829 à Troyes (Aube). Arrive à Tahiti en 1865, venant probablement de Californie. Se fixe au district de Faaa où il devient propriétaire. Se livre à la culture et à l’élevage. — De son union, le 14 août 1871, à Papeete, avec Virginie Ventura est née Terai, 1878.

RIPO, Meretini (1922)

Peintre amateur.

Née le 19 septembre 1922, à Papara (Tahiti). Commence à peindre en 1940 à Bora Bora. Présente pour la première fois ses œuvres en 1955 à l’occasion du premier Salon de Tahiti. Exposition personnelle en 1957 à l’hôtel Stuart. Participe régulièrement aux expositions des artistes tahitiens au mois de juillet. « Ripo peint d’instinct et sans formation aucune »… « Elle fait de la peinture tahitienne. Habituée à vivre sans contrainte aucune, elle peint sans règle et sans loi, comme elle sent, en suivant son inspiration naturelle ». Épouse d’abord du peintre Pierre Heyman, puis devenue la femme de Serge Grès, Ripo a été inévitablement influencée par ces deux artistes. On ne retrouve malheureusement dans sa peinture rien des qualités de ces deux artistes authentiques.

RIVES, Claude (1947)

Photographe.

Né à Angers le 11 avril 1947. Après avoir réalisé des reportages en Europe et en Afrique de l’Ouest arrive à Tahiti le 17 septembre 1972 avec sa femme et un matériel de plongée, et y reste jusqu’au 15 décembre 1972. Chargé de réunir pour le compte du Muséum d’histoire naturelle de Paris une documentation photographique concernant des recherches de biologie. S’intéresse également au monde sous-marin dans son ensemble. Revient à Tahiti en 1973, chargé d’une nouvelle mission pour le Muséum. S’intéresse alors principalement à la faune avicole. Rapporte de ces missions plusieurs milliers de clichés couleur.

RIVET, Louis (1869-1933)

Gouverneur des colonies.

Né le 29 avril 1869 à Fort-de-France (Mertinique). Diplômé de l’École coloniale. Il fait carrière en Indochine. Le décret du 9 mai 1922 lui attribua le gouvernement des Établissements Français de l’Océanie. Cette nomination est motivée par le désir de M. Sarraut, ministre des Colonies, de créer un rapprochement économique et administratif entre l’Indochine et les Établissements. Ceux-ci, en effet, traversent une période de grave dépression économique due aux événements récents : suites de guerre, épidémie de 1918 entraînant une diminution de la main-d’œuvre, cyclones, abandon des récoltes, politique maladroite de la métropole et des gouverneurs ayant succédé à M. Julien. Arrivé dans la colonie le 18 septembre 1922, Rivet va s’attacher énergiquement au redressement de celle-ci. Il établit dès l’abord un plan d’ensemble des besoins nécessaires à l’exploitation des ressources et à l’amélioration des conditions humaines. Il modifie le budget en supprimant les emplois non indispensables, tout en relevant les fonds consacrés aux travaux publics des archipels : routes, télégraphie sans fil, canalisations d’eau. Pour favoriser l’installation d’usines, il crée une prime à la fabrication. Il apporte également des crédits au développement agricole, fonde une station d’agriculture et d’élevage au jardin de Mamao, réorganise la Caisse agricole et la Chambre d’Agriculture. La culture de la vanille, presque abandonnée à la suite de la maladie des vanilliers, est encouragée par une suite d’arrêtés concernant sa cueillette et son exportation. D’autre part, il réforme l’instruction publique, élargit le service médical des Marquises. Cependant, son projet de relèvement économique de cet archipel, basé sur la constitution d’une société acquéreuse d’un domaine à morceler entre petits colons, est repoussé par le ministre. Il réforme enfin l’organisation judiciaire. La question primordiale de la main-d’œuvre est partiellement résolue par l’introduction d’un premier contingent de travailleurs annamites en août 1925. Le 23 mai 1923 est inauguré le premier service régulier des Messageries Maritimes France-Panama-Tahiti-Hébrides-Calédonie qui, en développant les échanges commerciaux avec la métropole, contribue considérablement au redressement de la colonie. Grâce à ces mesures, les finances s’améliorent régulièrement et la reprise économique rend inutile le projet, envisagé depuis longtemps, d’emprunt à l’Indochine. Malgré son vif désir de demeurer en Océanie pour y poursuivre sa tâche, il doit quitter la colonie le 7 janvier 1927. Décédé à Aix-en-Provence le 14 mars 1933.

RIVIÈRE, Claude (1882-1972)

Professeur et femme de lettres.

Née à Varsovie. Agrégée de l’Université. Part en Océanie en 1922 sur la Ville de Tamatave, navire d’un armateur havrais. Vit à Tahiti chez l’écrivain Robert Keable à Papeari ; puis à Tahaa chez le peintre Octave Morillot. Quitte l’archipel en 1925 et circule dans le Pacifique sur la goélette Tahitian maiden, avec Bill Winchester qu’elle enterre à Tutuila. Passe quatre années à Honolulu, enseignant à l’Université. Puis circule dans l’Inde avec une troupe dramatique, au Japon, en Chine et dans une grande partie de l’Asie, avant d’aller diriger la Radio française à Changhaï en 1935. De retour en France en 1947, se retire à Nice où elle assurait à ses amis qu’elle préparait un livre de souvenirs sur l’Océanie. Nous y aurions peut-être appris la mystérieuse histoire d’un certain manuscrit de Paul Gauguin — il s’agit de celui de l’Esprit moderne et le Catholicisme — qu’Alexandre Drollet assurait lui avoir confié et qui se retrouva quelques années plus tard aux États-Unis, propriété d’un institut d’art. Meurt à Nice, au Rouret, le 25 janvier 1972.

RIVNAC, Milos (1885-1941)

Chimiste et hôtelier.

Né à Prague (Bohème) où son père est président de la Chambre de Commerce. A la suite d’une frasque de jeunesse, débarque à Tahiti en 1926. L’île est connue chez les Tchèques à la suite des voyages de Stefanik, l’astronome venu travailler à Tahiti, du roman Les amours folles de Jean Hawlasa et des récits du journaliste globe-trotter Novac. Rivnac se trouve être l’avant-coureur d’une colonie de Tchèques qui viennent s’installer à cette époque, songeant à s’organiser selon les conceptions de vie communautaire. Ils sont une centaine et comptent parmi eux Jarosky Otčenášek, Rudolph Panek, François Cap, Rudolph Klima. Rivnac fera son possible pour essayer de mettre sur pied une communauté de travail et songe à la vallée de la Papenoo. Un groupe s’installe à Titia Fatau, mais vit sur le pays sans en essayer la mise en valeur. Il tente d’obtenir le concours financier d’une banque de Prague dont le directeur passe à Tahiti. Mais la zizanie se met rapidement parmi les Tchèques qui se divisent en deux sociétés et finalement le mouvement tombe à néant, beaucoup de membres étant obligés de s’embaucher comme ouvriers à Makatea. Après quelques avatars et des essais à Tautira, Rivnac se révèle un excellent et accueillant hôtelier. Il mettra en service « Blue Lagoon », sur le chemin vicinal de Taunoa et un hôtel de bungalows à Punaouia, au kilomètre 15, sur une pointe de la côte est. Bon cuisinier, homme plein d’entregent, hôte optimiste et jovial, ses hôtels attirent une clientèle toujours satisfaite. Il a bon cœur et les nombreux artistes qu’il hébergea ou aida ne se comptent pas. Il vivait avec Teriere Gooding à laquelle il laissa ses biens à sa mort, le 9 août 1941.

ROBARTS, Edward (1771-1832 ?)

Marin et aventurier.

Anglais originaire de la région de Barmouth (Pays de Galle). Après avoir navigué sur un navire faisant la traite des esclaves aux Antilles, visité Saint Petersbourg, quitte l’Angleterre en novembre 1797 sur le baleinier New Euphrates qui, par le Cap Horn, gagne le Pacifique où il chasse sans grand succès dans les parages des galapagos et des côtes californiennes. Déserte au cours d’une escale à Tahuata, îles Marquises, en novembre 1798. Passe un an dans l’île avant de s’installer à Nuku Hiva. Là, il voyage de vallée en vallée, échangeant son nom, se créant un réseau de relations sociales. Il s’est fait tatouer la poitrine et finit par comprendre le marquisien, servant d’armurier et de guerrier aux chefs. En 1803, il épouse la fille de l’un d’eux, ce qui l’intègre à la société marquisienne et lui permet de recevoir plus sûrement des prestations alimentaires aux jours de disette. Il sert de pilote aux navires qui fréquentent les trois baies de l’île, Uauka, Taiohae, Taipi. C’est ainsi qu’en mai 1804, il sert d’informateur à Krusenstern, avec le Français Joseph Cabry, autre « résident » dans l’île, son ennemi mortel. Nous apprenons alors qu’il savait un peu de russe, de français et de hollandais. Par suite de l’état de guerre qui y règne, quitte son île et les Marquises avec sa femme et une petite fille par la Lucy, capitaine Abe Ferguson, songeant à aller s’installer en Nouvelle-Zélande ; mais est débarqué en fait à Tahiti le 18 mars 1806, dépourvu de tout, avec une femme enceinte de six mois. Les missionnaires de la L.M.S. l’aident un peu, lui prêtent quelques outils et une pirogue ; il se construit une case et vivote en salant du porc. Finalement, il parvient, avec un compagnon de son acabit, à confectionner un alambic avec lequel il fabrique de l’alcool, de bonne vente à Sydney, et dont, sur place, le roi Pomare est un des amateurs les plus obstinés. En Juin 1807, la vie à Tahiti lui étant devenue dangereuse à cause de la guerre, Robarts quitte l’île comme pilote du general Wellesley, capitaine David Dalrimple, pour un voyage commercial dans les Tuamotu. Le missionnaire J. Elder est là, comme interprète. On visite Rairoa, Takaroa, Takapoto, sans y trouver perles, nacre ni bêche de mer, mais en y faisant quelques victimes. Le même navire emmène ensuite Robarts et sa famille à Penang où il servira comme domestique dans une famille apparentée à celle de Raffles, l’homme de la Compagnie des Indes. On le trouve plus tard policier à Calcuta de 1822 à 1832, date probable de sa mort. Robarts avait écrit en 1824 une sorte d’autobiographie centrée principalement sur son séjour aux Marquises et à Tahiti. Retrouvée par le Professeur H.E. Maude parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale d’Edimbourg, elle a été publié, à Canberra, en 1974, par le professeur Gregory M. Dening qui y a joint une introduction et des notes explicatives. Marquesan Journal of Edward Robarts, 1797-1824, est une importante contribution à la connaissance de la société marquisienne du début du siècle, avant la tragique dépopulation de l’archipel.

ROBIN, Félix (1818-1889)

Notaire puis colon et industriel.

Né à Poitiers (Vienne). Arrive à Papeete par la frégate l’Uranie, le 4 novembre 1843, comme conducteur des Ponts et Chaussées. Sera le premier directeur des Ponts et Chaussées de Tahiti. Démissionne de son emploi le 1er octobre 1848 et s’établit à Papeete comme notaire et commissaire-priseur. Sera révoqué de ses fonctions, le 7 février 1856. Un mandat d’amener est délivré contre lui, mais la police ne peut s’assurer de sa personne. On pense « qu’il a pris la fuite pour se soustraire à l’action de la justice » (Messager de Tahiti du 10 février 1856). Il s’est en effet « réfugié » à Raiatea où il demeura sept ans. Ce n’est que lorsque la prescription légale a été expirée qu’il revient à Papeete. Il y sera alors un des hommes liges du gouverneur de La Roncière et un de ses agents les plus actifs. Il est nommé par lui membre du Conseil privé de la Reine et président du Conseil général. Ses adversaires lui reprochent de manifester des « intentions séparatistes » dans le discours d’ouverture du Conseil général et l’ordonnance du 15 mars 1869 leur apparaît, sous des apparences d’intérêt public et sous prétexte de développer l’agriculture, « une véritable loi d’expropriation pour cause d’intérêt privé ». Si Robin en profite pour des acquisitions de terrains, au moins saura-t-il les mettre en valeur ! « Industriel », il est propriétaire, en 1879, à Taaone, district de Pirae, de ce qui deviendra la propriété Hirshon. Il s’associe pour cela à Martiny. « MM. Robin et Martiny, lit-on dans le Messager de Tahiti, 7 février 1879, ont établi une usine à égrener le coton qui rend de grands services à la colonie. Une machine à vapeur à condensation, de la force de 11 ch nominaux, et une roue hydraulique de 8 ch, font marcher 30 égreneuses établies dans les meilleures conditions. Une puissante presse hydraulique confectionne de belles balles de coton… 17 ha de coton sont exploités dans de bonnes conditions… » Robin qui avait été président du Tribunal de Commerce en 1868, deviendra membre du Comité directeur de la Caisse agricole. On le regardait comme « un des propriétaires les plus considérables de Tahiti » lorsqu’il mourut le 14 septembre 1889. Ce jour là, Papeete « mit spontanément ses pavillons en berne ». On trouvera son éloge funèbre, prononcé par M. Cardella, ainsi qu’une note nécrologique le concernant, dans le n° 276 du Messager de Tahiti. Son union, le 23 février 1852, avec Ann Margaret Reid, 1834, était demeurée sans postérité.

ROBIN, Henriette, pseudonyme d’Henriette FERCOT (1928)

Artiste peintre.

Née à Paris le 3 septembre 1928. Étudie la peinture à l’école ABC de Paris. Trois ans d’études classiques en atelier. Participe à de nombreuses expositions et salons de peinture. Possède des tableaux dans plusieurs musées d’état, en France et en Belgique. Passe à Tahiti en août 1962. Revient en septembre 1963 pour s’y installer. Expose plusieurs fois à Tahiti à l’École philanthropique chinoise. Peint « des paysages ensoleillés, des natures mortes nimbées d’agréables éclairages » (Art, mai 1964). « Ses œuvres sont une démonstration parfaite de la technique des glacis et des dessous, procédés quelque peu oubliés, pour ne pas dire méprisés par trop d’artistes et que certains s’efforcent de remettre en honneur » (Le Figaro, 1963). Travaille à l’illustration de nouvelles océaniennes. A ouvert un cours de peinture à la pointe Vénus.

ROBIN, Joseph (le Père Léonard). 1879-1905

Religieux picpucien.

Né à Grâces (Côtes-du-Nord) le 8 septembre 1879. Profès dans la congrégation le 7 mai 1899 ; ordonné prêtre en 1903. Arrive à Tahiti le 7 novembre 1903. Est envoyé aux Tuamotu. Décédé le 1er février 1905, à bord d’un bateau le conduisant auprès d’un médecin aux Marquises, d’une phtisie galopante déterminée par « plusieurs mois de détresse physique », suite de la perte de l’Eimeo, et de la pénurie dans les îles par suite du cyclone de 1903. Enterré à Atuana.

ROBINSON, William Albert (1902)

Ingénieur et constructeur naval.

Originaire du Wisconsin. De 1928 à 1931 voyage de circumnavigation à bord du Svaap, bateau de 10 tx à moteur auxiliaire, le plus petit bateau à avoir effectué un tour du monde. Au cours de ce voyage il passe huit mois à Tahiti en 1929. Lors d’un second voyage il séjourne aux îles Galapagos et vient s’installer à Tahiti en 1934. Rentre aux États-Unis en 1936 et crée un chantier naval dans le Massachussetts où il construira pour la marine plus de 200 navires durant la Seconde Guerre mondiale. Revient à Tahiti en 1945 vivre sur sa propriété de Paea en août 1947. « En échange de l’agrément que je trouvais à vivre à Tahiti, j’avais l’intention de m’y consacrer à une œuvre utile. » Ainsi s’intéresse-t-il à la lutte contre la filariose, finançant l’Université de Californie pour coopérer, avec les autorités françaises, à la création et au fonctionnement de l’Institut de Recherches médicales. Bertrand Jaunez participera également à cette campagne, soutenue par l’Association antifilarienne. Ces efforts marqueront dans l’histoire de la santé publique en Polynésie française en attirant l’attention sur le rôle essentiel d’une population éduquée dans l’exécution de mesures de médecine préventive. W.A. Robinson est chevalier de la Légion d’honneur. — W.A. Robinson a écrit : 10 000 leagues over the sea, 1932, publié en Angleterre sous le titre : Deep water and shoal. — Voyage to Galapagos, 1936. — To the great Southern Sea, 1956.

ROCHE, Yves (1929)

Compositeur de musique et éditeur de disques.

Né à Vandargues (Hérault) le 2 janvier 1929, dans une famille de musiciens. Études supérieures à l’Institut Électrotechnique de Toulouse et au Conservatoire de musique de Montpellier. Fait un stage maritime en 1949 qui le conduit tout à fait accidentellement à Tahiti. Y revient après son service militaire en 1952. Après une situation civile, est engagé à Radio-Tahiti d’abord, en 1954 dans le domaine artistique, puis en 1957 comme technicien. Y demeure jusqu’en 1965. Très intéressé par la musique tahitienne, il travaille alors avec Gaston Guilbert, s’occupe d’enregistrements et collabore avec les musiciens tahitiens de l’époque, Bimbo (Moeterauri Tetua), Morito (Tautumauphaa), Filo et d’autres. On anime les soirées des hôtels du Tahiti d’avant le grand tourisme international, aux Tropiques, à Tahiti-Village, etc. Y. Roche compose des chansons et les voit publiées par un éditeur américain qui s’y intéresse. On lui doit ainsi plus de 300 chansons éditées en vue de la guitare et de l’ukulele avec leur ligne mélodique et des accords chiffrés. Quelques-unes : Oe Hinano, Tauruo no tiurai, etc. deviennent des airs internationaux qu’il est parfois obligé de protéger à l’aide de la SACEM contre les chansonniers pirates par plusieurs procès qu’il finira par gagner. Fournit également la musique de certains films : Vacances à Tahiti, Rarabu, fille des îles… S’installe à son compte en 1963 à Mahina où il organise, au calme, un studio de prise de son, avant de créer à Mamao un studio moderne que double un magasin de vente. Avec quelque 300 titres, Yves Roche ne doit pas avoir sorti loin d’un million de disques tahitiens : diffusés aux États-Unis par Capitol et Criterion ; en France par Philips ; en Allemagne par Vega ; en Nouvelle-Zélande par Viking. Et il a enregistré les meilleurs groupes de Tahiti : Madeleine, Coco, Fetia, Tahiti Nui. Il y a chez Yves Roche un ami sincère de la musique tahitienne authentique qu’il tente de préserver des incidences et des intrusions étrangères et essaie de maintenir dans une voie aussi traditionnelle que possible par le choix des instruments : — il remet en honneur le vivo — et le style des accompagnements — utilisant par exemple des percussions de bambous sur le sol à la manière des gens des Tuamotu, se refusant à y inclure tous les rythmes à la mode. Il avait recueilli, lors de son passage à la Radio toute une « bandothèque » de chants recueillis aux Tuamotu et dans les îles au cours de déplacements avec ses amis Darnois et Michel Espinasse, et qui ne semble malheureusement pas avoir été conservée. Épouse, en 1971, Rosine Ly Tsing Ami, 1941, de Bora Bora. D’une union antérieure étaient nés : Patrick, 1953, qui suit déjà les traditions musicales de la famille, Brigitte, 1954 et Guy, 1958.

ROCHETTE, Pierre († 1860)

Colon.

Canonnier à la 1 batterie du régiment d’artillerie de marine, arrive à Nuku Hiva le 7 septembre 1843. Après deux mois de séjour, débarque à Papeete, le 4 novembre suivant, de l’Uranie. Libéré le 1 avril 1847, à Tahiti comme colon militaire. Se fixe tout d’abord à Taravao puis au district de Teahupoo où il meurt en 1860. — De son union avec Maiti a Faatiraha sont nés : Victoria, 1847. — Pierre, 1848-1918, marié le 25 août 1904, à Teahupoo, avec Poheitu a Maurua, deux enfants. — Sophie, 1850, épouse Désiré Mahé, maître maçon, une fille de cette union, qui épouse Louis Richard. — Fanautahi, 1851-1932, se marie avec Apa a Viri : un enfant. — Ariipau, 1854-1913, se marie, à Teahupoo, avec Tetuamere a Tarahu : trois enfants.

RODGERSON, John (1803-1847)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Workington (Angleterre). Ordonné le 8 août 1833. Épouse Ellen Haslam. Quitte l’Angleterre le 27 octobre 1833. Arrive à Tahiti, le 23 mars 1834. Le 11 septembre, gagne les Marquises où l’on établit une mission à Santa-Christina (Tahuata). Après quelques années la mission est abandonnée et le personnel rentre à Tahiti. Rodgerson, en octobre 1837, regagne Tahiti et est nommé à Papaoa. En avril 1839 est envoyé à Bora Bora. Quitte l’île en mars 1846, mais après un court stage à Maupiti, y rentre pour y mourir, le 4 novembre 1847.

RODRIGUEZ, Maximo (1750-1827)

Militaire espagnol.

Sans doute originaire de Lima, il aurait eu du sang indigène dans les veines. S’engage dans le corps de la marine en 1767. Circule sur différents navires et fait un voyage en Espagne. Sert comme soldat d’infanterie de marine sur l’Aguila, commandant Boenechea (voir à ce nom pour les détails de l’expédition), lors de son premier voyage à Tahiti en 1772-1773. Est choisi par le vice-roi du Pérou pour retourner à Tahiti comme interprète lors de la seconde expédition du navire qui, en 1774, va y déposer les missionnaires. Tient son « journal » au cours de son séjour dans dans l’île en compagnie des missionnaires espagnols. A son retour, satisfait de ses services, on nomme Rodriguez hallebardier, fonction honorifique, mais mal rétribuée et qui l’oblige à faire en même temps un peu de commerce pour entretenir sa famille. Est promu le 1er octobre 1788, sous-lieutenant d’infanterie, « en reconnaissance du bon travail accompli par lui à Tahiti ». Sa femme est déclarée veuve par le capitaine P. Dillon, en 1825, lorsqu’il obtient d’elle une copie du manuscrit du Journal de son mari. Au cours de son séjour à Tahiti, Rodriguez avait en effet tenu son diaire, quotidiennement, du 15 décembre 1774 au 12 décembre 1775. C’est le premier témoignage d’un Européen ayant vécu à Tahiti. Étant avant tout le journal d’un soldat sans grande culture — Rodriguez se qualifie alors de « un mozo de veinte años, sin instruccion » — les observations et les notes de Rodriguez si elles sont loin de valoir les relations d’un Cook ou d’un Bougainville, sont néanmoins celles d’un garçon de bon sens, qui possède l’avantage sur ses illustres prédécesseurs, de connaître la langue, de s’être mêlé à la vie quotidienne des indigènes — le sang péruvien qui coule dans ses veines lui a facilité les rapprochements — et a observé d’un œil curieux leurs cérémonies. C’est un document trop peu utilisé où il y a beaucoup à prendre. Le manuscrit original du journal de l’interprète Rodriguez n’a pas été retrouvé. Corney a prouvé l’existence de plusieurs copies, mais il n’a pu les localiser. La traduction donnée par cet historien est exécutée d’après une version recueillie, en 1835, à Lima, des mains de la fille de Rodriguez, par le capitaine Robert Fitz Roy, commandant le Beagle, qui l’offrit à la Royal Geographical Society à Londres. Elle est intitulée : Relacion diaria que hizo el interprete Maximo Rodriguez de la Ysla de Amat, alias Otagiti, el año de 1774. Corney a donné du journal une bonne traduction anglaise, accompagnée de nombreuses notes et commentaires qui en font une édition définitive. Il semble que le texte espagnol du journal de Rodriguez n’ait jamais été publié. Une traduction française, assez lâche, fait d’après la version de Corney, a été donnée par Charles Pugeault sous le titre Journal de Maximo Rodriguez, premier Européen ayant habité Tahiti, Tautira. Elle a paru dans le tome 3 du Bulletin de la Société des Études océaniennes, en 1928-1929. Il en existe un tiré à part (Papeete, 1930, 137 p.). Si le diaire de Maximo Rodriguez a été sauvé, on peut regretter la disparition d’un Extracto de la même main — il contenait une description des mœurs des naturels — ainsi que celle d’un Vocabulaire que Corney n’a pu découvrir malgré ses actives recherches. Maximo Rodriguez avait également rapporté une petite collection d’objets ethnographiques et en particulier une vasque de pierre à quatre pieds, que Corney a été assez heureux de retrouver au Musée archéologique de Madrid. Cette pièce unique, taillée dans une pierre provenant de Maupiti, figurait parmi le matériel de cérémonie du marae de Taputapuatea. Elle avait été acquise par Rodriguez de Tu et offerte par lui au vice-roi. Corney en a fait, t. 3, p. XXXIV-XLI, une étude poussée. Maximo Rodriguez a été mentionné par Cook dans la relation de son second voyage où il déclare « he made himself very popular, among natives, who distinguish him by the name of Mateema. Mateema roved about visiting most parts of the island ». Cook accuse Maximo Rodriguez d’avoir dit aux Tahitiens que « Peretane was only a small island » et que l’Angleterre « no longer existed as an independant nation ».

Bibliographie. Tout ce qu’on peut savoir sur Maximo Rodriguez a été recueilli et publié par Corney, dans le troisième volume de son ouvrage magistral : The quest and occupation of Tahiti by emissaries of Spain during the years 1772-1776 (Londres, 1919). Le Journal figure notamment là, p. 3-218. On ne connaît pas de portrait de Maximo Rodriguez. Corney, t. 3, p. 210, donne un fac-similé de sa signature.

ROGERS, Noah († 1846)

Missionnaire mormon.

Soixante-dix-septième. Il appartient à cette église depuis six ans lorsqu’il est désigné à Nauvoo, la ville mormon du Mississippi, le 11 mai 1843, par Joseph Smith et le Conseil des douze pour diriger un groupe de cinq missionnaires destinés aux mers du Sud. Prend passage, le 9 octobre suivant, avec ses collègues Benjamin F. Grouard, Addison Pratt et Knowlton F. Hanks, sur le Timoleon, capitaine Plaskett, baleinier de New Bedford, Mass., qui doit les conduire aux îles Sandwich. Des dons des « Saints » de Boston et de Bedford permettent d’assurer les frais de l’expédition, le prix du passage étant de $ 100 par passager. Après un mois de voyage, Hanks, qui était poitrinaire, meurt et est immergé. Par le cap de Bonne-Espérance on gagne le Pacifique et le Timoleon touche à Tubuai le 30 avril 1844. On y laisse Pratt et on arrive à Papeete le 15 mai. Rogers obtient du Gouverneur l’autorisation de séjourner, en tant que missionnaire, pour lui et ses compagnons. Il loue une maison pour $ 20 par mois et un domestique leur coûte $ 2,50 par semaine. Les missionnaires anglais voient d’un mauvais œil ces nouveaux arrivants, refusent leurs temples pour des offices et parlent contre eux aux indigènes. Rogers ne connaît aucun succès parmi les Tahitiens. Il baptise seulement quelques Européens parmi lesquels le ménage de Seth Lincoln, passager du Timoleon, qui deviendra le pasteur responsable de la première communauté, à Tarona. Après cinq mois passés sans succès à Tahiti, Rogers va à Huahine en octobre, y séjourne jusqu’en janvier 1845, là aussi sans succès. Retourne en février à Papeete avec Grouard et là, décident d’essaimer dans l’archipel. Rogers visitera ainsi les îles Sous-le-Vent, Moorea, Huahine, les Cook et les Australes, sans pouvoir aller visiter Pratt à Tubuai. Partout où il y a des protestants il est très mal reçu, car on le prend pour un catholique et les indigènes ont reçu l’ordre des pasteurs de la London Missionary Society de n’en laisser s’établir aucun. Découragé, il rentre à Papeete, où, sans nouvelles de ses chefs religieux ni de sa famille, il décide de rentrer aux États-Unis. Il prend passage sur le baleinier The three brothers et est à Nauvoo le 29 décembre 1845. Il meurt au printemps suivant. — Sur les origines de la mission des mormons en Océanie française, voir : S.G. Ellsworth, Zion in paradise; early mormons in the South Seas, Utah, 1959. La bibliographie de cet ouvrage nous apprend que Noah Rogers avait tenu, de 1843 à 1845, un « Journal », demeuré inédit.

ROLLET, Louis (1895)

Artiste peintre.

Né à Paris, le 3 mai 1895. Peintre de nus, de paysages et de sujets de rues. Sera dix ans à Pnom-Penh, directeur des Beaux-Arts cambodgiens. Arrive à Tahiti en mai 1964 venant de Calédonie où il avait séjourné un mois. Passe quatre mois à Punaauia et y prépare une exposition qui se tiendra, à la Galerie Soncini, en août 1964. Quitte Tahiti aussitôt après. — Voir : Journal de Tahiti, 23 juin 1964. Et Edouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, t. 3, p. 220.

ROLLIN, Dr Louis (1887-1972)

Médecin.

Un Malouin, né à Paris le 13 avril 1887. Études au lycée de Caen et à la faculté de médecine de Paris. Participe à la Première Guerre mondiale comme médecin auxiliaire. En revient avec cinq citations, deux blessures et la Légion d’honneur. Médecin aux Phosphates de Makatea de 1920 à 1923. Part ensuite aux Marquises où il passe de 1923 à 1930, d’abord comme médecin contractuel à Taiohae, puis, en 1926, comme médecin de l’administration en résidence à Atuana. Il navigue beaucoup tant dans le nord que dans le sud de l’archipel, préoccupé de lutter contre la dépopulation des Marquises dont il découvre une des causes dans la forte mortalité infantile. Il enseigne de son mieux l’hygiène aux jeunes mères, leur apprenant à élever les enfants au lait de chèvre. Il aura après sept années de séjour la satisfaction de voir la courbe de la natalité devenir ascendante. A partir de 1930, il sera successivement médecin de l’administration, un an aux îles Sous-le-Vent, trois ans à Taravao, puis en résidence à Papeete avec la charge médicale des îles Australes. Un temps il sera en charge de la léproserie d’Orofara. Volontaire dès le début de la Seconde Guerre mondiale, il part avec le Bataillon du Pacifique. Sert en Syrie et sur l’Euphrate, avec des ennuis de santé. De retour à Tahiti en 1944, il occupe différentes fonctions dans l’administration jusqu’à sa retraite en 1954, tout en continuant à faire de la clientèle privée. Commandeur de la Légion d’honneur. — Le médecin, chez Louis Rollin, se double d’un savant et d’un observateur. On lui doit une excellente étude sur : Les îles Marquises. Géographie. Ethnographie. Histoire. Colonisation et mise en valeur, Paris, 1929, ainsi que de nombreux articles plus particuliers. Lors de son passage aux Marquises il avait recueilli une collection d’objets marquisiens qu’il offrit à son ami le Dr Rivet pour le Musée de l’Homme à Paris et qui font de ce dépôt un des plus riches du monde sur cet archipel. Le Dr Rollin est décédé à Papeete le 5 janvier 1972.

ROO A TAIMAI, Pierre Félix dit Tutu. (1914)

Né le 21 mai 1914 à Arue, fils de Fatanira a Ratepa.

Se trouve être, par sa mère, le descendant du mutoi Ratepa qui réexpédia les missionnaires Caret et Laval lors de leur tentative de 1836. Prétend être un des rares Tahitiens à n’avoir pas une goutte de sang européen. Professionnellement gardien à la Banque de l’Indochine, c’est un personnage pittoresque et bien typé. Il fut un Valmy du temps du Gouverneur Brunot et en porte quelquefois la tenue bleue et le calot. Sa puissante stature, ses longs cheveux tressés et la pureté de son sang lui ont valu de figurer depuis de longues années comme « grand prêtre païen » dans les différentes reconstitutions folkloriques au Marae où son somptueux costume, son magnifique diadème de plumes connaissent un succès de prestige. Honolulu l’a reçu à ce titre avec grand honneur. C’est par ailleurs un des plus célèbres guérisseurs de l’île : des remèdes indigènes à l’acupuncture et aux massages, Tutu possède une science égale à sa nombreuse clientèle. Au demeurant il fut, jeune, un servant de messe du Père Calixte à Arue et la paroisse de la Trinité à Pirae, où il s’est marié religieusement le 20 mai 1972, avec Constance Ariifano a Metuaore, n’a pas de meilleur paroissien.

ROPERT, Pierre (le Frère Alpert). 1832-1879

Religieux des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Né le 21 février 1832, à Crédin (Morbihan). Profès dans la congrégation le 21 août 1852. Enseigne cinq ans au Sénégal. Le gouverneur Saisset ayant demandé, par l’intermédiaire du ministre de la Marine, au Père Jean-Marie de la Menais des Frères « pour développer le plus rapidement possible l’instruction primaire à Tahiti… et arriver à rendre français de cœur les jeunes générations du pays » (25 octobre 1858), le Frère Alpert Ropert, avec trois autres jeunes religieux de la congrégation, les Frères Arsène Guillet, Hilaire Toublanc et Hubert Robic, est désigné pour cette tâche. Les quatre Frères quittent Ploërmel le 3 septembre 1859, Brest, le 7 janvier 1860, et arrivent à Tahiti le 17 octobre par le Dugay-Trouin. Les premiers contacts avec le gouverneur Gaultier de la Richerie ne vont pas sans difficultés. Le gouverneur est un autocrate qui a sur les rapports de l’État et des Écoles des vues très précises et dominatrices. Six semaines on se battra sur tout : la gratuité de l’école, la séparation des sexes, le logement des Frères et leur clôture, les locaux des classes, la pratique des règles, les attributions du supérieur. Enfin l’école ouvrait le 2 décembre : les deux enfants de la reine Pomaré et le jeune fils — 6 ans — du gouverneur en étant les plus beaux fleurons. Le traitement annuel du supérieur était de 2 000 F ; chaque adjoint recevant 1 600 F. D’abord ouverte en camp volant improvisé, dans un coin de la caserne des lanciers indigènes, l’école, en septembre de l’année suivante, s’installe dans des bâtiments qu’on a trouvés sur le quai et qu’on paie 41 000 F. Elle compte bientôt 213 élèves, dont quelques pensionnaires. Elle est gratuite et non confessionnelle, en ce sens que les protestants y sont conviés. Le Frère Ropert prouvera son bon sens, sa délicatesse et son respect des consciences en refusant au Père Cler, alors curé de Papeete de venir faire le catéchisme, dans les classes, à tous les élèves. « Faites le catéchisme aux catholiques, à la chapelle paroissiale, mais je ne saurais contraindre les enfants protestants à y assister ! » L’arrivée du pasteur Arbousset qui rétablira des écoles protestantes fera du reste rapidement tomber le nombre des élèves des Frères. Des renforts avaient cependant été accordés aux Frères qui portèrent en 1865, leur nombre à 14. Une école fut ouverte aux îles Marquises de 1863 à 1866, une autre, plus durable, à Mataïea, en 1864, qui comptera une trentaine d’élèves. Le clergé local ayant montré envers le Frère une antipathie « profonde et antichrétienne », son supérieur, prenant prétexte de ses infirmités, le rappellera en France, lui conseillant de demander un congé de santé. Ce qui fut fait le 25 février 1867. L’administration le laissa partir ; en déclarant que « M. Ropert, dans une situation souvent difficile, a fait preuve d’un tact, d’une dignité en même temps que d’une fermeté qui honore son caractère. Par sa conduite, son esprit de conciliation, il a acquis l’estime et l’affection de tous ceux qui l’ont connu… Enfin à une aptitude remarquable pour l’enseignement, il joint des connaissances dont il étend le cercle chaque jour. » L’abbé Dégérine, aumônier de la marine, qui avait approché le Frère à Tahiti, avait loué « la douceur de son caractère, sa modestie, sa prudence, son esprit et son ton de modération, sa finesse et son discernement des esprits ». Le Frère Ropert quitta Papeete le 7 mars 1867, après sept ans de séjour dans l’île. A lui revient l’honneur d’avoir posé les premières assises du magnifique établissement qui fêtera son premier centenaire en 1960. A son retour en France, il sera nommé supérieur de l’École de Redon et s’en ira mourir de la fièvre jaune, à 47 ans, à Haïti où il venait d’être envoyé. Les archives des Frères contiennent une sorte de journal du Frère Alpert : Abrégé d’un voyage depuis la France jusqu’à Tahiti… Voyage dans l’île de Tahiti. Mœurs des Tahitiens.

ROPITEAU, André (1904-1940)

Viticulteur bourguignon et voyageur.

Originaire de Meursault (Côte-d’Or) dont les crus sont parmi les plus renommés de la côte bourguignonne et où ses parents sont propriétaires. En mai 1926, après son service militaire, commence un tour du monde qui, par l’Inde, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Calédonie et les Hébrides, le conduit à Papeete, en avril 1928. A bord d’une goélette il « découvre » les îles Sous-le-Vent et Maupiti, où il arrive le 28 mai. Séduit par la solitude et le charme de l’île où il se trouve le seul Européen, il s’y créera un « pied à terre », et, à dater de ce premier séjour, y passera quelques semaines tous les deux ans (1930, 1932, 1934, 1936, 1938). Participe à la Seconde Guerre mondiale comme sergent-chef dans le 227 régiment d’infanterie et est tué, dans les environs de Toul, le 20 juin 1940, quarante-huit heures avant l’armistice. L’extraordinaire attachement témoigné à Tahiti par André Ropiteau qui avait trouvé dans les îles son climat de vie se manifesta efficacement de plusieurs manières, car il était d’un caractère actif et entreprenant. Lors de son troisième séjour à Tahiti, le 26 janvier 1932, il proposa au Syndicat d’Initiative, alors présidé par le Père Rougier, l’idée de l’érection d’un monument à Pierre Loti à Papeete et reçut mission « d’assurer lui-même la charge de cette belle initiative ». Ayant demandé à son ami, le sculpteur Philippe Besnard d’exécuter le buste de l’aspirant Loti et la stèle de Rarahu, il se dépensa tout un hiver en France pour rassembler les fonds nécessaires et sera heureux d’assister à l’inauguration du monument à Papeete, le 16 juillet 1934. L’intention d’André Ropiteau de constituer une bibliothèque qui aurait groupé toute la documentation concernant l’Océanie française en vue de la publication d’une bibliographie tahitienne mérite également d’être signalée. Avec l’esprit de persévérance méthodique qu’il apportait à ses entreprises il avait commencé cette collection, recueillant au cours de ses voyages, chez tout les libraires et dont toutes les bibliothèques du monde des ouvrages ou des références. Il sera l’ami des grands bibliophiles océaniens, Bjarne Kroepelien, Harding, Wilson. A sa mort, il avait rassemblé à Paris dans un petit logement de la rue de l’Abbé-Grégoire, plus de 1 500 titres. Sa collection, léguée à un ami, est à la base d’une monumentale Bibliographie de Tahiti et de la Polynésie Française parue dans les « Publications » de la Société des Océanistes en 1967. Esprit curieux, observateur perspicace et assez courageux pour noter ses observations, André Ropiteau a laissé des Carnets demeurés inédits. Écrits au jour le jour, lors de séjours océaniens, ils se trouvent être un intéressant témoignage sur la vie courante et les problèmes quotidiens d’une petite groupement polynésien, ayant encore conservé une certaine cohésion sociale, entre 1930 et 1940. A. Ropiteau profita de ses séjours en Polynésie pour recueillir des photographies, enregistrer des disques, noter des mythes ou des techniques de pêche en voie de disparition. D’une union avec Vahine Tauaroa, de Maupiti est né, en 1937, Paul Teriivaea Tauaroa, maréchal des logis de gendarmerie du cadre d’Outre-Mer en service à Tahiti, qui épouse en 1961 Tere Krainer, 1941, institutrice, d’où : Hiro André, 1961 ; Karl, 1963 ; Titaua, 1966 et Leilanie Maina, 1970. — La vie d’André Ropiteau a été écrite au lendemain de sa mort : P. O’Reilly, Portrait d’André Ropiteau, 1904-1940. Dijon, 1940, 219 p., ill. 8°. — Réédition : Vignes. Voyages. Vabinés, Dijon, 1947, 8°. Ces deux biographies comportent une liste des articles et publications d’André Ropiteau. — Quelques fragments de ses Cahiers sont parus dans une édition de bibliophiles tirée à 250 exemplaires : Mon île Maupiti, avec des illustrations de Jacques Boullaire, Paris, 1957.

RORIQUE, les frères Alexandre (1854-1898) et Joseph (1865-1926), pseudonymes de Léonce et Eugène DE GRAVE

Aventuriers.

Belges, nés à Ostende. Les deux frères font leur apparition à Tahiti le 16 juillet 1891, par la goélette Papeete. Ils arrivent de Rarotonga, et se disent des rescapés du naufrage, à Jaluit, du navire Général-Bag. Rompus aux méthodes de la navigation et ayant une grande expérience des choses de la mer, parlant couramment cinq langues, de bonnes manières, ils sont bien considérés à Papeete. Ils se rendent d’abord à Kaukura, une île des Tuamotu, pour y commercer et y acheter nacres et perles. Le plus jeune, Joseph, rentre le premier à Papeete et se fait engager comme second à bord de la Niurohiti, une goélette de 50 tx, appartenant au prince Hinoi Pomaré et dont le subrécargue est William Gibson qui, ne jouissant pas de la nationalité française, doit prendre avec lui un capitaine local, le nommé Tehahe, patron au cabotage, pour se conformer aux règlements administratifs. Avec quatre hommes d’équipage et un cuisinier, le métis Hippolyte Mirey, la goélette quitte Papeete le 15 décembre 1891. Joseph Rorique part en emmenant dans son sac trois revolvers, un sextant et un loch à hélice. Par Makatea, on gagne Kaukura où Alexandre Rorique monte à bord sous un prétexte quelconque. Il fera désormais partie de l’équipage, comme capitaine de fait, chacun ayant reconnu ses capacités et son autorité. Après une touchée à Kauehi, on se dirige vers Hao. Alors, en quelques jours, les deux frères Rorique tuent à coup de revolver le capitaine Tehahe et le subrécargue William Gibson ; ils empoisonnent un passager et deux des matelots supposés mourir d’une maladie contagieuse, puis poussent sans vergogne à la mer les deux derniers matelots. Seul, le cuisinier Mirey trouve grâce — son sort devant être « réglé » plus tard — parce que les deux frères en ont besoin pour la manœuvre et leur service personnel. La goélette change alors de route et, maquillée, naviguera désormais sous pavillon rarotongien, comme la Poi, d’Avarua. Les frères se constituent tant bien que mal des faux papiers à l’aide de tampons volés ça et là, et parviennent, sans attirer l’attention à faire relâche à Peru et à Apamama. On arrive à Ponapé le 8 mars 1892. Là le cuisinier Mirey dénonce les crimes qu’il a vu commettre aux autorités espagnoles qui arrêtent les deux frères. Une minutieuse perquisition à bord de la Poi et l’examen des faux papiers de la goélette maquillée donnent la certitude à la police maritime des Espagnols du crime de piraterie, et les deux frères, avec Mirey considéré comme complice, sont envoyés, attachés à une barre de justice, à Manille où ils arrivent le 10 mai. L’affaire passera devant le tribunal maritime de Brest, où les deux frères parviennent le 27 avril 1893. Après une instruction assez sommaire de six mois, les deux frères seront jugés et condamnés à mort, le 8 décembre 1893, pour « piraterie précédée d’homicides », sans d’ailleurs que la justice ait réussi à découvrir la véritable identité des inculpés, ni même à établir leurs antécédents. Mirey était reconnu innocent. Quelques jours après le verdict, le tribunal recevait une lettre anonyme dévoilant la véritable personnalité des deux frères. Il s’agissait de Belges, appartenant à une honorable famille, Léonce et Eugène De Grave. L’enquête effectuée alors prouva que les deux frères s’étaient fait remarquer par des actes d’héroïsme et de courageux sauvetages maritimes, actes reconnus par des citations et des médailles ; mais que l’aîné avait également un casier judiciaire assez chargé. Ces faits, ignorés des juges, encore qu’ils ne changeassent en rien la culpabilité des deux frères dans les sept assassinats dont ils étaient inculpés, s’ajoutant à des interventions diplomatiques et familiales, firent pencher le président Carnot pour une mesure de grâce et, le 13 mars 1894, la peine de mort était commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Les deux frères passeront 16 mois à Saint-Martin-de-Ré avant d’être dirigés sur la Guyane où ils parviendront le 11 août 1895 aux îles du Salut. Bien qu’ils aient été jugés au bagne « hommes des plus dangereux, capables de s’évader, à surveiller d’une manière toute spéciale et à séparer l’un de l’autre », après une commutation de peine en 1897, ils furent grâciés le 27 août 1899. Alexandre-Léonce, l’aîné, était mort de dyssenterie le 30 mars 1898. Joseph-Eugène rentra en Belgique où il fut assez bien accueilli par ses compatriotes, hormis, naturellement, dans les milieux maritimes qui s’opposèrent à tout embarquement. Il finit — il ne faut jurer de rien ! — dans la peau d’un chef de police des quais à Trinidad, ayant même réussi à épouser une jeune fille française d’excellente famille. La tragi-comédie s’acheva d’ailleurs par un nouveau drame. Arrêté pour un délit majeur, il fut assassiné dans la prison de Pamplona (Colombie), en 1929. Cette mort contresignait la vie de ce dévoyé dont l’intelligence, le courage physique et les aptitudes maritimes n’avaient jamais été à la hauteur de la moralité.

Bibliographie. Tout le procès de Brest est rapporté, en long et en large, dans les journaux de l’époque et la Gazette des Tribunaux. L’affaire a été traitée, sur documents, par René La Bruyère, dans Les Frères Rorique, Paris, 1934. On en trouvera un résumé dans le 8 chapitre, Pirates des îles, p. 189-211, de l’ouvrage de R. de la Croix, Mystères des îles, Paris, 1958, qui donne des photographies des deux frères et un dessin du cuisinier Mirey. — Jules Verne a romancé l’histoire dans son livre : Les frères Kip. — Eugène De Grave a écrit un ouvrage, Le Bagne, Paris, 1901. — Le théâtre flamand de Bruxelles a longtemps compris dans son répertoire une pièce : De Gebroders de G., où était évidemment soutenue l’impossible innocence des deux frères, et qui faisait verser des pleurs de compassion au gros public. — M. Henri Jacquier, au moment où nous achevons cet ouvrage, annonçait la publication d’une étude reprise de première main sur l’affaire Rorique. Elle doit paraître sous le titre : Piraterie dans le Pacifique. De Tahiti à l’île du Diable, Paris, 1973.

ROSIN, Harry (1900)

Sculpteur américain originaire de Philadelphie.

Ses œuvres connaissent une très bonne critique aux États-Unis et il professe les Beaux-Arts à l’Université de Philadelphie. Passe à Tahiti en 1936 et y modèle quelques bustes intéressants. Épouse à Papeete, en 1937, une nièce de M. Spitz, le marchand de curiosités. Voir, H. Vollmer, Kunstler Lexicon des XX. Jahrhunderts, t. 4, p. 110 ; et Who’s Who in American Art, 1936-1937, t. 1.

ROUCHOUZE, Mgr Étienne (1798-1843)

Vicaire apostolique de l’Océanie orientale.

Né à Chazeau (Loire) le 28 février 1798. Profès dans la congrégation le 6 décembre 1817. Il est nommé, le 14 juillet 1833, vicaire apostolique de l’Océanie orientale, évêque in partibus de Nilopolis et sacré à Rome, en l’église de la Trinité-des-Monts, par le cardinal Pedicini, préfet de la Propagande, le 22 décembre 1833. Va à Londres se documenter sur la Polynésie. Quitte le Havre, sur la Delphine, le 29 octobre 1834, avec les Pères Maigret et Cyprien Liausu ; les frères convers Gilbert Soulié et Fabien Costes, et un collaborateur bénévole le vicomte de La Tour de Clamouze. Après un mois à Valparaiso où il débarque le 19 février 1835, gagne les Gambier où il arrive le 9 mai 1835 par le Peruana. Reçu dans les îles par les Pères Caret et Laval et une population en voie de transformation. « Ce que Dieu opère ici tient du prodige. » Participe ou assiste aux grandes séries de baptêmes, aux autodafés des idoles, au renversement des marae, dans les mois qui suivent son arrivée. Pousse à la construction d’églises : la première église en pierre de l’Océanie, Saint-Raphaël d’Aukena, est bénie par lui le 24 octobre 1836. Favorise le développement de l’instruction, de l’agriculture et de la vie religieuse. Le tout avec des moyens matériels dérisoires et dans une pauvreté qui fait rétrospectivement frémir. Prenant souci de ses responsabilités sur toute l’Océanie orientale, il envoie le catéchiste Columban Murphy à Hawaï en 1835 et, le 6 novembre de la même année, envoie les Pères Caret et Laval à Tahiti. Reçoit à Mangareva Mgr Pompalier et les premiers maristes missionnaires qui y passent sur l’Europa, en septembre 1837. L’année suivante, en septembre, accueille Dumont d’Urville avec l’Astrolabe et la Zélée. Une messe militaire est célébrée qui laisse trace dans l’iconographie du Voyage au Pôle Sud et dans l’Océanie. En 1839, il va aux Marquises sur le Friend pour y installer le Père Baudichon et cinq autres missionnaires. Quitte l’archipel en mai 1840, sur le navire de guerre français le Pylade et va aux îles Hawaï où un libre accès a été donné aux catholiques. Y reste six mois, puis pousse jusqu’en Europe. D’une grande activité pour sa mission, il obtient de sa congrégation pour l’Océanie — prêtres, frères convers ou religieuses — 24 missionnaires qu’il installe sur un brick-goélette, le Marie-Joseph, dont il a fait l’acquisition et il quitte Saint-Malo le 15 décembre 1842. Le navire toucha l’île Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil, en février 1843. Jamais plus on ne devait avoir de ses nouvelles, le navire s’étant perdu corps et biens dans des circonstances restées inconnues.

ROUFFIO, Jacques (1797-1872)

Marin et armateur.

Originaire de Montauban (Lot-et-Garonne). Arrivé à Tahiti en 1844. Capitaine au long cours, il est propriétaire du cotre le Requin, avec lequel il trafique dans les îles voisines. En 1853, Rouffio fait l’acquisition du trois-mâts barque Félix, inscrit à Papeete. Avec ce navire, il exécute plusieurs liaisons, avec Valparaiso en particulier. Il sera nommé, comme « négociant et armateur », juge au tribunal de commerce de Papeete, en 1858. Il est propriétaire à Papeete et à Punaauia. Rouffio meurt à Papeete, le 19 avril 1872, sans laisser de descendance directe dans le pays. Il était titulaire de la médaille de Sainte-Hélène.

ROUGE, Xavier François (1810-1870)

Colon et commerçant.

Né le 16 mai 1810 à Saint-Claude (Jura). Semble avoir vécu un temps en Nouvelle-Zélande. On le voit arriver à Tahiti vers 1840, à titre privé. Il comptera, à Papeete, parmi les adversaires déclarés de Moerenhout et son nom figure parmi les onze signataires qui, le 17 mai 1842, réclament à M. Blackler, consul des États-Unis à Tahiti, sa protection, en attendant la déchéance de Moerenhout. Jore (L’Océan Pacifique, t. 2, p. 296-297) parle sans bienveillance du « dénommé Rouge, récemment arrivé à Sydney, qui se disait capitaine de navire, mais n’avait jamais donné la preuve de cette prétention. On ignorait tout de son passé », ajoute le même auteur. Malgré cette mauvaise note, le « dénommé » Rouge figure parmi les premiers commerçants de la place. On le trouve de bonne heure mentionné comme « négociant et propriétaire » ; puis, comme « planteur et usinier » à Fautaua. A ce dernier titre, il obtient, en janvier 1860, une prime de 6 000 F pour avoir été, avec M. Johnston, un des premiers à fabriquer 25 t de sucre. Il meurt, célibataire, à l’hôpital de Papeete, le 28 février 1870.

ROUGIER, Emmanuel (1864-1932)

Prêtre et homme d’affaires.

Né le 24 août 1864 à Bafayer (Haute-Loire). Profès dans la Société de Marie le 21 novembre 1887. Ordonné à Lourdes en 1888, après deux années seulement d’études de théologie, par Mgr Vidal, récemment nommé vicaire apostolique des îles Fidji et qui cherchait des collaborateurs en France. Arrivé à Fidji, le Père Rougier s’y montra un missionnaire audacieux, entreprenant, habile à manier les Fidjiens qui aimaient l’entendre parler un excellent fidjien. On lui doit la construction d’églises et d’écoles et la conversion du district de Namosi. Mais c’est aussi un homme fort indépendant, grand brasseur d’affaires et qui maniait l’argent avec une liberté assez incompatible avec l’état religieux. D’où la célèbre affaire Cécile, souvent rapportée dans la presse comme une étonnante captation d’héritage, dont le Père Rougier sortit riche, mais qui marqua la fin de son appartenance à la Société de Marie et à la Mission de Fidji (1907). Emmanuel Rougier poursuivra dès lors sur une plus grande échelle, dans le Pacifique, par des opérations financières et des spéculations sur les terrains une brillante carrière d’homme d’affaires. Il fut un temps, sous le couvert de la Central Pacific Plantation Ltd., ou directement, propriétaire — « légitime et absolu propriétaire depuis le 30 mai 1907 date à laquelle il les avait acquises pour $ 25 000, plus les frais » — des îles Fanning, Washington et Christmas, battant monnaie et émettant des timbres-poste pour la Coconut Plantations Ltd., timbres qui ne furent du reste pas reconnus par l’Union postale internationale. Il s’occupe de ces plantations personnellement ou par l’entremise de la famille Greig, à Fanning, par celle de Michel Coulon ou de Charles Pugeault, à Christmas. Lors de la prohibition aux États-Unis, il achète le trois-mâts schooner Fisherman, ayant appartenu à Zane Grey. Transformé en Maréchal-Foch, le navire sera charté pour de fructueuses opérations marginales comme bootlegger en octobre 1931. Emmanuel Rougier s’est en effet installé à Papeete. Il habite la grande Maison Brander, à Taaone « aux abords immédiats de Papeete, une propriété charmante, proche de la vallée de la Fautaua »… « Il vivait là dans un abandon patriarcal, au milieu d’un petit groupe d’indigènes des deux sexes, dont il paraissait être le bienfaiteur et le mentor. Au milieu de ce phalanstère, il faisait figure du pater familias antique, trônant au milieu de sa gens. » Un Anglais le décrit aussi : « living in baronial state, in an old mansion surrounded by broad acres of coconut plantations. » Emmanuel Rougier a vite pris une part prépondérante dans la vie de Tahiti. Toute le monde à Papeete fait appel à ses compétences et à son entregent. Il sera successivement président de la Chambre d’Agriculture, membre du Conseil d’administration, président de la Société des Études océaniennes et du Syndicat agricole. Il sera le président du Syndicat d’Initiative après l’avoir fondé. C’est un des plus clairvoyants promoteurs du tourisme à Tahiti : « La seule industrie qui puisse, je ne dis pas seulement faire prospérer cette colonie, mais je dis de la sauver » (séance du 10 avril 1932). Pour cela il multiplie les invitations, les réceptions, les prospectus, les articles… « Du franc semé germera des Pounds et des Dollars… » Il voyait même plus loin que Tahiti. Dans une sorte de mouvement que nous pouvons considérer comme prophétique il avait un jour écrit — le 18 mai 1908 — au consul de France à Honolulu qu’il envisageait à Fanning « une sorte d’hôtellerie, où, parmi les milliers de voyageurs qui tous les ans faisaient le tour du monde, s’arrêteraient les sportsmen, les amateurs de la vie libre, en plein océan, chassant à loisir les milliers d’oiseaux de ces îles et pêchant de nuit et de jour les innombrables poissons, coquillages, crabes, tortues qui y foisonnent toute l’année. Le câble les relierait au monde. Cependant ils en seraient aussi loin que possible. La Société française qui se chargerait de ce plan, ne sera pas, je pense, celle qui fera le moins de commerce, et j’ajoute le profit. » Attentif à toutes les mesures administratives concernant le Territoire, il avait su marquer d’une forte empreinte ses approbations, les encouragements et les critiques qu’il manifestait dans les articles qu’il envoyait au Bulletin de Commerce de Nouméa et au Courrier du Pacifique de San Francisco. Il mourut, à la suite d’une crise cardiaque, dans la nuit même qui suivit l’après-midi où, mis en minorité à la suite d’une de ces manœuvre de jalousie dont Papeete possède le secret, il n’avait dû sa réélection à la tête du Syndicat d’Initiative qu’à un discours dont l’autorité avait subjugué ses adversaires eux-mêmes. C’était le 16 décembre 1932. Il repose au cimetière de Papeete. Sa pierre tombale y est surmontée d’une grande croix de granit qui domine toutes les tombes. L’amiral Decoux qui l’avait bien connu à la fin de sa carrière, a ainsi dépeint l’abbé Rougier : « C’était un grand diable, taillé en Hercule Farnèse, possédant une forte carrure et des pieds puissants, qui lui permettaient de garder sur cette terre de douleur, des assises solides. Il était habillé de noir, et avait troqué définitivement la soutane contre la redingote et les pantalons des clergymen britanniques… Il était autorisé à dire sa messe et entretenait des relations courtoises avec la mission catholique de Tahiti… pour laquelle il savait à l’occasion se montrer généreux… Notre colon-armateur jouissait à Tahiti de l’estime et de la considération générales. Je n’ai jamais entendu formuler la moindre critique au sujet de son comportement public ou privé… C’était, par ailleurs, un érudit et un chercheur, si bien que lorsque le Gouverneur des Établissements Français de l’Océanie créa, en 1924, la Société des Études océaniennes, le Père Rougier fut élu, par acclamation, président… » Tel fut ce pittoresque personnage, demeuré sous la soutane de missionnaire et les cieux du Pacifique un pur type d’Auvergnat par son intelligence réaliste, sa ténacité, son amour de l’argent, son sens des affaires et sa roublardise. Par son cœur aussi, car il y avait en lui un côté généreux, et sa foi, qui demeura inébranlée parmi les surprenantes vicissitudes de son existence.

Bibliographie. Sur ses publications missionnaires et ethnographiques concernant Fidji voir : Streit, Bibliotheca missionum, t. 21, p. 311-312. — Sur l’homme, consulter : Decoux, Sillages dans les mers du Sud, Paris, 1953, p. 148-156, le chapitre est intitulé « le R.P. Rougier, puis Business man ». — R.W. Robson, Rougier, Missionary who became king of the Atolls (P.I.M., Sydney, Dec. 1947, p. 48 et sv.). H.W. Garnett, Father Rougier (Ibid., March 1944, p. 32). A.C. Rowland, Father Rougier (Ibid., vol. 13, n° 12, p. 1, ill.).

ROULLEAUX, François (1837-1892)

Propriétaire.

Né le 31 mai 1837 à Chanu (Orne). Soldat du régiment d’artillerie de marine, débarque à Papeete le 5 août 1860. Libéré du service le 31 décembre 1864. Employé comme surveillant à la plantation Soarès (Terre Eugénie) à Atimaono, district de Papara. En 1870, quitte son emploi pour venir se fixer à Papeete où il devient propriétaire, rue des Remparts. Meurt le 16 septembre 1892, à Papeete.

ROUSSEL, Basile (le Père Hippolyte). 1824-1898

Missionnaire des Sacrés-Cœurs de Picpus.

Né le 2 mars 1824 à la Ferté-Macé (Orne). Profès dans la congrégation le 21 juin 1844. Études à Louvain et à Paris. Ordonné prêtre en 1849. Reçoit son obédience pour l’Océanie. Arrive à Tahiti en juillet 1854, et aux îles Marquises, le 8 octobre de la même année. Sera successivement missionnaire aux îles Marquises, aux Tuamotu et aux Gambier, avant d’être envoyé à l’île de Pâques où il arrive le 25 mars 1865 avec le Frère Eugène Eyraud qui y avait déjà passé six mois. D’abord mal reçu par la population, il prend vite en main la situation et en octobre 1868 il avait baptisé 380 personnes. Voit mourir, au mois d’août suivant, le Frère Eyraud de la phtisie qui décime l’île. Aura des ennuis avec le capitaine Dutrou-Bornier qui fait de l’argent en emmenant 300 Pascuans à Tahiti comme travailleurs pour M. Brander à Haapape, 250 mourront ici ou là en cours de route. Sur l’ordre de Mgr Jaussen, abandonne la Mission de l’île de Pâques en juin 1871. Emmène avec lui une centaine de Pascuans aux îles Gambier où il exerce son ministère. Meurt à Rikitea le 25 janvier 1898. — On doit au Père Roussel et à son compagnon le Père Zumbohn la découverte des tablettes de l’île de Pâques. Il en envoie en 1868 à Mgr Jaussen et il fait rechercher les spécimens qui peuvent se trouver dans l’île.

Bibliographie. On doit au Père Roussel une : Notice sur l’île de Pâques (Braine-le-Comte, 1926, 22 p., ill.). Il a publié un catéchisme en Mangareva (Papeete, 1898, 212 p.). Il est aussi l’auteur d’un Vocabulaire de la langue de l’île de Pâques ou Rapanui (Louvain, 1908, 96 p.), qui connut une traduction en espagnol à Santagio du Chili, 1917, 189 p. — La Maison Mère des Pères de Picpus conserve un Catéchisme Rapanui, œuvre du Père Roussel et resté inédit.

ROUSSELIN, Philippe (1915)

Officier et avocat.

Né le 30 juillet 1915. Licencié en droit. Officier de réserve en 1937, et maintenu en France à la mobilisation de 1939, il devait après l’armistice et jusqu’en 1941 servir aux chantiers de jeunesse. Campagnes en Chine et en Indochine. Nommé à Tahiti comme chef du détachement des Troupes coloniales il y servit de 1953 à 1956. Chef de bataillon de l’Infanterie de marine. Prend sa retraite à Tahiti en 1957 et entre comme avocat stagiaire à l’étude de Me Coppenrath. Est depuis 1967 avocat-défenseur à Uturoa, chargé des Affaires des Terres pour les îles Sous-le-Vent. Il est chevalier de la Légion d’honneur, croix de guerre de 1939-1940. — De son union à Tahiti, avec Henriette Céran-Jérusalemy sont nés : Moea et Tearai.

ROUSTAN, Marius (1909)

Agriculteur, aventurier et artiste-peintre.

Né le 23 juin 1909 à Serre (Hautes-Alpes). Prend des vacances à Tahiti en 1936. Conquis par le pays, il retourne en France, y vend ses biens et retourne à Tahiti en 1938. Y exerce de nombreux métiers. Achète du bétail aux îles Australes et l’amène à Papeete sur le Manureva. Plongeur de nacre, chercheur d’ambre, il bourlingue dans les Tuamotu, les Marquises et les Gambier. En 1953, inspiré par les paysages grandioses des Marquises, il se met à peindre et présente ses toiles à Papeete où elles sont remarquer. Encouragé par Charlie Van den Broeck d’Obrenan il persévère et, sous la signature de Marcel Marius, présente ses œuvres d’autodidacte en 7 expositions dont la dernière, à la Galerie de Poche, date de juin 1964. Il avait gagné, l’année précédente le tour cycliste de Tahiti ! La critique locale remarque « la fraîcheur naïve de ses toiles très colorées et très lumineuses qui reflètent les divers aspects des Tuamotu qui l’ont frappé ». « Sa peinture reflète son caractère enthousiaste, indépendant, humoristique avec une pointe de naïveté. » Marcel Marius publie, en 1974, à Papeete, un livre groupant de pittoresques récits tahitiens qu’il intitule Sacré Tahiti !

ROWLAND, Alfred Cooper dit Tauraatua et connu sous le nom de Rolline (1872-1963)

Médecin et philanthrope.

Né à Montclair (New Jersey, U.S.A.), le 11 mars 1872. Études à la Wesleyan University et à Columbia. Sera un temps professeur. Arrive comme touriste à Tahiti en 1908 et décide de s’y fixer. Il y sera toute sa vie correspondant de l’Associated Press et collaborera également au Pacific Island Monthly de Sydney. C’est un homme d’une grande bonté, et qui montre pour ses semblables un intérêt sincère. Lors de l’épidémie de 1918 à Papeete, il soigne les malades dans l’infirmerie installée au fond de la cour de la Justice de Paix, il paie les cercueils de ceux dont les parents sont trop pauvres pour le faire et dépensera 45 000 francs pour donner des vivres aux indigents. Il sera avec le Dr Valleteau de Mouillac et sir Philips, un noble Anglais résidant à Moorea, un des fondateurs de la léproserie d’Orofara. Homéopathe averti, à la même époque que Sarah Goupil, il pratique son art et verra venir vers lui une nombreuse clientèle dont il n’accepte rien. « Il savait s’adresser aux gens dans leur langue, leur prêchant les principes de l’hygiène et de la prophylaxie, avec succès, car on avait confiance en lui. » Il faisait partie depuis 1914 de la loge Veritas, loge de Rite Écossais dont il sera le grand maître — 33e degré — jusqu’à sa dissolution. En 1923, au retour d’un séjour aux États-Unis, pour éviter le scandale, sa loge hébergera dans sa maison de réunion d’Ateivi celle du Grand Orient de France ; mais les deux rites tenaient des réunions absolument séparées. Un temps il s’occupera d’affaires, comme représentant de la Compagnie O’Connor and Harrison, qui disparaîtra lors de l’affaire Kong Ah. N’ayant jamais parlé le français avec aisance, ses relations étaient dans les milieux anglo-saxons de l’île : Harrison Smith et Norman Hall, Nordhoff, furent ses amis, le meilleur et le plus fidèle étant W.W. Bolton, dont il appréciait les recherches historiques. Il perdit totalement la vue cinq années avant sa mort survenue à Papeete le 9 novembre 1962. Il est enterré sur une petite éminence, au-dessus de la route de la Faataua. Il avait épousé Teriitauatea Adams, 1886-1940, union demeurée sans postérité. Le nom de Rowland n’est donc plus porté en Polynésie, ses biens étant passés aux mains du fils de sa femme, Émile Adams, né à Raiatéa en 1905.

ROY, Etienne (1832)

Commis.

Né le 11 avril 1832 à Dyé (Yonne). Sergent du 2e régiment d’infanterie de marine qui sert à la Nouvelle-Calédonie, puis débarque à Tahiti le 1er juin 1865. Se fait libérer le 31 décembre 1866 à Papeete. Commis aux écritures du services de l’Intérieur. Meurt à Papeete.

ROY, Louis (1828)

Officier de marine.

Né le 1er juillet 1828 à Cognac (Charente). Second de l’Aventure en 1854, sera du 21 novembre 1854 au 30 décembre 1856, commandant particulier de Tahiti, situation qui lui a été confiée par le gouverneur du Bouzet, et qu’il a acceptée pour lui rendre service. Du Bouzet le jugeait « officier de mérite, de tenue parfaite et pleine de dignité, sachant commander les hommes, d’un esprit ferme et conciliant ». Prend sa retraite le 1er juillet 1872.

RUMRELL, John H

Américain de Boston (Mass.) U.S.A.

Fait prisonnier aux Marquises, en 1847, se fait tatouer des pieds à la tête. Cette décoration insolite l’empêche de songer à regagner sa patrie et il reste aux Marquises où il a une fille et deux fils. Le missionnaire mormon James S. Brown le visite en mai 1892 et écrit dans son autobiographie : « He seemed almost oblivious to everything except what was immediately before him ; he took as little interest in civilisation as did the natives… »

RUPIN, Louis (1819-1846)

Colon militaire.

Né à Paris en 1819. Arrive à Nuku Hiva le 4 juin 1842 par la corvette Triomphante comme artilleur à la 17e batterie du régiment d’artillerie de marine. Envoyé en renfort à Tahiti, y est débarqué à Papeete, de la frégate Uranie le 4 novembre 1843. Libéré à Tahiti s’y installe colon militaire, et habite à Papeete. Y meurt le 20 mars 1846, sans postérité.

RUSSEL, Lord Edward

Marin et parlementaire anglais.

Né en 1805. Entre dans la marine en 1819 : lieutenant en 1826 ; capitaine en 1833. Commande l’Acteon de 1834 à 1838. A ce poste, attaché à la station navale de l’Océanie, passera à Hawaii en octobre 1836 et y protestera auprès de Kamehameha contre l’expulsion des missionnaires catholiques. Quelques semaines plus tard, le 17 décembre 1836, l’Acteon arrivait à Tahiti, où les Pères Caret et Laval venaient d’être expulsés. Le 22 décembre, Lord Russel, assiste à une assemblée où figure la reine Pomaré, les chefs, un grand nombre d’indigènes et la plupart des résidents étrangers. Quelques officiers de l’Acteon et les capitaines des baleiniers sont également présents. Lord Russel déclara que la Reine avait le droit d’expulser les deux Français ; mais qu’elle aurait pu montrer plus de patience dans l’exécution, que la violation des locaux d’un consulat était une action regrettable et qu’il désapprouvait la conduite violente de Pritchard à l’égard de Moerenhout. « De toute évidence, le capitaine de l’Acteon avait éprouvé un certain embarras du fait que peu de temps auparavant, il avait protesté auprès des autorités des Sandwich qui avaient tenté d’interdire à un missionnaire catholique, de nationalité britannique [le Père Walsh] de se fixer à Honolulu » (Jore). Lors de son départ Lord Edward Russel accepte de se charger de lettres concernant l’affaire des Pères Caret et Laval, adressées par la reine Pomaré et les missionnaires au gouvernement anglais. Lord Edward Russel deviendra membre du parlement en 1841. — L’Acteon, de 1838 à 1842, sera commandé par un capitaine Robert Russel qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme dont il est question ici.

RUSSEL, Samuel (1879-1936)

Négociant et vice-consul d’Angleterre.

Né en Angleterre en 1879. S’engage jeune dans l’armée et est envoyé au Natal. Fait partie de la police montée en Rhodésie du Sud. Participe à la guerre contre les Boers. Circule ensuite en Afrique comme géologue dans des conditions difficiles qui épuisent sa santé et l’obligent à aller vivre sous un climat plus doux. Il choisit les îles Cook où il est gérant d’une grande plantation à Rarotonga avant de venir s’établir à Tahiti, peu avant la Première Guerre mondiale. Il y monte une affaire de fournitures pour navires, qui s’accompagne, à la tahitienne, d’un bureau de marchand de biens, d’un portefeuille d’assurances et de la carte de nombreux produits. Il vend des perles et promène les touristes. Son magasin est un salon où les Anglo-Saxons de passage aiment venir causer et s’informer. Calme et plein de dignité, type parfait de l’Anglais qui a circulé à travers le vaste monde, il sera vice-consul à Tahiti et fera plusieurs intérim de consul, remplaçant, par exemple, le consul W.J. William lors de sa retraite en octobre 1935. Il est décédé à Papeete le 28 août 1936. — On doit à S. Russel un des premiers guides de la Polynésie française : Tahiti and French Oceania, paru à Sydney en 1935, abondamment illustré et qui était destiné aux voyageurs, touristes, sportifs et aux résidents du Pacifique. — Voir sur lui des articles d’Éric Ramsden dans P.I.M., sept. 1936, p. 65 et oct. 1936, p. 32.

S

SACHET, Marcel (1903-1942)

Apiculteur.

Né le 23 novembre 1903 à Beaufort-en-Vallée (Maine-et-Loire). Aimant la nature, refuse les traditions familiales qui le poussaient vers la basoche et s’installa comme apiculteur à Beaufort où il possède plusieurs ruchers. Ce goût l’entraîne à Tahiti où il cherche une rupture avec la vie civilisée. Un oncle caphornier, Édouard Tenaud, lui conseille Tahiti où il arrive en 1933, marié et père de trois enfants, comptant y faire de l’apiculture. Il n’y reste que quelques mois. Après un premier essai y revient en 1937, mais tombe malade et meurt en 1942. C’est Mme Sachet qui commence modestement — elle a trois vaches ! — la laiterie à Taone faisant des fromages pendant la guerre au moyen de punu percés de trous. — De son union, en 1926, avec Louise Dalibon, 1905, sont nés cinq enfants dont trois vivent en Polynésie : Pierre, 1927, deux enfants. — Philippe, 1929, épouse en France une Portugaise, Isabelle De Santos, rentre à Tahiti en 1961. — Gérard, 1933, épouse Suzanne Golaz, puis divorcé, en 1957, une Vosgienne, Bernadette Paquot, quatre enfants. C’est Gérard, qui après des études de mécanique, prend en main la laiterie. En 1964, grâce à un camion frigorifique qui chaque jour fait le tour de l’île, il ramasse à Taravao (Jamet, Picard et Benet) sur la côte ouest (Martin, Benazec) et sur la côte est (Sylvain Millaud, Lehartel, Rudy Bambridge) 1 700 litres de lait, donc 1 000 sont redistribués une fois pasteurisés et 500 servent à la fabrication de yaourt et de fromage blanc. Le traitement du lait a lieu à Taone avec du matériel de fromagerie français et de pasteurisation américain. Cette petite industrie, unique à Tahiti, occupe 16 personnes. Son frère Pierre après avoir été un temps comme mécanicien dentiste chez Lepiniec et Simonet, s’est intéressé à la pêche sportive. Il fait construire un bateau, le Kéké II, avec lequel il organise des sorties pour les touristes et des parties de pêche pour les amateurs. Les deux frères Sachet furent, pendant un temps, des vedettes du sport cycliste tahitien.

SAGE, Martial (1858-1933)

Coiffeur.

Né le 22 décembre 1858 à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Soldat du 3 régiment d’infanterie de marine. Arrive à Tahiti le 11 mai 1881. Après deux ans de séjour, quitte Tahiti le 8 septembre 1883, rentrant en France. Le 20 juin 1885, il est de retour. Exerce sa profession en créant un salon de coiffure à Papeete, qu’il tiendra ouvert jusqu’en 1899. L’année suivante, devient propriétaire et restaurateur au district de Punaauia, au débouché de la grande vallée de la Punaaui. Fin cuisinier, estimé des gourmets, on se déplaçait volontiers le dimanche, pour se régaler chez « le père Sage » d’une friture de natos, arrosée de bons petits vins de France, et croquer de belles chevrettes. — Membre puis président de la Chambre d’Agriculture, officier du Mérite agricole. Meurt le 22 décembre 1933 à Papeete. De son union, le 12 novembre 1887 à Papeete, avec Victoire Marcillac sont nés : Marcellin, 1888-1960, se marie avec Turouru a Tehaamatai : un enfant. — Jeanne, 1891, vit en Californie — Victor, 1890, ancien combattant de 1914-1918 et propriétaire à Punaauia, épouse le 25 octobre 1919 à Papeete, Eugénie Paquier : cinq enfants. — Georges, 1895, coiffeur et propriétaire à Punaauia, caporal au bataillon du Pacifique, fait la campagne de France de 1916 à 1918, médaillé militaire, croix de guerre, épouse le 26 novembre 1919, à Papeete, Solange Brillant : trois enfants. — Eugénie, 1902, épouse le 12 juin 1925 à San Francisco, Alfred Hart. — Victoire, 1905, épouse le 18 juin 1927 à Papeete, Alexandre Stein, deux enfants.

SAI, Jean-Baptiste (1806-1879)

Maçon, négociant et propriétaire.

Né à Arono, canton du Tessin (Suisse). Arrive à Nuku Hiva, le 28 octobre 1843, et à Papeete le 4 novembre suivant, comme ouvrier civil de l’État. Il est inscrit comme contremaître maçon. Se fait libérer à Tahiti à la fin de son contrat, en 1847, et s’établit comme maçon à Papeete. Sera, dans la suite, négociant et propriétaire à Sainte-Amélie. Pendant qu’il était au service du gouvernement, Sai a travaillé à la construction de presque tous les édifices publics de la ville de Papeete. Aveugle dès 1869, il meurt à Papeete, le 9 mai 1879, au retour d’un voyage à San Francisco fait dans l’espoir d’une guérison à sa cécité. « Trompé dans son attente, il en était revenu fort attristé. » — Il était venu en Océanie accompagné de sa jeune femme, née Maurin († 1894). De cette union sont nés : Thérèse, née au cours de la traversée, 1843-1849. — Amélie, 1847, épouse Étienne Amiot. — Michel, 1848, qui disparaît au cours d’un voyage en France.

SAINT-CRICQ, Isidore (le Père Orens). 1872-1933

Religieux picpucien.

Né le 7 juillet 1872 à Lartigue (Gers). Prêtre le 27 décembre 1895. Fait profession dans la congrégation le 2 février 1899. Part la même année aux îles Marquises où il va remplacer le Père Orens Fréchou, devant sa vocation à la lecture d’un appel de ce dernier à ses anciens condisciples au séminaire. Revient des îles Marquises en 1914, fatigué par l’éléphantiasis. Meurt le 6 juillet 1933 à Fontarabie (Espagne).

SAINT-CYR, Yvonne de

Peintre.

Fille d’un magistrat colonial. « A 16 ans, l’âge des rêves, elle voit Tahiti, où se révèle en une heure de nostalgie son talent de peintre. Elle fixera harmonieusement ses impressions en des toiles étincelantes de couleur… » nous annonce la préface de la carte-photographie, qui servait d’invitation à une exposition ouverte le 17 octobre 1932 à la Galerie Georges-Petit sous la présidence du Président. A Sarraut, alors ministre des Colonies. La critique qui a galamment honoré la « jolie femme » remarquée par le Ministre, n’a pas ratifié cet enthousiasme en jugeant la peinture qu’on lui proposait « peu intéressante et peu convaincue ». Yvonne de Saint-Cyr épouse, à Tahiti, Isaac Walker en 1925. Elle y exposa, et aussi à New York et à Sydney. Elle illustrera le volume de A. de Wissant, Voluptueux sillage, Paris, 1932. — Voir à son sujet, Joseph, Dictionnaire des artistes contemporains, t. 3, 1934, p. 245, ill., port. Voir aussi H. Vollmer, Künstler Lexicon des XX. Jahrhunderts, t. 4, p. 144-145.

SAINT-FRONT, Yves DURAND COUPPEL de (1928)

Peintre et verrier.

Neveu de l’amiral. Né à Paris le 23 mars 1928. Études secondaires du collège de Saint-Malo. Fréquente la Grande Chaumière et est élève des Beaux-Arts à l’atelier de Jean Souverbie. Passe un an à Tahiti en 1955-56, vivant quelques mois à Anaa, chez Ted Anania. A son départ exposé au Club polynésien des toiles et des études d’après nature. Passe quelques années en France à l’atelier de vitrail de l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, avant de revenir en 1967, marié, à Tahiti où il passe des activités de verrier à celles de peintre. Après deux années de vie à Bora-Bora, 1967-1969, vient s’installer à Paea où il vit jusqu’en 74. Exécute les vitraux et le chemin de croix de la cathédrale de papeete lors de sa restauration. Participe à la décoration de l’Église de la Trinité à Pirae. Expose plusieurs fois chez Winkler ou à la galerie Matamua. Au début de 1971, le Musée Gauguin organise une rétrospective de 69 de ses œuvres avec un beau catalogue illustré. En 1972, s’adonne à la lithographie et produit, à Paris, quelques planches en couleur, rapidement épuisées, tirées par l’atelier d’Henri Deprest. S’installe en 1974 à Afareaitu, Mooréa. De son union, en avril 1962, à Saint-Benoît-sur-Loire avec Isabelle Wolf, 1937, sont nés Pierre, 1963 ; Martin, 1964 ; Marguerite, 1966 ; et Paul, 1970. Isabelle Wolf, qui enseigne à Faaa, manie également la brosse avec talent et sensibilité. Elle expose en 1969 à Papeete.

SAISSET, Jean (1810-1879)

Contre-amiral.

Né à Paris, le 13 janvier 1810. « Remarquable officier de mer » et, en même temps, « officier d’action, apte aux affaires et que l’on peut employer partout », le capitaine de vaisseau Saisset est nommé le 18 mai 1858 commandant de la Subdivision navale de l’Océanie et gouverneur des Établissements Français en Océanie. Il a ainsi sous sa juridiction aussi bien Tahiti où il entre en fonction le 18 septembre que la Nouvelle-Calédonie où il arrive le 22 mai 1859, avec un quarteron de Tahitiens, pour châtier les assassins du colon Bérard. Pendant son commandement, un décret, en date du 14 janvier 1860, modifia le système de gouvernement des Établissements Français en Océanie qui cessent d’être placés sous l’autorité du commandant de la division navale, la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances formant un Établissement distinct. Les îles Marquises et les Établissements militaires et maritimes de Tahiti sont placés sous l’autorité d’un commandant qui remplit en même temps les fonctions de Commissaire impérial aux îles de la Société. Il prend le titre de Commandant des Établissements Français de l’Océanie. Le 5 janvier 1860, il demande qu’on pourvoie à son remplacement : « sa laryngite tend à s’aggraver sous l’influence du climat… il lui faut absolument sortir des tropiques ». Revient par le paquebot-poste anglais et la voie de Suez. Embarqué à Sydney sur le Bénarès jusqu’à Suez, il prend ensuite le navire anglais le Panther, pour être à Marseille le 6 juillet 1860. Il va se soigner au Mont-Dore, « aux frais de l’État, pour maladie contractée au service ». Il obtiendra difficilement, après trois années d’instantes réclamations, le grade de contre-amiral, en mai 1863 ; et meurt à Paris, le 25 mai 1879. Il était grand-officier de la Légion d’honneur.

SAJAS, Charles (1853-1889)

Pilote.

Né le 18 avril 1853 à Bordeaux (Gironde). Fait partie de l’équipage du trois-mâts Bossuet, capitaine Blondet, qui s’est totalement perdu sur des récifs ouest de la passe de Papeete le 29 avril 1880. Il y avait un fort courant dans la passe. A 9 h, le pilote, ayant estimé la brise établie, fit route. La brise étant brusquement tombée, on mouilla aussitôt mais les ancres chassèrent. Perte totale. Sajas se fixe à Papeete, après cet événement. Prend du service au port comme élève-pilote. Titulaire le 22 novembre 1883. Meurt le 19 juin 1889, à Papeete.

SALLÉ, Louis Augustin (1822-1896)

Marin et fonctionnaire.

Né à Cherbourg (Manche). Arrivé à Tahiti le 12 janvier 1844 par la frégate à vapeur Phaéton, comme matelot mécanicien. Prend part à l’occupation de l’isthme de Taravao le 29 janvier 1844, au bombardement du district de Mahaena le 25 mars 1844 et au combat qui eut lieu dans ce district, le 17 avril suivant. Rapatrié à la fin de son séjour. Revient à Papeete le 14 juin 1854, à bord de la corvette l’Artémise, pour se fixer définitivement dans le pays. Sallé remplira plusieurs emplois dans l’administration locale. Sera, en 1863, maître de port à Papeete ; puis gardien-chef du phare de la pointe Vénus, en 1867, emploi qu’il garda pendant de longues années. En 1879, étant devenu propriétaire au district de Tiarei, quitte ce poste pour remplir les fonctions de cantonnier-chef de la côte est. Meurt à Tiarei, le 13 décembre 1896, et est enterré près de la maison du chef du district. Aucune postérité de son union, en 1878, avec Raveino a Ravetupu, veuve Durietz.

SALMON, Alexandre (1820-1866)

Négociant et propriétaire.

Né à Hastings (Angleterre). Appartient à une famille de banquiers israélites vivant à Londres. A la suite de mauvaises affaires, les trois fils Salmon : Alexandre, Jules William et Mortimer, s’expatrient. Alexandre, arrivé à San Francisco, y fait la connaissance d’un capitaine Th. Dunnett, propriétaire d’une goélette avec laquelle il circule dans le Pacifique de San Francisco à Sydney où il obtient à la fin de 1840, une recommandation du gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud pour le Consul anglais de Papeete, arrive à Tahiti au tout début de 1841. Le pays est en effervescence. L’Angleterre a rejeté la demande de protectorat faite par Pomaré IV en 1838, et, à la suite de l’expulsion des Pères Caret et Laval, les autorités françaises sont en train d’établir le protectorat français. Salmon entre tout de suite dans le jeu. Les archives du Foreign Office possèdent deux lettres écrites, les 29 juillet et 30 août 1841, par Salmon à Palmerston, alors ministre des Affaires étrangères, et dans lesquelles Salmon se montre naturellement pro-anglais. Les annotations manuscrites de ces documents le représentent curieusement comme « a missionary aspiring to government position ». Salmon n’a pourtant rien d’un missionnaire et va bientôt découvrir beaucoup mieux qu’un modeste poste d’agent consulaire. Ayant très rapidement maîtrisé la langue tahitienne, intelligent, ambitieux, avec l’habileté des gens de sa race à discerner le parti à tirer d’une situation donnée, Salmon a trouvée d’emblée place dans la petite société européenne de Tahiti. Bel homme et beau parleur, son amabilité foncière, sa parfaite éducation, ses costumes anglais de la dernière coupe le font recevoir dans l’intimité de la cour. Un gros solitaire et une parure de plastron en diamant, restes de la splendeur familiale, ajoutent encore à son prestige et l’ont fait surnommer Taïamani tane, « monsieur diamant ». Il est irrésistible, et épousera bientôt, devant le pasteur de Papeete, Arii Oehau, « princesse de la paix », petite-fille du grand Tati, une des plus riches héritières de l’île et la plus noble. La reine Pomaré IV lève pour elle la défense qui empêchait un étranger de s’unir à une Tahitienne (plusieurs blancs en profitent, Joseph Brémond, Richmond, William Dunnett) et, selon la coutume, donne un nom aux nouveaux mariés : Salmon sera le « prince venu par-delà les mers », Ariitaimai. L’usage aura vite fait d’en altérer la prononciation pour devenir Ariita’imai, par durcissement de la première diphtongue. Salmon recevra d’Angleterre, à l’occasion de son mariage, un service de Sèvres, de l’argenterie et de la vaisselle plate, ainsi que des portraits de famille, œuvres de sa sœur Rébecca, cadeaux dont certains sont encore aujourd’hui à Tahiti et qui montrent la valeur qu’on peut accorder aux auteurs anglais, qui prétendent faire de Salmon un « marin anglais, fixé à Tahiti depuis de longues années » (Jore) ; « un matelot anglais, déserteur », (Deschanel) ; « un forçat échappé de la Nouvelle-Galles du Sud » ; « un déserteur de baleinier » (Ramsden) ; « le subrécargue d’une goélette venue du Chili à Tahiti en 1838, avec un chargement de chevaux » (note datée de 1875, aux Archives de la France d’Outre-Mer). On trouve, peu après son mariage, la signature d’Alexandre Salmon dans une adresse de satisfaction envoyée par trente résidents anglais de Tahiti à l’amiral Dupetit-Thouars le 19 septembre 1842. Ils y remercient l’amiral d’avoir mis un terme aux désordres et aux pratiques répréhensibles qui ont, jusqu’alors, caractérisé le port de Papeete. Fin, adroit, ambitieux, en un an Salmon a changé de bord et est devenu pro-français. Après avoir ambitionné le consulat britannique à Tahiti sans pouvoir l’obtenir, il milite en faveur de l’établissement du protectorat français. Au déroulement des événements il a saisi que Pritchard jouait perdant. Son entrée dans la famille royale, loin de lui faire épouser les vues du consul-conseiller de la Reine et de ses missionnaires, l’ont placé dans le parti opposé. Il est par ailleurs intéressé à voir se consolider le protectorat français, afin de faire acquérir aux propriétés qu’il tient de sa femme et de sa belle-mère, leur véritable valeur. Dans une lettre à Lord Aberdeen, citée par Jore et qui est du 8 novembre 1843, Salmon parle de « la conduite injustifiable de Pritchard… qui a exercé une influence fatale aux intérêts de la Reine… lourdement trompée par lui… ». Après l’affaire du pavillon — 6 novembre 1843 — et le départ de la reine Pomaré pour Raiatea en juillet 1844, plusieurs fois Salmon se joindra aux démarches faites par sa femme, auprès de la Reine, pour obtenir son retour à Papeete. Ainsi fait-il sur des navires de guerre, le Phaëton ou l’Uranie, ou des goélettes, l’Ana, plusieurs voyages, quelques séjours aux îles Sous-le-Vent. « Les nombreux voyages qu’il a faits aux îles Sous-le-Vent près de la Reine, les dépenses considérables auxquelles il a été obligé de subvenir pour elle et les siens, et enfin son désir de briller, ont contribué à mettre ses affaires en assez mauvais état, et l’ont forcé plusieurs fois, à demander le prix de ses services » écrira Bruat. Les archives conservent les rapports qu’il envoie à ce propos au gouverneur. Au cours d’une de ces missions officielles, en avril 1845, il faillit même se faire assassiner par un Anglais nommé Jock. Dans toutes ces affaires, Salmon agit en fait comme secrétaire de la reine Pomaré, titre qui lui sera accordé officiellement par une ordonnance du 10 février 1847 ; mais qu’il ne conservera que jusqu’en octobre, Lavaud trouvant qu’il manifestait « d’abusives prétentions ». C’est A. Salmon qui fut chargé de soumettre à la signature de Pomaré IV l’acte de protectorat que venaient de signer Paraita, Tati, Hitoti et Utami. Le document une fois signé et remis à l’amiral Dupetit-Thouars, celui-ci offrit à A. Salmon de le nommer membre du Gouvernement provisoire. Salmon refusa, pensant pouvoir être plus utile autrement. Il participe néanmoins d’une manière active à l’élaboration du traité du 5 avril 1847. Ses rapports seront excellents avec les gouverneurs Bruat, Lavaud et Bonard. Il sera en moins bons termes avec la chefferie de Papeari dont on l’avait frustré injustement. La paix revenue dans l’île, en 1847, Alexandre Salmon put exercer librement ses aptitudes d’administrateur et de négociant, associé de très bonne heure à la Maison Brander. Il met en valeur les terres dépendant du patrimoine de sa femme, terres réparties en plusieurs districts de Tahiti et de Moorea et dont les plus importantes étaient situées à Vaiari, berceau de la famille, à Papara, Paea et Faaa. Tati avait laissé partout son empreinte en créant des cocoteraies et de grandes porcheries à une époque où le commerce des porcs avec Sydney était important. L’exploitation, sur une plus vaste échelle et selon des méthodes plus modernes, permit à Alexandre Salmon de satisfaire ses projets de culture. Il planta les premiers caféiers moka à Faaa. Les rejetons sont encore là pour attester la parfaite réussite de la plantation initiale modèle. Il développa aussi les porcheries, utilisant d’immenses marmites en fonte pour la cuisson de la nourriture des animaux. Il éleva aussi des bovins et, à la saison, fit le commerce d’oranges que les navires de Sydney venaient charger sur place. Son ami Dunnett est un des spécialistes de ce fret rémunérateur. Ses activités commerciales le portent parfois à prendre en main la direction de la Maison Brander. En 1865, il témoignera dans cette position des qualités d’homme d’affaires parfaitement avisé et d’une grande prudence, s’intéressant à la modernisation de la sucrerie et au développement de la culture du coton. C’est à la fois pour revoir les siens en Angleterre et pour défendre des intérêts matériels — des indemnités, prétendait-il, lui étaient dues, après les dévastations de l’insurrection, qu’il n’arrivait pas à se faire régler à Tahiti — qu’Alexandre Salmon partit en Europe en 1858. La tradition familiale veut qu’il n’ait pas été reçu à Paris par le ministre compétent. A Londres, quelques semaines plus tard, il fera paraître un mémoire : Lettre concernant l’état actuel de Tahiti, adressée à Sa Majesté Impériale Napoléon III, par Alexandre Salmon. Elle est datée : Londres, Golden Cross Hotel, 10 décembre 1858, et contient beaucoup de renseignements sur le régime des terres, avec des remarques sur la législation introduite par le Gouvernement, lois « aussi incompréhensibles aux indigènes, qu’inutiles au pays ». Salmon essaiera alors, d’ailleurs en vain, de se tourner du côté du Foreign Office. Il est de retour à Tahiti dans la première moitié de 1859. Le 6 juillet il assiste à une réunion de la commission des bestiaux dont il fait partie. C’est en effet un des notables de Tahiti. Il préside le Tribunal de Commerce et il est vice-président du Tribunal de première instance. Il sera appelé, au début de 1866, à faire partie du Conseil d’administration des Établissements Français de l’Océanie, où il sera un des seuls membres n’appartenant pas à un service public, son collègue étant Pierre Bonnefin. Alexandre Salmon aurait appartenu à une loge maçonnique anglaise, avec rang de haut dignitaire. Il a également été inscrit à celle de Papeete qu’il a même gérée un certain temps. La maison familiale des Salmon était située, à Papeete, sur le bord de la mer, à côté du consulat américain qui avait été construit sur un terrain concédé par Mme A. Salmon pour cet usage. C’est dans cette maison qu’il mourut le 6 août 1866, âgé seulement de 46 ans. Il s’était concilié, écrira à ce propos le Messager de Tahiti « dans les diverses fonctions qu’il a remplies de nombreuses sympathies par l’aménité de son caractère »… aussi peut-on dire « que la population toute entière, précédée du chef de la colonie accompagnait ses restes mortels ». Au temple le pasteur Morris, puis son ami Robin louèrent le bon père de famille, l’ami dévoué et le citoyen d’élite dont la modestie égalait les connaissances variées. Il avait été, en effet, reçu dans l’Église protestante et baptisé par le Rev. P. Howe qui a déclaré que « sa conversion avait été le résultat d’une conviction longuement réfléchie et profondément sincère » (Journal des Missions Évangéliques, 1866, p. 456). — Alexandre Salmon avait deux frères : Jules William et Mortimer († 1925), ingénieur qui va travailler en Russie où il épouse une princesse slave ; il meurt très âgé dans ce pays, sans postérité. De son union, au temple de Papeete, au début de 1842, avec la petite-fille de Tati, le grand chef de Papara, la princesse Arii Oehau, 1821-1897, dite Ariitaimai, sont nés dix enfants dont nous donnons le prénom usuel avant le nom tahitien complet. Ils seront élevés, les uns à Sydney, d’autres à Valparaiso, d’autres enfin en Angleterre par leur tante Rebecca. Titaua, 1842-1898, Tetuanui reia i te raiatea, née à Moorea ; épouse, en 1856, John Brander ; devenue veuve, épousera George Darsie. — Ernest, Te pau u arii i ahurai. Meurt noyé à cinq mois, vers avril 1844. — Moetia, 1848-1935, Arii ino ore, épouse, en 1875, le consul américain Dorence Atwater, 1845-1911. — Tati, 1850-1918, chef de Papara. Épouse Turia. — Alexandre, 1855-1914, Arii paea Vehi ai tipare. Commerçant à l’île de Pâques où il représente la Maison Brander qui avait des intérêts dans l’île depuis les affaires Dutrou-Bornier, et aux Tuamotu où il travaille à son propre compte. C’était un homme violent, « qui a été condamné par le tribunal correctionnel de Tahiti à un an de prison de 2 500 F d’amende pour coups et blessures » (Deschanel). — Jean, 1856-1906, Nariivaihoa maro arii tepau marama. Maître au petit cabotage, associé de la Société commerciale de l’Océanie. « Ce gentleman plein de séduction portait d’une manière infiniment distinguée de nombreuses générations de vieille noblesse et d’alliance royale indigène. » — « Gentleman of first importance here », écrira de lui Henry Adams. — Il disparut avec la goélette Eimeo, pendant le cyclone de 1906. Il épouse, en 1878, Tupuraa eteta [Cécile Guillasse], 1860-1915. Un fils Charles, 1879, qui meurt avec son père. — Marau, 1860-1934, qui sera reine de Tahiti. — Lois, 1863-1894, Te faatau vahine Manihinihi, surnommée Piri. — Alexandrina, 1866-1919, Arii manihinihi temata faainui. Fille posthume.

Bibliographie. Un article d’Éric Ramsden : Alexander Salmon an English jew who made history in Tahiti and his family, publié par l’Australian Jewish historical Society (Sydney, vol. 1, n° 3, 1940, p. 57-71) est très décevant et indigne d’une revue historique. L’auteur n’est pas remonté aux sources les plus élémentaires et ne fait que rapporter avec un manque total d’esprit critique, les on-dit locaux souvent fantaisistes. — P. Deschanel dans son ouvrage : La politique française en Océanie (Paris, 1884) a consacré un chapitre à La famille Salmon-Brander et au Parti anglais, p. 207-225. Il manque d’objectivité. — E. Salmon, Alexandre Salmon et sa femme Ariitaimai, deux figures de Tahiti à l’époque du Protectorat, Paris, 1963, est l’étude essentielle. — Il y a des lettres de Salmon dans le registre (F.O.M., Océanie, carton 10, A, lettres du temps de Lavaud.

SALMON, Ernest (1851-1874)

N d’Alexandre Salmon.

Comptable. Sujet né à Tiverton (Devon), le 25 novembre 1884 d’Adolphe David Salmon, ministre indéputé du Saint-Évangile à Bristol. Comptable de mercer à Papeete. Célibataire. Meurt noyé « bain Lori » le 29 avril 1874 à Titioro.

SALMON, Ernest (1888-1961). Terii roa i te tua i Hauviri, Teutua nui marua i Aro roa i te mavana o Tu Te pau

Magistrat.

Né le 15 mai 1888 à Tahiti. Fils naturel de la Reine Marau qui l’a reconnu en 1909. Le divorce de Marau ayant été prononcé le 25 janvier 1888, « Ernest Albert a donc été déclaré illégitime et ne portera pas le nom de Pomaré ». Études à Paris, à Glasgow et à Londres. Participe comme volontaire, en 1916, à la Première Guerre mondiale. Après la guerre, va passer en France ses ments de droit. Entre dans la magistrature de la. Puis passe dans la magistrature française se trouve être le premier Tahitien à occuper la poste. Prend sa retraite en 1959 comme président de la Cour d’Appel de Saint-Denis. Réunion. Se retire à Nice, occupé à des paires d’histoire tahitienne et à une monographie de famille. Y meurt subitement le 4 décembre. Il était officier de la Légion d’honneur. La des Océanistes publie, en 1963, son ouvrage, Alexandre Salmon et sa femme Ariitaimai, deux figures de Tahiti à l’époque du Protectorat. De son union, en 1914, avec sa cousine John Brander, 1894, est née une fille, Monica, épouse, en 1936, Pol Le Goaster ; puis en Léon Daunassans et vit à Tahiti.

SALMON, Frédéric dit Tutaha (1919)

Né le 11 février 1929 à Mahina.

Fils adopté chef Tavaea Tevaearai dit Raiarii qui fut 45 ans chef du district de Tautira. Sa mère étant Uratua Salmon, dite Nellie, 1905, il se trouve être par elle le petit-fils du grand Tati Salmon. C’est un homme actif. Il possède un indéniable esprit d’entreprise qui le pousse aux activités les plus diverses. Très jeune il s’intéresse aux transports et mène un service de trucks et la location de camions bennes. Cela s’est transformé, 20 ans plus tard, en une Société de travaux publics qui est en train de modifier le cours de la Vaitepiha et participe à l’installation du CNEXO à Vairao. Commerçant, il exploite la vallée de Vaitepiha, coupe des arbres qu’il expédie à Papeete, montant une petite scierie à Tautira qui fournit des caisses à la Brasserie de Papeete. Et c’est lui qui, en 1958, fournira à la Metro Goldwin Mayer les deux pirogues doubles du film « Les révoltés du Bounty ». Animateur d’un groupe de piroguiers victorieux depuis vingt-cinq ans aux courses du 14 juillet à Papeete, il est aussi le chef d’un groupe de chasse sous-marine qui a fourni quelques champions. Propriétaire, il plante 50 000 pieds de café Arabica. Marin habile et possédant une grande connaissance des choses de la mer, il organise à Tautira une association de pêche au grand filet (1 000 m en coton ou nylon) qui rassemble une trentaine de participants toujours prêts à une sortie quand est signalé un banc dans quelque coin de l’île. On connut des coups de pêche de 15 000 paquets d’ature ! Cette entreprise, qui possédait sa comptabilité, connut un temps une grande réussite et une monographie de Paul Ottino en a étudié par le détail le fonctionnement. Homme politique, son père adoptif, reconnaissant ses qualités d’organisateur, s’effaça devant lui lors des élections de 1972. Ainsi est-il élu membre de l’Assemblée Territoriale ; et, déjà vice-président du Conseil de Tautira, Tutaha Salmon en deviendra le maire lors de la constitution des communes à Tahiti en 1972, son autorité s’étendant à toute la commune de Taiarapu-Est dont le centre est à Taravao. Le district de Tautira stricto sensu compte, en 1973, 388 enfants en âge scolaire et environ 1000 habitants, sans compter deux hommes nature, Raymond et Frédéric, ce dernier sur place depuis plus de 40 ans, et considérés par les Tahitiens du district comme des croquemitaines dont on menace les enfants pas sages. Homme de cœur et généreux, T. Salmon est une personnalité qui a su maintenir les traditions d’hospitalité des chefs de Tautira, d’Ori a Ori à nos jours. Il a épousé, le 7 octobre 1950, Clémentine Tematahotoa Lenoir, institutrice à Tautira. De cette union sont nés à Papeete : Elvine, 1949. — Johanna, 1952. — Marguerite, 1954. — Carl, 1955. — Lauretta, 1957. — Vairea, 1958. — Titaua, 1961. — Manuia, 1963. — Hinamoe, 1967. Sur T. Salmon, consulter P. Ottino, La pêche au grand filet à Tahiti, ORSTOM, 1965. « M. Salmon peut être considéré comme le co-auteur de certaines parties de ce travail pour lequel il a fourni les documents comptables »…

SALMON, Jules William

Frère d’Alexandre qui l’attire à Tahiti où on le trouve comme négociant.

Né en 1818. Épouse, en 1847 à San Francisco, Esther [Carr] Dunnett, sœur du capitaine G. W. Dunnett. De cette union : Kate, Catherine Marie, 1847. Les témoins de son baptême, qui a lieu dans la maison du Broomroad, sont William Smith, 27 ans, employé chez Salmon et James Couillard, 33 ans, également employé. Son fils, Jake Amstrong, fit ses études en Californie avant de venir s’installer dentiste à Papeete. — Esther, Ada, 1850, née à Papeete le 7 février 1850. Son père est alors en Californie. Les témoins du baptême sont Alexandre Salmon et Francis Johnston, médecin. — Jules William eut encore deux fils, dont nous n’avons pas retrouvé la date de naissance : John, épouse Tinomana, reine de Arorangi (Rarotonga). Vient de temps en temps faire un séjour à Tahiti visiter ses cousins Salmon et Brander. — William, 1859-1903, cultivateur, vit à Papara, marié. Meurt à l’hôpital militaire.

SALMON, Nedo (1925)

Fonctionnaire.

Né le 12 mai 1925 à Papeete. D’abord instituteur et diacre à Raivavae, il se dévoue bientôt aux mouvements de jeunesse protestante dans toute la Polynésie. Il sera, dès son origine, le Président et l’animateur des Unions chrétiennes de jeunes gens, Ui Api. Conseiller élu à l’Assemblée Territoriale depuis 1957, il en présidera un temps la commission permanente. C’est un des propagandistes les plus avertis de l’Union Tahitienne auprès des masses rurales. Nommé, en 1973, directeur de la maison d’arrêt de Faaa, il entreprend une action courageuse pour tenter de redonner un sens à la vie des jeunes détenus qui y sont hébergés. Vit à Paea. De son union avec Vaite Bessert sont nés de nombreux enfants. Est nommé en juillet 1974 membre de l’Académie Tahitienne.

SALMON, Poma (1904-1973)

Princesse Poma a Teao.

Née le 11 août 1904 et décédée le 22 septembre 1973 à Papeete. Par sa mère, Terii na Vaharoa, 1877-1918, surnommée Matauira, fille de Tamatoa V, roi de Raiatea, elle est l’arrière-petite-fille de Pomare IV. Par son père, Opuhara Salmon, petite-fille de Tati Salmon, chef de Papara. Cette authentique princesse royale eut une existence très tahitienne, entourée d’amis qui appréciaient son caractère ouvert et sa gaieté. — Elle eut plusieurs enfants : en 1929, deux jumeaux, Geneviève, dite Tita, fille adoptive de la princesse Terii, qui épousa Jo Pommier, et Alexandre, dit Brada. D’une union avec un Américain, elle eut deux fils, Tom Stevenson, dit Tomi, qui vit aux États-Unis et Tati Douglas Stevenson qui vit à Honolulu.

SALTEL, Victorin (1878-1938)

Religieux picpucien.

Né à Marchastel (Lozère) le 14 juillet 1878. Profès picpucien le 7 mai 1899. Ordonné prêtre le 20 décembre 1902. Est désigné pour les missions d’Océanie, et arrive aux Marquises le 3 février 1903, trois semaines après le fameux cyclone. C’est lui qui présidera aux funérailles de Paul Gauguin en mai 1903. « Le ministère du P. Victorin s’exerça pendant dix ans, à Hatiheu, île Nukuhiva ; et durant vingt-cinq ans, dans les îles Hivaoa, Tahuata, Fatuiva, Uahuna. Partout, il gagna et l’estime et l’affection des fidèles ; car il leur était tout dévoué. D’un tempérament plutôt violent, il savait se contenir, parce que son action sacerdotale le demandait. » Il ne revint jamais en France et vécut trente-cinq années consécutives aux Marquises. Il est décédé le 9 avril 1938.

SALVAN, François (1838-1880)

Propriétaire.

Né le 16 décembre 1838 à Brive (Corrèze). Soldat du 2 régiment d’infanterie de marine, arrive à Papeete le 5 août 1860. Libéré du service le 31 décembre 1865. Maître boulanger à la Manutention de 1866 à 1869. S’installe à son compte au district de Punaauia (Atiue), propriétaire. Meurt le 12 novembre 1880 à Punaauia.

SALVAT, Bernard (1936)

Docteur ès sciences.

Né le 7 mars 1936 à Bègles (Gironde). Actuellement directeur à l’École Pratique des Hautes Études et directeur de l’Antenne du Muséum National d’Histoire Naturelle à Tahiti. Il s’est tout d’abord consacré pendant une dizaine d’années à l’étude des crustacés, avant d’aborder les recherches faunistiques et écologiques sur les mollusques marins du Pacifique et plus particulièrement ceux de Polynésie. Dans ce but, depuis 1965 il a voyagé à travers la zone intertropicale pour parfaire sa connaissance des récifs coralliens et de leur faune malacologique. En Polynésie française, il a travaillé dans plus d’une vingtaine d’îles des archipels de la Société, des Gambier, des Australes et des Tuamotu, au cours d’une dizaine de missions. Bernard Salvat a rédigé une cinquantaine de travaux scientifiques dont la plupart traitent des mollusques polynésiens. Il est, en 1970, un des fondateurs de la Société Française de Malacologie dont il assure en 1972 la présidence.

SANFORD, Francis Ariioehau (1912)

Homme politique.

Fils de Paul Sanford et de Rose Johnston dite Guilloux. Né le 11 mai 1912 à Papeete. Études chez les Frères et à l’école centrale. Instituteur à Arue en 1929 ; maître-interne à l’école centrale en 1932 ; puis instituteur à Fakarava en 1934. Après quelque temps au bureau de la circonscription des Tuamotu, comme adjoint à l’administrateur Sénac, est nommé chef de poste administratif de l’archipel des Gambier et y demeure de 1939 à 1941. En 1940, appuyé par le R.P. Germain d’Haridon rallie cet archipel et une partie des Tuamotu à la France Libre, ce qui lui permettait le 4 septembre 1940 d’adresser au Gouvernement provisoire de Papeete un télégramme ainsi conçu : « Chefs de districts et population entière Gambier me chargent vous transmettre message suivant : depuis signature armistice avons toujours fortement espéré rattachement E.F.O. à Comité France Libre Général de Gaulle pour continuation lutte. Aujourd’hui, apprenons nouvelle avec joie profonde. Félicitons gouvernement pour cause sacrée entreprise et le prions croire notre indéfectible loyalisme. Sanford. » S’engage comme volontaire en vue de la formation et de l’expédition du deuxième contingent du Pacifique, mais retardé dans son départ, est nommé et envoyé pour représenter localement à Bora Bora le territoire auprès des troupes américaines qui occupent l’île en février 1942. Vivra ainsi jusqu’en juin 1946, auprès des troupes américaines — Bora Bora comptera un effectif de 6 000 hommes — qui mettent l’île en état de défense, y construisent un aérodrome à Motu Mute et, après la bataille de la mer de Corail, s’en servent comme base de ravitaillement. Au départ des troupes, son intelligent dévouement et sa parfaite collaboration avec les forces U.S. lui méritent la « Medal of Freedom » « pour ses activités très méritoires et l’accomplissement de services exceptionnels comme agent spécial français lors de l’occupation de Bora Bora, aux îles de la Société, de février 1942 à la cessation des hostilités. » Les Américains, en souvenir de sa collaboration, lui ont remis le registre d’inscription du Club des officiers de Bora Bora, du 17 février 1942 au 2 juin 1946, registre contenant environ 3 000 signatures d’officiers de l’U.S. Navy. Francis Sanford a continué d’utiliser le registre comme livre d’amitié où il a fait signer toutes les personnes reçues depuis lors à Bora Bora par lui et sa femme Liza. En vers ou en prose, accompagnées de dessins originaux ou de photographies, écrites dans toutes les langues du monde par des propriétaires de grands yachts ou de petits ketchs, les inscriptions de ce livre d’or sont, au jour le jour, le plus extraordinaire et le plus spontané des témoignages de l’attrait qu’exerce encore la Polynésie et les Polynésiens sur les visiteurs étrangers et le plus bel hommage rendu par eux à l’hospitalité, à la gentillesse, à l’intelligence et au cœur de ceux qui en furent les inspirateurs. Après la seconde guerre mondiale, Francis Sanford reprend ses fonctions d’instituteur à Faanui (Bora Bora) en 1947, puis en 1956 est nommé directeur des classes primaires au collège Paul-Gauguin à Papeete. En 1959, il est nommé chargé de mission au Cabinet du Gouverneur de la Polynésie française dont il devient le chef de Cabinet civil en 1963. Le district de Faaa dont la population, en 1965, atteignait presque 6 000 personnes, à la suite d’une consultation populaire, a demandé son érection en commune qui fut érigée en janvier 1965. Lors des élections municipales du 2 mai 1965, la liste présentée par Francis Sanford passa par 480 voix contre 220 et 129 à ses concurrents. Le dimanche suivant, F. Sanford est élu premier maire de Faaa à l’unanimité des présents. Il sera sans difficultés réélu aux élections suivantes, en 1971 avec 76 % des voix. La commune, en 1974 dépassera 20 000 habitants. Cette augmentation spectaculaire est due à un afflux extérieur de population : Faaa se trouve être devenu à la fois une commune « dortoir » pour une partie de la population laborieuse de Papeete et une commune « refuge » pour les gens des îles qui arrivent de toute la Polynésie se fixer chez des Jetii, attirés par les lumières de la ville, sous le prétexte d’assurer de meilleures études à leurs enfants et de mieux les soigner. Le problème le plus urgent fut de fournir de l’eau à ses administrés. Il a été réglé grâce à la création de bassins, alimentés par quelques sources, établis dans les hauts de Faaa. F. Sanford a dû aussi faire face à des problèmes de la viabilité. Des routes perpendiculaires à la route de ceinture ont été établies vers la montagne ; l’une devenue la tête de la route de montagne en voie de création vers le mont Marau. Un vaste cimetière a été préparé dans ses abords. Un dispensaire a été installé ainsi que les écoles nécessaires. La constitution d’une réserve foncière semble actuellement la chose la plus urgente au maire Sanford pour fixer et donner des moyens d’existence à la population venue s’établir à Faaa : d’où de grands lotissements. Parallèlement à cette carrière d’administrateur municipal, F. Sanford a mené une carrière politique. Il est élu député de la Polynésie Française en mars 1967 comme chef du Ea Api, « la voie nouvelle », par 13 633 voix contre 13 289 au député sortant Teariki. Il sera réélu en juillet 1968 par 14 701 voix et, au second tour des élections de mars 1973, par 19 474 voix contre 17 108 à Gaston Flosse. Il est difficile de suivre au jour le jour les positions successives, parfois surprenantes, de F. Sanford. Disons qu’en 1973, date à laquelle est écrite cette note, F. Sanford fait campagne sur trois thèmes principaux : 1° Opposition à la loi du 9 janvier 1973 modifiant le code de la nationalité en application de laquelle l’ensemble des Chinois nés en Polynésie et non encore naturalisés acquièrent la nationalité française. — 2° Hostilité aux expériences nucléaires françaises. Francis Sanford est persuadé qu’elles présentent un grave et permanent danger pour les populations de la Polynésie Française. On l’a vu s’adresser en ce sens à l’ONU, utiliser les radios néo-zélandaises et australiennes, voire même, en juin 1973, inviter à Tahiti un homme politique français qui, flanqué d’un pasteur, d’un dominicain et d’un général, est venu « sur place » protester contre les plus que modestes essais nucléaires français, que le hasard encadra justement, en ce même été, de puissantes expériences chinoises et américaines. — 3° Obtention d’une régionalisation poussée qui devrait permettre aux Polynésiens d’accéder rapidement à un statut d’autonomie interne qui leur permettrait « de gérer eux-mêmes sainement et efficacement leur pays, dans la paix et l’ordre, tout en demeurant de bons Français » (janv. 1972). Devant la poursuite des expériences nucléaires, impatienté, Francis Sanford allait plus loin et, en juillet 1973, demandait dans une « lettre ouverte » au Président de la République d’instituer un référendum sur l’Indépendance du Territoire. Ajoutons que, par ailleurs, F. Sanford réclame à juste titre l’introduction de l’étude de la langue vernaculaire dans les programmes scolaires. Chevalier de la Légion d’honneur et membre de l’Académie Tahitienne. De son union le 19 janvier 1939 à Papeete avec Élisa Snow, sont nés : Georges, 1941, chef d’escale à la PANAM, épouse Isabelle Brillant, fonctionnaire, deux enfants, Maui et Vetea ; Andrée, 1942, épouse Claude Juventin, employé à l’Aviation civile, deux enfants, Teva et Mahine ; Joe Teriuvaireia, 1944, mécanicien à l’Aviation civile, épouse Joelle Aumeran, fonctionnaire, un fils, Terii ; Francis, 1946, employé à la mairie de Papeete, épouse Jo Ann Frogier, fonctionnaire, un fils ; Lysa, 1948, épouse Michel Villierme, fonctionnaire, quatre enfants, Tinihau, Hina, Merehau et Tumata ; Tiare, 1951, employée à l’Office du Tourisme ; Tinihau, 1954-1968.

SANDFORD, Henry Frances (1820-1874)

Boulanger à Papeete.

Fils du suivant. Né en 1820 dans l’état du Vermont (U.S.A.). Il était installé lors de sa mort, le 17 août 1874, comme boulanger à Papeete, rue de la Petite-Pologne. Il était sans doute arrivé à Papeete dans la fin des années 40 du siècle dernier, car il y épouse une Tahitienne, dénommée tour à tour Maria a Tairi, Marerau a Tairitu, Marie Tau ou Maraerau. Au moins cinq enfants sont nés de cette union : Alfred Tiitae, né le 26 août 1852 à Papeete qui épouse le 27 février 1892 à Papeete, Tehaamaru a Faatau et meurt à Afaahiti le 9 décembre 1918. Une fille, Emma Teuraiarua, 1907, qui épouse en 1948 Teiva Tauaroa. D’un premier mariage avec Neneve Terereatua, Alfred Sandford avait eu John, 1880, et Teraivero, 1883. — Luly, né le 26 février 1859 à Mahina. — John, né le 18 avril 1867 qui épouse le 2 novembre 1895, à Mahina, Tetuanuihaupua a Teuira, puis Hana Mervin et meurt à Mahina le 12 décembre 1938. — Maria Tebio, née le 21 septembre 1871, à Papeete, décédée le 19 mai 1928 à Arue. Elle avait reconnu un fils, Paul Tutehau Tamuera, 1892-1952, combattant volontaire lors des deux guerres mondiales de 1914 et de 1939 qu’il fait comme sergent. Il sera huissier, travaillera pour la Compagnie navale. Travaillera d’abord à Raiatéa où il meurt le 1er février 1952. Il avait épousé en 1911, Rosa Guilloux, dite Rose Johnston. De cette union, un fils Francis. — John, né le 18 avril 1887 à Papeete, qui épousera en 1895, à Mahina, Tetuanuihaupua a Teuira. — Il serait possible que Robert Thomas Sandford, né vers 1874, qui épouse Matai a Tuia, quatre enfants, Turia, 1897, Joseph, 1898-1915, Léon, 1901 et Aristide, 1902 soit un fils d’Henry Frances.

SANDFORD, Samuel (1792-18 ?)

Propriétaire à Papeete.

La tradition familiale en fait un matelot, déserteur d’un baleinier qui se serait installé comme boulanger à Papeete. Tout est possible, mais le fait est que Samuel Sandford était marié aux États-Unis où sa femme, née Almène Smitd lui avait donné en 1820 un fils, Henry Frances dans l’État du Vermont. En 1874, lors du décès de son fils, Samuel vivait encore à Papeete, vieillard de 82 ans. Par contre, son épouse était déjà décédée. L’État civil tahitien alors embryonnaire et inexistant dans les districts, n’a pas conservé la date de son décès. — Dans les actes d’état civil, on trouve de nombreuses graphies du nom de Sanford, Sandford, Sanfort, voire même Sanaford. Il semble qu’une branche préfère actuellement la graphie Sanford. L’unité d’origine tahitienne de la famille est cependant manifeste.

SAN[D]FORD, Thomas (1854- ?)

Né à Mataiea, épouse Julia Clark.

De cette union : Élisabeth, 1872- ?, qui épouse Joseph Teahu a Teaha. — Robert, 1876-1929, épouse en 1904 Tetuaveroa a Mai, de Faaa.

SAN[D]FORD, William Tapuatua ou Tapurutua (1850- ?)

Ce Sandford est peut-être le fils aîné de Henry Frances mais nous n’avons pas retrouvé sa filiation.

Il épouse Tinorua a Tuaira. De cette union sont nés : Alfred, 1867-1916, épouse Teua a Toofa, douze enfants. — Manaava, 1868-1918, épouse en 1896 Mahura a Tairati. — Julia, 1872-1946, épouse Terutauaroa a Taeaetua. — Atalia, 1875-1876. — Henry, 1877-1918, épouse aux Tuamotu, Korare a Terupe. — Amélie, 1879-1909, épouse Matatini a Paeta. — Mere, 1883-1938. — Samuel, 1886-1920. — Charles, 1888. — Marie, 1890-1919, épouse Michel Piersegaele.

SARCIAUX, Frédéric (1833-1914)

Propriétaire.

Né le 28 septembre 1833 à Cancale (Ille-et-Vilaine). Marin de l’État, fait partie de l’équipage de la corvette Aventure qui arrive à Tahiti le 19 décembre 1854. Congédié le 25 janvier 1859. Concierge de la maison d’arrêt de Papeete de 1859 à 1869, puis devient propriétaire rue de Rivoli, actuellement rue du Commandant-Destremeau, face au temple protestant. Meurt le 15 mai 1914 à Papeete. — Épouse, le 22 août 1863 à Papeete, Teura Tuarihimata, 1843-1879. De sa seconde union, le 11 mars 1880 à Papeete, avec Ruaruta Tuihutu, née en 1864, sont issus : Frédéric, 1880-1914, interprète du Gouvernement ; se marie avec Marie-Louise Jamet, à Atuana, îles Marquises, en 1910 : un enfant. — François, 1882-1961, propriétaire à Papeete, avec Tupuraa Mihimana, 1882-1937 : six enfants.

SARKA, Charles (1879-1960)

Né à Chicago de parents bohémiens.

Études à l’Art Institution of Chicago. Voyage avec son ami Georges Hart. Celui-ci lui écrit de Tahiti en juillet 1903. Sarka le rejoint. « Ils vécurent à Moorea et Tahiti pendant plusieurs mois, peignant et dessinant cette terre de légende qui était pour eux une source d’inspiration inépuisable et envoûtante. » Sarka deviendra un des illustrateurs de magazine les plus connus de son temps. La galerie Bernard Black, de New York, exposera en octobre 1963 trente aquarelles tahitiennes de Sarka. Un catalogue de l’exposition existe qui reproduit quatre des aquarelles présentés.

SASPORTAS, Léon (1886-1948)

Médecin.

Né à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 21 juin 1886. Après un séjour au Mexique et trois ans de participation à la Première Guerre mondiale où il est deux fois blessé, entre dans le Corps de Santé coloniale et est affecté aux îles Marquises où il arrive le 8 septembre 1918. « Il y reste deux ans, se faisant remarquer comme médecin et comme administrateur, créant la léproserie de Puamau, Hiva Oa, des écoles, des routes, améliorant l’hygiène et rendant la justice ». Passe ensuite à Tahiti où il sera, de 1919 à 1928, chef du service de l’hygiène, médecin de la léproserie et inspecteur des écoles. Fera dans ces diverses situations preuve d’un grand dévouement et de la plus haute conscience professionnelle, créant, de sa propre initiative, en dehors de toute question de service ou d’intérêt personnel, et dans l’unique but de lutter contre la mortalité infantile, une maternité où sont hospitalisées et assistées par lui les femmes en couches. Crée des dispensaires antivénériens et réorganise la léproserie. Rentré en France, il participe, comme commissaire-adjoint, à l’organisation du pavillon de Tahiti lors de l’Exposition Coloniale de 1931. Fonde, en 1939, et dirigera jusqu’à sa mort, la Revue du Paludisme et de Médecine coloniale. Actif et d’une grande facilité de rédaction, le Dr Sasportas prit souvent la plume pour défendre les causes océaniennes qui lui tenaient à cœur. Lors de son séjour à Tahiti, on voit sa signature apparaître dans les journaux californiens ; en France, il donne des articles au Monde colonial illustré et dans plusieurs journaux médicaux. Il s’intéressera au folklore tahitien et marquisien sur lequel il a laissé diverses études. Il était vice-président de la Société des Océanistes. Amateur d’art, il possédait des œuvres de Morillot, de Le Moine, de MacDonald et de nombreux autres peintres tahitiens. Il est mort à Paris, le 15 août 1949. On trouvera une note sur lui, sous la signature du Dr Ployé, dans la Revue du Paludisme, 6 année, n° 33, 15 oct. 1948.

SAUTEL, André (1830-1897)

Commissaire de police.

Né le 11 avril 1830 à Saint-Genêt-de-Bourron (Ardèche). Gendarme, débarque à Tahiti le 14 décembre 1871. Prend sa retraite à Tahiti après quinze années de service, le 30 juillet 1879. Commissaire de police à Taravao, en 1879, Atimaono, de 1880 à 1882, Papeete en 1883. Médaillé militaire. Meurt le 4 janvier 1897 à Papeete. — D’une liaison avec Uratua a Ravae sont nées : Louise, 1870-1912, épouse, en 1885, à Mataiea, Viriamu Peckett. — Victoire, meurt en bas âge. — Victoire, 1876-1903, épouse, en 1895, le brigadier de gendarmerie Charpillet. — Marie, 1880-1954.

SAVAGE, Hinman

Missionnaire mormon.

Arrive à Tahiti le 18 août 1909. Travaille dans les Tuamotu et devient un linguiste particulièrement habile. Quitte Tahiti le 30 août 1914. Il fera à Tahiti plusieurs autres séjours, en 1916, en 1925-1926 où il passe dix mois comme président de la Mission. En 1927-1928, passera encore dix mois dans l’archipel.

SAVILLE, Alfred Thomas (1839-1915)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 6 août 1839 à Birmingham (Angleterre). Ordonné le 7 novembre 1865. Nommé à Huahine. Quitte l’Angleterre sur le John Williams, le 16 avril 1866. Quitte Tahiti, pour raisons de santé le 20 mai 1874, après douze ans de mission. Sera pasteur à Rye, et à Hailsbury, Sussex. Meurt le 23 novembre 1915.

SAVOYE Émile (1902)

Commerçant.

Né à Ayrens (Cantal) le 11 octobre 1902. Participe comme sergent à la Seconde Guerre mondiale. En octobre 1937 fera un voyage d’agrément en Océanie. Y retourne en 1946 avec le Sagittaire qui ramenait à Tahiti le Bataillon du Pacifique. N’ayant pas obtenu l’autorisation de monter une huilerie, il ouvre une maison d’importation, Importex-Tahiti, spécialisée dans les matériaux de construction, affaire qui prend de l’extension en 1962, lorsque Yves Malardé et J. Lecail y prennent des participations. Propriétaire du Tabac de la Croisette, à Cannes, partage son temps entre cette ville et Papeete ce qui lui vaut le record des traversées en bateau et en avion. Philatéliste convaincu, Émile Savoye a réuni une des plus remarquables collections sur Tahiti et l’Océanie Française, fruit de trente années de recherches, faisant toutes les variétés, les entiers, les lettres anciennes, les cachets divers, voire même les bandes de journaux. Il est membre fondateur de l’Aéro Club, et du Rotary. Épouse le 22 février 1937, à Fécamp, Marthe Collas : un enfant.

SCHACHT, Christian

Marin et commerçant allemand.

Arrive dans les mers du Sud en 1886. Séjourne aux îles de la Société de 1892 à 1916, comme employé d’une firme commerciale allemande, à Bora Bora. Planteur durant vingt-cinq ans, il avait acquis une parfaite connaissance du tahitien et une revue de linguistique allemande de la Zeitschrift für eingeborenen Sprachen (Berlin, 1936, p.34-60 ; 1939, p. 82-119) a publié de lui des textes en tahitien où Schacht raconte la vie des indigènes, décrit leurs techniques de vannerie et de pêche, leur alimentation, rapporte des voyages d’île à île, des visites de notables indigènes, des croyances religieuses qui font de lui un bon informateur sur les influences de la culture européenne, sur la vie sociale et économique des Polynésiens au début du siècle. D’autant plus que Schacht n’a aucun complexe de blanc et parle des Tahitiens comme le ferait un Tahitien de race.

SCHENK, Earl (1887)

Écrivain.

Arrive à Tahiti vers 1929 et y demeure encore, infirme, en 1960. On lui doit plusieurs ouvrages : Come into these yellow sands, Indianapolis, 1940 et Lean with the wind ; a novel of the South Seas, London, 1945, dans lesquels il décrit adroitement la vie des Tahitiens, son crayon illustrant de quelques touches légères ces romans qui peuvent amuser ceux qui, quelquefois, ont rêvé aux mers du Sud.

SCHLUBACH, Heinrich August (1836-1914)

Commerçant.

Né à Gut Rossitten (Ostpreussen, Allemagne), le 14 janvier 1836. Après des études classiques à Elbing, il fait son apprentissage de commerce dans une grande maison de Brême. Elle l’envoie à Valparaiso en 1857 pour des opérations commerciales avec les îles du Pacifique. C’est à cette époque qu’il entre en rapports avec John Brander qui deviendra son beau-père. Actif, ayant le sens des affaires, il établit solidement à Valparaiso la firme qui l’avait envoyé dans le Pacifique, ayant également des intérêts avec d’autres maisons allemandes du Pacifique Handels-und Plantagengesellschaft à Samoa, Jaluit Gesellschaft, Société commerciale de l’Océanie à Tahiti, Hernsheim und Forsythe, etc. Il passa plusieurs fois à Tahiti notamment du mois de décembre 1871 jusqu’en juillet 1872. Il vivait à Valparaiso, où il sera Consul général d’Allemagne au Chili de 1876 à 1882. Il séjournera à Valparaiso jusqu’en 1883 et rentrera à cette date en Allemagne où il se fixera à Hambourg. Il y meurt le 12 juillet 1914. De son union, le 18 avril 1872, avec Margaret Terii nui tahurai Marama Tepau Brander, née à Tahiti en 1856 et décédée en 1937 à Neustadt (Palatinat) sont nés neuf enfants : Herbert, Margaret, Éric († 1962), Roderich, Edgar, Beatrice, Marion, Hans Heinrich, Gertrud.

SCHMIDT, Christian (1846-1910)

Commerçant.

Né le 29 septembre 1846 à Flemborg (Danemark). Arrive à Tahiti en décembre 1869, venant du Chili. S’établit commerçant et trafiquant successivement à Papeete en 1870, à l’île de Pâques de juillet 1870 à septembre 1875, aux îles Tuamotu d’octobre 1875 à mai 1880. Après cette époque, se fixe définitivement à Rikitea, Mangareva, où il devient propriétaire. Obtient la nationalité française, en mars 1903, avec toute sa famille. Meurt en 1910 à Rikitea. De son union, au Chili, avec Mercédès Sales, 1854-1955, sont nés : Sophie, 1871-1935, qui épouse, en 1889, Gustave Carlson, trois enfants. — Louisa, 1874-1948. — Adéla, 1877, épouse un habitant de Pitcairn, le suit dans son île et y meurt. — William, 1880. — Thomas, 1882-1950. — Mercédès, 1884, épouse, en 1903 à Rikitea, Eugène Doom. — Henry, 1886-1973. — Saturnin, 1887, épouse à Taku, Maria Mamatui. — Auguste, 1888. — Clément, 1890-1940. — Delfina, 1892. — Catherine, 1894-1908. — Joseph, 1895, soldat au bataillon du Pacifique au cours de la Première Guerre mondiale, cité. — Juan (François), 1899, soldat au bataillon du Pacifique, cité. — Wilhelmine, 1901.

SCHMIDT, Oscar F

Peintre américain.

Expose à la National Academy of Design, à New York, en 1925. Passe avec son ami H. Tyler à Atuana, en juillet 1921 et fait graver une pierre sur la tombe de Gauguin. On trouve cinq reproductions en noir de toiles marquisiennes signées de lui dans l’ouvrage de F. O’Brien, Atolls of the Sun, New York, 1922. Voir sur Schmidt : Mantle Fielding, American painters, 1945, p. 321.

SCHNEIDER, Albert (1941)

Pasteur.

Né le 7 janvier 1941 à Karlsruhe (Allemagne). Études secondaires et supérieures à Strasbourg. Licencié en théologie. Arrive pour trois mois à Tahiti en juillet 1966 pour y former des animateurs de jeunesse. Passe à nouveau à Papeete de juillet 1968 à décembre 1969 comme secrétaire général des Unions chrétiennes de jeunes gens. Ordonné pasteur en 1971. Retourne la même année à Tahiti pour y occuper le poste de conseiller de jeunesse et est également attaché à la direction de l’Église Évangélique locale. Monte un Centre de Documentation destiné à intéresser les jeunes tahitiens à leur histoire. De son union en 1963 à Papeete, avec Maire Hutia-Manuel sont nés Myriam, 1965 et Oliver, 1971.

SCHOENBURG — WALDENBURG, Prince Karl (1904)

Né le 2 juin 1904 à Constapelle (Saxe).

Fils de l’infante d’Espagne Alice de Bourbon. Fait plusieurs voyages à Tahiti, en touriste, avant la Seconde Guerre mondiale. Vient s’y fixer définitivement en avril 1939. Passe la guerre incarcéré dans divers camps d’internement locaux. Représentant général de Cornelius Crane à Tahiti depuis la fin des hostilités. Naturalisé français en 1955. Épouse Varaitearai, dite Tearai à Neti, 1915. De cette union sont nés : Mareva, 1939, épouse Albert Colelough, vit à Lausanne. — Vetea, 1941, chimiste, épouse en 1965 une française Catherine Brizard. — Teva, épouse en 1969 à Paea, Hinano Bernadino-Ratz, une fille Hei-Arii, 1971. — Mihimana, 1947, épouse en Suisse Jean-Luc Maurer, étudiant à Genève. — Matahi, 1951. — Leur père était rentré en Europe en janvier 1963 où il vit en Italie.

SCHOUTEN, Gérard (le Père Bruno). 1829-1900

Religieux picpucien.

Né le 17 juillet 1829 à Delft (Hollande). Profès dans la congrégation le 24 septembre 1854. Est envoyé comme missionnaire à Tahiti où il arrive à Papeete sur la Provençale le 27 juillet 1857. Fera du ministère comme catéchiste pendant trois ans et construit l’église d’Atiue. Ordonné prêtre par Mgr Jaussen, à Papeete, le 29 juin 1860, avec les Pères Fierens, Orvain et Oursel. A d’abord en charge Papara. En juin 1862 est nommé à Anaa (Tuamotu). Rayonne de là sur la Notre-Dame de la Paix. Évangélisera en particulier Fakahina (1863), « démolissant de fond en comble » les marae et brûlant les idoles, « touffes de cheveux enfermés dans des boîtes ». En 1864, nous le trouvons de nouveau à Tahiti (Atiue et Paea). En 1869-1870, fait des tournées dans les Tuamotu. Passe 1871 à Faaone. En 1872 est à Moorea où il ouvre une école à Papetoai et construit une chapelle. Rentre à Tahiti où il sera tour à tour à Haapape et à Tautira (1879). Quitte la mission pour raisons de santé le 12 mars 1894 et regagne la Hollande, son pays d’origine. Meurt à Louvain (Belgique), le 9 mars 1900. Notice nécrologique le concernant dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1900, p. 293-301.

SCHULTE, Friedrich (le Père Emmeran). 1848-1912

Religieux picpucien.

Né à Dortmund (Allemagne) le 29 juillet 1848. Profès le 21 novembre 1868. Reçoit son obéissance pour la mission des îles Marquises, où il arrive le 6 décembre 1870. Y est ordonné prêtre en septembre de l’année suivante par Mgr Dordillon. Reprend le poste de Tahuata, abandonné ; y réussit au-delà de toute espérance. En 1877, l’évêque lui confie la réouverture d’un poste à Fatu Hiva. Il y connaît les sacrifices humains — six victimes en juin 1879 ! — les guerres, les orgies d’alcool, groupant néanmoins une petite communauté chrétienne. Muté en 1884 à la mission d’Hawaii, il y meurt, aumônier de la léproserie de Molokai, le 14 août 1912.

SCHULTZ, Frédéric (1815-1855)

Colon militaire.

Né à Stoulisen (Bas-Rhin) en 1815. Arrive à Nuku Hiva le 28 octobre 1843, puis à Papeete le 4 novembre suivant étant matelot à bord de la frégate Uranie. Prend part aux combats de Mahaena le 17 avril 1844 et de Mahina le 29 juin 1844. Libéré du service le 15 mai 1847, s’installe comme colon militaire à Faaa. Meurt à Papeete le 19 février 1855, sans descendance.

SCHUTZ, Joseph (1825-1889)

Retraité.

Né le 27 mars 1825 à Blanchwiller (Bas-Rhin). Canonnier de la 22 batterie d’artillerie de marine. Débarque à Tahiti en 1866. Prend sa retraite à Papeete. Gardien du lazaret de l’îlot Motu-Uta pendant de longues années, puis garde-meuble du palais de justice en 1883 ; employé au service des contributions. Meurt le 3 mai 1889 à Papeete. Médaille militaire en 1867.

SCOTT, William († 1815)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Nommé en Océanie, quitte l’Angleterre le 5 mai 1800 et arrive à Tahiti, sur le Royal Admiral, le 10 juillet 1801 avec huit autres missionnaires. Après la défaite de Pomaré, en décembre 1808, quitte Matavai et va avec le roi à Moorea, le 22 décembre 1808. Rejoint le 3 avril 1809 ses collègues qui ont été se réfugier à Huahine. Part pour Sydney le 26 octobre suivant par le brick Hibernia, avec trois autres collègues ayant l’intention d’y trouver des épouses. Après avoir quasiment fait naufrage aux îles Fidji, l’Hibernia est à Sydney le 17 février 1810. Épouse à Sydney une des quatre jeunes filles envoyées d’Angleterre par les directeurs de la Société et rentre à Moorea en juillet 1811. Fait avec Hayward le voyage de Tahiti en 1813 et y trouve un meilleur état esprit vis-à-vis de la mission. Meurt à Moorea le 9 février 1815. W.W. Bolton y a retrouvé sa tombe en 1837.

SEGALEN, Victor (1878-1919)

Médecin de marine et écrivain.

Né à Brest (Finistère) le 14 janvier 1878. Études au lycée. Élève à l’École de Médecine navale. Ayant été nommé comme médecin à bord de la Durance, aviso colonial alors stationné à Tahiti, rejoint son poste par les États-Unis, et gagne Papeete par le Mariposa, le 23 janvier 1903 : « un joli petit Éden, à condition de s’accommoder aux joies du pays et de ne pas exiger d’impossibles et défuntés beautés. » Quelques jours seulement après son arrivée, participa à bord de la Durance, qui transporte le gouverneur Petit, à la tournée de secours aux Tuamotu qui viennent d’être dévastées par un rude cyclone qui y a fait plusieurs centaines de victimes. A son retour, tout en continuant son service sur la Durance, s’installe « dans une maisonnette avec véranda, sur le bord de la plage » où il fait un peu de clientèle privée. D’après son « Journal », Segalen, outre le tour de l’île qu’il fit à pied en mars et en décembre 1903, participe aux croisières suivantes avec la Durance : Tuamotu, janvier-février 1903 ; Mangareva, février 1903 ; Nouméa, avril 1903 ; les Marquises, août 1903 ; les îles Sous-le-Vent, septembre 1903 ; les Gambier, décembre 1903 - janvier 1904 ; îles Wallis, avril 1904. L’escale aux Marquises, en août 1903, est très importante dans la vie de Segalen. Il y a trois mois que Gauguin est mort à Atuana, que Segalen eût souhaité rencontrer vivant, et sur la mort duquel il sera le premier à informer le grand public par un article qui paraîtra dans le Mercure de France de juin 1904, article intitulé : « Gauguin dans son dernier décor. » A Papeete, assistera, le 2 septembre 1903, la vente des objets transportables de la succession Gauguin, y faisant l’acquisition de plusieurs toile (dont le célèbre Village breton sous la neige, au sujet duquel il contribuera à lancer l’idée romanesque d’un Gauguin mourant pauvre et persécuté en peignant, sous l’été permanent des tropiques, un paysage breton hivernal !) et de nombreux dessins, ainsi que la palette pliante de l’artiste, aujourd’hui au Louvre. Quitte Tahiti le 1 septembre 1904 et rentre en France par la Durance, emportant avec lui le plan, et un chapitre, rédigé à Tahiti en août 1904, d’un roman, Les Immémoriaux, qui paraîtra en 1907, à compte d’auteur, au Mercure de France, sous le pseudonyme de Max Anély. Segalen y oppose le vieux passé maori à l’écivilisation occidentale, représentée par des missionnaires protestants en des pages où il reconstitue ethnographiquement la culture ancienne de Polynésie. œuvre écrite d’après les conceptions alors régnantes de l’école naturaliste, puissante, difficile, classique, peut-être, et, sans doute, un des livres qui comptent sur Tahiti. Segalen s’illustrera, dans la suite, par quatre voyages en Chine d’où il rapportera d’importantes contributions artistiques ou littéraires. Il meurt le 21 mai 1919, à Huelgoat (Finistère).

Bibliographie. 1 Œuvres océaniennes imprimées de Victor Segalen. Cyclones aux îles Tuamotu (Armée et Marine, 12 avril 1903). — Gauguin, dans son dernier décor (Mercure de France, juin 1904). — Voix mortes : musiques maori (Mercure musical et Bulletin français de la Société internationale de Musique, Paris, 15 octobre 1907). — Les Immémoriaux (sous le pseudonyme de Max-Anély), Paris, Mercure de France, 1907, 351 p. Ouvrage publié à compte d’auteur, avec un tirage de luxe comportant 7 exemplaires sur Japon et 10 sur Hollande numérotés. — Une édition chez Crès, en 1921, dont un second tirage paraît sous le nom véritable de l’auteur. — L’édition Crès est remise en vente par Plon, en 1929, sous une couverture jaune non illustrée. — Une édition de luxe, pointes sèches de Jacques Boullaire. Paris, 1948. Tirée à 125 exemplaires. — Nouvelle édition ordinaire chez Plon en 1956 (collection Terre Humaine) avec 40 ill. et 2 cartes dans le texte, 25 ill. h.-t. En annexe : notes marginales du manuscrit des Immémoriaux. Ce sont pour la plupart des phrases relevées par Segalen dans des livres sur l’Océanie. La liste de ces ouvrages est donnée dans une bibliographie. — Une édition de poche (10/18, n° 335-336) en 1966. Avec une postface d’Henry Amer (pseudonyme d’Henry Bouillier). — Journal des Îles (Mercure de France, mai et juin 1956). Texte du voyage de V. Segalen en Océanie. — 2 œuvres océaniennes inédites : l’ébauche d’une suite des Immémoriaux : Le Maître du jour (épopée), où Segalen songeait à mettre en scène Gauguin, apportant aux Polynésiens une nouvelle conception de la vie. — La Marche du feu, nouvelle. — Pensers païens, dialogue philosophique entre un Maori et un Européen qui confrontent leurs croyances. — 3 Sur Segalen océanien, consulter : Jean Loize, De Tahiti au Thibet, ou les escales et le butin du poète Victor Segalen (1878-1919), Paris, 1944. Intelligent catalogue d’une exposition tenue à Paris pour le 25 anniversaire de la mort de Segalen. — Patrick O’Reilly, Victor Segalen et l’Océanie, Paris, 1944. D’après des documents inédits, avec des illustrations de Jacques Boullaire ; tiré à 310 exemplaires. — Et surtout la thèse importante d’Henry Bouillier sur Victor Segalen, (Mercure de France, 1961).

SEGUIN, Charles (1826-1894)

Propriétaire.

Né le 4 mars 1826 à l’île de Ré (Charente-Maritime). Arrive à Papeete le 26 juillet 1853 venant de San Francisco. Séjourne quelque temps à Papeete puis part pour l’île Rurutu, îles Australes, comme colon. Revient à Papeete, vers 1880, s’y établit définitivement comme propriétaire. Meurt le 17 septembre 1894. — Pendant son séjour à Rurutu, il s’unit à Teroromana en 1877. Il semblerait que cette union n’ait laissé aucune descendance.

SEIGEL, Charles

Sujet américain.

Arrive aux Marquises en 1905 comme matelot à bord d’un baleinier et reste dans l’archipel, sans papiers. En 1912, après une condamnation pour fabrication de jus de coco fermenté, passe à Tahiti. Sera employé par le « sieur Smith et les frères Hart qui n’eurent pas à s’en louer ». « Indésirable », il est remis en novembre 1917 entre les mains de son consul pour être dirigé par la plus prochaine occasion sur son pays d’origine. Il vivait de compagnie avec un Anglais nommé Sydney Hopkins. Les deux hommes furent accusés d’avoir volé 30 000 F dans le magasin Higgings à Atuona. Siegel quitte Tahiti, le 4 décembre 1917, par l’Isabel May.

SÉLI, Françoise (1938)

Professeur de dessin et peintre.

Née à Paris. Prix de dessin au Concours général, en 1955. Élève des Beaux-Arts. Après différents postes en France est nommée, en 1963, professeur de dessin au lycée Paul-Gauguin de Papeete. Expose des dessins, en juin et en novembre 1964, et en juin 1965, à Papeete, à la Galerie Winkler, en 1966 à Saint-Tropez et en 1970 à Paris. Elle est très appréciée comme portraitiste d’enfants et elle a probablement vu défiler devant son chevalet, des enfants du Gouverneur à ceux des principaux fonctionnaires, une partie de la jeunesse aisée de Tahiti qui apprécie son talent. Son don d’observation joint à une pointe d’humour donnent à ses dessins, scènes de vie tahitienne croquées rapidement sur le vif, une qualité particulière. S’achemine vers la peinture abstraite. Elle épouse en 1968, à Paris, Roland Morillot.

SÉNAC, Marcel (1902-1961)

Administrateur de la France d’Outre-Mer.

Né à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le 22 décembre 1902. Il est le fils de Jean Sénac, 1872, qui sera député radical socialiste du Gers presque sans discontinuité de 1919 à 1936 et conseiller général, maire de Miélan. Études au lycée de Pau et à Paris. Licencié ès-lettres, s’intéresse à la littérature et est un des fondateurs de la Jeune Parque qu’il installe à Paris, au 3 de la place de l’Odéon, et où, dans une cave bizarrrement décorée, il reçoit des hommes tels que Paul Valéry, André Gide, André Malraux. Jean Paul Paulhan lui demande de faire des recherches sur Lautréamont. A la suite de difficultés matrimoniales, est envoyé en Océanie en 1930 par Me César Campinchi pour une affaire de pêche au scaphandre à Hikueru. Sa mission achevée, se plaisant dans ces parages, il s’installe à Mooréa. Actif, il aide les indigènes contre les tracasseries administratives et les abus, mais connaît des difficultés avec les Chinois dont il dénonce certaines menées et des fumeries d’opium. Sa case en prend feu et il perd tous ses biens, demeurant alors dans un grand dénuement. Son père qui est un homme politique influent, — il préside des commissions à la Chambre — demande au gouverneur Montagné de lui trouver une place dans l’administration. Ainsi est-il nommé commis stagiaire 2 classe des services civils à compter du 10 octobre 1933. Marcel Sénac travaillera au gouvernement puis, plus tard, au cadastre. Toujours très appuyé, il se fait nommer, en février 1936, administrateur des Colonies. C’en est trop. La corporation se rebiffe. Le dossier est porté au Conseil d’État qui casse. Ce n’est que comme administrateur-adjoint-hors-classe que le Gouverneur Sautot enverra Sénac aux Gambier (1936-37), puis aux Tuamotu où il succédera à F. Hervé. Il possède un bateau, la Mouette, avec lequel il circule dans les îles de son obédience. Aux îles Gambier, dans l’intention de réunir les enfants de Taku, Akamaru et Taravai, en une école centrale à Rikitea, il supprime les petites écoles de la mission, ce qui est un coup mortel pour la population de ces îlots. De retour à Papeete, Sénac y sera un des promoteurs du ralliement de Tahiti à la France Libre. Gaulliste de la première heure, il se nommera le 3 septembre 1940 chef de la Sûreté générale, témoignant dans ses fonctions d’autant de sectarisme et d’intransigeance qu’il affichait de libéralisme et de sens de la justice dans ses propos antérieurs. Placé en état d’arrestation par le gouverneur Brunot le 16 juin 1941, il quitte la colonie en octobre 1941 et sera nommé administrateur-adjoint par le Gal de Gaulle en 1942. Il passe un mois en Nouvelle-Calédonie et est affecté aux Loyalty à Chepenéhé où il assure la liaison avec les troupes américaines. L’amiral d’Argenlieu l’envoie en Nouvelle-Zélande où il enquête sur la mort de l’aviateur Jean Gilbert qui fut un temps son beau-frère. Quitte l’Océanie en juin 1945 ; on l’y reverra de mars 1950 à mars 1951. Il sera ensuite en poste à la Martinique, puis en Indo-Chine. Il servira un an aux Hébrides, en 1953-54, puis en Afrique, à Bamako et à Djibouti où il sera secrétaire général, en 1957-59. Il vient s’installer à Rikitéa dont il avait conservé bon souvenir, en mai 1961. Repris par une vocation de jeunesse, il avait, dit-on, l’intention d’y écrire ses souvenirs. Atteint d’un ulcère d’estomac — on parle à Rikitéa d’un cancer — il meurt « heureux de se dissoudre dans l’univers », le 12 juillet 1961. Son enterrement est présidé par le gendarme Foglia et son corps repose dans un coin de l’île. Ayant une bonne pratique du tahitien, Sénac est l’auteur d’une Grammaire tahitienne suivie d’un vocabulaire. De plusieurs unions, il aura quatre filles : Annie, épouse Maxime Arlot, qui meurt dans la catastrophe aérienne de Barheim, vit en France. — Teputepu, épouse un commissaire de la marine, vit à Paris. — Térangi, 1946. — Anna, 1954, vit à la Chapelle Saint-Mesmin. — Sur le rôle de Sénac lors du ralliement voir : de Curton, Tahiti 40. Histoire du ralliement à la France Libre, Paris, 1971.

SERRES, Joseph-Hippolyte (le Père Éloi). 1880-1905

Religieux picpucien.

Né le 12 mars 1880 à Anglars (Aveyron). Profès dans la congrégation, le 6 mars 1898, y est ordonné prêtre le 20 novembre 1902. Part, la même année, comme missionnaire aux îles Marquises. Y meurt de la fièvre typhoïde, à Atuana, le 24 février 1905. — Une note sur lui dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1905, p. 235.

SERVONNAT, Roger (1912)

Fabriquant de bijouterie exotique.

Né le 26 avril 1912 à Lyon (Rhône). Est en France, gérant d’une société, quand il visite Tahiti en 1955 et décide de s’y fixer. Organise un commerce de « curios », dont il crée les modèles et assure lui-même la fabrication, grâce à une équipe d’artisans. Fait principalement travailler les produits locaux, la nacre, le bois, les graines et les coquillages pour des colliers, des parures et divers objets de mode. Son atelier, en 1965, comportait dix employés réguliers et, à la saison, employait une centaine de façonniers. Il organise en janvier 1966, à Paris, avec l’aide des services économiques une manifestation tahitienne pour la présentation de ses créations. De son union avec Tinorua Tapeta, 1930, sont nés à Papeete : Patricia, 1958, et Didier, 1961.

SEYMOUR, Sir George Francis (1787-1870)

Amiral anglais.

Entre dans la marine dès 1797. Lieutenant en 1804. Après une brillante carrière — il est amiral en 1841 et fait partie du Conseil de l’Amirauté — il est nommé le 14 mai 1844, commandant en chef dans le Pacifique. Il se rend à son poste par le Collingwood et gardera son commandement jusqu’en 1848. Au cours de son commandement, Seymour est chargé par son gouvernement de fixer, d’accord avec l’amiral Hamelin, l’indemnité à fournir à Pritchard. Se rend à Tahiti dans ce but et y arrive le 11 août 1845. Parvenu à 18 miles de Tahiti, l’amiral passe du Collingwood sur le Modeste « afin de ne pas laisser croire à la population qu’il venait intervenir en sa faveur ». Les deux amiraux nomment chacun un « expert » pour déterminer le préjudice réellement causé à Pritchard. Les Français proposèrent 450 £ ; les Anglais 11 000 F (janvier 1846). Du 25 août au 4 novembre, l’amiral Seymour s’en fut aux îles Sandwich. Revenu aux îles de la Société, il conseille aux habitants de ne plus compter sur l’Angleterre, mais d’autre part il entra en vives discussions avec le commandant Bruat. Il se rendit ensuite sur le Salamander, voir Pomaré à Raiatea et se rendre compte de la possibilité d’un protectorat anglais sur les îles Sous-le-Vent. Seymour prétendait en effet que le Protectorat français ne s’étendait pas sur les îles Sous-le-Vent, qui ne relevaient pas de Pomaré, Bruat repoussant cette opinion. Après avoir repris place sur le Collingwood, Seymour repartit le 25 novembre 1845. Son attitude fut approuvée en haut lieu : « the tact, ability and decision he showed during the strained relations with France in respect of the Pritchard affair and the negotiations about the fisheries were formally recognized by the government. » Il mourut d’une bronchite le 24 janvier 1870. Voir sur lui : Times, London, Jan. 24, 1870 ; Jan. 26, 1884. — O’Byrne, Naval biographical dictionary, p. 1052-1053. — Il existe, aux Archives de la France d’Outre-Mer un Dossier de la correspondance échangée entre l’amiral Hamelin et l’amiral Seymour au sujet de l’indemnité Pritchard.

SHEAHAN, George Maurice (1927-1955)

Historien.

Né le 15 décembre 1927 à Quincy (Mass) U.S.A. Études supérieures à Harvard, U.S.A. et Cambridge, U.K. Brillant étudiant, est envoyé aux Marquises en 1953 et y passe plusieurs mois pour des études d’acculturation. A son retour, il commence à dépouiller la littérature nécessaire à ses recherches et ronéotypie lui-même une bibliographie : Marquesan source materials. Il découvre le journal encore inédit du missionnaire Crook, s’intéresse à des travaux de linguistique marquisienne. Malheureusement G. M. Sheahan est victime, en mai 1955, d’un accident d’automobile. Voir sur lui : J.S.O., 1955, p. 129-130.

SICURANI, Jean (1915)

Gouverneur, chef du territoire de la Polynésie Française du 15 décembre 1964 au 10 janvier 1969.

Né le 13 mai 1915 à Bône (Algérie). Licencié en droit. Breveté de l’École Nationale de la France d’Outre-Mer (promotion 1935-1938). Sert en Indochine (1945-1954) et en Afrique Noire (1955-1960). Haut-Commissaire auprès de la République Soudanaisne (1959-1960). Nommé gouverneur de la France d’Outre-Mer (1960). Intégré dans le corps préfectoral et nommé préfet de Mostaganem (1961), puis directeur général des affaires politiques et de l’information à Alger (1961-1962). Directeur du cabinet du Ministre des Armées (décembre 1962 à décembre 1964). Nommé gouverneur de la Polynésie Française par décret du 15 décembre 1964, en remplacement de M. Aimé Grimald. Quand M. Sicurani prend ses fonctions à Papeete, le 20 janvier 1965, la Polynésie est entrée depuis quelques mois dans une période de transformation profonde, provoquée par l’installation du Centre d’expérimentations du Pacifique (C.E.P.). La tâche du nouveau gouverneur, du conseil de gouvernement et de l’assemblée territoriale, sera triple. Il s’agit d’abord de trouver une solution aux nombreux problèmes, matériels et humains, que pose l’arrivée soudaine à Tahiti de plusieurs milliers de militaires et de techniciens : agrandissement du port, construction de cantonnements, de laboratoires et de logements, recrutement et formation de personnels, migration de travailleurs des archipels vers Tahiti et vers les îles de Hao et de Mururoa, urbanisation de l’agglomération Papeete-Pirae-Faaa, inflation, tensions sociales, etc. Les structures craquent, les habitudes changent pour laisser apparaître, à Tahiti au moins, le visage de la société de consommation. L’évolution est si rapide que les pouvoirs publics ont peine à la maîtriser. Mais, grâce à la collaboration qui s’est établie entre l’administration civile et l’autorité militaire, grâce à l’effort que l’État consent en faveur de l’équipement du territoire, grâce à la faculté d’adaptation des Polynésiens, les difficultés perdent peu à peu de leur acuité, comme le montre l’accueil chaleureux que le Général de Gaulle reçoit à Papeete au mois de septembre 1966. Les quelques jours qu’il passe dans l’île voient une succession de manifestations dans le meilleur style de l’accueil tahitien. L’enrichissement général, public et privé, fournit à l’administration les moyens de doter le territoire d’un équipement adapté à ses besoins et à son rôle. En quatre années, le nombre des investissements réalisés ou mis en chantier est considérable. Pour s’en tenir aux principaux : Équipements administratifs : bureaux du gouvernement et de l’administration territoriale, palais de l’assemblée territoriale, bureaux de la douane, capitainerie du port. — Équipements éducatifs, sociaux et socio-éducatifs : télévision, lycée d’Uturoa, lycée technique de Pirae, maisons des Jeunes de Papeete et de Pirae, maison de la Culture de Papeete, piscine olympique, stade olympique de Pirae, stade de Tipaerui, stade de Fautaua (rénovation), hôpital de Mamao, lotissements. — Équipements économiques : installations portuaires de Papeete, zone industrielle de Fare Ute, huilerie, marché de Pirae, Banque de Tahiti, rénovation du quartier commercial de Papeete, élargissement de la route de ceinture, école d’agriculture d’Opunohu, aérogare (agrandissement), terrains d’aviation de Rangiroa, de Moorea, de Tubuai, de Nuku Hiva ; mise au point des projets d’aérodromes de Huahine, Manihi et Maupiti. La rapidité et l’ampleur de l’évolution ont des effets particulièrement sensibles sur l’urbanisation de l’agglomération urbaine de Papeete-Faaa-Tahiti. Pour maîtriser ce développement, tout en assurant la protection du milieu naturel, le gouverneur crée le service de l’urbanisme et de l’habitat, qui s’assure le concours d’un paysagiste. L’action conjuguée de ce service, du service de l’équipement et des municipalités intéressées aboutit à un ensemble de réalisations (Boulevard de Front de Mer, avenue du Prince-Hinoi, rénovation du parc Bougainville, de la Place Tarahoi, du bain de la Reine, restauration de la cathédrale, régulation de la Vaiami…), qui contribuent notablement à embellir la capitale et à améliorer la qualité de la vie. En même temps, comme il faut penser que l’activité du CEP est provisoire, le gouverneur et l’administration du territoire apportent tous leurs soins à maintenir et à améliorer les activités traditionnelles (coprah, élevage, pêche, cultures maraîchères), mais surtout à susciter et à développer les activités économiques propres à fournir à la Polynésie des ressources de remplacement. Au premier rang de ces ressources figure le tourisme. Pour en assurer la promotion et pour encourager les initiatives, le gouverneur Sicurani fait adopter en 1966 deux mesures importantes : la création d’un Office de développement du Tourisme (ODT) et la promulgation d’un code des investissements. Malgré les prévisions pessimistes qu’avait suscitées l’installation du CEP, le mouvement touristique se développe régulièrement, grâce à une politique active d’équipement hôtelier, d’équipement touristique et de promotion commerciale. De grands hôtels s’élèvent (Taharaa, Maeva, Royal Papeete, Travel Lodge), le Club Méditerranée étend ses installations à Moorea, Tahaa et Rangiroa, tandis que de nombreux équipements d’accueil et de loisir sont créés par l’ODT : salles de congrès, golf de Mataiea, centres touristiques de Pueu et de Vaitape, Musée de la découverte à la Pointe Vénus, stèle Bougainville à Hitia, restauration du tombeau des Pomaré, aménagement du point de vue de Fare Rauape, restauration de nombreux marae, port de plaisance de Punaauia, agrandissement de l’Hippodrome de Pirae, Club Nautique d’Arue. Le gouverneur Sicurani s’attache tout particulièrement à conserver l’esprit de l’architecture polynésienne et donne l’exemple dans de nombreuses constructions publiques (résidence du chef du territoire, maison du tourisme, Assemblée Territoriale, Maison de la Culture…), qui se distinguent par la forme et le matériau de leurs toitures, dont les tuiles de bois prennent, en se patinant, l’aspect du niau ou du pandamus. Il contribue également à introduire la tuile d’asphalte, dont l’usage se répand et fait reculer l’emploi de la tôle. Enfin, avant son départ, le gouverneur lance deux projets importants, dont la réalisation ne commencera qu’après lui. Le premier consiste à créer à Punaaruu un Centre polynésien des sciences humaines, ayant une triple vocation scientifique, culturelle et touristique et qui pourra devenir le noyau d’une université future ; le second, à installer à Vairao, une station du Centre National d’exploitation des Océans (CNEXO), afin de procéder à l’étude systématique du milieu lagunaire et du milieu pélagique, en vue de l’exploitation des ressources animales (pêche, aquaculture, perliculture), et minérales (nodules) des lagons et de l’océan. Le Gouverneur Jean Sicurani quitte le territoire le 10 janvier 1969 pour répondre à l’appel de M. Chaban-Delmas, qui le nomme Directeur de son Cabinet à l’Assemblée Nationale, puis à l’Hôtel Matignon, quand il devient Premier Ministre le 20 juin 1969. Le Gouverneur Angeli lui succède le 11 mars 1969.

SIGOGNE, Lucien (1883-1935)

Avocat-défenseur.

Né à Douai-la-Fontaine (Maine-et-Loire) le 27 avril 1883. Études à l’Université de Paris. Ancien élève de la section commerciale de l’École Coloniale. Docteur en droit. Travaille au Brésil quand le maître-clerc de Me Goupil, M. Agache, le fait venir à Papeete dans le personnel de l’étude. Il épousera bientôt Madeleine Goupil et deviendra le successeur de son beau-père, continuant son œuvre comme avocat des grandes sociétés locales. Sera maire de Papeete au cours de la Première Guerre mondiale et donna, au moment de la grippe espagnole, en 1918, la mesure de son sang-froid et de son dévouement à ses concitoyens, allant jusqu’à aider à l’enterrement des morts. Il sera président de la Croix-Rouge et membre du Conseil d’administration de la Colonie. Il avait une parfaite connaissance de la langue anglaise et était très apprécié dans les milieux anglo-saxons ou australiens ayant des relations avec Tahiti. Il était consul de Suède. La fin de sa vie sera attristée par de mauvaises opérations dans le commerce des perles lors des tentatives Hervé, ainsi que par des investissements de prospection minière ou d’affaires agricoles. Il est décédé à Sydney, le 27 février 1935, au cours d’un voyage entrepris pour aller en France rétablir sa santé ébranlée par un long séjour tropical. — De son union, en 1910, avec Madeleine Goupil, 1882, est né un fils, Jean, 1911 : études en France, licencié en droit vit au Chili, célibataire.

SIGWALT, Marguerite (1893-1926)

Institutrice missionnaire.

Né aux Lilas (Seine) le 28 février 1893. A 20 ans, demande de servir dans les missions évangéliques. La guerre retardant son envoi, elle n’arrivera à Tahiti que le 19 décembre 1915. Sert à l’école maternelle. L’exercice de l’enseignement dans le pays de l’éternel été né fit qu’aggraver un état physique déficient. Malade de la poitrine, elle doit quitter l’Océanie en juillet 1922. Meurt dans un sanatorium des Alpes-Maritimes le 27 octobre 1926. Une note sur elle : Journal des Missions Évangéliques, Paris, 1926, p. 748-754.

SIMENON, Georges (1903)

Journaliste et romancier d’origine liégeoise, né le 13 février 1903.

Auteur extrêmement fécond de romans policiers et d’aventure. Créateur du type de commissaire Maigret. Grand voyageur. Passe plusieurs mois à Tahiti au début de 1935 avec sa femme. Habite Punaauia et y donne des fêtes dont la splendeur, le faste et l’abondance dépassent tout ce que Tahiti avait vu jusqu’alors. Écrit un reprotage dans l’Intransigeant. Utilisera ses souvenirs tahitiens pour l’affabulation et le cadre de plusieurs romans : Le passager clandestin, Touristes de Bananes, etc. Le passager clandestin fera le sujet d’un film qui amena à Papeete, en 1957, l’actrice Martine Carol.

SIMON, Justin (1854-1919)

Officier de marine.

Né à Toulon (Var) le 26 novembre 1854. Admis à l’École Navale en 1871. Participe comme aspirant, en 1878, à la répression de la rébellion en Nouvelle-Calédonie. Fait ensuite campagne en Indochine. Lieutenant de vaisseau en 1885, il quitte la France le 22 mai 1898 et, par Sydney et Auckland, s’en va prendre le commandement de la goélette Papeete, stationnée à Tahiti où il arrive le 10 août par le Hauroto, venant de la Nouvelle-Zélande. Il est considéré comme « un officier de très haute valeur, excellent canonnier, que des études sur l’organisation du tir, qui lui ont valu des félicitations du Ministre, classent parmi les officiers les plus distingués du corps ». Après un an de commandement quitte Papeete, le 11 août 1899, rapatrié par Marseille. Sur le chemin du retour, arrivé à Auckland, « y reçoit des nouvelles qui modifient son programme, sa présence en France n’étant plus nécessaire » et retourne à Papeete où il a décidé de se fixer et d’où il envoie sa démission. Il est mis à la retraite, comme lieutenant de vaisseau, à compter du 1 février 1901. A Papeete, Justin Simon trouva rapidement l’utilisation de ses remarquables qualités d’homme, de sa large culture et se fera une haute situation. On le trouve successivement résident provisoire ou administrateur aux Tuamotu, aux Gambier ou aux îles Sous-le-Vent — il passera deux ans à Uturoa, 1906-1908, où il sera l’ami de Morillot — puis chef de cabinet du gouverneur. Il accepte le poste de capitaine de port à Makatea dans les tout premiers temps de la Compagnie française des Phosphates, et, en 1913, vient s’établir définitivement à Papeete où il sera capitaine du port à dater du 5 septembre. Il est alors également président de la Caisse agricole et professeur d’hydrographie. Il meurt à Papeete, le 11 mai 1919, et sera, accompagné à sa dernière demeure par une foule nombreuse, car Tahiti appréciait sa simplicité et sa bonté. Justin Simon était depuis 1893 chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. De son union, légitimée en 1907, avec Tiarii Mahinepeu, 1880-1928, sont nés ; Louise, 1899, épouse Gabriel Dubouch. — Jean, 1901-1954. — Maria, 1903, épouse Flavien Pierson († 1972). — Jeanne, 1905. — Paul, 1908-1938, épouse en 1931, à Papeete, Mary Ellacott. — Henri, 1910-1940.

SIMONET

Marin, colon.

Marin à bord de l’Astrolabe en 1827, il ne regagne pas son bord à Tonga, dans des circonstances demeurées mal précisées : désertion ou cas de force majeure ? Se marie à Vavao à une indigène de Tonga, Louise Finao, mariage régularisé par Mgr Bataillon de passage dans l’île, en octobre 1837. Repris comme déserteur par Dumont d’Urville en septembre 1838, il se fait bien voir en rendant service et on le laisse regagner sa famille, avec laquelle il va s’installer à Wallis, où il débarque en décembre 1841. Sert à la mission d’interprète et de pilote. Vient vers 1848 s’installer à Tahiti. On le trouve vers 1852, propriétaire à Papeete ; en 1860, il est éleveur à Paea. Après 1862 on ne trouve plus mention de lui ; sans doute regagne-t-il les Tonga avec son fils. On trouvait encore des Simonet à Nukualofa en 1925. — Cinq enfants sont nés de son union avec la Tongienne Finao. — Anne, 1835, épouse ne 1852 le colon Jean Geay. — Marie-Louise, 1837, épouse en 1859, Jean-Baptiste Thomas, propriétaire. Une fille Anna, épouse Alphonse Descendre. — Caroline, 1841, épouse Joseph Lamotte, propriétaire à Papeete, un fils Charles épousera Césarine Buillard. — Julie, 1844, on la trouve, célibataire, à Mahina, en 1887.

SIMONS, Robert T. (1850)

Consul anglais à Tahiti.

Né à Londres en 1850, y fait son éducation. D’abord employé dans une compagnie de navigation, entre bientôt dans l’administration britannique au Soudan anglo-égyptien. Sera vice-consul à Zanzibar, et consul à Tahiti à dater du 27 septembre 1894, poste où il succéda à Albert G.S. Grave, et qu’il occupera jusqu’en août 1908. Arthur L.S. Rowley lui succédera en décembre de la même année. Une notice de 1907, le déclare « marié, père d’une fille, et doté d’une surprenante santé pour un homme ayant vécu si longtemps sous les Tropiques ».

SIMPSON, Alexander (1801-1866)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 23 janvier 1801 à Dundee. Études à Gosport. Ordonné à Londres, 18 janvier 1827. Part à Tahiti avec sa jeune femme, Sarah Aillen le 13 mars 1827. Y arrive le 24 août. Remplace Henry à Papetoai. Accompagne, au début de 1829, G. Pritchard dans sa visite des Australes et des Marquises sur le Messenger of Peace. Il est, au retour du voyage, nommé à Moorea. Est chargé vers 1831 de la direction de la South Seas Academy, ouverte en 1824 par Orsmond sans beaucoup de succès et que Simpson conduira à sa perte. En décembre 1850, il est renvoyé de la Société et entre au service des Français « créant ainsi des difficultés à tous ceux qui avaient à cœur l’intérêt bien compris des indigènes » disent les sources protestantes. « Nommé chef du service du culte protestant, aux îles du Protectorat, le Rev. M. Simpson sera chargé, comme l’était son prédécesseur, de diriger l’école supérieure des jeunes gens qui se destinent aux fonctions de ministre, de présider l’ordination de ces fonctionnaires, à la consécration de temples et d’officier dans toutes les cérémonies publiques ». Les documents français voient sa politique de neutralité envers la France motivée par les « difficultés que son immoralité lui ont fait avoir avec la Société des Missions » (Notes de Bruat à Lavaud). On trouve Simpson porté sur les premiers annuaires français comme « chef du culte protestant aux îles de la Société ». Il réside à Moorea, où il est ministre du district à Papetoai pendant que sa femme est institutrice à l’école. Il reçoit du gouvernement français un traitement de 3 000 F comme chef de culte et instituteur. Quand il meurt, en 1866, on écrit de lui que « dans une grande maison qu’il a fait construire, il donnait, lui et sa femme, tous ses soins à l’éducation des enfants du district ». Malgré ce long dévouement, le résident Servan est obligé de réquisitionner des indigènes pour recouvrir le toit de la maison Simpson qui a besoin de réparations. Affaire qui suscitera des difficultés administratives avec son voisin le colon William Hort. Mrs Simpson, qui était la belle-sœur de G. Pritchard, mourut à Papeete le 30 octobre 1877. Sa notice nécrologique la déclare « chrétienne d’élite, alliant, dans son œuvre d’éducatrice, la patience et la fermeté, ne semblant pas faire attention à l’ingratitude des indigènes qui souvent se manifestait de la manière la plus navrante ». Il y avait chez elle une « petite pharmacie » et elle était devenue « un peu médecin, à force d’observation et de pratique ». De son union avec le missionnaire Simpson était issue une fille Élisabeth, née à Moorea le 7 novembre 1832, qui épousera, en 1858, un capitaine d’infanterie française, Louis Vallès. — On discernerait encore, en 1973, le nom d’Alexander Simpson gravé sur la stèle d’une tombe de pierre située dans la cour du temple de Papetoai à Moorea.

SINOTO, Yoshihiko H. (1924)

Archéologue.

Né à Tokyo (Japon). Études supérieures à l’université d’Hawaii et à l’université de Hokkaido au Japon dont il est docteur ès-sciences. Un des spécialistes de l’archéologie du Japon et du Pacifique. Après avoir été avec Kenneth P. Emory un des pionniers de l’archéologie hawaïenne, participe ou dirige plusieurs expéditions archéologiques vers la Polynésie française : à Tahiti en 1960, 1961 et 1962 ou aux îles Marquises en 1963 et 1964 pour le compte du Bishop Museum de Honolulu. Les fouilles qu’il exécute éclairent la préhistoire de la Polynésie française d’une lumière nouvelle. Elles tendent à prouver par l’étude et la comparaison des objets anciens découverts au cours des recherches que ce sont les Marquises qui furent les premières îles occupées peu avant l’ère chrétienne et qu’elles seraient devenues le centre de dispersion de la culture polynésienne, les Hawaii, Mangareva et même l’île de Pâques n’étant que des « colonies » marquisiennes. Ces dernières années, Y. Sinoto a beaucoup travaillé en Polynésie française, restaurant en particulier le grand marae de Taputapu-atea à Raiatea et les petits marae côtiers de Huahine où il installe un musée des fouilles grâce au concours de l’Office du Tourisme. Par sa récente découverte à Huahine, dans des marécages proches de l’Hôtel Bali-Hai, de plusieurs patu en os de baleine ou en bois d’origine locale, Y. Sinoto apporte un très important et très nouveau élément pour l’étude des premières migrations polynésiennes.

SINOU, Alain (1838-1882)

Capitaine au grand cabotage.

Né le 22 octobre 1838 à Ploubaznalec (Finistère). Ancien marin de l’État, fixé depuis de très longues années à San Francisco. Arrivé à Tahiti le 16 janvier 1876, par la goélette Mathilde, comme capitaine de ce navire, destiné à la flotille locale, venant de San Francisco. Se fixe à Papeete, où il navigue au commerce local. Meurt le 1er octobre 1882 à Papeete.

SIU KUNG PO, dit AH YOU (1893)

Commerçant.

Originaire de Wei Yong, Kwong Tung (Chine). Est attiré à Tahiti, en 1913, par son frère qui y était arrivé deux années plus tôt. Travaille d’abord chez son beau-frère Chong Len. Crée en 1917, quai du Commerce, un magasin de « marchandises générales » auquel il joint une maison d’importation et d’exportation. Ce commerce, mené en son nom personnel nel jusqu’en 1956, devient à cette époque la Société anonyme des « Établissements Sin Tung Hing », au capital de 10 100 000 F. Ah You est un des membres les plus notables et les plus respectés de la communauté chinoise de Papeete. Il a présidé avec autorité et générosité l’Association philanthropique chinoise pendant plus de dix-huit ans, s’occupant du sort des vieillards de l’asile de Mamao et des écoles. Il resta également quinze ans à la tête du Sinitong. Il est membre de la Société des Études océaniennes, du Syndicat d’initiative, de la Chambre de Commerce, membre fondateur de l’Institut de recherches médicales. Sa femme fit partie du comité local de la Croix-Rouge, lors de la Seconde Guerre mondiale. De son union, en 1921, à Papeete, avec Allen Chin Foo, 1904, sont nés treize enfants : Marie, 1922 ; cf. Marie Ah You. — René, 1923. — Victor, 1925, épousera Teresa Foster, agent général à Papeete de Mobil Oil Co., consul de Norvège à Papeete. — Frédéric, 1927, épousera Ginette Chung, agent général de Siu Tong Hing Building Supply Depart. — Emma, 1930, épousera Joe Hiou, vit à Tahiti, trois enfants. — Suzanne, 1931, épousera Michel Liou. — Patrick, 1933, architecte, directeur à la Sin Tong Hing Construction Depart. — Lily, 1935, épouse Rémy Chung. — Julien, 1936, directeur de Sin Tong Hing Oil Mill. — Jean, 1937, directeur de Sin Tong Hing Main store and Branch store. — Mélanie, 1939, épouse Henri Viviand, vit en France. — Liliane, 1940, comptable. — Gloria, 1943, épouse Herbert Low, vit en Californie.

SIU, René (1929-1973)

Homme d’affaires.

Né à Papeete le 9 novembre 1929. Études à Berkeley (Cal.). Naturalisé américain. Directeur général de la Sin Tong Hing Corp. à San Francisco. Chef de cette génération des Siu, tout gravite au tour de sa forte personnalité. Il est l’organisateur des opérations bancaires et commerciales de la famille, travaillant efficacement pour le développement des activités économiques de ses frères. Ce homme d’affaires se double d’un gastronome et d’un grand connaisseur de vins français. Et sa cave possède la meilleure réputation. Venu à Tahiti en juillet 1973 pour assister à l’inauguration de la Banque de Polynésie, il est victime, avec sa femme, une Américaine née Barbara Clark, 1925-1973, lors de son retour aux États-Unis, le 22 juillet au soir, du terrible accident de la Panam qui fit, à quelques kilomètres de Faaa, une centaine de victimes. Il laisse plusieurs enfants, élevés aux États-Unis.

SMEE, Alfred (1815-1847)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Part, célibataire, le 11 août 1840, comme imprimeur, à la mission de Tahiti où il arrive en décembre 1841. S’installe aux environs de la presse qui a été transportée de Burder’s Point (Atehuru) à Papeete. Épouse, en 1844, Mary Elisabeth Credland, 1805-1890. Au début de 1847 quitte Tahiti par le John Williams pour regagner l’Angleterre. Meurt le 28 mars au cours du voyage.

SMITH, Harrison Willard (1872-1947)

Professeur de sciences et botaniste.

Américain, né à Boston (Mass.), le 29 décembre 1872. Professeur de physique à l’Université de Harvard. Participer comme conducteur volontaire d’ambulances, à la Première Guerre mondiale, 1916-1917. Grande voyageur, il avait visité Tahiti dès 1903, et, intéressé par la botanique tropicale, lorsqu’il cessa ses activités de professeur, il vient s’installer en 1919 à Tahiti et y consacrera sa fortune et son temps à l’organisation d’un jardin botanique. Il achète dans le district de Papeari différentes propriétés de part et d’autre de la route de ceinture qui finiront par faire le vaste domaine de Motu Ovini. C’est là qu’aboutissent les nombreuses plantes qu’il va collecter dans les jardins botaniques ou fait venir par l’intermédiaire de savants ou de grainetiers horticulteurs, répartis aux quatre coins du monde. En 1936 il comptait déjà l’introduction de près de 250 espèces botaniques nouvelles : plantes alimentaires destinées à améliorer le régime des indigènes, bois de menuiserie, bambous géants, plantes à fleurs ou d’ornementation. Ainsi se formait au jour le jour le magnifique jardin botanique de Motu Ovini. Au bord de la mer il se fait construire une maison, où il habite quand il ne court pas le monde à la recherche d’une espèce nouvelle susceptible d’être acclimatée. Tahiti doit en particulier à Harrison Smith l’acclimatation d’une espèce nouvelle de pamplemoussier donnant des fruits plus gros et moins amers que les espèces qui sont proposées sur les marchés de l’ancien et du nouveau monde. Ayant rendu un service sur les côtes de Bornéo à un indigène, celui-ci lui apporta de beaux et bons pamplemousses. H. Smith eut la conviction que l’arbre ayant produit ces fruits était un producteur direct. Il envoya des graines à Papeete au consul anglais Williams et, en mars 1921, celui-ci lui remettait trois jeunes plants issus de ces graines. En 1930, après dix ans de plantations et de soins, les premiers fruits apparurent ; ils étaient aussi succulents qu’à Bornéo. Smith exécuta des greffages par écusson et, dès 1931, distribua gratuitement des pieds greffés. Plus tard il entreprendra de la sélection méthodique, prélevant ses écussons sur des branches dont les fruits étaient jugés supérieurs. — Le Musa Febi ou Feii, dont le fruit constituait une des bases de la nourriture indigène étant la proie d’un insecte très nuisible, Cosmopolites sordidus, Harrison Smith introduisit, en 1937, avec l’accord des autorités locales, un prédateur très actif ; Plaesius Javanus qui dévore les larves de l’insecte nuisible et empêche la disparition de ce bananier si utile. Harrison Smith distribue à toute personne le demandant des plantes, graines et greffes. Il organise des concours de fleurs dans son district qui deviendra le « district fleuri » de Tahiti. Et ainsi, de proche en proche, on doit à Harrison Smith d’avoir réellement transformé l’aspect du village tahitien. Le Tahiti de Loti était, de ce point de vue, triste ; celui de 1970 est fleuri et coloré. C’est un altruiste, avant tout désireux du bien-être des Tahitiens « the gentle, comely, courteous, hospitable race that has excited the admiration of many travellers », ses « bons amis voisins qu’il a toujours essayé de protéger et d’aider ». Parfois même malgré eux. Il protestera souvent auprès du territoire contre les méfaits de l’alcool. Il dénoncera les bagarres dominicales après boire, les ouvertures de nouveaux débits de boisson, les ventes abusives de liqueurs et la protection, à ses yeux fâcheuse, donnée par les pouvoirs publics à l’usine d’Atimaono, alors aux mains de commerçants chinois qui avaient une tendance regrettable à payer une partie des salaires de leurs ouvriers en galons de rhum. Ayant lu, dans le numéro même du Journal Officiel lui apportant la nouvelle de sa promotion dans la Légion d’honneur, un arrêté autorisant Atimaono à produire plus de rhum et moins de sucre, il refuse, avec autant de courtoisie que de fermeté, de recevoir sa décoration. Il mourut à Papeari, le 3 janvier 1947, demandant à ses héritiers de faire condonation à toutes les personnes auxquelles il avait prêté de l’argent. Il laissait le jardin botanique de Motu Ovini à son collaborateur et ami Jean Boubée, 1913, agronome venu à Tahiti, en 1934, qui avait été, avec l’Américain Edward J. Spiess, son homme de confiance. Celui-ci n’ayant pas les possibilités d’entretenir comme elle devait l’être la propriété, après l’avoir proposée à l’administration du Territoire pour des fins d’intérêt public, la cédait à l’Américain Cornelius Crane, avec une clause qui assurait à l’ensemble de la collection botanique créé par Harrison Smith le libre accès des visiteurs ainsi que les garanties d’entretien et de continuation. Il repose dans sa propriété, sur un petit mamelon qui domine la mer et dont le chemin d’accès fut taillé, la nuit même de son décès, par les gens de Papeari qui eussent désiré garder au milieu d’eux le « grand-père des arbres », leur ami et leur bienfaiteur. Sa tombe est entourée de quelques pieds de bois de fer, qui à chaque brise, gémissent plaintivement et éveillent la mélancolie et la méditation. Elle porte l’inscription suivante : HARRISON W. SMITH 29.10.1872-3.1.1947 HOMME DE BIEN Il était l’ami de John Russel, de Nordhoff et surtout de James Hall auquel il laissa tous ses papiers et ses archives, les ouvrages anglais de sa bibliothèque et une magnifique table faite d’une seule pièce coupée dans une racine en arc-boutant d’un tapang de Sarawack, bois excessivement rare.

Bibliographie. Barrau et O’Reilly, Le jardin botanique de Papeari, Paris, 1970. — P. O’Reilly, H.W. Smith, fondateur du jardin botanique de Tahiti, dans : Hommage à André Haudricourt, Paris, 1972, t. 2, p. 299-302.

SMITH, James (1803)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 31 août 1830. Arrive à Raiatea en mars 1831. Nommé à Tahaa, des troubles politiques empêchent son installation dans l’île. Passe entre-temps à Huahine. Le mauvais état de santé de sa femme le force à regagner l’Angleterre, en 1834.

SMITH, Thomas W

Missionnaire mormon.

L’« Apôtre » T.W. Smith et sa femme Emma arrivent à Tahiti le 6 novembre 1884. Ils visitent Makatea et les Tuamotu. Il est le premier apôtre après la Réorganisation à visiter Tahiti. Il obtient le terrain de l’église actuelle à Tarona, Fare Ute, alors un terrain sans intérêt. S’en va en Australie, 1887, mais revient à Tahiti en 1889, pour publier un ouvrage de lois en langue indigène. Il releva 25 « Branches » et 2 000 membres en Océanie française. « He returned to Tahiti in 1889 and published a book of laws and advice in the native language, with short suggested prayers for ordination, blessing, administration to the sick and confirmation. These prayers are still followed scrupulously by many of the old timers in French Oceania. » Rentre aux États-Unis en 1890.

SMITH, William (1775)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Tisserand ; célibataire. Fait partie de la première équipe de missionnaires partant pour l’Océanie, par le Duff, Frêté par la Société Missionnaire de Londres. Arrive à Tahiti le 6 mars 1797. Découragé par les difficultés, suit le groupe de missionnaires qui quitte l’île par le Nautilus, le 31 mai 1798. Arrive à Sydney le 14 mai, date à laquelle cesse son appartenance à la Société. William Smith est l’auteur d’un Journal of a voyage in the missionary ship Duff, to the Pacific Ocean in the years 1796-1802…, New York, 1813.

SNEPPÉ, Adrien (le Père Éleuthère). 1818-1901

Religieux picpucien.

Né le 29 novembre 1818 à Lombeeck (Belgique). Fait profession dans la congrégation le 27 avril 1852. Ordonné prêtre à Valparaiso ; de là, part aux Marquises en 1858. Affecté d’abord à la mission de Puamau (Hiva Oa), deux ans plus tard il sera envoyé dans la vallée de Hanaupe pour y créer une mission. Pendant quarante ans il y restera, sans beaucoup de joies apostoliques, parmi des tribus sans cesse en guerre. Reviendra mourir à Puamau, le 8 mars 1901.

SOLARI, Alfred (1868-1935)

Gouverneur des Colonies.

Né à Ajaccio (Corse). Rédacteur du ministère des Colonies fait une carrière presque toute entièrement consacrée au Pacifique. Secrétaire général à Tahiti (1915-1918). Résident aux Nouvelles-Hébrides (1919-1920). Secrétaire général à Pondichéry. Secrétaire général à Tahiti, puis gouverneur (1923-1928). Prend sa retraite à Tahiti où il meurt le 26 mars 1935. De son union avec une Calédonienne, Eugénie Rivière, 1879-1919, est né un fils, René.

SOLARI, Jean (1928)

Notaire.

Fils de René. Né le 22 février 1928 à Papeete. Études chez les Frères, puis en France au Collège Stanislas à Paris et à Sorèze, pendant la guerre. Études supérieures et certificat d’aptitude à la profession d’avocat à Poitiers. Licencié en droit. Stagiaire aux barreaux de Tours et d’Étampes. Nommé notaire à Papeete par décret du Général de Gaulle en octobre 1958 ; est installé le 2 avril 1959. Président-Fondateur du Lion’s Club en 1960. Épouse le 22 octobre 1966 Caroline Richmond, 1943 : deux enfants : Carmen, 1965 et Frédéric, 1969. D’une précédente union Jean-Jacques, 1960 et Alexandra, 1963.

SOLARI, René (1902)

Commerçant.

Né à Nouméa le 21 avril 1902. Études au collège La Pérouse et en France. Arrive avec ses parents à Papeete en 1923. Fait sur place son service militaire, après quoi s’installe en 1925 à son compte comme commerçant et monte une affaire d’importations et d’exportations. Participe à la Seconde Guerre mondiale comme volontaire avec le bataillon du Pacifique. Rentre à Tahiti en 1944 comme rapatrié sanitaire. Est nommé président de la Chambre de Commerce en 1949. A ce titre contribue, par l’intermédiaire de l’organisme qu’il dirige, aux réalisations qui marquent la vie du Papeete contemporain : installations portuaires et aériennes ; base d’hydrocarbures, développement du tourisme, et à tout ce qui est susceptible d’intensifier les affaires et d’améliorer le conditionnement des produits d’exportation. Il préside également à la construction et à l’inauguration en 1956 du nouvel hôtel de la Chambre de Commerce. Chevalier de la Légion d’honneur et du Mérite commercial. Épouse en premières noces Simone Martin ; puis, divorcé, en 1945, Oma Garnier. Deux enfants : Jean, 1928 et Michel, 1930, qui, après des études aux États-Unis et en France devient en 1954 gérant des Établissements René Solari. Vice consul de Suède. De son union avec Frances Johnson, un fils Nicolas. D’une précédente union : Jacques.

SOULIÉ, Antoine (Frère Gilbert). 1800-1863

Frère convers picpucien.

Originaire de Veyrac (Lot). Profès en 1826. Part pour l’Océanie, du Havre, le 24 octobre 1834. Catéchiste et constructeur. Passera près de trente ans attaché à la mission de Mangareva. On lui doit, avec son compagnon, le Frère Fabien, la formation de bons ouvriers maçons dans l’archipel : « qui conduisent maintenant les autres, l’équerre et le plomb à la main. » On doit aussi aux deux Frères « tous deux ouvriers de grand mérite… » la décoration en nacre du maître-autel de l’église Saint-Michel de Rikitea. » Le maître-autel est remarquable par la délicatesse et par le fini de ses ornements, entièrement formés de nacre de différentes nuances… les ornements figurent de belles grappes de raisins noirs et de raisins blancs, entrelacés de feuilles de vignes parfaitement imitées. Le tabernacle est incrusté de bouquets de roses d’un travail exquis » (Cuzent, Voyage aux îles Gambier, p. 55). En 1856, Mgr Jaussen le fait venir à Tahiti avec une soixantaine de Mangaréviens pour aider à la construction de la cathédrale de Papeete. « Nous payons un juste tribut d’éloges au directeur des travaux, le Frère Gilbert Soulié, lisons-nous dans le Messager de Tahiti (14 décembre 1856), vieillard aussi dévoué que modeste, venu de Mangareva où il réside depuis vingt-deux ans, pour conduire et diriger ses ouvriers, nous disons presque ses enfants ; car ils ont pour lui le respect et l’affection qu’on porte à un père. » Meurt le 6 juillet 1863 aux îles Gambier.

SOURIGUERE, Pierre (1837-1880)

Charpentier.

Gendarme du détachement de Tahiti. Débarque à Papeete le 6 octobre 1868. Se fait libérer à Tahiti le 1 février 1875. Se fixe à Papeete comme charpentier jusqu’en 1879, époque où il est nommé concierge de l’hôpital militaire. Meurt le 6 mai 1880 à Papeete.

SOUVY, Jean (1817-1913)

Imprimeur et propriétaire.

Né le 17 octobre 1817 à Saint-Martin-de-Belleville (Savoie). Typographe. Débarque à Papeete en 1863 pour y prendre la direction de l’imprimerie du Gouvernement, en remplacement de Langomazino démissionnaire. Assure cette fonction pendant plus de vingt-cinq années. « Homme d’une conscience professionnelle et d’une probité rare. » Prend sa retraite à Tahiti, en 1888. Propriétaire au district de Punaauia (Atiue). En 1886, il fait don au territoire d’une parcelle de terrain de sa propriété pour y établir une école. L’apposition d’une plaque au nom du donateur, à l’inauguration de cette école, en novembre de la même année, est demandée par un journal local. Ce vœu n’est pas exaucé, sur la demande même du donateur, mais il sollicite que l’on appose sur le fronton du bâtiment, un panneau représentant une addition : 2 + 2 = 4. La vieille école a été remplacée par une nouvelle vers 1922, mais le vœu de Jean Souvy a été respecté. Il avait le goût des inscriptions cocasses. Sa tombe au cimetière de Papeete porte : « Un homme qui vécut pour mourir et en somme, pour vivre, mourut. » Il fut membre du Comité d’agriculture de 1876 à 1879. Il mourut le 21 juin 1913 à Papeete. Le Musée de Papeete conserve de lui un manuscrit intitulé Cogitations. Le journal la Cloche (n° 11, 1886) avait écrit de lui : « Homme très modeste en dehors de toutes ses qualités d’honnêteté, serviable et respectable citoyen ; toujours disposé à plaire et à se rendre agréable de son mieux, envers ses semblables, malgré son âge avancé. Plusieurs bonnes actions de sa part sont restées inaperçues. » Son frère Joseph, arrivé en même temps que lui à Tahiti, fut sous-directeur de l’imprimerie du Gouvernement ; il rentra en France, pour raison de santé, en 1884. Meurt à Paris, hôpital du Val-de-Grâce, le 29 juillet 1885.

SPELTA, Vittoria (1889)

Institutrice missionnaire.

Née à Palmanoux (Italie), le 15 août 1889. Catholique d’origine, Mlle Spelta se convertit au protestantisme pendant ses études en France. La Société des Missions de Paris, à laquelle elle offre ses services l’envoie à Tahiti en 1916 où elle arrive le 30 août et où elle va fournir une belle et longue carrière d’institutrice missionnaire à l’école des garçons de Papeete d’abord avec Édouard Ahnne et à Raiatea à l’école mixte d’Uturoa, 1927-1956. Très douée pour les langues, elle acquiert vite le tahitien et, grâce à cet outil, va aider les pasteurs de Papeete, Louis de Pomaret et Ch. Vernier dans la paroisse indigène. Désignée plus tard pour l’école mixte d’Uturoa, elle exerce une grande influence sur ses élèves et leurs parents par les visites et par la connaissance de la langue indigène. Après une activité ininterrompue de quarante années en Polynésie, elle prend sa retraite en mars 1956, à Torre Pellice (Italie) heureuse de faire connaître à ses compatriotes l’œuvre missionnaire de Tahiti qui fut sa vie et sa joie.

SPITZ, Charles (1857-1894)

Bijoutier et photographe.

Né le 22 septembre 1857 à Marmontier (Bas-Rhin). Jeune, il voyage au commerce comme pilotin (1873-1875). S’engage dans l’infanterie de marine, au 3 régiment à Rochefort le 19 janvier 1876. Caporal dix mois après, sergent le 27 juillet 1877. Embarque sur le transport de l’État Navarin. Débarque à Tahiti le 2 avril 1878. Libéré du service à Papeete le 22 juillet 1880. A sa libération, est employé à la Société Commerciale de l’Océanie. Quelques années plus tard, on le trouve établi à son compte comme bijoutier et photographe. Un des meilleurs photographes de son époque à Papeete. Il fait de très belles photos reproduites parfois à Paris, par l’Illustration. Elles étaient réunies en albums, et étaient prisées chez les officiers de marine de passage, ou en séjour à Tahiti. Il recevra à ce sujet une récompense à l’Exposition de Paris en 1889. Ch. Spitz sera nommé en 1887 interprète de langue allemande près les tribunaux des Établissements Français de l’Océanie. — Le premier, avec une équipe de prisonniers civils donnés par l’administration locale, il réussit l’ascension du mont Aorai (1 067 m), un des plus hauts pics de Tahiti, réputé inaccessible, situé aux environs de Papeete, en avril 1883. Met quatre jours pour parvenir à la cime de cette montagne, où il plante le drapeau français. Il avait tenté cet exploit l’année précédente sans réussir. A son retour, il est reçu aux portes de la ville, par la fanfare municipale et tous ses camarades de l’infanterie, auxquels s’était jointe une bonne partie de la population de Papeete. Il rendra compte de cette ascension dans un article rempli de détails qu’il écrivit pour le Messager de Tahiti de 1883, n° 17 et 18. — Au cours d’un voyage en France, il meurt à Brest le 9 janvier 1894. Sa veuve se remarie la même année avec Frank Homes. De son union, le 11 octobre 1884 à Papeete, avec Elisa Jane Hills, 1867-1904, sont nés : Georges (Loulou), 1885-1949, bijoutier, tiendra un temps une boutique de curios, « The Spitz Curio store », épouse en 1903, à Punaauia, Tetufaataha Fuller : trois enfants, Gustave, passionné de boxe, mort en 1963, avait épousé Jeanne Galenon. Charles s’engage en 1941 au Bataillon du Pacifique ; sergent, blessé grièvement à Bir-Hakeim le 10 juin 1942, où il est fait prisonnier. Est rapatrié en Syrie, comme grand blessé. Meurt des suites de ses blessures à Beyrouth en 1943. Cité, médaille militaire. Georges se remarie, en 1911 à Papeete, avec Marthe Brothers, 1883 ; de cette union, deux filles. Il divorce, puis convole en troisièmes noces, le 3 novembre 1945 à Papeete, avec Elvire Tetuanui de qui il a deux enfants. — Henry, 1886-1953, bijoutier, grand chasseur de cochons sauvages. Épouse, le 22 avril 1912, à Papeete, Lina Brothers, 1882, de cette union est née Wilma, 1913, qui vit en Californie.

SPITZ, Napoléon (1932)

Fils de Gustave.

Né le 7 juin 1932. Plusieurs fois sélectionné au foot-ball. Président du Central Sport en 1961. Donne l’élan du mouvement qui aboutira à la création en 1972, du Comité Territorial des Sports, dont il sera nommé le premier président et qui se compose de 16 ligues, chacune chargée d’un sport. Préside ainsi également la ligue de foot-ball. Chargé de la préparation des Jeux du Pacifique qui doivent se tenir à Guam en 1975. Épouse, en 1951, Norma Tematua, fille de Charly Brown, deux enfants.

STALLWORTHY, George (1809-1859)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 16 août 1809 près de Buckingham. Ordonné le 30 octobre 1833. Nommé aux îles de la Société, arrive à Tahiti le 23 mars 1834. Le 11 septembre 1834 quitte Tahiti avec ses confrères Darling et Rodgerson pour établir une mission aux îles Marquises. Arrive à Tahuata le 6 octobre et s’installe à Vaitahu. Après sept ans, la mission étant abandonnée, quitte l’île en décembre 1841 sur le Camden et regagne Tahiti. Remplace, un temps, Nott à Papaoa. Épouse le 2 février 1844, une fille du Rev. C. Wilson et gagne Samoa où il terminera sa carrière. On le reverra, en députation, à Tahiti, en avril-juillet 1846, avec son collègue Heath. Épouse en secondes noces Mary Ann Darling, 1819-1872, fille du Rev. D. Darling. Meurt à Malua (Samoa), le 17 novembre 1859.

STEFANAGGI, Pascal (1836)

Comptable.

Né le 4 mars 1836 à Valle (Corse). Gendarme du détachement de Tahiti. Débarque à Papeete le 13 septembre 1867, de la corvette Iphigénie venant de France. Brigadier le 25 novembre 1869. Donne sa démission le 10 mars 1873 pour se fixer à Papeete, où il exerce la profession de comptable à la Trésorerie. Pendant un certain temps, remplit les fonctions de commissaire de police auxiliaire à Papeete.

STEFANIK, Milan Rastislav (1880-1919)

Patriote et savant tchécoslovaque.

Né à Kosariski (Tchécoslovaquie). Élève de l’école polytechnique de Prague. Entre à l’Observatoire de Meudon en 1904. En 1910, est envoyé par le Bureau des Longitudes à Vavau (Tonga) et à Tahiti pour y observer le passage de la comète de Halley et l’éclipse solaire du 28 avril 1911. Stefanik débarque à Papeete le 1 mai 1910. Son observatoire principal est dressé sur le Faière : une construction de bois avec coupole abritant son télescope et les appareils nécessaires aux observations. Un petit obélisque de ciment de trois mètres de hauteur fut érigé en souvenir. Il portait cette inscription : Tahiti, 9 mai 1910, Kerouault, ingénieur, Stefanik, astronome, Frogier, constructeur. Stefanik passa environ un an à Tahiti, effectuant plusieurs voyages dans les îles, pour des observations, à bord de la canonnière Zélée. Il avait en effet reçu également mission de préparer l’organisation d’un réseau de météorologie et l’installation d’une station de radiotélégraphie. Les indigènes l’avaient surnommé Taata bio fetia, « l’homme qui regarde les étoiles ». Les résultats de ses observations astronomiques furent présentés à l’Académie des sciences par Henri Poincaré. Stefanik repassera à Tahiti en 1913, lors d’un voyage en Équateur. Il a recueilli à Tahiti des bois de Gauguin qui ont été publiés en 1964. Il comptait y revenir durant l’été de 1914, pour mettre au point le service de météorologie et la T.S.F. La guerre bouleversera ses projets. Naturalisé Français, en 1914, il part, simple soldat, et se retrouve, général de brigade français, puis ministre de la Guerre dans le premier gouvernement constitué à Prague. Meurt dans un accident d’aviation — qu’on a dit être un suicide volontaire — au moment où il allait, après de multiples et glorieuses aventures, toucher le sol de sa patrie. Il est considéré avec Masaryk et Bénès comme un des fondateurs de l’éphémère République tchécoslovaque. — Voir, sur son séjour à Tahiti : R. Klima, M.R. Stefanik à Tahiti (B.S.E.O., n° 92, sept. 1950, p. 85-88).

STEPHAN, Noël (1931)

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 23 décembre 1931 à Henvic (Finistère). Profès le 8 septembre 1952, prêtre le 29 juin 1959. Arrive à Tahiti le 25 septembre 1964. Va apprendre le tahitien à Rairoa, puis est dans les Tuamotu ; aura ensuite la charge de Punaauia, septembre 1965 et de Huahine, 1972.

STERGIOS, Joannou. STERIOS dit STERGIOS, écrit l’état civil (1831)

Commerçant.

Né le 21 février 1831 à Xanti (Grèce). Arrive à Tahiti vers 1867. Débitant de boissons rue du Marché. Obtient la nationalité française en 1886. De son union, le 18 novembre 1872, à Papeete, avec Adèle Pater († 1894) sont nés : Hélène, 1875-1930 décédée à San Francisco, avait épousé, le 6 mai 1902, à Papeete, Pierre Rattier, 1878, bourrelier. — Alexandre, 1876, vit en Californie, marié à une Italienne : deux enfants : Maurice et Iris. — Georges, 1878-1903, périt à Hikueru (Tuamotu) lors du cyclone de 1903. — Charles, 1880-1955, qui sera un facteur bien connu à Papeete et une « petite caisse » virtuose dans les fanfare locales. — Léon, 1884-1918, marié, plusieurs enfants. — Jules, 1882-1957, marié, d’abord brasseur puis gérant du cercle « La Concorde » et du Yacht-Club. Huit enfants. — Lucie, morte en Amérique.

STEVENS, Charles Green (1810)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 27 novembre 1837. Part, jeune marié, pour Tahiti, et y arrive le 12 mars 1839. Réside quelques mois à Papeete. Après un voyage en Nouvelle-Zélande pour la santé de sa femme quitte définitivement la mission et retourne en Angleterre où il arrive en juin 1841, date à laquelle il cesse d’appartenir à la Société.

STEVENSON, Robert Louis (1850-1894)

Écrivain anglais.

Né à Edimbourg (Écosse), le 13 novembre 1850. Dès sa jeunesse est séduit par les mers du Sud. Avant même de les connaître fait passer un peu de ses rêves dans un premier roman Treasure Island (1883), une aventure à décor océanien. Malade de la poitrine, cherche en Suisse et en France un climat plus favorable à sa santé. Atteint à San Francisco d’une rechute de son mal, et cherchant sur une mer ensoleillée le prolongement d’une existence condamnée, il songea aux mers du Sud. Il chartre le yacht Casco, le confie au capitaine Otis, et quitte San Francisco le 28 juin 1888 avec sa femme, son beau-fils Lloyd Osbourne, sa mère et la fidèle Valentine Roch femme de chambre suisse, réalisant ainsi un désir de toute sa vie. Arrive aux Marquises le 28 juillet. Y séjournera jusqu’au 4 septembre, principalement à Nuku Hiva et à Hiva Oa. Il voit d’un bon œil les Marquisiens, et toute la famille Stevenson est solennellement adoptée par le chef Paaeauna, d’Atuana. A des rapports avec le Père Siméon Delmas, le Frère Michel dont il laisse un vivant portrait, le résident Delaruelle, la grande cheffesse Vaekehu, Stanislas Moanatini qui lui dira : « Vous devriez rester ici… Vous êtes les gens qu’il faut pour les Canaques. Vous êtes doux. Vous et votre famille, vous seriez obéi dans toutes les îles. » Rencontre dans l’archipel le yacht Nyansa, capitaine Cuming. Offre une grande collation avec des gâteaux et du rhum ; reçoit lui-même beaucoup de cadeaux : tapas, coquillages rares et fruits, et quitte l’archipel le 4 septembre. Des Marquises, on se dirige vers les Tuamotu, à Tikei d’abord, puis à Fakarava où Stevenson, en l’absence du Résident, est reçu par M. Donat, un métis cultivé — outre la langue des Tuamotu, il parle français et anglais — qui, en de longs entretiens, initie Stevenson aux détails de la mentalité religieuse des indigènes et lui raconte des légendes qu’on verra réapparaître dans Island night’s entertainments. C’est à Fakarava que les Stevenson offrent « une collation avec cuillers et assiettes ». Catholiques et mormons se partagent la population qui compte aussi une secte de siffleurs. Le 25 septembre, le Casco quitte les Tuamotu en direction de Tahiti. Papeete, où il arrive au début d’octobre, et les gens de Papeete, sont pour Stevenson une désillusion. Des crachements de sang l’obligent au grand repos : il part avec son yacht pour Taravao manquant par deux fois, de la perdre au cours du déplacement. Stevenson est chassé de Taravao par les moustiques et un climat qu’il juge désagréable et pousse jusqu’à Tautira, « an earthly heaven »… « the garden of the world » où il passera les deux mois les plus agréables de son existence. Stevenson habitera chez le chef local, Ori a Ori, surnommé « le colonel », qui parle français et possède une agréable habitation en bois. Stevenson vit à l’indigène, monte à cheval, joue de la flûte, se lie d’amitié avec la princesse Moé († 1891), mal mariée à Tamatoa, un des fils de Pomaré V et lui dédicace un poème To an island princess. Les Stevenson sont adoptés par le clan Ori, les Teva, et son nom devient Teriitera, pendant que celui d’Ori se change en celui de Rui (Louis, prononcé à la tahitienne). La princesse Moé et Fanny Stevenson échangent aussi leurs noms. Stevenson passe pour très riche, parce qu’il donne une fête qui coûtera 80 dollars ! On s’aperçoit que le Casco a besoin de réparations et on l’envoie dans ce but à Papeete où il restera cinq semaines. Finalement les Stevenson quittent Tautira le 26 décembre 1888. Fleurs, pleurs et salves de canon. Les lettres écrites par R.L. Stevenson de Tautira sont particulièrement enthousiastes : « We are in heaven here… The most beautiful spot, and its people the most amiable I have ever found. » Et il déclare le chef, « Ori a Ori the magnificent, …one of the finest creatures existant. ». De Tahiti le Casco se dirigera vers Honolulu. Stevenson finit par s’installer à Samoa où il mourut le 3 décembre 1894. En souvenir de leur passage à Tautira et de l’accueil reçu par la population, les Stevenson avaient fait parvenir à Ori, qui les remit au temple local, un service en argent destiné à la célébration de la Cène. Il est encore conservé de nos jours à Tautira et reste le témoignage de l’attachement porté par Stevenson à ce coin du monde. Le voyage de Stevenson dans les mers du Sud avait été en grande partie financé par McClure, le directeur du Sun de New York, à charge pour Stevenson de lui adresser des lettres des mers du Sud. Elles parurent dans le Sun de 1891 ; puis, partiellement, dans la revue Black and White, du 6 février au 19 décembre 1891. Le public américain fut déçu par l’absence de romanesque et Stevenson, après un temps, se mit d’accord avec McClure pour abandonner l’œuvre entreprise. Ce n’est que cinq ans plus tard, en 1896 que voyait le jour In the South Seas. Ce recueil, en ce qui nous concerne, se borne à décrire les Marquises, les Pomotu. Rien sur Tahiti. Dans une lettre, adressée à Sydney Colvin, le 2 décembre 1889, où il dressait le plan de l’ouvrage projeté, nous voyons que Stevenson pensait consacrer à Tahiti six chapitres intitulés : Tautira. — Village government in Tahiti. — A journey in quest of legends. — Legends and songs. — Life in Eden. — Note in French regimes. — Rien, hélas ! ne fut écrit de ces chapitres projetés. On ne peut que le regretter, car, malgré « la condamnation absolue qu’ont passée sur ce livre la plupart des critiques, In the South Seas demeure un des ouvrages les plus compréhensifs qui ait été inspiré par l’Océanie française.

Bibliographie. Bibliographie. George L. McKay, A Stevenson library. Catalogue of and collection of writings by and about Robert Louis Stevenson…, New Haven, Yale University library, 1951-1956, 3 vol. Biographies. John Alexander Steuart, Robert Louis Stevenson, man and writer, a critical biography, London, 1924, 2 vol. — Et, pour ce qui concerne les mers du Sud : Joseph C. Furnas, Voyage to windward. The life of Robert Louis Stevenson, London, 1952. — Joseph W. Ellison, Tusitala of the South Seas. The story of Robert Louis Stevenson’s life in the South Pacific, New York, 1953. — En français voir : Jean-Marie Carré, La vie de Robert Louis Stevenson, Paris, 1929. Œuvres. D’abord parues dans le Sun de New York, en 1891, sous le titre de South Sea Letters, les souvenirs de Stevenson sur la Polynésie française parurent d’une manière posthume sous le titre : In the South Seas, being an account of experiences and observations in the Marquesas, Paumotus and Gilbert islands in the course of two cruises in the yacht Casco (1888) and the schooner Equator (1889), New York, 1896. Toute la partie concernant les Marquises — les quinze premières lettres — avaient fait l’objet d’une publication privée : The South Seas. A record of three cruises, London, Paris and Melbourne, Cassal & Co., 1890. Ouvrage tiré seulement à 22 exemplaires. In the South Seas paraîtra pour la première fois en Angleterre, en 1896, dans le tome XX, Travels and excursions, de l’édition des œuvres complètes, dite édition d’Edimbourg. Il faudra attendre 1900 pour voir apparaître la première édition anglaise courante : In the South Seas…, London, 1900. — En français : Dans les mers du Sud, récit d’expériences et d’observations faites dans les îles Marquises, les Pomotou et les Gilbert. Traduction de M.L. Des Garets, Paris, 1920. Et, la même année, Dans les mers du Sud. I. les Marquises et les Paumotus…, traduction de Théo Varlet, Paris, 1920. — On trouvera, dans la correspondance de R.L. Stevenson, ses lettres des Marquises et de Tahiti. La correspondance de sa mère a également été publiée : Mrs Margaret Isabella Stevenson, From Saranac to the Marquesas and beyond, New York, 1903. On trouvera ça et là dans l’œuvre de Stevenson et en particulier dans ses nouvelles, des écrits ayant des allusions à la Polynésie française. On voit, par exemple, apparaître Tahiti dans : The bottle imp, The egg tide ainsi que dans la pièce de vers The song of Rabéro écrite à Tautira et dédicacée à Ori.

STEWART, William (1820-1875)

Colon et industriel.

Né en Irlande du Nord, d’une famille de presbytériens écossais. Reçoit une bonne éducation : outre sa langue maternelle, il parlait le français, l’espagnol, le portugais et un peu l’indoustani. Jeune homme, il sert dans l’armée des Indes, puis il fait le commerce des vins en Espagne et au Portugal. En 1858, on le trouve en Australie où il trafique, assez malhonnêtement, sur les vins et liqueurs qu’il arrive à introduire en fraude et sur les armes qu’il expédie aux insurgés néo-zélandais. Ayant sans doute vu le développement pris par les plantations de coton et de canne à sucre du Queensland, visite Tahiti, en 1862, à une époque où, par suite de la guerre civile aux États-Unis, on songe un peu partout, dans le monde à faire du coton. Obtient à cette époque, de John Griffin Orsmond, la cession d’un bail de 385 ha de terre à Teahupoo, dans la presqu’île de Taiarapu. Puis, avec le concours de son beau-frère, Auguste Soarès, financier portugais, travaillant à Londres et à Paris, Stewart fonde un société : Polynesian plantation Company Ltd, déclarée à Londres, le 4 juin 1863, au capital de £ 100 000. Auguste Soarès en est le directeur général et William Stewart le directeur local. Celui-ci rentre à Tahiti par San Francisco, le 7 janvier 1864, Il s’occupe alors d’acheter des terres à Atimaono, aidé dans cette entreprise par les encouragements quasi officiels des gouverneurs de la Richerie et de la Roncière, qui voient avec satisfaction la mise en valeur des terres incultes et envisagent un heureux développement économique de cette affaire. On prêtait à l’époque à Atimaono une superficie de 7 000 ha que cadastrait l’arpenteur John Turnbull. En fait, quand le domaine sera vendu, en 1875, la superficie totale indiquée ne sera que de 3950 ha dont 1 450 ha de terrains cultivables, le reste en montagne. Le domaine prit le nom de « Terre Eugénie », en l’honneur de l’impératrice Eugénie. Un gros problème de main-d’œuvre se posait, les Tahitiens n’étant ni assez nombreux, ni assez réguliers, pour satisfaire à une entreprise de cette importance. Stewart fut donc amené à « recruter » des travailleurs soit dans divers archipels polynésiens, soit même en Chine. Gilbertins, gens des îles Cook, des Tuamotu et de l’île de Pâques seront ainsi amenés à Tahiti sous contrat, avec les procédés de recrutement de l’époque. Procédés sur lesquels l’affaire de la Moaroa jette un jour assez trouble. En avril 1864, un arrêté autorise l’introduction de 1 000 travailleurs chinois, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. D’après une statistique officielle, il y aurait eu à Atimaono, en septembre 1867, 916 Chinois et 323 Océaniens, dont 108 femmes. Pour abriter ce monde, Steward fit construire de nombreux bâtiments « industriels » (usines à égrener le coton, séchoirs, fabrique de sucre, usine à préparer le café, etc.). On organisa également des logements pour le personnel — une trentaine d’ingénieurs et de surveillants, certains étant d’anciens soldats recrutés à Londres : des cases pour les ouvriers « vastes bâtiments parfaitement aérés, tenus avec une grande propreté et pourvus de lits de camp en rotin », avec des jardins potagers individuels ; un hôpital où résidait un médecin français, dépendant du chef de Service de Santé à Tahiti. Menée d’une main ferme, mais habile, par Stewart, l’affaire fut d’abord prospère : 1 000 ha étaient cultivés en coton, 150 en café et 50 en canne à sucre ; et le coton fut payé jusqu’à 3 et 4 shillings la livre. Mais après ces brillants débuts, lors de la reprise du marché international par les produits des plantations américaines, remises sur pied après la guerre de Sécession, les cours s’effondrèrent. Le coton de Tahiti ne trouvait plus preneur qu’à 1 shilling et à moins encore ! Dès lors la faillite était inévitable. Sans argent pour payer ses ouvriers, après avoir engagé tout son avoir personnel et avoir été escroqué par son propre frère d’une somme de 100 000 F, le travail cessa à Atimaono et en 1873, W. Stewart ayant mené toute l’affaire en son nom, fut déclaré personnellement insolvable par le Tribunal. En mai 1874, Soarès, à Londres, reconnaissait que Stewart n’avait agi qu’en qualité de directeur, mais Stewart était décédé dans sa maison d’Atimaono, le 24 septembre 1875, encore libre, mais avec l’interdiction de quitter sa résidence. « Tous ceux qui avaient profité de sa large hospitalité l’abandonnèrent. Seule, une dame appartenant à l’une des vieilles familles missionnaires de l’île continua à le visiter fidèlement, jusqu’à son lit de mort. C’est elle, avec la jeune femme qu’il n’avait épousée que depuis peu — il s’agit de Tapuni Gibson, 1849-1918 — qui l’assistèrent à ses derniers moments. On l’ensevelit presque sans cérémonie, au milieu d’une bien petite assistance. Il fut inhumé à Mataïea entre la route de ceinture et la mer, au 47e km. Plusieurs années après, sa veuve fit transporter ses restes dans le cimetière de sa famille. » Dix années durant, la plantation d’Atimaono aura été le centre vital de Tahiti, mais non sans y diviser violemment l’opinion. Le gouverneur de La Roncière et son personnel favorisent Stewart tandis que le consul anglais Miller agit comme chef de file d’un certain nombre de colons jaloux ou de concurrents évincés. Entre autres gentillesses, on accuse Stewart de faire marcher ses travailleurs comme des esclaves, de ne pas les nourrir et d’employer envers eux les procédés les plus inhumains. Une vaste campagne de presse est orchestrée en ce sens aux États-Unis et en Australie, si brutale que Stewart en viendra à demander la constitution d’une enquête sur les conditions de travail à Atimaono. Une quinzaine de notables tahitiens auxquels le consul Miller refuse de se joindre, sont désignés pour la mener à bien. Le rapport, remis au gouverneur le 27 septembre 1867, reconnaît unanimement que les faits reprochés à Stewart sont d’« infâmes calomnies ». — Mis en vente pour 500 000 F, en 1875, Atimaono fut adjugé à une Société qui comprenait « M. de Casa Major à Paris, Laharrague, Robin, François Cardella et quelques autres personnes de Tahiti. Sous la direction de M. Cardella, cette Société fit un peu de sucre et de rhum, planta du café et de la vanille et tira un revenu assez précaire de l’abattage du bétail devenu à peu près sauvage dans les vallées de l’intérieur. »

Bibliographie. Stewart a publié An outline of how it came to pass that so many absurd stories have been circulated about the cotton plantation of terre Eugénie, Tahiti, Papeete (1867 ?), 24 p. Opuscule écrit en anglais, non signé, contenant une partie des lettres échangées avec Miller, des extraits d’articles et le rapport de la commission d’enquête de 1867. Cette brochure a été publiée en français dans le B.S.E.O., 1949, n° 87, p. 620-657. — Candelot, Plantation de coton de Tahiti, Paris, 1870, 23 p. La collection du Messager de Tahiti, entre le 5 mai 1864 et le 28 avril 1876, contient de nombreux articles et informations sur Atimaono. — J.J. Young, personne qui fut un temps, vers 1890, intéressée par Atimaono, a laissé sur l’histoire de la Terre Eugénie une note bien informée, datée de 1928, qui circula manuscrite et qu’on trouvera sous le titre : Tragedy of Atimaono. Story of the Rise and Fall of a Tahitian Cotton Enterprise dans P.I.M., 1938, May, p. 33-39, June, p. 34-38. Une traduction en français parut sous le titre Atimaono dans le B.S.E.O., 1937, n° 60, p. 728-733 et n° 61, p. 768-778. Cette note, plus complète, fut publiée à nouveau dans la même revue en 1947, n° 79, p. 324-333 et n° 80, p. 361-366. On la trouve dans l’Océanie française, 1938, p. 22-24. Voir également E. Ramsden, William Stewart and the introduction of Chinese labour in Tahiti, 1864-1874 (Journal of the Polynesian Society, Sept. 1946, p. 187-214, ill.) ; article traduit en français dans le B.S.E.O., décembre 1948, n° 85, p. 529-559. — La femme d’un négociant anglais de Tahiti, Dora Hort, a écrit Tahiti, the garden of the Pacific, 1891 où elle parle sans amitié de Stewart, l’accusant de maltraiter ses travailleurs. L. Jacolliot, La vérité sur Tahiti, 1869, 56 p., est au contraire un supporter du clan de La Roncière. — Près d’un siècle plus tard, l’affaire d’Atimaono servira de thème à t’Serstevens pour son roman tahitien La grande plantation (Paris, 1952) qui nous donne une image haute en couleurs et en poésie de Tahiti sous le Second Empire.

STIMSON, John Frank (1883-1958)

Nom indigène Ua Tane.

Colon, homme d’affaires et linguiste. Né à Plainfield (New Jersey, U.S.A.), le 3 octobre 1883. Études à l’Université de Yale en 1903-1904, et aux Beaux-Arts, à Paris, de 1905 à 1906. Architecte à New York et à San Francisco. Arrive à Tahiti en 1912 pour y passer des vacances, et s’y fixe, séduit par le charme de l’île. Achète une plantation dans la baie de Cook à Moorea où il fait de la vanille et du coprah. Il apprend le tahitien avec Alexandre Drollet et Teuira Henry ; et, une fois en possession de la langue, déjà saisi par le démon de la linguistique qui marquera toute son existence, compile pour les missionnaires mormons une grammaire tahitienne à quoi s’ajoute un dictionnaire tahitien-français-anglais. Rentre à Papeete en 1917 et y fait du commerce jusqu’en 1928, date à laquelle, après un stage de linguistique et d’ethnologie à l’Université de Yale où il travaille avec E. Sapir et R. Dixon, il inaugure sa collaboration aux travaux du Bishop Museum comme « research associate in linguistics » (1928-1941). Participe ainsi à plusieurs expéditions dans les Tuamotu (1929-1934) dont il visite une soixantaine d’îles, à Mangareva (1934) et à Raivavae (1938). Au cours de ces séjours, il prend contact avec de nombreux chefs et notables, découvre des hommes possédant encore une certaine connaissance des plus anciennes traditions locales. Et comme il a le don de les mettre en confiance, il peut obtenir d’eux leurs « cahiers », les faire rédiger leurs souvenirs immémoriaux et obtenir ainsi — chants religieux, généalogies ou mythes — un nombre considérable de textes, importante documentation qu’il passera le reste de son existence à élaborer et à publier. Après la fin de sa collaboration avec le Bishop Museum, F. Stimson devint à Papeete agent général d’une compagnie américaine d’assurances, de 1942 à 1953, date à laquelle il se retira dans son fare de Punaauia pour s’y consacrer entièrement à son travail scientifique. Il ne le quittera que pour un séjour d’études de huit mois au Peabody Museum de Salem en 1955-1956. Depuis 1951, en effet, cette institution s’est intéressée à ses recherches et, dans la personne de Donald S. Marshall, jeune linguiste américain, lui a donné un collaborateur chargé de mettre au point, pour la publication, des textes inédits et son gros dictionnaire Tuamotu. Le Dictionary of some Tuamotuan dialects of the Polynesian language sera l’œuvre capitale de F. Stimson et joindra aux méthodes de présentation de la linguistique moderne une grande connaissance des différents dialectes polynésiens ; dictionnaire qui aura en outre l’originalité d’être classé par racines. — Dynamique, taillé en force, d’une extraordinaire vitalité, F. Stimson fut aussi un homme fort sociable et doué de sympathie. Il fut l’ami de tous les notables qui firent de Tahiti leur résidence : James Norman Hall, Charles Nordhoff ou qui y séjournèrent quelque temps : Robert Flaherty, Matisse, l’amiral Byrd, etc. Excellent joueur d’échecs et de bridge, il était un remarquable bricoleur et avait perfectionné sa machine à écrire en y ajoutant de curieux gadgets. Sur ces brillantes qualités se greffait une certaine mégalomanie qui valut à Stimson de notables accrochages. Le conflit linguistique qui l’opposa, au sujet de Kiho, à Mgr Paul Mazé, homme de paix et qui avait quelques raisons de connaître les dialectes des Tuamotu et la mentalité Pomotu, est connu de tous les intéressés. Il y eut beaucoup de « Kiho » dans l’existence de Stimson et sa succession elle-même, non encore réglée dix ans après sa mort, achève dignement une suite rocambolesque. Il est décédé à Tahiti, le 20 octobre 1958. Veuf en premières noces de Marguerite Perry, F. Stimson épousera en 1923, Mere Fuller Garbut. Divorcé en 1940, il épousera, en 1955, Kotirau Tahuria Turupe, descendante directe du grand chef Tangi-hi-a-Kura. De cette union sont nés trois enfants : François, Vera et Julie.

Bibliographie. On trouvera, signé de Van Wyck Brooks, un remarquable portrait littéraire de Frank Stimson dans le prologue, p. XXVII-XL, de son travail Song and tales of the Sea Kings (Salem, 1957). — En ce qui concerne ses travaux personnels il a signé, dans le Journal of the Polynesian Society, de nombreux articles. Dans la série des Bulletins du Bernice P. Bishop Museum de Honolulu, Stimson a publié Tuamotuan religion (1933) ; The cult of Kiho-Tumu (1933) ; The legends of Maui and Tabuki (1934). — Plus tard : Songs and tales of the Sea Kings. On doit également à F. Stimson un Dictionary of some Tuamotuan dialects of the Polynesian language. La Haye, 1964, préface de Donald Marshall qui a joint à ce travail une bibliographie des travaux linguistiques de Stimson comportant vingt-deux titres.

STRZELECKI, Paul Edmond (1797-1873)

Voyageur et savant polonais.

Après avoir visité l’Amérique du Nord, le Mexique et l’Amérique du Sud, s’embarque à Valparaiso sur le Fly, capitaine Russell Elliott, pour la Polynésie, le 20 juillet 1838. Passe aux Marquises en août. Quitte Taiohae, Nuku Hiva, le 23 août, se dirigeant vers Hawaii où il passe environ trois semaines, surtout intéressé par les phénomènes de volcanologie qu’il étudie à Hilo. Quitte l’archipel le 1 septembre, toujours sur le Fly, et gagne Tahiti où le capitaine Elliott a mission de remettre une lettre de la reine Victoria à Pomaré IV. On sait peu de chose sur le séjour, assez bref de Strzelecki à Papeete. On trouve dans ses œuvres quelques remarques sur la langue des Marquises et des Gambier ; des allusions à la rivalité franco-anglaise et la mention de conseils donnés à Pomaré pour un projet de réforme administrative concernant une organisation « à l’européenne » du système judiciaire tahitien. De Tahiti où il abandonne le Fly, qui regagne Valparaiso, Strzelecki gagne la Nouvelle-Zélande, sans doute sur la barque bordelaise Justine, capitaine Bernard, qui, probablement après avoir touché aux Gambier et aux Tuamotu, est à la baie des Iles en février 1839, et en Tasmanie à la fin d’avril. Strzelecki y arrive avec une recommandation de Pritchard à son collègue Yeoland, membre du conseil directeur de la Société antialcoolique locale. Cette lettre datée du 16 janvier 1839 doit marquer la date à laquelle Strzelecki quitte Papeete. Strzelecki explorera une partie de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Tasmanie de 1839 à 1843, avant de regagner Londres où il meurt en 1873. Son œuvre majeure est une : Physical description of New South Wales and van Diemen’s Land (Londres, 1845). — Sur l’homme voir : G. Rawson, A life of Sir Paul Edmund Strzelecki, explorer and scientist (Londres, 1954), ainsi que les articles de P. Serle dans le tome II, p. 377-378 de son Dictionary of Australian biography. — Aussi une notice de W.L. Havard, Journal and Proceedings of the Royal Australian Historical Society, vol. 26, p. 20-97.

STUART, William Thomson (1857-1933)

Colon.

Son père, qui vivait à Red Craig, une belle propriété du Dumbartonshire (Écosse), inconsolable de la mort de sa femme, réalise sa fortune, achète un navire et part avec cinq de ses fils pour commercer dans les mers du Sud. Après un temps il décide de se fixer à Tahiti et y meurt. Deux de ses fils, William Thomson et Charles Metcalf le suivent. William épouse en 1877, à Papeete, Antoinette Henry. En 1899, il fera un essai en Californie, mais il perd un enfant de la petite vérole et rentre à Tahiti en 1901. Sur l’héritage de son frère Robert, qui avait fait fortune en Argentine, William acheta des terres à Atimaono où il vécut avec les siens jusqu’au jour où il se retira à Paofai, où il mourut le 23 avril 1933. — Il épouse, le 19 avril 1877, à Papeete, Antoinette Cecilia (Nita) Henry, 1858-1931. De cette union sont issus : David Arthur, 1878, épouse Sophie Delfieu, († 1918) puis, Virginie Pignon. — John David, 1879-1891. — William Thomson, 1880, épouse Aline Delfieu. — Antoinette Blanche, 1886, épouse Louis Pecastaing et vit en France. — Louise Cecilia, 1887-1934, épouse William Orr, d’Auckland, sans postérité. — Marie Lillian, 1893, épouse en 1913 Alfred H. Cabouret et va vivre en Nouvelle-Zélande ; quatre enfants : Pauline, Henri, Odette, Marguerite. — Cora Ellen, 1895-1899.

SUE, Charles (1821-1869)

Commissaire de la marine.

Né le 4 octobre 1821 à Montpellier (Hérault). Second-maître fourrier, faisant partie de l’équipage du Phaéton, frégate à vapeur qui arrive à Tahiti le 12 janvier 1844. Prend part au bombardement d’un camp d’insurgés dans le district de Mahaena et à l’attaque de ceux-ci, le 17 avril suivant. Cité à l’ordre par le commandant de Bréa pour sa conduite pendant l’action. Prend part également, le 24 mai, à l’occupation de l’isthme de Taravao. Chevalier de la Légion d’honneur à l’occasion de cette campagne. Est libéré à Tahiti en 1847, sur sa demande, pour entrer dans l’administration de la marine, comme écrivain. Commis en 1850 ; aide-commissaire en 1855 ; sous-commissaire en 1861 ; il prend sa retraite en 1867, à Papeete. Juge suppléant au tribunal de Papeete en 1855, conseiller à la Cour impériale des îles de la Société en 1859, il avait été élu, en 1863, président du comité consultatif de commerce et d’agriculture. Le 30 mai 1869, à la suite d’un accident domestique, meurt d’hémorragie (Messager de Tahiti, n° 23, 1869). Il laissait à Tahiti, deux enfants portant son nom, Léon, 1863-1923, interprète principal de langue tahitienne et Eugène, qui épouse, le 28 février 1917 à Hikueru, îles Tuamotu, Kataka a Fareata ; trois enfants, dont Nohorai, chef de l’île Hikueru (Tuamotu), Aline qui épouse Édouard Frogier († 1923) et Victoria, 1886-1948, épouse Émile Helme.

SUHAS, Jean (1845-1915)

Propriétaire.

Né le 2 août 1845 à Guiches (Basses-Pyrénées). Infirmier de la marine. Arrive à Tahiti en 1881. Exerce à l’hôpital militaire de Papeete. Libéré du service le 7 septembre 1884, il continua à servir dans cet établissement. Infirmier-major en 1885. Prend sa retraite le 1 août 1891. Quelques années plus tard, il se rend acquéreur du domaine de Tamahana au district de Arue, y meurt en octobre 1915. De son union, le 19 avril 1884, à Papeete, avec Marie-Antoinette Cadousteau sont nés : Angéline, 1885-1958, épouse, le 25 novembre 1903 à Papeete, Ferdinand Coulon : six enfants. Veuve, se remarie avec Ferdinand Poheara († 1960), chef de l’île de Anaa aux Tuamotu, membre de l’Assemblée Territoriale de 1946 à 1952. — Célestine, 1887, épouse le 12 mai 1906, à Papeete, Léon Vernaudon, boulanger ; quatre enfants. — Elisa, 1889-1894. — Alphonse, 1891, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, se marie, le 27 mai 1911 à Arue, avec Teriifaaruia Bryant : quatre enfants. — Louise, 1895, épouse le 26 décembre 1919, à Papeete, Henri Villierme : quatre enfants. — Joséphine, 1897, épouse en premières noces Raphaël Coulon : deux enfants. Veuve, se remarie, le 10 juin 1936 à Papeete, avec Louis Galenon : un enfant. — Jeanne, née en 1900, épouse le 24 novembre 1928, à Arue, Tetuaeroo a Urima. — Thérèse, 1900, veuve Mazurchak, habite Asnières.

SWARTVAGHER, Michel (1940)

Restaurateur.

Né le 9 mai 1940 à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Après avoir appris son métier trois ans durant devant les fourneaux de Minot à Saulieu et chez Maxim’s à Paris, venu faire son service militaire à Tahiti, y demeure après son temps régulier. Gère d’abord, de 1962 à 1967, le restaurant de l’hôtel Faratea à Taravao. En 1968, crée, au bord de mer, dans une maison abandonnée au km 49,400 de la côte Est, le Rotui; et bientôt après, en altitude, sur la route de Pamatai, la Chaumière, maisons bien situées qui attirent rapidement l’attention des gastronomes locaux, tant pour la qualité propre de leur cuisine que pour l’accueil qui est réservé aux hôtes. Expert en cuisine française, M. Swartvagher n’en méprise pas pour autant la cuisine tahitienne et s’en est allé la présenter avec succès à Paris, Los Angeles et Caracas, dans diverses manifestations culinaires internationales. De son union, en 1963, avec Éliane Arapa, 1940, sont nés : Titaina, 1964 et Jean Michel, 1968.

SYLVAIN, Adolphe (1920)

Photographe.

Né à Paris en 1920. Élève de l’École spéciale des Travaux Publics. Au cours de l’occupation allemande en France, passe en Afrique du Nord, par l’Espagne, et participe aux opérations de la 2 D.B. du Général Leclerc. Correspondant de guerre pendant la guerre d’Indochine. Arrive à Tahiti, en 1946, à bord de La Grandière. Parcourt les îles en prenant des photographies et en effectuant de nombreux enregistrements. Monte à Papeete un laboratoire moderne de photographie, où il développe les films en couleur. Son studio est complètement détruit dans l’incendie du Vaima en 1969, avec tous les documents recueillis par lui en vingt ans de travail, à une époque où il était pratiquement le seul photographe à Tahiti. Entre-temps, Sylvain fait du cinéma. Il tourne le film que Francis Mazière présente à travers le monde sous le nom de Teva. Le C.E.P. lui demande plusieurs films destinés à des publics différents sur Tahiti à l’Heure H. qui sont déposés à la Cinémathèque de l’armée. Il réalise pour l’Exposition internationale de Montréal un documentaire : Tahiti 67. En 1970, il tourne pour la Télévision Française un feuilleton en 13 épisodes intitulé Teva, Opération Gauguin qui est passé deux fois en France cette année-là. On trouvera de nombreuses photographies de Sylvain dans des publications périodiques, des livres et des affiches touristiques. De son union, le 19 mars 1948, avec Jeanine Vidal, 1924, petite-fille de Peter Handerson, sont nés : Moea, 1947, une fille Mariana, 1973 ; Vaea, 1950 ; Hina, 1952 ; Teva, 1954, qui, à Tahiti, s’intéresse à des expériences faites sur des cerfs volants pilotés humainement, soit qu’ils soient tractés au sol, soit en vol libre lancé d’une montagne ; Maima, 1963.

T

TABANOU, Ernest-Jean (1851-1913)

Commissaire de police.

Né le 13 janvier 1851, à Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime). Arrive à Tahiti par la Sybille et y passe cinq ans, du 6 janvier 1869 au 1 novembre 1874, comme sergent d’infanterie de marine. Revient dans l’île par la Mathilde le 17 janvier 1876. Nommé commissaire de police de Papeete le 19 mars 1877. Fait en 1894, sur la goélette Mateata, capitaine Chebret, une tournée aux Tuamotu pour y procéder à l’organisation de l’état civil des districts des îles non recensées, et à la nomination des conseils de district. Fait un rapport sur sa visite et la situation politique. Fait avec le titre d’administrateur un séjour aux Gambier. Après sa retraite, comme contractuel, il deviendra commissaire à l’inscription maritime, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort. Prend sa retraite en 1904, à Tahiti, où il est propriétaire à Taaone. Membre actif de la loge de « l’Océanie Française » n° 350, au début du siècle. Conseiller municipal de Papeete et président de la Chambre d’Agriculture. Meurt le 6 avril 1913 à Papeete. Il avait reçu, le 25 juin 1887, une médaille d’or pour sa belle conduite, lors d’une échauffourée grave, entre militaires, à Papeete, le 14 juillet 1886. Tabanou, encore en activité, occupait ses loisirs en écrivant, de 1881 à 1891, cinq gros cahiers de Notes et Récits qui sont conservés actuellement à la Bibliothèque de la Chambre de Commerce de Marseille (Cf. : O’Reilly, J.S.O., n° 30, p. 58-60). Loin d’être des souvenirs personnels, il ne s’agit là que copies de documents provenant de journaux ou de périodiques locaux. De son union, à Papeete, le 6 février 1883, avec Zoé Georget, 1844-1933, veuve en premières noces de Paul Malardé, 1818-1882, sont nés trois enfants : Charles, 1885-1972, propriétaire à Teahupoo ; quatre enfants : Madeleine, célibataire († 1952) ; Louise, qui épouse Hogarth Freeland, trois enfants, Hogarth, Allen et Charley ; Marcelle, qui épouse Yves Gaden, quatre enfants ; Ernest, un fils, Jean. — Jeanne, 1886-1952, célibataire. — Eugène, 1891-1917, tué à l’ennemi, comme sergent, à Virigny (Marne) le 30 août 1917.

TAEA, Noël (1916)

Diacre de l’Église Évangélique.

Né à Uturoa le jour de Noël 1916. Études tardives à l’école Viénot. Travaille dix ans à Makatea, puis, pendant la guerre, au ravitaillement. Après un passage aux Messageries Maritimes, entre en 1963 chez F. Cowan où il est contremaître. Sportif, Noël Taea a longtemps été président de la Société Vaïete. Chrétien, il a eu la responsabilité du VI arrondissement. Diacre à Béthel, depuis 1958, il y est spécialement chargé de l’école du Dimanche.

TAIRAPA, Taatarii (1830-1907)

Magistrat et chef.

Né en 1830 à Papetoai, Moorea. Fils de Hou, du clan royal de Afareaitu, Moorea, et de celui de Teriifatau, souche royale de Huahine. Président de la Haute-Cour tahitienne Toohitu, le 1 février 1850 et interprète de langue tahitienne à la direction des Affaires indigènes de 1851 à 1864. Est suspendu de ses fonctions à la Haute-Cour, en février 1859, « pour avoir prononcé des paroles offensantes envers la reine Pomaré IV, dans une des séances de l’Assemblée législative tahitienne ». Plus tard est relevé de ses fonctions. Sera greffier des Toohitu de 1859 à 1862. Chef du district de Atimaha, Moorea-Haapiti le 14 août 1864, il démissionne le 27 janvier 1873. De nouveau interprète, près les tribunaux français à Papete en septembre 1874. En retraite en 1875. Signe la déclaration d’annexion de Tahiti à la France, le 29 juin 1880. Médaille d’or de la reconnaissance française. Meurt le 26 novembre 1907, à Teaharoa, Moorea. — Épouse, le 14 février 1876, à Moorea, Uratua a Tehahe. Plusieurs enfants sont issus de cette union.

TAIVINI, Ravea TEORE, dit (1915-1969)

Pasteur.

Vocation tardive, d’abord diacre à Paofai, il entre en 1951 à l’école pastorale. En 1957, il est consacré et nommé pasteur à Mataïea, où il acheva de construire le temple. Depuis 1963, il est membre du Conseil supérieur de l’Église et président de la commission de l’école du dimanche pour la côte ouest.

TAKAU Princesse POMARE (1887)

Seconde fille de la reine Marau.

Née à Papete le 4 janvier 1887. De son nom tahitien : Ariimani-hinihi te-vahine Airoro anaa i te pori o Mahu Tepau Arii i haurai. Te-vahine rere atua i Fareai Pomare, « la dame qui se nourrit de la cervelle de la connaissance dans le lieu sacré Mahu. La dame qui, à l’égal du dieu, prend son vol sur le marae de Fareia ». Le nom de Takau lui fut donné par la reine Makea de Rarotonga, le titre complet étant Takau teupoko nariki, « Takau, la tête des chefs ». Élevée chez les sœurs de Cluny à Papete. Fait, en 1910-1912, un voyage en Europe, visite en Écosse ses cousines Brander et Darsie, filles de Titaua, la sœur de sa mère, passe six mois à Londres avec son frère Ernest Salmon. Profite de ce séjour pour se perfectionner en piano, travaille également auprès du Polonais Auguste Radwan, interprète renommé, et devient une excellente exécutrice. Takau revient en France en septembre 1925, avec sa nièce Monique Salmon, alors une enfant de onze ans, élevée jusqu’ici par Marau, et qu’elle songe à adopter avec le désir de lui voir prendre le titre de Princesse Pomaré et dont elle souhaite faire l’éducation en France. Monique, plus tard, recevra de fait un nom tahitien ; elle est : Marautaaroa i Taputapuatea te Ra o Farepua. Tetuanui Reia ite rai Atea i Nuurua. Ninarai te Upoo Tinitini o Taaroa i Vaiotaha, i maro Tetini, « descendante de Taaroa sur le marae de Taputapuatea, soleil de Farepua. Le grand dieu qui s’étend jusqu’à l’infini des cieux à Nuurua. Petite fille du ciel, tête mille fois exaltée du dieu Taaroa sur les marae de Vaiotaha et Maro Tetini ». Takau rejoint le commandant Vedel qui, mal portant, trouve en elle une fille vigilante et l’adopte le 22 avril 1928. On vit dans la grande maison que possède le commandant à Montereau (Seine-et-Marne), à Paris ou, en hiver, à Nice. Après la mort de sa mère, en 1935, et celle du commandant Vedel en 1937, elle vient s’installer dans la résidence de Marau, derrière le consulat américain, où elle retrouve sa jeunesse et son passé. Est ainsi à Papete en 1940 lors du mouvement qui devait aboutir au gouvernement de la France libre. Désireuse de savoir la vérité sur les événements qui se succèdent en ce mois de septembre, elle demande une audience au gouverneur qui tarde à la lui accorder et ne la reçoit que la veille du référendum : « Allez faire le tour de l’île… Voyez les chefs… Utilisez votre influence et faites-leur comprendre la situation », lui demande le Gr Chastenet de Géry. « Il est trop tard ! » répliqua Takau. — Vient en 1953 s’installer au Château des Baumettes, à Nice, dans un appartement qu’elle orne des souvenirs du passé traditionnel de Tahiti. Aux murs sont suspendus des portraits familiaux ; les étagères sont garnies de tikis, de couronnes et de vases sculptés. C’est aux Baumettes que viendra s’installer son frère, le président Salmon, lors de sa retraite. C’est aux Baumettes que la Princesse Takau traduira les Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, sa mère, Paris, 1971. A l’occasion de la publication de cet ouvrage, fait à 85 ans, le voyage de Tahiti où a été montée une exposition consacrée à la reine Marau. Ainsi a-t-elle l’occasion de présider une manifestation, organisée en son honneur au musée Gauguin devant l’élite de la société tahitienne. Elle y prendra la parole et, dans une improvisation tahitienne, retrouvant l’autorité et le prestige des chefs d’autrefois, donna une magnifique démonstration de ce que pouvait être l’art oratoire tahitien lorsqu’il était utilisé pour traduire, dans une langue noble, des sentiments royaux. Revenue à Nice, la Princesse Takau y poursuit la traduction en tahitien des Mémoires de sa mère, avec le désir de laisser là un témoignage de l’attachement de son illustre famille à la terre tahitienne.

TALBOTEC, Louis (le Père Richard) 1883-1918

Religieux picpucien.

Né à Querrien (Finistère) le 28 février 1883. Profès dans la congrégation en 1904. Ordonné prêtre en 1909, part la même année comme missionnaire à Tahiti. Arrive à Papeete le 9 janvier 1910. Meurt de la poitrine le 7 mars 1918 à Papeete.

TALVAT, Jean (le Frère Romain Pierre) 1904

Religieux de la congrégation des Frères de l’Instruction chrétienne.

Né à Cancale (Ille-et-Vilaine), le 15 octobre 1904. Profès dans l’Institut le 15 septembre 1921. Enseigne d’abord en France. Arrive à Tahiti le 11 février 1935 et devient à cette date directeur de l’École des Frères, poste qu’il conservera jusqu’au 4 août 1948. Sous sa direction, l’école passera de 350 élèves à près de 800. Pour les loger, avec le concours financier des anciens élèves, il commence à édifier un grand bâtiment pour classes et dortoirs, le premier construit en ciment armé dans l’école. La première pierre est bénite le 16 décembre 1945 ; le bâtiment sera inauguré en février 1948 avant même que les aménagements intérieurs ne soient achevés. L’administration contribuera au financement car, pour la première fois depuis qu’elle existe, l’école reçoit des subventions de la municipalité et des bourses peuvent être attribuées aux élèves qui la fréquentent. Le Frère Romain connaîtra à Tahiti les années de guerre marquées, en 1941, par quelques petites difficultés avec le gouverneur Orselli, et une coupure de cinq années avec la Maison-mère. C’est sous la direction du Frère Romain que les premiers examens de brevet sont passés à Papeete : Georges Le Boucher, Christ. Malinowski, Ernest Grand, Victor et Marcel Raoulx en sont les premiers titulaires. La fanfare de l’école joue son rôle et accueillera le retour des héros de Bir Hakeim en 1945. Relevé par le Frère Arsène Mérot, en juin 1948, le Frère Romain fera un second séjour à Tahiti d’octobre 1949 à juillet 1951 pour achever ses constructions. Il rentre en France à cette époque et deviendra directeur du pensionnat de la ville épiscopale de Sées (Orne). Ses anciens élèves ont conservé du Frère Romain un souvenir si reconnaissant qu’à l’occasion de son jubilé d’or de vie religieuse, ils lui offrent le voyage à Tahiti lors de l’Assemblée générale des anciens du Collège, en juin 1970, où ils lui font un accueil enthousiaste.

TAMATOA A TU (1842-1881)

Roi de Raiatea-Tahaa.

Troisième fils de la reine Pomaré IV. Né le 23 septembre 1842, à Moorea. Adopté par Tamatoa IV, son arrière-grand-père, roi héréditaire de Raiatea-Tahaa à sa mort, le 19 août 1860, il devient roi de ces îles et est couronné le 1 décembre 1860 sous le nom de Tamatoa V. Il règne jusqu’au 8 février 1871, date à laquelle ses sujets ne pouvant plus supporter ses excès de tous ordres, proclament sa déchéance. C’était un colosse. « Quand il était ivre, ce qui lui arrivait souvent, il se livrait aux excès les plus criminels » (Deschanel). Loti, qui l’a rencontré à Papeete en 1872 en a laissé le portrait suivant : « C’était un homme de tente ans, d’une taille prodigieuse et d’une force herculéenne… Une seule de ses mains eût broyé un homme comme du verre… Plusieurs hommes ensemble étaient incapables de lui tenir tête quand il était déchaîné ; il égorgeait sans motif, et les atrocités commises par lui dépassaient toute imagination »… Loti ajoute même qu’un jour « il assassina une femme et deux enfants dans le jardin du missionnaire protestant et commit dans une même journée une série d’horreurs sanguinaires qui ne pourraient s’écrire, même en latin » (Mariage de Loti). Même en faisant la part de la littérature, l’homme, après boire, était dangereux et on dut lui interdire le séjour de Tahiti. Il mourut le 30 septembre 1881. De son union, à Raiatea, le 12 juillet 1863, avec Moe Maheanuu a Mai, — C’est elle la « Princesse Moe »… « A delightful creature who speaks English very well indeed » avec laquelle Mrs Stevenson échangera son nom en 1888, lors de son passage à Tahiti. Le grand romancier anglais lui dédicacera alors des vers qui ne seront jamais publiés. — sœur de Temaurii, époux de Maevarua I, sont nés : Terii Uru Mahana, 1867-1872, l’enfant préféré de la reine Pomaré IV. — Teriivaetua, 1869-1918, épouse Norman Brander. — Terii-maevarua, 1871-1932, reine de Bora Bora de 1873 au 16 mars 1888, date de l’annexion de son royaume à la France, épouse son cousin Teriihinoiatua, union demeurée sans enfant, puis divorce. — Tamatoa, 1872-1873. — Teriinavahoroa, 1877-1918, épouse Opuhara Salmon, petit-fils du grand Tati, deux enfants : devenue veuve, elle épouse son beau-frère, Mote Salmon, chef du district de Papara, deux enfants.

TAMBRUN, Émile (1879-1948)

Employé de commerce et colon.

Né le 17 novembre 1879 à Auneau (Eure-et-Loir). Études au lycée de Chartres (Eure-et-Loir). Employé de commerce à Paris. Arrive à Tahiti le 17 décembre 1908 comme délégué de la Société les Pionniers de l’Océanie avec son ami Achard. Sera comptable à Makatéa, de 1909 à 1911. S’installe ensuite à Raiatéa où il emploie ses capacités de comptable chez différents particuliers. En 1912, il travaille à la Compagnie navale de l’Océanie. Après l’épidémie de 1918, la C.N.O. l’affecte à Raiatéa comme directeur. Après deux années, il donne son congé à la société et prend des intérêts personnels comme colon à Raiatéa dont il deviendra un des plus importants propriétaires. Il sera un temps directeur des Messageries maritimes à Raiatéa et de 1935 à 1945, Président de la Chambre de Commerce de Raiatéa. Il siégera comme délégué à l’Assemblée représentative de la Polynésie française de 1945 à sa mort, survenue à Raiatéa le 24 juillet 1948. Habile en affaires et sachant fort bien mener sa barque, Émile Tambrun, chicaneur en diable, avait un caractère difficile. Il était en particulier au plus mal avec l’administration qui n’avait pas toujours les mêmes vues que lui sur ses opérations. D’où d’incessants rapports au ministère des Colonies, au gouverneur local : d’où des plaintes farfelues et des dénonciations tendancieuses contre les différents résidents de Raiatéa : Capéla, Colombet, le Dr Perrin. Tous les prétextes lui étant bons pour dénigrer le rôle de l’administration et la personne des administrateurs dont il se déclare « le tombeur ». Il tient aussi la population sous une sorte de terreur. Pour un oui ou un non, il écrit à La Ligue des droits de l’Homme, au Grand Orient, écrit sous différentes signatures dans la Feuille de France : La France va-t-elle perdre Tahiti ? (1 juillet 1931) ou : En Océanie comment Bicot devient empereur, dans l’Africain (janv.-fév. 1933). — Son mariage, à Paris, avec Tupuraa a Tau, 1889, en 1924 est demeuré sans postérité.

TANGUY, Jean (le Père Évariste). 1889

Religieux picpucien.

Né à Plouénan (Finistère) le 14 juillet 1889. Profès dans la congrégation en 1910. Ordonné prêtre en 1915. Arrive à Tahiti le 29 novembre 1919. Travaillera à Moorea et aux Tuamotu. Quitte le vicariat le 31 décembre 1925.

TAOULA

Peintre amateur.

Originaire de Tananarive où elle est née d’un père tahitien, de la famille Mateahaa. Voyage. Arrive à Tahiti en 1963. « Après avoir fait de la peinture sur velours, Taoula s’est consacrée à l’huile sur toile. Elle s’essaie maintenant à la peinture à l’aiguille. » Expose en juin 1964 à Papeete. Voir : Le Journal de Tahiti, 14 avril 1964, illustrations et portrait ; ibid., 29 mai 1964. Également le Canard tahitien, du 25 juin 1964.

TAPAO HAAMENU (1889)

Pasteur protestant.

Né le 1 novembre 1889 à Haapiti, Moorea. Depuis sa sortie de l’école pastorale en 1922, il exerce son ministère au village de Haapiti où il se fait remarquer par sa sagesse, son autorité et son dévouement. Sa personnalité rayonne d’ailleurs sur toute l’île. Excellent orateur, aussi instruit que prudent et de bon conseil, il est nommé auvaha du Conseil supérieur des Églises tahitiennes, c’est-à-dire que c’est à lui qu’il revient de faire le point des opinions à la fin des conseils et d’en tirer la décision finale. Il est également président du 3 arrondissement des Églises tahitiennes protestantes. Sa loyauté, sa droiture, son attachement à toutes les causes françaises lui ont valu d’être nommé en 1959 chevalier de la Légion d’honneur. Cultivateur émérite, il encourage ses fidèles à la culture en leur donnant l’exemple et reçoit en 1949 la croix du Mérite agricole. Quatre « amours » chez le pasteur Tapao : celui de son propre pays et des Tahitiens ; mais non pas un nationalisme borné et étroit ; amour de la France qu’il sait montrer en toute occasion ; amour de sa foi qu’il expose avec fidélité et joie à son peuple ; amour enfin de sa famille qu’il peut citer en exemple à ses concitoyens. Des hommes comme Tapao sont un ornement pour son pays et pour sa race. Il est le doyen du corps pastoral des Églises tahitiennes. — Resté veuf en 1917 avec une fille Tevabine Teio’ Atua Tapao, il a épousé, en secondes noces, Mahitua Mataoa. De cette union sont nés : Tinomana Tapao, Meria Tapao, Tauapua Tapao et Uratua Tapao.

TAPIOI († 1812)

Ce Tahitien, remarqué par les missionnaires pour son esprit ouvert, semble avoir été emmené à Sydney, puis à Londres, en mai 1808, par le missionnaire Bicknell.

A Londres, il est baptisé et le capitaine Wilson et les directeurs de la L.M.S. le traitent de leur mieux. Bicknell qui l’avait amené, se charge de le rapatrier en Océanie et il part sur le Canada qui arrive à Sydney en septembre 1811. Mais la vie sédentaire du bateau ne lui vaut rien et il arrive malade à Port Jackson. Là, ayant entendu parler de l’état de guerre qui régnait à Tahiti, demeure à Paramatta dans une ferme. « Il fait envoyer au roi Pomaré, 2 fusils, 2 haches, 2 hachettes, 2 bêches et quelques perles de pacotille plus un fusil pour Idia, la mère du roi. » Il meurt au début de 1812 à Port Jackson. Il avait en sa propriété 24 miroirs que Bicknell prendra avec lui à Tahiti et qu’il donnera aux indigènes en compensation de l’érection d’un petit lieu de culte. — Voir à son sujet : Davies, History of the Tahitian Mission, 1961, p. 160.

TAPOA

Chef de Bora Bora, prince de Tahaa.

Épouse en 1824 la reine Pomaré, mariage qui fut rompu en 1829 à la fois, sans doute, et parce que l’union était demeurée stérile, et parce que Tapoa s’était permis de faire la guerre à Tamatoa, père de Teremoemoe, grand-père maternel de la Reine. Cette guerre lui coûta d’ailleurs la perte de Tahaa. « Ce chef, écrit Bruat, très observateur et très fin, est doué d’une capacité remarquable, d’une grande fermeté politique et d’un esprit de conduite bien rare chez les Tahitiens. Il lit beaucoup. Il cherche, par son influence, à gouverner les îles Sous-le-Vent. Rigide observateur des pratiques établies par les missionnaires méthodistes, il désire, sans toutefois l’avouer, rester en bons termes avec l’autorité anglaise. Il a adopté la fille de Pomaré qui doit lui succéder. » (Notes de Bruat à Lavaud, 1847). Voir la notice Pomaré IV.

TAPU, Jean Matohi (1929)

Fonctionnaire et sportif.

Né à Rangiroa le 1 octobre 1929, est élevé dans les Tuamotu et connaît à Apataki François Hervé qui va s’intéresser scientifiquement à la nacre. Pratique toutes sortes de pêches et, très jeune, son père lui fabrique, dans un os de poisson, un petit masque qu’on lui retire lorsqu’il ne se conduit pas bien. Études chez les Frères. Entre, en 1949, à l’Institut de Recherches médicales et y passera, dans différents services concernant la filiarose, la lutte anti-tuberculeuse et la toxicité des poissons. Voit en 1945 le premier fusil sous-marin : un Hurricane, provenant de la vente aux enchères des biens d’un yacht américain. Éveillé par cette arme, avec ses camarades, en fabrique un pour son usage, en bois avec de vieilles chambres à air comme tendeurs et une gâchette constituée par une tête de boulon. Il avait bien essayé de tirer les poissons avec une sorte de lance-flèches, mais sans succès. Il voit arriver les palmes, avae moora, à Tahiti vers 1952. Passionné par la pêche, il participe, en 1963, à une compétition pour le championnat de Polynésie et y triomphe. En 1965, à Moorea, il est sélectionné pour faire partie de l’équipe de France avec ses amis Nicolas Hoata et Arai Maeta ; l’équipe gagne le championnat du monde de chasse sous-marine. En 1967, à Cuba, ayant également été sélectionné dans l’équipe de France, gagne le titre individuel de champion du monde avec 690 kg de poissons, soit 250 prises pêchés en 10 h. L’année suivante, il entre au Service de la Pêche à Papeete, comme agent technique, où il s’intéresse particulièrement à l’élevage, au captage et à la culture de l’huître perlière, collaborant aux travaux de William Reed, aux parcs à poissons des Tuamotu, au sauvetage de certaines espèces d’animaux marins, notamment les tortues, faisant presque chaque mois un voyage dans les Tuamotu. Jean Tapu a, aujourd’hui, abandonné la compétition, s’intéressant surtout à la formation des jeunes plongeurs. Les éditions Hachette-Pacifique lui ont demandé de préparer un Guide de la pêche sous-marine en Polynésie qui doit voir le jour prochainement. De son union, en 1951, avec Estelle Bennett sont nés : Irwin, 1952 ; Ilona, 1953 ; Gislaine, 1957.

TARIIRII A VEHIATUA PEEUEUE (1822-1889)

Chef et magistrat.

Né en 1822 à Mahina. Un des fils du chef de Teahupoo, Peeueue a Vehiatua descendant des grands chefs de la presqu’île. Au moment de l’insurrection suit son père, se joint aux révoltés et commande en chef au combat de Haapape, en 1844. A la fin de la même année, il négocie sa reddition, reconnaissant l’inutilité de la lutte, un des premiers à se rallier au protectorat français. Nommé chef du district de Haapape, Mahina. Depuis sa soumission et jusqu’à la fin de l’insurrection, il prend part à tous les combats qui ont lieu à Tahiti, avec un courage qui excite l’admiration des soldats français. Sert de guide aux Français, à la prise du fort de la Fautaua. En 1859, lorsque le gouverneur Saisset quitte Tahiti pour se rendre en Nouvelle-Calédonie châtier des tribus rebelles et punir les auteurs des meurtres de la vallée des Colons, et du Mont-d’Or, Tariirii est volontaire pour faire partie de l’expédition. Il est nommé capitaine d’un détachement, composé de son fils et de 24 Tahitiens. Il entre en campagne avec sa troupe le 25 mai 1859. Jusqu’au 1 novembre, il ne cesse de guerroyer avec ses Tahitiens. Dans des opérations dans la région de Yaté il est cité à l’ordre « pour être entré l’un des premiers à la tête de sa vaillante petite troupe dans le village d’Ounia » (Messager de Tahiti, n° 366, 1868). Au cours de la même campagne, il ira combattre à Hienghène, puis traversera l’île avec la colonne expéditionnaire, de Canala à Bourail. A la suite de cette participation, par décision du Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, un cotre de l’administration à Nouméa portera le nom de Tariirii, en souvenir des services rendus par le chef tahitien. Tariirii sera vice-président de la Haute-Cour tahitienne. Il mourut le 3 juin 1889 à Arue. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Sur sa tombe le gouverneur Lacascade rappela le dévouement de Tariirii à la France, « sa foi vive et sincère à la cause qu’abritait le drapeau français ». Il retraça « les services signalés rendus par le défunt à son pays comme à la cause de la civilisation à Tahiti ». La colonie perd en lui, déclara le Gouverneur, « un magistrat intègre et éclairé. Un honnête et digne citoyen ; la population tahitienne un ami et un défenseur éclairé ». (Journal officiel des Établissements Français de l’Océanie, juin 1889). - D’une première union avec Meari a Daly sont nés : Matautau, 1840-1869, qui épouse Tita fils de Pohuetea, le 7 janvier 1858 à Haapape. - Vahinetua, 1850-1918. - Tehobo, 1857-1877, épouse le 14 octobre 1874 à Mahina, Tenetefarau a Tinihau. - Aucune postérité d’une seconde union avec Teahu a Tinihau, le 28 octobre 1885 à Mahina.

TARTIERE, alias BUTLER, Jean-Baptiste (1821-1884)

Marin.

Né le 9 juillet 1821 à La Rochelle (Charente-Maritime). Probablement ancien marin des équipages de la flotte. Arrive à Tahiti en 1867. Exerce son métier de marin sur les diverses goélettes de la flotille du port de Papeete, jusqu’en 1878. Au cours d’un voyage à l’île Maupiti son navire se brise sur les récifs de l’île. Dans ce naufrage il a une jambe fracturée. En 1879, est ouvrier aux Ponts et Chaussées. Meurt le 24 mars 1884 à Papeete.

TATI (1774 ?-1854)

Chef de Papara.

Il se souvenait avoir vu Cook lors de son dernier passage à Tahiti en 1777. Son nom véritable était Taura Atua i Patea. Il appartenait au clan des Tevas qui avait été un des maîtres de Tahiti. Il était déjà chef des Papara lorsque Pomaré II, en juin 1807, tenta un coup de force sur la côte ouest de Tahiti. Tati est alors exilé à Bora Bora où il se marie. Plus tard Tati se rallie à Pomaré et, en novembre 1815, va reprendre sa chefferie occupée par son frère Opuhara qui est tué en combat. Comme chef de Papara il favorise la politique menée par Pomaré et, en particulier, donne son appui au code promulgué par lui en 1819. Mourant, Pomaré II aurait volontiers vu Tati prendre sa succession ; mais le parti des missionnaires protestants s’oppose à ce transfert de la puissance royale et pense avoir un otage dans la personne du jeune Pomaré III, au sacre duquel Tati participe en portant la couronne. Lors de la crise des Mamaia qui troubla le début du règne de Pomaré vahine IV, Tati prit le parti de la mission contre la Reine. En 1829, il attaque violemment les Mamaia et finalement la Reine doit céder. Tati sera pour le Protectorat français. Il est persuadé de la nécessité de l’intervention d’une puissance étrangère pour éviter à Tahiti l’anarchie et il signe, avec le régent Paraita, la lettre du 9 septembre 1842 demandant le protectorat à Dupetit-Thouars. Pendant l’exil de la Reine et la révolte, Tati demeurera fidèle aux Français et aide Bruat de son mieux. Lorsque Pomaré est rétablie dans ses droits, en février 1847, Tati sera comme naturellement porté à la présidence de l’Assemblée législative pour les sessions de 1848, 1851 et 1852. Il meurt, âgé de plus de 80 ans, le 16 juillet 1854. Moerenhout, qui avait connu en 1830 un Tati en pleine vigueur et avait été son hôte et son ami en a laissé, dans le premier volume de son Voyage aux îles du Grand Océan, des notations sympathiques. « Un des plus beaux hommes du pays, même parmi ceux de la haute aristocratie. Taille de cinq pieds dix pouces : membres bien faits et bien proportionnés ; figure des plus nobles et des plus imposantes qu’on puisse rencontrer ici ; front élevé, yeux pleins d’expression ; nez quelque peu aquilin ; bouche un peu grande, mais ornée d’une dentition superbe ; visage rond ; contenance ouverte, nonobstant un air sévère fait pour inspirer à la fois la confiance et le respect ; car tous ses traits respirent non pas la hauteur et l’orgueil, mais la fermeté et l’harmonie du commandement » (p. 231-232). « C’est, de tous les chefs, celui qui a le plus fréquenté les étrangers et qui a les meilleures manières. Il jouit aussi de la réputation d’être bon, droit, honnête, favorable aux étrangers et sincèrement attaché à la religion chrétienne » (p. 255). La maison de Tati est bâtie, à Papara, sur une éminence d’où l’on prend une vue merveilleuse tant sur l’arrière-pays que sur la mer. Moerenhout y trouve une chambre confortable : « Il y avait un bon lit, bien propre, garni de rideaux en étoffes du pays, soigneusement fermés, pour empêcher d’y entrer les moustiques… J’y trouvai aussi une cuvette, de l’eau, des verres, un essuie-main. Le tout, enfin, était en bon ordre, et d’une propreté qu’on ne trouve pas toujours en des contrées plus civilisées » (p. 254). Le repas qu’on lui sert à son arrivée émerveille Moerenhout, moins peut-être par son abondance que parce que « tout fut servi suivant l’usage d’Angleterre, en changeant d’assiettes, de couvert, de couteau et de fourchette à chaque mets » (p. 254). La femme de Tati était là, « âgée de quinze à seize ans seulement, assez jolie de figure, forte et d’une haute stature ». Elle servit du thé. « A la manière dont cette O-taïtienne nous le servait, on l’aurait à sa couleur et à sa toilette près, prise pour une Anglaise. Le service était assez joli, très propre et le thé de bonne qualité » (p. 257). « Avant de se coucher, Tati se fit apporter la Bible, y lut quelques passages d’une des épîtres des apôtres et dit une prière ; après quoi on lui apporta encore [on lui en avait déjà servi à table] son bon genièvre de Hollande, qu’il aimait, sans en boire beaucoup » (p. 258). A ces vertus domestiques et à cette adaptation au confort anglais le plus raffiné, Tati, « le chef le plus considéré de l’île », joignait des qualités d’homme politique. « Il a le goût des entreprises commerciales, est doué d’une grande activité, d’un esprit juste et prévoyant » (p. 231). « Homme distingué pour un Indien, doué… d’une volonté ferme, d’une éloquence mâle, imposant par son air, sa taille, sa figure, par son regard et le son de sa voix, il était né pour l’empire et peut-être pour rendre son peuple heureux et florissant. Son désintéressement personnel et les fausses vues qu’avaient alors les missionnaires, en l’empêchant de se mettre à la tête des affaires, ont occasionné la ruine de la contrée »… (p. 281). Tous ses contemporains ont été frappés par son éloquence « le chef Tati, écrit Louis Reybaud, est la lumière du pays, l’orateur le plus écouté, l’homme politique et l’oracle de ces îles ». Dix ans plus tôt, au plus fort de la lutte des Mamaia, Moerenhout signale Tati dans l’assemblée, « vêtu d’une redingote de drap rouge ». « J’eus là l’occasion de voir Tati dans son beau. Je ne le comprenais pas assez pour apprécier son éloquence parlée ; mais quelle expression dans son regard, dans toute sa physionomie ! quelle mélodie dans la voix ! quel geste et quelle tenue ! C’était Talma sur la scène…, mais Talma dans un de ses rôles d’éclat… Il reprocha aux Mamaia leur ignorance, leurs mauvaises mœurs ; et, s’animant par degrés, il s’approchait peu à peu de ses adversaires, pendant que sa figure prenait une expression terrifiante… ; mais surtout, quand, les yeux en feu, les lèvres tremblantes, et avec ce son de voix qui trahissait une passion ardente et une extrême agitation, il les menaçait, par un geste qui n’était que trop expressif, de les faire jeter à la mer ; je vis, non seulement ces infortunés, mais presque tout l’auditoire, reculer et frémir. C’était beau ; c’était antique ! » (p. 244-245). Il mourut au cours d’une épidémie — rougeole accompagnée de dysenterie — qui décima une partie de la population et au cours de laquelle 800 Tahitiens périrent. « L’île vit en lui disparaître une des plus grandes figures de son histoire, il mourut emportant les regrets de toute la population » (Caillot, p. 292). De son union avec Tehea, fille d’un chef de Bora Bora, Tati a eu sept enfants : Tepau, marié à Marama « e iatoai », mort en 1834. — Faitohia, 1802-1879. — Ori, 1806-1871. — Tapufaua, tué à Mahaena, le 17 avril 1844. — Otu († 1850). — Hareotahi, 1813-1882, chef mutoi, à Atimaono. — Fenuati. — Onohi. 1815-1894.

Bibliographie. Voir : Moerenhout, Voyage aux îles du grand Océan, t. I, p. 231-258 ; 279-281 ; 314-340 et passim. — B. Cambazard, Tati, une grande figure tahitienne (Bulletin de la Société des Études océaniennes, oct. 1938, p. 78-89). — Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, Paris, 1910, passim. — Le chapitre : Parlement des îles de la Société, dans l’ouvrage de Louis Reybaud, Marines et Voyages, Paris, 1854, p. 17-101. — Moerenhout, lors de son passage dessina un portrait de Tati « qui lui ressemble assez, quoiqu’il ne se tînt pas un moment tranquille ». Il est reproduit p. 258 de son livre. Il a servi de base à l’illustration de cette notice. Un autre dessin de Tati par Giraud, Illustration, janvier 1848, p. 328.

TATI, Teura i te rai (1850-1918)

Grand chef de Papara.

Le second fils d’Alexandre Salmon succédera, en 1890, dans la chefferie de Papara à sa mère Ariitaimai, qui avait occupé, les dernières années à titre honoraire, ce poste à la mort du grand Tati en 1854. L’historien américain, Henry Adams, introduit par R.L. Stevenson auprès de Tati en a laissé un portrait vivant « un grand homme aux yeux des Tahitiens », « chef de la plus grande famille indigène de l’île… moitié juif anglais, moitié, par l’hérédité, grand chef de Teva ; il regarde les Pomaré avec un dédain altier, comme des parvenus ». Adams va le visiter dans sa résidence de Papara. La maison de Tati, où il est surpris de trouver les portes, « is an old French affair » pas très différente d’une maison en brique du Mexique, mais avec des entrées et des sorties. Elle est située à même le sol, au bord du rivage. Tati surprend Adams par sa vitalité ; chez lui, Tati est un vrai tourbillon apportant partout avec lui fraîcheur et gaieté. « C’est un hôte charmant… Il est intelligent, instruit, plein d’intérêts particulièrement pour tout ce qui concerne son clan et son île, et un grand seigneur comme on en voit rarement de nos jours ; les huit districts de Teva de son île n’ont d’autres désirs que les siens, et son influence est plus grande que celle du gouvernement français, des Pomaré et de l’Église ensemble. Tati est un jeune homme calme, de 38 ans, et sa femme n’est pas ici. » Adams passera plusieurs semaines chez Tati, heureux de le voir agir en chef et d’être reçu en ami. — Tati restera l’ami de son « frère » Henry Adams et sera son plus intelligent et son plus fidèle informateur pour la rédaction des Mémoires d’Ariitaimai. Les notes et les généalogies de lui qui parurent in extenso dans le livre ne se comptent pas. On a conservé, dans les « Adams Papers », à la Massachusetts Historical Society, à Boston, la correspondance de Tati à Adams (1892-1916). La négligence tahitienne a malheureusement laissé se perdre les lettres d’Adams à Tati. En oct.-nov. 1892, Tati ira aux États-Unis pour y chercher de nouveaux marchés pour la nacre et le café et passera un mois à Washington chez Adams. Tati cumulait les fonctions de chef du district de Papara, de conseiller général de Tahiti, de négociant et de colon : on le dit propriétaire de 4 000 hectares et l’administration lui accordera le Mérite agricole ! Sujet anglais par sa naissance, il demanda et obtint sa naturalisation en 1880. Bon connaisseur de coutumes et des traditions tahitiennes, il publiera des articles dans le Journal of the Polynesian Society. De son union avec Turia, surnommée Tuâ, sont nés : Opuhara, 1875, épouse Terii na vahoroa, fille de Tamatoa V a Tu, roi de Raiatea. Deux enfants : Poma, 1904-1973, Tevahine Airoroatua, et Alexandre, 1966. — Teraiefa. — Tauraaatua († 1918), épousa en premières noces Teipo te Marama († 1914). De cette union sont nés : Hina ; Tutea, décédée ; Tavai, décédée ; Turia : Alexandre, marié, deux enfants ; Joséphine, Tetua Uri, épouse J.P. Nordmann. Épouse en secondes noces, Raiti a Taaa, deux enfants, Élisabeth, Mino. — Mote Teuraiterai, († 1926), chef de Papara, épouse Teriinavaharoa Tamatoa a Pomare, la veuve de son frère Opuhara. De leur union sont nés trois enfants : Aimata et Teriinavaharoa, surnommée Marie, mortes en bas âge ; et Teuraiterai Aro rua Taaroa Temanaha Eric, 1911-1967, qui épouse Faataumata a Tauatiti, de Haapiti à Moorea. De leur union sont nés : Marthe, Vahinemoea, 1941, épouse en 1964 Francis Bardon de Perpessac ; et Teuraiterai, surnommé Tua, 1942, épouse en 1968 Marie-Hélène Helme, plusieurs enfants. — Hotutu († 1959), plusieurs enfants dont Tutsi, qui épouse un Chave, et Jessie, infirmière à Papeete. — Teeva, Irène, épouse un commerçant américain, Mr Wilson, décédé, cinq enfants. — Tupai ura. — Tita Tetua, 1890, épouse Philippe Micheli, capitaine au grand cabotage, décédée. Sans enfants.

TAUFA, Charles (1937)

Fonctionnaire, dirigeant syndical et homme politique.

Né à Papeete le 4 mai 1937. Études au Collège La Mennais. Entre aux P. et T. Réussit au concours de l’inspection. Militant syndical, il cherche en 1964 à obtenir pour les fonctionnaires du cadre territorial les avantages dont bénéficiaient ceux de leurs collègues qui avaient demandé leur intégration en 1958. Les ressources du budget local ne permettant pas de leur donner satisfaction, l’Assemblée Territoriale où la majorité est alors composée d’élus de l’UNR et de la fraction du RDPT, nuance Tauraa, recherche une autre solution : le conseiller de gouvernement Émile Le Caill et le conseiller territorial Gérald Coppenrath élaborant alors avec le chef du Service des Finances, M. Pean, et le chef du Service du Personnel, M. Mansuy, les grandes lignes d’un projet d’intégration massive de fonctionnaires territoriaux dans les corps de l’État qui, grâce à l’action du Gouverneur Sicurani et à la suite de plusieurs missions de l’Assemblée à Paris, deviendra la loi du 11 juillet 1966. Déjà conseiller municipal de Papeete, Charles Taufa est élu à l’Assemblée Territoriale en 1967 en tête de liste du parti qu’il a fondé, le Taboeraa ui api. Il développe alors ce parti parallèlement à son syndicat qui étend son activité au secteur privé. C’est ce syndicat qui, en 1973, décidera en représailles des boycotts néo-zélandais et australiens le contre-boycott des avions de la Compagnie Air New-Zealand. Candidat à la députation en 1968 et en mars 1973, Charles Taufa arrivera en troisième position derrière le député Sanford et M. Gaston Flosse, mais les résultats témoignent de gains dans les Archipels que laissaient présager les territoriales de septembre 1972. Son parti avait fusionné deux ans plus tôt avec le la Ora o Polynesia, où militaient M. Gérald Coppenrath et Éric Lequerré, les indépendants de M. Frantz Vanizette et ceux qui avaient pour leader M. Jean Roy Bambridge. Ce regroupement donnait naissance au Te Autaboeraa, qui a actuellement trois représentants à l’Assemblée Territoriale (Frantz Vanizette, Michel Law et Tama de Moorea) et deux au conseil du Gouvernement (MM. Taufa et Maco Tevane, son suppléant aux législatives). Le Te Autaboeraa, auquel s’apparentent dans une certaine mesure des élus indépendants tels M. André Porlier (Tuamotu), M. Guy Rauzy (Marquises) et Mme Tara Lenoir (Australes) forme l’actuelle majorité avec l’UT-UNR. Son programme, publié lors de sa fondation, tout en tendant à maintenir et à consolider la présence française, préconise une évolution institutionnelle fondée sur la promotion polynésienne dans le cadre de la République. — De son union, en France, avec Josette Milet, sont nés : Jean-Charles, Raphaël, Christine.

TAUHITI, Taruiarii Horahitu (1882-1959)

Pasteur-missionnaire de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Né le 30 septembre 1882 à Mahaena, Tahiti. Par sa mère, il est l’arrière-arrière-petit-fils de Stanislas Moanatini, chef de Taiohae à Nuku Hiva, Marquises. Son père, Teriinohorai, étant de la famille royale de Tahiti, il fut élevé et formé dans la maison royale à Tahiti. Membre zélé de la mission Sanito, il en est nommé Ancien en 1913 ; il sera, en 1951, promu à l’ordre des Soixante-dix, ordre missionnaire, étant le premier Tahitien à recevoir cette charge. Sera délégué à la Conférence mondiale aux États-Unis. Meurt du cancer le 6 mars 1959 à Papeete. — De son union avec Teahaterava a Paiea, le 1 juillet 1911, sont nées deux filles : Taratea et Roroarii. Devenu veuf, il s’est remarié avec Teata a Tamariki, le 9 mai 1919. Elle aussi mourut. Il s’est marié une troisième fois avec Tetamoha (Tuana) a Araiaiti a Tupea le 19 août 1933.

TAURAA, Jacques (1920)

Agriculteur et homme politique.

Né le 2 février 1920. Conseiller des îles du Vent. Président de l’Assemblée Territoriale de 1959 à 1967. Jadis employé de commerce, il s’est accessoirement intéressé à l’agriculture. Tête de la liste R.D.P.T. aux élections municipales de 1959. A été président de la Chambre d’Agriculture et d’Élevage jusqu’en 1957. Il est considéré comme élément modérateur du R.D.P.T. : de par ses fonctions comme par tempérament il s’est efforcé de maintenir des liens entre son parti et l’administration, sa popularité dût-elle en souffrir.

TAURU, Gabriel

Ministre du Gouvernement.

Fut un temps employé aux Établissements Martin avant de s’occuper de culture dans le district de Hitia. Militant très écouté de son parti auprès des masses rurales, s’est comporté depuis son élection comme un conseiller de gouvernement modéré.

TAVAEA TEVAEARAI (1892)

Chef du district de Tautira où il est propriétaire exploitant.

Né à Tautira, le 27 mai 1892. Fils de Tamai Tevaearai, 1833-1919. Fait partie du contingent tahitien lors de la Première Guerre mondiale. Parti sur le front français en 1916, il rentre en 1919, soldat de première classe, trois fois cité à l’ordre du jour et décoré de la croix de guerre. A son retour en 1919, il est nommé chef du district de Tautira et sera toujours réélu à ce poste jusqu’en 1972 où il passe la main à son fils adoptif Tutaha Salmon qui sera élu maire de Tautira. Tevaearai aura donné au cours de ce demi-siècle de nombreuses marques de son intérêt pour le district et ses habitants. Situé au « terminus » de la route de l’île, Raiarii — tel est son nom familier — a eu l’occasion de montrer la plus généreuse hospitalité à de très nombreux et illustres visiteurs. Hommes de science, pêcheurs, officiels, simples touristes auxquels il fait visiter le Pari, petits chanteurs de la Croix de Bois qui lui doivent une splendide réception, chacun garde du chef de Tautira le souvenir d’une tête solide et d’un grand cœur. Tavaea Tevaearai est chevalier de la Légion d’honneur. De son union en 1912 à Tautira avec Taatarii, vahine a Raiteva, sont nés : Terii Hauataa, 1913, et Tetuaiteroi, tous les deux mariés. — Veuf, il épouse, en 1942, en secondes noces, Teumere Faaruia, 1902, union demeurée sans postérité.

TEAKA, Makario, dit Pou (1913-1971)

Marin.

Né à Reao. Le Père Paul, le futur Mgr Mazé qui l’a éduqué, s’intéresse à lui et le fait venir à Papeete où il s’engage dans la Marine nationale. Volontaire en 1940, il fait les convois d’Atlantique-Nord à bord de la corvette Cdt. Drogou. Revenu de la guerre avec la médaille de la Résistance et la Croix de guerre, il reste dans la Marine nationale ; ses connaissances de gabier et ses qualités de barreur le font affecter à différentes missions hydrographiques avec les Cdts Nay et Vallaux. Il y rend des services exceptionnels. Polynésien et Français, grand chrétien, homme d’une bonté inépuisable, Pou avait l’estime de tous. Décédé à l’hôpital de Papeete.

TEARAITUA A HIAPO, plus connu sous le nom de TAAMU (1817-1910)

Grand juge.

Né en 1817 à Huahine. Fils de Hiao, famille de Hui Raatira de Papenoo et de Mama. A l’arrivée des Français, Taamu était juge au district de Taunoa près de Papeete. Un des premiers adhérents au protectorat français en 1842. Est membre de la commission indigène qui assiste l’enseigne de vaisseau de Carpegna dans l’application du traité du 9 août 1842. A la mort du grand juge Hitoti, Bruat le nomme grand juge du tribunal des Toohitu, le 1er février 1843. Il n’est pas sans habileté et rend des services. Adversaire déclaré des missionnaires de la Société des Missions de Londres. Pendant l’insurrection de 1844-1846, il est constamment en démarches, pour recruter des adhérents au protectorat. Il obtient des soumissions importantes parmi les révoltés. Député à l’Assemblée législative tahitienne. Sert pendant de longues années, comme juge à la Haute Cour tahitienne. L’âge aidant, il se retire à l’île Moorea où il meurt dans une extrême vieillesse à Papetoai, le 4 mars 1910. Il y avait épousé, en 1835, Maihana a Taututautoro.

TEARIKI, John dit Jony (1914)

Armateur et homme politique.

Né le 12 juillet 1914 à Afareaitu, Moorea. Sa famille, du nom de Puairau, était originaire de l’île Rimatara. Son père avait été élevé à Rarotonga, îles Cook, où il était connu sous le nom de Teariki, « le roi ». Sa mère était originaire de Afareaitu où il est né. Études à l’école protestante des garçons, école Viénot. Mobilisé sur place en 1939. Propriétaire terrien à Moorea. Également propriétaire personnel des caboteurs Moanatae, Tamarii Eimeo, et, en association, du Rootui, qui relient journellement Papeete à Moorea. Chef du district de Afareaitu ; Conseiller de Moorea à l’Assemblée Territoriale depuis 1953, son mandat est renouvelé en 1957, 1962 et 1972. Préside cette Assemblée en 1969 et 1971. Suppléant de Marcel Oopa, élu député, il le remplace après la mort de ce dernier en septembre 1961. Élu personnellement député le 2 décembre 1962, il n’est pas réélu en mars 1967. Mais devient alors le suppléant de Francis Sanford. A ces différents postes, prend position, un des premiers, contre les expériences atomiques et s’y oppose systématiquement, voyant en elles un grave danger pour la santé des populations qu’il représente. Prône également l’autonomie interne. Dans le domaine des actions locales, a rêvé de faire de Moorea, dont il deviendra le maire lors de la constitution des communes en 1972, une zone protégée, se refusant de voir les belles plages de son île devenir des Waikiki. Un rapport, présenté à l’Assemblée Territoriale en fin de 1961 et repris en 1964, demandait le classement de certains sites de Moorea, de manière à lui conserver son caractère typiquement polynésien. — Dans l’ordre des réalisations personnelles, Teariki achètera le domaine Japy à Taravao et poursuivra l’œuvre de ce pionnier en y pratiquant l’élevage du bétail avec une ferme d’œufs. Épouse, le 10 février 1945 à Afareaitu, l’institutrice Simone Raoulx, sœur de la cheffesse d’Arue. Union demeurée sans postérité. Il a comme frères et sœurs : Teraipoia, 1906, institutrice, épouse un Suisse naturalisé français, Hans Heuberger, hôtelier à Paopao ; une fille de cette union. — Annie, 1910, institutrice, directrice de l’école de Paopao ; épouse, le 21 décembre 1946 Teaharoa Punua a Firiapu. — Pauline, 1913, épouse, le 28 octobre 1937 à Papeete, Henri Bouvier, divorce en 1946 ; tient l’hôtel-restaurant de Afareaitu. — Frida, 1916, infirmière, épouse, le 16 octobre 1943, à Papeete, François Bordes, fils du chef de Afaahiti. — Willy, 1918, qui après avoir assisté Karl Schoenburg dans la gérance de la propriété Harrisson Smith-Crane à Paopari, en assure l’entretien et la garde depuis qu’elle est passée dans le domaine territorial, devenant le Jardin Botanique de Papeari. Épouse, le 15 mars 1947, à Afareaitu, Bellona Fuller, sage-femme.

TEAROTAHI (1896-1956)

Pasteur.

Né à Avera, île de Rurutu. A la suite d’un petit accident — un pouce déformé qui l’empêche d’exercer le métier de coiffeur — où il croit voir un blâme de sa conduite et une marque du « doigt de Dieu » se met à suivre, à vingt ans passés, la classe des catéchumènes. Se fait remarquer par sa connaissance étendue de la Bible et la profondeur de sa pensée. Plus tard, se sentant appelé à exercer le ministère pastoral, il est envoyé, après plusieurs examens, à l’école pastorale de Papeete où après des débuts difficiles il se mit au courant des études et put recevoir la charge pastorale vers 1925. C’est la paroisse d’Arue, Tahiti, qui lui adressa vocation. Il s’y fit adopter et aimer à cause de sa foi vivante, de la profondeur et de l’originalité de sa pensée. Cette pensée était toujours marquée au coin d’un grand bon sens et d’une psychologie toujours en éveil. Avec cela une grande modestie et un réel amour de ses paroissiens. Il est mort à Arue en 1956.

TEFAATAU, Félix (1923)

Né le 8 mai 1923.

A remplacé Tautu Oopa, après la mort de ce dernier, comme conseiller des îles Sous-le-Vent à l’Assemblée Territoriale et, à ce titre, s’est opposé à la construction de l’aérodrome d’Uturoa.

TEHAAPAPA (1879-1917)

Nom de couronnement de la dernière reine de Huahine.

Elle s’appelait d’abord Teriinavahbroa Teriitaria et était fille aînée de Marama Teriifaatau a Teururai, de la lignée royale de Huahine, et de Tetuanuimarama Teramanaarii a Teuruarii, de la lignée royale de Rurutu, dont elle naquit le 8 août 1879 à Fare. Elle fut couronnée en 1893, en remplacement de sa grand-mère Tehaapapa I, abdiqua en septembre 1895, date à laquelle Huahine devint République sous protectorat français, et mourut le 27 avril 1917 à Fare. Elle s’était mariée, à Fare, avec Teriitevaearai a Mai, descendant du chef Mai de Bora Bora, le 15 mai 1895. Son mariage est relaté par A.C. Eugène Caillot : Les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation, Paris, 1909, p. 130-131. Elle en divorça le 6 août 1897 et vécut ensuite en concubinage avec Tinitua a Tuariihiona ; un enfant du premier lit qui sera longtemps chef de Fare et onze du second, lesquels ont fait établir par jugement leur filiation maternelle naturelle.

TEHUIARII, Tute (1781-1858)

Pasteur et missionnaire protestant.

Originaire de Moorea, il est adopté par Vairaatoa qui lui donne le nom obtenu par échange avec Cook. Suit les missionnaires de la L.M.S. à Huahine en 1818 et est baptisé le 4 septembre 1819. Chef de la première église indigène locale. Désigné par W. Ellis en 1824, comme chapelain de Kamehameha III, roi de Hawaii. Arriva dans l’archipel avec sa femme et ses filles Maraiura et Auhea. Instituteur évangéliste en même temps que chapelain du roi. Il sera également, en 1854, aumônier de Kamehameha IV, jusqu’à sa mort, en 1858.

TEIKITUTOUA André (1922)

Colon et homme politique.

Né à Hakahau, îles Marquises, le 6 septembre 1922. Prend la suite de William Grelet à l’Assemblée Territoriale où il est élu en 1964, réélu en 1967 et 1972. Maire de Ua Pou en septembre 1972. Marié et père de 11 enfants.

TEISSIER, Jean Fortuné (1822-1894)

Soldat, gendarme et fonctionnaire.

Né à Lubac (Basses-Alpes). Incorporé en septembre 1843 dans un régiment d’artillerie de marine. Arrive à Tahiti sur la Provençale, et débarque à Papeete le 9 mai 1847 comme brigadier au régiment d’artillerie de marine. Après avoir servi quatre ans au régiment obtint son passage, le 1er février 1848, au détachement de gendarmerie qu’on venait de former à Tahiti. Fut chef de poste de gendarmerie à Punaauia, Papara, Moorea et Taravao, où il fut nommé brigadier en décembre 1858. Il se marie le mois suivant et, en 1859, est envoyé avec sa femme et un fils en bas âge en Nouvelle-Calédonie. Il reste en Nouvelle-Calédonie jusqu’en 1867, servant en différents postes, et particulièrement dix-huit mois à l’île des Pins. Reçoit la Médaille militaire en 1861. Rentre à Papeete par la frégate à voiles l’Isis. Mis en position de congé, il part en 1868 à Rapa, mis à la disposition du Résident de l’île, comme commissaire de police. Là, « au milieu d’indigènes auxquels il apprenait à aimer notre drapeau, il entreprit, avec une sagesse confirmée et sans défaillance, l’œuvre civilisatrice continuée par ses successeurs ». Débarqué à Papeete du transport Eurydale, le 3 avril 1869, sa mission à Rapa terminée, il fut nommé régisseur de la prison coloniale de Papeete le 4 avril suivant. Il occupa ce poste jusqu’en 1878, date à laquelle il prit sa retraite, se retirant au district de Punaauia où il était propriétaire. Les indigènes l’avaient surnommé « Papa Titié ». Il mourut à Papeete le 22 mai 1894. Outre la Médaille militaire, il avait reçu, en 1863, la Légion d’honneur. Le Journal Officiel de la colonie (1894, n° 22) a conservé les paroles d’adieu prononcées sur sa tombe par le lieutenant Ryckelinck. De son union, le 21 janvier 1859, à Taravao, avec Léocadie Van Bastelaere, née à Patrick Plains (Australie) et décédée à Papeete le 26 juin 1880, sont nés : Fortuné, 1859-1929, propriétaire à Punaauia, membre de la Chambre d’Agriculture, un enfant. — Valentin, 1862-1926, propriétaire à Punaauia, huit enfants. — Valentine, née en 1863, décédée en 1959. — Henriette, 1865-1932, couturière à Papeete. — Eugène, 1866-1922, propriétaire à Punaauia, trois enfants. — Henri, 1868-1952, propriétaire à Punaauia. — Marie, 1870-1919. — Edouard, 1872, meurt en bas âge. — Berthe, 1873-1942, épouse un Evenou, deux enfants. — Gabrielle, 1875-1926, un enfant. — Esther, 1877-1950, épouse un Kurka, deux enfants. — Emmanuel, 1879-1955, cinq enfants.

TEISSIER, Raoul (1904)

Fonctionnaire.

Petit-fils du précédent. Né à Papeete le 22 décembre 1904. Études chez les Frères de Ploërmel à Papeete. Apprenti à l’Imprimerie du Gouvernement (1920), ouvrier titulaire (1926). L’esprit d’aventure aidant, s’engage dans l’infanterie de marine et participe à une campagne au Tonkin de 1927 à 1930, avant de faire une carrière dans la gendarmerie (1935) qui l’amènera successivement à Canala, en Nouvelle-Calédonie ; en France (1937-1945) : puis à Tahiti où il sert de 1946 à sa retraite, en 1958. Pendant son séjour, il est détaché au cabinet militaire du gouverneur (1952-1958), comme adjudant-chef. Le militaire se double en Raoul Teissier d’un citoyen qui prit parti, dès fin 1941, pour la résistance intérieure française. Il y a en Raoul Teissier un curieux d’histoire locale. Outre une efficace collaboration à la première édition de ce répertoire, on lui doit des recherches érudites sur la démographie des E.F.O., les cyclones, etc. et il prépare un travail sur le Bataillon du Pacifique. Il est philatéliste et collectionneur, médaillé militaire et chevalier d’Académie. On trouverait les principaux articles de Raoul Teissier dans le B.S.E.O., le Semeur des années 1959 et Tamarii Tahiti. Il épouse à Marseille, le 2 août 1932, Suzanne Pèronot, qui, infirmière et assistante sociale, sera attachée aux services des affaires sociales, et responsable depuis 1949 du centre médico-scolaire de Papeete où elle s’est, de longues années, dévouée avec efficacité. Elle est décédée à Auckland le 30 novembre 1973. De cette union sont nés : Danièle, 1933, épouse en 1953 Sylvain Millaud, deux enfants : Jean-François, 1954 et Isabelle, 1956. — Marie-Claude, 1939, qui, après avoir pris en France ses diplômes d’infirmière et d’assistante sociale et épousé en 1962 un Orléanais, Daniel Duprat, dessinateur, revient à Tahiti. Elle va en 1972 faire un an de stage en Nouvelle-Zélande pour obtenir le diplôme d’Éducation sanitaire de l’O.M.S. Un fils, Simon, 1962.

TEKARAKE, Tekakahu Metuaore (1847-1909)

Évêque de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Né en 1847. Membre zélé de l’Église, il est d’abord pasteur-missionnaire de la mission Sanito avant d’être nommé évêque, en 1901, étant le seul Tahitien à recevoir cette charge. Il mourut en 1909 et fut enterré à Tiona, district de Faaa, Tahiti.

TEMARII A TEAI (1899)

Marin.

Né le 14 juin 1899 à Papeete. Entre à 13 ans à l’atelier de mécanique du service des Travaux publics. Après son service militaire à Nouméa, travaille comme mécanicien aux Travaux publics, à Makatéa, à la station de T.S.F. de Mahina ou sur des goélettes, avant de naviguer, à partir de 1929, comme capitaine sur des goélettes locales. Fera partie de l’état-major du trois-mâts à moteur Maréchal Foch, capitaine Émile Brisson, au temps de la prohibition, pour un voyage de bootleggers sur les côtes du Mexique, et commandera presque sans interruption le Potii Raiatea de 1932 à 1937, puis la Tamara, en 1937 et 1938. Rejoint Los Angeles pour embarquer, en février 1939, comme second capitaine sur le navire à moteur américain Memory, ancien yacht transformé, capitaine Lewis Hirshon. Arrivé à Papeete, le navire est francisé sous le nom de Hiro et Temarii en prend le commandement pour assurer des liaisons interinsulaires. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Temarii s’engage comme premier maître dans les F.N.F.L., le 20 janvier 1942. Commandera la vedette VP. 63 aux Hébrides. Regagne Nouméa en avril 1945 par ses propres moyens. Embarquera comme second à bord de l’Oiseau des îles en 1945 avec lequel il fait le voyage d’Auckland pour réparations. Commandera dans la suite épisodiquement des goélettes locales et en particulier la Tamara, navire de l’administration de 1947 à 1956. On le trouve encore sur la Vaitiare de P. Guilbert, et, de 1960 à 1962, sur le m/v Namoiata de Tony Bambridge. En 1957 et en 1963 il prend le commandement du yacht américain Mareva qui transporte dans les archipels des chercheurs américains de la Smithsonian Institution pour des collectes de coraux, de poissons, de sables et de boues marines. Cette expérience de la mer et des recherches lui valent, en 1966, d’être nommé conseiller technique auprès du C.E.P./S.N.C.B. où, écrira l’amiral Thierry, il « rend des services insignes grâce à ses solides connaissances scientifiques touchant la flore et la faune de la Polynésie française et à ses relations dans les milieux polynésiens » ; et les hommes de science qui gravitent autour du C.E.P., les Denizeau, les Salvat, les Plessis lui doivent beaucoup. Il a été de 1945 à 1962 conseiller municipal de Papeete. Au cours de sa longue carrière maritime, Temarii a rassemblé près de 700 ouvrages concernant principalement Tahiti, la Polynésie et la mer. A ces livres qu’il aime et a lus, il a joint des dessins, des gravures et des peintures qui font du bureau où il vit à Arue un petit musée familial. Il est chevalier de la Légion d’honneur et du Mérite maritime. De son union, en 1928, avec Hélène Taporofarerani sont nés : Maurice, 1930, géomètre à la SETIL ; Jean, 1931, qui appartient au peloton de gendarmerie locale, marié, trois enfants ; Hélène Iris, 1932, secrétaire à l’U.T.A. ; André, 1937, agent de maîtrise à la maison Martin ; Edouard Charles, 1934, secrétaire à la Chambre de commerce de Papeete.

TEMAURI, Rosine (1944)

Peintre amateur.

Femme du peintre Jean Masson. Originaire de Raiatéa. A signé des gouaches, « paysages très dépouillés qui ont un côté naïf et surnaturel, des natures mortes et des intérieurs où transparaît le plaisir qu’elle a eu à les faire. Rosine peint comme elle respire, comme elle chante, comme elle danse, sans professeur, poussée par son seul instinct, essayant d’exprimer ce qu’elle ressent ». (Le journal de Tahiti, 8 avril 1964).

TEMOANA, Charles (1821 ?-1863)

Roi, par son père Pakauoteii et sa mère, de tout Taiohae à Nuku Hiva, îles Marquises.

Le « Mowanna » de Herman Melville. Né vers 1821. Stewart, le chapelain du Vincennes s’efforce en vain, en 1829, de faire reconnaître comme seul chef de Nuku Hiva le jeune Temoana, alors mineur. Les missionnaires anglais le conduisent à l’école de Rarotonga où il est instruit. Il voyage. R. L. Stevenson apprend qu’il aurait servi comme cook sur un baleinier et qu’on l’a montré (à cause de ses tatouages. Melville écrira de lui : « so embellished with spiral tattooing that they resembled « miniature Trajan’s columns ») pour quelques pennies à Londres et dans les ports anglais « of wich occurrence he is now much ashamed ». Le missionnaire Robert Thomson le rencontra en passant à Samoa et le reconduisit aux Marquises en décembre 1839. On lui donne alors 17 ou 18 ans. Il essaie de se faire reconnaître par les tribus de l’île. Six mois de combats s’ensuivent, au cours desquels la mission catholique est incendiée. Le Pylade, commandant Bernard, met la paix le 15 mai 1840. Dupetit-Thouars venant prendre possession des Marquises en 1842 traite avec Temoana et le reconnaît comme « roi de Nuku Hiva ». Son nom figure dans la reconnaissance de la Souveraineté française, signée le 31 mai 1842. Le lendemain il donne à la France le mont Tuhiva et la baie de Hakapehi « pour y construire un fort et y fonder un établissement ». On lui remet à cette occasion un pavillon tricolore. Temoana épouse en premières noces Apekua, fille aînée de Temaunui et de Paetini, qui lui donne un fils, Moanatini et une fille, Teikiautini. Apekua serait peut-être la Tahiaoko que la tribu des Taioa avait enlevée en 1842, au grand désespoir de Temoana, et que Dupetit-Thouars, sur la médiation du missionnaire Baudichon, le 9 juin de cette année, réussit à ramener, « tandis que les indigènes manifestaient leur joie de cette réconciliation par mille démonstrations étranges ». Temoana épousa en secondes noces, la sœur cadette de Apekua, Vaekehu, union qui demeura sans postérité. Temoana et Vaekehu recevront le baptême catholique en 1853. On voit encore Temoana participer, du côté des forces françaises, à la guerre contre la cheffesse qui avait prêché la rébellion en 1859. Il meurt d’une pleurésie le 12 septembre 1863 à la veille de la terrible épidémie de petite vérole qui devait voir disparaître la moitié de la population. Depuis son baptême il n’avait cessé de protéger le catholicisme dans l’île. Sans enfant de cette union avec Vahekehu, il adopta un garçon Stanislas Moanatini et lui transmit tous ses droits.

TEMOTEITEI, dit John BUTTERWORTH (1783-1801 ?)

Marquisien.

Né dans l’île de Tahuata. S’embarque à 16 ans, en février 1799, sur le Butterworth, avec le missionnaire Crook qui l’emmène en Angleterre où ils arrivent en mai 1800. Est alors confié à la Société missionnaire de Londres, mais meurt rapidement, victime du climat. Les missionnaires anglais de l’époque se sont occupés de lui et lui ont fait raconter ses souvenirs marquisiens. Cf. P. Rey-Lescure, Temoteitei, marquisien (B. S. E. O., Papeete, t. 7, 1945, p. 115-124).

TEOFAI

Originaire de Fatu Hiva (îles Marquises).

S’embarque à bord d’un baleinier qui le conduit à Hawaii, à Tahiti, aux premiers temps de l’occupation française. Il se bat contre l’occupant avec les révoltés, quitte le pays voulant se diriger sur Raiatea, mais arrive à Samoa où il devient un guerrier considérable parmi les hommes du Malo. Voir H. de Coux, Sept ans en Océanie (Revue contemporaine, 30 nov. 1856, p. 813).

TEPAU

Cette femme-chef, Atiai vahine, est de famille royale.

Elle est mère d’Ariitaimai et tante de Pomaré. Elle exerce une grande influence à Tahiti et à Moorea où elle possède plusieurs districts. Tepau avait épousé Tuati, fils aîné de Tati. — Devenue veuve, elle s’est remariée à un fort jeune homme, fils d’un hui-raatira de Taiarapu. « L’attachement de Tepau pour la Reine et, d’un autre côté, la crainte où elle était de voir ses districts lui échapper lui ont fait jouer pendant longtemps un double rôle dans les affaires de Tahiti. » Le 21 mars, jour de l’attaque du camp de l’Uranie, elle demande asile au Gouverneur « et depuis lors elle témoigne au Gouverneur un attachement sérieux ». Son mari « Atiau tane, prit part à toutes les expéditions subséquentes et ne s’éloigna du Gouverneur que lorsque son caractère un peu timide lui fit juger le danger trop imminent. Tepau réside aujourd’hui sur le district de Papeari où son représentant Pito Mai lui inspire quelque crainte par son influence qui tend à la rendre indépendante. Cette femme est remarquable par sa conduite, exempte des vices communs chez les Tahitiennes. Son intelligence, sa tenue et toute sa manière d’être en font, après la Reine et Mme Salmon, la femme la plus remarquable de Tahiti. » (Notes de Bruat, mai 1847).

TEPII, Agnès

Peintre.

Originaire de Tahiti. Expose à Papeete en 1964. Agnès peint de larges et hardies compositions abstraites qui suggèrent habituellement les plantes tropicales ou la vie sous-marine… Le spectacle du monde extérieur ne l’intéresse pas, son regard tourné vers le dedans, elle reproduit sur sa toile des paysages intérieurs. » — Voir sur elle Le Journal de Tahiti du 25 mai 1964.

TERAITAHI A HAUPUNI, dit RAI

Maître au petit cabotage.

Originaire de Tubuai. Bon marin. Commandera de nombreuses goélettes faisant le cabotage dans les îles, en particulier la Papeete, — future Zélée de la Marine nationale, — de Maxwell ; la Tamara, goélette de l’administration. Perd en 1939, la Vaite appartenant à la maison Donald. Chevalier du Mérite maritime.

TERAUPOO

Chef de Raiatea.

Il refuse, en octobre 1887, suivi, de deux autres chefs et de quelque deux cents partisans, de reconnaître le Résident français qu’accepterait le roi de l’île, Tamatoa a Tautu, homme sans énergie. Teraupoo se sent soutenu dans son attitude par les Anglais et en particulier Mrs Samuel Platt. Il se réfugie à Avera, où il hisse le pavillon de Raiatea. « Nous ne nous soumettrons que par la force ! » Quelques expéditions militaires ne parviennent qu’à détruire ses cocotiers, brûler ses maisons. Un avis-transport vide sa soute à munitions sans pouvoir abattre le mât de pavillon du rebelle ! Il refuse de payer la capitation et les taxes, et c’est lui qui exige qu’on lui paie des subsides et prétend toucher les patentes des goélettes qui trafiquent dans ces parages. Lui, audacieux, intelligent, énergique, tient tête au fond de sa vallée et fait le vide devant les baïonnettes. Il répond à une convocation : « Je n’ai aucune raison de conférer avec l’Amiral ! » Comme on lui apporte une lettre du Consul anglais de Papeete, il refuse de l’ouvrir, la considérant comme apocryphe. La France, après dix ans, est obligée de monter une véritable expédition militaire pour s’emparer de Teraupoo. On débute les opérations le 2 janvier 1897. Ce n’est que six semaines plus tard qu’on arrive à s’emparer de Teraupoo, réfugié dans la pointe sud de Raiatea. Le 18 février, il est emmené à Papeete avec sa femme et une dizaine de partisans qu’on exile en Nouvelle-Calédonie où le gouvernement lui servit une pension. Il fut rapatrié en 1905 et vécut à Raiatea, très retiré et ne parlant à personne. « On s’est souvent demandé si la cause de la haine de Teraupoo pour les Français était uniquement due à son patriotisme… Beaucoup… pensent qu’il faut voir dans cette haine le ressentiment d’une injure personnelle : Teraupoo, à la suite d’une discussion avec le capitaine d’un navire français au sujet de la nomination d’un pilote à Raiatea, aurait été frappé publiquement par ce dernier d’un coup de pied dans la partie la moins noble de son individu. » Eugène Caillot, dans son ouvrage : Les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation (Paris, 1909) a publié le « Livre du commandant supérieur aux îles Sous-le-Vent », du 24 août 1894 au 25 février 1897. On y trouvera de nombreux détails sur l’attitude du chef Teraupoo durant cette période. — René La Bruyère a, lui aussi, raconté la Guerre des îles Sous-le-Vent, dans les Œuvres libres de janvier 1936, p. 261-330. — Jean Dorsenne a romancé la vie de Teraupoo dans le récit intitulé : Un fils de cannibales, 1927.

TERII NUI O TAHITI (1879-1961)

Fille aînée de la reine Marau.

Née le 29 mars 1879. De son nom tahitien : Terii nui o Tahiti. Te vahine taora te rito ma te rai, Terii aetua Pomare, « la grande princesse de Tahiti. La dame qui jette ses interdits jusqu’aux cieux. Princesse d’ascendance divine ». Élevée par ses oncle et tante Atwater, fréquente l’école des sœurs de Saint-Joseph de Cluny où elle fait ses études. Va d’abord vivre à Papara auprès de son oncle Tati qu’elle aimait beaucoup. Puis, attirée par sa sœur cadette Takau, vient vivre chez sa mère la reine Marau, dans une maison jouxtant la demeure maternelle, celle-là même qui a brûlé en 1971 lors de l’incendie du bloc de maisons voisines. En 1937, va en France à l’occasion de l’Exposition Internationale. Ce sera son seul voyage en Europe; et est reçue à l’Elysée par le président Lebrun. En 1940, — elle réside alors dans la maison qu’habitait Moetia Atwater, rue de la Glacière, et dont avaient hérité les filles de Marau — elle prendra rapidement parti pour la France Libre. On s’est alors beaucoup servi de son nom et le gouverneur Brunot surtout la mettra sur le pinacle, en faisant la première dame du régime et lui accordant publiquement le titre de Princesse. Sur une photographie prise à l’occasion de l’arrivée du futur amiral d’Argenlieu, le 23 sept. 1941, à Papeete, la princesse se trouve placée avant Mgr Mazé et le pasteur Vernier lors de la présentation des « officiels ». On la voit alors présidente du Comité de la France Libre des dames tahitiennes. Cette prise de position la suivra au cours de son existence. Elle recevra la Légion d’honneur le 28 septembre 1959 des mains du ministre Jacques Soustelle et le général de Gaulle viendra la visiter dans sa résidence de Piafau Faaa. Demeurée célibataire, elle avait élevé depuis sa naissance, à la tahitienne, Geneviève, dite Tita Salmon, la fille de Pomateao Salmon qui avait accouché chez elle, en 1929, de deux jumeaux, Geneviève et son frère Alexandre, dit Brada. Dans la suite, Terii avait adopté Tita Salmon et, en 1942, lors de son mariage avec Joseph Pommier, lui avait fait reconnaître juridiquement le titre de Princesse Pomaré. Car elle était très fière et très consciente de son titre d’aînée; tout en vivant fort simplement, d’une très modeste pension du gouvernement et des revenus de quelques terres. Elle est décédée le 29 octobre 1961, « ayant su cristalliser autour d’elle les sentiments de respect de ceux qui conserveront le souvenir merveilleux de la belle époque » (Y. Malardé).

TERIIEROO A TERIIEROOITERAI (1875-1952)

Chef tahitien.

Né le 31 octobre 1875 à Punaauia (Tahiti), fils de Teriierooiterai a Tehuritaua et de Tetupuaniha a Tetuavaaea v. Études à l’école de Vaiete et chez les Frères de Ploërmel, à Papeete. Après avoir été quelque temps facteur à Papeete, il est nommé en 1895, moniteur, puis, en 1898, instituteur à Papenoo. En 1901, le Gouverneur Édouard Petit le nomme chef de district de Papenoo. En 1902, on le trouve comme adjoint des Travaux Publics pour la côte est, et, à ce titre, contribue à l’ouverture de la route de Tahara et à la construction du pont de Papenoo (1927). Dans son district, il se donne à l’agriculture, intensifie et développe les cultures du cocotier, du café, de la vanille, des ignames…, si bien qu’en 1911 son district produit 122 t de vanille, chiffre record pour Tahiti. Il enseigne aussi à ses gens la pêche au large. Il fait construire la maison du pasteur, l’école, la chefferie, plus tard le temple qui sera inauguré en 1935. En 1912, il est nommé membre de la Chambre d’Agriculture. En 1937, il devient membre de l’Assemblée des délégations économiques et financière de la Colonie, où il apporte « des paroles de sagesse ». En 1942, il entre comme membre dans le Conseil du gouvernement, et sera membre suppléant du Conseil privé. En 1946, sa santé laissant à désirer, il donne sa démission et se retire des affaires politiques. Il meurt à Papenoo, le 19 août 1952, et est inhumé dans le cimetière, au bord de la mer. Il avait épousé Nohotua a Maruhi a Moarii, qui meurt en 1901 du tétanos. Épousera en 1921 Victoria Tahitua Faufau. Teriieroo avait été pendant un demi-siècle une des plus hautes, des plus sympathiques et des plus représentatives figures de Tahiti. Un chef de grande classe, unissant l’autorité, le prestige et le savoir-faire. Tous ses nombreux hôtes, de l’amiral Germinet au duc des Abruzzes et à Thor Heyerdahl, gardent un souvenir émerveillé de leur réception à Papenoo. Il est l’ami et le guide des plus vrais amis de Tahiti, de Kroepelien à André Ropiteau. Par deux fois, au cours de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, il met au service de la cause française l’appui de son ascendant sur la population. Bon orateur, Tahiti se souviendra longtemps des discours prononcés lors du passage du Tourville; sur la tombe du prince Hinoi; à l’inauguration du buste de Loti; au moment du passage des volontaires calédoniens revenant, en 1919, par l’El Kantara, de la Première Guerre mondiale. Diacre de son Église, il fut membre du Conseil supérieur des Églises tahitiennes. « Dans ces fonctions, il cherche à inculquer trois choses aux Tahitiens: aimer Dieu, aimer sa race, aimer la France » (Ch. Vernier). Les autorités surent reconnaître la valeur incontestée de ce chef, le travail qu’il accomplissait pour le bien de la population, la loyauté de son attitude: dès 1902, il reçoit la croix de l’Alliance française. Sa « conduite exemplaire » comme chef lui vaudra, en 1935, la Légion d’honneur que lui remet le gouverneur Sautot. Sa collaboration au ralliement des Établissements Français d’Océanie à la France Libre méritera, en 1945, la Croix de Compagnon de la Libération. Un peu plus tard, il recevra la rosette de la Légion d’honneur.

Bibliographie. Martial Jorss lui a consacré une note nécrologique dans le B. S. E. O., t. 8, p. 454-457. — Voir aussi Un grand chef (Notre lien, Papeete, nos 215 et sv., 1955). On trouverait une bonne photographie de lui, avec son fils Bjarne, dans l’ouvrage d’Erling Tambs, Fribytterferd til fjerne farvan, p. 151. — Une autre, p. 8, dans: T. Heyerdahl, Pa jakt after paradiset, 1938.

TERIIEROOITERAI, Tehuritaua a Faatauira plus connu sous le nom de Pae Tane (1856-1916)

Né le 30 octobre 1856 à Punaauia (Tahiti).

Élu conseiller de son district natal en 1875, chef adjoint quelques années après, le gouverneur le nomme chef de ce district, le 21 décembre 1885, fonction qu’il exerce jusqu’à sa mort, le 18 décembre 1916. Le Journal officiel de Tahiti (1er janvier 1917) le reconnaît « vigilant à remplir ses obligations publiques, qu’il met toujours au-dessus de ses intérêts privés. Intègre et zélé. Sa bonté était proverbiale ». De son union en 1873, à Punaauia, avec Tetupuamiha a Tetuaevaea, fille adoptive de Aifenua a Pohuetea, chefesse de Punaauia, sont nés: Tetuaevaea, 1874-1918, épouse, le 29 octobre 1899 à Punaauia, Viriamu a Tihoni. — Vabinehau, 1877, épouse, le 29 avril 1899 à Paea, Tauirai a Teharuru. — Natua, 1880. — Teriieroo Tahuarau, 1882. — Tetuanui, 1883. — Tepunitua, 1885-1918, épouse, le 6 octobre 1906 à Punaauia, Ariitai a Tuavai. — Tumia, 1887-1900. — Tamaehu, 1888. — Ahuura, 1890-1910, épouse, le 16 mai 1912 à Punaauia, Uratua a Tetuanui. — Hoarai, 1894-1923, épouse, le 8 juin 1912 à Papenoo, Tefanae a Taraihau. — Navaerua, 1897-1946, épouse, le 2 décembre 1926 à Punaauia, Tupuraa a Roita. — Tahuri, 1898, épouse, le 19 août 1944 à Papeete, Tetuareia a Apa.

TERIITUA (1937)

Pasteur.

Né le 30 novembre 1937. Entre à Hermon le 22 août 1960. Consacré pasteur le 22 septembre 1966. Occupe d’abord le poste de Tahaa puis est nommé à Taunoa où il se signale par son zèle et ses diverses activités. — De son union avec Edwige Vahirua sont nés six enfants.

TERIITUA TUAVIRA, Prince Joinville (1847-1875)

Chef du district d’Hittaa.

Dernier enfant de la reine Pomaré. Né le 17 décembre 1847. Le gouverneur du Bouzet l’emmène avec lui en 1856 en Nouvelle-Calédonie. A 15 ans, le commissaire de La Richerie l’envoie en France, avec six autres jeunes Tahitiens, pour y poursuivre son éducation. Quitte Papeete sur l’Isis, le 3 novembre 1862 et débarque, à Brest, le 25 février 1863. Partagera son séjour entre Notre-Dame de Toutes Aydes, le pensionnat des Frères de Ploërmel à Nantes et Auch, où il passe son premier hiver européen. Le 6 janvier 1864, il est reçu en grande fête au château de Ponsay où le marquis de Molleville plante un arbre en souvenir de sa visite. En juin 1865, Joinville s’embarquait à Brest sur la Néréide pour Tahiti où sa mère le rappelle pour assister au mariage de sa sœur la reine de Bora Bora. Trois ans plus tard, à Papeete, le 17 juin 1868, Joinville épousait Isabelle Vahinetua Shaw († 1918), fille naturelle non reconnue d’un commerçant anglais de Papeete et d’une femme de Moorea. « Pour couvrir cette mésalliance, Pomaré fit inscrire, dans le contrat de mariage, Isabelle avec le titre de « princesse ». Le public s’égaya un peu de cette supercherie qui fut cependant acceptée » (Cuzent). « La nature charmante et fine de Joinville, écrit un autre voyageur, H. Adams, lui avait valu, dans la colonie, une popularité de bon aloi. Il était d’une beauté physique extraordinaire, cavalier accompli, chaud partisan de la France et de la réforme des mœurs. » A son titre de chef de district, Joinville aimait à ajouter celui d’élève-interprète à la direction des Affaires indigènes, heureux de montrer ainsi la connaissance qu’il avait de la langue française. Il mourut, phtisique, le 9 avril 1875, à Papeete, dans le palais de la Reine. Voir le compte rendu de ses obsèques dans le Messager de Tahiti du 17 août 1875. Après la mort de son mari, la princesse Joinville vivra avec son beau-frère, le roi Pomaré V. De leur union, le 2 août 1869, était né un fils Terihinoiata, 1869-1916, le futur prince Hinoi. Il reçut, chez les Frères de Ploërmel, une éducation française. Sera président du conseil du district d’Arue et juge à la haute cour tahitienne. Il était fort populaire à Tahiti, « sa popularité tenant bien plus à ses qualités négatives qu’à ses vertus proprement dites ». Un petit courant d’opinion songea un instant à la mort de Pomaré V, à le pousser à la royauté, mais ce mouvement ne trouva aucune réponse dans l’ensemble de la population, les qualités essentielles d’un chef faisant défaut à cet homme de vie facile et dont les excès, trop souvent, nuisaient à la dignité de vie. Hinoi touchait, comme neveu du roi, une rente viagère de six mille F. Il mourut le 28 mai 1916. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Il avait épousé Teriimaevarua, reine de Bora Bora.

TERITO TEPA (1924)

Pasteur et agriculteur à Fitii, Huahine.

Né le 31 mars à Moerai, Rurutu. Etudes pastorales à Papeete en 1947. Ordonné pasteur le 17 décembre 1950 et nommé à Fitii en 1951. Une forte personnalité. Agriculteur, par son autorité, le pasteur a maintenu, dans une conjoncture parfois difficile, l’activité agricole de ses ouailles. Grâce à lui, beaucoup de vanillières sont encore en pleine production dans le district de Fitii dont il a la charge pastorale. Les cultures vivrières et particulièrement les tarodières sont prospères. Pour financer la construction d’un nouveau temple, il n’a pas hésité à emmener à Mururoa toute la population mâle de Fitii. Trois mois de salaires ont permis l’achat des matériaux nécessaires à l’opération qui, ensuite, a été menée rondement, grâce à la coopération de tous, sous la direction du pasteur. Les travaux d’aménagement routier et les installations hydrauliques sont effectués selon les mêmes méthodes. Membre du Synode de l’Église comme représentant du 4 Arrondissement. Chevalier du Mérite agricole en 1965. Reçoit la même année l’ordre national du Mérite. En 1965, épouse en secondes noces Teareretua Manuel. 14 enfants.

TERLYN, Léonard (le Père Vincent de Paul). 1843-1906

Religieux picpucien.

Né le 29 mai 1843, à Courtrai (Belgique). Profès picpucien le 19 mai 1867. Ordonné prêtre par Mgr Jaussen, le 21 novembre 1870 à Papeete où il est arrivé le 23 octobre sur le North Brabant. Quelques jours après son ordination, il part aux Tuamotu dont il se partagera l’évangélisation avec le P. Fierens, alors supérieur de cette mission. Pendant que l’un des deux voyageait l’autre s’occupait d’Anaa, et des îles voisines, le missionnaire itinérant faisait ainsi des tournées de huit à dix mois dans les îles, à la merci des goélettes. Une fois le Père Paul passera « ainsi onze mois, abandonné, sans autre nourriture que des graines de pandanus, des mollusques, et, rarement, des poissons. Pas de pain, bien entendu, pas de riz, pas de biscuit ; et pour boire, une eau saumâtre… Le Père Paul fait construire de multiples églises, à Reao, Kaukura, Takuna, Amanu, et forme des catéchistes. En 1891 il est chargé spécialement des îles de l’Ouest. Il mourut à Faaite, le 8 février 1906, emporté par le cyclone qui ravagea les Tuamotu. Le cocotier, auquel il s’était attaché après que sa maison eût été démolie ayant été lui-même déraciné, le Père disparut, emporté par le flot. Son corps fut retrouvé 15 km plus loin sur le rivage. La mer ayant enlevé toute la terre végétale, les chrétiens l’inhumèrent sous des blocs de corail. Trois ans auparavant, après plus de trente ans aux Tuamotu, son supérieur lui ayant proposé d’aller se reposer quelque temps en Belgique, il refusa, ayant promis au Père Fierens de mourir aux Tuamotu.

TERUPE, Vahineroo (1941)

Artiste.

Originaire de Tahiti. Très jeune, peint, sculpte et fait du modelage. En 1958 sous l’influence de Frank Fay se dirige vers l’abstrait. Elle expose en juillet 1963 au Palais de la reine un grand plat orné de gros reliefs et trois plaques décoratives en relief. (Catalogue. École française du Pacifique. Galerie Florence Houston Brown, Paris, juin 1963.)

TESSIER, Samuel († 1820)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Désigné pour l’Océanie, quitte l’Angleterre le 5 mai 1800 et arrive à Tahiti le 10 juillet 1801, sur le Royal Admiral avec huit autres envoyés de Londres. La situation empirant à Tahiti, à cause de la guerre, fait partie de l’équipe qui, par la Perseverance va chercher la sécurité à Huahine le 10 novembre 1808. Fait le voyage à Sydney — octobre 1809, juin 1813 — mais ne se marie pas comme ses compagnons et reste trois ans à Sydney. A son retour il est affecté à Moorea. Passe comme adjoint de Bicknell à Papara, en novembre 1818, après un court séjour à Matavai. Meurt de la dysenterie à Papara le 23 juillet 1820 « après dix-neuf ans d’activité intelligente au service de la foi », et ayant eu la satisfaction de voir le baptême de Pomaré et le mouvement religieux qui s’ensuivit. Sa tombe existe encore, au km 37, sur la route de la côte ouest.

TESTARD, Jules (1814-1861)

Officier.

Né le 17 novembre 1814 à Plougastel-Daoulas (Finistère). Engagé en 1833. Officier en 1839. Est envoyé en 1843 aux îles Marquises, puis passe à Tahiti où il prend part, comme lieutenant et comme capitaine, à d’importantes actions de guerre et en particulier à l’attaque du fort de Papenoo et au combat de Haapape en mai 1846 où il enlève une pièce de canon aux insurgés tahitiens. Bruat l’estimait, et en avait fait son aide-de-camp. Servira à la Martinique, à la Guyane et reviendra dans le Pacifique comme commandant particulier à la Nouvelle-Calédonie, 1854-1858, sous les ordres de Du Bouzet. Sera tué comme colonel en Cochinchine le 25 février 1861.

TETUANUI, Ahupu (1897-1973)

Pasteur.

Né à Avera (Raiatea) le 12 octobre 1897. Admis à l’école Pastorale Hermon de Papeete le 27 janvier 1935 et consacré pasteur le 9 février 1938 au temple de Paofai. Installé à Papetoai le 11 février de la même année, le pasteur Tetuanui est resté 33 ans dans sa paroisse jusqu’au jour où il prit sa retraite, le 7 janvier 1971, et où il assista, par la même occasion, à l’installation de son successeur qui n’était autre que son fils Mihuraa. Décédé en juillet 1973, il était le doyen des pasteurs de l’Église Évangélique de la Polynésie Française.

TETUANUI (1857-1916)

Surnom de ARIIOEHAU MOEROA A UPOO.

Chef de Mataiea. Né le 25 juillet 1857 à Mataiea. Descendant des chefs coutumiers de ce district, il est envoyé, avec sa femme et un groupe d’indigènes, à l’Exposition universelle de Paris, en 1889. Raporte de ce voyage des idées nouvelles et un esprit d’entreprise qui devaient le placer parmi les meilleurs de ses compatriotes. Sera en effet chef du district de Mataiea du 12 décembre 1890 au 22 mai 1912, date de sa retraite. En décembre 1897, lors de l’expédition de Raiatea-Tahaa, aux îles Sous-le-Vent pour réprimer la révolte du chef Teraupoo, Tetuanui se met, avec un groupe de volontaires, à la disposition de l’autorité française et rend des services appréciés. Il reçoit la Légion d’honneur à cette occasion. Meurt à Papeete le 7 février 1916. Le gouverneur G. Julien déclare alors que Tetuanui avait été « le plus Français des Tahitiens » et le Journal Officiel de la colonie écrira : « Ame virile qu’aucun déboire n’abat, toujours prêt pour la lutte et qui, effectivement a lutté jusqu’au dernier moment, car son œuvre atteste qu’il fut, non seulement un brave soldat et un bon administrateur des intérêts publics, mais encore un courageux chef de famille qui assuma volontairement les plus lourdes charges et ne recourut jamais qu’à ses bras et à son intelligence pour triompher des difficultés » (n° 4, du 15 février 1916). — Tetuanui avait épousé, le 1er février 1883, à Mataiea, Haamoeura a Hapairai, 1856-1924, union demeurée sans postérité. Tetuanui adopta Ariiaue Pomare (Paea), petit-fils de Joinville et fils de Hinoiatua.

TEUHO A TEPAGE, Joseph (1869-1957)

Né à Raroia en 1869.

Il est le fils de Rarofaki. Épouse le 20 septembre 1887 Maria Teroro. Vit dans son île comme tous les indigènes : faisant du coprah, plongeant à la saison pour chercher des nacres. C’est un sculpteur expert à sculpter le mikimiki. Il possède une excellente mémoire et connaît beaucoup de récits et de généalogies. L’ethnologue américain du Bishop Museum de Honolulu, Kenneth P. Emory, au cours de ses investigations dans les Tuamotu, forcé d’aborder à Raroia le rencontre par hasard, remarque ses aptitudes, mais ne pouvant revenir dans son île signale dans son Rapport annuel au Directeur (1929) l’extraordinaire connaissance que possède Teuho du passé de Raroia. De fait, dans les années vingt de notre siècle, Paea Ignace Estall, 1885, sur les feuilles libres d’un registre commercial arrêté à 1922, recueillera de la bouche de Joseph Teuho un certain nombre de textes paumotu — des faatara — ainsi que de très nombreuses généalogies. Ces textes serviront de base pour des études plus ou moins importantes de Mgr Mazé, J. Frank Stimson et Bengt Danielsson, qui y auront accès. Teuho meurt à Raroia le 2 octobre 1957.

TEURA, Teni Émile Denis Pioi (1901)

Pasteur de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours.

Né le 28 janvier 1901 à Papeete, Tahiti. Cultivateur et commerçant aux îles Tuamotu. Membre actif de la mission Sanito, il est nommé Ancien à Mataiva, Tuamotu, le 13 septembre 1951 ; sera nommé patriarche en avril 1962, étant le premier Tahitien à recevoir cette charge. — De son union avec Toimata Taefa a Haoa, le 25 février 1922 à Tikehau, Tuamotu, sont nés deux enfants : un fils, Émile Tuaauri et une fille, Temehau Mauarii. Devenu veuf, il s’est remarié avec Toimata Taero Piirai, le 8 avril 1933, à Papeete.

TEURA A FIU (1888 ?)

Originaire de Papara et y ayant demeuré sans interruption, il connaît à fond l’histoire des Teva c’est-à-dire des huit districts (te Ha Vara) qui formaient le territoire des chefs Teva : les Tevaiuta (Teva côté terre), Papara, Papeari, Haahiti, Mataia et des Tevaitai (Teva côté mer), Vairao, Teahupoo, Tautira, Pueu.

Histoire de leurs chefferies, de leur intelligente administration, de leurs luttes d’influence ou de leurs alliances avec la famille royale de Pomaré, histoire aussi de leur déclin. Très lié avec le grand chef de Papara, Manarii, décédé vers 1930, il était un de ses conseillers les plus écoutés, toujours respectueux d’ailleurs de l’administration française. Sa sagesse, sa piété, ses conseils avisés en font l’ornement du Conseil supérieur des Églises tahitiennes où il représente la paroisse de Papara. Il fut aussi l’ami du grand Teriieroo.

TEURUARII

Les Teuruarii forment la lignée royale de Rurutu.

Ils furent jadis les maîtres de la petite principauté, antérieurement à l’arrivée des Européens. Les généalogies se contredisent quant aux origines les plus lointaines de cette illustre lignée. Celle de Mataivi donne trente-sept générations avant la venue du roi Taatini à partir duquel l’histoire traditionnelle rapporte des renseignements historiques. Un seul ancêtre des temps légendaires, Ama’itera’i semble s’être taillé une réputation hors pair. Il participe activement à la conquête de Ruturu depuis une autre île, probablement Tubuai ; puis s’étant querellé avec son frère Tuivao dont il courtisait la fille Te Aupapa, il reprit la mer pour effectuer de célèbres voyages qui devaient à son tour lui conférer une prééminence indiscutée parmi les Teuruarii. Sur son navire Apoapouira, il se rendit à Tubuai puis à Raiatea où deux de ses compagnons, les prêtres Paouri et Potaa l’abandonnèrent. L’expédition toucha ensuite Maupiti où un habitant s’offrit à les conduire à Rarotonga. Ama’itera’i prêta main forte au clan Vakapora contre leurs ennemis et reçut en récompense des terres et la fille de Morea le chef des Vakapora. Ces faveurs suscitèrent la jalousie de certains Vakapora, et Ama’itera’i dut fuir à nouveau quittant Rarotonga, il retourna à Rurutu en faisant escale à l’atoll de Maria. Sa visite à Maria, jusqu’ici inhabitée justifie plus tard la revendication des habitants de Rurutu sur l’atoll. Le tribunal leur attribua collectivement en 1937, deux des îlots — où Ama’itera’i aurait laissé un marae, le reste étant donné aux gens de Rimatara. Ama’itera’i est peut-être le fondateur de Vitaria et c’est à partir de ce petit district aux conditions naturelles défavorables que les Teuruarii conquièrent la totalité de l’île. Ils furent en butte aux descendants de Toamiura, les clans Tanete’e et Pevatunoa. Le roi Taatini et trois guerriers furent tués dans les tarodières d’Avera. Le refus des Pevatunoa de donner une sépulture décente à Taatini irrita le dieu tutélaire des Pevatunoa, Taioaia, qui se retira du marae royal rendant ainsi les meurtriers de Taatini vulnérables aux attaques des Teuruarii qui les exterminèrent dans le brasier de la grotte Anaio. Après cette défaite des Pevatunoa, le roi Teauroa n’eut aucune peine à étendre son hégémonie sur Rurutu en usant de la diplomatie et de la ruse. Il transféra la capitale à Moerai, l’actuel chef-lieu de l’île, où existe une large vallée aménageable en tarodières. Ses successeurs, Mae, puis Ariatua moururent jeunes. Les premiers Européens découvrirent l’île sous leur règne. Teuruarii I fut roi après Ariitua et est connu sous le nom de Taromona, « Salomon », qui fut soit un nom de baptême soit un surnom donné par les marins. La conversion au protestantisme de Rurutu eut lieu au temps de Teuruarii II. Son successeur Paa, Teuruarii III, présida d’une main ferme à la prospérité du petit royaume protestant de Rurutu. Il mourut, âgé, un peu avant l’établissement du protectorat ou la prise de possession effective par la France. Son épouse est désignée sous le titre de « Grande cheffesse » dans les premiers actes administratifs officiels. Son fils Epatiana, Teuruarii IV, (1879 ?-1933) fut le dernier roi de Rurutu, devint chef pensionné de la République Française et recevait à ce titre une allocation de 800 F or. Taai, Teuruarii V, vécut au début du XXe siècle. Son fils Toromona, 1922, Teuruarii VI, est l’actuel chef de Moerai. Il a effectué il y a quelques années un voyage en France lors des festivités du 14 juillet et s’est présenté aux élections à l’Assemblée Territoriale, le 14 octobre 1962, avec Tetuamanuhiri Tetaumatani dit Tau comme colistier. Il a recueilli un nombre appréciable de votes. Un fils Maeua, Teuruarii VII, est né en 1941. Une branche cadette des Teuruarii descendante d’Epatiana joue un rôle important à Avera, devenu district depuis 1962. Aritoa a Teuruarii a été le chef de cette circonscription du sud de l’île avant la Deuxième Guerre mondiale. Son fils Ama’itera’i a poursuivi cette tradition et est un personnage indiscuté à Avera. Avec son frère Tairi a Teuruarii, un des meilleurs cultivateurs de Rurutu, il est le propriétaire de Te’autamatea à Vitaria sur laquelle se dresse encore le grand marae Tararoa. Il est intéressant de constater qu’à Rurutu des élections démocratiques ont porté au pouvoir administratif local les descendants les plus titrés de l’ancienne noblesse locale.

TEVANE, Marc Maamaatuaiahutapu dit Maco (1937)

Fonctionnaire, journaliste et homme politique.

Né le 13 août 1937 à Papeete. Études chez les Frères. De 1956 à 1965, sera géomètre, successivement aux Tuamotu, à Tahiti et, aux Domaines à Papeete. Détaché de 1967 à 1972 à l’O.R.T.F. où il prend la succession de John Doom, et est responsable des émissions en langue tahitienne. Membre du conseil municipal de Papeete de 1967 à 1971. Entre, en 1972, au conseil du gouvernement comme représentant du Groupe Te autaboëraa. Il y est chargé de la Santé publique où le recrutement d’un personnel qualifié, selon les règles métropolitaines, fait problème. Profite des tournées du Gouverneur pour visiter les archipels et y inspecter les organisations sanitaires de son ressort. Élu en juillet 1972 conseiller municipal de Mahina où il est 3e adjoint au maire. Interprète assermenté, titulaire du brevet d’enseignement du tahitien, est de ceux qui verraient avec satisfaction la création d’un organisme chargé de veiller sur la langue tahitienne, de la promouvoir et d’en maintenir la pureté. L’Assemblée Territoriale, dans une délibération du 2 août 1972, a créé un comité chargé de désigner les membres de cette future « académie ». Hitore Pifao, pasteur retraité, et un des meilleurs orateurs tahitiens de ce temps, en a pris la présidence. L’Académie sera créée en juillet 1974 et Maco Tevane sera tout naturellement désigné pour siéger parmi ses vingt membres. Il est aussi membre du bureau de la Société des Études océaniennes. De son union, à Papeete, en 1960, avec Caroline Ellacott, 1940, sont nés : Taimai, 1960 ; Raita, 1962 ; Heremoana, 1963 et Mateata, 1968.

THABAUD, Jacques (1910)

Contre-amiral.

Né à Neuvy-Saint-Sépulcre (Indre) le 6 septembre 1910. Entre dans la marine en 1930. Breveté pilote d’avions, a accompli la plus grande partie de sa carrière dans l’aéronavale. Il commande le porte-avions Arromanches en 1961. Après une affectation à l’état-major de la Marine en 1963, il est nommé commandant du Centre d’expérimentation du Pacifique, C.E.P., en mars 1964. La France avait situé au Sahara le lieu de ses expériences atomiques. Un Centre d’expérimentation militaire des Oasis, CEMO, avait organisé quatre explosions à Reggane en 1960 et 1961, continuées sous une forme souterraine à In Ecker, dans le Hoggar. En 1961, pour des raisons politiques, les accords d’Évian n’assurant plus à la France la libre disposition des centres d’expérimentation du Sahara au-delà de juillet 1967, il fallut rechercher un nouveau centre où des explosions aériennes puissent être exécutées. Pour des raisons d’isolement, d’accessibilité et de météorologie, on songea au Pacifique. Les Américains y avaient utilisé trois champs de tir : Bikini-Eniwetok, depuis 1948, Johnston, et Christmas en avril 1962. Un projet aux îles Kerguelen, étudié, fut écarté : conditions climatiques défavorables, coût de l’opération : 400 milliards au lieu de 200, investissements sans utilité pour le développement futur du pays. A la suite d’une mission du général Thiry, chef du commandement interarmes des armes spéciales, effectuée à Tahiti au début de 1962, la décision était prise en haut lieu de placer dans les Tuamotu le champ de tir français. Pierre Messmer, ministre des armées, dans une déclaration faite au Monde, le mardi 10 juillet 1962, annonçait officiellement « que la France recherchait dans le Pacifique un polygone d’essais nucléaires qui puisse remplacer celui de Reggane ». Très rapidement le projet prenait forme. Il consistait essentiellement en des sites de tir à Mururoa et Fangataufa, dans le Sud des Tuamotu de l’Est, qu’accompagnaient une base avancée à Hao et une base arrière à Tahiti. Le 1 janvier 1964, le Centre d’expérimentation du Pacifique, C.E.P., est officiellement créé. Il sera dirigé par un amiral, résidant à Tahiti, qui commande tous les organismes chargés de la préparation du Centre d’essais atomiques chapeautés par le ministère des Armées et la direction des Centres d’expérimentation nucléaires, DIRCEN. A côté du C.E.P., le commissariat à l’Énergie atomique, C.E.A., groupe le personnel scientifique et technique chargé de l’opération. En septembre 1963 arrivent à Mururoa les premiers ouvriers du génie et les entreprises civiles concernées : Société française des Dragages, Grands travaux de l’Est, Dumez et Citra, Société générale d’entreprises. Mururoa est un atoll inhabité de 30 kilomètres sur 10, situé à 1 200 km dans le Sud-Est de Tahiti et à 450 km des Gambier. Il possède un très beau lagon, ouvert sur une passe facilement accessible. C’est là qu’on installe les immenses blockhaus — 60 000 m de béton ! — qui contiendront les instruments et les ensembles électroniques chargés de la mesure des paramètres physiques de l’explosion. Balisé et dragué, l’atoll a été muni des installations portuaires nécessaires. Une piste de 2 000 mètres a été installée. Hao, atoll situé à 1 000 km de Papeete et à 450 de Mururoa est parfaitement placé pour servir de relais aérien et abriter les installations d’une base militaire. On y a établi une base aérienne munie des moyens d’approche moderne et d’une piste de 3 450 mètres qui pourra servir d’aérodrome de dégagement pour celui de Faaa-Papeete. Papeete et Tahiti ont été organisés en base arrière, soutien logistique du champ de tir de Mururoa et de la base de Hao. Papeete comportera de vastes installations de transit et de stockage, des ateliers de réparations, des logements et casernements. Le C.E.P. a surtout pris à sa charge le nouvel aménagement du port, élargissant jusqu’à le décupler le plan d’aménagement de la SETIL mis en application en 1963. Ainsi le modeste mouillage de Papeete est devenu, grâce à de très importants travaux, un grand port bien équipé. Toutes ces affaires n’allaient pas sans causer quelques remous. Beaucoup voyaient d’un assez mauvais œil ces expériences en préparation et en appréhendaient les conséquences possibles. Il y eut des doléances semi-diplomatiques de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Jusqu’au passage du pasteur Boegner dans le territoire en septembre 1963, la position des églises protestantes locales fut presque officiellement hostile. Le sénateur Coppenrath portait à la Haute Assemblée française, en avril 1962, les inquiétudes de ses populations ; le député Teariki agissait de même auprès de l’Assemblée territoriale locale. Des lettres de Jean Rostand et du Docteur Schweitzer circulaient dans le territoire qui s’apitoyaient sur le triste sort réservé aux populations polynésiennes. Les ministres alors en visite à Tahiti recevaient les remontrances des notables locaux ; on leur présentait des pétitions… En réalité le C.E.P. entourait ses préparatifs de postes d’observations et de protection. Ses hydrographes ont dressé des cartes des courants marins dans les lagons des Tuamotu. Tout un réseau de stations météorologiques a été installé sur les divers atolls des Tuamotu, des Gambier et des Australes qui permettront de sûres prévisions concernant les vents. Ces stations sont en général associées à des postes de surveillance radiologiques disposant d’appareils de mesure précis et analysant la radioactivité de l’air, de l’eau de pluie et les contaminations de l’eau de mer et des poissons. Des spécialistes de la biologie sont venus étudier les conditions de la vie des poissons et des plantes, afin de déterminer leurs réactions en face des retombées atomiques. Devant ces données et ces problèmes, l’amiral Thabaud a réagi comme un chef conscient de ses responsabilités humaines et désireux de voir le C.E.P. apporter une aide efficace au territoire. Nul n’a mieux compris que lui le traumatisme que présente pour la Polynésie française le C.E.P. et ses immenses investissements, consentis au profit d’une cause difficile à justifier sur le plan humain. Les 3 000 Polynésiens employés comme travailleurs par le C.E.P. sont, dans la mesure du possible, formés dans leurs spécialités de manière à constituer pour l’avenir une main-d’œuvre d’élite. Il a encouragé les cultures légumières aux Gambier, en faisant ravitailler ses bases en vivres frais cherchés à Rikitéa. La marine prête son concours lors des recherches des navires en détresse, ou en assurant des liaisons intérieures lors des défaillances des goélettes locales. Mais c’est surtout par l’équipement moderne qu’il apporte aux territoires, par ses créations de routes et d’habitations, par les transformations inespérées et quasi miraculeuses apportées aux infrastructures portuaire ou aéronautique du territoire que la présence du C.E.P. sera bénéfique. — L’amiral Thabaud quitte le territoire le 9 août 1965 passant son commandement à l’amiral Guillon.

Bibliographie. Sur l’implantation du C.E.P. en Polynésie, on feuillettera les trois organes de presse quotidienne de Tahiti qui, au jour le jour, ont noté, analysé et photographié les aspects de cette présence. Voir aussi : Chauvois, Les expérimentations nucléaires françaises au Pacifique, (Revue de la Défense nationale, août-sept. 1964). — Le numéro de Missions des Iles de novembre 1964. — G. Cabanier, Participation de la Marine nationale au Centre d’expérimentation du Pacifique, (Revue maritime, avril 1965).

THÉBAULT, Pierre (1891-1956)

propriétaire.

Né le 22 mars 1891 à Sens de Bretagne (Ille-et-Vilaine). Arrive à Tahiti en 1924, comme sous-officier d’infanterie de marine. Sert au détachement de Papeete. Se fait libérer à Tahiti, après ses quinze ans de services et est successivement employé, à la douane, puis comme gardien-chef de la maison d’arrêt de Papeete. Prend sa retraite en 1951. Se retire au district de Papara, où il possède une belle propriété qu’il met en valeur. Meurt le 23 mars 1956 à Papeete, laissant le souvenir d’un homme intègre et courageux au travail. Il était médaillé militaire. — De son union, à Papeete, avec Mataono a Tamu qui assure actuellement la marche de la propriété sont nés : Pierre, 1925, et Marie, 1929.

THIBAULT, Jean-Claude (1949)

Ornithologue.

Né le 20 juillet 1949, à Dijon (Côte-d’Or). Attaché au laboratoire de biologie de l’École Pratique des Hautes Études, est chargé de mission par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et fait à Tahiti plusieurs séjours de recherche de 1971 à 1973, collectant des spécimens, étudiant l’avifaune de Tahiti et des archipels en vue d’une thèse.

THIÉBAUD, Joseph (1820-1897)

Colon militaire- Né en 1820 à Gy (Haute-Saône).

Arrive à Nuku Hiva le 7 septembre 1843, puis à Tahiti le 4 novembre suivant comme artilleur de la 17e batterie du régiment d’artillerie de marine par la frégate Uranie. Libéré le 1er avril 1847 s’établit colon militaire dans le district de Papara et devient propriétaire. Y meurt le 18 novembre 1897. Son union, en 1856, avec Taue a Teinaore, née à Papara le 5 octobre 1835, fille de Teinaore et de Teinaore vahine, orpheline au moment de son mariage, est demeurée sans postérité.

THIERY, François (1818-1873)

Colon militaire et maçon.

Né en 1818 à Thiébauménil (Meurthe). Embarque à Brest le 25 octobre 1846 sur la corvette de charge Somme. Débarque à Nuku Hiva le 4 mai 1847 comme soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. En garnison à Nuku Hiva y fut libéré de son service le 31 décembre 1852, comme colon militaire. S’établit par la suite à Papeete comme maçon. Y meurt le 10 octobre 1873, sans postérité.

THIREL, Henri (1870-1940)

Retraité.

Né le 7 mars 1870 à Rouen (Seine-Maritime). Maître-artificier du 1 régiment d’artillerie de marine, il arrive à Tahiti le 3 août 1892. Son temps de service accompli, il est libéré dans le territoire, le 30 juin 1895. Quatre ans, il résidera à Papeete, où il est employé par diverses maisons de commerce de la place. Le 17 mai 1899, il rentre au détachement de gendarmerie de Tahiti. Sert à Raivavae, Raiatea, Papara, Taravao. Prend sa retraite en 1922, se fixe à Papeete où il devient propriétaire, rue de l’Évêché et au district de Faaa. Décédé en 1940, à Peyrehorade (Landes). De son union, le 2 mars 1895, à Faaa, avec Anna Gatien, 1875-1904, sont nés : Henri, 1897-1917. — Camille, 1898-1924, participe à la Première Guerre mondiale, blessé le 5 juillet 1918 et amputé. — Eulalie, 1901, épouse, en 1924, à Taravao, Alfred Laporte, instituteur, ancien combattant de 1914 à 1918 : cinq enfants. — Blanche, 1903, épouse, en 1924, à Taravao, Léon Sandford, 1901, puis divorce : trois enfants. — En secondes noces, Henri Thirel, épouse, en 1905, Aline Frogier, 1880. De cette union sont nés : Marcel, 1906, épouse, en 1929, à Paris, Angèle Faivre, 1909 : quatre enfants. — Marguerite, 1909.

THOINOT, Jeanne Clémentine (1876-1949)

Peintre et voyageur.

Parisienne, veuve à 38 ans du Dr Thoinot, Professeur de médecine légale, circule dans le monde une boîte de peinture dans ses valises, car elle a fréquenté dans sa jeunesse la Grande Chaumière. Séjourne ainsi à Tahiti, en 1929 ayant l’occasion de circuler aux Marquises et aux Tuamotu avec un médecin de l’administration en tournée : « vivant en pantalons et se nourrissant de crevettes, d’œufs d’oiseaux de mer et de fruits de l’arbre à pain. » A son retour d’Océanie expose en particulier à la Galerie Georges-Petit en novembre 1930, les œuvres qu’elle a rapportées de son voyage. Meurt à Paris sans postérité en 1949. — J.C. Thoinot peint avec facilité dans le style Salon des Artistes français. — On trouvera un article d’elle : Les Tuamotu (Monde Colonial illustré, Paris, 8 an., 1930, p. 274-275, ill.), illustré de trois œuvres de l’auteur :Le port d’Apataki, Femme des îles Tuamotu, Un lagon des îles Tuamotu. Deux autres œuvres de Mme Thoinot : A Apataki, Sur la route de Tautira sont reproduites dans le supplément illustré de La Presse Coloniale, sept. 1930, p. 274-275.

THOMAS, Jean-Baptiste (1822-1885)

Commerçant.

Né à Lasson (Yonne). Venant de Sydney, arrive à Papeete, le 9 septembre 1847, par l’Ann. En 1856, Thomas s’établissait à Papeuriri comme colon, puis restaurateur à Papeete. En 1879, se rend acquéreur d’une propriété, au quartier de Sainte-Amélie, actuellement une des propriétés Céran-Jérusalémy. Décédé à Papeete, le 19 juillet 1885. Épouse, en 1859, à Papeete, Marie-Louise Simonet, née en 1837 à Tonga, décédée à Papeete le 24 décembre 1907. De ce mariage est née : Anna († 1877) qui épouse Alphonse Descendre, sans postérité. Mme Thomas avait un fils faaamu, Céran-Jérusalémy, père, contrôleur des Douanes, décédé à Papeete en 1946.

THOMPSON, Henry (1864-1918)

Fils du suivant.

Mécanicien. Né à Maupiti en 1864. Épouse Mary Ann [Emeline] Bennett, 1874-1951. De cette union sont nés treize enfants dont : Isaac 1895-1916. — Albert, 1896, engagé volontaire dans l’armée néo-zélandaise au cours de la Première Guerre mondiale. — Ida, Etera Marguerite, 1898, épouse à San Francisco, en 1923, Denis Brillant. — Henriette, 1901, épouse en 1937, à Papeete, Georges Pambrun. — Christine, 1903-1961, épouse en 1926, Alfred Poroi et divorce en 1948. — Dora, 1906-1928. — Jeanne, 1908, épouse Ernie Jackson, d’Auckland, Nouvelle-Zélande. — Augustine, 1910, épouse Gervais Brillant, en 1926, à Papeete : quatre enfants. — Herta, 1911, épouse Martial Ellacott, en 1930, à Papeete. — Samuel, 1916.

THOMPSON, Isaac († 1893 ?)

Baleinier et colon.

Débarque à Maupiti du baleinier Charles W. Morgan, construit à New Bedford en 1841 et encore à flot aujourd’hui, comme musée, à Mystic (Conn.) U.S.A. Le navire est alors à un de ses premiers voyages. Thompson « colonise » Maupiti où il est l’hôte du chef d’alors, Taero, dont il épouse la fille Punaatua Peetau Taero. Plus tard, il vient s’établir avec sa femme à Tahiti et se fixe dans le district de Paea. — De ce mariage sont nés : Louisa, née à Maupiti en 1854 et décédée à Papeete le 2 décembre 1918 ; elle épousa Temaeva Anahoa et aura neuf enfants, dont Tavae, 1892-1936, qui sera conseiller municipal de Papeete, et Maeva iti, décédé en 1951. — Caroline, née à Maupiti en 1858, décédée à Papeete, le 29 décembre 1918 ; elle épousera Julius Krause : six enfants. — Henry, 1864-1918. — John, né en mars 1861 à Maupiti, célibataire, décédé à Papeete le 12 octobre 1885. — Charles, né le 13 novembre 1869 à Paea et qui y meurt le 4 décembre 1918. Il avait épousé, le 26 mai 1904, à Punaauia, Mihitua a Tai, union dont sont issus douze enfants.

THOMPSON, Sir Thomas (1804-1865)

Vice-amiral anglais.

Entre dans la marine en 1818. Lieutenant en 1825, capitaine en 1837. Le 20 avril 1842 est nommé commandant du Talbot, poste qu’il conservera jusqu’en 1847. Vient une première fois à Tahiti chargé d’une enquête au sujet des événements de septembre 1842. Arrive à Papeete le 14 janvier 1843 et y séjournera jusqu’au 15 février. Thompson « refuse de reconnaître et de saluer le pavillon du Protectorat et n’accepta la visite des membres du Conseil provisoire qu’au titre d’officiers de la Reine Blanche… » Il avertit de son passage la reine Pomaré, qui revient aussitôt de Moorea à Tahiti dans une baleinière battant l’ancien pavillon… « qui fut salué de vingt et un coups de canon ». A bord du Talbot la Reine déclare qu’elle n’a signé que contrainte et pour éviter le pire. A l’instigation de Thompson, Pomaré organise une assemblée, le 8 février ; Thompson y fut invité et y assista, malgré le désir exprimé par le gouvernement français de voir un étranger s’abstenir d’une telle participation. Pomaré y déclara que le protectorat avait été établi contre son gré. Et, pour manifester son sentiment, le lendemain, le pavillon du protectorat n’était pas hissé sur sa résidence et, sur la remarque que lui en fit Moerenhout, elle quitta Papeete pour Punaauia. Thompson appareilla le 15 pour Valparaiso. Il rendra compte de sa mission dans un rapport qui arrive à Londres en juillet 1843, où il dit que « l’abandon par le Reine de ses droits souverains, bien qu’obtenu par des intrigues déloyales et, partiellement, par intimidation, n’en a pas moins été volontairement consenti et ratifié en due forme ». Malgré ce jugement, finalement objectif, sur place, les Français ont jugé non sans de bonnes raisons que la conduite de Thompson avait « contrasté péniblement avec celle des Commandants de la corvette anglaise Favourite et de la corvette américaine Boston, qui s’étaient abstenus scrupuleusement de tout acte de caractère politique ». Et, sur représentation de l’ambassadeur de France à Londres, le ministre de la Marine anglaise pria « les Lords de l’Amirauté d’inviter les officiers de la Marine Royale à ne pas préjuger les décisions qui seraient prises à Londres, et à ne pas soulever de difficultés qui seraient de nature à engendrer des conflits internationaux ». Thompson fera un second voyage officiel à Tahiti, où il arrivera le 10 février 1845, chargé par l’amiral Thomas d’une mission d’information concernant l’arrestation de Pritchard. Il avait l’ordre formel d’éviter avec le plus grand soin de s’immiscer dans les affaires locales et de soutenir la Reine. « En raison du refus opposé par le commandant Bruat de laisser hisser le pavillon britannique sur le Consulat, le Talbot ne salua ni le pavillon français ni celui du Protectorat. En échange, les autorités françaises n’autorisèrent personne à débarquer du navire. Après avoir pris à son bord le consul général (Miller), le Talbot partit le 15 février à destination d’Honolulu » (Jore, t. II, p. 334). — Thompson mourut le 26 septembre 1865 à Cheltenham, Angleterre. — Voir O’Byrne, Naval biographical dictionary, 1849, p. 1175, et L. Jore, l’Océan Pacifique, t. II, 229 et t. 2, p. 286-288.

THOMSON, Robert (1816-1851)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Dumfries (Écosse). Ordonné le 16 mars 1838. Part en mission, célibataire, le 11 avril 1838, par le Camden. Arrive à Tahiti le 12 mars 1839 et joint la mission des Marquises. En décembre 1841, lors de l’abandon de cette mission, il quitte Tahuata avec son collègue Stallworthy et gagne Tahiti où il arrive le 13 décembre. Occupe la station de Roby town (Papetoai). En juillet 1844, lors du départ des missionnaires, émus par l’arrivée des Français, il est placé en charge de la paroisse de Papeete où il sut manœuvrer avec savoir, tact et prudence. Lors du retour de Howe à Tahiti en 1847, celui-ci, ayant sans doute reçu des directives de la part des administrateurs londoniens de la Société Missionnaire, tente de se faire nommer à la place de Thomson à Papeete, le poste de pasteur à Papeete lui paraissant devoir être réservé au superintendant de la mission. Thomson qui avait eu le courage de rester à Tahiti pendant cette période difficile alors que Howe avait regagné l’Angleterre, ne l’entendit pas de cette oreille. D’où un conflit. Soutenu par la Reine et une grande partie des indigènes reconnaissants de ce qu’il avait fait pour eux, Thomson parut d’abord l’emporter, bien qu’en mai 1849, le comité local, manœuvré par Howe lui eût interdit de présider l’assemblée. En fait, Thomson conservera la direction de l’Église de Papeete jusqu’à la fin de 1850, date à laquelle, malade, il quitta la mission pour une visite en Australie. Il mourut en mer, le 1 janvier 1851. Il aura été le dernier membre de la London Missionary Society en charge de l’Église indigène de Papeete. — Il avait épousé, le 6 avril 1842, Louisa Barff, fille du Rév. C. Barff. Après la mort de son mari, Mrs Thomson revint vivre à Huahine auprès de son père.

THOORIS, Georges (1924)

Médecin.

Né au Havre (Seine-Maritime) le 17 février 1924. Études secondaires à l’école des Roches, supérieures à la faculté des sciences et à la faculté de médecine de Paris, à l’université de Californie (U.S.A.). Docteur en médecine, diplômé de l’Institut Prophylactique, de la Marine marchande et de Médecine tropicale. Prisonnier et évadé au cours de la Seconde Guerre mondiale. Arrivé à Tahiti en décembre 1950 pour contribuer à une campagne de recherches organisée par l’université de Californie, en collaboration avec des savants français. Il est alors fellow de l’université de Californie du Sud, à Los Angeles où il deviendra successivement assistant de recherches et professeur associé. Sera directeur des recherches de l’Institut de recherches de la Polynésie française de 1951 à 1955. S’installe comme médecin privé à Papeete à cette date. Sera directeur du Service de santé de la Polynésie française et médecin-chef de l’hôpital de Papeete de 1957 à 1959. Au cours de ses fonctions officielles met au point une méthode pour le contrôle de la filariose et un programme de lutte contre la tuberculose, la malnutrition et les maladies vénériennes. A publié de nombreux articles dans des revues médicales scientifiques sur la poliomyélite, l’amibiase et la filariose. Il est membre de la Société de pathologie exotique. — Deux enfants : Charles, né à Paris en 1949 et Valérie, née à Tahiti en 1955.

THOUVENOT, Stéphane (1909)

Ingénieur général de l’air.

Ce polytechnicien nantais est en 1950, le chef de la première liaison d’étude Saigon-Nouméa-Tahiti et retour, voyage qui doit ouvrir les routes du Pacifique Sud à la Compagnie nationale Air-France. La mission est organisée par le ministère des Travaux publics alors dirigé par Antoine Pinay. Sur un DC. 4 d’Air-France immatriculé F. BELH, piloté par le commandant Lanata, elle quitte Saigon, le samedi 25 mars et par Djakarta, Port-Darwin, Brisbane, arrive à la Tontouta (Nouvelle-Calédonie), le 27 mars. Puis par Santo, Nandi, Fidji, Aitutaki (îles Cook), gagne Bora Bora où l’aérodrome de Motu Mite avec une piste de 1 850 m construite par les Américains pour les opérations de guerre du Pacifique, est alors la seule base terrestre de la Polynésie française utilisable pour un DC. 4. C’est le premier avion qui se pose à Bora Bora depuis le départ de la base américaine. Réception par le gouverneur Anziani, le maire Poroï et le député Pouvana. Par un Catalina la mission qui comprend en particulier l’amiral Nomy, le colonel Lebon, un vétéran des lignes du Pacifique, le capitaine de vaisseau Durand de Saint-Front, etc. gagne Papeete où elle séjourne du 30 mars au 3 avril. On envisageait alors une liaison bimensuelle Saigon-Nouméa-Bora Bora. On aurait gagné Papeete par une vedette ou à bord d’un Catalina pour les voyageurs pressés. En fait Air-France ne se lancera pas dans l’opération. Ce vol expérimental révélait que les moyens de navigation, les données météorologiques et surtout l’infrastructure ne répondaient pas aux besoins du DC. 4. Aitutaki, le plus proche terrain de dégagement, était à trois heures de vol de Bora Bora. C’est la TAI, cinq ans plus tard, qui sera chargée de créer un réseau aérien et elle entreprit le premier voyage d’études vers la Polynésie en mai 1957. Mais la mission de l’ingénieur Thouvenot avait vu juste en désignant le lagon de Faaa comme le meilleur terrain possible pour un aérodrome tahitien. Et les premiers piquetages furent alors effectués.

Bibliographie. Observations faites par M. Thouvenot, au cours de sa mission dans les Établissements français d’Océanie, 1950.

THRELKELD, Lancelot Edward (1788-1859)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né le 20 octobre 1788. Études au séminaire de Gosport. Ordonné le 8 novembre 1815. Épouse Martha Goss († 1824). Quitte l’Angleterre avec sept autres envoyés destinés à Tahiti le 23 janvier 1816. Obligé de s’arrêter à Rio de Janeiro par suite de la maladie de sa femme, n’arrive à Moorea que le 17 novembre 1817. Le 11 septembre 1818 sur la demande de Tamatoa, chef de Raiatea, qui a construit une chapelle, garde le sabbat, et tient des assemblées religieuses, il arrive à Raiatea avec son collègue J. Williams. Dès la fin de 1819, la mission démarre bien. L’instruction se répand. « Many… can say the multiplication table offhand » ; on apprend des arts utiles. « They rapidly learned how to carpenter and to do smith’s work » ; le confort s’installe. « We hope soon to make them utterly ashamed of their continued practices of sleeping together as a flock of sheep » ; un code de loi est adopté le 12 mai 1819. Mrs Threlkeld meurt à Raiatea, le 7 mars 1824. Accompagnant la délégation des Rev. D. Tyerman et G. Bennet, Threlkeld quitte Raiatea en juin 1824 et arrive à Sydney le 19 août. Y épouse Sarah Arndell. Désigné alors pour une mission auprès des indigènes de l’Australie. Meurt à Sydney, le 9 octobre 1859.

THUNOT, Casimir (1831-1883)

Commerçant.

Né à Paris. Arrive à Tahiti le 9 avril 1849. Commerçant à Papeete et dans diverses îles pendant de très longues années. C’est un notable : l’annuaire de 1865 le montre un des sept négociants de Tahiti ; membre de la Commission sanitaire, du Comité consultatif d’administration et juge suppléant au Tribunal de commerce. Puis il entra dans l’administration locale. En 1874, il remplissait les fonctions de résident des îles Tupuai. En 1882, on le trouve chef du Service des Contributions, fonctions qu’il exerça jusqu’à sa mort survenue à Papeete, le 29 août 1883. Il avait épousé en 1857, Emma Hunter, 1835-1879. Un fils Ernest, 1858. — Veuf, Casimir Thunot, épousa en secondes noces, Lucy Pratt, en 1883, union demeurée sans postérité.

THUONG, Prince Nguyen Van (1821-1886)

Haut fonctionnaire du royaume d’Annam où il sera plusieurs fois premier ministre et régent.

Au temps de l’amiral Courbet et du commandant Rivière, on lui reproche de signer avec les Français des conventions et des traités de paix tout en semblant demeurer d’accord avec les rebelles. Son exil est décidé en octobre 1885. Par la Dives et le Scorf il est conduit à Tahiti en compagnie de deux autres mandarins, d’un interprète et de quatre boys domestiques. « Ces malheureux n’ont rien, absolument rien, déclare dans son rapport le commandant Imhoff, soit comme vêtement soit comme matériel de couchage ou de gamelle. C’est le dénuement le plus complet… Au point de vue de leur santé, il est urgent que ces mandarins puissent habiter à terre le plus tôt possible. » L’administration de Tahiti fit ce qu’elle put pour accueillir ces exilés. Une vaste habitation, aussi bien meublée que possible, fut mise à la disposition des prisonniers qui en prirent possession le 16 février 1886. En un long mémoire adressé au gouverneur, Thuong protesta de son innocence et d’avoir toujours été l’ami loyal des Français. Il y reconnaît d’ailleurs qu’il est, à Tahiti, plutôt traité en hôte qu’en prisonnier. Toussant et fiévreux, ayant en outre le mal du pays, Thuong est surtout préoccupé de savoir ce qu’on ferait de son corps en cas de décès. Il reçoit, là-dessus, tout apaisement et meurt tranquille, le 30 juillet 1886. Son corps fut mis en bière selon les rites annamites, revêtu de nombreuses chemises, pantalons et manteaux de cérémonie, la tête enrubannée et les mains refermées sur un éventail de Chine enveloppé d’une soie rouge. L’abondance et la splendeur de cette garde-robe funéraire étonne un peu après le « dénuement total » et le « rien, absolument rien » du rapport Imhoff. Elle donne à entendre que jusqu’à la fin du dernier acte, le mandarin Thuong s’entendit fort bien à jouer la comédie. Le 20 décembre suivant, le Bourayne quittait Tahiti à destination de l’Annam, ayant à bord la dépouille funèbre de l’infortuné Thuong, du mandarin survivant et des quatre boys serviteurs. — Voir à ce sujet : F. V. Picquenot, L’exil du prince Thuong à Tahiti (Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. 18, 1910, p. 33-59).

THURET, Gilles Émile (1860-1929)

Notaire.

Né à Paris le 10 décembre 1860. S’engage à 18 ans dans l’infanterie de marine pour servir à Tahiti. Arrive à Papeete en 1880. Demeure à Tahiti en 1883, après l’achèvement de son engagement. Y sera tour à tour, commis-greffier, greffier et greffier en chef au Tribunal de Papeete, sa carrière étant interrompue, en 1896-1897, par un intérim d’agent spécial aux Marquises. Après avoir suppléé Me Vincent, notaire, pendant une maladie de ce dernier, prend, en 1923, la succession de cette charge. Meurt, en France, des suites d’un accident de voiture, près de Tours, en 1929. Sa droiture et sa bonté lui avaient attiré l’estime et le respect des Tahitiens. Sa conduite avait été particulièrement remarquable lors de l’épidémie de grippe espagnole en 1918, au cours de laquelle il s’était multiplié, visitant et soignant les malades, aidant à organiser les secours et maintenant le moral de chacun. Décédé à Tours, le 11 avril 1929. — D’une union avec une jeune fille d’Anaa, îles Tuamotu, sont nés trois enfants : Edouard, 1890, vit en Océanie, soit à Tahiti, soit aux Tuamotu. Plusieurs enfants. — Henri, 1892-1910, meurt jeune, à Paris. — Marguerite, 1895, épouse en 1926, Kenneth Emory ethnologue attaché au Bishop Museum de Honolulu.

TIHOPU

Pasteur.

Originaire de Huahine. Il est d’abord pasteur du district de Punaauia à Tahiti, mais il exerça surtout son ministère à Fare (Huahine) son île natale de 1885 à 1900. Doué d’une vive intelligence, d’une parole facile toute émaillée de métaphores, très au courant des légendes anciennes, il devient vite populaire à Tahiti et aux îles Sous-le-Vent. Son expérience des hommes, la sagesse de ses conseils et son don de la parole l’imposèrent dans maintes circonstances politiques, à des périodes de troubles. C’est ainsi qu’avec le pasteur F. Vernier il fut chargé de mission par le gouverneur Papinaud, auprès de Teraupoo, le chef rebelle d’Avera, Raiatea, en 1896.

TIPITIPIA, Joseph († 1773)

Tahitien.

Un des quatre indigènes qui accompagnent l’Espagnol Boenechea à Lima en 1773. Il est alors un adulte de 25 à 28 ans. Meurt à Lima peu après son arrivée, sans doute après avoir reçu le baptême par l’entremise des religieux espagnols qui accompagnaient l’expédition, ce qui expliquerait le prénom de Joseph. — Voir : Cook, Voyage… round the world… on the years 1772-75, 3th éd., 1779, t.1, chap. XIV ; et Corney, Quest and occupation of Tahiti…, t.1, p. 342 ; t.II, p. 63.

TIRILLY, Mgr Louis (1912)

Quatrième vicaire apostolique des îles Marquises.

Religieux picpucien. Né le 25 janvier 1912 à Le Guilvinec (Finistère). Profès dans la congrégation, le 17 octobre 1931. Ordonné prêtre le 25 juillet 1937. Le Père Louis Bertrand arrive aux îles Marquises le 19 décembre 1938. Il sera d’abord missionnaire à Tahuata, 1938-1952, puis à Fatu Hiva. Succédant à Mgr Le Cadre, il est nommé évêque titulaire de Buthrotum et vicaire apostolique des îles Marquises le 16 novembre 1953. Il sera sacré à Quimper, le 12 septembre 1954, par Mgr Fauvel. Retourne en France en 1956-1957 pour raison de santé. A son retour lance, avec le concours du fonds F.I.D.E.S., l’internat de garçons à Taiohae, Nuku Hiva et reconstruit l’internat des filles à Atuana, Hiva Oa, internat qui comptera alors plus de 100 jeunes filles marquisiennes appartenant à différentes vallées de l’île. Des difficultés intérieures et une santé délabrée incitaient le Saint-Siège à nommer, le 22 octobre 1969, Mgr Henri de Cocq, évêque de Rarotonga (îles Cook), administrateur apostolique de Taiohae. Mgr Tirilly quitte Taiohae le 9 nov. 1969. En date du 17 mars 1970, le Saint Père, faisant droit à la demande présentée par Mgr Tirilly d’être déchargé du gouvernement pastoral de son diocèse, l’a transféré au siège titulaire de Budua et Mgr Le Cléac’h prenait sa succession. Mgr Tirilly s’est retiré en France, où il est actuellement aumônier de l’hospice Saint-Jacques, Vence (Alpes-Maritimes).

TISSOT, Alfred (1863-1928)

Colon.

Originaire de Neuchâtel, dans la Suisse romande. Sert quelques années en Afrique dans la Légion étrangère. Après un séjour en Californie, arrive aux Marquises avec C. Paume. Après la ruine de leur plantation de tabac, il va s’établir comme boulanger et commerçant à Puamau. En 1912, il épouse Kekela, de Ua Pu, petite-fille de l’ancien pasteur Kekela de Puamau et va s’établir à Hakahetau, Ua Pu. En 1920, lors de la vente des biens de la Société Commerciale de l’Océanie, Tissot achète une parcelle de terre sur le rivage de Taiohae et vient s’y établir. C’est là qu’il est décédé vers 1928. Il eut deux fils. Alexis, qui après avoir pris la suite de son père, accepta plus tard la gérance de l’agence de la Maison Donald à Atuana. Le second fils Tissot est pasteur à Ua Pu.

TIURAI, de son vrai nom TAHIARUA ONOHI MIHINOA A TATI (1842-1918)

Célèbre biobio, guérisseur, Tahitien.

Né à Papara le 1er juillet 1842, baptisé le 25 juin 1858 à Punaauia par Mgr Jaussen. Au physique le type parfait de l’aristocrate tahitien : un grand et bel homme à la forte carrure et d’aspect autoritaire. Vêtu d’un simple paréo, il vivait solitaire, près du cimetière de Punaauia, dans une petite hutte toute délabrée, au milieu d’un inextricable fouillis végétal, entre la mer et la route de ceinture. Sans goût pour les honneurs et sans intérêt pour la chose publique, il exécrait tout ce qui était étranger et, bien que catholique, voyait dans la présence européenne la source de tous les maux dont se plaignaient ses compatriotes. Il était complètement désintéressé et ne recevait jamais d’argent des malades qui affluaient quotidiennement vers lui et qu’il soignait avec des herbes, des médications fort simples, des traitements d’ordre psychologique et beaucoup d’auto-suggestion. A la manière de tous les guérisseurs de cet acabit, exerçant leurs activités au milieu de populations simples, aimant le merveilleux et sans grand esprit critique, on prêtait à Tiurai les guérisons les plus extraordinaires, les cas négatifs étant naturellement toujours « expliqués » ou passés sous silence. Il mourut de la grippe espagnole, le 5 décembre 1918, « victime de ses malades qui, en venant lui demander la guérison, lui ont apporté la maladie ». Il a été enterré dans le cimetière catholique de Punaauia. Sa tombe se trouve près de la grande croix, à gauche en entrant, du côté de Paea. — Voir : O. Walker, B.S.E.O., juillet 1925, p. 3-35. Également une note : Tiurai’s mana, P.I.M., Nov. 1937, p. 41.

TIXIER, Marcel (1887-1960)

Commerçant et homme politique.

Né à Papeete le 6 février 1887. Fils d’un officier de cavalerie. Études chez les Frères. Débute comme commis de magasin à Papeete. On le trouve, en 1908, employé à la Compagnie française des phosphates de l’Océanie, à Makatea, où il restera jusqu’en 1916. Revient à Papeete où il devient chef de rayon à la Compagnie navale de l’Océanie, fonction qu’il occupe jusqu’en 1928. La même année va aux îles Marquises pour gérer la succursale de cette compagnie. A la faillite de cette maison de commerce, en 1930, il s’installe à son compte à Hane, puis en 1936 quitte cet archipel pour se fixer définitivement à Uturoa, Raiatea. Représentant de la maison A.B. Donald de Papeete, puis commerçant à son compte. Conseiller municipal de la ville de Uturoa de 1945 à 1952 et maire ; réélu premier magistrat de la ville de 1953 à 1959 ; réélu pour la troisième fois au conseil, mais est remplacé dans les fonctions de maire par M. Hart. Conseiller de Uturoa à l’Assemblée Territoriale de la Polynésie française de 1946 à 1952 ; réélu de 1953 à 1960, il est le doyen d’âge de cette assemblée. Tempérament dynamique, tenace, clairvoyant, il se montra dans la vie publique un administrateur actif. Uturoa lui doit l’électricité, ses immeubles communaux, ses terrains de sport, d’importants travaux de voirie, des mesures d’assainissement. Il créera aussi un cours complémentaire. Il était entré dans la vie politique en 1940 en participant au mouvement de la France Libre et devenant ainsi un des artisans du Ralliement. Il était chevalier de la Légion d’honneur. Il mourut à l’hôpital de Papeete, le 19 février 1960. D’une première union, le 11 mars 1916 à Papeete, avec Teupooroa Bonnefin, 1889-1917, sont nées deux filles : Estelle, qui épouse en 1934 Philippe Laughlin, et Régina († 1945). De son mariage avec sa belle-sœur Irène Bonnefin, 1898-1924, le 31 mai 1919, à Papeete, sont nés : Valérie, qui épouse, en 1952, Pierre Gariou, adjudant-chef d’infanterie de marine. — Alice, épouse, en 1940, Bertrand Pugibert, infirmier. — Odette, épouse en 1942 Gaston Allain, chef de division à la F.O.M., deux enfants. — De son union, le 31 mai 1935 à Hane, îles Marquises, avec Kuatini Raioha, 1916, sont nés : Louis, qui épouse, en 1952, à Uturoa, Norman Hart, 1930. — Raphaël, qui vit en Californie. — Arlette, épouse en 1955 Paul Landé, médecin-commandant des troupes de la marine : cinq enfants.

TOBIN, George

Officier de marine et dessinateur.

Officier de la marine anglaise, Tobin navigue avec Bligh lors de son second voyage sur la Providence (1791-1793). On possède des dessins de lui exécutés à Tahiti en 1792. Tobin est loin d’être un artiste professionnel, mais ses dessins et ses aquarelles sont de bons documents et nous montrent ce qui paraissait intéressant, à un officier de cette époque, dans les pays nouveaux qu’il visitait : les paysages, la végétation et les curiosités d’histoire naturelle. « The drawings are rather quaint and amateurish, but pleasing. » Un manuscrit intitulé « Journal on H.M. Providence » contenant un certain nombre de dessins tahitiens est conservé à la Mitchell Library de Sydney. — Voir : Bernard Smith, European vision and the South Pacific, 1960, p. 109-110, qui prénomme Tobin : James.

TOBY, Jean-François (1900-1964)

Gouverneur de la France d’Outre-Mer.

Né le 29 janvier 1900 à Saint-Pierre Quilbignon (Finistère). Breveté de l’école nationale de la France d’Outre-Mer. Après une brillante carrière africaine qui le trouve gouverneur du Niger de 1942 à 1954, il est appelé à la tête des Établissements Français de l’Océanie, en septembre 1954. Il y apporte ses qualités d’entraîneur d’hommes, de bâtisseur et d’administrateur. Mais lui-même, après trente années de commandement africain, est conquis par le charme de Tahiti, la douceur du climat océanien, l’hospitalité et l’aménité des populations polynésiennes. Les Tahitiens n’avaient pas encore vu un gouverneur en exercice participer à la vie nocturne de Papeete, et les mutoi attendent souvent à la porte du bar Léa, aujourd’hui disparu, que le Gouverneur ait achevé sa soirée pour faire fermer l’établissement, conformément aux règlements alors en usage. D’ascendance bretonne, son goût de la mer l’incline à mettre à nouveau en application cette politique de présence et de contact qui a toujours inspiré son œuvre. Multipliant les tournées à bord de la goélette Tamara, il parvient, en trois années de séjour, à faire escale dans chacune des 109 îles qui composent la Polynésie française et dont certains n’avaient, de mémoire d’homme, jamais été visitées par un gouverneur. Il ne perd pas pour autant de vue les questions d’intérêt général, et son séjour est jalonné par nombre de réalisations d’envergure : institution d’une caisse de stabilisation des cours du coprah, pour normaliser les conditions de négoce d’une des sources prééminentes de la prospérité du pays : création du Crédit de l’Océanie ; agrandissement et aménagement du port de Papeete, construction d’un dépôt d’hydrocarbures et d’un appontement aux pétroliers, etc. Mais son nom restera avant tout attaché à la double mission qu’il s’est proposée : accroître rapidement les ressources du Territoire par l’extension de la culture du caféier (la production d’arabica passant de 100 à 1 000 t par an) et ouvrir de nouvelles perspectives de promotion économique et sociale au Territoire, par l’expansion du tourisme. La décision prise par le Gouvernement de doter, à Faaa, l’Océanie française d’un aérodrome de classe internationale, couronnera trois années de démarches et de patients efforts. Elle apportera à la gestion du gouverneur Toby une heureuse consécration, en permettant l’entrée de Tahiti, que les immensités océanes du Pacifique maintenaient aux portes du rêve et du mirage, dans le grand carrousel aérien, appelé à enserrer d’une trame de relations humaines élargies et fécondantes, le monde de demain. Le gouverneur Toby, remplacé par le gouverneur Bailly, quittera Tahiti, en mars 1958. Il est décédé le 28 juin 1964 à Plougonvelin (Finistère) où il avait pris sa retraite.

TONDON, William (1876-1946)

Avocat et fonctionnaire.

Né à Nancy (Meuthe-et-Moselle) le 25 février 1876. Études à Saint-Sigisbert et à Paris où il est licencié en droit en 1894. Avocat au Havre, puis avocat-conseil en Chine, à Hankéou, Tientsin et Pékin de 1905 à 1929. Il est également conseiller juridique du ministère des Travaux publics pour les travaux entrepris en Chine par des entreprises françaises et en particulier pour les chemins de fer franco-belgo-chinois. Quitte le Chine, en 1929, peu après la déclaration de la première République chinoise et fait un tour du monde qui l’amène en Polynésie française pour deux mois et où il décida de se fixer. Lors de son arrivée, en 1930, il y a des difficultés aux îles Gambier entre Pedro Miller et l’Américain Berge qui fait la plonge aux nacres avec des appareils. Le gendarme Creux devrait arbitrer le conflit. Mais sa femme a suspendu une pancarte à la porte de la Résidence : « Prière de ne pas déranger mon mari. On ne répond pas des conséquences. Mme Creux. » Le gouverneur Bouge envoie W. Tondon sur la goélette Vahine Tahiti pour régler l’affaire, ce qu’il fait avec autorité, défendant la plonge locale contre les plongeurs étrangers et leurs scaphandres. Tondon sera alors nommé, en qualité d’agent contractuel, administrateur-juge à Rikitea, aux îles Gambier où il arrive le 20 mai 1930. Impulsif, mais humain, il sut rapidement acquérir l’estime de la grosse majorité de la population qui fait confiance à son « vieux » et il se montrera aux îles Gambier, un fonctionnaire compétent et efficace. C’est un homme d’autorité : « Quand le Tavana a parlé, on exécute ce qu’il a décidé ! » Sa droiture et son désintéressement sont demeurés légendaires en Océanie. Il visitait les îles dépendantes administrativement de son vaste district, effectuant avec activité et conscience un important travail. Il fera, en mars-avril et en octobre 1932, le tour des Tuamotu de l’Est, dépendantes de sa juridiction avec Émile Helme et le Père Paul Mazé comme interprètes. Il rendra la justice — c’est sa passion — et conciliera ; mais « matera » les gens qui lui font de « petites saletés » ; tentera de lutter contre la fabrication du vin d’orange et de banane ; concédera, en décembre 1930, une partie de Marutea, dans les Tuamotu de l’Ouest, à une Compagnie industrielle et agricole de l’Océanie qui y a planté 60 000 cocotiers : il recevra, en 1934, les gens du Bishop Museum qui passent plusieurs semaines dans sa bibliothèque. Sachant le chinois ; il peut parfois inspecter efficacement les comptes de certains commerçants et prendre des sanctions, le 1 janvier 1936, remplacé par le résident Sénac, il songea à se fixer à Mangareva et s’y fit même construire une maison. Mais, à la suite de quelques différends — il se disait « un véritable porc-épic » et son antagoniste, le Père Vincent-Ferrier Janneau avait la réputation également bien méritée d’un caractère entier et insupportable — il préféra aller se retirer à Papeete où il s’installa, en mars 1941, dans le quartier de la mission. C’était un homme qui recevait comme un grand seigneur ; également un sinologue distingué et un bibliophile. Il avait apporté avec lui sept tonnes de livres en arrivant à Mangareva et il continuait de collectionner à Tahiti. Il mourut à Papeete, le 12 novembre 1946. La partie océanienne de sa bibliothèque fut laissée à la mission dont il était l’ami.

TORREY, William (1814)

Marin.

Né le 4 mars 1814 à Wilbraham (Mass.) U.S.A. Voyage très jeune. En 1832, part de New Bedford, comme matelot, sur un baleinier, le Hunter, capitaine Post, qui va chasser dans le Pacifique. Après avoir fait relâche à Lima, Hawai, Moorea et Pitcairn, déserte à Rotumah au début de 1835. Embarque sur le brick Doll, revenant de Tahiti. Fait naufrage aux Marquises, s’en tire et y vivra parmi les indigènes, avec un compagnon nommé Noyce, participant nolens volens à leurs guerres, à leurs fêtes, à leurs festins de cannibales et empêché de quitter l’île lors du passage du Royal Sovereign, du Pacific et du Pocahontas. Il parvient enfin à s’échapper subrepticement sur le Henri, capitaine Coleman, qui, par Honolulu et San Francisco, en août 1837, le conduit à Liverpool. tout cela, s’il faut en croire un récit pittoresque publié par lui en 1848 sous le titre de : Life and adventures of William Torrey who for a space of 25 months within the years 1835, 36 and 37 was held a captive by the cannibals of the Marquesas (Boston, 1848), ouvrage qui contient, en frontispice, un portrait de Torrey et plusieurs petites vignettes dessinées par lui, et concernant son séjour aux Marquises. Au moment où il achevait son ouvrage, en 1848, Torrey vivait aux États-Unis, attaché à une compagnie de chemins de fer.

TOUAHAAFEU, Zacharie (1872-1939)

Chef de Taaoa, Hiva Oa, îles Marquises.

Il était né dans cette vallée. Passe à l’école du Père Dominique, à Puamau, et parle correctement le français. Sorti de l’école il tint pendant des années, un magasin dans une baie du canal du Bordelais, pour le compte de Manlius, sergent guyanais, libéré aux Marquises, par l’amiral Dupetit-Thouars. Il existait à l’époque de nombreuses plantations de coton dans ces parages et beaucoup d’indigènes, s’y étaient établis. Zacharie avait une tête bien organisée, et faisait des économies avec lesquelles il achetait des terres non plantées à Taaoa, suivant l’exemple de son patron Manlius. Après quelques années il abandonna le commerce et vint à Taaoa, et planta plusieurs milliers de cocotiers sur ses terres. Puis, s’étant mis en ménage avec une jeune fille de Hanaiapa, côté nord de Hiva Oa, il laissa la garde de ses plantations à son frère et à sa sœur et ouvrit un store à Hanaiapa, où il demeura une bonne dizaine d’années, jusqu’à ce que ses cocotiers fussent en rapport. Il revint alors à Taaoa, ouvrit un magasin, pour concurrencer son ancien patron Manlius. Sa plantation rapporta bientôt entre 20 et 25 t de coprah annuels, mais Manlius, décédé en 1912, faisait 60 t. Zacharie, bâti en hercule, était d’une activité peu commune, chasseur et surtout pêcheur. Il possédait plusieurs pirogues et une grande baleinière qui lui permettait d’aller avec ses amis pêcher à l’île déserte de Mohotani, à 15 miles, qui est très poissonneuse. La Première Guerre mondiale arriva, on le nomma chef de Taaoa. Sa compagne de Hanaiapa, mourut l’année suivante, Zacharie se remaria avec la fille unique de Manlius, qui venait de divorcer d’avec son mari allemand. Ce fut une union de gros propriétaires. Outre ses cocotiers, la dame possédait un grand troupeau de bétail à demi sauvage ; on en abattait une tête par semaine qu’on partageait avec les habitants de la vallée, ce qui rendait le ménage très populaire. En 1930, il fut victime de la maladresse d’un policier et sa blessure lui laissa des séquelles dont il mourut en 1939. Il était décoré de la Médaille agricole. Décédé sans enfants, ses biens passèrent à sa sœur et à une fille adoptive.

TOUCAS, François (1818)

Soldat et fonctionnaire.

Caporal du 1 régiment d’infanterie de marine. Part de Brest le 26 octobre 1846 ; arrive à Papeete le 16 avril 1847. Sergent en 1848. Auparavant, avait servi cinq ans dans les équipages de la flotte. Fit le tour du monde sur la corvette Bonite (campagne de 1835-1837) puis passa dans l’infanterie de ligne, sergent-major. Reprit du service dans l’infanterie de marine en janvier 1846. En mai 1851, fait mutation dans le détachement de gendarmerie de Tahiti. Est nommé brigadier en 1854, puis maréchal des logis en juin 1857. De 1859 à 1863 sert au détachement de la Nouvelle-Calédonie. Mis à la retraite en 1863, il revient à Tahiti par la frégate Néréide, débarque à Papeete le 14 février 1866. Employé au trésor local comme commis de comptabilité. Quitte définitivement Tahiti vers 1880. Meurt en France, probablement à Marseille. De son union, en 1866, à Papeete, avec Marie Langomazino est né : Émile, 1867-1886, qui meurt de la peste à Marseille.

TOUP-NICOLAS, John (1788-1851)

Officier de la Royal Navy.

Né le 22 février 1788 à East Looe, Cornouaille, Angleterre. Porté sur la liste d’équipage d’un navire de guerre dès 1797. Midshipman en 1799. Lieutenant en 1804. Après une brillante carrière maritime, commandant le Vindictive, il est attaché à l’East India Station, 1841-1844. Rentrant en Angleterre, il se trouve à Sydney au moment où Pritchard revenant d’un congé, apprend les événements à Tahiti. Le Vindictive quitte Sydney avec Pritchard à son bord le 22 janvier 1843. Il arrive en vue de Tahiti le 25 février, débarque Pritchard à Punaauia. Excité par Pritchard et encouragé par la présence d’un navire de guerre britannique, le parti pro-anglais releva la tête, et Toup-Nicolas adressa à ses compatriotes de Tahiti une proclamation dans laquelle il leur interdisait de se soumettre aux règlements prescrits par les autorités françaises. Dès le 15 mars, Toup-Nicolas envoie à Londres un rapport où l’action de la France et de ses représentants était noircie à plaisir et Moerenhout peint sous les plus affreuses couleurs. Il demande même qu’il soit immédiatement relevé de ses fonctions. Le 29 juillet, il reçoit l’ordre de son amiral, alors à Valparaiso, de quitter Tahiti. Malgré les instances de la reine Pomaré, de Pritchard et des 24 résidents britanniques qui signent une pétition, le Vindictive quitte Papeete le 6 août pour Valparaiso. A Valparaiso où il séjourne quelques mois, le commandant Toup-Nicolas, sur des racontars « des sieurs Charles Mac Ilroy natif de Tyrone (Irlande), ancien tenancier du bar « British Queen » à Papeete, et Delisle, originaire de Londres, relatifs à des propos injurieux contre la couronne d’Angleterre tenus par un officier français de Papeete » prétend envoyer la frégate Fitzgard, puis le Salamander à Tahiti. Un rapport de Dupetit-Thouars met les choses au point, et Toup-Nicolas s’excuse. Ses rapports à l’Amirauté et au Foreign Office, sur les affaires de Tahiti, considérés comme hâtifs et manquants d’objectivité seront d’ailleurs jugés assez sévèrement en haut lieu. Sa position sera désavouée, on lui demande des explications, et le ministre de la Marine fait demander aux Lords de l’Amirauté d’« inviter les officiers de la Marine Royale à ne pas préjuger des décisions qui seraient prises à Londres et à ne pas soulever de difficultés qui seraient de nature à engendrer des conflits internationaux ». Rear admiral en décembre 1850, meurt à Plymouth le 1 avril 1851.

Bibliographie. O’Byrne, Naval Biographical dictionary, 1849, p. 814-816. — Naval chronicle, London, t.40, p. 333, portr. — Dictionary of national biography, t.41, p. 40-41. — Jore, L’Océan Pacifique, t.1, p. 229 ; t.2, p. 286-351 et passim. — Toup-Nicolas est l’auteur de : A letter to rear admiral Dupetit-Thouars on the subject of the late events at Otaheite, Papeete, 1843. — On trouve six lettres de lui au capitaine Vrignaud, au lieutenant de V. Reine et à l’amiral Dupetit-Thouars, etc. dans les Annexes, p. 1001-1014, des : Iles Taïti de Vincendon-Dumoulin et Desgraz.

TOUPIN, François (le Père Guénolé), 1879-1940

Religieux picpucien.

Né à Guissény (Finistère) le 16 mars 1879. Profès dans la congrégation en 1902, y est ordonné prêtre en 1907. Part la même année comme missionnaire à Tahiti. Arrive à Papeete le 28 novembre 1907. Exercera vaille que vaille quelque ministère à Tahiti et aux Tuamotu. Quitte Tahiti le 8 juin 1921. Meurt en France, le 19 février 1940, à Guissény (Finistère).

TOURNELLEC, Victor (le Père Goulven). 1881-1949

Religieux picpucien.

Né à Brest (Finistère) le 25 mars 1881. Profès en 1901. Prêtre en 1905. Arrive à Tahiti, le 4 décembre 1905. Travaille aux Tuamotu. Sera le procureur de la mission jusqu’en 1912. Rentre alors en France. Après y avoir enseigné la morale au scolasticat jusqu’en 1919 revient à la mission de Tahiti et y fut successivement affecté à Mataiea, Papara et Papeari. Meurt, à Papeete, le 13 juin 1949.

TOURNOIS, Lucien (1879-1968)

Négociant.

Né le 18 mai 1879 à Pagny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle). Bachelier. Après un voyage d’affaires en Allemagne au cours duquel il prend contact à Hambourg avec la direction principale de la Société Commerciale de l’Océanie désireuse de voir des Français participer comme agents à ses comptoirs du Pacifique, est envoyé à Tahiti. Il y arrive en 1902 par le Zelandia, venant de San Francisco en compagnie de Charles-Alfred Le Moine. D’abord à Uturoa, il restera jusqu’en 1905 à Papeete au siège de la Société Commerciale de l’Océanie, alors dirigée par Hoppenstedt, qui remplissait également les fonctions de consul allemand. De 1905 à 1912, il sera attaché à la Maison E. Laguesse; puis à la Société du Marché Colonial, alors dirigée par Fr. Hervé. Quitte Tahiti en 1920 et continue de s’occuper en France, à Paris, d’un bureau de commission. Lucien Tournois contribua à ouvrir le marché tahitien aux produits français. Décédé à Eaubonne (Val-d’Oise) le 20 mars 1968.

TOURVIEILLE, Jean (le Père Clément). 1867-1941

Religieux picpucien.

Né à Rocles (Ardèche) le 25 décembre 1867. Profès picpucien en 1887. Prêtre en 1891. Arrive à Tahiti le 2 octobre 1891. A exercé son ministère à Taravao, Haapape, Hitiae, Pueu, Tautira, Vairao, Teahupoo, Arue, Papenoo. Prend un congé en Europe en 1907 au cours duquel il fait imprimer le grand catéchisme expliqué et illustré. Revient en Europe en 1913-1914 pour l’impression de la Bible tahitienne. Donne alors de nombreuses conférences sur sa mission. Quitte le vicariat en juin 1931. Meurt le 13 mars 1941 à Leuze (Belgique).

TOUZE, Étienne (1871-1951)

Ingénieur.

Né à Limoges (Haute-Vienne), le 21 septembre 1871. Ingénieur des Arts et Métiers d’Angers. Est chargé de la construction de deux usines d’engrais et de produits chimiques à La Pallice et à La Rochelle. Est nommé chef des Travaux Publics à Saint-Pierre et Miquelon, puis à Tahiti où il arrive à la fin de 1905. Il y épouse, le 6 juillet 1907, Sarah Goupil une des filles de l’avocat. Ayant entendu parler de la Pacific Phosphate Company qui exploitait les gisements de Nauru, il eut l’esprit attiré par cette question et s’informa des possibilités de découvrir des gisements de phosphates en Océanie française. Il est frappé de la similitude des configurations entre Makatea et les îles Ocean et Nauru. La lecture des rapports de la mission de l’Albatros dont son beau-père a reçu les membres lors de leur passage et dont il est un des premiers à avoir connaissance, des échantillons rapportés de Makatea et l’étude personnelle du gisement lui permettent de penser que l’exploitation des phosphates de Makatea est possible. Mais la législation sur les mines étant alors à peu près inexistante dans l’Océanie française, Makatea étant entre les mains de quelques centaines de propriétaires indigènes vivant parfois dans l’indivision, et plusieurs sociétés anglaises ou allemandes s’étant intéressées au gisement à peu près vers le même temps, l’organisation de la société définitive fut assez laborieuse. Par ailleurs, en France, la politique s’était emparée de l’affaire et les socialistes, M. Viollette en tête, déclaraient que jamais Makatea ne ferait l’objet d’une concession. Ce n’est que le 4 décembre 1908, que E. Touze revient de France apportant avec lui les statuts de la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie déposés à Paris le 2 octobre précédent. Étienne Touze s’était attaché à garder entre des mains françaises l’exploitation de Makatea et la nouvelle Compagnie, au capital social de 6 000 000, avait reçu en apport l’actif de la Société Française des Îles du Pacifique, constituée un an auparavant avec la participation de la Pacific Phosphate Company. Deux ans plus tard, en 1910, la nouvelle Compagnie absorbait la Compagnie Française des Phosphates du Pacifique qui s’était constituée avec le concours de capitaux allemands. Des navires et des missions spéciales d’études furent chargés d’étudier les problèmes techniques. M. Mesnier fut nommé président. Étienne Touze, après avoir donné sa démission de fonctionnaire, fut nommé directeur en Océanie. Me Auguste Goupil, conseiller juridique. La mise en place de cette affaire industrielle fut difficile. L’isolement de Makatea, l’absence de main-d’œuvre locale spécialisée, le manque d’eau potable, sans compter l’état d’esprit régnant alors à Tahiti où l’affaire était jalousée, créaient autant de difficultés. Étienne Touze eut à résoudre des problèmes ardus, dont celui du chargement des navires devant emporter le phosphate n’était pas le moindre, dans une île sans ancrage abrité et avec des fonds très importants. Il vint à bout de tout et eut la satisfaction de voir Makatea prendre vie et se développer au cours des douze dernières années pendant lesquelles il resta directeur de la Société en Océanie. Il rentra définitivement en France en avril 1921, devenant administrateur-délégué puis, de 1937 à 1950, Président-délégué et Président-directeur-général. A Tahiti, E. Touze, fut longtemps président de la Chambre de Commerce, en même temps que consul du Chili. Il mourut en 1951, à Paris, laissant le souvenir d’une individualité hautement représentative du tempérament français et passionnément attaché à la grande œuvre océanienne dont il avait été le maître artisan. — Voir sur lui : O’Reilly, Étienne Touze et l’origine de la Société des Phosphates de Makatea (J.S.O., 1952, t. 8, p. 277-281).

TRIFLE, Eugène (1885-1969)

Gendarme et fonctionnaire.

Né à Myans (Savoie) le 12 mars 1885. Compte trente-deux ans de service dans la gendarmerie. Participe à la Première Guerre mondiale à l’armée d’Orient et est cité pour un sauvetage. En 1919 est envoyé dans les Établissements Français de l’Océanie où il arrive le 24 décembre 1919 par le Tofua. Servira dans de nombreuses îles : Rurutu, Tubuai, Tuamotu, mais principalement aux Marquises : Fatu Hiva, Atuana, Taiohae où il exerce plusieurs fois les fonctions de chef de circonscription et juge de paix. Actif, dynamique et réalisateur, Eugène Trifle fera preuve de la meilleure compétence et des plus rares qualités dans les postes administratifs qui lui furent confiés. Prend sa retraite à Atuana, en 1939, où il s’établit comme colon-propriétaire. En 1940, il provoque le ralliement des îles Marquises sud à la France Libre. Eugène Trifle avait épousé, en 1921, une institutrice marquisienne, Maria Kekela, 1893-1962, petite-fille de Zacharie Kekela, remarquable pasteur indigène des îles Sandwich. Mme Trifle qui a élevé avec savoir-faire et cœur, trois ou quatre générations de Marquisiennes est officier d’Académie. Le ménage, outre une cousine, Elisa Tissot, qui épouse en octobre 1958, Max Noble, a adopté et élevé plusieurs enfants marquisiens. Eugène Trifle, déjà titulaire de la croix du combattant, de la médaille militaire et de nombreux autres ordres, s’est vu décerner en 1959 la croix de la Légion d’honneur pour « l’heureuse influence que, consciencieux et dévoué, il n’a cessé d’exercer sur la population marquisienne qui lui témoigne une affection justement méritée ». Décédé à Papeete le 12 juin 1969.

TRIOLET, Elsa Kagan [Mme Pierre Triolet, puis Mme Louis Aragon, connue sous le nom d’Elsa] 1896-1970

Écrivain français d’origine russe.

La future femme d’Aragon, alors Mme Pierre Triolet, arrive à Tahiti en 1919. Le couple, venu pour affaires et dépaysement, passe plusieurs mois à Papeete, vivant d’abord à l’hôtel, puis dans une habitation privée sur le bord de mer. Il est reçu par la meilleure société locale. De ce séjour naît un livre, A Tahiti, paru en russe en 1921-1922 et qui est la première œuvre littéraire d’Elsa. Nous prenons dans ce récit biographique une vision de Tahiti faite d’impressions primésautières et de traits justes, d’odeurs, d’anecdotes, de chauds souvenirs et de regrets nostalgiques. On y découvre d’amusants portraits des personnalités d’alors, de la reine Marau au père Rougier en passant par le banquier Krajewski; et cent détails sur la vie quotidienne : réceptions, fêtes, passage d’un navire de guerre, courrier, etc. On trouverait une traduction française de A Tahiti dans le tome premier des Œuvres romanesques croisées d’Elsa Triolet et Aragon, Paris, 1964.

TRUC, Jean-Pierre (1925-1958)

Médecin.

Né à Pnom-Penh, le 1 mars 1925. Études de médecine à Hanoï et à Marseille. Médecin contractuel du Service de Santé en Polynésie française en 1953. Exerce aux Marquises, aux Gambier, et aux Tuamotu. Chargé de l’hôpital de Taravao. Meurt à la suite d’une plongée sous-marine avec un scaphandre autonome, le 3 février 1958. Il avait étudié les maladies des pêcheurs de nacre et a laissé un article sur le taravana, maladie professionnelle des pêcheurs de nacre en Polynésie française (J.S.O., 1959, p. 227-236).

TRYPHON, Mama Taira (1846-1881)

Premier indigène ordonné prêtre en Polynésie française.

Né en 1846 à Mangareva. Son père était de la branche cadette des rois de Mangareva. Il fut même régent, après avoir été cuisinier du roi. Une gravure le représente, avec un habit de colonel envoyé au roi Mapouteoa par Louis-Philippe ; ce costume encore que bien râpé portait ombrage au résident français, Martial Martin ! Le Père Nicolas Blanc avait rassemblé une quinzaine d’élèves à Anaotiki. En 1869, avec l’agrément de l’évêque de Tahiti, il en choisit trois des plus instruits et des plus dignes et les envoya à Tahiti. Parmi eux Mama Taira Tryphon, qui reçut la tonsure et les quatre ordres mineurs le 21 septembre 1869. Il revint aux Gambier, portant la soutane, et le Père Laval le recevait à sa table. Il retourna reprendre ses études au collège du Père Nicolas. Ses deux compagnons ne persévérèrent pas. Lui fut ordonné prêtre à Tahiti le 24 décembre 1873. On le signale comme catéchiste à Faaone près de Papeete. Après quelques années de ministère local il est envoyé à Valparaiso vers 1879. Il mourut d’une pulmonie foudroyante, à Valparaiso, le 27 décembre 1881. Le Père Ortaire Orvain écrit au Père Collette : « Pendant les deux mois qu’il a vécu au milieu de la communauté de Valparaiso, il l’a beaucoup édifiée. Il était aimé de tout le monde. » t’SERSTEVENS, Albert (1886-1974). — Écrivain et voyageur. Né le 24 septembre 1886 à Uccle (Belgique). Cet écrivain avait visité l’Océanie française en 1932 ; il y retourne après la Seconde Guerre mondiale, ayant séjourné — il nous le dit lui-même — « en Polynésie française pendant près de trois ans, de 1946 à 1949 ; il a visité, à pied, les moindres recoins de Tahiti et n’a cessé d’y vivre parmi les indigènes ; il a passé de deux à quatre mois dans chacun des archipels : Marquises, Sous-le-Vent, Australes, Tuamotu, et navigué à travers les atolls de ce dernier groupe. A pied, à cheval, avec les goélettes à coprah, en cotre, en baleinière, en pirogue, il a promené sa curiosité inlassable dans une quarantaine d’îles de ces archipels : 2 400 pages de notes, 900 photos, 800 dessins et croquis d’Amandine Doré qui l’accompagnait dans son voyage, tel est le butin qu’il en a rapporté et dont il a fait Tahiti et sa Couronne ». (Deux volumes de textes, suivis d’un volume de photographies, Albin Michel, 1950-1951). « A. t’Serstevens n’a pas envers les choses et les gens de la Polynésie… la même attitude que Gerbault. Il ne nourrit aucune illusion sur l’ancienne société, celle de l’« ère Loti ». En publiant ses deux volumes de notes de voyage, il a l’intention de brosser un panorama de la Polynésie française du milieu du XX siècle, afin de détruire l’image d’Épinal que le grand public se plaît à conserver de ces îles lointaines. Il a parfaitement réussi dans son propos. Son lecteur… pénètre peu à peu dans la mentalité de l’indigène, et partage l’indulgence de l’auteur pour l’« art de vivre » polynésien… ; t’Serstevens, curieux des choses du passé, les retrouve… perdues dans la brousse ; marae en ruines, tiki oubliés… Nous aurions aimé, toutefois, trouver le reflet de quelques-uns des problèmes que pose l’évolution sociale ; l’auteur… ne traite ni des structures administratives ni des questions psychologiques ou sociologiques… L’impression qui se dégage de ces livres… est que leur auteur n’a pas pris l’indigène tout à fait au sérieux… Son travail donne plutôt le vrai visage de Tahiti que le vrai visage du Polynésien. » Le voyageur chez t’Serstevens se double d’un romancier. Il avait déjà évoqué les Tuamotu dans l’Or du « Cristobal » (Albin Michel, 1936), assorti d’une idylle marquisienne un roman contemporain, Taïa (Albin Michel, 1930). A la suite de son séjour en Polynésie française, il écrivit un roman tahitien, La Grande plantation (Albin Michel, 1952) qui se déroule à Tahiti dans les années 1864-1868 et retrace un épisode de l’histoire de la plantation d’Atimaono.

TU, de son vrai nom TUNUIAEITETUA

Fameux guerrier des îles Tuamotu, originaire de l’île Anaa.

Il s’établit à Fakarava, après avoir conquis toutes les îles basses environnantes. Revers de fortune ? goût des voyages ? appel comme allié… Il arrive à Tahiti sans doute vers le fin du XVII ou au commencement du XVIII siècle. Il se fixe à Taaone, actuel district de Pirae, qui fait partie du clan Porionuu, où l’accueille Manahiti, chef du district à l’époque. Les deux hommes deviennent bientôt liés d’une étroite intimité et à sa mort, Manahiti cède son titre et ses terres à Tu. De son union avec Teuraiteatua, femme d’Anaa, qui avait émigré à Tahiti avec lui, il aura un fils Teuruarii qui épousera Marurai et aura un fils Taaroamanahune Teu. Ce dernier se marie deux fois. De sa première épouse Tetuaihuri, Tetupaia, fille de Tamatoa III, roi de Raiatea, Taaroamanahune aura sept enfants dont Vairaatoa, l’aîné, deviendra plus tard Pomaré I et Vairaatoa, cadet, grand chef de Pare. Ce dernier aura un fils Ariipaea a Tu qui sera l’aide de camp du prince consort Ariifaite, mari de Pomaré IV. Lors de l’insurrection de 1844, à Tahiti, Ariipaea se prononce immédiatement contre les Français. Parent de la reine, il exerce une grosse influence sur les insurgés. Ariitaimai cheffesse de Papara, le persuade de faire sa soumission. Il se rend au gouverneur Bruat en 1846. Celui-ci le nomme chef des districts de Pare et de Papaoa, Arue, le 26 novembre 1846.

TUAHINE (1783-1828)

Diacre protestant tahitien, le premier et un des plus solides convertis de la mission de Londres à Tahiti.

On parle déjà de lui, en 1813, comme un vieux serviteur. John Williams dira de lui dans ses Missionary enterprises, 1837, p. 160-161 : « comme propagateur du christianisme, Tuahine rendit d’importants services aux missionnaires, en guidant les nouveaux convertis et en enseignant dans les écoles. Ayant une profonde connaissance de sa propre langue et du fait de sa résidence avec les missionnaires, il avait acquis une grande connaissance des Écritures, il était à même d’apporter son assistance dans leur traduction ; il le fit tout d’abord avec Mr Nott, puis avec moi-même [John Williams]. Souvent il s’asseyait huit ou dix heures par jour, me secondant dans ce travail important ; et c’est à lui que nous devons, en grande partie, la précision avec laquelle il nous a été permis de transmettre la vérité des prophètes au peuple. Lorsque nous nous rendîmes à Raiatea, il nous accompagna et comme on peut s’y attendre, ses conseils et son assistance, plus particulièrement dans les écoles, et en nous enseignant la langue, nous ont été d’une très grande utilité. Lorsque je m’absentais de la maison, il avait la mission en charge ; et ses sermons, excellents modèles d’éloquence indigène, étaient excessivement bien accueillis par le peuple. La précision de son style, la perfection de son langage, la simplicité et la beauté de ses comparaisons ne manquaient jamais de saisir l’attention des auditeurs. Il avait un don surprenant pour interpréter la prière commune. Il était très respecté par les fidèles ; il accomplit un travail très honorable durant de longues années ; il remplissait ses devoirs de diacre avec attention et fidélité et mourut, âgé d’environ 45 ans, dans la joie de la consolation de la Bible. » (Lovett, History of the London Missionary Society, 1 vol., p. 280-281.)

TUMA

Sculpteur.

Après avoir été deux ans agent spécial aux Marquises, lorsque Paul Nordman ouvre de 1931 à 1935 une première boutique de curios à Papeete — boutique qu’il passera à Loulou Spitz après son divorce — et lorsqu’en 1937, il en ouvre une autre, l’homme qui lui est le plus utile pour s’approvisionner en « curiosités » locales, c’est Tuma. « Un sculpteur d’une habileté incroyable, me dit Mme Salmon. Il travaillait pour Paul, pour Spitz et pour d’autres boutiques de Chinois encore : la pierre, le bois, les coquillages. Il était aussi bon vannier, capable de tresser des chapeaux, des sacs et des curios en feuilles d’ananas d’une grande finesse et d’un fini parfait. Toutes les belles reproductions que nous avons eues, c’est Tuma qui les faisait avec une patience folle : des tikis, des statuettes de l’île de Pâques, des cannes comme en avait décorées Gauguin, des umete marquisiens, des diadèmes en vannerie, avec des plaques d’écaille et des motifs de nacre… J’allais souvent, le matin, lui réclamer un objet urgent. Et comme je le voyais de longs moments polir ses objets, je lui ai apporté un jour du papier de verre. Il n’en a pas voulu … « Naturellement, se hâte d’ajouter Mme Salmon, Paul vendait tout cela comme des objets modernes… Mais c’était si bien fait qu’on aurait pu s’y tromper… Il y avait d’autres artisans comme Tuma à Papeete et certains Chinois dans le district, mais pas aussi habiles. C’était surtout Tuma que l’on faisait travailler …

TUNUI A TEFAAFANO

Pasteur à Raiatea, depuis 1920, il continue à y exercer son ministère.

Il est attelé actuellement à la construction d’un nouveau temple en dur. A toujours reconnu les mérites de la civilisation française, qu’il semble n’avoir jamais cessé de seconder à la vue et au su de tous, même en cette période d’évolution du pays. Est chevalier de la Légion d’honneur.

TUPAIA, Tobia ou Tupia (1770)

Chef et expert sacerdotal, originaire de la baie de Rautoanui, à Raiatea.

Dépossédé par les envahisseurs venus de Bora Bora, il vient se réfugier à Tahiti où son rang sacerdotal est reconnu par la « reine » Oberea-Purea. Tupaia conseillera la reine de « liquider » adroitement son adversaire Tuteha et, après l’échec d’Oberea, il suit la reine dans son exil. Tupaia sera un des informateurs de Cook lors de son premier voyage et il s’offre à l’accompagner en Europe. C’est lui qui sera choisi entre de nombreux autres candidats. « Cet homme nous a accompagnés la plupart du temps lorsque nous avons été à terre », a écrit Cook dans son journal, ajoutant : « which gave us an opportunity to know some things of him : we found him to be a very intelligent person and know more of the religion laws and customs of the inhabitants then any one we had met with… » Cook ne voyait du reste pas l’utilité de ce passager, mais il accepte sur les instances de Banks qui écrit tranquillement dans ses notes : « Grâce à Dieu, j’ai mes moyens ! et je ne vois pas pourquoi je ne le prendrais pas avec moi comme une curiosité, alors que d’autres ramènent des lions ou des tigres, à beaucoup plus de frais qu’il ne m’en occasionnera jamais. » Et il ajoute que la satisfaction qu’il prendra à sa conversation et que le bénéfice qu’en retirera le navire — ou un autre — si l’on doit revenir dans ce pays, lui semblent mériter cette dépense. Cook inscrit donc Tupaia, sur le rôle d’équipage de l’Endeavour, le 18 avril 1769, comme surnuméraire. On embarque avec lui son serviteur, un adolescent de 12 ans et demi dont le nom est orthographié Tiata par Cook, Tayete et Taiota par d’autres. Tupaia put nommer à Cook 130 îles entourant Raiatea, mais n’en placera que 74 sur la « carte » qu’on lui demandera de dresser et qu’il exécuta de sa propre main, disposant des îles en zones concentriques représentant des jours de voyage, selon plusieurs secteurs, ayant Tahiti comme centre. Tupaia fut capable de localiser avec une certaine précision des îles aussi éloignées de Tahiti que les Samoa, les Fidji, les Tonga à l’ouest et à l’est : certaines des Marquises et des Tuamotu. La carte originale de Tupaia, encore entre les mains de Banks en 1806 n’a pas été conservée. Ce monument unique de la géographie polynésienne est assez difficile à interpréter aujourd’hui, car les transcriptions des noms d’îles sont celles reçues par une oreille anglaise, mélangeant suffixes et qualificatifs faute de savoir la langue, et ayant souvent trait à des noms anciens, actuellement hors d’usage. Tupaia rendit de nombreux services à Cook et son nom est souvent cité dans le journal de bord de l’Endeavour. C’est lui qui apprit à Cook quels étaient les rites à célébrer quand on arrive sur un territoire étranger. Il se montre un bon pilote aux îles Sous-le-Vent. C’est Tupaia qui lui servit de truchement avec les Maoris de Nouvelle-Zélande dont il entendait en gros la langue. Il avait du reste lui-même fait de rapides progrès en anglais et s’exprimait bien mieux en cette langue que les savants anglais ne pouvaient le faire en tahitien. Mais sa santé fut vite atteinte. Dès le 16 juin, Banks le signale comme gravement atteint de scorbut. Il semble se remettre en pêchant lui-même du poisson dont il se nourrit. Cook, le 2 octobre, le porte comme très malade et envoie une embarcation à terre afin de lui chercher des vivres frais. Les deux Tahitiens moururent à l’escale de Batavia à quelques jours d’intervalle, escale au cours de laquelle Cook perdit « son médecin, et son serviteur, trois matelots et ses deux passagers tahitiens ». La mort de Tupaia, d’après lui, ne « peut être complètement imputée à l’air malsain de Batavia. La longue carence d’aliments végétaux auxquels il était habitué depuis son enfance lui avait causé des troubles, normaux en mer », et il ajoute en guise d’oraison funèbre : « He was a Shrewh, Sensible, Ingenious Man, but proud and obstinate which often made his situation on board disagreeable to himself and those about him, and tended much to promote the deceases which put a period to his life. » Tupaia quand il apprit le 17 décembre, la mort de son serviteur manifesta son regret par de grandes exclamations de deuil et exprima son regret d’avoir quitté ses îles. Le scorbut, auquel s’étaient adjointes la dysenterie et une infection pulmonaire, vint également à bout de Tupaia. Il fut enterré, aux côtés de son serviteur dans l’île d’Eadam.

Bibliographie. Sur Tupaia, consulter la récente édition critique du Premier voyage de Cook, par J.C. Beaglehole dans les publications de l’Hakluyt Society (Londres, 1955) ; voir la table au nom. — La carte de Tupaia est reproduite dans l’Atlas de cette édition, pl. XI. — N.A. Rowe, dans son ouvrage consacré au séjour de Wallis à Tahiti : Voyage to the amorous islands, Londres, 1955, a présenté des portraits vivants et bien informés de Tupaia et de sa maîtresse, la reine Purea.

TUPUA

Sorcier originaire de Raiatea.

Était en 1890 le plus célèbre sorcier des îles de la Société, descendant des anciens tabua. « Tupua, très considéré des indigènes comme sorcier, possède divers talents, outre celui de guérir les malades. Il sait retrouver une bague jetée dans la mer ; il sait aussi découvrir des sources… mais son principal talent est celui de construire le umuti — grande allée de pierres chauffées au blanc — et d’y faire marcher ses compatriotes en toute immunité ». P. Huguenin (Raiatea la sacrée, Neuchâtel, 1902, p. 146-159) qui, par deux fois, en juillet 1896 et juillet 1898 a assisté à cette curieuse marche sur le feu préparée par Tupua, en a donné une bonne description.

TUPUTU, Sébastien (1872-1941)

Chef de Moputu, Tahuata, îles Marquises.

Élève de l’école du Père Dominique à Puamau, Hiva Oa. Parle correctement le français. De retour dans son île, il se maria avec la fille de Mohuho, chef de Hapatoni, et le ménage alla à Hanavave, île Fatu Hiva, tenir un store, puis retourna à Tahuata, où la femme décéda. Tuputu se remaria à une jeune femme de Motopu, où il résida ensuite. L’administration le nomma chef, fonction qu’il garda jusqu’à la dernière guerre. Il était également chef de prière nommé par Mgr Martin. Tuputu fut connu comme étant le meilleur indigène de son temps, toujours accueillant et prêt à rendre service à tout venant, aussi était-il très estimé. Il était également réputé comme étant un des meilleurs pêcheurs de l’île et connaissait tous les bancs et haut-fonds qui entourent Tahuata et les repères qui y conduisent. A ses moments perdus il se montrait bon sculpteur en art marquisien, mais se refusa toujours à monnayer son art. Il mourut en 1941, âgé de 69 ans. Sa femme lui survivra, presque aveugle.

TURIFAITE a VII (1883-1941)

Directeur d’école.

Né le 3 décembre 1883 à Punaauia (Tahiti), fils de Teave a Ovii et de Turai a Turifaite. Titulaire du brevet local et sachant bien l’anglais, Turifaite fera une belle carrière dans l’enseignement. On le trouve successivement à Papenoo en 1903 ; à Papara en 1907 ; à Punaauia en 1908 ; puis, de 1909 à 1917, à Papeete où il dirigera l’école communale. Enfin à Punaauia, dont il dirigera l’école de 1917 à 1930. Ses chefs le déclarent « le meilleur instituteur du cadre local », louent ses méthodes pédagogiques, sa belle conduite pendant l’épidémie de 1918. Il fait beaucoup pour le développement des cultures dans le district de Punaauia, créant et dirigeant l’association agricole « Manotahi ». Il s’intéresse aux loisirs de la jeunesse animant le groupe sportif « Tamarii Punaruu ». Plusieurs décorations et récompenses professionnelles lui sont accordées à ces différents titres. Il disparaît en mer le 17 janvier 1941, lors du naufrage de la Tereora. De son union, le 27 août 1903, avec Julia Krauser, 1884, sont nés : Théodore, 1904-1941 ; Caroline, 1906 ; Rose, 1909 ; Edwin, 1914 ; Germaine, 1925.

TUTE TEHUIARII (1781-1858)

Pasteur et missionnaire protestant tahitien.

Originaire de Moorea. Jeune il est adopté par Vairaatoa qui lui donne son nom anglais, obtenu par échange avec le capitaine Cook : Tute. C’est un ami du roi Pomaré II qui l’appelait son frère. Un très bel homme, de puissante stature et qui mesurait six pieds de haut. Il était du très petit nombre d’indigènes qui s’était montré intéressé par la nouvelle religion et en possédait déjà quelques rudiments lorsque les missionnaires de la Société de Londres s’installèrent à Moorea en 1817. Lors de la séparation des missionnaires, en 1818, il accompagna ceux qui s’en furent à Huahine où il se montra un bon élève et un chrétien désireux de bien faire. Aussi fut-il choisi parmi les quatorze qui furent jugés dignes de recevoir le baptême, le 4 septembre 1819. En mai de l’année suivante, lorsque les missionnaires tentèrent de constituer, sous leur contrôle, la première église indigène, Tute fut choisi parmi ceux à qui fut confiée la responsabilité de l’Église naissante. Tout en continuant à poursuivre sa formation scolaire et ecclésiastique, il participa à la direction de l’Église. Kamehameha III, le roi de Hawaii, ayant entendu parler, par le missionnaire Ellis, de l’état avancé de la christianisation de Tahiti et qu’il y avait même, dans cet archipel, des pasteurs indigènes, écrivit au jeune Pomaré III pour lui en demander un qui pût aussi lui servir de chapelain. Tute fut désigné pour cette mission. Il quitte Papeete le 19 juin 1826 et arrive à Honolulu le 24 juillet suivant accompagné de sa femme et de ses filles Maraiura et Auhea. Ce petit groupe de Tahiti fut reçu avec bienveillance par le roi. Le pasteur Bingham leur donna l’hospitalité et, dès leur arrivée, un service d’action de grâces fut célébré. Une maison leur fut bientôt construite. Les chrétiens de Hawaii firent le meilleur accueil à Tute qui vivra parmi eux comme instituteur en même temps que comme évangéliste. Il était aussi le chapelain personnel du roi qu’il accompagnait, dans ses déplacements à travers l’archipel. En 1854 à la mort du roi, son successeur, Alexander Lihchho, devenu Kamehameha IV, nomma à nouveau Tute comme aumônier de sa maison. Quatre ans plus tard, Tute mourait, le 3 décembre 1858, il avait 77 ans. Tute était resté en relation avec Huahine et ses missionnaires. A sa mort l’un d’eux, le Révérend Barff écrira : « Tute appears to have been a true convert to Christianity from the first, and his conduct uniformly that of a Christian, and the beneficial influence exerted by his labours and example during thirty-three years in the Sandwich Islands can only be fully known by the God of Missions » (lettre du 1er août 1859). On conserve à Hawaii la copie d’un manuscrit original inédit, œuvre de Tute. Il y raconte son voyage sur le John Williams et y narre des souvenirs ; une généalogie de sa famille y est jointe. Le document, une pièce unique — Omai ne savait ni lire ni écrire — serait sans grand intérêt, mais donne une idée de la façon de voir et d’écrire d’un Tahitien de la première génération. Il y a encore à Hawaii des descendants de Tute : la femme de M. John R. Topolinski est née Tute. Sur Tute, voir R. Lovett, The history of the London Missionary Society, 1899, t. 1, p. 345-346.

TUTERE TE HIVA (1892)

Chef de l’atoll de Taenga aux îles Tuamotu.

Il était considéré comme un des plus remarquables pêcheurs de nacre, plongeant « jusqu’à 36 m de fond, demeurant immergé 125 s à chacune de ses plongées, et les répétant de 40 à 50 fois par jour » (J.P. Truc). Sa technique était d’espacer ses plongées d’une dizaine de minutes, en remontant après chaque descente dans la pirogue et en respirant profondément.

TYLER, Hugh C

Peintre américain.

Expose en 1914 à la Pennsylvania Academy of Fine Arts de Philadelphie. Voyage en Océanie en 1921 et, en juillet de cette année-là, passant à Atuana, îles Marquises avec son ami le sculpteur O. Schmidt, fait graver une pierre sur la tombe de Gauguin. Cf. Mentle Fieldling, American painters, 1945, p. 377.

TYREE, Alan Dean (1929)

Pasteur de la mission Sanito de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saint des Derniers Jours.

Né à Kansas-City le 14 décembre 1929. Diplômé de l’université d’Iowa, distinctions académiques : Phi Beta Kappa et Phi Eta Sigma. Arrive dans le territoire en mai 1953 et y résidera depuis lors, nommé à l’ordre des Soixante-dix, ordre missionnaire, en 1956 ; puis, président de la mission Sanito en 1959. Il se fait remarquer à Tahiti par son activité, son esprit apostolique et son sens de la coopération dans toutes les œuvres sociales. Éditeur d’un recueil de cantiques en français et tahitien, auteur de plusieurs articles dans Te Orometua, journal mensuel de la mission, et dans The Saints Herald, semi-hebdomadaire de l’église mère, publié à Independence. Initiateur sur les ondes de Radio-Tahiti, de l’émission religieuse A Faaroo la’na et de l’émission musicale : « Connaissance de la musique ». Organisateur de chœurs et de soirées de musique classique. — Épouse, le 23 novembre 1951, Gladys Louise Omohundro. De cette union sont nés : Lawrence Wayne, 1953 ; Jonathan Tama, 1956 ; Sharon Tarona, 1957.

U

UDIN, Victor (1823-1859)

Employé de commerce.

Né le 23 septembre 1823 à Nantes (Loire-Atlantique). Aspirant de marine, arrive à Papeete vers 1849. Congédié à Papeete le 18 novembre 1852, où il exerce la profession de commis à la maison Hort et Cie. Propriétaire à Papeete où il meurt le 19 juin 1859.

URIEN, François (le Père Evremond) 1926

Religieux des Sacrés-Cœurs.

Né le 16 juillet 1926. Profès le 8 septembre 1942. Prêtre le 2 juillet 1950. Après avoir occupé plusieurs postes, fait un remplacement dans les Tuamotu de l’Est. Passe ensuite aux îles Sous-le-Vent où il reste jusqu’en 1972, est alors nommé à Arue.

UTAMI

On trouve ce nom orthographié Utomi et Otomi — appelé aussi Tenania († vers 1850).

Chef de Punaauia. Il est le descendant direct de la famille royale de Raiatéa. Fils adoptif de Pohuatea, chef de Punaauia. Pendant la guerre de religion, Pohuatea est dépossédé de son fief. Lors de la pacification religieuse, Pomaré II, qui l’estime, veut lui rendre son titre. Il refuse et demeure à Raiatéa où il s’était réfugié. En février 1813, au début de la période de la conversion de l’archipel, le missionnaire Davies à Mooréa, note parmi ses auditeurs « Utami, le chef de Tahaa et sa femme dont l’attention soutenue et la présence aux assemblées scolaires » le frappe. En avril 1814, Davies, qui voit en lui « un homme intelligent », le considère encore comme « un peu indécis pour s’affirmer du côté de la religion », mais le déclare « un personnage influent et respecté parmi les chefs des îles Sous-le-Vent ». Au début de 1816, à l’époque où Pomaré renomme Tati à Papara, il redonne la chefferie d’Atehuru (Punaauia) à Utami. « A la fin d’avril 1816, Davies voit arriver à Papetoai des gens d’Atehuru qui viennent lui demander des livres… Ils ont été instruits par leur nouveau chef Utami, aidé de sa femme ». Aussi bien Utami aide et favorise-t-il la mission dans son district. Il fait marcher une école et construit en outre un assez vaste lieu de culte. Il préside à l’érection par les gens de son district de deux vastes maisons pour les missionnaires Bourne et Darling qui s’y installent, semble-t-il, dans le courant d’octobre 1819. C’est la station qui est connue dans la littérature missionnaire comme Burder’s Point, du nom du secrétaire de la L.M.S. Une presse missionnaire sera installée là. Utami est vraiment le protecteur de la religion et des lettres. En 1823, lors du passage de la députation dans son district, elle y recense 751 baptisés dont 411 adultes et 50 communiants. 247 enfants fréquentent l’école. Utami, membre de l’église, est déclaré « intelligent et pieux ». Son district sera troublé, en 1827, par des manifestations des Mamaia. Utami prendra fait et cause contre les perturbateurs de l’ordre social et religieux. Son action en faveur de Pomaré vahine IV est plus molle ; cependant il se joint aux chefs de district qui matent la rébellion des gens de Taiarapu lors du mariage de la reine. En janvier 1836, lorsque Moerenhout présente ses lettres de créances de consul des États-Unis à la reine Pomaré, Utami reproche aux missionnaires d’avoir fait signer à Pomaré III le traité de 1826. En novembre 1838, il signe avec Tati, Paofai et Hitoti une lettre de protestations adressée par Pomaré à la reine Victoria : « nous sommes menacés dans ce qui est le plus cher à nos cœurs : la foi protestante et notre nationalité. » Il signe également le 9 septembre 1842, la lettre de Pomaré à Dupetit-Thouars demandant des garanties politiques et religieuses en contrepartie du protectorat. C’est en effet encore Utami qui est chef de Punaauia à l’arrivée des Français. Lors de l’insurrection en 1844, il se prononce pour le protectorat et reçoit de Bruat un traitement de 5 000 F. Pendant cette période troublée, il empêcha, aussi longtemps qu’il le put, les gens de Punaauia d’aller grossir les rangs des révoltés. Mais, après le combat de Faaa, le 29 juin 1844, combat auquel il ne prend pas part, ses administrés rejoignent les insurgés dans la vallée de la Punaruu. Malade, Utami est comme forcé par ses gens de se joindre aux insurgés et de prendre la brousse. Il est alors censé présider le conseil des chefs insurgés. D’un côté Pomaré lui ordonne de rester dans le camp des insurgés et de défendre sa cause, et il écrit des messages où l’on dit : « Soyez tranquille… Ne soyez pas effrayé du pavillon du protectorat français… Bientôt l’amiral anglais connaîtra la parole du consul anglais et de la Reine Pomaré. L’amiral anglais examinera bien les crimes des Français. Les soldat tuent les Tahitiens. Bientôt l’amiral anglais viendra… Ceux qui ont tué les Tahitiens et abandonné les lois de Pomaré seront punis » (Archives de la F.O.M. Fonds océaniens, F. 5). D’un autre côté, il entretient des relations avec Bruat et prétend garder son amitié par des fréquents messages et des présents. Double jeu, opportunisme, attentisme ?… Cependant, comme il n’obéit pas aux injonctions de Bruat lui ordonnant de rejoindre son district, celui-ci le destitue en 1845. Finalement il se soumettra après l’affaire de la Fautaua, en décembre 1846. Le 22, Bruat se rend « avec le régent à Punaauia où, dans une assemblée solennelle, les chefs principaux de l’insurrection, Utami et Maro, suivis de plus de mille personnes de Punaruu ont juré fidélité au gouvernement du protectorat » (Bruat). Le commodore F. Walpole, commandant le Collingwood, passant à Tahiti en 1846 rapporte que, lors d’une visite, Utami vint vers lui « sanglé dans une veste d’uniforme très ajustée ». Vous paraissez très bien, lui dit Walpole. — Non, répondit le chef. Je suis très malade. J’ai été ami des Anglais toute ma vie et maintenant que je suis vieux, ma langue ment et j’ai dit : « Aujourd’hui je suis Français »… Utami retourne chez lui pour mourir… Dites à l’amiral que si ma bouche est française, mon cœur, tout mon cœur, est anglais. » Il serait difficile d’exprimer avec plus de simplicité pathétique, l’état d’esprit d’un vieux chef protestant rallié au protectorat par sagesse politique. Car « ce bel homme à la tête toute blanche et de proportions géantes », ce « magnifique vieillard » fut bien, selon le mot de Wilks « un des plus grands capitaines de Pomaré ». Il mourut vers 1850. Nous n’avons jamais rencontré de portrait de lui.

Bibliographie. Aucune étude n’a jamais été consacrée à ce personnage. On trouvera des notes concernant ses activités religieuses çà et là dans l’History of the Tahitian mission de Davies (1961). En ce qui concerne ses activités politiques depuis l’arrivée des Français, voir Jore, l’Océan Pacifique, t. II (1959). Il y a de petites choses sur Utami dans les papiers de Bruat aux Archives de la F.O.M. et, aux Affaires étrangères, dans les Mémoires d’Edmond Ginoux.

V

VAHATETUA, Timoteo (1887-1952)

Chef d’Atuana.

Ce Marquisien était le neveu et le fils adoptif de Tioka, ami et voisin de Paul Gauguin à Atuana. Élève du pasteur Paul Vernier, il parlait correctement le français, possédait une belle écriture. Prit également auprès du Pasteur et du Dr Guérard des connaissances médicales qui en firent un utile infirmier. Il avait 14 ans lorsque Gauguin vint demeurer à Atuana et il l’a vu tous les jours, de son arrivée à son décès. Il sera un des meilleurs informateurs de Guillaume Le Bronnec lorsqu’il enquête en 1951 sur Gauguin. On doit par exemple à Timo — il était connu sous ce surnom — le dessin de la maison de Gauguin. Un des successeurs du Dr Guérard ayant eu la fâcheuse idée d’ordonner à son infirmier quelques travaux dans sa cuisine, Timo, fort ombrageux, quitta sa blouse blanche et dit au Résident : « Je suis infirmier mais pas domestique. » Et il ne revint plus. Il planta des cocotiers sur les terres reçues de son père adoptif et vécut au milieu du village d’Atuana, sur la terre donnée par Gauguin à Tioka. Après la Première Guerre mondiale, il fut nommé chef du district d’Atuana et exerça en même temps les fonctions d’interprète. Il mourut à 65 ans en 1952.

VAHEKEHU, Elisabeth (1823 ?-1901)

Seconde fille de Temaunui et de Paetini, de Nuku Hiva, îles Marquises.

D’une première union avec Touaohapaa, elle eut un enfant, Titahuupoko. Elle deviendra par la suite la seconde femme de Temoana, roi de Nuku Hiva. Cette union demeura sans postérité et Vaekehu éleva le fils de Temoana, Moanatini, né du premier mariage de Temoana avec la sœur aînée de Vaekehu, Apekua. Vahekehu sera baptisée avec son mari en 1853 sous le nom d’Elisabeth (Eritapeta, à la marquisienne). Elle le verra mourir en 1863, survivra à la terrible épidémie de variole et, seule peut-être de tout l’archipel, prouvera l’efficacité de sa conversion par un appui sincère donné à la mission et une vie profondément chrétienne. « Elle était moins intelligente que la feue reine Pomaré ; mais en revanche elle était meilleure qu’elle. Elle avait surtout plus de dignité : sa vie publique et privée était irréprochable », écrira Caillot (Ibid., p. 379). Elle se déclarait la « mère des missionnaires », et selon un usage polynésien, avait adopté Mgr Dordillon, et plusieurs autres missionnaires, ce qui était une source de prestige pour les bénéficiaires de cette faveur. Elle ne partageait pas l’aversion que ses compatriotes avaient pour les Européens : elle les accueillait bien, et tous ont vanté sa grande complaisance. Elle habitait à Taiohae dans une toute petite maison européenne, donnée par le gouvernement, qui lui servait une modeste pension. Elle exerçait sur les indigènes une influence considérable. Elle mourut en juin 1901. Ses funérailles rassemblèrent toutes les vallées de l’île. Elle fut enterrée auprès de son mari dans un petit mausolée élevé par Mgr Dordillon non loin de la demeure royale, sur un tertre d’une quarantaine de mètres de hauteur non loin de la mission catholique. Caillot, qui l’avait rencontrée, en 1900, la dépeint ainsi : « La reine Vahekehu était une femme maigre et de taille moyenne, aux mains sèches et aux pieds un peu longs. La couleur de sa peau était jaune, d’une nuance assez foncée. Elle avait la physionomie pleine et ridée, des lèvres épaisses, un nez large et gros, de beaux yeux noirs, des cils, des sourcils et des cheveux blancs, ces derniers très abondants et crépus, mais pas du tout laineux. » — Une petite note sur elle dans les Annales des Sacrés-Cœurs, 1902, p. 131-133, portr. — Voir également Caillot, Histoire de la Polynésie Orientale, p. 379-380, les notes. Caillot a photographié la reine en 1900, cf. Les Polynésiens orientaux, pl. LX et LXI. Et aussi un dessin de P. Loti, dans l’édition illustrée du Mariage, p. 110.

VALÉE, Louis (1822-)

Propriétaire.

Né le 20 septembre 1822 à Nantes (Loire-Atlantique). Précédemment établi à San Francisco. Arrivé à Tahiti par le navire américain Wild-Pigeon le 17 septembre 1862. Quelque temps après son débarquement, se rend acquéreur d’une propriété à Papearia (Punaauia) où il se livre à la culture du cocotier. Meurt à Punaauia.

VALLONS, Guillaume (le Père Victor). 1911

Religieux picpucien.

Né à Lubbeck (Belgique) le 26 janvier 1911. Profès en 1931. Prêtre en 1936. S’embarque le 30 décembre 1940, à Gênes, pour Tahiti où il arrive le 16 mars 1941. Missionnaire à Takoto et à Nukutavake où il est chargé du secteur des Tuamotu-Est. Il s’y trouve encore trente ans plus tard, ayant maintes fois parcouru les atolls difficiles d’accès pour visiter ses ouailles, une population contrainte à des conditions de vie ingrates qu’il convient d’améliorer. Il en a été le défenseur assidu, auprès des Pouvoirs publics. Organisateur-né, il a été le conseiller technique de maints groupes, dirigeant les travaux, construisant des citernes. Dans les années soixante du siècle, il suggère au gouvernement la plantation en cocotiers d’îles désertes. Le concours de l’Assemblée Territoriale lui permettra de créer des Sociétés agricoles, qui ont pour but de planter en cocotiers des îles peu ou pas habitées. La tâche fut difficile sur les terres non domaniales, de rechercher les ayant droit, de les persuader de leurs intérêts, d’exécuter des plans, de débrousser, de planter… On parle de 25 000 cocotiers soit près de 2 000 hectares ainsi plantés dont les semences ont été transportées à bord des goélettes, particulièrement à Tematagi, Fangataufa, Maturei-Vavao, Maria. Le Père Vallons a même accru la vocabulaire des Tuamotu : « imbécile ! » s’y dit maintenant, à la flamande, « tomenika ». Pour récompenser ses efforts, le P. Victor recevait, en 1960, le Mérite agricole, et, quelques années plus tard, la Légion d’honneur.

VAN BASTELAERE, Léocadie (1815-1870)

Née à Wazemmes (Nord).

Arrivée à Tahiti par le brig Cintra, capitaine Hunter, et débarquée à Papeete le 18 novembre 1842. Pendant tout son séjour à Tahiti, a toujours habité le district de Afaahiti. Décédée à Taravao, le 15 avril 1870. Enfants : Léocadie, Thérèse, 1841-1880, épouse le gendarme Jean Teissier. — Victor, 1848-1870. — Adolphe, 1849-1887. — Marie, 1854-1918, épouse Jacques Bordes. — Cécile, 1857-1906, qui épousera Jacques-Adolphe Picard. — Henri, 1851-1904, épouse Tehehe Fareea, de Pueu. — Auguste.

VAN-CAM, Nguyen dit Ky Dong (1875-1929)

Déporté politique aux Marquises et fonctionnaire.

Né à Ngoc-Dinh, province de Thai-Bing, huyen de Huyem-Ha, phu de Tien-Hung, le 8 octobre 1875. Études au lycée Louis le Grand et à Alger comme boursier. Bachelier ès lettres et ès sciences. Aurait été élève sur le Borda, mais ne peut tenir à la mer. Ayant créé de l’agitation politique dans le cercle de Yenthe, province de Bac-Giang dans le delta du Tonkin, est exilé par ordre du Gouverneur général Doumer, le 24 janvier 1898, « dans un lieu assez éloigné de l’Indochine pour qu’il n’y puisse nouer aucune intrigue ». Est envoyé à Tahiti, en 1898, et de là, aux Marquises où il arrive, marié avec une personne de Bora Bora, Punu Ura a Tamihau. Sera utilisé comme infirmier volant et adjoint à l’agent spécialisé d’administration, un certain Grosfilet. Y sera l’ami de Gauguin et écrira sur lui une comédie en trois actes, Les amours d’un vieux peintre aux îles Marquises, qui se situe sur la place publique d’Atuana et retrace une des aventures galantes du peintre, accueilli par Van Cam à Atuana. Revient des Marquises à Papeete en 1911 rappelé par le Gouverneur Bonhoure qui l’utilise comme préparateur en pharmacie à l’hôpital militaire, poste qu’il occupe encore lors de sa mort, survenue en 1929. De son union avec Punu Ura a Tamihau († 1928), sont nés deux enfants : Pierre Napoléon, 1903, épouse Jeanne Lequerré, treize enfants, employé depuis 1916 à l’imprimerie du gouvernement à Papeete et Bernadette, décédée lors de l’épidémie de 1929.

VAN DEN BROEK D’OBRENAN, Charles (1909-1956)

Né à Paris, le 18 juillet 1909.

Études à Trinity Hall, Cambridge. Participe avec son beau-frère, le comte Étienne de Ganay, à la croisière de la Korrigane dans le Pacifique, qui passa aux Marquises et à Tahiti en 1934 (19 août-27 novembre). Se fera l’historiographe de ce voyage : Le voyage de la « Korrigane » (Paris, Payot, 1939). Séduit par l’Océanie, Ch. Van den Broek quitte une seconde fois l’Europe pour les mers du Sud « chargé d’un voyage d’études ethnographiques et archéologiques à Tahiti et aux Marquises par le ministre des Colonies ». Arrive à Tahiti en août 1939 et s’y trouve bloqué par la guerre, s’y fixe, achetant, en 1939, un vaste domaine de plusieurs centaines d’hectares, aux environs de Papeete. Cette propriété avait été antérieurement connue sous le nom de « plateaux Stergios », du nom de son premier propriétaire européen. Elle avait ensuite été acquise par Georges Ahnne, alors député de Tahiti, qui après y avoir fait construire une route d’accès y avait entrepris une grande plantation d’ananas, destinée à approvisionner l’usine de conserves que Lewis Hirshon venait de monter à Papeete. Charles Van den Broek fit faire aussitôt des plantations de reboisement : eucalyptus, casuarina, etc. et désormais cette terre fut connue sous le nom de « plateaux Van den Broek ». Survint la guerre, puis l’armistice de juin 1940. Dans ce petit pays, coupé du reste du monde et déchiré par des dissensions passionnées, Charles Van den Broek connut des jours difficiles, en proie aux hésitations, aux velléités et aux revirements jusqu’au jour où il décida de regagner l’Angleterre, en décembre 1941, appelé par son ami J. Soustelle. Au cours de ce séjour, Charles Van den Broek donna à la Société d’Études océaniennes à Papeete, une série de conférences au cours desquelles il initiait quelques amateurs aux techniques de l’ethnographie. En même temps il entreprenait le reclassement des collections du Musée de Papeete, et, à cette occasion, il fit généreusement don à cet organisme de plusieurs agencements destinés à mettre en valeur les pièces principales. Charles Van den Broek porta l’uniforme des Forces Françaises Libres, et, après la Libération, remplit en Allemagne plusieurs missions d’ordre culturel. Remarié à Mrs Clark, il revint à Tahiti en 1948 avec un nouveau bateau, l’Arghiro et sa femme. Reprenant possession de sa terre, il s’y fait construire une maison confortable, se consacrant avec enthousiasme à la mise en valeur de sa propriété, s’efforçant par ailleurs, de prendre chaque jour une part plus importante dans les affaires du pays. Son infatigable sociabilité, son entregent et sa parfaite maîtrise de la langue anglaise, l’avaient désigné pour occuper avec distinction la présidence du Syndicat d’Initiative de Tahiti (1951-1955). A ce poste, il entreprit la publication de documents de propagande touristique et fit le classement des sites et monuments de l’Océanie. Sous son impulsion furent organisés banquets, réceptions et expositions de peintures : il se dépensa sans ménagements. L’éclat même qu’il avait donné à sa présidence du Syndicat d’Initiative ne fut pas sans lui susciter quelques jalousies, et il sera contraint de démettre. Il chercha à se consoler en reportant tous ses soins sur la Société hippique dont il était aussi le président : il importa des chevaux de sang pour défendre ses couleurs sur le nouvel hippodrome dont il avait été le promoteur. Après sa mort, le 14 mars 1956, sa veuve fera don à la Société hippique du bel étalon Contralto. En 1957, les « plateaux Van den Broek » changent une fois encore de mains, deviennent les « plateaux Datcharry », et sa veuve quitte le pays. — Une notice sur lui, signée M. Jay, J.S.O., 1956, p. 294.

VANDERFORD, Benjamin (1788-1842)

Marin américain, originaire de Salem (Mass.).

Second second maître de l’Active en 1819 ; puis capitaine de l’Indus. En 1822, commandant le Roscoe, de Salem, il passe aux Marquises et à Tahiti. Lors de ce voyage, ce tout petit homme — il a 5 pieds, 4 pouces — a bien du mal avec son équipage. Il se voit obligé de suspendre son second, Benjamin Thompson, comme incapable ; d’attacher au mat, le 26 octobre, son stewart, ivrogne invétéré. Finalement son équipage se révolte à Fidji, le 9 juin. C’est cependant un excellent capitaine qui a une bonne pratique de ces parages et que Wilkes prendra comme pilote et interprète lors de son passage en Polynésie : « he was particularly useful in superintending all trade carried out to supply the ship. » Vanderford mourut à bord du Vincennes, le 23 mars 1842. Une stèle a été érigée à l’Harmony Grove Cemetery de Salem, à celui qui avait été « for many years a shipmaster… of great experience among the islands of the Pacific Ocean ». — Voir sur lui : G.G. Putnam, Salem vessels and their voyages, Salem, 1930, vol. 4, p. 158-160. Cet ouvrage donne la silhouette reproduite dans cet article.

VAN DER HEYDE, Aad (1934)

Artiste peintre.

Né le 13 octobre 1934 à Rhenen (Hollande). Commence à peindre très jeune. Voyage dans la marine marchande hollandaise, ce qui l’entraîne en Amérique et en Europe. Expose à la Tasman Gallery, à Melbourne, en juillet 1960, à la fin d’un séjour de trois ans en Australie. Arrive à Tahiti en 1960. Y fait l’année suivante sa première exposition polynésienne. Circule alors entre Tahiti, la Calédonie et l’Australie. En 1963-1964 va travailler aux États-Unis, à Monterey (Californie). Son séjour s’achève par deux expositions importantes l’une à la de Saisset Gallery, à l’université de Santa Clara en février 1964, l’autre au Monterey Peninsula Chapter, American Federation of Arts, Carmel, en juin. Revient alors à Tahiti et s’installe à Tiaia (Mooréa) où il travaille actuellement. Il possède là, en 1973, une galerie de plein air ainsi qu’un magasin où il expose de la peinture, des objets ethnographiques ou des curios qui font de son installation un présentoir intelligent de « souvenirs » de qualité.

VAN DER VEENE, Théophile (1843-1885)

Propriétaire.

Né le 20 avril 1843 à Dunkerque (Nord). Arrive à Tahiti le 23 septembre 1866 par le navire de commerce français Gaspard. S’installe comme négociant ; puis est greffier près du tribunal de Papeete. Notaire intérimaire de 1868 à 1873. On le trouve mêlé aux affaires Dutrou-Bornier à l’île de Pâques ; c’est lui qui était dépositaire du testament du « roi de l’île ». Démissionne pour être secrétaire du Parquet du procureur de la République à Papeete. En 1875, est avocat-défenseur. En 1879, l’Annuaire le donne comme secrétaire du conseil de Fabrique de la cathédrale. Propriétaire au district de Arue, du domaine de « Pipine » d’une contenance de 27 ha, sur lequel il bâtit une maison de maître. Au cours d’un voyage en France entrepris « pour tenter de réagir contre la situation déplorable qui est faite à notre commerce et à notre industrie », il meurt à Paris, le 27 octobre 1885. Il avait donné l’année précédente, à la Société des Études coloniales et maritimes, une conférence sur Tahiti qui fut publiée dans le Bulletin de la Société (1884, p. 305-323). De son union à Papeete, le 20 septembre 1870, avec Marie-Antoinette Butteaud, 1853-1921, sont issus : Blanche, 1875, épouse, en 1901, Pierre Gallien, commis d’administration, va vivre en France après la Première Guerre mondiale. Durant cette guerre, présidente écoutée de la Société des anciennes élèves des écoles de Papeete elle se dévoue avec zèle, et organise des manifestations patriotiques. — Edouard, 1872-1898.

VANDOORNE, Georges (le Père Joseph). 1909-1961

Religieux picpucien.

Né à Gullegem (Belgique), le 19 nov. 1909. Profès le 15 septembre 1929. Prêtre le 25 juillet 1934. D’abord professeur dans une école de sa congrégation, puis prédicateur, il reçoit son obéissance pour la mission de Tahiti où il arrive le 13 janvier 1947. Il prend en charge les districts de Haapape, Orofara et Papenoo. Rentre en congé en France en 1953-1954. A son retour, reprend les mêmes paroisses et dirige les constructions successives de l’église de Papenoo et de la chapelle de Arue. En 1958, est nommé à Raiatea où il s’occupe de la jeunesse et fonde une troupe scoute. Y meurt le 10 avril 1961. Est enterré à Papeete au cimetière de la mission.

VANIZETTE, Franz (1927)

Fonctionnaire.

Né en France le 2 février 1927. Engagé dans la Marine nationale, s’est fixé à Tahiti après son mariage avec Mathilde Céran-Jérusalémy. Secrétaire très actif du Syndicat C.F.T.C. pendant plusieurs années, est devenu directeur de la Caisse des Prestations Familiales lorsque celle-ci fut instituée. Élu à l’Assemblée Territoriale comme indépendant, en 1957, s’est inscrit en 1958 à l’Union Tahitienne, dont il sera secrétaire général. Réélu en 1962, donne sa démission de l’U.T.D. et est réélu en 1967 et 1972 comme indépendant. Président de l’Assemblée en 1960, président de la commission permanente en 1962, Franz Vanizette accomplit à l’Assemblée un important travail ; il a notamment, été rapporteur du Budget du Territoire et du Budget FIDES et fut envoyé en Mission budgétaire en France dans des circonstances critiques. De son union avec Mathilde Céran-Jérusalémy sont nés : Marie-Claude, 1948 ; Jean-Louis ; Gérard, 1955 ; William, 1959 ; Marie-Laure.

VAN KALVEEN, Romuald (1887-1967)

Religieux picpucien.

Né à Amersfoort (Hollande), le 15 octobre 1887. Arrive à Tahiti le 25 octobre 1915. Quitte le vicariat le 17 novembre 1922.

VARADY, Ralph (1913)

Directeur commercial et journaliste.

Hollandais, né à Budapest (Hongrie), le 26 août 1913. Études en Hollande et en Belgique. Circule longtemps sur des navires de la Holland Africa Line. Travaille ensuite dans l’hôtellerie à Los Angeles en 1944 et pour la Matson Line à Hawaii en 1950. Arrive à Tahiti le 10 juin 1955 pour s’y occuper de la Vega, yacht privé que ses propriétaires transforment en navire de croisières commerciales entre Hawaii et Tahiti. Varady, naturalisé américain en 1955, s’intéresse, à Tahiti, à différentes sociétés hôtelières ou touristiques. Journaliste, photographe et voyageur, il circule dans les archipels sur les goélettes locales ou la Vega, visitant des îles difficiles d’accès comme Timoe, fouillant une fois de plus à Pinaki. Tire de ces randonnées un ouvrage Many lagoons, publié en 1958. Jusqu’en 1966, correspondant de l’United Press à Papeete. Directeur commercial aux Établissements Océania depuis 1967. — De son union avec Maria Tematahotoa sont nés : Matareva, 1963, Titea, 1965 et Maire, 1966. D’une seconde union en 1972, avec Pœura Tarina, 1934, originaire de Rimatara, une fille Liana, 1973.

VARENNES, François de (1829-1859)

Interprète près le tribunal et instituteur.

Né à Suippes (Marne), le 29 janvier 1829. Serait arrivé à Tahiti vers 1855, sa notice nécrologique dit en effet : « Arrivé depuis quelques années seulement dans ce pays, il fut interprète pour les langues anglaise, espagnole et tahitienne… » Il dirigea l’école tahitienne « avec zèle et l’amour paternel d’un consciencieux et désintéressé instituteur ». De Varennes écrivit « une grammaire et un dictionnaire français-tahitien, avec des notes historiques ». Le Messager de Tahiti du 10 janvier 1858 avait en effet annoncé la mise sous presse d’un Dictionnaire tahitien-français et français-tahitien, en deux volumes. La mort de Varennes, bien que de dix-huit mois postérieure, dût empêcher la réalisation de ce projet. D’autres documents parlent également d’un Dictionnaire de la flore tahitienne, en deux volumes, qui auraient été publiés par l’Imprimerie du Gouvernement, à Papeete, en 1858. Cet ouvrage est considéré comme « introuvable » et n’a jamais été vu par personne ; sans doute un livre fantôme. — De Varennes avait épousé, quelque temps avant sa mort, une Tahitienne, Raita James. — Voir une note sur lui dans le Messager de Tahiti du 13 novembre 1859.

VARNEY, Benjamin Franklin (1867)

Commerçant aux îles Marquises où il représentera un temps les Établissements Donald.

Y épouse Titi-Pupuke a Hahu dont il a six enfants : Arthur, Denis, Gaston, Léon, 1898-1954, père du sous-lieutenant Raymond Varney, tué en Indochine en février 1954, Rose, Marguerite.

VARUAMANA TEHAVARU, dit Arona (1902)

Pasteur.

Né en mai 1902 à Papetoai. Nommé pasteur de Papeari en 1924, prend sa retraite en 1972, ayant tenu cette charge près d’un demi-siècle. Il joint à ses activités pastorales des intérêts agronomiques et floraux. Avec Jean Boubée, Édouard Spies et Théophile (Joseph ?) Keane, dit Pero, il sera associé à l’œuvre d’Harrison Smith au jardin botanique de Papeari. Il sera un grand planteur de vanille et d’autres cultures vivrières. Il fut le premier dans sa région à avoir l’idée d’acclimater et de cultiver dans la partie inférieure des vallées et dans la plaine littorale les fehi qui poussent spontanément dans les vallées dites à fehi. Il épouse Rairaitua Marurai, 1900-1969, originaire de Pueu, mais qui, par sa mère Beretua a Paheroo, appartenait à un groupement de parenté localisé à Papeari. Cette union étant demeurée sans postérité, le ménage adopte trois enfants, nés à Orofara. F. Ravault.

VASSEUR, André (1910)

Ingénieur des travaux à l’ORTF.

Arrive à Tahiti en avril 1965 avec la mission d’organiser la station de télévision promise par le ministre Jacquinot lors de sa visite de 1964 et dont l’ORTF prend en charge l’installation. L’architecte Chabana est chargé de dresser les plans de l’édifice que la SPET (Société Polynésienne d’Entreprises et de Travaux) va réaliser en un temps record grâce à la bonne volonté de la main-d’œuvre tahitienne qui met son cœur à cette réalisation. En même temps on construit sur le pic Rouge, qui surplombe de 351 mètres la vallée de la Reine, la principale station d’émission : un pylône de quarante mètres de hauteur. Deux autres, plus petits (20 m) sont installés au mont Taharaa et à la Punaruu. Ainsi les émissions seront-elles reçues sur la côte Est jusqu’à Mahina ; et sur la côte Ouest jusqu’à la pointe de Maraa. La côte Est de Mooréa étant également touchée. Les émetteurs sont munis de groupes électrogènes de secours, télécommandés. Ils sont destinés à parer aux défaillances possibles du courant municipal. Dès que la construction du bâtiment de la rue Dumont-d’Urville s’achève, on reçoit de France les différents appareils : deux installations de télécinéma et deux caméras vidéo, par avion, car le 15 octobre 1965 a été fixé comme date de la première émission. Les difficultés ont été grandes, car la présence du CEA a pompé tous les matériaux disponibles sur le marché et raréfié la main-d’œuvre. Quatre techniciens sont venus de France pour assurer la marche de la station. On pense qu’environ un millier de postes étaient installés dans l’île au jour de l’inauguration, qui eut lieu à la date fixée. Après l’ouverture des circuits par le gouverneur, les spectateurs virent un reportage bilingue, exécuté en direct, qui leur montra le Gr Sicurani visitant les installations. Un film sur le général de Gaulle suivit. Le centre de Papeete comptait ce jour-là moins de vingt collaborateurs et diffusait quotidiennement moins de trois heures de programmes. En 1973, le service comprend près de 60 personnes (techniciens, journalistes, administration) employées à temps plein et une vingtaine de pigistes. La station assure quotidiennement 5 ou 6 heures d’émission en une seule vacation, en utilisant des programmes envoyés de Paris et aussi grâce à des bandes d’actualité enregistrées sur place, au moyen de caméras éclair synchrones. Le service est assuré en partie par de jeunes Tahitiens recrutés sur place, qui se sont souvent montrés d’habiles exécutants et pour lesquels des stages en France permettront d’improuver les qualifications techniques. La station, en ce qui concerne les émissions, fut successivement dirigée par Michel Espinasse, 1968, et Jean Suhas. Les locaux actuels s’avérant insuffisants la Station doit, un jour, s’installer sur un nouvel emplacement dans le quartier de la mission. Grâce à une nouvelle antenne d’émission, établie au Mont Marau, 1 493 m, et à des antennes secondaires placées sur le plateau de Taravao, à Hitia et à Atimaono, toute l’île sera en mesure de recevoir les émissions. La couleur est également prévue.

VAUBLON, Louis Isidore (1825-1866)

Soldat et maçon.

Né en 1825 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Arrive à Tahiti en 1849 comme soldat du 1er régiment d’infanterie de marine. Libéré du service le 31 décembre 1852, est employé à l’arsenal de Fare Ute, puis s’établit à son compte comme maçon à Papeete où il meurt le 31 mai 1866, sans descendance.

VEDEL, Émile (1858-1937)

Officier de marine.

Né le 21 août 1858 à Marseille. Camarade promotion de Pierre Loti au Borda. Fait plusieurs années de campagne dans le Pacifique, entre 1883 et 1887, stationné à Nouméa ou à Papeete. Participe particulièrement, à bord du Bruat, à plusieurs missions dans les Hébrides. « C’est à son aptitude à s’assimiler les idiomes des insulaires du Pacifique que le Bruat a dû la découverte des épaves de La Pérouse à Vanikoro » écrira le Cdt Bénier. Et Vedel dirigea les reconnaissances exécutées à ce propos. Renonce au service actif, en 1897, sous la menace d’une grave affection pulmonaire. Adoptera la princesse Takau Pomaré « devenant ainsi aux yeux du monde son père devant la loi ». Vit à Montereau (Seine-et-Marne), écrivant. En 1932, repart avec la princesse Takau à Papeete, y passant deux années auprès de l’ex-reine Marau à laquelle il sert de secrétaire particulier. Songe alors à faire un film sur Puréa et l’arrivée des premiers missionnaires à Tahiti, film dont il propose sans succès le scénario à plusieurs firmes américaines. Retourne à Tahiti en 1935 pour y régler la succession de la reine Marau. Meurt en 1937. Note et photo de lui dans l’Illustration du 27 fév. 1937, périodique auquel il avait souvent collaboré.

VELGHE, Joseph (le Père Jean Berchmans). 1857-1939

Religieux picpucien.

Né à Courtrai (Belgique), le 14 juillet 1857. Noviciat à Louvain où il fait profession le 10 mai 1885. Ordonné prêtre le 29 juin 1888. Part la même année pour les Marquises où il sera une dizaine d’années missionnaire à Hatiheu. Enthousiaste, d’un caractère vif et enjoué, il plaisait aux indigènes, encore impressionnés par ses talents artistiques. Il peint à fresque les églises, dirige les chœurs, monte une fanfare, joue la pantomime. Passe six mois à Tahiti, puis est affecté à Hawaii en 1899. Fatigué il revient en Belgique en 1903. Meurt seulement le 20 janvier 1939 à Lierre (Belgique). — Un écrivain américain, Alfred Frankenstein, a consacré au Père J. Velghe, artiste, un ouvrage intitulé : Angels over the altar. Honolulu, 1961. On y trouvera de nombreuses reproductions en couleur de ses œuvres et une photo du Père.

VERDIER, Mgr Maxime (le Père Marie Joseph). 1835-1922

Second vicaire apostolique de Tahiti.

Né à Châteauneuf (Lozère), le 23 mars 1835. Entre, déjà prêtre, au noviciat des Pères de Picpus chez lesquels il fait profession le 21 décembre 1872. Économe au grand séminaire de Versailles. Reçoit son obéissance pour le Chili en janvier 1874. A Quito (Équateur) en juillet de la même année, comme supérieur de la Résidence. Le 9 juillet 1882, il est nommé évêque in partibus de Mégare et envoyé à Tahiti comme coadjuteur de Mgr Jaussen, alors vicaire apostolique. Sacré à Quito le 13 mai 1883. Peu de mois après son arrivée à Papeete, il prenait la direction des affaires. C’était un homme de commandement qui avait « l’obstination du bien et de la vérité ». Il dirigera avec autorité le vicariat qu’il visitera plusieurs fois dans ses plus lointains archipels, préoccupé surtout de placer des missionnaires catholiques dans les îles qui n’en possédaient pas encore. Le terrible cyclone de 1906 lui détruira 19 églises, 14 presbytères et 6 écoles, et lui enlèvera un excellent missionnaire : le Père Vincent de Paul Terlyn. Il s’en ira chercher du secours aux États-Unis, mais arrivera à San Francisco au lendemain de l’incendie de la ville ! Il avait obtenu un coadjuteur, le 15 mai 1905, en la personne du Père Hermel, alors curé de Papeete. Il le sacra le 27 août de la même année. Démissionnaire le 26 février 1908, il meurt à Papeete le 17 janvier 1922, après avoir passé dans le recueillement et la prière les dernières années de son existence. Mgr Hermel lui consacra sa lettre pastorale du carême louant l’homme « méthodique, sévère pour lui-même, passionné pour l’accomplissement de son devoir ». Il repose au cimetière de la mission, à Papeete. Sa tombe porte l’épitaphe suivante : VIRTUTIBUS ET MERITIS CUMULATUS PROPE NONAGENARIUS OBDORMIVIT IN DOMINO MARIA-JOSEPH VERDIER EPISCOPUS MEGARENSIS VICARIUS APOSTOLICUS TAHITIENSIS DIE 17 JANUARII ANNO SALUTIS 1922 On lui doit la publication de plusieurs rééditions du catéchisme tahitien ; la réédition du Nouveau Testament (1889). Un livre de prières (1892) et surtout la mise sur pied du grand catéchisme illustré : Haapiiraa Katorika no te vikarioroa i Tahiti (Braine-le Comte, 1907, 711 p.).

VÉRIN, Pierre (1934)

Archéologue.

Né à Niort (Deux-Sèvres). Breveté de l’École Nationale à la France d’Outre-Mer. Docteur de l’Université de Yale. Après avoir exécuté des travaux ethnologiques aux Antilles et à Madagascar effectue en 1960-1961, avec Kenneth P. Emory et Y. Sinoto les premières fouilles archéologiques méthodiques dans l’archipel de la Société. Au cours de cette campagne, de nombreux objets de l’ancienne culture tahitienne sont découverts ainsi que de nouveaux sites d’édifices religieux. La mission procède également aux premières datations à la radio-activité dans l’archipel. Organise à son départ une salle du Musée de Papeete intitulée : Archéologie et Culture polynésienne. — On trouvera le résultat des travaux de cette mission dans le B.S.E.O. et le J.S.O.

VERMEERSCH, Émile (1861-1932)

Fonctionnaire.

Né à Paris, le 9 août 1861, d’une famille originaire de Bailleul (Nord). Arrive à Papeete comme receveur de l’enregistrement en juin 1896 et y restera jusqu’en mai 1920. Est inscrit aux Annuaires comme receveur de l’Enregistrement et des Domaines et curateur aux biens vacants. Ce dernier titre le fera intervenir dans la vente des affaires de Gauguin à Papeete, le 5 septembre 1903, car c’est à sa requête, « avis ayant été donné par placards apposés aux principaux endroits de la ville et le public ayant été également averti par son de cloche », que seront vendus les biens et œuvres de Gauguin envoyés des Marquises. Il était, ès qualités, membre du Conseil d’administration de la colonie. Musicien, il anima de son zèle et dirigea longtemps la société philharmonique. Homme de progrès, il introduira en 1902 à Tahiti la première voiture automobile, une de Dion-Bouton, avec laquelle le gouverneur Édouard Petit lui demandera, en 1903, de promener le duc des Abruzzes, en visite à Papeete. Apparenté par son second mariage à une des plus importantes familles de la ville, les Goupil et les Gibson, Émile Vermeersch sera attaqué par Maurice Violette, alors député d’Eure-et-Loir, dans les Annales Coloniales (19 août 1916), qui l’accusera de favoriser les siens dans les questions d’immatriculations de propriétés. Étant la droiture même, il fut profondément blessé par cette campagne calomnieuse, motivée par des jalousies d’ordre économiques : Maurice Violette ayant été, comme avocat, le défenseur d’intérêts allemands évincés sur Makatea. Il quittera la colonie en mai 1920 et se retirera à Toulon, où il mourut au mois d’août 1932. Émile Vermeersch avait épousé en premières noces Juliette Demoulin, qui, fatiguée, n’accompagnera pas son mari à Tahiti et meurt à Nancy en 1897, laissant deux enfants actuellement décédés. A Papeete, en secondes noces, Émile Vermeersch épousera, le 12 août 1899, Amélie Gibson, fille naturelle reconnue de Nancy Gibson. De cette union sont nés : Jeanne, 1898-1966, épouse Purau Tauria Teriitahi, à Paris, en 1945. — Marthe, épouse Paul Valson († 1954), puis Victor Malcuit, vit en France. — Léon, 1904-1972, épouse en secondes noces Ariane Drollet, 1909, prisonnier au cours de la Seconde Guerre mondiale, rentre à Tahiti avec le bataillon du Pacifique, attaché aux T.P. — Renée, 1906, épouse Victor Rebufa à Toulon, en 1932, sans postérité. — Marguerite, 1910, épouse Noël Audibert, fondé de pouvoir au Crédit Lyonnais à Bordeaux, deux enfants : Michel, Denise. — Veuf, Émile Vermeersch épousera en troisièmes noces Eugénie Keck, veuve en premières noces de Clément Girard.

VERNAUDON, Antoine (1861-1902)

Entrepreneur de Travaux Publics.

Né en 1861 en Saône-et-Loire. Frère de Jean. Débarque à Tahiti du Scorff, en mai 1887, avec sa femme et six enfants. Il vient pour aider son frère Jean avec lequel il s’associe pour monter une briqueterie, dont l’atelier se trouvait à Fautaua près du champ de courses, propriété Passard, puis Horley. Quelques années après, l’entreprise n’ayant pas donné ce qu’ils en espéraient, la société est dissoute. Antoine devient entrepreneur de Travaux Publics. Malade, il rentre en France pour se soigner. Meurt le 4 septembre 1902 à Montpellier (Hérault). De son union, en France, avec Fanny Louise Simard sont nés : Anaïs, 1874-1958, institutrice qui épousa, en 1901, Armand Mollon, 1872, mécanicien : cinq enfants. — François, 1876-1960, propriétaire à Mahina et entrepreneur : « F. Vernaudon, Au petit Creusot, travaux de forge et de charronnage. Spécialité d’outillage pour gros travaux de forge mécanique », lit-on dans le Libéral de 1906. Épouse, en 1905, Madeleine Cadousteau, 1888-1967 : neuf enfants dont Max qui fut télégraphiste aux Phosphates de Makatea ; Anselme, charpentier de marine à Uturoa ; Jules, 1910, successivement attaché à la banque de l’Indochine, dans l’administration, attaché aux Marquises et à Raiatea, puis navigant comme télégraphiste et subrécargue ; épouse Éloïse Fougerousse : neuf garçons ; Aimée ; Albertine, employée aux douanes, épouse Paul Porlier d’où Céline, 1933, épouse André Gay, Fernand, 1935, célibataire, Louis, 1936, épouse Louise Clark. Albert, 1937, épouse Monique Tetuanui, Emmanuel, 1941, épouse Marie-Paule Orliange. Albertine Vernaudon est également mère de Solange, 1947, Joël, 1949, épouse Béatrice Coppenrath et Jean-Marie, 1950 ; Elisabeth ; Marie, infirmière retraitée de la Maternité, épouse Milton Nordman ; Henri, capitaine au grand cabotage ; Jean, télégraphiste à Hao, épouse une Frogier, deux enfants. — Jules, 1879-19 ?, vit à Raiatea ; épouse en 1904, Eugénie Mirey fille du cuisinier de la goélette des frères Rorique. Son existence a été évoquée par W.L. en 1965 dans la Dépêche de Tahiti, n° 143 et sv. — Eudoxie, 1881-1918, épouse Auguste Chebret, capitaine au cabotage († 1918) : trois enfants. — Clément, 1884-1932. — Marie-Louise, 1888-1969, épouse en 1905, Nicolas Sanquer, gendarme, 1876-1926. — Anna, 1889-1891. — Adrien, 1892, mécanicien. Caporal au bataillon du Pacifique. Blessé en juillet 1918 au ravin de Saconin (Aisne), meurt des suites de sa blessure le même mois. Médaillé militaire.

VERNAUDON, Émile Édouard (1882)

Fils de Jean.

Officier d’administration et commerçant. Après sept ans passés à la coopérative de Tahiti va s’engager dans l’artillerie coloniale à Nouméa en 1902 et fait une carrière militaire. Sert en Nouvelle-Calédonie, 1902-1905, 1911-1914, en France, en Chine, en A.O.F., et de nouveau en Chine où il prend sa retraite comme capitaine, en février 1930. Fait du commerce à Tien-Tsin et à Shanghai. Après un séjour en France, en fin 1948, vient visiter sa famille à Tahiti, et n’ayant pu retourner à Shanghai dirige successivement les Maisons Baldwin Bambridge et la Société franco-océanienne. En 1954 se retire des affaires. Il vit actuellement à Paura, près de Papeete. Épouse en premières noces en 1910, à Paris, Germaine Courtois, 1888-1921, et en secondes noces, à Paris en 1922, Renée Petitjean, 1892. De cette dernière union sont nés : Cécile, 1920-1924. — Odette, 1925, épouse en 1957, le commandant Edward Kavanagh et vit au Havre. De cette union sont nées Geneviève, 1957 et Gabrielle, 1959. — Gabrielle, 1926, épouse en 1947, Richard Kohmé et vit à Menlo Park (Calif.) ; quatre enfants : Robert, 1948 ; Philippe, 1949 ; Daniel, 1952 ; Paul, 1953 et Renée, 1958. — Nicole, 1928, épouse en 1966 Henri Simonet, longtemps dentiste à Papeete et pianiste de talent. — Jean, 1937, diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Paris, licencié en droit, directeur général depuis 1969 de la SOCREDO, société d’État fondée en 1959 qui a absorbé les activités de la Caisse de crédit agricole et étend ses activités à des prêts immobiliers et à des crédits d’équipement pour le développement de la vie économique de la Polynésie française. Épouse en 1958, à Paris, une Hébridaise Jacqueline Errard, 1935 ; trois enfants : Christian, 1960 ; Yolande, 1963 et Jacques, 1973.

VERNAUDON, Jean (1853-1924)

Entrepreneur de travaux (briquetier, chaufournier, tailleur de pierre, maçon).

Né le 4 novembre 1853 à Soumans (Creuse). Frère d’Antoine. Apprentissage de maçon en France, fait le trimard. Incorporé dans l’artillerie de marine à Lorient en 1874, arrive à Tahiti après une traversée de neuf mois, le 17 août 1876 comme ouvrier d’artillerie. Libéré le 1er juillet 1879. En bon maçon creusois qu’il est, entreprend à son compte des travaux de maçonnerie et devient entrepreneur. La plupart des maisons de maçonnerie de la ville furent bâties par lui ; il installera à Hamuta une briqueterie, un four à chaux. En 1884, il travaillera en association avec Adolphe Poroï pour la construction du nouveau quartier de l’Artillerie, avenue Bruat, actuellement la caserne des troupes de Papeete. Il est décédé à Mahina le 14 juillet 1924. De son union, à Papeete, le 23 juillet 1881, avec Félicie Passard, 1863-1939, sont nés : Émile Édouard, 1882. — Léon, 1884-1930, boulanger. — Clémentine, 1887-1965, épouse en 1905, Jean Laniré, 1869-1914, deux enfants, Célestin, 1908, qui épouse Faafano Tevaearai et Jeanne, 1910, qui épouse Vane Barff, 1901-1956, huit enfants. — Hippolyte, 1890-1913. — Charlotte, 1893-1972, épouse en 1915 Denis Lahaye, un officier de la Marine marchande. — Edouard, 1899-1930. — Mathilde, 1902-1903.

VERNAUDON, Léon (1884-1930)

Boulanger.

Fils de Jean. Épouse en 1904, à Papeete, Célestine Suhas, 1887. De cette union naissent : Jean-Baptiste, 1907-1926. — Hortense, 1908, épouse Roger Bouysset, chef cuisinier, une fille, Geneviève, 1948. — Émile Joseph, 1908, épouse en France où il vit Marie Nawrot, deux fils : Paul et Denis. — Pierre, 1913, colon à Arue, épouse Marthe Villierme : cinq enfants : Jean-Pierre, 1947 ; Léon, 1949 ; Gérard, 1950 ; Lucien, 1952 et Yanick, 1954. — Denis, tué à l’ennemi au cours de la Seconde Guerre mondiale, le 10 juin 1940, avait épousé Hélène Monnot. — Marie, 1920, épouse Raymond Monnot, deux enfants : Guy, 1955 et Marie-Christine, 1956.

VERNIER, Charles (1883-1966)

Pasteur-missionnaire.

Dernier fils de Frédéric Vernier père. Né à Papeete le 27 juin 1883. Envoyé en France en 1895. Études classiques au lycée de Tournon. Service militaire à Marseille (1902-1903). Études ecclésiastiques à la Faculté de théologie de Montauban (1903-1907), et d’Edimbourg (1908). Pasteur protestant à Annonay (Ardèche) en 1908-1909. Stage de sept mois à l’ancien hôpital de la Pitié à Paris (1909-1910). Épouse, en 1911, Ruth Christol et part à Tahiti où la Société des Missions Évangéliques de Paris a décidé de les envoyer en réponse à un vœu exprimé par les Tahitiens. Trois périodes marquent son ministère actif de près de quarante ans en Océanie. Les îles Sous-le-Vent (1912-1923) où il succède, à Uturoa (Raiatea), au missionnaire Brunel. Dès le début il est conquis par une passionnante activité au milieu des indigènes des cinq îles de l’archipel. Il étudie et finit par posséder à fond la langue tahitienne, encore peu déformée dans cet archipel. Lors de la Première Guerre mondiale, il est définitivement mobilisé en 1916 à Papeete et attaché avec le Père Richard Talbotec à l’aumônerie des contingents tahitiens. Rendu à son poste ecclésiastique par le commandant Morillot, il est bientôt témoin du drame de la grippe espagnole qui, en novembre 1918, fauche une partie de la population adulte de l’archipel. En 1923, rentre en congé en France avec sa femme et quatre enfants. Papeete (1925-1937). A son retour, Charles Vernier devient pasteur de la paroisse indigène de Papeete. Il travaille avec ses collègues à l’élargissement du statut légal des Églises tahitiennes et de toutes celles des archipels périphériques : îles Sous-le-Vent, Australes, Marquises et Gambier. Sa connaissance profonde de la langue tahitienne et ses leçons de tahitien classique et syntaxique aux écoles de la mission protestante, donnent l’idée au gouverneur Bouge, très soucieux de conserver cette langue, de faire appel à lui pour rédiger une grammaire élémentaire destinée aux jeunes Tahitiens des écoles du gouvernement. Cet essai, écrit en collaboration avec Alexandre Drollet, est imprimé en France, en 1934, pendant son second congé. École pastorale d’Hermon (1937-1951). Rentré de France en 1935, Charles Vernier continue son ministère à Papeete. La mort de son collègue M. Moreau lui donne, en 1936, des responsabilités accrues : il est président du Conseil supérieur des Églises tahitiennes et directeur de l’école pastorale, à Hermon. La Seconde Guerre mondiale l’empêche de revenir en France pour un troisième congé, et il ne peut revoir ses quatre fils qui sont engagés dans la mêlée et dont deux meurent glorieusement pour la France en 1944 et 1945. Il peut cependant rallier la France après Hiroshima, par les États-Unis, en juin 1945. A peine arrivé à Crest (Drôme), un télégramme lui parvient de Tahiti lui demandant au nom de la quasi-unanimité des Tahitiens de se laisser porter candidat à la première Assemblée constituante. L’attachement patriotique des Tahitiens à la France est alors sans fissures : on n’a pas encore oublié le ralliement à la France Libre, le départ du bataillon du Pacifique… La Victoire était acquise et le retour du bataillon en vue. Le pasteur Charles Vernier accepte donc et devient le premier député de Tahiti au Parlement français (octobre 1945 à juin 1946). Il a dans cette charge l’occasion de s’occuper activement du rapatriement du bataillon du Pacifique en 1946. Après l’expiration de son mandat, il refuse de continuer à siéger à la Chambre. Mais une chaire de langue tahitienne ayant été créée à l’École nationale des langues orientales vivantes, cette chaire est offerte au pasteur Vernier qui l’occupe de 1945 à juin 1948. Revenu à Tahiti pour un dernier séjour (1948-1951), il reprend ses activités à l’école pastorale et à Tahiti. Le Gouvernement et une partie de la population l’ayant fortement sollicité pour se présenter à une élection législative, en 1949, Charles Vernier se laisse fléchir, mais ne peut réussir à l’emporter sur un nouveau courant d’idées fortement nationalistes. Il ne recueille que 4 600 voix contre 9 800 à l’élu, Pouvanaa a Oopa, et 1 100 à M. Vernaudon. Avant de rentrer définitivement en France, le Gouvernement lui décerne, en récompense d’un long ministère et des services rendus tant à la France qu’aux populations indigènes de la Polynésie, la croix de la Légion d’honneur. Se retire à Montélimar (Drôme) où sa villa Te Máéva devient vite un havre pour de nombreux Tahitiens de passage, toujours reçus avec amitié et sympathie. Il donne des conférences publiques où il fait connaître le vrai visage de Tahiti, réédite son livre sur Tahiti et publie une nouvelle édition revue et augmentée de sa grammaire (1959), prouvant ainsi la fidélité de son attachement pour ces Tahitiens fiers et généreux qu’avec son père, ses frères et son fils Henri il a toujours servis et dont il ne désespéra jamais.

Bibliographie. Ch. Vernier, Tahitiens d’autrefois. Tahitiens d’aujourd’hui (Paris, 1934) ; ce livre sera réédité en 1948 sous le titre Tahitiens d’hier et d’aujourd’hui. L’ouvrage Grammaire de la langue tahitienne (Essai) sera revu et augmenté en 1959 et paraîtra sous le titre : Introduction à la langue tahitienne. Ch. Vernier collaborera au Journal des Missions Évangéliques de Paris où l’on trouve sa signature pour la première fois dans le premier semestre 1912 ; vingt-quatre ans durant, le Bulletin publiera des lettres et nouvelles envoyées par lui de Tahiti. Les Rapports annuels de la mission pour 1913-1914, 1916-1917, 1917-1918, lui sont dus, ainsi que d’intéressants récits de tournées dans les archipels.

VERNIER, Frédéric (1841-1915)

Pasteur-missionnaire.

Né le 2 février 1841 au Faures de Barcelonne (Drôme) où son père Jean-Frédéric Vernier, exerce le ministère évangélique. D’une famille nombreuse — il a trois frères et neuf sœurs — il est dès son enfance fortement marqué par l’atmosphère religieuse du milieu familial. Après de solides études et une préparation théologique à Genève, il reçoit la consécration pastorale en 1866. Frédéric Vernier, marié à une Vivaraise, accepte en 1867 la vocation que lui adresse la Société des Missions Évangéliques de Paris d’aller exercer son ministère à Tahiti. C’est l’époque où la mission protestante française, succédant à Tahiti à la mission protestante anglaise, fait appel à des pasteurs français pour continuer et réorganiser une œuvre que les troubles politico-religieux de Tahiti pendant le protectorat ont bien compromise. La reine Pomaré IV appuie cet appel. Frédéric Vernier s’embarque avec son épouse à Bordeaux sur le transport de l’Etat Chevert. Arrive le 12 septembre 1867 à Papeete où la reine Pomaré lui réserve un accueil des plus chaleureux. Fait un stage à Papetoai, Moorea, pour y apprendre dans la grammaire écrite et dans la grammaire vivante, cette langue tahitienne qui n’aura bientôt pour lui aucune obscurité et qu’il parlera admirablement pendant un ministère quasi ininterrompu de quarante années (1867-1907). De retour à Papeete (Paofai) où il se fixe, ses contacts avec la Reine deviennent de plus en plus nombreux, en sorte qu’on dit de lui qu’il est, de 1868 à 1877, le véritable chapelain de cette grande Reine, devenue très chrétienne. Frédéric Vernier s’attelle surtout, avec son puissant collègue, le pasteur Charles Viénot, à la réorganisation des Églises protestantes de Tahiti-Moorea et principalement à leur statut légal, en Conseil d’Etat. Est ainsi créé, en 1883, le Conseil supérieur des Églises tahitiennes, auquel accède une représentation indigène majoritaire. Un Concordat est établi et, si le gouvernement paie les pasteurs, il se réserve par contre un droit de regard sur les décisions du Conseil supérieur. — Frédéric Vernier reste longtemps le président de ce Conseil. Cette fonction l’oblige à voyager souvent en cotre ou en goélette à voile, pour visiter les principaux archipels de son ressort ; voyages d’un grand inconfort, mais lui permettant de nourrir des rapports féconds avec les populations des îles. Ayant compris de bonne heure que leur langue est pour les indigènes le dernier véhicule de leur personnalité, Frédéric Vernier ouvre un cours de tahitien grammatical dans les écoles de la mission, où beaucoup d’élèves découvriront les secrets de leur propre langue ; une partie de ces travaux est consignée dans un vocabulaire gradué, l’Écolier tahitien-français, essai que récompenseront les palmes académiques. — En tant que président du Conseil supérieur des Églises tahitiennes, Frédéric Vernier entretient des rapports constants et constructifs avec les autorités françaises. Sa grande connaissance des indigènes lui vaut, en 1896, une très délicate mission officieuse : le gouverneur veut tenter un dernier essai de pacification à Raiatea au moment du soulèvement connu dans l’histoire sous le nom de Guerre de Teraupoo. Frédéric Vernier est ainsi envoyé à Avera (Raiatea) pour une médiation. — « Viens-tu en pasteur ? lui demande le chef rebelle ! Dans ce cas, reste avec nous, et sois l’aumônier de mes troupes… — Viens-tu de la part des Français ? continue Teraupoo, dans ce cas, j’ai le regret de t’arrêter. » La mission échoue, et le corps expéditionnaire de Tahiti fait le reste. — Avant de rentrer en France, en 1907, Frédéric Vernier conçoit le projet de laisser à Papeete, un mémorial, c’est-à-dire un édifice religieux digne du protestantisme à Tahiti. C’est le temple, à tribunes, de Paofai, avec sa chaire en tamanou. Cet édifice inauguré en 1908, est situé en face de la passe de Papeete. Mais mieux qu’un édifice en pierre, Frédéric Vernier laisse à Tahiti et dans toute la Polynésie française, le souvenir d’un homme de paix, respecté et honoré de tous ; son amour des Tahitiens n’a d’égal que celui de la France. En quarante années il ne rentre qu’une fois en France, en 1881, tant il est attaché à sa tâche missionnaire et humaine. Il meurt à Crest (Drôme) en 1915. De son union à Die (Drôme), en 1866, avec Louise Mouline sont nés à Papeete, huit enfants : Frédéric, 1868-1951. A 8 ans, son père le confie au capitaine d’un voilier qui, par le cap Horn, le dépose à Liverpool. Pasteur à Étoile (Drôme) en 1894, en 1897 il part à Madagascar. En 1902 son premier congé le ramène en voilier, par l’Australie et la Nouvelle-Zélande à Tahiti où il retrouve son père après trente ans de séparation. Il pousse jusqu’aux Marquises où son frère Paul est missionnaire. Ce qu’il voit fait naître en lui des sentiments qu’il confie à sa lyre. On trouvera une vingtaine de sonnets polynésiens dans un recueil de poésies, Lumières, qu’il publiera en 1943, à Gap, en une édition hors commerce. Marié, retourne à Madagascar, en 1903. Prend sa retraite à Sanary (Var) où il meurt en 1951. — Paul, 1870-1956. — Élodie, 1872-1873. — Jeanne, 1874, quitte Tahiti en 1907 et se retire à Livron (Drôme), célibataire. — André, 1877, pasteur missionnaire en France, vient travailler à la mission de Tahiti de 1931 à 1935, résidant avec sa femme à Papeete dont il sera le pasteur français à la paroisse de Bethel. Prend sa retraite à Livron (Drôme). — Gustave, 1879, pasteur en France de 1906 à 1945 ; épouse en 1911 Marthe Blanc ; retiré à Livron (Drôme). — Charles, 1883. — Alice, 1883-1936, quitte Tahiti en 1907, épouse en 1908 Marc Trocquenie.

VERNIER, Henri (1913)

Pasteur.

Fils du pasteur Charles Vernier. Né à Paofai (Papeete) le 12 février 1913 où son père est en résidence. Passe son enfance à Raiatéa. En 1923, suit sa famille en France où il demeure pour y poursuivre ses études secondaires et techniques. Après son service militaire, il entreprend ses études théologiques à Paris. Mobilisé en 1939 comme chasseur alpin, il est fait prisonnier en Alsace et passe sa captivité au Stalag XI B, en Allemagne, où il fait fonction d’aumônier. A son retour de captivité, il est d’abord pasteur en France, à Vincennes et à Sancerre (Yonne). En 1952, il se met au service de la Société des Missions évangéliques de Paris qui l’envoie à Nouméa, où il sera pasteur, de 1953 à 1955. Passe ensuite en Polynésie française et séjourne à Raiatéa de 1955 à 1958. En 1960, il prend la direction de l’École pastorale tahitienne à Hermon. Il sera président, jusqu’à l’autonomie, de l’Église évangélique, de la Conférence missionnaire, aumônier de l’hôpital de Papeete et du Centre d’Orofara. Il fait publier, en 1961, un manuel bilingue — Te ea o te faaroo, « le chemin de la foi ». Attentif à l’évolution rapide que connaît la Polynésie française, il fait part de ses inquiétudes quant au danger que connaît le peuple tahitien de la perte de son âme profonde. De son union, à Londres, après la guerre, avec Marguerite Jaulmes, sont nés : Jacques ; Jean-Luc ; Catherine et Christine, nées en France ; Élisabeth, et Michel nés en Nouvelle-Calédonie.

VERNIER, Paul (1870-1956)

Pasteur-missionnaire.

Second fils de Frédéric Vernier, père. Né à Papeete le 30 juillet 1870. Menacé de perdre la vue, son père l’emmène en France, à l’âge de dix ans. Études classiques au lycée de Tournon (Ardèche) ; études théologiques à Paris — où il suit également des cours de médecine — et à Edimbourg. Sur décision de la Société des Missions Évangéliques de Paris, il part avec sa jeune femme, Jeanne Antonin, pour Tahiti, en 1897. Il est désigné par ses collègues de Tahiti pour prendre en main, aux îles Marquises, la succession d’une mission évangélique hawaïenne, fondée par l’évangéliste Kekela et s’installe à Atuana, Hiva Oa, centre administratif de l’archipel. Pendant treize ans il se donnera corps et âme au relèvement, aussi bien moral et spirituel que physique, d’une population sous-alimentée, sans hygiène, et la proie facile à toutes les épidémies. Ses connaissances en médecine lui permettent de rendre de grands services à une population qui a confiance en lui. C’est comme médecin que Gauguin sollicite le secours du missionnaire pour soulager un ulcère variqueux tenace. Paul Vernier soigne et soulage le grand artiste. Cette intervention heureuse marque le début de relations de plus en plus fréquentes et sympathiques, à telle enseigne que Paul Vernier visite encore Gauguin quelques heures avant sa mort, et qu’avec son diacre Tioka, l’ami très cher du peintre, il lui ferme les yeux, le 8 mai 1903. En 1902, Paul Vernier connut à Aruana une grande épreuve : la mort de sa femme. Rentré en France, il y épouse sa belle-sœur, Blanche Antonin, et regagne avec elle son poste des Marquises, où ils demeurent jusqu’en 1913. Ce poste ayant alors été confié à un pasteur indigène, Paul Vernier est appelé aux îles Sous-le-Vent, et finalement à la paroisse française de Papeete. Prend sa retraite en France, en 1932, après trente-cinq années de service missionnaire en Polynésie française. Il meurt à Annonay (Ardèche) en 1956. Il laisse aux Marquisiens et aux Tahitiens le souvenir d’un homme bienveillant, compréhensif, cultivé, aux paroles pleine d’humour. Il était chevalier de la Légion d’honneur.

Bibliographie. On trouvera dans le Journal des Missions Évangéliques de Paris, entre 1898 et 1930, de nombreux documents missionnaires signés par le pasteur Paul Vernier. A savoir : des lettres ou des récits 1° concernant son apostolat ; 2° des rapports d’inspection à Rurutu (1915), aux Marquises (1920), aux îles Sous-le-Vent (1928) ; 3° un certain nombre des rapports annuels concernant la mission de Tahiti (1914-1915 ; 1915-1916 ; 1918-1919 ; 1923-1924 ; 1925-1926 ; 1927-1928). — On lui doit également une traduction de l’évangile de Jean, en marquisien. — On trouvera une importante lettre du pasteur Paul Louis Vernier, datée du 8 mars 1904 et concernant ses relations avec Gauguin, dans Jean de Rotonchamps, Paul Gauguin, Paris, 1925, p. 223-227.

VESQUE, Louis (1820-1883)

Propriétaire.

Né le 12 mars 1820 à Vié-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle). Débarque à Papeete le 16 août 1866 de la goélette Elisa venant de San Francisco où il résidait précédemment. Devient propriétaire au district de Paea. Se livre à la culture du coton et à l’élevage. Meurt le 21 septembre 1883 à Paea.

VIAREINGUE, Louise (1813-1890)

Couturière.

Née le 26 août 1813, à Versailles (Seine-et-Oise). Débarque à Papeete en 1853, venant probablement de Californie. S’établit comme couturière. Directrice de la maison d’arrêt des femmes indigènes de Papeete de 1855 à 1858, puis concierge de la chapelle catholique, édifiée à cette époque, à l’emplacement actuel de l’immeuble Hallais-Drollet, avenue Bruat. En 1881, on la retrouve, couturière, rue de Rivoli, actuellement rue du Commandant-Destremeau, face à l’hôpital. Meurt à Papeete le 25 mars 1890. — Étant veuve de Richaud, à son arrivée, se remarie, le 18 avril 1855 à Papeete, avec François Baudoin ; union sans postérité.

VIAUD, Gustave (1836-1865)

Médecin de marine.

Frère aîné de Pierre Loti. Né à Rochefort (Charente-Maritime), le 25 avril 1836. Après sa sortie de l’École de Santé de Rochefort est désigné pour Tahiti où il se rend par le cap Horn, Valparaiso et Paÿta. Débarqué du transport l’Infatigable, le 9 juin 1859, Gustave Viaud est affecté comme chirurgien de marine à l’hôpital de Papeete. On le trouve également, un temps détaché au fort de Taravao, ou faisant des tournées de vaccination dans l’archipel. Sa façon de servir ne lui mérite pas l’entière approbation de son chef hiérarchique, l’atrabilaire et quinteux Dr Guillasse. Absorbé par ses fonctions et subissant comme tant d’autres l’envoûtement de l’« île délicieuse », il néglige pendant dix mois de donner de ses nouvelles à sa famille à laquelle il est pourtant sincèrement attaché. Vers la fin de son séjour, G. Viaud participe à la tournée de prestige et de bienveillance organisée, en juillet 1861, par le gouverneur de La Richerie et en laissera, dans le Messager de Tahiti, du 16 février au 6 avril 1862, une relation détaillée qui sera illustrée par douze lithographies coloriées de son camarade Louis Armand, commis de la marine, lithographies qui forment un curieux album intitulé Promenade militaire autour de Tahiti. A Tahiti, avec son ami le médecin Jean Dudon, Viaud fait des photographies qu’il reunit en un album « qui fait l’admiration de tout le monde à Papeete ». A l’expiration de son séjour réglementaire, Gustave Viaud fut rapatrié, en juin 1862. Il s’embarque sur la Dorade pour Valparaiso, en chaise à porteur, car il souffre d’un terrible lumbago. Et revient en France par le chemin de fer, ouvert depuis peu, de l’isthme de Panama. Après son congé, il est nommé au pénitencier de Poulo-Condore, en Cochinchine. Meurt d’anémie et de dysenterie au bord du paquebot l’Alphée qui le ramenait en France. Son corps fut immergé dans l’océan Indien, le 12 mars 1865. Les hasards de sa carrière l’ayant amené à Tahiti, son frère Julien, alias Pierre Loti y rechercha, en juillet 1872, la descendance que son aîné, croyait-on à Rochefort, y avait laissée. En vain. « Les enfants de Gustave n’existent pas ; ce sont les enfants d’un autre. Il n’a rien laissé là-bas de lui-même et tout ce qui était de lui est bien éteint de ce monde… Quand j’ai découvert l’imposture, c’était un soir, dans la case de la vieille mère de Tarahu… Le petit Taivera était près de moi ; il ne ressemblait en rien à Gustave, quoiqu’en ait dit Tarahu, et, cependant, je m’étais attaché à lui… » (Correspondance inédite). Tarahu disait peut-être vrai, l’état civil de Moorea à l’époque étant encore assez fantaisiste, l’extraordinaire ressemblance des deux enfants en cause avec les Viaud ne pouvant guère s’expliquer que par une paternité réelle. Sur la personnalité attachante de ce frère de Pierre Loti, consulter : G. Taboulet & J.Cl. Demariaux, La vie dramatique de Gustave Viaud, Paris, 1961. On conserve des lettres tahitiennes de Gustave Viaud. Il va sans dire qu’il ne parle pas, à sa très austère famille huguenote, de sa vahine.

VIDAL, Antoine (1818-1880)

Propriétaire.

Né le 23 mars 1818, à l’Honor-de-Cos (Tarn-et-Garonne). Canonnier au régiment d’artillerie de marine, débarque à Nuku Hiva le 4 juin 1842 de la corvette Triomphante. Des îles Marquises est transféré avec son unité par l’Uranie à Papeete où il débarque le 4 novembre 1843. Congédié à Papeete le 1 avril 1847, il va s’établir au district de Teahupoo en 1856, et il y est propriétaire-éleveur. Bien plus tard, on le trouve débitant, rue de Rivoli à Papeete, face à l’hôpital, commerce qu’il exploite avec son gendre Alexandre. Meurt le 24 octobre 1880 à Papeete. — De son union avec Tairau a Pihaava sont nés : Victoire, 1850-1904, qui épouse Alexis Alexandre. — Marie, 1855-1918, qui épouse Jean Aubry. — Jean-Baptiste. — François, qui meurt en bas âge.

VIDAL, Jean-Baptiste (1862-1918)

Retraité.

Fils du précédent. Né le 5 mars 1862 à Papeete. Fait une carrière brillante dans l’administration locale. Débute comme écrivain auxiliaire en février 1877 et deviendra chef du bureau des finances et directeur des douanes. Prend sa retraite comme chef de bureau des Secrétariats généraux des Colonies. Au début de l’installation de la Compagnie des phosphates de l’Océanie, à l’île de Makatea, il fait partie du bureau directeur. Meurt le 6 décembre 1918 à Makatea. Il était officier d’Académie. De son union, à Papeete, avec Teehurai (Teheurai) Guifford, 1856-1918, sont nés : Ernestine, 1879-1915, épouse le gendarme Hector Garnier. — Henri, 1881-1918, se marie à Papeete, le 13 octobre 1900, avec Annie Brothers : six enfants dont Henry, sergent au bataillon du Pacifique, F.F.L., cité. — Léon, 1883-1953, qui vécut en Californie. — Albert, 1884. — Maurice, 1885-1922. — Marguerite, 1887-1935, épouse le 5 août 1920, à Papeete, Charles Millet, † 1930, mécanicien. — Jeanne, 1890-1935, épouse le 10 juillet 1913, à Papeete, Edouard Caillat, juge au tribunal de Papeete. — Paul, 1892, employé de banque, sergent au bataillon du Pacifique, cité en 1918, se marie avec Théodora Anderson, le 16 février 1921 à Papeete, six enfants dont Louise, qui épouse André Snow, décédé, et est directrice de l’école d’Arue, et Jeanine, épouse d’Adolphe Sylvain. — Rose, 1899, qui épouse Henry Demay.

VIDEAU Daniel (1920)

Gouverneur de la Polynésie française.

Né à Arcachon (Gironde) en 1920. Diplômé de l’École nationale de la France d’Outre-Mer, docteur en droit. Reçu en 1952 au concours de l’Inspection générale des Affaires d’Outre-Mer. Effectue plusieurs missions d’inspections économique et financière. Ensuite chargé des affaires internationales au ministère de la France d’Outre-Mer, rapporteur général des V et VI Plan. Maître des Requêtes au Conseil d’État en 1966. Directeur en 1971 des Territoires d’Outre-Mer. Nommé gouverneur et chef du Territoire de la Polynésie française en juin 1973, il arrive à Papeete le 11 août de la même année. Présente un programme financier lors de l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée Territoriale ; relance la construction du musée de la Punaruu : règle le problème de la consommation d’essence en décembre 1973 en instituant des cartes de rationnement pour parer au stockage.

VIEILLARD-BARON, dit RENAUD, Maurice (1850-1907)

Fonctionnaire.

Né le 3 avril 1850 à Autun (Saône-et-Loire). Engagé volontaire à l’armée du Nord le 9 décembre 1870, est blessé en avril de l’année suivante en entrant à Paris, avec les Versaillais. Caporal au 3 régiment d’infanterie de marine, débarque à Papeete le 21 juin 1872, du transport Jura. Congédié à Tahiti le 13 avril 1875, fait ses débuts, dans l’administration locale, en 1879. « Nous le voyons tour à tour agent spécial aux Tuamotu, administrateur des îles Marquises ou des îles Gambier, chef du service des postes, chef du service des contributions, apportant toujours dans ces diverses fonctions, remplies à l’entière satisfaction de ses chefs, les mêmes qualités de bonté et de simplicité par lesquelles aussi bien à Tahiti que dans les dépendances, il a su gagner la sympathie, non seulement des Européens, mais encore des populations indigènes au milieu desquelles il a longtemps vécu. » (Journal Officiel, 1907, n° 12.) Décédé à Papeete, le 16 mars 1907. — Il avait épousé, le 6 février 1907 à Papeete, Rosalie Chebret, union demeurée sans postérité.

VIEN, François (1834-1899)

Propriétaire.

Né le 3 décembre 1834 à Mélizey (Haute-Saône). Arrive à Tahiti le 15 janvier 1864, par la frégate Sybille comme soldat d’infanterie de marine, venant de la Nouvelle-Calédonie. Est employé à la 1 compagnie d’ouvriers civils aux Ponts et Chaussées. Se fait libérer à Papeete. Se fixe au district de Tautira, où il devient propriétaire. Plus tard, possède des biens immobiliers à Papeete, rue Nansouty, où il meurt le 21 octobre 1899. Épouse en premières noces, en 1866, Annette Tekurave, originaire des îles Tuamotu ; en secondes noces Tenahe a Puranga, veuve Tuhiva a Tatoa. Aucune postérité de ces deux unions.

VIÉNOT, Charles (1839-1903)

Pasteur missionnaire de la Société des Missions Évangéliques.

Né le 4 mai 1839 à Couthenans (Haute-Saône). Études au lycée de Bourges et à Nérac où, précepteur, il compte parmi ses élèves — premier contact avec l’Océanie — de jeunes Tahitiens que la reine Pomaré finit par rappeler et que Charles Viénot sera chargé de conduire jusqu’à Brest. En juin 1865, il s’offre à la Société des Missions. La question scolaire est alors inquiétante pour les protestants à Tahiti : dans 12 districts sur 22, les écoles sont entre les mains des catholiques. Le pasteur Atger a lancé un appel, réclamant quelques instituteurs « des laïques, qui, de ce fait, s’entendront toujours mieux avec l’autorité civile… pour sauver la situation ». Viénot sera envoyé à Papeete comme instituteur. Mais il espère bien « devenir un jour pasteur, après deux ou trois ans de séjour quand l’école sera pourvue ». Il quitte Southampton avec sa femme, le 19 décembre 1865 et arrive à Papeete par le transport de l’état Chevert le 25 février 1866. Son collègue Atger le dépeint : « un extérieur agréable, des manières distinguées, des connaissances variées, et surtout une vraie piété. » Dès les premiers contacts, Viénot insiste pour qu’« on joigne à l’éducation chrétienne une formation pratique : horticulture, menuiserie, ébénisterie ». Le 1 septembre la nouvelle école est inaugurée par le gouverneur de La Roncière. Fortement appuyée par l’administration, donnant satisfaction à la partie protestante de la population, menée avec autorité par Viénot, elle connaît d’emblée le succès. L’école professionnelle fut moins heureuse. En 1869, Viénot demande pour elle au Ministre le transport gratuit de 10 à 12 t de matériel destiné à l’organisation de ses ateliers. Le matériel sera perdu en mer et Viénot abandonnera son projet. En 1869 Charles Viénot rentre en France. Lors de ce séjour, il reçoit la consécration pastorale à Orléans, le 31 mars 1870, et rentre à Tahiti, rapportant avec lui un important matériel scolaire. En 1872, il acquiert l’imprimerie de la London Missionary Society. Le premier livre de lecture pour enfants est imprimé en 1874. On sort un Recueil de fables, en tahitien « qui a trop de succès puisque les paroissiens essaient de le lire pendant le culte ! ». En 1879, à l’école normale qu’il a fondée et qui fournit instituteurs, pasteurs et secrétaires, il adjoint une école d’interprètes. En 1881 il obtient la construction d’un presbytère par le gouvernement. Très éprouvé dans sa famille — il perdra six enfants entre 1867 et 1878 — il part en congé en France en 1882. Au cours d’une absence de trois ans, il s’attachera particulièrement à l’élaboration de la constitution des Églises tahitiennes ; et il a la satisfaction de voir le décret la promulgant paraître à l’Officiel du 23 janvier 1884. Pendant son absence, Viénot a été nommé membre du Conseil général (188) et il deviendra le vice-président de cette assemblée : car il a dû dire oui… « ne pouvant naturellement accepter la présidence, que j’ai fait donner à M. Goupil. J’ai besoin que vous sachiez que, si je sors du conseil, c’en est fait du parti des Tahitiens ». Dès son arrivée Viénot avait en effet jugé qu’il était de son devoir de prolonger son œuvre scolaire par une action de défense religieuse qui, tout naturellement, avait débouché sur la politique. Homme de valeur, il était devenu le chef du parti protestant. Mais, intransigeant et assez sectaire, en lutte ouverte contre la mission catholique, ses œuvres et son influence, s’appuyant sur la loge, il se verra reprocher de pratiquer une politique de partisan, une politique anglaise ; d’autres l’accusent de colonialisme, parce qu’il accepte des missions officielles de pacification dans des archipels protestants. Lors de son troisième voyage en France, en 1896, Viénot, hanté par la nécessité d’un navire missionnaire qui irait régulièrement visiter les îles, trouve les fonds nécessaires à la construction, à San Francisco, d’une goélette, La Croix du Sud, qui travaillera quelques années au service de la mission, mais dont l’échouage et la perte sera un des grands soucis des dernières années de Viénot. Il meurt à Arue, le 11 juin 1903. Il était chevalier de la Légion d’honneur. De son union, en France, avec Mathilde Mellet, 1842-1922, sont issus : Charles, 1867-1868. — Charles Robert, 1871. — Paul, 1873. — Léon, 1875. — Gaston, 1877-1878. — Aline, 1878-1955, passe toute sa jeunesse à Tahiti en aidant son père comme institutrice. Rentre en France. — Edmond, 1881-1947. On trouvera une notice sur Charles Viénot, dans le Journal des Missions Évangéliques, 1903, p. 65-73, portr. Cette publication, entre 1867 et 1900, donnera plusieurs lettres et des notes concernant les écoles, signées de lui. On lui doit en outre le Rapport sur les Écoles et l’imprimerie, en 1875 ainsi que celui de la Conférence missionnaire de Tahiti pour 1891. —

VIÉNOT, Edmond (1881-1947)

Greffier-notaire au tribunal de paix à Taravao (Afaahiti).

Prend sa retraite à Papeete en 1935, où il est propriétaire. Conseiller municipal et conseiller privé du gouverneur. Meurt le 10 novembre 1947 à Papeete. De son union, à Papeete, le 1 juin 1912, avec Pauline Flohr sont nés : Madeleine, 1913, épouse en 1940 Leuvellyn a Philips, une fille June, épouse le C. de V. Bovis, vit à Toulon, quatre enfants. — Jeannine, 1915, épouse Pierre Challier. — Paulette, 1918, épouse en 1941, Norman Watkinson, un fils Malcolm, 1943, directeur de Avis Rent a Car à Papeete. Paulette Viénot est une femme d’action. Elle crée, quai du Commerce, une agence de Voyages. Tahiti Nui a également un groupe de danse comptant 24 femmes et 26 hommes et qui porte dans le monde le prestige de la danse tahitienne de qualité faisant des tournées en Europe et en Amérique ; elle possède également une compagnie de transport touristique : « Transpolynésie ». — Pierrette, 1923, épouse en 1948, un magistrat français, Jean Acloque et vit à Aix-en-Provence.

VIGROUX, Hélène (1840-1926)

Sœur Anne-Marie, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 14 septembre 1840 à Bellesangues (Lozère). Fait profession à Paris le 4 septembre 1862. Débarque à Papeete le 10 avril 1863, par le navire français Bolivie. Reste un an à Papeete comme institutrice ; puis le 27 février 1864, part par l’aviso Latouche Tréville pour se rendre à Taiohae, îles Marquises, comme institutrice. Elle n’y fit qu’un bref séjour et vint reprendre ses fonctions à l’école de Papeete. En 1867 elle sera une des fondatrices de l’école de Papeuriri, Mataïea, où elle passera douze ans. En 1880, sœur Anne-Marie retourna aux Marquises qu’elle ne devait plus quitter. Pendant quarante-cinq ans elle y donna la mesure de sa vertu et de son dévouement. Missionnaire intrépide, on la voyait entraîner les élèves à l’étude et aux travaux agricoles. Non seulement elle avait un grand ascendant sur les enfants, mais encore sur toute la population. Et tous l’aimaient. A tous elle témoignait une grande bonté, faisant siennes les peines et difficultés de chacun. Elle était vraiment la mère de tous. Elle mourut le 14 décembre 1926, après soixante-cinq ans de dévouement aux enfants de Tahiti et des Marquises.

VILLANT, Paulin (1890-1964)

Fonctionnaire.

Né le 31 décembre 1890 à Laon (Aisne). Sert dans l’armée de 1911 à 1927, terminant son engagement comme adjudant-chef, après avoir participé à la Première Guerre mondiale, été deux fois blessé, cité à l’ordre du jour et reçu la médaille militaire. Au cours de son service était venu à Tahiti en mai 1921. Libéré de ses obligations militaires, reste à Tahiti et entre dans l’administration. On le trouve en 1927 agent spécial et représentant de l’administration à Uturoa ; en 1931, il est à Mooréa où il est très apprécié de la population. Il rentre à Tahiti en 1934, comme receveur de l’enregistrement, p.i. ; est nommé chef du Bureau des finances en 1935, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1948. « Comptable hors ligne, discipliné, consciencieux, très travailleur », Paulin Villant a laissé le souvenir d’un fonctionnaire de valeur. De son union, le 27 avril 1927, avec Tetuaveroa à Aa sont nés : Jean, 1924, inspecteur de la Police judiciaire, épouse Alice Robson. — Georges, 1928, employé au Crédit de l’Océanie, épouse Thérèse Frogier. — Pauline, 1928, épouse Henri Didelot, fonctionnaire. — Richard, 1930, épouse Fany à Fare. — René, 1931, vit à Nouméa. — Marguerite, 1931, épouse André Bousquet, vit en France. — Auguste, 1933, colon à Puka Puka, épouse Odette Marie Dupond. — Jeanine, 1934. — André, 1935, infirmier, épouse Simone Simon.

VILLARD, Joseph (1836)

Graveur sur bois et propriétaire.

Né le 25 mars 1836 à Saint-Jean-en-Royan (Drôme). De son métier, graveur sur bois. Maréchal des logis-chef du régiment d’artillerie de marine. Arrive à Tahiti le 26 juin 1868. Greffier du conseil de guerre des îles de la Société. Se fait libérer, à Papeete, en décembre 1870. Écrivain auxiliaire de la marine en 1871, puis inspecteur intérimaire de la garde indigène en 1875, devient titulaire en 1877. Cesse ses fonctions en 1879, par suppression d’emploi. Agent spécial du gouvernement aux îles Tuamotu et greffier-notaire au tribunal de Paix à Fakarava en 1880. Quitte l’administration locale pour s’établir à son compte, en devenant propriétaire au district de Pirae. — Épouse, le 27 avril 1871, à Papeete, Mere à Pihavi, veuve Labbé, 1832-1879. Union sans postérité.

VILLARET, Bernard (1909)

Homme de lettres.

Né à Paris le 26 septembre 1909. Jeune médecin, attiré par les îles Polynésiennes, il y fait un premier séjour en 1937 pour des études de climatologie médicale et d’ethnologie. Il y retournera en 1939, puis, après la Seconde Guerre mondiale, à peu près chaque année, publiant sur l’Océanie de nombreux livres et articles. Le littérateur se double chez lui d’un photographe (plus de 80 000 clichés des îles du Pacifique) et d’un cinéaste. Il tourne en effet une série de films documentaires et sous-marins : Hiro, fils de Bora Bora. — Maupiti, île perdue. — Rapa au bout du monde. — Poissons-fleurs des Mers du Sud. — Merveilles du lagon. — enfin Robinsons du Pacifique, relatant le séjour de six mois qu’il fit avec sa femme dans l’« île déserte » de Piti-ù-Taï. Dans la Revue de Paris, février 1953, il publie un article sur les comptes de Paul Gauguin, détruisant la légende d’un Gauguin vivant dans le dénuement, à l’indigène. Dès 1955, B. Villaret vit moitié à Paris, moitié à Moorea et depuis 1965, principalement à Bora Bora. Depuis 35 ans, il a visité en détail la plupart des îles de Polynésie, ainsi que les différents archipels du Pacifique. Ayant publié 25 livres dont 15 sur les îles des Mers du Sud, il est probablement l’auteur qui a le plus écrit sur la Polynésie française. Ses ouvrages ont été couronnés par trois prix littéraires en 1952, 1953 et 1956. Notons en particulier Les Îles de la Nuit, Paris, 1947 ; avec une édition illustrée de gravures sur cuivre de Jacques Boullaire, Paris, 1964. — Tahiti, le dernier Paradis terrestre, Paris, 1951. — Piti-ù-Taï, mon île déserte du Pacifique, Paris, 1958. — Le Grand Requin mangeur de nuages, Paris, 1953, etc. — Outre ces ouvrages, Bernard Villaret a publié de très nombreux articles, le plus souvent accompagnés de photographies, dans la plupart des revues françaises. Un certain nombre de ses livres ont été traduits en plusieurs langues. — Mme Villaret, 1918, née Jacqueline Giraudeau, a accompagné son mari dans ses voyages et ses séjours polynésiens. Elle fut chargée de l’enseignement du tahitien en 1948 et en 1949 à l’École des Langues Orientales vivantes et on lui doit la traduction de plusieurs ouvrages anglais concernant l’Océanie.

VILLEMAIN, Catherine (1830-1899)

Sœur Lazarine, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Bretonne du diocèse de Quimper. Arrive aux îles Marquises le 27 février 1864. Sera supérieure de Taiohae.

VILLIERME, Louis (1836-1881)

Propriétaire.

Né le 12 décembre 1836 à Saint-Jean-d’Avelaine (Isère). Arrive à Tahiti le 8 novembre 1864 par la frégate Néréide, venant de Brest, comme ouvrier de la 6 compagnie d’ouvriers d’artillerie de marine. Se fait libérer vers 1868, à Papeete. Part pour la Nouvelle-Zélande en 1871. De retour à Tahiti en 1876. Propriétaire rue Dumont-d’Urville. Meurt à Papeete, le 14 juin 1881. — De son union, le 21 novembre 1877 à Papeete, avec Marie Dano, veuve Passard est né : Henri, 1878-1952, qui épouse Berthe Cadousteau 1880-1918 ; treize enfants, dont Louise, qui épouse Laurent Le Bihan, et deux jumelles, Marie et Joséphine, toutes les deux religieuses de Saint-Joseph de Cluny. Joséphine sera envoyée à Papeete où elle meurt en 1970. — Étant veuf, se remarie avec Maria Suhas : quatre enfants.

VINCENT, Antoine (le Frère Alphonse) 1794-1845

Religieux picpucien.

Né le 11 mars 1794, à La Canourgue (Lozère). Profès convers le 21 novembre 1817. Envoyé au Chili en décembre 1835 ; arrive à Valparaiso en mai 1836 ; envoyé aux îles Gambier comme catéchiste, il y arrive le 31 octobre 1836 avec le Père Armand Chausson. De là, il accompagne les PP. Caret et Laval à Tahiti, en novembre 1836. Ceux-ci expulsés, il fut autorisé à y résider. Charpentier, il y construisit une maison, un moulin à sucre, mais « il aura le poignet coupé en voulant décharger une arme à feu de M. Moerenhout ». Rappelé, il rentra à Valparaiso le 30 janvier 1840. Il partit pour les îles Hawaii le 3 septembre 1840. Mgr Rouchouze l’amena de nouveau à Valparaiso le 27 mars 1841. Peu de temps après, il sortit de la congrégation et mourut chez des Franciscains dans le courant de l’année 1845. — Note rédigée d’après les archives romaines des PP. de Picpus par le Père Amerigo Cools.

VINCENT, Édouard (1841)

Médecin.

Né le 26 avril 1841 à Sellières (Jura). Arrive à Papeete le 8 juillet 1870 sur la Sybille comme médecin auxiliaire de la marine. Le 1 août est envoyé comme médecin à la Terre Eugénie, à la Tahiti Cotton and Coffee plantation Co où il sera à la tête du service hospitalier de la compagnie qui exploitait Atimaono. Il se servira de son expérience pour sa thèse de doctorat en médecine : Topographie médicale de la Terre Eugénie, Montpellier, 1876. Démissionne en juin 1873 pour se fixer à Papeete comme médecin civil. Épouse, le 24 juillet de la même année, Alexandrine Georget. Sera médecin de Pomare V, et intendant général des grands festins de cuisine française du Palais. Après plusieurs années passées à Papeete — il sera président du conseil général des Établissements Français de l’Océanie et conseiller municipal à Papeete — il rentre définitivement en France. Son frère, Gustave, sera greffier-notaire à Papeete.

VINCENT, Gustave (1858-1924)

Notaire.

Né à Sellières (Jura). Fait son droit à Dijon. Pendant la guerre, de 1870 à 1871, s’enrôle dans la compagnie des francs-tireurs de J. J. Cornu, dont il devient lieutenant. Est grièvement blessé en défendant Dijon, le 30 octobre 1870. Nommé greffier-notaire des îles de la Société par décret en date du 11 juillet 1872, débarque en 1873 à Papeete. Exerce ses fonctions pendant plusieurs années. Une étude de notaire ayant été créée vers 1881, devient titulaire de cette charge, qu’il exercera jusqu’en 1922. Personnalité marquante du vieux Tahiti, Me Vincent sera conseiller privé du gouvernement de 1894 à 1900 et de 1907 à 1909. Il meurt le 16 janvier 1924 à Papeete. Il était titulaire de la médaille de 1870. De son union, en 1876, à Papeete, avec Taurua a Mai, 1861-1918, descendante de la famille royale des Mai, de Bora Bora, sont nés : Céline, 1877-1964. — Auguste, 1878-1936, capitaine au cabotage, se marie le 5 octobre 1907 à Pirae, avec Tehaamaru Gadiot, 1886. Divorce, épouse en secondes noces, le 28 juin 1934 à Papeete, Marie Tautu a Luta. — Gustave, 1880-1899. — Marguerite, 1882-1964, épouse le 5 septembre 1912, Jacques de Pindray. — Henri, 1888, soldat au 54 régiment d’infanterie coloniale meurt à Salonique le 1 décembre 1916 des suites de blessures de guerre, médaillé militaire. — Jeanne, 1891, épouse le 23 janvier 1913 à Papeete, Martial Iorss : cinq enfants. — Pierre, 1893-1918, épouse Maraefafaa Richmond. — François, 1895, soldat au 5 régiment d’infanterie coloniale, blessé à Barleux (Somme), le 4 septembre 1916, prisonnier, meurt des suites de sa blessure le 23 à Munster (Allemagne), deux enfants, médaillé militaire. — Césarine, 1896-1918. — Micheline, 1903-1959, épouse le 25 mai 1927 à Cannes, Lucien Chaze, un fils, André, né à Cannes en 1928 ; participe à la résistance dans l’Ardèche ; sera tour à tour explorateur en Haute Amazone (1953) avec Jack Favié, occupé au Club Méditerranée à Tahiti, 1954-63, directeur d’une société de pêche « le Poisson volant », deux ans responsable de Reef, un magazine paraissant en anglais à Papeete, enfin, en 1968, directeur des exploitations de perles de Manihi pour le compte de la maison Rosenthal. Épouse en 1957 Andrée Wetzel, un fils Hugues Tamatoa, 1961. D’une précédente union : Micheline, 1950 et Dominique, 1951.

VIVIAN, James Clark (1832-1874)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 13 février 1862. Épouse Amelia Agnes Fish, 1843-1886. Arrive à Raiatea, le 26 avril 1863. Travaillera dans cette île, à Huahine et à Tahaa. S’occupera surtout de la formation des pasteurs indigènes. Meurt, en mer, près de Moorea, le 11 avril 1874.

VIVIER, Paul (1847-1893)

Officier de marine.

Originaire de La Rochelle. Polytechnicien. Aspirant de marine en 1869. Après une campagne en Nouvelle-Calédonie, en fait une seconde en Océanie à bord du Decrès en 1887. En 1888, est détaché comme Résident à Bora Bora « dont les habitants avaient manifesté des sentiments hostiles au moment de l’annexion des îles Sous-le-Vent. Grâce à l’estime et à la confiance personnelle qu’il inspire aux indigènes par son caractère bienveillant et juste, le lieutenant de vaisseau Vivier rétablit chez eux le respect de notre pavillon et leur sympathie pour la France ». Meurt en mer en 1893, capitaine de frégate. Voir : Meschinet de Richemond, Les marins rochelais, Niort, 1906, p. 285-287.

VIVISH, Edwin Walter (1864-1947)

Colon et commerçant.

Né le 24 mai 1864 à Londres. Après un tour du monde sur un voilier serait arrivé à Papeete avec 300 dollars en poche. Installe une boutique de journaux (?) à Papeete. Aurait tenu des comptoirs et commerçés pour le compte de Gaspard Coppenrath. Tient boutique aux Tuamotu lors des saisons de la plonge des nacres. Se marie à une femme de Rurutu, Teareraupa Manate Ati Atai, du district de Peva. S’occupe un temps de la Toerau Moana construite par les gens de Rurutu. Vient s’installer à Taravao où il achète des terres, où il plante des cocoteraies grâce à des travailleurs Rurutu que fait venir sa compagne. Fait également de la vanille. On le trouve plus tard installé à Faaa, comptable et homme de confiance de Charly Brown Peterson. Décédé à Faaa le 12 octobre 1947. On trouve à Tahiti des Vivish de plusieurs unions : d’une première femme : John, c.1890, vit à Taravao épouse Naina Taia, 5 enfants. — De Teareraupa Ati Atai : Edith Tetai Tiare, née en 1892, à Mataiea. Études à l’école Viénot. Épouse Max Bopp du Pont le 11 mars 1911. Encore en vie. — D’une troisième femme : Ipeva Steeven, 1893-1951, épouse une femme de Taravao. Décédé. — De Airitera Tepa (dite Pépé) : Tarona, 1920, employé chez Donald ; Charly, 1924, employé chez Donald ; Arthur, 1929, employé à la Banque de l’Indochine.

VOLTAIRE, Henry (1845-1906)

Cuisinier.

Né le 10 juillet 1845 à Saint-Pierre (Martinique). Arrive à Tahiti le 15 août 1879, cuisinier à bord du navire chilien Luis Causino. Le pays lui plaisant, il débarque et se fixe à Papeete, où il va vivre de son métier. Il travaille d’abord chez le consul allemand Godeffroy, puis chez divers particuliers, entre autres au restaurant Audureaud, rue de la Petite-Pologne. En 1880, il monte une charcuterie à laquelle il adjoint un petit restaurant. Entre 1892 et 1900, on le trouve installé à Rikitea, Mangareva. On le retrouve à Papeete en 1905. Au cours d’un voyage aux États-Unis, il meurt au mois d’avril 1906, à San Francisco, lors du tremblement de terre. De son union, le 28 février 1887 à Papeete, avec Vahinereeta a Taohia sont nés : Marie, 1888-1918. — Joseph, 1889-1892. — Eugène, 1891, vit à Toulon chez Mme Vve Vermesch. — William, 1892. — Catherine, 1894-1918. — Sévère, 1895-1936, épouse, le 19 mai 1923 à Papeete, Teurao a Teutuanui. — Louis, 1898, se marie le 24 janvier 1931 à Papeete, avec Maraetehaa a Tauatiti : trois enfants. — Darcie, meurt en bas âge à Rikitea, en 1900. — Mathieu, 1905.

VONNEGUT, Félix (1867-1926)

Commerçant.

Né à Munster (Westphalie), le 25 juillet 1867. Quitte l’Allemagne à 16 ans pour les États-Unis où il se fait naturaliser ; puis se rend à Tahiti, attiré par son oncle. G. Coppenrath faisait venir avec son neveu, d’autres parents : Rudolf de Witt et Alfred Rohling, pour l’aider dans ses entreprises commerciales. En 1906, à la mort de l’oncle, le neveu s’installe pour son propre compte comme commerçant à Uturoa, Raiatea. Le magasin est en face de la passe. Félix Vonnegut fait de l’import-export, et joint à son magasin un atelier de confection. Félix Vonnegut, au cours d’un séjour aux États-Unis s’était fait naturaliser citoyen américain. Cette naturalisation, devenue caduque, ne fut pas reconnue par les autorités françaises au cours de la Première Guerre mondiale. Juridiquement sujet allemand, Félix Vonnegut, d’abord prisonnier à la caserne et à Motu Uta, quitte le territoire en 1917, avec ses autres compatriotes. Ses biens seront confisqués. Sans obtenir la permission de revenir à Tahiti, il terminera ses jours aux États-Unis, avec un de ses frères qui s’y était installé. Il meurt à Berkeley, Californie, le 8 octobre 1926. Félix Vonnegut avait épousé le 24 juin 1899, à Papeete, Cornélia Adams, 1880, dernière fille d’un des plus anciens colons de Tahiti. Cornélia Vonnegut, pour essayer de sauvegarder les intérêts de son mari, était demeurée à Uturoa après son départ. Elle mourut malheureusement au cours de l’épidémie de grippe espagnole, le 4 décembre 1918. De cette union étaient nés : Félix, 1900-1928, célibataire ; Wilhelm, décédé jeune ; Frédéric, 1906, directeur commercial aux États-Unis et propriétaire à Tahiti où il vient prendre sa retraite en 1972, épouse une Finlandaise Anne Juntila, deux enfants : Frédéric, 1936, marié à Honolulu et Jeannette, 1940, mariée à Costa Mesa, Los Angeles. — Jeanne, 1913, institutrice à Tahiti de 1934 à 1972, épouse en 1944, James Shelton, ingénieur et architecte naval ; divorcée en 1952 ; une fille, Simone Maeva, 1950, étudiante à Stanford University où elle prend un M.A. en anglais.

VRIENDT, Jean de (1920)

Directeur de la Banque de l’Indochine.

Né le 18 août 1920 à Paris. Arrive à Tahiti en avril 1945, comme radio-interprète de la Marine Nationale, dans laquelle il a passé toute la guerre. Démobilisé en décembre 1945, rentre à la Banque de l’Indochine à Papeete et y demeure jusqu’en 1950. Au cours de ce séjour participe à l’organisation du Radio-Club Océanien qui émet deux fois par semaine et diffuse chaque mardi et chaque vendredi des bulletins de nouvelles. Ils sont rédigés et diffusés par J. de Vriendt, qui, lors de la création de Radio-Tahiti le 4 juillet 1949, en devient officiellement le speaker quotidien. Radio-Tahiti diffusant des nouvelles (15 minutes en français, 15 minutes en tahitien) avec 1 heure de musique dont il assure seul la réalisation jusqu’au 18 août 1950, date à laquelle il quitte le Territoire. Fondateur, en 1948, de l’Amicale des Marins Anciens Combattants, qui regroupe aussitôt plusieurs centaines de membres, et en devient le premier président. Après une absence de 18 ans, au cours desquels il occupe des postes dans des agences de la Banque, revient à Papeete, comme Directeur de la Succursale en octobre 1968. La Banque de l’Indochine avait jusqu’en 1968 exercé l’émission de la monnaie dans le Territoire, et la convention passée avec le gouvernement central lui interdisait plusieurs formes d’activité. A partir de 1968, elle prend résolument le tournant et s’intéresse à tous les secteurs d’activité économique du pays. Sous l’impulsion de M. de Vriendt, considéré comme un « ancien du pays », elle développe ses activités, et ouvre des bureaux dans les districts et dans les îles. Établie d’abord à Uturoa aux îles Sous-le-Vent, elle ouvre des guichets à Pirae, puis à Faaa dans la banlieue de Papeete, à Huahine et à Bora Bora dans les îles. M. de Vriendt est président depuis 1970 de l’Association Aotearoa qui a pour but d’envoyer en Métropole pendant les vacances des jeunes étudiants tahitiens méritants.

W Z

WALKER, William (1835-1908)

Marin, commerçant et colon.

Originaire d’Écosse. S’embarque fort jeune, quittant subrepticement la maison familiale. Navigue. Devenu capitaine, s’installe à Papeete d’où il circule sur des navires de commerce, naviguant vers San Francisco et Valparaiso. Après son mariage, mène une vie plus sédentaire, ayant ouvert un commerce à Papeete où on le trouve inscrit comme « general merchant ». Sa boutique se trouve dans la rue de la Petite-Pologne et du Marché. Il possède également une grande propriété, provenant des Henry, à Ma’ara, à Papeari. De son union, en 1873 avec Emeline (Emmy) Henry, 1854-1913, sont nés : William, 1874, études à San Francisco ; colon dans la vallée de la Hamuta, Pirae, qu’il met en valeur ; naturalisé français ; exerce bénévolement ses dons pour la médecine homéopathique, rau pape, envers les indigènes qui en sont amateurs ; épouse Térésa Higgins dont il a dix enfants : Théodore, 1896, qui épouse, en 1937, Terii Rouru Maona Marcantoni, Everett, Stanly, Claire, 1902, qui épouse Julien Lévy ; Albert ; Édouard qui vit en Amérique ; Hiram, qui épouse en Amérique une Meuel ; Joseph ; Lawrence ; Glendowline qui épouse un Leverd. — Isabelle, dite Bella, 1876, qui vit, célibataire à Papeete et a conservé la nationalité anglaise. — Maud, 1878, études en Californie, épouse, en 1894, Édouard Ahnne, six enfants. — Charlotte, 1880, épouse Charles Cozens, gentleman-farmer néo-zélandais, sans postérité. — Lilian, 1881-1903. — Orsmond, 1883-1927, naturalisé français ; Études à Papeete, directeur dans cette ville de l’agence locale de la Compagnies des Phosphates de Makatea ; possède une propriété dans la Fautaua, membre actif de la Société des Études océaniennes dans le Bulletin de laquelle il écrit plusieurs articles, aimant passionnément sa petite patrie, rien de ce qui intéressait le passé de Tahiti ne lui était étranger. Il avait une grande connaissance de la langue et sa bonne mémoire lui permettait de recueillir des mythes locaux et les récits traditionnels. Il sera l’organisateur de la première fête du folklore tahitien, en septembre 1926, peu de temps avant sa mort survenue en 1927. Son union, en 1910 avec Anna Raoulx, était demeurée sans postérité. — Arthur, 1886-1918, naturalisé français ; attaché à la Banque de l’Indochine, épouse, en 1908, Sophie Nordman, 1887-1923 ; meurt de la grippe espagnole en 1918 ; ses six enfants vivent tous à l’étranger. — Robert, 1888-1930, naturalisé français, va en Nouvelle-Zélande pour apprendre à construire et à réparer les bateaux, puis en Californie pour se perfectionner, dirige à Papeete, avec son frère Edmond, une affaire de constructions navales ; meurt dans un accident de bateau ; de son union, en 1916, avec Joséphine Brault sont nées deux filles, Henrietta et Roberta, toutes deux mariées en Australie. — Edmond, 1891-1950, va en Nouvelle-Zélande pour apprendre à construire et à réparer les bateaux, puis en Californie pour se perfectionner. Travaille comme constructeur de navires avec son frère Robert, en maintenant les connaissances homéopathiques de son frère aîné ; épouse Lucie Bunkley, 1907-1928, qui meurt jeune, et, en secondes noces, Louise Perry dont il a deux enfants : Irwin et Myrna. — Isaac, 1895-1958, sert dans l’armée anglaise comme officier au cours de la Première Guerre mondiale, connaîtra quelques « ennuis » à Papeete, lors du ralliement. Le Gr. de Curton écrira de lui : « Il était difficile de juguler ses ardeurs intempestives » et le gouvernement dut « le mettre, provisoirement… hors d’état de nuire ». D’où quelques mois de prison avec le consul anglais de l’époque. Sera vingt ans, vice-consul anglais. Épouse en 1924, à Papeete, Elmire Yvonne Cornette de Saint-Cyr, 1902, deux enfants : Jessie et Colette.

WALLIS, Samuel (1728-1795)

Officer de la marine royale anglaise et circumnavigateur.

Né à Fentonwoon, Cornouailles (Angleterre). Commissionné en 1748. En 1766 est chargé par l’Amirauté anglaise de continuer et d’étendre les découvertes de Byron dans le Pacifique et de rechercher le « continent austral » qu’on croit encore à cette époque devoir exister dans l’hémisphère sud. Reçoit à cette fin, le 19 juin 1766, le commandement du Dolphin, le navire même de Byron, frégate de 24 canons, carénée de cuivre, avec un équipage de 122 matelots qu’il choisit particulièrement jeunes et bien entraînés. Quitte Plymouth, le 21 août, sur le Dolphin, accompagné du Swallow, capitaine Carteret. Perd sa conserve au détroit de Magellan et continue seul sa route vers l’ouest découvrant Pinaki, Nukutavake (Queen Charlotte), Vairaatea (Egmont), Paraoa (Gloucester), Manuhangi (Cumberland), Nengonengo (prince William Henry). Passe à Mahetia (Osnabruck Island) et découvre Tahiti (King George the Third Island) le 19 juin 1767, mouillant le 21 dans la baie de Matavai qu’a reconnue G. Robertson, à qui revient l’honneur d’avoir ancré la frégate dans ce havre qui sera pour longtemps l’abri de la plupart des navires européens venus à Tahiti. Wallis séjournera cinq semaines à Tahiti pour y refaire son équipage ; mais, souffrant lui-même, il ne quittera sa cabine que le 7 juillet et ne descendra à terre que le 12. Hormis une « attaque » apparemment non motivée (il semble que les gens du Dolphin se soient un peu affolés en voyant leur navire entouré par plusieurs centaines d’indigènes armés (?) de frondes, et que les Tahitiens aient voulu, de leur côté, se rendre compte des capacités militaires des nouveaux venus, peut-être même de leur réalité physique) les relations avec les indigènes sont amicales. Les Anglais font de l’eau ; ils visitent une partie de l’île. On échange cochons, chiens et poules, légumes et fruits, contre des colifichets, de la verroterie, des haches et des clous. Cette dernière contrepartie étant surtout utilisée en reconnaissance des faveurs féminines. On établit une petite forge à terre, pour satisfaire aux nombreuses demandes ! Le 25 juin un mât portant un pavillon anglais est érigé à terre et on prend possession de l’île au nom du roi. Le 11 juillet, un canonnier amène à bord une femme qui lui a semblé particulièrement entourée de respect par les indigènes. C’est la « reine » Oberea. Le 12, Wallis est reçu à terre chez elle, probablement dans le fare bau du district. Oberea fait porter Wallis, et comme ce dernier préfère faire à pied le chemin du retour, la Reine, de forte carrure, porte le capitaine anglais pour lui éviter de se mouiller lors du passage des rivières. La Reine donne à Wallis une aigrette de plumes pour mettre à son chapeau. Wallis montre à la Reine le télescope. Elle viendra plusieurs fois à bord. Le Dolphin quittera Matavai le 27 juillet au matin. L’escale avait été sans incidents sérieux. Wallis avait su maintenir la discipline à son bord. Le journal de Ben Butler, exécuteur des punitions, signale en effet plusieurs distributions de coups de fouet les 25 juin, 2, 5, 19 et 20 juillet, pour tromperie envers les indigènes, désobéissance ou ivrognerie. Et Cook utilisera l’expérience de Wallis lorsque, arrivant à Tahiti, il ordonnera que les objets en fer et les effets d’équipement ne devraient être échangés qu’officiellement contre des provisions de vivres. Le Dolphin rentre en Angleterre par Batavia et le cap de Bonne-Espérance. Il est à quai le 20 mai 1768. Wallis, dont on considère alors la santé comme « ruinée », se voit attribuer deux ans de congé et une récompense de 500 livres. Bon marin, officier fort soucieux de la santé de son équipage et faisant tout pour lui éviter le scorbut, Wallis, presque continuellement malade au cours du voyage, ne témoigna pas dans cette navigation les qualités de zèle actif, d’initiative et d’esprit de découverte qu’on aurait pu attendre de lui et qui signala celle de Carteret. Wallis sera nommé commissaire de la marine en 1782 ; il meurt sans postérité, à Londres, Portland Place, le 21 janvier 1795.

Bibliographie. L’article annonçant la découverte de Tahiti parut simultanément dans plusieurs journaux anglais : London Chronicle, The Gazetter, etc., du 23 au 27 mai 1768. — Le récit du voyage fut rédigé d’après les notes de Wallis par J. Hawkesworth et parut avec l’édition officielle du premier voyage de Cook. Il a pour titre : An account of a voyage round the world in the years 1766, 1767 and 1768 by Samuel Wallis commander of His Majesty’s ship the Dolphin, et parut dans : An account of the voyages undertaken… for making discoveries in the Southern hemisphere…, vol. I, 1773, p. 362-522. — En France, Suard donna, en 1774, une traduction de ce volume : Relation d’un voyage fait autour du monde dans les années 1766, 1767 et 1768 par Samuel Wallis, commandant le vaisseau du roi le Dauphin ; dans Hawkesworth, Relation des voyages entrepris… pour faire des découvertes dans l’hémisphère méridional, Paris, 1774, vol. 2, p. 1-206. Deux planches de ces éditions intéressent Tahiti : Wallis attaqué par les Tahitiens et Cession de l’Isle de Tahiti par la reine Oberea. Une autre relation du voyage de Wallis a été donnée par un des officiers du navire, Georges Robertson, The discovery of Tahiti (London, Hakluyt Society, 1948). Une édition populaire, illustrée de bois de Robert Gibbings (London, 1955). — Sur Wallis voir la notice de J. K. Laughton dans le Dictionary of national biography, vol. 109, p. 149.

WALLIS, Walter († 1931)

Colon.

Originaire du Schleswig. Venant de San Francisco arrive aux Marquises avec un Anglais Wilkenson. Ils s’établissent à Tahuata. Wallis se fixa à Ivaiva, baie de sable au nord de Vaitahu. Il vit à l’indigène avec une femme du pays qui lui apporta une assez grande propriété que, d’un tempérament peu énergique, il ne sut jamais mettre en valeur. Tient un petit magasin. Meurt en 1931. — Une de ses filles est la mère du chef William Grelet. — Il n’y a plus de Wallis aux Marquises.

WARNER, Gregory

Médecin missionnaire de la London Missionary Society.

Ordonné le 7 octobre 1805, à Londres. Envoyé en Océanie, arrive à Tahiti le 12 mai 1807. Passe à Huahine, en raison de la guerre dans l’île, le 10 novembre 1808. Quitte la mission le 26 octobre 1809 pour Sydney. En route, à Fidji, cesse d’appartenir à la Société.

WATERS, William

Missionnaire de la London Missionary Society.

Fait partie du second voyage du Duff. Persévère après la capture du navire par le Grand Buonaparte, et, par le Royal Admiral, regagne Tahiti où il arrive le 10 juillet 1801. Il manifeste peu après son arrivée des troubles mentaux. « Waters est devenu fou, dit le journal de la mission le 2 février ; il ne semble pas être bien dangereux, mais est incapable de ministère, veut apprendre l’hébreux aux indigènes et est tombé amoureux de la Reine… » Quitte Tahiti le 29 décembre 1804 et retourne en Angleterre où il cesse d’appartenir à la Société.

WATTIER, Constance (1832-1884)

Sœur Ildefonse, religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny.

Née le 19 mars 1832 à Saint-Quentin (Aisne). Débarque à Tahiti le 6 décembre 1877 du Buffon. Directrice de l’école Saint-Joseph, à Papeete. Elle y meurt sept ans plus tard, le 23 septembre 1884 « ayant su, par son affabilité et son dévouement, s’attacher les sympathies de toute la population de Papeete ». (Océanie française, n° 92 de 1884).

WEBBER, on trouve aussi l’orthographe : WÄBER, WEBER, John [James, Johann] (1750-1793)

Artiste anglais né et mort à Londres.

Études artistiques à Berne, Paris et Londres. Solander remarque un portrait qu’il avait peint de son frère, exposé à la Royal Academy en 1776 et il fut nommé dessinateur du troisième voyage de Cook. Au retour, sera chargé par l’Amirauté de l’illustration du 3 voyage de Cook, paru en 1784. Expose de 1784 à 1786 les résultats de ses travaux. Les années suivantes il publia une série de 16 gravures en couleur des lieux visités par Cook. Un portrait de Cook, signé de Webber figure au National portrait Gallery. Le Victoria and Albert Museum ainsi que le Musée de Dublin possèdent des toiles tahitiennes de Webber. Après sa mort, on publia un album, Views in the South Seas (London, 1808) dont 5 planches concernant Tahiti. Les dessins ayant servi à l’illustration du voyage sont conservés au British Museum. S. Redgrave en a dit : « His drawings are careful and accurate, but weak, his figures incorrect. His colouring thin and green, and his works wanting in light and shade. The illustrations of his voyage are his best works ». Sur Webber voir : Dictionary of national biography, London, t. 60, 1900 ; H. Vollmer, Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler, 1930, t. 22 ; C. Brun, Schweizerisches Künstler Lexicon, 1913. Et aussi, B. Smith, European vision and the South Pacific, London, 1960, p. 76-78, et passim avec des reproductions d’œuvres tahitiennes de Webber. Et également : Captain James Cook, his artists and draughtsmen. Exhibition at Auckland, oct. 1964, Catalogue.

WEINMANN, Rodolphe (1936)

Architecte Urbaniste.

Né le 4 mars 1936 à Bouxwiller (Bas-Rhin). Études à Strasbourg où il obtient en 1959 le diplôme de l’École Nationale Supérieure des Arts et Industries. Arrive à Tahiti en septembre 1963. D’abord architecte à la SETIL, associé avec ses confrères Bach et Candilis, il participe à la réalisation du Musée Gauguin, dresse, en 1964-65, les plans d’urbanisme de Pirae, Faaa, Taravao et Papeete ainsi que le plan d’aménagement du Front de Mer à Papeete ; construit l’École du Lagon Bleu 1966, le Marché de Pirae 1966-67, dresse les plans du Stade Olympique et de la Piscine Olympique. Il réalise également pour la SETIL des logements économiques dans le quartier Pater à Pirae. Installé à son compte en 1967, il aura comme clientèle entre autres la Mission Catholique qui lui demanda de construire l’Église de la Sainte-Trinité à Pirae, le Foyer du Bon Pasteur, de restaurer la cathédrale dont il modernise l’intérieur avec le concours de différents artistes. L’Église Évangélique lui commanda, à Paofai, sur le Front de Mer, le Foyer de Jeunes Filles qui abrite également les bureaux de l’Église et plusieurs maisons de jeunes à Tahiti et dans les îles ; la Mission Sanito, l’École de Fare Ute, les chapelles de Faaa et Outu-Maoro, le Centre artisanal et sportif de Tiona. En même temps l’administration lui confie l’École de Pamatai, celle du Val de Fautaua ainsi que le Bâtiment Administratif A 1 qui complète, dans le Centre de Papeete, les immeubles destinés aux différents services du Territoire. Dans le secteur privé, il réalise en ville, sur le Front de Mer, l’Hôtel « Kon Tiki » et l’Hôtel « Orohena ». Il obtient par ailleurs la confiance de nombreux commerçants chinois qui lui demandent de moderniser ou de construire leurs boutiques, leurs magasins ou leurs restaurants et de réaliser un certain nombre d’immeubles commerciaux. Ces nombreux travaux, qui tous possèdent leur personnalité propre et révèlent un tempérament d’architecte capable de s’adapter aux problèmes les plus divers, témoignent dans quelle estime est tenu Rodolphe Weinmann à Tahiti, où ses clients apprécient le soin avec lequel, tenace et toujours sur la brèche, il suit ses chantiers. Réalise, en collaboration avec René Dessirier, décorateur, le Monument commémoratif du Général de Gaulle et le Monument commémorant l’arrivée des premiers Missionnaires Protestants à Tahiti. De son union, à Bouxwiller, le 17 septembre 1963 avec Claude Boyon, 1938, sont nés, à Papeete, Eric Moana, 1964, et Nicolas Manuiva, 1967. Claude Weinmann participe aux projets de son mari comme décoratrice et la plupart des recherches néo-polynésiennes destinées à trouver une expression moderne de l’art polynésien ancien sont de sa création.

WILKENSON († 1912)

Colon anglais.

Arrive aux Marquises vers 1870 avec Walter Wallis. Établi d’abord à Tahuata, comme commerçant, achète un peu plus tard une propriété à Anapoo, côte ouest, au sud de Vaitahu. Y plante des cocotiers et y fait du café. Énergique et travailleur acharné, mais grand buveur. En meurt, en 1912. La rumeur publique faisait de lui un bandit rançonneur de diligences, détrousseur des chercheurs d’or de la Californie. Wilkenson aurait été un nom d’emprunt, celui d’un jeune Anglais qu’il aurait assommé et dont il aurait adopté l’état civil pour fuir la police américaine.

WILKES, Charles (1798-1877)

Amiral américain.

Né et mort à New York. Entre dans la marine en 1818. Placé le 20 mars 1838 à la tête de l’United States Exploring Expedition, décidée par l’Assemblée des États-Unis le 18 mars 1836. Sept savants y collaborent : Horatio Emmons Hale, 1817-1896, comme linguiste ; Charles Pickering et Titian Ransey Peale, 1800-1885, comme naturalistes ; J. P. Couthouy, comme conchyologiste ; James D. Dana comme géologue ; William Rich ainsi que William Dunlop Brackenridge, 1810-1895, comme botanistes. Deux dessinateurs sont accordés à l’expédition : Alfred T. Agate et Joseph Drayton. Des six navires commandés par Wilkes, deux seulement, le Vincennes (780 t) et le Porpoise (230 t), feront tout le voyage. L’expédition quitte Norfolk le 18 août 1838 et sera de retour aux États-Unis en juin 1842. Son titre de gloire sera la découverte de l’Antarctique où elle passera quatre mois, mais son exploration du Pacifique Sud et des Hawaï reste également fort honorable. L’expédition travaillera dans les Tuamotu qu’elle atteint en août 1839 et où elle passera plus d’un mois. Le Vincennes et Wilkes restera à Tahiti du 10 au 25 septembre de la même année. Le Porpoise viendra en décembre 1840 et janvier 1841 compléter la reconnaissance des Tuamotu, et séjournera ensuite une quinzaine à Tahiti. — Assez mal accueilli lors de son retour aux États-Unis, par une opinion publique peu portée aux dépenses concernant les recherches purement scientifiques, Wilkes trouvera cependant le moyen de secouer l’inertie de ses concitoyens et de publier les résultats de son voyage en 27 volumes qui verront le jour de 1844 à 1858. Wilkes après avoir brillamment participé à la guerre de Sécession, se retira dans la vie privée en 1866. Impulsif et autoritaire, c’était un homme de caractère et un chef-né. Très à cheval sur la discipline et exigeant beaucoup de ses collaborateurs, il était toujours en bataille aussi bien contre ses supérieurs que contre ses subordonnés. Il était surnommé, dans la marine américaine, « the stormy petrel ». Sa brillante exploration de l’Océanie lui vaudra d’être appelé le « Capitaine Cook de l’Amérique ». Et l’œuvre accomplie sous son commandement figure parmi les classiques de la grande exploration scientifique.

Bibliographie. Les 27 volumes des Publications de l’expédition de Wilkes, tirés d’abord à peu d’exemplaires aux frais de l’État ont connu dans la suite des tirages officiels ou privés qui rendent leur description bibliographique difficile. On trouverait dans D. C. Haskell, The United States Exploring Expedition, 1832-1842, and its publications, 1844-1874, New York, 1942, une bonne mise au point de cette question. — Le récit du passage de l’expédition dans les Tuamotu se trouve dans les volumes intitulés : Narrative, vol. I, p. 315-359 et vol. II, p. 3-63. — Les nombreuses cartes des Tuamotu sont à chercher dans le volume 23, Hydrography.

WILLEMSEN, Aloys (le Père Chrétien). 1838-1920

Religieux picpucien.

Né le 25 décembre 1838 à Calmphout (Belgique). Entre au noviciat des Pères du Sacré-Cœur à Louvain en 1858. Profès le 7 octobre 1860. Prêtre en 1863. Envoyé cette année-là en Océanie, il passe un an à Hawaï, est envoyé en 1866 aux Marquises où il passera 13 ans. Nommé à Tahiti, le Père Chrétien y arrive le 31 octobre sur le Greyhound. En poste à Moorea, bastion jusqu’alors intouché du protestantisme. Il y donnera la mesure de son dévouement et de ses capacités. Il s’occupa des enfants ; créa pour eux des écoles avec le concours d’un catéchiste Tuamotu ; construisit, en partie avec son patrimoine personnel, l’église de Haapiti. C’était un prêtre d’une grande austérité et fort modeste. Fatigué, il viendra mourir à Papeete, le 3 mai 1920.

WILLIAMS, John (1796-1839)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Tottenham High Cross, Londres, le 29 juin 1796. Ordonné le 30 septembre 1816, épouse le 29 octobre suivant Mary Chauner († 1852) et part le 17 novembre avec sa jeune femme pour l’Océanie. Arrive à Moorea le 17 novembre 1817. Passe à Huahine le 20 juin 1818, où il ne séjourne que quelques mois allant dans la même année fonder la mission de Raiatea. Son habileté manuelle, son activité, son autorité y font merveille. Il y établit un code, y organise l’école, des cultures de tabac et de canne à sucre. Mais son zèle est à l’étroit dans cette petite île. Une pirogue de Rurutu s’étant perdue à Raiatea, Williams en instruit les habitants et les renvoie avec des teachers indigènes. L’île se convertit. Fait en octobre 1821 le voyage de Sydney avec sa femme qui est souffrante. Pendant son séjour dans la Nouvelle-Galles du Sud achète pour la mission le schooner Endeavour. Il agit sans ordres, mais l’efficacité de l’œuvre missionnaire lui semble subordonnée à la possession d’un navire. Rentre le 6 juin 1822 à Raiatea, en passant par Rurutu. En juillet 1823 fait avec le Rév. Bourne un voyage d’exploration missionnaire dans les îles Cook et découvre Rarotonga. Au cours d’un second voyage, en octobre, visite à nouveau Rurutu et Rimatara. Comme, de Londres, les directeurs de la Société Missionnaire ne semblent pas partager ses idées sur la nécessité d’un navire, il leur écrit une lettre restée fameuse où il affirme : « C’est notre devoir de visiter les îles qui nous entourent. Un missionnaire n’a jamais été choisi par le Christ pour s’en tenir à une assemblée de cent ou deux cents indigènes et s’asseoir, alors que des milliers s’entre-dévorent dans les environs… En ce qui me concerne, il m’est impossible de me tenir en place dans les étroites limites d’un îlot… » Dès lors, Williams partage son temps entre les missions de Raiatea et Rarotonga, et des voyages sur le Messenger of Peace qu’il a fait construire à Rarotonga. Il séjourne à Raiatea huit mois en 1828 et de septembre 1830 à septembre 1831. Trouvant en 1833, un missionnaire tisserand, Armitage, à Tahiti, il l’emmène à Rarotonga pour qu’il apprenne son art à ses gens. Fin 1833, il part pour l’Angleterre où l’attire la santé de sa femme et l’impression d’une version du Nouveau Testament en Rarotonga dont il est l’auteur. Arrive en Angleterre le 12 juin 1834. Tout en surveillant l’impression de son travail il publie, en avril 1837, ses Narrative of Missionary enterprises in the South Sea Islands. Le livre a un grand succès et est un des best sellers de l’époque — on en vend 38 000 exemplaires en cinq ans ! L’archevêque de Cantorbery ira jusqu’à dire que Williams « a écrit une nouvelle page des Actes des Apôtres ». Orateur éloquent, Williams suscitera, en Angleterre, un vif intérêt pour les missions des mers du Sud et, durant son séjour, recueillera £ 4 000 pour la mission. C’est à bord du Camden, capitaine Morgan, navire acheté et équipé avec cette somme, que Williams et un groupe de jeunes missionnaires, par Sydney, regagne la Polynésie et se trouve à Tahiti en mars 1839. Les jeunes missionnaires sont mal impressionnés par le contraste entre les brillantes descriptions de Williams et les réalités polynésiennes. Ils voient Williams d’un assez mauvais œil et beaucoup se découragent. Mais, à bord de son bateau, Williams, lui, ne connaît plus de bornes à son zèle : il poussera bientôt jusqu’aux Hébrides où il sera assassiné avec son collègue Harris à Erromango, une île qui avait eu à souffrir des procédés de certains blancs et où la hardiesse de Williams joua contre lui le 20 novembre 1839. Cette fin imprévue terminait d’une manière tragique la vie de cet homme de cœur et de foi qui, aimant les indigènes, parlant bien leurs langues, énergique, ardent et intrépide, s’était révélé comme un très grand missionnaire. Ses restes reposent à Upolu (Samoa). Sa vie a été plusieurs fois écrite. Voir : J. Campbell, The Martyr of Erromanga, Londres, 1842, et E. Prout, Memoirs of the life of the Rev. John Williams, Londres, 1843.

WILLIAMS, Walter Johnston (1874-1937)

Dentiste et consul d’Angleterre.

Né à Saint-Thomas (Canada) en 1874. Diplômé du Royal College of Dental Surgeons et de l’Institut de Philadelphie. Pratique d’abord dans sa ville natale. Mais, atteint d’une maladie de poitrine, va bientôt s’installer dans les Antilles anglaises. Les archives de la France d’Outre-Mer, à la date de 1902, possèdent la demande d’installation d’un dentiste américain à Papeete : il s’agit de W.J. Williams Il vit d’abord avec une demoiselle Loschmann dont il a deux enfants : David Nariotai Loschmann Williams et Edouard Tarao Loschmann ; ce dernier compte encore des descendants à Tahiti et en Nouvelle-Zélande. Épouse ensuite Marjorie Betchel Smith veuve Bracken, mère d’une fille, Marjorie Doran, qui vivra à Tetiaroa. Part avec elle, en 1905, pour un voyage autour du monde, et se retrouve en 1907 à Papeete, où il sera longtemps le seul dentiste. Il joindra à cette profession les fonctions de consul britannique, intérimaire de 1916 à 1920, de mai 1921 à avril 1923, et de juin 1923 à mars 1928 ; puis consul en titre du 1 juillet 1928 au 4 octobre 1935, date à laquelle sa démission est acceptée. Se retire dans l’îlot de Tetiaroa, où il meurt le 20 juin 1937. L’îlot, après sa mort, passe à Marlon Brando. Son testament sera cassé, faute d’y avoir mentionné un enfant reconnu par lui. Il avait épousé, après la mort de Marjorie Smith, Daisy Mercédès Fischer, une note sur lui dans le P.I.M., Aug. 1937, p. 7 et dans : Cyclopedia of…Tahiti, 1907, p. 16, portr.

WILMOT, Clary (1835-1903)

Capitaine au long cours.

Né le 22 février 1835 à Fontenay-le-Comte (Vendée). Élève de marine jusqu’en 1854, date de sa démission après avoir fait campagne en Crimée. Navigue au commerce. Capitaine au long cours en 1859. Lors de voyages dans le Pacifique, fait plusieurs fois escale à Papeete. Le 2 novembre 1876, débarque du navire anglais Percy Edward pour se fixer définitivement à Tahiti. Commis-greffier au parquet de Papeete, puis gardien-chef de l’îlot Motu Uta. Revient alors à la mer, commandant plusieurs navires de la place, et particulièrement la goélette Paloma qui reliait régulièrement Papeete à San Francisco, de 1882 à 1884. Il est conseiller général des îles Marquises de 1886 à 1890, conseiller municipal de Papeete de 1896 à 1900. On lui doit une Notice sur l’archipel des îles Tuamotu, éditée en 1888, par l’imprimerie du Gouvernement. Cette notice a été jointe à un rapport sur la pêche de la nacre dans ces îles et sur l’appauvrissement des lagons de 1860 à 1887. L’exactitude des renseignements fournis sur ces îles, sur la réglementation de la plonge, et, déjà, sur l’appauvrissement en nacres de certains lagons, les moyens à employer pour leur repeuplement, témoignent que l’auteur a pratiqué lui-même la pêche dans ces îles, au cours de ses voyages. En plus de sa qualité de bon marin, il est curieux et observateur de tout ce qui l’entoure. Il meurt à Papeete, le 23 mars 1903. De son union avec Hélène Chebret, 1867-1886, à Anaa, sont nés : Maurice, 1881-1918, épouse Joséphine Adams, le 12 février 1912 à Papeete. Maître au grand cabotage. Nommé pilote de Papeete le 19 janvier 1909. — Emma, 1883-1907, épouse Raoul Raoulx, le 21 décembre 1901.

WILSON, Charles (1770-1857)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né en 1770. Célibataire. Désigné pour l’Océanie, il fait partie du second voyage du Duff, qui quitte l’Angleterre le 20 décembre 1798. Le navire est capturé par le Grand Buonaparte ; par Lisbonne, Wilson est rapatrié en Angleterre où il arrive le 13 octobre 1799. Il est de ceux qui persévèrent dans leur intention et repart avec huit autres membres de la Société, le 5 mai 1800, sur le Royal Admiral. Arrive à Tahiti le 10 juillet 1801. A Moorea, le 22 décembre 1808. Rejoint les missionnaires installés à Huahine, le 3 avril 1809. En octobre de la même année part pour Sydney où il arrive le 17 février 1810. S’y marie. Retourne avec sa femme à Moorea où il arrive au début de 1812. En 1816, naviguant avec Pomare et 19 Tahitiens sur un petit navire, est poussé par la tempête sur Raiatea, où il demeure trois mois. Au cours de ce séjour il attire au christianisme Tamatoa, chef de l’île ; cet incident marque l’origine de la mission dans l’île. S’installe à Tahiti où il occupera la station de Waugh Town (Matavai) de 1818 à 1842. C’est là que meurt sa femme le 12 août 1818. Retourne à Sydney en 1821 pour s’y remarier. Regagne Tahiti le 28 avril 1821. Prend sa retraite en 1842, et reste à Matavai jusqu’au 30 juin 1844, date à laquelle il part résider à Samoa, l’arrivée des Français justifiant à ses yeux ce départ d’un pays où il avait vécu pendant quarante-trois ans. Meurt à Falealili, Upolu (Samoa) le 3 juillet 1857, âgé de 87 ans. Parmi les enfants de Charles Wilson, citons : Samuel, né à Tahiti en 1811, dit le Register of Missionaries of the L.M.S., date qui ne saurait concorder avec l’affirmation de la même source disant que son père ne rentre d’Australie qu’au début de 1812. Appointé par la Société Missionnaire de Londres comme assistant de son père, en avril 1834. En juillet 1835 part avec le missionnaire G. Platt pour la mission de Samoa dont il sera l’un des fondateurs et où il traduira Saint Matthieu, qui sera édité par Ch. Barff à Huahine. Cesse d’appartenir à la société en 1839. — Un autre fils de Charles Wilson, prénommé tour à tour : Ch. B. ou Th. sera consul intérimaire de Grande-Bretagne à Papeete et remplaçant de Pritchard en 1842. Melville en fait « un blanc instruit, né dans l’île et fils d’un vieux missionnaire de ce nom encore vivant… Extrêmement impopulaire aussi bien parmi les indigènes que parmi les étrangers. On le considérait comme dénué de principes et dissipé, qualifications que sa conduite ultérieure confirma ». Les officiers américains alors de passage à Tahiti le jugent aussi mal et en font un fiefé ivrogne.

WINKELSTROETER, Jeanne, dite Vahine Bobby (1907)

Jeanne Lasserre est née à Dax (Landes) le 7 février 1907.

Épouse à Paris un avocat allemand Fritz Winkelstroeter. Au temps du nazisme, en 1932, le ménage vient s’installer à Moorea et dans la baie de Pao Pao achète avec Marcel Pin une plantation sur laquelle ils vivent. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, sujet allemand, F. Winkelstroeter est interné avec ses autres compatriotes, le prince Schoenburg, le peintre W. Wolf, Thieme Rittmeister, au camp de Motu Uta. Travaille la nacre avec beaucoup d’habileté et se livre à des études philosophiques, pendant que sa femme gère la plantation. Après la guerre, quittera le pays pour se retirer à l’Ashram d’Aurobindo, à Pondichery. — Mme Winkelstroeter se lancera alors dans les affaires. Collaboratrice de son frère Marcel Lasserre, de Jean Arbelot et des Hollande, elle participe en 1950 au départ d’Air Tahiti, la première agence de voyage qui devient en 1952 Tahiti Tours et est actuellement installé rue Jeanne-d’Arc. En 1956, à Moorea, elle transforme l’auberge alors connue sous le nom de « Chez Hildebrand » en l’Hôtel Aimeo, inaugurant en Polynésie française le type d’hôtel ouvert qui connaîtra un vif succès avant l’ère des grands palaces modernes. Mme Winkelstroeter avec son adjoint Pierre Brieffe, est une des plus clairvoyantes promotrices du tourisme en Polynésie française et se prépare, après la clientèle américaine, à accueillir les voyageurs japonais depuis l’ouverture de la ligne Papeete-Tokyo. Mme Winkelstroeter a trois enfants : Christa, 1929, qui tient l’hôtel Aimeo à Moorea ; Vero, 1934, épouse Charly Hunter, divorcée, trois enfants ; Jean-Pierre, 1937, technicien radiologiste attaché à la maison Lasserre, épouse en 1964 Estèle Colombani, 1939, trois enfants.

WINKLER, Werner (1922)

Directeur d’une galerie d’art.

Né à Berne (Suisse) le 15 septembre 1922. Élève de l’École du Louvre. Participe comme directeur administratif à la mission exécutée par le géologue Obeliane aux Nouvelles-Hébrides en 1954-1955 pour le compte de la Société française des Phosphates de l’Océanie. Vient se fixer à Papeete en août 1956. Travaille d’abord pour les Phosphates, puis en 1957 à Tahiti Tours. En 1963, intéressé par les peintres de Tahiti, repris par sa première vocation, W. Winkler ouvre une galerie de tableaux à Papeete et sa première exposition importante est consacrée à une rétrospective d’Octave Morillot dont il a restauré les toiles demeurées dans la famille de son fils, à Raiatea. Présentera successivement au public de Papeete, Grès, Gouwe, Morel, Huzé, Boullaire, Ravello, Favre, Masson, Bouloc, et bien d’autres en des expositions pour lesquelles la Galerie Winkler rédige des catalogues. Appuie de son amitié et de son estime la carrière de Frank Fay, tant à Tahiti qu’à l’étranger. Collabore activement au Centre d’Art Abstrait et organise de nombreuses expositions d’avant-garde. A titre d’expert, il dresse les inventaires des successions des peintres Gouwe, Grès et celle de Mlle Hélène Auffray. Il est membre du Rotary Club. De son union à Tevaitoa, Raiatea, avec Henriette Tetuanui est née une fille, Patricia, 1954. Mme Winkler - née Tetuanui Hunter - connue à Tahiti sous le prénom d’Henriette, est née le 26 mai 1931 à Uturoa. Elle est fille du célèbre charpentier-menuisier Tefaatau a Ruahe a Tetuanui. Elle sera d’abord institutrice à Uturoa, avant de travailler comme secrétaire dans différents services de Papeete. En même temps qu’une existence administrative, Henriette Winkler mène une carrière de chanteuse. Enfant, elle chantait au temple. Dès 1950, on réclame son concours dans les chorales ou les chœurs des différentes missions. Depuis 1963, le Royal Tahitien, d’abord, puis l’Hôtel Tahara, font régulièrement appel à elle. Son répertoire s’étend à un nombre incroyable de chants des îles, himene, ou ute, de cantiques ou chansons. Sa voix chaude, le dynamisme de son style et sa riche personnalité lui vaudront une grande renommée. Ses activités locales, des tournées aux États-Unis, des passages à la télévision et à la radio la consacrent comme la « voix de Tahiti », ce rayonnement international étant encore accru par l’édition de plusieurs disques. Cette chanteuse possède également une bonne connaissance du passé traditionnel de son pays ; elle a retenu maintes généalogies, des multitudes de légendes et de recettes de pharmacopée ; elle est également fort habile dans de nombreuses techniques artisanales si bien qu’elle songe, avec son mari, à créer à Raiatea un centre de documentation culturelle polynésienne.

WINTER, Georges Louis (1821)

Soldat et colon.

Né au Thillot (Vosges) en 1821. S’engage dans l’infanterie de marine pour faire exempter son frère. Quitte Brest sur la Meurthe en avril 1843, arrive à Nuku Hiva le 12 octobre. Connaît vite la langue et est apprécié du Gouverneur qui s’en sert, comme interprète ; sans avancement, il demande à la fin de son service, le 1 avril 1846, à s’établir comme colon. Ayant contribué à la condamnation d’indigènes, sa situation devient impossible et il quitte les Marquises par le Gassendi et rentre en France où il arrive en janvier 1848. Le bulletin de la Société de géographie de l’Est, de 1882 à 1884, a publié sous le titre : Un vosgien tabou à Nouka Hiva, un résumé du journal de Georges Louis Winter qui est un précieux témoignage sur les quatre années qu’il y a passées. Il vivait encore en 1883, dans son pays natal. La famille conserve une copie du texte intégral des souvenirs marquisiens de Georges Winter.

WOLF, Wolfgang

Peintre allemand.

Vient avec sa femme à Tahiti où il vécut à Punaauia, de 1935 à 1937. Peintre de talent, au style un peu lourd. Expose fréquemment. Interné pendant les hostilités, a exécuté pendant sa captivité des bijoux de nacre originaux et de très bon goût, qui ont connu, à l’époque, un grand succès local. Quitte le pays après la guerre. Vit actuellement aux Etats-Unis.

WONG KONG SIONG dit ATCHOUN (1911)

Commerçant et propriétaire.

Né le 12 octobre 1911 à Faaa. Son père, Wong Hen, 1875-1948, est un Chinois de Canton installé à Papeete comme marchand depuis 1903. Commence ses études chez les Frères à Papeete et les achève en Chine, de 1927 à 1933, à Hong-Kong, Canton et à la Nanyang commercial Academy de Shangai. A son retour, aide d’abord son père dans son magasin de marchandises générales de la place du marché. Puis s’installe à son propre compte à Taravao où il crée un modeste restaurant sur un terrain qu’il loue à M. Edmond Viénot. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, s’intéresse à une affaire de fabrication de curios montée à Pirae. Il s’agit de fournir — « prix ad libitum, quantité illimitée » — en objets océaniens les magasins de l’armée américaine disséminés dans le Pacifique, de Nouméa aux îles Salomon et de Bora Bora aux Hébrides. On travaille à Pirae le bois et la nacre, la pierre et les matériaux de vannerie. Hiroshima interrompt cette activité. Atchoun, le marché commercial et alimentaire redevenant normal, rentre à Taravao, agrandit le magasin, achalande le restaurant qu’il installe sur deux lots de terrain. En 1958 toutes ses installations brûlent et lui-même manque d’y perdre la vie. Tout est bientôt réinstallé sur un terrain proche : magasin et restaurant. Et celui-ci, bien mené, connaît tant avec la clientèle locale qu’avec les touristes qui trouvent à Taravao une halte au cours du tour de l’île, une enviable prospérité. Un motel accueillera bientôt les visiteurs et les marins de la future base navale dont les premières installations sont en cours à Vairao. A la suite de différents achats exécutés, en particulier, sur les ventes des terrains royaux de Taravao par la princesse Terii, Atchoun est devenu un des principaux propriétaires fonciers de la région qu’il contribue à mettre en valeur tant par des exploitations agricoles que par des constructions qui augmentent les capacités de logement de ce district. D’une première union avec Mlle Ching Fou, est née une fille, Anna, Jacqueline Wong Hen, 1934. D’une seconde union avec Naumi Hennebuise, 1917, sont nés : Monique, 1943, Yannick Joe, 1945 ; Tom, 1946 et Hiro U, 1952. Les deux fils aînés achèveront leurs études dans un collège de San Francisco.

YANN, Louis Marie (P. Mathias). 1895-1970

Religieux picpucien.

Né le 28 janvier à Lothey (Finistère). Profès dans la Congrégation en 1915. Ordonné prêtre en 1920. Reçoit la même année son obéissance pour les îles Marquises. Résidera surtout à Hiva Oa. S’occupera beaucoup des écoles, enseignant en marquisien ; sera provincial du groupe en 1954. Fatigué, quitte le vicariat et rentre en France en 1956. Meurt à Sarzeau en déc. 1970.

YEOU Kei Sin (1890)

Commerçant.

Né à Kouei Chen (Canton). Arrive à Tahiti comme travailleur sous contrat en 1914. Il vient y rejoindre des membres de sa famille qui sont déjà installés. Marié et père d’une fille, il laisse sa famille en Chine. Travaille d’abord dans un petit café-restaurant tenu par son frère ; en ouvre un autre à son compte à Fare Ute ; puis tente avec sa femme, venue le rejoindre en 1922, de faire du commerce à Taunoa et à Papeete, le tout sans grand succès. Il entre alors dans la société Kong Ah où il a quelques intérêts. Après la liquidation de la société, il trouve sa vraie vocation en devenant instituteur à l’École Kuo Men Tong où il enseigna quinze ans durant et dont il fut le directeur plusieurs années. Tout en enseignant, il s’occupe activement et avec un grand dévouement des œuvres sociales de la colonie chinoise de Tahiti et resta profondément attaché aux principes politiques du Kuo Men Tong dont il fut toujours un fidèle partisan. Vers 1957, il sera désigné comme président de l’association du Kuo Men Tong à Tahiti, étant pas ailleurs le conseiller technique permanent du Gouvernement central de Formose en ce qui concerne la colonie chinoise de Papeete. Il fait en octobre 1965 le voyage à Formose, invité officiel du gouvernement pour les fêtes du « double dix ». De son union en Chine avec Lee Van Kew, 1890, survivent huit enfants. Tsiou Kim, la fille aînée, vit mariée en Malaisie. — Wou Kion, dit Amin, né en 1922 à Tahiti, comptable et directeur associé de la société John Farnham and Co., affaire familiale d’import export ; épouse, en 1944, Thérèse Chong, six enfants dont deux poursuivent en France des études supérieures. — Ah Kau, né à Tahiti en 1923, associé à son frère aîné comme directeur gérant, épouse Michèle Mou, deux enfants ; naturalisé Français sous le nom de Guilloux. — Ah Mine, dit Aline, né à Tahiti en 1925. Etudes primaires françaises et chinoises. Possède sur les quais de Papeete en 1948 une boutique minuscule mais bien achalandée. En août 1954, ce petit magasin devint grand. Installé face aux hangars de la douane, dans le Fare Tenahe, Aline est un magasin d’avant-garde, aux conceptions hardies. Un bel élan était donné qui sera brutalement freiné par l’incendie, la veille de Noël 1956. Mais le 1er juillet 1961 est inauguré un vaste et moderne magasin climatisé ; 80 personnes s’affairent dans le nouvel établissement. La boutique est passée de l’entassement hétéroclite chinois du type « marchandises générales » au magasin à comptoirs ordonnés selon le concept des « grands magasins » et des « Uniprix ». Dans son travail, a toujours été très aidé par sa femme née Aline Ly Tang alias Litini, fille d’un Chinois naturalisé de Tahiti. Cinq enfants, — Chui Lane, née en 1926, épouse Kou Kong Gnuk, — Wan Chong, né en 1928 ; sous directeur chez Aline. Marié à Juliette Chung, sans enfant ; naturalisé sous le nom de Vincent Alain Guilloux. — Ah Shi, né en 1929 ; études primaires chinoises et diplômé de l’École Nationale d’agriculture d’Alger ; ingénieur agronome et directeur technique de la SATEC, organisme d’économie mixte pour la promotion agricole et sociale en Guyane française. Marié à Celine Siu, deux enfants. Naturalisé. — Tchi Tchong Paul, dit Chichon, né en 1934. Études primaires chinoises. Parti en France en 1952, après le B.E.P.C., rentre à Tahiti diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales de Paris, promotion 1959. Aide son frère Ah Mine à organiser et à monter les nouveaux magasins Aline. Repart en France en 1961 pour y effectuer des stages de perfectionnement et de pratique, d’abord dans des Grands Magasins, puis dans une compagnie d’assurances. Revient en 1963 à Papeete où il crée l’Agence de la Compagnie d’assurances française « L’Union ». Célibataire.

YEUNG, Guy (1942)

Ingénieur de l’aviation civile.

Né le 25 décembre 1942 à Uturoa. Après une préparation au collège Stanislas, entre à l’École Polytechnique dont il sera le premier élève tahitien et en sort en 1965. Passe une année à l’École nationale de l’aviation civile, puis est en poste, d’abord à l’aérodrome de Marignane, puis, à Paris, au service des études économiques du plan de l’aviation civile, avant d’être nommé en septembre 1972, chef de service de la navigation aérienne de l’aviation civile en Polynésie.

YOUL, John (1773-1827)

Missionnaire de la London Missionary Society.

Né à Londres, le 30 juin 1773. Désigné pour les mers du Sud, il fait partie du groupe de missionnaires envoyés par le second voyage du Duff, qui quitte l’Angleterre le 20 décembre 1798. Le navire est capturé par les Français du Grand Buonaparte. Par Lisbonne, Youl est rapatrié en Angleterre où il arrive le 13 octobre 1799. Il est des quatre qui persévèrent dans leur intention et repart avec huit autres membres de la Société, le 5 mai 1800, sur le Royal Admiral. Arrive à Tahiti le 10 juillet 1801. Après six ans de travail missionnaire quitte la mission en mai 1807 après n’y avoir connu que des jours difficiles et des insuccès. Il sera ordonné, à Londres, comme pasteur de l’Église d’Angleterre, en 1813. Sera ensuite Senior Chaplain de la colonie de Tasmanie. Meurt à Launceston (Tasmanie) le 25 mars 1827.

YRONDY, Jean-Jacques

Peintre de l’école de Paris.

Part à Tahiti avec sa femme en 1946. Il exposera, en novembre 1950, 32 toiles à la Galerie Allard. L’introduction du catalogue est due à M. A. de Lapeyrière.

YVINEC, Louis (le Père Désiré). 1891-1954

Religieux picpucien.

Né à La Martyre (Finistère), en 1891. Profès en 1911. Participe à la Première Guerre mondiale comme officier d’artillerie. Ordonné prêtre en 1922. Part la même année à la mission des Marquises. Sera vingt-quatre ans missionnaire à Hatiheu, Nuku Hiva. Excellent éducateur, toujours sur la brèche. Rentre en France en 1947. Meurt à Châteaudun en août 1954.

ZAKRZEWSKI, Alexandre

Officier topographe.

Élève du Corps des cadets à Varsovie. Capitaine du génie dans l’armée polonaise. Réfugié en France après l’insurrection de 1832. Nommé conducteur des Ponts et Chaussées, le 28 février 1843 avec traitement de 3 600 F, il quitte la France sur l’Uranie, destiné à servir en Océanie. Très habile pour le levé des cartes, il connaît la technique de la gravure des plans sur pierre, et rend de grands services, lors des premiers temps de l’occupation française à Tahiti, au capitaine Raimbault et à ses collaborateurs. Quitte l’administration le 1 janvier 1848 et reste à Tahiti où il avait acquis quelques propriétés. « Réfugié polonais et conducteur des Ponts et Chaussées », il avait demandé sa naturalisation en 1846. Elle lui avait été refusée comme ne remplissant pas les conditions voulues.

ZUMBOHN, Théodore (le Père Gaspard). 1823-1886

Religieux picpucien.

Né le 7 avril 1823 à Ludwirchen (Allemagne). Profès en 1851. Envoyé en Océanie. Par Valparaiso gagne l’île de Pâques où il arrive le 7 novembre 1866. En 1869, retournant à Valparaiso, passe par les Gambier (juin 1869), Anaa et Tahiti sur la Ionia, goélette de la maison Brander. A Tahiti, il desservit pendant un mois les 36 catholiques de Haapape où deux frères « travaillaient à la construction de l’église ». Ce fut pendant ce séjour à Tahiti que Le P. Gaspard fit cadeau à Mgr Jaussen « de chaînes de cheveux enroulées autour d’un morceau de bois », et que l’évêque y découvrit les caractères de l’écriture pascuane. Le P. Gaspard était de retour à l’île de Pâques le 2 décembre 1869. Gravement malade, le Père a quitté l’île en mars 1871 sur le vapeur anglais le Chanticleer. Décédé à Quito (Equateur), le 21 août 1886.

SUPPLÉMENT

ANGLADE, Michel (1940)

Journaliste.

Parisien, né fortuitement, pendant la « débâcle », à Sablé-sur-Sarthe, le 11 juin 1940. Passionné de musique de jazz, aventure qui le conduit en Grèce où un ami lui parle de Tahiti. Il y arrive en novembre 1961 et y remplit ses obligations militaires comme premier bugle dans une formation locale. Entre au « Journal de Tahiti » en février 1964, quitte ce journal cinq mois plus tard pour fonder la « Dépêche » avec Philippe Mazelier, Vernier et Allain Mottet. Le premier numéro paraît le 3 août 1964. Michel Anglade sera d’abord reporter-photographe à la « Dépêche » avant d’en devenir directeur en 1968. A ses moments perdus il fait de la peinture et expose à Papeete et à Paris au début de son séjour. De son union à Paris 8e, avec Claude-Maryse Ducout sont nés : Elodie Hinatea, 1972 et Caroline Mateata, 1974.

AURIMA, Flora (1942)

Professeur.

Flora Aurima, — l’état-civil écrit aussi Urima ou Ourima —, est née le 16 octobre 1942 au Pari, dans le district de Tautira, de Tevaite a Hoata et de Tausia Aurima, « le géant paisible de Temotoi » qui offrit l’hospitalité à t’Serstevens lors de son passage à Tautira vers 1948 et que croque Amandine Doré dans une page du livre. En 1950, Flora est confiée à une tante résidant à Papara pour commencer ses études à l’école que dirige A. Le Gayic et qui a une bonne renommée ; puis entre comme interne au Collège Gauguin, 1955-1960. Après des essais au service des P.T.T. et comme hôtesse à Faaa le pasteur Mauer qui a compris son désir de voir le monde et de poursuivre ses études lui obtient une bourse de l’Église évangélique de la Polynésie et, ayant passé son baccalauréat, en juillet 1961, elle part en France pour finir ses études secondaires au lycée de jeunes filles de Montpellier et préparer une licence d’espagnol à l’Université. A son retour, mariée, à Tahiti, en septembre 1968 elle enseigne l’espagnol au Collège Pomare IV. Parallèlement à ses activités professionnelles s’ajoute un vif intérêt à tout ce qui concerne la langue tahitienne — sa mère ne lui a-t-elle pas fait promettre de ne lui écrire qu’en tahitien « pour ne pas oublier sa langue maternelle », promesse tenue sept ans durant — à tout ce qui touche à l’histoire et à la littérature de son pays. Faisant le tour des vallées de la côte Ouest de l’île, Flora Aurima, recueille sur un magnétophone des bribes de légendes, de faateni et de paripari auprès des vieilles gens et des derniers orateurs de Tahiti. Ainsi enregistre-t-elle des dits de Metuaaro a Rarata, dite Huarepo vahine, et les productions de Hitote a Pifao dit Teravero de Tautira. Elle s’initie à leur contact au parler ancien et apprend à chanter sa terre et les hommes. Amour qu’elle tente de rayonner autour d’elle en des réunions scolaires, composant pour des joutes oratoires. Ainsi, par exemple, écrit-elle un Faateni, qui sera lu lors de la journée d’adieu à Mlle Aguillon, en novembre 1973. Cet intérêt et ces qualifications lui valent d’être appelée à faire partie des vingt premiers membres, en juillet 1974, de l’Académie tahitienne ou elle siégera aux côtés de trois autres personnalités féminines tahitiennes. A ses heures, Flora Aurima peint. Elle a exposé à la Mairie de Papeete en août 1972. Sa peinture à la fois spontanée et intellectuelle, vive, colorée et mouvementée a été favorablement accueillie par le public. De son union le 4 septembre 1965 à Montpellier avec René Jean Devatine, professeur de sciences économiques au Lycée Paul Gauguin, sont nés : Vaea, Marie-Pierre, 1969 ; Taraua, Jean-Dominique, 1970 et Tefaumarama, Jean-Denis, 1974.

CADOUSTEAU-CLARK, Geneviève, 1909

Née le 3 janvier 1909, à Papeete, sur la terre Tefana i Ahurai, berceau de sa famille.

Par son père, l’entrepreneur Edouard Terii-mana Cadousteau, 1885-1964, elle est issue de la famille Marama de Marae-Tefano, Moorea, et de Marae-Taata, Paea ; et par sa mère Ahuura a Mai, fille de la reine Moe, elle descend des rois Mai et Puni de Bora Bora. Reçoit à sa naissance le nom de Terii vahine i te Tauo o te rai, la reine du sommet du ciel. Etudes chez les Sœurs de Cluny d’où elle sort avec son brevet. Institutrice, elle enseigne tour à tour à Paea et à Mahina, de 1924 à 1956. En juillet 1974, lors de la création de l’Académie tahitienne, te fare vanaa, Geneviève Cadousteau est désignée pour faire partie des vingt premiers membres. Aussi bien, Geneviève Cadousteau, qui a appris le tahitien sur les genoux de sa mère, a-t-elle toujours montré un grand intérêt à la langue du pays et à son histoire. Elle avait publié, avec la collaboration de Jacques Anisson du Perron, une Initiation à la langue Tahitienne (Paris, 1970) et un peu plus tard, avec le même collaborateur, un Dictionnaire moderne. Tahitien-Français. Français-Tahitien (Paris, 1973). Sa connaissance de la langue tahitienne, liée à des dons pédagogiques, font que les cours qu’elle donne chez elle une fois par semaine sont régulièrement suivis. Elle fait partie du Jury des fêtes folkloriques du 14 juillet et a été décorée, en 1952, comme officier, des Palmes académiques. Elle épouse, en 1927, un suédois, Joseph Nansen, 1904-1946, ingénieur à l’UNRA, et en secondes noces en 1956, Samuel Clark, 1919, propriétaire foncier ; unions demeurées sans postérité.

CHOY, Peter (1947)

Prêtre.

Né le 7 juin 1947 à Louc-Fong, province de Canton, Chine. Etudes secondaires à Macao. Etudes ecclésiastiques aux grands séminaires d’Aberdeen et de Penang, Malaisie. A Tahiti en 1972-73. Y revient le 29 mars 1974. Ordonné prêtre par Mgr Coppenrath le 18 janvier 1975 en l’église de la Trinité de Pirae pour le service du diocèse de Papeete. Nommé vicaire à la cathédrale.

DEVATINE, René-Jean (1942)

Professeur.

Né à Ain Sefra dans l’Atlas Saharien (Sud-Oranais) le 14 novembre 1942. Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce, arrive à Tahiti en 1968. D’abord secrétaire général adjoint de la Chambre de Commerce, il est depuis 1969 professeur de Sciences Economiques et Sociales au Lycée Paul Gauguin de Papeete. Avec ses élèves de seconde, il publie en 1970 une revue économique : « Du Lycée aux réalités ». Dès le n° 2, cette revue annuelle spécialise chacun de ses numéros : Industries tahitiennes, 1971 ; n° 3, Les Formes d’Entreprises, 1972 ; n° 4, Les Secteurs de Production, 1973 ; n° 5, L’Agriculture et élevage, 1974 : n° 6, La Pêche, 1975. Ces travaux scolaires, bien dirigés, constituent sur le Territoire une source de documentation économique de qualité et aisément utilisable. Cette revue, et un Club d’investissement, le « Coconut Bourse », le premier à être créé dans un Lycée français, ont valu au Lycée Paul Gauguin d’être classé parmi les Lycées pilotes en ce qui concerne les sciences économiques. René-Jean Devatine a épousé à Montpellier, en 1965, une Tahitienne Flora Aurima.

FULACHIER, Henry (1923)

Commandant de bord à l’UTA.

Ardéchois par le père, Italien par la mère, né à Adana, Turquie, le 2 novembre 1923. Prend son brevet de pilote en 1942 au cours de la Seconde Guerre mondiale. Entre à Air France en 1946. Passe à la TAI en juillet 1951 et y fera l’essentiel de sa carrière. C’est dans cette compagnie, devenue par la suite l’UTA, qu’il est chargé d’étudier l’ouverture des lignes dans le Pacifique. Comme pilote il est l’auteur de nombreuses « premières » dans cette région. En 1958, il ouvre le premier vol qui prolonge la liaison Paris-Nouméa jusqu’à Papeete, par Bora Bora. L’année suivante, il pilote de Los Angeles à Bora Bora, par Honolulu, l’avion qui ouvre la ligne du « Tour du Monde ». Il commande en mars 1961 le premier quadriréacteur qui se pose à Faaa, et, en juin 1973, le premier DC 10 de l’UTA qui y reçut un accueil mémorable, les Tahitiennes ayant tressé des couronnes à la taille des réacteurs ! Le commandant Fulachier vit depuis de nombreuses années à Tahiti où il est responsable pour l’UTA de ce secteur du Pacifique. Cet homme, parfaitement heureux seulement lorsqu’il se trouve dans son poste de pilotage, cet aviateur passionné par son métier fait de précision méticuleuse et de technicité avancée, a cependant fort bien su s’adapter à la vie plus nonchalante de Tahiti où il a épousé Anita van Bastolaer, 1962. Outre ses responsabilités à l’UTA, le Cdt Fulachier est également chef pilote d’« Air Polynésie » et aussi, à l’occasion, examinateur en vol pour la formation aérienne en Polynésie Française.

HOLOZET, Alexandre dit Aritana (1912)

Typographe.

Né le 24août 1912 à Faaa, Tahiti, il est le fils aîné de Frédéric Holozet. Etudes chez les Frères. Entre, à 16 ans, à l’imprimerie de son beau-frère Elie Juventin, chez lequel il passera pratiquement toute son existence professionnelle de 1928 à 1974, hormis quelques années, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où il travaillera à l’imprimerie du Gouvernement. S’engage en février 1941 dans les Forces Françaises Libres, mais, attaché au 2e contingent, il ne partira pas en Europe et passe sa guerre au fort de Taravao où il est affecté à la garde des ressortissants étrangers qui y sont en résidence surveillée. Il est démobilisé à la fin de 1943, comme sergent-chef. Aimant les choses de la campagne il a fait de l’élevage à Mataiea et jardine encore pour son plaisir à Faaa où il réside. Sa parfaite connaissance du tahitien lui a été utile au cours de sa carrière professionnelle car il a été chargé durant plusieurs années de la composition des journaux publiés en tahitien par les missions. Il imprime les Mormons et les Adventistes, mais surtout les catholiques et les protestants : le Vea Katorika et le Vea Porotetani, ce qui lui a permis de vivre dans la familiarité des frères Vernier aussi bien qu’avec les dirigeants de la Mission Catholique, les Hermel et les Mazé. Il composa également maints catéchistes et autres livres liturgiques en tahitien. Il sera l’imprimeur des « Nouvelles » que dirige M. Ducasse, le chef des P.T.T. de l’époque, ainsi que le journal d’Oscar Nordman. Bon connaisseur de la langue tahitienne — il n’a appris le français qu’à 11 ans, en entrant à l’école —, Aritana Holozet a été nommé, en juillet 1974, un des vingt premiers membres fondateurs de l’Académie Tahitienne. Il est médaillé de la Résistance. Il épouse, le 2 juillet 1942, à Faaa, Victorine Liais, fille d’Emmanuel. Sans postérité, le ménage élèvera sept enfants : trois neveux Holozet ; deux Teauna, cousins de sa femme ; une étrangère à sa famille : Elisabeth Tehei et enfin une nièce, Sylvia Cowan, qui épousera un fils Bonno.

HURI, Mehao, dit Ame. (1940)

Fonctionnaire.

Né le 3 octobre 1940 à Tikehau, îles Tuamotu, ou son père Huri, est capitaine au bornage et fait du commerce avec le cotre à moteur Mahina Taeata. Élève à l’école de la Mairie et à l’école centrale. D’abord instituteur à Faaite, puis à Tikehau et enfin à Punaauia, avant de devenir secrétaire de la mairie de Faaa lors de la création de la commune en 1965. En 1970, il entre à la Radio, comme régisseur de production : en fait, il sera affecté comme speaker pour les émissions en tahitien qu’il assure d’abord en collaboration avec Maco Tevane. Le poste émet 4 heures par jour en trois vacations qui comportent : nouvelles, messages — 5’ à midi et 15’ le soir — informations, publicité et musique, l’émission du soir, de 17 à 19 heures étant l’heure de la plus grande écoute. Ame Huri a été choisi, en juillet 1974, comme membre de l’Académie Tahitienne où il représentera le journalisme parlé. Il a été sensible à cet honneur ; aussi bien s’est-il toujours efforcé d’employer le meilleur tahitien dans ses émissions, soignant son vocabulaire, recherchant les mots les plus appropriés et les plus justes, faisant parfois appel à un vocabulaire qu’il cherche dans les dictionnaires anciens du tahitien. Depuis la fondation des communes, en 1972, Ame Huri est membre du Conseil municipal de son île natale, Tikehau. De son union, en 1962, avec Nélonia Ehau Samuela, 1937, sont nés huit enfants.

LAGARDE, William, Joseph, Tapufaaira dit Willy (1932)

Fonctionnaire et Académicien.

Petit-fils de Georges. Né à Papeete le 30 janvier 1932. Élevé à Mahaena par un oncle Auguste Tom Sing Vien. Études chez les Frères d’où il sort avec le B.E.P.C. en 1951. D’abord instituteur, il entre à la Caisse Agricole en 1956 et dans l’Administration en 1958. D’abord Secrétaire, puis Adjoint du Chef de la Circonscription des Marquises (1958-1965), il passe alors à la Subdivision des Tuamotu-Gambier à Papeete. En 1966, il est affecté comme Chef de Service des Relations avec les Archipels. En 1968 est nommé Chef de Subdivision des îles Sous-le-Vent par intérim. Interprète officielle de langue tahitienne et de langue marquisienne, W. Lagarde fait partie, en juillet 1974, des 20 premiers membres nommés de l’Académie tahitienne. La bonne exécution de ses obligations professionnelles, qui le mettaient quotidiennement en relations avec les Marquisiens, lui a fait comprendre la nécessité d’en parler la langue pour être en mesure d’être efficacement utile à ses administrés. Et après avoir appris « le marquisien de la rue » il s’est passionné pour la langue plus classique des Dordillon et des Delmas. Sportif, W. Lagarde, anima un temps le club des jeunes, et pratiqua le basket et cyclisme à « Excelsior ». Il est décoré de l’Ordre National du Mérite. De son union, le 8 mai 1960, à Taiohae, îles Marquises, avec Lurline Winchester, 1929, sont nés Moana, 1956, qui fait son service dans la marine ; Teva, 1960 ; William, 1960 ; Lurline, 1962 ; Hélène, 1965.

MARTIN, John Temariihuriariitehuitehuiupooivaea (1921)

Fonctionnaire.

Petit-fils de Victor Désiré Martin, marin français d’origine normande, établi à Tahiti, où il avait épousé Lydia Flohr et qui disparut tragiquement à San Francisco en 1910 où il est enterré dans le cimetière réservé aux franc-maçons. Né à Papeete le 8 décembre 1921. Études à l’école Viénot et à l’école centrale d’où il sort avec le B.E. Engagé volontaire à 18 ans en 1940, part avec le Bataillon du Pacifique avec lequel il accomplit toute la campagne dans les Forces Françaises Libres, de Bir Hakeim à Belfort en passant par les combats du Garigliano et le débarquement en Provence en août 1944. Blessé à Montecassini, il termine la campagne comme sergent chef, médaillé militaire et décoré de la croix de guerre. Passe l’hiver 1944-1945 à Paris, le suivant à Saintes et Saint-Laurent du Var. Regagne Tahiti par le Sagittaire et débarque à Papeete le 5 mai 1946. John Martin servira alors aux Affaires économiques de 1946 à 1950. Sera deux ans économe de l’hôpital de Mamao avant d’entrer comme directeur des émissions tahitiennes à ce qui était alors « Radio Tahiti », où il travaille successivement aux côtés de Jean d’Astier de la Vigerie, de Marc Darmois et de Michel Espinasse. La période héroïque où l’on monte le programme hebdomadaire avec des moyens de fortune ou d’emprunt, dans un hangard de la caserne, avec le concours bénévole du Radio-Club Océanien qu’anime Alfred Poroi, Élie Juventin. Les nouveaux batiments sont ouverts en 1951. Il y avait alors environ 4 ou 5 000 postes à Tahiti. L’émission a une certaine audience : on écoute à Samoa et aux îles Cook, en tahitien, la voix de la France sur les ondes tahitiennes. Passe trois ans, 1962-1965, rue Oudinot, à Paris, comme adjoint au chef de la Délégation de la Polynésie Française. Rentré à Tahiti, il est nommé chef de cabinet civil du Gouvernement, particulièrement chargé des affaires concernant les Tahitiens. Sera un des promoteurs de l’Académie tahitienne dont il deviendra un des 20 premiers membres lors de sa création en juillet 1974. Aussi bien a-t-il longtemps poussé le projet de cette compagnie auprès des Gouverneurs Sicurani et Angeli. John Martin se sent en effet très spécialement concerné par tout ce qui concerne sa langue maternelle. Il a été élevé dans la familiarité du fils adoptif du grand expert tahitien Hau a Peue. Au cours de la seconde guerre mondiale, aux armées, c’est John Martin qui traduit à ses compatriotes les rapports et des décisions, explique en tahitien les instructions sur les armes nouvelles, présente les troupes aux officiers de passage. A Paris, le pasteur Maurice Leenhardt, professeur à l’École des langues orientales vivantes lui demande de venir inaugurer rue de Lille un enseignement du tahitien qui sera continué par le pasteur Charles Vernier. L’Académie Tahitienne comptera en John Martin, depuis plusieurs années l’interprète du Gouvernement au cours de ses tournées dans les îles, un membre particulièrement diligent et un secrétaire actif. Il est chevalier de la Légion d’honneur depuis 1972. De son union, le 17 juillet 1945 à la mairie du 7e arrondissement de Paris avec Simone Rouchon, 1922, sont nés, à Papeete, Roland Tepuanuiitefaanaona, 1947, agent technique à Télé-Tahiti, épouse Catherine Ferrand ; Liliane. Teraimateate, 1948, employée de banque ; Gérard. Teriitaria, 1953, agent de maîtrise à l’E.D.T. ; Pascal, Maramaiterai, 1958, lycéen ; Claudine, Moere, 1959, lycéenne.

PENI, Antonina (1934)

Née à Uturoa, Raiatea, le 25 mai 1934.

Etudes à l’école Centrale de Papeete. Reçoit familialement une solide et ferme éducation auprès de son père, diacre de l’église protestante de Raiatea-Tahaa, qui parle un excellent tahitien, lui apprend sa langue maternelle qu’on ne lui enseigne pas à l’école, lui en inculquant, en même temps, la fierté et l’amour. Elle se distingue dans les biopoaraa, les examens de contrôle, que les pasteurs font passer aux enfants de leurs districts pour leur donner une meilleure compréhension de la Bible et leur donner le goût de la culture religieuse et humaine qu’elle représente. Elle a toujours suivi de très près le travail des pupu imi mana’o, des groupes de réflexion, auxquels elle participe régulièrement dans sa paroisse. Et quand elle se manifeste là, ses improvisations en tahitien frappent toujours par une ardeur et une éloquence naturelle qui contraste avec la modestie et la retenue de son personnage. Ces qualifications la font distinguer et elle fera partie des vingt premiers tahitiens qui seront appelés, en juillet 1974, à faire partie de l’Académie Tahitienne, où sa discrète mais profonde influence est appréciée de tous. — Antonina Peni est mère de Gilles Roboama, 1957 ; de Johann Tuehititepeniroa, 1963 ; et de Pierre Haunui, 1964.

MOANATINI (1847-1893)

Roi de Taiohae, à Nuku Hiva, îles Marquises.

Fils de Temoana, roi de Nukuhiva, Marquises, et Apekua, peut-être la Tahiaoko que Dupetit-Thouars ramena au logis (1842), dont aussi une fille, Teikiautini. Sa cadette, Vaekehu, a son seul enfant, Titahuupoko de premier lit avec Touaohapae. Seuls survivants Temoana et Vaekehu, « le roi et la reine », élèvent ensemble Moanatini, « adopté » disent les non-informés. Devient Taniba (Stanislas) au baptême de la famille royale ; collège à Valparaiso ; voyage à Tahiti ; en 1863 succède à Temoana. Pauvre roi de 16 ans : l’occupant, officiels et colons, l’oublie ; la mortalité de ses sujets devient désastre avec la variole. Epouse Tahiakoetoua (1836-1868), princesse adoptée par Heato, feu roi de Uapou, veuve, mère de trois enfants : une fille naît : la mort les emporte. Taniha prend Sabine Tahiautuoho, princesse de Tahuata, abandonnée de son mari : désavoués par la « reine-mère », ils fuient en baleinière à Tahuata (1868). Reviendront à Nukuhiva, surtout Hakaui où Moanatini est grand chef : c’est alors qu’Eyriaud Desvergnes déclenche la triste affaire de la propriété de Hakaui. Moanatini avec des volontaires nukuhiva et uapou participe à la pacification de Hivaoa sous Bergasse Dupetit-Thouars, 1880. Marié religieusement, réconcilié avec Vaekehu, disparaît effacé ; Sabine meurt peu après Vaekehu : 1901. Dans l’effroyable mortalité afférente aux premiers contacts « civilisés », seul peut-être des anciens grands chefs marquisiens, Temoana, le plus notable, laisse une postérité issue des deux filles de Moanatini et Tahiautuoho : — Elisabeth Vaekehu (1869-1901) née à Tahuata, adoptée par le roi déchu Maheono, cheffesse de Vaitahu, épouse Denys Tekieinui de Tahuata dont Sabine Teaohikitini qui a deux enfants sans postérité de Stanislas Tutoua, et de Napoléon Pahuatini (secondes noces) Léontine, Palmyre et Denys Keotete : nombreuse postérité (noter une souche Pahuatini de premier lit de Napoléon). — Marie-Anne Tabiatukuaki (1876-1903) cheffesse de Hakaui où elle naquit ; de Pierre Taupotini : Stanislas, bien connu des voyageurs, ex-chef de Hakaui aujourd’hui déserte, dernier Chef de District de Taiohae (1964-1972) ; deux petits-enfants, Yvonne et Charles Tekuataoa qui épouse Marie-Thérèse Cousquer ; Martin : le premier maire de la jeune commune de Nukuhiva est l’un de ses 12 enfants ; François : petits-enfants de sa fille unique ; Julienne et Louise épousent des cousins Tamarii : d’elles et de Martin très nombreux petits-enfants.

PIETRI, Raymond Vananga (1935)

Fonctionnaire et académicien.

Né le 30 juin 1935 à Afaahiti, Tehero, Tahiti, où sa famille possédait une exploitation. Etudes à l’école des Frères. Boursier du Territoire, il va de 1952 à 1956 poursuivre ses études en même temps que Alec Ata, Wilfrid Lucas et Claude Juventin. Bachelier en philosophie. De retour à Tahiti, entre au service des Finances (1957) avant de passer à celui des Affaires Economiques (1959), où il est actuellement attaché au service du Commerce Extérieur. Entre temps il est allé aux Iles-du-Vent, comme adjoint de l’Administrateur Pujol, de 1967 à 1972. Fervent sportif et joueur de foot-ball à l’A.S. Fei-Pi il fait partie en 1957 de la sélection de Tahiti, qui, pour la première fois, bat celle de la Calédonie à Nouméa. Après son service militaire dès 1959, un accident empêchera Raymond Pietri de poursuivre ses activités sportives ; mais il témoignera son attachement au sport en devenant trésorier du club Fei-Pi, puis président de la section de basket-ball de 1962 à 1970 ; il est aussi membre du Comité directeur de la Ligue de Foot-Ball (1970) et de la Ligue de Boxe. Comme mandant de ces associations ou à titre personnel il est présent à toutes les manifestations sportives importantes du Pacifique : jeux du Pacifique à Nouméa (1966) ; jeux olympiques de Mexico (1968) ; coupe du monde de foot-ball (1970) et, lors des jeux du Pacifique Sud, en 1971, à Papeete, il sera affecté au centre de presse. Elu au conseil municipal de Papeete le 12 mai 1968, lors d’une élection partielle, il est réélu en mai 1971. Raymond Pietri sera nommé en juillet 1974 membre de l’Académie Tahitienne. Il s’est en effet toujours beaucoup intéressé à sa langue maternelle. Boursier, il s’embarquait pour la France emmenant avec lui la grammaire de Vernier-Drollet et « une édition primitive, termitée mais précieuse, de la grammaire de Tepano Jaussen ». En 1963, après avoir suivi trois ans durant les cours du soir de Martial lors, il reçoit de lui un des rares « Brevet de capacité pour l’enseignement du dialecte tahitien » qui ait jamais été décerné. Il s’intéresse vers le même temps aux séances de travail du comité de toponymie, fait des adaptations à Radio-Tahiti et aime à entendre les grands orateurs tahitiens de son époque : Teriierooiterai, lors des obsèques du sénateur Quesnot, le leader Pouvanaa a Oopa, en maintes circonstances, et aussi le pasteur Bremond, Raiarii Tevaearai, Hitore Pifao et maints autres. Il aime aussi participer à des réunions où l’on discute entre amis de la langue tahitienne et des problèmes qu’elle pose dans la vie scolaire des enfants. De son union à Papeete, le 2 juillet 1960 avec France Raoulx (1942) est née Herenui i Terami (1961).

PRÉVOST, Paul (1921)

Ingénieur électronicien et linguiste.

Français, né le 28 juin 1921 à Croydon, Surrey, Angleterre. Etudes supérieures à la London University d’où il sort Chartered Engineer, Member of the Institution of Electronic and Radio Engineers. Travaille d’abord en Belgique aux Ateliers de Construction Électriques de Charleroi. Passe en France en 1960 où il est ingénieur à la SETEL, consortium industriel international privé, puis à la CELES/ELDO, organisme international qui s’occupe principalement de fusées lanceurs de satellites. Spécialiste de l’électronique, Paul Prévost possède un violon d’Ingres : la linguistique et la linguistique polynésienne. Il est titulaire du diplôme de Tahitien de l’École des langues orientales vivantes et, depuis 1965, il séjourne chaque année quelques semaines à Tahiti où il vient se fixer en août 1972. Installé près du pont de l’Est, face à la montagne, dans une cellule quasi monastique il passe dans l’étude le plus clair de son temps. Il enseigne également le tahitien dans différentes écoles de la ville et particulièrement à l’école normale d’instituteurs où, chose toute nouvelle, chaque promotion des futurs maîtres de l’Enseignement d’Etat suit, tous les ans, une cinquantaine d’heures de cours de tahitien. Tout faire pour intéresser les Tahitiens à leur propre langue, leur en donner une meilleure connaissance et empêcher le développement du parler tahitien de la rue, triste sabir, presque un argot, aussi pauvre que l’ancien parau tinito, est un des buts de M. Prévost, discret et efficace apôtre de la langue. Son action dans le territoire a été reconnue et appréciée et, en juillet 1974, il fut une des vingt personnalités choisies pour former le premier noyau d’une académie tahitienne dont il se vit d’emblée confier le secrétariat. On doit à M. Prévost plusieurs articles sur l’Évolution de la Langue Tahitienne (Monde non chrétien, 1969), l’Expansion de la zone d’influence de la langue tahitienne (J.S.O., sept. 1970). Il est l’auteur, en collaboration avec son confrère le Père Hubert Coppenrath d’une Grammaire approfondie de la langue tahitienne (Papeete, 1975). Il achève actuellement un Manuel du tahitien moderne, dont le premier volume verra le jour prochainement. L’intérêt de ces publications a été reconnu par d’importantes subventions de l’Assemblée Territoriale.

PUJOL, Georges (1923)

Administrateur de la F.O.M.

Né à Sète (Hérault), le 5 août 1923. Sort en 1944 breveté de l’École Nationale de la F.O.M. Breveté du Centre des Hautes Études d’administration pour l’Asie et l’Afrique moderne en 1956, arrive en Polynésie Française en 1957, appelé par le Gouvernement Toby qui en fait jusque en 1960 le chef de la circonscription des Îles du Vent. Passe alors deux ans comme chef de la délégation de la Polynésie Française, rue Oudinot. Après un séjour aux Comores de 1962 à 1964, est nommé en 1965 chef du Service du Tourisme de la Polynésie Française (1965-1966). Est alors chargé à nouveau de la circonscription des Îles du Vent qu’il administre de 1966 à la fin de 1971. Il est depuis 1972 à Nouméa, conseiller technique auprès du Haut-Commissaire dans le Pacifique chargé des Tahitiens, Wallisiens et Futuniens résidant en Nouvelle-Calédonie. Dans ces diverses situations sa connaissance de la langue tahitienne permet à Georges Pujol un contact plus direct avec les populations polynésiennes de son obéissance qui apprécient le dévouement, l’efficacité, l’esprit de justice et de coopération qu’il porte dans toutes les affaires de son ressort. Il est chevalier de la Légion d’honneur. De son union, à Paris, en 1950, avec Jeannine Codard, 1924, sont nés Michèle, Jean-Pierre, Dominique et Agnès.

RAYNAL, Jean (1933)

Ingénieur agronome.

Né à Rouen le 10 décembre 1933. Sous-Directeur au Museum d’Histoire naturelle de Paris. Passa pour la première fois à Tahiti au retour d’une mission pour la Royal Society aux Nouvelles-Hébrides. Spécialiste des oreoboles. Vient plusieurs fois travailler à l’Antenne du Museum. S’intéresse particulièrement à la recherche d’échantillons botaniques sur les Îles de la Polynésie qui, dans leur ensemble, sont mal connues, n’ayant été l’objet que de collectes anciennes ou fragmentaires.

SACHET, Marie-Hélène (1903)

Botaniste.

Originaire de Moulins-sur-Allier, France. Docteur es sciences de l’Université de Montpellier. Arrive aux Etats-Unis en 1949 comme botaniste au Museum d’Histoire Naturelle de la Smithsonian Institution à Washington D.C. où elle travaille avec le Professeur F.R. Fosberg. Est envoyée aux Marquises en 1963 pour y recueillir les données scientifiques et les échantillons en possession de M.G. le Bronec. Y retourne en 1974-75 pour compléter les collections et les herbiers de Washington. On doit à M.-H. Sachet une importante Bibliographie des Atools en deux volumes, 1955-71. Une flore des Marquises. Elle a également travaillé à Clipperton, seule femme française à avoir jamais visité l’île.

SUE, Roland (1927)

Secrétaire général de la mairie de Pirae.

Petit-fils de Léon. Né le 1 mars 1927 à Papeete. Après des études à l’école des Frères, fait carrière dans l’armée de 1947 à 1966. Après deux séjours en Indochine, rentre à Tahiti adjudant, titulaire de la médaille militaire, de la croix de la guerre de T.O.E. et chevalier de l’Ordre du Règne du Laos. A son retour il est nommé interprète en langue tahitienne auprès des tribunaux de Papeete, poste qu’il remplit avec une grande distinction et où il sera vivement regretté lorsque M. Gaston Flosse lui demandera de prendre la charge administrative de la mairie de Pirae en en devenant le secrétaire général en janvier 1971. Roland Sue est nommé en juillet 1974 parmi les vingt premiers membres de l’Académie Tahitienne. Son passage comme interprète auprès des tribunaux l’a familiarisé, dans le domaine juridique, particulièrement délicat, avec le plus subtil maniement de sa langue maternelle. Il a encore perfectionné ses connaissances en fréquentant l’enseignement de Martial Iorss et il sera du petit groupe des happy fews titulaires du « Brevet de capacité pour l’enseignement du dialecte tahitien » qu’il reçut le 3 août 1963. D’une première union avec Vahinetua Fareura est né Claude, 1945, contrôleur des douanes, qui épouse en 1966 Evelyne Ahnne, 1948, la dernière fille de Frédéric Ahnne, d’où deux enfants, Frédéric et Marilyn. D’une seconde union avec Lucienne Maltagliati sont nés : Guy, 1957 ; Olivier, 1960 ; Aline, 1962 et Magali, 1966.